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Full text of "Congrès médical international de Paris, août 1867 [Compte-rendu]"

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CONGRÈS 

MÉDICAL    INTERNATIONAL 


DE    PARIS 


Paris.  —  Imprimerie  de  B.  Martinet,  rue  Iti^noo,  S. 


CONGRES 


MÉDICAL  INTERNATIONAL 


DE  PARIS 


AOVT   t8«9 


PARIS 

VICTOR  MASSON  ET  FILS   |    P.  ASSELIN,  S'  DE  LABÉ 

FULCB  DK  L'tGOU^B-IltMCDIE 
1868 


1 


CONGRÈS 


MÉDICAL  INTERNATIONAL  DE  PARIS 


INTRODUCTION 


Dans  la  dernière  séance  du  Congrès  médical  réuni  à  Bordeaux  en  1865> 
M.  le  professeur  Henri  Gintrac  formulait  la  proposition  suivante  :  «  Notre  hono- 
rable confère  M.  Willemain  vient  de  nous  proposer  de  choisir  Strasbourg  pour 
siège  du  Congrès  médical  de  1866^  et  nous  acceptons  avec  empressement  la  gra- 
cieuse hospitalité  qui  nous  est  offerte.  Permettez-moi  de  porter  mes  regards  plus 
loin.  Le  succès  des  assises  médicales^  inauguré  en  1863  par  la  ville  de  Rouen, 
confirmé  à  Lyon  Fan  dernier^  n'est  peut-être  pas  moins  éclatant  à  Bordeaux.  Des 
qaestions  importantes  ont  été  l'objet  d'études  approfondies  ;  un  grand  nombre  de 
travaux  en  dehors  du  programme  ont  été  présentés  par  les  hommes  les  plus  com- 
pétents ;  les  discussions  qui  ont  suivi  les  lectures  ont  jeté  de  vives  lumières  sur 
des  sujets  d'un  haut  intérêt.  Eh  bien  !  messieurs,  cette  somme  considérable 
d'utilité  scientifique  et  d'avantages  sérieux  qu'a  pu  produire  le  Congrès  médical 
de  Bordeaux,  je  viens  vous  proposer  de  les  centupler  en  demandant  pour  l'année 
1867  la  réunion  à  Paris  d'un  Congrès  médical,  plus  que  français,  d'un  Congrès  in- 
ternational des  médecins  de  tous  les  pays.  En  1867,  vous  le  savez,  une  Exposi- 
tion universelle  doit  faire  converger  à  Paris  les  inteUigences  de  tous  les  pays  civi- 
lisés. N'est-ce  pas  une  admii*able  occasion  d'interroger  les  représentants  de  la 
science  médicale  de  toutes  les  contrées,  de  former  comme  un  faisceau  des  connais- 
sances acquises  en  lieux  si  divers,  de  s'assimiler  les  découvertes  et  les  progrès 
obtenus  ailleurs,  de  préparer  la  solution  des  plus  hautes  questions  d'hygiène  pu- 
blique et  humanitaire  ?  C'est  de  Bordeaux  qu'est  partie  l'initiative  de  la  grande 
association  confraternelle  des  médecins  de  France  ;  j'ai  à  cœur  que  notre  ville  ait 
encore  l'honneur  de  faire  entendre  au  nom  de  la  science  un  appel  aux  méde- 
cins de  tous  les  pays.  Je  propose  donc  que  le  Congrès  de  Bordeaux  émette  le  vœu 
qu'un  Congrès  international  de  médecins  soit  tenu  à  Paris  en  1867.  » 

La  proposition  de  M.  Henri  Gintrac,  appuyée  par  M.  Linas,  fut  accueillie  par 
l'unanimité  de  l'assemblée.  De  là  est  issu  le  Congrès  international  de  Paris,  dont 
le  caractère  a  été  irrévocablement  fixé  par  cette  origine  même;  directement 
émané  du  Congrès  de  Bordeaux,  remplaçant  pour  1867  la  session  annuelle  ordi- 
naire du  Congrès  médical  de  France,  le  Congrès  de  Paris  dut  comme  ses  aines  se 
maintenir  rigoureusement  sur  le  terrain  de  la  science  ;  les  conditions  de  sa  nais- 
sance et  de  sa  filiation  en  faisaient  une  loi  ;  il  n'y  avait  pas  de  déviation  possible. 
Le  Comité  d'organisation  est  demeuré  fidèle  à  cette  obligation  qui  était  un  de- 
voir, et  suivant  en  cela  l'exemple  donné  par  les  Commissions  executives  qui  l'a- 

1 


2  CONGRÈS  MÉDICAL  INTERNATIONAL. 

vaient  précédé,  il  a  défini  et  limité  nettement  par  un  article  des  statuts  le  domaine 
du  futur  Congrès. 

Aussitôt  après  son  retour  à  Paris,  fil.  le  professeur  Bouillaud,  président  d'hon- 
neur du  Congrès  de  Bordeaux,  procéda  à  la  formation  d'une  commission  execu- 
tive, chargée  de  préparer  l'organisation  du  Congrès  international,  et  le  7  décem- 
bre 1865,  cette  Commission  se  constitua  déflnitiTement  par  la  nomination  de  son 
Bureau. 

Elle  était  ainsi  composée  : 

MM.  Barthez  (E.),  médecin  de  l'hôpital  Sainte-Eugénie,  médecin  du  prince  im- 
périal. 
Béclaid  (J.),  agrégé  de  la  Faculté,  secrétaire  de  l'Académie  de  médecine. 
Béhier,  professeur  à  la  Faculté,  médecin  de  l'hôpital  de  la  Pitié. 
Bouchardat,  professeur  à  la  Faculté. 

Bouillaud,  professeur  à  la  Faculté,  médecin  consultant  de  l'Empereur. 
Broça,  professeur  à  la  Faculté,  chirurgien  de  l'hôpital  Saint-'Aotoiae. 
Decbambre,  rédacteur  en  chef  de  la  Gazette  hebdomacMre,  membre  du  Co- 
mité des  Sociétés  savantes  au  Mmistère  de  l'instruction  publique. 
Denonvilliers ,  inspecteur  général  de  l' Université,  professeur  à  la  Faculté. 
FoUin,  agrégé  de  la  Faoulté,  chirurgien  de  l'hôpital  Cochin  (1). 
Gavarret,  professeur  ii  la  Faculté. 

Gosselin,  professeur  à  la  Faculté,  chirurgien  de  l'hôpital  de  la  Pitié. 
Jaccoud,  agrégé  de  la  Faculté,  médecin  de  l'hôpital  Samt-Autoine, 
Lasègue,  professeur  à  la  Faculté,  médecin  de  l'hôpital  ISecker. 
Longet,  professeur  à  la  Faculté. 
Robin  (Ch.),  professeur  à  la  Faculté,  membre  de  l'Institut. 
Tardieu,  professeur  à  la  Faculté,  médecin  consultant  de  r£mp«reur. 
VerneuU,  agrégé  de  la  Faculté,  chirurgien  de  l'hôpital  Lariboisière. 
Vidal  (E.),  médecin  de  l'hôpital  Saint-Louis. 
Wurtx,  doyen  de  la  Faculté, 

BUREAU   DE  LA  GOllIftaSION. 

Président  :  M.  Bouillaud. 

Vice-PrésidenU  :  MM.  PenonviUiers^  Gavarret,  Tardieu- 

Secrétaire  général  :  M.  Jaccoud. 

Secrétaire  trésorier  :  M.  Vidal. 

Le  Comité  s'est  alors  mis  à  l'œuvre,  et  le  20  mars  1866,  il  a  reçu  de  M.  le  mi- 
tiistre  de  l'intérieur  l'autorisation  néeessaire  pour  la  réunion  du  Congrès.  Le  bu- 
reau s'est  aussitôt  mis  en  rapport  avec  M.  le  ministre  de  l'instruction  publique  qui, 
non  content  de  donner  son  entière  approbation  à  cette  œuvre  scientifique,  a  bien 
voulu  en  accepter  le  haut  patronage.  M»  le  ministre  de  l'agriculture  et  du  com- 
merce aceueiUit  avec  la  même  faveur  le  projet  qui  lui  fût  présenté,  et  M.  le  mi- 
nistre des  affaiMs  étrangères  promit  de  signaler  et  de  recommander  le  Congrès 
aux  représentant!  de  la  France  à  l'étranger» 

Après  ces  démarches  préliminaires,  nous  avons  adressé  aux  journaux  médicaux 

(i)  Ce  savant  oonflpère  m  devait  pas  voir  la  réaliiatioB  de  celle  «envrt;  il  a  nuMOttMà 
une  douloureuse  maladie,  «t  tandis  que  le  Cemité  perdait  en'hii  ua  de  tee  vembrea  lee  phis 
dévoués,  la  science  pleurait  ua  de  lea  promoteurs  les  plus  ferve^ksi 


INTHÛDUGTION.  S 

btnçaU  et  étrangers  une  circulaire  destinée  à  faire  connaître  le  projet  en  lui- 
même,  et  ce  qui  avait  été  fait  déjà  pour  en  assurer  la  réussite.  Cette  pièce  fut  in- 
sérée avec  un  bienveillant  empressement  dont  le  Comité  a  été  sincèrement  tou- 
ché, et  U  est  heureux  d'offrir  ici  à  la  presse  médicale  le  témoignage  public  de  sa 
reconnaissance. 

Après  la  publication  de  cette  circulaire  qui  porte  la  date  du  1"^  juin  1866,  la 
Commission  organisatrice  s'est  occupée  de  l'élaboration  des  statuts  et  du  pro- 
granmie,  et  à  la  suite  de  nombreuses  délibérations,  elle  s'est  arrêtée  aux  disposi- 
tions suivantes  : 


STATUTS  ET  PROGRAMME  DU  CONGRÈS  MÉDICAL  INTERNATIONAL 

DE  PARIS. 

Le  Comité  d'organisation,  composé  de  MM.  Barthez  (E.),  Bëclârd,  Béhier, 

BOCCHARDAT,    BoUlLLAUD,    BROCA,    DECHAMBRE,    DenO^VILLIERS  ,    FoLLIN,    GaVARRET, 

GoflSEUN,  Jaccoud,  Laségue,  Longet,  Robin  (Ch.),  Tardieu,e  Vrneuil,  Vidal,  Wurtz, 
a  airêtë  les  Statuts  et  le  Programme  suivants  : 

Art.  1*'.  —  Un  Congrès  médical  international  sera  ouvert  à  Paris,  le  16 
août  1867,  sous  les  auspices  de  S.  Exe.  le  ministre  de  l'instruction  publique. 

Art.  2.  —  Le  Congrès,  exclusivement  scientifique,  aura  une  durée  de  deux 
semaines. 

Art.  s.  —  Le  Congrès  se  composera  de  membres  fondateurs  nationaux  et  de 
membres  adhérents  étrangers. 

Seront  membres  fondateurs  les  médecins  français  qui  en  feront  la  demande  au 
Comité  d'organisation  ;  le  prix  de  la  souscription  a  été  fixé  à  20  francs. 

Seront  membres  alihérents  les  médecins  étrangers  qui  enverront  leur  adhé- 
sion à  M.  le  Secrétaire  général  (M.  le  docteur  Jaccoud,  4,  rue  Drouot,  à  Paris).  Ils 
seront  exonérés  de  toute  contribution  pécuniaire. 

Art.  6.  —  Les  membres  du  Congrès,  fondateurs  ou  adhérents,  auront  seuls 
droit  de  prendre  part  aux  discussions. 

Art.  5.  —  Les  travaux  du  Congrès  se  composeront  : 

a.  -^  De  communications  sur  les  questions  proposées  par  le  Comité; 

b,  -^  De  communications  sur  des  si;gets  étrangers  au  programme. 

Art.  6.  —  Le  Comité  a  arrêté  le  programme  suivant  : 

L  —  Anatomie  et  physiologie  pathologiques  du  tubercule.  —  De  la  tuber* 
cuiisation  dans  les  difiérents  pays,  et  de  son  influence  sur  la  mortalité 
générale. 

U.  —  Des  accidents  généraux  qui  entraînent  la  mort  après  les  opérations 
chirurgicales. 

m.  —  Est-il  possible  de  proposer  aux  divers  gouvernements  quelques 
mesures  efficaces  pour  resteindre  la  propagation  des  maladies  véné- 
•    riennest 

IV.  —  De  l'influence  de  l'alimentation  usitée  dans  les  différents  pays  sur 
U  production  de  certaines  maladies. 

Y.  -^  De  l'influence  des  climats,  des  races  et  des  différentes  conditions  de 
la  vie  sur  la  menstruation  dans  les  diverses  contrées. 

\1.  --  De  l'acclimatement  des  races  d'Europe  dans  les  pays  chauds* 


&  CONGRÈS  MÉDICAL  INTEUMATIONAL. 

VII.  —  Des  entozoaires  et  des  entophytes  qui  peuvent  se  dërelopper  chez 
l'homme. 

Art.  7.  —  Les  membres  fondateurs  ou  adhérents  qui  désireront  faire  une  com- 
munication sur  une  des  questions  du  programme  ou  sur  un  autre  sujets  sont  priés 
d'adresser  leur  travail  à  M.  le  Secrétaire  général^  trois  semaines  au  moins  (26  juillet) 
avant  l'ouverture  du  Congrès.  Le  Comité  décidera  de  l'opportunité  des  communi- 
cations et  de  l'ordre  suivant  lequel  elles  seront  faites. 

Art.  8.  —  Les  séances  du  Congrès  auront  lieu  tous  les  jours.,  le  dimanche 
excepté.  Elles  se  feront  alternativement  le  jour  et  le  soir.  Les  séances  du  jour 
dureront  de  deux  à  six  heures;  les  séances  du  soir  auront  lieu  de  huit  à  dix 
heures. 

Art.  9.  —  Chaque  question  n'occupera  qu'une  séance^  et  l'ordre  du  jour  sera 
ainsi  réglé  :  1°  lecture  sur  les  questions  du  programme;  2*^  discussion;  3**  si  le 
temps  le  permet,  communication  des  travaux  laissés  à  l'initiative  individuelle.  Les 
séances  du  soir  leur  seront  exclusivement  consacrées. 

Art.  10.  —  Un  maximum  de  vingt  minutes  sera  accordé  pour  chaque  lecture. 

Art.  11.  —  A  la  première  séance,  le  Congrès  nommera  son  Bureau,  qui  se 
composera  d'un  Président,  de  Vice-Présidents,  d'un  Secrétaire  général,  de  Secré- 
taires des  séances. 

Art.  12.  —  Le  Congrès  terminé,  le  Comité  d'organisation  reprendra  ses  fonc- 
tions pour  procéder  à  la  publication  des  actes  du  Congrès. 

Art.  13.  —  Tous  les  Mémoires  lus  au  Congrès  seront  déposés,  après  chaque 
séance>  entre  les  mains  du  Secrétaire  général.  Us  sont  la  propriété  du  Congrès. 

Art.  1&.  —  Les  élèves  en  médecine  recevront  des  cartes  d'entrée,  mais  ils  ne 
pourront  être  admis  à  prendre  la  parole. 

Pour  le  Comité, 

Le  Président, 

BOUILLAUD. 

le  Secrétaire  général^ 
Jaccoud. 

Dans  le  but  de  limiter  et  de  préciser  les  questions  de  son  programme,  le  Comité 
a  consigné  dans  les  commentaires  suivants  l'indication  des  points  sur  lesquels  11 
désire  que  les  études  soient  spécialement  dirigées. 


QUESTION  PHEMIËRE. 

AKATOMIE  ET  PHYSIOLOGIE  PATHOLOGIQUES  DU  TUBERCULE.   —  DE  LA  TUBERCUUSATION  DANS 
LES  DIFFERENTS  PATS  ET  DE  SON  INFLUENCE  SUR  LA  MORTALITÉ  GÉNÉRALE. 

Il  y  a  peu  d'années  encore,  il  semblait  que  l'histoire  anatomo-pathologique  de 
l'altération  que  l'on  est  convenu  de  désigner  sous  le  nom  de  tubercule,  était  com- 
plètement terminée  :  le  mode  de  développement,  le  siège  anatomique  et  les  con- 
séquences de  cette  altération  paraissaient  bien  établis. 

Des  assertions  émises  plus  récemment,  et  qui  sont  loin  d'être  confimnas  aiit 
données  généralement  acceptées,  ont  soulevé  des  doutes,  et  ont  fait  naître  des 


INTBODUCTIOU.  5 

këiitatMms  relativemeiit  à  ranatomie  et  à  la  physiologie  pathologiques  du  tuber- 
cule. 

n  serait  utile  de  savoir  si  les  divergences  assez  tranchées  qui  existent  à  cet  égard 
eotre  les  observateurs  peuvent  tenir  à  quelques  différences  émanant  des  circon- 
stances au  milieu  desquelles  l'altération  se  développe,  ou  si  eUes  ne  résultent  que 
d'une  interprétation  variable  de  faits  identiques. 

11 7  aurait  donc  à  rechercher  : 

S'fl  existe  réellement  une  production  spéciale  ou  même  spécifique  qui  puisse 
être  considérée  comme  caractéristique  du  tubercule. 

Quel  est  exactement  le  mode  de  formation  de  cette  altération  pathologique. 

Enfin,  si  elle  a  un  siège  anatomique  exclusif,  déterminé  et  identique  dans  tous 
les  organes. 

Dans  ces  recherches,  il  est  à  désirer  que  les  démonstrations  anatomiques  et  his- 
tologiques  tiennent  plus  de  place  que  les  inteiprétations  et  les  appréciations  théo- 
riques, et  que  les  impressions  personnelles  ou  les  déductions  spéculatives  ne  soient 
(Ku  substituées  à  l'expérimentation  et  à  l'observation  rigoureuses. 

On  devra  préciser  autant  que  possible  la  valeur  exacte  et  le  rôle  de  certaines 
altérations  qui,  pour  pinceurs  observateurs,  sont  de  nature  tuberculeuse,  tandis 
qae  pour  d'autres  eUes  procèdent  d'un  mouvement  véritablement  phlegma- 
sique. 

Comme  on  le  voit,  il  s'agit  surtout  ici  de  la  forme  d'altération  désignée  par  cer- 
tains auteurs  sous  le  nom  de  pneumonie  caséeuse. 

Est-il  réeUement  possible  d'inoculer  le  tubercule  à  la  manière  des  maladies 
virulentes?  Cette  question,  soulevée  dans  ces  derniers  temps,  demande  encore 
une  solution  à  laquelle  les  travaux  que  sollicite  le  Congrès  pourront  concourir. 

Quant  à  la  seconde  partie  de  la  question,  on  devra  surtout  tftcher  de  préciser 
les  conditions  étiologiques  qui,  dans  les  différents  pays,  sont  /considérées  comme 
ayant  une  influence  active  et  prépondérante. 

L'influence  de  l'âge,  du  sexe,  du  climat;  celle  des  races  diverses,  des  habitudes 
sociales,  des  boissons,  des  aliments,  des  industries  spéciales  aux  lieux  où  l'obser- 
vation sera  faite  ;  enfin  l'action  exercée  par  des  maladies  antérieures  ou  coïnci- 
dentes, seront  donc  autant  de  points  particuliers  qui  devront  appeler  l'at- 
tention. 

En  étudiant  ces  diverses  questions  à  l'aide  des  matériaux  d'observation  directe 
dont  chacun  pourra  disposer  personnellement,  on  avancera  certainement  beau- 
coup plus  la  science  qu'en  accumulant  à  propos  de  ces  divers  sujets  les  citations  et 
les  hypothèses. 

Les  formes  symptomatiques  les  plus  habituelles  dans  teUe  ou  telle  localité  sont 
très4mportantes  à  bien  spécifier,  conmie  aussi  les  complications  les  plus  fré- 
quentes, et  l'influence  qu'elle»  peuvent  exercer  sur  la  tubercuhsation,  soit  en 
ictifant,  soit  en  ralentissant  sa  marche. 

fl  est  également  désirable  que  l'on  puisse  étudier  dans  les  divers  pays  l'in- 
fluence que  la  tuberculisation  peut  exercer  sur  le  développement,  la  forme 
^imptomatique,  la  marche  et  plus  spécialement  la  terminaison  des  autres  ma- 
ladies. 

Ce  sera  déjà  un  moyen  de  connaître  «  l'influence  de  la  tuberculisation  sur  hi 
mortaUté  générale  dans  les  différents  pays  »,  question  dont  l'importance  n'est 
pu  douteuse,  quand  on  considère  les  ravages  que  cette  affection  exerce  partout 
nr  les  populations. 


6  CONGRÈS  MÉDICAL  INTERNATIONAL. 

11  est  très-important^  et  Ton  ne  saurait  trop  insister  sur  ce  points  que  les  docu- 
ments mis  en  œuvre  pour  étudier  ces  diverses  questions  soient  aussi  exacts  que 
possible.  On  deK&  donc  soumettre  tous  les  renseignements,  même  et  fpeilt-être 
surtout  les  statistiques  administratives»  à  un  contrôle  rigoureux^  avant  de  les 
accepter  à  titre  de  matérfaut  d'une  valeur  positive. 

QUESTION  II. 

DES  ACQDENTS  GÉNÉRAUX  QUI  ENTaAINKZrr  LA  MORT  APRÈS  LIS  OPtRAHONS  CHIRUROICALES. 

Malgré  les  progrès  incessants  de  la  thérapeutique  chirurgicale^  la  perfection 
croissante  du  manuel  opératoire,  la  richesse  de  l'appareil  instrumental»  Tatten- 
tion  minutieuse  apportée  au  régime  et  à  l'hygiène  des  opérés,  la  mort  suit  trop 
souvent  encore  les  opérations  sanglantes.  Cette  teiminaison  fatale  reconnaît  un 
grand  nombre  de  causes  qu'il  faut  tout  d'abord  séparer  en  catégories. 

Tantôt  il  en  faut  accuser  une  faute  ou  un  accident  dont  le  praticien  est  plus  ou 
moins  responsable. 

Tantôt  il  faut  attribuer  la  mort  non  plus  à  l'acte  opératoire,  mais  à  la  maladie 
qui  l'a  nécessité,  aux  complications  qu'elle  a  fait  naître  autour  d'elle,  ou  auK 
causes  générales  qui  l'ont  engendrée. 

Ces  causes  de  mort  d'une  appréciation  facile,  la  commission  les  rappelle,  mais 
n'hésite  pas  à  les  éliminer  du  cadre  de  la  question  proposée.  L'attention  des  obser- 
vateurs devra  se  fixer  de  préférence  sur  une  troisième  catégorie  d'accidents  dont 
l'étiologie  est  beaucoup  moins  connue. 

Une  opération  a  été  exécutée  d'une  manière  irréprochable,  elle  n'a  intéressé 
aucun  organe  essentiel  à  la  vie,  les  procédés  réparateurs  naturels  convenablement 
dirigés,  maintenus  dans  de  justes  limites  et  débarrassés  de  toute  entrave,  doivent 
réaliser  sams  peine  une  guérison  qui  semble  assurée.  Cependant  on  voit  surgir  des 
accidents  qu'on  ne  peut  rapporter  ni  à  l'étendue,  ni  à  la  nature  du  traumatisme, 
ni  à  la  négligence  d'un  précepte  quelconque. 

Ces  complications  formidables  sont,  pour  ne  citer  que  les  plus  communes  :  It 
phlegmon  diOus,  la  gangrène,  l'érysipèle»  l'angioleucite»  la  phlébite,  la  pyohë* 
mie,  le  tétanos,  etc. 

Ces  accidents,  qui  sont  de  tous  les  temps  et  de  tous  les  pays,  ont  été  depuis 
longtemps  soigneusement  étudiés.  On  lutte  même  codlre  eux  souvent  avec  plus 
de  courage  que  de  succès,  mais  les  causes  qui  président  à  leur  développement 
sont  encore  entourées  d'obscurité.  Il  semblerait  même  qu'ils  ne  se  montrent  pas 
toujours  et  partout  sous  les  mêmes  aspects,  et  avec  la  même  fréquence»  Ainsi  le 
tétanos,  qui  dans  les  pays  chauds  complique  souvent  les  traumatismes  les  plus 
insigniûants>  est  proportionnellement  fort  rare  sous  nos  latitudes  tempérées.  Ainsi 
encore,  à  l' infection  purulente  avec  phlébite  et  abcès  métastatiques,  si  bien  dé- 
crite par  no^  auteurs  classiques,  paraissent  do  nos  jours,  et  dans  nos  grands  hôpi- 
taux, avoir,  succédé,  comme  cause  de  mortalité,  les  érysipèles  graves  et  certaines 
formes  latentes  de  pyohémie. 

Ainsi,  enfin,  quelques  grandes  opérations  :  l'ovariotomîe,  les  résections,  les 
amputations,  donnent  des  résultats  si  dilTérenis  dans  noire  pays  et  dans  les  con- 
trées d'outre-Manche,  qu'on  a  pu  se  demander  sérieusement  si  nos  races  et  celles 
qui  peuplent  l'Angleterre  n'ofTriraient  pas  au  traumatisme  une  tolérance  tout  à 
(ait  inégale.  Opinion  singulière  qu'appuient,  au  moins  en  apparence,  les  réfuitats 


INTRODUCTION.  7 

consignes  dans  les  annales  de  la  chirurgie  militaii*e  après  les  campagnes  de  France 
et  de  Grimée. 

Ces  données  encore  hypothétiques,  c'est-à-dire -plutôt  entrevues  que  démon- 
trées, la  commission  les  pose  comme  problèmes  dignes  de  recevoir  une  solution. 

La  nosographie  des  affections  précédemment  énumérées  étant  suffisamment 
avancée,  il  serait  superflu  d'entrer  dans  de  longs  détails  descriptifs.  L'enquête 
devrait  donc  porter  essentiellement  sur  les  points  suivants  : 

1*  La  mortalité  après  les  opérations  chirurgicales  est-elle  égale  dans  tous  les 
pays,  ou  varîe-t-elle  suivant  la  race  et  les  climats? 

2*  Les  affections  générales  qui  la  déterminent  se  montrent-elles  partout  avec 
la  même  fréquence  relative,  et  sous  les  mêmes  formes  pathologiques? 

3*  Au  cas  où  des  différences  notables  seraient  constatées,  la  part  faite  à  la  race 
et  au  climat,  quel  rôle  conviendrait-il  d'assigner  au  régime,  aux  modes  de  panse- 
ment et  de  traitement,  à  l'hygiène  générale?  etc. 

I^s  réponses  à  ces  questions  difQciles  et  importantes  devront  être  basées,  autant 
que  possible,  non  sur  des  impressions  ou  des  souvenirs,  mais  bien  sur  des  docu- 
ments statistiques  suffisamment  explicites,  et  recueillis  avec  toute  la  Hgueur  de  la 
science  contemporaine. 

QUESTION  m. 

EST-IL   POSSniLB   DE   PROPOSER   AUX   DIVERS   GOUVERNEMENTS   QUELQUES    MESURES   EFFICACES 
POUR    RESTREINDRE   LA   PROPAGATION    DES   MALADIES   VÉNÉRIENNES? 

Les  droits  de  la  liberté  individuelle  imposent  à  la  discussion  de  cette  question 
des  limites  naturelles  qu'elle  ne  peut  pas  franchir.  La  solution  du  problème  ne 
sera  donc  pas  cherchée  dans  une  pénalité  nouvelle,  applicable  aux  individus  qui 
îivent  sous  la  loi  civile  commime.  Mais,  dans  un  autre  ordre  d'idées,  l'examen  des 
points  suivants  donnera  vraisemblablement  lieu  à  des  conclusions  fructueuses. 

L'influence  respective  des  diverses  espèces  de  prostitution  sur  la  propagation 
des  maladies  vénériennes  n'est  qu'imparfaitement  connue.  Or,  c'est  là  une  sorte 
de  question  préalable  dont  l'importance  n'est  pas  douteuse.  Si,  en  efl^et,  des 
documents  positifs  de  provenances  diverses  démontraient  qu'il  existe  à  cet  égard 
des  différences  considérables  entre  la  prostitution  tolérée  ou  réglementée  et  la 
prostitution  clandestine,  ces  renseignements  précis  pourraient  être  le  point  de 
départ  de  mesures  administratives  nouvelles,  qui,  légitimées  à  l'avance  par  l'ob- 
servation scientifique,  seraient  déjà  par  elles-mêmes  un  véritable  progrès. 

Quels  que  soient  au  surplus  les  résultats  de  cette  enquête,  un  fait  est  dès 
aujourd'hui  bien  certain,  c'est  que  la  surveillance  de  la  prostitution  est  insuffi- 
sante au  point  de  vue  de  la  santé  publique.  Un  contrôle  plus  efflcace  est  donc 
nécessaire,  et  il  y  a  lieu  d'examiner  les  meilleurs  moyens  de  Tobtenir. 

U  ne  sera  pas  moins  opportun  de  rechercher  si  quelques  mesures  spéciales 
peuvent  être  appliquées  aux  soldats  et  aux  marins;  car  en  tous  pays  ces  grandes 
agglomérations  d'hommes  constituent  des  foyers  de  contagion,  dont  la  puissance 
exceptionnelle  est  depuis  longtemps  connue. 

Telles  sont  les  principales  questions  que  soulève  cet  important  problème 
d'hygiène  publique.  Si  quelques  conclusions  rigom*euses  sont  formulées  sur  l'un 
ou  l'autre  de  ces  points,  les  délibérations  du  Congrès  pourront  servir  de  base  à  des 
propositions  motirées^  soumises  à  l'examen  des  gouvernements. 


8  COKGRËS  MÉDICAL  INTBBNATIONAL. 

QUESTION  IV. 

DE  l'influence  DE  l'aUMENTAHON   USXTÛE  DANS  LES  DIFTÉRENTS  PAYS  SUR  LA  PRODCCnON 

DE   CZBTAINES   MALADIES. 

Le  rôle  de  l'alimentation  dans  la  production  des  maladies  n'est  pas  contesté. 
Mais^  en  raison  même  de  l'intérêt  qu'il  présente  et  des  nombreuses  questions 
qu'il  soulève,  ce  sujet  est  trop  vaste  pour  êti*e  traité  fructueusement  dans  son 
ensemble;  aussi  la  commission  a-t-elle  jugé  utile  de  le  circonscrii*e  entre  des 
limites  plus  étroites.  Dans  ce  but,  et  s'attacbant  de  préférence  aux  données  les 
moins  connues,  elle  a  .éliminé  du  programme  l'étude  des  boissons  et  de  l'alimen- 
tation insuffisante,  dont  l'action  morbigène  est  clairement  élucidée  ;  les  recher- 
ches seront  donc  bornées  à  l'alimentation  exclusive  et  à  l'alimentation  nuisible. 

Dans  le  premier  ordre  de  faits,  on  étudiera  les  maladies  accidentelles,  endé- 
miques ou  épidémiques,  qui  peuvent  résulter,  soit  de  l'alimentation  exclusive, 
végétale  ou  animale,  soit  de  l'usage  habituel  et  prépondérant  de  certaines  subsis- 
tances, et  Ton  s'efforcera  de  saisir  les  raisons  physiologiques  des  phénomènes 
morbides  qui  sont  ainsi  déterminés.  A  cette  même  classe  de  faits  appartiennent 
aussi  les  accidents  que  produisent  divers  modes  de  préparation,  la  fumure,  par 
exemple,  la  salaison  et  le  boucanage.  Corollaires  des  premiers,  les  faits  de  ce 
genre  ne  devront  pas  être  négligés. 

Sous  le  chef,  alimentation  nuisible,  la  commission  n'entend  pas  comprendre 
les  substances  vénéneuses  qui  peuvent  être  accidentellement  employées  comme 
aliments;  on  laissera  donc  absolument  de  côté  les  empoisonnements  produits  par 
les  champignons,  par  les  baies  de  belladone,  par  exemple,  ou  par  certains  pois- 
sons constamment  toxiques.  On  limitera  l'examen  aux  altérations  spontanées  des 
substances  végétales  et  animales;  on  élucidera,  s'il  se  peut,  la  nature  de  ces  alté- 
rations; on  recherchera  les  conditions  de  temps  et  de  lieu  qui  les  favorisent,  et 
l'on  décrira,  en  s' appuyant  sur  des  faits  positifs,  les  maladies  que  l'aliment  ainsi 
altéré  peut  amener  chez  l'homme.  On  s'efforcera,  en  outre,  de  déterminer  Faction 
pathogénique  respective  de  l'alimentation  exclusive  et  de  l'alimentation  nuisible 
sur  certaines  maladies,  la  pellagre,  par  exemple,  dont  l'étiologîe  n'est  pas  encore 
parfaitement  ûxée. 

Ainsi  entendu,  le  programme  embrasse  les  éléments  les  plus  obscurs  du  pro- 
blème; aussi,  bien  que  limité,  il  présente  une  utilité  réelle  et  pour  la  science  et 
pour  la  pratique. 

QUESTION  V. 

DE   l'influence  DES   CLIMATS,    DES    RACES   ET   DES   DIFFÉRENTES   CONDITIONS   DE   LA  VIE 

SUR   LA   MENSTRUATION   DANS  LES   DIVERSF3   CONTRÉES. 

L'âge  de  la  première  menstruation  et  l'époque  de  la  ménopause  varient  sui- 
vant les  climats,  les  races  et  le  genre  de  vie.  Le  but  de  la  question  proposée  est  sur- 
tout de  déterminer  la  part  de  ces  trois  ordres  d'influences,  à  l'aide  d'observations 
recueillies  dans  des  conditions  diverses,  et  ramenées  cependant  à  des  termes 
comparables. 

Les  documents  qui  existent  jusqu'ici  dans  la  science  ne  sont  peut-être  pas  assez 
nombreux  et  assez  variés  pour  permettre  de  résoudre  dès  maintenant  cette  ques- 
tion compliquée  ;  mais  la  solution  pourra  ressortir  du  rapprochement  des  mé- 
moires présentés  au  Congi'ès  par  les  médecins  des  divers  pays. 


iinnoDucTiON. 


Saut  prétendre  limiter  en  rien  le  cadre  de  leurs  recherches^  k'  Commission 
croit  deToir  leur  signaler  les  principaux  éléments  du  prohlème. 

Pour  apprécier  l'influence  du  genre  de  vie^  il  faut  comparer  entre  elles  plu- 
sieurs séries  de  femmes  appartenant  à  la  même  race  et  résidant  dans  le  même 
pays^  mais  vivant  dans  des  conditions  différentes.  Ces  séries  peuvent  aisément  se 
réduire  à  trois  :  les  femmes  de  la  classe  aisée^  les  ouvrières  et  femmes  pauvres 
des  villes,  et  les  paysannes.  Les  faits  connus  jusqu'ici  tendent  à  établir  que  l'âge 
moyen  de  la  première  menstruation  présente  dans  ces  trois  groupes  (qu'on  pour- 
rail  au  besoin  multiplier)  des  différences  assez  notables. 

La  condition  de  comparer  entre  elles  des  femmes  de  même  race  se  réalise  assez 
rarement,  dans  toute  sa  rigueur,  dans  les  pays  habités  par  les  races  d'Europo.  La 
plupart  des  populations  européennes  de  l'ancien  et  du  nouveau  monde  sont 
issues  du  mélange  de  plusieurs  races,  plus  ou  moins  étroitement  fusionnées, 
mélange  qui  se  manifeste  par  la  variation  de  certains  caractères  extérieurs,  tels 
que  la  couleur  des  yeux  et  des  cheveux.  U  serait  donc  fori  intéressant  de  noter 
ces  caractères  anthropologiques  'dans  les  observations,  afin  de  pouvoir  établir 
dans  chaque  groupe  des  groupes  secondaires,  composés  d'éléments  aussi  compa- 
rables que  possible. 

L'influence  des  climats  sur  les  phénomènes  de  la  menstruation  ressortira  de 
rétttde  de  femmes  de  la  même  race,  vivant  sous  des  climats  différents  et  dans 
des  conditions  sociales  à  peu  près  équivalentes. 

Enfin,  les  observateurs  fixés  dans  des  pays  habités  par  des  races  bien  distinctes 
pourront,  en  établissant  des  groupes  basés  à  la  fois  sur  les  conditions  précédem- 
ment indiquées  et  sur  les  conditions  anthropologiques,  et  sans  négliger  l'étude 
importante  des  femmes  de  sang  mêlé,  résoudre  le  problème  de  l'influence  de  la 
race  sur  la  menstruation. 

fl  est  bien  entendu  que  l'étude  des  anomalies  de  la  menstruation,  considérées 
dans  leurs  rapports  avec  les  influences  sus-mentionnées,  rentre  directement  dans 
le  sujet  proposé  (1). 

QUESTION  VI. 

DE  l'aCXXIMATEMENT   DES   RACES   d' EUROPE   DANS    LES   PAYS  CHAUDS. 

Les  faits  relatifs  à  l'acclimatement  de  l'individu  ne  sont  pas  compris  dans  la 

(1)  Les  travaux  entrepris  dans  le  but  de  répondre  à  la  question  ne  peuvent  reposer  que  sur 
des  observations  particulières,  et  ne  peuvent  d'ailleurs  acquérir  toute  leur  importance  que  par 
le  rapproebement  qu'on  établira  entre  les  recherches  des  divers  auteurs  ;  il  est  à  désirer  que 
ces  recherches,  qui  seront  faites  dans  des  conditions  très-différentes,  soient  exécutées  suivant 
un  plan  uniforme.  Nous  invitons  donc  les  luteurs  à  annexer  à  leurs  mémoires  un  tableau 
d'obsenrations  individuelles,  qu'ils  pourront  aisément  disposer  dans  le  cadre  suivant  : 


3-* 

o 


Age. 


Condition 

«ociaie, 

profewion. 


Age 
délai'* 
menBtrua< 

tion. 


Ifenilma- 
lion 

régulière 
DU  irrégu- 
lière. 


Intenrallps 

des 
menstrua- 
tions. 


Durée 

de 

l'écoulo- 

ment. 


Mariée 

ou 

non. 


Nombre 

d'enfants 

et  de 

fausses 

couches. 


Age 
de  la 
méno- 
pause. 


I 

On  pourra  y  joindre  d'autres  renseignements  relatifs  à  la  taille,  à  la  couleur  des  yeux  et 
des  cheveux,  à  la  constitution^  etc. 

n  est  biea  entendu  que  chaque  bulletin  devra  être  accompagné  de  renseignements  sur  le 
liée  de  robsenratioa  (longitude,  latitude,  altitude^  température,  etc.). 


10  CONGRÈS  IfÊDICAt  IMTKBNATIONAL. 

question  proposée.  Les  hommes  d'Europe  ne  peuvent  s' établir  dans  les  pays  chauds 
sans  s'exposer  à  certaines  maladies  qui  accroissent  plus  ou  moins  leurs  chanees 
de  mortalité;  toutefois^  quelque  grands  que  soient  les  dangers  qu'ils  encourent, 
un  certain  nombre  d'individus  peuvent  y  échapper,  soit  à  la  faveur  d'une  fiexi* 
bilité  particulière  d'organisation,  soit  à  la  faveur  d'un  genre  de  vie  capable  de 
neutraliser  l'influence  nuisible  du  climat. 

On  évitera  de  confondre  ces  faits  individuels  avec  ceux  qui  se  rapportent  à  l'ac- 
climatement d'une  race.  Un  certain  nombre,  et  môme  un  grand  nombre  d'indi- 
vidus  acclimatés  ne  suffirait  pas  pour  prouver  racclimatement  de  la  race  à 
laquelle  ils  appartiennent,  car  il  peut  se  faire  que  leurs  descendants  n'échappent 
pas  aussi  bien  qu'eux  à  l'action  du  climat,  et  que  leur  postérité  soit  appelée  à 
s'éteindre>  comme  il  n'en  existe  que  trop  d'exemples»  au  bout  de  quelques  gêné* 
rations. 

Une  race  n'est  acclimatée  dans  un  pays  que  lorsqu'elle  peut  s'y  maintenir 
indéOniment  par  elle-même,  sans  se  croiser  avec  les  races  indigènes,  et  sans  re- 
cevoir de  la  mère  patrie  des  renforts  plus  ou  moins  fréquents.  Le  procédé  qui 
consiste  à  démontrer  l'acclimatement  d'une  race  dans  une  colonie  en  se  basant 
purement  et  simplement  sur  l'augmentation  du  chiffre  de  la  population,  est  donc 
tout  à  fait  défectueux.  L'arrivée  de  nouveaux  immigrants  peut  masquer  entière- 
ment les  effets  meurtriers  du  climat,  et  réaliser  un  accroissement  numérique  là 
où  la  colonie,  abandonnée  à  elle-même>  serait  menacée  d'une  extinction  pro- 
chaine. La  comparaison  de  la  natalité  avec  la  mortalité,  qui  est  cependant  le 
véritable  procédé  à  suivre,  n'échappe  même  pas  à  cette  cause  d'erreur,  attendu 
que  la  plupart  des  immigrants,  ayant  déjà  traversé  l'ftge  de  l'enfance,  qui  est  la 
période  la  plus  dangereuse  de  la  vie,  ne  figurent  en  général  sur  les  relevés  de 
population  qu'à  partir  du  nioment  où  ils  sont  en  état  de  procréer.  De  là  résulte 
la  nécessité  de  séparer  le  groupe  des  immigrants  de  celui  des  colons  nés  dans 
le  pays. 

Pour  qu'une  race  soit  complètement  acclimatée,  il  ne  suflit  pas  qu'elle  se 
maintienne  par  son  propre  sang;  il  faut  encore  qu'elle  puisse  subsister  par  son 
propre  travail,  en  cultivant.le  sol,  et  non  en  le  faisant  cultiver  par  des  individus 
d'une  autre  race.  L'acclimatement  subordonné  à  l'assujettissement  d'une  caste 
indigène  ou  exotique,  réduite  en  domesticité  ou  en  esclavage,  ne  peut  être  que 
temporaire,  comme  les  conditions  politiques  dont  il  dépend. 

Le  principal  but  de  la  question  présentée  au  Congrès  est  d'obtenir  des  docu- 
ments relatifs  à  l'accliniatement  complet  des  races  d'Europe  dans  les  pays  chauds. 
Toutefois  il  ne  sera  pas  sans  intérêt  d'étudier  les  conditions  à  la  faveur  desquelles 
les  races,  bien  que  n'étant  pas  complètement  acclimatées,  peuvent  du  moins  se 
maintenir  par  le  travail  d' autrui  dans  des  régions  chaudes,  où  elles  ne  poun'aient, 
sans  périr,  se  livrer  à  la  culture  du  sol. 

Sans  méconnaître  l'utilité  des  travaux  d'ensemble  qui  pourront  être  présentés 
au  Congrès  sur  la  question  proposée,  la  Commission  croit  devoir  demander  sui'- 
tout  des  mémoires  spéciaux  sur  l'acclimatement  de  tel  ou  tel  peuple  d'Europe 
dans  l'une  des  régions  chaudes  du  globe.  Elle  émet  le  vœu  que  chacun  de  ces 
mémoires  soit  accompagné  de  renseignements  aussi  complets  que  possible  sur  la 
géographie  médicale,  la  météorologie  et  la  climatologie  de  ces  régions. 


IMTRODOCTtOtf.  11 

QUESTION  VIL 

NS  EinoZOAIRBS  ST  DIS  BNT0PHYTK8  QUI  PEUTBNT  6S  DtVtLOPMA  CRtt  L'hoUICV. 

La  Commiiston,  en  propoiant  comme  sujet  d' étude  l'histoire  des  productions 
parasitaires  animales  et  Tégëtales,  a  été  guidée  dans  son  choix  par  l'importance 
des  recherches  entreprises  de  notre  temps. 

Les  traraux  sur  le  parasitisme  sont  si  nombreux  et  répondent  à  des  directions 
scientifiques  tellement  diverses^  que  la  première  préoccupation  de  la  Commission 
a  dû  être  et  a  été  de  limiter  son  programme.  Il  lui  a  paru  nécessaire  d'exclure 
les  notions  définitivement  acquises  et  déjà  sanctionnées  par  une  longue  expé^^ 
rience,  pour  laisser  de  plus  libres  développements  aux  problèmes  encore  indécis, 
et  qui  seuls  appellent  des  débats  fructueux.  C'est  en  se  conformant  à  cette  pensée, 
qu'elle  s'est  appliquée  à  restreindre  le  cadre  de  la  discussion. 

Les  espèces  parasitaires  qu'on  désigne  sous  le  nom  d'épiphytes  ou  d'épisoaires, 
et  qui  ont  pour  habitat  exclusif  l'enveloppe  cutanée  ou  les  membranes  muqueuses 
qui  conGnent  à  la  peau,  ont  été  l'objet  d'investigations  multipliées  ;  leur  histoire 
est  déjà  trop  près  d'être  complète  pour  se  prêter  à  une  exposition  nécessaire- 
ment abrégée. 

Les  parasites  animaux  qui  se  développent  dans  le  cours  de  quelques  maladies, 
intervenant  tout  au  plus  à  titre  de  complication,  et  reconnaissant  pour  antécé* 
dents  obligés  l'existence  préalable  d'une  lésion  locale  ou  générale^  n'ont  pas  paru 
davantage  devoir  figurer  dans  le  programme. 

Même  en  se  bornant  à  l'étude  des  espèces  qui,  importées  dans  l'économie, 
deviennent  des  causes  de  maladies  et  donnent  lieu  à  des  altérations  ou  à  des 
symptômes  particuliers  (spécifiques),  il  importe  de  réserver  la  première  place  à 
l'histoire  naturelle.  La  pathologie  occupe  provisoirement  le  second  rang,  parce 
qu'elle  ne  saurait  être  scientifiquement  constituée  que  du  jour  où  l'on  aura  des 
notions  positives  sur  la  genèse,  l'anatonde  et  la  physiologie  des  parasites. 

Les  considérations  relatives  à  l'hygiène  publique,  aux  mesures  de  police  médi- 
cale, sont  à  exclure  pour  les  mêmes  raisons. 

Les  espèces  animales  qui  ont  paru  devoir  fixer  surtout  l'attention  sont  celles 
qui,  sujettes  à  des  transfonnations  profondes,  ont  des  formes  extérieures,  des  ha- 
bitat et  des  modes  de  vivre  qui  varient  avec  les  périodes  de  leur  évolution;  celles 
surtout  qui  subissent  de  telles  métamorphoses,  qu'on  n'est  arrivé  qu'à  la  longue 
à  saisir  ou  à  entrevoir  la  continuité  de  l'individu  sous  la  diversité  de  ses  aspects. 
Ces!  dans  cet  ordre  d'idées  qu'ont  été  accomplies  les  découvertes  les  plus  méri- 
tantes de  notre  temps. 

Si,  au  lieu  de  s'arrêter  aux  maladies  dites  parasitaires,  on  prend  pour  point  de 
départ  l'étude  diî  parasite  lui-même,  il  est  évident  qu'on  ne  saurait  se  renfermer 
dans  la  pathologie  humaine.  Dans  le  cours  de  leur  migration  et  suivant  leur 
mode  d'existence,  les  parasites  de  Thomme  habitent  ou  peuvent  habiter  des 
espèces  animales  diverses,  et  y  accuser  leur  présence  pai*  des  symptômes  qui 
répondent  à  chaque  stade  de  leur  évolution. 

Se  renfermer  dans  l'histoire  des  parasites  chez  l'homme,  ce  serait  non-seu-^ 
lement  rompre  la  série,  mais  se  priver  des  moyens  d'investigation  que  fournissent 
les  animaux. 

La  question  du  parasitisme  ne  peut  être  résolue  que  par  des  recherches 


12  CONGBiS.  MfiDICAL  INTERNATIONAI. 

expëiimentales  initituées  dani  des  conditions  que  ne  comporte  pas  la  médecine 
humaine. 

La  Commission  insiste  expressément  sur  la  nécessité  d'appuyer  les  opinions 
émises  par  des  expériences  positives.  Ce  serait  trop  peu  que  d'exposer  les  faits 
dont  les  observateurs  ont  été  les  témoins^  et  qui  pour  la  plupart  sont  consignés 
dans  les  nombreuses  monographies  publiées  sur  la  matière.  11  importe  de  mettre 
sous  les  yeux  des  membres  du  Congrès  les  pièces  préparées,  des  épreuves  photo- 
graphiques, des  sujets  vivants,  de  répéter  autant  que  possible  les  expérimenta- 
tions, de  manière  à  fournir  à  la  fois  des  preuves  et  des  éléments  de  contrôle.  La 
seule  condition  pour  que  les  séances  du  Congrès  ne  fassent  pas  double  emploi  avec 
les  traités  dogmatiques,  c'est  de  mettre  sous  les  yeux  de  tous,  les  faits  et  les 
moyens  de  démonstration. 

Les  mêmes  principes  s'appliquent  à  l'histoire  des  parasites  végétaux  ou  des 
entophytes,  mais  ici  les  données  du  problème  sont  plus  complexes.  La  plupart 
des  espèces  végétales,  même  en  éliminant  ceUes  qui  se  fixent  sur  la  peau,  ne 
sont  que  des  productions  secondaires  développées  sur  des  tissus  déjà  altérés.  Elles 
n'expliquent  ni  la  genèse,  nkméme  le  processus  des  phénomènes  morbides,  et  ne 
peuvent  par  conséquent  servir  à  caractériser  une  maladie. 

L'importance  pathologique  des  entophytes  reste  bien  au-dessous  de  ceUe  des 
entozoaires.  Néanmoins,  comme  toutes  les  espèces  sont  loin  d'être  rigoureuse- 
ment définies,  il  est  à  désirer  qu'on  insiste  sur  la  classification,  en  appuyant  les 
descriptions  par  des  spécimens  et  des  pièces  microscopiques. 

Une  exhibition  des  types  contribuerait  plus  que  les  meilleures  descriptions  à 
vulgariser  des  connaissances  encore  peu  répandues. 

Ce  programme  a  été  reproduit  m  extenso  dans  tous  les  journaux  de  médecine  ; 
il  a  été  adressé  à  un  grand  nombre  de  médecins  et  de  sociétés  savantes  ;  et  à 
dater  de  ce  moment  le  chifiVe  des  adhésions,  croissant  de  jour  en  jour,  démontra 
clairement  l'intérêt  qu'avait  éveillé  chez  nos  confrères  des  deux  mondes  le  projet 
de  cette  grande  réunion  internationale  :  l'idée  avait  fait  son  chemin,  l'opportunité 
de  l'œuvre  était  admise,  le  succès  n'était  plus  douteux.  Pour  l'assurer  et  le 
grandir  encore,  le  Comité  résolut,  au  commencement  de  l'année  1867,  d'instituer 
des  correspondants  dans  les  principales  villes  de  la  France  et  de  l'étranger.  Cette 
mesure  avait  un  double  but  :  intéresser  directement  nos  conft'ères  à  la  réussite 
du  Congrès,  faciliter  les  adhésions  et  en  simplifier  le  groupement.  La  lettre  cir- 
culaire suivante  fut  la  conséquence  de  cette  résolution  du  Comité. 

«Paris,  27  mars  1867. 
»  Monsieur  et  très-honoré  confrère, 

»  Un  Congrès  médical  international  sera  ouvert  à  Paris  le  16  août  1867,  sous 
les  auspices  de  Son  Excellence  le  ministre  de  l'instruction  publique.  Recherchant 
la  meilleure  maixhe  à  suivre  pour  assurer  le  succès  de  l'œuvre,  le  Comité  central 
a  reconnu  qu'il  faut  avant  tout  demander  aux  médecins  de  la  province  et  de 
l'étranger  une  participation  active  à  l'organisation  du  Congrès,  et  que  la  voie  des 
délégations  est  à  la  fois  la  plus  simple  et  la  plus  sûre. 

»  A  la  suite  de  cette  délibération,  la  Commission  a  dressé  une  liste  de  délégués 
qui  ont  pour  mission  de  provoquer  et  de  recueillir  les  adhésions,  et  de  les  faire 
parvenir  au  Secrétaire  général  soussigné  ;  ce  mandat  n'impose  d'ailleurs  aucune 


INTHODUCTIOM.  13 

ohligalion  personnelle.  J'ai  l'honneur  de  tous  informer^  monsieur  et  cher  con- 
frère, que  vous  ayez  été  choisi  comme  correspondant  délégué  du  Comité  central. 
.Nous  espérons  que  vous  voudrez  hien  répondre  à  notre  appel  et  nous  aider  de 
votre  précieux  concours  dans  l'accomplissement  de  cette  œuvre  scientifique.  La 
liste  des  délégués  sera  prochainement  publiée,  et  dans  le  cas  où  vous  ne  pourriez 
accepter  la  mission  que  nous  sommes  heureux  de  vous  confier^  je  vous  prie  de 
m'en  instruire  aussitôt. 

«  Veuillez  agréer^  monsieur  et  très-honoré  confrère^  l'expression  de  ma 
considération  la  plus  distinguée. 

)>  Au  nom  du  Comité^ 

»  Le  Secrétaire  général^ 
»  Jaccoud.  » 

c  5.  £.  —  Aux  termes  de  l'article  3  des  statuts^  le  prix  de  la  souscription  pour 
les  médecins  français  est  de  20  francs  ;  les  médecins  étrangers  ne  sont  soumis  à 
aucune  contribution  pécuniaire,  i» 

Un  mois  plus  tard  la  liste  des  correspondants  était  définitivement  arrêtée  ;  elle 
a  été  publiée  dans  la  Gazette  hebdomadaire  des  12  et  26  avrils  et  nous  avons  à 
cœur  de  la  reproduire  ici^  car  par  leur  zèle  empressé  et  leur  dévouement  efficace^ 
ces  éminents  confrères  ont  acquis  des  droits  réels  à  la  reconnaissance  du  Comité 
d'organisation  et  du  Congrès  lui-même. 

CORRESPONDANTS   DÉLÉtfUÉS    FRANÇAIS. 

MM.  les  docteurs  : 
A».  —  Berger,  à  Bourg. 
Ai55£.  —  Guipon^  président  de  la  Société  locale,  médecin  en  chef  des  hôpitaux, 

à  Laon.  —  Bourbier ,  président  de  la  Société  locale,   à  Saint-Quentin.  — 

Missa,  président  de  la  Société  locale^  à  Soissons.  —  Lacaze,  à  Château-Thierry. 
Aluer.  —  Bergeon,  vice-président  de  la  Société  locale,  à  Moulin.  —  Vannaire, 

àGannat.  —  Coulhon,  à  Montluçon. 
Alpes  (Basses-).  —  Marcellin,  à  Digne. 
Alpes  (Hautes-).  —  Cornet,  à  Gap. 
Alpgs-Maiutimes.  —  Pressât,  à  Nice.  ^  Maure,  président  de  la  Société  locale, 

à  Grasse. 
AwÉcBE.  —  Benoit,  à  Privas. 

AiioBiKes.  —  Tirman,  à  Charleville.  —  Toussaint,  à  Mézières. 
ARiCœ.  —  Faure,  à  Foix.  —  Pauly,  président  de  la  Société  locale,  à  Pamiers. 
AcBE.  —  Pigeotte,  président  de  la  Société  locale,  à  Troyes.  —  Guichard,  président 

de  la  Société  médicale  de  l'Aube,  à  Troyes. 
AiDe.  —  Castela,  à  Carcassonne.  —  De  Martin  père,  président  de  la  Société 

locale,  à  Narbonne. 
AvcnoN.  —  Rozier,  président  de  la  Société  locale,  à  Rodez. 
BoucBe»-DD-RBÔNE.   —  pTofcsseur  Coste,  directeur  de  TÉcole  de  médecine,  à 

Marseille.  —  Professeur  Seux,  à  Marseille.  —  Professeur  Fabre,  secrétaire 

général  de  la  Société  impériale  de  médecine,  à  Marseille.  — •  Chapplain,  direc- 

teorde  V  Union  médicale  de  la  Provence,  à  Mai^seille. 
Calvun».  —  Professeur  Yastel,  directeur  de  l'École  de  médecine,  à  Caen.  — 

Professeur  Le  Prestre,  à  Caen. 


ik  CONGRÈS  MtMGAL  INTBENATIOÎIAL* 

Cantal.  --  Uourai»«€j  a  Aurillac. 

CBAnsirrE.  —  Eyriaud,  vice-préûdent  de  la  Société  locale^  chirurgien  en  chef  de 

l'hôpital^  à  Angouléme. 
Charente-Inf&rielhi,  -^  Sauvé,  président  de  la  Société  locale,  à  la  Rochelle. 
Cher.  '—  Lhonune,  président  de  la  Société  locale,  à  Bourges. 
CoRRjtzE.  •<-  Bardon»  à  Tulle. 

Corse.  —  Frasseto,  secrétaire  de  la  Société  locale,  à  Ajaccio. 
Côte-d'Or.  —  Professeur  Morlot,  directeur  de  l'Ecole  de  médecine»  à  Dijon. 

—  Professeur  Moyne,  à  Dijon.  —  Blanc,  président  de  la  Société  locale,  à 
Dijon. 

CÔTEs-DU*NoRp.  -^  Rault,  président  de  la  Société  locale,  à  Saint-Brieuc. 

Creuse.  —  Poissonnier}  vice-président  de  la  Société  locale,  à  Guéret. 

DoRDOGNE.  — Bardy-Delisle,  président  de  la  Société  locale,  chirurgien  de  l'hôpital, 
à  Périgueux. 

DouBs.  •—  Coutenot,  professeur  à  l'École  de  médecine,  à  Besançon. 

Drôme.  —  Bonnet,  secrétaire  de  la  Société  locale,  à  Valence. 

Eure.  —  Fortin,  président  de  la  Société  locale,  à  Évreu^. 

Eure-et-Loir.  —  Voyet,  président  de  la  Société  locale,  à  Chartres. 

Finistère.  —  CofTec,  secrétaire  de  la  Société  locale,  à  Quimper.  —  Penquer, 
président  de  la  Société  locale,  à  Brest. 

Gard.  —  CaseUes,  à  Nîmes.  —•  Serre,  correspondant  de  l'Académie  de  médecine, 
à  Alais. 

Garonne  (Haute-).  —  Professeur  Filhol,  directeur  de  l'École  de  médecine,  à  Tou- 
louse. —  Dieulafoy,  correspondant  de  l'Académie  ^de  médecine,  à  Toulouse. 

—  Bonncmaison,  à  Toulouse. 

Gers.  —  Molas,  président  de  la  Société  locale,  à  Auch. 

Girunpe.  —  Professeur  Gintrac,  père,  directeur  de  l'École  de  médecine,  à  Bor- 
deaux.-^Gintrac  (ils  etJeannel,  professeurs  i  l'École  de  médecine,  à  Bordeaux. 

—  Axain,  professeur  adjoint  à  l'École  de  médecine,  à  Bordeaux.  —  Dubreuilh, 
secrétaire  général  du  Congrès  de  Bordeaux.  —  Méran,  rédacteur  en  chef  de 
WnûM  médicale  de  la  Gironde ,  à  Bordeaux. 

Hérault.  —  Professeur  Bérard,  doyen  de  la  Faculté  de  médecine,  à  Montpel- 
lier. —  Bouisson,  Courty,  Fonssagrives  et  Martins,  professeurs  à  la  Faculté  de 
médecine,  à  Montpellier.  —  Jacquemet  et  Jaumc  fils,  rédacteurs  du  Monipelliei' 
médical^  à  Montpellier. 

Ille-e-t-Vilaine.  —  Professeur  Aussant,  directeur  de  l'École  de  médecine  ^  à 
Rennes.  —Toulmouche,  professeur  à  l'École  de  médecine  à  Rennes.  ^  Dayotj 
professeur  suppléant  à  l'École  de  médecine,  à  Rennes, 

Indre.  —  Pinault>  vice-président  de  la  Société  locale,  à  Chàteauroux. 

Indre-et-Loire.  —  Professeur  Herpin^  directeur  de  l'École  de  médecine,  à 
Tours.  —  DucIqs,  professeur  à  l'École  de  médecine,  à  Tours.  ^  Haime,  corres- 
pondant de  l'Académie  de  médecine,  à  Tours.  —  Bodin  (Loys),  à  Tours. 

Isère.  —  Professeur  Ârihei1-Dufresne>  directeur  4«  l'École  de  médecioej  à 
Grenoble. 

Jura.  —  Loiseau,  yice-préûdent  de  la  Société  locale,  à  Lon»«le*Saulnier. 

Landes.  «^  Duprat,  à  Mont-de-Marsan. 

Loir-et-Cher.  —  Bodin  (Ch.),  à  Blois,  • 

Loire.  —  Soviche,  président  de  la  Société  locale>  à  Saint-Étienne. 

Loire  (Haute-).  —  Vibert,  au  Puy. 


INnOBQCTlON.  15 

LomE-LNFÉRiEURB.  —  Pihan*l>ufeiUay  >  [profeMeur  à  l'École  de  médecine,  à 
fautes.  «^  Reurtaiu,  professeur  adjoint  à  TÉcoIe  de  médecine^  à  Nantes. 

Loiret.  — ■  Vallet,  correspondant  de  l'Académie  de  médecine,  à  Orléans.  — 
Huette,  président  de  la  Société  locale,  à  Montargis. 

Lot.  —  Caviole  fils,  à  Gahors. 

LoT-Er-GARO!fNB.  -^  Gottz,  secrëtaîTe  de  la  Société  locule,  à  Agen. 

Lozère.  -^  Chevalier,  à  Mende. 

MjU!Œ-Br-LoiRK.  -^  Professeur  Daviers,  directeur  [de  l'Ecole  de  médecine  , 
à  Angers. 

MiRCHi.  «^  Marin,  médecin  des  épidémies,  à  Saini-Lô.  -*-  Loyer,  secrétaire  de 
la  Société  locale,  à  Avranches.  »  Guiffard,  secrétaire  de  la  Société  locale,  à 
Cherbourg. 

Marne.  —  Titon,  à  Châlons-sur-Mame.  -^  Professeur  Maldan,  directeur  de 
l'École  de  médecine,  à  Reims.  —  Décès,  professeur  à  l'École  de  médecine,  à 
Reims.  —  Luton,  professeur  suppléant  à  l'École  de  médecine,  à  Reims. 

Marne  (Haute-).  —  Michel,  à  Ghaumont. 

Matenni.  —  Bucqueti  président  de  la  Société  locales  à  Laval.  —  Doisneau, 
Becrétaire  de  la  Sociélé  locale,  à  Lava). 

Mii'RTHE.  —  Professeur  Simonin,  directeur  de  l'École  de  médecine,  à  Nancy.  — 
Y.  Pansot  et  Démange,  professeurs  à  l'École  de  médecine,  à  Nancy.  —•  Puté- 
gnat,  correspondant  de  l'Académie  de  médecine,  à  Lunéville. 

Meus.  ^  Colson,  à  Bar*le«<Duc. 

MoRBiHA».  — '  Fouquet,  président  de  la  Société  locale,  à  Vannes. 

Moselle.  —  Dieu,  président  de  la  Société  locale,  à  Mets. 

NitvRE.  -^  Robert  Saint^^yr,  président  de  la  Société  locale,  à  Nevers. 

.Nord.  —  Professeur  Caaeneuve,  directeur  de  l'École  de  médecine,  à  Lille.  — 
Parise,  professeur  à  l'École  de  médecine,  à  Lille.  — >  Rey,  secrétaire  général  4o 
la  Société  centrale  de  médecine  du  Nord,  à  Lille.  —  Dasin,  chirurgien  de  l'hô- 
pital, à  Cambrai.  —  Bagnerîs  fils,  chirurgien  de  l'Hôtel-Dieu,  à  Douai.  —  Zan- 
dyck,  médecin  de  l'hôpital,  à  Dunkerque.  —  Decool,  membre  du  conseil  d'hy- 
giène, à  Hazebrouck*  —  Lejeal,  chirurgien  en  chef  de  l'hôpital,  à  Valenciennes. 

(hsE.  —  Colson,  correspondant  de  l'Académie  de  médecine,  à  Noyon. 

Or.se.  —  Damoiseau,  président  de  la  Société  locale,  à  Alençon. 

Pa<-de-Calais.  —  Professeur  Ledieu,  directeur  de  l'École  de  médecine,  à  Arras.— 
Lestocquoy,  professeur  à  l'École  de  médecine,  à  Arras. 

PtT-DE-Dôiie.  —  Bourgade,  professeur  à  l'École  de  médecine,  àClermont-Ferrand. 

PitHExÉEs  (Basses-).  —  Duboué.  à  Pau.  —  Lafont,  président  de  la  Société  locale,  à 
Bayonne. 

Pyrexees  (Hautes-).—  Dimbarre,  président  de  la  Société  locale,  à  Tarbes. 

Pth£.hee&-0iuentalb8.  —  Râteau,  à  Perpignan. 

RHi.*i  (Bas-).  —  Prof.  Ehrmann,  doyen  de  la  Faculté  de  médecine,  à  Strasbourg* 
^  Hirts,  Schûtienberger  et  Sëdillot,  professeurs  à  la  Faculté  de  médecine,  à 
Strasbourg.  — *  Essen,  rédacteur  en  chef  de  la  Qazetle  méâkak,  à  Strasbourg* 

fti&N  (Haut^).  -*•  Fourquet,  à  Colmar. 

HbÔ!7e.  —  Professeur  Glénard,  directeur  de  l'École  de  médecine,  à  Lyon.  — 
Teissier,  professeur  à  l'École  de  médecine,  à  Lyon.  *-*-  Desgranges,  professeur 
adjoint  à  l'École  de  médecine,  à  Lyon.  —  Ghauveau,  secrétaire  général  du 
Congrès  de  Lyon,  «»  Philipeaux,  à  Lyon,  -»  Rédacteurs  de  la  Gazette  médieaiê 
et  du  Journal  de  médecine  à  Lyon. 


16  CONGRÈS  MÉDICAL  INTERNATIONAL. 

Saône  (Haute-).  —  Voisard^  trésorier  de  la  Société  locale^  à  Vesoul. 

Saône-et-Loire.  —  Pemisset^  président  de  la  Société  locale^  à  Hftcon.  —  Cha- 
veyriat,  à  Chalon-sur-Saône.  • 

Sartre.  —  Bodereau,  au  Mans. 

Savoie.  —  Michaud^  secrétaire  de  la  Société  locale^  à  Chambéry. 

Savoie  (Haute-).  —  Lachcnal,  président  de  la  Société  locale,  à  Annecy. 

Seine-et-Marne.  —  Bancel  fils^  secrétaire  de  la  Société  locale,  à  Melun. 

Seine-Infêrieure.  —  Professeur  Leudet,  directeur  de  l'École  de  médecine,  à 
Rouen.  —  Duménil,  professeur  adjoint  de  l'École  de  médecine,  à  Rouen.  — 
Bouteiller,  secrétaire  général  du  Congrès  de  Rouen,  à  Rouen.  —  Maire,  vice- 
président  de  la  Société  locale,  au  Havre.  —  Lallemant,  à  Dieppe. 

Seine-et-Oise.  —  Maurice,  secrétaire  de  la  Société  locale,  à  Versailles.  — -  De- 
vouge,  à  Corbeil.  —  Bibard,  à  Pontoise. 

Sèvres  (Deux-).  —  Tondut,  secrétaire  de  la  Société  locale,  à  Niort. 

Somme.  —  Padicu,  professeur  à  l'École  de  médecine,  à  Amiens. 

Tarn.  —  Causse,  président  de  la  Société  locale,  à  Albi. 

Tarn-et-Garonne.  —  Rivairol,  président  de  la  Société  locale,  à  Montauban. 

Var.  —  Théus,  président  de  la  Société  locale,  à  Draguignan.  —  Professeur 
J.  Roux,  à  Toulon.  —  Professeur  Barrallier,  à  Toulon. 

Vaucluse.  —  Millet,  président  de  la  Société  locale,  à  Orange. 

Vendée.  —  Bouchet,  président  de  la  Société  locale,  à  Napoléon-Vendée. 

Vienne.  —  Professeur  Orillard,  directeur  de  l'École  de  médecine,  à  Poitiers.  «- 
Gaillard,  professeur  à  l'École  de  médecine,  à  Poitiers.  —  Chédevergne,  pro- 
fesseur suppléant,  à  Poitiers. 

Vienne  (Haute-).  -—  Professeur  Bardinet,  directeur  de  l'École  de  médecine,  à  Li- 
moges. —  Mazard,  professeur  à  l'École  de  médecine,  à  Limoges. 

Vosges.  —  Garnier,  président  de  la  Société  locale,  à  Épinal. 

Yonne.  —  Barbier,  à  Auxerre. 

ALGÉRIE. 

Alger.  —  Professeur  Patin,  directeur  de  l'École  de  médecine,  à  Alger.  —  Texier, 
professeur  à  l'École  de  médecine,  à  Alger.  —  Bertherand^  rédacteur  de  la 
Gazette  médicale  de  l'Algérie, 

Oran.  —  Dupuy,  médecin  de  l'hôpital  civil,  à  Oran. 

CORRESPONDANTS  DÉLÉGUÉS  ÉTRANGERS. 

ANGLETERRE. 
MM.  les  docteurs  : 

Londres.  —  Professeur  Thompson.  —  Beigel,  —  Gueneau  de  Mussy.  —  V.  de 
Mène,  chirurgien  des  hôpitaux,  rédacteur  de  the  Lancet  —  Roth.  ^  E.  Hart, 
A.  Wynter,  rédacteurs  du  BrUish  Med,  JounuU.  —  The  Medicai  Times  and  Gaz, 

Birmingham.  —  Professeur  Poster. 

LivËRPOOL.  —  Jnman,  médecin  de  Northern  Hospital.  —  The  lÀverpool  Med.  Chir. 
Beview. 

Shelton.  —  Bamard  Davis. 

EDIMBOURG.  —  Professeur  Hughes  Bennett.  —  r^  EditiUnirgh  Med.  Jùwmai. 

DuBUN.  —  Professeur  Stokes.  —  Kidd,  éditeur  de  the  DuhUn  quarteriy  Jcwmal  of 
Med.  Science.  — •  The  Dublin  Medic.  PresB. 


IlfTBODUCTION.  17 

AUTRICHE. 
ViEWE.  —  Professeur  Duchek.  —  Professeur  Oppolzer.  —  Professeui*  Rokitansky. 

—  Professeur  Sigmund.  —  M.  Benedikt.  —  Kraus^  rédacteur^  de  VAllgemeine 
medic.  Zeitung.  —  Pichler,  rédacteur  de  VAllgemeine  medk,  Zeitung.  —  Schott. 

—  Wertheim.  —  Wittelshoefer,  rédacteur  de  Wiener  medic,  Wocke^ischtift. 
PiuGCE.  —  Professeur  Halla,  rédacteur  de  Viei-teljahrschnft  fur  diepraht,  Heilk, 

GRAND-DUCHÉ  DE  BADE. 

Fribocrg  E.N  Brisgau.  —  i^ofesseur  Funke. 
Heidelberg.  —  Professeur  Friedreich. 

BAVIÈRE. 
McincH.  —  Professeur  Pfeufer. 

WcRZBURG.  —  Professeur  Bambcrger.  —  Professeur  de  Scanzoni. 
ERLJLNGE5.  —  Eïike,  Joumal  fùr  Kinderhronkhciten. 

HAMBOURG. 

Tûngel^  médecin  de  l'Hôpital  général. 

PRUSSE. 

Berlin.  —  Professeur  Frerichs.  —  Professeur  Griesinger.  —  Professeur  Liman.  -* 
Professeur  Virchow.  —  Behrend.  —  M.  Meyer.  —  Posner^  rédacteur  de 
BerHner  klinische  Wochenschrift»  —  A.  Goeschen^  rédacteur  de  Deutsche  Klinik. 

BoxTT.  —  Professeur  Naumann. 

BRESJku.  —  Professeur  Lebert.  —  Professeur  MiddeldorplT.  —  Professeur  Klopsch. 

FRA2ccroRT-4UR-MEiN.  —  Varrentfapp. 

GocTTiNGExS.  —  Professeur  Henle.  —  Professeur  Krausej 

Grqfswald.  —  Professeur  Bardeleben. 

Hjuj.e.  —  Professeur  Olshausen.  —  Professeur  Weber. 

Ha!cotre.  —  Krause. 

Km..  —  Professeur  Esmarch. 

RocnosBERG.  «-  Professeur  Hirsch. 

saJe. 

Drésdc.  —  Professeur  Richtcr.  —  Kûchenmeister. 

LfZPZiG.  —  Professeur  Crédé.  —  Professeur  Wagner.  —  Professeur  Wintet*.  — 

Professeur  Wunderlich. 
Ie:ia.  —  Professeur  Czermak. 

WURTEMBERG. 
TcRtKCEîc.  —  Professeur  Niemeyer. 

BELGIQUE. 

Brcxellcs.   —  Professeur  Crocq.  —  Fallot.  —  Van  Holsbeck.  —  Merchic, 

inspecteur  général  du  senicc  de  santé  militaire. 
Charleroi.  —  Boéns. 
Cotrtrai.  —  Dambre. 

ESPAGNE. 
MiDRu>.  —  Tejada  y  EspaSa^  directeur  de  el  Genio  med.  gutr.  —  Lopez  de  la 

Vega,  rédacteur  de  el  Genio  med,  quir,  —  Sanfrutos^  rédacteur  de  et  Siglo 

medico.  —  Zambrano^  rédacteur  de  la  Esparia  medica, 
ViLLADouD.  —  A.  Bercero^  rédacteur  de  la  Cancordia. 

GRÈCE. 
Atbéxes.  «  Calliburcès^  directeur  de  Ôlnic^jtfMtnv 


18  CONGRÈS  MimCAL  IHTBIMATIOMAL. 

HOLLANDE. 

AusniiOAM.  -^  Zeeman^  secrétaire  de  la  Société  médicale  dcfi  Pays-Bas.  —  Boo- 
gaard^  rédacteur  de  la  Ifeederlandsch  Tijdsehrift  voor  Geneeêkunde. 

HuuT.  —  Vogelvanger. 

ITÀUE. 

Florence.  -^  Professeur  M.  Schiff.  —  Galligo,  directeur  de  VlmparsUde.  —  Pro- 
fesseurs Buffalini  et  Puccinotti,  directeurs  de  to  Spvrimentale,  —  Bos. 

CoTRONE.  —  Cav.  Giuseppe  la  Caméra. 

Gênes.  —  Du  Jardin^  directeur  de  la  Uguria  mediea, 

MiL.\N.  —  G.  Strambio,  directeur  de  la  Gazz.  med,  Ualiana. 

Naples.  —  Professeur  Palasciano.  —  Professeur  de  Renû^  directeur  de  U  Filiatre 
Sebezio,  —  Pietro  Cavello,  rédacteur  d'tl  Morgagni, 

Palerme.  —  Professeur  Cav.  G.  Bandiera. 

Turin.  —  M.  le  président  de  rAcadémie  royale   de  médecine.  —  Professeur 
Moleschott.  —  Borelli,  directeur  délia  Gazz,  med.  Ualiana, 

ÉTATS  ROMAINS. 

Rome.  —  Attilio  Donarelli. 

PORTUGAL, 
LiPBONNK,  —  Professeur  Bartiosa*  —  Piofesseur  Alvarenga. 

PRINCIPAUTÉS  UNIES. 

BucHAREST.  —  Professeur  Davila. 

RUSSIE. 

Saint-Pétersbourg.  —  Professeur  Heyfelder.  -.  Kirch,  rédacteur  de  PêUrshwrgef 

med,  Zeitschr, 

SUEDE. 

Stockholm.  —  Berg,  chef  du  bureau  de  statistique, 

SUISSE. 
Berne.  —  Professeur  Valentin. 
Genève.  —  Lombard.  —  Baylon. 

TURQUIE. 
Constàntinople.  —  Professeur  Marroin,  médecin  sanitaire.  —  6a2€((e  médicale 
d'Orient.  —  Goudas,  directeur  de  H  Màtaaçt,  twv  'AOyivô^v. 

INDES. 
Calcutta.  —  Fayrer,  rédacteur  de  the  Indian  Armais  ofm^d.  &. 

ABiÊRIQUË. 
New-York.  —  Merrill.  —  The  American  Med.  Times.  ^  Kieinan,  rédacteur  d« 
JVeio-york  Médical  Press.  -  O'Meagher,  rédacteur  de  New^York  Médical  Press. 
—  Douglas^  directeur  de  American  Médical  Monihly. 
Philadelphie.  —  Hays,  dliecteur  de  the  American  Journal  ofthe  Med.  Se.  —  Butler, 
directeur  de  the  Med.  and  Snrg.  Reporter.  -  J.  Bell,  rédacteur  de  the  Médical 
£a;awmcr.— Atkinson,  rédacteur  de  the  North  American  Med.  Chir.  Beview. 
Belleville  (Canada).  —  CannilT. 

Charleston.  —  The  Charleston  Med  Chir.  Journal  and  heview. 
CmaNNATi.  -  Stevens,  Murphy ,  directeurs  de  the  CimsinnaH  LoMit  a$id  Observer. 
Atlanta.  —  Atlanta  Med.  and  Surg.  Journal. 
San-Francisco.  —  The  San  Francisco  Med.  Press. 
Pernambuco.  —  D'Aquino  Fonceca. 

AUSTRALIE. 

Melbourne.  —  The  Med.  and  SwrgiciU  Review. 


INTRODUCTION.  it 

Désireux  de  ne  rien  négliger  de  ce  qui  pouvait  contribuer  au  succès  de  Tceuvre^ 
nous  avons,  à  cette  époque,  commencé  des  démarches  auprès  des  Compagnies 
des  chemins  de  fer  français,  à  refifet  d'obtenir  une  réduction  de  prix  pour  les 
membres  du  Congrès.  Nos  instances  n'ont  pas  été  partout  favorablement  accueil- 
lies, quoique  les  chefs  du  service  médical  des  Compagnies  eussent  consenti  avec 
un  empressement  des  plus  méritoires  à  s'associer  à  nos  efforts;  malgré  l'interven- 
tion active  de  nos  éminents  confrères,  BIM.  Gallai'd,  Giboin  et  Devilliers,  les  Com- 
pagnies d'Orléans,  du  Midi,  de  l'Ouest  et  de  L^on  ont  refusé  toute  concession  ;  en 
ce  qui  concerne  la  ligne  de  Paris-Lyon,  ce  refus  a  été  d'autant  plus  regrettable, 
que,  sur  l'initiative  de  l'un  de  nos  délégués  à  Florence,  M.  le  docteur  Galligo^  la 
Société  des  chemins  de  fer  de  la  haute  Italie  avait  généreusement  accordé  une 
réduction  de  1^5  pour  100  sur  toute  l'étendue  de  son  réseau  (1). 

Fort  heureusement  les  Compagnies  de  l'Est  et  du  Nord  se  sont  montrées  plus 
libérales»  et  à  notre  demande,  appuyée  par  MM.  les  docteurs  Ouhnont  et  Gros, 
elles  ont  répondu  par  une  réduction  de  50  poui*  100  sur  le  tarif  ordinahre.  Nous 
saisissons  avec  empressement  cette  occasion  de  leur  témoigner  publiquement 
notre  reconnaissance;  elle  est  d'autant  plus  vive,  que  la  gracieuse  courtoisie  de 
MM.  les  Administi-ateurs  a  singulièrement  rehaussé  à  nos  yeux  la  faveur  qui  nous 
était  accordée.  M.  de  Rothschild,  directeur  de  la  Compagnie  du  Nord;  M.  Cousin, 
ingénieur,  chef  de  l'exploitation  de  la  même  ligne,  et  M.  Jacquemin,  directeur 
de  l'exploitation  du  chemin  de  l'Est,  voudront  bien  recevoir  l'expression  de  notre 
gratitude,  car  ils  Ont  contribué  autant  qu'il  a  été  en  eux  à  la  réussite  du  Congrès. 

Au  mois  de  mai  1867,1e  Comité  organisateur  du  Congrès  de  Bordeaux,  désireux 
de  resserrer  les  liens  qui  l'unissaient  déjà  au  Congrès  de  Paris,  et  de  lui  donner 
une  preuve  efficace  de  sa  généreuse  sympathie,  fonda  un  prix  consistant  en  une 
médaille  d'or  de  la  valeur  de  600  francs,  pour  le  meilleur  travail  présenté  sur 
l'une  des  questions  du  programme.  11  fut  décidé  d'un  commun  accord  que  ce 
prix  serait  décerné  par  le  Comité  de  Paris,  assisté  de  M.  le  docteur  Dubreuilh, 
secrétaire  général  du  Congrès  de  Bordeaux,  et  de  deux  membres  du  Comité  de 
cette  ville  :  MM.  Henri  Ginti'ac  et  Sarramea  ont  été  associés  dans  ce  but  à  M.  Du- 
breuilh. Dans  la  dernière  séance  du  Congrès,  cette  commission  mixte  a  décerné  le 
prix  à  l'unanimité  à  M.  le  docteur  Bourgade,  professeur  adjoint  à  l'école  de  Cler- 
mont-Ferrand,  pour  son  travail  Sur  les  acàdefUs  généraux  qui  erUrainent  la  mort 
après  les  opérations  chirvargicales.  Ce  mémoire  est  imprimé  in  extenso  dans  ces  Actes, 
et  nous  ne  doutons  pas  que  la  lecture  ne  sanctionne  un  jugement  qui  fut  accueilli 
par  les  applaudissements  répétés  de  l'assemblée. 

Enfin,  au  couuuencement  de  juillet,  des  lettres  ont  été  adressées  aux  ministres 
de  l'instruction  publique  des  principaux  États  de  l'Europe,  à  l'effet  d'appeler 

(1)  yçki  la  lettre  de  concession  : 

c  MiBitlên  dn  tmmix  publics  d*lUUe. 

»  Florence^  6  août  1867. 

»  Monsieur  le  docteur  Galligo, 
9  En  réponse  à  la  letue  qu'en  qualité  de  délégué  étranger  de  la  Commission  centrale 
di  Congrès  médical  international  de  Paris,  vous  aves  envoyée  à  ce  ministère  en  date  du 
2i  juillet  le  soussigné  a  Tavantage  de  vous  annoncer  que  la  Société  des  chemins  de  fer  de 
la  haute  Italie  a  accordé  un  rabais  de  àb  pour  100  aux  médecins  italiens  qui  se  rendront  au 
Congrès  médical  international  de  Paris,  depuis  le  7  courant  jusqu'au  6  de  septembre  prochain. 

»  Pour  le  commissaire  général, 

»  Signé  OBEHTY.  • 


20  CONGRÈS  MÉDICAL  INTERNATIONAL. 

directement  leur  attention  sur  cette  grande  réunion  médicale  et  de  leur  en  faire 
connaître  le  progi*amme.  L'accueil  fait  à  cette  notification  en  a  démontré  l'oppor- 
tunité ;  plusieurs  de  ces  hauts  fonctionnaires  ont  bien  voulu  accepter  le  titre  de 
membres  honoraires  du  Congres^  et  s'y  faire  représenter  par  des  délégués  officiels. 

Ainsi  préparé,  le  Congrès  fut  ouvert  le  16  août,  à  deux  heures,  dans  le  grand 
amphithéâtre  de  l'École  de  médecine,  décoré  à  cette  occasion  des  drapeaux:  de 
toutes  les  nations  représentées  dans  cette  enceinte.  Le  nombre  des  membres 
fondateurs  a  été  de  333;  celui  des  membres  adhérents  s'est  élevé  à  589;  en 
outre,  trois  cents  cartes  avaient  été  distribuées  à  MM.  les  élèves  en  médecine  :  de 
sorte  qu'on  peut  évaluer  à  un  minimum  de  1200  le  chiffre  des  confrères  qui  se 
sont  associés  aux  travaux  du  Congrès. 

Après  la  clôture,  qui  a  eu  lieu  le  28  août,  le  Comité  d'organisation,  en  vertu  de 
l'article  12  des  statuts,  a  repris  ses  fonctions  pour  procéder  à  la  publication  des 
Actes  du  Congrès  ;  le  dévouement  et  le  désintéressement  de  nos  habiles  éditeurs, 
MM.  Asselin  et  Masson,  nous  ont  grandement  facilité  cette  tâche,  et  nous  ne  vou- 
lons pas  terminer  cette  notice  historique  sans  leur  expiimer  hautement  notre 
reconnaissance. 

Au  nom  du  Comité, 

Le  Secrétaire  général, 

Jaccold. 


CONGRÈS  MÉDICAL  INTERNATIONAL 


DE  PARIS 


MEiMBRES  HONORAIRES. 

Belgique.  —  S.  Exe.  M.  de  Peereboom^  ministre  de  l'intérieur  et  de  l'instruc- 
tion publique. 

FL&3kCE.  —  S.  Exc.  M.  Duruy,  ministre  de  l'instruction  publique^  président  ho- 
Doniire  du  Congrès. 

Hollande.  —  S.  Exc.  M.  Heemskerk^  ministre  de  l'intérieur  et  de  l'instruction 
publique. 

Portugal.  —  S.  Exc.  M.  Ferrao  Mertens^  ministre  de  l'intérieur  et  de  l'instruction 

publique.  ^ 

—  S.  Exc.  le  comte  d'Avila,  vice-président  de  l'Académie  royale  des 

sciences  de  Lisbonne. 

Prisse.  —  S.  Exc.  le  comte  de  Muehler^  ministre  des  cultes^  de  l'instruction 
publique  et  des  afîaires  médicales. 

Russie. — S.  Exc.  M.  Dmitry^  comte  Tolstoy^  ministre  de  l'instruction  publique. 


DÉI^GUÉS  DES  GOUVERNEMENTS. 


Bahére.  —  M.  le  docteur  F.  Seitz,  professeur  à  la  Faculté  de  Munich. 

Belgique.  —  M.  le  docteur  Crocq^  professeur  à  la  Faculté  de  Bruxelles. 

Frakœ.  — M.  le  docteur  Denonvilliersy  inspecteur  général  de  l' Université^  pro- 
fesseur à  la  Faculté  de  Paris. 

Portugal.  —  M.  le  docteur  A.  M.  Barbosa^  professeur  à  la  Faculté  de  Lisbonne^ 

médecin  du  roi. 
Pkc?^.  —  11.  le  docteur  Frerichs,  conseiller  privé,  professeur  à  la  Faculté  de 

Berlin. 


22  CONGRES  MÊDICAt  INTERNATIONAL. 


r  9 f_ r r 


DELEGUES  DES  SOCIETES  SAVANTES 


AMÉRIQUE. 

AssùciaJtion  médicale  de  l'État  de  Califorme  :  docteur  Thomas  M.  Logan,  de  Sacra- 
mento. 

Collège  médico-chirurgical  du  Canada  :  docteur  Hingston,  de  Montréal. 

CoUége  médical  de  Chicago  :  professeurs  Edmond  Andrews,  F.  W*  Fner. 

Rush  Médical  Collège  à  Chicago  :  professeur  J.  W.  Freer. 

Collège  médical  de  Galveston  :  professeur  GreensyiUe  Dowell. 

Association  médicale  américaine  du  comté  de  Johns&n,  dans  l'Etat  de  lowa  :  docteur 
WiUiam  Vogt. 

Société  médicale  de  l'État  de  keniucky  :  docteurs  ïh.  Ë.  Jenkins,  Lawrence  Smith, 
Lunsford  P.  Yandell. 

Université  de  là  Louisiane  :  ptofesseur  tobias  Richardson. 

Société  médicale  du  Massachusetts,  éistrict  de  Boston  :  doétéiii*é  Calvin  Ellis,  John 
Jeffiies,  G.  D.  Homàns. 

Société  médicak  du  Massachusetts ,  district  de  Suffolk  :  docteurs  Francis  Brown,  Ben- 
jamin Ck>âman,  Algemon  Gooledge,  John  Stearns.  John  E.  Tylér,  J.  B.  Upham» 

Académie  de  médecine  de  New-York  :  docteurs  Fordyee  Barker>  J.  Dalton^  C<  D. 
Smith. 

Société  médicale  de  l'État  de  Neu>-York  :  docteur  Thomas  G.  Brinsmade,  professeur 
J.  Dalton,  docteur  Druns,  professeur  J.  Ferguson,  professeur  J.  G.|Hutchinson, 
professeur  Alden  March,  docteur  E.  Stains,  docteur  A.  Thompson. 

Association  médicale  américaine  :  Fordyee  Barker,  de  New-York  5  docteurs  Brins- 
made,  de  New- York;  Brown-Séquard,  de  New-York;  J.  Hart,  de  New-York; 
N.  Pinkney,  médecin  de  la  marine  des  Etats-Unis;  Gh.  A.  Pope,  du  Missouri; 
Tyler,  du  Massachusetts;  Wilson  Jewell,  de  Pennsylvanie. 

Nouveau  collège  médical  de  Jefferson,  à  Ne\c-York  :  professeur  E.  R.  Maxson. 

AssociaHon  médicale  de  l'État  d'Ohio  i  docteur  Robert  R.  Mac  Ilvaine. 

Collège  des  médecins  de  Philadelphie  :  docteurs  W.  Lewis,  W.  J.  Norris^  Wilson 
Jewell. 

ConseU  de  santé  de  Philadelphie  :  docteur  Wilson  Jewell. 

Société  médicale  de  l'État  de  Rkode-lsland  :  docteur  G.  L.  Gollins,  de  Providence. 

Association  médicale  provinciale  de  Bhode-Island  :  docteur  G.  L.  Gollins,  de  Pro- 
vidence; 

ANGLETERRE. 

Société  médicale  de  Londres  :  docteur  Victor  de  Méric,  membre  du  collège  royal 

des  chirurgiens  d'Angleten'e. 
Briiish  Médical  Association  :  docteur  Ernest  Hart,  doyen  de  TÉcole  de  médecine 

de  St-Mary's  Hospital,  rédacteur  en  chef  de  the  British  Médical  Journal. 


TimiÔDtJCtlON.  2S 

ESPAGNE. 

Sûciéié  médicale  de  Madrid  :  docteurs  Cervera,  Delgado^  Gonzalez  Velasco. 
Académie  de  médecine  de  Grenade  :  docteur  Maestre  di  San  Juan. 

FRANCE. 

Société  de  médecine  de  Bordeaux  :  MM.  les  docteurs  Bonnet^  Delmas^  DubreuUh, 

secrétaire  général  du  Éongrès  de  Bordeaux;  Ménuii  Roner  et  Sarramea. 
Société  médico-chirurgicale  des  hôpitaux  et  hospices  de  Bordeaux  :  docteur  Denucé, 

président  de  la  Soqiétë^  professeur  à  l'École  de  médecine  de  Bordeaux. 
Société  des  sciences  médiccdes  de  Lyon  :  docteur  Chatin^  médecin  de  THÔtel-Dieu 

de  Lyon. 
Satiété  médicale  américaine  de  Paris  :  docteur  Johnston^ 
S'jrièté  de  médecùie  de  Bouen  :  docteur  BouteiÙer,  vice-président  de  la  Société  de 

médecine  de  Rouen  et  du  Congrès  de  Bordeaux,  secrétaire  général  du  Congrès 

de  Rouen. 

bOLLÀNDE. 

Société  médicale  des  Paj/s-Bùs  :  docteur  H.  C.  Basiilîg,  chifiii^gien  en  chef  dé  la 
forteresse  de  Berg-op-2oom. 

ItALtE. 

Académie  de  médecine  de  Turin  :  le  conmiandeur  professeur  Carlo  Demaria,  le 
commandeur  professeur  GioTanni  borelli,  le  chevalier  docteur  Giuseppe  Riz- 
letti. 

Académie  royale  des  sciences  de  Palerme  et  Société  de  vacdncUion  en  Sicile  :  docteur 
Frédéric  Lancia  di  Brolo. 

AmciaUon  médicale  italienne  :  le  chevalier  docteur  Pietro  Castiglioni,  vice-prési- 
dent de  la  commission  executive  à  Florence;  le  chevalier  docteur  Isaac  Galligo, 
vice-président  du  comité  médical  de  Florence,  rédacteur  en  chef  de  Ylmpar- 
ûak, 

Cimité médical  de  Chieli  :  professeur  de  Meis,  de  l'université  de  Pologne. 

Cijmité  médical  de  Pavie  :  docteur  F.  Casorati. 

TURQUIE. 

Sadèté  impériale  de  médecine  de  Constantinople  :  dbctéur  A.  Fauvel,  médecin  de 
THÔtel-Dieu,  à  Paris,  médecin  consultant  de  l'Empereur. 


24  CONGRÈS  MÉDICAL  INtERMATIONAL 


BUREAU  DU  CONGRÈS 


PRÉSIDENT. 

M.  Bouillaud,  professeur  à  la  Faculté  de  Paris,  membre  de  l'Académie  impériale 
de  médecine,  médecin  consultanl  de  l'Empereur. 

VICE-PRÉSIDENTS. 

Étranger.  MM.  Halla,  professeur  à  l'université,  de  Prague. 

—  Lambl,  professeur  à  Tuniversité  de  Kharkoff. 

—  De  Méric,  chirurgien  des  hôpitaux  ûe  Londres. 

—  Palasciano,  professeur  à  la  Faculté  de  Naples. 

—  Virchow,  professeur  à  l'université  de  Berlin. 

—  Vleminckx,  président  de  l'Académie  royale  de  médecine  de  Bel- 

gique. 
France.  .  MM.  Bérard ,  professeur  et  doyen  de  la  Faculté  de  Montpellier. 

—  E.  Gintrac,  directeur  de  l'Ëcole  de  médecine  de  Bordeaux. 

—  Baron  Larrey,  membre  de  l'Académie  impériale  de  médecine, 

chirurgien  de  l'Empereur. 

—  Ricord,  >ice-président  de  l'Académie  impériale  de  médecine. 

—  J.  Roux,  professeur  à  l'Ecole  de  médecine  navale  de  Toulon. 

—  Teissier,  professeur  à  l'Ecole  de  médecine  de  Lyon. 

SECRÉTAIRE   GÉNÉRAL. 

—  Jaccoud,  agrégé  à  la  Faculté  de  Paris,  médecin  de  l'hôpital 

Saint- Antoine. 

SECRÉTAIRE   TRÉSORIER. 

—  E.  Vidal,  médecin  de  l'hôpital  Saint-Louis. 

SECRÉTAIRES   PARTICULIERS. 

—  Bail,  agrégé  de  la  Faculté  de  Paris. 

—  Bricheteau,  chef  de  clinique  de  la  Faculté  de  Paris,  rédacteur 

en  chef  du  Bulletin  de  thérapeutique. 

—  Comil,  chef  de  clinique  de  la  Faculté  de  Paris. 

—  Desnos,  médecin  des  hôpitaux  de  Paris. 

—  H.  Gintrac,  professeur  à  l'Ëcole  de  médecine  de  Bordeaux. 

—  Proust,  agrégé  de  la  Faculté,  médecin  des  hôpitaux  de  Paris. 


INTRODUCIIOlf.  25 


LISTE 


DES  MEMBRES  FONDATEURS  ET  ADHÉRENTS 


MEMBRES  FONDATEURS. 

Abeille^  docteur  en  médecine  à  Paris. 

Alcantaray^octeur  en  médecine  à  Alger. 

Amussat,  docteur  en  médecine  à  Paris. 

Ancona  (d'}y  docteur  en  médecine  à  Paris. 

Auburtin,  docteur  en  médecine  à  Paris. 

Aujôas-Turenne,  docteur  en  médecine  à  Paris. 

Auioux,  docteur  en  médecine  à  Paris. 

Avrard,  docteur  en  médecine  à  la  Rochelle  (Charente-Inférieure). 

Axenfeld,  professeur  à  la  Faculté  de  Paris^  médecin  de  l'hôpital  Saint-Antoine. 

Azam,  professeur  à  TËcole  de  médecine  de  Bordeaux  (Gironde). 

Babu,  docteur  en  médecine  à  Clermont-Ferrand  (Puy-de-Dôme). 

BaU,  agrégé  de  la  Faculté  de  Paris,  secrétaire  du  Congrès. 

Barbier^  docteur  en  médecine  à  Auxeire  (Yonne)^  correspondant  délégué. 

Bairalliery  professeur  à  l'Ecole  de  médecine  navale  de  Toulon  (Var),  correspon- 
dant délégué. 

Barréy  docteur  en  médecine  à  Paris. 

Barthez  (E.),  médecin  de  l'hôpital  Sainte-Eugénie,  médecin  du  prince  impé- 
rial, membre  du  Comité  d'organisation. 

Barudel,  médecin-miyor  ^^  première  classe  à  l'hôpital  militaire  de  Lyon  (Rhône). 

Beauvais  (de),  docteur  en  médecine  à  Paris. 

Béciard  (J.),  secrétaire  de  l'Académie  impériale  de  médecine,   agrégé  de  la 
Faculté  de  Paris,  membre  du  Comité  d'organisation. 

Béhier,  professeur  à  la  Faculté  de  Paris,  médecin  de  l'hôpital  de  la  Pitié, 
membre  du  Comité  d'organisation. 

Beni-Barde,  médecin  de  l'établissement  hydrothérapique  d'Auteuil  (Seine). 

Bérard,  doyen  et  professeur  de  la  Faculté  de  Montpellier  (Hérault),  vice-prési- 
dent du  Congrès. 

Berchon,  médecin  principal  de  la  marine  militaire,  directeur  du  service  sani- 
taire de  la  Gironde. 

Bergeret*  docteur  en  médecine  à  Montigny-les-Arsures  (Jura). 

Berrut,  docteur  en  médecine  à  Paris. 

Bertet,  docteur  en  médecine  à  Cercoux  (Charente-Inférieure). 

Bertin  (E.),  docteur  en  médecine  à  Montpellier  (Hérault). 

Bertruid  de  Saint-Germain,  docteur  en  médecine  à  Paris. 

Bertulus,  professeur  adjoint  à  l'École  de  Marseille  (Bouches-du-Rhône). 


36  CONGRES  VÈtnCkt  lettBtlMATIONAt. 

Besnier,  médecin  des  hôpitaux  de  Paris. 

Billod^  directeur  de  Tasile  d'aliénés  de  Sainte-Gemmes  (Maine-et-Loire). 

Bitot,  professeur  à  l'École  de  médecine  de  Bordeaux  (Gironde). 

Blanc^  docteur  en  médecine^  président  de  la  Société  locale  à^Dijon  (Côte-d'Or), 
correspondant  délégué. 

Boinet,  docteur  en  médecine  à  Paris. 

Bole,  docteur  en  médecine  à  Gastelsarrasin  (Tam-et-Garonne). 

Bonnet^  docteur  en  médecine  à  Bordeaux  (Gironde). 

Boppc,  docteur  en  médecine  à  Nancy  (Mfeurthd). 

Bouchardat,   professeur  à  la  Faculté  de  Paris  ^  membre  du  Comité  d'organi- 
sation. 

Bouchut,  agrégé  libre  de  la  Faculté  de  Paris,  médecin  de  l'hôpital  des  Enfants. 

BouiUaud,  professeur  à  la  Faculté  de  l'aris,  président  du  Congrès. 

Bouisson,  professeur  à  la  Faculté  de  Montpellier. 

Bourdel,  agrégé  de  la  Faculté  de  Montpellier. 

Bourdon,  médecin  de  l'hôpital  de  la  Charité,  à  Paris. 

Bourgade,  professeur  à  l'École  de  médecine  de  Clemiont-Ferrand. 

Bouteiller,  docteur  en  médecine  à  Rouen,  sect*étau'e  généi*al  dU  Congrès  mé- 
dical de  cette  ville. 

Bricheteau,  chef  de  clinique  de  la  Faculté  de  Paris,  secrétaire  du  Congrès. 

Brierre  de  Boismont,  docteur  en  médecine  à  Paris,  maire-adjoint  du  11*  àtron- 
dissement. 

Broca  père,  docteur  en  médecine  à  Paris. 

Broca  (Paul),  professeur  à  la  Faculté  de  Paris,  chirurgien  de  Thôpital  Saint- 
Antoine. 

Brouardel,  docteur  en  médecine  à  Paris. 

Buot-Lalande,  docteur  en  médecine  à  Vire  (Calvados). 

Buttura,  docteur  en  médecine  à  Cannes  (Alpes-Maritimes). 

Cabanellas,  docteur  en  médecine  à  Paris. 

Cabanes,  docteur  en  médecine  à  Servian  (Hérault). 

Caron,  docteur  en  médecine  à  Paris. 

Caudmont,  docteur  en  médecine  à  Pans. 

Casenave,  médecin  honoraire  de  l'hôpital  Saint-Louis,  à  Paris. 

Cazeneuve,  directeur  et  professeur  de  l'École  de  médecine  de  Lille  (Nord). 

Cerise,  docteur  en  médecine  à  Paris. 

Chapplain,  chirurgien  des  hôpitaux  de  Marseille  (Bouche»-du-Rhône). 

Gharcot,  agrégé  de  la  Faculté  de  Paris,  médecin  de  la  Salpètrière. 

Chatin,  médecin  de  l'Hôtel-Dieu  de  Lyon  (Rhône). 

Chauveau,  professeur  adjoint  à  l'École  de  Lyon,  secrétaire  général  du  Congtès 
médical  de  cette  ville^  correspondant  délégué. 

Chazarain,  docteur  en  médecine  à  Bordeaux  (Gironde). 

Ghrestien,  proftescur  à  l'École  de  Lille  (Nord). 

Churchill,  docteur  en  médecine  à  Paris. 

CoUineau,  docteur  en  médecine  à  Paris. 

Colson,  docteur  en  médecine  à  Bar-le-Duc  (Meuse)^  colrespondailt  délé|ué; 

Colson,  docteur  en   médecine,   correspondant  de  T Académie  de  médeéiiie  & 
Noyon  (Oise),  délégué  du  Comité  d'organisation. 

Combal,  professeur  à  la  Faculté  de  Montpellier. 

Combes,  docteur  eil  médecine  à  Paris. 


lirftÔDtfGTtD!!.  27 

Contour,  docteur  en  médecine  à  PaH^. 

ComU,  chef  de  clinique  de  la  Faculté  de  PàriA,  ftéci'ëtaire  du  Congrès. 

Cortejarena,  chef  de  clinique  de  IIêl  Faculté  de  MadHd  (Ë^paghe). 

Coste,  dii^cteur  et  professeur  de  FËcôle  de  MArsèiUe  (BoUchësMiu^AhAne),  doN 
respondant  délégué. 

Costes,  professeur  à  l'École  de  Bordeaux  (Giiyjndë). 

Coty,  docteur  en  médecine  au  HâVre  (Selne^Ittférléui^e); 

Couillaud,  docteur  en  médecine  à  Ëpernay  (Marné); 

Coural,  docteur  en  médecine  à  Saint^^^hiniafi  (Hérault). 

Courty,  professeur  à  la  Faculté  de  Montpellier^  Correspondant  délégué. 

Coutenot^  professeur  à  TËcole  de  Besançon  (Doubs),  corrèspondAtit  délégué. 

Culmann,  docteur  en  médecine  à  Forbach  (Moselle). 

Cunéo,  médecin  de  première  classe  de  la  marine,  à  tbiilon  (Var). 

Czajewski,  docteur  en  médecine  à  Orléans  (Loiret). 

Dagrou,  directeur  de  l'asile  de  Préniontré  (Aisne). 

Décès,  professeur  à  Técole'  de  Reims  (Marne),  correspondant  délégué. 

Dechanibre,  rédacteur  en  chef  de  la  Gazette  hebdomadaire,  membre  da  Comité 
d'organisation. 

Delaplagne,  docteur  en  médecine  à  Paris. 

Delasiauve,  médecin  de  l'hospice  de  la  Salpétrière  à  Paris. 

Deleau,  docteur  en  médecine  à  Paris. 

Delmas,  docteur  en  médecine  à  Bordeaux  (Gironde). 

Delpech,  agrégé  libre  de  la  Faculté  de  Paris,  médecin  de  l'hôpital  Necker. 

Demarquay,  chirurgien  de  la  Maison  municipale  de  santé  à  PaHs. 

Denonrilliers,  inspecteur  général  de  l'Université,  professeur  de  la  Faculté  de 
Paris,  chiinirgicn  de  l'hôpital  de  la  Charité,  vice-présldént  du  Comité  d'organi- 
sation. 

Denucé,  professeur  à  l'école  de  Bordeaux  (Gironde). 

Dero,  docteur  en  médecine  au  Havre  (Seine-lnfôrieure). 

Desgranges,  professeur  adjoint  à  l'École  de  Lyoh,  correspondant  délégué. 

Desnos,  médecin  des  hôpitaux  de  Paris,  secrétaire  du  Congrès. 

Desprez,  docteur  en  médecine  à  Saint-Quentin  (Aisne). 

Désorraeaux,  chirurgien  de  l'hôpital  Necker,  à  Paris.        • 

Destouches,  docteur  en  médecine  à  Paris. 

Devergie,  médecin  honoraire  de  l'hôpital  Saint-Louis  à  PaHs. 

Derouge,  docteur  en  médecine  à  Corbeil  (Seine-et-Oise),  correspondant  délégué. 

Dimbarre,  docteur  en  médecine,  président  de  la  Société  locale  à  Tarbes  (Hautes- 
Pyrénées),  correspondant  délégué. 

Douan,  docteur  en  médecine  à  Dampierre  (Moselle). 

Doyen,  professeur  à  l'École  de  Reims  (Marne). 

Duboué,  docteur  en  médecine  à  Pau  (Basses-Pyrénées),  correspondant  délégué. 

Dubreuilb,  secrétaire  général  du  Congrès  de  Bordeaux,  coirespondant  délégué. 

Dubrisay,  docteur  en  médecine  à  Paris. 

Duchenne  (de  Boulogne),  docteur  en  médecine  à  Paril 

Duguet,  chef  de  clinique  de  la  Faculté  de  Paris. 

Dujardin-Beaumetz,  chef  de  clinique  de  la  Faculté  de  Paris. 

Dumas,  docteur  en  médecine  à  Paris. 

Duménil,  professeur  adjoint  à  l'École  de  Rouen  (Seine-Inférieure),  correspondant 
délégué. 


28  CONGRÈS  MÉDICAL  INTERNATIONAL. 

Duprë,  professeui'  à  la  Faculté  de  Montpellier  (Hérault). 

DupuYy  professeur  à  l'école  de  Bordeaux  (Gironde). 

Dupuy,  docteur  en  médecine  à  Festieux  (Aisne). 

Dupuy,  médecin  de  l'hôpital  civil  à  Cran  (Algérie),  coiTespondant  délégué. 

Dupuy,  docteur  en  médecine  à  Paris. 

Duroàery  docteur  en  médecine  à  Paris. 

Duval^  directeur  et  professeurde  l'École  de  médecine  navale  à  Brest  (Finistère). 

Duval  (V.),  docteur  en  médecine  à  Paiis. 

Ehrmann,  docteur  en  médecine  à  Mulhouse  (Haut-Rhin). 

EmpiSy  agrégé  libre  de  la  Faculté  de  Paiis^  médecin  de  l'hôpital  de  la  Pitié. 

Eyriaud^  chirurgien  en  chef  de  l'hôpital  d'Angoulême  (Charente) ,  correspondant 
délégué. 

Fabre,  professeur  suppléant  à  l'école  de  Marseille  (Bouches-du-Rhône),  corres- 
pondant délégué. 

Falize,  docteur  en  médecine  au  Havre  (Seine-Inférieure). 

Falret,  docteur  en  médecine  à  Paris. 

Fano^  agrégé  libre  de  la  Faculté  de  Paris. 

Fauvel  (A.),  médecin  de  l'Hôtel-Dieu  à  Paris. 

Fauvel  (Ch.),  docteur  en  médecine  à  Paris. 

Fauvelle,  docteur  en  médecine  à  Laoi:\  (Aisne). 

Favrot,  docteur  en  médecine  à  Paris. 

FoUin,  agrégé  libre  de  la  Faculté  de  Paris,  chirurgien  de  l'hôpital  Cochin, 
membre  du  Comité  d'organisation. 

Fonssagrives,  professeur  à  la  Faculté  de  Montpellier  (Hérault),  correspondant 
délégué. 

Fouquer,  président  de  la  Société  locale  à  Vannes  (Morbihan),  correspondant  dé- 
légué. 

Fremaux,  docteur  en  médecine  à  Paris. 

Fumouze,  docteur  en  médecine  à  Paris. 

Galezowski,  docteur  en  médecine  à  Paris. 

Gallard,  médecin  de  l'hôpital  Lariboisière,  à  Paris. 

Garin,  docteur  en  médecine  à  Lyon  (Rhône). 

Garnier,  président  de  la  Société  locale  à  Ëpinal  (Vosges),  correspondant  délégué. 

Garrigou-Desarènes,  docteur  en  médecine  à  Pai'is. 

Gavarret,  professeur  à  la  Faculté  de  Paris,  vice-président  du  Comité  d'organi- 
sation. 

Gérard,  docteur  en  médecine  à  Chàlons-sur-Marne  (Marne). 

Gibert,  docteur  en  médecine  au  Havre  (Seine-Infériem*e). 

Gintrac  (E.)^  directeur  et  professeui*  honoraire  de  l'École  de  Bordeaux,  président 
du  Congrès  de  cette  ville,  correspondant  délégué,  vice-président  du  Congrès. 

Gintrac  (H.),  professeur  à  l'École  de  Bordeaux,  correspondant  délégué,  secrétaii*e 
du  Congrès. 

Giraud^  docteur  en  médecine  à  Nice  (Alpes-Maritimes). 

Gombault,  médecin  des  hôpitaux  de  Paris. 

Gosselin,  professeur  à  la  Faculté  de  Paris,  membre  du  Comité  d'organisation. 

Gouraud,  docteur  en  médecine  à  Paris. 

Gourdin,  docteur  en  médecine  à  Paris. 

Gros,  docteur  en  médecine  à  Paris. 

Giiiby,  docteur  en  médecine  à  Paris. 


INTRODUCTION.  29 

Gublcr,  agrégé  libre  de  la  Faculté  de  Paris^  médecin  de  Thôpital  Beaujon. 

Gneneau  de  Mussy,  agrégé  libre  de  la  Faculté  de  Paris,  médecin  de  THôtel-Dieu. 

Guénioty  cbirurgien  des  hôpitaux  de  Paris. 

Guersaut,  chirurgien  honoraire  de  l'hôpital  des  Enfants,  à  Paris. 

Guipon,  médecin  en  chef  des  hôpitaux  de  Laon  (Aisne),  cori'espondant  délégué. 

Guyot,  médecin  des  hôpitaux  de  Paris. 

Gyoux,  docteur  en  médecine  à  Saint-Jean-d'Angély  (Charente-Inférieure). 

Hallequen,  docteur  en  médecine  à  Châteaulin  (Finistère). 

Hameau,  docteur  en  médecine  à  Arcachon  (Gironde). 

Hardy,  professeur  à  la  Faculté  de  Paris,  médecin  de  Fhôpital  Saint-Louis. 

Hcnrot,  professeur  à  TÉcole  de  Reims  (Marne). 

Hérard,.  agrégé  libre  de  la  Faculté  de  Paris,  médecin  de  l'hôpital  Lariboisière. 

Herpin,  directeur  et  professeur  de  T  École  de  Tours  (Indre-et-Loire),  correspon- 
dant délégué. 

Herschell,  docteur  en  médecine  à  Paris. 

Heurtaux,  professeur  adjoint  à  TÉcole  de  Nantes  (Loire-Inférieure),  correspondant 
délégué. 

Hillairet,  médecin  de  l'hôpital  Saint-Louis,  à  Paris. 

Hirtz,  professeur  à  la  Faculté  de  Strasbourg  (Bas-Rhin),  correspondant  délégué. 

Horteloup,  médecin  honoraire  de  l'Hôtel-Dieu,  à  Paris. 

Horteloup  fils,  docteur  en  médecine  à  Paris. 

Hubert,  docteur  en  médecine  à  Sommesous  (Mai*ne). 

Hugotj  docteur  en  médecine  à  Laon  (Aisne). 

Jaccoud,  agrégé  de  la  Faculté  de  Paris,  médecin  de  l'hôpital  Saint-Antoine., 
secrétaire  général  du  Congrès. 

iacquemety  agrégé  clc  la  Faculté  de  Montpellier,  correspondant  délégué. 

Jarjavay,  professeur  à  la  Faculté  de  Paris,  chh*urgien  de  l'hôpital  Beaujon. 

Jaume,  professeur  à  la  Faculté  de  Montpellier,  correspondant  délégué. 

Jaume  (A.)^  agrégé  de  la  Faculté  de  Montpellier,  correspondant  délégué. 

Jeannel,  professeur  à  l'École  de  Bordeaux,  rédacteur  en  chef  du  Journal  de  méde* 
me  de  Bordemix, 

Johnston ,  docteur  eu  médecine  à  Paris. 

Joulin,  agrégé  de  la  Faculté  de  Paris. 

Kœberlé,  agrégé  de  la  Faculté  de  Strasbourg  (Bas-Rhin). 

Kosciakewiz,  docteur  en  médecine  à  Rive-de-Gier  (Loire). 

Kowiski,  docteur  en  médecine  à  Cette  (Hérault). 

Labat,  professeur  à  l'École  de  Bordeaux  (Gironde). 

L&boulbène,  agi-égé  de  la  Faculté  de  Paris,  médecin  de  l'hôpital  Saint-Antoine. 

Ladaverie,  doctem*  en  médecine  à  Bordeaux  (Gironde). 

Ladreit  de  Lacharrière,  médecin  de  l'établissement  des  sourds-muets  à  Paris. 

Lagneau  fils,  docteur  en  médecine  à  Paris. 

LaUementj  docteur  en  médecine  à  Charleville  (Ardennes). 

Lancereaux,  chef  de  clinique  de  la  Faculté  de  Paris. 

Lanelongue,  professeur  à  l'école  de  Bordeaux  (Gironde). 

L^yre,  docteur  en  médecine  à  Ixxlève  (Hérault). 

Larrey  (baron),  chirurgien  de  l'Empereur,  médecin4nspecteur,  membre  du 
Conseil  de  santé  des  armées,  vice-président  du  Congrès^ 

Lasèguc,  professeur  à  la  Faculté  de  Paiis,  membre  du  Comité  d'organisation* 

Latour  (A.);  rédacteur  en  chef  de  VUrdm  médkale  à  Paris. 


80  CONGRES  MtOIGAl  lllTBRNATIONAL. 

Le  Cadre  (oncle)^  docteur  en  médecine  au  Havre  (Seine-Inférîeure). 

Lécorchë,  docteur  en  médecine  à  Paris. 

Lecygne^  docteur  en  médecine  à  Notre-DamchdQ^Iiesse  (Aisne). 

Le  Fort  (L.)^  agrégé  de  la  Faculté  de  Paris,  chinu*gien  de  Thôpital  du  Midi. 

Legouest,  professeur  au  Val-de-Gr4ce,  à  Paris. 

Lejeal,  chiiiirgien  en  chef  de  l'hôpital  de  Valenciennes  (Nord}>  correspondant 
délégué. 

Leroy-Duprc,  médecin  en  chef  de  rétablissement  bydrothérapique  de  BelleTue 
(Seine). 

Leudet,  directeur  et  professeur  de  l'École  de  Rouen  (Soine-Inférieure)^  corres- 
pondant délégué. 

LcYi  Pellegrino,  docteur  en  médecine  à  Paris. 

Levieux,  vice-président  du  Conseil  d'hygiène  de  Bordeaux  (Gironde). 

Lévy  Michel,  directeur  de  l'Ecole  de  médecine  du  Val-de-Gràce,  à  Pai'is. 

Uebermann,  docteur  en  médecine  à  Paris. 

Liebreicbf  docteur  en  médecine  à  Paris. 

Liégeois,  agrégé  de  la  Faculté  de  Paris,  chirurgien  des  hôpitaux. 

Linas,  docteur  en  médecine  à  Paris. 

Lionet,  docteur  en  médecine  à  Champueil  (Seine-«t«Oise). 

Uosa,  docteur  en  médecine  à  Bininoy  (Seino-et-Oise). 

Longet,  professeur  à  la  Faculté  dQ  Paris,  membre  4tt  l'Institut,  m«|iibr«  du 
Comité  d'organisation. 

Luton,  professeur  suppléant  à  l'Ëcol^de  Reims  (Marna)»  eorre^ndant  délégué. 

Luys,  médecin  de  l'hôpital  de  Lourcine,  à  Paris. 

Mabit,  professeur  à  l'École  de  Bordeaux  (Gironde), 

Magail,  professeur  adjoint  à  l'École  de  Marseille  (Bouchea-du-^btoe). 

Magitot^  docteur  en  médecine  à  Paris. 

Maire,  docteur  en  médecine^  vice-président  de  la  Société  locale  au  Havre  (Seine- 
Inférieure),  coiTOspondant  délégué. 

Maisonneuve,  chirurgien  de  l'Hôtel-Dieu,  à  Paris. 

Maldan,  directeur  et  professeur  de  l'École  de  Reims  (Marne). 

Malles,  docteur  en  médecine  à  Paris. 

Mandl,  docteur  en  médecine  à  Paris. 

Marchai,  de  Calvi,  agrégé  libre  de  la  Faculté  de  Paris. 

Margueritte,  docteur  en  médecine  au  Havre  (Sein^-lnférieure). 

Marjolin,  chirurgien  de  l'hôpital  Sainte-Eugénie,  à  Partes 

Marmisse,  docteur  en  médecme  k  Bordeaux  (Gironde). 

Dq  Martin,  pare,  pré9id<)nt  de  la  Société  locale  à  Narboime  (Aude)«  camnieBéaiit 
délégué. 

Martineauj  docteur  w  médecina  à  Paris. 

Mattei,  docteur  en  médecine  à  Paris. 

Maurice,  docteur  en  médecine  à  YarsaiU«s  (SniiMMt-^Msa),  oonespondiBi dé* 
légué. 

Mayer  (Al.),  docteur  en  médacin^  à  Paris. 

Mazard,  professeur  à  l'École  de  Limoges  (Haute-Vienne),  eorrespondaiii  délégué. 

Mage,  médecin  de  première  classe  de  la  marine,  à  Teulon  (Var). 

Méran,  rédacteur  en  chef  de  T  Vnm  médk4iU  d#  I0  Qvomk,  à  Bordeaux,  OMVes- 

pondant  délégué. 
Mercier  (Aug.),  docteur  en  médecine  k  Paria* 


INTROOUCTlOlf.  31 

Mesnet^  médecin  de  Thâpital  Saint*Antoine,  à  Paiis. 

Meyer  (E.),  docteur  en  médecine  à  Paris. 

Micé,  professeur  à  l'École  de  Boixleaux  (Gironde). 

Michel,  docteur  en  médecine  à  Chaumont  ( Haute <•  Marna),  correspondant  dé- 
légué, 

Millard,  médecin  de  l'hôpital  Saint-Antoine,  à  Paris. 

Milon,  docteur  on  médecin^  à  Paris. 

Moiiot,  directeur  et  professeur  de  rËcolc  de  Dyon  (Càte*d'Or),  correspondant 
délégué. 

Morpain,  docteur  en  médecine  à  Paiis. 

Mottet,  docteur  en  médecine  à  Paris. 

Mougeot^  docteur  en  médecine  à  Bar-Bur-*Aube  (Aube). 

Uoura  Bourouillou,  docteur  en  médecine  à  Paris. 

Moutard-Martin,  médecin  de  l'hôpital  Beaiûon^  à  Paris. 

Noguès,  docteur  en  médecine  à  Paris. 

Nonat,  médecin  de  l'hôpital  de  la  Ghaiité,  h  Paris. 

Odier,  docteur  en  médecine  à  Paris. 

Ollier,  chirurgien  des  hôpitaux  de  Lyon  (Hhône). 

Ore,  professeur  à  l'Ecole  de  Bordeaux  (Giit)ndd)» 

Otterbourgj  docteur  en  médecine  à  Paris. 

Oulmont,  médecin  de  l'hôpital  Lariboisière,  à  Paris. 

Papillaud,  docteur  en  médecine  à  Saujon  (Charcnte-Inférieura). 

Paquet,  docteur  en  médecine  à  Roubaix  (Nord), 

Pantaleoni,  docteur  en  médecine  à  Nice  (Alpes-Maritimes). 

Panse,  professeur  à  l'École  de  Ulle  (Nord)^  correspondant  délégué. 

Paul,  agrégé  dç  la  Faculté  dQ  Paris,  médecin  des  hôpitaux. 

Perrin  (E.-R.),  docteur  en  médecine  à  PariSj  secrétaire  général  de  la  Société 
médico-pratique. 

Pery,  docteur  en  médecine  à  Bagnères^e^Luchon  (Haute«Garonne). 

Petit,  docteur  en  médecine  à  Lille  (Nord). 

Petit,  docteur  en  médecine  à  Château-Thierry  (Aisne). 

Phiiipeaux,  docteur  en  médecine  à  Lyon  (Rhône)»  correspondant  délégué. 

Picard  (A.)^  docteur  en  médecine  à  Marseille  (Bouches-4u-Rhône). 

Pierre,  docteur  en  médecine  k  Autan  (Saône-et«Loire), 

Pillon,  docteur  en  médecine  k  Paris. 

Pinel-Grandchamp,  docteur  eu  médecine  à  Paris* 

Planche,  docteur  en  médecine  à  Montpellier  (Hérault)* 

Pla»e,  Q^édecin  yétérinaire  à  Niort  (Deux-Sèvres). 

Polaillon,  agrégé  de  la  Faculté  de  Paris. 

Porqu^tj  docteur  en  médecine  à  Vire  (Calvados). 

Potain,  agrégé  de  la  Faculté  de  Paris»  médecin  de  Vhôpital  N@cW« 

Pnmst,  agrégé  de  la  Faculté  de  Paris,  [médecin  des  hôpit^uxj  secrétaire  4u 

Congrès. 
Putégnat,  docteur  en  médecine,  correspond^ut  de  TAcadéinie  de  mëdçclue  à 

Lunévilltt  (Meurthe)5  correspondant  délégué. 
Py,  docteur  en  médecine  à  Narbonne  (Aude)- 
Raciborsldj  docteur  en  médecine  à  Paris;* 
Rames,  docteur  en  médecine  à  Aurillac  (Cwtat)* 
Rayer,  professeur  à  la  Faculté  de  Paris»  membre  de  l'Institut. 


32  CONGRÈS  MÉDICAL  INTERNATIONAL. 

Raynaud^  sigrégé  à  la  Faculté  de  Parb^  médecin  des  hôpitaux. 

Rech^  docteur  en  médecine  à  Paris. 

Reliquet^  docteur  en  médecine  à  Paris. 

Rey>  docteur  en  médecine  à  Lille  (Nord). 

Ricord^  chirurgien  honoraire  de  l'hôpital  du  Midi^  vice^résident  de  rAcadémie 
de  médecine^  vice-président  du  Congrès. 

Robin  (Ch.),  professeur  à  la  Faculté  de  Paris^  membre  de  l'Institut,  membre  du 
Comité  d'organbation. 

Roger,  agrégé  de  la  Faculté  de  Paris,  médecin  de  Thôpital  des  Enfants. 

RoUet,  chirurgien  des  hôpitaux  de  Lyon  (Rhône). 

Rousset,  professeur  à  F  École  de  Bordeaux  (Gironde). 

Roux  (J.),  directeur  du  service  de  santé  de  la  marine  à  Toulon  (Var),  rice-prési- 
dent  du  Congrès. 

Rozier,  docteur  en  médecine  à  Bordeaux  (Gironde). 

Sabatier,  agrégé  de  la  Faculté  de  Montpellier  (Hérault). 

Sarramea,  docteur  en  médecine  à  Bordeaux  (Gironde). 

Semelaigne,  docteur  en  médecine  à  Neuilly  (Seine). 

Seux,  professeur  à  l'école  de  MarseiUe,  correspondant  délégué. 

Shrimpton,  docteur  en  médecine  à  Paris. 

Simonin,  directeur  et  professeur  de  l'école  de  Nancy  (Meurihe),  correspondant 
délégué. 

Simonot,  docteur  en  médecine  à  Paris. 

Société  centrale  de  médecine  du  département  du  Nord. 

Sorbets,  docteur  eu  médecine  à  Aire-sur-l'Adour  (Landes). 

Sternberg,  docteur  en  médecine  à  Pessac  (Gironde). 

Tardieu,  professeur  à  la  Faculté  de  Paiis,  président  de  l'Académie  de  médecine, 
Ticfr-président  du  Comité  d'organisation. 

Tamier,  agrégé  de  la  Faculté  de  Paris,  chirurgien  des  hôpitaux. 

Tavemier,  docteur  en  médecine  à  Thonon  (Haute-Saône). 

Teissier,  professeur  à  l'École  de  Lyon  (Rhône),  correspondant  délégué,  ^ice- 
président  du  Congrès. 

Testelin,  docteur  en  médecine[à  Lille  (Nord). 

Texier,  professeur  à  l'École  d'Alger,  correspondant  délégué. 

Thierry,  docteur  en  médecine  à  Bar-le-Duc  (Meuse). 

Thomas  (A.),  professeur  à  l'École  de  Reims  (Marne), 

Thomas,  docteur  eu  médecine  à  Chatel-su>Moselle  (Vosges). 

Thuhé,  docteur  en  médecine  à  Paris. 

Titon,  docteur  en  médecine  à  Châlons-sur-Marne  (Marne),  correspondant  délé- 
gué. 

Tondut,  docteur  en  médecine  à  Niort  (Deux-Sèvres),  correspondant  délégué. 

Trencart,  docteur  en  médecine  à  Venins  (Aisne). 

Trollier,  docteur  en  médecine  à  Alger. 

Valcourt  (de),  docteur  en  médecine  à  Cannes  (Alpes-Maritimes). 

Valdès,  docteur  en  médecine  à  Paris. 

Vallet,  docteur  en  médecine,  correspondant  de  l'Académie  de  médecine  à  Or- 
léans (Loiret),  correspondant  délégué. 

Vast,  docteur  en  médecine  à  Vitry-le-François  (Marne). 

Vauquelin,  docteur  en  médecine  à  Paris. 

Vaussin,  docteur  en  médecine  à  Orléans  (Loiret). 


INTRODUCTION.  33 

Veroeuil,  agrégé  libre  de  la  Faculté  de  Paris,  chirurgien  de  l'hôpital  Lariboisiëre, 

membre  du  Comité  d'organisation. 
Vibcrt,  docteur  en  médecine  au  Puy  (Haute-Loire)^  correspondant  délégué. 
Vidal  (E.],  médecin  de  l'hôpital  Saint- Louis  à  Paris  ^  secrétaire -trésorier  du 

Congrès. 
VIgla,  médecin  de  THôtel-Dieu  à  Paris. 
Vi^y,  docteur  en  médecine  à  Pogny  (Marne). 
Villemin^  agrégé  de  l'École  du  Val-de-Gràce,  à  Paris. 
Walnié,  docteur  en  médecine  à  Chauny  (Aisne). 
Wûrtz,  doyen  et  professeur  de  la  Faculté  de  Paris^  membre  de  l'Institut^  membre 

du  Comité  d'organisation. 

MEMBRES  ADHÉRENTS. 

AMÉRIQUE. 

MM. 

Andrews  (E.),  professem*  à  Chicago  (États-Unis). 

Aquino  (d*)  Fonceca^  docteur  en  médecine  à  Pernambuco  (Brésil)^  correspondant 
délégué. 

Atkinson,  rédacteur  de  the  Nwth  Amencan  Med.  Chir.  Raiew,  à  Philadelphie 
Etats-Unis),  correspondant  délégué. 

Barker  (F.),  docteur  en  médecine  à  New-York  (États-Unis). 

Bell,  rédacteur  de  the  Med.  Examiner,  h  Philadelphie  (États-Unis),  correspondant 
délégué. 

Boswoeth,  docteur  en  médecine  à  Chicago  (États-Unis). 

Bowditch,  professeur  à  Boston. 

BHosniade  (Th.),  docteur  en  médecine  à  New-York  (États-Unis). 

Brown  (F.),  docteur  en  médecine  à  Boston  (États-Unis). 

Bro\(n-Séquard,  professeur  à  New-York  (États-Unis). 

Burdett,  docteur  en  médecine  à  Bellevillc  (Canada). 

Butler,  directeur  de  the  Med,  and  Surg.   Reporter,  à  Philadelphie  (États-Unis), 
correspondant  délégué. 

CannifT,  docteur  en  médecine  à  Belle viUe  (Canada),  correspondant  délégué. 

Codman,  docteur  en  médecine  à  Boston  (États-Unis). 

CoUins,  docteur  en  médecine  à  Providence  (États-Unis). 

Cooledge,  docteur  en  médecine  à  Boston  (États-Unis). 

Dalton  (J.),  professeur  à  New-York  (États-Unis). 

Douglas,  directeur  de  the  American  Med.  Monthly,  à  New-York  (États-Unis),  cor- 
respondant délégué. 

Dowell  (Gr.),  docteur  en  médecine  à  Galveston  (États-Unis). 

Downs,  docteur  en  médecine  à  New-York  (États-Unis). 

Druns,  docteur  en  médecine  à  New-York  (États-Unis). 

Duunham,  docteur  en  médecine  à  Saint-Louis  (États-Unis). 

Calon  (M.},  docteur  en  médecine  h  Pcaria  111  (États-Unis). 

Qlis  (C),  docteur  en  médecine  à  Boston  (États-Unis). 

Fenwick,  docteur  en  médecine  à  Montréal  (Canada),  directeur  du  Canada  Med. 
humai, 

Ferguson  (J.),  professeur  à  New-York  (États-Unis). 

Franklin  de  Amaral,  docteur  en  médecine  à  Rio-de-Janeiro  (Brésil). 

Freer,  professeur  à  Chicago  (États-Unis). 

3 


Zk  CONGRÈS  MÉDICAL  INTERNATIONAL. 

Hart  (J.),  docteur  en  médecine  à  New-York  (États-Unis). 

Hays  {l,)f  directeur  de  the  American  Journal  of  Med.  Se,j  à  Philadelphie  (Ëtats- 

Unis),  correspondant  délégué. 
Hébert»  docteur  en  médecine  au  Canada. 
Hingston»  docteur  en  médecine  à  Montréal  (Canada). 
Holcomb,  professeur  à  New-York  (États-Unis). 
Homans  (C.  D.)»  docteur  en  médecine  à  Boston  (États-Unis). 
Hutchinson»  professeur  à  New-York  (États-Unis). 
Hutchuys  (C.)»  docteur  en  médecine  à  Brooklyn  (États-Unis). 
iWaine  (R.  R.  M,),  docteur  en  médecine  à  Cincinnati  (États-Unis). 
JefTries  (L),  docteur  en  médecine  à  Boston  (Étals-Unis). 
Jenkins»  docteur  en  médecine  à  Louisville  (Kentucky). 
Jewell  (W.)»  docteur  en  médecine  à  Philadelphie  (États-Unis). 
Kieman»  rédacteur  de  the  New-Yor^  Med.  PresSy  à  New-York  (États-Unis)»  cor* 

respondant  délégué. 
Lewis  (W.)»  docteur  en  médecine  à  Philadelphie  (États-Unis). 
Logan  (Th.),  docteur  en  médecine  à  Sacramento  (Californie). 
March  (A.)»  professeur  à  New-York  (États-Unis). 
Maxson  (Ë.  R.)»  professeur  à  New-York  (États-Unis). 
Merrill»  docteur  en  médecine  à  New- York  (États-Unis). 

Murphy»  directeur  de  the  Cincinnati  Lawet  and  Observer,  à  Cincinnati  (États-Unis). 
Neftel»  docteur  en  médecine  à  Cincinnati  (États-Unis). 
Norris  (W.  J.),  docteur  en  médecine  à  Philadelphie  (États-Unis). 
O'Meagher»  rédacteur  de  the  Neio^Yorh  Med.  Press,  à  New- York  (États-Unis), 

correspondant  délégué. 
Pancoast»  professeur  à  Philadelphie  (États-Unis). 
Pereira»  docteur  en  médecine  à  Pernambuco  (Brésil). 
Peterzo»  docteur  en  médecine  à  Pernambuco  (Brésil). 
Pinckney  (N.)»  docteur  en  médecine  à  New-York  (États-Unis). 
Pope  (C.  A..),  docteur  en  médecine  à  Saint-Louis  (États-Unis). 
Potts  (L.)»  docteur  en  médecine  à  Belleville  (Canada). 
Pi*att»  docteur  en  médecine  à  New-York  (États-Unis). 
Ramirez»  docteur  en  médecine  à  Mexico  (Mexique). 
Ricard»  docteur  en  médecine  au  Canada. 

Richardson  (T.)»  professeur  à  TUniversité  de  la  Louisiane  (Etats-Unis). 
Rey  (H.)»  médecin  de  première  classe  de  la  marine,  miyor  à  bord  du  Phkgetcn 

(station  nayale  des  Antilles). 
Rodenstein»  docteur  en  médecine  à  New-York  (États-Unis). 
Sausa  Braga  (de)»  docteur  en  médecine  à  Bahia  (Brésil). 
Silva  (da)»  docteur  en  médecine  à  Pernambuco  (Brésil). 
Sims  (Marion)»  docteur  en  médecine  de  New-York  (États-Unis). 
Smith  (C.  D.)»  docteur  en  médecine  à  New-York  (États-Unis). 
Smith  (L.)»  docteur  en  médecine  à  Louisyille  (États-Unis). 
Stains  (E.),  docteur  en  médecine  à  New-York  (États-Unis). 
Stearns  (J.)»  docteur  en  médecine  à  Boston  (Ëtats-^nis). 
Stephenson  (U.),  docteur  en  médecine  àNew-Vork  (États-Unis). 
Stevens»  directeur  de    the  CincintioH  Lancei  and  Observer,  à  Cincinnati  (États- 

tJnis)»  correspondant  délégué. 
Thompson  (A.)»  docteur  en  médecine  à  New-York  (États-Unis). 


INTRODDCnON.  35 

Tyler  (J.),  docteur  en  médecine  à  Boston  (États-Unis). 

Iglesias,  docteur  en  médecine  à  Mexico  (Mexique). 

Ipham  (J.  B.),  docteur  en  médecine  à  Boston  (États-Unis). 

Vogt,  docteur  en  médecine  dans  l'État  de  lowa  (États-Unis). 

Warren,  docteur  en  médecine  à  Boston  (État»-Unis). 

Yandell  (L.  P.),  docteur  en  médecine  à  LouisYille  (États-Unis). 

ANGLETERRE. 

Alexander^  docteur  en  médecine  à  Halifax. 

Beigely  docteur  en  médecine  à  Londres,  correspondant  délégué. 

Beale  (Lionel),  professeur  à  Londres. 

Berkart,  docteur  en  médecine  à  Edimbourg. 

Bennett  (Hughes),  professeur  à  Edimbourg. 

Bini,  professeur  à  Londres. 

BoiTen,  docteur  en  médecine  à  Londres. 

Branthwaite,  docteur  en  médecine  à  Itrighington  (Ecosse). 

Brodhurst,  docteur  en  médecine  à  Londres. 

Buraey  Yeo,  docteur  en  médecine  à  Londres. 

Chapmann,  docteur  en  médecine  à  Londres. 

Chater,  docteur  en  médecine  à  Londres. 

Clarke  (A.),  professeur  à  Londres. 

Comwall,  docteur  en  médecine  à  Edimbourg. 

Cowie  (R.),  îles  Shetland  (Ecosse). 

(jyan  (R.),  professeur  à  Dublin. 

DaTis  (Bamard),  docteur  en  médecine  à  Shelton  (StafTordshire). 

Doagal  Mason,  docteur  en  médecine  à  Edimbourg. 

Down,  docteur  en  médecine  à  Londres. 

Drysdale,  docteur  en  médecine,  secrétaire  de  la  Société  Harvéienne  à  Londres. 

Dnnn,  docteur  en  médecine  à  Londres. 

Faire  (J.  D.),  docteur  en  médecine  à  Londres. 

Poster,  professeur  à  Birmingham,  correspondant  délégué. 

Gos6,  docteur  en  médecine  à  Londres. 

Greenhalgh,  docteur  en  médecine  à  Londres. 

Guccione,  docteur  en  médecine  à  Londres. 

Gaeneau  de  Mussy,  docteur  en  médecine  à  Londres,  correspondant  délégué. 

Uare,  docteur  en  médecine  à  Londres. 

Rarrison  Rogers,  docteur  en  médecine  à  Londres. 

Hart  (E.),  professeur  à  Londres,  rédacteur  en  chef  de  ihe  BrUish  Med.  Joumaly 
correspondant  délégué. 

Haward,  docteur  en  médecine  à  Londres. 

Bayes  (i.),  docteur  en  médecine  à  Dublin. 

Hinton  (i.),  docteur  en  médecine  à  Londres. 

Hrniter  Dixon,  professeur  à  Edimbourg. 

Inman,  médecin  du  Northern  Hospital  à  Lberpoolj  correspondant  délégué. 

Kidd,  directeur  de  the  Dublin  Quarterly  Jawmal  of  Med,  Science,  à  Dublin,  corres- 
pondant délégué. 
Laorence,  chirurgien  de  l'Hôpital  ophthalmologique  à  Londres. 
Lee  (E.),  docteur  en  médecine  à  Londres. 
Lee  (H.),  docteur  en  médecine  à  Londres. 


36  colnghès  médical  international. 

Mason^  docteur  en  médecine  à  Londres. 

Meredyth,  docteur  en  médecine  à  Londres. 

Méric  (de),  chirurgien  des  hôpitaux  de  Londres^  rédacteur  de  the  Lancet,  cor- 
respondant délégué,  vice-président  du  Congrès. 

Miles,  docteur  en  médecine  à  Gillingham. 

Milner  Barry,  professeur  à  Londres. 

Mitchell,  docteur  en  médecine  à  Londres. 

Moore  (W.),  professeur  à  Dublin,  vice-président  du  Collège  des  médecins  d'Irlande. 

Morell  Mackenzie,  professeur  à  Londres. 

Oates,  docteur  en  médecine  à  Londres. 

O'Connor,  docteur  en  médecine  à  Londres. 

O'Leary  Powell,  docteur  en  médecine  à  Cork  (Irlande). 

Oppert,  docteur  en  médecine  à  Londres. 

Pavy,  professeur  à  Londres. 

Pearson,  docteur  en  médecine  à  Londres. 

Popham,  médecin  des  hôpitaux  de  Dublin. 

Prosser  (J.),  docteur  en  médecine  à  Londres. 

Richardson,  docteur  en  médecine  à  Londres. 

Roth,  docteur  en  médecine  ii  Londres,  coiTespondant  délégué. 

Sanders,  docteur  en  médecine  à  Edimbourg,  directeui'  de  VEdûiburgh  Med. 
Journal,  correspondant  délégué. 

Sansom,  docteur  en  médecine  à  Londres. 

Seydewitz,  docteur  en  médecine  à  Edimbourg. 

Smith  Abbot,  professeur  à  Londres. 

Steet  Carrick,  docteur  en  médecine  à  Londres. 

Stokes  (W.),  professeur  à  Dublin. 

Stokes  (W.)  fils,  docteur  en  médecine  à  Dublin. 

Teevan,  docteur  en  médecine  à  Londres. 

Thompson,  professeur  à  Londres,  con^espondant  délégué. 

Tilt,  professeur  à  Londres. 

Wethered,  docteur  en  médecine  à  Londres. 

Wise,  docteur  en  médecine  à  Cork  (Irlande). 

Wright,  professeur  à  Londres. 

Wynter,  rédacteur  de  the  British  Med.  Journal,  correspondant  délégué. 

Yearsley,  docteur  en  médecine  à  Londres. 

AUTRICHE  El  POLOGNE  AUTRICHIENNE. 

Arlt,  professeur  à  TUniversité  de  Vienne. 

Bakody,  docteur  en  médecine  à  Pesth. 

Becker,  docteur  en  médecine  à  Vienne. 

Benedikt,  privatdocent  à  l'Université  de  Viehne,  correspondant  délégué. 

Bemstein,  docteur  en  médecine  à  Vienne. 

Duchek,  professeur  à  l'Académie  Joséphine  à  Vienne. 

Eiscit,  professeur  à  l'Université  de  Prague. 

Fieber,  docteur  en  médecine  à  Vienne. 

Funda,  docteur  en  médecine  à  Prague. 

Halla,  professeur  à  l'Université  de  Prague,  correspondant  délégué,  vice-président 

du  Congrès. 
Hebra,  professeur  à  l'Université  de  Vienne^ 
Hebra  flls^  docteur  en  médecine  à  Vienne^ 


INTRODUCTION.  37 

Janikowski,  professeur  à  rUnivei*sité  de  Cracovie. 

Kraus,  rédacteur  en  chef  de  YAllgemeine  medic.  Zeitung,  à  Vienne^  correspon- 
dant délégué. 

Erizek,  docteur  en  médecine  à  Prague. 

Lany,  docteur  en  médecine  à  Vienne. 

Mondy,  docteur  en  médecine  à  Vienne. 

Neubauer,  docteur  en  médecine  à  Prague. 

Oppolzer^  professeur  à  l'Université  de  Vienne^  correspondant  délégué. 

Pichler,  rédacteur  en  chef  de  ÏAUgemeùie  medic,  Zeitung,  à  Vienne,  coirespon- 
dant  délégué. 

Rokitansky,  professeur  à  l'Université  de  Vienne,  correspondant  délégué. 

Schlesinger,  docteur  en  médecine  à  Vienne. 

Schott,  docteur  en  médecine  à  Vienne. 

Schulek,  docteur  en  médecine  à  Pesth. 

Sigmund,  professeur  à  l'Université  de  Vienne,  correspondant  délégué. 

Spath,  professeur  à  l'Académie  Joséphine  de  Vienne. 

Streng,  docteur  en  médecine  à  Prague. 

Stricker,  docteur  en  médecine  à  Vienne. 

Tôrôk  (de)>  docteur  en  médecine  à  Pesth. 

Vivenot  (chevalier  de),  docteur  en  médecine  à  Vienne. 

Wertheim,  privatdoccnt  à  l'Univci^sité  de  Vienne,  correspondant,  délégué. 

Wittelshôfer,  rédacteur  en  chef  de  Wiener  medic,  Wochemchrifty  correspondant 
délégué. 

Zulinski  (T.)>  docteur  en  médecine,  à  Cracovie. 

GRAND-DUCHÉ   DE   BADE. 

Friedreich,  professeur  à  rUnivei*$ité  de  Hcidelberg,  correspondant  délégué. 
Funke,  professeur  à  l'Université  de  Fribourg  en  Brisgau,  con*espondant  délégué. 
Helmholtz,  professeur  à  l'Université  de  Heidelberg. 
KnaulT,  privatdocent  à  l'Université  de  Heidelberg. 
Seeligmann,  docteur  en  médecine  à  Baden-Baden. 

BAVIÈRE. 

Bamberger,  professeur  à  l'Université  de  Wûrzburg,  coiTCspondant  délégué. 

Enke,  directeur  du  Journal  fur  Kinderhrankheiten,  à  Erlangen,  correspondant 
délégué. 

Ordenstein,  docteur  en  médecine  à  Woims. 

Pfeofer,  professeur  à  l'Université  de  Munich,  correspondant  délégué. 

Scanzoni  (de),  professeur  à  l'Université  de  Wûrzburg,  correspondant  délégué. 

Seitz  (F.),  professeur  à  l'Univei'sité  de  Munich,  délégué  du  gouveniement  bava- 
rois. 

BELGIQUE. 

Beauvniit,  docteur  en  médecine  à  Lodeliusart. 

Boéns,  docteur  en  médecine  à  Charleroi,  correspondant  délégué. 

Boalvin,  docteur  en  médecine  à  Gilly. 

Burggneve,  professeur  à  l'Université  de  Gand. 

Corput  (Van  den),  professeur  à  l'Université  de  Bruxelles. 

Crocq,  professeur  à  l'Université  de  Bruxelles,  délégué  du  gouvernement  belge, 

correspondant  délégué. 
Bambre,  docteur  en  médecine  à  Courtrai,  correspondant  délégué. 


38  CONGRÈS  MÉDICAL  INTERNATIONAL. 

Dastot^  docteur  en  médecine  à  Hons. 

Dayreuxj  docteur  en  médecine  à  Liège. 

Defeumy>  docteur  en  médecine  à  Ville-sur-Haine. 

Deneaux-Debreyne,  docteur  en  médecine  à  Dixmunde. 

Derbaix-Quinet^  docteur  en  médecine  à  Gilly. 

Etienne^  docteur  en  médecine  à  Romsée. 

Fallot,  docteur  en  médecine  à  Bruxelles. 

Festraerts^  docteur  en  médecine  à  Liège. 

Froment,  docteur  en  médecine  à  Lodeliusart. 

Gluge,  professeur  à  l'Université  de  Bruxelles. 

Gosse,  médecin  principal  à  Biiixelles. 

Hodru,  médecin  des  charbonnages  à  Charleroi. 

Holsbeck  (van),  docteur  en  médecine  à  Bruxelles,  correspondant  délégué. 

Hunoteau,  docteur  en  médecine,  conseiller  de  préfecture  à  Charleroi. 

Hunoteau  père,  docteur  en  médecine  à  Gilly. 

Lievens,  docteur  en  médecine  à  Alost. 

Limburgh  (de),  docteur  en  médecine  à  Marcinelle. 

Max  van  Mons,  docteur  en  médecine  à  Bruxelles. 

Merchie,  inspecteur  général  du  senice  de  santé  militaire  à  Bruxelles,  corres- 
pondant délégué. 

Moor  (de),  docteur  en  médecine  à  Alost. 

Place  (de),  docteur  en  médecine  àMontigny-sur-Sambre. 

Pontus,  docteur  en  médecine  à  Bruxelles.  ' 

Quinet  (Aimé),  docteur  en  médecine  à  Gilly. 

Rommelœre,  agrégé  de  l'Université  de  Bruxelles. 

Savet,  docteur  en  médecine  à  Beauraing. 

Scrick  (van  den),  docteur  en  médecine  à  Haie. 

Séverin,  docteur  en  médecine  à  Marchienne-au-Pont. 

Thibaut  (A.),  docteur  en  médecine  à  Marcinelle. 

Thiry,  professeur  à  l'Université  de  Bruxelles. 

Vancrombrugg,  docteur  en  médecine  à  Gand. 

Vleminckx,  président  de  l'Académie  de  médecine  de  Bruxelles,  vice-président 
du  Congrès. 

Warlomont,  rédacteur  principal  des  Annales  d'ocuUstique,  à  Bruxelles. 

CAP   DE   BONNE -ESPÉRANCE. 

HofTa,  docteur  en  médecine  au  Cap. 
Lilienfeld,  docteur  en  médecine  au  Cap. 

DANEMARK. 

Arendrup  (E.),  docteur  en  médecine  à  Copenhague. 
Birkerod,  docteur  en  médecine  à  Kjoge. 
Hansen,  docteur  en  médecine  à  Aarhus. 
Lorenzen,  docteur  en  médecine  à  Copenhague. 
Salicath,  docteur  en  médecine  à  Taaborg. 

ESPAGNE* 

Auban  (Carlos),  docteur  en  médecine  à  Chinchilla. 

Bercero,  docteur  en  médecine  à  Valladolid,  conespondant  délégué. 

Capdevila,  docteur  en  médecine  à  Madrid. 

Cervera,  docteur  en  médecine  à  Madrid. 


INTRODUCTION.  39 

Delgado,  docteur  en  médecine  à  Madrid. 
Escovan,  docteur  en  médecine  à  Madrid. 
GoDxalez,  docteur  en  médecine  à  Madrid,  secrétaire  de  la  rédaction  de  el  Genio 

med,  qtdr. 
Unday  docteur  en  médecine  à  Pampelune. 

Léon  y  Luque  (Pablo),  président  du  corps  des  médecins  légistes  à  Madrid. 
Lopei  de  La  Vega,  rédacteur  de  el  Genio  med.  qmr,,  à  Madrid^  correspondant 

délégué, 
llaestre  de  San-Juan,  professeur  à  Grenade. 
Martin  de  Pedro,  docteur  en  médecine  à  Madrid* 
Nartinez  y  Molina,  professeur  à  l'Université  de  Madrid. 
May  (J.),  docteur  en  médecine  à  Madrid. 
Moro  (C.  de),  docteur  en  médecine  à  Cadix. 
Rineyro,  docteur  en  médecine  à  Madrid. 
Ribelly  docteur  en  médecine  à  Barcelone. 

Sanfhitos,  rédacteur  de  el  Siglo  medico^  à  Madrid,  correspondant  délégué. 
Seco  Baldor,  professeur  à  FÛniversité  de  Madrid. 
Tejada  y  Espana,  directeur  de  el  Genio  med.  quir.,  à  Madrid,  correspondant 

délégué. 
TrupiUo  Rancos,  docteur  en  médecine  à  Antiquera. 
Velasco  Gonzalez,  docteur  en  médecine  à  Madrid. 
Zambrano,  rédacteur  de  la  Espana  medioa,  à  Madrid,  correspondant  délégué. 

FRANCE. 

Bossa,  rédacteur  en  chef  de  Y  Abeille  médicale. 

CafTe,  rédacteur  en  chef  du  journal  des  Connaissances  médicales  pratiques  et  de 
pharmacologie, 

Chaillou,  rédacteur  en  chef  du  Journal  de  médecine  et  de  chirurgie  pratiques, 

DuTal  (Emile),  rédacteur  en  chef  de  la  Médecine  contemporaine, 

I>urand,  rédacteur  en  chef  du  Courrier  médical, 

Favre  (H.),  rédacteur  en  chef  de  la  France  médicale, 

(damier,  rédacteur  de  V  Union  médicale, 

Gennond  de  Larigne,  rédacteur  en  chef  de  la  Gazette  des  eaux, 

Latour  (Âm.),  rédacteur  en  chef  de  V  Union  médicale.  • 

Martin-Lauzer,  rédacteur  en  chef  de  la  Rewte  de  thérapeutique  médico^chirurgicale» 

Lesourd,  rédacteur  en  chef  de  la  Gazette  des  hàpitaux, 

Pascal  [N.)y  rédactem*  en  chef  du  Mouvement  médical. 

Piorry,  ancien  professeur  de  la  Faculté  de  Paris,  rédacteur  en  chef  de  l'Événe- 
ment médical, 

ReTîllout  (V.),  rédacteur  de  la  Gazette  des  hôpitaux. 

Sales-Girons,  rédacteur  en  chef  de  la  Revue  médicale. 

Tartirel,  rédacteur  de  l'Union  médicale. 

Goérin  (J.),  rédacteur  de  la  Gazette  médicale. 

GRECE* 

Calliburcës,  directeur  de  O  Tiriroxparuç,  à  Athènes,  correspondant  délégué. 

Chrysocpathes,  docteur  en  médecine  à  Sparte. 

DoroTinis,* docteur  en  médecine  d'Athènes. 

Goodas,  directeiu'  de*il  Mthaca  tuv  ÂOnvwv,  à  Athènes,  correspondant  délégué. 

Kot|laki^  docteur  en  médecine  à  Hermopolis. 


^ 


&0  CONGRÈS  MÉDICAL  INTERNATIONAL. 

HESSB. 

Friedberg^  docteur  en  mëdecine  à  Mayence. 
Pbœbus,  professeur  à  rUniversité  de  Giessen. 

HOLLANDB. 

Basting,  chirurgien-major,  médecin  en  chef  de  la  forteresse  de  Bergen-op-Zoom. 
Boogard,  rédacteur  de  la  Neederîand&ch  Tijdschrift  voor  Qeneeskufide,  à  Amster* 

dam,  correspondant  délégué. 
Daniels  (C.  L.),  médecin  des  colonies  néerlandaises. 
Feirt,  docteur  en  médecine  à  Amsterdam. 
Gildemeester,  docteur  en  médecine  à  Amsterdam. 
Hollman,  docteur  en  médecine  à  Edam. 
Huet,  docteur  en  médecine  à  Amsterdam. 
Lohe  (van),  docteur  en  médecine  à  Amsterdam 
Loo  (van  de],  docteur  en  médecine  à  Venlo. 
Schneevogt,  professeur  à  la  Faculté  d'Amsterdam. 
Schoemacher,  docteur  en  médecine  à  Almelo. 
Stokris,  professeur  à  la  Faculté  d'Amsterdam. 
Vogelvanger,  docteur  en  médecine  à  Hulst,  correspondant  délégué. 
Zeeman,  secrétaire  de  la  Société  médicale  des  Pays-Bas  à  Amsterdam,  corres* 

pondant  délégué. 

INDES. 

Dumorlier,  docteur  en  médecine  (Indes  occidentales). 

Fayrer,  directeur  de  the  [ndian  Anmls  of  Med.  Scietice,  à  Calcutta,  correspondant 
délégué. 

XTAUE   ET   ÉTATS   ROMAINS. 

Accettella,  docteur  en  médecine  à  Chieti. 

Agostini  (V.),  docteur  en  médecine  à  Ancône. 

Angelini  (  J.),  docteur  en  médecine  à  San-Sepolcro. 

Aronne,  docteur  en  médecine  à  Subiaco. 

Assereto  (J.),  docteur  en  médecine  à  Savone. 

Baccelli,  professeur  à  TUniversité  de  Rome. 

Baciocchi  (J.),  docteur  en  médecine  à  San-Giustino. 

Balestrieii,  professeur  à  l'Université  de  Naples. 

Ballanti,  docteur  en  médecine  à  Rome. 

Bandicra  (G.),  professeur  à  l'école  de  Palerme. 

Bastianelli,  docteur  en  médecine  à  Rome. 

Belli  (S.),  médecin  en  chef  de  la  ville  de  Civita-Vecchia. 

Bertani  (A.),  docteur  en  médecine  à  Florence,  membre  du  parlement. 

Bini  (F.),  professeur  à  l'Université  de  Florence. 

Blasi,  docteur  en  médecine  à  Rome. 

Borelli  (Giovanni),  professeur  à  l'Université  de  Turin. 

Borelli,  directeur  de  la  Gazz.  med.  ital.,  à  Turin,  correspondant  délégué. 

Borgiotti  (A.),  docteur  en  médecine  à  Florence. 

Bos  (A.),  docteur  en  médecine  à  Florence,  correspondant  délégué. 

Bcssi  (Girolamo),  docteur  en  médecine  à  Azzati. 

Boucher,  docteur  en  médecine  à  Naples. 

Brugnoli,  professeur  à  l'Université  de  Bologne. 

Brunelti,  docteur  en  médecine  à  Padoue. 


USTRODUCTION.  &1 

Bninetti,  docteur  en  médecine,  secrétaire  du  Journal  de  médecine ,  à  Rome. 
Boffklini,  professeur  à  T  Université  de  Florence,  directeur  de  lo  Sperimentdle, 

correspondant  délégué. 
Burd  (Ch.)>  sénateur  du  royaume,  professeur  à  l'Université  de  Florence^  pré- 
sident de  r Association  médicale  italienne. 
Cadet,  professeur  à  l'Université  de  Rome. 
Gardini  (G.),  docteur  en  médecine  à  Florence. 
Cajorati,  docteur  en  médecine  à  Pavie. 

Castiglioni  (P.),  directeur  des  Annali  di  med.  pubblica,  à  Florence. 
CaveUo  (P.),  rédacteur  de  U  Morgagni,  k  Naples,  correspondant  délégué. 
Ceccarelli,  chirurgien  en  chef  de  l'armée  à  Rome. 
Cerasi,  docteur  en  médopine  à  Rome. 
Chiricozi,  docteur  en  médecine  à  Rome. 
Ciacero  (G.),  professeur  à  l'Université  de  Padoue. 
Ciniselli  (L.),  docteur  en  médecine  à  Grémone. 
Gpriani  (E.),  professeur  à  l'Université  de  Florence. 
Cipriani  (P.),  professeur  à  l'Université  de  Florence. 
Comolli  (G.),  docteur  en  médecine  à  Gume. 
Conti  (G.),  docteur  en  médecine  à  Florence. 
Correnti  (A.),  docteur  en  médecine  à  Florence. 
Costantini,  professeur  à  l'Université  de  Rome. 
Crispino  (J.  A.),  docteur  en  médecine  à  Episcopia. 
Demaria  (Garlo),  professeur  à  l'Université  de  Turin. 
Donarelli  (A.),  docteur  en  médecine  à  Rome,  correspondant  délégué. 
Del  Greco,  docteur  en  médecine  à  Florence. 
Diorio  (V.),  professeur  h  l'Université  de  Rome. 
Egidj,  docteur  en  médecine  à  Albano. 
Faralli  (J.),  docteur  en  médecine  à  Florence. 
Fedeli,  doctem*  en  médecine  à  Rome. 
Feliciani,  docteur  en  médecine  à  Rome. 
Friedice,  docteur  en  médecine. 
Galassi,  professeur  à  l'Université  de  Rome. 

Galligo,  directeur  de  VImparziaie,  à  Florence,  correspondant  délégué. 
Gamberini,  professeur  à  l'Université  de  Bologne. 
Geloso  (Bon.), .docteur  en  médecine  à  Païenne. 
Gentile,  docteur  en  médecine  à  Naples. 
Gentili,  professeur  à  l'Université  de  Rome. 
Gianuzzi,  professeur  à  l'Université  de  Sienne. 
Giordano  (Scipion),  professeur  à  l'Université  de  Turin. 
Giovanini,  docteur  en  médecine  à  Bologne. 
Girolami,  directem*  du  Mcmicomio  à  Rome. 
Ginliani,  docteur  en  médecine  à  Albano. 
Gobbi  (V.),  professeur  à  Cesena. 
Grîlli  (P.),  docteur  en  médecine  à  Florence. 
Goalandi,  docteur  en  médecine  à  Rome. 
Henen  (A.),  docteur  en  médecine  à  Florence. 

Jardin  (du),  directeur  de  la  Liguria  medica^  à  Gènes,  correspondant  délégué. 
Jasa  (E.),  docteur  en  médecine  à  Rome, 
lenore,  docteur  en  médecine  à  Naples. 


U  CONGRÈS  UtmCàL  INTERNATIONAL. 

La  Caméra,  docteur  en  médecine  à  Gotrone,  correspondant  dëlëguë. 
Lancia  di  Brolo,  docteur  en  médecine  à  Païenne. 

Lang,  docteur  en  médecine  à  Rome. 

Lansi,  docteur  en  médecine  à  Rome. 

Laurenzi,  chirurgien  en  chef  des  hôpitaux  de  Rome. 

LcTi  (R.),  docteur  en  médecine  à  Florence. 

Levier  (E.),  docteur  en  médecine  à  Florence. 

LojodicCj  docteur  en  médecine  à  Naples. 

Lucente,  docteur  en  médecine  à  Gotrone. 

Magni,  professeur  à  TUniversité  de  Bologne. 

Manassei,  professeur  à  rUniversité  de  Rome. 

Marchi  (P.),  professeur  à  l'Université  de  Florence. 

Massa  (J.  B.),  docteur  en  médecine  à  Faenia. 

Mazzoni,  chirurgien  en  chef  des  hôpitaux  de  Rome. 

Meis  (de),  professeur  à  T Université  de  Bologne. 

Moleschott,  professeur  à  l'Université  de  Turin,  correspondant  délégué. 

Nasca  (G.  de),  docteur  en  médecine  à  Naples. 

Olivicri,  professeur  à  l'Université  de  Naples. 

Pacini  (P.),  professeur  à  l'Université  de  Florence. 

Paggi  (G.),  docteur  en  médecine  à  Florence. 

Palasciano,  professeur  honoraire  de  l'Université  de  Naples,  coirespondant  dé- 
légué, vice-président  du  Gongrès. 

Panunzi,  professeur  à  l'Université'de  Rome. 

Parola  (L.),  docteur  en  médecine  à  Guneo. 

Pasquali,  docteur  en  médecine  à  Rome. 

Patamia  (G.),  professeur  à  l'Université  de  Naples. 

Perctti,  secrétaire  du  Journal  de  médecine^  à  Rome. 

Perillo  (E.),  docteur  en  médecine. 

Petratti,  docteur  en  médecine  à  Arlena. 

Petrosellini,  docteur  en  médecine  à  Rome. 

Poce,  médecin  en  chef  de  la  ville  de  Subiaco. 

Polli  (G.),  professeur  à  Milan. 

Polverosi,  docteur  en  médecine  à  Rome. 

Prassa  (A.),  docteur  en  médecine. 

Puccinotti,  professeur  à  Florence,  directeur  de  lo  SpmmerUaUj  correspondant 
délégué. 

Quaglino,  professeur  à  Milan. 

Renzi  (de),  professeur  à  l'Université  de  Naples,  correspondant  délégué. 

Rey,  docteur  eu  médecine  à  Turin. 

Rizzetti  (Giuseppe),  docteur  en  médecine  à  Turin. 

Rizzoli,  professeur  à  l'Université  de  Bologne. 

Rolli,  directeur  du  Jardin  botanique  à  Rome. 

Rossi  (de),  professeur  à  l'Université  de  Rome. 

Ruggieri,  docteur  en  médecine  à  Naples. 

Samarelli,  docteur  en  médecine  à  Molfetta. 

Sanctis  (de),  pharmacien  à  Rome. 

Sangalli,  professeur  à  l'Université  de  Pavie. 

Sanguinetti,  professeur  à  l'Université  de  Rome. 

Scalzi,  directeur  du  Journal  de  médecine,  à  Rome. 


nmoDucnon.  ki 

Schiff,  professeur  à  l'Université  de  Florence,  correspondant  délégué. 

Sebastio  (N.),  docteur  en  médecine. 

SoDsino  (P.),  docteur  en  médecine  à  Florence. 

Spada,  docteur  en  médecine  à  Naples. 

Spasiano,  docteur  en  médecine  à  Naples. 

Stiambio,  directeur  de  la  Qatz.  med.  iial,,  à  Milan,  correspondant  délégué. 

Thurman  (A.),  docteur  en  médecine  à  Livoume. 

Valeriti,  docteur  en  médecine  à  Rome. 

Valéry,  professeur  à  l'Université  de  Rome. 

Yiale,  professeur  à  l'Université  de  Rome,  premier  médecin  du  pape. 

Vignali,  docteur  en  médecine  à  Rome. 

Villanova,  professeur  à  l'Université  de  Naples. 

Vitelli,  docteur  en  médecine  à  Naples. 

IfECKLBMBOURG. 

Goets,  docteur  en  médecine  à  Neustrelitz. 

PORTUGAL. 

Alvarenga,  professeur  à  la  Faculté  de  Lisbonne,  correspondant  délégué. 

Arantes,  professeur  à  la  Faculté  de  Lisbonne.  % 

Barbosa,  professeur  à  la  Faculté  de  Lisbonne,  médecin  du  roi,  délégué  du  gou- 

remement  portugais,  correspondant  délégué.  * 

Figueira,  professeur  à  la  Faculté  de  Lisbonne. 
Jordao,  professeur  à  la  Faculté  de  Lisbonne. 
Lino  de  Macedo,  docteur  en  médecine  à  Pombal. 
Texeira  Marquez,  professeur  à  la  Faculté  de  Lisbonne. 

PRINCn>AUTËS  UNIES. 

K^vila,  professeur  à  Bukarest,  correspondant  délégué. 

Marcovitz,  professeur  à  Bukarest^  membre  du  Conseil  médical  supérieur. 

PRUSSE. 

Bardeleben,  professeur  à  l'Université  de  Greifswald,  correspondant  délégué. 

Behrend,  docteur  en  médecine  à  Berlin,  correspondant  délégué. 

Binz,  docteur  en  médecine  à  Bonn. 

Borgsten,  docteur  en  médecine  à  Treuenbrutzen. 

Eberl,  directeur  de  la  Clinique  des  enfants  à  Berlin. 

Esmarch,  professeur  à  l'Université  de  Kiel,  correspondant  délégué. 

Eulenburg,  docteur  en  médecine  à  Berlin. 

Eulenburg,  privatdocent  à  l'Université  de  Berlin. 

Frerichs,  conseiller  privé,  professeur  à  l'UniTersité  de  Berlin,  délégué  du  gou- 

vemement  prussien,  correspondant  délégué. 
Gôschen,  rédacteur  en  chef  de  la  Deutsche  Ktmik,  à  Berlin,  correspondant 

délégué. 
Grpmpler,  docteur  en  médecine  à  Breslau. 

Ghesinger,  professeur  à  l'Université  de  Berlin,  correspondant  délégué. 
Henle,  professeur  à  l'Université  de  Gôttingen,  correspondant  délégué. 
Henoch,  professeur  à  l'Université  de  Berlin. 

Birsch,  professeur  à  l'Université  de  Kônigsberg,  correspondant  délégué. 
Hays,  docteur  en  médecine  à  Kempen. 


kli  CONGRÈS  MÉDICAL  INTERNATIONAL. 

Klopsch,  professeur  à  rUniversité  de  Breslau,  correspondant  délégué. 

Krause  père,  docteur  en  médecine  à  Hanovie,  correspondant  délégué. 

Krause  fils,  professeur  à  l'Université  de  Gôttingen,  correspondant  délégué. 

Kristeller,  docteur  en  médecine  à  Berlin. 

Langenbeck,  professeur  à  l'Univei'sité  de  Berlin. 

Lebert,  professeur  à  l'Université  de  Breslau,  correspondant  délégué. 

Lewin,  médecin  des  hôpitaux,  à  Berlin. 

Liman,  professeur  à  rUniversité  de  Berlin,  correspondant  délégué. 

Meyer  (M.),  docteur  en  médecine  à  Berlin,  correspondant  délégué. 

Meyer  (E.  L.},  docteur  en  médecine  à  Berlin. 

Mlddeldorpf,  professeur  à  l'Université  de  Breslau,  correspondant  délégué. 

Mitscherlich,  professeur  à  l'Université  de  Berlin. 

Naumann,  professeur  à  l'Univei-sité  de  Bonn,  correspondant  délégué. 

Olshausen,  professeur  à  l'Université  de  Halle,  conespondant  délégué. 

Posner,  rédacteur  en  chef  de  Berliner  klinische  Wochenschrift,  correspondant 

délégué. 
Rau,  docteur  en  médecine  à  Striegau. 
Ravoth,  docteur  en  médecine  à  Berlin. 
Rosenberg,  docteur  en  médecine  à  Berlin. 
Roth,  docteur  «i  médecine  à  Berlin. 
Saulmann,  docteur  en  médecine  à  Berlin. 
Scherbel,  docteur  en  médecine  à  Lissa. 
Schlegel,  docteur  en  médecine  à  Schvtreidnitz. 
Schwarz,  conseiller  médical,  docteur  en  médecine  à  Coeslin. 
Schwcgel,  docteur  en  médecine. 
Scrzeczka,  professeur  à  l'Université  de  Berlin. 
Silvester,  docteur  en  médecine  à  Kônigsberg. 
Strassmann,  docteur  en  médecine  à  Berlin. 

Varrentràpp,  médecin  de  l'hôpital  du  Saiut-Esprit,  à  Francfoi*t-sur-Mein. 
Yirchow,  professeur  à  l'Université  de  Berlin,  vice-président  du  Congrès. 
Waldenburg,  docteur  en  médecine  à  Berlin. 
Weber,  professeur  à  l'Université  de  Halle,  con*espondant  délégué. 
Wegscheider,  docteur  en  médecine  à  Berlin.  . 
Westphal,  docteur  en  médecine  à  Berlin. 
Wolfr(H.),  docteur  en  médecine  à  Berlin. 

RUSSIE   ET   POLOGNE   RUSSE. 

Bartsch,  docteur  en  médecine  à  Saint-Pétersbourg. 

Benni,  docteur  en  médecine  à  Varsovie. 

Bubnoff,  docteur  en  médecine  à  Saint-Pétersbourg. 

Chmoulevitchj  docteur  en  médecine  à  Kiew. 

Cyon,  docteur  en  médecine  à  Saint-Pétersbourg. 

Dalecki^  docteur  en  médecine  à  Moscou. 

Downarowicz  (de),  docteur  en  médecine  à  Saint-Pétersbourg. 

Dropsy,  docteur  en  médecine  à  Zaslaw. 

Estlander,  docteur  en  médecine  à  Helsingfors. 

Finsel  (P.),  docteur  en  médecine  à  Odessa. 

Fligel,  docteur  en  médecine  à  Varsovie. 

Goldhaar,  docteur  en  médecine  à  Kiev. 


INTRODUCTION.  A  5 

Grabowskiy  docteur  en  médecine  à  Mohilefif. 

Grekowicz,  docteur  en  médecine  à  Konin. 

Grimbergy  docteur  en  médecine  à  Odessa. 

Heltzl  (de),  docteur  en  médecine  à  Kharkoff. 

Herzenstein,  docteur  en  médecine  à  Odessa. 

Heyfelder  (0.)>  conseiller  d'État^  professeur  à  Saint-Pétersbourg,  corrrespon* 
dant  délégué. 

Heyfelder  Vus,  docteur  en  médecine  à  Vilna. 

Hubbenety  professeur  à  l'Université  de  Kiev. 

niinsky,  professeur  à  l'Université  de  Saint-Pétersbourg. 

KacbendoerfTer,  docteur  en  médecine  à  Saint-Pétersbourg. 

Kirch,  directeur  de  Petersburgei*  med.  Zeit.^  à  Saint-Pétersbourg,  correspon- 
dant délégué. 

Kofiinsky,  docteur  en  médecine  à  Varsovie. 

Krienûansky,  docteur  tn  médecine  à  Saint-Pétersbourg. 

Knyzanowski,  docteur  en  médecine  à  Varsovie. 

Lambl,  professeur  à  l'Université  de  RbarkofT,  vice-président  du  Congrès. 

Lazarewitch,  professeur  à  l'Université  de  Kharkoff. 

Liebcrg,  docteur  en  médecine  en  Podolie. 

lieven,  docteur  en  médecine  à  Saint-Pétersbourg,  médecin  de  la  Cour. 

Loscby  docteur  en  médecine  à  Saint-Pétersboiu'g. 

Lowenhard,  docteur  en  médecine  à  Varsovie. 

Luszizkiewicz,  docteur  en  médecine  à  Kielce. 

Moriovsky,  docteur  en  médecine  à  Saint-Pétersbourg. 

Mayekefr,  docteur  en  médecine  à  Moscou. 

Milliot,  docteur  en  médecine  à  Kiev. 

Monkiewicz,  docteur  en  médecine  à  Saint-Pétersbourg. 

Neugebauer,  docteur  en  médecine  à  Varsovie. 

Palmberg,  docteur  en  médecine  (de  Finlande). 

Pasintcwicz,  docteur  en  médecine  à  Poulasi. 

Pelechin,  docteur  en  médecine  à  Saint-Pétersbourg. 

PippingskOld,  agrégé  de  l'Université  de  Helsingfors. 

Poxnansky,  docteur  en  médecine  à  Saint-Pétersbourg. 

Rauchfuss,  médecin  de  l'hôpital  des  Enfants,  à  Saint-Pétersbourg. 

Reimann,  docteur  en  médecine  à  Systomir. 

Rindawsky,  docteur  en  médecine  à  Kharkoff. 

Runcberg,  docteur  en  médecine  (de  Finlande). 

Sslan,  docteur  en  médecine  à  Helsingfors. 

Sdcpura,  docteur  en  médecine  à  Tiilis. 

SelicZy  docteur  en  médecine  à  Saint-Pétersbourg. 

Skarga  (de),  docteur  en  médecine  à  Vilna. 

Skiifossofisky,  docteur  en  médecine  à  Odessa. 

Staffelberg,  docteur  en  médecine  (de  Pologne). 

Stahlbcrg,  docteur  en  médecine  (de  Sibérie). 

Tamamschef,  docteur  en  médecine  à  Tiflis. 

Teich,  docteur  en  médecine  à  Siedlce. 

TiUner  (L.),  docteur  en  médecine  à  Saint-Pétersbourg. 

Tiruvicr,  docteur  en  médecine  à  Saint-Pétersbourg. 

Trautvctter  (de),  docteur  en  médecine  à  Saint-Pétersbourg. 


46  CONGRÈS  IIÉDICAI  IlfTEIllfÂTIONAL. 

Tyrchowski,  docteur  en  médecine  à  Varsovie. 

WiUebrand  (de),  docteur  en  médecine  à  Helsingfors. 

Wreden^  médecin  en  chef  de  rétablissement  otiatrique,  à  Saint-Pétersbourg. 

Wywodzof,  docteur  en  médecine  à  Moscou. 

Zaleski,  professeur  à  T Université  de  Kasan. 

ZelidoriT;,  docteui*  en  médecine  (de  Finlande). 

SAXE. 

Crédéj  professeur  à  l'Université  de  Leipzig,  correspondant  délégué. 

Czcrmak,  professeur  à  léna,  correspondant  délégué. 

Fiedler,  docteur  en  médecine  à  Dresde. 

Gerhardt,  professeur  à  l'Université  d'Iéna. 

Kûchenmeister,  docteur  en  médecine  à  Dresde,  correspondant  délégué. 

Leonhardi,  docteur  en  médecine  à  Dresde. 

Reinbard,  docteur  en  médecine  à  Dresde. 

Ricbter,  professeur  à  Dresde,  coiTespondant  délégué. 

Wagner,  professeur  à  l' Uni vei-sité  de  Leipzig,  correspondant  délégué. 

Waltber  (R.),  docteur  en  médecine  à  Freibcrg. 

Winter,  professeur  à  l'Univereité  de  Leipzig,  correspondant  délégué. 

WunderUch,  professeur  à  l'Université  de  Leipzig,  correspondant  délégué. 

SUÈDE   ET   NORVÈGE. 

Arbo,  docteur  en  médecine  à  Christiania. 

Berg,  chef  du  bureau  de  statistique  à  Stockholm,  correspondant  délégué. 

Faye,  professeur  à  Christiania. 

Homan,  docteur  en  médecine  à  Christiania. 

Lundblad,  docteur  en  médecine  à  Gothembourg. 

Malmsten,  professeur  à  Stockholm. 

Owre,  docteur  en  médecine  à  Christiania. 

Tornblom,  docteur  en  médecine  à  Stockholm. 

Vogt  (H.),  docteur  en  médecine  à  Stockholm. 

SUISSE. 

Baylon,  docteur  en  médecine  à  Genève,  correspondant  délégué. 
Lombard,  docteur  en  médecine  à  Genève,  correspondant  délégué. 
Roussel,  docteur  en  médecine  à  Genève. 

Valentin,  professeur  à  l'Université  de  Berne,  correspondant  délégué. 
Zurkowski,  docteur  en  médecine  à  Schinznach. 

TURQUIE. 

Marroin,  professeur  et  médecin  sanitaire  à  Constantinople. 
Papadopoulos,  docteur  en  médecine  à  Varna. 

VILLES   HANSÉAnOUES. 

Cohen,  docteur  en  médecine  à  Hambourg. 

Tungel,  médecin  en  chef  de  Thôpital  général  de  Hambourg,  correspondui  dé- 
légué. 

WURTEMBERG. 

Niemeyer,  professeur  à  l'Université  de  Tûbingen,  correspondant  délégué. 
Renz  (de),  docteur  en  médecine  à  Echingen. 


nmoDVcnoR.  h1 


LIVRES  ADRESSÉS  AU  CONGRES 


Plusieurs  confrères  de  la  France  et  de  l'étranger  ont  bien  voulu  adresser  au 
Congrès  leurs  ouvrages  imprimés.  Ces  envois  ont  été  mentionnés  par  le  secrétaire 
général  à  l'ouverture  des  séances^  et  pour  pei*pétuer  le  souvenir  de  ces  hom- 
mages qui  ont  été  accueillis  avec  la  plus  vive  reconnaissance^  nous  donnons  ci- 
après,  suivant  Tordre  alphabétique  des  noms  d'auteurs,  la  liste  de  ces  travaux. 
A  l'exception  de  quelques  brochures  qui,  selon  le  désir  des  donataires,  ont  été 
distribuées  aux  membres  du  Congrès,  ces  livres  ont  été  déposés  à  la  bibliothèque 
de  la  Faculté  de  médechie  de  Paris. 


Alvabenga.  —  Estatistica  dos  hospitales  de  San-José,  San-Lasarro  e  Desterro  no 
anno  de  1865*  Lisboa,  1867. 

Bakodt.  —  Du  tubercule  pulmonaire.  Paris,  1867. 

Barw>8a  (A.  M.)*  -*  Études  sur  le  croup  (mémoire  académique).  —  De  la  tra» 
chéotomie  dans  le  croup  (mémoire  académique).  —  Note  sur  Turéthrotomie 
interne  (note  académique).  —  Recherches  sur  l'action  de  la  fève  de  Calabar 
(note  académique).  —  Note  sur  l'ovariotomie  à  propos  du  premier  cas  de  cette 
opération  à  Lisbonne  (note  académique). 

ftELUjzzi.  —  Intomo  a  vari  modi  di  alimentazione  dei  bambini.  Bologna. 

BoNJEAN.  —  Plusieurs  centaines  d'exemplaires  du  programme  de  son  ouvrage  sur 
le  choléra.  1867. 

BoocHER  (G.).  •—  Rendiconto  e  Statistica  medica  del  colera  del  1866  nella  sesione 


BowDiTCH.  —  Bulletins  de  la  Société  médicale  du  Massachusetts  pour  les  années 

1861, 1862, 1863, 186b  et  1865. 
CiBBiL.  —  Acdon  terapeutica  de  las  aguas  miDero4enDales  de  Albama  de 

Aragon. 
GoHXTt  MtDfCAL  DB  Cmm^  —  Un  exemplaire  de  ses  ftatuts» 
Co!i6iits  DB  Madru)  db  186li.  —  Les  Actes. 
GomRÉs  DB  Rouen  de  1868.  —  Les  Actes. 
Davbeux.  —  Considérations  cliniques  sur  le  choléra.  Uége,  1867.  ^  Note  sut 

Qn  moyen  préservatif  de  la  coqueluche.  —  Essai  d'interprétation  de  l'action 

éfienante  du  tartre  stibié. 
DiLAPLAOSB.  -—  Lettres  à  MM*  Rioord  et  Langlebert  sm*  la  syphilis.  -^Omsidé^ 


kS  CONGBÈS  MÉDICAL  INTERNATIONAL. 

rations  théoriques  et  pratiques  sur  les  virus  sanguins^  lymphatiques  et  ner- 
veux. —  Le  clîoléra,  cause^  nature^  préservation  et  traitement.  —  Comptes 
rendus  de  l'ouvrage  de  M.  Ch.  Robin  sm*  les  végétaux  parasites,  et  de  Tomiage 
du  docteur  J.  Lemaire  sur  l'acide  phénique.  —  ^Notice  sur  une  nouvelle  sonde 
utéiine.  —  Éloge  funèbre  du  docteur  Léonce  Tourette. 

DowLER  Bennet.  —  Tableau  of  the  Yellow  Feverof  1853.  New-Orleans^  1854. 

DuYAL  (Jules),  —  Ghcel,  ou  une  colonie  d'aliénés.  Paiis,  1867. 

EuLENBURG  ct  CoHNiiEiH.  —  Ergchnissc  dcr  anatomischcn  Untersuchung  eines 
Fallcs  von  sogcnannter  Muskclhypertropliie. 

EuLENBURG.  —  Ucbcr  cinen  mil;  Argent,  nitric.  erfolgi^cich  behandelten  Fall  von 
Ataxic  locom.  progr.  —  Démonstration  eines  zur  Behandlung  des  Pott'schen 
Doi'sal  und  Lumbal-Wirbelleidens  empfohlcnen  Appai*ats. 

EwANs  (Th.  W.).  —  Les  institutions  sanitaires  pendant  le  conflit  austro-prussien- 
italien.  Paris,  1867. 

Fremaux.  —  Recherches  pratiques  sur  le  choléra-morbus.  Paris,  1864.  —  Trois 
brochures  sur  le  même  sujet. 

Gauxard  (de  Poitiers).  —  Dupuytren.  Poitiers,  1865.  —  Foimules  et  rubriques. 
Poitiers,  1866. 

Galugo.  —  Progetto  di  regolamente  sulla  prostituzione.  Firenae,  1860.  —  Dis- 
cussions sur  la  loi  concernant  les  pensions  des  veuves  de  médecins. 

Garin.  —  De  la  police  sanitaire  et  de  l'assistance  publique.  Paris,  1866. 

Garnier.  ^  Projet  de  jonction  de  la  Saône  à  la  Meuse.  Ëpinal,  1866. 

GioANNis  Gianquinto  (de),  professeur  de  droit  administratif  à  l'Université  de  Pise. 
•—  Cent  exemplaires  du  programme  de  son  Traité  médico-légal  sur  le  secret. 
Le  manuscrit  italien  de  l'ouvrage.  —  La  questione  internazionale  dell'Aunis. 
Pavia,  1863.  —  Sulla  competenza  a  giudicarc  dei  reati  militari  commeni 
da'  scnatori.  —  Diritti  dei  consoli  in  materia  di  salvamento.  Cagliari,  1862. 

—  Il  progresso  indeOnito  dcl  Diritto.  Cagliari,  1863. 

GioRDANo  (Se).  —  Zolfo  e  choiera.  Torino,  1867.  —  Délia  febbre  puerpérale, 
dell'eclampsia  e  dell'edema  acuto.  Tonno,  1859.  -*  Des  vomissements  incoer- 
cibles pendant  la  grossesse. 

Hebra.  —  Appareil  pour  l'usage  de  bains  chauds  continuels  pour  la  guérison  des 
maladies  de  la  peau.  Vienne,  1867.  —  Sur  l'action  des  révulsifs.  Vienne,  1867. 

Hérard  et  CoRNiL.  —  Traité  de  la  phthisie  pulmonaire.  Paris,  1866. 

HoLMAN.  —  Ueber  das  Pepsin. 

Lazarewitch.  —  Sur  les  changements  de  forme  et  de  position  de  Tutérus.  Paris, 
1862. 

Mazzoni.  —  Due  casi  di  estirpazione  di  ilbromi  contenuti  ncll'utero.  Roma,  1866. 

—  Délia  legatura,  come  metodo  di  dividere  i  tessuti  molli.  Fano,  1864.  — 
Sui  tumori  délia  rcgione  parotidea.  Roma,  1867.  —  Callo  déforme  nel  terzo 
inferiorc  délia  gamba  sinistra.  Roma,  1866.  —  Emigrazione  incruenta  di 
un  corpo  mobile,  etc.  Roma,  1865. 

Mazzoni  e  Sani.  —  Scn*amento  délie  masceUe  per  te.ssuto  cicatriziale.  Roma, 

1866. 
Merrill.  —  Chloroform  as  an  Infernal  Remedy.  New-York,  1867.  —  The  Choiera 

pestilence.  ^  On  the  Cattle  plague. 
Médical  Société  op  the  Indiana  State.  —  Rapport  de  la  session  annuelle  de  1867. 
Médical  Society  op  New-York.  —  Transactions  des  années  1864,  1865  et  1866. 
Oppsrt,  ^  Hospitals,  Infîrmaries  and  Dispensaries.  London,  1867. 


INTRODOCTION.  &0 

Paoni.  —  Sulla  causa  speciûca  del  colera  asiatico.  Firenze,  1865* 

PiusdAKo.  —  Memorie  ed  ossenrazioni  di  chirorgia  practica*  -—  Neutralisation 

des  blessés  en  temps  de  guerre. 
POG610U.  —  Présenratife  et  remèdes  contre  le  choléra.  Paris^  1866* 
RiToiH*  —  Das  Bindegewebs*LAger  auf  dem  Peritonœum.  Berlin,  186&.  —  Die 

Hemiainguinalis  extema  directa.  Berlin,  1866. 
RousTAK.  —  Recherches  sur  Tinoculabilité  de  la  phthisie.  Paris,  1867. 
Saxgilu.  —  DeUa  tuberculosi  e  de  suoi  rapporti  colla  scrofula  e  coll'  inflamma- 

Bone.  Pavie. 
Seco  Baldor.  —  Estudios  sobre  el  colera  de  los  siglos  passados.  Madrid,  1858. 
Shbdipton.  —  Choléra-morbus,  son  siège,  sa  nature,  son  traitement. 
SOC0.NOT.  —  L'Acclimatement  et  l'acclimatation  de  l'homme.  Paris,  1865. 
Tboxpeo.  —  Dei  medici  e  degli  archiatri  dei  principi  délia  R.  Casa  di  Savoia* 

—  Saggio  d'osservazioni  sul  circondario  Biellese.  Biella,  186&.  —  Genni  sto- 

rico-statistici  intomo  ail'  ospedale  di  S.  Luigi  Goniaga.  Toiino,  1866. 
Tijusdi.  --Salubrité;  agriculture.  Paris,  1867. 
Ulursperger.  —  Die  Frage  ûber  die  Heilbarkeit  der  Lungenphthisen.  Wûrf- 

burg,  1867. 
Vevider  bal  Dohbnec.  —  Osabe  lo  el  atubo.  Madrid,  1867. 
VncHow.  —  Phymatie,  Tuberculose  und  Granulie. 
ViTEîOT.  —  Ueber  die  Veranderung  der  Korperwârme  unter  dem  Einfluss  des 

terstarkten    Lulldruckes.  Wien,  1866.   —  Ueber  die  Veranderungen  im 

arteriellen  Stromgebiete  unter  dem  Einfluss  des  yerstarkten  LuAdruckes. 

Berlin,  1866. 
WiEDCY.  —  Sept  mémoires  sur  Totiatrique.  — -  Ueber  die  quantitative  Bestim- 

mungder  Hippursaure  vermittelst  der  Titrirmethode. 
Zbbukk.  -*  Table  moMaire  de  la  Néerlande. 


tn  certain  nombre  de  travaux  manuscrits  ont  été  envoyés  au  Congrès,  et  n'ont 
pu  y  être  lus,  soit  parce  que  les  auteurs  n'avaient  pas  fait  acte  d'adhésion,  soit 
parce  que  les  mémoires  ne  répondaient  pas  aux  conditions  du  progranmie.  La 
liste  suivante  rappellera  les  titres  de  ces  travaux  :  W 

Aoumo  (d')  FoNCBGÀ.  ^  Sur  la  colonisation  au  Brésil. 
AcBAx  (G.).  Evolucion  e  histologia  del  tubercule. 

60WDITU1.  —  De  rinfluence  des  terrains  humides  sur  le  développement  de  la 
tuberculose  (Discours  prononcé  en  1862  à  la  Société  médicale  du  Massachusetts). 
^^AOKT  (S.).  •»  Sur  le  traitement  du  choléra  par  le  sulfure  noir  d'hydrargyre. 
Cajoupp.  --i'  On  Consumption  in  Ganada  (traduction  fhmçalse  de  ce  mémoire  par 

G.  Dieulafoy,  interne  des  hôpitaux  de  Paris). 
^^WM.  —  Sur  l'ovulation. 
^^<'^.  -*  On  prolonged  menstrual  Life  in  the  Shetland  Islands,  and  its  relation 

to  longevity. 
Kaxor  (M.).  —  Measures  for  restrainhig  the  Propagation  of  Yenereal  Diseases. 
Faire.  —  De  l'origine  récente  du  globe  terrestre.  Travail  présenté  au  nom  de  la 

^iété  de  climatologie  algérienne. 
HcuuH,  —  Sur  la  pepsine  et  son  usage  en  médecine. 


50  CONGRÈS  MÉDICAL  INTERNATIONAL. 

Homo.  —  Sur  les  dispensaires  et  la  propagation  des  maladies  vénériennes. 

Kn)D  (Ch.).  —  Sur  le  chloroforme. 

Lmo  DE  Maœdo.  —  De  la  tubei'cullsation  dans  les  difiërents  pays.  —  Traitement 
de  la  syphilis  constitutionnelle.  —  De  l'influence  de  l'alimentation  sur  la  pro- 
duction de  certaines  maladies.  —  Nature  de  la  Uèvre  typhoïde  et  son  traite- 
ment le  plus  efficace. 

LoPEz  DE  LA  Yega.  —  Sur  la  propagation  des  maladies  vénériennes. 

Martin  de  Pedro.  —  Nota  sobre  la  tartamuder. 

Mattbi.  —:  De  l'absorption  de  la  liqueur  séminale  et  de  son  action'  tonique  sur 
J'homme  et  la  fenmie. 

Maison.  —  On  the  Shoulder  Présentation. 

PocE  (G.)  •—  Diatesi  palustre^  suoi  fralignamenti  in  morbi  di  natura  diversa. 

Pons.  <—  De  la  médecine  sur  les  divers  points  du  globe  et  chez  les  divers  peuples. 

Popham.  —  Sur  la  propagation  des  maladies  vénériennes. 

Roussel.  •—  Sur  un  nouvel  instiiiment  pour  la  transfusion  du  sang. 

Sternberg.  —  L'épilepsie  et  son  traitement.  —  Les  maladies  vermineuses. 

Virji8co{P.  G.).  *-  Considérations  de  pathologie  générale. 


PREMIÈRE    SÉANCE.  5t 


PREMIÈRE  SÉANCE 

Vendredi  16  août,  à  2  heures. 


OCTX&TURB  DU  CONGRÈS.    —  DISCOURS  DE   M.    LE  PROFESSEUR  BOUILLÀUD, 

PRÉSIDENT  DU   COMITÉ   D'ORGANISATION. 


ANATOMIE   ET   PHYSIOLOGIE   PATHOLOGIQUES   DU   TUBERCULE. 
DK    LA    TUBERCUUSATION    DANS   LES   DIFFÉRENTS   PATS   ET   DE   SON   INFLUENCE 

SUR    LA    MORTALITÉ    GÉNÉRALE. 


MM.  ViLLEMiN  (Paris).  —  Du  tubercule  et  des  processus  analogues. 

Sangalu  (Pavic).  —  Anatomie  et  physiologie  pathologiques  du  tubercule. 

Cb^kq  (Bruxelles).  —  Sur  la  tuberculose. 

Lebert  (Breslau).  —  Hësumé  des  expériences  sur  l'irritation  pulmonaire 
expérimentale^  sur  la  transmission  de  la  pneumonie,  de  l'adénite  chro- 
niques, des  granulations  dites  tuberculeuses,  et  de  divers  autres  produits 
morbides. 

Dih:ussion.  —  MM.  Hérard  (Paris).  —  Villemin  (Paris).  —  Mougeot  (Bar-sur-Àube). 
—  Crocq  (Bruxelles).  —  Gourdin  (Paris).  —  Bertet  (Cercoux).  —  Galligo 
(Florence). 

Procès-verbal  de  la  séance  par  le  docteur  Bricrbteau,  secrétaire  du  Congrès. 


52      CONGBfeS  MÉDICAL  INTEBNÂTIONAL.   —  PREMIÈRE  SÉANCE   DE  JOUR. 


PREMIERE  SÉANCE  DE  JOUR. 

Présideni M.  Bouillaud. 

Vice-présidents ....  Ml^l.  Palasciano  (de  Naples]  et  Teissier  (de  Lyon). 
Secrétaire  de  la  séance.  M.  Bricheteau. 

Le  16  août^  à  deux  heures  précises^  M.  Bouillaud^  accompagné  des  délégués 
des  gouvernements  et  des  membres  du  comité  d'organisation^  entre  dans  Tarn- 
phithéâtre.  Accueilli  par  d'unanimes  acclamations^  M.  Bouillaud  déclare  ouTert 
le  Congrès  médical  international  de  i867>  et  prononce  le  discours  suivant  : 


Messieurs  et  très-honorés  confrères  de  France  et  des  autres  nations 
des  deux  mondes. 

Nous  célébrons  aujourd'hui  la  fête  la  plus  magnifique  de  toutes  celles  dont 
l'histoire  de  la  médecine  nous  ait  conservé  le  souvenir.  Oui,  j'en  ai  le  pressenti- 
ment, cette  journée  restera  fameuse  entre  toutes  les  autres.  Elle  nous  apprend 
déjà  que  non-seulement  il  n'y  a  plus  de  Pyrénées,  comme  l'avait  dit  un  grand 
roi,  mais  qu'il  n'existe  plus  aucune  autre  montagne,  aucun  fleuve,  aucune  mer, 
pas  même  la  mer  Atlantique  ;  elle  nous  apprend,  en  un  mot,  qu'il  n'y  a  plus  de 
frontières^  si  ce  n'est  celle  de  la  barbarie,  et^  grâce  à  Dieu  et  au  progrès,  une  telle 
frontière  est  bien  étroite  et  bien  loin  de  nous. 

C'est  à  la  disparition  de  ces  barrières  internationales  que  nous  devons  la  réu- 
nion d'une  assemblée  si  nouvelle,  et  plus  grande  et  plus  imposante  encore  qu'elle 
n'est  nouvelle.  Je  ne  puis  contempler  ce  spectacle  grandiose,  cette  pompeuse 
solennité^  sans  être  si  profondément  ému  que  mes  faibles  moyens,  j'éprouve 
quelque  honte  à  le  dire,  m'abandonnent^  et  que  la  parole  est  près  de  me  manquer. 
Permettez-moi  donc  de  me  recueillir  un  instant^  et^  en  attendant^  levons-nous 
tous  pour  saluer  ces  drapeaux  pacifiquement  entrelacés;  et  comme  eux^  mes- 
sieurs^ que  nos  mains  s'unissent  en  signe  de  la  plus  cordiale,  de  la  plus  douce  et 
de  la  plus  universelle  fraternité  ! 

Les  congrès  de  toute  forme  et  de  toute  espèce  sont  à  l'ordre  du  jour,  et  l'un  de 
ces  signes  du  temps  dont  on  parle  beaucoup  aujourd'hui.  Considérés  d'abord  en 
eux-mêmes,  dans  leur  principe  en  quelque  sorte,  et  puis  dans  leurs  rapports  avec 
l'époque  de  civilisation  où  nous  vivons,  ils  ne  sauraient  donner  prise  à  aucune 
attaque  sérieuse  qu'autant  qu'ils  pécheraient  dans  leur  application.  Or,  quand  il 
s'agit  d'une  institution  quelconque,  dont  l'utilité  et  la  légitimité  ont  été  recon- 
nues en  principe,  certes  ce  serait  une  singulière  logique,  et  parfois  aussi  une 
morale  non  moins  singulière,  que  de  porter  atteinte  à  celte  institution,  par  cela 
seul  qu'elle  aurait  été  mal  appliquée.  La  seule  logique  et  la  seule  morale  que  la 
raison  et  la  conscience  bien  éclairées  commandent,  c'est  de  corriger,  de  suppri- 
mer les  vices  de  l'application.  Cela  bien  compris  et  bien  arrêté,  on  peut  dire,  sans 
crainte  d'en*eur,  que  les  congrès  constituent  un  véritable  progrès  dans  l'orga- 
nisme social,  tel  que  l'ont  modifié  les  grands  changements  qui  se  sont  opérés  en 
tant  de  choses.  Les  congrès  sont  devenus  un  des  agents,  un  des  rouages,  un  des 


BOUIUACD.   —  DISCOUBS  D'OUYERTUBC  Si 

organes  les  plus  importants  de  cet  organisme  si  compliqué.  Mais^  laissons  de  côté 
les  congrès  enrisagés  d'une  manière  générale^  pour  ne  nous  occuper  que  des 
congrès  de  l'ordre  médical  en  particulier.  Eh  bien!  cette  institution  compte  déjà 
plusieurs  années  de  pratique  et  d'application,  chez  un  grand  nombre  de  nations^ 
et  les  succès  ont  été  tels  qu  elle  a  définitivement  conquis  son  droit  de  cité. 

S'il  nous  est  permis  de  particulariser  davantage  et  de  nous  arrêter  un  instant 
SOT  ce  qui  regarde  la  France  seulement,  où  trois  congrès  médicaux  ont  été  déjà 
coDToqués,  les  heureux  résultats  de  ces  congrès  ont  été  reconnus  de  la  manière 
la  plus  éclatante.  Aussi  le  président  d'honneur  du  dernier  de  ces  congrès  a-t-il 
pu,  sans  soulever  nulle  part  la  moindre  contradiction,  proclamer  déjà,  dans  les 
termes  suivants,  ce  qui  vient  d'être  affirmé. 

«  Grâce  à  ce  mémorable  congrès  de  Bordeaux,  disait-il,  la  cause  de  cette  grande 
institution  a  remporté  une  victoire  décisive.  Honneur  à  notre  ville  de  Rouen,  car 
c'est  elle  qui,  la  première,  a  conçu  l'idée  de  congrès  médicaux  siégeant  tour  à 
tour  dans  l'une  des  principales  villes  de  France,  et  qui,  en  1863,  a  inauguré  chez 
die  l'ère  de  cette  nouvelle  institution  !  Honneur  à  Lyon,  cette  seconde  ville  de 
France,  qui,  en  186i!i,  marchant  sur  les  traces  de  la  ville  où  naquit  le  glorieux 
Corneille,  a  été  le  siège  d'un  congrès,  dont  les  fastes  de  la  médecine  conserveront 
un  impérissable  souvenir  !  Enfin  trois  fois  honneur  à  Bordeaux,  cette  belle  cité, 
si  justement  fière  d'avoir  donné  le  jour  à  l'immortel  auteur  de  I'Esprit  des  lois; 
trois  fois  honneur  à  Bordeaux  pour  avoir  fait  triompher  sans  retour  une  institution 
à  laquelle  sont  réservées  les  plus  hautes  destinées,  celle  entre  autres  de  devenir 
l'un  des  plus  puissants  instruments  de  ce  progrès,  qui  est  au  monde  intellectuel 
ce  que  la  gravitation  est  au  monde  physique,  de  ce  progrès  qui  lui-même  est  une 
véritable  gravitation  de  l'esprit  humain!  i> 

Ajoutons,  messieurs,  qu'à  l'époque  où  se  réunit  le  congrès  médical  de  Bordeaux, 
jamais  encore  il  n'avait  été  question,  chez  nous  du  moins,  d'un  congrès  médical 
international,  umoersel^  ou,  s'il  m'est  permis  de  comparer  le  profane  au  sacré, 
d'un  conctte  médical  œcuménique.  Cette  idée  vraiment  grandiose  est  encore,  mes- 
sieurs, un  des  actes  du  congrès  médical  de  Bordeaux.  C'est  au  digne  fils  du  savant 
et  célèbre  directeur  de  l'École  préparatoire  de  médecine  de  cette  ville,  à  M.  Henri 
Gintrac,  que  revient  l'honneur  d'une  initiative  en  cette  matière.  Permettez-moi 
de  mettre  sous  vos  yeux  les  termes  textuels  de  la  proposition  de  M.  H.  Gintrac, 
laquelle  fut  accueillie  par  les  applaudissements  unanimes  du  congrès.  Les  voici  : 

<  Pour  centupler  la  sonmie  considérable  d'utilité  scientifique  et  d'avantages 
sérieux  qu'a  pu  produire  le  congrès  médical  de  Bordeaux,  je  viens  vous  proposer, 
messieurs,  de  demander,  pour  l'année  1867,  la  réunion  à  Paris  d'un  congrès 
médical  plus*que  français,  d'un  congrès  international  des  médecins  de  tous  les 

pays C'est  de  Bordeaux  qu'est  partie  l'initiative  de  la  grande  association 

confraternelle  des  médecins  de  France.  J'ai  à  cœur  de  faire  entendre,  au  nom  de 
la  science,  un  appel  aux  médecins  de  tous  les  pays.  Je  propose  donc  que  le  congrès 
^  Bordeaux  émette  le  vœu  qu'un  congrès  international  de  médecins  soit  tenu  à 
^^  en  1867.  » 

Parmi  les  villes  jalouses  peut-être  qu'une  autre  qu'elles,  sans  en  excepter 
Bordeaui,  les  eût  devancées  dans  la  conception  de  l'idée  de  ce  congrès  intema- 
lional,  il  nous  serait  permis,  je  crois,  de  placer  Paris  lui-même.  Vengeons-nous 
de  Bordeaux,  ou  plutôt,  messieurs,  complétons,  couronnons  son  œuvre,  en  émet- 
*^tlev(Bu  que,  à  l'instar  des  congrès  nationaux,  les  congrès  internationaux  se 
^wtttituent  à  l'état  périodique,  c'est-à-dire  siègent  tour  à  tour  dans  quelqu'une 


5U      CONGRÈS  MÉDICAL  INTERNATIONAL.   —  PREMIÈRE  SÉANCE  DE  JOUR. 

des  grandes  villes  du  monde.  S'il  se  peut^  ne  nous  séparons  pas  sans  avoir  fixe 
d'abord  l'heureuse  ville  où  siégera  le  second  congrès  médical  international,  et 
sans  avoir  aussi  fixé  l'époque  de  cette  deuxième  olympiade  de  notre  institution  des 
congrès  internationaux,  qui  pour  nous  est  bien  une  ère  vraiment  nouvelle. 

Mais  je  reviens,  messieurs,  à  l'objet  spécial  de  cette  allocution.  Le  vœu  formé 
par  le  congrès  de  Bordeaux  ne  pouvait  manquer  d'avoir  un  écho  retentissant  dans 
toute  la  France,  et  dans  sa  capitale  en  particulier.  Aussi  à  peine  avait-il  été  émis, 
que  Paris,  cette  ville  classique  de  tous  les  progrès  vraiment  dignes  de  ce  nom,  se 
mit  en  quelque  sorte  en  campagne.  Le  comité  organisateur,  dont  j'ai  l'insigne 
honneur  d'être  l'organe,  se  forma.  Sans  doute,  messieurs,  il  ne  se  faisait  point 
illusion  sur  toutes  les  difficultés  qu'il  pourrait  rencontrer  sur  sa  route,  car  l'en- 
fantement d'une  grande  assemblée  médicale  internationale  mérite  bien  assuré- 
ment de  compter  parmi  les  enfantements  laborieux.  Mais  si  l'œuvre  était  difficile, 
elle  n'était  pas  impossible.  Impossible  !  un  grand  homme  a  dit  que  ce  mot  n'était 
pas  français.  Disons  tous,  à  notre  tour,  et  comme  un  seul  homme,  qu'en  matière 
de  progrès,  le  mot  impossible  ne  se  trouve  plus  désormais  dans  aucun  des  dic- 
tionnaires des  diverses  nations  du  monde  civilisé. 

Le  comité  ne  pouvait  accomplir  la  mission  qu'il  s'était  imposée  sans  l'autorisa- 
tion et  le  concours  du  gouvernement  impérial.  Ce  concours  ne  s'est  pas  fait 
attendre  :  il  est  venu  pour  ainsi  dire  au-devant  de  nous.  Nous  nous  plaisons  à 
payer  publiquement  le  tribut  de  notre  reconnaissance  et  à  rendre  ici  de  solen- 
nelles actions  de  grâces  à  tous  ceux  de  messieurs  les  ministres  auxquels  nous  nous 
sommes  adressés,  ainsi  qu'à  M.  le  préfet  de  police. 

Le  comité  organisateur  ne  pouvait  se  passer  non  plus  du  précieux  appui  de  la 
presse  périodique  en  général,  et  de  la  presse  périodique  médicale  en  particulier. 
Nous  n'avons  pas  été  moins  heureux  de  ce  côté  que  de  l'autre,  et  nos  remercî- 
ments  ne  sont  pas  au-dessous  de  ce  nouveau  concours;  ils  n'ont  pas  de  bornes. 

Nous  remercions  aussi  M.  le  doyen  de  cette  école  d'avoir  bien  voulu  mettre  à 
notre  disposition  ce  grand  amphithéâtre.  Nous  remercions  également  ici,  dans  la 
g'ainte  de  l'oublier,  nos  correspondants  français  et  étrangers  qui,  pour  le  compte 
du  comité,  ont  recueilli  de  si  nombreuses  adhésions. 

Secondé  ainsi,  le  comité,  multipliant  ses  efforts  de  tout  genre,  est  enfin  arrivé 
au  terme  d'une  tâche  qui,  vous  en  conviendrez  messieurs,  ne  manquait  pas  tout 
à  fait  de  hardiesse,  et  qui  réclamait  une  certaine  dose  de  bonne  volonté.  Que  si 
le  comité  n'a  pas  mieux  fait,  nul  de  vous  ne  le  regrettera  plus  vivement  que  cha- 
cun des  membres  dont  il  est  composé.  Mais  il  compte  sur  votre  indulgence.  Vous 
ne  tromperez  pas  ses  espérances  à  ce  sujet,  messieurs,  vous  qui  avez  comblé,  sur- 
passé celles  qu'il  avait  conçues  sous  le  rapport  du  zèle,  de  l'empressement,  avec 
lesquels,  au  mépris  de  tant  de  sacrifices,  vous  êtes  accourus,  à  flots  pressés,  dans 
cette  vaste  enceinte,  trop  étroite  pourtant  pour  vous  contenir.  Nous  avons  pensé, 
messieurs,  et  tel  avait  été  aussi  l'avis  du  congrès  boi:delais,  nous  avons  pensé  que, 
pour  la  convocation  d'un  congrès  international  à  Paris,  c'était  une  circonstance 
favorable  à  son  succès,  une  véritable  bonne  fortune,  que  de  choisir  et  l'année  et 
l'époque  de  l'année  où  la  grande  Exposition  universelle  devait  se  réunir,  de  son 
côté,  dans  cette  capitale  de  l'empire  français.  Il  me  semble,  messieurs,  que  votre 
approbation  est  acquise  à  la  résolution  du  comité.  N'ètes-vous  pas  ravis,  en  effet, 
de  pouvoir  contempler  toutes  les  magnificences,  tous  les  prodiges  de  cette  pom- 
peuse manifestation  du  génie  humain  sous  tant  de  formes  différentes?  Grâce  à  cet 
événement,  le  plus  étonnant  peut-être  des  temps  modernes,  grâce  à  cette  mer- 


BO0ILLAUD.  —  DISCOURS  D*ODVERTURE.  55 

Teille  des  meireilles,  attirées  comme  par  une  force  de  graTitation  morale,  toutes 
les  nations,  leurs  souverains  en  tête  (empereurs,  rois,  princes,  ducs,  etc.),  ont 
truisformë  Paris  en  une  ville  non  moins  tamerseUe  que  l'Exposition  elle-même. 
Aussi  c'est  bien  aujourd'hui  que  nous  pouvons  sans  flatter  Paris,  dire  de  lui,  avec 
an  de  nos  poètes  les  plus  nationaux  (Casimir  Delavigne)  : 

La  fWmce,  c'est  Partie  et  PariSj  c*est  h  monde  i 

Voyex  maintenant,  messieurs,  comme  tous  les  progresse  tiennent,  s'enchalnçnt 
et  s'engendrent  en  quelque  façon  les  uns  des  autres  I  Si  les  admirables  progrès 
connus  sous  les  noms  de  locomotion  au  moyen  de  la  vapeur,  tant  sur  terre  que 
sur  mer,  et  de  télégraphie  électrique,  n'avaient  pas  eu  déjà  lieu;  si,  sous  le  rap- 
port de  l'espace  et  du  temps,  ils  n'avaient  pas  changé  la  face  du  monde,  comme 
l'avaient  changée,  sous  d'autres  rapports,  les  découvertes  également  admirables 
de  la  boussole  et  de  l'imprimerie  ;  si  donc  la  locomotion  par  la  vapeur,  rapide 
comme  les  vents,  la  télégraphie  électrique,  rapide  comme  l'éclair,  n'eussent  pas 
été  inventées,  l'Exposition  universelle  pi  ce  congrès  médical  international, 
qui  constituent  bien,  eux  aussi,  d'incontestables  progrès,  n'auraient  pu  s'ac- 
complir. 

J'ai  dit  un  peu  plus  haut,  messieurs,  que  nous  n'avions  encore  eu,  en  France, 
que  trois  congrès  médicaux.  Nous  en  comptons  cependant  quatre,  en  y  compre- 
nant celui  qui  s'assembla  en  iSUS  à  Paris,  dont  il  a  porté  le  nom.  Mais  nous  ne 
pouvions  le  placer  pai*mi  les  congrès  du  genre  de  ceux  dont  nous  venons  de  nous 
occuper.  En  effet,  il  ne  roulait  pas  comme  ceux-ci  sur  des  questions  de  méde- 
cine. Il  avait  pour  oh}ei  spécial  une  réforme,  une  nouvelle  organisation  de  l'exer- 
cice et  de  l'enseignement  de  la  médecine.  Ce  congrès  mériterait  donc  le  nom 
à!états  géfiéraux  ou  d'assemblée  constituante  du  grand  corps  médical  de  toute  la 
France.  Ses  travaux  furent  longs  et,  ne  craignons  point  de  leur  donner  cet  éloge 
qui  n'est  pas  médiocre,  dignes  du  8i:get.  Présidé  par  le  ministre  de  l'instruction 
publique  de  cette  époque,  M.  de  Salvandy,  non  moins  distingué  par  ses  idées 
libérales  que  par  ses  sentiments  généreux,  le  congrès  de  Paris  de  18/i5  offrait  un 
caractère  semirofficieL  11  était  permis  d'espérer  que  l'espèce  de  charte  constitu- 
tionnelle qu'U  avait  si  laborieusement  et  si  consciencieusement  rédigée,  ne  tar- 
derait pas  à  être  présentée  aux  chambres,  et  qu'elle  passerait  enfin  à  l'état  de  M, 
Malheureusement,  il  n'en  fut  pas  ainsi,  et  cette  œuvre  importante,  fondamentale^ 
est  à  recommencer.  Tantœ  molis  erat 

Espérons,  messieurs,  que  le  moment  n'est  pas  éloigné  où  quelque  nouveau 
congrès  reprendra,  sous  des  auspices  plus  favorables,  l'œuvre  du  congrès  de 
1865,  car,  il  faut  bien  l'avouer,  nos  institutions  médicales  n'ont  certes  pas  encore 
atteint  leur  dernier  degré  de  perfection.  Heureuse  la  nouvelle  tentative,  si  elle 
pouvait  sourire  à  l'esprit  vaste,  éclairé,  hardi,  initiateur  et  Ubéral  du  ministre 
éminent  qui  siège  aujourd'hui  sur  le  fauteuil  du  grand  maître  de  l'Université! 
fe  ne  quitterai  point  le  congrès  de  18/i5  sans  i^ppeler  ici  un  de  ses  actes  les  plus 
méritoires.  Avant  de  se  séparer,  il  émit  le  vœu  qu'une  statue  fût  élevée  à  Paris 
en  l'honneur  de  notre  Bichat,  qui  déjà  en  possédait  une  dans  sa  viUe  natale.  Le 
noble  vœu  du  congrès  fut  exaucé.  La  statue  dont  l'érection  est  due  ^  l'initiative 
du  congrès  de  18/i5  siège  précisément  à  l'entrée  de  cette  enceinte.  Bichat,  aucun 
de  TOUS,  messieurs,  ne  l'ignore,  est  le  glorieux,  l'immortel  fondateur  de  l'ana- 
lomie  générale.  Cetta  science,  sous  le  nom  d* histologie  qu'elle  porte  aujourd'hui. 


56      CONGRÈS  MÉDICAL  INTERNATIONAL.  —  PREMIÈRB  SÉANCE  DE  JOUR. 

s'est  enrichie,  gr«^ce  à  des  procédés  de  recnerches  plus  précis,  employés  sur  une 
grande  échelle  et  devenus  classiques^  de  tant  de  découvertes,  qu'elle  eo  semble 
transfigurée.  Mais  les  beaux  progrès  que  nous  nous  plaisons  à  vous  signaler  ne 
doivent  pas  faire  oublier  les  travaux  du  grand  Bichat.  Saluons  donc,  messieurs, 
sa  statue  qui,  placée  ainsi  près  de  l'enceinte  de  nos  séances,  présidera,  s'il  est 
permis  de  le  dù*e,  à  tous  nos  travaux,  nous  inspirera  de  grandes  pensées,  et  nous 
communiquera  quelques  étincelles  de  ce  feu  sacré  que  possédait  à  un  si  haut 
degré  celui  dont  elle  est  l'image. 

Je  n'abuserai  pas  plus  longtemps  de  votre  patience,  messieurs,  heureux,  en 
finissant,  d'avoir  soulevé  dans  vos  âmes  un  de  ces  sentiments  doux  et  généreux 
qui  me  feront  obtenir  quelque  grâce  pour  la  longueur  de  cette  allocution. 

Le  comité  organisateur  de  ce  congrès  a  terminé  sa  mbsion.  La  vôtre  va  com- 
mencer, messieurs,  par  la  constitution  de  votre  bureau.  Cette  opération  terminée, 
le  signal  du  combat  sera  donné.  Puissent  les  actes  de  cette  grande  assemblée 
laisser  dans  l'histoire  de  la  médecine  un  glorieux  et  long  souvenir  !  Ce  serait  vous 
faire  injure,  très-chers  et  très-honorés  confrères,  que  de  douter  un  seul  instant 
de  l'entier  accomplissement  de  ce  vœu. 


Après  cette  allocution  fréquemment  interrompue  par  de  chaleureux  applaudis- 
sements, M.  le  professeur  Gavarret,  vice-président  du  Comité  d'organisation,  pro- 
clame les  noms  des  délégués  accrédités  par  les  Gouvernements  et  par  les  Sociétés 
savantes,  puis  le  Congrès  procède  à  la  constitution  de  son  bureau,  qui  est  nommé 
par  acclamations.  Après  avoir  remercié  l'assemblée  de  l'honneur  qu'elle  lui 
accorde  en  lui  conférant  la  présidence,  M.  Bouillaud  appelle  aux  fauteuils  de 
la  vice-présidence  le  professeur  Palasciano,  de  Naples,  et  le  professeur  Teissier, 
de  Lyon;  le  secrétaire  général  M.  Jaccoud,  le  secrétaire  trésorier  M.  E.Vidal,  le 
secrétaire  de  la  séance  M.  Bricheteau,  prennent  également  place  au  bureau, 
et  le  président  annonce  le  commencement  des  lectures  sur  la  première  question 
du  programme. 


BIJ  TVBERCVliE  ET  DES  PROCESSCS  AIVAIiOGUES. 

FAR    J.   VILLEMIN    (DE    PARIS) 
Profetiattr  agrégé  au  Val«d*-Grâc«« 


L'anatomie  pathologique  a  certainement  apporté  de  grandes  lumières  dans  les 
questions  qui  préoccupent  les  médecins  depuis  des  siècles;  mais  la  lésion  anato- 
mique,  aussi  bien  que  le  symptôme,  n'est  que  l'efi'et  d'une  cause  qui  se  dérobe 
malheureusement  à  nous  dans  bien  des  cas.  Et  cependant  ce  qui  constitue 
l'essence  d'un  phénomène  quelconque,  c'est  le  principe  de  sa  détermination. 
La  cause  morbide  est  donc  le  caractère  nosologique  primordial  et  essentiel. 

Considérée  dans  sa  symptomatologie  et  dans  son  anatomie  pathologique,  la 


DD  TOBBftCULE.   ~  YItLEHIM.  57 

maladie  est  da  domaine  de  robservation^  elle  [se  constate  par  les  sens  aidés  des 
diTers  moyens  qui  viennent  à  leur  secours  ;  considérée  dans  sa  cause^  elle  est  du 
ressort  de  l'induction.  Ce  n'est  que  par  une  opération  de  Tintelligencc  qu'on  s'é- 
lève à  une  pareille  conception  de  la  maladie.  C'est  souvent  une  œuvre  excessive- 
ment laborieuse  que  de  remonter  à  la  cause  des  phénomènes,  et,  en  médecine 
plus  qu'ailleurs  peut-être,  ces  sortes  de  problèmes  sont  hérissés  de  grandes  diffi- 
coltés.  La  raison  en  est  dans  ce  fait  que  les  éléments  anatomiques  n'ont  qu'un 
nombre  restreint  de  réactions  contre  les  influences  morbifiqucs  ;  en  sorte  qu'à 
des  causes  diverses  répondent  des  manifestations  symptomatiques  et  des  lésions 
aDatomiques  ayant  entre  elles  les  plus  grandes  analogies.  On  ne  peut  spécifier  la 
maladie  que  d'après  un  groupe  de  caractères  dont  l'ensemble  seul  se  différencie 
des  groupes  voisins.  Cependant  on  a  cherché  et  l'on  cherche  encore  des  sym- 
ptômes et  des  lésions  pathognomoniques.  Mais  plus  on  avance,  et  plus  on  s'aper-^ 
çoit  que  de  pareils  caractères  n'existent  pas. 

Cest  parce  que  l'on  a  cru  à  la  spécificité  anatomique  que  l'histoire  de  la  tu- 
berculose a  été  entachée  de  bien  des  erreurs.  Et  d'abord  on  s'est  bien  vite  aperçu 
qu'on  ne  pouvait  lui  attribuer  toutes  les  petites  tumeurs  grises,  demi-transpa- 
rentes ou  jaunes,  siégeant  dans  les  poumons  ou  ailleurs  ;  d'autre  part,  on  a  vu 
aoasi  que  c'était  lui  faire  la  part  trop  mince  que  de  la  restreindre  aux  cas  oîi  l'on 
rencontrait  des  granulations.  On  a  cru  voir  ensuite  dans  la  consistance  dite  caséeuse 
la  caracléristique  anatomique  du  tubercule  ;  mais  force  a  été  de  diminuer  l'im- 
portance de  ce  caractère  devant  des  produits  pathologiques  tout  à  fait  étrangers 
à  la  tuberculose  et  qui  se  présentent  sous  l'aspect  de  la  matière  caséeuse.  Plus 
tard  l'intervention  du  microscope  a  fait  luire  un  moment  l'espérance,  bien  vite 
déçue,  d'un  globule  spécifique.  Enfin  les  progrès  des  études  micrographiques 
nous  ont  conduits  aujourd'hui  à  des  connaissances  précises  sur  la  provenance, 
l'évolution,  le  siège,  la  sti'ucture,  etc.,  du  tubercule.  Mais  parmi  toutes  ces  don- 
nées nouvelles,  y  a-t-il  des  caractères  exclusivement  propres  à  la  lésion  tubercu- 
leuse, ou  peut-on  conclure,  de  leur  ensemble  seulement,  à  la  spécificité  anato- 
mique de  cette  altération?  Telle  est  la  question  posée  par  les  savants  organisateurs 
du  Congrès  médical  international.  Nous  venons  apporter  à  sa  solution  le  fruit  de 
nos  recherches. 

Examinée  sur  une  séreuse,  là  où  l'étude  en  est  le  plus  facile,  et  prise  à  son 
début  alors  qu'elle  est  encore  jeune,  dure  et  demi-transparente,  la  granulation 
tuberculeuse  se  présente,  sous  le  champ  du  microscope,  avec  l'aspect  suivant  : 
A  son  centre,  on  voit  une  quantité  plus  ou  moins  considérable  de  petits  éléments 
globuleux,  représentés  par  des  noyaux  brillants  ou  granulés,  et  par  des  petites 
cellnles  faiblement  indiquées  par  un  petit  linéament  ti*ès-rapproché  du  noyau. 
Ces  éléments  sont  agglutinés  par  une  substance  intercellulaire  solide,  finement 
granulée  ;  ils  n'ont  pas  tous  les  mêmes  dimensions,  celles-ci  peuvent  quelque- 
fois varier  du  simple  au  double.  En  dirigeant  les  regards  vers  la  périphérie  de  la 
nodosité,  on  remarque  que  les  petits  éléments  sont  remplacés  par  des  cellules 
plus  volumineuses,  dont  quelques-unes  renferment,  dans  leur  intérieur,  un 
nombre  de  noyaux  parfois  considérable.  En^n,  tout  à  fait  aux  confins  de  la  gra- 
nulation, les  éléments  cellulaires  rappellent  la  forme  et  la  disposition  des  cor- 
puscules conjonctifs,  dont  ils  ne  différent,  dans  les  parties  les  plus  éloignées  du 
centre  du  nodule,  que  par  des  dimensions  plus  grandes. 

D'une  manière  schématique,  on  peut  représenter  la  nodosité  tuberculeuse  par 
trois  «mes  concentriques,  correspondant  à  trois  degrés  différents  dans  l'évolution 


58      CONGRÈS  MÉDICAL  IMTERNATIONAL.  —  PREMIÈRE  SÉANCE  DE  JOUR. 

des  ëiéments  qui  concourent  à  sa  formation  :  une  zone  externe,  où  l'on  voit  des 
cellules  déjà  plus  volumineuses  que  celles  du  tissu  normal,  et  dans  lesquelles  ap- 
paraissent plusieurs  noyaux  ;  une  zone  moyenne,  représentée  par  des  éléments 
de  diverses  dimensions^  plus  ou  moins  serrés  les  uns  contre  les  autres,  et  renfer- 
mant un  nombre  variable  de  noyaux,  c'est  la  zone  proliférante  ;  eniin,  une  zone 
interne^  centrale^  où  se  trouvent  accumulés  les  noyaux  et  les  petites  cellules  qui 
semblent  être^  comme  les  globules  de  pus  dans  Tinflammation,  le  produit  final 
de  la  multiplication  des  éléments.  Cependant  il  est  bien  rai'e  de  ne  pas  retrouver 
parmi  ces  petits  éléments,  déjà  variables  eux-mêmes,  des  cellules  de  dimensions 
plus  grandes.  Généralement  la  granulation  tuberculeuse  n'acquiert  pas  un  vo- 
lume considérable  ;  lorsque  la  cause  est  énergique  et  étendue,  elle  marque  son 
action  par  la  multiplicité  des  foyers,  et  alors  de  nombreuses  nodosités,  formées 
en  même  temps,  confinent  et  se  mêlent  en  donnant  des  masses  souvent  considé- 
rables, des  plaques,  des  îlots  étendus  :  c'est  ce  qu'on  appelle  Vinfilti^aiion  tuber-^ 
cukuse. 

Ce  que  nous  venons  de  décrire  ne  s'observe  que  sur  des  granulations  à  la  pé- 
riode de  crudité  ;  la  dégénérescence  gi^aisseuse  survenant,  on  ne  trouve  plus  que 
des  petits  corps  foncés,  brillants  ou  quelques  débris  mêlés  à  des  granules  molécu- 
laires. La  métamorphose  régressive  des  tubercules  ne  se  présente  pas  toujours 
sous  le  même  aspect.  Dans  certains  cas,  il  se  forme  des  granulations  graisseuses 
très-petites  et  relativement  rares.  Les  éléments  prennent  un  reflet  brillant,  se 
ratatinent  et  se  déforment  comme  s'ils  étaient  desséchés.  C'est  une  sorte  de  momi" 
fication,  comme  Ta  si  judicieusement  dit  M.  Kûss.  D'autres  fois,  les  globules 
graisseux  sont  plus  volumineux  el  plus  nombreux,  la  matière  grasse  semble  exis- 
ter en  plus  grande  abondance.  Nous  pensons  que  ces  deux  formes  de  la  transfor- 
mation régressive  convergent  vers  deux  tenuinaisons  différentes  :  la  première 
nous  semble  aboutir  plus  facilement  à  la  crétification,  et  la  seconde  au  ramollis- 
sement. 

Les  processus  que  l'on  rencontre  chez  les  tuberculeux  ne  produisent  pas  tou- 
jours exactement  la  granulation  type  que  nous  venons  de  décrire,  même  lors- 
qu'ils ont  la  forme  et  les  dimensions  de  petites  nodosités.  Ainsi,  on  observe  des 
granulations  qui  renferment  à  peine  quelques  éléments  de  petites  dimensions  à 
leur  centre;  elles  se  composent,  en  majeure  partie,  de  cellules  de  grandeur  va- 
riable et  en  voie  de  multiplication  active,  qui  se  détruisent  par  la  métamorphose 
rétrograde  avant  que  la  prolifération  ne  soit  arrivée  à  son  dernier  terme.  Une 
coupe  pratiquée  dans  une  nodosité  de  cette  espèce  parait  constituée,  presque 
danS'  tout  son  ensemble,  par  des  éléments  semblables  à  ceux  qu'on  trouve  dans 
la  zone  moyenne.  11  y  a  prédominance  des  cellules  volumineuses  sur  les  noyaux 
et  les  petites  cellules,  tandis  qu'au  contraire,  dans  la  granulation  type,  les  élé- 
ments de  grandes  dimensions  sont  exceptionnels  dans  les  parties  centrales  et 
même  rares  dans  la  zone  moyenne.  Cependant  il  arrive  que  la  transformation 
nécrobiotique  s'empare  quand  même  des  nodosités  ainsi  constituées  et  dont  l'évo- 
lution semble  inachevée.  Mais  ce  n'est  là  que  l'exagération  d'un  fait  que  l'on 
observe  souvent  dans  une  granulation  type.  Loi*sque  la  métamorphose  régressive 
suiTient  dans  celle-ci,  la  dégénérescence  gi'aisscuse  ne  se  borne  pas  à  la  zone 
centrale,  aux  petits  éléments  ;  elle  atteint  aussi,  dans  la  zone  moyenne,  des  cel- 
lules volumineuses,  les  unes  remplies  de  noyaux  et  en  pleine  activité  de  multi- 
plication. Il  y  a  là  une  nécrobiose  prématurée  qui  pourrait  peut-être  s'expliquer 
par  l'oblitération  vasculaire.  Lorsque  des  foyers  multiples  se  forment  simultané- 


DU  TUBERCULE.  —  VILLEMW.  59 

ment,  s'agglomèrent,  continent  et  se  confondent,  en  donnant  lieu  à  des  tubéro- 
âtés  Tolumineuscs  ou  h  des  grandes  masses  d'infiltration,  la  circulation  est  en- 
travée dans  un  espace  plus  ou  moins  étendu,  et  les  liquides  nutritifs  manquent  à 
l'activité  des  éléments  en  cours  de  prolifération. 

Les  différences  dans  la  rapidité  d'évolution  du  tubercule  sont  un  fait  depuis 
longtemps  constaté  par  la  clinique.  11  y  a  des  phthisiques  chez  lesquels  les  pre- 
miers symptômes  d'une  poussée  tuberculeuse  remontent  à  des  époques  très-re- 
culées^ et  qui  n'oft'rent  les  signes  du  ramollissement  qu'au  bout  d'un  temps  repré- 
senté par  des  années.  Chez  d'autres  au  contraii-e,  on  assiste  à  la  formation  bi-usque 
de  masses  tuberculeuses,  suivies  presque  immédiatement  de  leur  ramollisse- 
ment ;  des  cavernes  étendues  apparaissent  dans  l'espace  de  quelques  mois.  Ces 
différences  dans  les  formes  cliniques  de  la  tuberculose  sont  la  conséquence  de 
différences  coirélatives  dans  les  caractères  anatoiniques,  et  nous  sommes  d'avis 
que  les  conditions  dont  elles  relèvent  consistent,  au  moins  en  partie,  dans  l'obli- 
tération plus  ou  moins  brusque,  complète  et  wstendue  des  vaisseaux.  D'une  ma- 
nière générale,  nous  sommes  donc  porté  à  croire  que  les  petits  éléments  sont 
d'autant  plus  rares  et  les  grosses  cellules  plus  nombreuses,  que  le  processus  a  eu 
une  marche  plus  accélérée,  que  la  prolifération  cellulaire  a  été  plus  rapide  et 
s'est  faite  sur  des  points  nombreux  et  rapprochés,  de  manière  à  intercepter  plus 
complètement  le  cours  du  sang.  Hâtons-nous  de  dire  que  nous  ne  considérons 
cette  interprétation  que  comme  la  plus  probable  ;  nous  sommes  prêts  à  l'aban- 
donner si  une  autre  se  montre  plus  conforme  aux  faits  observés. 

Nous  ne  voulons  pas  suivre  le  processus  tuberculeux  dans  les  divers  organes. 
Dans*tous,  il  a  pour  siège  constant,  pour  matrice,  les  tissus  de  substance  conjonc- 
tive. Nous  ne  nous  arrêterons  qu'au  tubercule  pulmonaire  qui  donne  lieu  actuel- 
lement à  des  divergences  d'opinion  qui  ne  tendent  à  rien  moins  qu'à  scinder  la 
tuberculose  en  espèces  nosologiques  distinctes. 

Dans  la  tuberculisation  pulmonaire,  on  rencontre  bien  des  granulations  qui 
négent  dans  le  tissu  conjonctif  intcrlobulaire,  mais  le  plus  grand  nombre  est 
situé  dans  les  vésicules  elles-mêmes,  qu'on  trouve  remplies  de  cellules  en  voie 
de  multiplication.  Dans  le  principe,  nous  n'avions  considéré  comme  tubercules 
que  les  processus  qui  avaient  leur  point  de  départ  dans  les  trabécules  conjonc- 
tives, et  nous  pensions  que  le  contenu  des  vésicules  était  un  produit  appartenant 
à  l'épithélium  pulmonaire  ;  mais  des  faits  nombreux  sont  venus  infirmer  cette 
interprétation.  L'étude  de  la  tuberculisation  du  poumon  et  des  autres  altérations 
de  cet  organe  nous  a  amené  à  croire  qu'il  y  avait  dans  sa  structure  quelque 
chose  d'ignoré,  une  inconnue  qu'il  fallait  avant  tout  dégager  pour  entrer  en  posses- 
sion du  simple  et  du  vrai.  C'est  alors  que  nous  avons  trouvé  un  procédé  qui  nous 
a  permis  de  constater  que  la  mince  cloison  qui  sépare  deux  vésicules  l'une  de 
l'antre,  en  leiu'  servant  de  paroi  commune,  n'est  pas  une  membrane  homogène, 
mais  qu'elle  renferme  dans  son  épaisseur  un  clément  cellulaire  qui  lui  est  pro- 
pre, ce  qui  fait  de  cette  membrane  un  véritable  tissu  d'espèce  conjonctive  (1). 
Quant  à  l'existence  d'une  couche  épithéliale  recouvrant,  comme  on  le  suppose, 
la  surface  interne  des  alvéoles,  nous  avouons  qu'elle  nous  semble  être  entière- 
ment problématique. 

Le  tubercule  a  dans  le  poumon  deux  sièges  distincts,  correspondant  aux  deux 

(i)  YiUêmin,  Recherchée  sur  la  vésicule  pulmonaire  et  V emphysème  (Àrch,  gén.  de  méd.^ 
oelobr*  et  novembre  1866). 


60      CONGRÈS  MÉDICAL  IIITE1INAT10NAL  —  PREIIIÈRB  SÉANCE  DE  JOUR. 

Tariëtës  de  tissus  de  substance  conjonctive  qu'on  trouve  dans  cet  organe,  à  savoir  : 
le  tissu  conjonctif  ordinaire,  interlobulaire^  et  le  tissu  spécial  qui  constitue  les 
parois  des  vésicules.  Nous  n'avons  à  nous  occuper  ici  que  des  tubercules  des 
cloisons  alvéolaires  qui  ont  donné  lieu  à  diverses  interprétations. 

Si  Ton  examine  au  microscope  une  granulation  isolée,  on  constate  tout  à  fait 
à  ses  limites  extrêmes,  aux  confins  des  parties  saines,  c'est-à-dire  là  où  le  proces- 
sus est  à  sa  période  initiale,  des  cellules  rondes  qui  s'hypertropbient  insensible- 
ment, deviennent  parfois  extrêmement  volumineuses,  opaques  et  multinucléaires. 
Au  fur  et  à  mesure  qu'on  s'avance  vers  le  centre,  on  voit  la  multiplication  cel- 
lulaire devenir  abondante  et  les  alvéoles  se  remplir.  De  grosses  cellules,  conte- 
nant de  deux  à  dix,  à  quinze  noyaux,  mettent  en  liberté  ces  éléments  nouveaux 
qui  prolifèrent  à  leur  tour;  mais  en  même  temps  que  cette  prolifération  abonde, 
la  circulation  se  supprime,  et  l'on  voit  survenir  la  dégénérescence  gi*aisseuse  dans 
les  parties  les  plus  avancées  et  les  plus  abondamment  pourvues  d'éléments  cellu- 
laires. Les  vésicules  centrales,  les  plus  anciennes  en  date  dans  l'altération  patholo- 
gique, contiennent  des  petits  éléments  comme  on  eu  trouve  habituellement  au 
centre  des  tubercules  des  séreuses,  par  exemple;  seulement  ils  sont  souvent  un  peu 
plus  gros  et  ont  sous  ce  rapport  plus  de  ressemblance  avec  ceux  du  tissu  osseux. 
Mais  bien  souvent  la  nécrobiose  saisit  les  cellules  proliférantes  au  milieu  de  leur 
évolution,  et  celles-ci  tombent  en  détritus  avant  d'avoir  abouti  à  la  formation  de 
ces  petits  éléments. 

Cela  a  surtout  lieu  quand  les  foyers  multiples  se  sont  formés  en  même  temps  et 
tout  près  les  uns  des  autres,  en  apportant  des  entraves  circulatoires  dans  une 
grande  étendue.  Lorsqu'on  examine  une  coupe  pratiquée  dans  une  masse  tuber- 
culeuse dite  d'infiltration,  on  voit  de  distance  en  distance  les  centres  des  foyers 
nombreux  dont  elle  se  compose,  indiqués  par  une  coloration  plus  blanche,  des 
éléments  plus  petits,  une  infiltration  graisseuse  plus  prononcée,  ou  même  enfin 
un  détritus  granuleux  amorphe,  tandis  que  les  parties  intermédiaires  renferment 
des  éléments  moins  nombreux,  plus  volumineux  et  en  voie  de  prolifération  ; 
mais,  le  tout  n'en  est  pas  moins  envahi  par  la  métamorphose  fégrcssive.  Cette 
métamorphose  apparaît,  comme  nous  l'avons  déjà  dit,  à  des  époques  variables  de 
l'évolution  du  processus,  et  nous  pensons  qu'elle  est  d'autant  plus  hâtive  et  qu'elle 
atteint  les  éléments  à  une  période  d'autant  moins  avancée  dans  leur  proliféra- 
tion, que  celle-ci  a  été  plus  rapide  et  étendue  ;  ce  qui  rend  compte  de  certaines 
phthisics  à  marche  accélérée. 

D'après  ce  que  nous  venons  de  voir,  chaque  foyer  tuberculeux  se  compose  bien 
d'un  amas  central  plus  ou  moins  grand  de  petites  cellules  lymphatiques  ;  mais 
aussi  d'une  zone  d'étendue  variable,  composée  de  cellules  de  différentes  gran- 
deurs, au  stade  de  prolifération.  La  dégénérescence  nécrobiotique  n'atteint  pas 
seulement  le  centre  des  foyers,  dont  l'évolution  est  entièrement  achevée,  mais 
elle  s'étend  aussi  extérieurement  aux  grands  éléments  en  voie  démultiplication. 
Lorsqu'une  nécrobiose  hâtive  survient  dans  des  foyers  agglomérés  en  gros 
nodules  ou  en  infiltration,  les  centres  de  ces  foyers  ne  sont  souvent  que  peu 
apparents;  ils  ne  s'accusent  que  par  de  rares  éléments  de  petites  dimen- 
sions, et  encore  ceux-ci,  tombant  en  détritus  aussitôt  formés,  ne  peuvent  être 
reconnus  bien  des  fois  que  par  leurs  vestiges.  11  suit  de  là  que  des  coupes  prati- 
quées dans  ces  parties  ne  laissent  presque  voir  que  des  cellules  proliférantes, 
remplissant  plus  ou  moins  complètement  les  alvéoles.  Ce  sont  elles  que  plusieurs 
obseiTatcurs  considèrent,  el  que  nous  avons  regardé  nous*méme  autrefois  conune 


DU  TUfiBAGULE.  —  VIUEMIN.  61 

un  produit  d'inflammation^  ayant  sa  source  dans  Tépithélium  pulmonaire.  C'est 
à  cette  forme  de  tubercule  qu'on  a  donné  les  noms  de  pneumonies  caséeuse^  tt^er- 
adeusej  épUhéliaiey  disséminée  et  chronique^  etc. 

Mais  ces  éléments  proviennent  manifestement  des  noyaux-cellules  qui  font 
partie  de  la  cloison  des  vésicules,  et  dans  les  tubercules  des  séreuses,  des 
muqueuses,  des  ganglions  lymphatiques,  etc.,  la  zone  proliférante  se  compose 
de  cellules  absolument  identiques  par  la  forme,  les  dimensions  ou  tout  autre 
caractère.  Ce  n'est  que  par  la  compression  les  unes  contre  les  autres,  qu'elles 
prennent  quelquefois  des  faces  planes  qui  leur  donnent  un  aspect  épithélial  ;  elles 
ne  sont  du  reste  jamais  soudées  entre  elles.  Du  reste,  dans  un  tissu  conjonctif, 
la  tuméfaction  et  la  prolifération  cellulaire  tuberculeuses  ne  diffèrent  pas  de  la 
tuméfaction  et  de  la  prolifération  inflammatoires  ;  ce  n'est  que  par  le  stade  final 
qu'on  peut  juger  de  la  nature  du  processus.  L'inflanunation  aboutit  à  la  forma- 
tion du  pus  ou  d'un  tissu  hypertrophique.  Dans  le  poumon,  en  effet,  on  rencontre 
des  collections  piunilentes  et  des  scléroses  fibreuses  ;  mais  ce  que  l'on  appelle 
pneumonie  caséeuse,  etc.,  n'est  constitué  ni  par  du  pus,  ni  par  du  tissu  fibreux. 
C'est  un  produit  formé  de  cellules  au  stade  de  prolifération  et  qui  aboutit  à  la 
métamorphose  graisseuse.  Or,  la  nécrobiose  ne  survient  |pas  dans  l'inflam- 
mation à  cette  période  de  son  évolution,  tandis  qu'au  contraire  elle  constitue  un 
des  caractères  du  tubercule  ;  on  peut  s'en  assurer  dans  les  tissus  simples,  où  toute 
confusion  est  impossible.  Enfin,  si  l'on  avait  afiaire  à  un  produit  inflammatoire, 
de  nature  épithélîale  surtout,  on  n'aurait  pas,  comme  cela  a  lieu,  une  suppres- 
sion de  la  circulation  dans  les  parties  malades,  et  le  poumon,  au  lieu  de  prendre^ 
dès  le  début,  l'aspect  anémique  et  la  consistance  sèche  propres  aux  tubercules^ 
serait  remarquable,  au  contraire,  par  la  turgescence  et  l'engouement  qui  carac- 
térisent les  processus  inflammatoires. 

Ainsi  donc  l'étude  anatomiquc  de  la  tuberculose,  tiraillée  dans  les  sens  les 
plus  divers  par  les  nombreux  travaux  qu'a  inspirés  l'immensité  de  ce  malj  n'a 
lait  qu'accroître  l'embarras  des  pathologistes.  C'est  surtout  à  propos  de  la  tuber- 
culisation  du  poumon  que  les  opinions  diffèrent.  Mais  en  acceptant  ce  que  nous 
avons  essayé  de  démontrer  ailleurs  (1),  que  le  parenchyme  pulmonaire  est  une 
variété  des  tissus  coi^jonctifs,  nous  croyons  être  sur  la  voie  qui  doit  ramener  les 
esprits  à  une  conception  plus  simple,  plus  vraie,  plus  pratique  et  plus  conci- 
liante ;  car  nous  pensons  qu'il  y  a  lieu  de  faire  un  retour  vers  les  idées  de  notre 
grand  Laennec  en  faveur  de  l'unité  de  la  tuberculose,  de  son  essentialité  mor- 
bide, dont  semble  nous  écarter  l'admission  de  complications  et  de  divisions 
anatomiques  qui  n'ont  rien  de  réellement  fondé.  Sans  doute,  ces  travaux  sont 
loin  d'avoir  été  stériles,  la  pathologie  de  la  tuberculose  leur  doit  bien  des  vérités^ 
nous  ne  devons  pas  les  oublier. 

A  ne  considérer  que  la  forme  des  éléments  qui  le  composent,  le  tubercule  est 
très-analogue  aux  tissus  lymphatiques,  mais  là  ne  se  borne  pas  la  ressemblance. 
La  consistance  caséeuse  à  laquelle  aboutissent  les  productions  tuberculeuses  d'une 
façon  si  invariable,  qu'elle  a'  passé  pour  le  phénomène  caractéristique  de  ces 
lésions,  est  aussi  une  propriété  particulière  à  quelques  tissus  lymphatiques. 
Ainsi,  sous  certaines  incitations,  les  cellules  d'un  ganglion  accumulées  en  excès 
dans  leurs  alvéoles  éprouvent  la  dégénérescence  caséeuse  dans  bien  des  cas. 

(!)  Viltemio,  RBcherckes  sur  iavé$icuiefmlmanaùr€  et  l^emphifiim»  (Ành,  gin»  de  méd.^ 
Ktobre  et  novembre  1866). 


62      CONGRÈS  MÉDICAL  INTERNATIONAL.    »  PRBIUÈRE  SÉANCE  OE  JOUR. 

Sans  doute^  nous  savons  parfaitement  que  d'autres  produits  morbides  peuvent 
aboutir,  par  régression,  à  cette  consistance,  mais  il  n'en  est  pas  moins  vrai  que 
les  engorgements  lymphatiques  et  les  tubercules  jouissent  au  plus  haut  degré  de 
la  tendance  à  passer  à  l'état  caséeux.  C'est  de  ce  cai'actère  commun  qu'on  est 
parti  pour  identifier  la  tuberculose  et  la  scrofule. 

D'autres  productions  morbides  ont  aussi  les  analogies  les  plus  grandes  avec  les 
lésions  tuberculeuses,  tant  sous  le  rapport  de  la  forme  des  éléments  que  sous 
celui  de  leur  groupement  et  des  métamorpbuses  qu'ils  éprouvent  à  une  ceilaine 
période  de  leur  évolution.  Nous  citerons  principalement  les  granulations  de  la 
moiTe  et  les  gommes  syphilitiques. 

Les  granulations  qu'on  trouve  dans  les  poumons  de  l'homme  et  des  chevaux 
morveux  ont  un  aspect  extérieur  qui  rappelle  entièrement  celui  des  granulations 
de  la  tuberculose.  C'est  ce  qui  avait  conduit  certains  médecins  vétérinaires  à 
admettre  que  la  morve  chronique  n'était  autie  chose  que  la  tuberculose  du 
cheval.  Les  gi*anulations  morveuses  sont  ordinairement  constituées  à  leur  centime 
par  de  petits  éléments  de  même  apparence  que  ceux  du  tubercule^  et  dont 
l'origine  est  aussi  la  même  ;  ils  proviennent  de  la  prolifération  des  cellules  du  tissu 
conjonctif  au  milieu  duquel  le  nodule  morveux  se  développe  ;  ils  sont  groupés, 
comme  ceux  du  tubercule,  en  petits  amas  centiaux  entourés  d'une  zone  de 
cellules  au  stade  de  prolifération  qui  se  nécrobiosent  (1). 

La  gomme  syphilitique  rappelle  aussi,  par  certaines  apparences  extérieures  et 
par  sa  structure  histologique,  les  productions  tuberculeuses  (2).  On  y  trouve  les 
mêmes  noyaux  et  petites  cellules  dérivés  de  la  multiplication  des  corpuscules 
conjonctifs;  c'est  le  même  tassement  de  ces  éléments  dans  une  rai*e  substance 
intercellulaire  finement  granulée,  et  enfin  le  même  état  caséeux  amené  pai'  la 
dégénérescence  régressive  et  s' étendant  à  des  groupes  cellulaires  en  voie  de  prolifé- 
ration. Sans  doute,  la  ressemblance  n'est  pas  absolue,  mais  les  nuances  différen- 
tielles seraient  insuffisantes  pour  dissiper  toute  inceilitude,  si  l'on  s'en  tenait  aux 
caractères  histologiques  seuls,  et  même,  dans  certains  cas,  à  l'ensemble  anato- 
mique  tout  entier. 

Nous  attirerons  particulièrement  l'attention  sur  ce  point  d'une  haute  impor- 
tance, à  savoir  :  que  les  granulations  moi^euses  un  peu  gi*osses,  mais  surtout 
celles  qui  sont  accumulées  en  infUtratioJi,  ainsi  que  les  gommes  syphilitiques, 
sont  formées,  comme  les  masses  tuberculeuses  d'un  certain  volume,  par  l'agglo- 
mération d'un  nombre  considérable  de  petits  foyers.  De  pail  et  d'autre,  les  cen- 
tres de  ces  foyers  sont  habituellement  composés  de  cellules  et  de  noyaux  à  forme 
lymphatique,  tandis  que  les  zones  périphériques  sont  constituées  par  des  cellules 
plus  volumineuses  et  en  voie  de  multiplication.  Quand  la  métamorphose  régres- 
sive s'empare  des  processus,  elle  atteint  non-seulement  les  petits  éléments  des 
centres,  mais  aussi  les  cellules  des  zones  intermédiaires,  quoiqu'elles  soient  à  un 
degré  d'évolution  moins  avancé  et  parvenues  seulement  au  stade  de  proliféra- 
tion. Il  résulte  de  là  que  la  morve  et  la  syphilis  donnent  lieu,  dans  les  poumons, 
à  des  altérations  semblables  à  celles  que  l'on  a  désignées  des  noms  de  pneumumie 

(i)  Virchow,  Handbuch  der  speciellen  Pathologie  und  Thérapie^  2'  vol.,  1'"  partie,  p.  &05. 
Eriangea,  1865.  —  Cornii  et  Trasbot,  Note  sur  la  structure  des  granulations  morveuses  du 
cheval  (Comptes  rendus  de  la  Société  de  biologie ^  t.  II,  lérie  &",  1865). 

(2)  Virchow,  La  syphilis  constitutionnelle^  trad.  par  Picard.  —  Ranvier,  Recherches  atut"- 
tomiques  dans  un  cas  de  syphilis  viseértde  et  oiseuse  {Comptes  rendus  de  la  Société  de  biologie 
t.  n,  série  A%  1865).  ' 


DU  TUBERCULE.  —  YILLEMIN.  63 

easéeiiie,  tuberculeuse,  épUhèliale,  etc.^  et  qui  sont  observées  dans  la  tuberculose. 
Mais  il  y  a  lieu  d'appliquer  ici  les  observations  et  les  interprétations  que  nous 
iTons  invoquées  à  propos  du  tubercule  ;  et  ceci  nous  est  une  preuve  de  plus 
que  notre  manière  de  voir  est  fondée. 

Ainsi  donc^  la  question  de  la  spécificité  anatomique  du  tubercule  doit  être  ré- 
solue dans  le  sens  de  la  négative.  Les  éléments  les  plus  caractéristiques  d'une 
granulation  tuberculeuse  ont  leurs  représentants  physiologiques  dans  les  globules 
de  la  lymphe  et  dans  ceux  des  tissus  lyuiphoïdes.  On  retrouve  les  mêmes  élé- 
ments dans  plusieurs  productions  morbides,  entre  autres  les  granulations  de  la 
morve-far<:in9  les  tumeurs  gommeuses  de  la  syphiUs,  et,  de  plus,  ils  afrectcnt, 
dans  ces  processus,  la  même  disposition  et  la  même  évolution  que  dans  le 
tubercule.  C'est  donc  en  vain  qu'on  a  cherché  jusqu'ici  des  caractères  pa- 
thognomoniques  à  l'altération  de  la  tuberculose.  Le  globule  spécifique  n'existe 
pas,  et  les  autres  caractères  tirés  de  l'ensemble  de  l'évolution  histologique,  pour 
être  plus  sûrs  que  la  forme  élémentaire  seule,  n'en  sont  pas  moins  insuffi- 
sants. 

Les  productions  où  l'on  trouve  les  cellules  du  tubercule  forment  une  grande 
iamiUe  dans  laquelle  on  remarque  des  tissus  normaux  aussi  bien  que  des  proces- 
sus morbides.  On  peut  donc  voii*  dans  quelle  erreur  sont  généralement  les  per- 
sonnes peu  versées  dans  l'étude  de  l'anatoude  pathologique  générale,  lorsqu'elles 
s'imaginent  qu'un  simple  fragment  d'une  tumeur  quelconque  suffit  pour  en  dé- 
terminer la  nature.  £n  ce  qui  concerne  le  tubercule,  par  exemple,  les  caractères 
histologiques  appartiennent  à  la  famille  et  au  genre,  et  non  à  l'espèce.  Pour  spé- 
cilier  ce  processus  et  le  dilTéreucier  des  altérations  du  même  genre  que  lui,  il 
est  nécessaire  de  recourir  à  d'autres  renseignements  que  ceux  que  fournit  le  mi- 
croscope^ il  ne  faut  demander  à  cet  instrument  que  ce  qu'il  peut  ^donner.  Les 
himières  qu'il  a  jetées  sur  les  sciences  biologiques  sont  déjà  assez  vives  pour  le 
justifier  des  accusations  qui  ont  été  dirigées  aveuglément  contre  lui.  Il  n'est,  en 
somme,  qu'un  moyen  d'observation,  et  il  ne  peut  fournir,  à  lui  seul,  la  solution 
des  multiples  problèmes  que  nous  poursuivons.  C'est  en  vain  qu'on  en  attendrait 
des  résultats  qui  ne  sont  pas  du  domaine  de  son  action.  Et  trop  souvent  on  lui 
demande  même  ce  qui  n'est  pas  dans  la  nature  des  choses. 

Revenons  à  la  tuberculose.  Nous  venons  de  voir  que  la  structure  intime  de  sa 
lésion  anatomique  n'a  rien  qui  lui  soit  absolument  propre  et  spécifique  ;  mais, 
chose  remarquable  et  qui  ne  peut  échapper  à  personne,  je  suppose,  ce  processus 
vient  se  placer  à  côté  des  altérations  produites  par  la  morve  et  la  syphilis,  deux 
maladies  de  cause  spécifique,  et  virulentes  par  excellence.  L'esprit  le  plus  pré- 
venu ne  peut  se  défendre  de  l'idée,  selon  nous  tout  à  fait  plausible,  d'une  parenté 
aosologique  entre  elle  et  ces  deux  affections.  Ce  rapprochement  a  été  pour  nous 
une  des  premières  raisons  qui  nous  ont  conduit  à  soupçonner  la  véritable  nature 
de  la  tuberculose.  La  granulation  morveuse,  la  gomme  syphilitique  et  le  tuber- 
cule se  présentant  comme  trois  espèces  anatomo-pathologiques  d'un  même 
genre,  était-ce  faire  une  hypothèse  trop  hasardée  que  de  considérer  les  trois 
aflectioDs  correspondantes  conmie  des  espèces  voisines  l'une  de  l'autre  par  la 
nature  de  leurs  agents  étiologiquesî  La  morve  et  la  syphilis  étant  inoculables, 
nous  nous  sommes  demandé  ai  la  tuberculose  ne  le  serait  pas.  L'expérimentation 
a  répondu,  elle  a  mis  notre  hypothèse  au  nombre  des  vérités  irrécusables.  L'in- 
crédulité des  premiers  temps  commence  à  s'ébranler,  des  noms  autorisés  con- 
vient déjà  de  leur  sanction  le  fait  important  de  l'inoculabilité  de  la  tuberculose. 


eu     CONGRÈS  MÉDICAL  INTERNATlOiNAL.   —  PREMIÈRE  SÉANCE  DE  JOUR. 

Dans  un  ouvrage  très-prochain^  où  les  idées  que  nous  venons  d'exposer  ont  tout 
le  développement  qu'elles  comportent^  nous  essayons  de  mettre  en  lumière,  par 
différents  points  de  son  histoire,  la  spécificité  de  cette  terrible  maladie  (1).  S'il 
reste  des  obscurités  et  des  incertitudes,  l'avenir  les  dissipera. 


AIVATOMIE  ET  PHYSIOIiOttlE  PATHOLOOI^VBS 

BV  TCBERCIJIiE. 

PAR  M.  LE  PROFESSEUR   SAN6ALU  (DE  PAVIE) 
(Lu  par  It  stcréUira  gtfndral  an  Dom  dt  Tanlcvr.) 


La  sagesse  de  mes  auditeurs  et  la  brièveté  du  temps  qui  est  accordé  à  mes 
paroles  ne  me  permettent  d'exposer  que  sommairement  la  série  des  observations 
que  j'ai  publiées  sur  ce  sujet  dans  un  opuscule  qui  a  pour  titre  :  Études  anatamo' 
physio-pathologiques  sur  la  tuberculosis. 

Le  mot  de  tuberculosiSy  bien  qu'adopté  dans  la  médecine  de  toutes  les  nations 
éclairées,  n'exprime  pas  par  lui-même  la  nature  spéciale  de  la  maladie  qu'il  sert 
à  dénoter.  11  y  a  en  effet  de  nombreuses  et  très-variées  altérations  qui,  bien 
qu'elles  se  manifestent  sous  la  forme  de  tubercules,  n'appartiennent  pas  à  cette 
maladie;  de  même  que  la  matière  qui  se  produit  dans  la  tuberculosis  ne  se 
montre  pas  toujours  et  tout  entière  sous  la  forme  de  tubercules.  En  supposant 
même  que  cette  matière  tuberculeuse  que  l'on  dit  infiltrée  se  forme  toiJ\jours 
par  l'agrandissement  et  par  la  réunion  de  plusieurs  petits  tubercules,  je  soutiens 
qu'il  y  a  pourtant  des  tissus  dans  lesquels  la  majeure  partie  du  produit  tubercu- 
leux ne  se  manifeste  pas  sous  la  forme  de  tubercules.  Je  ne  citerai,  pour  exemple, 
que  la  tuberculosis  de  la  pie-mère,  dans  laquelle  se  trouve,  avec  de  petits  tuber- 
cules,  de  la  matière  exsudée  jaunâtre,  épaisse.  C'est  pourquoi  la  forme  sous  la* 
quelle  la  matière  tuberculeuse  se  manifeste  ne  devrait  pas  même,  selon  moi, 
être  considérée  comme  spécifiqu/e. 

Quand  nous  nous  mettons  à  étudier  le  procès  tuberculeux,  nous  reconnaissons 
qu'il  a  une  grande  affinité  avec  l'inflammation;  que  sa  spécialité  consiste  dans  la 
particularité  des  stimulus  aptes  à  le  développer  ;  et  la  spécialité  du  produit  tuber- 
culeux se  trouve  non  point  dans  les  caractères  de  son  organisation,  mais  dans  la  ra« 
pidité  avec  laquelle  celle-ci  se  détruit  dans  l'organisme  lui-même.  Je  veux  dire  que, 
chez  quelques  individus,  les  conditions  de  la  nutrition  des  organes  les  plus  impor- 
tants de  la  vie  végétative  s'altèrent  peu  à  peu,  de  manière  qu'à  la  fin  les  humeurs 
nobles  de  l'organisme  se  trouvent  tellement  constituées  qu'elles  deviennent  des 
stimulus  pour  certains  organes.  Si  ces  stimulus  internes  agissent  sur  plusieurs 
zones  isolées  de  ces  mêmes  organes,  ils  donnent  lieu  à  la  granulalion  tuberculeuse; 
si  au  contraire  ils  agissent  sur  plusieurs  sones  rq>prochée8  les  unes  des  autres, 
alors  ce  produit  tuberculeux  s'assemble  en  abondance  dans  une  partie,  et  il  y  a 
VinfiUration  tuherculeuH. 

(i)  ViUemiOi  Études  sur  la  tuberculose.  Paris,  1867. 


DU  TUBERCULE.  —  SAM6ALLL  65 

L'existence  de  ces  stimulus  internes  dans  les  individus  qui  sont  atteints  de  la 
toberculosis  est  démontrée  plus  par  la  manière  dont  se  produit  la  matière  tuber- 
culeuse et  par  les  caractères  de  sa  première  organisation  que  par  le  résultat  des 
analyses  chimiques  et  microscopiques  du  sang  et  de  la  lymphe.  Et  vraiment 
comme  effet  du  stimulus  nous  trouvons  bien  souvent  Thypérémie  dans  le  point  où 
se  développe  le  tubercule^  et  l'hypérémie  est  regardée  par  tous  les  médecins 
comme  une  conséquence  directe^  sinon  nécessaire,  du  stimulus.  Le  tubercule 
est  le  résultat  autant  de  l'exsudation  qui  vient  des  capillaires  que  de  la  prolifi- 
cition  des  cellules  de  la  partie  aff^ectée,  tout  conmie  dans  la  partie  enflammée. 
Dans  la  prolification  des  ceUules  autant  que  dans  leur  formation  libre  au  milieu 
de  l'exsudation,  il  se  forme  des  nudéus  et  de  petites  cellules  comme  à  l'origine 
de  beaucoup  d'inflammations,  dans  lesquelles  il  ne  se  produit  pas  immédiate- 
ment du  pus.  J'expose  sommairement  ces  faits  qui  furent  démontrés  par  des 
obsenratiotts  détaillées  dans  deux  longs  articles  de  mon  opuscule  déjà  cité,  c'est- 
à-dire  dans  le  deuxième,  où  j'établis  les  rapports  de  la  tuberculosis  avec  l'inflam- 
mation,  et  dans  le  septième,  où  je  parle  des  caractères  microscopiques  du  tu- 
bercule. 

Jusqu'ici  je  n'ai  reconnu  rien  de  spécifique,  si  ce  n'est  dans  la  nature  des  sti- 
mulas provoquant  le  procès  tuberculeux.  Mais  pour  donner  à  nos  idées  quelque 
fondement  de  certitude,  il  nous  faut  étudier  plus  minutieusement  l'organisation» 
les  métamorphoses  et  le  mode  de  production  du  tubercule.  D'après  ce  que  j'ai 
observé  dans  l'examen  de  plus  de  trois  cents  cas  de  tuberculosis,  je  dois  avouer 
qu'il  existe  différents  modes  de  production  aussi  bien  de  tubercule  que  de  tout 
autre  tissu  morbide.  Tantôt  il  commence  par  une  exsudation  provenant  des  vasa, 
tantôt  par  la  végétation  ou  par  la  prolification  d'éléments  de  la  partie.  Il  se  forme 
tantôt  au  sein  du  tissu  cellulaire  des  organes,  comme  siu'tout  dans  les  poumons, 
tantôt  dans  les  cellules  pai*enchymateuses  de  ces  mêmes  organes,  comme  on 
Tobserre  particulièrement  dans  les  gkndules  lymphatiques.  Dans  cette  zone,  dont 
la  nutrition  intime  a  été  troublée  par  l'efiet  de  stimulus  internes  spéciaux,  tout 
âément  s'altère,  quelqu'un  est  produit,  quelque  autre  est  détruit  :  ainsi  il  y  a  une 
végétation  de  cellules  épithéliales  des  vésicules  pulmonaires,  quand  le  stimulus 
en  a  atteint  la  muqueuse  plus  que  le  tissu  interstitiel;  et  quand  celui-ci  en  a  été 
affecté  plus  que  celle-là,  il  y  a  gonflement  des  fibres  élastiques  et  développe- 
ment du  tissu  connecUf  avec  de  petits  nudéus  et  cellules  de  ce  tissu.  Dans  les 
tubercules  de  la  pie-mère  il  n'est  pas  rare  de  voir  le  développement  de  petits 
nudéus  et  de  cellules  dans  la  membrane  cellulaire  des  très-petites  artères  ;  dans 
les  tubercules  du  tissu  cellulaire  sous-muqueux  et  de  la  couche  la  plus  interne 
de  l'utérus,  je  remarquai  même  des  fibres  musculaires  organiques  mêlées  avec 
des  ceUules  épithéliales.  Dans  les  tubercules  de  la  rate,  on  ne  voit  à  l'origine  que 
des  éléments  lymphoîdes  et  des  corpuscules  propres  de  l'organe.  L'organisation 
spéciale  de  la  partie  influe  donc  sur  le  mode  de  la  première  organisation  du 
tubercule,  de  sorte  que  pour  bien  étudier  celle-ci,  il  fout  la  mettre  en  rapport 
^tc  celle-là.  Dans  mon  opuscule  déjà  cité,  j'en  ai  rapporté  plusieurs  exemples, 
^i'ai  représenté  par  des  figures  les  divers  éléments  des  tubercules  de  plusieurs 
organes.  C'est  pourquoi  il  faut  reconnaître  que  même  à  l'égard  des  tubercules 
^  I  ade  nombreuses  modifications  de  structure  dépendant  de  celle  de  la  par- 
tie, comme  il  y  en  a  à  l'égard  du  cancer,  du  fibrome,  de  l'adénome,  etc.,  et 
^e  leur  âége  n'est  pas  identique  dans  tous  les  organes.  Dans  l'étude  du  tu- 
l^crcule  on  a  commis  la  même  erreur  que  dans  l'étude  des  autres  produits  mor- 

5 


66     CONGRÈS  IIÊDIGAL  irfTERNATIONAL.    —  PRBmÈRB  SÉANCE  DE  JOUR,' 

bides;  c'est-à-dire  qu'on  est  allé  à  la  recherche  d'éléments  spécifiques  de  ces 
organisations  pour  les  reconnaître  aussitôt  et  plus  aisément  :  par  suite  du  peu  de 
connaissances  histologiques  des  temps  passés^  on  se  flatta  de  les  avoir  trouvés; 
mais  à  mesure  qu'on  répéta  les  obsenations  sur  la  matière^  sans  préventions^  les 
caractères  spécifiques  de  leurs  éléments  s'évanouirent  de  plus  en  plus,  il  en 
fut  de  même  des  éléments  spécifiques  du  tubercule  :  on  n'a  qu'à  jeter  un  coup 
d'œil  sur  les  tables  que  je  présente  dans  mon  opuscule  pour  comprendre  que 
quelques  éléments  ressemblent  à  ceux  d'un  tissu  connectif>  d'autres  à  ceux  des 
tissus  épitbéliaux.  La  particulai'ité  qu'ils  présentent  consiste  dans  leur  rapide  des- 
truction par  l'efl^et  de  la  dégénération  adipeuse  à  laquelle  ils  sont  sujets.  Cette 
dégénération  adiposoH^aséeuse  de  la  matière  tuberculeuse  nous  donne  la  raison 
du  changement  de  couleur  du  tubercule,  de  blanc  gris  devenant  de  plus  en  plus 
jaunâtre.  Elle  provient  du  défaut  de  nutrition  des  nouveaux  éléments,  défaut 
inhérent  à  la  condition  de  l'origine  et  de  l'organisation  de  ces  mêmes  éléments. 
La  seule  oblitération  des  quelques  vasa  capillaires  qu'on  voit  dans  le  tubercule 
ne  peut  pas  nous  expliquer  cette  rapide  et  presque  constante  métamorphose. 
Nous  trouvons  dans  les  productions  ëpiihéliales  une  égale  rareté  de  vasa  ca- 
pillaires, mais  la  dégénération  adiposo-caséeuse  n'est  pas  aussi  pix)fonde,  et  ne 
donne  pas  lieu  à  cette  succession  qui  caractérise  le  tubercule,  je  veux  dire 
le  ramollissement.  Ces  parcelles  microscopiques  qui  tantôt  étaient  regardées 
comme  des  oorpmcules  spécifiques  du  tubercule,  ne  sont  que  le  résultat  de  la  des- 
truction de  ses  éléments  primitifs  :  des  objets  semblables  se  trouvent  aussi 
dans  le  pus  condensé,  spécialement  dans  les  abcès  d'individus  scrofùleux.  Aussi,  à 
mon  avis,  il  n'est  pas  moins  erroné  de  regarder  ces  éléments  comme  étant 
exclusifs  du  tubercule,  que  de  supposer  que  le  tubercule,  dès  son  principe,  ne 
soit  pas  organisé.  \ 

De  même  que  la  constante  dégénération  adipeuse  de  la  matière  tuberculeuse 
caractérise  le  tubercule,  ainsi  son  ramollissement  consécutif  en  est  un  autre 
caractère  important  :  mais  il  faut  remarquer  que,  selon  moi,  l'air  extérieur  influe 
beaucoup  sur  lui;  en  effet  les  tubercules  des  muqueuses  qui  sont  exposés  à  son 
influence  se  ramollissent  bientôt,  tandis  que  ceux  des  glandules  lymphatiques 
viscérales,  du  foie,  de  la  rate,  etc.,  ne  se  ramollissent  et  ne  s'exulcèrent  presque 
jamais. 

Les  advenalres  de  Tafflnité  du  tubercule  avec  le  produit  inflammatoire  ont 
trouvé  convenable  de  détacher  de  la  tuberculosis  cette  forme  qui  se  présente 
avec  de  la  matière  uniformément  infiltrée  dans  le  poumon,  à  la  façon  d'une 
pneumonie,  matière  qui  passe  à  l'état  caséeux;  aussi  ils  se  plaisent  à  appeler  l'al- 
tération une  pneumonie  caséeuse. 

J'ai  porté  mes  observations  aussi  sur  ce  point,  et  j'ai  trouvé  que  la  matière 
infiltrée  dans  les  poumons  des  tuberculeux,  dans  le  commencement,  olAre  les 
mêmes  éléments  que  les  tubercules,  et  subit  ensuite  les  mêmes  successions 
qu'eux,  c'est-à-dire  qu'elle  se  ramollit,  et  que  dans  des  conditions  plus  favora- 
bles elle  peut  se  crétifier.  La  planche  première  de  mon  opuscule  démontre  la 
ressemblance  de  l'organisation  des  tubercules  et  de  la  matière  qui  se  trouve 
dans  des  pneumonies  caséeuses.  Cependant  le  doute  qui  s'est  élevé  sur  la  valeur 
de  ces  pneumonies  caséeuses  sert  à  nous  dénoter  toujours  plus  l'affinité  de  la 
tuberculosis  avec  l'inflammation.  Lorsque  la  tuberculosis  s'empare  de  la  mu- 
bueuse  des  extrêmes  ramifications  bronchiales,  U  se  produit  un  tubercule  gros, 
rond  et  jaunâtre  dans  le  poumon.  Cette  altération  aussi  est  regardée  par  quelques- 


DU  TUBERCULE.  —  SAN6ALLI.  67 

ODS  comme  une  petite  pneumonie  caséeuse>  mais  sa  signification  est  identique 
avec  celle  de  la  matière  tuberculeuse  diffusément  infiltrée  dans  les  trompes 
iallopiennes^  sur  la  muqueuse  de  l'utérus,  etc. 

Dès  les  premières  expériences  exécutées  par  Villemin,  Hérard  et  Comil,  j'ai 
été  peu  enclin  à  croire  à  la  possibilité  d'inoculer  le  tubercule  de  l'homme  dans 
le>  animaux,  comme  si  c'était  un  virus;  et  les  quelques  expériences  que  J'ai  ré- 
pétées moi-même  à  ce  propos  m'ont  donné  des  résultats  si  yagues,  qu'elles  m'ont 
confinné  dans  mon  opinion. 

La  mortalité  causée  par  la  tuberculose  varie  selon  les  conditions  cosmo-tellu- 
Tiques  des  différents  pays  :  c'est  un  fait  universellement  reconnu.  Dans  l'hôpital 
crril  de  Pavie»  suivant  ma  statistique  composée  sur  les  protocoles  des  autopsies, 
os  huitième  des  malades  qui  y  sont  reçus  périt  de  tuberculose  ;  et  qu'on  re- 
marque cette  circonstance  que  dans  le  territoire  de  Pavie,  ce  sont  les  fièvres  inter- 
mittentes qui  dominent.  J'ai  rencontré'  plus  souvent  la  tuberculose  chez  les 
femmes  que  chez  les  hommes  :  sur  292  cas  de  tuberculose,  j'en  ai  trouvé  163 
chei  les  premières,  129  chez  les  seconds.  Quant  à  l'âge  des  patients  morts  de  tu- 
Wreulosej  sur  292  cas  j'en  ai  trouvé  : 

35  dans  les  10  premières  années  de  leur  vie. 

36  entre  10  et  20  ans. 
76       -  20  et  30   — 
98       —  30  et  50   — 
35       -  50  et  74   - 

Cn  eniknt  mourait  de  tuberculose  quinze  jours  après  sa  naissance,  un  autre  à 
cinquante  jours  de  vie.  Un  vieillard  mourait  de  tuberculose  à  soixante-quatorze 
•05.  Dans  mon  opuscule,  à  l'article  Eecherehes  étiologiques,  j'ai  traité  diffusément 
la  question  de  l'influence  du  climat  sur  le  développement  de  la  tuberculose,  et 
stirtout  celle  du  miasme  marécageux.  Ma  statistique  ne  pouvait  pas  être  plus  con- 
tradictoire à  la  loi  supposée  de  l'antagonisme  entre  les  fièvres  intermittentes  et  la 
tuberculose  (pages  51, 52,  53,  »  77,  78,  79).  J'ai  trouvé  jusqu'à  25  cas  de  tu- 
berculose sur  ikk,  dans  lesquels  la  rate  était  plus  ou  moins  hypertrophique  par 
l'effet  du  miasme  marécageux. 

Selon  mes  observations,  les  violences  externes  ont  été  la  cause  de  la  tubercu- 
lofe  des  organes  extérieurs,  quand  il  y  avait  des  dispositions  à  la  maladie.  Les 
contusions  du  périoste  chez  les  individus  scrofuleux  donnent  lieu  facilement  à  la 
tuberculose  des  os,  et  ensuite  des  organes  internes. 

Aucune  autre  maladie  ne  dispose  à  la  tuberculose  autant  que  la  scrofhle,  si 
tant  est  que  l'on  puisse  établir  une  différence  essentielle  entre  ces  deux  mala- 
<lies.  Je  n'ai  remarqué  que  deux  cas  de  scrofule  des  glandules  superficielles  et  des 
«suivis  de  mort,  sans  manifestations  internes  de  tuberculose. 

Toutes  les  statistiques  ont  relevé  un  grand  nombre  de  tuberculoses  chez  les 
aliénés  :  un  tiers  des  aliénés  décédés  à  la  Senavra,  près  de  Milan,  offrent  les 
'ijines  de  la  tuberculose. 

Les  ulcères  chroniques  de  l'estomac  ne  disposent  pas  à  la  tuberculose,  comme 
le  pensait  Niemeyer.  J'ai  recueilli  35  cas  d'ulcères  chroniques  sans  aucune  trace 
<1«  tuberculose. 

^  292  cas  de  tuberculose  je  n'ai  trouvé  que  deux  cas  où  la  maladie  avait  suc- 
^àé  tu  typhus.  Parmi  ces  292  cas  de  tuberculose  il  se  présenta  deux  cas  de  dé- 
veloppement simultané  du  cancer  et  du  tubercule  ;  un  cas  où  le  cancer  allait  se 


68     CONGRÈS  MÉDICAL  INTERNATIONAL.    —  PREMIÈRE  SÉANCE  DE  JOUR. 

dëvcloppant,  tandis  que  la  tuberculose  était  sur  le  point  de  guërir;  enfin  deux 
autres  cas  où  le  cancer  se  développait  chez  des  individus  qui  longtemps  aupara- 
vant avaient  soufTcrt  de  la  tuberculose. 

Je  n'ai  trouvé  aucun  cas  de  tuberculose  chez  des  femmes  qui,  en  assez  grand 
nombre,  mouraient  de  volumineux  kystes  ovariques,  simples  ou  composés, 
ou  bien  d'ascite. 

Sur  292  malades  de  tuberculose,  quatre  étaient  déformés  dans  le  thorax  par 
racbitis. 

La  tuberculose  est  fort  rare  chez  les  personnes  qui  ont  une  altération  car- 
diaque de  nature  à  apporter  de  graves  dérangements  dans  la  circulation  du  sang. 
Les  altérations  que  j'ai  rencontrées  le  plus  souvent  dans  les  cadavres  des  tuber- 
culeux sont  :  1®  Les  inflammations  des  muqueuses  (surtout  des  voies  aériennes 
et  des  premières  voies),  des  séreuses,  des  poumons  ;  2*  la  dégénération  adipeuse 
du  foie  :  sur  292  cas  de  tuberculose  j'en  ai  rencontré  97  ayant  le  foie  gras  à  un 
difTérent  degré  de  développement  ;  dans  quelques  cas  j'ai  vu  aussi  la  cirrhose 
avec  la  tuberculose  ;  3*  la  néphrite  albumineuse  :  je  l'ai  trouvée  souvent,  lorsque 
la  tuberculose  était  avancée  et  avait  produit  l'ulcération  des  tissus  ;  mais  c'était 
presque  toujours  à  un  léger  degré  ;  li9  l'hypertrophie  du  cœur  :  je  ne  l'ai  pas 
rencontrée  souvent  dans  le  cadavre  des  tuberculeux,  et  moins  encore  Thy- 
perirophie  partielle  du  ventricule  droit  :  dans  les  quelques  cas  de  combinaison 
des  deux  maladies  que  j'ai  observés,  Thypertrophie  était  ou  générale  ou  limi- 
tée au  ventricule  gauche  ;  dans  quelques  cas  au  contraire,  j'ai  trouvé  l'atrophie 
du  cœur;  5*  l'hypertrophie  de  la  rate  ;  6^  la  pyohémie,  qui  s'était  manifestée  par 
des  abcès  dans  les  viscères  ou  dans  les  muscles,  y  compris  le  cœur,  ou  par  la 
thrombose  des  grosses  veines  des  extrémités  inférieures,  et  par  la  phlébite  consé- 
cutive; 7°  rhémorrhagie  dans  les  poumons  avec  ou  sans  hémoptysie. 

Ce  n'est  que  dans  des  cas  rares  que  cette  maladie  peut  suspendre  son  cours  et 
même  guérir  tout  à  fait.  Je  l'ai  vue  s'arrêter  pendant  la  grossesse,  et  après  les 
couches  reprendre  son  cours  funeste.  La  compression  des  poumons  par  la  dis- 
tension du  ventre  doit  être  regardée  comme  la  cause  principale  de  la  suspension 
de  la  maladie.  Dans  mon  opuscule  j'ai  rapporté  deux  cas  de  cette  nature  par 
suite  d'un  copieux  exsudatum  pleurétique. —  Je  regarde  comme  autant  de  cas  de 
guérison  de  la  tuberculose  ceux  où  il  est  donné  de  trouver  des  corps  crétacés 
aux  sommets  du  poumon,  ou  de  la  matière  crétacée  dans  les  glandules  lympha- 
tiques des  bronches  ou  du  mésentère  sans  autres  manifestations  tuberculeuses 
dans  les  organes  internes.  Sur  292  autopsies  d'individus  atteints  de  tuberculose, 
j'ai  enregistré  10  cas  de  cette  manière  de  guérison.  Ensuite  j'ai  remarqué  12  au- 
tres cas  des  tubercules  crétacés  dans  les  poumons  et  dans  les  glandules  sur  385 
autopsies  d'individus  morts  pour  diverses  altérations.  Je  m'arrête  ici  pour  ne  pas 
fatiguer  davantage  votre  patience  :  au  reste,  dans  mon  opuscule,  j'ai  consigné  des 
observations  détaillées  sur  ce  sujet,  et  je  m'y  suis  prononcé  aussi  sur  la  possibi* 
lité  de  la  cicatrisation  incomplète  de  la  caverne  pulmonaire  dans  de  favorables 
circonstances. 

Tout  ce  que  je  viens  d'exposer  a  été  rédigé  d'après  les  protocoles  des  autopsies 
qui  ont  été  exécutées  dans  mon  école  d'anatomie  pathologique  de  l'université  de 
Pavie. 


Un  médecin  hollandais,  M.  van  Lohe>  demande  la  parole.  Il  trouve  que  le 
Congrès  n'est  guère  plus  qu'une  série  de  leçons  pathologiques,  que  partant  il  ne 


DU  TUBERCULE.  —  CROCQ.  69 

répond  pas  à  l'idée  qu'il  s'en  est  faite,  et  il  demande  que  la  discussion  soit 
oorerte  sur  les  questions  professionnelles. 

M.  LE  Président.  —  Je  suis  obligé  de  me  conformer  au  programme  qui,  distri- 
bué plusieurs  mois  à  l'avance,  a  édifié  en  temps  opportun  les  médecins  de  toutes 
les  contrées  sur  le  but  et  la  portée  du  Congrès.  Je  ne  puis  donc,  à  mon  grand 
regret,  donner  suite  à  la  réclamation  de  mon  honorable  confrère;  mais  je  lui  rap- 
pelle que  les  séances  du  soir  sont  consacrées  aux  questions  étrangères  au  pro- 
gramme, et  qu'il  pourra  y  formuler  alors  sa  proposition. 

L  mcident  est  vidé. 


AlVAVOMIE  ET  PHYSIOIiOClK  PATBOIiOClIflIJES 

DU  TVBERClIIiE. 

PAR  M.   LE  PROFESSEUR  CROCQ   (DE  BRUXELLES). 


Par  leur  firéquence  et  leur  gravité,  les  lésions  tuberculeuses  méritent  au  plus 
baot  degré  l'attention  des  praticiens.  Cependant  les  anciens  ne  les  connaissaient 
que  fort  incomplètement,  comme  tout  ce  qui  est  du  ressort  de  l'anatomie  patho- 
logique. Il  faut  arriver  au  xix'  siècle,  à  l'époque  de  Bayle,  de  Laennec  et  de 
Broussais,  pour  trouver  des  idées  nettes  et  des  données  exactes  sur  les  tubercules. 

Des  six  espèces  de  phthisie  admises  par  Bayle,  deux  seulement,  la  phthisie 
tuberculeuse  et  la  phthisie  granuleuse,  appartiennent  aux  affections  que  nous 
rattachons  à  la  tuberculisation.  La  phthisie  granuleuse  est  caractérisée  par  des 
granulations  dures,  transparentes,  luisantes,  grisâtres,  du  volume  d'un  grain  de 
millet  à  celui  d'un  grain  de  blé,  ne  se  soudant  jamais  ensemble.  La  phthisie 
tuberculeuse  présente  des  granulations  de  même  volume,  mais  grises,  blanches 
«t  opaques,  qui,  en  s'accroissant,  finissent  par  se  réunir  les  unes  aux  autres  de 
noanière  à  constituer  des  masses  plus  considérables. 

Uennec  repousse  énergiquement  cette  distinction;  pour  lui,  la  matière  grise 
(iemi-transparente  n'est  que  le  premier  âge  du  dépôt  tuberculeux,  qui  avec  le 
tnnps  devient  opaque,  jaunâtre  ou  blanchâtre,  puis  tombe  en  fonte  purulente. 
U  matière  tuberculeuse  peut  se  présenter  sous  forme  de  masses  isolées,  ou  sous 
celle  d'infiltration.  Les  tubercules  isolés  se  présentent  sous  quatre  formes  :  les 
tubercules  miliaires,  les  tubercules  crus,  les  granulations  tuberculeuses  et  les 
tubercules  enkystés.  L'infiltration  peut  exister  sous  les  formes  de  l'infiltration 
gâatiniforme,  de  l'infiltration  grise  et  de  l'infiltration  jaune.  Quelle  que  soit  sa 
^e,  la  matière  tuberculeuse  débute  toujours  par  l'état  gris,  et  passe  plus  ou 
iD<Mns  rapidement  à  l'état  jaune;  ce  sont  là  deux  degrés  d'une  même  lésion, 
^^lant  à  celle-ci,  considérée  dans  son  essence,  elle  est  constituée  par  un  produit 
accidentel  sans  analogue  dans  l'économie,  ce  que  Requin  désigne  sous  le  nom 
<fbétérotrophie.  Il  repousse  toute  parenté  entre  elle  etl'infianmiation,  ce  qu'avait 
tossi  liùt  Bayle. 

Broussais,  au  contraire,  y  vit  une  inflammation  chronique  ayant  son  siège  dans 
^ganglions et  les  vaisseaux  capillaires  lymphatiques. 


70      CONGRÈS  MÉDICAL  INTBRNATIONAL.   —  PREMifeRB.  SÉANCE  DE  JQUR. 

J'ai  rapporté  les  idées  fondamentales  de  ces  auteurs,  non  pas  pour  tracer  un 
historique  de  la  question,  ce  qui  n'est  nullement  mon  but,  mais  parce  qu'on  y 
rencontre  le  point  de  départ  des  divergences  d'opinions  qui  nous  séparent  encore 
actuellement,  et  que  je  me  propose  d'examiner  ici. 

Les  matières  tuberculeuses  grises  et  jaunes  constituent-elles  des  lésions  diffé- 
rentes, conune  le  prétendait  Bayle,  ou  des  formes,  des  degrés  d'une  même  lésion, 
idée  sur  laquelle  Laennec  et  Broussais  étaient  d'accord? 

L'origine  du  tubercule  est-elle  la  même  que  celle  des  produits  inflammatoires, 
conformément  aux  idées  de  Broussais?  Ou  bien  est-il  le  résultat  hétérologue  d'un 
travail  spécial  de  l'économie,  comme  le  pensaient  Bayle  et  Laennec,  d'une  hété- 
rotrophie,  comme  le  disait  Requin? 

Telles  sont  les  questions  que  je  vais  essayer  de  résoudre.  Je  tâcherai  en  même 
temps  d'établir  le  siège,  le  lieu  du  développement  de  la  matière  tuberculeuse. 

C'est  évidemment  à  l'observation  des  lésions  anatomiques  de  la  phthisie  que 
nous  devonsinous  adresser,  si  nous  voulons  parvenir  à  la  résolution  de  ces  gi'aves 
et  difficiles  questions. 

Les  études  auxquelles  je  me  suis  livré  dans  ce  but  m'ont  démontré  la  merveil- 
leuse exactitude  de  la  description  donnée  pai*  Laennec;  il  a  vu  les  principales 
lésions  que  l'on  trouve  dans  ces  cas,  et  les  a  dépeintes  de  main  de  maître.  Il  a 
parfaitement  démontré  que  la  matière  tuberculeuse  grise  se  transformait  en 
matière  tuberculeuse  jaunâtre,  tant  dans  les  granulations  que  dans  l'infiltration. 
On  voit,  en  effet,  presque  toujours  la  matière  grise  et  la  matière  jaune  se  mon- 
trer ensemble  dans  les  poumons,  de  telle  manière  que  celle-ci  occupe  générale- 
ment le  centre  des  masses  tuberculeuses  et  des  parties  infiltrées,  tandis  que 
celle-là  occupe  les  parties  périphériques;  et  il  en  est  de  même  dans  la  plupart  des 
autres  organes* 

Ici,  messieurs,  vous  allez  m' arrêter  par  une  objection.  Gomment,  me  direz* 
VOUS)  vous  ne  savez  donc  pas  que  pour  MM.  Virchow,  Niemeyer,  Hérard  et  Cornil, 
la  granulation  tuberculeuse  seule  constitue  un  produit  spécial  auquel  doit  être 
réservé  le  nom  de  tubercul^^  tandis  que  l'infiltration  tuberculeuse  est  bien  évidem- 
ment le  résultat  d'une  forme  particulière  de  pneumonie,  la  pneumonie  casëeusc? 
Non,  je  n'ignore  cela  nullement;  mais  ici  une  première  difficulté  m'arrête.  La 
granulation  grise,  regardée  par  tous  ces  auteurs  comme  le  type  du  tubercule,  est 
au  contraire  pour  M.  Empis  une  altération  toute  différente,  la  granulie,  recon- 
naissant pour  point  de  départ  l'inflammation,  dont  elle  n'est  qu'un  mode  spécial. 

De  quel  côté  se  trouve  donc  la  vérité?  Il  existe  un  seul  moyen  de  le  découviir, 
c'est  de  s'adresser  à  l'observation  des  faits.  Je  ne  me  dissimule  pas,  et  les  nom- 
breuses discussions  dont  cette  question  est  l'objet  le  prouvent  suffisamment,  que 
cette  voie  est  difficile  et  périlleuse,  et  qu'il  est  facile  de  mal  voir  ou  de  mal  inter- 
prêter  les  faits  que  l'on  a  sous  les  yeux. 

Que  sont  d'abord  les  granulations  grises?  A  l'examen  microscopique,  j'y  ai  con- 
stamment trouvé  les  éléments  suivants  :  l""  de  petites  cellules  arrondies,  de  0,007 
à  0,01,  à  un,  deux  ou  ti*ois  noyaux,  mais  le  plus  souvent  un  seul;  2*"  assez  sou- 
vent des  noyaux  libres,  foncés,  sphériques,  de  0,002^  à  0,0036,  provenant  sans 
doute  de  la  destruction  des  cellules;  3°  des  cellules  cpithéliales  de  0,019  à  0,029^ 
évidemment  des  cellules  de  l'épithélium  des  vésicules  pulmonaires,  augmentées 
de  volume;  4*  des  cellules  mères  renfennant  deux,  trois,  quatre  cellules  arron- 
dies, ou  des  noyaux  multiples;  5""  des  cellules  fusiformcs  ou  étoilées,  renfermant 
un  ou  plusieurs  noyaux,  parfois  même  de  jeunes  cellules,  et  atteignant  parfois  des 


D0  TUBERCULB.  •—  CROCQ.  71 

dânensions  asses  considérables  (0,05  de  longueur  sur  0,01  de  largeur);  6»  des 
fibres  élastiques  et  des  vaisseaux,  ceux-ci  pénétrant  parfois  plus  ou  moins  dans 
l'épaisseur  de  la  granulation. 

Tels  sont  les  éléments  morphologiques  de  la  granulation  grise  du  poumon,  et 
dans  tous  les  organes  on  les  retrouye,  à  l'exception  des  fibres  élastiques  et  des  cel- 
loles  épithéliales.  Je  n'y  ai  pas  trouvé  la  matière  amorphe  signalée  par  MM.  Luys, 
Vulpîan  et  Empis.  Les  fibres  indiquées  par  M.  Bouchut  ne  me  semblent  pas 
antre  chose  que  des  cellules  du  tissu  connectif  augmentées  de  volume  et  deve- 
nues plus  ou  moins  granuleuses.  Quant  aux  cellules  et  aux  noyaux,  ce  sont  là 
les  éléments  que  MM.  Vulpian  et  Empis  ont  désignés  sous  le  nom  d'éléments 
fibroplastiques^  et  M.  Robin  sous  celui  de  cytoblastions. 

Noas  ne  devons  évidemment  pas  nous  contenter  de  ces  appréciations;  n'ad- 
mettant dans  l'organisme  malade  que  des  éléments  identiques  avec  ceux  de  l'or- 
ganisme  physiologique,  parce  qu'ils  résultent  de  l'action  des  mêmes  lois,  nous 
deTons  avant  tout  nous  demander  à  quels  éléments  normaux  se  rapportent  ces 
reliâtes.  Or  fl  n'y  a  qu'un  seul  type  auquel  nous  puissions  les  rapporter,  c'est 
celui  des  cellules  de  la  lymphe  et  des  ganglions  lymphatiques,  celui  des  globules 
blancs  du  sang  et  du  mucus,  qui  sont  aussi  les  globules  du  pus,  en  un  mot  celui 
des  leucocytes.  Ce  qui  constitue  les  granulations  tuberculeuses  grises,  ce  sont 
donc  des  leucocytes.  Ce  qui  les  distingue  du  pus,  c'est  avant  tout  l'absence  de 
substances  intercellulaires;  ces  leucocytes  sont  petits,  parce  qu'ils  ne  baignent 
pas  dans  un  liquide  ;  ils  n'ont  souvent  qu'un  seul  noyau,  parce  qu'ils  n'ont  pas 
Qoe  grande  vitalité,  une  grande  tendance  à  se  multiplier,  et  leurs  noyaux  sont 
peu  volumineux.  Quant  à  leur  origine,  les  dohnées  que  j'ai  fournies  précédem- 
ment sur  la  structure  des  granulations  l'indiquent  suffisamment.  Cette  origine  est 
double,  ces  leucocytes  peuvent  reconnaître  pour  point  de  départ  lés  cellules  con- 
nedives  et  aussi  les  ceUules  épithéliales.  Ceci,  bien  entendu,  s'applique  spéciale- 
ment au  poumon  ;  dans  les  parties  où  l'épithélium  manque,  les  éléments  connec- 
tifssont  évidemment  les  seuls  générateurs  du  tubercule  gris.  Aussi  les  granulations 
sont-elles  entourées  d'une  coque  de  tissu  connectif  épaissi^  qui  concourt  en  grande 
partie  à  leur  donner  leur  consistance,  et  qui  détermine  la  saillie  qu'elles  font  à 
la  coupe  sur  les  tissus  environnants. 

Le  tubercule  gris  ressemble  donc  au  pus  par  sa  constitution,  il  lui  ressemble 
aussi  par  son  mode  d'origine;  comme  lui,  il  peut  provenir  soit  des  éléments  épi- 
tltéliaax,  soit  du  tissu  connectif. 

Que  si  nous  examinons  le  tubercule  gris  à  une  époque  peu  éloignée  de  sa  nais- 
noce,  nous  le  trouvons  entouré  d'un  riche  lacis  de  vaisseaux  qui  amènent  les 
matériaux  de  sa  formation^  et  avant  qu'il  ne  paraisse  dans  les  organes  où  il  se  ren- 
contre,  nous  y  trouvons  des  points  rouges,  ii^ectés,  dont  quelques-uns  ofirent 
déjà  une  légère  tuméfaction,  une  légère  augmentation  de  consistance,  premiers 
^es  du  travail  organisateur  qui  commence  à  s'y  faire. 

Par  leur  mode  d'origine  comme  par  leurs  caractères  histologiques,  les  granu- 
lations grises  se  rapprochent  donc  au  plus  haut  degré  des  produits  de  l'inflam- 
mation. 

Disons  maintenant  quelques  mots  de  leur  siège. 

Carswell,  MM.  Cruveilhier  et  Schrœder  van  der  Kolk  les  considèrent  comme 
déposées  dans  les  vésicules  pulmonaires;  MM.  Hérard  et  Comil  prétendent,  au 
contraire,  qu'elles  siègent  dans  le  tissu  élastique  interposé  entre  les  infundibulum. 
k  ne  puis  accepter  leur  manière  de  voir;  maintes  fois  j'ai  vu  les  amas  tubercu- 


72     CONGRÈS  MÉDICAL  INTERNATION àt.   —  PREMIÈRE  SÉANCE  DE  JOUR. 

leux  seulement  circonscrits  par  les  parois  des  vésicules;  j'ai  vu  les  cellules  pro* 
duites  par  des  cellules  mères  évidemment  de  nature  épithéliale;  enfin  les  granu- 
lations d'un  certain  volume  peuvent  englober  plusieurs  vésicules,  et  alors  les 
fibres  élastiques  des  cloisons  sont  interposées  dans  leur  épaisseur.  Je  ne  me  rap- 
pelle même  pas  avoir  vu  le  tubercule  siéger  exclusivement  dans  le  tissu  qui  sépare 
les  vésicules.  Cependant  on  doit  admettra  qu'il  peut  tout  au  moins  y  avoir  son 
point  de  départ,  car  dans  les  autres  organes  il  n'y  a  généralement  pas  de  cavités 
analogues  aux  vésicules  pulmonaires^  où  il  pourrait  se  déposer,  et  il  se  produit 
tout  naturellement  dans  l'épaisseur  des  tissus,  entre  leurs  éléments  anatomiqucs, 
et  souvent,  comme  le  veulent  MM.  Rindfleiscb,  Otto  Weber^  Hérard  et  Comil, 
sur  les  parois  des  artérioles  et  aux  dépens  de  leur  membrane  adventice. 

Les  caractères  de  la  granulation  jaune  offrent  la  plus  grande  analogie  avec  ceux 
de  la  granulation  grise;  je  me  bornerai  donc  à  indiquer  les  différences  qui  les 
séparent.  Les  petites  cellules,  de  0,0035  à  0,006,  rarement  0,009,  sont  plus  irré- 
gidières,  plus  anguleuses,  et  souvent  dépourvues  de  noyaux;  ce  sont  celles  qui 
ont  été  autrefois  décrites  comme  globules  spécifiques  du  tubercule  par  M.  Lebert. 
D'après  la  description  qu'il  en  a  donnée,  ce  sont  des  globules  de  1/100*  à  1/150*  de 
millimètre  de  diamètre,  irréguliers,  à  angles  arrondie,  à  contours  ordinairement 
très-distincts,  contenant  des  granules  moléculaires,  mais  pas  de  noyaux,  inatta- 
quables par  l'eau,  l'étber  et  les  acides  faibles.  Mais  assez  souvent  j'ai  rencontré 
dans  ces  globules  des  noyaux,  et  parfois  jusqu'à  deux  ou  trois;  les  globules  du  pus 
peuvent  aussi  se  présenter  granuleux  et  sans  noyaux,  variété  désignée  par  M.  Le- 
bert sous  le  nom  de  globules  pyoïdes;  fis  peuvent  offrir  la  même  résistance  à 
l'eau  et  aux  acides  dfiués,  et  cette  résistance  n'indique  nullement  une  différence 
dans  la  nature  des  cellules,  mais  une  simple  différence  d'âge  :  nous  savons  en 
effet  que  généralement  plus  les  cellules  viefilissent,  plus  leur  enveloppe  se  rap- 
proche des  substances  élastiques  et  cornées,  et  plus  elle  offre  de  résistance  à 
l'action  des  réactifs.  L'examen  macroscopique  ne  fait  nullement  distinguer  tel  pro- 
duit désigné  sous  le  nom  de  pus  concret  de  tel  autre  désigné  sous  le  nom  de  tuber- 
cule jaune,  et  l'examen  microscopique  ne  nous  apprend  pas  plus,  le  pus  concret 
pouvant  aussi  bien  que  le  tubercule  jaune  offrir  des  cellules  rapetissées,  angu- 
leuses, privées  de  noyaux,  et  réfractaires  à  l'action  de  l'acide  acétique  dfiué.  On 
rencontre  d'ailleurs  parfois  aussi  dans  les  ganglions  lymphatiques  enflammés  et 
même  sains,  de  petites  cellules  irrégulières,  sans  noyaux,  granuleuses,  qui,  toute 
idée  préconçue  mise  de  côté,  ressemblent  complètement  à  ces  corpuscules.  Si 
l'on  veut,  du  reste,  les  comparer  à  ceux  de  la  granulation  grise,  que  j'ai  décrits 
tantôt,  on  verra  qu'Us  n'en  diffèrent  que  par  l'absence  fréquente  de  noyaux  et 
par  un  contenu  granuleux  formé  en  grande  partie  par  des  molécules  graisseuses, 
comme  l'indique  leur  résistance  à  l'action  de  l'acide  acétique  dUué.  Ce  sont 
donc  les  mêmes  cellules,  mais  atteintes  à  un  degré  plus  ou  moins  élevé  de  la  dégé* 
nérescence  graisseuse. 

On  trouve  aussi  dans  la  granulation  jaune  des  granules  isolés,  constitués 
la  plupart  du  temps  par  de  la  graise  et  des  cristaux  de  cholestérine.  Ces  produits 
amorphes  sont  d'autant  plus  abondants  que  la  granulation  est  plus  ancienne, 
qu'elle  se  rapproche  davantage  de  l'état  d'obsolescence. 

Fréquemment  on  y  rencontre  ces  globules  framboises  que  M.  Gluge  a  le  pre- 
mier siinialés  comme  caractéristiques  de  l'état  inflammatoire,  et  des  cellules  plus 
ou  moins  volumineuses,  semblables  aux  cellules  épithéliales,  et  infiltrées  de 
graisse.  Quant  au  siège  de  la  granulation  jaune,  il  est  le  même  que  celui  de  la 


DU  TUBBBGULB.  «-  CEOCQ.  7S 

granulation;  grise  :  dans  le  poumon,  c'est  généralement  dans  les  infundibulum, 
dont,  la  plupart  du  temps,  plusieurs  sont  englobés  dans  la  masse  et  dans  les 
petites  bronches;  dans  les  autres  organes,  c'est  généralement  dans  le  tissu  con- 
nectif,  qui  en  est  sans  doute  aussi  parfois  le  siège  dans  le  poumon.  Il  en  est 
notamment  ainsi  dans  les  centres  nerveux,  dont  les  tubercules  jaunes  ont  été 
considères  par  M.  Robin  comme  formés  d'éléments  particuliers,  les  myélocytes, 
identiques  avec  ceux  qu'on  trouve  à  l'état  normal  interposés  entre  les  éléments 
nerveux.  Pour  moi,  les  myélocytes  ne  sont  que  les  éléments  d'un  tissu  connectif 
incomplet,  se  reliant  à  cette  variété  que  Kôlliker  a  désignée  sous  le  nom  de  tissu 
cytogène  :  ces  éléments  produisent  des  leucocytes,  comme  tous  leurs  congénères, 
et  ceux-ci  y  constituent,  selon  les  circonstances,  soit  des  foyers  purulents,  soit  des 
tubercules. 

Ces  études  sur  la  structure  et  le  siège  de  la  granulation  jaune  nous  indiquent 
parfidtement  sa  nature  :  elle  n'est  pas  autre  chose  que  la  granulation  grise 
atteinte  de  dégénérescence  graisseuse.  Voilà  comment  il  arrive  si  souvent  que  la 
granulation  grise  se  transforme  graduellement  en  granulation  jaune,  en  com- 
mençant par  son  milieu,  partie  la  plus  anciennement  formée  et  la  plus  éloignée 
des  matériaux  de  nutrition,  par  conséquent  la  plus  disposée  à  cette  métamorphose 
régressive.  Ce  fait  est  tellement  évident,  que  M.  Empis  lui-même,  tout  en  pro- 
damant l'indépendance  de  la  granulie  et  de  la  tuberculisation,  ne  peut  pas 
s'empêcher  de  la  reconnaître. 

Les  globules  du  tubercule  jaune  ne  sont  donc  pas  autre  chose  que  des  leucocytes 
atteints  de  dégénérescence  graisseuse  :  et  en  effet,  ils  ressemblent  tellement  à 
ceux  de  certains  pus  concrets  et  desséchés,  qu'on  ne  saurait  pas  les  en  distinguer, 
comme  je  l'ai  démontré  tantdt.  Du  soi-disant  globule  du  tubercule  au  leucocyte, 
type  du  pus  le  plus  parfait,  on  peut  remonter,  par  transition  insensible,  à  tel 
point  qu'on  ne  saurait  jamais  dire  où  finit  l'un,  où  l'autre  commence.  C'est  qu'en 
eflèt,  c'est  de  part  et  d'autre  le  même  élément  anatomique  fondamental,  le  leuco- 
cyte ne  différant  qu'en  vertu  des  circonstances  dans  lesquelles  il  existe. 

Passons  maintenant  à  l'infiltration  grise.  Elle  présente  une  grande  ressem- 
blance avec  l'hépatisation  grise;  seulement  le  tissu  est  moins  friable,  il  se 
déchire  moins  facilement;  il  est  moins  humide,  ne  laissant  pas  suinter  de  sa 
coupe  ce  liquide  puriforme  sanieux  qui  caractérise  l'hépatisation  grise.  L'exa- 
men microscopique  y  démontre  d'abondantes  cellules  épithéliales  de  0,014 
à  0,025,  dont  beaucoup  sont  plus  ou  moins  infiltrées  de  granules  graisseux.  On  y 
trouve  aussi  des  globules  framboises  (globules  inflammatoires  de  M.  Gluge),  et 
des  leucocytes  de  0,005  à  0,01,  renfermant  généralement  un  ou  deux  noyaux 
de  0,002/i  à  0,0035  millièmes.  Souvent  on  rencontre  des  cellules  épithéliales  mères, 
et  ce  sont  les  plus  volumineuses,  celles  de  0,02  à  0,025,  contenant  des  leucocytes 
complets.  Par  places,  ces  cellules  mères  sont  très-abondantes  et  très^distinctes. 
Ces  produits  remplissent  les  alvéoles  comme  dans  l'hépatisation  grise  et  comme 
dans  la  granulation  grise.  Ils  diffèrent  de  la  première  par  le  même  caractère 
qui  sépare  la  granulation  tuberculeuse  du  foyer  purulent,  c'est-à-dire  l'absence 
d'une  matière  intercellulaire  distincte,  de  ce  liquide  qui  donne  au  pus  sa  flui- 
dité. Les  produits  de  cette  infiltration  sont  donc  tout  à  fait  semblables  à  ceux  de 
la  granulation  grise  ;  ils  n'en  diffèrent  que  par  leur  extension  et  leur  diffusion, 
et  le  nom  d'infiltration  tuberculeuse  grise,  donné  par  Laennec,  se  trouve  ainsi, 
quoi  qu'on  en  dise,  parfaitement  justifié. 

Su|^M)sei  maintenant  cette  infiltration  subissant  la  dégénérescence  graisseuse 


7&      CONGRÈS  MÉDICAL  IMTBBNATIONAL.   —  PREMIÈRE  SÉANCE  DE  JOUR. 

selon  le  mécanisme  exposé  précédemment;  elle  prendra  une  teinte  jaune,  un 
aspect  granuleux  et  sec;  en  un  mot,  on  aura  l'infiltration  tuberculeuse  jaune, 
différant  de  la  grise,  comme  le  tubercule  jaune  diflfère  de  la  granulation  grise. 
Ces  lésions  ne  méritent  donc  nullement  d'en  être  séparées  sous  le  nom  de  pneu- 
monie caséeuse.  Ce  que  je  viens  de  dire  n'est  nullement  spécial  au  poumon  ;  c'est 
là  que  ces  phénomènes  se  produisent  avec  le  développement  le  mieux  marqué  ; 
mais  ils  sont  susceptibles  de  se  manifester  dans  tous  les  tissus.  Partout  on  peut  ren- 
contrer, soit  la  granulation,  soit  l'infiltration  tuberculeuse  grise  ou  jaune.  Les 
masses  d'un  certain  Tolume  peuvent  reconnaître  une  double  origine  ;  ou  bien 
elles  sont  formées  d'une  pièce  par  infiltration,  ou  bien  elles  sont  le  résultat  delà 
confiuence  de  granulations  produites  successivement. 

Ainsi  la  matière  tuberculeuse  grise,  subissant  la  dégénérescence  graisseuse,  de- 
vient matière  tuberculeuse  jaune.  Mais  cette  transformation,  pour  être  f^quente, 
n'est  pas  absolument  nécessaire  :  cette  matière  peut  persister  dans  le  même  état, 
surtout  lorsqu'elle  forme  des  granulations  peu  volumineuses.  Il  est  possible  aussi 
que  les  éléments  du  tubercule  s'infiltrent  de  graisse  au  moment  même  de  leur 
naissance,  comme  cela  a  lieu  également  pour  le  pus  et  le  cancer,  et  alors  la 
matière  tuberculeuse  jaune  se  produira  d'emblée,  soit  isolée,  soit  infiltrée. 

Ces  faits  étant  posés,  jetons  sur  le  développement  du  tubercule  un  coup  d'œil 
général  qui  nous  fasse  bien  comprendre  ses  rapports  avec  les  autres  actes  patho- 
logiques de  l'économie.  Lorsqu'on  examine  un  organe  pai'cnchymateux  ou 
membraneux  dans  lequel  des  tubercules  se  développent,  on  y  voit  des  points 
ou  des  taches  offhint  une  vascularisation  considérable;  parfois  le  centre  de  ces 
points  est  déjà  consistant  et  élastique.  Ces  points  passent  par  transition  insensible 
à  la  granulation  tuberculeuse,  qui  est  toujours  entourée  d'une  zone  vasculaire 
bien  développée.  L'examen  microscopique  y  fait  reconnaître  des  vaisseaux  nom- 
breux et  volumineux  qui  rampent  à  la  surface  du  tubercule,  et  qui  par  places 
paraissent  s'enfoncer  dans  son  intérieur.  Si  c'est  à  l'infiltration  tuberculeuse 
qu'on  a  affaire,  le  tissu  est  d'abord  injecté,  puis  il  offre  les  caractères  de  ce  que 
Laennec  appelait  l'infiltration  gélatiniforme,  à  laquelle  succède  l'infiltration  tuber- 
culeuse proprement  dite,  grise  ou  jaune. 

Voilà  les  phénomènes  dont  sont  le  siège  les  parties  envahies  par  la  tuberculose, 
et  ces  phénomènes  présentent  avec  ceux  qui  président  au  développement  de 
l'infianmiation  une  ressemblance  telle  qu'en  décrivant  les  uns,  on  décrit  involon- 
tairement les  autres  :  vascularisation  et  réplétion  des  tissus  par  des  matériaux  dus 
à  l'exsudation,  voilà  ce  qu'on  trouve  également  dans  les  deux  cas. 

Pénétrons  maintenant  davantage  dans  les  phénomènes  intimes  dont  ces  parties 
sont  le  siège,  et  voyons  si  l'analogie  se  maintiendra.  Dans  l'inflammation,  les  élé- 
ments cellulaires  des  tissus  connectifs  s'engorgent,  se  gonflent,  s'obscurcissent,  et 
enfin  donnent  naissance  à  de  nouvelles  générations  de  cellules  semblables  aux 
leucocytes.  Les  nouvelles  cellules  ont  quatre  destinations  :  1°  elles  se  détruisent  et 
leurs  matériaux  sont  résorbés  ;  2^  elles  se  transforment  en  cellules  connectives 
nouvelles;  3°  elles  nagent  dans  une  substance  intercellulaire  liquide  plus  ou  moins 
abondante  analogue  au  sérum  du  sang,  et  constituent  le  pus  ;  U^  elles  subissent 
la  dégénérescence  graisseuse  et  forment  des  amas  qui  peuvent  séjourner  indéfi- 
niment dans  les  tissus  en  s'imprégnant  plus  ou  moins  complètement  de  sels  cal- 
caires. 

Dans  la  tuberculisation,  les  éléments  cellulaires  du  tissu  connectif  augmentent 
aussi  de  volume,  et  donnent  naissance  à  de  nouvelles  générations  de  cellules 


DU  TUBERCULE.   —•  CROGQ.  75 

semhlahles  aux  leucocytes.  Dans  le  poumon,  les  cellule»  ëpithélîales  subissent  des 
transformations  semblables,  et  prennent  généralement  la  plus  grande  part  à  la 
ftnination  des  éléments  cellulaires  des  tubercules.  La  plupart  de  ces  cellules  per- 
sistent comme  celles  qui  constituent  le  pus  ;  et  les  seules  différences  qui  séparent 
celui-ci  du  tubercule  sont  le  volume  moindre  qu'acquièrent  ces  cellules,  la  pré- 
sence d'un  seul  noyau  dans  la  plupart  d'entre  elles,  'et  surtout  l'absence  d'une 
substance  intercellulaire  liquide  qui  les  sépare.  Toutes  ces  différences  se  résument 
dans  celle-ci  :  c'est  qu'il  y  a  dans  la  tuberculose  une  énerg:ie  moins  grande  de  la  force 
formatrice  que  dans  les  formes  considérées  généralement  comme  inflammatoires. 
Ici  encore,  comme  tantôt,  nous  trouvons  entre  les  faits  qui  caractérisent  l'inflam- 
mation et  le  phénomène  de  la  tuberculisation  ime  analogie  tellement  étroite,  qu'elle 
saute  aux  yeux.  On  comprend  ainsi  comment  la  pneumonie  caséeuse  constitue 
pour  les  uns  une  lésion  pblegmasique,  tandis  que  pour  les  autres  elle  n'est  qu'une 
forme  de  la  tuberculisation,  l'inflltration  tuberculeuse.  Si  nous  interrogeons 
la  clinique,  elle  nous  fournit  la  conflrmation  des  données  de  l'anatomie  et  de 
la  physiologie  pathologiques.  Nous  ne  devons  du  reste  pas  oublier  que  c'est  la 
clinique  qui  a  conduit  Broussais  à  rattacher  les  tubercules  aux  inflammations, 
et  que  c'est  l'anatomie  pathologique  cultivée,  d'une  manière  trop  exclusive,  qui  a 
déterminé  Laennec  à  y  voir  un  produit  spécial  sans  analogue  dans  l'économie. 

Les  symptômes  des  tuberculoses,  et  spécialement  de  celle  du  poumon,  se  con- 
fondent avec  ceux  des  phlegmasies  chroniques,  de  la  pneumonie  et  de  la  bron- 
chite à  marche  lente  ;  quant  à  la  tuberculose  aiguë,  la  nature  et  les  fonctions  de 
l'organe  affecté  généralement  dans  toute  son  étendue  nous  rendent  compte  des 
faits  que  nous  y  rencontrons. 

On  peut  distinguer,  d'après  leur  siège,  trois  espèces  difTérentes  de  phlegmasie 
pulmonaire  ordinaire  :  la  pneumonie  lobaire,  envahissant  tout  un  lobe  ou  une 
grande  partie  d'un  lobe  ;  la  pneumonie  lobulaire  ou  broncho-pneumonie,  enva- 
hissant des  lobules  isolés;  enfin,  la  pneumonie  vésiculaire,  bornées  à  des  points 
constitués  par  un  seul  infundibulum  ou  par  un  petit  nombre  d'entre  eux.  Voilà 
aussi,  messieurs,  les  trois  formes  de  la  tuberculisation,  que  nous  pouvons  parfai- 
tement, d'après  ce  qui  précède,  considérer  comme  reconnaissant  pour  point  de 
départ  une  phlegma.sie  de  forme  spéciale  que  nous  appellerons  pneumonie  tuber- 
culeuse. Il  y  a  donc  une  pneumonie  tuberculeuse  lobaire,  qui  est  l'inflltration  tu- 
berculeuse, une  pneumonie  tuberculeuse  lobulaire,  broncho-pneumonie  tuber- 
culeuse ordinaire  ;  enfin,  une  pneumonie  tuberculeuse  vésiculaire,  qui  est  la 
tuberculose  miliaire  proprement  dite,  celle  que  l'on  rencontre  en  particulier 
dans  la  phthisie  aiguë.  Le  processus  pathologique  peut  d'ailleurs  être  borné  aux 
éléments  pulmonaires  proprement  dits,  ou  bien  s'étendre  aux  bronches,  et  même 
atout  l'arbre  aérien.  De  ces  variations  proviennent  les  différences  symptomato- 
logiques  si  marquées  que  présentent  entre  elles  les  différentes  formes  de  tuber- 
culisation pulmonaire. 

Les  auteurs  qui  considèrent  le  tubercule  comme  un  produit  spécial  ne  peuvent 
se  dissimuler  les  phénomènes  phlegmasiques  dont  les  tissus  voisins  sont  le  siège. 
Pour  les  expliquer,  ils  n'ont  rien  trouvé  de  mieux  que  de  considérerle  tubercule 
comme  un  corps  étranger,  une  épine  qui  provoque  la  phlegmasie.  Je  ne  puis  que 
répéter,  à  cet  égard,  ce  qu'en  1853  j'ai  écrit  dans  mon  Traité  des  tumeurs  blanches 
fpage  251),  où  j'ai  apprécié  cette  idée  de  la  manière  suivante  : 

<  Lorsque  le  tubercule  est  formé,  deux  choses  peuvent  arriver  :  la  congestion 
peut  cesser  et  la  circulation  revenir  à  son  état  normal  ;  alors  les  matériaux  liquides 


76     CONGRfcS  MÊBIGAL  INTBBNATIONAL.  —  PREMIÈRE  SÉANCE  DE  JOUR. 

sont  peu  à  peu  résorbés;  les  matériaux  solides,  consistant  principalement  en  sels, 
restent,  et  le  tubercule  passe  à  l'état  crétacé.  Mais,  plus  souvent,  le  travail  con- 
gestif  continue,  l'exsudation  augmente  ;  il  se  forme,  non  plus  seulement  de  la  ma- 
tière tuberculeuse,  mais  aussi  du  pus  et  du  tissu  cellulo-vasculaire.  Il  n'y  a  plus 
alors  seulement  tuberculose,  il  ya  inflanmiation.  L'une  etl'autre  lésion  oflVent,  on 
le  voit,  le  même  point  de  départ,  et,  de  l'une  à  l'autre,  il  n'y  a  qu'un  pas;  elles 
appartiennent  à  la  même  famille.  Dans  l'une  comme  dansl' autre,  il  y  a  tout  d'abord 
afflux  congestif  du  sang,  puis  production  d'une  exsudation  plastique;  la  diffé- 
rence entre  les  deux  gît  uniquement  dans  la  différence  de  l'organisation,  que 
celle-ci  subit. 

»  Généralement,  ce  n'est  pas  ainsi  que  l'on  se  représente  les  choses.  On  re- 
garde la  tuberculose  et  la  phlegmasie  comme  tout  à  fait  distinctes  et  sans  rap- 
ports entre  elles.  Si  celle-ci  succède  à  la  première,  c'est  que  le  tubercule  joue, 
au  sein  de  nos  tissus,  le  rôle  d'nn  corps  étranger,  d'une  épine  qui  la  provoque. 

»  Je  ne  puis  m'empêcher  de  qualifier  de  singulière  cette  doctrine,  bien  qu'elle 
règne^partout  sans  conteste.  En  effet,  quelle  est  la  cause  qui  produit  cette  épine? 
Gomment  se  fait-il  que  cette  cause  ne  provoque  pas  l'inflammation,  tandis  que 
son  effet,  qui  est  le  tubercule,  la  provoque?  Cette  cause  a  donc  sur  nos  tissus  une 
action  plus  faible  que  son  effet?  Elle  est  moins  puissante  que  lui?  Comment, 
enfin,  les  tubercules  crétacés,  qui  sont  tout  aussi  et  plus  corps  étrangers  que  les 
tubercules  simples,  ne  développent-ils  pas  d'inflammation? 

»  Ces  raisonnements,  joints  à  l'observatioii  attentive  de  ce  qui  se  passe  dans  les 
tissus  dans  lesquels  se  forment  les  tubercules,  nous  prouvent  que  la  production 
de  ceux-ci  est  la  conséquence  d'un  travail  pathologique  du  même  ordre  que  le 
travail  inflammatoire.  Ce  travail,  en  continuant,  peut  amener  et  amène,  en 
général,  l'inflammation. ...  » 

Le  tubercule,  doué  d'une  activité  vitale  restreinte,  et  offrant  vers  la  métamor- 
phose régressive  une  tendance  évidente,  ne  constitue  nullement  par  lui-même 
un  danger  pour  l'organisme.  Son  évolution  naturelle,  c'est  la  dégénérescence 
graisseuse,  avec  résorption  continue  des  parties  les  plus  liquides,  ce  qui  amène 
l'atrophie,  le  ratatinement  ou  la  destruction  des  cellules,  l'état  d'obsolescence, 
suivis  de  l'état  crétacé  et  de  l'état  pierreux.  Si,  trop  souvent,  il  ne  suit  pas  cette 
marche  normale,  mais  parait  posséder  des  tendances  destructives,  ce  n'est  pas  là 
un  résultat  de  son  organisation,  mais  bien  de  la  continuation  du  travail  phleg- 
masique  auquel  il  doit  naissance.  Alors,  au  lieu  de  perdre  des  éléments  liquides, 
il  en  acquiert  de  nouveaux  ;  il  se  ramollit,  en  commençant  par  les  parties  qui 
sont  le  siège  principal  de  la  dégénérescence  graisseuse,  du  pus  se  forme  et  vient 
se  joindre  aux  détritus  tuberculeux,  et  un  foyer  se  constitue.  Dans  les  poumons, 
les  infundibulum  et  les  bronches  tuberculeux  peuvent,  de  cette  façon,  devenir  le 
point  de  départ  des  cavernes  qui,  évidemment,  communiquent  alors  de  prime 
abord  avec  les  canaux  bronchiques.  Mais  les  choses  peuvent  se  passer  autre- 
ment. Les  petites  branches  présentent,  dans  leurs  cavités,  une  matière  caséeuse 
puriformc  et  diffluente  ;  elles  subissent  une  dilatation  parfois  considérable  ;  elles 
s'ulcèrent,  et  leur  cavité  se  met  directement  en  communication  avec  les  tissus 
voisins  atteints  de  tuberculisation.  Également,  des  masses  de  tissus  atteints  par 
la  tuberculisation  peuvent  se  nécroser ,  par  suite  de  l'oblitération  de  leurs  vais- 
seaux nourriciers.  Tels  sont  les  différents  mécanismes  par  lesquels  se  forment 
les  abcès  tuberculeux,  lesquels,  dans  les  poumons,  conmiuniquent  toujours  avec 
les  bronches  et  constituent  les  cavernes  pulmonaires. 


DU  TUBERCULE.  —  CROCQ.  77 

Beaucoup  de  médecins  considèrent  encore  actuellement  la  tuberculisation 
comme  une  maladie  générale  ou  comme  le  résultat  d'une  altération  du  liquide 
sanguin.  Mais  on  trouve  très-souvent  des  tubercules  dans  les  poumons,  même 
dans  un  seul  poumon,  sans  en  rencontrer  nulle  part  ailleurs. 

rai  vu  souvent  quelques  noyaux  tuberculeux,  récents  ou  obsolescents,  au  som- 
met d'un  ou  des  deux  poumons  ;  j'ai  vu  un  ou  deux  ganglions  tuberculeux  chez 
des  individus  qui  n'avaient  aucune  autre  lésion.  Dira-t-on  que  ce  soit  là  des 
résultats  d'une  maladie  générale  ou  d'une  altération  du  sang?  Aucune  analyse 
n'a,  du  reste,  démontré  l'existence  de  cette  dernière,  que,  par  conséquent,  la 
rigueur  de  la  science  moderne  ne  nous  permet  pas  d'accepter.  Un  des  ai*gu- 
ments  les  plus  forts  des  partisans  de  ces  idées,  c'est  la  transmission  héréditaire  de 
la  tuberculisation.  Mais  ce  n'est  pas  la  tuberculisation  elle-même  qui  est  transmise. 
J'ai  bien  souvent  ouvert  des  fœtus  et  des  enfants  provenant  de  fcnmies  tubercu- 
leuses, et  je  n'ai  jamais,  chez  eux,  renconti-é  de  tubercules.  Ouvrez  au  hasard 
100  cadavres  d'enfants,  et  vous  rencontrerez  fort  peu  de  tubercules  pulmonaires; 
ouvrei  100  cadavres  d'individus  âgés  de  vingt  à  trente  ans,  et  vous  en  trouverez 
très-souvent.  On  n'hérite  donc  pas  de  la  tuberculisation,  et  pourtant  elle  est  consi- 
dérée par  tous  les  praticiens  comme  incontestablement  héréditaire.  On  hérite  à 
coup  sûr  de  quelque  chose,  mais  ce  quelque  chose  n'est  pas  la  maladie,  qui  se 
développe  parfois  seulement  trente  ou  quarante  ans  après  la  naissance.  Qu'est-ce 
doncT  C'est  la  prédisposition ,  c'est-à-dire  certain  type  de  structure  interne  des 
tissus,  que  nous  ne  saurions  définir  et  qui  les  rend  accessibles  à  tel  ordre  de  phé* 
nomènes  pathologiques.  C'est  là  qu'il  faut  chercher  la  raison  d'être  de  l'hérédité 
de  la  tuberculose,  ainsi  que  des  difTérences  qu'elle  ofi&'e,  selon  les  âges,  quant 
aux  organes  dans  lesquels  elle  élit  son  siège. 

11  résulte  des  considérations  que  je  viens  de  vous  soumettre,  que  la  tuberculi- 
sation n'est  nullement  une  maladie  spéciale  ou  spécifique,  reconnaissant  pour 
cause  un  vice  du  sang,  mais  une  affection  du  même  ordre  que  les  inflanunations^ 
dont  elle  ne  diffère  que  fort  peu.  Cette  proposition  n'est  pas  destinée  unique- 
ment à  satisfaire  l'esprit  des  savants;  elle  est  avant  tout  pratique,  et  ses  consé- 
quences doivent  dominer  le  champ  de  la  thérapeutique. 

Le  traitement  de  la  tuberculisation,  en  général,  et  celui  des  tuberculisations 
des  poumons,  de  l'intestin  et  des  méninges,  en  particulier,  n'est  pas  autre 
chose  que  le  traitement  des  phlegmasies,  soit  aiguës,  soit  chroniques,  des 
mêmes  organes.  Un  régime  convenable,  les  antiphlogistiques,  les  révulsifs  et  les 
modificateurs  appropriés,  appliqués  selon  les  indications  et  en  tenant  compte  de 
la  constitution  des  malades  et  des  conditions  dans  lesquelles  Us  se  trouvent,  voilà 
les  moyens  par  lesquels  on  arrive  le  plus  souvent  à  des  résultats  heureux,  et 
mon  expérience  me  permet  d'affirmer  que  les  résultats  de  l'application  de  ces 
principes  viennent  complètement  confirmer  les  idées  que  j'ai  exposées  dans  ce 
travail. 


i«M 


78     GONGBÈS  MÉDICAL  INTERNATIONAL.   *—  PRBlilÈRE  SÉANCE  DE  JOUR. 


DKS    ISILPÉRIEIVCES 

SUR    Ei^IRRlTATIOrV    PVE.llO[VAlRi:    EXPÉRIMEMT AI.fi, 

SUR  liA  TR4MSlflISS10M  DE  E.\  PIVEVflOWli:, 

DE   I.V%DÉIVITE  CHROWigUEl»,  DEl»  «R%I«IJE.AT10IVS 

DITE»  TIJBER€VE.EVSEIIi  ET  DE  DIVERS  AVTRES 

PRODUITS  MORIIIDES. 

PAR  M.    LE   PROFESSEUR  LERERT  (DE  RRESLAU). 
(Lu  pat  le  •ecrélairefgénëral  au  nom  d«  l'auteur.) 


Ces  expériences  ont  été  faites  dans  mon  laboratoire  avec  mon  excellent  chef  de 
laboratoire,  M.  le  docteur  Wyss  ;  toutefois  des  divergences  d'opinion  existant  entre 
nous  sur  l'interprétation  des  faits  observés  par  la  voie  expérimentale,  je  prends 
sur  moi  toute  la  responsabilité  de  ces  généralités.  Le  travail  complet,  avec  tous  les 
détails  des  expériences,  sera  publié  prochainement  dans  les  Archives  de  Virchow. 

Nos  expériences  sont  au  nombre  de  quarante-cinq,  sans  compter  les  très-nom- 
breuses non  achevées.  Une  première  série  de  onze  expériences  se  rapporte  à  la  trans- 
mission des  produits  de  la  pneumonie  disséminée  chronique,  de  Tadénite  chronique 
d'apparence  tuberculeuse  et  de  granulations  tuberculeuses  des  poumons.  Deux 
expériences  se  rapportent  à  mes  anciennes  recherches  sur  la  pyohémie.  Deux 
chiens  auxquels  de  nombreuses  injections  de  pus  ont  été  faites  dans  les  veines  ont 
présenté,  l'un  des  granulations  récentes  dans  les  poumons,  l'autre  dans  les  poumons 
et  le  foie,  l'un  et  l'autre  offrant  la  structure  des  tubercules  dans  ces  granulations. 
Dans  neuf  expériences,  des  produitsd'expectorationetde  cavernes  ont  été,  commp 
dans  les  onze  premières,  injectés  sous  la  peau  ;  ces  animaux  ont  succombé 
à  la  pyohémie  ou  à  la  septicémie,  et  n'ont  point  présenté  des  granulations  d'infec- 
tion. Dans  la  vingt-troisième  expérience,  une  fistule  biliaire  est  établie  à  un 
chien  pour  des  expériences  sur  l'empoisonnement  par  le  phosphore;  après  une 
semaine  le  chien  commence  à  tousser,  et  à  l'autopsie  il  présente  des  granula- 
tions pulmonaires  récentes  ayant  les  mêmes  caractères  que  celles  produites  par 
les  granulations  pulmonaires,  et  les  petits  foyers  pneumoniques  disséminés.  Les 
expériences  vingt-cinq  à  trente-cinq  se  rapportent  à  la  transmission  de  divers 
produits  morbides,  de  glandes  lymphatiques  hypertrophiées,  de  mélanose  du 
cheval,  de  tumeui*s  ûbroplastiqucs,  cancroïdes  et  cancéreuses.  Les  dix  dernières 
expériences  concenieut  des  ii\jections  de  chai*bon  ou  de  mercure  dans  la  veine 
jugulaire  ;  ce  dernier  a  été  introduit  une  fois  directement  dans  la  trachée. 

En  passant  sui*  tous  ces  détails  très-nombreux  et  l'analyse  soigneusement 
faite  des  expériences,  je  puis  résumer  dans  l'exposé  suivant  le  résultat  som- 
maii-e  auquel  je  suis  ai-rivé. 

En  commençant  pai*  les  expériences  les  plus  simples,  le  charbon  a  fourni  le 
type  d'une  obstruction  mécanique  des  capillaires  pulmonaires.  Mais  déjà  nous 
arrivons  à  l'irritation  des  alvéoles,  du  tissu  pulmonaire  interstitiel,  même  de  la  tuni- 
que externe  des  petites  artères  ;  nous  constatons  le  passage  de  petites  granula- 
tions à  de  l'irritation  et  surtout  à  une  hyperplasie  cellulaire  plus  diffuse^  alvéo- 


DU  TUBERGULI.  —  LfiBBRT.  79 

laire,  lobulaire,  plus  étendue  même.  L'embolie  capillaire  est  éyidemment  le 
point  de  départ^  et  il  est  très-probable  qu'une  fluxion  collatérale  consécutive  a 
proToqué  la  multiplication  cellulaire^  qui  a  tout  aussi  bien  eu  lieu  dans  les  cellules 
du  tissu  coDJonctif  que  dans  celles  du  type  épithélial 

L'injection  du  mercure  offre  déjà  des  résultats  plus  compliqués.  Outre  l'ob- 
struction  mécanique^  U  y  a  ici  un  véritable  travail  in*itatif,  et  j'avais  déjà  prouvé 
antérieurement,  par  des  expériences  faites  à  Paris^  en  1850,  que  le  mercure 
injecté  dans  les  vaisseaux  sanguins  y  provoquait  un  travail  inflammatoire^  l'en- 
dophlébite  pour  les  veines  et  l'exailérite^  inflammation  de  la  tunique  externe 
pour  les  artères.  C'est  de  cette  périartérite  que  part  dans  les  poumons  le  travail 
iiritatif  et  hyperplasique  ultérieur.  Au  degré  le  plus  léger,  nous  avons  obtenu 
dans  nos  expériences  une  simple  embolie  des  petites  artères.  À  un  degré  plus 
ivancë,  un  vrai  travail  d'irritation  est  survenu  à  la  surface  des  artères  correspon- 
dant aux  points  où  le  mercure  s'était  arrêté.  Ici  nous  trouvons  surtout  l'hyper* 
plaaie  cellulaire  de  la  tunique  externe  de  l'artère,  tantôt  sous  forme  de  multipli* 
cation  des  cellules  du  tissu  conjonctif  formant  des  granulations,  tantôt  plus  diffuse^ 
s'étendant  au  loin  à  la  surface  de  l'artère.  A  un  plus  haut  degré  d'irritation  le 
même  travail  s'étend  de  proche  en  proche  dans  le  voisinage,  et  c'est  ainsi  que 
des  granulations,  des  foyers  inflammatoires  plus  étendus  se  forment,  solides  ou 
en  voie  de  suppuration,  ou  formant  de  petits  abcès  autour  d'un  globule  de 
mercure,  ou  même  des  bronchiectasies  et  des  cavernes.  Un  autre  effet  plus 
remarquable  encore  est  que  là  où  le  mercure  n'a  point  pénétré,  des  granula- 
tions d'apparence  tuberculeuse  peuvent  se  former,  et  des  glandes  lymphatiques 
peuvent  s'infiltrer  à  la  façon  des  glandes  dites  tuberculeuses. 

En  passant  à  la  transnodssion  des  produits  pathologiques,  nous  anivons  à  un 
mode  d'agir  beaucoup  plus  compliqué.  L'irritation  locale  est  généralement  beau- 
coup plus  forte  et  augmente  ainsi  les  conditions  d'infection.  Toutefois  on  observe 
aussi  des  granulations  nombreuses  et  dans  des  organes  diflérents,  sans  action 
locale  très-forte  et  même  sans  suppuration.  U  est  très-probable  que  la  matière 
injectée  sous  la  peau  ou  inoculée  donne  lieu  à  un  suc  infectant  qui,  transporté 
par  les  Yoies  lymphatiques  et  sanguines,  s'attache  probablement  à  des  éléments 
corpusculaires  et  peut  donner  lieu  ainsi  à  une  irritation  locale  aussi  bien  qu'à 
rdwtniction.  £n  cheminant  dans  les  vaisseaux  lymphatiques,  ces  porteurs  de 
l'infection  provoquent  dans  les  glandes  lymphatiques  une  irritation  ceUulaire 
avec  hyperplane,  soit  sous  forme  de  granulations,  soit  sous  celle  d'une  infiltration 
continue.  Mais  comme  ces  éléments  infectieux  ne  pénètrent  guère  en  quantité 
un  tant  soit  peu  notable  au  delà  des  glandes  lymphatiques,  le  grand  torrent 
circulatCMre  forme  la  voie  principale  de  l'infection.  La  masse  inoculée  s'était 
désagrégée  et  a  fini  par  former  une  espèce  d'émulsion  fine,  capable  d'être  absor- 
bée, combinée  peut-être  aux  produits  inflanmiatoires  formés  par  suite  de  sa 
présence  dans  le  tissu  cellulaire  sous-cutané.  Une  fois  dans  les  vaisseaux,  ces 
éléments  qui  probablement  se  combinent  bientôt  avec  des  éléments  du  sang, 
cheminant  furtivement  à  travers  des  veines  de  plus  en  plus  volumineuses,  arri- 
vent dans  le  cceur  droit,  et  de  là  dans  les  capillaires  pulmonaires  où  ils  forment 
des  fio^ers  d'obstruction,  embolie  démontrée  par  nos  injections,  qui  n'ont  rempli 
que  fort  incomplètement  les  vaisseaux  sanguins  des  alvéoles  malades,  les  capil- 
laires étant  surtout  en  nugeure  partie  imperméables.  Une  partie  des  éléments 
d'infection  provenant  du  foyer  de  la  transmission  traversent  les  capfilaires  des 
poumons,  arrivent  dans  le  cœur  gauche,  et  de  là  dans  l'aorte  et  ses  divisions. 


80      CONGRÈS  MÉDICAL  INTERNATIONAL   —  PRElilÈRE  SÉANCE  DE  JOUR. 

Gomme  la  majeure  partie  du  sang  passe  à  colë  des  artères  montantes,  les  chances 
d'infection  pour  le  cerveau  sont  bien  moins  grandes  que  pour  les  grands  troncs, 
parmi  lesquels  le  tronc  cœliaque  est  anatomiquement  bien  place,  et  assez  toIu- 
mineux  pour  recevoir  une  quantité  des  éléments  infectants  du  sang.  L'artère 
hépatique  ainsi  que  la  splénique  portent  aloi*s  dans  le  foie  et  la  rate  des  élé- 
ments morbifiques,  et  en  effet,  après  les  poumons,  ce  sont  les  organes  de  prédi- 
lection des  produits  morbides  secondaires  ;  viennent  ensuite  les  reins,  tandis  que 
l'infiltration  des  glandes  mésententes  a  lieu  ordinairement  par  les  lymphatiques 
de  l'intestin. 

Nous  avons  déjà  vu  que  vu  l'impossibilité  de  bien  injecter  les  vaisseaux  des 
foyers  d'infection,  il  y  avait  une  obstruction  mécanique;  mais  il  doit  y  avoir  aussi 
un  agent  chimique  d'irritation,  vu  que  la  haute  pression  doit  faire  transsuder  du 
liquide  à  travers  les  capillaires  obstrués,  et  que  l'obstruction  seule  ainsi  que 
Thypérémie  collatérale  ne  rendraient  pas  suffisamment  compte  de  la  proliféra- 
tion cellulaire  et  notable.  Lorsque  les  capiUaires  des  alvéoles  pulmonaires  sont 
obstrués,  la  fluxion  collatérale  a  surtout  lieu  dans  les  dernières  ramifications 
des  artères  bronchiques  dans  la  terminaison  des  bronchioles.  Ce  fait  vient  à 
Tappui  de  l'opinion  émise  par  nous  ailleurs,  que  l'hyperplasie  cellulaire  avait 
bien  plutôt  lieu  des  bronchioles  vers  l'infundibulum  et  les  alvéoles  qu'en  sens 
inverse.  Ces  parties  qui  deviennent  le  point  de  dépâi-t  des  granulations  d'infec- 
tion offrent  donc  à  la  fois  des  matéiiaux  nutritifs  en  plus  grande  abondance  par 
suite  de  la  forte  fluxion  et  le  suc  infectant  qui,  avec  la  tendance  de  se  comlHner 
avec  des  cellules,  irrite  les  plus  proches  et  excite  leur  multiplication.  11  n'est 
donc  pas  étonnant  que  nous  voyons  ce  même  travaU  se  propager  à  la  paroi 
alvéolaire,  au  tissu  connectif  ambiant,  aux  bronchioles  terminafles,  à  la  tunique 
externe  des  vaisseaux  voisins. 

n  est  très-probable  que  dans  toutes  ces  infections,  des  lois  générales  d'irrita- 
tion et  d'hyperplasie  cellulaires  dominent.  Nous  voyons  ainsi  des  produits  morbi- 
des différents  de  ceux  de  la  pneumonie  disséminée  c)ironique,  des  granulations 
dites  tuberculeuses,  des  glandes  lymphatiques  chroniquement  infiltrées,  de  la 
mélanose  et  du  carcinome  provoquer  des  granulations  d'infection  à  peu  près 
identiques,  ainsi  qu'un  travaU  d'hyperplasie  aussi  bien  dans  les  cellules  du  tissu 
conjonctif  que  dans  les  épithéliums,  et  les  -différences  d'aspect  ne  tenir  qu'à 
l'àge  différent,  aux  changements  progressifs  ou  régressifs  des  cellules.  La  patho- 
logie nous  démontre  que  ces  produits  de  métamorphoses  cellulaires  régressives 
absorbés  engendrent  de  nouveaux  foyers  d'infection  par  irradiation  et  propagation 
au  loin,  et  que  c'est  ainsi  que  l'infection  se  perpétue  et  se  multiplie.  Dans  des  pro- 
duits accidentels  infectants,  tels  que  le  cancer,  nous  voyons  s'établir  des  appareUs 
permanents  de  nutrition,  tandis  que  dans  les  produits  infectants  et  d'infection  qui 
nous  occupent  ici,  il  arrive,  comme  dans  d'autres  produits  de  l'inflanmiation, 
qu'aucune  vascularité  ne  perpétue  ce  travaU  d'iritation  cellulaire,  et  que  la 
mort  cellulaire,  la  nécrocytose,  un  travaU  d'atrophie  ou  de  destruction  en  est 
la  conséquence.  Quel  est  donc  le  rapport  entre  nos  expériences  et  la  transmis- 
sion des  tubercules?  Mais,  rien  de  plus  vague  aujourd'hui  que  la  définition  du 
tubercule,  qui,  naissant  d'un  travaU  phlegmasique,  a  pour  résultat  jusque  dans 
ses  plus  petits  produits  d'infection  secondaire  des  granulations  à  structure  iden- 
tique, et  la  prolifération  inflammatoire  du  tissu  conjonctif;  aussi  trouvons-nous 
souvent  ces  granulations  entourées  d'une  hyperplasie  inflammatoire  diffuse  du 
tissu  conjonctif,  soit  le  long  des  artères,  soit  le  long  des  cloisons  des  organes,  soit 


DU    lUBERClLLL.    —  HÉRARD.  81 

le  long  des  broochioles^etc.  Nos  produits  de  Iransmission  si  soi^neuseinenl  cludiés 
50tts  le  rapport  du  siége^  de  la  structure^  de  la  vascularittS  du  point  de  départ  et 
de  la  propagation,  se  rapportent  bien  à  ce  que  Ton  est  convenu  d'appeler  tuber- 
cule, produit  éminemment  hyperplasiquc  qu'aucune  délimitation  stricte  ne 
sépare  de  F  inflammation^  et  que  nous  ne  saurions  assimiler  aux  produits  acci- 
dentels proprement  dits.  L'observation  anatomiqueet  clinique  se  réunissent  pour 
démontrer  qu'il  s'agit  là  d'un  travail  irritatif  qui  se  développe  d'autant  plus 
aisément  que  la  nutrition  des  tissus  ou  de  tout  l'organisme  est  plus  détériorée, 
ou  a  davantage  la  disposition  à  l'être.  En  outre  des  produits  de  décomposition 
d'affections  morbides  bien  différentes  peuvent,  par  absorption,  engendrer  ce  genre 
d'iiritation  ceUulaire  et  son  irradiation  infectieuse.  Aussi  voyons-nous  souvent,  par 
exemple,  les  poumons  et  d'autres  organes  se  tuberculiser  à  la  suite  d'une  sup- 
puration abondante  et  prolongée,  de  la  glycosurie  qui  conduit  au  marasme,  etc. 
Nous  nous  sommes  donc  peu  inquiété  de  savoir  si  nous  avions  transmis  le  tu- 
bercule d'après  la  définition  de  tel  ou  tel  auteur,  mais  nous  avons  voulu  par  la 
voie  expérimentale  pénétrer  plus  avant  dans  le  mode  d'irritation  cellulaire  qui  est 
la  base  du  travail  phlegmasique,  et  de  celui  que  l'on  résume  sous  le  nom  du  tuber- 
cule. M.  Villemin,  en  entrant  dans  cette  voie,  a  donc  fort  bien  mérité  de  la  science, 
et  si  nos  résultats  diffèrent  beaucoup  des  siens,  n'oublions  pas  que  la  science  est  en 
me  de  formation  et  nullement  faite  sur  toutes  ces  graves  et  importantes  questions. 

A  la  suite  de  ces  lectures,  la  discussion  s'engage  sur  cette  premièi*e  partie  de 
la  question. 


l.  —  Avant  de  discuter  devant  vous  les  diverses  opinions  qui  ont  été 
émises  à  cette  tribune  et  ailleurs  sur  la  tuberculose,  je  vous  demande  la  permis- 
sion de  rappeler  les  principaux  résultats  auxquels  nous  sommes  arrivés,  M.  Comil 
et  moi,  sur  le  même  sujet,  résultats  consignés  dans  notre  Traité  de  la  phthisie 
^mtmaire.  Je  le  ferai  aussi  brièvement  que  possible,  cai*  je  ne  dois  pas  oublier 
que  vos  moments  sont  comptés,  et  qu'une  des  premières  conditions  pour  mériter 
votre  bienveillante  attention,  c'est  de  n'en  pas  abuser. 

Lorsqu'on  examine  les  poumons  d'un  individu  qui  a  succombé  à  la  tuberculose 
pulmonaire,  on  reconnaît  le  plus  ordinajo-ement  à  l'œil  nu  et  sans  la  moindre 
difficulté  deux  lésions  principales  :  1^  de  petites  nodosités,  décrites  depuis  Bayle 
jusqu'à  notre  époque  sous  les  noms  divers  de  granulations,  granulations  tubercu- 
leuses, granuktions  miliaires,  granulations  ilbro-plastiques,  tubercules,  plasmo- 
tubcrcules,  etc...;  2*  des  noyaux  plus  ou  moms  étendus  d'inflammation  pulmo- 
naire, que  Laennec  considérait  comme  le  type  du  tubercule,  mais  qui,  aujourd'hui, 
ont  reçu  les  dénominations  plus  justes  de  pneumonie,  broncho-pneumonie, 
poeumonie  catarrhale,  tuberculeuse,  tuberculiforme,  caséeuse,  alvéolite  pulmo- 
naire, muco*tubercule,  etc..  Chacune  de  ces  lésions,  quoique  dépendant  de  la 
même  diathèse,  a  des  caractères  particuliers  qui  permettent  le  plus  souvent  de 
la  distinguer  à  l'œil  nu  ou  à  l'aide  du  microscope. 

Us  granulations  ont  la  forme  de  petits  nodules  dont  la  grosseur  varie  depuis 
nn  grain  à  peine  visible  jusqu'au  volume  d'une  gi'aine  do  millet  ou  de  chènevis  ; 
leur  couleur  à  l'origine  est  blanchâtre  ou  grise  ;  à  cette  époque  de  leur  dévclop  • 
Piment,  elles  sont  semi-transparentes,  dures  et  résistantes,  diifQciles  à  écra^ 
^;  elles  adhèrent  solidement  au  tissu  pulmonaire,  et  font  toujours  à  la  surface 

u 


82      CONGRÈS  MÉDICAL  INTERNATIONAL.   —   PREMIÈRE  SÉANCE  DE  JOUR. 

de  section  une  saillie  hémisphérique  ;  leur  siège  est  le  tissu  conjonctif  interlo- 
bulaire^  autour  des  vaisseaux  et  des  bronches.  Le  microscope  les  montre  formées 
de  noyaux  et  de  petites  cellules  agglomérés,  pressés  les  uns  contre  les  autres,  sé- 
parés par  une  matière  amorphe  qui  les  agglutine  et  par  quelques  ûbres  de  tissu 
élastique.  Au  bout  d'un  temps  plus  ou  moins  long,  mais  généralement  assez 
court,  ces  noyaux  et  ces  ceilulcs  s'inhitrent  de  graisse,  et  alors  la  granulation  perd 
sa  demi-transparence,  devient  trouble,  opaque  à  son  centre,  puis  bientôt  com- 
plètement jaune,  caséeuse,  et  enfin  se  ramollit.  Je  n'insiste  pas,  messieurs,  sur 
ces  diverses  phases  de  l'évolution  de  la  granulation,  qui  ont  été  si  admirablement 
étudiées  par  M.  Yirchow,  et  que  M.  Villemin  vous  décrivait,  il  y  a  quelques 
instants,  lui-même,  avec  une  rare  perfection. 

La  seconde  lésion,  ai-je  dit,  est  constituée  par  l'inflammation  des  vésicules  pul- 
monaires. Elle  est  caractérisée  anatomiquement  par  Thypergenèse  des  cellules 
épithéliales  et  par  des  globules  de  pus  ou  leucocytes  dans  Fintérieur  des  alvéoles 
qui  en  sont  remplis.  Elle  présente  trois  degrés  :  le  premier  degré  correspond  à 
la  période  d'engouement- de  la  pneumonie;  le  tissu  pulmonaire  est  rosé  ou 
rouge,  imbibé  de  sérosité  teintée  par  le  sang.  Le  second  degré  est  caractérisé 
par  une  hépatisation  du  poumon  de  couleur  gris  rosé  ou  grise.  Dans  le  troisième 
degré,  la  couleur  des  masses  hépatisées  est  jaune,  caséeuse;  leur  consistance  est 
diminuée.  Cet  état  répond  à  une  dégénérescence  de  Texsudat  dont  les  parties 
liquides  se  sont  résorbées  et  dont  les  éléments  sont  infiltrés  de  granulations  pro- 
téiques  et  graisseuses.  Cette  pneumonie  peut  affecter  la  plus  grande  partie  d'un 
lobe,  un  lobe  tout  entier  ou  plusieurs  lobes  à  la  fois;  elle  est  lohavre,  ou  bien,  ce 
qui  est  beaucoup  plus  ordinaire,  elle  est  disséminée  irrégulièrement  dans  les 
différents  lobes,  elle  est  lobutaire.  Ce  qu'il  importe  de  savoir,  c'est  que  ces 
noyaux  de  pneumonie  peuvent  être  très-petits,  presque  miliaires,  et  qu'il  est  très- 
facile,  si  l'on  n'y  prête  une  grande  attention^  de  les  prendre  pour  des  granulations  ; 
le  plus  ordinairement  sans  le  secours  du  microscope,  qui  tranchera  la  question 
dans  les  cas  douteux,  on  les  reconnaîtra  à  l'oeil  nu  aux  caractères  suivants  :  la 
surface  de  section  est  plane,  fiQcment  granitée,  friable;  elle  ne  fait  pas  de  saillie 
hémisphérique  comme  la  granulation;  le  plus  souvent  les  parties  jaunes  sont 
entourées  de  parties  indurées,  rosées  ou  grises,  qui  représentent  un  état  moins 
avancé  de  la  lésion. 

Je  viens  de  signaler,  les  lésions  essentielles  de  la  tuberculose,  celles  sur  les- 
quelles doit  porter  la  discussion.  Je  ne  fais  que  mentionner  les  inflammations 
secondaires  de  la  plèvre  et  des  bronches,  l'emphysème  pulmonaire,  l'épaississc- 
ment  du  tissu  fibreux  ou  pneumonie  interstitielle,  sorte  de  cirrhose  qui  se  remar- 
que surtout  autour  des  cavernes  ;  enfin  les  destructions  pulmonaires  qui  sont  le 
résultat  du  ramollissement  et  de  la  fonte  des  parties  qui  ont  subi  la  dégénéres- 
cence graisseuse,  autiement  dit,  la  mortification  de  leurs  éléments  organiques. 

J'ai  bâte  d'aniver  à  la  discussion  des  points  en  litige.  Et  d'abord  je  rencontre 
l'opinion  de  quelques  auteiu's  dont  les  recherches  ne  tendraient  à  rien  moins 
qu'à  retrancher  de  la  tuberculisation  la  granulation,  pour  en  faire,  non  pas  seu- 
lement une  espèce  particulière  de  phthisie,  conmie  le  voulait  Bayle,  mais  l'ex- 
pression locale  d'une  maladie  générale,  fièvre  ou  fébri-phlegmasie,  tout  à  fait 
distincte  de  la  diathèse  tuberculeuse.  Cette  manière  de  voir,  on  le  sait,  a  surtout 
été  défendue  par  M.  Empis.  Tout  en  rendant  honmiage  à  l'incontestable  talent 
qu'a  déployé  notre  savant  collègue  dans  son  ouvrage  sur  la  nframulU,  tout  en  ap- 
préciant la  valeur  et  l'intérêt  des  nombreuses  observations  qu'il  a  été  à  même 


DU   TUBERCULE.    —  UÉRARD.  83 

de  lecadilir,  il  m'est  impossible^  je  l'avoue^  de  me  ranger  à  son  opiaion. 
Admettre^  en  effets  que  la  granulation  est  la  signature  anatomique  d'une  maladie 
qui  ne  serait  pas  la  tuberculisation^  et  que  cette  maladie  coexiste  avec  la  tubercu^ 
lisation  lorsque  la  granulation  devient  jaune^  caséeuse^  c'est  mécounaîtie  que  la 
granulation  grise^  semi-transpai*ente^  se  rencontre  dans  toutes  les  formes 
de  la  pbthisie,  aussi  bien  dans  les  formes  chroniques  que  dans  les  formes 
iii^nès;  qu'elle  n'a  rien  de  spécial  dans  la  pbthisie  dite  aigué,  si  ce  n'est  sa 
continence,  sa  dissëmination  dans  un  grand  nombre  d'organes^  particuliè- 
rement sur  les  séreuses;  et  qu'enfin  la  couleur  jaunàti*e,  qu'à  tort  on  a  long- 
temps regardée  comme  représentant  seule  le  tubercule,  exprime  simplement  une 
phase  avancée  de  son  évolution,  la  transformation  granulo-graisseuse  de  ses 
éléments,  transformation  très-commune  dans  la  diathèse  tuberculeuse  et  la 
diathèse  scrofuleuse,  mais  susceptible  également  d'être  observée  dans  d'autres 
états  pathologiques. 

Une  opinion  que  l'on  peut  considérer  comme  la  contre-partie  des  idées  de 
M.  Empis  a  été  soutenue  à  cette  tribune  par  M.  Yillemin.  Après  avoir  un  des 
premiers  démontré  que  les  masses  jaunâtres  envisagées  par  Laennec  connne 
tuberculeuses  étaient  de  véritables  pneumonies  dans  lesquelles  les  cellules  épi- 
théliales  proliférées  subissaient  la  dégénéi*ation  granulo-graisseuse^  après  avoir  tant 
contribué,  par  son  remarquable  travail  de  1862,  à  populariser  en  France  les 
idées  de  Reinbardt  et  de  M.  Virchow,  M.  Yillemin,  vous  venez  de  l'entendre,  est 
disposé  aujourd'hui  à  admetti  e  que  le  produit  pathologique  qui  remplit  les  vési- 
cules pulmonaires  est  constitué  parles  granulations;  que  l'absence  d'épithélium  à  la 
surlace  interne  des  vésicules  ne  permet  plus  de  rapporter  les  lésions  au  développe- 
ment exagéré  de  cellules  épithéliales,  et  que  If^s  cloisons  alvéolaires  renfermant  dan» 
Wur  épaisseur  un  élément  cellulaire  qui  fait  de  ces  membranes  un  véritable  tissu 
d'espèce  coi\jonctive,  il  est  plus  logique  d'identiûer  les  deux  produits,  et  d'admet- 
tre la  granulation,  à  l'intérieur  aussi  bien  qu'à  l'extérieur,  des  vésicules  pulmo- 
naires. Messieurs,  je  n'ai  pas  compétence  suffisante  pour  discuter  ici  la  question 
de  la  présence  ou  de  l'absence  de  Tépithélium  vésiculaire.  Je  laisse  ce  soin  à 
d'autres  plus  autorisés.  Je  me  permettrai  seulement  de  rappeler  que  cette  question 
n'est  pas  née  d'hier.  Consultez  une  excellente  thèse  soutenue  l'an  dernier  à  la 
Faculté  de  Strasbourg  par  M.  le  docteur  Schmidt,  et  vous  verrez  que  la  querelle 
entre  les  partisans  et  les  adversaires  de  l'épithélium  vésiculaire  remonte  à  plus 
de  vingt  ans,  ce  qui  n'a  pas  empêché  le  plus  grand  nombre  des  histologistes  mo- 
dernes d'admettre  l'existence  d'un  épithélium,  sinon  continu,  du  moins  dissé- 
miné par  places.  C'est  l'opinion  à  laquelle  est  arrivé  M.  Schmidt  lui-même, après 
une  discussion  approfondie  et  des  expériences  personnelles  habilement  conduites. 
Quant  à  moi,  je  laisse  de  côté  cette  question  de  une  et  subtile  anatomie;  au 
point  de  vue  où  je  me  place,  sa  solution  n'a  pas  grande  importance.  Je  constate 
qu  il  existe  en  pathologie  une  maladie  nonmiée  pmwnonie  hbulaire  et  que  cette 
o^die  est  caractérisée  anatomiquement  par  l'accumulation  dans  l'intérieur  des 
vésicules  de  cellules  proliférées;  maintenant,  que  ces  cellules   pathologiques 
^enuent  d'un  épithélium  intra-véaiculaire  comme  le  pensent  encore  la  mageure 
partie  des  anatomistes,  qu'elles  proviennent  suriout  de  l'épithélium  non  douteux 
des  dernières  ramifications  bronchiques,  comme  est  porté  à  le  croire  M.  Lebeiî, 
on  bien  qi^' elles  tirent  leur  origine  de  la  membrane  fibro-cellulaire  des  cloisons 
alvéolaire^  ainsi  que  le  suppose  M.  Yillemin,  cela  m'importe  peu.  Cette  p^eu- 
iDooie,  jç  la  retrouve  dans  la  tubercuUsation;  je  la  reconnais  pendant  la  vie  à 


su      CONGRÈS  MÊOIOâL  INTERNATIONAL.    —   PREMIÈRE  SÉANCE  OE  JOUR. 

l'aide  de  rauscultatioD,  qui  me  fait  percevoir  les  râles  crépitants  et  sous-crépi- 
tants  dans  les  mêmes  points  où  l'examen  cadavérique  monti*e  la  lésion  à  ses 
débuts,  c'est-à-dire  des  noyaux  d'engouement  et  d'hépatisation  avec  la  teinte 
rouge  (qui  ne  s'explique  plus  dans  l'hypothèse  de  M.  Villemin)  à  côté  de  noyaux 
commençant  à  subir  la  dégénération  granulo-graisseuse,  et  d'autres  tout  à  fait 
convertis  en-  masses  jaunâtres.  A  cette  période  avancée,  l'expression  de  pneu- 
monie caséeusù  nous  parait  parfaitement  convenir,  car  elle  représente  la  na- 
ture de  la  lésion,  en  même  temps  qu'elle  en  indique  exactement  l'apparence 
extérieure.  Que  si  cette  expression  de  caséeuse  semblait  trop  g:ix)ssière,  quoique 
le  vocabulaire  médical  renferme  beaucoup  de  locutions  analogues,  qu'on  la  rem- 
place, si  l'on  veut,  par  le  mot  de  pneumonie  tuberculeuse,  qui  s'applique  mieux  à 
toutes  les  phases  de  l'inflanmiation  pulmonaii*e,  mais  que  l'on  conserve  l'expres- 
sion de  pneumonie  ;  car  à  tous  les  points  de  vue,  au  point  de  vue  anatomique,  au 
point  de  vue  symptomatique,  au  point  de  vue  thérapeutique,  elle  a  sa  grande, 
sa  très-grande  utilité. 

L'inbculabilité  de  la  matière  caséeuse  démontrée  par  les  expériences  récentes 
de  M.  Lebert  (Gazette  médicale),  de  M.  Colin  dans,  son  remarquable  rapport  à 
l'Académie  de  médecine,  et  de  quelques  autres  auteurs,  constitue-t-«lle  une 
objection  sérieuse  à  notre  manière  de  voir?  Je  ne  le  pense  pas.  Remarquons,  en 
effet,  qu'U  ne  s'agit  pas  d'une  pneumonie  simple,  mais  bien  d'une  pneumonie  spé- 
ciale qui  a  recula  forte  empreinte  de  la  diathcse  tuberculeuse,  et,  ainsi  que  le  fait 
justement  observer  M.  Lebert,  il  n'y  a  rien  d'étonnant  que  ses  produits,  inflam- 
matoires quant  au  mal  local,  renferment  un  principe  incurable,  absolument 
comme  cela  se  rencontre  dans  beaucoup  de  maladies  infectieuses  ou  conta- 
gieuses, l'uréthrite  blennorrhagique,  la  syphilis,  la  morve,  la  pustule  de  la  petite 
vérole,  etc. 

Au  surplus,  messieurs,  je  suis  heureux  de  constater  que  cette  manière  d'envi- 
sager les  masses  caséeuses  du  poumon  est  acceptée  par  les  histologistcs  et  les 
cliniciens  les  plus  autorisés.  Je  citerai  notamment,  en  Allemagne,  Reinhardt, 
MM.  Virchow,  Colberg,  Nicmeyer,  Lebert,  etc.  J'attache  d'autant  plus  d'impor- 
tance à  ce  dernier  témoignage,  que  M.  Lebert,  dont  le  nom  doit  rester  particu- 
lièrement cher  à  la  France  parce  qu'il  a  été  l'un  des  promoteurs  du  mi- 
croscope dans  notre  pays,  que  M.  Lebert,  dis-je,  a  longtemps  professé  une  opi- 
nion conti-aire,  et  qu'aujourd'hui,  avec  une  bonne  foi  scientifique  qui  l'honore^ 
il  reconnaît  que  la  plus  grande  partie  des  masses  dites  tuberculeuses  est  con- 
stituée par  l'inflammation  des  alvéoles,  par  des  noyaux  de  pneumonie  chronique 
disséminée. 

Reconnaissons  toutefois  que,  tout  en  acceptant  l'idée  de  pneumonie,  quel- 
ques pathologistes  émettent  certaines  réserves  au  sujet  de  la  nature  même  de 
cette  pneumonie.  C'est  ainsi  que  M.  le  professeur  Virchow,  retranchant  de  la 
tuberculisation  tout  ce  qui  n'est  pas  granulation,  est  disposé  à  rapporter  à  la  dia- 
thèse  scrofuleuse  les  inflammations  caséeuses  du  poumon.  J'avoue  que  je  ne  me 
rends  pas  parfaitement  compte  des  motifs  qui  ont  engagé  notre  éminent  confrère 
de  Berlin  à  séparer  des  lésions  que  la  clinique  et  l'anatomic  pathologique  nous 
montrent  si  étroitement  unies.  Ah  t  si  les  granulations  et  la  pneumonie  caséeuse 
existaient  souvent  séparées;  si  surtout,  ce  qui  n'est  pas,  la  scrofule  déterminait  la 
pneumonie  caséeuse  comme  elle  donne  naissance  à  l'adénite  caséeuse,  je  conce- 
vrais la  distinction  que  cherche  à  établir  M. .le  professeur  Virchow  ;  mais  il  n'en 
est  rien.  Je  ne  connais  pas  de  pneumonie  caséeuse  bien  caractérisée  en  dehors 


DU  TUBERCULE.   —  HÉRARD.  85 

delà  tuberculose.  L'expression  de  pneumonie  scrofuleuse  doit  donc  être  rejetëe. 
Sans  être  aussi  exclusifs  que  M.  Yirchow,  sans  rejeter  absolument  la  pneumo- 
nie casëeuse  tuberculeuse^  d'autres  auteurs  sont  disposés  à  croire  que  certaines 
broncbites  et  broncho-pneumonies  sont  susceptibles  de  se  terminer  par  l'état 
caséeux>  indépendamment  de  toute  tuberculose,  lorsqu'elles  rencontrent  une 
organisation  faible^  lymphatique.  Telle  est  particulièrement  l'opinion  exprimée 
par  H.  Niemeyer  dans  son  ouvrage  si  estimé  de  patholog:ie  interne,  et  plus  récem- 
ment dans  des  leçons  cliniques  publiées  à  Berlin.  Je  ne  puis,  quant  à  moi,  par- 
tager cette  manière  de  voir,  et  voici  les  raisons  sur  lesquelles  je  m'appuie.  J'ai  eu 
l'occasion  d'observer  un  certain  nombre  de  tuberculeux  qui  rentraient  tout  à 

■ 

fait  dans  la  catégorie  des  malades  auxquels  fait  allusion  le  savant  professeur  de 
TQbingen.  Ils  étaient  d'une  constitution  frêle  et  délicate;  on  ne  notait  aucun 
antécédent  de  famille  ;  quelques-uns  même,  ce  qui  était  encore  plus  concluant, 
uflraientles  apparences  d'une  santé  robuste.  A  la  suite  d'un  brusque  refroidisse- 
ment, ils  étaient  pris  de  tous  les  signes  d'une  inflammation  laryngo-bronchique. 
Depuis  ce  moment,  ils  toussaient,  dépérissaient,  et,  au  bout  de  quelques  mois, 
succombaient  avec  les  symptômes  classiques  de  la  phthisie  pulmonaire.  A  l'au- 
topsie, nous  constations  les  granulations  tuberculeuses  et  les  noyaux  de  pneumo- 
nie caséeuse^  absolument  comme  dans  les  autres  tuberculisations  franchement 
héréditaires.  Pourquoi,  dès  lors,  en  faire  une  catégorie  à  part? 

Une  opinion  plus  acceptable  assurément  serait  celle  qui  a  été  soutenue  avec 
beaucoup  de  talent  par  plusieurs  de  nos  confrères  de  Strasbourg  et  de  Lyon, 
MM.  Hirtz,  Goursièi'es,  Feltz,  Sorel,  Ghatin,  etc.,  et  qui  consiste  à  admettre  deux 
sortes  de  phthisie,  une  phthisie  conjonctive  ou  granuleuse,  et  une  phthisie  épiihé- 
Me  ou  caséeuse.  Je  ne  verrais,  pour  ma  part,  aucun  inconvénient,  aucune  difQ- 
colté  à  admettre  que  la  diathèse  tuberculeuse,  qui  tient  sous  sa  dépendance  les 
deux  espèces  de  lésions,  la  granulation  et  la  pneumonie,  se  traduit  tantôt  par 
une  lésion,  tantôt  par  l'autre,  de  même  que  nous  voyons  la  diathèse  scrofuleuse 
se  caractériser  aussi  bien  par  les  ostéites  multiples  que  par  Ips  engorgements  gan- 
glionnaires; seulement,  de  ce  qu'une  chose  pourrait  être,  il  ne  s'ensuit  pas 
oéessairement  qu'elle  soit.  Or,  j'afOrmc  de  nouveau  que,  dans  toi^s  les  cas  qui 
ont  été  soumis  à  notre  observation,  à  Paris  du  moins  (j'ignore  si  dans  les  autres 
pays  les  faits  sont  différents),  j'affirme,  dis-je,  que  les  granulations  accompagnent 
toujours  les  noyaux  de  pneumonie  caséeuse.  Tantôt  ce  sont  les  granulations  qui 
dominent,  tantôt  ce  sont  les  noyaux  de  pneumonie;  quelquefois,  il  est  vrai,  les 
granulations  sont  peu  reconnaissables  et  en  partie  masquées  par  les  masses  ca- 
séeuses,  mais  0  est  infiniment  probable  qu'elles  ont  existé  à  une  époque  anté- 
rieure, et  Ton  en  retrouve  des  traces  manifestes,  soit  sur  les  plèvres,  soit  autour 
des  noyaux  d'hépatisation,  soit  dans  les  parties  du  poumon  demeurées  saines  ou 
simplement  congestionnées;  en  un  mot,  il  n'y  a  pas  de  phthisie  caséeuse  sans 
phthisie  granuleuse. 

Maintenant  une  dernière  et  importante  question  nous  reste  à  examiner,  c'est 
ia  suivante  :  Dans  les  cas  où  l'on  constate  les  deux  lésions  de  la  tuberculose, 
quelle  est  celle  qui  s'est  développée  la  première?  Dans  les  savantes  leçons  aux- 
quelles je  faisais  allusion,  M.  le  professeur  Niemeyer  cherche  à  établir  que  la 
pneumonie  caséeuse  se  montre  d'abord  et  que  ce  n'est  que  postérieurement  que 
l'on  Toit  apparaître  les  granulations.  C'est  également  l'opinion  de  MM.  Buhl, 
I^ittrich,  Lebert.  D'après  ce  dernier  observateur,  les  granulations  seraient  la 
conséquence  d'une  sorte  d'infection  et  do .  métastase  du  produit  même  de  la 


86      CONGRÈS  MÉDICAL  INTERNATIONAL.    —  PREMIÈBE  SÉANCE  DE  JOUR. 

pneumonie  caséense.  Pour  quelques  auteurs  qui  vont  encore  plus  loin,  M.  Buhl, 
par  exemple,  la  tuberculisation  mîliaire  serait  toujours  causée  par  des  produits 
caséeux,  en  quelque  point  du  corps  qu'ils  existent.  D'après  M.  Niemeyer,  les 
phi^nomènes  s'expliqueraient  beaucoup  plutôt  par  une  infection  locale  à  laquelle 
les  vaisseaux  lymphatiques  serviraient  d'intennédiaire  que  par  une  infection 
générale  ;  mais  infection  locale  ou  infection  générale,  tous  les  auteurs  que  nous 
venons  de  citer  admettent  que  la  matière    caséeuse    préexiste  au  tubercule. 
MM.  Niemeyer  et  Lebert  croient,  en  outre,  que  lorsque  les  granulations  apparais- 
sent, la  physionomie  de  la  maladie  change  et  prend  des  allures  beaucoup  plus 
aiguës,  beaucoup  plus  graves.  «  Le  plus  gi'and  danger  que  courent  la  plupart  des 
phthisiques,  dit  M.  Niemeyer,  et  d'être  affectés  de  tuberculose,  n 

Je  viens  de  vous  citer,  messieurs,  de  puissantes  autorités,  et  il  faut  que  ma 
conviction  soit  bien  ferme  pour  que  j'ose  combattre  une  opinion  si  formellement 
exprimée.  Je  le  ferai  cependant  sans  hésitation.  Et  d'abord,  relativement  à  l'or- 
dre de  succession  des  lésions  pulmonaires.  Je  soutiens  que  la  granulation  pré- 
cède la  pneumonie.  Ce  n'est  pas  à  dire  que  dans  le  cours  de  la  phthisie,  il  ne 
puisse  se  faire  des  éruptions  de  granulations  postérieures  à  l'appaiition  de  noyaux 
pneumoniqucs.  On  sait,  en  effet,  que  le  propre  de  la  tuberculose  chronique,  c'est 
d'envahir  les  poumons  par  poussées  successives,  séparées  quelquefois  par  de  longs 
intervalles.  Tant  que  la  diathèse  existe,  elle  peut  se  manifester  par  la  genèse  de 
nouvelles  granulations,  soit  dans  les  parties  du  poumon  restées  jusque-là  saines, 
soit  autour  des  masses  hépatisées.  Ce  que  je  maintiens  seulement,  c'est  que  dans 
ce  deniier  point,  la  première  lésion  a  été  la  granulation,  et  que  l'inflammation 
pulmonaire  n'est  venue  qu'après.  Pour  en  donner  la  démonstration,  que  faut-il? 
Examiner  les  altérations  anatomiques  non  plus  quand  elles  sont  formées,  mais 
les  surprendre  au  moment  où  elles  se  forment.  C'est  ce  que  nous  avons  été  à 
même  de  fah*e  bien  des  fois,  M.  Cornil  et  moi.  Tout  le  monde  sait  que  dans  la 
tuberculose  chronique,  les  deux  poumons  sont  rarement  atteints  à  la  fols  et  au 
même  degré;  que  dans  le  poumon  malade  lui-même  il  y  a  souvent  comme  des 
étages  successifs  de  lésions  correspondant  à  des  périodes  différentes  de  la  maladie, 
un  étage  supérieur  comprenant  des  cavernes  et  des  granulations,  un  étage  moyen 
caractérisé  par  des  noyaux  d'hépatisation  jaune  ou  rouge  entouré  de  granulations, 
un  étage  inférieur  formé  par  le  parenchyme  pulmonaire  sain  ou  simplement  con- 
gestionué,  au  milieu  duquel  on  reconnaît  des  granulations.  N'est-il  pas  évident, 
d'après  la  marche  connue  des  lésions  du  sommet  à  la  base  des  poumons,  que 
l'étage  inférieur  a  été  envahi  en  dernier  lieu  et  qu'il  aurait  passé  plus  tard,  si  la 
vie  se  ftlt  prolongée,  par  les  mêmes  phases  d'hépatisation  jaune  et  de  cavernes 
que  l'otage  moyen  et  que  l'étage  supérieur.  Or,  dans  l'étage  inférieur,  il  existe  des 
granulations  sans  noyau  caséeux,  donc  les  granulations  précèdent  la  pneumonie. 
Pourquoi,  d'ailleurs,  ne  parler  que  de  la  tuberculisation  chronique  ?  pourquoi 
laisser  de  côté  la  tuberculisation  dite  aiguë,  celle  dans  laquelle  les  granulations  mi- 
liaires  sont  répandues  en  grand  nombre  dans  les  poumons  et  les  autres  organes  ?  Je 
sais  que  dans  plusieurs  de  ces  cas,  ainsi  que  l'ont  constaté  MM.  Leudet  et  Lebert,  il 
existe  aux  sommets  des  poumons  quelques  noyaux  caséeux,  mais  dans  d'autres  cas 
tout  aussi  nombreux,  si  j'en  juge  par  mes  observations  personnelles,  on  ne  trouve 
absolument  que  les  granulations.  Or,  comment  expliquera-t-on  la  genèse  de  ces  gra> 
nulations,  dans  l'hypothèse  de  MM.  Niemeyer,  Lebert,  etc.?  Enfln  la  clinique,  trop 
aouvont  négligée,  ne  nous  montre-t-elle  pas  la  toux  sèche  et  la  sonorité  thoracique 
su  début  de  la  phthisie,  c'est-à-dire  à  la  période  de  formation  granuleuse,  et  plus 


DU  TUBBBCDLK.    —   VILI.EMIN.  87 

tard  au  moment  où  se  développent  la  pneumonie  catarrhale^  la  toax  avec  expec- 
toration^  les  râles  crépitants,  sous-crépitants,  la  matité,  etc.  ? 

Quelle  que  soit  au  reste  ropinion  que  Ton  adopte  sur  ce  point,  il  est  une  pro- 
position que  Je  ne  saurais  en  aucune  façon  accepter,  c'est  l'aggravation  des  sym- 
ptômes et  la  marche  aiguë  de  la  maladie  quand  apparaissent  les  granulations. 
Nous  retournerions  bien  plutôt  la  proposition  de  M.  Niemeyer,  et  nous  dirions 
que  la  phthisie  est  d'autant  plus  grave,  d'autant  plus  rapide  dans  sa  marche, 
d'autant  plus  fébrile,  que  la  pneumonie  est  plus  étendue.  C'est  la  conclusion, 
féconde  en  applications  pratiques,  à  laquelle  conduit  l'observation  attentive  des 
faits.  Cest  l'opinion  d'un  grand  nombre  d'observateurs  qui  considèrent  la  phthi- 
sie comme  une  sorte  de  pneumo)rie  chronique.  C'est  celle  du  savant  inspecteur 
des  Eaux-Bonnes,  M.  Pidoux;  c'est  celle  enfin  qui  a  été  soutenue  par  plusieurs 
professeurs  éminents  de  cette  Faculté,  parmi  lesquels  Je  me  plais  à  citer 
M.  Andral,  M.  Cruveilhier  et  l'illustre  président  de  cette  imposante  assemblée. 


tt.  wiUeaUn.  —  Je  demande  la  permission  dédire  quelques  mots  seulement 
sur  les  questions  soulevées  ici  par  MM.  Lebert  et  Hérard.  Je  ne  suis  pas  loin,  je 
crois,  d'être  d'accord  avec  ces  messieurs?  ce  qui  nous  sépare  repose  plutôt  sur  des 
mots  que  sur  des  fkits.  Dans  ces  cas  j'avoue  être  toujours  prêt  à  lâcher  pied^  et  à 
abandonner  la  discussion.  C'est  ce  qui  fait  que  je  serai  très-court. 

H.  Hérard  vient  de  donner  comme  caractère  d'une  haute  importance  la  saillie 
que  fait  la  granulation  tuberculeuse  sur  la  surface  de  section.  Il  n'y  a  rien  de  plus 
variable  que  ce  caractère,  il  dépend  de  la  dureté  plus  ou  mohis  grande  de  la  petite 
nodosité  et  de  la  mollesse  relative  du  tissu  voisin.  Quant  à  ce  qui  a  trait  à  la  pneu- 
nK)nie  caséeuse,  c'est  alors  que  je  puis  dire  que  nous  ne  sommes  pas  même 
séparés  par  l'épaisseur  d'un  cheveu,  car  ce  n'est  en  effet  que  par  la  différence 
des  dimensions  entre  une  petite  cellule  et  une  cellule  un  peu  plus  grosse.  J'ap- 
pelle le  tubercule,  avec  Laennec  et  tant  d'autres,  ce  que  MM.  Hérard  et  Lebert  ap- 
peUent,  l'un  pneumonie  caséeuse,  l'autre  pneumonie  disséminée  chronique. 
Pour  moi,  je  ne  vois  dans  ces  prétendues  pneumonies  et  les  granulations  types 
qu'un  seul  et  même  processus  dont  les  éléments  cellulaires  s'arrêtent  plus  ou 
moins  tôt  dans  leur  évolution  proliférante,  en  subissant  la  transformation  grais- 
seuse. M.  Hérard  s'appuie  sur  les  signes  stéthoscopiques  pour  établir  la  nature 
pneumonique  du  tubercule  infiltré,  nous  pensons  que  les  caractères  tirés  de  cette 
source  n'ont  pas  une  grande  valeur.  Ce  que  l'auscultation  constate,  c'est  l'indu- 
ration du  parenchyme  pulmonaire.  (}Ue  le  poumon  soit  rendu  imperméable  par 
on  produit  inllammatoire  ou  par  un  produit  tuberculeux,  les  signes  sont  les 
mêmes.  Les  caractères  anatomiques  comme  la  rougeur  et  la  congestion  qui  pré- 
céderaient la  pneumonie  caséeuse  aussi  bien  que  la  pneumonie  ordinaire  ne  va- 
lent pas  davantage;  nous  pensons  avec  H.  Crocq  que  la  formation  du  tubercule  est 
habituellement  accompagnée,  au  début,  d'un  état  congestif  manifeste.  Cela  se 
constate  surtout  très-souvent  dans  la  tuberculose  provoquée  chez  les  animaux. 
M.  Hérard  nous  permettra  donc  de  rectifier  une  erreur  qui  s'est  glissée  dans  son 
esprit.  Lorsque  nous  avons  dit  que  le  tubercule  entraînait  l'anémie  des  parties 
atteintes,  nous  avons  donné  ce  caractère  comme  appartenant  au  tubercule  anlé- 
riearement  formé,  et  non  au  tubercule  à  sa  période  initiale. 

Quoi  qu'il  en  soit,  je  veux  bien  encore  que  ce  produit  tuberculeux  infiltré  soit 
de  la  pneumonie,  mais  alors  on  ne  contestera  pas  au  moins  que  cette  pneumonie 


88      CONURLS  médical   international.    —  PRbMlfcUE  SÉANCE   DE  JOUR. 

est  intimement  associée  au  tubercule  et  qu'elle  relève^  comine  lui,  de  la  cause 
tuberculeuse.  Les  autopsies  l'attestent  surabondamment.  A  chaque  instant  on 
renconti'e  chez  le  même  sujet  de  la  pneumonie  caséeusc  au  sommet  des  poumons 
et  des  granulations  à  leurs  bases  ;  d'autres  fois  on  constate  de  la  pneumonie  ca- 
séeuse  dans  les  poumons  et  des  gi-anulations  dans  les  autres  organes.  Si  l'on  veut 
voir  dans  la  pneumonie  dite  caséeuse^  épithéliale^  dissëminée,  etc.,  un  produit 
tuberculeux^  c'est-à-dire  dépendant  de  la  même  action  que  celle  qui  donne  lieu 
au  tubercule  type^  je  n'ai  pas  à  insister^  le  désaccord  ne  portant  plus  que  sur 
l'interprétation  d'un  détail  anatomique  qui  me  parait  insignifiant.  Il  ne  me  reste 
plus  alors  à  combattre  que  ceux  qui  veulent  scinder  la  tuberculose  en  espèces  no- 
sologiques  distinctes,  en  se  basant  sur  des  différences  anatomiques  plus  ou  moins 
bien  fondées.  La  lésion  est,  dans  la  maladie,  d'une  importance  secondaire;  la 
cause  en  est  le  caractère  primordial.  Voyez  ce  qui  se  passe,  dans  la  syphilis  :  le 
virus  syphilitique  donne  des  gommes,  des  caries,  des  ostéites,  des  éruptions  cu- 
tanées, des  adénites,  des  plaques  muqueuses,  etc.  Est-ce  que,  sous  prétexte  que 
ces  altérations  ne  sont  pas  semblables  entre  elles,  nous  allons  en  faire  des  mani- 
festations d'autant  de  maladies  dilTérentes?  Ce  morcellement  anatomique  aurait 
un  grand  danger.  11  a  eu  lieu  dans  la  morve,  vi*aie  cousine  germaine  de  la  tuher^ 
culose.  On  a  vu  plusieui^  maladies  dans  les  lésions  de  la  peau,  dans  celles  de  la 
muqueuse  nasale  et  dans  celles  des  organes  splanchniques.  On  en  a  fait  le  farcin, 
la  morve  et  la  tuberculose  du  cheval.  L'inoculation  est  venue  mettre  les  choses  à 
leur  véritable  place.  En  rejetant  les  prétendues  pneumonies  caséeuses  de  la  tu- 
berculose, on  est  arrivé  à  des  conclusions  étranges,  comme  celles  de  M.  Niemeyer 
par  exemple,  qui  dit  que  les  individus  atteints  de  pneumonie  caséeuse  sont  très- 
disposés  à  devenii*  tuberculeux;  ce  qui  revient  à  dire  que  l'on  est  très-exposé  à 
une  deuxième  éruption  de  tubercules  lorsqu'on  en  a  déjà  eu  une.  Car,  en  effet, 
la  tuberculose  offre  cela  de  remarquable  et  de  commun  avec  la  syphilis  et  la  morve, 
qu'une  première  atteinte  en  entraîne  presque  fatalement  une  deuxième,  une  troi- 
sième, etc.  Dès  qu'un  tubercule,  quelque  petit  qu'il  soit,  gît  dans  un  coin  de 
l'économie,  il  est  la  source  plus  ou  moins  prochaine  d'une  infinité  d'autres.  La 
tuberculose,  comme  la  syphilis,  comme  la  morve,  procède  par  poussées  à 
échéances  variables,  mais  à  peu  près  fatales. 

J'aurais  quelques  réflexions  à  faire  touchant  les  inoculations  de  M.  Lebert,  mais 
l'absence  de  ce  savant  me  rend  cette  tâche  difficile.  Toutefois,  pour  conserver 
l'égalité  de  nos  positions  respectives,  je  ne  ferai  qu'énoncer  mes  observations  sans 
les  accompagner  de  commentaires  étendus. 

M.  Lebert  a  présenté  deux  séries  de  faits  qui  ne  me  semblent  avoir  rien  de 
commun  entre  eux  :  ce  sont,  d'une  part  des  injections  de  substances  irritantes,  et 
de  l'autre  des  inoculations.  11  a  introduit  dans  les  bronches  et  les  vaisseaux  des 
corps  étrangers,  comme  du  mercure,  des  poussières,  etc.,  et  il  a  produit,  comme 
il  le  dit  lui-même,  des  embolies  accompagnées  de  lésions  qui  ressemblent  à  des 
tubercules.  Ces  expériences  ont  été  faites  depuis  longtemps  déjà,  entre  autres  par 
MM.  Cruveilhier,  Lombard,  etc.,  mais  ce  ne  sont  là  que  des  lésions  locales,  des 
pseudo-tubercules  qui  n'ont  rien  des  caractères  de  cette  maladie  générale  et  pix>- 
fonde  que  nous  appelons  tuberculose.  Les  inoculations  qu'a  pratiquées  M.  Lebert, 
et  qui  ont  été  suivies  de  tubercules,  ont  été  faites  avec  des  gianulations  tubercu- 
leuses, de  la  pneumonie  disséminée  et  chronique,  et  des  ganglions  casëeux.  Or, 
[ràr  pneumonie  disséminée  et  chronique,  M.  Lebert  désigne  la  pneumonie  ca- 
séeuse qui  nous  divise  en  ce  moment,  et  qui  a  toujoui's  passé  pour  du  tubercule. 


DO  TUBERCULE.   —  MOUGEOT.  89 

depuis  Laenoec.  L'inoculation  vient  précisément  apporter  les  preuves  de  son  iden- 
tité arec  le  tubercule  type.  Les  ganglions  casceux  des  phthisiques  sont  une  lésion 
tuberculeuse.  En  sorte  que  M.  Lebert  n'a  en  somme  inoculé  dans  ces  cas  qu'une 
^ule  et  même  substance.  Quand  il  a  inoculé  du  pus,  il  n'a  pas  produit  de  tuber- 
cule,  mais  l'infection  purulente.  Mais  pourquoi,  quand  il  a  injecté  cette  substance, 
a-t-il  amené  quelque  chose  ressemblant  au  tubercule?  Cela  pouiTait  dépendre 
de  deux  circonstances  :  c'est  que,  d'une  pai*t,  les  petits  foyers  métastatiques  peu- 
u'nt  quelquefois  simuler  des  tubercules^  et  d'autre  partj  c'est  que  le  pus  injecté 
donne  aussi  des  embolies  capillaires,  et  M.  Lebert  a  bien  pu  produire  avec  le 
pus  ce  qu'il  a  fait  avec  les  poussières. 


(de  Bar-sur- Aube).  —  Dans  les  remarquables  communications 
qui  viennent  de  vous  être  faites,  on  a  beaucoup  parlé  de  l'histologie^  mais  la 
physiologie  a  été  im  peu  négligée.  Permettez-moi  d'aborder  ce  côté  de  la 
question. 

Quand  vous  inoculez  le  tubercule,  vous  le  trouvez  paixe  que  vous  l'avez  mis. 
Bon  nombre  de  malades  deviennent  tuberculeux  sous  l'influence  de  l'hérédité; 
mais  dans  d'autres  conditions,  comment  se  produit  le  tubercule  ? 

Voici  coaunent  je  l'explique,  et  je  me  range  à  la  manière  de  voir  de 
M.  Enipis,  dont  j'accepte  les  vues>  mais  non  complètement. 

Pour  moi^  la  granulation  est  le  fait  de  l'exsudation  d'une  matière  colloïde  à 
travers  les  parois  des  vaisseaux  les  plus  ténus,  des  capillaires. 

A  l'état  normal,  les  matières  colloïdes  restent  dans  la  circulation  ;  mais  s'il  y  a 
exagération  de  la  pression  circulatoire,  cette  exsudation  peut  se  faire. 

C'est  ainsi  que  se  produit  la  granulation,  et  c'est  ainsi  que  je  m'explique  la 
tuberculisation  des  gens  non  prédisposés  héréditairement,  qui  deviennent  phthi- 
^iques  à  la  suite  d'excès,  d'émotions  de  toute  sorte,  d'une  vie  agitée.  Il  y  a  chez 
eux  une  exagération  de  la  pression  circulatoire  qui,  vous  le  savez,  se  produit  dans 
une  foule  de  circonstances,  et  à  cet  appui  j'invoque  la  statistique  de  M.  Sangalli, 
qui  trouve  chez  les  aliénés  un  phthisique  sur  trois. 

Cette  même  cause  qui  fait  transsuder  les  matières  colloïdes  du  sang  à  travers 
les  capillaires  du  poumon,  les  fait  exsuder  à  la  surface  des  séreuses,  et  ainsi  se 
forment  les  pleurésies  et  les  méningites  tuberculeuses. 

Maintenant  un  mot  de  thérapeutique.  11  est  ordinaire  de  considérer  les  vastes 
cavernes  comme  signe  d'une  mort  très-prochaine;  ce  n'est  plus  mon  avis,  je  crois 
ces  lésions  très-curables,  et  voici  comment  je  suis  amvé  à  cette  vue  : 

Le  pays  dans  lequel  j'exerce  renferme  beaucoup  d'usines  de  chaux  hydrau- 
lique. On  broie  la  chaux,  on  la  tamise  ;  de  là  une  atmosphère  de  poussière  telle 
que  les  ouvriers  ont  constamment  un  mouchoir  devant  la  bouche  :  eh  bien, 
j'ai  vu  plusieurs  fois  des  cavernes  se  cicatriser  chez  des  gens  vivant  non  pas  dans 
l'usine,  mais  autour,  là  où  l'air  est  moins  chargé  de  poussière,  bien  qu'il  en  con- 
tienne encore  beaucoup. 

Je  cite  ces  faits  pour  engager  nos  confrères  à  méditer  sur  eux,  et  peut-être 
»erait-il  possible  d'instituer  dans  un  hôpital  une  série  d'expérîences  sur  ce  sujet. 


M.  Croeq.  —  En  présence  des  discours  que  vous  venez  d'entendre,  messieurs, 
je  ne  puis  que  maintenir  ce  que  j'ai  dit  dans  le  travail  que  je  vous  ai  lu,  relati- 


^ 


90     CONGRÈS  MÉDICAL  INTBRNATCONAL.  —  PREMIERS  SÉANCB  DE  JOUR. 

vement  à  F  étroite  parenté  qui  existe  entre  le  processus  tuberculeux  et  rinflam- 
mation.  Avant  tout^  il  faut  bien  s'entendre  :  Je  ne  tiens  nullement  aux  mots^  mais 
bien  aux  idées^  et  si  le  mot  inflammation  ne  vous  plait  pas,  je  l'abandonnerai 
volontiers^  d'autant  plus  que  je  le  crois  destiné  à  disparaître  sous  peu,  comme 
tant  d'autres,  du  vocabulaire  scientifique.  En  effet,  nous  devons  tâcher  de  n'em- 
ployer que  des  expressions  nettement  définies,  retraçant  à  notre  esprit  des  idées 
bien  claires;  et  le  mot  inflammation  n'est  pas  de  ceux-là.  Il  sert  à  désigner  un 
certain  complexus  d'actes  organiques  assez  difficile  à  bien  caractériser,  et  je 
n'hésite  pas  h  croire,  je  le  répète,  que  bientôt  il  disparaîtra  devant  des  expressions 
mieux  appropriées,  d'une  compréhension  mieux  définie,  se  rapportant  à  une 
lésion  ou  à  un  acte  organique  bien  déterminé. 

Je  tiens  sensiblement  à  dire  et  à  répéter  bien  haut  que  les  phénomènes  de 
l'évolution  tuberculeuse  sont  du  même  ordre  que  ceux  que  nous  observons,  par 
exemple,  dans  une  pneumonie. 

M.  Hérard  a  cherché  à  nous  convaincre  des  différences  qui  séparent  les  granu- 
lations tuberculeuses  de  l'inflammation  caséeuse.  J'avoue  qu'il  n'est  pas  parvenu 
à  me  convertir;  le  seul  caractère  distinctlf  qu'A  ait  positivement  fait  ressortir, 
c'est  la  saillie  produite  par  la  granulation  tuberculeuse^  sur  les  parties  environ- 
nantes. Mais  celte  saillie,  à  quoi  est-elle  due?  D'abord  à  la  consistance,  à  la  den- 
sité de  la  matière  tuberculeuse,  puis  principalement  à  ce  fait  que  j'ai  fait  res- 
sortir dans  uion  travail,  que  les  granulations  tuberculeuses  sont  entourées  d'une 
zone  de  tissu  connectif  épaissi,  plus  opaque,  induré  et  sclérosé,  qui  est  la  cause 
principale  de  la  résistance  offerte  par  le  tubercule. 

M.  Hérard,  pour  prouver  que  la  granulation  grise  se  développe  tout  d'abord,  et 
que  la  pneumonie'  caséeuse  survient  consécutivement,  nous  a  fait  assister  en 
quelque  sorte  à  la  chronologie  de  ces  lésions,  en  nous  décrivant  étage  par  étage 
le  poumon  malade.  A  l'étage  infériem*,  ce  sont  des  granulations;  au-dessus,  c'est 
la  pneumonie  caséeuse;  enfin  à  l'étage  supérieur,  on  trouve  les  cavernes,  résultat 
de  celles-ci.  Je  reconnais  l'exactitude  de  ce  tableau  si  bien  tracé  par  l'honorable 
orateur;  mais  j'y  vois  auti*e  chose  que  lui,  j'y  vois  la  matière  tuberculeuse  grise 
passant  à  l'état  caséeux  par  la  dégénérescence  graisseuse,  lacpielle  aboutit  fina- 
lement à  sa  destruction.  A  l'étage  inférieur,  vous  avez  la  lésion  primitive,  qui 
passe  à  des  états  plus  avancés  là  où  elle  est  plus  ancienne. 

Comme  vous  le  voyez,  messieurs,  je  suis  sûr  ces  points  complètement  d'accord 
avec  l'honorable  M.  Villemin  :  pour  lui  comme  pour  moi,  produits  caséeux  et 
produits  tuberculeux  sont  identiques. 

Quelques  auteurs,  et  entre  autres  M.  Virchoiv,  paraissent  vouloir  rattacher  la 
lésion  caséeuse  à  la  scrofule,  et  parlent  en  conséquence  de  pneumonies  scrofu- 
Icuses.  Depuis  longtemps  on  discute  la  question  de  l'analogie  ou  de  la  dissem- 
blance de  la  tuberculose  et  de  la  scrofule.  Un  grand  nombre  d'auteurs  admettent 
que  celle-ci  engendre  la  première,  ou  y  prédispose;  d'autres,  moins  nombreux, 
pensent,  au  contraire,  que  les  scrofulcux  sont  moins  souvent  tuberculeux  que  les 
autres.  A  mon  avis,  cette  discussion  ne  peut  jamais  aboutir,  parce  qu'elle  con- 
stitue une  espèce  de  logomachie.  En  effet,  qu'est-ce  que  le  tubercule  t  Cest 
une  lésion  anatomiquc  qui,  parfois,  se  développe  sur  un  seul  point  de  l'éco- 
nomie. Qu'est-ce  que  la  scrofule?  Un  état  pathologique  général,  une  diatbèse, 
une  disposition  à  voir  se  répéter  des  lésions  identiques,  qui  sont  des  inflamma- 
tions chroniques.  Ce  sont  choses  différentes  qu'on  ne  peut  pas  mettre  sur  le 
mémei*ang:  un  scrofulcux  peut  devenir  phthisique  tout  comme  un  autre;  la 


D»  TUBERCULE.   —  CROGQ.  91 

scroflile  peut  même  faToriser  la  producUon  des  tubercales^  comme  je  vous  Tex- 
lierai  tout  à  l'heure. 

Si  je  suis  d'accord  avecM.  Ylllemin  sur  l'identité  de  tous  les  produits  appelés 
tuberculeux^  je  ne  le  suis  pas  du  tout  en  ce  qui  concerne  son  point  de  départ. 
Pour  l'honorable  préopinant^  ils  sont  dus  à  une  cause  déterminée^  qui  est  la 
présence  d'un  virus  au  moyen  duquel  U  est  parvenu  à  inoculer  la  tuberculisation. 
Ceci  s'accorde  bien  avec  les  cas  de  contagion  de  la  phthirie  pulmonaibre^  rap- 
portés par  un  grand  nombre  d'auteurs  et  dont  j'ai  pu  aussi  observer  quelques- 
uns.  Cependant  il  faut  bien  avouer  que  nous  marchons  ici  sur  un  terrain  qui  n'est 
pas  encore  bien  solide  :  si  M.  Ylllemin  a  réussi  dans  ses  expériences  d'inoculation^ 
M.  Lebert,  si  j'ai  bien  compris,  n'a  pas  réussi  de  même,  et  M.  le  professeur 
Thiemesse,  de  Bruxelles,  a  institué  quelques  essais  qui  n'ont  pas  été  couronnés 
de  succès.  Bien  entendu  que  je  n'en  conclus  rien,  sinon  que  sans  doute  les  cir- 
constances dans  lesquelles  ces  expérimentateurs  se  sont  {dacés  n'étaient  pas  les 
mêmes  • 

D'autre  part,  messieurs,  vous  venez  d'entendre  que  M.  Lebert  a  vu  se  fonher 
des  produits  analogues  sous  l'influence  de  corps  étrangers.  Je  me  suis  livré  aussi 
à  quelques  expériences,  injectant  dans  les  vésicules  pulmonaires  de  lapins  et  de 
chiens  des  substances  pulvérulentes,  qui  ont  déterminé  la  formation  de  produits 
on  tout  semblables  à  des  tubercules.  Je  n'ai  pas  jusqu'à  présent  publié  ces  expé- 
riences, n'ayant  pas  eu  le  temps  de  les  compléter  ni  d'élucider  toutes  les  ques- 
tions qu'elles  soulèvent.  M.  Ylllemin  a  aussi  insisté  sur  l'analogie  des  produits 
tuberculeux  avec  ceux  de  la  morve,  dus  incontestablement  à  l'action  d'un  virus 
inoculable;  mais  qu'est-ce  que  cela  prouve,  sinon  que  le  tubercule,  produit 
d'un  acte  semblable  à  celui  de  l'inflammation,  peut,  comme  les  produits  de  celle- 
ci,  prendre  naissance  sous  l'inHuence  de  causes  divei'ses,  et  éhtre  autres  du  virus 
morveux,  exactement  comme  le  pus  prend  naissance  sous  l'influence  du  virus 
nrioleux  ou  du  virus  chancreux. 

M.  Ylllemin  me  semble  avoir  fait,  dans  la  genèse  du  tubercule,  une  part  trop 
large  aux  influences  étiologiques  extérieures.  L'étiologie  ne  doit  pas  seule  absorber 
Qotre  attention  $  nous  ne  devons  jamais  perdre  de  vue  que  la  maladie  n'est  pas  seu- 
lement le  résultat  de  la  cause  qui  agit,  mais  le  produit  de  deux  facteurs,  dont  l'un 
est  la  cause,  et  l'autre  l'organisme  qui  a  subi  l'action,  et  dont  l'influence  sur  ce  pro- 
duit est  souvent  prédominante.  En  effet,  ne  voyons-nous  pas  dans  une  foule  de  cas 
une  même  cause  produire  des  effets  dilTcrcnts,  des  maladies  différentes,  aussi  bien 
parleur  siège  que  par  leur  évolution?  Eh  bien,  la  raison  d'êti-e  de  ces  différences,  ce 
sont  les  différences  de  constitution,  d'organisation  intime  des  tissus  qui  donnent 
lieu  aux  mille  et  une  variétés  individuelles,  de  constitution  et  d'idiosyncrasie. 
11  y  a  sans  doute  certaines  causes  dont  l'action  semble  imprimer  un  cachet  dé- 
terminé aux  maladies  qui  prennent  naissance  sous  leur  influence  ;  ce  sont  celles 
qu'on  désigne  ordinairement  sous  le  nom  de  causes  spécifiques,  quoique  ce  nom 
ne  me  plaise  pas  beaucoup.  La  tuberculose  ne  me  paraît  pas  dépendre  d'une 
cause  de  cette  nature,  mais  bien  plutôt  de  certaine  disposition  de  l'organisme, 
entraînant  avec  elle  un  affaiblissement  de  l'activité  des  éléments  organiques, 
une  impuissance  des  éléments  néoplasiques  à  parcourir  régulièrement  les  pé- 
riodes habituelles  de  leur  évolution.  On  comprend  parfaitement  que  l'hérédité, 
en  Tertu  de  laquelle  nous  succédons  aux  dispositions  organiques  de  nos  procréa- 
teurs, transmette  cet  état.  On  comprend  aussi  comment  il  prend  naissance  de 
l^Kites  pièces  sous  l'influence  des  causes  débilitantes,  dont  tous  vous  connaissez 


92      CONGRÈS  MÉDICAL  INTERNATIONAL.    —  PREMIÈRE  SÉANCE  DE  JOUR. 

l'action^  le  défaut  de  raëralion^' insuffisance  de  l'alimentation,  les  émotions  dépri- 
mantes prolongées,  enfin  la  diathèse  scrofuleuse.  Il  me  semble,  messieurs,  que 
cette  manière  de  comprendre  la  physiologie  pathologique  de  la  tuberculose  satis- 
fait l'esprit  beaucoup  plus  que  toute  autre,  et  elle  me  parait  se  rapprocher  le  plus 
de  la  réalité  révélée  par  l'observation  des  faits. 

M.  «onrdlA  (de  Paris).  — -  Tous  les  médecins  qui  ont  traité  cette  question  de 
la  tuberculisalion  se  divisent  en  dcux'camps. 

Les  uns  pensent  qu'elle  est  due  à  un  principe  tuberculeux,  contagieux  et  ino- 
culable. 

Les  autres,  qu'elle  doit  être  attribuée  à  un  principe  particulier  dépendant  de 
l'organisme. 

Les  expériences  ne  me  paraissent  pas  suffisamment  nombreuses  pour  trancher 
la  question  d'une  manière  définitive  ;  cependant  je  dois  rappeler  les  expériences 
de  M.  Hérard  qui,  inoculant  la  pneumonie  caséeuse,  a  pu  reproduire  le  tubercule. 

Ce  qui  est  certain  et  constant  pour  moi,  c'est  que  le  début  de  la  tuberculisation 
est  dû  à  un  processus  irritatif  :  il  y  a  toujours  de  la  bronchite;  traitez  cette  bron- 
chite, et  vous  empêcherez  la  tuberculisation  de  s'établir. 

IH.  Sercet  (de  Gercoux).  —  Malgré  la  brillante  discussion  qui  vient  de  se  pro- 
duire, j'ose  prendre  la  parole,  car  je  trouve  une  lacune  à  combler. 

La  transmission  du  tubercule  par  inoculation  a  été  plusieurs  fois  signalée  dans 
cette  enceinte,  mais  nul  n'a  mentionné  la  transmission  par  cohabitation  conju- 
gale. 

Or,  depuis  longtemps,  j'ai  signalé  à  la  Société  de  médecine  de  Liboume  plu- 
sieurs faits  établissant  que  des  époux  ayant  continué  à  cohabiter  jusqu'à  une 
période  très-avancée  de  la  phthisie  se  sont  communiqué  la  maladie.  Ceci  se  ren- 
contre surtout  chez  les  femmes  qui,  plus  dévouées,  n'abandonnent  pas  le  mari 
malade  et  tiennent  à  rester  à  ses  côtés. 

11  y  a  là  pour  moi  une  cause  très-efficiente  de  tuberculisation,  et  en  avertissant 
les  parents  du  malade  quand  ces  cas  se  présentent,  le  médecin  remplit  un  acte 
d'humanité. 

M.  Galligo  (de  Florence).  —  Cet  éminent  confrère  cite  le  travail  d'un  médecin 
italien,  le  docteur  ValH,  victime  de  son  dévouement  à  la  science,  puisqu'il  est 
mort  de  la  peste  qu'il  s'était  inoculée  lui-môme  ;  dans  ce  travail  sont  rapportés  de 
nombreux  faits  relatifs  à  la  propagation  de  la  tuberculose  par  contact. 

La  séance  est  levée  à  six  heures. 


DEUXIÈME  SÉANCE.  93 


DEUXIÈME  SÉANCE 

Lundi  19  août,  à  2  heures. 


SUm^DS  LA.  Discussion  BT  DES  LECTURES  SUR  LA.  QUESTION  DE  LA  TUBERCULOSE. 


LECTURES  SUR  LA  QUESTION  DE  LA  MENSTRUATION. 

M  l'iNFLUBN<Z  dis  GLDIATS,  DES  RACES  ET  DBS  DIFFÉRENTES  CONDHIONS  DE  LA  VIE 

SUR  LA  MENSTRUATION  DANS  LES  DIVERSES  CONTRÉES. 


MM.  Empis  (Paris).  -—  Cornil  (Paris). — Bakody  (Pesih).  — >Friedreicb  (Heidelberg). 
—  Lombard  (Genève).  —  Sego-Baldor  (Madrid).  —  Bertet  (Gercoux)  —  Mar- 
M1SSE  (Bordeaux). — Sarramea  (Bordeaux). — Ullersperger  (Munich). — Homam 
(Christiania).  —  Dropst  (Gracovie).  — -  Bowditch  (Boston).  —  Ganniff  (Canada). 

. 

Lbudet  (Rouen).  —  Étude  sur  la  menstruation  chez  les  femmes  de  la  ville 
de  Rouen  et  du  département  de  la  Seine-Inférieure. 

Lagneau  fils  (Paris).  —  Recherches  comparatives  sm*  la  menstruation  dans 
les  diverses  contrées,  sous  le  rapport  ethnologique. 

JouuM  (Paris).  -*  Mémoire  sur  la  mensliiiation. 

TxLT  (Londres).  —  De  Finfluence  du  climat  et  de  la  race  sur  la  menstrua- 
tion. 

Fate  (Christiania).  —  De  la  menstruation  en  Norvège. 

VoGT  (Christiania).  — Idem,. 

LiEVEN  (Saint-Pétersbourg).  —  Statistique  de  la  menstruation  de  mille  habi- 
tantes de  Saint-Pétersbourg^  observée  à  l'Institut  des  sages-femmes  de 
Madame  la  grande-duchesse  Hélène. 

E.  L.  Mater  (Berlin).  —  Exposé  statistique  de  la  menstruation  dans  l'Alle- 
magne septentrionale  et  centrale. 

Discussion.  —  MM.  Cortejarena  (Madrid).  -—  Avrard  (la  Rochelle). 
Procè»-vert>al  de  la  séance  par  M.  Cornil^  secrétaire  du  Congrès. 


9k      CONGRÈS  MÉDICAL  HTTEINATIONAL.   —   DEUXIÈME  SÉANCE  DE  JOUE. 


DEUXIÈME  SÉANCE  DE  JOUR. 

Président M.  Bouillaud. 

Vice-présidents,  .   .  .  MM.  de  Méric  (de  Londres)  et  Teissier  (de  Lyon). 
Secrétaire  de  la  séance.  M.  Gomil. 

Le  secrétaire  général  donne  lecture  des  lettres  par  lesquelles  MM.  Bérard, 
E.  Gintrac,  Larrey,  J.  Roux  et  Vleminckx  remercient  le  Congiès  de  leur  nomi- 
nation à  la  Tice-présidence^  et  s'excusent  de  ne  pouvoir  se  rendre  à  Paris  pour 
suivre  les  travaux  de  l'assemblée. 

L'ordre  du  jour  appelle  la  suite  de  la  discussion  sur  l'anatomie  et  la  physiologie 
pathologiques  du  tubercule. 


n.  Enpis  (de  Paris).  —  Messieurs^  je  n'aurais  pas  demandé  la  parole  dans 
cette  discussion  sur  l'anatomie  pathologique  du  tubercule,  si  quelques-uns  de? 
savants  confrères  qui  y  ont  pris  part  ne  m'avaient  fait  l'honneur  de  parler  de 
mes  travaux. 

Si  la  question  de  la  tuberculose  a  été  notablement  élucidée  au  point  de' vue 
de  quelques-uns  de  ses  détails  anatomiques^  elle  est  encore  néanmoins  loin  d'être 
définitivement  résolue  au  point  de  vue  de  son  ensemble  pathologique  et  de  sa 
spécificité. 

Depuis  Lacnnec^  la  question  de  la  tuberculose  relative  au  rapport  des  tuber- 
cules caséeux  avec  les  granulations  grises  demi-transparentea  était  celle-ci  :  les 
tubercules  caséeux  qui  se  rencontrent  disséminés  dans  les  poumons  des  phthi- 
siques^  et  qui^  par  leur  ramollissement^  produisent  les  cavernes,  sont-ils  indé- 
pendants des  granulations  grises;  peuvent-ils  se  développer  sans  leui'  concours, 
ou  ne  sont-ils  que  des  granulations  parvenues  à  leur  degré  ultime  de  développe- 
ment? En  d'autres  termes,  doit-on  voir  chez  les  phthisiques  qui  meurent  en  pré- 
sentant à  la  fois,  dans  leurs  poumons,  des  granulations  grises  et  des  tubercules 
caséeux,  deux  produits  anatomiques  distincts,  ou  uq  seul  et  même  produit  à  des 
degi'és  différents  de  maturité? 

D'après  les  travaux  remarquables  dont  la  tuberculose  a  été  l'objet  depuis  quel- 
ques années  tant  en  France  qu'à  l'étranger;  d'après  les  recherches  microgra* 
phiques  de  Lebert,  de  Virchow,  de  Robin  ;  d'après  les  différents  mémoii  es  dont 
vous  avez  entendu  la  lecture  ici,  ou  qui  ont  été  récemment  publiés  dans  la  presse 
médicale  ;  d'après  les  brillantes  argumentations  auxquelles  se  sont  livrés  à  cette 
tribune  MM«  Hérard,  Crocq,  Yillemin,  etc.,  la  question  anatomique  de  la  tuber- 
culisation  caséeusc  me  parait  définitivement  résolue.  L'altération  caséeuse  que 
Laennec  appelait  tubercule,  et  que  l'on  vous  propose  d'appeler  pneumonie  chro- 
nique disséminée,  pneumonie  scrofuleuse,  dégénérescence  graisseuse,  métamor- 
phose caséeuse,  etc.,  quelle  que  soit  la  forme,  lobaire,  lobulaire  ou  vésiculaire, 
sous  laquelle  elle  envahisse  le  poumon,  n'a  pas  pour  condition  nécessaire  de  son 
développement  la  granulation  grise. 


DQ  TUBERCULB*    —   EMPIS.  95 

Mail  de  ce  que  la  granulatioii  grise  et  le  tubercule  caséeux  peuTent  se  déve* 
lopper  isolément  chacun  de  son  côté  dans  les  poumons  des  phthisiques^  en 
rèulte-t-il  qu'on  puisse  les  considérer  Tun  et  l'autre  comme  la  signature  anato- 
miqoe  de  deux  maladies  distinctesî 

Mon  honorable  collègue  M-  Hërard  m'a  reproché  d'éliminer  du  domaine  de 
U  taberculisatiouj  sous  le  nom  de  granulie,  la  maladie  à  laquelle  il  voudrait  que 
ToQ  conservât  exclusivement  la  dénomination  de  tuberculose»  tandis  que  l'on 
D'appellerait  plus  l'altération  caséeuse  constituant  les  tubercules  de  Laennec  que 
pneumonie  chronique...  Soitl  Les  mots  m'importent  peu  en  dehors  des  idées 
qu'ils  représentent;  mais»  ce  qu'il  convient  de  juger»  c'est  si  les  granulations 
grises  et  les  tubercules  caséeux  se  relient  à  un  même  état  général»  et  sont  en 
définitive  l'eiqpression  matérielle  d'une  seule  et  unique  maladie»  comme  le  pense 
LAiUemin. 

Pour  juger  la  question»  il  est  nécessahre  d'étudier  séparément»  d'une  part»  les 
cas  dans  lesquels  la  tuberculisation  caséeuse  se  produit  seule  sans  aucun  mélange 
de  granulations  grises»  sous  ses  différentes  formes»  lobaire»  lobulaire  et  vésicu- 
laire;  et,  d'autre  part»  les  cas  dans  lesquels  la  granulation  se  présente  sans  aucun 
mélange  de  dégénérescence  caséeuse. 

J'ai  vu  avec  regret  que  non-seulement  on  étudiait  la  question  sur  des  cas 
complexes  dans  lesquels  les  deux  maladies  étant  associées»  tout  était  confondu; 
mais  encore»  et  surtout»  que  l'on  prétendait  la  juger  par  un  seul  de  ses  éléments 
inatomlques  àl'exdusion  des  autres. 

Les  maladies  ne  sont  pas  choses  simples»  et  ni  la  granulie»  ni  la  tuberculose 
desphthisiques  ne  sauraient  être  pertinemment  ai^réciées  parune  seule  de  leurs 
déterminations  locales.  C'est  en  prenant  en  considération  l'ensemble  des  mani- 
festations pathologiques  propres  à  chacune  d'elles  que  l'on  peut  juger  de  leur 
analogie»  de  leur  différence  ou  de  leur  identité. 

Or»  l'ensemble  des  manifestations  de  la  maladie  granulique»  considérée  en 
dehors  de  toute  complication  caséeuse»  diffère  du  tout  au  tout  de  l'ensemble  des 
manifestations  pathologiques  de  la  tuberculisation  caséeuse  des  phthisiques»  con- 
sidérée aussi  en  dehors  de  toute  association  granulique. 

La  grannlie»  quelle  que  soit  la  forme  qu'elle  affecte»  que  ce  soit  la  forme 
cérébrale,  la  forme  thoracique»  la  forme  abdominale,  ou  bien  encore  la  forme 
typhoïde  qui  représente  la  maladie  au  maximum  de  la  généralisation  de  ses  pro- 
duits» se  traduit  toiyours  par  des  inflammations  multiples  et  disséminées  sur 
les  membranes  séreuses  et  sur  les  organes  contenus  dans  les  trois  cavités;  et  ces 
inflanmiations»  point  capital  de  leur  histoire»  précèdent  sur  les  tissus  l'appa- 
ntion  des  petites  granulations  fibro-plastiques  qui  n'apparaissent  que  plus  tard. 
Si  quelques  auteurs  ont  pu  nier  l'existence  de  ces  inflammations  primitives»  et 
ont  pu  croire  que  les  granulations  se  développaient  sans  leur  concours»  par  un 
acte  isolé  de  simple  prolifération  nucléaire»  c'est  qu'ils  ont  étudié  les  organes  à 
im  moment  où  l'inflammation  et  les  congestions  viscérales  étaient  déjà  dissipées» 
et  lorsqu'il  ne  restait  plus  sur  les  organes  que  leurs  produits.  Autant  vaudrait  nier 
l'origine  inflanunatoire  de  certaines  maladies  organiques  du  cœur»  parce  que  les 
signesde  l'endocardite  aiguë»  qui  a  engendré  primitivement  les  lésions»  n'existent 
plus  à  l'époque  où  meurent  les  malades  1 

Si  d'autres  médecins»  en  présence  des  inflammations  aiguës  qui  tuent  les  ma- 
ndes dans  la  granulie»  ont  pu  méconnaître  la  spontanéité  de  leur  développement 
^Qs  l'influence  d'une  disposition  générale  essentielleme9t  morbifique»  et  les  attri- 


96      CONGRÈS  MÉDICAL  INTERNATIONAL.    —  DEUXIÈME  SÉANCE  DE  JOUR. 

buer^  dans  leur  mécanicisme  étroit^  à  la  présence  des  granulations^  considérées 
comme  des  épines  formant  appel  ûuxionnaire^  c'est  qu'ils  n'ont  psts  su  voir  qu'en 
même  temps  que  ces  inflammations  existaient  sur  les  organes  qui  portaient  déjà 
des  gi*anulations^  elles  se  multipliaient  et  se  disséminaient  aussi  sur  des  organes 
qui  n'en  avaient  encore  aucune  ! 

Or^  en  même  temps  que  les  phlegmasies  aiguës  de  la  granulie  se  localisent  à 
différents  degrés  sur  les  organes  contenus  dans  les  trois  cavités^  la  maladie  se 
traduit  par  un  ensemble  de  troubles  fonctionnels  qui  constituent  ce  qu'on  a 
appelé  tantôt  fièvre  cérébrale^  tantôt  phthisie  galopante^  etc.^  et  qui  diffère  du 
tout  au  tout  de  l'ensemble  des  manifestations  de  la  phthisie. 

D'un  autre  côté^  si  au  lieu  d'étudier  exclusivement  l'altération  caséeuse  que 
présentent  les  poumons  des  phthisiques^  et  de  discuter  si  on  la  débaptisera  ou 
si  l'on  continuera  à  l'appeler  tuberculisation  pulmonaire^  on  veut  bien  considérer 
l'ensemble  des  manifestations  de  la  maladie  tant  anatomiques  que  fonctionnelles, 
on  ne  tardera  pas  à  s'apercevoir  qu'elles  sont  très-différentes  de  celles  de  la  gra- 
nulie ;  que  si  dans  celles-ci  les  membranes  séreuses  sont  particulièrement  aCTec- 
tées^  dans  celles-là^  par  contre^  ce  sont  plus  particulièrement  les  membranes 
muqueuses;  et  qu'aux  différentes  phases  de  la  phthisie>  en  même  temps  qu'une 
atteinte  si  profonde  est  portée  à  la  nutrition  générale  et  que  se  développent  dans 
les  poumons  des  noyaux  caséeux^  il  se  manifeste  successivement  des  laryngites, 
des  bronchites,  des  entérites^  des  adénites,  des  altérations  graisseuses  du 
foie,  etc.,  etc.,  qui  donnent  à  la  maladie  une  physionomie  tout  autre  que  celle 
de  la  granulie. 

Enfin,  si  des  cas  simples,  dans  lesquels  on  peut  étudier  isolément  les  deux 
affections,  on  se  reporte  aux  cas  plus  complexes  dans  lesquels  les  deux  maladies 
sont  associées,  on  constate  que  la  granulie  et  la  tuberculisation  caséeuse  se  pré- 
sentent, à  la  clinique,  dans  trois  conditions  différentes  d'association  : 

1*^  Ou  bien  la  granulie  se  présente  la  première^  et,  après  une  durée  de  trois  à 
quati*e  semaines,  pendant  lesquelles  elle  a  passé  méconnue  sous  le  nom  de  fièvre 
muqueuse,  typhoïde  ou  gastrique,  devant  ceux  qui  la  connaissent  mal  ou  ne 
la  connaissent  pas,  elle  paraît  guérie  ;  mais  bientôt  surviennent  peu  à  peu,  chez 
le  malade,  toutes  les  manifestations  de  la  phthisie  pulmonaire  chronique.  Dans 
te  cas-là,  les  inflammations  aiguës  sont  éteintes  depuis  longtemps,  et  il  ne  reste 
plus  sur  les  organes  que  les  granulations  fibro-plastiques  au  moment  où  sui-vient 
la  tuberculisation  caséeuse  ;  il  y  a,  à  proprement  parler,  succession  d'une  maladie 
à  une  autre  plutôt  qu'association  véritable  ;  cependant,  dans  ce  cas,  les  gi*anula- 
tions  deviennent  le  siège  d'une  véritable  tuberculisation  caséeuse,  et,  à  l'autop- 
sie, elles  ressemblent  considérablement  aux  tubercules  miliaires  primitifs  (pneu- 
monie chronique  vésiculaire  de  Lebert,  Lecoq,  etc.) 

2®  En  second  lieu,  la  granulie  peut  survenir  brusquement  dans  le  coui-s  d'une 
tuberculisation  caséeuse  chronique,  et,  dans  cette  circonstance,  il  est  trè&*facilc 
de  déterminer  avec  précision  le  jour,  le  moment  de  son  invasion,  et  de  dédou- 
bler l'état  pathologique  du  malade  par  l'analyse  des  symptômes. 

Si  la  granulie  s'est  développée  avec  peu  d'acuité  et  sous  une  de  ses  formes  qui 
pardonnent  souvent,  la  phthisie  chronique  reprend  sa  physionomie  spéciale  après 
quelques  semaines  de  durée,  et,  à  l'autopsie,  on  retrouve  seulement  comme 
signes  du  passage  de  la  granulie  un  plus  ou  moins  grand  nombre  de  granula- 
tions ayant  subi  la  métamorphose  caséeuse,  en  même  temps  que  des  adhérences 
nombreuses  existeront  aux  différents  points  de  contact  des  diverses  membi-anes 


DV  TUnERCULE.   —  COftNIL.  97 

sérenses.  Mais  si  la  granulic,  dès  son  appaiition,  revêt  dans  cette  circonstance 
une  foime  grare^  et  qu'elle  enlève  brusquement  le  malade  sous  sa  forme  typhoïde 
OQ  cérébrale^  on  ne  trouvera,  à  l'autopsie,  à  côté  des  lésions  caséeuses  de  la 
phthine  chronique,  indépendantes  des  granulations,  que  des  signes  de  phlegma- 
sies  suniguês,  du  côté  des  membranes  séreuses  et  des  viscères  contenus  dans 
les  trois  cavités;  et  les  granulations  d'origine  toute  récente  seront  encore  demi- 
transparentes,  et  ne  présenteront  aucun  indice  de  métamorphose  caséeuse,  bien 
qu'eues  existent,  dans  ce  cas,  sur  un  sujet  qui  a  des  cavernes  et  qui  est  tubercu- 
leux, selon  la  vieille  acception  du  mot  ! 

3*  Enfin,  la  granulie  peut  être  associée  à  la  tuberculisation  caséeuse  aiguë,  et 
de  cette  association  résulte  ce  que  Trousseau  a  décrit  dans  sa  Clinique  médicale 
foasle  nom  de  phiMm  galopante  catarrhale;  dans  ce  cas,  les  deux  maladies  mar- 
chent avec  acuité  et  mélangent  leurs  déterminations  locales,  si  bien  qu'alors  les 
différents  viscères,  les  membranes  séreuses,  les  membranes  muqueuses,  les  gan- 
glions lymphatiques,  etc.,  tout,  à  la  fois,  est  frappé,  et  sert  de  localisation  aux 
deux  maladies. 

En  définitive,  il  ne  peut  être  douteux  pour  personne  aujourd'hui,  que  la  gra- 
nulation grise  ne  puisse  devenir  caséeuse  comme  tant  d'autres  tissus  patholo- 
giques; mais,  ce  qu'il  importe  de  déterminer,  c'est  si  la  substitution  de  tissu 
pathologique  qu'elle  éprouve  dans  ce  cas  s'accomplit,  soit  sous  l'influence  de  la 
même  cause  morbifique  générale  qui  préside  au  développement  de  l'ensemble 
des  manifestations  aiguës  de  la  granulie,  soit  sous  l'influence  de  celle  qui  produit 
laphthisie  caséeuse,  opinion  qui  me  parait  la  bonne* 

h  termine  par  un  mot  à  propos  des  inoculations  pratiquées  sur  les  animaux, 
feu  ai  déjà  fait  un  bon  nombre,  et  je  suis  arrivé  identiquement  au  même  résultat 
que  MM.  Lebert  et  Colin.  Mais,  ce  qui  m'étonne,  c'est  que,  obtenant  si  facilement 
ces  ângulières  granulations  par  l'inoculation  de  produits  divei's,  on  ne  puisse  pro- 
duire chei  ces  animaux  les  maladies  générales  d'où  relèvent,  chez  l'homme,  soit 
la  granulie,  soit  la  phthisie  caséeuse.  En  effet,  aucun  de  mes  lapins  inoculés  ne 
m'a  présenté,  à  quelque  époque  que  je  l'aie  sacrifié,  ni  l'ensemble  des  manifes- 
tations aiguës  caractéristiques  de  la  granulie,  ni  les  altérations  multiples  de  la 
phthisie  caséeuse  que  nous  constatons  chez  l'homme. 

M*G«naia(Pari8].  —  Messieurs  et  honorés  confrères,  dans  la  première  séance 
du  Congrès,  mon  cher  collaborateur  M.  Hérard  vous  a  exposé  le  résumé  de  l'ana- 
le pathologique  développée  dans  le  livre  que  nous  avons  publié  en  commun  sur 
la  phthisie  pulmonaire.  Aussi  n'aurais-je  pas  demandé  la  parole  si  je  n'avais  pas 
^  à  produire  des  faits  anatomiques  nouveaux,  et  à  préciser  les  points  qui  nous  sé- 
parent des  orateurs  que  vous  avez  entendus  sur  ce  sujet. 

Le  point  essentiel,  fondamental  de  toute  l'histoire  de  la  tuberculose,  c'est  le 
déTeloppement  de  la  granulation  tuberculeuse  que  nous  continuerons  à  appeler 
ktaieraOeiTat.  Or,  qu' est-il  à  son  début,  lorsqu'il  échappe  encore  à  l'c^  nu? 
Cest  dans  les  séreuses,  et  en  particulier  dans  la  pie-mère,  qu'on  le  voit  le  mieuxi 
et  il  est  facile  de  reconnaître  qu'il  se  développe  dans  la  gaine  adventice  des  vais* 
^ux  et  le  tissu  conjonctif  qui  les  entoure.  Le  doyen  illustre  de  nos  anatomo- 
patbologiste8,M.le  professeur  Cruvcilhier,  avait  autrefois  parfaitement  signalé  ce 
àége  de  la  granulation  le  long  des  vaisseaux,  et  depuis,  Rindfleisch,  0.  Weber  et 
(^eim  ont  observé  au  microscope  les  mêmes  faits.  On  sait  que  les  petits  vais- 

7 


98     CONGRÈS  MÉDICAL  INTERNATIONAL.    —  DEUXIÈME  SÉANCE  DE  JOUR. 

seaux  sanguins  de  la  pie-mère  et  du  cerveau,  au  lieu  d'être  intimement  unis  au 
tissu  coi\JQnctif  qui  les  environne,  sont  libres  dans  une  gaine  dite  lymphatique, 
lymphsac^  décrite  pdr  MM,  Uobin  et  His,  C'est  dans  cette  gaine  lymphatique,  et 
circonscrites  par  elle,  que  s'ett'ectuent,  aux  dépens  des  noyaux  de  la  gaine  et  de  la 
membrane  adventice  du  vaisseau,  la  prolifération  et  l'accumulation  des  éléments 
nouveaux  qui  constituent  une  granulation  tuberculeuse.  M.  le  professeur Yirchow 
a  figuré  cette  distension  de  la  gaine  lypiphatique  des  vaisseaux  dans  la  tuhercu*- 
lose  de  la  pie-mère«  dans  son  Traité  des  tumeurs.  C'est  surtout  à  la  bifurca* 
tion  des  Taisseaux  que  se  manifeste  cette  proliférationj  tantôt  en  un  point  bien 
limité  et  formant  un  petit  nodule^  tantôt  tout  le  long  du  yaisseau  dans  une 
certaine  étendue.  La  gaine  lymphatique  est  alors  distendue;  entre  elle  et  la  tuni- 
que moyenne^  des  noyaux  et  de  petites  cellules  sphériques  s'accumulent;  ces 
éléments  opt  tous  les  caractères  de  ceux  qu'on  trouve  paiiout  dans  les  gi-anula* 
tions  tuberculeuses,  et^  chose  essentielle,  ils  sont  agglomérés  et  intimement  unis 
par  une  substance  fondamentale  granuleuse  interposée  entre  eux. 

Ainsi,  un  premier  fait  initial  consistant  dans  la  prolifération  de  la  membrane 
du  Yaisseau>  c'est-à-dire  une  inflauuuaUoq,  daps  le  sens  qu'on  (t'accorde  généra- 
lemeqt.  aujourd'hui  à  donner  à  ce  mot. 

Deux  autres  faits  également  impor^nts  viennent  s'y  clouter  :  i""  la  multipUca-r 
tion  d'éléments  semblables  dans  le  tissu  conjonctif  de  la  pie-mère  qui  entoure  le 
yaisseau  malade  dans  ce  point,  et  2**  la  coagulation  du  sang,  les  métamorphoses 
régressives  de  la  tibrine  et  des  globules  dans  l'intérieur  du  vaisseau^  dont  la  oircu- 
lation  est  dès  lors  interrompue. 

Il  y  a  dono  làj  dès  le  début,  un  phénomène  analogue  à  l'ariérite  sur  lea  petits 
Taisseaux  et  les  capillaire  de  la  pie-mèrej  et  une  coagulation  du  ^ang  analogue 
à  celle  qui  s'ohservQ  dans  la  phlébite  des  gi^osses  veines.  Comme  conséquences  on 
peut  noter  l'œdème  de  certaines  parties  du  cerveau  et  de  la  pie-mèrej  Taugmen- 
tation  d€|  la  pressiop  du  sang  dans  les  parties  voisines^  h^  formation  du  puy  dans 
les  mailles  de  la  pic-mèroi  etc. 

L'étude  d^  la  granulation  tuberculeuse  de  la  pie*mère  nous  apprend  auasî  qu« 
1q  tissu  dç  nouvelie  formation  n'affecte  pas  toujours  une  forme  liiuitée;  on  le  voit 
aussi  le  long  des  vaisseaux  qu'il  entpure  conwo  d'un  i^iMichou;  retenons  ce  fait| 
car  nous  le  retrouverons  bientôt  en  étudiant  les  autres  organes,  et  en  particulier 
le  poumon. 

Ce  qui  précède  s'applique  de  tout  point  aux  gros  tubercules  du  cerveau.  On 
leur  distingue  habituellement  deux  aones  :  l'une  ancienne^  centrale^  opaque^ 
quelquefois  jaunfttre;  l'autre  périphérique,  transparente  et  grise.  Les  vaisseaux 
qui  du  cerveau  sain  pénètrent  dans  la  Eone  périphérique  ou  zone  de  prolifération 
sont  lésés  de  la  même  manière  que  ceux  des  granulations  de  la  pie-mère.  Rien 
n'est  plus  facile  à  constater,  lorsqu'on  a  suivi  et  disséqué  ces  vaisseaux  dans  une 
Certaine  étendue  de  leur  trajet  dans  la  aone  périphérique.  On  voit,  en  effet, 
lorsqu'ils  sont  isolés,  que  leur  gaine  lymphatique  contient,  avant  leur  entrée 
dans  le  tubercule,  des  granulations  ou  même  des  cristaux  d'hématoîdinc  ;  lors- 
qu'ils entrent  dans  le  tubercule,  leur  membrane  externe  prolifère,  et  leur  gaine 
lymphatique  se  remplit  de  cellules  et  de  noyaux  petits,  et  agglutinés  entre  eux 
par  une  matière  granuleuse.  Là  aussi  la  lumière  du  vaisseau  est  obstruée  com- 
plètement par  de  la  fibrine  et  des  globules  devenus  granuleux.  Les  coupes  trans* 
versales  qu'on  obtient  sur  des  pièces  durcies  par  l'acide  ctirofnique  montrent 
très-bien  C3tte  dernière  particularité.  Sur  ces  préparations  on  voit  souvent,  entre 


DU  TUBERCULE.    —  GORNIL.  99 

la  foagnlation  fibrineuse  et  la  surface  interne  du  vaisseau^  une  couche  d'élé- 
ments qui  sont,  soit  des  cellules  épithéliales  de  la  membrane  interne,  soit  une 
eoache  de  globules  blancs.  Autour  des  vaisseaux,  les  éléments  de  la  névrogUe 
accusent  une  prolifération  très-intense.  Dans  la  aone  centrale,  les  éléments 
privés  depuis  longtemps  de  Tabord  du  sang  s'atrophient,  mais  là  encore  on  peut 
rccoDDaitre  le  contour  et  le  contenu  granuleux  des  vaisseaux. 

De  pareilles  tumeurs  séjournent  cinq  et  même  dix  ans  dans  le  cerveau.  Cest 
encore  un  fait  essentiel  à  noter,  car  dans  le  poumon,  des  granulations  tuber- 
culeuses peuvent  aussi  remonter  à  une  époque  très-reculée,  bien  que  conservant 
leurs  caractères  et  comme  momifiées  au  milieu  d'un  tissu  de  pneumonie  inter- 
stitielle. 

Dans  les  séreuses  autres  que  la  pie-mère,  dans  le  péritoine,  la  plèvre,  etc., 
les  granulations  tuberculeuses  développées  d'abord  le  long  des  vaisseaux  déter- 
minent bientôt  aussi  leur  oblitération. 

Dans  les  os  atteints  de  tuberculose,  les  vaisseaux  sanguins  du  tissu  médullaire 
subissent  la  même  altération  que  dans  les  membranes  séreuses,  et  ils  se  rem- 
plissent aussi  d'un  coagulum  flbrineux.  Mon  excellent  ami,  M.  Ranvier,  a  insisté 
récenunent  sur  ee  point  qui  distingue  les  ptoductions  tuberculeuses  des  os  des 
iffections  syphilitiques  dans  lesquelles  le  calibre  des  vaisseaux  sanguins  reste 
libre. 

Dans  les  organes  lymphoides,  dans  les  ganglions  lymphatiques  et  la  rate,  on 
observe  aussi  ces  mêmes  lésions  des  vaisseaux. 

Dans  les  reins  on  peut  voir  assez  souvent  les  granulations  tuberculeuses  affecter 
tme  série  linéaire  le  long  des  artérioles  droites,  dans  la  substance  corticale  :  là 
aussi  la  partie  du  rein  qui  a  été  envahie  par  une  granulation,  partie  où  sont  sou- 
vent compris  un  ou  plusieiu^  glomérules,  ne  présente  bientôt  plus  que  des  vais- 
seaux oblitérés. 

Arrivons  maintenant  au  poumon,  qui  est  le  nœud  de  la  question.  Loin  de  dire 
avec  M.  Villemin  que  le  processus  est  unique,  nous  dirons  qu'il  y  a  autant  de 
processus  différents  que  de  tissus  affectés.  Les  vaisseaux  sont  altérés  là  de  la 
même  l^n  que  partout  ailleurs  :  leur  membrane  externe,  le  tissu  conjonctif 
qui  les  entoure,  sont  le  siège  d'une  multiplication  d'éléments  tout  à  fait  sem- 
blable à  ce  que  nous  avons  vu  dans  les  tissus  précédents  ;  à  l'intérieur  des  vais- 
seaux la  fibrine  se  coagule  et  la  circulation  cesse  dans  les  points  envahis  par  les 
granulations  tuberculeuses. 

I^  cloisons  interalvéolaires  présentent  une  multiplication  d'éléments  qui 
s'effectue  surtout  aux  dépens  des  éléments  des  petits  vaisseaux  et  des  capillaires 
qui  y  passent.  Le  tissu  coi\jonctif  péribronchique  olIVe  une  altération  ana- 
logue. 

Mais  en  outre  de  ces  formations  d'éléments  petits  englobés  dans  les  fibres  de 
^u  conjonctif  ou  dans  la  substance  amorphe  des  granulations  tuberculeuses,  il 
^e  un  processus  formatif  tout  différent  dans  l'intérieur  des  alvéoles  pulmo- 
naires et  des  bronches.  Dans  ces  cavités  se  trouvent  de  gros  éléments  pavimen- 
teux  ou  sphériques,  libres  les  uns  par  rapport  aux  autres  au  début  de  leur  forma- 
tion, et  nageant  dans  un  liquide  plus  ou  moins  épais.  Il  est  impossible  de 
confondre  ces  éléments  avec  ceux  qui  naissent  aux  dépens  du  tissu  conjonctif  : 
leur  siège;  leurs  dimensions  tellement  différentes,  qu'ils  mesurent  de  10  à 
20  millièmes  de  millimètre,  ou  même  plus,  tandis  que  les  éléments  nés  dans  le 
^  oo^jonctif  mesurent  de  &  à  5  millièmes  de  millimètre  ;  leui*  isolement  les 


100    CONGRES  MÉDICAL  INTEBNATIONAL.  —  DEUXIÈME  SÉANCE  DE  JOUB. 

uns  des  autres,  sont  autant  de  caractères  qui  ne  permettent  pas  de  les  confondre. 
Lorsque  ces  éléments  de  la  pneumonie  et  de  la  broncho-pneumonie  des  tuber- 
culeux sont  anciens^  ils  subissent  une  altération  gi'anuleuse  et  une  dessiccation 
qui  les  réunissent  les  uns  aux  autres  ;  mais  là  encore  ils  se  reconnaissent  par  leur 
Tolume,  leur  forme  aplatie  par  pression  réciproque,  et  par  leur  mode  de  des- 
truction. 

Ainsi,  la  pneumonie,  la  bronchite,  la  broncho-pneumonie,  sont  les  compagnes 
du  tubercule  développé,  soit  sous  forme  de  grains  isolés,  soit  sous  une  forme 
moins  régulière  le  long  des  vaisseaux  et  des  bronches. 

Mais  nous  ne  voudrions  pas  faire  de  ces  complications  inflammatoires  des  ma- 
ladies isolées  et  distinctes  ;  elles  viennent  sous  l'influence  de  la  même  cause  qui 
a  déterminé  le  tubercule  :  la  phthisie  tuberculeuse  est  une  par  sa  cause,  par  sa 
nature,  par  la  possibilité  de  son  inoculation,  mais  elle  présente  des  manifestations 
locales  qui  sont  bien  distinctes  au  point  de  vue  de  l'anatomie  pathologique  et  au 
point  de  vue  des  symptômes  locaux.  Dans  le  poumon,  en  particulier,  la  lésion  du 
tissu  conjonctif  qui  aboutit  à  la  granulation,  celle  de  la  surface  des  alvéoles  et  des 
bronches  qui  constituent  la  pneumonie  et  la  bronchite,  sont  bien  distinctes^  en 
sorie  que  nous  nous  éloignons  sur  ce  point  de  l'opinion  soutenue  par  notre 
excellent  ami,  M.  Yillemin.  Mais  ne  voulant  pas  séparer  ces  deux  processus  dans 
leur  étiologie,  nous  avons  adopté,  M.  Hérard  et  moi,  pour  spécifier  les  inflamma- 
tions dans  ces  cas,  les  noms  de  pneumonie  et  de  bronchite  tuberculeuses. 


H.  Bakody  (Pesth).  —  Messieurs,  c'était  Virchow  qui,  le  premier,  avait  con- 
staté le  fait  que  le  tubercule  a  son  origine  dans  la  trame  même  du  tissu  conjonctif; 
les  travaux  ultérieurs  ne  pouvaient  que  confirmer  cette  manière  d'envisager  la 
genèse  de  ce  néoplasme.  Aussi  nous  définirons  le  tubercule  dans  le  sens  anato- 
nùque  comme  un  néoplasme  hétéroplasique  qui  détruit  le  tissu  matrical,  qui  se 
montre  habituellement  d'une  manière  discrète,  soit  dans  le  poumon  seulement, 
soit  en  même  temps  aussi  dans  d'autres  organes,  sous  forme  de  granulations  mul- 
tiples de  la  grosseur  d'un  grain  de  pavot  ou  de  millet,  ou  congloméré  sous  fonne 
de  nœuds  plus  grands,  qui  se  montrent  sous  le  microscope  conune  une  agrégation 
cellulaire  dérivant  de  corpuscules  de  tissu  conjonctif,  dont  les  éléments,  qui  con- 
tiennent un  petit  noyau  luisant  et  peu  granulé,  se  transforment  bientôt  en  méta- 
morphose régressive  par  suite  de  la  grande  tendance  à  la  destruction.  Mais  son 
lieu  de  développement  ne  se  trouve  pas  seulement  dans  le  tissu  conjonctif  de  la 
sous-muqueuse,  mais  aussi  dans  la  trame  conjonctive  des  culs-dc-sac  et  la  char- 
pente alvéolaire,  dans  le  tissu  cellulaire  interstitiel  et  la  tunique  adventice  des 
vaisseaux  sanguins. 

Le  tubercule  de  tissu  conjonctif  de  la  sous-muqueuse,  dans  les  canaux  respira- 
toires d'un  plus  grand  calibre,  est  facile  à  trouver,  mais  celui  des  petites  bronches 
et  le  tubercule  interstitiel  sont  difficiles  à  démontrer. 

Le  tubercule  qui  a  pris  naissance  dans  la  trame  du  tissu  conjonctif  interstitiel 
offre  cette  particularité,  qu'il  ne  reste  pas  longtemps  interstitiel,  mais  qu'il  perce 
bientôt  les  cloisons  des  alvéoles  ou  les  parois  de  la  pariie  rétrécie  des  culs-de-sacj 
et  qu'ainsi  la  trame  environnante  pariicipe  de  plus  en  plus  à  son  développement, 
jusqu'à  ce  que  finalement  aussi  les  bronches  terminales  et  les  bronches  d'un  plus 
gros  calibre  se  trouvent  envahies. 

Ces  granulations  tubercvleuses  ne  forment  d'abord  qu'un  foyer  micit»c(^ique« 


DU  TVBBBCULB.   --  BAKODT.  101 

Ces  fiyyen  n'aequièrent  que  plus  tard  un  volume  plus  notable  et  affectent  alors  la 
tane  alvéolaire  qui  indique  la  destruction  de  la  trame  aflectëe,  et  deviennent, 
par  suite  de  l'envahissement  d'une  bronche,  des  vomiques;  ou  encore  ils  s' épais- 
went  et  montrent  une  grande  tendance  à  passer  à  l'état  calcaire. 

Ce  tubercule  interstitiel  produit  déjà  dans  la  première  phase  de  son  développe* 
ment  différents  états  d'irritation  des  tissus  péribronchiques,  et  il  n'existe  pas  de 
critérium  macroscopique  pour  cette  espèce  de  tubercule. 

De  même  est-il  souvent  difficile  de  trouver  de  telles  granulations  tuberculeuses 
embryonnaires,  caria  destruction  est,  la  plupart  du  temps,  déjà  tellement  avancée, 
qu'on  ne  peut  voir  seulement  que  des  détritus  cellulaires  complets. 

En  ce  qui  concerne  les  éléments  d'un  tel  tubercule  interstitiel,  il  est  à  remar- 
quer qu'il  se  compose  au  début  exclusivement  de  petites  cellules  rondes  qui  con- 
tiennent un  ou  plusieurs  noyaux  et  disparaissent  rapidement. 

Les  éléments  des  granulations  miliaires  ne  peuvent  cependant  pas  être  trouvés 
si  lacilement  dans  les  poumons;  ce  n'est  souvent  qu'après  des  recherches  assidues 
et  des  préparations  minutieuses  qu'on  trouve  ces  foyers  de  cellules. 

Les  cellules  qui  proviennent  de  la  tunique  adventice  des  vaisseaux  et  le  reste  de 
latFune  cellulaire  environnante  remplissent  entièrement  les  espaces  alvéolaires, 
et  les  vaisseaux  comprimés  par  la  masse  cellulaire  contiennent  souvent  des  caU- 
lots  bien  distincts.  Les  fibres  élastiques  se  fendent  en  dernier  lieu,  se  détruisent, 
et  le  dissolvent  finalement  en  éléments  qui  ressemblent  à  des  cellules  fusi- 
formes. 

D'un  autre  côté,  on  trouve  assez  souvent  des  granulations  tuberculeuses  qui  ne 
renferment  à  leur  centre  que  des  éléments  d'apparence  épithéliale.  Mais  ces 
eellnles  ressemblant  à  de  l'épithélium  paraissent  ne  pas  avoir  pris  naissance  dans 
le  lieu  même  où  on  les  trouve. 

Puisqu'on  réussit  très-souvent  à  trouver  des  cellules  d'épithélium  vibratile  ou 
leurs  débris  difficilement  méconnaissables  dans  de  pareilles  masses  cellukdres 
incontestablement  |4us  anciennes,  cela  démontre  péremptoirement  qu'il  en  est 
ainsi.  Le  fait  qu'elles  se  trouvent  souvent  emprisonnées  au  centre  des  masses  cel- 
lulaires qui  remplissent  les  alvéoles,  ou  la  partie  rétréde  des  culs-de-sac,  démontre 
aasex  qu'elles  ne  sont  pas  des  mélanges  fortuits,  et  que  leur  présence  ne  doit  pas 
être  attribuée  à  une  faute  de  préparation. 

Lorsqu'elles  sont  en  voie  de  transformation  graisseuse,  elles  conservent  tout  de 
même  souvent  leur  forme  et  sont  emprisonnées  encore  au  centre  des  autres  masses 
ceUulaires. 

Les  épithéliums  pavimenteux  montrent  le  même  arrangement.  Les  différentes 
ceDules,  dans  ces  masses  cellulaires,  montrent  de  même  des  degrés  de  formation 
trbdivcrs. 

On  trouve  en  outre  de  très-jolies  formes  d'épithéliums  pavimenteux  à  diamètre 
normal,  avec  des  noyaux  pour  la  plupart  tuméfiés,  le  nucléole  très-saillant  et  luis- 
ant, et  le  contenu  soit  sans  changement,  soit  présentant  quelques  petites  goutte- 
lettes de  graisse. 

Quelques-unes  de  ces  cellules,  et  surtout  les  plus  grandes,  on:  des  fentes  et 
paraissent  ratatinées  d'un  côté  ou  désagrégées.  Le  noyau  qui,  dans  quelques- 
unes,  se  trouve  accolé  à  la  paroi  périphérique  et  dans  d'autres  est  en  train  de  se 
dégager,  représente  un  élément  de  forme  ronde,  contenant  un  ou  deux  nu- 
cléoles. 

En  outre,  on  trouve  des  cellules  plus  petites  et  polygonales  (anguleuses),  qui 


102  CONGRÈS  MÉDICAL  INTERNATIONAL.  -^  DBUXlfeME  SÉANCE  DE  lOUE. 

montrent  un  grand  noyau  et  beaucoup  de  gouttelettes  graùsetlseié  Ce  noyati  ^A 
opaque  et  souvent  en  voie  de  dégénérescenoe  gtaisseuse  irès-apparent6« 

Enfin  on  remarque  encore  des  élëmentSi  ronds  et  globuleux,  qui  ressemblent 
aux  corpuscules  de  pus  (leucocytes),  dont  le  contenui  finement  grenu,  montre  dd 
même  un  et  jusqu'à  deux  noyaux^  qui  présentent  des  sillons  et  qui  résistent  à  la 
soude  {Natronlauge). 

Si  Ton  enlève  ces  foyers  cellulaires,  on  voit  que  la  trame  alvéolaire,  dans  les 
alvéolesoùles  masses  cellulaires  paraissentencorerelativementintacte8>e8t  presque 
sainOi  tandis  que  là  où  les  masses  cellulaires  paraissent  d^à  plus  anciennes  et  sont 
accompagnées  d'une  plus  grande  quantité  de  détritus,  on  constate^  aprèsle  nettoyage 
avec  le  pinceau,  que  la  trame  alvéolaire,  les  noyaux  des  parois  amoipbes,  des  vais- 
seaux alvéolaires  et>  dans  quelques  cas,  les  éléments  cellulaires  des  culs^c-sac^ 
et  souvent  même  des  bronches  terminales,  ont  subi  des  changements  morbides. 

Dans  le  premier  cas,  il  n'y  a  que  des  traces  d'une  transformation  graisseuse 
dans  les  masses  cellulaires^  tandis  qu'on  peut  reconnaître  (dans  les  cas  où  l'iiTita- 
tion  dans  les  alvéoles  et  les  ouls-de^ao  peut  être  démontrée)  lànéci*obio$$  ooséeuseà 
l'aide  du  détritus  énorme  amassée 

Ces  amto  de  détritus  ont  une  cohésion  intime  et  se  trouvent  fortement  pressés 
entre  les  noyaux  embryoplastiques  du  tissu  cellulaire  voisin* 

Dans  un  degré  plus  avancé  de  ces  amas  cellulaires,  la  tuméfaction  morbide  et 
la  prolifération  des  noyaux  capillaires,  des  noyaux  de  tissu  Conjonctif  des  alvéoles 
et  des  culs-de-sac,  remplis  de  ces  amas  de  détritus,  sont  plus  accentuées. 

Les  états  secondaires  d'initation  se  montrent  d'autant  plus  distinctement  dans 
la  trame  environnante,  que  ces  agrégations  cellulaires  dans  les  alvéoles  et  les  culs- 
de-sao  sont  plus  anciennes^  e' est-à-dire  qu'il  y  a  plus  de  graisse  et  de  détritus  dans 
ces  amas. 

Ces  éléments  cellulaires^  oi-dessus  décrits,  peuvent  être  démontrés  avec  sûreté 
eomme  provenant  des  bronches. 

Ce  sont,  pour  la  plupari>  des  produits  morphologiques  qui  n'ont  souvent  leur 
origine  que  dans  une  irritation  inflammatoire  de  la  muqueuse  < 

Car  la  présence,  d'une  part,  d'épithélium  pavimenteux  en  si  grande  quantité 
dans  des  endroits  où  il  n'y  en  a  pas  à  l'état  physiologique,  et  d'autre  pari  des  cel- 
lules vibratiles  dans  les  alvéoles,  qui  sont  pourtant  à  une  distance  asses  marquée 
des  bronches  d'un  plus  grand  calibre,  prouve  que  cette  irritation  a  son  siège  non- 
seulement  dans  les  bronches  terminales  pourvues  d'épithélium  pavimenteux^  mais 
aussi  dans  les  bronches  situées  plus  haut. 

Mais,  si  l'on  examine  cependant  la  membrane  muqueuse  des  bronches  les  plus 
fines  avec  attention,  on  est  souvent  à  même  d'y  trouver  les  degrés  les  plus  divers 
des  changements  cellulaires. 

On  trouve  souvent  dans  la  muqueuse  des  nodules  disséminés  irrégulièrement, 
4ui,  après  un  examen  plus  minutieux,  se  montrent  formés  par  des  amas  de  petites 
cellules  contenant  des  noyaux. 

Ces  cellules  sont  en  voie  de  transformation  graisseuse  dans  les  foyers  plus  an* 
eiens  qui  sont  situés  entre  des  parties  de  la  muqueuse  parfaitement  saines. 

La  preuve  que  des  granulations  tuberculeuses  peuvent  se  développer  à  la 
suite  des  amas  de  produits  inflammatoires  qui  proviennent  de  la  prolifération  épi- 
théliale,  et  qui  irritent  le  tissu  des  alvéoles  et  des  culft-de-sac  voisins,  est  fournie 
par  ce  fait  que  ces  granulations  se  trouvent  dans  de  tels  alvéoles  et  culs-de-«ac 
qui  paraissent  remplis  de  ces  amas  eellulaireSi  et  qu'elles  ont  l'habitude  de  se 


D0  TDBBBCULB.  —  8SG0  BALDOR.  103 

dëveiopper,  en  premier  lieu,  là  où  ces  amas  cellulaires  irritent  le  tissu  cellulaire 
des  alTéoles,  de  la  portion  rëtrécie  des  cul^e-sac,  et  des  bronches  terminales. 

Les  plus  anciens  de  ces  éléments,  cause  de  la  genèse  tuberculeuse  dans  leur 
Toismage«  qui  se  trouvent  dans  les  couches  les  plus  inférieures,  se  ramollissent 
d'ahordj  tandis  que  les  couches  supérieures  sont  encore  eonsenrées  entièrement 
ou  en  partie. 

Le  développement  n  fréquent  des  tubercules  dans  les  sommets  des  poumons 
parait  aussi  être  un  argument  en  faveur  de  la  possibilité  d'titie  pareille  getièse 
tuberculeuse. 

Les  sommets  pulmonaires  sont^  en  efTet^  le  siège  d'un  mouvement  respiratoire 
trèHninime,  relativement  aux  autres  parties  du  poumon.  Us  ne  respirent  que  fai- 
blement et  superficiellement,  et  l'expulsion  des  amas  cellulaires  qu'ils  contien- 
nent ne  s'effectue  que  difficilement. 

Une  prolongation  de  cette  stagnation  locale  de  ces  masses  cellulaires  peut  faci- 
lement donner  l'impulsion  à  la  prolifération  cellulaire  caractéristic[ue  du  tuber- 
cule, dans  le  tissu  conjonctif  des  alvéoles  et  des  parties  adjacentes. 

D'une  autre  part,  il  existe  certaines  altérations  du  tissu  pulmonaire  oîi  les 
alTéoles  sont  remplis  de  globules  de  pus,  sans  qu'U  se  forme  plus  tard  des  tuber- 
cules. Dans  ce  cas,  les  produits  inflammatoires  passent  vite  à  l'état  graisseux  et 
soDt  en  partie  résorbés  et  eil  partie  expectorés. 

Mais  si  cela  n'arrive  pas  asses  promptement,  et  si  les  conditiohs  nécessaires 
existent,  ou  si  des  amas  cellulaires  toujours  nouveaux  arrivent  dans  les  alvéoles, 
alors  il  est  possible  que  le  tissu  cellulaire  environnant  soit  irrité^  et  que  le  pro- 
cessus dé  la  formation  de  Télément  tul>erculeux  y  trouve  son  point  de  départ. 


(Heidelberg).  —  Le  savant  professeur  fait  observer,  à  propos  de 
lâ  communication  de  M.  Gomil,  que  le  développement  des  tubercules,  notam- 
ment dans  les  séreuses,  peut  se  fairô  indépendamment  des  vaisseaux,  aux  dépens 
de  la  prolifération  seule  des  corpuscules  de  tissu  conjonctif* 


(Genève),  résumant  les  expériences  de  la  Commission  suisse 
relatives  à  l'influence  de  l'altitude  sur  le  développement  de  la  phthisie,  présente 
on  tableau  qui  indique  les  proportions  décroissantes  d'oxygène  contenu  dans  l'air 
à  diverses  hauteurs.  U  rapproche  ces  chifiTres  de  ceux  qui  expriment  la  fréquence 
proportionnelle  de  la  maladie  aux  altitudes  correspondantes,  et  déclai*e  que  cette 
diète  respiratoire  est,  à  ses  yeux,  un  moyen  non-seulement  préventif,  mais  eura- 
lif  de  la  tuberculisation  pulmonaire. 


(Madrid).  —  Messieurs,  quoique  ancien  élève  de  la  Faculté  de 
Montpellier,  je  ne  sais  pas  si  j'aurai  le  bonheur  de  m'exprimer  en  français  de  ma- 
nière à  me  faire  bien  comprendre  ;  car  je  ne  parle  le  français  que  très-rarement,  et 
ma  langue  maternelle  diiTère  beaucoup,  surtout  quant  à  la  prononciation,  de  la 
langue  française,  dont  les  ressemblances  avec  la  langue  espagnole  ne  sont  très- 
souTent  qu'apparentes  et  trompeuses.  D'ailleurs,  une  assemblée  si  nombreuse  et  si 
sayante,  une  assemblée  où  je  trouve,  comme  je  m'y  attendais  déjà,  tant  de  célé- 
brités médicales  contemporaines;  une  assemblée,  eniin,  que  je  vois  présidée  par 
un  illustre  professeur  si  justement  renommé  de  la  Faculté  de  Paris  (1),  m'in- 
spire, messieurs,  tant  de  considération,  tant  de  respect,  que  je  ne  saurais  pro- 

(i)  M.  Bottilktté. 


10)    CONCRÈS  MÉDICAL  INTERNAnORAL.   ~  DEUXIÈME  SÉANCE  DE  JOUI. 

noncer  sans  hésitation,  sans  embarras^  les  quelques  mots  que  j'ai  à  tous  dire  à 
propos  de  certaines  indications  qu'on  a  formtdées  ici  sur  la  tuberculose  pulmonaire, 
sur  cette  affreuse  maladie^  le  fléau  permanent  de  presque  tous  les  pays,  ou  ce 
que  vous  trouverez  peut-être  plus  exact,  de  toutes  les  villes  du  monde  sans 
exception.  Aussi,  messieurs,  aurai-je  bien  besoin  de  toute  l'indulgence  dont  vous 
êtes  capables;  et  ce  n'est  qu'avec  la  pleine  confiance  de  l'obtenir  que  j'ai  osé 
demander  à  notre  digne  président  la  permission  de  vous  adresser  la  parole  pen- 
dant quelques  instants. 

La  contagion  de  la  phthisie  pulmonaire  a  été,  dans  la  première  séance  du 
Congrès,  l'objet  de  quelques  indications.  A  cet  égard,  je  déclare  d'abord  que  je 
n'ai  jamais  été  et  que  je  ne  suis  pas  encore  pai-tisan  de  la  contagion  de  la  phthisie. 
Je  ne  sais  si,  par  la  suite,  je  serai  obligé  de  changer  d'avis;  cela  tiendra  aux 
résultats  ultérieurs  de  l'observation  et  de  l'expérimentation.  Mais  en  attendant, 
je  dois  avouer  franchement  que  j'ai  connaissance,  moi  aussi,  de  plusieurs  faits 
de  nature  à  démontrer  la  transmissibilité  de  la  tuberculose  pulmonaire  entre  les 
époux,  et  surtout  du  mari  à  la  fenune.  Je  dois  encore  ajouter  que  depuis  que 
mon  attention  a  été  éveillée  sur  ces  faits,  j'ai  eu  le  soin  d'en  consigner  dans  mes 
notes  clmiques  deux  très-remarquables  et  bien  observés,  que  voici. 

.Un  chef  de  bataillon,  prédisposé  par  ses  formes  organiques  à  la  phthisie 
pulmonaire,  contracta  cette  maladie  à  l'âge  de  trente-cinq  ans  à  peu  près.  Au 
bout  de  quelque  temps,  sa  femme,  qui  était  sanguine  et  iMen  constituée,  devint 
malgré  cela  également  phthisique.  Les  deux  époux  ont  succombé  à  la  même 
maladie  presque  dans  le  même  jour. 

Un  autre  individu,  nerveux,  délicat,  mal  conformé  aussi,  après  avoir  résisté 
pendant  de  longues  années,  à  force  de  soins  et  de  précautions,  aux  ravages  de  la 
tuberculose  pulmonaire,  y  succomba  enfin  à  l'âge  de  trente-huit  ans.  Or,  cet 
individu,  un  an  avant  sa  mort,  eut  le  regret  de  voir  mourir  sa  femme  d'une 
phthisie  aiguë,  galopante  même.  Et  il  est  à  remarquer  que  cette  fenome  était 
aussi,  comme  la  précédente,  forte  et  bien  conformée. 
Ces  deux  cas  ont  eu  lieu,  l'un  à  Saragosse,  l'autre  à  Madrid. 
M.  Lombard  (de  Genève),  dont  je  connais  depuis  longtemps  le  nom,  et  que  je 
suis  bien  aise  de  connaître  maintenant  en  personne,  nous  a  dit  que  plus  un 
endroit  est  élevé  au-dessus  du  niveau  de  la  mer,  moins  la  phthisie  y  est  fré- 
quente. 11  nous  a  dit  aussi,  ce  me  semble,  que  les  phthisiques,  placés  dans 
des  régions  très-hautes,  s'y  trouvent  mieux,  qu'ils  y  respirent  mieux.  Je  me 
plais  à  dire,  messieurs,  que  je  suis  tout  à  fait  d'accord  avec  le  savant  praticien 
de  Genève.  C'est  pourquoi  j'ai  l'habitude  d'envoyer  mes  phthisiques  aisés  passer 
un  ou  ^eux  mois  de  l'été  aux  Pyrénées  d'Aragon,  où  ils  prennent  en  même 
temps,  pendant  quinze  à  trente  jours,  une  eau  minérale  salino-azotique,  dont  je 
m'occuperai  tout  à  l'heure.  Mais  je  crois  que  l'avantage  pour  les  phthisiques 
de  ces  régions  très-élevées  ne  tient  pas  uniquement  à  la  moindre  quantité  d'oxy- 
gène qu'ils  y  respirent.  L'atmosphère  y  contient  aussi  moins  d'acide  carbonique 
et  d'azote  sous  un  volume  d'air  donné.  Elle  est  très-légère  et  comprime   le 
moins  possible  les  parois  thoraciques.  Elle  n'a  pas  ou  presque  pas  de  poussière, 
ni  d'effluves,  ni  de  miasmes.  Dans  l'été,  elle  n'est  pas  très-chaude  ni  très-hunûde. 
Or,  pour  moi,  toutes  ces  conditions  atmosphériques,  si  l'on  en  excepte  peut-être 
la  diminution  de  l'azote,  sont  convenables  aux  phthisiques. 

Du  reste,  par  rapport  à  la  distribution  géographique  de  la  phthisie,  je  puis 
ajouter  qu'en  Espagne,  malheureusement,  nous  voyons  des  phthisiques  en  grand 


aO  TUBEBCULE.   —  SBCO  BAIDOB.  i05 

nomlire  ptrUmt  :  au  centre,  à  l'orient,  an  midi,  à  roccident,  au  nord.  Mais, 
du»  toutes  les  pronnces,  cette  maladie  est  le  fléau  des  ailles,  surtout  des 
grandes  villes,  quelles  que  soient  d'ailleurs  leurs  conditions  géographiques.  Les 
villages,  au  contraire,  en  sou£E^nt  très-peu. 

Vous  Toyes,  messieurs,  que  l'Espagne  n'a  pas  le  privilège  de  n'être  pas  inces- 
samment décimée  par  la  phthisie.  Mais  elle  possède,  je  crois,  deux  moyens  de 
traitement  démette  ailïeuse  maladie  qui  n'ont  pas  d'égaux,  peut-être,  dans  ou- 
eone  autre  contrée  de  l'Europe.  Le  Congrès  aura  déjà  compris  que  je  fais  allusion 
aux  climats  et  aux  sources  minérales  de  mon  pays. 

En  effet,  messieurs,  je  puis  assurer  au  Congrès  que  ches  nous  les  pbthisiques 
se  trouvent  le  mieux  possible  pendant  l'hiver  dans  le  midi,  surtout  à  Bfalaga;  en 
été  aux  Pyrénées  et  dans  les  provinces  cantabriques,  et  pendant  le  printemps  et 
l'automne  dans  les  provinces  centrales.  Je  ne  puis  pas,  dans  ce  moment,  entrer 
en  détails  sur  toutes  les  circonstances  avantageuses  de  ces  divers  climats.  Je 
dirai  seulement,  par  rapport  à  Malaga,  que  la  température  atmo^hérique  de 
cette  station  hivernale  est  plus  douce  et  plus  uniforme  que  celle  de  toutes  les 
autres  stations  hivernales  de  l'Europe;  que  Blalaga,  pendant  l'hiver,  est  plus 
chaud  que  Pau  (de  13  degrés  centigrades),  que  Pise  (de  8  degrés),  que  Nice  (de 
7  degrés),  que  Rome  elle-même  (de  6  degrés)  ;  et  que  pendant  le  mois  de  janvier 
sa  température  répond  à  celle  d'avril  à  Pise  et  à  Rome,  à  ceUe  de  mai  à  Londres 
et  à  celle  de  juin  à  Edimbourg  (1).  Du  reste,  pour  se  faire  une  idée  de  cette 
température,  il  suffira  de  savoir  que  la  garde  nationale  de  Malaga,  dans  la  revue 
d'ordonnance  du  1*'  janvier  1837,  s'est  présentée  en  grande  tenue  d'été,  en 
foUaionblanc, 

Dans  les  provinces  basques  et  les  autres  provinces  cantabriques,  la  température 
atmosphérique  est,  en  été,  on  ne  peut  pas  plus  douce  et  plus  uniforme;  on  n'y 
éprouve  pas  de  chaleur,  pas  de  froid  non  plus. 

U  en  est  presque  de  même  des  provinces  centrales  au  printemps  et  à  l'automne. 
Or,  ces  températures  plus  ou  moins  douces  et  uniformes,  agissant  sans  cesse  sur 
les  pbthisiques  pendant  toute  l'année,  ont  le  grand  avantage,  entre  autres,  de 
leur  permettre  presque  tous  les  jours  de  sortir  de  chez  eux  et  de  faire  de  l'éxer- 
cke  en  plein  air. 

Maintenant  je  vais  vous  dire,  messieurs,  deux  mots  sur  les  sources  minérales 
auxquelles  je  faisais  allusion  il  n'y  a  qu'un  instant. 

Xous  avons  en  Espagne  des  souixes  sulfureuses  en  grand  nombre  et  dans  beau- 
coup de  provinces.  11  y  en  a  qui  ne  sont  pas  peut-être  moins  efficaces  dans  les 
affections  de  la  gorge  et  de  la  poitrine  que  celles  d'Eaux-Bonnes,  si  renommées 
en  France  et  en  Espagne.  Mais  ce  n'est  pas  sur  les  sources  sulfureuses  que  je  me 
propose  de  vous  donner  quelques  renseignements,  les  eaux  minérales  dont  j'ai 
à  vous  parier  sont  les  eaux  salino-azotiques  de  Penticùsa,  dans  le  haut  Aragon,  et 
de  Caidoi  de  CMedo,  aux  Asturies. 

La  station  thermale  de  PerUicosa  est  située  dans  les  Hautes-Pyrénées,  à 
S500  pieds  au-dessus  du  niveau  de  la  mer,  quatre  lieues  au  delà  de  Cauterets. 
Ses  eaux  salino-asotiques,  dont  11  y  a  deux  sources,  ont  27  degrés  centigrades  à 
peu  près.  Elles  contiennent  beaucoup  d'azote  et  très-peu  de  sels.  Elles  sont  extrê- 
mement diluentes,  dissolvantes  et  sédatives.  Tous  les  médecins  de  n'impoHe 

(1)  Tojet  l'excellente  brochure  de  M.  Hemandei  Pogg io,  intitolée  :  La  tiêif  puimonai  eu- 
fttdêfùreleambiodeciima,  Cadix,  1867. 


J 


106   CONGBfeS  MÉDICAL  IlfTBBNàTlONAl.  ~  DfiUXlfcMB  SÉANCE  DE  lOUB. 

queUe  province  de  l'Espagne  les  emploient  dans  la  phthisie  pulmonaire^  et  plu- 
sieurs autres  affections  de  la  poitrine  ou  de  la  gorge.  C'est  surtout  dans  rhémo-* 
ptysie  qu'elles  jouissent  d'une  grande  TOgue,  malgi*ë  tout  ce  qu'on  a  écrit  sur  le 
danger  pour  les  hémoptysiques  de  l'air  des  hautes  montagnes.  Il  va  sans  dire 
que  les  succès  qu'on  obtient  à  Penticosa,  succès  en  vertu  desquels  l'afflueftice  des 
malades  à  cette  station  thermale  augmente  de  plus  en  plus^  tiennent  en  grande 
partie  à  sa  position  topographique>  à  ses  conditions  atmosphériques.  Cela  est  Id 
vrai^  que  beaucoup  de  malades  commencent  à  éprouver  moins  d'oppression>  moins 
de  gêne  dans  leur  respiration,  avant  même  d'arriver  à  Peiiticosa,  et  lorsqu'Us  sont 
encore  &  6,  %,  10  kilomètres  de  la  station  thermale,  c'est-à-dire  de  l'endroit 
situé  à  8500  pieds  au-dessus  du  niveau  de  la  mer. 

Aui  Afturies,  province  cantabriqUe  dont  la  capitale  est  Oviedo,  il  y  a  ime  autre 
station  thermale  (Caldas  de  Oviedo),  qui,  depuis  quelques  années>  est  presque 
devenue  une  seconde  Penticosa,  au  moins  pour  certaines  provinces.  Ses  eaux 
minérales  sont,  en  effet,  salino-azotiqucs  et  tièdes,  comme  celles  du  haut  Ara* 
gon,  mais  moins  asotiques.  La  mer  n'est  pas  très-loin  de  Caldas  de  Oviedo) 
ce  qui  veut  dire  que  cette  station  thermale  n'est  pas,  à  beaucoup  près,  à  la  hau- 
teur de  celle  de  Penticôsa. 

A  propos  du  traitement  de  la  phthisie  pulmcmaire,  qui  doit  être  en  gi*ande 
partie  hygiénique,  Je  pourrais  encore  ajouter  que  pour  faire  la  ctire  de  raisbis, 
si  en  vogue  en  Allemagne,  il  y  a  aussi  en  Espagne  un  grand  nombre  de  localités 
magnifiques. 

Si  j'avais  le  temps,  il  me  serâit  facile  d'apporter  plusieurs  faits  ti*ès-remarqua- 
blés,  très-concluants,  même  pour  les  plus  sévères,  à  l'appui  de  tout  ce  que  j'ai  eu 
l'honneur  de  vous  indiquer  .sur  l'excellence  des  climats  et  des  sources  minérales 
salino-azotiques  de  mon  pays  dans  les  maladies  de  la  gorge  et  de  la  poitrine.  Je  pour- 
rais vous  rapporter  plusieurs  cas  de  tuberculose  pulmonaire  dans  lesquels  j'ai 
obtenu  une  guérison  pai^faite  et  permanente,  que  j'attribue  principalement  au 
climat  de  Malaga  et  à  l'atmosphère  et  aux  eaux  de  Penticosa.  Le  sujet  d'un  de  ces 
cas  de  guérison  a  été  présenté  par  moi  à  l'Académie  royale  de  médecine  de 
Madrid,  dans  une  séance  du  mois  d'octobre  18Q&. 

Mais  je  ne  veux  pas  abuser  davantage  de  votre  indulgence  ;  je  finis  donc  en 
vous  reinerciant  très-sincèrement  de  Tobligeante  attention  que  vous  aveE  eu  la 
bonté  de  prêter  à  mes  paroles. 

H.  Bertet  (Cercoux).  —  Je  divise  le  traitement  de  la  phthisie  pulmonaire  en 
trois  parties  correspondant  aux  trois  périodes  de  la  maladie. 

1°  Contre  le  début  du  mal,  c'est-à-dire  contre  la  granulation,  couche  épaisse 
de  coUodion  élastique  soigneusement  entretenue,  et  embrassant  la  base  du  cou 
et  toute  la  poitrine  jusqu'aux  deux  mamelons  en  avant,  et  jusqu'à  l'angle  infé- 
rieur de  l'omoplate  en  arrière.  Ce  moyen,  qui  n'exclut  pas  la  flanelle,  est  très- 
propre  à  empêcher  les  granulations  de  se  développer,  et  peut  même  leur  faire 
subir  la  transformation  régressive,  en  les  desséchant,  en  les  durcissant,  en  les 
rendant  crétacées  et  en  leur  permettant  de  s'enkyster.  Pour  favoriser  cet  heureux 
résultat,  éviter  tous  les  excitants  de  tous  les  genres,  surveiller  le  régime  ;  ne  per- 
mettre que  des  hydrocarbures  et  des  fibio-plastiques  non  encore  développés; 
prescrire  comme  remèdes,  s'ils  sont  indispensables,  les  adoucissants  et  les  narco- 
tiques. 

Cette  première  période  se  reconnaît,  se  dewne  à  ces  signes  :  toux  sèche  et 


Dû  TUKBOnUt  —  BBRTBT.  407 

qnintense  sorrenue  à  la  suite  d'un  excès  ou  d'une  imprudence^  respiration  rude 
itt  niTeau  des  dépôts  de  matière  lidtëromorphe  ).  thorax  peu  dâveloppé^  deUK  pro* 
mières  côtes  courtes^  ainsi  que  la  clayiculé^  qui  n'a  pas  une  courbure  suffisante^ 

Contre  le  second  degrés  qui  est  oaraetérisé  par  les  antécédents  dans  lesquels 
entrent  les  signes  du  premier  degré»  par  de  la  toux  plus  intense  et  plus  fi^quente» 
et  plus  grasse,  par  des  craquements,  de  la  matité  et  des  râles  sur  les  oonftns  de 
edle-ci,  par  la  sueur  nocturne  et  une  diminution  des  forces>  etc.,  etCi^  le  ooUo- 
dion  au  cou,  sur  les  points  les  moins  malades,  en  en  dépasiant  T étendue  sur 
ceux  qui  déjà  sont  ramollis  ou  ont  de  la  tendance  à  le  faire»  teinture  d'iodë  au 
badigeon;  à  Tintérieur,  huile  de  fbie  de  morue,  acide arsénleut  :  ce  dernier  seU" 
lementf  quand  il  y  a  excitation  de  la  circulation»  que  le  pouls  est  dur  et  vif  et  les 
bruits  du  cœur  tumultueux  et  surtout  retentissante  et  s'entendant  au  loin«  Le 
régime  ici  doit  être  aussi  varié  que  possible.  Ce  qui  est  à  redouter,  c'est  que  le 
makde  cesse  de  manger;  il  fkut  donc  lui  permettre  de  tout  indistinctement; 
mais  il  est  bon  d'insister  sur  l'usage  du  lait  salé.  Tout  oe  qui  précède  sera  puis*- 
sanunent  aidé  par  l'exercice»  qui  devra  être  proportionné  aux  ibrces»  à  la  présence 
ou  à  l'absence  de  la  fièvre  ;  les  voyages  ainsi  que  les  eaux  minérales  conviennent 
id,  mieux  que  plus  tôt  et  surtout  que  plus  tard. 

Tnisiéme  degré*  -~  Ici  je  sens  le  besoin  d'ouvrir  une  parenthèse,  parce  qtle  je 
m'attends  k  ce  qu'on  me  dira  i  Mais  ce  que  vous  proposes  est  tout  simplement 
impossible.  Aujourd'hui  peut-être,  mais  demain»  qu'en  sait-On? 

Je  n'imiterai  pas  l'illustre  président  dii  Gongr6S>  je  ne  dirai  pas  que  le  mot 
impossible»  non-seulement  n'est  pas  françaisi  mais  encore  qu'il  doit  être  rayé  du 
dictionnaire  de  tous  les  peuples  civilisés.  Je  me  contenterai  de  rappeler  qu'avant 
Gensoul  l'enlèvement  du  maxillaire  supérieur  était  impossible  |  qu'avant  Laennec 
le  diagnostic  des  lésions  dès  organes  contenus  dans  la  poitrine  était  impossible» 
puisque  Corvisart»  son  maître,  n'y  avait  jamais  même  appliqué  l'oreille,  mais  se 
contentait  d'y  apposer  la  main*  Encore  n'estn^e  point  LAcnnec  qui  a  inventé 
ransctiltation»  mais  Buisson,  qui  la  définissait  «  l'attention  présente  dans  l'audi- 
tion % .  Mais  l'étemelle  gloire  de  Laennec  consiste  à  avoir  rendu  pratique  ce 
moyen  de  diagnostic  par  excellence.  La  désarticulation  de  la  cuisse,  impossible  ; 
l'opération  césarienne,  impossible;  l'ovariotomie,  impossible;  la  lithotritic,  im- 
possible; la  transfusion  du  sang»  impossible;  la  laryngoscopie»  impossible;  l'oph- 
thalmoscopie»  impossible  ;  l'enlèvement  des  polypes  naso-pharyngiens  avant  les 
grandes  ouvertures  préalables  de  la  face»  impossible;  la  vapeur»  impossible; 
l'électricité  télégraphique»  impossible.  Mais  je  n'en  finirais  pas  si  je  voulais  rele- 
Ter  toutes  les  impossibilités  de  la  veille  qui  sont  devenues  des  réalités  du  len- 
demain. Je  puis  ici  fermer  cette  parenthèse  suffisanuoient  longue  pour  légitimer 
la  témérité  apparente  que  je  vais  commettre»  et  passer  immédiatement  à  l'énoncé 
decelle-^i. 

Je  propose  donc»  quand  ce  troisième  degré  est  parfaitement  caractérisé»  et  que 
la  science  ordinaire  est  à  bout  de  ressources^  l'ouverture  large  et  étendue  de  la 
poitrine. 

N'a^-on  pas  déjà  proposé  d'introduire  une  sonde  dans  les  cavernes»  de  les 
^der  au  moyen  d'une  pompe»  et  d'y  introduire  des  modificateurs. 

Ce  que  je  propose  me  semble  moins  difficile  à  exécuter  et  plus  inoCTensif. 

Qu'est-ce  qui,  dans  cette  occurrence,  rendrait  l'ouverture  de  la  poitrine  dangc^ 
fcase?  La  pression  atmosphérique,  qui  viendrait  affaisser  le  poumon»  gêner  la 
respiration^  ralentir  et  peut-être  même  faire  cesser  les  mouvements  du  cœur. 


108  CONGRÈS  MÊDICUL  IMTEBNATIONAL.    —  DEUXIfeMB  SÉANCE  DE  lOUR. 

Mais  ici,  précisément,  cette  pression  n'est  pas  à  redouter,  puisque  le  poumon 
est  intimement  uni  au  thorax,  et  que  la  cavité  de  celui-ci  a  disparu,  au  moins 
en  grande  partie,  et  souvent  tout  à  fait. 

Rien  de  plus  simple  alors  et  rien  de  moins  dangereux  qu'une  pareille  opéra- 
tion. L'important,  dans  cette  affaire,  est  de  ne  pas  agir  trop  haut,  et  de  s'éloigner 
suffisamment  des  gros  vaisseaux  axillaires. 

Que  peut-on  risquer,  du  reste,  à  tenter  ce  moyen  extrême,  ici  oii  tout,  jusqu'à 
ce  jour,  a  échoué? 

Je  dis,  moi,  que  si  l'on  sait  reconnaître  avec  exactitude  les  indications,  ce  qui 
est  facile  par  la  percussion  et  l'auscultation,  non-seulement  on  n'a  rien  à  risquer, 
mais  encore  que  l'on  doit  réussir  un  certain  nombre  de  fois.  Et,  ne  serait-ce 
qu'une  fois  sur  dix,  ce  serait  encore  suffisant,  puisque  tous  les  sujets  meurent. 

La  poitrine  ouverte,  et  je  laisse  de  côté  le  modtis  fadendi,  il  faut  panser  la 
plaie  du  poumon,  après  l'avoir  vidée  et  lavée,  comme  on  panserait  une  autre 
plaie  d'un  autre  organe,  selon  les  indications.  Je  propose  la  teinture  d'iode,  la 
glycérine,  l'acide  phénique,  et  une  foule  d'autres  substances  que  l'on  pourrait 
indiquer  dès  à  présent,  mais  que  l'expérience  ne  manquera  pas  de  préciser. 

Je  dois  faire  remarquer  que  la  condition  d'une  seule  caverne,  circonstance  qui 
n'est  paa  très-rare,  ainsi  que  celle  d'un  seul  poumon  malade,  ce  qui  est  encore 
plus  conmiun,  sont  des  conditions  sinon  indispensables  à  l'emploi  de  ce  que  je 
propose,  du  moins  des  conditions  très-favorables  à  la  réussite. 

C'est,  guidé  par  l'analogie  et  par  quelques  faits  de  guérison  exceptionnels,  que 
j'en  suis  arrivé  à  ce  résultat  de  proposer  des  moyens  en  dehors  de  la  route  battue 
contre  cette  maladie  que  rien  ne  guérit. 

Je  me  contente  de  dire  que,  sous  l'influence  du  mercure,  j'ai  vu  guérir  la 
phthisie,!  lorsqu'elle  était  due  à  la  syphilis;  que,  sous  l'influence  de  l'acide  arsé- 
nieux  employé  dans  les  circonstances  spécifiées  plus  haut,  j'ai  vu  des  améliora- 
tions telles  survenir,  qu'on  aurait  presque  pu  les  prendre  pour  des  guérisons; 
que,  sous  l'influence  de  la  teinture  d'iode  iiyectée  dans  la  poitrine,  dans  l'hydro- 
pneumothorax,  j'ai  vu  les  symptômes  s'améliorer  au  point  de  me  laisser  croire 
à  la  guérison,  et  cependant  l'emploi  était  vicieux. 


(Cracovie).  —  Vous  me  pardonnerez,  messieurs,  si  d'origine 
polonaise,  mes  expressions  ne  sont  pas  correctes.  Je  tâcherai  cependant  d'oppo- 
ser à  cette  inexactitude  une  expérience  de  trente  ans.  J'habite  la  Volhynie, 
un  pays  deVontrastes,  mais  c'est  justement  le  contraste  qui  joue  le  plus  grand 
rôle  dans  la  recherche  de  la  vérité.  Le  climat  de  mon  séjour  est  modéré, 
le  sol  fertile,  l'air  pur,  l'eau  délicieuse,  la  position  très-saine.  Malgré  ces  con- 
ditions si  favorables  pour  la  santé  des  habitants,  vous  trouvei*ez  chez  les  villa- 
geois et  les  juifs  qui  constituent  la  grande  majorité  de  la  population,  un  état  de 
santé  tout  à  fait  opposé.  Les  villageois  sont,  presque  sans  exception,  sains,  ro- 
bustes. Ils  ne  sont  sujets  qu'à  des  maladies  inflammatoires,  et  principalement  à 
des  affections  rhumatismales.  Les  juifs,  en  revanche,  remplissent  totalement  le 
cadre  des  affections  scrofuleuses,  et  présentent,  dans  la  génération  actuelle,  une 
si  grande  quantité  de  phthisies,  particulièrement  chez  les  hommes  et  surtout 
chez  les  jeunes  gens  âgés  de  dix-neuf  à  vingt  ans,  que  si  les  circonstances  ne 
changent  pas,  on  peut  avec  raison  prédire  l'extinction  de  cette  race  dans  ces  con- 
trées dans  deux  ou  trois  générations. 
Qu'est-ce  qui  peut  influencer  ce  contraste?  Ce  n'est  que  la  nourriture.  Un  juif 


DU  TUBERCULE.   —  DROPST.  100 

de  ces  contrées^  n'appartenant  nullement  à  la  haute  classe,  ne  mange  pres- 
que rien.  11  y  en  a*  qui  ne  dépensent  que  deux  sous  par  jour.  Vous  admet- 
tra aussi,  messieurs,  qu'avec  une  pareille  somme  de  subsistance >  la  viande 
et  toate  autre  nourriture  substantieUe  est  pour  eux  un  fruit  défendu,  et,  en 
tout  cas,  une  exception  des  exceptions.  Le  juif  présente  aussi,  dans  ces  contrées, 
le  type  d'une  végétation  arrêtée.  Maigre,  exténué,  pâle,  vous  croyez  tou- 
jours voir  le  Juif  errant  devant  vous.  Vous  trouvez  aussi,  chez  la  plupart,  à 
l'état  soi-disant  normal,  les  empreintes  d'une  dissolution  du  sang,  la  mala- 
die de  Werihof,  et  une  éruption  à  l'état  chronique ,  que  vous  ne  rencontrez 
ici  que  dans  des  maladies  aiguës ,  dans  la  ûèvre  typhoïde.  Outre  l'alimentation 
insuffisante,  c'est  aussi  le  mariage  contracté  à  l'âge  de  seize  à  dix-huit  ans  chez 
l'homme,  qui  épuise  les  forces,  et  qui  est  une  cause  de  cette  dépravation  de  la 
nutrition. 

Ces  circonstances  nous  mènent  à  des  conclusions  de  la  plus  haute  importance. 
Ce  n'est  pasle  climat,  ni  la  localité  qui  présente  le  même  air,  la  même  eau,  la  même 
position  géographique  pour  l'ime  et  pour  l'autre  catégorie  des  habitants,  mais  le 
manque  d'alimentation  substantielle,  et  l'épuisement  des  forces  vitales  par  un 
mariage  précoce,  qui  sont  la  base  de  la  tuberculose  et  de  la  scrofule.  C'est  aussi 
une  preuve  que  ce  n'est  que  l'hygiène,  comme  on  l'a  dit  ici,  qui  doit  jouer  le 
plus  grand  rôle  dans  le  traitement  de  la  phthisie.  Tout  ce  qui  est  en  état  de 
hausser  les  fonctions  reproductives,  sans  exiger  cependant  de  l'organisme  un 
traTail  qui  n'est  pas  à  la  portée  de  ses  forces,  à  quoi  il  faut  toujours  songer,  ali- 
ments ou  médicaments  conirenables  seront  à  leur  place.  Tous  les  médicaments, 
comme  l'iode,  le  fer,  le  soufre,  qui  ne  contribuent  que  par  exception  à  hausser 
le  procès  nutritif,  sont  en  général  déplacés.  Ne  portez  cependant  pas  un  ana- 
thème  complet  contre  ces  médicaments.  Si  vous  trouvez  qu'une  dose  minime 
d'iode,  de  fer,  de  soufre,  administrée  au  début  de  la  maladie,  augmente  l'ap- 
pëtit  détérioré  du  malade,  ce  qui  arrive  parfois,  vous  aurez  le  droit  d'appliquer 
ces  médicaments  de  temps  en  temps  et  avec  une  grande  précaution. 

Quant  à  Fail,  dont  il  a  été  question  ici,  je  ne  peux  nullement  l'approuver 
comme  remède  antiphthisique.  L'unique  alimentation  des  juifs  de  la  contrée 
mentionnée  consiste  en  pain  et  en  ail.  Us  ne  consomment  pas  l'ail  deux  ou  trois  fois 
par  jour,  ils  le  mangent  depuis  le  matin  jusqu'au  soir.  L'ail,  à  cause  de  son  ftcreté, 
peut  augmenter  l'appétit  du  malade,  mais  il  ne  le  préserve  aucunement  de  la 
mort  ;  ce  que  ma  démonstration  antérieure  prouve  suffisamment. 

ie  veux  encore  vous  communiquer,  messiem^,  en  deux  mots,  la  médication 
que  j'ai  trouvée  la  plus  favorable,  outre  l'hygiène,  dans  le  traitement  de  la  phthi"* 
sie.  J'ai  vu  un  succès  incontestable  par  l'usage  des  bains  de  petit-lait,  qui  sont 
pratiqués  dans  les  contrées  où  l'on  fabrique  des  fromages  de  brebis.  On  trouve  ced 
étahliasements  dans  les  montagnes  de  la  Gallicie  autrichienne,  en  Hongrie,  dans 
la  Bessarabie.  Ces  bains  et  l'air  des  montagnes  font  des  miracles. 

J'ai  aussi  administré,  avec  un  effet  plus  ou  moins  favorable,  l'hypophosphite  de 
chaux,  maiis  à  grandes  doses,  par  15  grains,  quatre  fois  par  jour. 

Je  veux  enfin,  messieurs  et  honorés  confrères,  diriger  votre  attention  sur 
Yusage  de  l'électrisation  généralisée,  qui  est  une  médication  du  premier  ordre 
dans  cette  aiflreuse  maladie. 

n  faut  dans  ce  but  appliquer  l'électricité  positive  aux  mains  et  aux  pieds  du 
nulade  et  l'électricité  négative  au  sommet  de  la  tête  et  au  creux  de  l'estomac, 
VûAe  des  condactenra  convenables»  Votre  appareil  à  pôles  distincts,  invariables^ 


140    CONGRÈS  MÉDICAL  INTERNATIONAL.  ~  DEUXIÈME  SÉANCE  DE  JOUE. 

ne  doit]  produire  de  rélectricitë  que  d'une  force  minime^  pour  ne  pas  irriter  le 
malade.  Ëlectriseï  de  cette  simple  manière  votre  malade  atteint  de  phthisie  pen* 
dantun  temps  convenable^  ne' craignes  ni  l'hémoptysie^  ni  la  toux  la  plus  re- 
beUe^  ni  la  fièvre,  et  vous  verrez  l'eiTet  plutôt  que  vous  ne  le  pourries  croire. 

Ce  serait  ridicule  et  plus  que  ridicule,  ce  serait  inconvenant  de  vanter  une 
médication  dans  cette  honorable  réunion  des  conft'ères  de  toute  l'Europe^  je  veux 
dire  du  monde  entier^  sans  avoir  la  persuasion  intime  de  son  efficacité.  Je  vous 
la  conseille  donc  conseletioieusement. 


'^-w^F'-'^^mmi^^mrmmmr^^^mir^m 


nmcwmmcMwm 

STATMVIfllJES  8IJ1I  liil  PHTHISIB  PUIiMOIVAlIRI: 

CONSIDÉRÉS    COllilE    C^VSK   DE   BÉClfeS 

DAIVS  MiJk  Yllil4i;  RE  BORPEAlVJ!K. 

PAR  H.  I.E  POGTBUA  MARMISflB,  M  BOEBEAUX  (1). 


La  première  question  du  programme  proposé  par  le  Congrès  médical  inter- 
national de  1867  se  dédouble  d'une  manièi'e  tout  à  fait  ùanchéo.  Une  partie 
regarde  l'anatomie  et  la  physiologie  du  tubercule*  L'autre  partie  soulève  le 
problème  de  la  tubcrculisation  dans  les  diiïérents  pays^  et  de  son  influence  sur  la 
mortalité  générale.  Cette  dernière  partie  est  encore  eU^-mêine  con^plexei  car  la 
tuberculifiation  peut  envahir  plusieurs  {appareils  anatomiques.  •«-  Ainsi,  l'appareil 
cérébral^  ou  cérébro-spinal,  l'appareil  intestinal  avec  ses  aunej^es,  l'appareil 
osseux,  l'appareil  glaudulaiie,  mais  surtout  Vappai*ei^  respiiatcnre,  ^QUft  laÎMoiis 
à  d'autrçsj  plus  fayorisés  que  nqus  sous  le  rapport  d^s  moyen»  d'observer,  l'im* 
portante  tâche  de  traitei*  la,  première  partie,  (Jjuaut  k  la  pecou^Q)  ww^  n'en  pren- 
drons encore  qu'un  élément,  mais  pourtant  le  principal  ;  celui  de  la  tuber- 
çuUsation  pulmonaire  considérée  comme  ç^UfQ  de  déeèp  daoi  un  mQieu 
géographique  bien  circonscrit,  celui  d'upe  ville  de  i9!ii0Q0  b^UmUt  Nous 
désirous  et  uous  çspérons  même  que  4es  rechercl|es  ^aloguc^^,  fcûtes  «uf  4ifie^ 
P'ents  points,  dans  d'autres  ^v^dçs  yïH^h  pourront  surgû'j  et  que  <ift  leur  raf^ 
prochcmeut  U  jaillira  quelque  vive  lumière  sm*  un  des  plus  pbsçu^  ^i  des 
plus^désastreux  fléaux  morbide^  qui  ailUgent  l'humanité. 

Les  auteurs  du  programme  ont  accpmpagué  l'énoncé  de  la»  quenUoil  4e  eom* 
mentaires  destinés  à  (guider  l'obseryateur  :  ^  Ou  devri^  surtout  tàeher  do  pr^fûser 
)»  l^s  con4iUons  étiologiques  qui,  dan^  le»  dii)'érents  pay»,  sopt  CQm4dérées 
^  comme  ayant  une  iniluence  active  et  prépondérante,  L'iimuenee  de  Vàge, 
»  du  sexe,  du  climat;  celle  des  races  diverses,  des  habitudes  sooialfi,  4e0  )h4$« 

(i)  Mous  remercions  l^uteur  d^avoir  bien  vouhi  ftdre  lui-même  un  résuoiô  de  son  excellent 
tiavûl,  qui  a  dA|à  été  imprimé  in  extmMo  «pus  ferme  de  bMehure  (Paris,  1B6?^  V.  Hasson). 


STATISTIQW  HE  U  PHTHISIE  PULMOCfAlBB.  —  BIARMISSE.  111 

•  mis,  des  aliments,  des  industries  spéciales  aux  lieux  où  Tobservation  sera 
»  faite seront  donc  autant  de  points  particuliers  qui  devront  appeler  l'atten- 

•  tion 11  est  tràfrriinportant»  et  l'on  ne  saurait  trop  insister  sur  ce  point,  que 

»  les  documents  mis  en  œuvre^  pour  étudier  ces  diverses  questions^  soient  aussi 
I  exacts  que  possible.  On  devra  donc  soumettre  tous  les  renseignements^  même 
»  et  peuWêtre  surtout  les  statistiques  administratives,  à  un  contrôle  rigoureux, 
«  aTant  de  les  accepter  à  titre  de  matériaux  d'une  valeur  positive.  » 

NATURE   ET   APPRÉOATION   DES   DOCUMENTS. 

Les  lignes  qui  précèdent  nous  font  une  obligation  de  nous  étendre  un  peu  sur 
l'origine  et  la  qualité  des  documents  qui  ont  servi  de  base  à  notre  travail.  Dans  une 
Tille  ricbement  pourvue  d'bospices  et  d'hôpitaux,  et  où  la  constatation  des  décès  est 
eoovenablament  organisée,  il  est  impossible  que  l'enquêto  des  décès  phthisiqnes 
Besoit  pas  à  la  fois  complète  et  exacte.  Or>  c'est  au  milieu  de  ces  excellentes 
conditions  que  nos  matériaux  ont  été  recueillis.  Au  bureau  de  l'état  civil  de  la 
nile  de  Bordeaux^  aucun  acte  mortuaire  n'est  dressé  sans  la  présentation  d'un 
bulletin  médical  qui  contient  la  date  exacte  du  décès,  les  nom  et  prénoms,  pro- 
fession et  étatjcivil^  lieu  de  naissance  et  âge  du  décédé,  avec  la  mention  aussi 
exacte  que  possible  de  la  cause  présumée  de  la  mort.  Les  M29  bulletins  mor- 
tuaires rangés  sous  la  rubrique  de  la  phthisie  pulmonaire  ont  été  pris  dans  une 
Qtttte  de  36  000  environ  j  Us  ont  été  dépouillés  par  nou8«mâme  avec  un  soin 
tout  spécial,  et  ils  peuvent  être  classés  en  deux  groupes  quant  à  leur  origine.  Les 
ODS,  au  nombre  de  1518,  se  rapportent  à  des  décès  phtbisiques  survenus  dans 
ks  divers  hospices  ou  hôpitaux  de  notre  ville  (1),  Ces  bulletins  sont  arrivés  à 
l'état  civil,  signés  par  les  médecins  chefs  de  service;  ils  proviennent  donc  d'une 
source  qui  satisfait  à  toutes  les  exigences  d'une  bonne  statistique  médicale.  Four 
l'autre  groufie,  eelui  de»  déeès  phthiaiques  survenus  en  ville  et  à  domicile,  nous 
osons  réclamer  une  sympathie  scientifique  tout  aussi  fondée*  En  effet,  il  est  facile 
de  prouver  que,  dans  l'immense  majorité  des  cas,  un  décès  phthisique  ne  peut 
guère  échapper  à  l'investigation  du. médecin  vérificateur  qui  veut  consciencieu- 
Kment  remplir  son  mandat,  aussi  bien  sous  le  rapport  scientifique  que  sous  le 
rapport  administratif.  Les  difficultés  du  diagnostic  ne  sont  presque  pas  plus 
grandes  pour  lui  que  pour  le  médecin  traitant  appelé  le  dernier  auprès  du 
phthisique. 

D  est  très-^xaet  d'objecter  qu*au  début  11  peut  être  quelquefois  difficile  de 
liagnestiqner  une  phthisie  pulmonaire.  Mais  dans  la  période  ultime  de  la  ma- 
héie,  et  après  le  décès  même,  il  en  est  bien  autrement.  L'aspect  presque  carac- 
téfistiqne  du  cadavre,  les  renseignements  fréquemment  obtenus  sur  les  antëcé- 
ients  héréditaires,  la  déclaration  nettement  et  toujours  identiquement  formulée 
parles  divers  médecins  qui  ont  été  consultés  surtout  dans  les  derniers  temps  do 
la  maladie,  l'énumération  de  ses  symptômes  essentiels^  l'historique  des  divers 
traitements  employés,  ne  voilà-t*il  pas  un  ensemble  de  données  qui  suffisent 


(i)  H^j^ital  Saint-André^  hdpttal  militaire,  hospice  des  EniÎRnta  trouvés  etaasistés,  hoqiice 
^  la  Maternité^  hospice  des  vieillards  et  des  incurables,  hospice  des  vénériens,  hoapice  dof 
^^èoèu^  hospice  du  DépOt  de  mendicité,  hospice  lihre  des  Petites-Sœurs^  hospice  Uhre  4v 
1«oda,  asile  des  sonrdes-moettes. 


112    CONGBkS  MÉDICAL  INTERNATIONAL.  —  DEUXIÈME  SÉANCE  DE  JOUR. 

amplement  au  médecin  vérificateur  pour  connaître  le  diagnostic  des  médecins 
traitants^  et  pour  le  formuler  dans  son  rapport  administratif? 

Une  expérience  personnelle  de  plusieurs  années  nous  permet  d'affirmer  qu'un 
décès  par  phthisie  tuberculeuse,  soit  laryngée,  soit  pulmonaire,  étant  donné,  il 
est  rare  qu'un  médecin  yérificateur  des  décès  ne  puisse  anÎTer  à  la  connaissance 
de  la  cause  mortuaire  avec  les  moyens  d'investigation  que  nous  venons  d'énu- 
mérer. 

Aussi  l'absence  d'un  renseignement  toiyours  venu  directement  d'un  médecin 
traitant  n'ôte  pas  à  nos  matériaux  les  qualités  scientifiques  que  nous  leur 
donnons. 

Nous  repoussons  donc  comme  un  véritable  préjugé,  ^vec  M.  Marc  d'Espine, 
l'opinion  de  certains  confrères  qui  ne  voudraient  pas  admettre  chez  un  médecin 
vérificateur  une  aptitude  suffisante  pour  reconnaître  beaucoup  de  causes  mor- 
tuaires, s'il  n'a  pas  de  renseignements  venus  d'un  médecin  traitant. 

Une  preuve  indirecte  de  la  bonté  de  nos  matériaux,  c'est  l'estime  qu'en  a 
faite  M.  le  docteur  Bertillon  dans  plusieurs  circonstances,  alors  que  nous  n'avions 
publié  qu'un  tiers  de  ce  travail.  Dans  ses  Études  statistiques  de  géographie  pathoU}- 
gique,  il  fait  à  nos  matériaux  l'honneur  de  les  grouper  parmi  ceux  qui  lui  parais- 
saient les  seuls  dignes  de  confiance,  soit  pour  leur  origine,  soit  pour  leur  dé- 
pouillement. 

Pour  terminer  ce  qui  regarde  l'examen  critique  de  nos  documents,  nous 
dirons  encore  qu'ils  appartiennent  à  deux  périodes  distinctes,  relativement  à 
notre  statistique  locale.  Un  groupe  de  nos  bulletins  mortuaires  a  été  recueilli 
avant  l'annexion,  qui  a  agrandi  subitement  la  population  bordelaise  de  8000  à 
9000  habitants. 

De  plus,  nous  ajouterons  que  le  service  de  la  constatation  médicale  des  décès 
en  ville  est  laite  par  trois  docteurs  médecins,  dont  le  traitement  fixe  est  de 
2600  francs  par  an. 

Maintenant  que  nous  nous  sommes  suffisamment  expliqué  sur  la  valeur  de  nos 
documents,  nous  allons  les  étudier  analytiquement. 


10  000  habitants  de  Bordeaux  fournissent  annuellement  en  décès  phthisi- 
ques  30,56,  et  1000  décès  généraux  comprennent  13&  décès  phthisiques. 

D'après  la  remarque  de  l'auteur,  remarque  qu'il  attribue  d'ailleurs  avec  raison 
à  M.  le  docteur  Bertillon,  le  premier  de  ces  rapports  désigne  seul  le  degré  de 
prédisposition  phthisique  d'une  population.  Le  second  rapport,  c'est-à-dire  le 
rapport  des  décès  phthisiques  aux  décès  généraux,  n'indique  que  le  risque  couru 
par  un  décès  d'être  attribué  à  la  phthisie  pulmonaire.  En  effet,  que  la  fièvre 
typhoïde  cesse  ses  ravages  dans  une  année,  ou  toute  autre  cause  fréquente  de 
mort,  aussitôt  le  rapport  des  décès  phthisiques  aux  décès  généraux  deviendra 
plus  fort;  qu'une  épidémie  meurtrière  apparaisse,  comme  le  choléra,  la  variole, 
aussitôt  ce  même  rapport  diminuera.  Le  rapport  des  décès  phthisiques  aux  vivants 
restera  le  même  dans  les  deux  hypothèses. 

M.  le  docteur  Bertillon  a  prouvé  que  pour  diverses  contrées,  le  rapport  des 
décès  phthisiques  aux  vivants  oscillait  entre  U9  et  25  pour  10  000  habitants  ;  que 
je  rapport  des  décès  phthisiques  aux  décès  généraux  dans  ces  mêmes  contrées 


MABUISSE.  — STATJSTtOUE  DE  LA  PHTHtSIE  PULMONAIRE.  115 

passait  de  214  à  116.  On  voit  donc  que  la  population  bordelaise  n'est  pas  trop 
maltraitée  par  rendémie  tuberculeuse. 

Cest  entre  20  et  25  ans  que  se  trouve  le  maximum  de  prédisposition  phthi- 
sique  pour  la  cité  bordelaise,  comme  d'ailleurs  pour  les  autres  grands  centres. 
Mab  ce  maximum  se  précise  par  le  rapport  de  Uk  décès  pour  10  000  individus  de 
c«tâge.  Puis  viennent  les  séries  de  30  à  35  ans  (43  décès),  25  à  30  (41  décès), 
35  à  kÙ  (36  décès),  15  à«0  (33  décès). 

Le  minimum  de  prédisposition  est  entre  5  et  10  ans  (8  décès);  puis  viennent 
les  séries  q>rè8  70  ans  (15  décès),  10  et  15  (18  décès)^  0  et  5  (22  décès). 

Le  risque  pour  un  décès  d*être  phthisique  est  à  son  suprême  degré  entre  25 
et  30  ans  :  448  décès  phthisiques  pour  1000  décès  généraux.  Puis  [viennent 
les  séries  de  20  à  25  ans  (437  décès  phthisiques),  de  15  à  20  (400  décès),  30  à 
35  (379  décès),  35  à  40  (350  décès). 

Le  minimum  du  risque  phthisique  est  entre  0  et  5  ans  :  9  décès  phthisiques 
pour  1000  décès  généraux.  Puis  viennent  les  séries  après  70  ans  (24  décès  phthi-> 
âqaes),  entre  65  et  70  (29  décès),  60  et  65  (47  décès). 

Pour  le  sexe  masculin,  le  maximum  de  prédisposition  phthisique  est  encore  de 
20  à 25  ans  :  50  décès  phthisiques  pour  10  000  individus  de  cet  âge.  Puis  viennent 
les  séries  masculines  de  25  à  30  (47  décès  phthisiques),  de  30  à  35  (42  décès), 
SOàSS  (37  décès). 

Pour  le  même  sexe/ le  minimum  de  ce  risque  est  après  70  ans:  13  décès 
phlhisiques  pour  1000  décès  généraux.  Puis  viennent  les  séries  entre  0  et  5  ans 
;23  décès),  65  et  70  (31  décès). 

Le  maximum  de  prédisposition  phthisique  pour  le  sexe  féminin  est  entre  30  et 
35  ans  :  44  décès  pour  10  000  individus  du  même  âge.  Puis  viennent  les  séries 
35  et  &0  ans  (43  décès),  20  et  25  (40  décès),  25  et  30  (38  décès). 

Le  maximum  du  risque  phthisique  pour  le  même  sexe  est  entre  25  et  30  ans  : 
500  décès  phthisiques  pour  1000  décès  généraux.  Puis  viennent  les  séries  15  et 
20  ans  (&53  décès),  20  et  25  (436  décès),  35  et  40  (388  décès). 

Le  minimum  de  ce  même  risque  est  encore  après  70  ans  :  6  décès  phthisiques 
pour  1000  décès  généraux.  Puis  viennent  les  séries  65  et  70  (25  décès),  0  et  5 
:26  décès),  60  et  65  (37  décès). 

Ces  divers  rapports  indiquent  l'influence  de  l'âge  d'abord  seul^  puis  de  l'âge 
combiné  au  sexe.  On  voit  que  le  maximum  de  prédisposition  phthisique  est  bien 
<liirérent  suivant  le  sexe. 

Le  célibat  et  l'état  matrimonial,  par  les  conditions  hygiéniques  de  diverse 
i^^ture  où  ils  mettent  un  individu,' lui  sont-ils  utiles  ou  nuisibles  relativement  à  la 
phthisie? 
Voici  la  réponse  d  après  les  résultats  obtenus  par  l'auteur  du  Mémoire  : 
Toute  femme  menacée  de  phthisie,  soit  par  quelques-uns  de  ses  symptômes 
précurseurs,  soit  par  des  antécédents  héréditaires,  doit  voir  dans  le  mariage  un 
<^ger  pour  elle,  car  10  OOO  femmes  en  état  matrimonial  (mariées  ou  veuves 
<^tre  20  et  40  ans)  donnent  par  an  42  à  43  décès  phthisiques,  tandis  que  l'autre 
?"«pen'en  donne  que  35  à  37. 

Le  résultat  inverse  est  trouvé  pour  les  hommes  mariés  ou  veufs  (entre  20  et 
^Oans,.  10  000  fournissent  28  à  29  décès,  et  10  000  célibataires,  42  à  43. 

li  faut  remarquer  que  la  prédisposition  phthisique  étant  beaucoup  plus  précoce 
chez  les  hommes  que  chez  les  femmes,  l'existence  de  la  phthisie  conârmée  doit 
^ttûumer  du  mariage  beaucoup  plus  d'hommes  que  de  femmes,  et  que  par  suite 

8 


il&     CONGRES  MÉDICAL  INT£RNATtONAL.  ^  DEUXIÈME  SÉANCE  DE  JOUR, 

le  groupe  célibataire  des  hommes  doit  fournir  plus  de  phthisiques  que  le  même 
groupe  de  femmes,  sans  que  le  célibat  y  soit  pour  une  action  quelconque  directe. 

Pour  l'influence  des  mois  et  des  saisons,  Tauteur  a  constaté  que  les  mois  et  les 
saisons  les  plus  chargés  en  décès  généraux  ne  sont  pas  les  plus  chargés  en  décès 
phthisiques;  que,  pai*  suite,  les  causes  qui  influencent  la  mortalité  générale  n'ont 
pas  la  même  action  sur  la  mortalité  phthisique. 

A  Bordeaux^  cette  dernière  mortalité  est  à  son  maxipum  en  avril  et  en  man, 
et  à  son  minimum  en  août  et  en  juin. 

Pour  étudier  l'influence  si  complexe  des  professions^  il  fallait  à  l'auteur  des 
documents  statistiques  qu'il  signale  et  qu'il  regrette  de  n'avoir  pas  pu  se  pro- 
curer; mais  ils  n'existent  pas,  grâce  à  la  manière  confuse  et  incomplète  dont  se 
font  nos  recensements  pompeusement  appelés  officiels,  mais  très-peu  scientifi- 
quement organisés. 

Néanmoins,  avec  les  documents  que  l'auteur  avait  à  sa  disposition,  il  est  arrivé 
à  quelques  conclusions  très-utiles  à  connaître  pour  l'hygiène  professionnelle. 

At^t46  'pkthUiqw  professionnel  pour  1000  décès  généraux. 

3,&0  :  professions  libérales; 

/i,10  :  rentiers,  propriétaires; 

6,30  :  professeurs,  instituteurs  ;  , 

6,50  :  bouchers,  charcutiers  ; 

7,39  :  ouvriers  agricoles; 
10,90  :  ecclésiastiques; 
12,80  :  gros  marchands,  industriels; 
1^,20  :  professions  maritimes; 
14,40  :  charpentiers; 
17,40  :  tailleurs  d'habits; 
18,10  :  ouvriers  à  bâtisse  :  maçons,  etc.  ; 
18,30  :  femmes  à  gages  ; 

18,50  :  professions  masculines  purement  matérielles  ;  portefaix^  etc.  ; 
21,60  :  commis,  employés; 
21,10  :  boulangers,  pâtissiers,  cuisiniers; 
22,50  :  douaniers,  octroiens  ; 
21,10  :  cordonniers; 
20,70  :  militaires; 
20,40  :  tonneliers; 
24,00  :  scieurs  de  long  et  de  bois; 
27,00  :  charbonniers; 
27,30  :  hommes  à  gages  :  domestiques; 
28,90  :  peintres  ; 

27,20  :  ouvriers  en  contact  avec  les  métaux,  le  feu,  la  vapeur; 
30,40  :  couturières,  lingèrcs,  etc.  ; 
35,00  :  lisseuses; 

35,50  :  menuisiers,  ébénistes,  tourneurs,  etc.  ; 
40,00  :  coiffeurs; 
42,50  :  graveurs,  horlogers. 

Le  séjour  dans  un  des  nombreux  établissements  hospitaliers  publics  ou  priTcs 
de  la  ville,  et  rinscriptioti  sur  le  registre  de  son  bureau  de  bienflaisance  qui  corn* 


SABBAMÉA.— JI|FtDB«CE  DU  TUBERCULE  SUR  LA  MORTALITÉ  GÉNÉRALE.   115 

prend  «imueUeinent  plus  de  12  000  individus,  ont  servi  à  M.  Marmisse  pour 
établir  une  catégorie  bien  exacte  des  décès  indigent»,  tant  généraux  que  phthi- 
liques.  Voici  hs$  résultats  numériques  auxquels  U  a  été  amené  en  étudiant  ce 
point  de  vue  statistique  qui  nous  paraît  tout  nouveau,  au  moins  pour  la  riinieur 
de  U  méthode. 

1000  décès  généraux  donnent  154  k  155  décès  officieUement  indigents, 
dont  132  à  133  dans^les  établissements  hospitaliers  et  22  à  28  dans  le  bureau  de 
secours. 

1000  décès  généraux  donnent  55  à  56  décès  phthisiques  officiellement  indi^ 
gents  dont  U2  à  43  nosocomiaux  et  13  à  14  dans  le  bmeau  de  secours. 

1000  décès  généraux  indigents  donnent  360  à  361  décès  phthisiques,  dont 
272  nosoconoiaux,  89  dans  le  bureau. 

1000  décès  nosocomiaux  donnent  315  phthisiques. 

Lne  catégorie  parallèle  de  décès  riches  a  pu  être  fiûte  au  moyen  de  divers  ren- 
seignements  recueillis  sur  le  buUetm  mortuaire  porté  à  l'état  civil  pour  chaque 
oeces,  et  an  moyen  de  la  notoriété  publique. 

1000  décès  généraux  donnent  63  à  64  décès  riches,  dont  6  à  7  phthisiques. 

1000  décès  généraux  riches  donnent  87  à  88  phthisiques. 

Le  Mémoire  a  distribué  les  décès  phthisiques  par  lieu  d'origine  suivant  les  dé- 
partements. 

Sur  1000  décès  phthisiques,  Bordeaux  n'en  peut  réclamer  que  373,  et  la  Gironde 
(Bordeaux  noïi  compris)  127. 

^  ordre  d'importance  viennent  ensuite  les  départements  suivants  :  Basses- 
Pyrénées,  Dordogne,  Undes,  Lotret-Garonne,  Hautes-Pyrénées,  Corrèze,  Cha- 
rentfr4nlériemre. 


imFiiiJEmcE 

PAR  M.  U  DOCTEUR  SARRAMÉA  (OR  BORDEAUX}. 


La  travail  inédit  et  sucdnct  que  j'ai  Thonneur  de  présenter  à  votre  majestueuse 
«Kxnblée,  et  pour  lequel  je  réclame  votre  bienveillante  hidulgence,  a  pour 
•njet  on  point  important  de  la  vaste  question  formulée  en  tête  de  votre  pro- 
grunme,  comme  Tune  des  plus  dignes  des  investigations  de  la  science. 

En  q»portant  mon  faible  tribut  à  la  solution  de  ce  difficile  problème,  ma 
mfiance  repose  surtout  en  l'espérance  des  lumières  qui,  pour  le  résoudre,  doi- 
vent jaillir  du  faisceau  de  vos  opinions. 

Quelle  est  l'influence  de  la  tuberculisation  sur  la  mortalité  générale;  quelles 
•ont  les  conditions  étiologiques  qui,  dans  les  différents  pays,  sont  considérées 
comme  ayant  une  influence  active  et  prépondérante  sur  la  production  de  a 
tuberculisation,  et  quels  doivent  être  les  moyens  de  les  combattre  ? 

Au  deux  premières  questions  déjà  savamment  traitées  devant  vous  je  ne 


116     CONGRÈS  MÉDICAL  INTERNA'nONAL.  —  DEUXIÈME  SÊAMGB  DE  JOUR. 

ferai  que  d'aphoristiques  réponses^  me  réservant  d'appeler  spécialement  votre 
attention  sur  la  troisième,  la  prophylaxie. 

Vous  le  savez,  messieurs,  l'influence  de  la  tuberculisation  sur  la  mortalité 
générale  est  effrayante  parce  que  seule  elle  produit  un  cinquième  du  décès  (1). 

Ce  fait  désolant  est  constaté  par  des  statistiques,  malheureusement  trop  vraies, 
qui  démontrent  la  trop  fréquente  inefficacité  de  notre  thérapeutique,  malgré  ses 
ingénieuses  et  innombrables  ressources. 

Quelles  sont  donc  les  causes  tuberculogèncs,  et  ne  serions-nous  pas  plus  puis- 
sants pour  les  détruire  que  pour  en  combattre  les  effets  ? 

La  cause  première  de  la  tuberculisation,  chez  tous  les  peuples,  à  tous  les  âges, 
c'est  la  mauvaise  nutrition,  par  défaut  de  quantité,  de  qualité  et  de  continuité 
de  substances  digestibles  et  respirables,  les  comestibles  et  l'air,  le  manque  d'ex- 
citation convenable  par  la  lumière  et  le  calorique,  les  fonctions  de  la  peau,  l'héré- 
dité, l'influence  des  professions,  celles  des  mœurs,  du  climat,  des  institutions, 
de  l'ignorance. 

Nommer  ces  causes,  les  unes  génératrices,  les  autres  fautrices  de  la  tubercu- 
lose, c'est  signaler  implicitement  les  moyens  de  les  annihiler  en  demandant  toutes 
ses  forces  vives  à  l'hygiène,  cette  trouvaille  importante  de  la  philosophie  géné- 
rale qui  gmde  sûrement  l'homme,  dans  la  morale,  vers  la  perfectibilité,  sa  su- 
prême loi;  magnifique  étude  des  milieux,  au  sein  desquels  se  meut  l'humanité 
vivante  ;  grande  et  féconde  voie  ouverte  à  nos  recherches  et  à  nos  succès,  si  nos 
conseils  sont  entendus  et  suivis. 

Malheureusement,  vous  le  savez,  messieurs,  armés  d'une  puissance  souveraine 
et  scrupuleusement  obéis  quand  il  s'agit  de  guérir  les  maladies,  nous  sonmies 
à  peine  écoutés  quand  nous  parlons  de  les  prévenir;  et  cependant  ce  dernier 
résultat  est  plus  facile  à  obtenir  que  le  premier,  et  il  n'est  pas  moins  glorieux 
pour  notre  art. 

Quel  triomphe,  en  efTet,  messieurs,  si  nous  parvenions  à  faire  disparaître  ce 
mal  terrible  qui  nous  occupe  ;  mal  plus  meurtrier  que  toutes  les  épidémies,  et 
qui  décime  la  population  en  ne  choisissant  que  de  jeunes  victimes. 

Cette  victoire  sur  les  causes  tuberculogènes  peut  ôlre  obtenue,  à  la  condition 
de  nous  servir  continuellement  des  armes  de  combat  que  nous  fournit  l'hygiène. 

Son  premier  précepte,  s'adrcssant  aux  fonctions  respiratoires,  veut,  pour  les 
poumons,  toujours  un  air  pur  et  abondant,  au  contact  duquel  puissent  respirer 
les  globules  veineux,  pour  s'élaborer  et  former  la  chah*  coulante. 

Tel  air,  tel  sang,  telle  santé.  Insistons  donc  sur  cette  circonstance  capitale  de 
la  vie  humaine,  à  savoir,  que  les  ti*ois  cinquièmes  au  moins  de  cette  vie  s'écoulent 
dans  les  habitations.  C'est  là  que  les  milieux  défavorables  ont  la  plus  funeste 
influence.  Aussi,  à  ces  foyers  domestiques  trop  étroits,  trop  mal  aérés,  trop 
obscurs,  trop  humides,  naissent  et  se  développent  ces  maladies,  ces  diathèses 
fatales  qui,  restant  souvent  en  puissance,  impriment  aux  sujets  qui  en  sont  por- 
teurs cette  physionomie  si  bien  dépeinte  par  Devay,  et  éclatent  plus  tard  pour  se 
terminer  d'une  façon  funeste.  C'est  là  qu'U  faut  veiller  aux  conditions  d'aération, 
suriout  pendant  le  sommeil  de  la  nuit,  grand  acte  répai*ateur  durant  lequel  les 
fonctions  de  la  vie  de  relation  étant  suspendues,  celles  de  la  vie  organique 
s'exécutent  avec  une  plus  grande  énergie;  l'assimilation  et  l'absorption  sont  plus 
puissantes  et  toutes  les  causes  capables  de  vicier  l'hématose  plus  actives. 

(1)  125  décès  phtbisiquet  sur  596  décès  eo  1864  à  rbdpiUl  Saint-André  de  Bordeaux. 


SABRAMÊA.  —  INFLUENCE  DU  TUBERCULE  SUK  LA  MORTALITÉ  GÊiNÊRALE.    117 

L'absorption  de  l'air  peut  ôtre  favorisée  quelquefois  ;  et  vous  savez  que  la  belle 
T^ëtalion  des  lieux  bas  comparée  à  celle  chétive  des  hautes  montagnes,  le  malaise 
éproof  ë  à  mesure  que  l'air  se  raréfie,  et  le  bien-être  quand  sa  pression  augmente, 
ooodoisîrentPraTas  à  l'idée  du  bain  d'air  comprimé.  «  Sous  son  influence,  dit  cet 
•auteur,  on  a  vu  toutes  les  fonctions  mieux  s'exécuter,  l'hématose  être  plus  riche, 
le  lymphatisme  faire  place  au  tempérament  sanguin,  la  constitution  se  fortifier. 

Déjà,  messieurs,  proclamons-le  avec  bonheur  et  reconnaissance  :  en  ce  qui 
€<mceroe  les  conditions  de  saine  aération  domiciliaire,  un  grand  pas  a  été  fait  par 
la  promulgation  de  la  loi  sur  les  logements  insalubres,  instituant  des  commis- 
sions et  leur  donnant  pleine  autorité  pour  pénétrer  dans  les  plus  humbles  habi- 
tations et  veiller  à  ce  que  l'air  et  la  limiière  y  soient  toujours  abondants  et  sains. 

Ces  premiers  avantages  seraient  augmentés  encore  si  la  loi  dont  je  parle  était 
complétée  par  l'investiture  des  commissions,  du  droit  et  du  devoir  de  contrôler 
les  plans  de  toutes  les  constructions  contraires  à  l'homme,  et  de  veiller  à  ce  que 
toutes  elles  soient  conformes  aux  prescriptions  de  l'hygiène. 

Ainsi,  d'un  côté,  les  anciens  vices  de  construction  corrigés;  de  l'autre,  de  nou- 
veaux ne  pouvant  se  produire,  la  salubrité  des  habitations  serait  à  toujours  un 
immense  bienfait  acquis,  bienfait  égal  à  celui  que  nous  procure  chaque  jour 
l'éditité  de  nos  grandes  cités,  à  l'exemple  de  celle  de  notre  splendide  capitale,  tra- 
vaillant à  leur  assainissement,  et  par  conséquent  à  leur  beauté  et  à  leur  richesse. 

Certes,  messieurs,  malgré  tout  ce  que  peuvent  avoir  de  respectable  et  d'at- 
trayant pour  l'artiste  et  l'archéologue  les  vieilles  rues,  les  carrefours,  les  maisons 
en  ruine  au  milieu  desquelles,  ont  passé  tant  de  générations,  il  nous  sera  permis 
de  saluer  avec  enthousiasme  ces  larges  voies,  ces  vastes  habitations,  ces  prome- 
nades où  sont  réunis  à  flots  abondants  et  toujoiu^  purs  l'air  et  la  lumière,  ces 
deux  grands  facteurs  de  la  vie  et  de  la  santé. 

Je  n'ai  pas  besoin  de  signaler  l'influence  dépressive  et  morbifique  de  l'obscu- 
rité.  Funeste  aux  plantes,  elle  ne  l'est  pas  moins  aux  animaux,  et  vous  connaissez 
les  expériences  de  M.  Coste,  faisant  mourir  de  phthisie  pulmonaire  des  chiens  en 
les  emprisonnant  dans  des  caves,  privés  de  lumière  et  cependant  bien  nourris  et 
en  liberté. 

Que  de  fois  j'ai  vu,  comme  vous  avez  pu  l'observer  aussi,  de  pauvres  petits 
entants  nés  avec  les  apparences  de  la  meUleure  constitution,  et,  par  suite  de  leur 
séjour  dans  des  rez-den^haussée  obscurs  et  malsains,  devenus  pâles,  étiolés, 
aifectésd'engorgenient  lymphatique,  d'adénite**  ?ârvicales,  de  kérato-conjonctivite, 
tous  accidents  qui  disparaissaient  rapidement  par  le  fait  de  la  vie  au  grand  air  et 
au  soleil. 

Si,  comme  je  le  disais  fl  y  a  un  instant,  la  dépression  des  forces,  la  lenteur 
des  actes  vitaux  prédispose  à  la  tuberculisation,  si  l'activité  des  fonctions  respi- 
ratoires est  utile  pour  lutter  contre  ces  causes,  il  doit  en  être  de  même  des 
fonctions  digestives,  qui  réclament  les  toniques  et  réparateurs  aliments  de  la 
calorification  et  de  la  force,  aptes  à  développer  le  tempérament  bilieux  et 
sanguin  en  opposition  avec  le  lymphatique. 

Les  corps  gras  jouent  ici  un  rôle  important,  et  le  phosphore  a  aussi  sa  valeur. 

Vanté  conmie  agent  préventif  de  la  dlathèse  tuberculeuse  héréditaire  à  la 
dose  d'un  milligramme  par  jour,  c'est  surtout  conune  nutriment  qu'il  doit 
être  administré  à  l'état  de  combinaison  organique  fournie  soit  par  un  régime 
suté,  soit  par  la  viande  crue,  comme  plus  facilement  assimilable,  ainsi  que  je 
l'ai  constaté  en  nuiintes  circonstances. 


118     CONGBfeS  MÉDICAL  INTERIfATIOllAL.— DEUXIËMB  SÊAfVCE  DK  lOtS. 

La  gymnastique,  n  généralisée  de  nos  jours,  a  son  utilité  pour  la  roboratilon 
des  muscles  respirateurs  pour  la  Jeu  lilire  et  régulier  de  la  cage  thoracique. 
Davis  conseiUe  de  suspendre  par  les  bras  à  un  trapèse  les  sujets  prédisposés  aux 
tubercules,  et  de  les  amener  peu  à  peu  à  pratiquer  les  exercices  variés  de  cet 
appareU. 

Ce  serait,  au  dire  de  Fauteur^  un  moyen  pr^entif  et  cûratif  de  laptithistepul-* 
monaire;  plût  à  Dieu  que  l'expérience  conflrmAt  cette  affirmation,  et  qu'il  en  fût 
de  même  de  Téquitation,  dont  Sydenham  proclamait  le  pouvoir  antituberculeux 
en  écrivant  :  «  Via  me  fefelHt  unqudm*  » 

Les  respirations  forcées  conseillées  par  le  professeur  Piorry  ont  leur  utilité 
comme  la  déclamation  et  le  cbant.  L'illustre  Cuvier  attribuait  au  professorat 
d'avoir  été  préservé  de  la  phthisie  pulmonaire  dont  il  était  menacé  dans  sa  jeu- 
nesse. 

Je  m'arrête  un  instant^  messieurs^  au  rôle  physiologique  de  la  peau  considérée 
avec  raison  comme  une  des  clefs  de  la  pathologie;  immense  enveloppe  par  la* 
quelle  nous  sommeil  en  contact  avec  les  milieux  qui  nous  entourent;  voie  par  où 
se  font  les  grandes  crises  dans  les  maladies  (Hippocrate)i  d'où  la  haute  impor- 
tance de  maintenir  ses  fonctions  toujours  normales  et  de  les  activer  même 
parfois  par  l'absorption  de  l'oxygène  et  l'excrétion  des  matériaux  vieillis  et  brûlés 
dans  l'organisme  :  ici  trouvent  leur  emploi  les  bains,  les  frictions,  le  massage, 
l'hydrothérapie^  Télectricité,  l'humidité,  les  vêtements.  J'ajoute  les  climats, 
vaste  question  sur  laquelle  ont  été  publiés  de  nombreux  travaux  qui  manquent 
souvent  du  cachet  d'un  parfait  positivisme  et  que  je  n'essayerai  pas  de  traiter  en 
ce  moment.  Je  dirai  seulement  qu'au  point  de  vue  de  la  prophylaxie  de  la  tu- 
berculisation,  les  climats  les  plus  convenables  sont  ceux  tempérés  et  constants, 
les  côtes  maritimes  bien  abritées  et  orientées,  l'air  marin  mêlé  aux  émanations 
balsamiques  des  bois  résineux.  Cette  pensée  est  depuis  longtemps  la  mienne,  et 
j'ai  essayé  d'en  démontrer  l'importance  dans  un  projet  présenté  au  gouvernement 
en  1850,  touchant  à  l'hérédité^  et  par  conséquent  au  grand  acte  vital  qui  confère 
à  l'homme  la  plus  sublime  des  dignités^  celle  de  la  paternité.  Je  ne  puis  que 
répéter  cette  vérité  ignorée  ou  si  mal  comprise  de  ceux  qu'elle  intéresse  le  plus, 
à  savoiri  que  la  vie  des  parents  se  continuant  dans  leurs  produits,  les  tuberculeux 
transmettent  à  leurs  enfants  leurs  diathëses,  alors  même  qu'elle  est  acquise. 
Cette  puissance  de  transmissibilité  est  d'autant  plus  grande^  que  k  diathèse  est 
plus  ancienne  dans  la  famille;  elle  peut  sommeiller  pendant  une  génération  pour 
se  réveiller  dans  la  suivante.  Hérédité  en  retour,  indirecte,  toujours  impitoyable, 
frappant  sans  distinction  d'âge,  de  rang,  de  fortune;  source  fatale  qui,  pour  être 
tarie,  commande  la  suppression  des  alliances  consanguines,  le  croisement  des 
races  pour  le  renouvellement  des  germes,  l'observance  de  la  loi  naturelle  des 
sympathies  entre  sujets  de  caractères  opposés;  précieux  enseignements  trop  sou- 
vent stériles  et  qui  laissent  l'homme  indifférent  pour  l'amélioration  de  son  espèce, 
alors  que  dans  la  culture  de  ses  plantes  et  de  ses  animaux^  le  choix  et  le  renou- 
vellement des  semences,  le  soin  de  leur  germination^  le  croisement  des  races, 
lui  procurent  de  si  merveilleux  résultats. 

Sans  doute,  dans  l'acte  sérieux  de  l'association  de  l'existence,  les  convenances  de 
position  pécuniaire  et  sociale  ont  leurs  exigences  et  doivent  être  respectées;  mais 
toi:yoUrs  elles  doivent  être  dominées  par  celles  de  la  santé.  Pour  être  plus  hygié- 
niques, les  unions  n'en  seront  que  plus  morales. 

Greffer  des  tempéraments  forts  et  vigoureux  avec  des  constitutions  fragiles. 


SABBAMÊ A. —INFLUENCE  DU  TUDEBCULB  SUR  LA  MORTALITÉ  GÉNÉRALE.    119 

amâiorer  les  sujets  débiles  en  les  associant  par  le  maiiage  à  des  sujets  cxubé- 
nnU  de  forces,  ikToriser  ainsi  la  venue  de  générations  robustes,  vierges  de  tout 
germe  maladif,  est  un  acte  éminemment  utile  et  social  qui  élève  l'homme  en  lui 
donnant  des  organes  plus  aptes  à  exécuter  les  ordres  de  la  pensée  et  de  la 
volonté. 

11  en  serait  ainsi  même  si  l'ignorance  en  ce  qui  touche  à  la  santé  était  moins 
grande,  si  pour  combattre  les  préjugés  et  le  mensonge  de  faux  guérisseurs,  le 
charlatanisme,  l'enseignement  populaire  de  l'hygiène  dont  jouissent  déjà  plu- 
sieurs villes  était  généralisé.  C'est  là  le  seul  moyen  de  favoriser  les  alliances 
hygiéniques  et  d'empêcher  celles  qui  n'ont  point  ce  caractère. 

Pour  atteindre  ce  but,  il  est  vrai,  d'honorables  confrères  ont  suscité  des  me- 
sure$  administratives  ;  mais  de  nombreuses  difficultés  s'opposent  à  leur  adoption, 
et  le  code  qui  partage  si  bien  l'héritage  de  la  fortune  ne  pourrait  protéger  celui 
de  bi  santé  sans  troubler  complètement  nos  mœurs.  C'est  la  même  lacune  qui 
serait  comblée  en  introduisant  dans  nos  mœurs  l'usage  de  précautions  sanitaires 
que  nous  nous  empresserons  de  graver  dans  nos  lois.  Pour  cela  l'instruction  est 
la  seule  ressource  ;  déjà  largement  distribuée,  grâce  à  une  haute  impulsion,  elle 
sera  bientôt  le  baptême  général  versé  sur  la  tète  de  tous  les  peuples,  et  avec  lui 
le  bien-ètre  matériel  et  moral. 

En  résumé,  messieurs,  il  existe  deux  ordres  de  moyens  préventifs  contre  la 
tuberculisation.  Les  uns  généraux,  applicables  à  tous  les  sujets,  et  ce  sont  ceux 
sur  lesquels  j'ai  déjà  insisté  :  l'air,  la  lumière,  l'alimentation,  l'exercice,  les 
alliances  hygiéniques,  Tinstniction.  Les  autres  spéciaux,  les  climats,  les  voyages, 
l'air  marin,  les  eaux  minérales,  conditions  accessibles  seulement  à  la  fortune,  et 
que  nous  voudrions  voir  utiliser  en  faveur  de  tous,  car  la  maladie,  ce  premier 
niveau  de  l'égalité,  frappe,  commç  la  mori«  à  la  chaumière  et  aux  palais. 

Si  l'on  me  demande  actuellement  quand  devra  être  mise  en  œuvre  cette  pixH 
phylaxie,  je  répondrai  que  la  vie  humaine  se  partageant  en  périodes  d'accroisse^ 
ment,  d'état  et  de  déclin,  c'est  dans  la  première  surtout  que  l'hygiène  a  toute  sa 
puissance,  c'est-à-dire  dans  la  première  enfance,  l'adolescence  et  la  pubeilé. 
Donc,  qu'à  sa  naissance  tout  enfant  soupçonné  de  quelque  prédisposition  soit  scru- 
puleusement examiné,  que  le  médecin  s'empare  en  souverain  de  l'éducation 
de  ces  jeunes  êtres,  et  alors,  mise  en  œuvre  à  temps,  l'hygiène  obtiendra  d'im- 
menses succès. 

Pour  moi,  messieurs,  attaché  depuis  trente  ans  au  service  médical  d'établis- 
sements d'enfants,  parmi  lesquels  un  grand  nombre  marqués  au  triste  cachet  do 
ces  fices  organiques  qui  se  résument  en  ces  trois  mots,  lymphatisme,  scrofules, 
tubercules,  j'appelle  de  tous  mes  vœux  des  asUes  où  seraient  mis  en  œuvre  sur  une 
nste  échelle  les  grands  moyens  prophylactiques  proclamés  par  la  science,  et  dont 
ooeexpénence  personnelle  m'adéjàdémontré  en  bien  des  circonstances  la  puissante 
efficacité  (1).  Je  voudrais  qu'à  l'exemple  de  ces  oiseaux  migrateurs  qui,  chaque 
snnée,  quittent  les  mauvais  climats  pour  aller  se  fixer  vers  do  meilleurs,  je 
voudrais,  dis-je,  que  ces  jeunes  rejetons  débiles  de  notre  race  fussent  transplan- 
tés sur  des  terres  salubres  aptes  à  les  régénérer. 

Nombreux  sont  les  bâtiments  destinés  à  l'acclimatation  et  au  perfectionnement 

(i)  Fondation,  sur  les  bords  dn  bassin  d'Arcachon,  d'une  colonie  corrective  spécialement 
<leiUoéeain  jeunes  détenues  lymphatiques,  scrofuleuses  ou  tuberculeuses.  —  Projet  présenté 
an  fonvernement  en  1950  par  le  docteur  Sarraméa. 


120      CONGRÈS  MÉDICAL  INTERNATIONAL --DEUXIÈME  SÉANCE  DE  JOUR. 

d'animaux  et  de  plantes  agréables  et  atiles  !  Que  des  asiles  semblables  s'ouvrent 
pour  l'espèce  humaine  ;  que  sur  les  bords  de  la  mer,  en  des  sites  convenables, 
s'élèvent  pour  les  enfants  scrofulo-tuberculeux  des  établissements  où  soient  vic- 
torieusement combattues  leurs  mauvaises  dispositions,  par  la  respiration  d'un  air 
pur  et  balsamique,  l'exposition  à  la  lumière  et  aux  rayons  du  soleil,  des  aliments 
abondants  et  appropriés  aux  constitutions,  des  couches  sur  des  lits  formés  de 
plantes  aromatiques  ou  d'algues  marines,  l'eau  de  mer  quelquefois  en  boisson, 
les  bains  à  des  températures  convenables,  salés  ou  chargés  au  besoin  de  prin- 
cipes résineux  et  médicamenteux,  la  récréation,  les  travaux  agricoles  et  fores- 
tiers, l'exercice  sur  la  plage  et  sur  l'eau,  le  balancement  du  coi-ps  par  les  flots 
dans  les  moments  de  houle,  la  gymnastique  nécessitée  par  les  manœuvres  des 
marhis  et  la  natation,  enfin  quelquefois  les  voyages  sur  l'Océan. 

Ainsi  munis  de  ces  forces  préventives  et  médicatrices,  telles  que  nous  en 
fournissent  les  rives  du  bassin  d'Arcachon,  ces  établissements  seraient  de  véri- 
tables et  vastes  cliniques  d'hygiène  où  pourraient  être  vérifiés  et  contrôlés  les 
résultats  obtenus. 

Arrachant  à  la  souffrance  et  à  la  mort  de  nombreuses  victimes,  ils  en  feraient 
des  hommes  utiles  et  pour  la  société  et  pour  l'Etat. 

Destinées  d'abord  aux  enfants  secourus  par  l'assistance  publique,  ces  maisons 
en  verraient  bientôt  de  semblables  s'élever  pom*  ceux  que  la  fortune  ne  garantit 
pas  de  ces  déplorables  prédispositions,  et  bientôt  l'hygiène  publique  inscrirait 
dans  ses  annales  une  nouvelle  conquête. 

Déjà,  je  me  hâte  de  le  dire,  la  pensée  qui  inspira  mon  projet  en  1850  a  été 
réalisée  depuis  1860  par  l'Administration  de  l'assistance  publique  de  Paris,  qui  a 
fondé  pour  les  enfants  strumeux  de  la  capitale  un  établissement  sur  la  plage  de 
Berg,  aux  bords  de  l'Océan.  Je  serais  heureux  d'apprendre  de  quelques-uns  de 
nos  confrères  les  résultats  obtenus.  Certainement  ils  doivent  être  satisfaisants,  si 
j'en  juge  par  ceux  dont  j'ai  été  témoin  convaincu  dans  des  maisons  d'éducation 
établies  sur  les  bords  du  bassin  d'Arcachon,  où  des  tempéraments  lymphatiques 
ont  été  complètement  ti'ansformés,  des  tuberculisaiions  enrayées  même  chez  des 
siyets  héréditairement  atteints. 

Que  chaque  ville,  chaque  contrée  possèdent  donc  leur  institut  hygiénique. 
Réaliser  cette  pensée  serait  accomplir  un  immense  progrès^^  intéressant  dans  ce 
qu'elles  ont  de  plus  cher  toutes  les  classes  de  la  société,  en  commençant  par  les 
plus  malheureuses,  et  devant  diminuer  le  chiffre  de  la  mortalité,  qui  emporte 
celui  de  la  population.  Il  vous  appartient  d'élever  la  voix  pour  atteindre  ce  but. 

Tel  est  le  vœu  que  j'exprimai  au  Congrès  scientifique  de  France  en  1861,  et 
au  Congrès  médical  de  Bordeaux  en  1865,  qui  ont  bien  voulu  l'accueillir  favora- 
blement. Je  le  renouvelle  aujourd'hui  devant  vous  en  sollicitant  votre  puissant 
appui  dans  ces  solennelles  assises  où,  venus  de  toutes  les  parties  du  monde,  tous 
animés  du  même  amour  pour  le  progrès  au  profit  de  nos  semblables,  tous  unis 
par  une  indissoluble  fraternité,  nous  travaillons  à  reculer  les  fh)ntières  de  la 
science  pour  reculer  celles  de  la  vie. 


DIXERSFEBGER.    —  TUBERGCLOSE  PULMONAIRE  EN  BAVltRB.  121 

BB  MiA  TVBBRCVIiOSB  PUIillOIVAlBB  BM  BAVIArB. 

PAB  M.   LB  DOCTEUR  ULLERSFERGEB  (DE  MUNICH). 


Les  tubercules  prëdominent  dans  les  maladies  à  l'âge  de  20  à  30  ans;  ils  prë- 
doDiinent  encore  dans  les  maladies  à  Tâge  de  30  à  ^0  ans^  et  la  même  préva- 
lence  est  encore  visible  dans  les  maladies  de  l'âge  de  UO  à  50  ans. 

Le  plus  grand  nombre  de  yictimes  succombent  aux  phthisies  pulmonaires 
efatre  20  et  &0  ans. 

Les  mois  plus  dangereux  et  funestes  sont  les  mois  de  mars,  d'avril  et  de 
mai;  comme  les  plus  bénins^  les  mois  de  novembre^  d'octobre  et  de  décembre 
1826-1859). 

On  peut  prononcer  avec  certitude  que,  daiis  les  petites  villes  et  à  la  campagne, 
la  morbilité  et  la  mortalité  sont  inférieures,  les  nocuités  étiologiques  y  étant 
DMMns  fréquentes,  moins  intenses,  moins  complexes  et  moins  durables  que  dans 
la  capitale  et  dans  les  grandes  villes. 

Dans  les  prisons  publiques,  la  tuberculose,  les  hydroses  et  Thydrémie  préva- 
lent parmi  les  deux  sexes  et  ont  la  majorité  des  décès.  (Nous  trouvons  dans  nos 
papiers,  qui  avaient  été  destinés  à  un  autre  travail,  les  notices  suivantes  :  Dans 
la  maison  de  force  à  Munich,  il  y  avait  en  1852-53  en  tout  851  prisonniers  avec 
on  état  annuel  de  70&  malades  et  86  décès,  dont  23  à  la  suite  de  tuberculose. 
En  1853-5^,  sur  797  prisonniers,  on  compta  7&5  malades  avec  132  décès,  dont 
30  de  tuberculose.  En  185/i-55,  sur  ISU  prisonniers,  601  malades,  91  décès 
et  hi  à  la  suite  de  phthisie  pulmonaire.  En  1855-56,  sur  19li  prisonniers, 
615  malades,  67  décès  et  32  de  tuberculeux.  En  1856-57,  sur  759  prisonniers, 
433  malades,  65  décès  et  28  de  tuberculeux.) 

Suivant  les  listes  de  l'hôpital  général  de  Munich,  la  mortalité  des  métiers 
et  des  professions  se  classe  ainsi  pour  la  phthisie  pulmonaire  :  taUleurs, 
39,9  pour  100;  cordonniers,  ZS,li;  menuisiers,  35,9;  tonneliers,  peintres 
et  vemisseurs,  32.9  pour  100;  maréchaux  ferrants,  serruriers,  30,9;  pré- 
cepteurs, 29;  jardiniers,  28,7;  puis  brasseurs,  28,7  pour  100;  boulangers, 
23,3;  marchands,  22,9;  médecins  et  chirurgiens,  18,2;  maçons,  17,1;  bou- 
chers, 8,2. 

La  tuberculose  est  bien  plus  fréquente  parmi  les  classes  pauvres  que  dans 
les  classes  riches. 

La  morbilité  et  la  mortalité  des  tuberculeux  sont  plus  nombreuses  parmi  les 
hommes  que  paimi  les  fenmies  en  Bavière. 

Les  troupes  de  la  Bavière,  surtout  l'infanterie,  ont  une  forte  statistique  de  tuber- 
culeux coDune  dans  les  autres  pays  (1).  11  paraît  que  cela  tient  surtout  à  ce  que 
le  serrice  militaire  tombe  dans  l'âge  qui  favorise  la  tuberculose  pulmonaire, 
c'est-à-dire  entre  21  et  UQ  ans  (dernier  terme  de  la  réserve). 

La  Bavière  offre  dans  ses  cercles  quelques  notables  différences  topographiques 
et  climatiques. 

(1)  Uoe  lUtistiqoe  de  treize  années  antérieure  à  eelle  que  nous  avons  fournie  dans  nos 
tibieiaiiî|Be  i  la  taberculoBe  polmonaire  un  quart  des  décès. 


122     CONGRÈS  MftDICAL  INTBRKATIONAL.  —  DEUXTÈME  SÊAUCE  DE  JOUR. 

Le  pays  a  des  contrites  montagneuses  (régions  préalpines),  et  des  contrées 
basses  et  marécageuses. 

La  population  est  agricole^  Titicole  et  industrielle.  Dans  les  régions  indus- 
trielles et  dans  celles  où  l'on  cultive  la  vigne  (Bavière  rhénane«  Franconie),  la 
phthisie  pulmonaire  prévaut  notablement  sur  celle  des  contrées  montagneuses, 
où  elle  est  moins  fréquente. 

Dans  les  régions  marécageuses^  près  des  lacs  et  des  rivières,  où  les  fièvres 
d'accès  sont  endémiques  à  un  certain  degré,  on  ne  peut  pas  constater  une  exclu- 
sion ou  un  antagonisme  absolus  entre  les  fièvres  intermittentes  ou  le  paludisme 
et  la  tuberculose  pulmonaire. 

Pour  montrer  roscillation  statistique  dans  les  difTérônts  cercles  du  royaume  de 
la  Bavière,  11  suffira  d'intercaler  ici  la  mortalité  des  phthisiques  d'une  seule 
année.  Nous  regrettons  de  ne  pouvoir  fournir  une  plus  récente  que  celle  de  Tan- 
née 1854-1855. 

Hommes.         F«mme«. 

Décèi  de  la  haute  Bavière  (1) 299  232 

—  de  la  basse    —      98  iid 

-^    du  Palatinat 266  201 

—  du  haut  Palatinat  ei  de  Ratiabonne 212  137 

—  de  la  Franconie  supérieure 161  136 

—  —  moyenne 16&  64 

«-  «^  inférieure  et  d'Aschaffanbourg 179  169 

—  de  la  gouabe  et  de  Neubourg... 1A5  A8 

Total 1518         1091 

Ces  cercles  renferment  une  population  dont  la  constitution  physique  offre 
quelque  différence^  sans  autoriser  à  y  reconnaître  des  races  particulières  propre- 
ment dites.  Nos  montagnards,  par  exemple,  ressemblent  peu  aux  Franconiens  ou 
aux  Rhénans;  de  sorie  que  la  population  provinciale,  dont  un  certain  nombre 
d'habitants  penche  au  lymphatisme  ou  à  la  chlovo-anémie,  puis  qui  manifeste  des 
dyscrasies  héréditaires  ou  acquises,  est  exposée  à  la  granulation  tuberculeuse, 
tandis  que  la  population  provinciale  inclinant  à  la  vascularité  est  plutôt  sujette 
aux  phthisies  d'origine  catarrhale  ou  pneumonique. 

La  prophylaxie  antiphthisique  semble  progi'essivement  gagner  plus  de  terrain. 
C'est  au  progrès  du  diagnostic  d'une  phthisie  commençante,  de  l'hygiène  géné- 
rale et  publique,  de  l'hygiène  spéciale,  personnelle  et  professionnelle,  c'est  aux 
progrès  de  l'atmiatrie  pulmonaire  et  de  la  climatologie  antituberculeuse  et  anti- 
phthisique, etc.,  qu'il  faudra  attribuer  cet  avancement.  L'état  actuel  de  la 
statistique  phthisiologiquc,  chez  nous,  ne  permet  cependant  pas  encore  de  con- 
stater les  avantages  par  le  calcul  (2). 

(1)  C'est  la  capitale,  Munich,  qui  y  comple  le  plus,  et  qui  donne  là  majorité  statistique. 

(2)  Nous  nous  senton»  invité  par  là  à  proposer  à  la  conrérence  internationale  des  méde- 
cins &  Paria,  de  vouloir  bien  prendre  en  réflexion  les  stations  antiptathisiques  on  antitu- 
berculeuses, les  sanitaria  antiphthisica^  comme  moyen  prophylactique  international  contre  la 
tuberculose.  A  notre  avis,  la  bienfaisance  publique  des  nations  ne  pourrait  pas  rendra  un 
plus  grand  service  à  Thiimanlté  t 


OUnSMBGBIl.  ~  TOBERCULOSfi  PULIIONAIRS  EN  BAYIfeRB. 


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ULLERSP£RG£fi.  —  TUBERCULOSE  EN  BAVIÈRE. 


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U6      CONGRÈS  MÉDICAL  INTERNATIONAL.  —  DEDXlfcllE  SÉANCE  DE  JOUB. 

La  Yille  d'Augsbourg^  chef-Meu  du  cercle  de  la  Souabe  et  de  Neubourg^  ayant 
une  population  de  32  7/»9  habitants,  a  plusieurs  fabriques  (filatures,  etc.)  qui 
favoiisent  la  tuberculisation  des  poumons. 

La  pneumophthisie  y  est  une  des  plus  fréquentes  maladies^  le  chiffre  pour  100 
de  mortalité  est  considérable.  Déjà,  en  1836-37,  Adam  Hitzler  et  Emmanuel  Gloc* 
ker  (De  statu  morborum  nosocomn  Augustani,  1836-37),  avaient  constaté,  d'après 
les  listes  du  gi-and  hôpital  de  la  ville,  une  proportion  des  décès  phthisiqucs  à 
celle  des  décès  généraux  comme  1:4. 

On  nous  avait  promis  les  matériaux  statistiques  sur  la  morbilitë  et  la  mortalité 
dans  ce  susdit  chef-lieu  du  cercle  de  la  Souabe  et  de  Neubourg,  afin  d'en  pou- 
voir emprunter  celles  de  la  tuberculose  pulmonaire,  mais  le  confrère  qui  s'était 
engagé  à  nous  les  foiunir  a  manqué  à  ses  promesses.  Augsbourg,  étant  une  ville 
de  commerce  et  de  fabriques,  doit  précisément  fournir  un  certain  contingent  de 
tuberculeux  dans  et  par  ces  deniières. 


STATISTIQUE  DÉCENNALE  DES  TCBERGI3LEDI 

DAMS  l'ARMÉK  du  aOTAUMB  DB  LA  BAVIÉBB. 


ANNÉES. 

TRIMESTRES. 

Nombre  des  soldats 

et  sous-nfficiers 

malades. 

Mortalité  générale. 

Uorulît» 

des  toberculeax. 

(Internes    et   externes, 
y  eompris  les  galeux 
et  les  syphilitiques.) 

1 

Premier 

7123 

101 

19 

1855.  •  • .  / 

Deuxième.  . . 

11159 

106 

(1  bémorrhaj^ique]. 
25 

1 

Troisième  .  • . 

5808 

71 

22 

' 

Quatrième. . . 

3697 

31 

5 

Total 

17827 

139 

71 

(1  hémorrhagique). 

( 

Premier 

A066 

68 

15 

sOvV  r  *    •    •    S 

Deuxième  . . . 

847 

71 

22 

Troisième.  .» 

6370 

44 

6 

( 

1 

Quatrième. . . 

3A19 

30 

11 

ToUl 

17972 

213 

54 

( 

Premier 

4070 

àà 

IS 

1857....  1 

Deuxième  .  . . 

Troisième  . . . 

6295 
6794 

51 
38 

16 

1 

Quatrième . . . 

3999 

70 

10 

Total 

21158 

203 

43 

4858..    .? 

Premier 

4046 

78 

23 

Deuxième  . . . 

8358 

68 

23 

Troisième . . . 

7708 

50 

15 

Quatrième . . . 

3511 

41 

11 

Total 

23623 

257 

72 

UUSKSPEBGfB TUBEBCUIOSB  EN  BAYIÈBE. 


147 


(suite.) 


.4>.\ÉES. 


TRIMESTRES. 


<*t  sous-ofUcierM 
malades . 


I  Premier 
Deuxième  . . . 
Troisième.  .. 
Quatrième. . . 


1860.. 


1801.. 


Total 


(InttTnes  ot  exterravs, 
y  roiujii-iâ  h»»  galpiix 
et  le»  syphilitiques. 

â07G 
1A566 
15431 

6858 


(Premier 
Deuxième  . . . 
'  \  Troisième  . . . 
'Quatrième. . . 


Total 


I 


(Premier 
Deuxième.  . . 
Troisième . . . 
.Quatrième. . . 


Total 


Ai931 


6361 

10388 

8675 

àU2 


30066 


7033 
8443 
8737 

4760 


28973 


Morlalité  ^éuféral«. 


32 

73 

143 

55 


303 


57 
82 
56 
33 


228 


50 
73 
66 
7i 


260 


Mortalité 
des  tuberculeux. 


12 

16 

7 

8 


43 

16 

23 

9 

13 


61 


15 

21 

8 

14 


58 


1801. . 


i  Premier. .... 
Deuxième  . . . 
Troisième  . . . 
Quatrième. .. 


1863. . . . 


1804. 


1885. 


Total 


Premier 

Deuxième  . . . 
Tfoiaiène  . . . 
Quatrième . . . 


ToUl, 


(Premier 
Deuxième .  . . 
Troisième  . . . 
Quatrième. . . 


Total 


!  Premier. .... 
Deuxième .  . . 
Troisième .  . . 
Quatrième. . . 


Total 


4862 

7829 
7751 
4779 


25221 


4777 
7899 
8011 
3999 


24686 


4764 
7758 
6609 
3878 


22949 

4359 
7725 
7357 
4348 

24089 


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63 
87 

44 
59 


233 


40 
52 
48 
37 


181 


71 
77 
54 
41 


243 

49 
58 
52 
20 

209 


11 

27 
11 
13 


62 


16 
16 
13 
10 


55 


19 

23 

11 

9 


62 

23 
24 
15 
10 

72 


J 


U8     CONGRÈS  MÉDICAL  INTERNATIONAL.  —  DEUXIÈME  SÉANCE  DE  JOUR. 

L'état  ordinaire  de  présence  dans  ramiëc  bavaroise,  en  temps  de  paL\,  est  : 

Pour  rinranlerie 18000  hommes. 

—  la  cavalerie 5560 

—  rartillerie 3200 

—  le  génie '. 500 

—  le  corps  sanitaire 100 

27360  hommes. 

Du  temps  des  exercices  militaires  et  des  manœuvres  automnales,  ce  nombre 
est  élevé  à  37  000  hommes  et  plus. 

On  peut  accepter  que,  dans  les  garnisons,  on  tient  présents  30  à  32  hommes 
par  compagnie  dm*ant  les  huit  mois  où  il  n'y  a  ni  exercices  ni  manœuvres.  Pour 
les  autres  quatre  mois,  l'état  de  présence  est  porté  à  80  hommes  par  compagnie, 
de  soi*te  que  la  morhilité  doit  nécessairement  augmenter  durant  ces  quatre  mois. 

Ledit  état  de  présence  varie  aussi  dans  les  didërentes  gainisons  suivant  les 
exigences  du  senice  militaire. 

Nos  conscrits  sont  enrôlés  à  Tàge  de  vingt  et  un  ans,  ils  ser>'ent  six  ans. 

L'ai'uiée  effective  compte  : 


Infanterie. . .     16  régiments  {k  3  bataillons,  ou  AA08  hommes. 70528  hommes. 

—  8  bataillons  de  chasseurs  (a  948  hommes) 758A 

—  3  compagnies  sanitaires  (a  291  hommes) 873 

Cavalerie.  . .  3  régiments  de  cuirassiers.  .  ,,\ 

—  6         —            cbevau-légers..  1 10280 

—  3         —  lanciers j 

Artillerie. ...       3         —       à  2677  hommes  (8  batteries) 8031 

—  Train 3276 

—  1  régiment  d'artilleurs  à  cheval  {k  A  batleries) 1131 

—  1  compagnie  d'ouvriers 280 

Génie 1  régiment  à  8  compagnies 1823 


APERÇU  DE  li'fiXTfiWSlOlV 
D£  14.%  MAl4ADIfi  TIJBERCIJIifilJSfi  MX  IHORViBClB. 

PAR  LE   DOCTEUR  HOMAIfN   (DE   CHRISTIANIA). 


La  maladie  tuberculeuse  est  sans  doute,  en  Norvège,  comme  dans  la  plupart 
des  pays  de  l'Europe,  Tcndémie  qui  exerce  la  plus  grande  influence  sur  la  mor- 
talité. En  examinant  minutieusement  son  action  à  cetégaiti,  on  trouvera  mal- 
heureusement que  les  données  statistiques  que  nous  avons  à  notre  disposition 
no  sont  pas  suffisamment  complètes.  Ce  n'est  que  depuis  quelques  années  que 
les  médecins  de  notre  pays  ont  prêté  à  la  statistique  leur  sérieuse  attention, 
mais  pas  encore  assez  sérieuse  pour  tirer  des  résultats  positifs  des  matériaux 
fournis  par  eux.  Les  rapports  sur  l'état  sanitaire  du  royaume^  extraits  des  don- 
nées médicales  annuelles  fournies  par  les  médecins,  et  publiées  jusqu'à  Tannée 
1864  par  les  soins  du  ministère  de  l'intérieur,  n'ont  reçu  qu'à  partir  de  l'année 
1853  assez  d'extension  pour  présenter  des  chiflVes  positifs  |)ouvant  servir  a  cal- 


HOMANN.  —  TUBERCULOSE  EN  NOEVÉGE. 


\U9 


l'ulerla  Tréquence  d'une  endémie  aussi  importante  que  la  maladie  tuberculeuse. 

Pendant  les  années  antérieures  à  1853,  en  mentionnant  l'appaiition  de  cette 

maladie  dans  les  difTérentes  contrées  du  pays,  on  s'est  contenté  des  termes  si 

vagues  :  «  Elle  est  fréquente,  elle  va  en  croissant,  elle  est  rare,  ou  très-rare  »  ; 

Qiais,  à  compter  de  Tannée  1853,  on  a  cherché  à  calculer  en  pour  100  son 

iniluence  sur  la  mortalité.  Ce  calcul  a  été  fait  en  supputant  la  proportion  entre 

les  décès  attribués  par  les  médecins  à  la  maladie  tuberculeuse  et  tous  les  autres 

décès  attribués  à  des  causes  certaines.  On  ven*a  cependant  que  les  médecins 

n'ont  fourni  les  causes  que  pour  une  petite  partie  des  décès  du  royaume,  mais 

chaque  année  il  y  a  eu  un  progrès  à  constater  à  cet  égard.  Voici  le  résultat  tiré 

'  des  renseignements  fournis  pour  les  onze  années,  de  1853  à  186&  : 


TABLEAU  I. 


Nombre 

Pour  cent 

Décès  attribués 

Pour  cent 

ANXÉES. 

ToUl  des  iléct^s 
en  Norréare. 

dont  lei  ««HleeÎDii 

ont  indiqué 

la  cause. 

de 
tons  les  décès. 

par  les  médecins 

H  la  maladie 
tuberculeuse. 

des-  causes 

de 

décès  indiqpiécs. 

1853 

26391 

5406 

20,4 

396 

7,3 

1854 

23362 

2788 

11,9 

45a 

16,1 

1855 

25362 

2959 

11,2 

495 

16,7 

1856 

253&4 

3384 

13,3 

458 

13,5 

1857 

26017 

4275 

16,4 

637 

14,9 

1858 

24796 

4226 

17,0 

532 

12,5 

1859- 

26738 

5881 

21,9 

749 

12,5 

1860 

27398 

6547 

23,9 

972 

14,7 

1861 

31471 

8938 

28,4 

1152 

12,8 

1862 

32494 

9777 

30,8 

1177 

11,9 

1863 

31338 

9094 

29,0 

1170 

12,8 

274320 

57869 

21,1 

7792 

13,4 

Le  département  pense  que  les  chiffres  ainsi  calculés  pour  la  maladie  tubercu- 
leuse sont  plutôt  trop  petits  que  trop  élevés.  Or,  il  fait  observer  que  les  épidémies 
qoi  eiercent  une  grande  influence  sur  la  mortalité  sont  presque  toujours  traitées 
aux  frais  de  l'État  ;  il  est  donc  à  présumer  que  la  plupart  des  décès  causés  par 
ces  maladies  ont  été  portés  sur  les  tableaux  des  médecins.  Ainsi  Tinfluence  que 
I  apparition  d'une  épidémie  peut  avoir  sur  le  calcul  de  la  fréquence  de  la 
ooaladie  tuberculeuse  comme  cause  de  décès  ressoii.  claii*ement  des  tableaux  de 
l'année  1853.  Pendant  cette  année,  les  causes  indiquées  atteignent  presque  le 
<iûubledes  chiffres  des  deux  années  suivantes.  Cela  provient  de  ce  qu'en  1853, 
Christiania  et*  les  villes  voisines  furent  ravagées  par  le  choléra,  dont  tous  les 
(i^cès,  s'élevant  à  2484,  ont  été  annoncés  par  les  médecins.  Si  donc  on  veut 
^^T  (lu  tableau  ci-dessus  la  moyenne  des  décès  causés  par  la  maladie  tubercu- 
leuse, il  sera  plus  exact  de  mettre  hors  de  compte  l'année  1853  et  de  ne  compren- 
'^l'e  dans  le  calcul  que  les  dix  années  de  1854  à  1863.  Pendant  cette  période,  il 
)  a  eu  sans  doute  deux  autres  épidémies  qui  ont  essentiellement  contribué  à 
'^'ipnenter  la  mortalité,  savoir  :  la  diphthérite  et  la  rougeole,  qui  étaient  très- 
•^pandueson  1860,  1861  et  1862.  Je  dois  pourtant  faire  obsci*ver  que  ces  épi- 
déraiw  sévissaient  surtout  dans  les  campagnes,  et  notanmient  dans  les  contrées 


150      CONOBÈS  MÉDICAL  INTERNATIONAL.  —  DEUXIÈME  SfiANGE  DE  JOUR. 


éloignées^  où  il  est  prësumable  que  les  difficultës  locales  auront  empêché  beau- 
coup de  malades  de  se  faire  traiter  par  les  médecins. 

Pour  les  dix  années  réunies^  nous  voyons  donc  que  sur  les  57  869  décès  dont 
les  causes  sont  connues^  7792^  soit  13/i  sur  1000^  ont  été  attribués  à  la  maladie 
tuberculeuse.  Si  son  influence  a  été  aussi  grande  pour  les  décès  dont  les  causes 
sont  inconnues^  nous  serons  en  droit  de  présumer  que  1  indi\idu  sur  8  meurt 
en  Norvège  de  cette  maladie.  D'après  les  rapports  du  département,  la  moyenne  du 
décès  pendant  les  années  1856  à  1860  a  été  de  26  059  :  il  faudrait  en  conclure 
que  la  maladie  tuberculeuse  a  enlevé  tous  les  ans  3&90  individus.  La  population 
de  la  Norvège  s'élevait  en  1855  à  1  490  0&7  et  en  1865  à  1  700  000  habitants 
environ. 

Par  maladie  tuberculeuse^  on  a  sans  doute  voulu  désigner  surtout  la  phthisie 
pulmonaire  prise  dans  le  sens  que  M.  Laennec  a  donné  à  cette  dénomination.  OTi 
on  trouve  dans  les  tableaux  du  département  la  dénomination  :  «  Phthisis  tuber- 
Culosis  pulmonum  v. 

Si  Ton  veut  étendre  le  sens  de  cette  maladie^  en  comprenant  dans  la  diathèsc 
tuberculeuse  «  scrophulosis^  arthrocace^  caries  et  necrosis^  »  ainsi  que  <(  Hy- 
drocephalus  acutus  )>,  le  chiflrc  des  décès  attribués  à  la  maladie  tuberculeuse 
s'élèvera  encore,  et  sur  1000  décès  les  162  (soit  1  sur  6  individu^)  seraient  dus  k 
la  diathèse  tuberculeuse.  Or,  voici,  d'après  les  listes  du  département  sur  les  ddcès 
attribués  à  des  causes  connues  pendant  les  dix  années  en  question,  les  chiflres 
poriés  pour  chacune  desdites  maladies  : 

TABLEAU  IL 


ANNÉES. 

Scrophnlosi». 

Artbrocacc. 

CAries 

Hydrocephalus 

roiAUX. 

et  neerosis. 

aeutiis. 

1854 

10 

10 

3 

79 

102 

1855 

10 

19 

1 

56 

86 

1856 

22 

22 

10 

33 

87 

1857 

21 

23 

16 

85 

iàb 

1858 

13 

23 

19 

87 

141 

1859 

11 

85 

13 

102 

161 

1860 

37 

30 

16 

82 

165 

1861 

67 

30 

16 

78 

191 

1862 

55 

42 

16 

127 

240 

1863 

h9 

39 

23 

182 

293 

TOTÀIi  GtK 

ta  AL  .•.#•«. 

1611 

Il  ne  serait  pas  facile  de  dire  si  Ton  est  en  droit  d'évaluer  la  proportion  de 
l'influence  de  la  maladie  tuberculeuse  sur  les  décès  à  causes  inconnues  au 
même  chiffre  ou  à  un  chiffre  plus  élevé  que  celui  porté  pour  les  décès  à  causes 
connues.  Or,  la  plupart  des  médecins  ne  fournissent  de  données  que  poui*  les 
décès  survenus  dans  leur  clientèle.  Dans  notre  pays,  fl  y  a  sans  doute  un  grand 
nombre  de  malades  atteints  de  maladie  tuberculeuse  qui  ne  sont  pas  trait<^s  par 
les  médecins,  au  moins  pendant  la  dernière  période  de  leur  maladie,  et  qui  con- 
séquemment  ne  figurent  pas  sm-  la  liste  des  médecins.  Pour  contrôler  l'exactitude 
des  chiffres  fournis,  il  faudrait  avoir  de  différents  districts  des  données  sur  les 


BOMANN.  —  TUBBRCDLOSB  EN  NORVÈGE. 


Î51 


cau^s  de  tous  les  ddcès^  mais  il  n'y  a  que  très-peu  de  médecins  qui  examinent 
ki  causes  des  décès  non  survenus  dans  leur  clientèle^  et  qui  fournissent  des  ren- 
•eignements  pour  la  totalité  des  décès  de  leur  arrondissement,  k  Kragcrô^  où 
depuis  plusieurs  années  j'exerce  mon  art,  jai  pris  des  notes  exactes,  et  je  vais 
présenter  les  résultats  que  j'en  ai  tirés  pour  la  maladie  tuberculeuse  pendant  les 
années  1854  à  1865. 

TABLEAU  m. 


ANN&ES. 

TOTAL 
Ma  vàckB, 

Déoès  eansés 

par  la 

maladie  tubereulense. 

185A 

158 

30 

1855 

182 

24 

1856 

225 

17 

1857 

217 

26 

1858 

173 

25 

1859 

» 

0 

1860 

211 

22 

1861 

259 

24 

1862 

228 

21 

1863 

199 

26 

186A 

241 

22 

1865 

197 

20 

Total 

2290 

257 

Je  mets  hors  de  compte  Tannée  1859,  oîi  une  violente  épidémie  de  dysenterie 
a  exercé  une  influence  considérable  sur  la  mortalité.  Je  ferai  également  observer 
<iue  pendant  deux  des  années  citées,  l'arrondissement  a  été  ravagé  par  une 
diphthërie  et  une  scarlatine  maligne  assez  répandue. 

De  1000  décès,  112  oifl  été  causés  par  la  maladie  tuberculeuse;  en  comptant 
aussi  <  scrophulosût,  arthrocace  et  caries»,  dont  67  individus  sont  morts  pen- 
dant la  même  époque,  il  y  aura,  sur  1000  décès,  141  pour  la  diathèse  tubercu- 
leuse. En  tenant  compte  de  l'influence  de  la  dipbthérite  et  de  la  scarlatine  sur 
les  chiffres  portés  pour  la  maladie  tuberculeuiie,  180  individus  sont  morts  de 
ces  maladies,  et  au  lieu  de  112,  on  trouverait  pour  la  maladie  tuberculeuse 
126  décès  sur  1000.  Au  recensement  de  la  population  de  1855,  la  population 
s'élevait,  dans  Tarrondissement  médical  de  Kragero,  à  10  859  individus. 

La  Norvège  a  utie  grande  étendue  géographique,  entre  58**  et  71"  de  latitude 
N.,  et  le  chmat  change  souvent  dans  les  différentes  localités  situées  sous  la 
même  latitude,  la  partie  occidentale  et  septentrionale  du  pays  ayant  le  climat 
dos  cotes  pendant  que  la  partie  orientale  a  plutôt  le  climat  de  l'intérieur.  Ces 
différentes  circonstances  offrent  donc  de  l'intérêt  pour  l'étude  de  l'extension  de 
la  phthisie  dans  les  différentes  contrées  du  pays.  Sous  ce  rapport,  la  statistique 
de  la  mortalité  fournie  par  le  département  offre  encore  moins  de  ressources  que 
pour  l'appréciation  de  l'influence  de  la  maladie  tuberculeuse  sur  la  mortalité  en 
pénéral.  Or,  ce  n'est  que  depuis  l'année  1858  que  les  rapports  du  département 
renferment  des  chiffres  qui  pourront  nous  servir  de  guide.  Voici  le  résultat  pour 
le**  différents  diocèses  : 


152      CONGRÈS  MÉDICAL  INTERNATIONAL. —DEUXIÈME  SÉANCE  DE  JOUR. 


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HOMANN.   —  TUBERCULOSE  EN  NORVÈGE.  153 

Le  nombre  des  causes  de  décès  indiquées  semble  un  peu  petite  il  est  \YdÀ,  en 
proportion  du  nombre  total  des  décès  dans  chaque  diocèse.  11  y  a  cependant 
pour  ces  six  années  une  assez  grande  régularité  pour  chaque  diocèse  dans  le 
nombre  de  cas  de  maladie  tuberculeuse,  en  proportion  des  causes  de  décès 
indiquées.  On  n'est  sans  doute  pas  en  droit  de  tirer  des  conclusions  certaines  sur 
la  proportion  absolue  de  la  maladie  tuberculeuse^  mais  il  semble  pouilant  qu'on 
puisse  juger  de  sa  fréquence  relative  entre  les  diocèses.  Or,  elle  paraissait  beau- 
coup moins  fréquente  dans  les  diocèses  de  Tromsô,  Drontheim  et  Bergen,  que 
dans  ceux  de  Christiania  et  Christiansand.  11  est  à  remarquer  que  dans  les  trois 
premiers  diocèses  apparaît,  à  côté  de  la  maladie  tuberculeuse,  une  autre  endé- 
mie qui  n'existe  pas  du  tout  dans  le  diocèse  de  Christiania  et  qui  ne  se  présente 
que  dans  une  partie  de  celui  de  Christiansand,  savoir,  la  spedalskhed.  Pour 
cette  demièi*e  maladie,  les  tableaux  statistiques  sont  d'une  grande  exactitude,  et 
tous  les  décès  provoqués  par  elle  se  trouvent  parmi  les  causes  indiquées  par  les 
mëdecins.  Si  donc  on  veut  calculer  plus  exactement  la  proportion  absolue  et  la 
fréquence  relative  de  la  maladie  tuberculeuse,  il  sera  plus  juste  de  déduire  les 
décès  par  suite  de  spedalskhed  du  chiffre  total  des  causes  de  décès  connues.  Il 
faut  encore  ajouter  que  les  épidémies  qui  ont  exercé  la  plus  gi*andc  influence 
f»T  la  mortalité  ont  principalement  été  répandues  dans  les  trois  premiei^s  dio- 
cèses; au  moins  n'ont-elles  pas  régné  dans  le  diocèse  de  Christiansand.  En  cal- 
culant les  ravages  de  la  maladie  tuberculeuse,  il  faudrait  encore  faire  déduc- 
tion des  décès  causés  par  ces  épidémies.  La  proportion  n'étant  pas  d'ailleurs  la 
même  dans  les  différentes  contrées  de  ces  diocèses,  j'ai  cru  devoir  dresser  un 
tableau  par  préfectures,  tiré  des  rapports  du  département.  Voici  ce  tableau  pour 
les  six  années  de  1858  à  1863  : 


154     CONGRÈS  MÉDICAL  INTERNATIONAL.  —  DEUXIÈME  SÉANCE  DE  JOUR. 


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f.  Non  compris  la  "diphthérite; 

g.  Non  compris  la  diphthérite. 

h.  Non  compris  la  diphthérite  et  la  rougeole. 
!•   Non  compris  la  diphthérite  et  la  scarlatine. 
k.  Non  compris  la  diphthérite  et  la  rougeole. 
l.   Non  compris  la  dysenterie. 

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PRÉFECTURE  dk  JARLSBERG  kt  LAURVEG. 

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PRÉFECTURE  DE  BUSKERUD. 

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V. 

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158      CONGRÈS  MÊDICU  UITEBNATIONAE..  —  DEUX1ÈMB  S&ANCE  DE  JODB. 


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§1111 ^  i  I 


HOUANN.  —  TUBEEGULOSE  £N  NORVÈGE.  159 

Lorsque  dans  une  année  la  mortalité  a  été  excessive  par  suite  d'une  épidé- 
mie, le  chilire  des  décès  causés  par  elle  a  été  déduit  dans  le  calcul  du  nombre 
des  décès  causés  pai*  la  maladie  tuberculeuse.  De  mêmc^  pour  les  préfectures  où 
la  $|)edalskhed  a  une  certaine  importance^  j'ai  déduit  les  décès  provoqués  par 
celle  dernière  maladie.  Gomme  dans  les  tal)leaux  précédents,  la  pi'oportion  a 
été  établie  entre  le  total  des  décès  et  le  nombre  de  décès  dont  les  causes  ont 
été  indiquées.  Quant  à  l'influence  de  la  maladie  tuberculeuse  sur  la  moilalité^ 
les  19  préfectures  occupent  entre  elles  les  places  que  voici  : 

TABLEAU  VI. 

■ 

• 

i.  PrâfeetMr^  éê  Berfeahui»  du  sud 7,9  p.  iOO. 

2.  —         du  Fixunark 8,1 

3.  —  deNordland M 

â.       —         de  Ber^enhuus  du  nord 8,6 

5.  —  detansdal 9,1 

6.  —  de  Orontbeim  du  nord 9,2 

7.  —  de  Christian 11,5 

8.  —  de  Hedemarken 12,8 

9.  »  d'AkflnhwH. 13,8 

10.  YiUedeB^ryen U,l 

11.  Préfecture  de  Stavanger 15,1 

12.  —         de  Druntheim  du  sud 15^2 

13.  — <         de  SoMudenene. 15,a 

ià,      —         de  Bralsbery IM 

15.  ViUe  de  Christiania 16,6 

16.  Préfecture  de  Buskerud. 17,2 

17.  -i-         de  JarUbery  et  Lavrreg. 17,3 

18.  —         de  Lester  et  Mandai 22,2 

19.  —         deNedenoBs 22,6 

La  moyenne  est  de  13,6  pour  100. 

Ea  sniTUit  les  districts  du  littiM*al,  du  n<Nrd  au  sud,  on  vem  que  la  maladie 
tvberculeute  est  relativement  rare  dans  la  partie  septentrionale  du  pays  et 
jusqu'à  la  prëCecture  de  Stavanger  (à  l'exception  de  la  préfecture  de  Drontheim 
dit  nid  et  de  la  ville  de  Bergen),  le  nombre  des  décès  ne  montait  pas  à  10  pour 
100.  DtiM  la  préfecture  de  Stavanger,  le  chiffre  s'élève  tout  à  coup  à  15  pour 
109,  et  dans  celles  de  Lester  et  Mandai  et  de  Nedences,  il  monte  même  à 
22,2  et  à  22,6  pour  lOO  ;  dans  les  préfectures  de  Bralsberg,  Jarisberg,  Smaa- 
leiieiie  et  Christiania,  le  chiffre  varie  entre  15,&  et  17,3  pour  100.  Dans  la  pré* 
facture  de  Christian  (11,5  pour  100)  et  dans  celle  de  Hedemarken  (12^8  pour 
100),  les  ehiffres  sont  au-dessous  de  la  moyenne  de  13>6  pour  100,  le<|uel  chiffre 
Qous  trouvons  exactement  dans  ht  préfecture  d'Akershuus. 

En  considérant  la  constitution  climatologique  du  pays,  nous  trouvons  dans  les 
piéfectures  de  Christian  et  de  Hedemarken  le  climat  de  Tintérieur  très-pro- 
umcé,  avec  de  grandes  variations  entre  les  températures  d'été  et  d'hiver  et  peu 
d'humidité.  Uans  la  préfecture  d'Akershuus,  ainsi  que  dans  de  grandes  parties 
dft  ceUes  de  Buakerud  et  de  Bralsberg,  nous  trouvons  aussi  en  partie  le  climat 
de  rinlérieur.  Dans  tout  le  reste  de  l'étendue  du  pays  depuis  le  Finmari^  jusqu'à 
b  partie  méridionale  du  pays,  règne  le  climat  du  littoral  avec  beaucoup  d'hu- 
midité et  peu  de  variation  entre  les  températures  d'été  et  d'hiver.  Dans  les 

contrées  septentrionales,  la  température  moyenne  de  l'année  est  d'ailleurs  très- 
haiwf 

En  examinant  à  présent  l'influence  du  climat  sur  la  maladie  tuberculeuse,  on 


160      CONGRkS  MÉDICAL  INTERNATIONAL.  —  DEUXIÈME  SÉANCE  DE  JOUR. 

trouve  sans  doute  -que  les  districts  oii  le  climat  de  l'intérieur  est  fortement  pro- 
noncé présentent  un  chiffre  qui  est  au-dessous  de  la  moyenne,  mais  c'est  sur- 
tout dans  les  conti'ées  où  domine  le  climat  du  littoral^  notamment  sur  toutes  les 
côtes  du  nord^  que  la  maladie  tuberculeuse  fait  le  moins  de  victimes.  Quant  à 
la  préfecture  de  Drontheim  du  sud^  où  la  moyenne  s'élève  à  15,2,  on  pourrait 
peut-être  expliquer  cette  anomalie  en  considérant  que  la  ville  de  Drontheim  a 
été  comprise  dans  la  préfecture  ;  car  dans  les  années  pour  lesquelles  nous  avons 
des  données  spéciales  sur  la  maladie  tuberculeuse  dans  la  \111é  de  Drontheim, 
on  voit  qu'elle  y  arrive  à  une  moyenne  élevée.  Toutefois,  si  d'un  côté  la  maladie 
tuberculeuse  sévit  moins  dans  certaines  contrées  où  règne  le  climat  du  littoral, 
il  y  en  a  d'autres  où  elle  fait  plus  de  ravages  que  partout  ailleurs.  Or,  la  préfec- 
ture de  Lister  et  Mandai,  et  en  pariie  celles  de  Nedenaes  et  de  Stavanger,  ont 
essentiellement  le  climat  du  littoral.  Quand  même  on  voudjuit  fonder  cette 
grande  différence  de  la  moyenne  dans  les  deux  districts  du  littoral,  le  Finmark  et  la 
préfecture  de  Lister  et  Mandai,  sur  la  gi*ande  différence  de  latitude,  la  variation 
entre  les  deux  distiicts  voisins,  les  préfectures  de  Bergenhuus  du  sud  et  de  Stavan- 
ger, fait  pouriant  voir  que  la  situation  un  peu  plus  septentiionale  ou  un  peu  plus 
méridionale,  en  dedans  des  limites  du  climat  du  littoral,  ne  peut  exercer  aucune 
influence  sur  la  maladie  tuberculeuse.  Dans  la  préfecture  de  Bergenhuus  du 
sud,  où  la  moyenne  est  la  plus  basse  du  pays  tout  entier,  soit  7,9  pour  100,  le 
climat  n'est  pas  essentiellement  différent  de  celui  de  la  préfecture  de  Stavanger, 
où  la  moyenne  s'élève  presque  au  double,  soit  5,1  pour  100.  En  supposant  que 
la  moyenne  des  préfectures  de  Stavanger  et  de  Lister  et  Mandai  fût  un  peu 
augmentée  par  les  grandes  villes,  Stavanger  et  Christiansand,  qui  y  sont  com- 
prises, on  voit  pour  la  préfecture  de  Nedenœs,  où-  il  n'y  a  pas  de  grandes  villes 
(mais  bien  quelques  petites),  que  la  moyenne  élevée  trouvée  pour  la  maladie 
tuberculeuse  ne  saurait  guère  être  attribuée  à  ces  deux  villes.  11  faut  en  outre  faire 
attention  que  pendant  toute  cette  série  d'années  on  n'a  jamais  déduit,  pour  les 
préfectures  de  Stavanger,  de  Lister  et  Mandai  ou  de  Nedenaes,  les  décès  causés 
par  les  maladies  épidémiques  du  total  des  décès  attribués  à  des  causes  connues. 

11  semble  donc  constaté  que  le  climat  ne  peut  pas  exercer  d'influence  essen- 
tielle sur  la  grande  variation  de  la  maladie  tuberculeuse,  qui  se  présente  dans 
les  différentes  parties  du  pays,  et  il  paraîtrait  qu'il  y  a  d'autres  considérations 
auxquelles  il  faut  attribuer  une  plus  gi*ande  impoilance. 

On  voit  que  la  maladie  tuberculeuse  apparaît  suriout  rarement  dans  les  con- 
trées le  plus  fortement  visitées  par  la  spedalskhed,  et  l'on  remarque  même  que, 
par  exemple,  dans  un  an*ondissement  médical  de  la  préfecture  de  Bergenhuus 
du  nord,  où  la  spedalskhed  est  la  plus  fréquente,  les  médecins  ont  déclaré  pen- 
dant plusieui*s  années  consécutives  qu'il  ne  s*est  pas  présenté  de  décès  causé  |)ar 
la  maladie  tuberculeuse.  Peut-être  pouirait-on  conclure  de  ces  faits  que  les  deux 
endémies,  la  maladie  tuberculeuse  et  l'éléphantiasis,  sont  en  quelque  sorte  anta- 
gonistes ou  s'excluent,  pom*  ainsi  dh*e,  l'une  l'autre.  Toutefois,  en  considérant  les 
tableaux  statistiques  de  la  maladie  tuberculeuse  dans  les  préfectures  contiguês, 
Stavanger  et  Bergenhuus  du  sud,  on  verra  que  ce  raisonnement  manque  de 
fondement,  car  l'apparition  de  la  spedalskhed  dans  la  préfecture  de  Stavanger 
est  loin  d'être  raie. 

En  cherchant  parmi  les  autres  points  auxquels  on  a  attaché  de  l'importance 
comme  causes  de  la  maladie  tuberculeuse,  on  jugera  peut-être  que  la  différence 
d'extension  de  la  maladie  tuberculeuse  dans  les  différentes  contrées  de  Norvc^^'c 


HOMANM.   —  TUBERCULOifi   EN   ROBVÉGE.  16i 

doit  puissamment  contribuer  à  faire  ressortir  Timpoilance  d'une  autre  maladie, 
c'est-àHlire  la  syphilis^  comme  cause  de  la  maladie  tuberculeuse.  Plusieurs 
médecins  ont  prétendu  que  la  syphilis^  notamment  les  formes  tertiaii^es^  peut 
Cure  naître  la  maladie  tuberculeuse  chez  les  enfants.  Pendant  le  siècle  dernier^ 
et  surtout  pendant  sa  seconde  moitié,  la  syphilis  fut  très-répandue  dans  la  partie 
méridionale  du  pays.  Les  recherches  si  exactes  de  M.  le  professeur  M.  Boeck 
(Lu  maladies  de  la  peau)  ont  constaté  que  cette  maladie  fut  d'abord  importée 
dans  les  préfectures  de  Lister  et  Mandai  et  de  Stavanger.  Pai*  suite  du  service 
médical  si  parcimonieux  et  si  défectueux,  elle  prit  pendant  une  longue  série 
d'années  une  grande  extension,  surtout  dans  ces  préfectures  ainsi  que  dans  les 
préfectures  voisines  de  Nedenœs  et  de  Bralsberg,  où  précisément  la  maladie 
tuberculeuse  atteint  à  présent  une  moyenne  si  élevée.  Dans  un  ouvrage  sur  une 
autre  cause  de  la  maladie  tuberculeuse,  savoir  :  son  hérédité,  j'ai  fait  ressortir 
l'impcnlance  d'un  examen  détaillé  des  rapports  entre  la  syphilis  si  répandue 
autrefois  et  la  maladie  tuberculeuse  si  répandue  à  présent  dans  ces  contrées  de 
notre  pays.  J'y  ai  démontré  par  plusieurs  exemples  qu'on  devait  faire  dériver  la 
nudadie  tuberculeuse  héréditaire  de  la  syphilis  chez  les  ancêtres.  Quant  à  l'hé- 
rédité, j'ai  pu  constater  par  l'examen  le  plus  minutieux  des  familles  de  plus 
de  200  individus  que,  dans  70  cas  sur  100,  la  maladie  tuberculeuse  a  été  très- 
naisemblablement  transmise  par  héritage. 

Quant  aux  aflèctions  scrofuleuses  et  aux  autres  groupes  de  maladies  compris 
par  quelques  médecins  dans  la  diathèse  tuberculeuse,  les  rapports  du  départe- 
ment ne  contiennent  pas,  comme  pour  la  maladie  tuberculeuse,  de  chifâres 
positif  qui  puissent  servir  à  juger  de  leur  extension.  Les  rapports  disent 
Kolement  en  règle  générale  que  là  où  la  phthisie  est  rare,  les  affections 
wofùieuses'ne  sont  pas  (Mquentes  non  plus.  Nous  pouvons  citer  comme  une 
ciception  la  préfecture  de  Nordland,  d'où  l'on  rapporte  que  les  affections  scrofu- 
leuses, notamment  celles  du  système  osseux,  ne  sont  pas  rares. 

Pour  juger  de  la  proportion  de  l'apparition  de  la  maladie  tuberculeuse  entre 
les  villes  et  les  campagnes,  les  rapports  du  département  ne  renferment  pas 
d'autres  données  que  celles  fournies  par  les  deux  grandes  villes.  Christiania  et 
Bergen,  formant  deux  préfectures  distinctes.  Depuis  quelques  années,  ces  deux 
^es  ont  fourni  des  renseignements  sur  les  causes  de  la  plupart  de  tous  les 
décès,  et  dans  les  deux  endroits  on  voit  que  la  moyenne  de  la  nudadie  tuber- 
coleuse  est  plus  élevée,  non-seulement  que  celle  du  pays  tout  entier,  mais  aussi 
que  celle  des  campagnes  voisines.  Deux  autres  villes,  Drontheim  et  Drammen, 
ont  aussi  fourni  pour  quelques  années  des  tableaux  exacts,  et  nous  y  retrouvons 
le  même  fait. 

Voici  les  renseignements  contenus  dans  les  rapports  du  département  sur  Tàge 
et  le  sexe  des  individus  atteints  de  maladie  tuberculeuse. 

Le  sexe  est  indiqué  pour  5058  des  personnes  décédées  pendant  la  période  de 
iSS8  à  1863. 

TABLEAU  VIL 

Sexe  masculin.  2A76 

Sexe  féminia 2582 


Total 6058 


il 


163      CONGRES  MÉDICAL  lf9tE(iIf ATIONAL.  — -  OfiUXlfeUE  SÉANCE   DE  JOUft. 

L'âge  est  indiqué  pour  395/i  personnes  décédées  pendant  la  même  période. 

TABI.EAIJ  VIÏI. 

Au-dessous  de  5  ans 21^ 

De  5  à  16  ans i22 

De  ie  4  30  ans 414 

De  20  à  30  ans. 073 

De  30  a  40  ans 931 

De  40  à  50  ans 590 

De  50  i  60  ans 352 

Do  60  à  70  ans 2ô2 

De  70  à  80  ans 101 

De  80  4  00  ans 5 

Total 3951 


A  U  suito  de  cens  leetures»  qui  ne  soulèvent  aueune  discussion»  le  ufirétaire 
général  présente  un  traTaU  du  professeur  Ko^ditch^de  Boston»  sur  la  distribution 
topo^aphique  do  la  consomplion  dans  le  Massachusetts.  Après  une  enquête 
dans  les  325  villes  de  l'Etat»  l'auteur  oondut  que  la  phthisie  y  sévit  inégalement, 
et  que  des  endi*oits  en  sont  complètement  exempts»  tandis  que  d'autres  y  sont 
plus  exposés  en  raison  de  l'humidité  du  sol.  Cette  cause  semble  définitivement 
établie  sur  de  nombreuses  statistiques  et  sur  ramélioration  des  makdes  au  début 
par  le  changement  de  lieu.  Tous  les  pays  vantés  pour  le  séjour  des  tuberculeux 
ont  un  climat  sec. 

Le  secrétaire  général  signale  ensuite  un  travail  écrit  en  anglais  de  M.  le  doc- 
tour  Canniff»  de  Belleville»  en  Canada  ;  sans  reposer  sur  des  données  statistiques, 
ce  mémoire  traite  de  la  fréquence  de  la  tuberculose  dans  les  différentes  race:* 
qui  forment  la  population  canadienne.  Une  ti^uction  française  de  ce  travail, 
faite  par  M.  G.  Dieulafoy»  interne  lam*éat  des  hdpitaux  de  Paris»  e«i  déposée  sur 
le  bureau. 

La  question  de  la  tubei*culose  est  épuisée;  l'ordre  du  jour  appelle  les  lecture^ 
Hur  la  cinquième  question  du  programme  : 

DE   i'lNFLUE>X£    DES   CUMATS»    DES   lUCES   ET   DES   DIFFÉRENTES   CUNO|TlOJ(â   U^   LA   ML 

SUA   LA   MENSTRUATION   DANS   LES   pIVERSES   œNTREES. 


tewmnm  sua  liA  MGNsvnvATiiw  ami  vpiiiimi 

AB  i^  VIIXK  AB  AAlIBli 
AT  AU  AIÊPABTEIIAIVT  AR  Ma/L  SEIWA-llVFÉAIBOBE. 

PÀE    M.    IiB    KEOVBSBBUB     LBOBBT    (DB    BOUBU)» 
Manbre  oaimponisnl  de  r  Acadëmie  impMale  de  médyi—. 


J'ai  inséré»   en  186&»  dans   les  Annales  du  Muséum  d'histoire  naturelle  di 

Rouen,  des  Recherches  sur  l'état  immal  de  la  menstruation  chez  les  femmes  de  M 

classe  ouvrière  de  la  ville  de  Rouen^  Depuis  icette  époque»  j'ai  étendu  mon  étude. 

.  en  répétant  les  mêmes  recherches,  sur  les  femmes  de  la  classe  riche  et  siu*  celler^ 

de  la  campagne^  qui  se  présentent  en  nombre  assez  considérable  à  ma  consulta- 


LEUDET.   —  ÉlUDE  SIR   IK  MEiNSTllUATlON.  163 

tion.  Le  travail  que  j'expose  aujourd'hui  est  donc  une  suite  de  celui  que  j'ai 
publié  il  y  a  trois  ans.  Aussi  y  retiouvera-t-on  plusieurs  résumés  statistiques  déjà 
connus.  Je  n'ai  pas  voulu  reprendre  de  nouveau  mes  recherches  sur  les  fenunes 
de  la  classe  ouvrière,  pour  ce  motif  que  1200  observations  recueillies  chez  les 
femmes  de  cette  classe  m'ont  donné  des  résultats  que  je  crois  ceiiains.  J'avais, 
antérieurement  dé^k,  fait  une  première  analyse  de  600  observations.  J'ai  répété 
la  même  analyse  avec  1200  faits,  et  j'ai  obtenu  chaque  fois  les  mêmes  résultats 
numériques.  Je  cxx)is  dune  avoir  la  certitude  de  la  vérité  de  mes  conclusions. 

U  viUe  de  Houen  est  située  dans  le  49«  36'  29"  de  latitude  et  le  1*"  1^'  32" 
de  longitude  ouest,  sur  les  rives  de  la  Seine,  sur  le  versant  d'un  coteau  expose 
au  sud  ;  une  partie  de  la  ville,  située  sur  la  rive  gauche^  est  établie  sur  un  ter- 
rain sablonneux.  L'industrie  locale  consiste  surtout  dans  des  filatures  et  tissages 
mécaniques  de  coton  qui  emploient  un  grand  nombre  d'ouvriers  des  deux  sexes 
depuis  l'âge  de  8  ans  jusqu'à  40  ans.  La  population  de  la  ville  est  peu  nomade; 
la  classe  ouvrière  fournie  par  la  localité  s'augmente  annuellemeAt  par  l'immi- 
gration d'un  certain  nombre  d'ouvriers  des  campagnes  qui  se  rendent  qn  vijle 
dans  l'adolescence.  L'industrie  textile  s'étend  au  dehors  de  la  ville  dans  plusieurs 
vallées  adjacentes  :  je  citerai  Monville,  Malaunay^  Maromme,  Deville,  Sotteville^ 
etc.  La  population  de  la  campagne  peut  donc  apparienir  à  la  classe  ouvrière  4P 
l'industrie  des  manufactures.  Il  aurait  été  intéressant  de  comparer,  relativement 
à  la  menstruation,  les  femmes  travaillant  dans  les  filatures  de  la  ville  avec  celles 
qui  travaillent  dans  les  mépies  établissements  à  la  campagne  \  on  aurait  pu  ainsi 
déterminer  plus  nettemeiU  l'influence  du  travail  industriel^  cette  influence 
agissant  seule  en  dehors  de  l'influence  du  milieu,  c'est-à-dire  du  séjour  dans 
une  grande  riUe. 

Je  n'ai  pu  tenir  compte  de  ces  divars  él^fnents  de  la  questioUj  n'ayant  pu 
recueillir  assez  d'observations.  J'ai  eu  soin  seulement  d'isoler  de  la  population 
des  campagnes  celles  qui  travaillent  dans  les  établissements  industriels. 

J'ai  formé  ainsi  trois  catégories  de  femmes  :  celles  de  la  classe  ricbp  de  la  ville, 
celles  de  la  campagne  :  cultivatrices,  ouvrières  de  fermes  ;  les  ouvrières  de  la 
ville  et  des  environs,  ces  dernières  en  petit  nombre.  Cette  dernière  catégorie  de 
femmes  a  été  observée  à  l'Hôtel-Dieu  de  Rouen. 

De  f  époque  de  fapparUion  de  la  puberté  à  Rouen.  —  Lepecq  de  la  Clôture  (Mal. 
épidém.,  vol.  I,  p.  273)  a  émis  à  cet  égard  une  opinion  que  nous  ne  pourrions 
admettre  sur  une  affirmation  aussi  vague  que  la  sienne.  «  La  puberté,  dit-il,  est 
rarement  précoce  à  Rouen,  quoiqu'il  s'y  soit  rencontré  à  ce  sujet  sans  doute, 
comme  dans  la  plupart  des  grandes  villes,  des  événements  assez  étonnants. 
On  peut  dire,  en  général, 'que  les  filles  y  sont  plus  rarement  nubiles  à 
quinze  qu'à  dix-sept  ans,  aussi  voyons-nous  beaucoup  de  femmes  jouir  encore 
après  cinquante  ans  de  cet  avantage.  »  J'ai  entendu  un  de  mes  confrères 
prétendre  qu'un  observateur  aussi  éminent  que  Lepecq  de  la  Clôture  n'avait 
pas  pu  commettre  une  erreur,  et  que.  sans  doute  l'époque  de  l'apparition  de 
la  puberté  avait  varié  depuis  l'époque  où  il  observait.  C'est  là  une  hypothèse 
gratuite,  et  il  faut  plus  qu'une  afQrmation  d'un  auteur,  quelque  éminent  qu'il 
^it,  pour  établir  une  proposition  semblable. 

L'âge  moyen  de  l'époque  de  la  première  apparition  des  règles  a  été  de  13  ans 
7/10  chez  les  femmes  de  la  classe  riche,de  1/i  ans  5/10  chez  les  fenmies  de  la 
campagne^  de  14  ans  9/10  chez  les  fenmies  de  la  classe  ouvrière.  Le  chifire  de 
ik  ans  9/10  est  celui  que  l'on  peut  compai'er  le  mieux  à  ceux  des  auteurs  dont 


\tU     CONGRÈS  MÉDICAL  INTERNATIONAL.  —  DfiUXlÈUE  SÉANCE   DE  JOUR. 

le  plus  grand  nombre  d'observations  ont  été  prises  chez  les  femmes  de  la  classe 
ouvrière.  En  ne  tenant  compte  que  de  cette  catégorie  de  sujets,  on  trouve  en 
France  un  accord  remarquable  entre  les  divers  résultats  statistiques,  comme  le 
prouve  le  tableau  suivant. 

AGE  MOYEN  DE  L'ÉTABUSSEMEIIT  DE  LA  PREMIÉftE  MENSTRUATION. 

Paris 14  ans  8/10 Brierre  de  Boismont 

—      15  ans  3  mois Dubois  et  Pajot. 

Rouen lA  ans  9/10 Leudet. 

Sables-d*01oone 14  ans  8  mois Petiteau. 

Lyon lA  ans  5  mois Bouchacourt. 

Ntmes 14  ans  3  mois Puech. 

Montpellier 14  ans  2  mois Courty. 

Toulon 14  ans Puech. 

—      14  ans  4  mois D'Ëspines. 

Ainsi^  en  France^  le  chiffre  de  Tàge  moyen  de  rétablissement  de  la  première 
menstruation  prouve  que  la  puberté  apparaît  plus  tard  au  nord  qu'au  midi. 

Cette  proposition  devient  encore  plus  vraisemblable  quand  on  rapproche  le 
chiffre  moyen  de  l'époque  de  la  première  menstruation  dans  d'autres  pays,  des 
moyennes  obtenues  pour  la  France. 

AGE  MOYEN  DE  L'ÉTABLISSEMENT  DE  LA  POBERTÉ 

Laponie  suédoise. ...  18  ans Wreiholm. 

Copenhague 18  ans  9  mois.  • . .  Rawn  et  Lewy. 

Gœttingue 16  ans Osiander. 

Stockholm.  . .  1 15  ans  6  mois.  •  • .  Wistrand. 

Norvège 15  ans  5  mois. . . .  Faye. 

Calcutta •  12  ans  4/10 Roberton. 

Angleterre 15  ans  6  mois.  • . .  Whitehead. 

Manchester, 15  ans  2  mois. . . .  Roberton. 

Londres 15  ans Tilt. 

Varsovie 15  ans  1  mois. .  • .  Lebrun. 

Bombay 13  ans Roberton, 

Le  chiffre  moyen  ne  donnant  pas  une  idée  assez  claire  des  variations  dans 
l'époque  de  l'établissement  de  la  puberté^  j'ai  joint  un  tableau  comparé  étudié 
par  âges. 


LEODBT.   —  ÊTOnE  SUR  I.A  UBNSTHUATION. 


165 


▲GK  DE  LA  PBEMIÉEE  MENSTRUATIOll. 

ANNÉES. 

si 

9     9 

1 

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1 

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8 

M 

2 

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II 

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3 

9 

1 

10 

2 

» 

2 

» 

» 

1 

3 

» 

8 

10 

30 

29 

8 

8 

22 

24 

14 

5 

14 

» 

18 

il 

90 

93 

26 

7 

26 

71 

44 

12 

19 

2 

78 

12 

129 

105 

42 

15 

55 

90 

90 

15 

35 

11 

137 

13 

171 

132 

64 

74 

83 

168 

105 

28 

66 

19 

123 

14 

93 

194 

82 

128 

87 

180 

107 

31 

99 

35 

87 

15 

208 

190 

99 

135 

101 

163 

90 

18 

104 

67 

40 

16 

148 

141 

96 

125 

77 

104 

52 

13 

85 

40 

22 

17 

134 

427 

76 

69 

63 

63 

43 

11 

54 

21 

14 

18 

98 

90 

50 

70 

38 

59 

32 

7 

34 

12 

3 

19 

49 

35 

25 

17 

20 

15 

17 

2 

16 

17 

3 

20 

20 

30 

18 

5 

6 

2 

4 

1 

8 

4 

1 

21 

» 

8 

6 

3 

5 

2 

1 

» 

2 

» 

2 

22 

7 

8 

3 

» 

1 

» 

1 

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1 

» 

» 

23 

M 

4 

1 

» 

2 

» 

» 

» 

» 

» 

1 

24 

» 

» 

2 

» 

» 

» 

» 

» 

» 

» 

» 

Total  . 

1178 

1200 

600 

656 

588 

941 

600 

144 

540 

228 

540 

Ainsi,  dans  notre  localité,  on  compte  le  plus  grand  nombre  de  femmes  réglées 
à  15  ans,  13,  16,  12,  18,  l/i,  il,  19,  10  et  20  ans.  La  succession  des  chiffres 
est  un  peu  différente  dans  la  statistique  de  M.  Brien*e  de  Boismont  :  en  étudiant 
de  la  même  manière  les  résultats  numériques  de  cet  auteur,  on  obtient  la  série 
suiTante  :  !&,  15,  16,  13,  17,  11,  18,  19,  20,  10.  J'ai  comparé^  suivant  le 
même  procédé  les  résultats  numériques  de  tous  les  auteurs  cités  dans  le  tableau 
précédent,  et  j'ai  constaté  que,  dans  aucune  localité,  on  ne  trouvait  d'écarts 
aussi  marqués,  c'est-à-dire  autant  de  pubertés  hâtives  et  tardives.  M.  Courty  a 
justement  rappelé  que,  suivant  la  remarque  de  Brierre  de  Boismont  et  d'Aran, 
Indifférence  parait  exister  dans  les  diverses  localités  dans  le  nombre  des  femmes 
réglées  de  bonne  heure  ou  tard  plutôt  que  dans  l'époque  prédominante  ou  dans 
l'âge  moyen  de  la  première  menstruation.  Ainsi,  en  examinant  combien  de 
femmes  ont  été  réglées  avant  15  ans,  on  trouve  dans  les  diverses  localités  les 
chiffres  suivants  : 


t 

M 

• 

1178 

• 
1200 

i 

600 

656 

O 

1 

588 

941 

i 

600 

• 

1 
144 

B 

M 

S 

540 

• 

228 

i 

Konbre  des  femmei . . 

540 

Béfléei  Afint  15  ans. 

514 

567 

224 

232 

275 

533 

360 

92 

236 

67 

454 

1         1 

1 

166      CONGBÈS  MÊbiCAL   INTERNATIONAL.  —  DEUXIÈME   SÉANCE  DE  JOUR. 

Envisagée  à  ce  point  de  vue,  la  puberté  est  un  peu  plus  hâtive  à  Rouen  qu'à 
t'aris,  moins  qu'à  Nimes^  Montpellier  et  surtout  que  dans  l'Inde. 

L'époque  de  l'apparition  de  la  puberté  oflVe-t-elle  des  différences  à  Rouen, 
quand  on  l'étudié  dans  les  diverses  elasses  de  la  société.  L'âge  moyen  présente 
déjà  des  différences  remarquables. 

AGE  DE  L*ÉTABLISSEIIEItT  DE  LÀ  PBEWÉRE  MENSTEUATION. 

Roui»  Pàiiis 

(Lentlet).    (Brierrede  BoUmoiit). 

Classe  aisée 13,7  18,6 

Femmes  de  la  campagne 14,5  là, 8 

—       de  la  classe  ouvrière 14,9  1A,84 

En  classant  les  femmes  suivant  Tâge  où  la  première  menstruation  apparut,  on 
obtient  le  tableau  suivant  : 

AGE    AUQUEL    S'ÉTABLIT    LA    PREMIÈRE    HENSTRUATIOH. 

Classe 
Clafse  aiséa.        d«  la  eampague.     Clatia  ourrièra. 

A  l'ftge  de     9  ans 1  n  0 

—  10  ans S  I»  J7 

—  11  ans 19  8  $3 

—  12  ans 32  19  78 

—  13  ans 33  37  101 

—  ià  ans 35  36  122 

—  15  ans 43  35  ISO 

—  16  ans 14  25  109 

—  17  ans 7  20  407 

—  18  ans 3  11  84 

—  19  ans 2  3  44 

—  20  ans 1  »  19 

—  21  ans »  »  » 

—  22  ans »  •  T 

Total 193  194  "sJT 

Ce  tableau  comparé  indique  une  différence  réelle  dans  l'âge  commun  de 
rëpoque  de  rétablissement  de  la  puberté  dans  les  diverses  classes  de  femmes, 
ainsi  la  puberté  est  plus  hâtive  chez  les  femmes  aisées  que  ches  celles  de  la 
campagne  ;  chez  les  femmes  de  la  classe  ouvrière>  on  obsei*ve  des  écarts  coiisî* 
dérables  ;  si  le  nombre  des  pubertés  tardives  est  considérable»  celui  des  hâtives 
est  représenté  également  par  un  chiffre  élevé.  C'est  surtout  chei  les  ouvrières 
des  grands  établissements  industriels  que  ces  écarts,  dans  l'époque  de  la  puberté^ 
sont  prononcés»  comme  le  prouve  le  tableau  suivant  : 

Ét»OÛUe   DE    LA    PREMIÈRE    APPARITION    DES    RÈGLES  CtiEZ    DES  FEllllES  AYANT  CÔMlElICÈ  A 
tBÀVAlLLEh  DANS  LES  riLATtlRES  00  TISSAGES  DE  CDTOR  AVANT  L'AGE  BE   19  ANS. 

Age  de  la  première  menstruation. .     10  ans.       Nombre  des  cas.. . .« .       2 

—  —  11  —  7 

—  —  12  —  4 

—  —  13  —  7 

—  —  14  —  12 

—  —  15  —  15 

—  -  16  —  20 

—  —  17  —  9 

—  —  18  —  5 

—  —  19  —  6 

—  —  20  —  2 

—  —  22  —  1 

Total 90 


LCUDCT.   —  ÉTUDE  SUR  LA  MENSTHUAtlON.  16} 

Ce  tableau  n'a  guère  besoin  de  commentaires;  il  démontre  que,  même  parmi 
ces  jeunes  filles  astreintes  à  un  ftge  peu  avancé  à  un  travail  pénible  et  prolongé, 
la  puberté  peUt  apparaître  hâtivement^  puisqu'elle  se  manifeste,  chez  32  femmes 
9ur  90,  avant  Tftge  de  15  ans,  mais  que  le  plus  souvent  la  puberté  est  tai*dive,  puis* 
qu'elle  apparaît  5^  ibis  sur  90  après  15  ans  ;  Tâge  commun  est  ici  de  16  ans.  A 
quelle^  causes  attHbuer  ces  pubettés  précoces  ?  Je  ne  sam*ais  le  dire,  je  rappel- 
lerai seulement  qtiHl  est  permis  de  tenir  cotnpte,  dans  cette  recherche  de  la 
cause,  de  Tetcitâtion  trop  fréquente  aux  passions  sexuelles  résultant  de  la 
réttnioti  dans  le  même  atelier  de  jeunes  sujets  des  deux  sexes.  Je  ne  veux  pas 
fidre  ici  tm  ^logë,  (leut-être  bien  hypothétique,  de  la  moralité  des  populations 
rurales;  U  est  cependant  certain  que  l'industrie  des  manufactures  favorise  le 
dévergondage  si  fréquent  dans  les  villes  industrielles  comme  Rouen. 

On  a  délnotllré  que  certaines  tnaladies  retai^daient  d'une  manière  notable 
Tapparition  de  la  t)uberié.  Cette  influence  est  manifeste,  suriout  comme  cause 
de  menstiniations  tardives  chet  quelques  femmes  de  la  classe  ouvrière.  Dans 
mon  premier  tràvaU,  j*ai  rapporié  qUe  sur  16&  fetnmes  dont  la  puberté  s'était 
manifestée  de  17  à  23  ans,  128  étaient  maladives  antérieurement  :  ainsi 
50  étaient  faibles  et  maladives;  ft6  avaient  eu  des  signes  de  scrofules,  2&  avaient 
eu  des  signes  d^hystérie,  7  avaient  été  ahtërieurement  atteintes  de  rhumatisme 
articulaire  aigu.  J'ai,  dans  une  autre  statistique,  éthdié  l'époque  du  dévelop- 
pement de  la  puberté  chez  les  femmes  hystériques,  scrofuleuses  et  rhumati- 
santes. Voici  le  tableau  qui  résulte  de  cette  étude  : 

iPOQQB  DB  L'ÀPPAamON  DE   LA    PUBERlt  CHEZ  LES  HTSTAftiaOBS,   LES   SCBOnn^OSES, 

LES  RBUVATISAIfTES. 

IlTarAMocKS.  ScuomiosM.  RavBATitâHTt». 

Nomhn»  H«»«  ons.  Nombrr  ilt-s  cb«.  Nomhré  dei  cm. 

Pubertés  de    8  A  12  an^     2a     De  U  à  12  ans.        3     De  10  li  12  ans,      17 
_       db  18 1  10  SI  —  8  —  IS 

^       de  17  à  22  M  ^  10  ^  ^1 


Totaux 99  22  51 

Ces  risiiltàts  sont  presque  identiques  avec  ceux  de  Haciborski  {bu  rik  de  la 
menstruaiion  enpathologie  et  en  thérapeutique,  1856,)  de  Seanzoni  {Traité  de  gynéco- 
logie), ett.  Aussi  M.  Monneret  va  même  jusqu'à  considérer  comme  pathologique 
l'aménorrhée  qui  se  prolonge  jusqu'à  seize  ou  dix-sept  ans  à  Paris  {Paih,  gén., 
t.  lU,  p.  751, 1861). 

De  la  fnaniére  dont  reviennent  les  régies.  —  Cette  question  est  difficile  à  élucider 
au  moyen  de  la  statistique.  M.  Brierre  de  Boismont  a  constaté  qu'à  Paris,  les  épo- 
ques menstiniellcs  étaient  séparées,  chez  le  plus  grand  nombre  des  femmes,  par 
un  intei-valle  de  28  jours.  «Chez  un  grand  nombre  de  femmes,  dit-il,  la 
période  menstruelle  embrasse  un  espace  de  30  jours  ;  les  règles  se  montrent 
assez  souvent  d'une  manière  très-régulière,  jour  pour  jour,  quantième  pour 
quantième;  le  plus  ordinairement  elles  anticipent  de  quelques  jours  sur  l'époque 
suivante,  i»  D'après  les  relevés  des  observations  chez  les  femmes  qui  m'ont 
donné  des  réponses  catégoriques,  j'ai  trouvé  que  chez  la  majorité  des  femmes 
les  époques  avançaient  un  peu  sur  la  précédente. 

Ainsi,  sur  2/i7  femmes,  81  voyaient  leurs  règles  revenir  à  époques  fixes; 
131  avaiehl  leurs  règles  en  avance,  15  leurs  règles  en  retard,  Cette  proportion 


168     CONGRÈS  MÉDICAL  INTERNATIONAL.  —  DEUXIÈME  SÉANCE  DE  JOUR. 

est  à  peu  près  la  même  quand  on  sdpare  les  femmes  en  3  catégories,  comme  je 
l'ai  fait  dans  le  cours  de  ce  travail. 

La  régularité  du  retour  des  menstrues  subit  fréquemment  des  Yariations  con- 
sidérables aux  diverses  époques  de  la  ^îe.  Ainsi,  dans  la  classe  ouvrièrej 
215  femmes  sur  9U5  avaient  eu  des  menstrues  plus  ou  moins  irrégulières  pen- 
dant la  première  année.  Ce  n'est  souvent  qu'après  une  époque  assez  variable 
que  les  menstrues  se  régularisent;  j'ai  pu  me  convaincre  que  cette  régularisation 
des  époques  menstruelles  était  généralement  obtenue  après  la  première  année. 
Ces  irrégularités  seraient  plus  communes  chez  les  femmes  dont  la  puberté  est 
hâtive  et  surtout  tardive  dans  son  apparition  ;  elles  paraissent  tenir  aux  mêmes 
causes. 

La  durée  des  époques  menstruelles  est  souvent  difficile  à  déterminer  d'une  ma- 
nière rigoureuse,  en  raison  de  sa  diversité  aux  époques  diilérentes  de  la  vie  des 
femmes,  et  surtout  en  raison  de  Fappréciation  de  chaque  sujet  observé.  Cer- 
taines femmes,  en  effet,  ne  font  compter  dans  la  période  catéméniale  que  le 
nombre  des  jours  pendant  lesquels  l'hémorrhagie  utérine  est  abondante,  élimi- 
nant les  jours  pendant  lesquels  l'écoulement  est  peu  abondant  on  peu  coloré.  Il  en 
résulte  une  incertitude  dans  les  résultats  de  nature  à  gêner  beaucoup  l'établisse- 
ment d'une  statistique.  En  réunissant  les  faits  qui  m'ont  paru  comparables  et 
répondre  à  ces  conditions,  j'ai  constaté  que  la  durée  la  plus  commune  des  épo- 
ques menstruelles  était  de  8  jours,  aussi  bien  dans  la  classe  aisée  que  dans  la 
classe  ouvrière,  que  chez  les  femmes  habitant  la  campagne  ;  la  durée  moyenne 
serait  un  peu  plus  longue  chez  les  femmes  de  la  classe  aisée  que  chez  celles 
comprises  dans  les  deux  autres  catégories. 

La  ménopause^  c'est-à-dire  l'époque  de  la  suppression  définitive  des  règles, 
varie  un  peu  dans  les  diverses  catégories  de  femmes  observées.  Ainsi,  j'ai 
trouvé  que  l'âge  moyen  auquel  la  ménopause  survenait  était  de  kl  A  ans  pour 
les  femmes  de  la  classe  riche,  de  &7  ans  9/10  pour  les  femmes  de  la  campagne, 
et  de  &8  ans  7/10  pour  les  femmes  de  la  classe  ouvrière.  Le  tableau  suivant  four- 
nit le  résumé  des  observations  recueillies  : 

AGE  AUQUEL  SURVIENT  LA  MENOPAUSE. 


AGE. 

Clauc  aisée. 

Femmes 

delà 
campaçue. 

Femmes 

de  la  classe 

ouvrière. 

Total 
GtoÉaat. 

De  18  à  20 
De  2t  à  24 
De  25  à  30 
De  31  à  3A 
De  35  à  40 
De  Al  à  A5 
De  A6  à  50 
De  51  i  55 

» 

» 
a 
1 
3 
15 
3 

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n 
» 
9 
21 
à 

1 

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1 
1 
16 
37 
47 
31 

1 

» 

1 

1 

17 

49 

83 

38 

Total 

22 

3A 

134 

190 

Ce  tableau  montre  que  l'époque  la  plus  commune  de  la  ménopause  est  de  &6  à 
50  ans;  mais  que  les  écaris  de  l'âge  commun  sont  beaucoup  plus  considérables 
chez  les  femmes  de  la  classe  ouvrière  que  chez  les  femmes  de  là  campagne  et 


LEUDET.   —  ÊTUOE  SUR  LA  MENSTRUATION.  169 

de  la  classe  axèée.  Ce  résultat  démontre  que  les  variations  que  l'on  observe  à 
propos  de  l'époque  de  l'apparition  de  la  puberté  chez  les  femmes  comprises  dans 
ces  diverses  catégories  se  retix>uvent  encore  à  propos  de  la  ménopause. 

Des  recherches  statistiques  que  je  ne  retracerai  point  ici  prouvent  que  T  épo- 
que de  la  ménopause  ne  dépend  pas  de  l'époque  de  la  puberté,  c'est-à-dire  que 
les  femmes  dont  la  menstruation  s'est  manifestée  de  bonne  heure  ne  sont  pas 
celles  dont  les  tègles  se  suppriment  le  plus  tôt.  Cette  proposition  est,  du  reste, 
acceptée  par  tous  les  observateurs.  Aussi  je  n'insisterai  pas  sur  les  résultats 
itatistiques  propres  à  la  démontrer.  Il  est  cependant  un  certain  nombre  de 
femmes  dont  la  puberté  a  été  très-tardive  et  dont  la  ménopause  est  aussi 
prématurée. 

Pas  plus  à  Rouen  qu'ailleurs,  l'époque  de  la  ménopause  n'expose  les  femmes 
à  des  dangers  plus  grands.  Dans  mon  premier  travail,  je  m'exprimais  ainsi  à  cet 
égard  :  sur  S96  décès  de  femmes  dont  l'âge  variait  de  30  à  60  ans,  j'ai  trouvé 
que  le  nombre  des  décès  avait  été  de  : 

Chez  les  femmes  âgées  de  31  à  AO  ans,  de 76 

—  —  41  à  50  ans,  de 77 

—  —  51  à  60  ans,  de 09 

rajouterai  que  le  cancer  de  l'utéiiis  n'est  pas  plus  fréquent  à  l'âge  de  la 
ménopause  qu'aux  autres  époques  de  la  vie  de  la  femme.  Ainsi,  en  ne  tenant 
compte  que  des  cas  mortels,  l'analyse  de  mes  observations  me  donne  : 

Femmei  de  36  à  45  ans  mortes  de  cancer  de  l'utérus. . .  5  cas  ;  d'autres  cancers. . .  6. 

—  46  à  55  ans        —  —  ...  4  cas        —        —     ...  8, 

—  56  à  65  ans'       —  —  ...  5  cas       —        —     ...  8. 

Ces  résultats  numériques  apportent  donc  un  nouvel  appui  à  cette  opinion 
déduite  de  faits  cliniques  par  beaucoup  d'obsei^vateurs  :  que  l'âge  de  la  méno- 
pause n'est  pas  une  époque  de  mortalité  plus  grande  pour  la  femme,  et  qu'elle 
n'expose  pas  au  développement  de  cancers,  et  surtout  du  cancer  de  l'utérus, 
puisque  la  statistique  prouve  que  le  cancer  de  l'utérus  n'est  pas  plus  commun 
à  l'époque  de  la  ménopause  qu'avant  et  surtout  après  la  cessation  des  mens- 
trues; enfin,  que  le  cancer  de  l'utérus  suit  les  règles  du  développement  des 
autres  cancers. 

la  question  de  la  fécofiidiié  des  femmes  de  la  ville  de  Bouen  et  du  département 
n'a  été  étudiée  que  d'après  le  résultat  de  mon  observation  personnelle.  J'ai 
obtenu  des  renseignements  à  cet  égard  de  920  femmes  de  la  classe  ouvrière, 
134  femmes  de  la  classe  riche,  et  153  femmes  de  la  campagne;  total, 
1207  femmes  interrogées.  L'étude  de  la  fécondité  chez  ces  femmes  m'a  donné  le 
résultat  suivant  : 

134  femmes  de  la  classe  riche  eurent 271  enfants. 

153  femmes  de  la  campagne  eurent 345      — 

920  femmes  de  la  classe  ouvrière  eurent.. .     2532      — 

Total.  .  1207  femmes  eurent 3148  enfants. 

Ce  tableau  prouve  que  la  fécondité  est  assez  limitée  dans  notre  département, 
<!u'elle  est  à  peine  plus  développée  dans  les  campagnes  que  dans  la  classe  riche 
delà  ville,  qu'elle  est  supérieure  chez  les  femmes  de  la  classe  ouvrière. 

J'ai  recherché  si  le  nombre  des  enfants  variait  chez  chaque  individualité  dans 


170     CONGRÈS  MÊDIGAt  tNTKRNATlONAL. — DEUXlfellE   SÉANCE  DE  JOUR. 

les  trois  catégories  établies  ci-KÎessuB;  en  d'autres  termes,  «:ile  nombre  des  enfants 
par  ménage  était  supérieur  à  la  campagne  ou  à  la  tillê» 

borbut  mv  rombie  d'erfants. 


(XASSES. 

1 

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3 

4 

5 

6 

7 

8 

9 

10 

il 

12 

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15 

16 

17 

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d'«n(aQt». 

13â  femmes  de  la 

classe  riche.  . 

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26 

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133  femmes  de  la 

campagne. .  . . 

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24 

920  femmes  de  la 

classe  ouvrière. 

223 

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82  70  42 

34  22  26 

15 

22 

6 

8 

6 

6 

3    t> 

1 

2 

236 

Le  seul  résultat  qui  me  semble  intéressant  dans  ce  tableau,  c'est  quft  U  nom- 
bre des  ménages  ayant  beaucoup  d'enfants  n'est  pas  plus  considérable  dans  la 
campagne  que  chez  les  femmes  de  la  classe  riche.  Ce  résultat  ne  s*appuie  que 
sur  un  nombre  peu  considérable  de  femmes  ;  il  serait  intéressant  d'étudier  cette 
question  sur  une  plus  large  échelle,  et  de  comparer  la  fécondité  par  famille  chez 
les  femmes  de  diverses  catégories. 

Je  n'ai  tenu  compte>  dans  l'élucidation  de  cette  question,  cbtnme  dans  tout 
mon  travail,  que  des  faits  observés  par  moi,  et  n'ai  voulu  fkire  qu'un  travail 
d'observations  personnelles. 


BBCflBIlCHEfl  COUPA  AATlVni 

SVH  liA  MEIfVSTBVikTIim  DAIVS  liHi  DI^TBIMM  COATTIlftBS 

IMIIJS  liB   HAPPORT  BVBIVOIiMIflllB 

PAR  M.  LE  DDCtBÙR  LAONBAU  FILS  (DB  PARlS). 


De  nombreux  médecins,  entre  autres  08iander(i)f  MM.  RoberU>n(2),  Marc 
d'E8pine(3),  Pétrcquin  (/i)|  Brierre  de  Boi8mont(5),  Ilacibor8ki(6)4  Guy  (7),  Mur- 

(1)  Diss,  in  med,  de  fluxumenstruo  atque  uteri  prolapsu^  in-4^.  Gottingue,  4808.  — 
Denhvùnligkeiten  fur  die  ffeilkunde  und  Geburtshûlft,  Novembre,  Ed.  2,  al.  1^95,  ms.  320. 

(2)  Bdinburgh  Médical  artdSupgical  Journal  :  On  inquiry  into  tht  natnrâl  Ëîstory  of  the 
Menstrual  Funciion.  T.  XXXVIII,  p.  227;  1832.  T.  LVIII,  p.  112;  1843.  T.  LUI,  ti.  1  ; 
1844.  T.  LXni,  p.  57;  1845.  T.  LXIY,  p.  156,  257  et  423  ;  1845.  T.  LXVI,  p.  56  et  28t; 
1846  ;  et  t.  LXIX,  p.  69;  1848. 

(3)  Archives  générales  de  médecine ^  11*  série,  t.  IX,  p.  5el  303;  Paria,  1835  :  Hecher- 
ches  sur  quelques-unes  des  causes  qui  hâtent  ou  retardent  la  puberté. 

(4)  Recherches  sur  la  menstruation^  thèse.  Paris,  n^  311, 1835. 

(5)  De  la  menstruation  (Mémoires  de  l'Académie  royale  de  médecine ^  t.  IX,  p.  104,  etc. 
Paria,  1841). 

(6)  De  la  pu^iCrté  et  de  Vàge  critique  chez  la  femme^  et  de  la  ponte  périodique  chez  lu 
femme  et  les  mammifères.  Paris,  1844. 

(7)  The  Médical  Times^  t.  111,  p.  368;  9  Auf.  1845^ 


UGIfBâC  ntS.  —  BECHERCHES  COMPARATIVES  SUR   LA  MENSTRUATION.      171 


iT  1),  P.  Dubois  (2),  Marcel  Petiteau(3),  de  Soyre(^],  ont  publié  divers  tra- 
Tiui  sur  rftge  auquel  se  maniiéste  k  première  menstruation,  suivant  les  climats, 
les  races  et  le  genre  de  vie. 

Pour  mieux  apprécier  les  différences  et  les  analogies  présentées  sous  ce  rap- 
port par  les  femmes  de  divers  pays^  M.  Ed.  J.  Tilt  a  réuni  dans  un  tableau  des 
documents  statistiques  relevés  sur  10  422  femmes  (5). 

Pour  chercher  à  déterminer  Tinfluence  des  climats  et  des  races  sur  r£q)pari- 
tien  de  la  menstruation,  pareillement  j'ai  cru  devoir  réunir^  dans  le  tableau  ci- 
joint,  des  documents  statistiques  recueillis  sur  15  948  femmes  dans  différentes 
contrées.  Malgré  l'insufQsance  numérique  de  quelques-unes  des  séries  statisti- 
ques relatives  à  certains  peuples,  malgré  l'absence  de  tout  document  sur  beau- 
coup de  régions  du  globe,  ces  données  positives  m'ont  paru  préférables  aux 
assertions  souvent  contradictoires  fournies  par  les  voyageurs  sur  l'époque  de  la 
puberté  féminine. 

Dans  ce  tableau,  les  statistiques  sont  disposées  approximativement  d'après  la 
température  moyenne  des  localités  où  les  femmes  ont  été  observées,  en  allant 
du  nord  au  midi. 

Ces  statistiques  sont  dues  :  à  M.  Lundberg  pour  le  Labrador  (6),  à  MM.  Faye  (7) 
et  Frugel(8)  pour  la  Noi*vége,  à  MM.  Rawn  (9)  et  Leog(lO)  pour  le  Danemark,  à 
Osiander(ll)  pour  le  Hanovre,  à  M.  Lebrun  pour  la  Pologne  (12),  à  MM.  Rober- 
tDn(i3),  Guy,  Lee  et  Murph}  pour  l'Angleterre,  à  MM.  Marc  d'Espine,  Ménière  et 

(1)  TheùMin  Journal of  Médical  Science,  Nov.  1, 18A4;  |i«  77,  p.  17.7,  1845. 

(2)  TraQé  complet  de  l'art  des  accouchements ,  1. 1,  p.  32A.  Paris,  1840. 

(3)  Bulletins  de  là  Société  de  médecine  de  Poitiers^  2«  Série,  p.  5ft7,  n»  26,  janvier 
4867  (G<u.  hebd.  méd.  etchir.^  7  août  1857,  p.  567). 

(4)  Gazette  des  hôpitaux^  22  septembre  1863  :  Dtf  /a  primiparité  à  terme, 

(5)  Monthly  Journal  of  Médical  Science^  1850,  t.  XI,  p.  289  et  suiv. 

(6)  Voy.  Edinhurgh  Med.  and  Surg,  Journal ^  t.  LXIII,  p.  57,  1845.  La  statistique  de 
M.  Limdberg,  communiquée  à  M.  Roberton,  de  Manchester,  est  relative  k  vingt  et  une 
jenoss  filles  dont  cinq  n'étaient  pas  encore  menstruées,  deux  à  14  ans,  deux  à  13  ans,  et 
une  à  12  ans. 

(7)  La  statistique  de  M.  Faye  a  été  communiquée  k  M.  Raciborski  {loc,  aï.,  p.  11). 

(8)  A  Government  Report  on  Norway,  La  statistique  de  H.  Frugelest  rapportée  par  M.  Tilt 
(/oc.  ciY.,  p.  294). 

(9)  Bibliothek  for  Lœger^  janvier  1850.  La  statistique  de  M.  Rawn  est  rapportée  par 
Ï.TiH{/oç.  cit.,  p.  294). 

(10)  La  statistique  de  M.  Leog  a  été  publiée  pour  la  première  fois  par  M.  Tilt  (loc.  et/.,  p.  294). 
(il)  Loc,  cit.  Cette  statistique  a  été  publiée  et  republiée  avec  quelques  variantes^  relative- 

iBeot  à  rige  des  deux  dernières  femmes. 

(12)  M.  Lebrun  a  recueilli  à  Varsovie  deux  statistiques,  l'une  sur  100  illles  catholiques, 
l'iatre  sur  100  fiHee  juives.  Ces  statistiques  ont  été  publiées  par  II.  Raciborski  (A>c.  ciY., 
M6et31). 

(13)  M«  Roberton  a  publié  une  statistique  sur  450  filles  de  Manchester,  en  1832  {Edin- 
^r^A  Med,  and  Surg,  Joumal^X,  XXXTIII,  p.  231).  Vu  le  nombre  considérable,  J'ai  cru  pré- 
(Mle  de  prendre  celle  que  ce  confrère  donna  plus  tard  sur  540  filles,  comme  terme  de  com- 
paraison de  la  puberté  des  jeunes  Anglaises  et  des  jeunes  filles  de  Madère,  observées  par 
V.  Djster  (t.  L&VI,  p.  281,  1846).  Cette  seconde  statistique  me  paraît  également  porter  sur 
do  filles  de  Manchester  ;  car  si  M.  Roberton  avait  voulu  parler  4os  Anglaises  en  général,  il 
»rtit  donné  la  statistique  beaucoup  plus  nombreuse  de  Robert  Lee  et  Murphy,  qu'il  rapporte 
précédemmeat,  pour  la  comparera  une  statistique  relative  a  des  femmes  des  Indes  (t.  LXIV, 
P- 165, 1845). 


172 


DE  L'AGE  DE  15  9b8  FEMMES,  Ld 


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16  aos  9  OMIS  16  joun. 


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700 


ANGLETERRE. 


u 

K 


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6  m.  ii  j. 


+  10* 


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54 

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16 

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et  12*  19* 


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▲ge  meywi  de  1140  feamte  de  l'Ane 
méridionele  :  12  ens  11  moie  ITiourf. 


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7  m.  12  j. 


17^      CONGUËS   MÉDICAL  INTERNA  flON AL.   — DEUXIËMB  SÉANCE   DE  /OCR. 

Brierre  de  Boismont,  Racihorski,  P.  Dubois,  de  Soyre,  Pétrequin,  Boucha- 
court  (l),  StolU  et  Lévy(2),  Marcel  Petiteau,  Girard  et  Reynaud(3)  pour  la 
France,  à  M.  Zaviziano  pour  Corfou^  à  M.  Dyster  pour  Madère,  à  MM.  Leith, 
Crisp,  Goodeve,  Dwarikanauth-das-Bossu  pour  les  Indes,  à  MM.  £lliot  et  Bowen 
pour  la  Jamaïque  et  les  Barbades  (i^). 


L'influence  du  climat  sur  la  puberté  féminine  est  généralement  regardée 
comme  très-considérable,  surtout  depuis  les  recherches  de  M.  Marc  d'Espine  et  de 
M.  Raciborski^  qui  pense  que  a  chaque  degré  de  latitude  fait  descendre  ou  monter 
environ  d'un  mois  et  quelques  jours  l'âge  moyen  de  la  pubci*ié,  selon  qu'on 
s'approche  de  l'équateur  ou  qu'on  s'en  éloigne  vers  les  pôles  »  {L  c,  p.  18). 

M.  Tilt,  tout  en  restreignant  notablement  l'iniluence  climatologique>  arrive  à 
trouver  que^  dans  les  pays  chauds,  l'âge  moyen  de  la  première  menstmation 
peut  être  fixé  à  13  ans  16  jours^  dans  les  pays  tempérés  à  1^  ans  U  mois  k  jours, 
et  dans  les  pays  froids  à  15  ans  10  mois  5  jours. 

En  effet,  si  l'on  compare  les  âges  moyens  des  jeunes  filles^  lors  de  la  première 
menstiiiation  dans  les  États  Scandinaves  et  le  Hanovre,  en  France,  à  Corfou  et 
dans  l'Asie  méridionale,  on  voit  qu'en  général  la  puberté  est  plus  tardive  dans 
les  pays  froids  que  dans  les  pays  chauds. 

Tandis  que  k^Zk  femmes  Scandinaves  et  allemandes  du  Kord  habitant  en|re 
le  5ù'  degré  et  le  60"  de  latitude  nord,  sous  une  température  moyenne  annuelle 
de  5  degrés  à  8  degrés,  ne  sont  menstruées  qu'à  16  ans  9  mois  16  jours;  — 
5661  Françaises,  habitant  enti*e  le  ^2*  degré  et  le  51*  de  latitude,  sous  une  tem- 
pérature moyenne  de  9  degrés  à  15  degrés,  sont  menstruées  à  15  ans  1  mois 
21  jours;  —  33  femmes  de  Corfou,  situé  par  le  39*  degré  de  latitude,  sous  une 
température  moyenne  d'environ  16  degrés,  sont  menstruées  k  ik  ans  ;  —  enfin 
11^0  Asiatiques,  habitant  entie  le  8*  degré  et  le  30*  de  latitude,  sous  une  tem- 
pérature moyenne  de  20  à  28  degrés^  sont  menstruées  à  12  ans  11  mois  17  jours. 

Pays.  Latitudo.  Teuporatiire.  Ace. 

Norvéffe,   Danemark  etj  r«.«^  ..,«  .«  «       .,*. 

..."  ^     M     i    I         ôOoàeOo  5oà    8°         16  aos  9  mois  16  jours. 

AUemagne  du  nord.  )  ' 

Fraace ^2»  à  ôl»  9»  a  i5<>         15         1  21 

Curfou ayo  IG"  14         »  » 

Asie  aiéridionale 8»  à  SO^^         20'' à  28»         12        11  17 

Ces  différences  entre  les  âges  moyens  des  femmes  dp  ces  divers  pays  sont 
donc  considérables.  11  s'agit  actuellement  de  rechercher,  autant  que  possible,  si 
elles  sont  attribuables  aux  diit'érents  climiits  eu  aux  difTérentes  races  qui  h^itent 
les  contrées  chaudes  ou  froides. 

(1)  La  lUtktique  de  M.  Bouchacourt  a  été  réunie  à  celle  d«  M,  Pélreqi|io  par  MM.  Dé* 
sormeaux  e)  F.  Dqbois  (Dictionnaire  d$  médecine  «n  3Q  vol.,  art.  Menstruation,  p.  A4S-â;. 

(2)  Voy.  Topographie  eé  Histoire  médicale  de  Strasbourg  et  éu  département  du  Jias-Biùttf 
par  V.  St^ber  et  Touvdes.  Paris-Strasbourg,  1864,  p.  267  «1268. 

(3)  Les  slatistiquei  de  MU.  Girard  et  Reynaud  sont  rapportées  par  1|.  Marc  4'Etpiiie 
{loc,  cit.), 

(4)  Les  statistiques  de  MM.  Zavizeano,  Dyster^  Leith,  Goodive,  Crisg^  Dwarikanauth-das- 
Bpitu,  SlUot  et  BoweD  soqt  r^ppoirt^ei  par  M.  Rob^rloa,  de  Maneboi^er  (Ediuburgh  Med. 
and Surg.  Journal^  t.  LUI» p.  i,  1844;  t.  LXIV,  p.  156,257  et 423»  1846;  t.  LIYI^  p.  56; 
t.  LVIII,  p.  11),  i84S,  et  t.  LlUI,  p.  75,  18A8). 


UfîXUt  FILS.  —  BECaEaCH£S  COMPABàTiVES  SUR  LA  MENSTRUATION.      17S 

Lorsqu'on  parcourt  F  ensemble  du  tableau^  on  reconnaît  immédiatement  que 
Ie>  femmes  du  Labrador,  les  juives  de  Pologne^  les  Portugaises  de  Madère  et  les 
négresses  des  iles  de  F  Amérique  tropicale,  sont  loin  de  présenter  des  âges  moyens 
eD  rapport  avec  les  climats  si  divers  de  ces  contrées.  Malheureusement  la  plupart 
des  statistiques  relatives  à  ces  pays  sont  trop  peu  nombreuses  pour  qu'on  puisse 
leur  accorder  une  entière  valeur.  Néanmoins,  quand  on  sait  déjà  que,  selon 
Tooke,  les  femmes  samoyèdes^  habitant  à  Test  de  l'Obi,  deviendraient  mères  des 
l'àge  de  12  anB(i},  il  est  bon  de  faire  remarquer  que  16  femmes  d'Esquimaux 
du  Labradoi'x  vivant  sous  une  température  moyenne  annuelle  de  —  3  degrés,  sont 
nienstruées  à  l'âge  de  15  ans  11  mois  12  jours,  tandis  <jue  38&0  Danoises, 
vivant  sous  une  température  moyenne  de  7%6^  le  sont  seulepient  à  16  ans 
10  mois  5  jours,  près  de  11  mois  plus  tard,  contrairement  à  rinfluence  accélé- 
ratrice généralement  accordée  à  un  climat  relativement  plus  chaud.  La  diffé- 
rence ethnique  existant  entre  les  Esquimaux  et  les  Scandinaves  et  }es  Germains 
du  Nord  semblerait  donc  mieux  rendre  compte  de  cette  différence  dans  les  âges 
moyens  de  la  puberté  féminine. 

La  p(;berté  tardive  de  l^  race  germanique  avait  déjà  été  remarquée  des  an- 
ciens. Aussi  Tacite  disait-il  :  «  Sera  juvenum  veuus^  eo^uc  inexhausta  ptibertas  ;  itec 
^rgines  fesHmmtur...  »  [De  monhus  Germanomm^  XX.)  MM.  Marc  d'Espine(2}  et 
Brierre  de  Boismont(3j  ont  également  observé  qne  les  jeunes  filles  qui,  par 
leun  yeux  bleus  ou  verts,  leurs  cheveux  blonds  et  leur  h^ut^  stature,  rappellent 
le»  caractères  anthropologiques  des  anciens  Germains,  sont  ^énéralei^ient  peu 
précoces.  Actuellement  encore  en  France,  nos  jeunes  Alsaciennes,  en  pai-tie  de 
race  germai^que^  n'arrivent  qu'assez  taid  à  la  puberté.  Tandis  que  |es 
3522  femmes  observées  à  Paris,  sous  k%^  50' 13'' de  latitude,  et  par  une  te^n- 
pérature  moyenne  annuelle  de  10**  5',  arrivent  à  la  pubeiié  à  14  ans  \\  mois 
33  joui-8,  les  1249  jeunes  ijllps  observées  par  MM.  Stoltz  et  Lévy  à  Strasbourg, 
par  W«  3A'57"|  et  sous  une  température  moyenne  de  9^,8^  n'y  arfivcnt  qu'à 
15  ans  8  mois  28  jours,  plus  de  9  mois  plus  tard,  malgré  la  très-minime  dif- 
férence existant  entre  la  latitude  et  la  température  moyenne  de  ces  deu^  villes. 

A  Varsovie,  M.  Lebrun^  en  comparant  deux  séries  de  lOQ  jeunes  fiUes,  les 
unes  juives,  les  autres  slaves,  4  reconnu  que  Tâge  de  }a  première  menstruation 
était  de  k  mois  plus  précoce  chez  les  premières  que  chez  les  secondes.  Différence 
qui  dépasse  une  année^,  s^  Ton  comparf  cette  série  de  |0U  juives  npn-seuleip«nt 
avec  les  100  Polonaises  Slaves^  mais  aussi  avec  les  60U  jeunes  filles  de  la  Russie 
méridionale^  dont  M.  Pau)  Dubois  a  rapporté  la  statistique  (4].  La  r^ce  juive 
semblerait  donc  encore  avoir  conservé  une  plus  grande  précocité  de  développe- 
ment. 

Dans  les  Indes  an^aises,  si  Ton  compare  la  statistique  recueillie  sur  239  fenmi^ 
du  Bengale,  à  Calcutta,  situé  par  22°  3&'  ^5"  de  latitude,  et  celle  recueillie  s^r 
301  femmes  du  Dekkan,  à  Bombay  et  à  Bangalore,  sous  le  18*  et  le  12"  degré 
de  latitude,  on  trqi^ve  que  l'âge  pioyeii  de  la  puberté  est  d«  12  Wl  6  mpis 
1  jour  pour  les  premières,  et  de  13  ans  3  mois  8  jom*s  po^i-  Itt  secondas; 

(1)  Tooke  :  ^ussian  Empire^  vol.  II,  p.  286,  cité  par  H.  RoberlOQi  loc,  cit.  (Edinb. 
^.  and.  Surg,  Jûum.^  t.  XXIVÏII,  p.  239). 

(2)  Loc.af.fp.  306. 
(3)£A;.ct/.,  p.  117. 

'A)  Trailé  eompUt  de  tari  des  accouchements,  Paris,  1849,  t.  1,  p.  325. 


176      CONGRÈS  MÉDICAL  INTERNATIONAL  —DEUXIÈME  SÉANCE  DE  JOUR. 

différence  de  plus  de  9  mois  en  sens  inverse  de  l'influence  attribuée  aux  climats. 
Malgré  le  grand  nombre  de  races  composant  la  population  des  Indes>  peut-être 
pourrait-on  regai*der^  avec  M.  Tilt,  les  femmes  si  précoces  de  Calcutta  comme 
appartenant  principalement  à  la  race  hindoue,  tandis  que  les  femmes  du  Dekkan 
appartiennent  principalement  à  la  race  tamoule^  fortement  colorée,  habitant 
antérieurement  le  pays. 

Enfin  77  négresses,  vivant  aux  Antilles,  également  sous  la  zone  torride,  par 
le  13*  et  le  21®  degré  de  latitude,  sont  loin  de  présenter  la  même  précocité  que  les 
femmes  du  Bengale.  Chez  ces  négresses,  la  menstruation  se  manifeste  3  ans 
plus  tard,  à  l'âge  moyen  de  15  ans  7  mois  12  jours;  c'est-à-dire  à  un  âge  su- 
périeur à  celui  des  femmes  d'Angleterre  et  de  France,  et  de  peu  inférieur  à  celui 
des  femmes  du  Labrador. 

Parfois  donc,  les  différences  que  l'on  remarque  pour  l'âge  moyen  de  la  pre- 
mière menstruation  dans  les  divers  pays  sembleraient  plutôt  dépendre  des  races 
humaines  qui  les  habitent  que  des  conditions  climatologiques. 

Sur  les  jeunes  étrangères  venant  demeurer  dans  un  pays  ti'ès-diffërent  de  leur 
patrie,  l'influence  du  climat  semblerait  également  assez  minime.  Suivant 
M.  P.  Dubois,  le  premier  indice  de  la  puberté  apparaîtrait^chez  elles  à  l'âge  où 
il  se  serait  manifesté  dans  leur  propre  pays  ;  il  en  serait  de  même  pour  leur  des- 
cendance au  moins  pendant  les  premières  générations. 

En  effet,  on  serait  disposé  à  contester  l'action  hâtive  des  pays  chauds  sur  la 
menstruation,  lorsqu'on  remarque  l'âge  moyen  assez  élevé,  de  15  ans  &  mois 
27  jours,  présenté  par  225  fenunes  d'origine  portugaise,  nées  à  Madère,  par 
32*  37' de  latitude,  sous  une  température  moyenne  annuelle  de  20^3,  supérieure 
d'environ  k  degrés  à  celle  de  Lisbonne. 

Pareillement,  on  serait  porté  à  douter  de  l'action  retardatrice  des  pays  froids  sur 
l'époque  de  la  première  menstruation  chez  les  filles  d'origine  étrangère,  lors- 
qu'on voit  M.  Rameau  avancer  que  les  jeunes  filles  d'origine  française,  nées  au 
Canada,  sous  une  température  moyenne  annuelle  de  -|-  5  degrés,  inférieure  de 
5  degrés  à  celle  de  Paris,  arrivent  à  la  puberté  plus  tôt  qu'en  France  (1). 

Après  avoir  montré  que  les  conditions  ethnologiques  rendent  souvent  mieux 
compte  que  les  conditions  climatologiques  des  différences  présentées  par  les 
âges  moyens,  est-il  besoin  aussi  de  comparer  entre  eux  les  âges  communs  ? 

L'âge  moyen  est  le  résultat  de  la  somme  des  âges  des  fenunes  lors  de  leur 
première  menstruation,  divisé  par  le  nombre  de  ces  femmes.  L'âge  conmiun 
est  l'âge  auquel  le  plus  grand  nombre  des  femmes  observées  arrivent  à  la  pu- 
berté, nombre  qui,  ordinairement,  n'excède  pas  le  quart  ou  le  cinquième  du 
nombre  total  des  femmes. 

Suivant  approximativement  les  variations  des  âges  moyens,  les  âges  com- 
muns correspondent  en  général  à  la  quatorzième  et  à  la  quinzième  année  (2). 

(i)  Bulletins  de  la  Société  d'anthropologie^  t  II,  p.  622,  1861  :  Modifications  subiespar 
les  Européens  transportés  en  Amérique, 

(2)  La  différeace  existant  entre  les  âges  communs  de  Paris  (14  ans)  et  de  Londres  (15  ans) 
est  plus  apparente  que  réelle  ;  car  M.  Guy,  dans  sa  statistique  portant  sur  1500  femmes»  a 
rapporté  i  la  quinzième  année  les  femmes  menstruées  durant  les  six  derniers  mois  de  la 
quatonième  année.  —  Quant  aux  âges  moyens,  leur  différence,  loin  d'être  moindre,  devrait 
au  contraire  être  plus  considérable;  l'âge  moyen  des  femmes  de  Paris  étant  là  ans  11  mois 
23  jours,  celui  des  femmes  de  Londresy  au  lieu  de  rester  à  là  ans  11  mois  6  jours,  devrait 
être  abaissé  approximativement  à  1&  ans  8  mois  12  jours. 


LAGXEAU  FILS.  —  RECHERCHES  COMPARATIVES  SUR  LA  M^NSTRUAHON.     177 

Aussi  M.  Tilt  a-t-il  cru  devoir  placer  enti*e  ces  deux  années  son  menstrual  equator. 
Cependant,  tandis  qu'à  Christiania^  à  Strasbourg  et  dans  la  Russie  méridio- 
nale, l'âge  commun  des  jeunes  filles,  principalement  Scandinaves,  germaines  et 
5laves^  correspond  à  la  1 6*  année,  dans  l'Asie  méridionale,  particulièrement  au 
Bengale,  l'âge  commun  descend  à  la  12*  année.  Les  Indiennes  de  Calcutta,  par 
cet  âge  commun,  de  même  que  pai*  leur  âge  moyen,  se  montrent  plus  précoces 
que  les  filles  du  Dekkan.  Car  ces  dernières,  la  plupart  de  race  tamoule,  habitant 
une  région  plus  méridionale,  ont  13  ans  pour  âge  commun. 

Il  importait  également  de  rechercher  si  les  conditions  ethnologiques  et  cllma- 
tologiques  ont  quelque  influence  sur  la  quantité  de  sang  perdu  à  chaque  époque 
cataméniale.  Malheureusement,  les  documents  propres  à  résoudre  une  pareille 
question  sont  insuffisants  et  contradictoires. 

Néanmoins  je  rappellerai  les  faits  suivants  comme  les  premières  données 
d'une  étude  intéressante,  dont  les  observateui-s  pouiTont  ultérieurement  recueil* 
lir  les  matériaux. 

Chez  les  femmes  des  Esquimaux  du  Groenland,  dont  la  température  moyenne 
hyémale  est  d'environ  — 18*",  MM.  les  docteurs  Bellebon  et  Guérault  (1)  nous 
Apprennent  qu'on  voit  souvent  l'hémorrhagie  fonctionnelle  disparaître  complè- 
tement pendant  l'hiver  ou  se  réduire  à  un  écoulement  tout  à  fait  insignifiant.  La 
fécondation,  du  reste,  surviendrait  parfaitement  dans  de  semblables  circonstances, 
après  une  suppression  complète  datant  de  3  et  de  5  mois.  Par  contre  les  mêmes 
femmes,  durant  la  belle  saison,  dont  la  température  moyenne  est  d'environ 
10  degrés,  verraient  le  flux  menstruel  acquérir  une  abondance  considérable.  Sans 
prétendre  en  rien  contester  l'influence  que  peuvent  avoir  les  variations  de  la  tem- 
pérature sur  les  variations  dans  la  propoilion  du  flux  cataménial,  il  est  bon  de 
remarquer  que,  sur  ces  terres  hyperboréennes,  l'insuffisance  et  l'abondance 
alternatives  de  l'alimentation  durant  les  saisons  opposées  peuvent  également 
influer  sur  cette  hémorrhagie  physiologique  ;  car,  chez  la  femme,  elle  supplée 
aux  épistaxis  fréquentes  chez  l'homme  par  suite  de  l'état  de  pléthore  momen- 
tanée qui  résulte  d'une  surabondance  excessive  de  nourriture  animale. 

L'opinion  généralement  reçue  que  la  menstruation  est  toujours  plus  abondante 
dans  les  pays  chauds  que  dans  les  pays  froids,  est  combattue  par  M.  le  docteur 
D^ster,  de  Madère,  qui  remarque  que,  très-fréquemment,  elle  se  montre  avec 
peu  d'abondance  et  de  durée. 

M.  Le  Roy  (2)  prétend,  au  contraire,  que  les  femmes  d'Europe  qui  vont  habiter 
b  pays  tropicaux  meiu-cnt  souvent  d'hémorrhagies  utérines  par  suite  de  la 
transformation  du  flux  cataménial  en  véritable  méti'orrhagie.  Cette  prédisposition 
hémorrhagi(iue  amènerait  l'infécondité  en  provoquant  des  fausses  couches,  ainsi 
que  M.  le  professeur  Pajot  l'avait  observé  pour  la  femme  d'un  consul  habitant 
<ilt>*niativement  diflérents  pays  tempérés  et  tropicaux.  Cette  prédisposition  expli- 
querait peut-être  comment  les  Anglais  ne  pourraient  qu'exceptionnellement  se 
f^produh^  au  delà  de  deux  générations  dans  les  Indes  orientales  (3). 

(1)  Voyage  dans  les  mers  du  Nord^  du  prince  Napoléon  :  partie  physiologique  et  médicale 
rédifée  par  MM.  les  docteurs  Bellebon  et  GuérauU,  p.  40, 1857. 

(2)  Emile  Leroy,  De  Vatimentation  et  du  genre  de  vie  au  point  de  vue  de  leur  influence 
^lastèrUité,  thèse  n*  176,  Paris,  2  août  1855,  p.  28. 

(3]  Histoire  physique,  politique  et  naturelle  de  Vile  de  Cuba^  3  vol.,  t.  I,  p.  338, 
^^^2*1  et  Académie  des  sciences,  i^  mars  186 il  :  Sur  la  fécondité  du  mariage  dans  Vile  de 
^^(Arckites  géiéralcsde  médecine^  p.  627, 1864). 

IS 


178     CONGRES  MÉDICAL  INTERNATIONAL.  —  DEUXIÈME  SÉANCE  DE  JOUR. 

Toutefois,  s'il  en  est  ainsi  pour  les  Européennes  des  Indes  anglaises  et  néerlan- 
daises, celte  cause  d'infécondité  ne  pouvait  pas  exister  pour  la  population  espa- 
gnole des  Antilles.  A  Cuba,  dans  les  14  années  qui  précédèrent  le  recensement 
de  1841,  la  population  blanche  se  serait  accrue  dans  la  proportion  de  34,5  pour 
100,  et  plus  récemment  M.  Ramon  de  la  Sagra  signalait  la  fécondité  peu  ordinaire 
des  femmes  de  cette  riche  colonie  (1). 

Ces  assertions,  en  apparence  contradictoires,  sembleraient  fournir  un  nouvel 
appui  à  la  distinction  faite  par  M.  Beiiillon,  relativement  à  l'aptitude  à  s'acclima- 
ter dans  les  pays  chauds,  entre  les  peuples  de  race  ibéricnne  et  ceux  de  race 
germanique  (2).  Il  serait  possible  que,  dans  la  race  ibérienne,  souche  principale 
des  nations  espagnoles  et  portugaises,  les  femmes  éprouvassent  peu  Tinfluence 
fâcheuse  du  climat  chaud  ;  tandis  que  dans  la  race  germanique,  qui  constitue  un 
des  éléments  ethniques  des  nations  hollandaise  et  anglaise,  les  femmes,  sous  la 
zone  torride,  devinssent  sujettes  à  une  menstruation  trop  abondante,  les  prédis- 
posant aux  métrorrhagies,  et  par  suite  aux  fausses  couches  et  à  une  infécondité 
)elative. 


MÉIlOiRfe  9VR    liA  MENSf  RVATIOm 

PAR  M.    LB  DOCTEUR  iOULIN  (DE  PARIS), 
Profeeseur  agrégé  I  la  Faculté  de  médecine. 


CONSIDÉRATIONS  PRÉLIMINAIRES. 

La  solution  des  diverses  questions  relatives  k  la  menstruation,  et  qui  font  le 
sujet  de  ce  mémoire,  ne  peuvent  être  résolues  que  par  la  statistique.  11  est  donc 
nécessaire,  pour  arriver  à  une  précision  désirable,  de  tenir  presque  exclusive- 
ment compte  des  documents  qui  se  traduisent  par  des  chiffres,  et  de  reléguer 
sur  un  plan  secondaire  les  appréciations  des  auteurs  qui  ne  s'appuient  pas  sur  la 
numération.  Ces  renseignements  peuvent  servh-  de  supplément  d'instruction, 
mais  on  ne  peut  les  considérer  comme  probants. 

J'ajouterai  que  ces  statistiques  doivent  comprendre  un  nombre  considérable  de 
faits  pour  être  discutables.  En  voici  la  raison  :  l'observateur,  dans  ses  recher- 
ches, n'opère  pas  sur  des  unités  de  même  nature  ;  le  climat,  la  race,  la  consti- 
tution, la  manière  de  vivre,  Tétat  de  santé,  l'hérédité,  etc.,  constituent  pour 
chaque  sujet  des  éléments  particuliers  qui  se  combinent  entre  eux  de  façon  à 
former  des  groupes  excessivement  nombreux.  Il  est  impossible,  dans  une  statis- 
tique même  fort  restreinte,  de  fah-e  la  part  de  chacun  de  ces  groupes.  Aussi  la 
comparaison  des  statistiques  partielles,  publiées  par  les  auteurs,  présente-t-elle 
des  différences  assez  notables  pour  une  même  contrée,  pour  une  môme  ville. 

n  est  évident  que  la  différence  de  ces  résultats  tient  à  la  prédominance  acci 

(1)  Builetin  de  la  Société  d'anthropologie^  t.  YI,  p.  121  ;  et  aiUeurs,  Broca. 

(2)  Dictionnaire  encyclopédique  des  scwnces  médicales,  1. 1,  p.  288^  art.  Acclimatement 
par  M.  Bertillon. 


JOOUN.    —   MÊMOIRK  SUR  LA  MENSTRUATION.  179 

dentelle  de  quelques-uns  des  éléments  que  je  viens  de  signaler  et  qu'on  ne  peut 
éliminer,  même  dans  les  séries  restreintes. 

Ces  causes  d'erreurs  ne  sont  plus  à  redouter  lorsqu'on  opère  sur  des  nombres 
considérables  ;  les  individualités  disparaissent  alors  dans  la  masse,  et  le  résultat 
est  aossi  exact  que  possible. 

La  question  posée  par  le  programme  du  congrès  contient  trois  parties  distinctes  : 
i®  influence  du  climat  sm-  la  menstruation^  2*  influence  de  la  race^  3°  influence 
du  genre  de  Tie.  J'examinerai  successivement  ces  différents  points. 


I.  —  INFLUENCE  DU  CLIMAT. 

L'inHuence  du  climat  sur  l'apparition  de  la  puberté  semblait  évidente  à  tous 
les  physiologistes,  lorsque  Roberton,  de  Manchester,  entreprit,  en  1833,  de  com- 
battre une  opinion  si  généralement  admise  ;  il  publia,  pendant  plus  de  20  ans, 
des  travaux  très-intéressants  dans  VEdinburgh  Médical  and  Surgicaî  Journal.  On 
pourrait  lui  reprocher  un  peu  de  parti  pris,  car  ses  travaux  prouvent  justement 
le  contraire  de  ce  qu'il  voulait  démontrer,  c'est-à-diré  que  l'ftge  moyen  de  la 
puberté  était  partout  le  même  et  qu'il  échappât  à  l'action  des  races  ou  des  cli- 
mats. Cependant  la  science  doit  beaucoup  à  Roberton  pour  ses  recherches,  let  les 
documents  considérables  qu'il  a  fournis  sur  la  menstruation  daiis  le  sud  de 
r.lsie  sont  encore  les  plus  intéressants  que  nous  possédions. 

Le  docteur  Tilt,  dans  une  étude  analogue  fort  bien  faite,  a  contesté  avec  raison 
U  manière  de  voir  de  Roberton,  en  démontrant  que  l'apparition  des  règles  était 
plus  précoce  dans  les  pays  chauds  que  d&ns  les  contrées  tempérées  ou  froide^. 
D'autres  statistiques,  partielles  et  nombreuses,  ont  été  publiées  par  différents 
auteurs  ;  en  les  réunissant,  j'ai  pu  opérer  sur  un  chiffre  de  ih  678  faits,  lorsquis 
j'ai  écrit,  dans  mon  Traité  d'accouchements,  VsMcleMenstruatûm,  auquel  je  ferai 
nécessairement  de  larges  emprunts.  Depuis  cette  époque,  M.  Lagneau  a  commu- 
niqué à  la  Société  d'anthropologie  un  mémoire  sur  le  même  sujet.  J'emprunte  à 
ce  travail  1839  observations  qui  ne  se  trouvaient  pas  dans  mes  tableaux,  ce  qui 
porte  à  16  517  le  total  des  faits  qui  servent  de  base  à  mon  appréciation. 

ie  suis  loin  de  croii*e  que  ce  nombre  soit  suffisant  pour  une  étude  complète  et 
généi-ale,  car  si  certains  pays  fournissent  un  contingent  qui  ne  laisse  rien  à  dési- 
i^r,  il  en  est  un  grand  nombre  qui  ne  sont  même  pas  mentionnés. 

L'ensemble  de  ces  documents,  qui  sont  i*elatifs  à  des  nations  très-difTérentes; 
m'a  permLs  de  diviser  en  trois  grandes  rones  les  peujples  compris  dans  cette 
étude.  La  première,  tempérée,  est  circonscrite  entre  le  33*  et  le  5A®  degré  de 
latitude  nord,  avec  Manchester  et  Madrid  comme  extrêmes  limites. 

La  seconde  région,  appartenant  aux  climats  chauds,  est  comprise  entre  le 
33*  degré  et  l'équateur. 

La  troisième,  formée  par  les  régions  fVoides,  s'étend  du  56*  degré  jusqu'au  pôle* 

^examinerai  séparément  chacune  de  ces  ti*ois  zones. 

De  l'époque  de  la  première  apparition  des  règles  dans  les  cumats  tempérés. 

Le  tableau  numéro  1,  consacré  à  l'étude  de  cette  zone,  est  composé  de  seize 
JtatL^ques  partielles  provenant  de  :  P.  Dubois,  de  Soyre,  Brierre  de  Boismont, 
Bouchacourt,    Petiteau,    Stoltz,    Lévy,    Raciborski,   Marc   d'Espine,    RoberioUi 


180     CONGRÈS  MÉDICAL   INTERNATIONAL.    —  DEUXIÈME  SÉANCE  DE  JOUR. 

Osiander,  Grey,  Lee  et  Murphy^  Dyster,  Zaviziano  ,et  Lebrun.  Ces  statistiques 
comprennent  10  080  faits.  Pour  en  utiliser  autant  que  possible  les  éléments,  j'ai 
fait  pour  chaque  âge  un  total  qui  permet  d'embrasser  du  même  coup  d'œil 
l'ensemble  et  les  détails. 


Tableau  de  la  première  apparitUm  des  régies  dans  les  climats  tempérés, 

basé  sur  16  080  faits. 


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53 

67 

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96 

38«: 

12 

74 

42 

26 

44 

10 

17 

15 

55 

19 

3 

90 

123 

11 

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13 

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64 

47 

60 

13 

50 

74 

83 

53 

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210 

19 

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138 

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14 

154 

82 

50 

84 

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85 

128 

87 

85 

21 

266 

311 

35 

4 

1 

212 

1611 

15 

170 

99 

76 

115 

16 

83 

135 

101 

97 

32 

291 

320 

67 

3 

15 

204 

1821 

16 

156 

96 

79 

112 

8 

100 

125 

77 

76 

24 

234 

264 

40 

4 

27 

140 

156! 

17 

134 

76 

58 

92 

4 

68 

69 

63 

57 

11 

181 

158 

41 

4 

35 

133 

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78 

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38 

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18 

105 

112 

12 

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13 

95 

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19 

46 

25 

21 

38 

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46 

17 

20 

23 

10 

45 

42 

11 

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6 

43 

39: 

20 

19 

18 

9 

24 

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1 

Total. 

1000 

600 

434 

677 

68 

600 

649 

590 

450 

137 

1498 

1719 

242 

33 

100 

1285 

10081 

Le  chiffre  le  plus  élevé  du  total  des  âges  est  de  \H2U,  et  correspond  à  la 
15*  année,  la  iU*  donne  1614,  et  la  16%  qui  s'en  rapproche  le  plus,  1562. 

On  peut  donc  conclure  que,  dans  les  climats  tempérés,  c'est  pendant  le  cours 
de  la  15"  année  que  les  règles  font  le  plus  souvent  leur  première  apparition.  Je 
pense  qu'il  faut  se  contenter  de  cette  évaluation  approximative,  et  non  pas  tenter, 
conmie  l'ont  fait  quelques  auteurs,  de  formuler  une  moyenne  rigoureuse  indi- 
quant l'année,  le  mois  et  le  jour.  En  voici  la  raison  :  Tàge  des  jeunes  filles  est 
exprimé  en  nombres  ronds  dans  les  tableaux,  12, 13,  ou  iU  ans  par  exemple.  Il 
est  certain  que  ces  chiffres  ne  représentent  que  des  approximations  ;  car  on  ne 
mentionne  pas  la  date  intermédiaire  qui  est  la  date  réelle  de  la  première  mani- 
festation, ce  qui  fait  véritablement  une  erreur  de  plusicure  mois  pour  chaque 
sujet.  On  ne  peut  donc  extraire  d'un  groupe  d'approximations  un  chiffre  rigou- 
reusement exact.  De  plus,  il  n'est  pas  certain  que  la  femme  inten*ogée  se  rap- 
pelle précisément  une  date  qui  remonte  pai'fois  à  un  certain  nombre  d'années  ; 
sa  réponse  peut  être  erronée  et  compliquer  l'incertitude  du  résultat.  On  ne  sau- 


JOULIN.    -^  MÉMOIRE  SUR  LK  MENSTRUATION.  181 

rait  donc  accepter  comme  exact  le  chiffre  de  15  ans^  3  mois  et  17  jours  donné 
par  le  professeur  Dubois^  pas  plus  que  les  moyennes  également  précises  des 
autres  auteurs. 

A  mesure  qu'on  s'éloigne  en  plus  ou  en  moins  de  la  15*  année^  on  voit 
diminuer  le  nombre  des  femmes  réglées  pour  la  première  fois.  Cependant,  entre 
12  et  18  ans^  on  peut  considérer  l'établissement  de  la  puberté  comme  normal  : 
plus  tôt  elle  est  précoce,  plus  tard  elle  est  tardive. 

J'ai  dit  combien  il  faut  apporter  de  réserves  dans  l'acceptation  des  résultats 
des  statistiques  partielles  ;  pour  s'en  convaincre,  il  sufQt  de  comparer  celles,  au 
nombre  de  quatre,  consignées  dans  le  précédent  tableau,  et  qui  sont  relatives 
à  la  population  parisienne,  c'est-à-dire  dont  les  éléments  sont  identiques.  Les 
1000  cas  de  de  Soyre  donnent,  comme  âge  moyen,  15  ans  6  mois  et  25  jours. 

Les  600  de  P.  Dubois,  15  ans  3  mois  et  17  jours. 

Les  1285  de  Brierre  de  Boismont,  ik  ans  et  6  mois. 

Les  627  de  Raciborski,  16  ans  7  mois  et  18  jom-s. 

11  existe  donc  un  écart  de  2  ans  et  1  mois  entre  les  moyennes  de  M.  Brierre  de 
Boismont  et  de  Raciborski,  bien  que,  je  le  répète,  les  recherches  aient  été 
faites  dans  le  même  milieu,  et  par  des  observateurs  également  dignes  de  foi. 

Pour  les  recherches  relatives  à  la  ville  de  Strasbourg,  la  différence  est  égale- 
ment considérable. 

Les  600  cas  du  professeur  Stoltz  donnent  une  moyenne  de  16  ans  1  mois  et 
2h jours. 

Les  6/!i9  cas  de  M.  Lévy,  15  ans  U  mois  et  9  joui*s,  ce  qui  constitue  un  écart 
de  9  mois  et  15  jours  également  pour  la  même  ville.  11  est  vrai  que  les  recherches 
du  professeur  Stoltz  portent  sur  des  femmes  nées  pour  la  plupart  à  la  campagne, 
et  que  celles  de  M.  Lévy  sont  nées  pour  la  plupart  dans  la  ville  même.  Mais  la 
quantité  indéterminée  de  ce  mélange  ne  permet  pas  d'en  tenir  compte. 

Les  différences  que  je  viens  de  signaler  tiennent  à  la  prédominance  de  séries 
particulières  qui  dénaturent  ou  faussent  les  résultats,  quand  on  opère  sur  un 
nombre  restreint  de  faits.  Je  rappellerai  l'attention  sur  ce  point  lorsque  j'exami- 
nerai l'action  que  la  race  ou  le  milieu  peuvent  avoir  sur  la  manifestation  de  la 
puberté. 

Mais  d'abord  appliquons  ces  données  à  l'examen  des  conclusions  qui  ont  été 
posées  relativement  au  climat  des  diverses  provinces  de  la  France.  Pour  moi 
l'action  des  climats  est  incontestable,  mais  à  la  condition  que  la  températmre 
moyenne  des  régions  comparées  soit  très-différente,  et  je  ne  puis  croire  qu'une 
distance  de  quelques  degrés  géographiques  puisse  agir  à  ce  point  de  vue. 

M.  Brierre  de  Boismont,  au  moyen  de  statistiques  partielles  empruntées  à  lui- 
même,  à  Pétrequin,  Bouchacourt  et  Marc  d'Espine,  a  conclu  qu'il  existait  des 
différences  très-sensibles  entre  les  principales  de  nos  villes.  La  première  mani- 
festation de  la  puberté  aurait  lieu  à  Paris,  selon  cet  auteur,  à  1&  ans,  à  Marseille 
et  Toulon  à  15,  à  Lyon  de  15  à  16.  Il  suffit,  pour  prouver  que  ce  résultat  est 
uniquement  dû  à  des  statistiques  insuffisantes,  de  comparer  la  statistique  de 
Manchester  par  Roberton,  et  celle  de  Funchal  (Madère]  par  Dyster.  Ces  deux 
villes  occupent  les  limites  extrêmes  de  la  zone  que  nous  étudions,  leur  latitude 
diffère  de  21  degrés,  et  cependant,  pour  l'une  et  pour  l'auti^e,  le  maximum  de 
fréquence  de  la  première  apparition  des  règles  a  lieu,  comme  à  Paris,  à  l'Age  de 

15  ans.  S'il  n'existe  pas  de  différences  sensibles  entre  deux  points  aussi  éloi- 
gnés, il  n'est  pas  présumable  qu'on  en  puisse  observer  une  de  plus  d'une  année 


182      CONGRÈS  MÉDICAL   INTERNATIONAL.    —   DEUXIÈME   SÉANCE   DE  JOUR. 

entre  deux  villes  séparées  seulement  par  li  degrés  géographiques.  La  singulière  dif- 
férence qu'on  a  cru  voir  entre  Lyon  et  Paris  serait  une  contradiction  avec  cette 
loi  générale,  complètement  acceptée  par  M.  Brierre  de  Boismont,  laquelle  veut 
que  la  puberté  soit  plus  précoce  dans  les  contrées  à  température  élevée  que 
dans  les  pays  froids.  Lyon  et  Marseille,  villes  du  Midi,  retarderaient  d'une  année 
sur  Paris  et  Manchester,  situées  plus  au  nord.  » 

DE  LA  PREMIÈRE  APPARITION  DES  RÈGLES  DANS  LES  PAYS  CHAUDS. 

Le  tableau  relatif  à  cette  zone  comprend  1724  observations.  Le  chifire  le 
plus  élevé,  407,  correspond  à  la  12*  année.  Cependant  celui  de  la  13*  année, 
381,  s'en  rapproche  beaucoup.  11  existe  donc  une  différence  de  plus  de  deux  ans 
entre  l'établissement  de  la  puberté  dans  l'Inde  et  dans  nos  climats.  Si  l'écart 
était  moins  sensible,  je  serais  disposé  à  suspendre  mon  jugement,  en  raison  du 
faible  nombre  des  observations.  Mais  sur  les  cinq  statistiques  appartenant  à 
Goodeve,  Leith,  Roberton,  Webb  et  Dubois,  et  qui  constituent  ce  tableau,  dans 
quatre  le  chiiVre  ](ù  plus  élevé  coiTespond  h  la  12''  année.  J.  Campbell  a  également 
publié  un  mémoire  sur  la  puberté  à  Siam,  mais  les  chiffres  qu'il  donne  n'ont 
pas  ttne  précision  sufûsante  pour  entrer  dans  une  statistique. 

J'ai  joint  à  ce  tableau  les  quelques  faits  produits  par  Roberton,  relativement  à 
la  race  nègre.  Nous  en  reparlerons  en  examinant  l'influence  des  races. 

Tableau  de  la  première  apparition  des  régies  dans  les  climats  chauds, 

basé  sur  172/i  observatioîis. 


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37 

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86 

240 

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12 

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39 

137 

17 

148 

407 

5 

13 

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57 

125 

17 

135 

381 

10 

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35 

87 

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96 

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16 

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11 

22 

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52 

125 

15 

16 

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17 

3 

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12 

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» 

1 

0 

23 

» 

1 

1 

» 

1 

3 

II 

Total  . . 

239 

217 

540 

39 

600 

1635 

89 

Les  éléments  de  ce  tableau  appartiennent  à  THindoustan.  On  a  invoqué,  pour 
expliquer  la  menstruation  précoce  des  femmes  de  cette  région,  la  précocité  des 
mariages. 


JOULIN.  —  MÉMOIRE  SUR  LA  MENSTRUATION.  18S 

Roberton^  dans  un  mémoire  fort  érudit^  a  démontré  que  la  précocité  des  ma- 
nages  n'est  pas  particulière  à  l'Inde,  cette  déplorable  coutume  existait  presque 
généralement  en  Europe  il  y  a  moins  de  deux  siècles,  et  elle  n'est  pas  encore 
complètement  effacée  de  l'Irlande.  On  la  voit  coïncider  avec  l'ignorance^  la 
superstition  et  la  mauvaise  administration  politique.  Elle  règne  encore  généra- 
lement dans  les  contrées  arctiques^  où  les  instincts  de  la  brute  gouvernent  trop 
complètement  l'homme^  et  personne  jusqu'à  présent  n'a  prétendu  que  dans  les 
contrées  arctiques  les  règles  étaient  précoces. 

Dans  rinde,  on  considère  comme  une  espèce  de  déshonneur  pour  les  familles 
lorsque  les  filles  ne  sont  pas  mariées  très-jeunes  ;  on  les  unit  donc  souvent  à 
7,  8  ou  10  ans^  mais  la  consommation  du  mariage  n'a  lieu  qu'à  la  puberté. 
Webb,  dans  sa  statistique,  note  exactement  la  date  du  premier  rapprochement 
sexuel;  dans  les  observations  qu'il  cite,  il  a  toujours  lieu,  chez  les  Bramins, 
16  jours  après  la  première  apparition  des  règles^  à  moins  de  maladie,  d'absence 
de  répoux  ou  de  manque  d'argent.  Cette  dernière  circonstance  prouve  que 
Tenfant  n'est  pas  livrée  aussi  complètement  qu'on  le  suppose  aux  caresses  pré 
niaturées  du  mari,  et  qu'il  existe  une  cérémonie  que  le  défaut  d'argent  peut- 
rt'lardcr,  et  après  laquelle  seulement  le  mariage  est  consommé.  Chez  les  Linga- 
vets^  les  Soudras,  les  Parias,  les  Shucklers,  l'union  définitive  est  un  peu  plus 
tardive  de  un  ou  plusieurs  mois. 

Ou  ne  saurait  donc  invoquer,  pour  expliquer  la  puberté  prématurée,  des  rap- 
l'rochements  qui  n'ont  lieu  qu'après  son  apparition.  On  a  supposé,  il  est  vrai, 
que  la  jeune  fille  pouvait  recevoir  des  caresses  destinées  à  hâter  la  puberté, 
cl  l'on  a  donné  comme  exemple  que  l'excitation  des  organes  par  la  présence  du 
Didie  accélère  la  maturation  des  œufs  chez  les  ovipares.  Il  faudrait  d'abord  dé- 
montrer que  chez  les  animaux,  la  présence  du  mâle  hâte  le  développement  de 
la  puberté,  ce  qu'il  ne  faut  pas  confondre  avec  la  plus  grande  fréquence  du  rut 
déterminée  par  cette  même  cause  chez  les  sujets  .adultes.  Il  faudrait,  en  outre, 
t'tablir  la  réalité  de  ces  monstrueuses  caresses  chez  les  Hindous.  Le  docteur 
Shortt,  de  Madras,  qui  a  récemment  publié  un  très-intéressant  mémoire  sur  le 
loanage  dans  les  dilTérentes  castes  de  l'Inde,  ne  dit  rien  de  semblable,  et  il 
n'eût  certes  pas  manqué  de  noter  une  énormité  aussi  révoltante.  Il  est  possible 
que  des  faits  de  cette  nature  s'observent  chez  les  Parias  et  dans  les  basses  classes; 
mais  je  crois  qu'on  serait  mal  fondé  à  considérer  cette  pratique  comme  générale. 

Si  Ton  examine  ce  qui  se  passe  à  Londres,  on  y  voit  la  prostitution  recruter 
^<*s  victimes  jusque  dans  les  rangs  de  l'enfance;  un  nombre  considérable  de 
jeunes  fiUes  des  classes  pauvres  sont  liwées  à  un  effroyable  libertinage  bien 
aTanl  l'âge  de  la  puberté,  et  cependant  on  n'y  remarque  pas  que  dans  cette  classe 
^  menstruation  soit  plus  précoce,  ni  que  la  primiparité  s'y  observe  prématuré- 
ment. Tandis  que  dans  l'Inde  les  jeunes  mères  de  12  ans  ne  sont  pas  absolu- 
ment rares,  celles  de  1&  et  15  ans  y  sont  communes;  Webb  et  Leith,  qui 
notent  l'âge  des  primipares,  en  offrent  assez  d'exemples.  Dans  une  liste  de 
22  observations,  Webb  cite  une  primipare  de  12  ans,  2  de  13  et  1/ide  Ift  ans.  On 
ne  voit  rien  de  semblable  à  Londres.  Il  est  donc  permis  de  croire  que  la  précocité 
<i^  la  première  menstruation  ne  tient  pas  chez  les  Hindous  aux  unions  prématu- 
rées, mais  uniquement  à  la  haute  température  du  climat. 

On  a  voulu  également  faire  intervenir  la  spécialité  de  la  race  dans  cette  pré- 
cocité. Nous  examinerons  ce  point  de  la  question  en  étudiant  l'influence  de  la 
r»ce  sur  la  menstruation. 


184     CONGRÈS  MÉDICAL  INTEnNATIONAL.   —  DEUXIÈME  SfeA^CE  DE  JOUR. 

DE  l'époque  de  la  PREMIÈRE  APPARITION  DtS  RÈGLES  DANS  LKS  CLIMAÎS  FROIDS. 

Les  statistiques  qui  constituent  le  tableau  de  cette  zone  appartiennent  à  Raw, 
Frugel,  Dubois,  Faye  et  Lundberg.  Les  observations  s'élèvent  à  4713. 

Tableau  de  la  première  apparition  des  régies  dans  les  climats  froids, 

basé  sur  4713  observations» 


CorE5HACUE 

CHniSTTASl 

RCS3T8 

Nonv^GB 

ESQUTMAL-X 

TOTAL 

AGES. 

SErTEXTRIO.MALC 

POUR 

(D»  Rawu). 

(D»  Fnigel). 

(Dul)OiB). 

(D'  Foye). 

(Lnndberg). 

CRÀQt'C   ACE. 

10 

1 

» 

» 

» 

» 

1 

11 

5 

» 

» 

» 

» 

5 

12 

18 

» 

6 

à 

» 

28 

13 

107 

à 

18 

4 

» 

133 

14 

363 

7 

56 

13 

.      4 

443 

15 

712 

22 

114 

14 

4 

872 

16 

69A 

A3 

114 

20 

3 

874 

17 

581 

31 

90 

13 

3 

718 

18 

518 

19 

78 

13 

» 

628 

19 

347 

13 

56 

6 

» 

422 

20 

265 

13 

33 

8 

2 

321 

21 

109 

3 

17 

3 

» 

132 

22 

71 

2 

10 

» 

» 

83 

23 

27 

» 

3 

» 

» 

30 

2A 

12 

D 

1 

1 

» 

14 

25 

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j) 

1 

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26 

5 

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» 

5 

27 

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» 

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» 

28 

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» 

» 

» 

» 

29 

1 

» 

n 

j) 

1) 

1 

Total. 

3840 

157 

600 

100 

16 

4713 

Les  chiiTres  les  plus  élevés  correspondent  à  la  15'  et  à  la  16^  année  (872  et 
874),  qui  sont  presque  égales.  C'est  une  année  de  retard  sur  la  zone  tempérée. 
Je  ferai  remarquer,  en  outre,  que  la  16*  (718)  et  la  17*  (628)  sont  encore  très- 
chargées,  tandis  que  la  14*  n'est  que  de  443. 

L'écart  avec  notre  zone  est  moins  considérable  que  celui  qu'on  observe  pour  la 
zone  tropicale.  Mais  il  faut  noter  que  la  latitude  de  Manchester  diffère  seulement 
d'environ  2  degrés  de  celle  de  Copenhague  et  de  7  degi*és  de  Christiania.  Il  existe 
donc  une  transition  mieux  graduée.  Les  éléments  un  peu  vagues  de  la  statis- 
tique de  Dubois  ne  permettent  pas  d'en  déterminer  les  limites. 

En  examinant  les  statistiques  pailielles,  on  voit  que  dans  celle  de  Bawn 
(Copenhague),  le  chiffre  le  plus  élevé  correspond  à  la  15'  et  à  la  16'  année,  tan- 
dis que  dans  celle  de  Frugel  (Christiania)  et  Faye  (Noi*vége),  qui  se  rapprochent 
un  peu  plus  du  pôle,  ce  chiffre  con*espond  seulement  à  la  16'  année.  On  ne 
saurait  donc  ici  méconnaître  l'influence  du  climat,  celle  de  la  race  ne  peut 
être  invoquée.  J'ai  pris  le  tableau  de  Lundberg  sur  les  Esquimaux,  seulement 


JOntlN.    —  MÉMOIRE  SUR  LA  MENSTHUATION.  185 

pi>ur  mémoire  et  sans  lui  donner  de  signification  notable  ;  le  petit  nombre  de 
Li\ri  qui  le  composent  lui  enlève  toute  valeur. 

Je  ne  dirai  rien  de  l'influence  des  climats  sur  la  ménopause^  la  durée  des 
K'gles,  leur  abondance,  etc.^  pour  cette  raison  que  les  documents  que  nous  pos- 
stfdons  sur  ces  points  de  la  question  sont  beaucoup  trop  insuffisants  pour  per- 
iiii'ttre  de  formuler  des  conclusions  positives. 


IJ.  —  INFLUENCE  DE  LA  RACE  SUR  LA  MENSTRUATION. 

L'influence  de  la  race  sur  l'apparition  des  règles  doit  être  naturellement  établie 
par  la  comparaison  des  types  purs  des  trois  races  principales  :  aryenne,  mongole  et 
nègre.  Puis,  si  l'on  obtient  de  cette  étude  un  résultat  évident,  on  pourra  le  pour- 
iu'wre  dans  les  divei*s  rameaux  qui  en  dérivent. 

Pour  la  race  nègre,  nous  possédons  seulement  la  statistique  de  Roberton, 
empruntée  à  EUiot  et  à  Bowen,  et  comprenant  89  faits  recueillis  à  la  Jamaïque 
et  à  la  Barbade.  L'âge  moyen  représenté  par  ce  tableau  est  de  1/i  ans  et 
10  mois.  C'est  un  chiffre  un  peu  plus  élevé  que  la  moyenne  fournie  par  le 
climat  de  l'Inde;  j'ai  démontré  combien  les  résultats  moyens  donnés  par  les 
pitiU  nombres  étaient  peu  concluants;  l'âge  moyen  des  négresses  reste- 
nit-ille  même  si,  au  lieu  d'opérer  sur  89,  on  agissait  sur  plusieu»  milliers? 
On  n'en  sait  absolument  rien.  J'ajouterai  que  pour  le  nègre  esclave,  il  existe  des 
conditions  de  dépression  physique  et  morale  dont  il  serait  peut-être  utile  de 
tenir  compte,  et  que  les  statistiques  ayant  pour  base  les  nègi'es  libres  de  l'Afrique 
présenteraient  plus  de  garanties  d'exactitude. 

En  ce  qui  conccnie  la  race  mongole,  les  documents  sont  encore  plus  res* 
ircints;  le  seul  que  nous  possédions  nous  vient  de  Lundberg  et  porte  sur 
16  Esquimaux.  Je  l'enregistre  sans  vouloii*  lui  accorder  la  moindre  significa- 
tion. Le  docteur  Lagneau,  dans  un  mémoire  récemment  communiqué  à  la 
Société  d'anthropologie,  a  invoqué  l'influence  de  la  race  pour  expliquer  les 
différences  qui  existent  entre  les  moyennes  de  quelques  statistiques  partielles 
de  certaines  villes  de  France.  Je  le  répète,  avant  d'établir  des  distinctions  à  ce 
point  de  vue  entre  les  rameaux,  il  faut  savoir  s'il  en  existe  véritablement  entre 
les  branches  principales.  En  admettant  la  certitude  de  la  difl'érence  d'origine  in- 
v<x]uée  par  M.  Lagneau,  les  mélanges  qui  se  sont  opérés  pendant  le  cours  des  siè- 
cles ont  fondu  les  types,  et  les  caractères  ethniques  ne  peuvent  guère  êti*e  invoqués 
dans  ces  conditions.  11  ne  faut  demander  à  l'anthropologie  que  ce  qu'elle  peut 
donner,  et  les  déductions,  pour  être  acceptées,  doivent  s'appuyer  sm*  des  bases 
certaines. 

En  résumé,  les  documents  afGrmatifs  sur  l'influence  de  la  race  nous  font  pres- 
que absolument  défaut,  mais  il  en  'existe  de  négatifs  qui  prouvent  que,  dans 
tous  les  cas,  l'action  de  la  race  serait  subordonnée  à  celle  du  climat.  Il  existe 
une  différence  de  plus  de  deux  ans  entre  l'apparition  des  règles  chez  les  femmes 
de  nos  contrées,  comparées  aux  Hindoues.  Quelques  auteurs  ont  invoqué,  pour 
expliquer  cette  difl'érence,  la  spécialité  de  la  race.  Les  travaux  des  anthropologistes 
niodei-ncs  ne  permettent  pas  d'accepter  cette  explication.  Les  femmes  de 
l'Inde,  non-seulement  n'appartiennent  pas  à  une  race  différente  de  la  nôtre, 
mais  encore  certains  auteurs,  dont  l'opinion  n'est  encore  que  discutée,  ont  placé 
dans  cette  contrée  l'origine  de  la  race  blanche,  et  ont  fait  du  type  aryen  le 


186      CONGRÈS   MÉPICAL  INTERNATIONAL.    —  DEUXIÈME   SÉANCE    DE  JOUR. 

représentant  le  plus  pur  de  notre  ascendance.  La  race  est  donc  la  même  et  la 
précocité  difïërenle  ;  on  ne  peut  donc  invoquer  comme  raison  principale  que  la 
différence  du  climat. 

L'étude  de  la  menstruation,  dans  ses  rapports  avec  les  races,  n'est  même  pas 
à  l'état  d'ébauche,  cl  il  est  nécessaire,  avant  de  se  faire  une  opinion  sur  ce 
point,  qu'il  se  produise  des  documents  nouveaux. 


m. —INFLUENCE  DU  MIUEU  SUR  LE  DÉVELOPPEMENT  DE  LA  MENSTRUATION 

Lorsqu'on  examine,  dans  un  même  climat,  l'écart  de  huit  ou  neuf  années  qui 
existe  entre  les  limites  de  la  puberté  prématurée  ou  retardée,  on  est  forcément 
amené  à  conclure  qu'il  existe  des  causes  individuelles  très-puissantes  qui 
influent  sur  la  manifestation  de  la  fonction.  On  a  naturellement  cherché  à  déter- 
miner l'influence  spéciale  de  ces  causes  dont  la  combinaison  rend  les  résultats 
des  petites  séries  si  peu  concluants.  La  constitution,  l'habitation,  le  genre  de  vie^ 
jouent  certainement  un  rôle  plus  ou  moins  actif  à  propos  de  l'époque  où 
la  puberté  se  manifeste,  et  la  statistique  a  tenté  de  résoudre  quelques-uns  de 
ces  problèmes.  Je  crois  qu'on  n'est  guère  plus  avancé  sur  ce  point  que  sur 
l'étude  des  races,  et  que  la  véritable  cause  de  ces  variations  n'est  pas  du  domaine 
des  chiffres,  elle  fait  partie  des  mystères  insondables  de  l'organisme. 

On  a  beaucoup  parlé,  comme  d'un  fait  démontré,  de  l'influence  du  séjour 
des  villes  ;  l'opinion  s'est  basée  sur  les  résultats  obtenus  par  Mai'c  d'Espine  et 
Brierre  de  Boismont.  Examinons  ces  résultats. 

L'étude  de  Marc  d'Espine  porte  sur  66  femmes  de  la  campagne  comparées 
à  un  même  nombre  de  sujets  habitant  la  ville.  lia  trouvé  que  la  menstruation  st' 
manifestait  6  mois  plus  tôt  chez  les  dernières  que  chez  les  premières. 

BrieiTe  de  Boismont,  sur  276  femmes  de  la  campagne,  a  noté  comme  moyenne 
14  ans  et  10  mois.  Sur  205  femmes  habitant  les  villes  de  province,  il  a  trouvé 
comme  moyenne  l/!i  ans  et  9  mois. 

Enfin  203  femmes,  dont  /i/5  seulement  sont  nées  à  Paris,  ont  fourni  une 
moyenne  de  iU  ans  et  10  mois.  Pour  Marc  d'Espine,  la  différence  est  de  6  mois. 
Pour  Brierre  de  Boismont,  elle  serait  nulle,  bien  que  ses  conclusions  ne  soient  pas 
tout  à  fiMt  d'aecord  avec  ses  chiffres. 

Mais,  alors  même  qu'il  existerait  une  différence  beaucoup  plus  considérable, 
la  question  serait  loin  de  me  paraître  jugée,  en  raison  du  faible  nombre  d'obser- 
vations. J'ai  montré,  en  examinant  les  statistiques  bien  plus  importantes  faites 
sur  Paris,  qu'il  existait  un  écart  de  deux  ans  entre  les  résultats  obtenus  par 
les  auteurs  qui  opéraient  sur  les  mêmes  éléments  de  population.  Je  ne  saurais 
trop  le  répéter,  les  statistiques  de  cette  nature  ne  seront  probantes  que  lors- 
qu'elles comprendront  des  mêmes  faits. 


TILT.    —    (NFLUENCE  DU   CLIMAT  SUR   LA   iMENSfRUATION.  187 

9E  Ii*IIIIFf^Vi:i«€Ci  DU  CI41IAT  WW  D«  li/k  RACK 

PAR  M.    LE  DOCTEUR  TILT  (dE   LONDRES), 
Membre  da  Collège  royal  des  médecins. 


L'important  ouvrage  de  M.  Brierre  de  Boismont  sur  la  menstruation  (1)  et  celui 
que  j'ai  publié  sur  le  même  sujet  (2)  fournissent  des  renseignements  assez  com- 
plets sur  la  plupaH  des  questions  qui  se  rattachent  à  l'étude  de  cettQ  fonction^ 
iiads  les  pays  tempérés.  Les  statistiques  recueillies  par  MM.  les  docteurs  H^wn  et 
I.t^vy,  pour  la  Société  médico-chirurgicale  de  Copci^bague^  donnent  des  indica- 
tions précises  sur  les  lois  de  la  menstruation  dai^s  les  pays  froids;  mais  nous  ne 
savons  presque  rien  sur  ce  qui  se  passe  à  cet  égard  dans  les  pays  chauds.  Depuis 
vingt  ans  que  ce  sujet  m'occupe^  j'ai  souvent  prié  les  médecins  qui  exercent 
ilans  les  pays  tropicaux^  de  rédiger  des  tableaux  indiquant  l'âge  auquel  la  mens- 
tniation  parait  habituellement  pour  la  première  fois  dans  les  régions  qu'ils  h«^- 
bitent;  mais  jamais  je  n'ai  pu  obtenir  une  réponse  catégorique  à  ces  questions. 
J'espère  que  l'iipportance  accordée  à  ce  sujet  par  le  Congiès  international  réveil- 
lera le  zèle  de  nos  confrèr^s^  et  déterminera  quelques  médecins  à  trioxnpher  des 
diflkultés  que  présentent  de  Celles  investigations,  difficultés  qui  paissent  en  partie 
de  ces  sentiments  de  pudeur  que  la  barliarie  ue  p^ut  enUè^*ement  éteindre,  et 
en  partie  des  préjugés  religieux  qui  élèvent,  daps  b^en  des  paySj  upc  barrière 
entre  les  indigènes  et  les  étrangers.  En  attendant,  il  me  paraît  utile  de  dresser 
l'inventaire  de  ce  qui  nous  est  connu  sur  ce  point,  et  de  signaler  les  nombreuses 
lacunes  qui  nous  restent  à  combler  :  une  connaissance  approfondie  de  cette 
question  me  permettra  de  le  faire  avec  une  grande  concision. 

Dans  l'étude  de  la  menstruation,  il  faut  signaler  la  première  apparition  du 
flux  menstruel,  l'époque  de  sa  disparition  ou  la  ménopause,  le  degré  de  régula- 
rité du  retour  mensuel,  l'abondance  du  flux  et  le  cortège  de  douleurs  qui  l'ac- 
compagnât, car  il  s'agit  de  savoir  comment  et  jusqu'à  quel  poii^t  cette  fonction 
est  modifiée  par  :  1^  fe  climat,  2''  pa^*  la  race,  3^  par  l'état  social. 

I.    —    EFFETS   DU   CLMAT   SUR   LA   MENSTRUATION. 

En  fait  de  menstruation  comparée,  ce  que  nous  savons  de  plus  précis,  c'est  l'épo- 
que de  la  première  apparition  des  règles  dans  différents  pays.  J'ai  donné  dans  mon 
ouvrage  un  tableau  qui  résume  tout  ce  qui  a  paru  jusqu'à  présent  sur  ce  sujet  (3). 

D'après  ce  tableau,  on  peut  accepter  comme  démontré  que  si  la  première 
menstruation  a  lieu  à  l'âge  moyen  de  12  ans  et  6  mois  chez  les  femmes  hindoues, 
le  même  phénomène  ne  se  produit  chez  les  femmes  anglaises  qu'à  l'âge  moyen 
de  ik  ans  et  9  mois,  et  que  cette  époque  est  retardée  jusqu'à  l'âge  de  16  ans  et 
iO  mois  chez  les  Danoises.  M.  Hoberton,  de  Manchester,  qui  a  beaucoup  étudié 

(1)  Brierre  de  Boiimont,  De  la  mefistruation  considérée  dans  ses  rapports  physiologiques 
etpathoiogiques.  Paris,  18â2. 

(2)  On  Utérine  and  Ovarian  Inflammation  ^  and  on  the  Physiology  and  Diseases  of  MenS' 
fntation.  Loodofi,  1862. 

(3)  Ce  tableau  éerit  en  anglais  n'a  pu  trouver  place  ici. 


188     CONGBÈS  MÉDICAL  INTERNATIONAL.  —  DEUXIÈME  SÉANCE  DE  JOUR. 

celte  question,  attribue  la  précocité  de  la  menstruation  aux  Indes  à  la  licence 
des  mœurs  et  aux  lois  religieuses  qui  prescrivent  le  mariage  aux  jeunes  filles 
avant  Tépoque  de  la  puberté  ;  mais  pour  ce  qui  touche  à  la  corruption  des  mœurs, 
les  Indiens  sont  dépassés  par  les  Esquimaux^  comme  le  montrent  les  relations  de 
voyage  du  capitaine  Parry,  et  pourtant,  chez  ce  peuple  septentrional,  la  première 
menstruation  est  souvent  retardée  jusqu'à  la  vingtième  année.  Les  Anglaises  et 
les  Danoises  sont  de  même  race,  ont  la  même  religion,  la  même  civilisation^  le 
même  mode  d'alimentation,  et  si  la  première  menstruation  apparaît  deux  ans 
plus  tard  chez  les  Danoises  que  chez  les  Anglaises,  la  rigueur  du  climat  me 
paraît  offrir  la  seule  explication  rationnelle  de  ce  fait.  Poui*  éclairer  la  question, 
j'ai  cherché  à  préciser  l'influence  des  saisons  sur  la  première  éruption  des  règles 
dans  un  climat  tempéré.  J'ai  donc  interrogé  388  femmes  sur  l'époque  de  l'année 
dans  laquelle  la  menstruation  avait  paru  pour  la  première  fois  ;  de  ce  nombre, 
j'ai  dû  éliminer  100  femmes  qui  n'en  avaient  pas  conservé  un  souvenir  précis,  et 
j'ai  trouvé  que  la  menstruation  avait  paru  pour  la  première  fois,  en  hiver,  chez 
U^  femmes,  en  automne  chez  16,  et  au  printemps  chez  32,  mais  que  197  fois 
elle  avait  débuté  en  été.  11  faut  aussi  tenir  compte  de  l'assertion  de  certains 
voyageurs,  d'après  lesquels  la  menstruation  n'apparaîtrait  qu'en  été  chez  quel- 
ques peuplades  d'Esquimaux. 

Quant  à  l'influence  du  climat  sur  la  menstruation  des  femmes  qui  passent  leur 
vie  dans  un  pays  différent  de  celui  où  elles  sont  nées,  il  faut  avouer  que  notre 
ignorance  est  à  peu  près  complète  à  cetégai*d.  Le  docteur  Webb,  qui  a  longtemps 
exercé  la  médecine  à  Calcutta  (1),  prétend  avoir  appris,  de  la  maîtresse  d'une 
grande  maison  d'éducation  destinée  aux  orphelines  nées  aux  Indes  de  parents 
européens,  que  chez  elles,  la  menstruation  ne  débutait  guère  avant  l'âge  de 
13  ans,  et  que  la  première  apparition  des  règles  était  souvent  retardée  jusqu'à 
l'âge  de  16,  17  et  18  ans;  mais  l'absence  de  documents  positifs  ne  permet  pas 
de  contrôler  cette  assertion.  Nous  savons,  en  tout  cas,  que  même  en  Angleterre, 
beaucoup  de  femmes  sont  réglées  pour  la  première  fois  à  11  ans,  à  10  ans  et 
même  à  9  ans. 

Effets  du  climat  sur  la  ménopause.  —  Je  crois  qu'il  est  à  peu  près  aussi  facile 
d'apprécier  exactement  la  date  probable  de  la  ménopause  que  d'établir  celle  de 
la  première  menstruation,  et  en  réunissant  mes  observations  à  celles  de  M.  B.  de 
Boismont  et  de  M.  le  docteur  Guy,  j'ai  obtenu  (2)  un  total  de  1082  cas,  qui  m'ont 
permis  d'établir  avec  quelque  exactitude  la  date  moyenne  de  la  ménopause,  en 
France  et  en  Angleterre  ;  elle  doit  être  fixée  à  l'âge  de  &5,7  ans. 

Les  statisticiens  danois  n'ont  pas  cherché  à  établir  l'âge  moyen  de  la  méno- 
pause dans  leur  pays,  et  nous  ignorons  comment  se  passent  les  choses  dans  les 
pays  tropicaux. 

Les  anciens  législateurs  de  l'Inde  se  trouvent  en  accord  avec  la  physiologie, 
en  fixant  à  12  ans  l'époque  de  la  nubilité  ;  il  se  peut  que  ces  législateurs  aient 
eu  raison  en  plaçant  la  ménopause  à  l'âge  de  50  ans.  Le  seul  document  qui 
tende  à  le  prouver,  est  une  note  remise  au  docteur  Webb  (3)  par  un  étudiant 
indigène.  C'est  une  liste  de  13  femmes  hindoues  chez  lesquelles  la  ménopause 
a  eu  lieu  : 

(1)  Webb,  Paihohgica  indica^  part.  H,  p.  261. 

(2)  Tilt,  On  ihe  Change  oflife^  p.  16. 

(3)  Webb,  Paihohgica  indica^  part.  Il,  p.  279. 


2 

_ 

56 

1 

— . 

57 

i 

_ 

58 

i 

-~ 

59 

i 

^^ 

60 

TILT.  —  JNFLU£MC£  DU  CUMAT  SUR  LA  MENSTRUATION.  189 

i  femme  à  50  ans.  i  femme  à  63  ans. 

—  64 

—  65 

—  67 

—  68 

—  80 

Il  y  a  probablement  un  peu  d'hyperbole  orientale  dans  ces  résultats  singuliers. 

Il  faut  avouer  que  nous  savons  peu  de  chose  sur  la  ménopause  et  la  mcns- 
tniatioDy  soit  dans  les  pays  chauds^  soit  dans  les  froids.  Nous  ferons  seulement 
obsener  qu^au  dire  de  certains  voyageurs,  le  flux  menstruel  est  non-seulement 
retardé,  mais  encore  diminué  chez  les  femmes  de  quelques  peuplades  d'Esqui- 
maux; ce  qui  confirmerait  jusqu'à  un  certain  point  l'assertion  d'Hippocrate  que 
cbei  les  Scythes,  la  menstruation  était  à  la  fois  peu  fréquente  et  peu  abondante. 

Il  m'est  permis  peut-être  de  formuler  une  opinion  personnelle  sur  l'état  de  la 
menstruation  des  femmes  anglaises  qui  vont  résider  aux  Indes,  parce  qu'un 
a5<«z  grand  nombre  d'entre  elles  reviennent  en  Europe  pour  se  faii*e  traiter  d'af- 
fections utérines  contractées  aux  colonies.  L'habitation  de  l'Inde  ne  tarde  pas  à 
déranger  la  menstruation  des  Anglaises  :  tantôt  les  règles  sont  bimensuelles  ; 
tantôt  elles  se  prolongent  outre  mesure  pour  ne  revenir  que  toutes  les  six  se- 
maines. Quelquefois  il  se  produit  un  suintement  rougeàtre  pendant  les  cinq 
DKHs  que  dure  la  saison  chaude,  tandis  que  dans  la  saison  des  pluies,  la  mens- 
troation  redevient  normale,  mais  ne  revient  que  toutes  les  six  semaines  à  peu 
près.  La  quantité  du  flux  mensti-ucl  est  beaucoup  augmentée,  et  au  bout  d'une 
année  de  séjour  aux  Indes,  le  teint  a  pâli,  les  forces  ont  baissé,  et  je  ne  crains 
pas  d'affirmer  que  les  dérangements  de  la  menstruation  déterminés  par  le  séjour 
aux  Indes  ne  permettront  jamais  aux  Anglais  de  coloniser  cet  empire  comme  ils 
ont  colonisé  l'Amérique  et  l'Australie. 

II.   —  EFFETS  DE  LA  RACE  SUR  LA  MENSTRUAnON. 

Il  me  paraut  résulter  de  tout  ce  qui  précède  qu'on  a  quelquefois  attribué  à  la 
race  ce  qui  dépend  du  climat,  et,  sans  nier  que  la  menstruation  ne  puisse  être 
plus  ou  moins  précoce  dans  les  branches  dilTérentes  de  la  famille  humaine,  je 
maintiens  que  cette  opinion  ne  repose  sur  aucune  preuve.  M.  Walkcr  (1)  accepte 
comme  un  fait  positif  que  la  menstruation  est  toujours  précoce  chez  la  femme 
mongole,  soit  qu'elle  habite  la  Chine,  la  Sibérie,  le  Japon,  ou  les  confins  des 
glaces  polaires  ;  mais  cette  assertion  ne  repose  que  sur  les  récits  des  voyageurs, 
et  ne  peut  invalider  le  fait  bien  autrement  authentique  que  la  menstruation  dé- 
bute chez  l'Anglaise  deux  ans  plus  tôt  que  chez  la  Danoise,  bien  qu'elles  appar- 
tiennent à  la  même  race  et  à  la  même  religion,  bien  que  leur  alimentation  soit 
la  même,  et  malgré  leur  commune  habitude  d'user  de  boissons  fermentées.  Mais 
3  existe  une  nation  orientale  qui  se  prêterait  admirablement  à  l'étude  de  cette 
question.  Son  histoire  et  ses  lois  sont  également  bien  connues;  elle  vit  au  milieu 
d'autres  nations  sans  jamais  mêler  leur  sang  avec  le  sien.  Et  pourtant  sa  physio- 
nomie subit  l'influence  du  climat  qu'elle  habite  ;  elle  peut  prendre  le  teint  noir 
de  l'Africain  ou  la  blonde  chevelure  des  races  du  Nord  sans  cesser  de  conserver 
^n  type  individuel.  11  s'agit  de  la  nation  juive.  Que  devient  la  menstruation  chez 

(1)  Wilkar,  On  intermarriage^  p.  6. 


490      CONGRÈS  MÉDICAL  INTERMATIONAL.  —  DEUXIÈME  SÉANCE  DE  JOUR. 

ce  peuple  étrange?  M.  Raciborski  a  constaté,  à  Varsovie,  que  tandis  qu'à  peine 
une  femme  sur  100  parmi  les  Slaves  était  menstruée  avant  la  treizième  année. 
cette  proportion  s'élevait  à  12  pour  100  chez  les  femmes  juives.  11  est  à 
regretter  que  cet  observateur  distingué  ail  omis  de  publier  les  chiffres  qui  ont 
servi  de  base  à  sa  statistique.  Quant  à  moi,  j'ai  vu  souvent  la  première  menstrua- 
tion retardée  jusqu'à  17,  18  et  20  ans  chez  les  juives  de  la  classe  inférieure  de 
Londres. 

m.  —    INFLUENCE    DE   L'ÉTAT   SOCIAL   SUR    LA    MENSTRUATION. 

On  peut  admettre  comme  un  fait  démontré,  que  quel  que  soit  le  climat,  ou  ia 
race  qui  l'habite,  la  menstruation  sera  d'autant  plus  précoce  que  la  constitution 
est  plus  amollie  par  Texcès  du  luxe  et  du  bien-être,  et  les  habitudes  débilitantes 
d'une  civilisation  trop  avancée.  Ainsi,  les  statisticiens  danois,  s'appuyant  sur 
/iOOO  observations,  ont  trouvé  que  l'époque  moyenne  de  la  première  menstinia- 
tion  était,  pour  la  population  des  villes  : 

Pour  les  femmes  de  la  classe  supérieure.. .     Id  ans  3  mois. 

—  —  moyenne. ...     i5  ans  5  mois  1/2. 

—  —  inférieure....     46  ans  5  mois  i/4. 

Il  ressoil  des  mêmes  statistiques  que,  tandis  que  la  menstruation  débute,  à 
Copenhague,  à  15  ans  et  7  mois,  et  dans  les  villes  de  province  à  15  ans  et  &  mois, 
elle  n'appai'ait  chez  les  paysannes  qu'à  16  ans  et  5  mois.  Ces  résultats  confiruient 
les  recherches  de  M.  Brien*e  de  Boismont^  qui  a  démontré  qu'en  moyenne  la  niens> 
truation  débutait  trois  mois  plus  tôt  chez  les  Parisiennes  que  chez  les  provin- 
ciales, et  quatre  mois  plus  tôt  dans  les  villes  que  dans  les  campagnes.  Le  même 
observateur  a  prouvé  qu'en  France,  la  menstiiiation  était  plus  précoce  chez  les 
riches  que  chez  les  pei'sonnes  de  la  classe  moyenne,  et  qu'elle  était  encore  plus 
tardive  dans  les  classes  laborieuses. 

En  compai'ant,  à  Londres,  500  femmes  de  la  classe  moyenne  avec  le  même 
nombre  de  femmes  prises  dans  les  classes  inférieures,  j'ai  trouvé  que,  pour  les 
pi'eniières,  rétablissement  de  la  fonction  menstruelle  avait  lieu  en  moveune  à 
13  ans  3  mois,  et  à  ii  ans  2  mois  pour  les  dernières.  11  pai*aît  qu'il  on  est  de 
mcnie  aux  Indes,  d'après  le  témoignage  d'un  médecin  indigène  (1)  cité  paj*  le 
docteur  Webb  ;  il  dit  n'avoir  jamais  entendu  parler  d'une  pi'eniicre  menstruation 
chez  les  feiumes  du  peuple  avant  la  douzième  année,  tandis  que  les  menstrues 
paraissaient  souvent  dans  le  cours  de  la  onzième  ou  dixième  année  chez  les 
enfants  des  familles  opulentes. 

yuant  à  l'iniluehce  de  l'état  social  sur  la  régulaiité  et  l'abondance  du  flux 
menstruel,  nous  ne  possédons  que  des  assertions  vagues,  comme  celles  de  Bagliu 
et  Stahl,  qui  affirment  que  la  menstruation  est  plus  stable  et  moins  susceptil)lc 
d'anomalies  morbides  chez  les  paysannes  que  chez  les  femmes  habituées  au 
séjour  des  villes.  M.  Brierre  de  Boismont  et  le  docteur  Pidoux  affirment  que  dans 
les  couvents,  après  une  jîremière  année  pendant  laquelle  la  menstruation  est 
orageuse,  le  flux  menstruel  revient  régulièrement  tous  les  mois  sans  douleur, 
mais  en  très-faible  quantité.  J'ajouterai  que  le  docteur  Ferrus  m'a  assuré  que 
chez  les  détenues,  la  menstniation  était  ordûiairement  irrégulière  ou  complé- 
ténlent  supprimée* 

(1)  Webb,  Pnthohgica  indica^  part.  IL 


PAYE.   —  MENSTRUATION  EN  NORVÈGE.  l91 


BR  liA.  mehstrijatioiv  km  ivoryécsk 

PAR   M.    LE  PROFESSEUR  PAYE   (l)E  CHRISTIANIA), 

Mëdecin  da  roi. 


La  cinquième  question  du  Congrès  médical  international  de  Paris  :  «  De 
l'influence  des  climats^  des  races  et  des  différentes  conditions  de  la  vie  sur  la 
menstruation  des  diverses  contrées  »  appartenant  à  ma  spécialité  comme  pro- 
fcssi'ur  de  clinique  à  la  Maternité  de  Christiania  (Norvège)  et  professeur  d'accou- 
chement à  l'université,  j'ose  vous  oflrii*  ma  faible  contribution  en  réponse  de 
^otre  digne  appel  au  monde  scientiûquc. 

Les  obsenations  sur  lesquelles  sont  fondés  les  résultats  suivants  ont  été 
recueillies  par  moi^  aidé  par  un  de  mes  anciens  chefs  de  clinique,  M.  Vogt.  — 
Toutes  les  femmes  ont  été  accouchées  à  la  Maternité. 

Le  nombre  total  des  observations  est  3000. 

loge  des  sujets  examinés  est  connu  et  constaté  pour  un  nombre  de  29&6,  ainsi 
qu'il  suit  : 

An-desBOtts  de  20  ans 82  femmes  s=    2,8  p.  100. 

Entre  20  et  25  ans 

—  25  et  30  ans 

—  30  et  35  ans 

—  8S  et  AO  ans 

—  AO  et  A5  ans 

Au-dessus  de  A5  ans 

Age  inconnu  chez 5A      — 

La  plus  jeune  des  femmes  (accouchée)  a  16  ans  1/2,  la  plus  âgée  49  ans  1/2. 

CONDITIONS  SPÉaALES,  PROFESSION  : 

Femmes  mariées  des  classes  sociales  supérieures  (fonctionnaires  publics)  ...  9A 

—  du  commerce  et  fabricants 160 

—  ouvrières A62 

femmes  non  mariées  qui  ont  eu  une  éducation  soignée 9 A 

—  servantes 1980 

—  travaillant  dans  les  fabriques 58 

—  appartenant  à  la  prostitution  publique 95 

— >  d'un  état  inconnu 16 

Veuves A6 

Le  nombre  des  femmes  mariées  est. . . .       716  =  23,9  p.  100  du  nombre  total. 
—  non  mariées. . . .     2284  =  76,1 

De  cette  dernière  catégorie,  nmi  mariées,  le  nombre  des  servantes  filles  dépasse 
la  moitié  :  86,6  pour  100,  ce  qui  prouve  que  leur  moralité  ne  peut  résister  aux 
"déductions  dans  la  capitale  de  la  Norvège. 


82  femmes 

=     2,8 

999      — 

=  33,9 

1043      — 

—  35,4 

495       — 

—  16,8 

240       — 

=    8.1 

68      — 

=:     2,3 

19       — 

-     0.6 

bans  la  27* 

année. 

AG£  DE  LA  FREMIÉl 
i 

\E  MENSTRl 

Dans  la 

:ation  : 

25*  année 

23» 

21« 

19«^ 

17» 

15» 

i3« 

i 

—     24«. 

A 

8 

—     22«. 

20 

29 

—  20V 

—  18«. 

194 

354 

173 

437 

—     46", 

693 

A22 

—     i4« 

258 

18 

1 

71 

—     12* 

!!• 

6 

—     10" 

2« 

i 

192     CONGRÈS  MÊDIC4L  INTERNATIONAL.  —  DEUXIÈME  SÉANCE  DE  JOUR. 

Rebiarques.  —  Un  nombre  de  302  femmes  n'ont  pas  pu  donner  des  renseigne- 
ments. Chez  6  femmes,  toutes  primipares,  la  menstruation  avait  été  tout  à  fait 
absente.  L'âge  moyen,  pour  la  première  menstruation  chez  2691  femmes,  est 
16,375  ans. 

La  fenmie  qui  a  eu  sa  première  menstruation  à  l'âge  de  27  ans  n'avait  pas 
été  menstruée  avant  sa  grossesse,  anivant  dans  sa  26"  année;  elle  était  mariée. 
Après  son  accouchement,  elle  eut  une  menstruation  régulière. 

Chez  une  autre  femme,  âgée  de  23  ans,  la  même  obsei-vation  a  été  faite.  — 
Uue  autre  femme,  menstruée  dans  sa  19"  année,  n'a  remarqué  aucun  flux 
menstruel  depuis  la  première  menstruation  jusqu'à  son  premier  accouchement, 
à  l'âge  de  25  ans  ;  alors  les  règles  sont  revenues.  Le  même  cas  est  observé  chez 
une  primipare  de  27  ans.  Elle  avait  été  menstruée  une  fois  dans  sa  16*  année, 
et  depuis  la  menstruation  a  fait  défaut  pendant  11  ans.  Toutes  deux  se  portaient 
cependant  bien. 

La  femme  chez  laquelle  la  menstruation  a  commencé  dans  la  deuxième  année, 
femme  d'un  paysan,  ;\s:ée  de  30  ans,  mariée  depuis  la  21"  année,  d'une  hauteur 
de  k6  pouces  seulement,  avait  fait  trois  couches  avant  qu'elle  entrât  dans  sa 
quatiième  grossesse  pour  être  accouchée  dans  la  Maternité.  Le  flux  menstruel 
se  montrait  régulièrement  chaque  mois,  mais  durait  seulement  un  jour  jus- 
qu'à sa  21*  année  ;  après  ce  temps,  la  durée  de  la  menstruation  est  devenue 
plus  longue  (de  2  à  5  jours).  Les  trois  couches  antérieures  ont  été  très- 
laborieuses.  La  perforation  de  la  tête  a  été  faite  deux  fois.  Un  enfant  est  né 
avant  le  terme.  Tous  étaient  mort-nés.  L'accouchement  a  été  provoqué  arti- 
flciellement  la  quatrième  fois  à  la  Maternité,  six  semaines  avant  le  terme  de 
la  grossesse  ;  mais  malheureusement  la  mère  a  succombé  à  la  suite  d'une 
fièvre  puerpérale.  —  Le  bassin  était  rétréci  dans  tous  les  diamètres  antéi'o-posté- 
rieurs.  Le  détroit  supérieur  mesurait  2  pouces  10  lignes.  —  Les  détails  de  ce 
cas  intéressant  ont  été  exposés  dans  mon  rapport  annuel  de  la  Maternité  pour 
l'an  1850,  qui  a  été  présenté  à  l'Académie  de  médecine  à  Paiis,  et  doit  se 
trouver  dans  les  archives  de  l'Académie.   . 

MENSTRUATION  RÉGULIÈRE  OU  IRRÉGULIÉRE.  —  INTERVALLES  DES  MENSTRUATIONS. 

Régulière  toutes  le&  â  semaines chei..  1984  femmes  s=s  72,9  p.  100. 

Presque  régulière  entre  3  et  â  semaines 147       —      si     S,â 

—  toutes  les  3  semaines 330      —      s=  12,1 

—  —        2  semaines 9      —  ^ 

—  entre  2  et  3  semaines 16      — 

—  —    4  et  5  semaines 17      — 

—  toutes  les  5  semaines...  .*. .       10      —  \  =3    2  a 

—  entre  5  et  6  semaines 1       —  r  '^      > 

—  toutes  les  6  semaines 9      — 

—  —        12  semaines 1       — 

—  2  à  3  fois  par  an 1       — 

Irréguliére  et  les  intervalles  indéterminés. .. .     190      —      s=s    7,0 

Fait  défaut  entièrement 6      —      =>    0,2 

270  fenunes  n'ont  pu  donner  des  renseignements  certains. 

Nous  avons  aussi  essayé  de  nous  procurer  des  renseignements  sm*  les  phases 
de  la  lune,  poiu*  savoir  si  un  plus  grand  nombre  des  femmes  sont  meusti'udus 
pendant  la  croissance  de  la  lune,  mais  il  a  été  impossible  de  préciser  les  obser- 
vations d'une  manière  exacte  à  cet  égard. 


fAYE.  —  MENSÎROATlOtf  EN  NOftVÊÛÊ.  493 

DURÉE  DE  l'écoulement. 

Les  renseignements  obtenus  sont  extrêmement  variables,  entre  1/2  et  1/i  jours. 
In  nombre  de  2160  femmes  ont  donné»  après  un  examen  exact,  les  résultats 

suhrants  : 

Le  flux  meutruei  durait  de  1  à  8  jottn  ehei 14,7  p.  400. 

—  —  5  à  6        —        3,1 

«.  _-  4  4  5        —         8,4 

—  —  à        —         4,5 

_  _  Z  h  à        —         26,7 

—  —  2à3        —         16,0 

—  —  2        —         5,1 

—  —  1  à  2        —         4,9 

On  verra  que  les  données  sont  vagues.  Les  femmes  n'out  pas  pu  justifier  la 
durée  de  leur  menstruation.  Les  servantes»  et  en  bloc  les  classes  inférieures»  n'y 
font  pas  une  attention  exacte. 

n  y  avait»  parmi  le  reste  du  nombre  total  (10»3  pom*  100),  plusieurs  femmes 
qui  ont  dit  que  leur  menstruation  durait  de  8  kik  jours;  mais  nous  ne  savons 
pas  si  la  menstruation  a  toiigours  été  normale  cbez  ces  fenunes.  L'état  de  la 
;7ossesse  a  empêché  des  recherches  exactes  à  cet  égard. 

NOMBRE  DES  ENFAKTS  ET  DES  FAUSSES  COUCHES. 

i**  grossesse  chei 1632  femmes  ss  55,1  p.  100. 

2«     843  —  =  28,5 

3«    232  —  =    7,8 

4«    87  —  =    2,9 

5«     48  —  =    4,6 

6«     46  —  =     1,6 

7«     27  —  =    0,9 

8«     20  —  «     0,7 

9«     11  —  =     0,4 

10*     5  —  =    0,2 

11*    6  —  e=    0,2 

W    2  —  s=    0,07 

U  nombre  des  femmes  sur  lequel  est  fondé  ce  tableau  est  de  2959»  qui  ont 
<ionné  des  renseignements  exacts.  Le  nombre  des  enfants  (à  ternie  ou  pré- 
°^urés)  a  été  de  3000»  dont  39  jumeaux  et  1  trijumeau;  soit  1/il  enfants  à 
ajouter  au  nombre  des  fenunes.  Le  nombre  moyen  des  grossesses  devient  1»85 
P<Mir  chaque  femme. 

MENSTRUATION'  PENDANT  LA  GROSSESSE. 

Seulement  11  femmes  ont  observé  un  flux  menstruel  au  cours  de  la  grossesse. 
l<s  renseignements  sur  ce  point  sont  trës*incomplets  ;  le  résultat  de  nos  examens 
^  le  suivant  : 

1  femme  a  eu  la  menstruation  1  fois  pendant  la  grossesse. 

2  —  —  3  fois  pendant  là  grossesse,  régulièrement. 
^          —              —  4  fois  pendant  la  grossesse. 

3  —  —  pendant  toute  la  durée  de  la  grossesse,  excepté  le 

dernier  mois. 
3  —  —  pendant  tous  les  mois  de  la  grossesse. 

^  —  —  plusieurs  fois  pendant  des  grossesses  réitérées. 

13 


hl^     CONGRÈS  MÉDICAL  UTTERNATiONAL.  —  DEUXIÈME  SÉANCE  DE  lOUB. 

Prol>ablemenl  plusieurs  femmes  ont  eu  un  flux  menstruel  une  seule  fois  sans 
s'en  souvenir.  —  Quant  à  l'endroit  d'où  le  flux  sietnguin  a  son  origine  pendant 
la  pt>s5e»se,  on  n'ei^  ^\  pas  l^ucuup,  mais  jl  est  probable  qtt«  !•  »»«  est 
tr^rissudé  par  le  fqn4  du  vagin,  si  l'état  des  orgwies  interoea  n'est  paa  anonual. 

LES  RELATIONS  DE  LA  MENSTRUATION  A  LA  LACTAnON. 

J'ajoute  mes  observations  sur  ce  point  ^s$ez  intéressant,  quoiqu'il  n'entre  pas 
dans  les  questions  spéciales. 

Le  nombre  des  pluripare»  qui  se  sont  présentées  à  la  Maternité  et  ont  pu  don- 
ner des  renseignements  sur  leur  état  de  lactation  est  1327.  Or,  de  ce  nombre, 
125  femmes  ont  au  la  menstruation  pendant  la  lactation  =  10,6  pour  400.  — 
Les  détails  de  nos  observations  sont  exposés  pour  chaque  femme  dans  notre  mé- 
moire statistique,  dans  lequel  sont  aussi  insérées  des  observations  sur  tous  le» 
points  concernant  l'état  de  gravidité  et  de  puerperium.  Je  n'ose  pas  les  éuu- 
niérer  ici,  mais  coname  le  mémoire  imprimé  dans  notre  journal  médical, 
Sorsk  Magasin,  a  été  présenté  aux  deux  Académies  de  Paris,  et  1)|.  le  directeur 
Husson  aussi  a  reçu  un  exemplaire  du  consu}  français  à  Christiania,  on  pourrait 
au  besoin  consulter  le  livre  imprûné.  Je  me  permets  de  donner  ici  Iç  résultat 

sommaire  : 

De  1S5  femmes  qui  ont  été  menstniées  pendant  la  lactation,  iO  étaient  ma- 
riées et  85  non  mariées. 


67  femmes  ont  eu  la  mcnitruation  pendant  leur  lactation  après  la  !'•  grossesse. 
27  ^ —  —  —  I* 

4  -  -  -  *' 

5  -  -  -  5- 

i  -  "  -  6* 

S  ^  -  -  !•• 

Plusieurs  femmes  ont  dit  quelle»  ont  eu  U  menstniatiou  pendant  des  lactations 
successives  et  qu'ofles  ont  conçu  pendant  le  temps  qu'eUes  ont  allaité  leun 

enfants.  ^  ,  .      a  ^         j  m  . 

U  durée  de  la  lactation  a  été  variable  entre  quelques  mois  et  1  ans  1/2. 

60  femmes  ont  donné  le  sein  1  à  2  ans  et  au-dessus. 

L'âge  des  fammes  a  varié  de  19  à  ^8  ans. 

U  plus  jeune  (19  ans)  éteit  mariée,  V  aceouehement  à  la  Maternité.  Elle  a 
allaité-son  premier  enfant  pendant  8  an»  et  a  eu  la  menstruation  S  mote  après 
le  premier  accottchement. 

U  plus  âgée  (UZ  ans)  11'  accouchement,  nous  a  dit  qu'elle  a  eu  la  rocnstroa- 
tion  généralement  après  tous  le»  aocouchement.  préeédaats  pendant  la  lactation. 

Une  autr*  feii^me  (38  an»),  vepue  également  pour  êUe  accoicM*  é%  son 
iV  enfant,  non»  donna  les  mêmes  fcaseigneiaents. 

Plusieurs  femmes  ont  eu  leurs  menses  seulement  une  fois  pcndani  la  l^ctaUoa 
et  sont  immédiatement  devenues  enceintes. 

Une  fenmie  âgée  de  38  ans,  7"  accouchement,  nous  a  dotiné  un  rensei- 
gnement assez  remarquable.  Elle  n'avait  pas  eu  la  menstniatiou,  après  son 
premier  accouchemtiit,  pendant  tout  la  temp»  «uivant.  BUe  avait  en  un  enfant, 
environ  tous  les  deux  ans  et  donné  son  sein  à  l'enfant  pendant  les  mtervalle^. 
Apres  son  6'  accouchement,  la  menstruation  revenait  pendant  la  lactation* 


On  ferra  par  toutes  nos  observations  une  affirmation  de  plus  de  ce  fait  :  que  les 
mamelles  et  les  oyaires  peuvent  très-bien  fonctionner  ensemble,  et  que  cette 
actirité  simultanée  n'est  pas  pii^^GVfk&ni  rare. 

Comme  un  supplément  utile  et  bien  intéressant,  je  suis  en  état  de  donner' 
quelques  résultats  statistiques  concernant  la  menstruation,  que  mon  collègue 
H.  le  docteur  H.  Vogt  a  pris  la  peine  de  recueillir  des  différentes  provinces 
de  la  Norvège,  en  faisant  appel  aux  recherches  des  médecins  du  pays  entier. 
Les  résultats  sont  encore  restreints,  mais  seront  complétés  quand  les  réponses 
de  tous  les  médecins  nous  seront  connues.  —  En  se  rappelant  que  la  Norvège  est 
située  entre  58  et  71  degrés  de  latitude  N.^  on  pourrait  supposer  que  les  climats 
différents  de  nos  vallées  et  de  nos  montagnes  doivent  exercer  un^  influence 
notable  sur  la  fonction  mensuelle  de  l'utérus.  Il  p'en  est  cependant  rien,  comme 
on  peut  constater  par  les  observations  faites  principalement  sur  la  population 
rurale  et  paysanne.  Sur  un  nombre  de  1821  femmes,  dont  1083  étaient  non 
nuriées,  Vftge  de  la  menstruation  ne  diffère  que  de  quelques  dixièmes^  el 
chose  à  remarquer,  1<l  menstruation  copmience  uq  peu  plus  tôt  d^ns  les  régiqi^i 
du  \o[é,  L'Age  moyen  pour  tous  les  départements  est  de  16,12  ans.  L^  différence 
iosignifiaiite  de  ce  ctûffre,  comparée  ^vec  la  statisti(|ue  précédente,  s'explique 
^s  doute  par  le  petit  nombre  de  ces  dernières  observations.  — :  La  p|us  jeune 
des  femmes  examinées  avait  un  âge  de  11  ^ns,  la  plus  âgée  28  ans,  quand  la 
menstruation  a  fait  son  début. 

U$  inUroaUes  des  menstruatiùns  ont  été  notés  sur  un  nombre  de  1&S7  femmes. 
U  temps  moyen  est  de  3,9  semaines.  Les  variations  dans  les  différents  dépar- 
tonents  sont  limitées  entre  /i53,  dans  le  sud  de  la  Nprvége  et  3,9  dans  le  nord. 

La  durée  de  l'écoulement.  Le  nonibre  observé  est  1&48.  Durée  moyenne, 
3,7  jours.  Les  variations  dans  les  différents  départements  ne  sont  pas  notables; 
miischeK  les  individus,  il  y  a  bien  des  différences. 

l'âge  de  la  cessation  défirdtioe  de  la  menstruation  (ménopause)  a  été  comparé  çu|* 
UD  nombre  de  391  femmes  mariées.  L'âge  moyen  est  48,99  {l\9]  ans,  va^iapi 
dans  les  différents  départements  entre  hS,h  et  h^fi  ans.  Dudit  nopal>re  (391] 
350  ont  été  examinées  pour  savoir  leiu*  fertilité.  Or,  260  fen^mes  mariéeç  OQt  ei; 
2035  enfants  =  5,7  enfants ^  —  fécondité  assjsz  grande,  comparée  avec  la  sta- 
tistique générale. 

Pumi  les  ^Menratîons  faites  dans  les  provinces  de  ta  haute  Norvège  (Finmar- 
ken)  eu  iMrâ,  M  y  en  a  aussi  un  petit  nombre  faites  sur  les  femmes  laponnes, 
nce  à  part,  comme  vous  savez,  vivant  au  nombre  de  quelques  mille  individus. 
^  LapoBs  se  marient  entre  eux,  très-rarement  ils  se  mêlent  avec  les  Norvé- 
giens. On  a  raconté,  M.  Vlrey  entre  autres,  que  les  Lapons  restaient  sur  une 
trtMtte  inférieure  quant  aux  fonctions  des  organes  sexuels.  Mais  cela  est  une 
^ifieor.  Le  qpmbre  des  Laponnes  observées,  et  dont  nous  avons  les  rapports  des 
'nédecÎBS  à  eontulter,  est  116.  L'âge  de  la  première  menstruation  est  16,7  ans. 
laterfiiie  des  menstruations,  3,9  semaines;  durée  de  l'écoulement,  3,4  jours. 
La  ^fifférence  entre  la  popuiatien  laponne  et  la  norvégienne  est,  comme  on  voit, 
insignifiante  quant  à  la  menstruation,  et  quant  à  leur  fécondité,  je  peux  ajouter 
<]ne  tk  Cbdums  laponnes  mariées,  qui  ont  été  examinées,  ont  eu  176  enfknts 
"^  5,1  pour  chaque  mère. 


196     CONGRES  MÉDICAL  INTERNATIONAL.  —DEUXIÈME  SÉANCE  DE  JODB. 


81JB  liA  MENSTBVATIOIV  mOBHAUB  EUT  IVOBVE01[; 

FAR  M.  LE  DOCTEUR  VOGT  (DE  CHRISTIANU). 


Je  me  permets  d'envoyer  de  Norvège  un  article  en  réponse  à  la  question  V 
{De  l'influence  des  climats,  des  races  et  des  différentes  conditions  de  la  vie  sur  la 
menstruation  dans  les  diverses  contrées),  et  je  ne  crois  pas  inutile  d'y  joindre  une 
courte  description  de  la  constitution  physique  de  ce  pays  jusqu'ici  imparfaite- 
ment connu. 

Le  royaume  de  Norvège,  qui  forme  la  partie  occidentale  de  la  péninsule  Scan- 
dinave, s'étend  plus  vers  le  nord  que  la  Suède.  Il  est  situé  entre  le  58^  et  le 
71«  12'  de  latitude  nord,  et  le  22''  et  49®  de  longitude  est  du  méridien  de  Ferroc. 
L'étendue  du  pays  est  à  peu  près  du  nord  au  sud  de  2U0  milles  géographiques, 
tandis  que  sa  plus  grande  largeur  n'est  que  de  60  milles.  Sa  superficie  com- 
prend 5800  milles  carrés  géographiques: 

Le  caractère  du  pays  est  essentiellement  montagneux.  Il  est  parcouru  dans 
toute  sa  longueur  par  une  chaîne  de  montagnes,  dont  les  rameaux  s^étendent  de 
tous  côtés  et  embrassent  des  vallées  souvent  étroites  et  profondes. 

On  ne  trouve  que  de  loin  en  loin  des  plaines  de  quelque  étendue.  La  forme 
alpestre  n'est  que  rarement  représentée  dans  les  montagnes  de  Norvège  ;  elles 
s'étagent  le  plus  souvent  en  terrasses  et  forment  des  plateaux  rocheux  irrc^u- 
liers  et  de  hauteur  dilTérente,  coupés  de  précipices  et  de  crevasses.  Les  côtes  de 
r  3uest,  depuis  Christiansand  jusqu'à  Hammerfest,  présentent  ces  formations  sous 
l'aspect  le  plus  grandiose. 

Les  sommets  des  montagnes  s' étendant  en  plateaux  sont  quelquefois  élevés  de 
kOQO  à  6000  pieds  au-dessus  du  niveau  de  la  mer.  Ces  montagnes  ont  été  autre- 
fois déchirées  par  des  révolutions  naturelles,  et  ces  déchirures  forment  des 
vallées  profondes  et  des  golfes  (a  Qords»)  plus  profonds  encore.  De  nombreuses 
îles  formées  de  la  même  manière  s'élèvent  pai'fois  à  une  grande  hauteur. 

Les  montagnes  de  Nordland  (Lofoten),  de  Sandmore,  et  les  Jotunfjelds 
(8300  pieds),  sont  de  toutes  les  montagnes  de  Norvège  celles  qui  se  rapprochent 
le  plus  de  la  forme  alpestre. 

Les  vallées  et  les  «fjords»,  qui  se  trouvent  dans  ces  parties  sont  si  étroits, 
qu'on  peut,  par  rapport  aux  montagnes,  les  considérer  comme  des  déchirures. 

Sur  un  point  de  la  contrée,  ce  plateau  mesure  à  peu  près  100  milles  carrés 
géographiques,  et  ne  s'abaisse  jamais  à  moins  de  i!i000  pieds  au-dessus  du  niveau 
de  la  mer,  tandis  qu'il  s'élève  souvent  au-dessus  de  la  région  des  neiges  et  des 
glaces  éternelles  (USOQ  pieds).  Une  étendue  de  pays  de  plus  de  3000  milles  carrés 
géographiques  s'élève  à  plus  de  2000  pieds  au-dessus  du  niveau  de  la  mer,  et  se 
trouve  par  conséquent  impropre  à  la  culture. 

Les  vallées  sont  arrosées  de  fleuves  ou  de  lacs,  et  le  pays  est  couvert  d'une 
grande  quantité  de  forêts. 

Ce  qui  est  particulier  à  la  partie  ouest  de  la  Norvège,  ce  sont  les  bras  de 
mer  qui  s'enfoncent  souvent  enti*e  les  montagnes  sur  une  étendue  qui  a  parfois 


Hircr. 

ttè. 

—  5«C. 

—  4«,8  C. 

—  1«,0  C. 

—  5%0  C. 

- 

h    5%3C. 

-  15«,0  C. 

-  15S6  C. 

-  i5%5  C. 

VOGT.  —  MENSTRUATION  EN  NORVÈGE.  197 

juitqu'à  20  milles  géographiques.  Quelques-uns  de  ces  golfes  sont  presque  en- 
tourés de  rochers  inaccessibles,  qui  s'élèvent  perpendiculairement  comme  des 
murs  immenses. 

De  tous  les  pays  sous  le  même  degré  de  latitude,  la  Norvège  est  le  plus  favorisé. 
Les  faits  suiTants  en  donnent  la  preuve  : 

Le  chêne  croit  en  Norvège  jusqu'au  65'  degré,  le  hêtre  au  59*,  le  fix)ment  au 
68'  1/3,  le  seigle  jusqu'au  69*,  et  l'orge  au  70*.  En  pleine  terre  (dans  les  jar- 
dins) du  sud  de  la  Norvège,  les  raisins,  les  pêches,  les  abricots  et  parfois  même 
les  amandes  arrivent  à  maturité. 

lie  relevé  de  la  température  moyenne  dans  quatre  différentes  parties  du  pays 
a  donné  les  résultats  suivants  : 

Anoée. 

/  710     _  o^"  Celsius. 
CMes  d*onett. .  \  63»^  -|-  ««.S  C. 

(  60*     -f  7*,3  C- 
Cbriitiania 59«55' -f  <^M  G. 

En  été,  la  chaleur  est  parfois  aussi  forte  à  Christiania  que  dans  le  sud  de  l'Eu- 
rope, tandis  qu'en  hiver  le  ih)id  ne  dépasse  que  rarement  20  ou  25  degrés 
Celsius. 

La  population  de  la  Norvège  compte,  en  sus  des  Norvégiens  (race  germanique), 
15  000  Lapons  et  5000  Quœnes,  qui  diffèrent  des  Lapons.  Les  Lapons  et  les 
^œnes  diffèrent,  à  leur  tour,  essentiellement  des  Norvégiens. 

Les  Lapons,  qui  habitent  la  partie  la  plus  septentrionale  des  pays,  vivent  du 
produit  de  leur  pêche  et  de  troupeaux  de  rennes,  dont  ils  sont  les  bergers 
noiuades. 

Les  Quœnes  habitent  la  même  partie  du  pays  que  les  Lapons,  mais  ils  s'avan- 
cent davantage  Ters  le  sud. 

Le  commerce  maritime  et  les  pêcheries  forment  les  principales  occupations 
des  habitants  des  côtes,  tandis  que  les  travaux  de  l'agricuUure  occupent  la  plu- 
part des  habitants  de  l'intérieur. 

On  ne  trouve  que  dans  les  plus  grandes  viUes  des  fabriques  et  des  manufac- 
tures. 

La  Norvège  est  divisée  eu  six  préfectures  (stifts),  et  j'ai  suivi  ces  divisions  dans 
mes  recherches  sur  la  menstruation. 

FacinteE  classe.  —  Les  femmes  de  la  cUisse  aisée,  —  Toutes  sont  mariées  et  ont 
iccoQchè  dans  la  maternité  de  Christiania. 

l'éfge  de  la  prendére  menstruation  a  été  en  moyenne,  sur  un  nombre  de 
H5]femmes,  de  15,7  ans. 

La  tableau  suivant  fera  connaître  l'âge  de  la  première  menstruation  chez  les 
<iifférents  individus  (115)  : 

JoBf 11  12  13  13i  14  Ui  15  16i  15  16J  17  17{  18  18^  20 

^bre  des  iadhridiu  . . .       1     1     5    2     16     1     22    5    33    2     10     2     12     1       2 

la  durée  de  l'écoulement  a  été,  en  moyenne,  sur  un  nombre  de  113  mdividus, 
de  &,26  jours.  Le  tableau  suivant  fera  connaître  la  durée  de  l'écoulement  chez 
IIS  individus: 

J«in 2  1-3  2-3   3  2-4  3-4  4  4-5  5  5-6  6-7  4-8   7  5-8  6-8   7-8  8 

l^MAredetmdtndtti.  51      14   41     32  11  18    15      6      121       2      45 


198     CONGRÈS  MÉDICAL  INTERNATIONAL.  —  DEUXIÈME  SÉANCE  DE  JOUR. 

Les  intervalles  des  fnenstruoHons  ont  été  en  ttioyene^  sur  uh  nombre  de  109  indi- 
tidus^  de  3^98  semaines. 

Le  tableau  suivant  indiquera  l'intervalle  de  temps  entre  deux  mënstruation^ 
observées  chez  109  individus  : 

Semainei S-3       3       4      5      i-8 

Nombre  des  individus 1         A     109     1        1 

L'âge  de  113  de  ces  femmes  a  été  relevé  ainsi  qu'il  soit  r 

Moins  da  20  ans A  feounes. 

De  20  à  30  ans 67 

De  30  à  AO  ans 39 

De  AO  à  Ai  ans 3 

Deuxième  classe.  —  Les  ouiméres  et  les  femmes  pauvres  dé  la  ville  de  ChrisHarda. 
—  L'âge  âe  la  première  menstruaUon  s'est  trouvé,  en  molenne^  sur  un  nombre 
de  219  femmes,  de  16^1  ans. 

A(«. i2ii813ilAlAH^l61&7i0l0H717H^{lSl^H9<9|9d20i21XA^28| 

Nombre  des 
individus.    4     tt    S    l8  19   A    36  22  22  13  12   1     8   18  12   8    2    3    3     2     1     1 

La  durée  de  i*éeoulement  s'est  trouvé,  en  nlôyéiinfe,  chez  21 S  femtnes  de 
1^,1  Jours. 

Jours 1  2  3  A  5  6  7  8  1-2  1-3  2-3  2-A  3-A  2-6  A-5  3-8  5-6  A-6  A-8  5-7  6-7  6-.S 

Nombre  des 
Individus.  6 19  A5  28 18  A  11  21  lll91lAillil221S3 

les  intervalles  des  menstruations  chez  217  femmes  ont  été>  en  moyenne,  (ie 
3,9  semaines. 

8emdnM 2    3    A    5    0  2-A  3-A  3-53  {-A?  ^-^  3-^  à-^  ^^  ^-^  i3M6 

Nombre  des  individus.     1   36 1A6  S    2    1     18    2       i       2      1      1      1       1       \ 

Le  relevé  de  ïùge  de  ces  219  femmes  a  donné  les  résultats  suivants  : 

Moins  de  20  ans,  A 7  individus. 
0e  20  à  80    —    90 
De  30  à  AO    —    AO 
De  AO  à  50    —    30 
Mus  de   90    —    12 

Trchsiâmb  classe.  —  Les  paysanne,  —  Age  dé  ta  nmimtruathk  première.  *-  Relevé 
de  la  menstruation  pour  un  nombre  de  1821  femmes. . 

i^rérecture  de  Christiania iA,8  ans. 

—  Hamar 15,6 

—  Christiansand 15,8 

-^  ftërf  en « . .  16,0 

•^  ThrsQdhjem 16,2 

—  Tromsoe 16,3 

■ 

L'âee  moyen  pour  toutes  les  préfectures  sera  donc  de  16,12  ans. 
Le  tableau  suivant  donnera  des  renseignements  sur  la  période  de  la  menstrua- 
tion et  sur  le  nombre  de  femmes  présentées  pour  chaque  préfecture  : 


rOGT.  —  MENSTRUATION  EN  NOBVËGE. 


199 


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3 

10 

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2 

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2 

13 

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10 

12 

43 

56 

10 

49 

180 

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26 

22 

2 

24 

91 

15 

32 

16 

64 

125 

20 

77 

834 

155 

2 

11 

11 

30 

8 

24 

86 

16 

12 

49 

127 

24 

78 

312 

16^ 

5 

8 

13 

7 

26 

66 

17 

28 

87 

86 

15 

61 

230 

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0 

8 

11 

2 

22 

46 

18 

21 

27 

58 

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53 

177 

18i 

5 

2 

9 

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9 

30 

19 

1 

10 

22 

4 

22 

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19  î 

1 

8 

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4 

17 

20 

11 

9 

11 

5 

15 

51 

20  i 

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» 

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2 

2 

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1 

1 

5 

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22 

1 

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» 

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1 

2 

28 

• 

» 

» 

» 

» 

1 

1 

TWtàL,  .. 

184 

87 

804 

619 

123 

b04 

18kl 

Pour  les  Lapons  (1),  j'ai  pu  citer  116  femmes. 

L'âge  moyen  de  la  première  menstruation  pour  celles-ci  est  de  16>7  ans.  Ello 
est  spécifiée  au  tableau  suivant  : 

Age 13    14    15    i55    16    16^    17    18    18j    19    19^    20    21    21 

RoBbK  te  UpoQDes.      2      4     i3     3       33     4      2i    19     1        4      3        4      11 


Je  n'ai  pu  citer  que  2&  fenmies  quœnes^  chez  lesquelles  l'Age  moyen  de  I4 
première  menstruation  est  trouvé  de  15>2  ans  et  spécifié  au  tableau  suivant  : 


Age. 13         14         15         16         17         18         19 

Romftm  dés  Quones.  ..3941421 

U  ressort  de  ces  recherches  sur  Tàge  moyen  de  la  menstruation  première^  que 
le>  femmes  sont  le  moins  précoces  dans  la  préfecture  de  Christiania,  tandis 
qu'aUes  sont  le  plus  précoces  dans  la  préfecture  voisine  de  Hamar;  la  différence 
cotre  ces  deux  districts  est  de  1,2  an.  On  remarquera  cependant  que  le  nombre 
des  femmes  qu'on  a  pu  citer  pour  cette  dernière  préfecture  est  très-minime. 
L'âge  varie  très-peu  entrfe  les  autres  préfectures.  Pour  les  Laponnes,  l'âge  est 
plus  avancé  de  0,6  an  que  l'âge  moyen  pour  tout  le  pays,  mais  il  est  plus  bas  de 
^y\  tn  que  pour  la  pi'éfecture  de  Christiania. 

Les  Quœnes  présenteilt  un  âge  de  menstruation  très-précoce,  plus  précoce 

(t)  Lm  Uponnes  et  les  Quœnes  lont  toujoars  com|iritet  4an8  le  nombre  4êt  individus 
€>^  pour  ta  préreciure  de  Tromsoe. 


SQO     CONOnfeS  MÊOICAL  INTERNATIONAr..  -«  DEUXIÈME  SÊAKCE  DE  lOtTR. 

même  de  0,i  an  que  Hamai*»  mais  le  nombre  qu'on  peut  citer  à  l'appui  est  trop 
restreint  pour  en  tirer  des  conclusions  générales. 

L'âge  moyen  pour  toutes  ces  paysannes  est  de  i0>12  ana.  Les  tableaux  démon- 
trent cependant  que  les  femmes  atteignent  le  plus  souvent  la  période  de  la 
menstruation  à  15  ans^  puis  à  16,  il,  iU  et  18  ans.  L'âge  le  plus  précoce  est  de 
11  ans,  et  Ton  n'en  cite  que  deux  exemples.  L'âge  le  plus  tardif  est  de  28  ans, 
et  l'on  n'a  pu  citer  qu'un  seul  cas  de  ce  genre.  102  femmes  ont  été  réglées  avant 
1^  ans  et  197  après  18  ans. 

Je  me  permettrai  de  faire  remarquer  ici  qu'au  lieu  de  me  servir  du  terme 
1/4%  15*,  etc.,  j'ai  toujours  écrit  13  1/2,  li!»  1/2  ans  pour  tous  les  tableaux. 

Durée  de  l'écoulement  pour  un  nombre  de  16^8  femmes.  La  durée  moyenne 
pour  chaque  préfecture  est  de  : 

Prélecture  de  Christiania 3,7  jenrs. 

—  de  Hamar. 5,& 

—  de  Ghriitiansand 3,6 

—  de  Bergen. 3»8 

—  de  Thraadhjem 3,8 

—  de  Tromsoe 3,5 

La  durée  moyenne  pour  toutes  les  préfectures  est  de  3,7  jours. 


JOURS. 


a. 


I 

« 


1 

1-2 

2 

2-3 
3 

3-4 
^ 

4-5 
5 

5-6 
6 

6-7 
7 

7-8 
8 
9 
11 
1-3 
2-4 
2-5 
3-5 
3-6 
2-8 
4-6 
3-7 
3-8 
4-7 
5-7 
4-8 
6-8 
8-10 
8-14 


Total.  •. 


1 

1 

8 
25 
17 
36 
32 
16 

9 

8 

1 

2 

» 

3 
» 

» 
1 
» 
1 
» 

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» 
» 

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» 

162 


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« 


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» 
2 
4 
4 
3 
3 
9 
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21 

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8 

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4 
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1 

1 

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s  * 

^  «  S 

.2  -3  -5 


10 

2 
31 
30 
41 
25 
40 
16 
19 

4 

5 

» 

» 
11 

» 

M 

») 
1 
1 
» 

n 
m 
n 
1 
n 
» 
» 
2 

» 
241 


M  m 


13 
18 
56 
40 
136 
33 
81 

7 
23 

4 
19 

1 

7 

D 

42 
2 
1 
» 
3 
» 
2 
1 
» 
5. 
1 
2 
» 
1 
1 
6 
n 
1 

506 


I  -^   S 


5 

1 
10 
10 
15 
12 

2 
10 

2 

3 

2 

i 

» 

1 

7 

» 

II 

» 

» 
1 

» 

» 
1 

» 
1 
» 
» 

1 

» 

85 


I 


1-8 

e. 


e 


12 

6 

60 

26 

117 

33 

57 

18 

17 

6 

9 

2 

5 

» 

19 

n 

n 

1 

3 

A 

m 
» 
1 
1 

» 
» 

» 
1 

» 

394 


Total. 


41 

28 

165 

133 

330 

143 

215 

70 

79 

25 

57 

6 

2 

8 


1448 


VOGT,  —  MENSTRUATION  BN  KORTÊGE.  201 

Pour  81  Laponnes,  la  durée  est  spécifiée,  ainsi  qu'il  suit  : 

iovn i     1-2    2    2-3    3     3-4     4     4-5567    2-4 

Nombre  des  Uponnes»     11      75     28     8     20     1612      1 

La  durée  moyenne  pour  les  Laponnes  sera  donc  :  3,^  jours. 

Pour  un  nombre  de  21  Quœnes  la  durée  est  spécifiée,  ainsi  qu'il  suit  : 

'«« <-2        2         3        3-4457 

Nombre  des  Quœnes . .  1  19  l  6        2        1 

U  durée  moyenne  sera  donc  :  3,6  jours. 

On  Terra  que  la  durée  de  l'écoulement  est  à  peu  près  la  même  pour  toutes  les 
préfectures,  à  l'exception  de  Hamai*,  si  le  petit  nombre  des  individus  qu'on  a  pu 
citer  de  ce  district  permettent  d'en  juger  ;  la  préfecture  de  Tbraudbjem  n'a 
pourtant  pas  fourni  un  beaucoup  plus  grand  nombre  d'exemples.  —  La 
durée  est  le  plus  généralement  de  3  jours,  puis  de  U,2,  3,^  et  2,3  jours.  Che^ 
367  femmes,  la  durée  est  moins  de  3  jours,  et  chez  393,  plus  de  /i  jours. 

Inietvalle  des  menstnioHœis.  —  Chez  \liZl  femmes  a  été,  en  moyenne,  pour 
chaque  préfecture,  ce  qui  suit  : 

Préfeeture  de  Christiania. 4,0  semaines. 

—  de  Hamar 3,6 

—  de  Christiansand. 4,0 

—  de  Bergen 3,9 

-^      de  Thraudhjem 3,9 

—  de  Tromsoe 3,9 

Pour  toutes  les  préfectures,  8,9  semaines. 

La  longueur  de  l'intervalle,  pour  chaque  préfecture,  est  spécifiée  au  tableau 
suivant  : 


i02     CONGRÈS  MÉDICAL   INTERNATIONAL.  — -  DEUXIÈME  SÉANCE  DE  JOUR. 


SEMAINES. 

Préfecture 

de 
Christiania. 

Préfecture 

de 

Hamar. 

2       1 

1   «   1 

JJ   -«  .2 

t         1 

1^1 

Préfecture 

de 

Thraadhjeai. 

M 

TtffAL. 

1 

» 

» 

» 

a 

i 

1 

1-2 

i> 

» 

» 

a 

2 

2 

2 

» 

2 

5 

a 

15 

2-3 

2 

1 

1 

i 

15 

3 

20 

15 

17 

90 

12 

39 

193 

3-4 

31 

23 

17 

98 

18 

65 

352 

à 

82 

13 

178 

223 

40 

21b 

746 

«-B 

10 

t 

ià 

48 

11 

9i» 

6 

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5 

8 

1 

21 

5-6 

1 

1 

7 

a 

22 

6 

» 

» 

1 

à 

6 

6-7 

» 

3 

1                2 

9 

7 

a 

a 

2 

7-8 

a 

a 

1 

8 

1 

3 

7 

1-4 

a 

a 

t 

2-4 

M 

a 

1 

t 

3-5 

1 

3 

A 

8 

2-7 

a 

a 

ft  4 

1 

3-6 

a 

2 

^0 

12 

3-7 

a 

a 

2 

4-6 

a 

7 

8 

4-7 

a 

a 

1 

5-7 

a 

a 

1 

4-8 

a 

2 

6 

5-8 

a 

a 

1 

6-8 

a 

i 

8 

8-12 

a 

i 

1 

9-12 

a 

» 

» 

16-32 

» 

» 

1 

1 

Total. . . 

164 

60 

240 

499 

85 

389 

1437 

Pour  82  Laponnes,  rintervall 

e  a  été  de 

i  3,9  semaines. 

Semaines « 

.     1     1-2 

2     2-3     3     3-4    4 

4-6     6 

6-8 

Nombre  de  Laponnes 

1      1 

2      1      2     17     5: 

1     1      2 

2 

Pour  19  Quœnes,  Tintervalle 

\  a  été  3,C 

\  semaines. 

Se 

No 

mainei ... 

2         3         3-4 
1         15 

4         i 
11        i 

l 

imbre  des  ( 

)uœnes . . . 

l 

Age  de  la  ménopause  (paysannes).  —  Les  observations  faites  dans  chaque  pré- 
fecture sur  l'âge  de  la  ménopause  ont  donné  les  résultats  suivants  : 
391  femmes  : 

Préfecture  de  Christiania 49,6  ans. 

—  Hamar 48,9 

—  Christiansand. 48,9 

—  Ber^n 49,3 

—  Thraudhjem 49,9 

—  Tromsoe 48,4 

L'âge  de  la  ménopause,  pour  toutes  les  préfectures,  de  49  ans  (plus  exacte- 
ment 48,99). 


V06T.    —  MENSTRUATION  fiN  ftOUVfiCB. 


SOS 


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5 

41  à  43 

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1 

43 

2 

3 

43  â  44 

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2 

44 

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8 

44  à  45 

1 

4& 

? 

7 

45  à  46 

1 

1 

46 

10 

20 

"A" 

* 

i 

2 

4 

5 

20 

47  â  48 

5 

7 

48 

6 

18 

43 

48  k  49 

2 

û 

49 

17 

2 

18 

49  à  50 

7 

50 

iO 

27 

10 

14 

50  â  bi 

12 

4 

5i 

6 

4 

51  4  5S 

» 

52 

11 

4 

6 

52  à  53 

» 

53 

4 

4 

53  4  54 

1 

54 

i 

55 

1 

56 

1 

57 

1» 

58 

2 

» 

59i 

i 

» 

Total... 

20 

28 

63 

tl5 

38 

ii7 

391 

Pour  Zk  Laponnes,  U9,U  ans. 
Pour  5  Quœnes,  kl, 2  ans. 

Les  observations  de  M.  le  professeur  Hannover  pour  le  Danemark  sur  un 
nombre  de  312  femmes  donnent  hh,B2  ans;  comme  âge  moyen  pour  la  méno- 
pause, et  27,97  ans,  comme  la  période  durant  laquelle  les  femmes  en  Danemark 
ont  été  réglées.  Ces  chifi&es  diffèrent  considérablement  de  ceux  qui  ont  été 
obtenus  chez  nous,  car  cette  période  de  durée  est  ici  de  32,87  ans,  c'est-à-dire 
4,9  ans  plus  longue  qu'en  Danemark.  M.  Hannover  ajoute  que  M.  Brierre  de 
Boisxnont  a  trouvé  que  la  durée,  chez  178  fenmies  françaises,  est  de  29,1  ans,  et 
M.  Tilt,  chez  500  Anglaises  de  Londres,  de  31,8  ans.  M.  Whitehead  l'a  trouvée, 
chei  69  femmes  de  Manchester,  de  31,29  ans.  Lebrun,  chez  33  catholiques 


20&     CONGRÈS  MÊDIGAt  INTERNATIONAL.  —  DEUXIÈME  SÉANCE  DE  JOUR. 

Slaves  de  VarsoYÎe,  de  31,6  ans,  et  chez  33  juives  du  même  lieu,  29,28  ans. 
Ainsi,  partout  la  durée  de  cette  période  s'est  trouvée  plus  longue  qu'en  Dane- 
marie  et  plus  courte  qu'en  Norvège. 

La  fécondité  dépend  en  quelque  sorte  de  l'état  de  la  menstruation  dans  un 
pays,  car  on  doit  supposer  qu'une  fenmie  peut  mettre  au  monde  un  plus  grand 
nombre  d'enfants,  si  la  période  de  la  menstruation  et  de  l'ovulation  a  plus  de 
durée. 

Pour  360  femmes  norvégiennes,  chez  lesquelles  la  menstruation  avait  cessé, 
on  cite  un  nombre  de  2035  enfants,  ce  qui  fait  5,7  enfants  pour  chaque  famille. 
Ces  données  ont  été  recueillies  dans  20  districts  des  différentes  parties  du  pays. 
De  ces  360  fenmies  neuf  étaient  sans  enfants.  Ainsi,  351  fenmies  avaient  enfanté 
2035  enfants,  ce  qui  fait  5,8  pour  chaque  mère.  ' 


Préfectures. 

Christiania 

Hamar 

Christiansand 

Bergen 

Thraadhjem. . 

Tromsoe 

Total 351 


Mèrea. 

EofanU. 

Enfaota 
poar  chaque  mère* 

MèK* 
Mas.nlaoU 

19 

121 

6,4 

28 

1A9 

5,3 

40 

232 

5,8 

103 

590 

5,7 

37 

177 

4,8 

12A 

766 

«.2 

2035 


5,8 


3&  Laponnes  ont  enfanté  ilU  enfants,  ou  5,1  pour  chaque  mère. 

5  Quœnes  ont  38  enfants  =:  7,6  pour  chaque  mère. 

Pour  le  Danemark,  M.  Hannover  a  cité  pour  2/!i3  femmes  chez  lesquelles  la 
menstruation  a  cessé,  1156  enfants,  c'est-à-dire,  pour  chaque  mère,  U,l  en- 
fants. Mais  en  comptant  seulement  les  femmes  fécondes  de  ces  2^5  femmes,  on 
obtiendra  un  résultat  beaucoup  plus  favorable,  car  25  mariages  sur  ces  2&5  étaient 
stériles  (chez  nous,  9  de  360)  :  donc  pour  chaque  mère  féconde,  5,2  enfants. 

En  joignant  les  recherches  statistiques  faites  dans  la  Maternité  de  Christiania 
par  M.  le  professeur  Faye  et  moi  aux  observations  déjà  citées,  les  résultats  sui- 
vants se  présentent  : 

Age  de  la  première  menstruaHon,  —  Observé  sur  un  nombre  de  /i731  indi- 
vidus :  16,27  ans. 

Durée  de  l'écoulement  observé.  —  Sur  un  nombre  de  3821  :  3,89  jours. 

Intervalle  des  tnenstnAotions,  —  Observé  sur  un  nombre  de  4178  :  3,89  se- 
maines. 


LIIfEN.  —  STAnsnQOB  OB  Là  MBNSTâUATlON  A  SAINT-PÊTERSBOURO.     205 

STATI8VI9IJB  BK  UL  MKUmnVJkTËOm 
BB  miilâE  nAMPTAXTlB»  BG  SAINT-PÂTEBSBOIIRC: 

KOTtE  A  L'INSTITUT  DIS  SAGES*FEM1ISS  DE  M"*  LA  GRANDE-DUCHESSE  HÉLÈNE 
PAR  M.   LE  DOCTEUR  LIEVEII  (dE  SAINT-PÉTERSDOURGj. 


COmiENCElfENT 
delft 

HDOnUATM». 

NOMBRE 

fis    V^MMI* 

en  générd. 

RauM. 

NATI 
AUenundet. 

ONS. 

iuÎTCO. 

FiiuiotMO. 

Al'lge  de  10  ans 

—  11  ans 

—  12  ans 

-*         13  ans 

—  lA  ans 

^-         15  ans 

—  16  ans 

—  17  ans 

—  18  ans 

—  19  ans 

—  20  ans 

—  21  ans 

—  22  ans 

—  23  ans 

2 

7 

29 

92 

169 

187 

222 

1A6 

8A 

37 

19 

1 

3 

2 

2 

» 

2A 

78 

1A6 

161 

197 

129 

68 

28 

16 

» 

2 

2 

» 

A 

5 

10 

15 

20 

19 

10 

8 

5 

3 

» 

1 

» 

M 

3 

» 
A 
5 
3 
3 
A 
2 
11 
1» 

M 

» 

• 

Total 

1000 

20 

8 

170 

2A6 

Sib 

Al 

853 

20 

7 

151 

220 

A17 

38 

100 
» 

1 

16 

16 

65 

2 

2A 

» 
» 
1 
3 
19 
1 

23 
lA 

Retoar  régulier 
à%  U  menotmatioa  : 

Tontes  les  2  semaines. . . . 

—  2  à  3  semaines. 

—  3  semaines. . . . 

—  3  à  A  semaines* 

—  A  semaines.... 
De  29  à  32  jours 

• 

Total.  »  r  -  »  r  t  -  t  -  - 

1000 

1 

lA 

185 

136 

135 

90 

296 

AO 

103 

853 

1 

10 

1A8 

117 

121 

78 

270 

16 

92 

100 

» 

3 

30 

15 

3 

7 

18 

18 

6 

2A 

» 
II 
1 
2 
6 
A 
A 
A 
3 

23 

» 
1 
6 
2 
5 
1 
A 
2 
2 

* 

Dofte 
ds  là  meutnMtittii  : 

Pendant  1  jour 

«—      2  joors 

—       3  jours 

^-        AJOUTS 

— '       5  iours 

-^       6  jours 

"—       7  iours 

—      8  jours  et  plus. . . 
Durée  irré^lière 

Total 

1000 

853 

100 

2A 

23 

30Q    GOMGHte  MÊQlCit  INTJÎRNATlONiL.   ~  QBUXIÈHK  sAàMCM  M  JOUft. 


COMMENCBHENT 


lies 


1 1  aas 

12  ans 

13  ans 

ià  ans 

15  ans. 

IQ  ans 

17  ans 

'O    WMb  k    k  -»    •    •    1    • 

19  ans 

20  ans 

21  ans 

22  ans 


T^TiLL 6 


NOMBRE  m  FSMUS»  aiiSSBS 


SEPTENTRieiVAIii:  ET  CENVRAIiE 

DISPOSÉ  EN  CINQUAMTE-NEUF  TABLEAUX 
PAU  M.   LE  pOCTEUR  C.   E.    LOUIS  MAT^p    (pE  BERLÎN)  (1). 


OccTipé  étpms  iefigteaips  ëe  rechereëes  sur  la  physiolegie  et  la  pathdogie  de 
I4  meutjtruation  4ans  le  nqrd  et  le  centre  de  l'AUemapie,  rechercha  fecilitées 
pjir  ma  spécialité,  les  maladies  des  femmes,  j'ai  reçu  le  prograinmé  du  Congrès 
international  de  médecine,  dont  la  cinquième  question  mise  à  l'ordre  4u  jour  a 
tiait  à  une  partie  du  siyet  dont  j'ai  eotrepriç  l'étude.  Aurais-je  pu  mieux  Jajie 
q|ie  de  lui  présenter  le  restât  4e  m«s  rechercbes  ?  Toilà  çç  q^i  m'engage  à 
fijire  parvenir  au  Congrès  k  mémoire  qui  suit,  dans  respëi'an<ie  qu'il  pourra 
l'iitilisar  daQs  ses  comptes  rendus. 

D'al¥)rd,  quelqi? es  mots  d'explicatiofis  sur  les  ipatéri^ux  que  j'«ji  ^ussi  à  ras- 
sembler et  sur  la  tnanière  dont  je  les  ai  utilisés. 

(1)  Nous  n^avons  pu  iipprimer  les  tableaux,  mais  le  texte  indique  clairemeoi  les  conclu- 
s^iisi|«*i)ft  «Af  ffottwiios.  Ce  mémairc  «|t  assurément  Tua  des  pl|M  r«man|iiaUesqiiî  «eeiélé 
afresséf  «u  Gf ngrès^  c*es|  k  c«  tjtre  fue  nous  lui  avons  4onné  place  dans  cfM  ^Utes,  bien 
qpe  Tauteur  n^  Tait  pas  présenté  lui-même. 


HAYliB.   —  MENSTftUATiON  £Ei  AUfilUlfQli.  1207 

Mes  observations  s'étendei^t  sur  unp  pério4e  4e  treize  ang,  de  1853  à  i866.  Je 
me  suis  borné  aux  individus  du  sexe  féminin  nés  en  Allemagne  entre  le  50'  et 
le  56*  degré  de  latitude  nord,  et  entre  le  31*  et  le  21*  degré  de  longitude  orien- 
tale» c'est-à-dire  le  nord  et  le  centre  de  rAllemagnc.  J'ai  considéré  comme  rem- 
plksant  les  conditions  sus-mentionnëei  les  individus  qui  y  ont  passé  la  plus 
;nande  partie  de  leur  jeunesse  et  l'époque  de  leur  puberté.  Panni  les  cas 
observés,  je  n'ai  eu  égard  qu'aux  6000  sur  lesquels  mon  journal  donne  des 
renseignements  complets.  En  général,  j'ai  exclu  tous  les  cas  oii  l'âge  de  la  pre- 
mière menstruation  n'était  pas  indiqué.  La  seule  déviation  à  cette  règle  que  je 
me  sois  permise,  se  trouve  dans  mon  tableau  indiquant  l'âge  de  la  ménopause. 
J  y  ai  admis,  outre  les  6000  citées,  102  personnes  pour  lesquelles  j'ignorais  l'âge 
'le  la  première  menstruation.  De  ces  6000  personnes,  36^0  appartiennent  aux 
classes  supérieures  de  la  société,  3000  à  la  classe  pauvre;  &250  ont  été  observées 
A  Berlin. 

Voici  comment  ces  personnes  se  répartissent  suivant  leur  âge  : 

ClasHc  supérieure.  Classe  pauvre.  Eoiemblc 

De  10  à  20  ans 105  116  311 

21  à  30 1198  863  2061 

31  à  40 932  82â   ^  1758 

âl  à  50..    463  664  1127 

51  à  eO 100  843  533 

61  à  70 41  131  172 

71  à  80 9  27  36 

M  à  00 •  2  2 

Afttut  ajouter  k  celles-ci  les  f02  personnes  sus-mentionnées  : 

De  4i  4  5Q  aqi 24  p«rMBiKt  4e  h  c4#iie  reuvii, 

51  i  6Ô  ans 51 

èl  a  70  ans 20 

71  à  80  MM e 

«i  i  90  ^ ( 

Parmi  ces  600ft  {MMonnts,  il  y  en  avait  : 

4i8  des  ek  iupériefea»  857  dei  cl.  pauvres.  —  Kasemble. . .  825 


.  • 


ClaMc  snpérieim.  daiae  pautre.  Ensemblf. 
«....     f^l                         350  801 

ineoufiiMa tâoe  i75ft  née 

Avortement 101  67  168 

Bneouebeiavecavortement.     415  587  1002 

U  programme  4u  comité  d'org»nisatioD  deo^ade  ui»  ta^oen  4'pbsenF|ttaps 

i'idiviàudles.  Je  me  suis  cependant  permis  de  m'écarter  un  pai|  de  cya|te 
ilonnée,  en  préseiitent  au  Congrès  poi^  pas  mes  Qbserv^tiim«  io^vi(dueUe«  dens 
leur  forme  primitive,  mais  une  série  de  tableaux  de  nature  k  ^  reftàre  p)us 
claires.  Ce  q^i  m'y  a  engagé  en  outre,  c'est  que  uies  obse^vatioiis  s'ét^adeni 
^ur  plusieurs  points  que  le  Congrès  n'a  p^  mis  à  l'ctudc,  et  que  je  me  propose 
de  développer  dans  un  ouvrage  spécial  sur  la  pathologie  de  la  men^tiiia^n. 

Voici  les  points  que  j'ai  tâché  d'éclaircir  dans  les  tableaM^  que  je  présente  au 
(Ingres  ; 

I.  Age  de  lu  preuftlè^e  ipenslru^tien. 

U.  Age  de  la  méj^dpense. 

m.  Intervalles  des  menstruations. 

rv.  Durée  de  l'écoulemeDi» 

V.  Qualité  et  quantité  de  rérBOulement 


208     CONGRÈS  MÉDICAL  INTERNATIONAL.  —  DEUXIÈME  SÉANCE  DE  JOUR. 

Ces  points  principaux  se  subdivisent  comme  suit  : 

1.  Position  sociale. 

2.  Domicile. 

a.  à  la  ville  et  à  la  campagne. 

b.  latitude. 

c.  longitude. 

'  d.  température  moyenne  de  l'année. 

e.  altitude  au-dessus  de  la  mer. 

3.  Blondes  et  brunes, 
ft.  Taille: 

grande,  moyenne,  petite. 

5.  Constitution: 

robuste,  moyenne  débile. 

6.  Fécondité  et  stérilité. 

7.  Intervalles  constants  et  non  constants. 

8.  Durée  constante  et  non  constante. 


I.  —  AGE  DE  LA  PREMIÈRE  MENSTRUATION. 

{Tableau  1.)  —  Le  nombre  des  tableaux  de  cette  rubrique  I  dépasse  la  moitié 
du  cbiffi*e  total  (1  à  32  inclusivement).  Cela  vient  de  ce  que  les  observations 
s'étendent  ici  sur  une  quantité  de  cas  fort  considérable  (6000),  en  sorte  que 
même  les  subdivisions  ofifk'ent  encore  des  chiffres  assez  imposants. 

Chez  le  plus  grand  nombre  d'individus  (1122  ou  18,7  pour  100),  les  meni^- 
trues  arrivent  pour  la  première  fois  dans  la  15"  année. 

La  1^*  année  égale  presque  la  15*  (1117  individus  ou  18^6  pour  100). 

Je  n'ai  vu  qu'une  fois  arriver  les  menstrues  dans  la  9*  année. 

Il  s'agissait  d'une  jeune  fille  blonde  de  bonne  famille,  née  à  Kœnigiiberg  de 
parents  allemands.  Elle  avait  eu  à  9  ans  un  typhus  très-violent.  Au  début  de  la 
maladie,  les  menstrues  se  montrèrent  en  grande  abondance  et  régulièrement 
toutes  les  quatre  semaines.  A  10  ans,  cette  jeune  fille  avait  atteint  sa  puberic 
complète,  et  ses  seins  étaient  fort  développés.  Elle  est  mariée  actuellement  et  a 
eu  un  enfant.  Sa  mère  et  ses  deux  sœurs  ont  eu  leurs  menstrues  plus  tard. 

L'âge  le  plus  avancé  où  l'auteur  ait  vu  arriver  la  première  menstruation,  de^i 
la  31*  année. 

Ce  cas  est  arrivé  chez  une  personne  appartenant  aux  classes  pauvres  de  Berlin, 
et  qui  a  été  maladive  et  chlorotique  jusqu'à  son  mariage.  Elle  a  eu  huit  enfants 
et  une  fausse  couche.  A  51  ans,  cette  même  personne  m'a  consulté  pour  une 
descente  d'utérus  et  de  vagin.  Elle  a  perdu  ses  menstrues  dans  sa  UV  année. 

J'ai  observé  un  autre  cas  remarquable  de  menstruation  arrivée  à  un  âge 
avancé,  soit  ici  à  28  ans. 

Il  s'agit  également  d'une  Berlinoise  de  la  classe  pauvre.  Elle  était  de  taille 
moyenne,  faible,  pâle  et  d'une  constitution  délicate.  Jusqu'à  son  mariage,  mal- 
gré l'absence  des  menstrues,  elle  a  joui  d'une  santé  florissante.  Dans  sa  28*  année 
elle  s'est  mariée,  et  bientôt  après  est  arrivé  le  flux  menstruel.  Elle  a  conçu  plu? 
tard;  mais  une  fausse  couche  arrivée  dans  le  troisième  mois  de  sa  gi'ossessc  a 
nui  à  sa  santé.  Sa  menstruation  a  toiijours  été  fort  iirégulière  et  accompagnée 


MAYER.    —  MENSTRUATION  SN  ALLEMAGNE.  209 

de  grandes  douleun.  Une  métrite  chronique  poui*  laquelle  elle  m'a  consulté  à 
/i7  ans  la  faisait  beaucoup  souffrir. 

il  me  reste  à  parler  de  deux  personnes  nées  à  Berlin  dans  la  classe  pauvre^  et 
dont  la  menstruation  ne  s'est  montiée  qu'à  27  ans. 

L'une  d'elles  était  continuellement  malade  et  d'une  constitution  très-faible. 
M  Qicnstniation  était  peu  abondante,  du  reste  de  type  normal  et  accompagnée 
de  grandes  douleurs.  Elle  s'est  mariée  à  30  ans  et  n'a  pas  conçu  pendant  les  huit 
années  de  son  mariage.  Elle  souffrait  d'une  métrite  chronique,  d'une  antéversion 
de  la  matrice  et  d'un  catairhe  de  l'estomac.  L'autre  était  plus  foricment  consti- 
tuée et  avait  le  teint  frais.  Ses  menstrues  ont  conmiencé  à  27  ans  ;  elles  étaient 
faiUes.  revenaient  toutes  les  quatre  semaines  et  duraient  trois  ou  quatre  jours. 
Depuis  la  40'  année,  sa  menstruation  est  devenue  irrégulière;  à  50  ans,  elle  l'a 
I>erdue  complètement  et  a  souffert  depuis  d'un  eczéma  de  la  vulve. 

Posmos  socLVLE.  —  {Tableau  2.)  —  Pour  la  position  sociale,  je  n'ai  distingue 
<Iiie  deux  catégories.  J'ai  rangé  dans  les  classes  supérieures  les  personnes  qu'on 
place  ordinairement  dans  les  moyennes,  c'est-à-dire  aussi  celles  qui  jouissent 
d  une  certaine  instruction  et  d'une  certaine  aisance.  Je  range  dans  les  classes 
inférieures  les  ouvrières  et  les  pauvres  proprement  dits.  Chacune  de  ces  catégo- 
nc%  fournit  un  contingent  égal  de  3000  individus. 

L'âge  moyen  de  la  première  menstruation  diffère  sensiblement  entre  ces  deux 
catégories.  Dans  la  première,  c'est  15,19  ans;  dans  la  seconde,  16,50  ans.  Cette 
différence  ressort  encore  plus,  si  l'on  compare  les  sommes  totales. 

DuuciLE.  —  (Tableaux  3  et  U.)  —  Le  lieu  de  séjour  pendant  la  jeunesse  et  les 
nnnécs  où  la  puberté  se  déclare  étant  bien  plus  décisif,  pour  la  question  qui 
nous  occupe,  que  le  lieu  de  naissance,  c'est  presque  toujours  à  la  première  de 
i es  circonstances  que  j'ai  eu  égard,  ce  qui  ne  m'a  pas  empêché  de  me  borner 
aux  personnes  nées  dans  le  nord  et  le  centre  de  l'Allemagne.  Je  n'entends  par 
habitants  des  villes  que  les  personnes  qui  séjournent  dans  une  localité  de  plus 
^^  10,000  âmes.  Toutes  les  autres,  je  les  considère  comme  habitant  la  cam- 
pagne. 

Malheureusement,  j'ai  compris  trop  tard  qu'il  aurait  mieux  valu  étendre  le 
cercle  des  habitants  des  villes.  Une  pareille  méthode  aurait  probablement  con- 
firmé l'hypothèse  générale,  d'après  laquelle  la  première  menstruation  arrive  plus 
M  à  la  campagne,  tandis  que  mes  tableaux  prouveraient  le  contraire.  Ils  in- 
«iiquent  pour  la  période  critique  un  âge  moyen  de  15,20  ans  pour  la  campagne, 
^  de  15,98  ans  pour  la  ville.  Le  tableau  k  nous  montre  presque  les  mêmes 
chiffres. 

Taileott  5.)  —  Ce  tableau  s'occupe  uniquement  de  Berlin  et  donne  les  résul- 
tats de  recherches  faites  sur  U25Q  personnes,  dont  1322  des  classes  supérieures 
l't  2928  des  classes  pauvres.  L'âge  moyen  de  la  première  menstruation  est  pour 
Iw  Berlinoises  15,69  ans.  Pour  les  classes  supérieures,  c'est  15,23  et  24,7 
pouriOO  du  chiffre  total  dans  la  li*  année;  pour  les  autres,  je  trouve  16,50  et 
^M6,3  pour  100  du  chiffre  total  dans  la  16*  année.  La  14®  et  la  16*  année  l'em- 
pwtenl  donc  en  fréquence. 

LATrrcDE.  —  (Tableaux  6,  7  et  8.)  —  Les  6000  personnes  observées  se  répar- 
tissaicnt  de  la  manière  suivante,  suivant  la  latitude  de  leur  domicile  : 

14 


210    rONiiftËS  MÉDICAL  INTERNATIONAL.   -^  DEUXIÈME  SÉANCE   OE  JOtlR. 

Du  56*  aa  65*  degré 70  personnes, 

65*  au  54«    95 

54«  au  53*    362 

63«  au  ôQ''    5106 

52*  au  51«    321 

51*  au  50*    46 

Le  tal)leau  6  donne  une  comparaison  de  l'Allemagne  du  Nord  et  de  celle  du 
centre,  du  56*  au  53*  degië  et  du  53'  au  50'. 

L'Âge  moyen  de  la  première  menstiuation  est,  dans  TAllemagne  centrale,  anté- 
rieur de  plus  d'une  année  à  celui  de  la  septentrionale,  ce  qui,  réduit  en  nombres 
propoiiionnels,  donne  les  chiflVes  suivants  : 

14*  et  15*  année,  sous  les  56*  et  55*  degrés 24,8  et  92,9  p.  100. 

_  _  53*  et  50* 18,0  et  18,2 

U  ne  faut  pas  oublier,  cependant,  que  le  grand  nombre  de  personnes  de^s 
classes  pauvres  accumulées  entre  les  52*  et  53*  degi'és,  c'est-à-dii*e  à  Berlinj  mo- 
difie sensiblement  le  résultat  final.  N'ayons  égard  pour  cette  zone  qu'aux  classes 
bupéiieures,  et  nous  ti'ouverons,  pour  l'âge  moyen  de  la  première  menstruation, 
entre  le  56'  et  le  52'  degré,  une  augmentation  de  0,75  pour  100,  ce  qui  donne 
le  tableau  suivant  : 

Entre  le  56*  et  le  55*  degré  (âge  moyen). .  14,54 

—  55«  et  le  64* 14.71 

—  54*  et  le  53* 14,07 

— .         53*  et  le  52« 15,29 

Du  52"  au  50*  degré,  l'âge  moyen  diminue  de  nouveau  : 

Entre  le  52*  et  le  51* 15,03 

—  51*  et  le  50« 15,07 

Longitude.  —  (Tableaiuc  9  eMO.)  —  Pour  la  longitude,  l'auteur  a  dresse  dcn\ 
tableaux  d'après  lesquels  les  6000  cas  observés  se  répartissent  comme  suit  : 

Du    a*  au    8*  degré  a  Test  de  Paria.      82  personne»* 

8*  au  12* 5178 

12*  au  16* 529 

16*  au  21* 211 

Du  8*  au  12*  degi^éj  il  y  a  6250  Berlinoises,  dont  presque  3000  des  clasi»e5 
ouvrières.  11  y  aurtit  donc  ici  les  mêmes  corrections  à  faire  que  dans  les  tableaui 
d'après  la  latitude. 

Pour  les  personnes  qui  habitent  entre  lés  8'  et  12'  degrés  de  longitude,  l'àgc 
moyen  de  la  première  menstruation  est  de  15,99,  pour  celles  des  hautes  classo 
de  15,28,  pour  les  autres  de  16,50  (tableau  10).  Si  nous  n'avons  égard  qu'aux 
individus  des  classes  supérieures,  nous  obtiendrons  le  résultat  suivant  : 

Du    3*  au    8*  degré  h  Test  de  Paris  (âge  moyen).  14,19 

8*  au  12* 15,28 

12*  au  16* 15,D5 

16*  au  21* 14,58 

Cela  prouve  que  jusqu'au  12*  degré,  l'âge  moyen  augmente  pour  retomber 
au  delà.  i 


MAYEB.    -^  MENSTRUATION   EN  ALLEMAGNE.  211 

Tkmpêratubb.  —  {Tableaux  \i  et  i^.)  ^  La  température  moyeime  de  Tannée 
•i  UD  grand  nombre  de  localités  étant  inconnue,  l'auteur  n'a  pu  avoir  égard  ici 
•ju'à  4752  personnes.  D  a  consulté,  pour  la  température  moyenne  et  l'altitude, 

ie:^  ouTrages  suivants  : 

humai  du  Bureau  de  statistique  prussien,  6*  année,  1,  2,  3  janvier  à  nuirs, 
p.  62  et  suivantes. 

Jmtmal  de  géographie,  VIII"  volume,  p.  2/i2  et  suivantes  ;  et  nouvelle  série  : 
AUitwk  des  gares  prussiennes,  vol.  XIV,  p.  228;  vol.  XVllI,  p.  69. 

Behm,  Annuaire  géographique,  vol.  1, 1866. 

Sclunidt  {E,E.)yManuel  de  météorologie.  Encyclopédie  physique,  vol.  XXI,  Leipzig, 
1860,  Yoss. 
Kloden  (von),  Erdkunde,  Berlin,  1862. 

Mûlery,  BechercksB  cHmatologiques,  2"  partie,  Leipzig  et  Heidelberg,  1858, 
Winter. 

Void  les  données  que  j'ai  recueillies  dans  ces  ouvrages  pour  la  température 
Qioyenne  des  villes  suivantes  : 

Coslin,  5«,5  Rëaumur;  Kônigsberg,  5*,21  ;  Memel,  5%2&;  Tilsit,  5<»,11. 

Breslau,  %;h5  ;  Bromberg,  6%0;  Dansig,  6'',2;  Erfurt,  6%5  ;  Francfort-s.-O., 
6  .60;  GôrliU,  6%17  ;  Halle,  6%88;  Kiel,  6%65;  Leipzig,  6%4;  Lûbeck,  6%32; 
I*<'>en,  6%22;  Schwerin,  6%54  ;  Stettin,  6%61  ;  Stralsund,  6%5;  Torgau,  6%96. 

Berlin,  7%0S;  Brème,  7*,2;  Cologne,  V,9;  Dresde,  7%6;  Francfort-s.-M., 
?.7;  Hambourg,  7%  1;  Hanovre,  7«,08;  Munster,  7M0;  Trêves,  7%63;  Elber- 
fcld,  8%0. 

Le  contingent  fourni  par  Berlin,  y  compris  les  pauvres,  est  donc  soumis  à  une 
température  moyenne  de  7  à  8  degrés.  L'4ge  moyen  de  16,08  est  donc  tout  à 
fait  anormal.  Si  nous  défalquons  les  individus  des  classes  inférieures^  nous  «fri- 
pons aux  résultats  suivants  : 

Température  moyenDe  d9  5  t  6  degrés  (âge  moyen).  ld,37 

—  —  %  kJ  14,92 

—  _       v7*8 15,21 

—  —  8*9   13,0» 

Vuici  les  nombres  proportionnels  les  plus  forts  : 

Température  moyemie  de  5  à  6  diifréa  àsm  la  i^*  annéf . . . .     39,3  yc  1Q4L 

—  —  »,  —  15t ^4^5 

^  —  «à  7  —  ia« 25,0 

—  —       »    »        —        16* ao,« 

—  —  7à8  —  14* 25,3 

_  ^  »       »  —  lô» 28,2 

«-  ^  8i0  —  14* 27,2 

—  —  »,  —  15» 22,7 

Ce  résultat  est  d'accord  avec  cehil  des  tableaux  de  latitude  et  de  longitude. 
Noos  voyons  que  l'ftge  moyen  de  la  première  menstruation  augmente  jusqu'à  la 
>ODe  de  Berlin,  pour  retomber  ensuite. 

Altitude.  —  {Tableaux  13  et  1&.)  —  L'auteur  a  observé  /i627  personnes  qui  se 
f^partiiBenl  entre  les  villes  suivantes  : 

Dung^  14,6  pieds  de  nà  an-dessus  de  la  mer;  Hambourg,  26,&  ;  Kœnigsberg> 
75,1;  iMdAtn^  M,l  ;  Memel,  26,2  ;  Stettin,  22,0;  Stralsund,  M,0. 


212  CONGRÈS  MÉDICAL  INTERNATIONAL.   —  DEUXIÈME  SÉANCE  DE  JOUE. 

Berlin^  116^6;  Brandenbourg,  10!i>2;  Bromberg,  160,1;  Charlottenboarp, 
110,0;  Cologne,  154,0;  Francfort-s.-O.,  157,2;  Hanovre,  189,7;  Insterbourg, 
116,9;  Magdebourg,  157,2;  Minden,  16M;  Munster,  193,5;  Potsdam,  109,7  ; 
Spandau,  112,5. 

Brunswick,  252,2;  Dortmund,  255,2;  Glogau,  246,1;  Posen,  256,8;  Wii- 
temberg,  231,4. 

Breslau,  380,5;  Halberstadt,  367,2;  Halle,  347,5,  Leipzig,  347,7;  Lcignitz. 
380,6;  Mersebourg,  313,8. 

Aix-la-Cbapelle,  591,6;  Elberfeld,  506,0;  Erfors,  687,8;  Gôrlitz,  70&,6. 

Les  cas  observés  se  répartissent  comme  suit  : 

Localilés  au-deuous  de  100  pieds  de  rot 146  personnes. 

—  de  100  à  200         —  4364 

-.        de  200  à  300         —  63 

—  de  300  à  400         —  38 

—  de  400  et  plus        —  16 

Berlin  avec  ses  3000  pauvres  renti*e  dans  la  seconde  catégorie  des  villes  (de 
100  à  200  pieds  d'altitude)  ;  c'est  ce  qui  explique  l'âge  élevé  de  la  première 
menstruation  (16,08  pour  100,  voyez  tableau  13).  Si  nous  n'avons  égard  qu'au:i 
personnes  des  classes  supérieures  et  moyennes,  nous  trouvons  un  âge  moyeu  de 
15,21,  ce  qui  donne  les  résultats  suivants  : 

Localités  au-dessous  de  100  pieds  de  roi  (âge  moyen). ...  14,68 

—  de  100  à  200         —  15.21 

—  de  200  à  300         —  14,89 

—  de  300  à  400         —  14,79 

—  de  400  et  plus       —  15,38 

On  pourra  donc  faire  dérouler  de  ces  chiffres,  malheureusement  im  peu  petit*, 
la  loi  suivante  :  L'âge  de  la  première  menstruation  est  en  raison  directe  de  l'al- 
titude des  localités. 

Femmes  blondes  et  brunes.  —  {Tableatuc  15,  16cM7.)  —  Pour  la  distinction 
entre  blondes  et  brunes,  l'auteur  n'a  pas  eu  seulement  égard  à  la  couleur  des 
cheveux  et  des  yeux,  à  cause  des  nuances  de  transition  si  fréquentes.  C'est  l'im- 
pression faite  par  toute  la  personne  qui  l'a  décidé. 

Parmi  les  6000  individus  du  sexe  féminin  qu'il  a  eu  l'occasion  d'observer,  û 
en  a  noté  19^1  comme  blondes  et  1^70  comme  brunes.  L'âge  moyen  de  la  pre- 
mière menstruation  offre  une  différence  notable  entre  ces  deux  catégories.  La 
première  donne  16,05,  la  seconde  15,76.  Les  chiffres  les  plus  élevés  se  trouvent  : 

Chez  les  blondes,  dans  la  14*  année. ...     17,2  p.  100. 

—  15* 16,8 

—  16» 15,1 

Ches  les  brunes,  dans  la  14*  année. ...     18,8  p.  100. 

—  15« 18,0 

—  16« 16,5 

Les  tableaux  16  et  17  donnent  les  mêmes  proportions. 

Taille.  —  (  Tableaux  19,  20,  21  et  22.)  —  Dans  mon  journal,  j'ai  noté  la  taille 
de  3&11  personnes.  Ces  données  ne  reposent,  du  reste,  que  sur  mon  apprécia- 
tion personnelle,  car  je  n'ai  pu  que  itirement  prendre  une  mesure  exacte. 


MATER.    —  MENSTRUATION  £N  ALLEMAGNE.  21 S 

Ce^  S411  personnes  se  répartissent  comme  suit  : 

Grandes 659 

Moyennes 2322 

Petite» 430       * 

L'ige  de  la  première  menstruation  le  plus  élevé  (16,09)  se  trouve  chez  les 
individus  de  taille  moyenne,  puis  viennent  les  petits  (15,76),  enfin  les  grands 
tl5,45). 

Le  tableau  20,  qui  a  égai-d  à  la  position  sociale,  modifie  sensiblement  ces 
chiffres: 

Cksacttnpérieuret..     Grandet...   15,26    Moyennes...   15,i5     Petites....   15,02 
—    iniSrieures..  —  16,02  —  16,59         —  16,66 

Le  tableau  21  donne  pour  les  blondes  et  les  binines  la  môme  proportion  de 
l'âge  de  la  première  mcnstiiiation  que  dans  le  tableau  19,  où  il  s'agit  de  la  taille. 
Au  contraire,  on  voit  par  le  tableau  22,  où  l'auteur  a  combiné  la  position  sociale, 
les  blondes  et  brunes  et  la  taille,  que  dans  les  classes  supérieures,  ce  sont  les 
personnes  petites  qui  ont  les  premières  leur  menstruation.  Ces  faits  semblent 
pnjuver  qu'il  y  a  une  différence  entre  les  diverses  classes  de  la  société.  Dans 
tous  les  cas,  la  taille  n'a  pas  une  influence  aussi  constante  que  la  position  sociale 
et  la  couleur  des  cbeveux  et  des  yeux. 

CoxsTiTCTioN.  —  (Tableaux  23  à  30.)  —  Les  notes  de  l'auteur  sur  la  constitu- 
tion ne  s'étendent  qu'à  341 1  personnes.  11  va  sans  dire  que  la  limite  entre 
constitution  robuste,  moyenne  et  faible  est  difficile  à  tirer,  et  repose  sur  l'appré- 
ciation  individuelle.  C'est  ce  qui  Ta  engagé  à  ne  faire  que  deux  classes  et  à 
ranger  les  constitutions  moyennes  dans  les  robustes. 

La  première  classe  embrasse  2&61  personnes,  la  seconde  950.  L'auteur  a 
trouvé  une  différence  surprenante  entre  ces  deux  catégories.  Les  personnes  dé- 
biles ont  leurs  menstrues  plus  tôt  que  les  robustes.  Pour  celles-là^  l'âge  moyen 
«*5tde  15,67;  pour  celles-ci,  de  16,02. 

Les  tableaux  2/»  à  30  donnent  des  proportions  non  moins  constantes. 

FEcoxDrrÉ  et  ^rÊRaiTÉ.  —  (Tableaux  31  et  32.)  —  Ces  tableaux,  dont  les  don- 
nées reposent  sur  une  observation  de  6000  cas,  prouvent  que  l'époque  de  la 
première  mensti'uation  n'a  aucune  influence  sur  la  fécondité  ou  la  stérilité.  Les 
eitrémes  consigifés  dans  mes  registres  (31*  et  28'  année)  ont  été  obseinrés  sur  des 
individus  qui  ont  enfanté  ;  il  en  est  de  môme  de  deux  personnes  qui  n'ont  eu 
leurs  menstrues  qu'à  26  ans;  en  revanche,  deux  femmes  qui  les  ont  eues  à 
Tl  ans  et  une  autre  à  26  ans  sont  restées  stériles.  Si  nous  passons  à  l'autre  ex- 
trême, la  jeune  fille  dont  la  première  menstruation  est  arrivée  à  l'âge  de  9  ans, 
quatre  autres  qui  l'ont  eue  à  10  ans,  et  vingt-six  à  11  ans,  nous  trouvons  que 
toutes  ces  personnes  ont  été  fécondes.  En  revanche,  la  stérilité  s'est  déclarée 
chei  une  femme  ([ui  a  eu  ses  mensti'ues  à  10  ans,  et  chez  sept  qui  les  ont  eues  à 
il  ans. 


216    CONGRÈS  MÉDICAL  INTERNATIONAL.   —  DBUUËMB  SÉANCE  DE  JOUR. 


IL  —  AGE  DE  LA  MÉNOPAUSE. 

Nous  n'avons  que  sept  tableaux  sur  la  ménopause,  ce  qui  provient  de  ce  que 
la  somme  des  cas  observés  est  relativement  petite.  Pour  les  tableaux  53,  36,  35 
et  36,  il  n'y  en  a  que  826,  pour  37  à  40,  722,  et  encore  les  matériaux  que  l'au- 
teur a  eus  à  sa  disposition  viennent-ils  presque  exclusivement  de  Berlinoises. 
Il  importe  de  faire  observer  qu'il  n'a  eu  égard  qu'aux  ménopauses  qui  ont 
dm*é  au  moins  une  dizaine  d'années,  et  cela  pour  ne  pas  risquer  de  les  con- 
fondre avec  des  ménostasies  provenant  de  maladies  passagères,  surtout  chei  Icî^ 
individus  encore  très-jeunes. 

Ménopause  en  général.  —  {Tableau  33.)  —  Ce  tableau  prouve  que  l'âge  moyen 
de  la  ménopause  est  de  &7,03  ans.  Le  plus  haut  chiffre  se  trouve  dans  la  50*  an- 
née, 13,4  pour  100.  Les  chiffres  des  années  antérieures  et  postérieures  offrent, 
en  revanche,  des  divergences  considérables,  surtout  les  pluf>  élevés.  Le  chiffre  le 
plus  haut  après  50  ans,  c'est  celui  de  52,  soit  6  pour  100.  A  i9  ans,  nous  avons 
9,1  pour  100;  à  (i8  ans,  8,8  pour  100;  à  47  ans,  8,6  pour  100.  L'époque  la 
plus  précoce  de  la  ménopause,  c'est  22  ans.  Je  l'ai  observée  chez  deux  personnes. 

L'une  d'elles,  une] Berlinoise  de  33  ans,  de  la  classe  ouvrière,  avait  été  ju^- 
qu'aloi*s  robuste  et  bien  portante  ;  sa  menstruation  avait  été  régulière  depuir:  sa 
13*  année  ;  elle  avait  eu  de  17  à  28  ans  cinq  enfants  et  une  fausse  couche  à  19. 
Veuve  à  29  ans,  elle  avait  été  maladive  depuis  ce  temps.  Dans  sa  33*  année,  j'ai 
trouvé  l'utérus  petit,  la  portion  vaginale  n'existait  qu'à  l'état  de  rudiment.  L'ori- 
fice externe  de  Tutérus  avait  au  toucher  l'apparence  d*ime  cavité  peu  profoniio. 
Dès  la  22*  année,  cette  femme  a  eu  une  leucorrhée  abondante  et  continuelle, 
mais  plus  trace  de  menstruation.  Chose  étonnante,  elle  a  eu  trois  enfants  apiv 
l'établissement  de  la  ménopaiise. 

L'autre  est  la  femnie  d'un  employé  de  Meseritz,  ville  située  entre  le  52*  et  le 
53*  degré  de  latitude.  Elle  est  de  taille  moyenne  et  de  constitution  débile.  Sa 
menstruation  a  commencé  à  14  ans  avec  une  périodicité  de  quatre  semaines  ot 
une  durée  de  deux  à  trois  jours;  elle  s'est  mariée  à  20  ans  et  a  eu  dansNi 
21*  année  un  accouchement  facile.  Elle  a  nourri  son  enfant  une  année  durant. 
Dès  lors  les  tnenstrues  ont  cessé*  Dans  les  prenùères  années^  cette  feoune  a  eu 
toutes  les  quatre  Bemaines^  à  l'époque  de  la  menstruation^  des  douleurs  aui 
fémurs  et  aux  reins,  quelquefois  aussi  des  malaises^  des  maux  de  tête  et  des  dou- 
leurs lancinantes  dans  l'épigastre.  Ces  affections  ont  disparu  depuis  longtemps. 
A  34  ans  elle  m'a  consulté  pour  des  perturbations  gastriquesi  une  cardialgie. 
manque  d'appétit  et  obstrtiction.  ie  lui  ai  trouvé  l'utérus  petit  et  puéril;  sa  ca\ité 
n'avait  que  deux  pouces  de  long.  Pendant  les  V  ans  de  la  ménostaaie,  eîle  n'a 
pas  accouché. 

Deux  individus  ont  perdu  leurs  menstruations  à  25  ans. 
La  femme  d'un  ouvrier  de  Berlin,  âgée  de  34  ans,  brune^  robuste  et  de  taille 
moyenne,  avait  eu  sa  première  menstruation  à  13  ans  avec  une  périodicité  ré- 
gulière et  une  durée  de  trois  jours  ;  mais  l'écoulement  avait  toujours  été  res- 
treint. Elle  s'est  mariée  à  20  ans,  et  a  eu,  à  des  intervalles  rapprochés,  deui 
enfants,  le  dernier  il  y  a  dix  ans.  Couches  normales.  Après  le  second  accou- 
chement, les  menstrues  ne  se  sont  plus  montrées  qu'une  fois.  Une  peur  violente 


s 


MAYBR.   -~  MENSTRUATION  BN   ALLEMAGNE.  215 

les  a  fait  dî^NiTaitre  pour  toujours.  Depuis  cette  époque,  cette  femme  est  conti- 
nuellement malade.  Elle  80ufib«  de  convulsions  épileptiformeS)  d'ëTanouisse- 
ments,  d'asthmes;  elle  est  idiote;  elle  a  quelquefois  de  la  leucorrhée.  L'auteur 
l'a  examinée  dans  sa  3/»^  année.  Il  a  trouvé  l'utérus  puéril,  des  érosions  de  la 
portion  vaginale  et  une  déviation  de  la  matrice. 

La  fenime  d'un  employé  de  Berlin,  âgée  de  39  ans,  était  toujours  bien  por- 
tante dans  son  enfance  et  avant  son  mariage  ;  ses  mensttnies  s'étaient  suivies^ 
régulièrement  depuis  l'âge  de  i&  ans,  avaient  duré  chaque  fois  quatre  à  cinq 
jours  et  n'avaient  Jamais  été  particulièrement  douloureuses.  EUe  s'est  mariée  à 
37  ans,  a  perdu  sa  menstruation  sans  cause  apparente  et  est  restée  stérile.  Je 
l'ai  examinée  à  39  ans.  Son  utérus  était  petit,  mobile  et  dans  une  position  nor- 
male; l'ovaire  droit  avait  atteint  par  l'enflure  la  grosseur  du  poignet. 

La  femme  d'un  négociant  de  Hambourg,  âgée  de  56  ans  et  très-robuste,  avait 
été  maladive  et  débile  dans  sa  jeunesse  et  avait  eu  sa  menstruation  à  13  ans. 
A  16  ans  elle  s'est  mariée,  a  eu  six  enfants  vivants  et  une  fausse  couche.  A  29  ans 
elle  a  perdu  ses  menstrues  sans  cause  apparente.  Elle  a  pris  dès  lors  un  embon- 
point colossal  et  se  porte  mieux  qu'auparavant.  L'une  de  ses  filles  est  stérile  ; 
elle  a  perdu  ses  menstrues  à  35  ans  sans  douleurs. 

L'âge  le  plus  élevé  des  ménopauses  consignées  au  tableau  33  est  de  61  ans 
ildns  un  cas;  puis  viennent  60  ans,  un  cas;  59  ans,  trois  cas;  58  ans,  six  cas.  Il 
importe  d'ajouter  que  parmi  les  6000  personnes  observées,  il  y  en  avait  un  cer- 
tain nombre  qui  avaient  dépassé  la  61*  année  lorsqu'elles  m'ont  consulté.  Les 
unes  avaient  encore  une  menstruation  régulière;  pour  les  autres  la  régularité 
i^ait  dbparu.  Pour  compléter  mes  données,  je  fais  suivre  ici  la  liste  des  per- 
v)nDes  qui,  après  50  ans,  avaient  encore  leurs  menstrues  : 

A  50  aot,  16  personnes  des  classes  supérieures -f- 12  personnes  des  classes  pauvres =28 

—  —  4-10  —  —  =18 

—  —  ..   6  —  —  «11 

—  —  4-  A  —  —  =13 

—  —  +3—  —  c=5 

—  —  4-   i  —  —  =4 

—  —  +»  —  —  b3 

—  —  4.  1  —  —  «   3 

—  -  4.    »  —  —  =a    i 

—  —  +  n  —  —  =a 


51 

13 

52 

8 

53 

5 

5A 

9 

55 

2 

56 

3 

57 

3 

58 

9 

59 

1 

60 

4 

62 

A 

6A 

3 

n  n'entre  pas  dans  le  but  de  ce  mémoire  d'énumérer  en  détail  des  cas  ex- 
trêmes de  ménopauses  tardives;  il  suffira  de  remarquer  que  je  n'ai  observé 
aucunes  particularités  communes  à  tous  les  individus  atteints  de  cette  afTection. 
lU  oiïraient  des  dilTérences  notables  pour  la  taille,  la  constitution,  le  domicile,  la 
fécondité  et  l'âge  de  la  première  menstruation.  On  ne  peut  nier,  cependant,  que 
chez  une  partie  de  ces  personnes,  la  première  menstruation  n'ait  été  précoce. 

PosmoN  soQALE.  —  {Tableau  3/i.)  —  Des  82^  personnes  observées,  282  appar- 
tenaient aux  classes  supérieures,  5^2  aux  classes  pauvres.  L'âge  des  ménopauses 
^e  ces  deux  catégories  est  en  raison  indirecte  de  l'âge  de  la  menstruation,  qui, 
pour  les  classes  inférieures,  arrive  plus  tard  et  cesse  plus  tôt.  Cest  ce  que  mon- 
trent les  chiffres  suivants  : 


216    CONGRkS  MÉDICAL  INTERNATIONAL  —  DEUXIÈME  SÉANCE  DE  JOUR. 

AGE  MOYEN  DB  LÀ  PREMIÈRE  MENSTRDÀTIOM:  AGE  MOYEN  DE  LA  Mi^.NOPAUSE  : 


Clatses  sopérieuTM 15,19 

Clastes  pauvret 16^50 


Classes  supérieures A7,13 

Classes  pauvres. 16,97 


Latitude.  —  (Tableau  35.)  —  Le  nord  et  le  centre  de  l'Allemagne  sont  dhises 
en  deux  moitiés  :  du  56'  au  53*  degrés  il  n'y  a  que  &3  ménopauses  observées  ;  du 
53"  au  50%  781.  Pour  la  première  moitié^  Tâge  moyen  de  la  ménopause  est  de 
2,04  plus  haut;  mais  le  petit  nombre  des  observations  empêche  de  faire  découler 
de  ce  fait  une  règle  générale.  11  en  est  autrement  de  la  partie  méridionale  cod- 
sidérée  en  elle-même.  L'âge  moyen  de  1x6,91  pour  le  commencement  de  la  mé- 
nopause peut  être  approximativement  juste.  11  concorde  tout  à  fait  avec  l'à^'e 
moyen  de  la  ménopause  chez  les  classes  pauvres  (tableau  34). 

Rapports  de  la  ménopause  et  de  la  première  menstruation.  —  (  Tableaux  36^  37, 
38  et  39.)  —  Ces  quatre  tableaux  donnent  un  exposé  comparatif  du  commence- 
ment et  de  la  fin  de  la  menstruation  de  722  individus. 

Il  semble  résulter  des  observations  de  l'auteur  que  les  ménopauses  précoces 
sont  en  raison  directe  des  premières  menstruations  tardives.  C'est  ce  que  montre 
avant  tout  le  tableau  37,  où  les  années  de  la  première  menstruation  donneut  : 
il  à  13=100  ménopauses;  14  à  15=266;  16  et  17  =  177,  et  18  à  31  «179. 

AGE  DE  LA  MÉNOPAUSE  CORRESPONDANT  A  UNE  PREMIÈRE  MENSTRUATION. 

Arrivée  à 14  et  15  ans.  =  A7,13 

—  16  et  17  ans.  »  A7,28 

En  revanche  pour. . .  11  à  13  ans,  ^  A 6, 33 

—  18  à  31  ans.  =  46,18 

Les  nombres  proportionnels  les  plus  forts  se  trouvent  : 

De  14'  et  15*  année  de  la  première  menstruation. . .  Ménopause  de  50  ans  ^  16,5  p.  luo. 

16«  à   17«              —                —  —           50  ans  =  15,2 

!!•  à    13«              —                —  —           50  ans  =  13,0 

18«  à   31«              —                —  —          47  ans  =  11,7 

Les  deux  tableaux  suivants,  où  l'auteur  a  opposé  les  classes  supéiûeures  aux 
classes  pauvres,  donnent  des  proportions  semblables. 


ni.  —  INTERVALLES  DES  MENSTRUATIONS. 

Quant  à  la  périodicité  de  la  menstruation,  j'ai  dressé  six  tableaux  résumant 
5671  observations. 

Les  intervalles  sont  divisés  en  deux  catégories  principales,  les  constants  et  le> 
non  constants.  Pour  plus  de  clarté,  j'ajoute  que  j'entends  par  intervalles  constants 
à  la  fois  les  réguliers  et  les  iiTéguliers,  restés  identiques  durant  toute  la  vie  de 
l'individu  et  ayant  conservé  le  même  type.  Une  jeune  fille,  par  exemple,  qui  a 
eu  toute  sa  vie  ses  menstrues  enti*e  la  2*  et  la  8*  semaine,  doit  se  ranger  dans  le$ 
cas  de  menstruations  irrégulières,  mais  constantes.  Mais  si  ses  menstrues  sont 
arrivées  pendant  longtemps  entre  la  2'  et  la  8*  semaine,  et  plus  tard  toutes  le» 
quatre  semaines,  elle  a  eu  une  menstruation  non  constante.  J'ai  observé 
^981  menstruations  constantes  et  690  inconstantes. 


MÂYER.  —  MENSTRUATION  EN  ALLEMAGNE.  217 

l'auteur  a  subdivisé  les  inten'alles  comme  suit  : 


/ 


1.  Jo8qu*i  huit  jours. 

2.  De  huit  k  quinze  jours. 

3.  De  quinse  à  vingt  et  un  jours. 

4.  De  vioft-deux  à  vingt-sept  jours. 

5.  De  quatre  semaines. 


6.  De  quatre  i  six  semaines. 

7.  De  six  à  huit  semaines. 

8.  De  deux  à  six  semaines. 

9.  De  deux  à  huit  semaines. 

10.  De  deux  à  huit  semaines  et  plus. 


Les  quatre  premiers  et  les  cinq  derniers  peuvent  être  qualifiés  d'irré^liers  ; 
le  cinquième  de  &  semaines^  de  régulier.  | 

\Tahleau  liO,)  —  Ce  tableau  renferme  le  chiffre  proportionnel  de  beaucoup  le 
plus  fort  de  79,6  pour  100  pour  Tintervalle  de  4  semaines.  Celui  de  15  à  21  joui*s 
est  de  5,8  pour  100,  celui  de  22  à  27  jours  de  5,3  pour  100,  les  autres  encore 
plus  faibles. 

Les  intervalles  sont  constants  et  réguliers  3969  fois  sur  6981,  soit  79,7  pour 
100,  —  constants  et  irréguliers  1012  fois,  soit  20,3  pour  100. 

{TtMeau  /il.  )  — -  Ici  les  individus  sont  répartis  d'après  leur  position  sociale.  Il 
résulte  de  ce  tableau  des  diiîérences  notables  dans  les  intervalles  de  la  menstrua- 
tion. Le  nombre  des  cas  observés  est  presque  égal  pour  les  deux  catégories,  soit 
2547  pour  les  classes  supérieures  et  263/i  pour  les  inférieures.  Les  intervalles  de 
quatre  semaines  forment  chez  les  premières  75,9  pour  100  de  la  somme  totale, 
chez  les  secondes  83,5  pour  100.  Il  reste  donc  24,1  pour  100  et  16,5  pour  100 
pour  les  intervalles  constants  et  UTéguliers. 

(Tahkaux  U2etkZ.)  —  Chez  les  blondes  et  les  brunes  du  tableau  &2,  cette 
différence  (voyez  tableau  41)  s'égalise  de  nouveau.  Chez  les  premières,  la  mens- 
truation est  pourtant  de  1  pour  100  plus  régulière  que  chez  les  brunes.  D'après 
le  tableau  43,  on  voit  que  les  blondes  des  classes  pauvres  ont  la  menstruation 
lie  2  pour  100  plus  régulière  que  les  brunes.  C'est  l'inverse  qui  a  lieu  dans  les 
hautes  classes. 

f  Tableaux  Uli€tU5.)  —  Ils  sont  consacrés  à  la  menstruation  non  constante  et 
embrassent  690  individus. 

De  ces  690  intervalles  non  constants,  le  plus  grand  nombre,  soit  484,  ont  eu 
primitivement  le  type  de  quatre  semaines;  143  ont  passé  ensuite  au  type  de  15 
à  21  jours,  90  à  celui  de  4  à  6  semaines,  87  à  celui  de  6  à  8  semaines.  Un  chiffre 
relativement  aussi  fort  que  celui  de  143  passant  au  type  de  15  à  21  jours  ne  so 
retrouve  pas  dans  les  autres  intervalles.  Je  n'ai  noté,  outre  cela,  que  18  cas  où 
les  menstrues  aient  pris  ce  dernier  type.  En  revanche,  la  plupart  des  menstrua- 
lions  primitivement  irrégulières  (soit  123)  passent  au  type  régulier  de  4  semaines. 
tie>t  ce  que  nous  voyous  aussi  au  ta])leau  45,  oîi  les  individus  sont  répartis  sui- 
vant leur  position  socialo. 


IV.   —  DIRÉE  DE  L'ÉCOULEMENT. 

Pour  la  durée  de  la  menstruation,  l'auteur  a  fait  aussi  deux  classes,  une 
onstante  et  une  non  constante.  Il  v  a  obsei-vé  4924  individus.  Chez  4542  la 


21 B  CONGRÈS  MÉDICAL  INTERNATIONAL.    —  DEUXIÈME  SÉANCE   DE  lOUR. 

durée  est  constante,  chez  382  non  constante.  Il  a  subdivisé  la  durée  en  dix 
classes  : 

Durée  de  la  menitniation  Jusqu'à  24  heures. 

—  —  2  jours* 

—  —  3 

—  —  4 

—  —  5        . 

—  —  6 

—  —  7 

—  —      de  8  à  15 

—  au-dessus  de  15 

TMeau  U6,  qui  résume  les  résultats  obtenus  sur  45^2  individus^  a  le  plus 
haut  chiffre,  soit  26,0  pour  100  pour  la  durée  de  huit  joui*s.  Pui&  viennent 
U  jours  avec  18,2  pour  lOO^  3  jours  avec  16,09  pour  iOO>  5  jours  avec  16,07 
pour  100. 

Le  suivant,  tableau  Ul,  montre  que  dans  les  classes  pauvres,  la  menstruation 
atteint  plus  souvent  8  jours  de  durée  que  dans  les  classes  supérieures.  Ces  der- 
nières ont  fourni  1908  cas,  les  autres  263^,  soit  22,5  pour  100  et  30,8  pour  100. 
En  revanche,  la  proportion  est  plus  forte  ches  les  classes  supérieures  pour  les 
durées  de  U  et  de  5  jours,  soit  19,0  pour  100  et  18,5  pour  100  en  regard  de 
17,1  pour  100  et  de  12,6  pour  100. 

[Tableaux  US  et  k9,)  —  Les  blondes  ont  en  général  une  menstruation  plus 
longue  que  les  binmes.  Il  en  est  de  même  des  blondes  des  classes  supérieures, 
tandis  que  ches  les  pauvres,  la  menstruation  des  brunes  dure  plus  longteilips. 

(  Tableaux  50  e<  51 .  )  —  Ils  résument  les  durées  non  constantes  chez  382  indi- 
vidus. 

Précédemment,  les  plus  gros  chifiVes  se  trouvaient  dans  la  colonne  de  quatie 
semaines;  ici  nous  les  rencontrons  dans  celle  de* 8  jours.  La  transitioii  la  plus 
ft-équente  (22  fois)  est  celle  de  8  jours  à  3,  puis  celle  de  U  jours  à  8,  puis  de  3  et 
enfin  de  5  jours  à  8. 


V.  —  QUANTITÉ  ET  QUALITÉ  DE  L'ÉCOULEMENT. 

Les  données  sur  la  qualité  et  la  quantité  du  flux  mensuel  seront  toujours  plu^ 
ou  moins  inexactes,  parce  qu'elles  ne  viennent  pas  en  général  de  gens  de  l'ail 
et  que  les  opinions  les  plus  diverses  s'y  produisent.  Quoique  j'aie  fait  mon  pos- 
sible pour  arriver  à  des  résultats  quelque  peu  positifs,  je  n'ai  pu  diviser  qu'en 
quatre  groupes  les  tableaux  relatifs  à  cette  question  : 

1 .  Normal  pour  la  quantité  et  la  qualité. 

2.  Rare  et  en  général  peu  coloré. 

3.  Abondant,  abondant  et  coagulé. 
k-  Variable. 


tX)irrEiÂRBNà.   —  SUA  U  MENSTRUATION.  Si 9 

{WkkoM!  52  et  5S.)  —  Des  ft9a3  individus  observés  : 

r 
8798  ou  66  p.  190  rmtreat  ëaBt  te  !•'  fraut^e. 
514  —  «.  2« 

857  —  —  3* 

196  —  «-  d* 

[iC  premier  groupe  indique  les  menstruations  régulières  pour  la  quantité  û\ 
la  qualité,  en  sorte  que  les  irrégulières  forment  UU  pour  100  de  la  somme 
totale. 

Le  tableau  52  met  la  quantité  et  la  qualité  en  regard  de  la  durée  constatite.  11 
en  ressort  que  plus  le  flux  est  rare  et  décoloré,  plus  la  durée  est  courte  ;  le 
contraire  a  lieu  quand  les  menstrues  sont  abondantes  et  souvent  coagulées  : 

AboadMO.  Monnal.  Bars. 

De  8  jours.  42,7  p.  100. 1     De  8  jours.  2^fi  p^  iOO.|     De  3  jours.  27,3  p.  iOO. 
5  jours.  13,1  I  4  jours.  22,0  |  2  jours.  19,5 

Les  données  suivantes,  empruntées  aux  deux  colonnes  finales,  con(ii*meront 
encore  ces  assertions  : 

Duréeft  do  14  heures  : 

M  P»  100»  abondante.      0«9  p.  100,  normale.         7,2  p.  100»  rare» 

*  Ihiréei  de  8  à  15  jonrs  : 

9,4  p.  loO,  abondante.      2,4  p.  100,  normale.  1,1)  p.  lOd,  rare. 

Dans  le  tableau  suivant,  qui  montre  Tinfluence  de  la  position  sociale,  toutes 
ces  données  ressortetit  encore  davantage  pour  les  pauvres. 

{TMeottx  54  ef  55.)  —  Ces  deux  derniers  tableaux  combinés  confirment  ces 
résultats  pour  les  blondes  et  les  brunes,  et  pour  les  blondes  et  les  brunes  répar- 
ties suivant  leur  position  sociale. 

Les  quatre  derniers  tableaux  (56,  57,  58,  59)  résument  graphiquement  les 
chifiVes  obtenus  pour  la  première  menstruation,  la  ménopause,  les  ihtërvalles  et 
la  durée  des  menstrues. 


■.  Coitejareaa  (de  Madrid).  —  Messieurs,  après  avoir  entendu  les  excellents 
discours  et  lectures  de  nos  confrères  de  divers  pays  touchant  Tinfiuence  qu'ont 
les  climats,  les  races  et  les  difi*ércntes  conditions  de  la  vie  sur  la  menstruation, 
j'ai  pu  constater  qu'il  existait  quelques  divergences  dans  les  opinions  qui  se 
sont  manifestées.  Quelques-uns  reconnaissent  une  giande  importance  aux 
climats,  d'autres  ne  les  regardent  que  conune  secondaires  par  rapport  aux 
autres  influences.  Or,  ces  diiférentes  opinions  ont  chacune  leur  raison  d'être, 
car  si  nous  voyons  cette  influence  du  climat  bien  accentuée  dans  un  pays,  nous 


220    CONGRÈS  MÉDICAL  INTERNATlOIfAt.   —  DEUXIÈME  SÉANCE   DE  JOUE. 

la  voyons  dans  d'autres  subordonnée  à  des  conditions  d'une  autre  importance. 
On  en  peut  dire  autant  de  toutes  les  conditions  de  la  vie  :  elles  n'agissent  pas 
toujours  de  la  même  façon  sur  la  menstruation  et  échappent  très-souyent  à  la 
loi  générale.  Eh  bien,  messieurs^  puisque  ces  différentes  influences  ont  chacune 
leur  degré  de  certitude^  comment  les  expliquer? 

Il  me  faudrait  entrer  dans  de  grands  détails  sur  la  fonction  i^enstruelle  en 
général,  pour  arriver  à  vous  exposer  l'idée  que  je  me  fais  de  la  question  qui 
nous  occupe  en  ce  moment  ;  mais  nos  instants  sont  comptés,  et  je  ne  puis  dire 
que  quelques  mots  sur  ma  façon  de  comprendre  les  anomalies  que  je  viens  de 
mentionner. 

Nous  savons  tous  que,  chez  Tétine  organisé,  on  observe  différentes  fonctions  : 
celles  de  nutrition,  de  reproduction  et  de  relation  ;  laissons  de  côté  ces  dernières 
pom*  ne  nous  attacher  qu'aux  premières. 

Les  fonctions  de  reproduction  sont  les  dernières  qui  s'établissent  :  elles  s'éta- 
blissent lorsque  le  développement  de  l'individu  est  déjà  complet,  lorsque  les 
fonctions  de  nutrition  ont  accompli  leur  but.  Ces  fonctions  s'éteignent  plus  tôt 
ou  plus  tard,  suivant  le  degré  de  nutrition,  et  restent  ainsi  toujours  en  rapport 
avec  cette  dernière  :  ainsi  nous  voyons  que  chez  les  individus  chétifs,  maigi-es, 
mal  nounis,  les  fonctions  de  reproduction  sont  aussi  très-faibles,  que  les  ma- 
ladies les  plus  légères  ont  sur  elles  un  certain  degré  de  retentissement,  et  que 
chez  la  femme  l'heure  de  la  vieillesse  n'est  pas  encore  sonnée,  que  déjà  s'est 
éteinte  l'aptitude  génératrice. 

Poursuivons  notre  étude,  et  nous  veiTons  que  tout  ceci  se  passe  en  vertu 
d'une  loi  générale  qui  pi'éside  à  l'organisme.  En  effet,  les  fonctions  de  reproduc- 
tion ne  sont  pas  nécessaires  à  la  vie  de  l'individu,  mais  sont  indispensables  à  la 
perpétuation  de  l'espèce  ;  elles  doivent  donc  être  soumises  à  celles  qui  sont  de 
première  importance  pour  l'individu  ;  si  ces  fonctions  ne  sont,  pour  ainsi  dire, 
qu'un  luxe  de  l'organisme,  l'individu,  avant  de  posséder  ce  luxe,  doit  être  poiu*- 
vu  du  nécessaire.  Avant  d'avoir  équipage  et  maison  de  plaisance,  il  faut  songer 
à  s'assiu'er  une  nourriture  quotidienne  et  de  quoi  satisfaire  aux  premières  néces- 
sités de  la  vie  :  il  en  est  de  même  de  l'organisme.  Ce  luxe  représente  une  sura- 
bondance, une  pléthore  de  forces,  qui  nous  expUque  la  constitution  physique  de 
la  femme,  car  c'est  en  vertu  de  cette  pléthore  qu'ont  heu  la  menstruation,  la 
grossesse,  l'allaitement,  et,  en  un  mot,  toutes  les  fonctions  de  reproduction  ;  si 
cette  pléthore  n'existait  pas,  il  n'y  aurait  ni  menstruation,  ni  grossesse,  parce  que 
l'accomplissement  de  ces  fonctions  nécessite  de  la  part  de  l'organisme  des 
forces  réservées  pour  produire  tout  ce  qui  n'est  pas  en  rapport  direct  avec  l'in- 
dividu. 

Cette  pléthore  de  forces  chez  la  femme,  elle  est  démontrée  non-seulement 
par  l'existence  de  fonctions  et  de  pertes  qui  n'ont  pas  lieu  chez  l'homme,  mais 
encore  par  d'autres  influences  que  j'étudierais  ici  si  je  n'étais  pressé  par  le  temps 
qui  m'est  accordé.  Je  ferai  cependant  remarquer  que  les  émissions  sanguines 
sont  mieux  supportées  par  la  femme,  vérité  que  la  pratique  nous  apprend  tous 
les  jours,  et  que  les  plus  célèbres  gynécologistes  nous  ont  de  tout  temps  ensei- 
gnée. C'est  à  cet  excès  de  forces  dont  je  parle  qu'il  faut  faire  remonter  la  eau» 
de  ces  effets. 

En  résumé,  messieurs,  nous  voyons  que,  chez  la  femme,  les  fonctions  de  repro- 
duction représentent,  comme  je  l'ai  dit,  un  luxe  de  l'organisme,  résultat  d'un  excès 
de  forces  qui  préside  à  leur  accomplissement;  que,  par  conséquent,  ces  fonctions 


CORTEJàRËNÂ.    —  SUR  LA  MENSTRUATION.  221 

sont  soumises  à  cette  pléthore  de  forces  qui^  si  elle  n'existait  pas,  rendrait 
impossible  la  fonction  génératrice. 

.Nous  allons^  à  présent^  faire  application  de  ces  considérations  physiologiques. 
U  luenstniation  est,  parmi  les  fonctions  de  reproduction,  celle  qui  apparaît  la 
première,  et  précisément  la  plus  en  rapport  avec  cet  excès  de  forces  que  nous 
signalions  plus  haut.  Elle  commence  plus  tôt  ou  plus  tard,  selon  la  constitution 
physique  de  la  femme.  Chez  celles  dont  le  développement  est  précoce,  les  règles 
paraissent  de  bonne  heure;  chez  celles  dont  les  fonctions  de  nutrition  sont  moins 
actiTes,  la  puberté  an*ive  plus  tard. 

Or,  le  climat,  les  races,  les  différentes  conditions  de  la  vie,  n'auront  aucune 
influence  s'ils  ne  sont  en  rapport  direct  avec  l'individu.  C'est  ainsi  que  nous  ver* 
rons,  dans  les  climats  chauds,  des  jeunes  fUles  réglées  à  quatorze  ou  quinze  ans, 
et  dans  les  climats  froids  à  douze  ou  treize  ans,  parce  que,  chez  ces  dernières, 
la  pléthore  des  forces  est  suffisante  pour  donner  lieu  aux  fonctions  de  reproduc- 
tion. 0  ne  pourra  pas  paraître  extraordinaire  qu'une  négresse  soit  réglée  de 
bonne  heure  en  Amérique,  car,  dans  nos  Antilles  au  moins,  ces  femmes  sont, 
on  peut  dire,  mieux  traitées  que  nos  domestiques  d'Europe  ;  leur  travail  est 
moins  pénible,  leur  alimentation  est  meilleure  et  elles  sont  mieux  soignées  en 
cas  de  maladie.  Attachées  au  service  des  grandes  dames  pour  leur  tendre  le 
moochoir,  faire  jouer  l'éventail  ou  rendre  cent  autres  services  de  cette  espèce^ 
on  peut  dire  que  les  négresses  de  ces  conditions  n'ont  de  l'esclave  que  le  nom. 
Aucun  excès  de  travail^  aucune  privation,  ne  viennent  porter  atteinte  aux  forces 
nécessaires  dont  nous  nous  sommes  occupé. 

Si  nous  interrogeons  la  physiologie  comparée,  nous  voyons  que,  chez  les  ani- 
o&aux,  le  rut  est  plus  fréquent  et  plus  impérieux  à  l'état  de  domesticité  qu'à 
l'état  sauvage  ;  pour  s'en  convaincre,  il  suffirait  de  constater  ce  qui  se  passe  chez 
les  lions  de  nos  ménageries,  les  chats  et  surtout  les  chiennes.  Ces  derniers  ani- 
maux, bien  soignés,  bien  nourris,  choyés  de  mille  manières,  possèdent  une  véii- 
table  menstruation,  apparente  dans  tout  leur  appareil  génital.  Ce  phénomène 
trouve  son  explication  naturelle  dans  la  manière  de  vivre  de  ces  animaux.  Dis- 
pensés de  tout  travail,  ils  marchent  peu,  n'ont  aucune  lutte  à  soutenir  avec  leurs 
congénères  ou  leurs  ennemis,  et  ne  souffrent  jamais  de  la  faim.  J'ai  entendu  dire 
que  les  femmes  sauvages  n'ont  pas  de  règles,  ce  qui  ne  m'étonne  aucunement, 
car  la  femme  dans  ces  conditions  se  trouve  rapprochée  des  animaux  sauvages 
par  les  fatigues  qu'elle  a  à  supporter,  en  un  mot,  par  la  somme  de  forces. qu'elle 
dépense. 

Vous  voyez,  messieurs,  qu'on  ne  peut  faire  de  statistiques  exactes,  puisque  le 
diniat  et  les  races  sont  soumis,  dans  leur  manière  d'agir,  à  cette  pléthore  de 
forces  qui,  chez  la  femme,  est  indispensable  pour  soutenir  les  fonctions  de  repro- 
duction. 

Quant  à  l'influence  du  climat  en  Espagne,  je  ne  ferai  que  vous  rappeler  ce  qui 
a  été  dit  par  mon  compatriote  et  savant  confrère,  le  docteur  Seco  Baldor,  à  propos 
de  la  phthiaie  pulmonaire.  La  différence  qui  existe  entre  les  climats  de  chaque 
province  est  un  obstacle  insurmontable  à  toute  tentative  de  statistique  sérieuse. 
Les  différences  les  plus  sensibles  se  remai*quent,  par  exemple,  entre  les  femmes 
de  l'Andalousie  et  celles  des  provinces  basques.  A  Séville,  l'Age  de  la  puberté 
apparaît  entre  onze  et  douze  ans,  et  j'ai  connu  dans  cette  cité  des  jeunes  filles 
de  quatorze  ans  qui  paraissaient  en  avoir  vingt-quatre.  En  Galice,  ce  beau 
pa]8  qu'on  peut   appeler  la  Suisse  espagnole,  les  femmes  sont  réglées  très- 


222    CONGRÈS  MÉDICAL  INTERNATIONAL.    —  DEUXIÈME  SÉANCE   DE  JOUR. 

lai'd^  non  pas  que  le  climat  y  soit  rigoureux^  mais  paroe  qu'elles  y  sont  soumises 
à  un  mode  de  travail  et  à  des  conditions  de  vie  auxquels  il  faut  foire  remonter 
l'apparition  tardive  du  flux  menstruel. 

Notre  conclusion  est  donc  que  le  climatj  les  races  et  les  différentes  conditions 
de  la  vie  n'ont  pas  une  influence  directe  et  immédiate  sur  la  menstruation  ;  que 
celle-ci  est  subordonnée  à  la  nutrition^  à  la  pléthore  de  forces  spéciale  de  la 
femme^  et  qu'il  faut  tenii*  compte  de  cette  pléthore  pour  obtenir  des  statistiques 
séiieuses  et  des  résultats  d'une  exactitude  rigoureuse. 

M.  le  D'  Avrard  (de  la  Rochelle)  présente  quelques  considérations  sur  la  ioi 
lie  l'ùifécondité  physiologique. 

La  série  des  périodes  fonctionnelles  ovo-utérines  s'accomplit  en  vingt-huit 
jours. 

Il  cs^  antiphysiologique  de  dire  que  Tovaire  est  l'annexe  de  l'utérus.  La  cavité 
utérine  n'est  que  le  réservoir  de  l'incubaUon  de  l'ovule^  de  même  que  la  vési- 
cule séminale  est  le  réservoir  d'incubation  du  liquide  spermatique. 

La  fécondation  normale  a  lieu  dans  l'utérus. 

La  révolution  de  l'appareil  générateur  se  décompose  en  trois  périodes  ;  aié- 
norrhagiquey  génésiçiuey  hypnotique, 

La  fécondation  ne  peut  pas  se  produire  pcpdant  la  période  ménorrhagique^  et 
cela  pour  des  causes  physiques  et  physiologiques  d'une  puissance  absolue. 

La  femme  ne  peut  être  fécondée  que  pendant  quelques  jjoui^  de  rintermens- 
tr nation^  c'est  là  la  période  génésique.  Elle  commence  s^rès  la  cessation  dç  la 
menstruation  qui  est  une  fonction  excrémentitielle>  et  en  général  de  sii^  à  neuf 
jours  après  le  début  des  règles^  c'est-à-dire  lorsque  l'ovulation  ^po^tanée  est 
complète  et  que  l'ovule  est  arrivé  dans  l'utérus. 

Quelle  que  soit  la  durée  de  la  période  ménorrhagique>  la  pério4e  génésique 
fmit  toujours  le  quatorzième  jour  après  l'invasion  des  règles. 

Alors  commence  la  période  hypnotique  qui  s'étend  jusqu'à  la  menstruation 
suivante^  quelque  tardive  que  soit  celle-ci.  La  mensU'uation  est  la  terminaison 
unique  d'une  congestion  qui^  dans  beaucoup  de  cas  d'aménorrhée^  se  dissipe 
sans  écoulement.  Il  existe  une  aménorrhée  physiologique^  celle  des  nourrices^ 
et  une  aménorrhée  pathologique. 

La  séance  est  levée  à  cinq  heures  et  demie. 


TROISIÈME  SÉANCE 


Mercredi  Si  «o<kt,  à  2  hmrei, 


LECTURES    ET    DUGWUOM    SUA    hk    UCOHM    QUISTIOII    DU    PA0GRA1IMB. 


DES   ACCIDENTS   GÉNÉRAUX 
OUI    ENTRAINENT   I*A   MOBT   APRÈS   LES   OPÉRATIONS   CHIRURGICALES. 


MM.  Bourgade  (Clermorit-FeiTand).  —  Travail  ayant  pour  titre  renoncé  de  la 
question. 

Barbosa  (Lisbonne).  —  Note  statistique  des  grandes  opérations  faites  à  l'hô- 
pital royal  de  Saint-Joseph  à  Lisbonne^  pendant  les  douze  dernières 
années. 

(k>s«uN  (Paria).  —  Prophylaxie  de  Térysipèle  et  de  Vinfeotion  purulenle  dauK 
les  salles  d'hôpitaux. 

Ubat  (Bordeaux).  -*  Des  moyens  d'éviter  les  accidents  qui  peuvent  com- 
pliquer les  plaies. 

Vouieun.  (Paris).  —  Des  conditions  organiques  des  opérés.  De  l'iniluence 
des  états  diathësiques  sur  les  résultats  des  opérations  chirurgicales. 

iMsti  iicçiQii.  —  MM.  Haijolin  (Paris).  —  De  Mène  (Londres).  ^  Kœherlé  (Stras- 
bourg). —  Mazzoni  (Rome).  — ^  Bole  (Castelsarrasin).  —  ieannel  (Bordeaux). 

—  Gosselin  (Paris).  —  Verneuil  (Paris).  —  Boui'gade  (Clermont-Ferrand). 

—  Cortejarena  (Madrid).  ^  Delasiauve  (Paris). 

IWès-verbal  de  la  séance  pai*  M.  le  professeur  Henri  Gintrac,  secrétaire  du 
Congrès. 


22/i  CONGRÈS  MÉDICAL  INTERNATIONAL.    <-  TROlSlfeME  SÉANCE   DE  JOUR. 


TROISIÈME  SEANCE  DE  JOUR. 

Président M.  Bouillaud. 

Yice-présidenU,  .   .  .  MM.  Lambl  (de  Khaikoff)  et  Teissier  (de  Lyon). 
Secrétaire  de  la  séatice.  M.  Henri  Gintrac. 


Lectures  sur  la  seconde  question  du  programme  : 


BBS  AœiBBMTS  CiaVÉBAIJll 
91)1  BMTBAINBmr  liA  MOBT  APBÉS  I4ES  OP^BATIONS 

CHIBIJBGICAIiES 

PAR  M.   US   DOCTEUR   BOURGADE 
Profossaur  à  rScole  do  mëdecine  de  Ctonnont-FerniDd,  cbinirgira  d«  THàlel-Dicu. 

MÉMOIRE  COUROMMÉ  PAR  LE  CONGRÈS. 


ÉTIOLOGIE.  —  PROPHYLAXIE. 

L'importante  question  proposée  par  le  comité  d'organisation  du  Congres  est 
de  celles  qui  sont  toujours  à  Tordre  du  jour  de  la  science  chirurgicale,  et  que 
l'on  agite  depuis  longtemps  sans  la  pouvoir  résoudre. 

Pour  marcher  vers  cette  solution,  il  me  semble  qu'il  est  du  devoir  de  qui- 
conque a  médité  sur  ce  grave  sujet,  d'appoiier  ici  le  tribut  de  son  observation, 
afin  que  dans  ce  faisceau  de  documents  on  puisse  trouver  les  éléments  d'une 
comparaison  sérieuse,  et  par  suite  d'une  étude  approfondie. 

C'est  la  pensée  qui  m'a  conduit  à  venir  exposer  devant  ce  savant  aréopage  les 
résultats  de  vingt  ans  de  pratique  et  de  dix  ans  d'observation  dans  un  grand 
hôpital  de  province. 

I.    —    ÉTIOLOGIE. 

Trois  faits  de  premier  ordre  me  paraissent  dominer  essentiellement  toute 
l'histoire  des  accidents  généraux  graves  qui  se  produisent  à  la  suite  des  opéra- 
tions chirurgicales. 

i<*  Ces  accidents  ne  s'observent  pas  ou  ne  s'obsei*vent  que  très-rarement  dan^ 
les  campagnes  isolées,  tandis  qu'ils  se  montrent  très-fréquemment  dans  les  viUes 
et  presque  habituellement  dans  les  hôpitaux,  les  camps,  les  ambulances,  etc.; 
en  un  mot,  au  sein  de  toutes  les  agglomérations  humaines. 

2^  Même  dans  ces  dernières  conditions  défavorables,  ils  ne  se  produisent  que 
très-exceptionnellement  y  à  la  suite  de  l'application  des  caustiques  ;  on  les  voit  sur- 
venir souvent  au  contraire  après  l'action  de  l'instrument  tranchant. 

3**  Une  fois  développés,  ils  sont  presque  toujoui*s  au-dessus  des  ressources 
de  l'art. 


BOISGADE.  —  PROPHYLAXIE  DES  ACClDENlS  CONSÈCU Ttrs  AU\  OPÉRA IIÛNS.    225 

Je  rais  examiner  très-brièvement  ces  trois  iK)ints^  et  exposer  les  conséquences 
qui  me  paraissent  naturellement  s'en  déduire. 

In  mot  d'abord  sur  le  dernier,  que  je  ne  crois  pas  contestable. 

il  n'est  que  trop  vrai,  comme  nous  l'apprend  Texpériencc  de  chaque  jour, 
que,  dans  l'état  actuel  de  la  thérapeutique,  la  plupari  des  accidents  consécutifs 
aux  opérations  chirurgicales,  tels  que  pyohémie,  infection  putride,  phlébite, 
angiolcucite,  tétanos,  une  fois  développés,  conduisent  le  malade  à  une  termi- 
naison à  peu  près  toujours  funeste,  quelle  que  soit  l'énergie  du  traitement  em- 
ployé. A  peine  pourrait-on  établir  une  exception  pour  l'érysipèle  et  le  phlegmon 
diffus. 

La  conséquence  à  tirer  de  ce  fait,  c'est  que  le  chirurgien  doit  mettre  tout  en 
œuvre  pour  prévenir  le  développement  de  ces  redoutables  complications. 

Ici,  on  ne  saurait  trop  le  répéter,  il  ne  s'agit  pas  de  gtièrir  le  mal,  il  s'agit  sui<« 
tout  et  avant  tout  de  le  prévenir, 

Cest  donc  du  côté  de  la  prophylaxie  de  ces  accidents  qu'il  faut  diriger  tous 
Hîs  efforts.  Je  crois  les  chirurgiens  à  peu  près  d'accord  sur  ce  point. 

Mais  l'étude  de  la  prophylaxie  doit  reposer  tout  entière  sur  celle  de  Véttoîotjie; 
car  si  Ton  peut  saisir  les  causes  de  ces  accidents,  il  sufBra  d'écarier  ces  causes 
(Miur  en  prévenir  les  effets. 

Or,  cette  étiologie  me  paraît  s'éclaù*er  d'une  vive  lumière  quand  on  médite 
le>  deux  premières  propositions  que  j'ai  émises  plus  haut  : 

1*  VvmocuUé  habituelle  des  opérations  pratiquées  dans  les  campagnes  isolées 
et  la  gravité  de  celles  qui  le  sont  dans  les  hôpitaux  ; 

2*  VinnoetHté  au  moins  relative  de  l'application  des  caustiques. 

Ces  deux  vérités  de  fait  me  paraissent  généralement  acceptées  et  d'ailleurs 
peu  contestables. 

S'il  était  besoin  de  les  appuyer  de  quelques  preuves,  je  dirais  que  pour  moi, 
depuis  vingt  années  de  pratique  dans  un  département  étendu,  composé  à  la  fois 
de  plaines  fertUes,  de  coteaux,  de  vallées  et  de  hautes  montagnes,  j'ai  pratiqué 
des  opérations  dans  bien  des  localités  diverses,  et  je  puis  affirmer  que,  dans  les 
campagnes  isolées,  je  n'ai  jamais  vu  survenir  de  ces  accidents  gi*aves  et  si  sou- 
vent mortels  que  je  voyais  se  produire  à  l'hôpital. 

A  l'Hôtel-Dieu  de  Clermont,  vaste  établissement  situé  dans  une  admirable  po- 
rtion et  dans  les  meilleures  conditions  hygiéniques,  —  mais  contenant  une 
population  moyenne  de  plus  de  500  individus,  —  les  accidents  consécutifs  aux 
opérations  chirurgicales  étaient  si  nombreux,  qu'ils  se  déclaraient  en  moyenne 
dans  la  moitié  des  cas  au  moins,  et  qu'à  la  suite  des  amputations  ils  survenaient 
boit  fms  sur  dix. 

l'en  étais  si  effrayé,  dans  les  premières  années  de  ma  pratique  hospitalière, 
que  j'en  étais  arrivé  à  donner,  dans  tous  les  cas  où  cela  était  possible,  la  préfé- 
irnce  aux  caustiques  sur  l'instrument  tranchant. 

<^'est  que,  en  effet,  de  l'aveu  de  tous  les  praticiens,  la  cautérisation  met  à 
l'abri  de  la  plupart  des  gi'aves  conséquences  qui  semblent  être  l'apanage  presque 
evclosif  de  l'emploi  du  bistouri.  Aussi,  dans  ces  derniers  temps,  s'est-on  efforcé 
d'instruire  le  procès  de  cet  indispensable  instrument. 

l)e  là  l'éclosion  d'une  foule  de  méthodes  et  de  procédés,  très-utiles  sans 
doute,  mis  au  jour  dans  le  but  avoué  de  suppléer  à  son  usage  reconnu  dan- 
gereux. 

<Jn  s'est  mis,  en  eiïet,  de  cette  manière,  et  dans  certains  cas,  h  Tabri  de  qnel- 

iô 


226      CONGRES  MÉDICAL  1NTIRNAT10^AL.   —   TROiSIËIIV  SÉANCK  DE  JOUR. 

ques-uns  de  ces  accidents  si  redoutés.  Néanmoins^  malgré  tous  ces  effoiis,  on 
n'a  pu  restreindre  que  bien  peu  le  champ  d'application  de  l'instrument  tran- 
chant, et  le  bisjouri  est  resté  l'agent  chirurgical  par  excellence. 

Ainsi  donc,  innocuité  presque  complète  : 

i''  Hors  des  agglomérations  d'hommes; 

2**  Hors  de  V emploi  du  couteau,  c'est-à-dire  quand  il  n'y  a  pas  pixiduction  de 
section  vive  des  tissus,  peau,  muscles^  vaisseaux,  ^erfs,  os,  ou  du  moins  lors- 
qu'il n'en  résulte  pas  une  surface  saignante,  largement  exposés  à  toutes  les  in- 
fluences extérieures. 

Voilà  des  faits  qui  paraissent  constants. 

Qu'y  a-t-il  donc  de  si  spécialement  fâcheux  dans  ces  cas^  que  ces  deux  seules 
circonstances,  agglomération  humaine  et  swrface  sanglante,  soient  seules  suiTies 
d'accidents  graves? 

(Vest  que  dans  toute  agglomération  humaine,  il  se  produit  des  miasmes^  de^ 
émanations,  des  ferments,  un  je  ne  sais  quoi  enfin,  mais  quelque  chose,  que  la 
chimie  n'a  pas  encore  pu  saisir,  que  l'observation  des  faits  force  à  admettre  et 
que  la  pathologie  accepte. 

C'est  que  d'un  côté,  à  la  surface  de  toute  plaie  récente  et  pendant  un  certain 
temps,  l'absorption  s'exerce  avec  activité  et  peut  faire  passer  dans  le  torrent  cir- 
culatoire des  particules  toxiques  ;  et  que,  d'un  autre  côté^  les  inflammations  sont 
fréquentes  à  la  suite  de  la  division  des  os,  des  vaisseaux,  des  muscles*,  en  un  mot 
de  tous  les  tissus,  lorsque  ces  derniers  sont  privés  de  leur  enveloppe  protectrice 
et  se  trouvent  ainsi  exposés  directement  à  l'action  de  tous  les  agents  morbigènes. 

Ces  tissus,  au  contraire,  sont-ils  détruits  de  manière  à  conserver  une  enve- 
loppe préservatrice,  connue  dans  les  sections  sous-cutanées,  ou  à  la  suite  deTap- 
plication  d'un  caustique,  lequel^  lui  aussi,  en  mortiliant  une  couche  0e  ces  tissus, 
en  produisant  une  escharc  qui  ne  se  détache  qu'après  un  assez  loi^  intcnralle, 
constitue  comme  un  opercule  protecteur  et  isolant  aux  parties  sous-jacentc^  ; 
alors  il  n'y  a  plus  de  contact  avec  les  paiiicules  morbiûques^  et  par  suite  plus 
d'accidents. 

Et  ce  sont  si  bien  ces  deux  conditions,  production  de  miasme  ou  de  fermesUj  et 
dMudation  de  la  plaie,  qui  favorisent  ou  produisent  le  développement  des  acci- 
dents, que  si  l'une  des  deux  vient  à  manquer,  le  danger  est  conjuré. 

Que  l'on  place  le  malade  hors  de  tout  fuyer  de  production  de  matière  miasma- 
tique fermentescible,  presque  toujoui*s  la  plaie^  bien  que  dénudée  et  exposée  à 
l'ail*,  guérira  bien. 

Qu'on  le  mette,  au  contraire,  dans  mi  foyer  de  production  de  matière  morbi- 
gène,  par  exemple  dans  une  salle  de  blessés,  et  qu'on  le  traite  par  des  C4tu>- 
liques,  la  plaie  foite  ainsi  guérba  encore. 

Mais  qu'on  réunisse  les  deux  conditions  fâcheuses,  foyer  fnorbiyéne  et  déHuda- 
tvM  de  la  plaie,  et  le  plus  souvent  les  accidents  éclateront. 

Yoilà,  si  je  ne  m'abuse,  les  deux  vérités  qui  ressorienl  le  plus  clairement  de 
l'observation  clinique  et  de  l'analyse  des  faits. 

i 
11.  —  Prophylaxik. 

I 

f>e  l'exposé  qui  précède,  on  devrait  conclure  que  pour  se  mettre  à  l'abri  de> 
accidents  consécutifs,  il  faudrait  : 


B0liGÀDB.-^PBOPHYLAX4B  UfiS  ACCIDENTS  COI^ÊCyTlFS  AUX  OPÊp AXIONS.    2^17 

Ou  pratiquer  les  q>ération&  hoi-s  de  toute  agglomération  bumaine«  c'eet-à-iUv^î 
eo  pleine  campagnâ>  ce  qui  e^t  presque  toujours  imposûbte  ; 

Ou  ne  point  produire  de  sui'fape  sanglante,  c'est-à-dire  renoncer  à  l'i^^tni- 
ment  tranchant,  poui*  adopter  d'autres  moyens  de  division,  et  principalement  les 
caustiques,  ce  qui  n'est  pas  moins  impossible. 

Il  faut  donc  chercher  une  autqre  solution  au  problème^  et  s^  demander  si  l'on 
De  pourrait  pas  parvenir  à  mettre  les  plaies  faites  par  le  bisto.uri  dans  des  ow^f- 
tions  teiks  qu^eUes  puissent  résister  à  l'action  d^  milieux  l^s  plus  défam^aàl^. 

Et  comme  les  plaies  qui  résistent  le  mieu^  à  l'action  de  ces  miliem^  movbi- 
uèaes  sont  celles  que  les  caustiques  ont  engendrées,  le  problème  à  résoudre  se 
réduit  à  ces  termes  : 

Rendre  inoCTensives,  autant  que  si  elles  étaient  produites  par  les  cattf|igife«,  lifs 
piaies  faites  par  l'instrummt  tranchant. 

C'est  à  trouver  cette  solution  que  je  nie  suis  depuis  longtemps  appliqué. 

S'il  était  possible,  en  incisant  les  tissus,  ou  après  les  avoir  divisés,  de  produire 
m  eux  une  action  analogue  ou  semblable  à  celle  des  caustiques,  c'est-à-dire  une 
("schare  ou  quelque  chose  qui  y  ressemblerait,  qui  adhérerait  intimemeAt  aux 
ti>^us,  ferait  coips  avec  eux  et  se  détacherait  seuleu^ent  au  bout  d'un  cert^^ 
nombre  de  jours,  lorsque  déj|^  des  sécrétions  plf^tiqu^s  se  seraient  fait^  et  or- 
.yanisées  dans  les  parties  sous-jacentes,  la  surface  traumatique  se  trouvax^t  ^i|i 
protégée  contre  l'actiou  des  agfu^ts  ^^térieUTS^  ou  ne  s'y  trouvfu^t  e:i^pos^^  que 
«ians  des  conditions  sufKsaute^  de  résistance  à  leur  action  délétère,  \^  çif^oses 
deTiaient  se  passer  comme  à  la  suite  de  la  cauténsation,  et  le  développemei^t 
des  accidents  gi*aves  se  trouverait  prévenu. 

C'est  ce  qu'ont  pensé  le$  chirurgiens  qui«  dçi  nos  jouTS)  ont  regretté  l'emploi 
(les  couteaux  rougis  au  feu  des  opérateurs  anciens,  sans  oi>er  cependant  en  réha- 
biliter l'usage;  et  ceux  qui,  plus  logiques,  à  l'exemple  de  Bonnet,  de  Lyon,  ^t  ç)e 
M.  Sédillot,  ont  porté  le  cautère  actuel  sur  unç  plus  ou  moins  grande  éteudu^  de 
h  plaie;  ou,  comme  FoUin,  proposé  de  recouvrir  toute  la  surface  de  Is^  section 
d  une  couche  de  caustique  :  par  exemple,  de  chlorure  de  zinc. 

L'expérience  clinique  n'a  pas  justice  cette  pratique,  au  fond  cependant 
ntionnelle. 

li'uu  cdté,  la  douleur  qui  se  prolonge  dnrapt  pjlusieurs  jours^  d'uue  n^apière 
!^i  imupportahle  à  la  suite  de  l'application  de  certains  caustiques,  comm^  le  chlo- 
rure de  zinc,  seul  ou  mêlé  de  chlorure  d'antimoine,  sera  toujours  uu  obstacle 
à  leur  vulgarisation  ;  et  d'un  autre,  tout  caustique  splide,  et  suilout  le  cautère 
actuel,  laissera  toiyour^  $ur  une  plaiCj,  in^gafe  ou  aufractueuse,  viq  trop  gr^nd 
Qombre  de  poin^  sans  les  atteindre. 

Uuant  aux  caustiques  liquides,  jusqu'ici  employés,  ils  ont  une  actioq  trop  su- 
perficielle, trop  inégale,  trop  difficile  à  limiter,  pour  atteindre  le  but  qu'on  doit 
se  proposer. 

Et  cependant^  je  le  répète,  l'idée  est  rationnelle  ;  elle  se  déduit  logiquement^ 
comme  j'ai  cherché  à  le  démontrer,  de  l'analyse  des  faits  et  des  conditions  du 
problème.  Il  s'agit  seulement  de  choisir  et  d'appliquer  un  agent  qui  puisse  la 
réalii-er  et  la  rendre  pratique. 

Or,  cet  agent,  je  crois  l'avoir  trouvé  dans  une  substance  chimique,  connue  de 
tous  çt  appliquée  depuis  plusieurs  années  à  un  grand  nombre  d'usages,  dans  le 
perchlorure  de  fer  à  30  degrés,  dans  la  solutipti  normale  de  Pravaz* 

^uktauce  inofl'ensive,  facile  à  manier,  coagulante  et  légèrement  caustique^ 


228     CONGRÈS  MÉDrCAL  INTERNATIONAL.   —  TROISIÈME  SÉANCE  DK  JOUR. 

agissant  fortement  sur  les  tissus  dénudés^  pour  se  combiner  intimement  avec  eux, 
sans  action  sur  les  parties  saines  :  tels  sont  les  avantages^  parfaitement  appropriés 
au  but  à  atteindre,  qui  ont  déterminé  mon  choix. 

Près  de  cinq  années  d'études  persévérantes  et  de  succès  constants  me  don- 
nent le  droit  d'avoir  quelque  confiance  en  ce  moyen. 

Déjà  un  honorable  clûrurgien  des  armées,  M.  Salleron,  avait  employé  le  per- 
chlorure  de  fer  à  Constantinople,  lors  de  la  guerre  de  Crimée,  pour  guérir  la 
pourriture  d'hôpital,  —  ce  qu'il  parait  avoir  fait  avec  succès,  —  et  aussi  pour 
combattre  l'infection  purulente  déclarée. 

Mais  pour  qui  connaît  la  gravité  de  cette  terrible  affection,  ces  tentatives, 
timides  d'ailleui*s,  ne  pouvaient  pas  offrir  un  grand  intérêt.  Elles  sont  restées 
sans  écho. 

J'ai  employé  la  méthode  de  ce  chirurgien,  et  je  n'en  ai  obtenu  aucun  résultat 
utile. 

Mais  si  le  perchlorure  de  fer  reste  sans  efficacité  bien  réelle  pour  combattre 
les  graves  accidents  consécutifs  aux  opérations  chirurgicales,  lorsque  ces  acci- 
dents se  sont  déjà  produits^  il  n'en  est  pas  de  même  lorsque  ce  sel  est  employé  à 
titre  de  moyen  prophylactique. 

Je  n'hésite  pas  à  dire  qu'il  jouit  sous  ce  rapport  d'une  efficacité  très-remai^ 
quable. 

Voici  comment  ce  moyen  me  parsut  devoir  être  employé. 

Dès  que  l'opération  est  terminée,  les  ligatures  faites,  la  plaie  soigneusement 
abstergée  et  ne  donnant  plus  de  sang;  en  un  mot,  loi*sque  le  moment  est  venu  de 
procéder  au  pansement,  je  recouvre  la  surface  sanglante,  dans  toute  son  étendue, 
de  plumasseaux  ou  de  bourdonnets  de  charpie,  tous  fortement  imbibés  d'une 
solution  de  perchlorure  de  fer  à  30  degrés,  pure,  et  je  veille  à  ce  que  l'action  du 
liquide  chloroferrique  se  produise  sur  toutes  les  parties  de  la  plaie,  sur  les  os, 
aussi  bien  que  sur  les  muscles,  le  tissu  cellulaire,  Touverture  des  vaisseaui 
principalement,  en  un  mot,  sur  toutes  les  parties  divisées,  le  recouvre  le  tout 
d'un  gâteau  de  charpie  mouillée,  pour  affaiblir,  par  Faction  de  l'eau,  l'excès  de 
solution  ferrique  qui  pourrait  couler  et  agir  trop  fortement  sur  les  bords  de  la 
peau  incisée. 

Le  perchlorure  de  fer  ne  tarde  pas  à  se  combiner  avec  les  tissus  dénudés,  et 
d'une  manière  si  intime,  qu'au  bout  de  dou2e  heures,  l'adhérence  est  complète  et 
qu'il  faudrait  tirer  assez  fortement  pour  détacher  les  plumasseaux. 

Il  se  forme  ainsi  sur  la  plaie  un  magma  solide,  une  cuirasse  dure,  épaisse  et 
adhérente,  qui  tient  à  la  fois  du  coagulum  et  de  l'eschare,  et  qui  soustrait  com- 
plètement la  partie  recouverte  de  cette  manière  à  l'action  des  agents  extérieurs. 

Lorsque  l'application  a  été  faite  convenablement,  ce  n'est  en  général  que  du 
sixième  au  huitième  jour,  d'autres  fois  seulement  vers  le  dixième,  et  exception- 
nellement même  plus  tard,  que  la  suppuration  commence  à  s'établir,  et  que  les 
plumasseaux  de  charpie  se  mettent  à  se  détacher  graduellement  et  peu  à  peu. 
Us  laissent  alors  à  nu  une  surface  d'un  gris  noh^âtre,  tout  à  fait  semblable  à  une 
escharc  ;  celle-ci  bientôt  se  détache  à  son  tour,  graduellement,  laissant  voir  une 
plaie  rose,  vermeille,  déjà  recouverte  de  bourgeons  charnus  en  pleine  voie  d'or- 
ganisation. 

Cette  plaie,  que  je  fais  panser  avec  du  vin  aromatique,  no  suppure  jamais 
beaucoup  ;  les  bourgeons  charnus  qui  la  recouvrent  sont  de  l>onne  nature  ;  dtiuc> 
d'une  assez  grande  vitalité,  ils  ne  fournissent  que  du  pus  louable  et  eu  quantité 


BOUIGAOE.  -^  PROPHYLAXIE  DES  ACGJDEKTS  CONSÉCUTIFS  AUX  OPÊBATIONS.    229 

rflativement  minime;  aussi  la  guérison  anive-t-elle  à  son  terme  sans  entrave. 
Souvent  il  devient  facile,  surtout  après  une  opération  à  lambeaux,  d'affronter 
les  surfaces  suppurantes  et  d'obtenir  de  rapides  réunions  secondaires. 

iDe  douleur  assez  vive,  comme  on  le  sait,  suit  l'application  du  perchlorure  de 
fer  sur  une  surface  sanglante,  et  le  malade,  s'il  est  encore  sous  l'influence  du 
^mmeil  chloroformique,  en  est  tiré  sur-le-champ.  Mais  cette  douleur  est  de 
courte  durée  ;  généralement,  au  bout  de  quelques  minutes,  elle  est  devenue 
supportable,  et  le  patient  cesse  de  s'en  plaindre.  Elle  s'éteint  d'ailleurs  au  bout 
(k  quelques  heures;  elle  ne  saurait  donc  jamais  constituer  la  moindre  contre* 
indication. 

Chose  remarquable!  l'état  général  du  malade  semble  très-heureusement 
influencé  par  ce  mode  de  pansement.  Est-ce  à  l'occlusion  complète  de  la  plaie, 
est-ce  à  l'action  du  sel  de  fer  que  ce  résultat  est  dû?  Je  l'ignore,  mais  il  m'a 
souvent  frappé. 

Durant  les  jours  qui  suivent  l'opération,  peu  ou  pas  de  douleur,  peu  ou  pas 
tie  fièvre  traumatique;  l'opéré  conserve  de  la  force,  de  l'appétit  et  du  sommeil. 

L'établissement  de  la  suppuration  étant  notablement  retardé,  lorsque  celle-ci 
^  manifeste,  le  malade  a  eu  le  temps  de  reprendre  assez  de  force  pour  n'en  être 
pM  fâcheusement  influencé.  N'étant  d'ailleurs  jamais  abondante,  elle  permet  au 
malade  de  récupérer  un  certain  degré  de  force  et  d'embonpoint  et  de  le  con- 
^en-er  jusqu'à  sa  guérison. 

lo  avantage  que  je  ne  dois  point  passer  sous  silence,  c'est  la  facilité  avec 
laquelle  le  malade  peut  supporter  les  transports,  même  dès  les  premiers  jours 
fii  niivent  l'opération.  Avec  nn  pansement  par  occlusion,  très-adhérent,  qui 
peut  rester  en  place  six  à  huit  jours,  sans  être  touché  ;  avec  une  douleur  très- 
légère  et  une  fièvre  traumatique  peu  marquée,  l'opéré,  on  le  comprend,  ne 
redoute  guère  les  mouvements,  et  il  en  souffre  peu.  Dans  quelques  cas  particu- 
liers, en  campagne,  par  exemple,  on  peut  trouver  dans  ce  fait  un  inappréciable 
avantage. 

n  est  bien  évident,  —  et  je  n'insiste  pas  sur  ce  point,  —  qu'un  pareil  mode 
<le  pansement  ne  s'applique  pas  aux  réunions  immédiates  des  plaies,  puisqu'alors 
il  n'y  a  plus  de  surface  sanglante  d'application.  Mais  elle  s'associe  parfaite- 
ment à  la  réunion  partielle,  dont  elle  semble  même  assurer  le  succès.  Or, 
c  est  tout  ce  qu'on  peut  tenter  dans  les  grands  hôpitaux.  On  sait  que  les  réunions 
pir  première  intention  y  réussissent  peu,  et  que  la  plupart  des  chirurgiens  se 
iMHnent  à  opérer,  au  moins  dans  les  grandes  plaies,  des  réunions  immédiates 
partielles. 

Depuis  près  de  cinq  années,  j'ai  appliqué  d'une  manière  générale  le  panse- 
ment par  le  perchlorure  de  fer  à  toutes  les  plaies  résultant  d'opérations  d'une 
certaine  importance,  dans  mon  service  hospitalier,  et,  depuis  cette  époque,  j'ai 
^  disparaître  complètement  de  mes  salles  ces  graves  complications  auparavant 
'i  communes. 

D'où  pourraient  provenir  de  si  remai*quables  résultats,  s'ils  n'étaient  pas  dus 
à  ce  nouveau  mode  de  pansement,  puisque  rien  n'est  changé  dans  les  autres 
conditions  matérielles  ou  morales  des  opérés. 

Plusieurs  de  mes  collègues  ont,  à  mon  exemple,  employé  la  même  méthode, 
<*t  chaque  fois  qu'ils  ont  suivi  les  règles  que  j'ai  posées,  sans  exception,  ils  ont 
f^Menu  des  succès. 

Siaw  ces  succès  ne  s'obtiennent  qu'en  employant  le  perchlorure  de  fer  large- 


250      œNGftfe»  lAÈDtCAL  mTERNATIONAL   —  TROtSIÈMB  SÉANCE   DK   J01:R. 

niptlt  et  hardiment,  à  forte  dose  et  à  un  de^  de  concentration  stiffisanl.  Ajrir 
ilWéreniment,  c'est  se  préparer  des  revers. 

Quel  inconvénient,  d'ailleurs,  peut-il  y  avoir  à  employer  un  agent  inoflensif 
'  en  soi,  qui  n'occasionne  qu'une  douleur  supportable  et  très-passagère,  ne  pnv 
duit  pas  de  perle  de  substance  appréciable,  n'enflamme  pas  les  plaies,  mais  leur 
donne  le  degré  d'excitation  suffisante  pour  activer  le  travail  de  cicatrisation? 
Quel  avantage  ne  doit-on  pas  trouver,  au  contraire,  à  un  pahscment  par  occlu- 
sion, qui  ne  s'enlève  que  tardivement,  par  rélimination  graduelle  et  spontanée 
àe»  tampons  de  charpie  et  des  escharcs,  qui  permet  d'é\iter  les  tiraillements, 
l'excitation  intempestive,  l'initation  des  bords  de  la  plaie,  la  déchirure  des  honr- 
geons  charnus  en  voie  d'organisation,  etc.,  toutes  choses  qui  exercent,  comun* 
l'ont  Bi  bien  dit  d'éminonts  chirurgiens,  une  action  fftcheusie  5Ur  la  guéris^m  de^ 
plaies? 

III.    —    PlIY^IOLOOIF    PATHOLOOIQIK. 

Qu'il  me  soit  permis  maintenant  de  rechercher  comment  agit  le  perchloruri 
de  fVr,  dans  la  prophylaxie  des  accidents  consécutifs  aux  opéi'ations  chirurgiraio. 

Je  vais  le  fkire  surtout  pour  la  pyohémie,  qui,  de  toutes  les  complications,  o< 
la  plus  grave  et  la  moins  accessible  à  nos  moyens  thérapeutiques. 

Que  se  passe-t-il  lorsqu'on  applique  sur  une  plaie  récente  une  forte  couche  de 
perchlormie  de  fer? 

a  Si  la  surface  est  encore  sanguinolente,  le  perchlorure  de  fer  coagulera 
»  instantanément  les  liquides  répandus  à  la  surface  de  la  plaie,  qui  se  trouvera 
»  recouverte  d'une  sorte  de  coUodion  plus  ou  moins  adhéient  à  la  surface  ùi^ 

a  chairs Mais  si  la  plaie  est  au  préalable  bien  absta:^ée<,  la  liqueur  chiort>- 

»  ferrique,  ne  trouvant  pas  asses  de  liquide  albumineux  pour  être  saturée,  por- 
»  tera  êan  action  sur  la  substance  elle-même  des  tissus,  et  il  y  aura  une  vért- 
»  table  action  caustique,  c'est-à-dire  désorganisation  et  destruction  des  partie< 
»  solides.  Cette  action,  il  est  vrai,  ne  s'exercera  que  sur  une  couche  si  mince  v\ 
»  m  superficielle,  à  cause  de  la  richesse  des  parties  en  albumine  et  en  fibrine. 
»>  qn'fl  n'y  aiu*a  pour  ainsi  dire  pas  de  perte  de  substance^  mais  le  fait  n'en 
»  existera  pas  moins.  »  (Burin  Dubuisson,  Traité  ^r  ie  perehlonire  de  fer^  p.  99. 

« Il  se  formera  une  eschare  noirâtre  superficielle,  ferme  et  bien  limitée. 

»  0Î1  il  est  facile  de  retrouver,  vers  les  couches  profondes,  les  éléments  histolo- 
»  giquesdes  tissus  fWippës  de  mort.  »  (Gh.  Sarfasin,  Dict,  de  méd.  et  de  cAtr.,  t.  VI. 
p.  581.) 

Si  l'on  examine  ce  qui  s'est  passé  du  côté  des  vaisseaux  capillaires,  on  trouve 
le  saUg  coagulé  dans  Tintérieur  de  ces  vaisseaux  et  la  circulation  arrêtée.  Dan> 
les  veines  la  même  chose  se  pi'oduit  ;  il  se  forme,  à  l'ouverture  béante  des  vais- 
seaux, un  caillot  obturateur,  qui  bientôt  contracte  des  adhérences  avec  les  pan>i^ 
vasculaires  et  amène  graduellement  l'oblitération  du  vaisseau  à  son  extrémité 
périphérique. 

Des  injections  faites  sur  des  animaux,  sacrifiés  huit  et  dix  jours  api'ès  l'appli- 
cation du  perchlorure  de  fer  sur  une  surface  d'amputatiou^  aussitôt  après  la  chute 
de  la  couche  escharotique,  —  injections  faites  avec  soin,  avec  du  m^^ure,  de 
manière  à  pénétrer  le  plus  loin  possible,  —  m'ont  permis  de  constater  que«  au 
bout  de  ce  temps,  l'oblitération  des  vaisseaux  veineux  est  effectuée  jusqu'à  une 
hauteur  de  i  centimètre  à  i  centimètre  et  demi  au-dessus  de  la  suiface  de  la 


BOURGADE.  —  PROPHYLAXIE  DES  ACCIDENTS  CONSÉCUTIFS  AUX  OPÉRATIONS.  231 

plaie.  Les  mêmes  injections,  faites  au  bout  du  même  temps,  sur  les  vaisseaux 
d'une  plaie  non  soumise  au  perchlorure  de  fier,  sont  loin  de  donner  les  mêmes 
résultats.  Combien  de  fois,  d'ailleurs,  dans  les  autopsies,  n'a-t-on  pas  constaté 
qu'au  bout  d'un  temps  même  plus  long,  l'ouverture  des  vaisseaux  était  encore 
béante  et  baignant  dans  le  pus  fourni  par  la  plaie. 

Ainsi,  le  perchlorure  de  fer  à  30  degrés;  appliqué  sur  une  surface  sanglante, 
y  coagule  instantanément  tous  les  liquides,  arrête  la  circulation  dans  les  capil- 
laires, obture  l'ouverture  des  veines,  et  produit  de  plus  une  eschare  supei-ficieîle, 
mais  durable,  puisqu'eUe  ne  se  détache  pas  avant  le  huitième  jour. 

Ceci  posé,  on  s'explique  sans  peine  le  mode  d'action  de  la  solution  de  Pravaz 
dans  la  prophylaxie  de  l'infection  purulente. 

En  effet,  toutes  les  théories  par  lesquelles  on  explique  la  production  de  cette 
redoutable  maladie  se  réduisent  à  deux  :  pénétraHon  directe  dans  la  circulation 
du  pus  ou  de  ses  éléments  dissociés;  production  d'une  phlébite  suppurative  ou 
d'une  angioleucite. 

<>r,  l'obturation  des  vaisseaux  et  la  production  d'une  e^hare  superficielle, 
mais  durable,  devront  opposer  une  baiTière  infranchissable  à  la  pénëtratioti  dans 
\v  sang  de  toute  substance  toxique. 

D'un  antre  côté,  la  formation  de  caillots  obturateurs  à  l'ouverture  des  vais- 
seaux divisés,  en  déterminant  une  légère  phlébite  odhéHiye  et  obtitératriet^  devra 
>'opposer  à  la  formation  d'une  phlébite  suppurcOive, 

Ainsi  se  trouvent  écartées  les  deux  causes  qui,  de  l'aveu  de  tous  les  chirur- 
L'ieDs,  peuvent  produire  rtnfectionimru/^n^e. 

Phlébite  des  os.  —  Le  même  phénomène  doit  aussi  se  passer  pour  les  vaisseaux 
Umphatiques  et  les  veines  osseuses;  sur  les  os,  en  effet,  on  remarque  qu'il  se 
dépose  une  couche  mince,  0  est  vrai,  mais  plus  persistante  que  la  couche  des 
parties  molles.  M.  Salleron  avait  déjà  noté  ce  fait. 

«  Sur  les  extrémités  ou  surfaces  osseuses,  dit-il,  la  coloration  est  plus  foncée, 
y  plus  uniforme,  plus  persistante  :  il  semble  qu'elle  pénètre  l'os  par  imbièition 
»>  nu  qu'eUe  attaque  chimiquement  la  lame  superficielle  ;  elle  disparait  lente- 
»  ment,  niais  elle  est  tout  aussf  inoflensive  et  parait  même  favoriser  la  formation 
»  de  granulations  qui  ne  tardent  pas  à  s'établir.  Sur  les  cartilages,  elle  est  encore 
»  plus  noire,  plus  persistante,  et  ne  disparait  que  par  leur  exfoliation  ou  leui*  éli- 
»  mination,  qu'elle  accélère  d'une  manière  incontestable.  » 

Ainsi  les  surfaces  osseuses  étant  recouvertes  d'une  couche  suffisamment  protec- 
trice, les  veines  osseuses  ne  doivent  ni  absorber,  ni  s'enflammer. 

Ostéomyélite.  —  Cette  couche  prolectrice  doit  aussi  prévenir  la  formation  de 
i'ostéomy élite.  Cette  redoutable  complication  des  amputations  n'est  point  primi- 
tive. On  sait  qu'elle  se  développe  surtout  consécutivement  aux  suppurations  pro- 
longées, alors  que  la  section  osseuse  baigne  dans  un  pus  souvent  altéré.  Or,  la 
couche  noire  et  dure  dont  le  perchlorure  de  fer  recouvre  cette  section,  doit  la 
protéger  suffisamment  contre  cette  action  morbigène  du  pus,  et  à  peine  est-elle 
tombée,  qu'on  la  voit  rapidement  être  remplacée  par  des  granulations,  et  bientôt 
par  des  bourgeons  charnus  qui  constituent  à  leur  tour  une  enveloppe  plus  pro- 
tectrice encore. 
Aussi  n'ai-je  point  vu  l'ostéomyélite  se  produire  chez  mes  amputés. 
Infection  puttide.  —  Le  pansement  au  perchlorure  de  fer  doit  mettre  encore  le 
malade  à  l'abri  de  l'infection  putride.  On  sait,  çn  effet,  que  le  sel  de  fer  consti- 
tue un  de  nos  meilleurs  désinfectants,  en  coagulant  et  solidifiant  les  liquides 


232    coNGuks  M(^:i>i(:AL  international.  —  tboisièmk  s^:ancb  de  jodb. 

Qbrino^albuniineuXy  produits  do  sdcri^tions  viciéts  ou  de  décompositions  diverses  ; 
aussi  les  plaies  sur  lesquelles  on  l'applique  ne  répandent-elles  aucune  mauvaise 
odeur. 

Cependant,  au  moment  où  la  couche  escharotique  commence  à  se  détacher,  il 
s'écoule  des  fluides  purulents  d'un  gris  noirâtre^  qui,  parfois^  répandent  une 
odeur  fétide  due  sans  doute  à  quelque  décomposition  chimique.  Mais  ce  phéno- 
mène est  essentiellement  transitoire  ;  je  ne  l'ai  jamais  vu  se  prolonger  au  delà  de 
quai*antc-huit  heures^  abandonné  à  lui-même,  et  je  l'ai  toujours  vu  céder  rapi- 
dement sous  rinfluencc  de  lotions  chlorurées. 

Je  n'insisterai  pas  sur  la  possibilité  de  prévenir,  par  ce  mode  de  pansement*  les 
hémorrhagies  consécutives,  qui  constituent  parfois  un  accident  si  sérieux  à  la 
suite  des  amputations.  Les  propriétés  hémostatiques  bien  connues  du  perchlo- 
rure  de  fer  me  dispensent  d'entrer  dans  d'autres  détails. 

J'ajouterai  seulement  ceci  :  que  l'excitation  produite  à  la  surface  d'une  plaie 
sanglante  par  la  solution  de  Pravaz  pure  m'a  souvent  permis  de  retrouver  un 
vaisseau  qui  échappât  à  la  ligature  et  aurait  pu  donner  lieu  à  une  hémoTrha^ie 
consécutive,  en  prov«)quant,  )Kir  eette  ewcitattoUf  l'écoulement  sanguin  momenta- 
nément suspendu. 

Érysipéks  grave$,  —  Reste  la  gi*ande  question  des  érywpèles  graves,  qui,  depui> 
quelques  années,  a  acquis,  comme  le  dit  si  bien  le  programme  du  Comité,  une 
si  grande  importance  à  la  suite  des  opérations  chirurgicales. 

Je  n'ai  pas  encore  recueilli  les  éléments  suffisants  pour  asseoii*  une  opinion 
scientifique  touchant  l'influence  de  l'application  de  la  liqueur  chloroferrique 
sur  la  production  de  ce  redoutable  accident  des  plaies  d'opération. 

Tout  ce  que  je  puis  dire,  c'est  que  j'ai  vu  un  certain  nombre  de  fois,  —  il  fois 
sur  95,  —  se  développer  autour  des  plaies,  après  le  pansement  au  perchlorure 
de  fer,  un  érythème  peu  intense,  qui  a  tougours  cédé  en  quelques  jours  a  des 
soins  fort  simples. 

Une  seule  fois  j'ai  vu  sun^enir  un  érysipèle  du  bras  à  la  suite  de  l'ablation 
d'un  sein  et  d'un  énorme  chapelet  de  ganglions  sous-axillaires.  Mais  cette 
femme,  dont  le  bras  était  œdématié  depuis  plusieurs  mois,  avait  déjà  éprouu' 
plusieurs  érvsipèles  du  nu^me  genre. 

lY.  —  Conclusions. 

De  tout  ce  qui  précède,  il  me  semble  résulter  que  l'application  d'une  solution 
pure  de  perchloinire  de  fer  à  30  degi'és,  faite  en  couche  suffisante  sur  toute  plaie 
résultant  d'une  opération,  aussitôt  que  cette  opération  est  terminée  et  la  plaie 
soigneusement  lavée  et  abstergée,  paraît  prévenir  la  plupart  des  accidents  gravt^^ 
qui  en  sont  souvent  la  suite,  et  qui  sont  de  nature  à  entraîner  la  mort. 

Elle  parait  les  prévenir  en  mettant  les  plaies  dans  des  conditions  analogues  ù 
celles  qui  sont  produites  par  les  cattstiques. 

C'est,  du  moins,  ce  ^u'U  m'est  permis  de  conclure  d'une  expérience  de  piv^ 
de  cinq  années,  et  de  l'obseiTation  de  95  malades,  ayant  tous  subi  des  opérations 
regardées  comme  sérieuses  et  pouvant  entraîner  la  moH,  et  qui,  tous  sans  excep- 
tion, ont  guéri  sans  avoir  éprouvé  d'accidents  grades. 


nOCRGADfi.  -- PROPHYLAXIE  DES  ACCIDENTS  CONSÉCUTIFS  AUX  OPÉRATIONS.    23S 

Voici  le  relevé  statistique  de  ces  opérations  : 

Amputations  de  jambe  (lieu  d'élection) 8 

—  sus-malléolaires 5 

^        du  bras A 

^        de  ravanl-bras 5 

—  partielles  du  pied 3 

Désarticulations  de  doigts 9 

—  d'orteils. A 

EaièTement  de  métacarpiens 3 

Ablations  totales  du  sein  (dont  7  avec  ganglions  sous-maxillaires) .       lA 

—  de  lipomes  très-volumineux  (3  commodes  tètes  d*adultes).        9 

Extirpation  de  tumeurs  ganglionnaires  volumineuses 5 

Ablation  d'un  kyste  du  jarret i 

—  du  genou 2 

—  flu  cou 1 

— >      de  tumeurs  cancéreuses  diverses  des  membres  ou  du  tronc 

(Un  malade,  opéré  7  fois  avec  succès,  ne  figure  que  pour  i  dans 

cette  statistique) B 

Ablation  de  sarcocèles 2 

Extraction  de  séquestres  étendus 3 

Ablation  de  tumeurs  épithéliales  (autres  que  celles  des  lèvres)...  •  9 

TêTAL 95 

M.  le  docteur  Fleury,  professeur  de  clinique  chirurgicale  à  l'École  de  méde- 
cine de  Clermonty  a  en  outre  pratiqué  avec  succès,  par  cette  méthode,  deux 
amputations  de  cuisse  et  deux  de  jambe  au  lieu  d'élection. 

Je  me  crois  donc  suffisamment  automé  par  ces  faits  à  émettre  le  précepte 
suivant  : 

Apres  toute  opéraHon  pratiquée  à  l'aide  de  l'ihstrument  tramhant,  il  fatUy  immé- 
diatement après  avoir  lavé  et  essuyé  la  plaie,  la  recouvrir  d'une  forte  cowhe  de  solw- 
im  de  perchlorure  de  fera  ZO  degrés,  afin  de  prétmir  le  développement  des  accidents 
coMécuUfs. 


Messieurs, 

La  méthode  que  je  préconise  est  issue  d'abord  de  l'observation  d'un  fait  isolé 
que  le  hasard  plaça  sous  mes  yeux. 

Elle  me  semble  avoir  déjà  reçu  une  sanction  clinique  suffisante  pour  mériter 
l'attention  des  chirurgiens. 

Toutefois  je  n'ignore  pas  qu'une  expérimentation  plus  vaste,  faite  par  des 
mains  plus  habiles,  dans  d'autres  lieux  et  môme  dans  d'autres  climats,  est  néces- 
saiie  pour  donner  à  cette  méthode  une  valeur  et  une  autorité  qui  lui  manquent  ; 
c'est  pour  cela  que  j'ai  cru  devoir  porter  cette  question  devant  celte  assemblée, 
qui  compte  d'illustres  représentants  de  la  science  du  monde  entier. 

J'appelle  cette  expérimentation  de  tous  mes  vœux.  Elle  seule  peut  éclairer  la 
question  de  cette  vive  lumière  qui  fait  éclater  la  vérité  à  tous  les  yeux. 

Car,  à  l'exemple  de  l'illustre  médecin  qui  écrivait  autrefois  à  Rome  :  «  Je  n'ai 
[•oint  oublié,  moi  aussi,  que  in  acre  claromontense  seiipsi.  » 


iVl      CONGRfiS   MfiDTCAr.  INTERÎS ATIO^^AT.    —  TROISIÈME  SÉANCE  DE  JOUR. 


IVOT£ 

DE.^   eRAfVBES  0PKR%T10M»   FAITS»  A    L'HOPITAL 

MAtlOm4Ii  El"  ROY  %Ii  BE  liAMT  JOl^EPU 

FE[«B.%MT    âélRH   BOVZE    BERNIBRBS   AMNÉBS 

PAR   M.    A.    BARBOSÂ, 

ProfeMeur  à  PÉcole  médioo-ehinirgictlfl,  Membre  titulure  de  rAcadénié  de«  edeneei  âè  lÂÊhaow, 

Ghirargien  de  rbdpiUl  Suint-Joseph,  Médecin  dn  Rof, 
OéXé^aé  du  (couvernement  portugais  prés  ie  Congrès  médical  internationni  do  Piirit,flc. 


Le  Comité  central  du  Congrès  médical  international  de  Paris  nous  ayant  fait 
l'honneur  de  nous  nommer  son  délégué  corr£spondant  à  Lisbonne^  nous  a\oib 
cru  que  ce  serait  un  devoir  pour  nous  de  répondre  à  cette  flatteuse  invitation  eu 
prêtant  notre  faible  concours  à  Tœuvre  scientifique  dont  il  s'est  constitué  k 
centre. 

Noti'e  gouvernement  nous  ayant  chargé  de  représenter  la  médecine  portu- 
gaise près  le  même  Congrès,  nous  avons  cru  que  nous  étions  par  cela  même  plu*: 
obligé  à  le  faire. 

Pour  bien  répondre  à  la  condition  formulée  dans  le  programme  :  —  «  Lc> 
»  réponses  à  ces  questions  difficiles  et  importantes  devront  être  basées,  autant  quo 
»  possible,  non  sur  des  impressions  ou  des  souvenirs,  mais  bien  sur  des  docu- 
»  nients  statistiques  suffisamment  explicites  et  recueillis  avec  toute  la  rigueur 
»  de  la  science  contemporaine  »,  —  il  nous  a  paru  indispensablede  présenter  une 
statistique,  aussi  complète  que  possible,  des  opérations  de  la  grande  chiiurgie 
pratiquées  à  l'hôpital  général  de  Lisbonne  (Uospitnl  tmcional  e  real  de  Sao  José),  le 
plus  inipoilant  du  Portugal,  et  où  nous  avons  depuis  plusieurs  années,  S4>u< 
notre  direction,  une  vaste  salle  de  chirurgie  (salle  Saint- Antoine). 

Nous  avions  d'abord  l'intention  de  dresser  une  statistique  des  vingt  demière> 
années,  mais  nous  avons  reconnu  l'impossibilité  de  le  faire  avec  les  développe- 
ments désirables,  faute  d'éléments  suffisants. 

Nous  avons  donc  été  forcé  de  restreindre  notre  statistique  aux  douze  deniière> 
années,  de  1855  à  1866  (1). 

Et  encore  pour  ces  douze  dernières  années,  les  pancartes  oiTraient  bien  des 
lacunes,  qui  s'opposent  jusqu'à  un  certain  point  à  ce  que  la  statistique,  sur 
laquelle  nous  basons  notre  travail,  réponde  complètement  aui  différentes  ques- 
tions que  nous  désirons  édaircir. 

(1)  Nous  sommes  heureux  de  pouvoir  déclarer  que  nous  avons  reçu  de  M.  le  conseiller 
Torres  Pereira,  digne  chef  de  l'administration  de  Thâpital  S.  José,  le  concours  le  plus  effi- 
cace afin  d'obtenir  les  documents  dont  nous  avions  besoin  pour  notre  travail. 

Nous  ne  devons  point  non  plus  manquer  de  mentionner  le  nom  de  notre  ami  et  coUèfue  ie 
D'  Pitta,  actuellement  chargé  de  la  direction  de  la  stalislique  médicale  de  l'hdpital  S.  José  : 
il  a  conlribué,  autant  que  possible,  à  ce  que  nos  réquisitions  fussent  satisfaites. 


BARBOSA.     ~   STATISTKJUE   llfeS  OPÈRATroWS   A   l.lSBONNt.  2^C>- 

Telles  sont,  |MU*iiii  ces  lacunes,  le  manque  d'indication  positive  do  In  eatisc 
de  mort,  dans  plusieurs  cas,  ainsi  que  la  note  du  temps  ëcoulë  depuis  Vacci- 
(lent  traumatique  qui  a  etigé  l'amputation,  jusqu'au  moment  où  celle-ci  a  été 
pratiquée,  manque  d'éléments  indispensables  qui  s'oppose  à  ce  que  nous 
pui>sions  connaître  cvactomcnt,  non-seulement  toutes  les  causes  de  mort  après 
••pération,  mais  encore  leur  fréquence  proportionnelle,  ainsi  que  l'influence 
relatire  des  amputations  primitives  et  consécutives  sur  la  mortalité. 

Les  opérations  que  nous  prendrons  comme  base  de  cette  étude  seront  forcé- 
loent  celles  qui,  en  général,  et  à  cause  de  leur  gravité,  peuvent  être  suivie^  do 
mort. 

Nous  ne  tiendrons  compte,  par  conséquent,  ni  des  extirpations  de  tumeturs 
iri^i^Miifiantes,  ni  des  opérations  pratiquées  sur  les  yeux,  ainsi  que  de  l'nréthro- 
lomie,  on  de  l'opération  de  la  fistule  vésico-vaginale,  et  de  bien  d'autres  qui  no 
^mi  suivies  de  mort  que  dans  des  cas  entièrement  exceptionnels. 

11  est  encore  des  opérations,  telles  que  la  lithotritie,  qui,  quoique  pouvant 
•  Ire  d'une  sérieuse  gravité,  ne  figureront  point  dans  notre  statistique,  parce  que 
leur  petit  nombre  ne  prêterait  pas  à  des  inductions  de  quelque  valeur. 

Les  opérations  sur  lesquelles  portent  les  notes  présentées  dans  cet  opuscule 
HTont  donc  les  suivantes  : 

1**  Amputations  des  membres  ; 
2*  Résections; 
3*  Opération  de  la  taille  ; 
4*  Hemiotomie  ;         > 
5*  Ligature  des  artères  ; 
6*  Trachéotomie  ; 
7^  Amputation  du  pénis  ; 
8^  Extirpation  des  tumeurs  ; 
9'  Opérations  obstétricales, 
^oique  nous  présentions  pour  ces  divei*s  genres  d'ppérations  la  statistique 
relative  à  leur  curabllité  et  à  leur  mortalité,  selon  le  sexe  et  î'àge  des  opérés, 
ol  quoique  nous  appréciions  pour  chacune  d'elles  les  causes  de  la  mort,  loule- 
fub  nous  ne  développerons  complètement  toutes  les  données  statistiques  recuoil- 
iio<  que  dans  le  groupe  des  amputations  des  membres. 

Nous  avons  été  forcé  de  nous  restreindre  de  la  sorte  pour  ne  pas  sortir  de  la 
l'oudition  du  programme,  qui  n'accorde  que  vingt  minutes  pour  la  lectui'c  de 
chaque  travail. 
Cette  note  se  trouvera  divisée  en  quatre  sections. 

Dans  la  première,  nous  présentons  la  partie  statistique  fournie  par  les  pan- 
cartes des  opérés  à  l'hôpital  Saint-Joseph,  dans  les  douze  dernières  années,  en 
donnant,  ainsi  que  nous  l'avons  déjà  dit,  beaucoup  plus  de  développement  à  la 
partie  qui  se  rattache  aux  amputations  des  membres. 

Dans  la  deuxiènie,  nous  comparons  la  mortalité  des  amputatiom  pratiquées  en 
l'ortugal  à  celle  de  ces  inêmes  opérations  pratiquées  dans  d'autres  pays,  afui  de 
«contribuer  à  la  résolution  de  la  question  de  l'influence  de  la  race  et  des  climats, 
(iaos  le  résultat  des  opérations. 

I>ans  la  troisième,  nous  récapitulons  toutes  les  causes  qui  déterminent  la  mort 
après  les  opérations,  dans  le  but  de  contribuer  à  la  connaissance  des  formes 
pathologiques  qui  donnent  plus  souvent  lieu,  chet  nous,  h  la  terminaison 
fatale. 


236     CONGRÈS  MÉDICAL  INTERNATIONAL.  —  TROISIÈME  SÉANCE  DE  JOUR. 

Dans  la  quatrième  cnfin^  nous  rappoiions  le  procédé  opératoire,  le  pansement, 
le  régime  diététique,  etc.,  plus  en  usage  chez  nous,  spécialement  dans  les  am- 
putations, et  celui  que,  d'après  notre  propre  expérience,  nous  croyons  être  le 
plus  favorable  au  bon  résultat,  non-seulement  des  amputations,  mais  encore  à 
celui  des  opérations  de  tout  autre  genre. 

Nous  avons  cru,  procédant  ainsi,  nous  conformer  le  plus  possible  aux  trois 
points  indiqués  par  le  programme  du  Congrès,  comme  étant  ceux  sur  lesquels 
l'enquête  devrait  essentiellement  poHer,  savoir  : 

i^  La  mortalité  après  les  opà*ations  chirwgicales  est^elle  égale  dans  tmis  l»^ 
pays,  ou  varie-t-elle  suivant  la  race  et  les  climats  ? 

2^  Les  affections  générales  qui  la  déterminent  se  montrent-elles  portoul  avec  h 
même  fréquence  relative  et  sous  les  mêmes  formes  pathologiques  ? 

3**  Au  cas  où  des  différences  not(U)les  seraient  constatées,  la  part  faite  à  to  race  et 
nu  climat,  quel  ^ôle  cotiviendratt-il  d'assigtier  au  régime,  aux  modes  de  pansemeui 
et  de  traitement,  à  l'hygiém  générale  ?  etc. 

PREMIÈRE  SECTION. 

PARTIE   STATISTIQUE, 

\^  Statistique  générale  des  amputations  des  membres. 

Nous  réunissons  les  données  que  nous  avons  déduites  de  toutes  les  amputations 
des  différentes  sections  des  membres  pratiquées  àl'hôpital  Saint-Joseph  de  li^ 
bonne,  pendant  les  douze  années  dont  notre  statistique  rend  compte. 

Dans  ce  but,  nous  envisagerons  la  curabilité  et  la  mortalité,  pour  les  am- 
putations  des  membres,  sous  le  rapport  du  lieu  où  elles  furent  pratiquées; 
de  Tannée,  des  mois,  des  saisons;  du  sexe,  de  l'âge  et  de  la  constitution 
des  opérés  ;  des  maladies  qui  les  motivèrent  et  qui  causèrent  la  mort  ;  de  la 
durée  de  celles-là  avant  l'entrée  des  malades  à  l'hôpital;  du  séjour  de  ceui-ci 
dans  les  sdles  avant  et  après  l'amputation  ;  et  enfin  sous  le  rapport  des  salles  où 
les  malades  furent  soignés,  avec  désignation  des  conditions  hygiéniques  de  cha- 
cune d'elles. 

Considérons  d'abord  la  curabilité  et  la  mortalité  de  nos  amputations,  sous  le 
rapport  de  la  région  du  corps  où  elles  curent  lieu  : 

0p«réf.         Gttérii.        Morta.     Mortalité  p.  100. 

Cuisse. 62  33  29  46,8 

Jambe. 50  33  17  33 

Pied  (amputation  médio-tarsieune) 2  2  »              » 

Orteil» 16  14  2  12,5 

Bra« 15  10  5  33 

Avant-bras 24  19  5  20,8 

Main  (désarticulation  radio-carpienne) 1  1  »              » 

Doigte 73  72  1               1,37 

«M^^H^^^  «MM^^HV^to»  ^H^^^a^i^^  *«^iHH^>^^» 

Total 243  184  59  24,28 

Nous  avons  donc  eu,  pour  un  total  de  2^3  amputations^  un  total  de  59  niort.s 
soit  2&,28  pour  100. 

En  spécifiant  plus  complètement  les  données  du  tableau  précédent,  nom 
trouvons  les  résultats  qui  suivent  : 


BABBOSA.  —  STATISTIQUE  OES  OPÉRATIONS  A  LISBONNE.  237 

Opérés.        Guérit.         MorU.    Mortalité  p.  100. 

DésartieuUtiim  de  la  cuisse,  i  UmbeaiL.  .2  »  2  100 

Amptttalion  circulaire  des  deux  cuisses. . .  i  »  1  100 

Amputation  de  la  cuisse  (1  a  lambeau  (1), 

58  circttlatres  (2).% 59  33  26  àà,i 

liésarticuUtioo  du  geoou  par  la  méthode 

circulaire. 3  2  i  33,3 

Amputation  de  la  jambe  (circulaire) à7  31  16  34 

Désarticulation  médio-tarsienne,  à  lambeau.  2  2  »  » 

Bésarticulation  des  orteils  (ovale  et  à  lam- 
beau)   16  14  2  12,5 

Bésarticulatioa  scapulo-bumérale  (2  ova- 

laires,  1  à  lambeau) 3  2  1  33,3 

Amputation  circulaire  du  bras 12  8  d  33,3 

BésarticulatîoQ  de  l'avant^bras  (lambeau 

antérieur) 1  1  »  » 

Amputation  circulaire  de  Tavant-bras 23  18  5  21,7A 

Désarticulation  radio-carpienne  (circulaire).  1  1  »  » 

Désarticulation  des  doigts  (ovalaire  et  i 

lambeau). 73  72  1  1,37 

TOTAL 243  184  59  24,28 

fHstribuées  selon  leur  importance  chirurgicale^  les  amputations  dont  noue 
nous  occupons  donnent  les  résultats  suivants  : 

Opéré*»        GuériB»        Mortt.     Mortalité  p.  lÛO* 

Grandes  amputations 154  98  56  36,36 

Petites  amputations. 89  86  3  3,37 

Total 243  184  59  24,28 

Nous  avons  donc  pour  les  grandes  amputations,  celles  de  la  cuisse,  de  la 
jambe  et  médio-tarsienne,  ainsi  que  pour  celles  du  bi'as,  de  Tavant-bras  et  radio- 
carpicnnc,  une  mortalité  de  36,36  pour  100,  et  pour  les  petites,  doigts  et  orteUs, 
celle  de  3,37  pour  100. 

Selon  l'ordre  des  membres  supérieurs  ou  inférieurs,  les  résultats  ont  été  les 
suivants  : 

MEMBRES  INFÉRIEURS. 

Opérés.        fiuéritf.        Morts.     Mortalité  p.  lOO. 

Grandes  amputations. 114  68  46  40,35 

Petites  amputaUons 16  14  2  12,5 

Total 130  82  48  36,92 

membres  supérieurs. 

Opéré».        GaérU.        Morts.     Mortalité  p.  100. 

Grandes  amputations 40  30  10  25 

Petaes  amputations 73  72  1  1,37 

MiMi^^M^M^  ^H^^h^M^^  Wi^H^^B»  ^rm -  -      ■ 

Total 113  102  11  9,73 

(1)  Le  malade  a  fuéri. 

(2)  Va  de  ces  amputés  avait  souffert  sept  ans  auparavant  une  première  amputation  de  la 
cvisse  gauche,  pour  la  même  maladie  (tumeur  bisnche  du  genou),  qui  motiva  plus  tard  Tam- 
pQtation  à  droite  ;  guéri  des  deux  amputations,  il  fut,  quelques  mois  après,  atteint  de  mono- 
naaie  saicide,  et  finit  par  avaler  une  cuiller  d'étain  qu'il  garda  pendant  plusieurs  mois,  et 
V^  rea  retrouva  dans  l'estomac,  à  l'autopsie,  en  même  temps  que  l'on  constatait  l'existence 
ti'on  ulcère  simple,  cicatrisé  dans  sa  plus  grande  étendue,  mais  ayant  donné  à  lieu  a  une 


238      C0NGRË5  HiOii.AL  IMi'JiUNATlONAL.^ TROISIÈME  SÉANCE   IW  JOUR. 


Four  les  membres  inférieurs,  la  mortalité  ayant  été  de  36,92  pour  100, 
«t  de  9,73  pouf  les  supérieurs,  il  s'ensuit  qu'il  y  eut  une  différence  de  29,27 
pour  100  en  faveur  des  seconds. 

Pour  les  grandes  amputations  du  membre  inférieur,  la  aiortalité  a  été  de  k^X^ 
pour  100,  et  pour  les  petites  de  12,5;  au  membre  supérieur,  elle  a  été  de  25 
pour  100  pour  les  grandes  et  de  1,37  pour  les  petites. 

Distribuées  pai*  périodes  de  3  ans,  les  2Zi3  opérations  donnent  : 

opérés.         Guùriii.         Morts.     MorUiile  p.  100. 

De  1855  à  1857 •   58 

De  1858  à  1860 36 

De  1861  à  1863 8? 

De  186d  à  1866 67 


42 

16 

27,59 

27 

9 

26 

58 

24 

29,27 

57 

10 

14,93 

Total 243 


184 


59 


24,28 


Conmie  on  le  voit,  la  diminution  de  mortalité  dans  le  dernier  triennat,  de 
1864  à  1866,  est  très-évidente  : 

Pour  les  trois  périodes  antérieures,  de  1855  à  1863,  la  niorialité  a  varié  de 
25  à  29,27  pour  100,  ou  bien  elle  a  été  en  moyenne  de  27,8ii  pour  100.  nan> 
les  derniers  ti-ois  ans,  elle  a  été  seuleuient  de  14,93  pour  lOU.  11  y  a  donc  in 
une  dillérence  favorable,  ou  de  moindre  morts^lité,  égule  à  12,91  pour  100. 

Quoique  ce  résultat  ne  nous  soit  pas  défavorable,  par  rappoii  à  ceux  obtcim> 
dans  d'autres  pays,  il  Iv  devient  bien  moins  encore  si  nous  nous  rapportons  à 
celui  obtenu  dans  les  deux  dernières  années,  où  le  résultat  de  14  amputations  de 
la  cuisse  a  été  le  suivant  : 


En  1865. 
En  1866. 


Total. 


Opérés. 

7 

7 

14 


Guéris. 

6 
7 

13 


Uorts.     Mortalité  y.  fOO. 

1  14,29 


7,14 


[jSl  mortalité  a  été  donc  à  peine  de  1  pour  14  ou  7,14  pour  100. 

Classés  selon  les  mois  où  elles  eurent  lieu,  nos  amputations  ont  eu  les  ré.sultatr 


suivants  : 


Janvier. 
Février. 
Mars... 
Avril... 
Mai.... 


<)|«ri<.<i.         «iiu<ri«s.         MorU.     MortaliU'  \>.  100. 


Juin 

Juillet 

Août.  . . . 
Septembre. 
Octobre.  . . 
Novembre. 


•  • 


Décembre... . 


•   •    •    • 


•  •  •  •  • 


22 

15 

7 

31,82 

19 

16 

3 

15,79 

25 

16 

9 

36 

20 

16 

4 

20 

14 

8 

6 

42,86 

24 

22 

2 

8,33 

25 

21 

4 

16 

26 

16 

10 

38,46 

15 

11 

4 

26,67 

18 

17 

1 

5,56 

17 

13 

4 

23.53 

18 

13 

5 

27,78 

Total 


243 


184 


59 


24^28 


perforation  qui  causa  la  mort.  —  Un  autre  de  ces  amputés  a  subi,  avec  l'amputation  de  ia 
cuisse,  une  amputation  radio-carpîenne,  toutes  deux  motivées  par  de  graves  lésions  traumati- 
ques  résultant  du  passage  de  plusieurs  waggons  sur  le  corps.  Il  a  été  amputé  dans  notre 
service  et  par  le  procédé  que  nous  préférons  pour  la  cuisse;  pour  la  désarticulation  de  la 
main,  on  a  suivi  la  nicthode  ovalaire.  11  a  guéri  de  cette  double  amputation. 


Guéris. 

Uortf. 

Mortalité  p.  10 

Ad 

15 

25,42 

40 

19 

32,2 

5d 

16 

21,33 

M 

9 

18 

RARUOSA.    —  STATISTIQUE  DES  OPÊHATIONS  A   USBONIMË.  239 

La  plus  gi-ande  mortalité  a  donc  appartenu  au  mois  de  mai  (/iS^Sô)^  ensuite  e^t 
\cm  le  mois  d'août  (38,46)  et  après,  par  ordre  de  plus  forte  mortalité,  mars  (39), 
jdUNier  ;31,82),  décembre  (27,7Hj,  i^eptcmbre  (26,67),  novembre  (23,53;,  avril 
20, juillet  i I6j,  fc>rier  (15,79^,  juin  (8,33),  et  entiu  octobre  (5,56). 

En  groupant  les  mois  par  saisons  météorologiques,  ou  a  les  résultats  du  tableau 
«uivant  : 

Opér^f. 

Biver  (décembre  à  i%v|ier) 59 

Printemps  (mars  à  mai) 59 

Eté  (juin  i  août) 75 

Aatoinoe  (septembre  à  novembre) 50 

Total 2ft3  184  59  24,28 

La  saison  qui  a  offert  une  plus  forte  mortalité  a  donc  été  le  printemps  (32,2 
pnur  400),  ensuite  l'hiver  (25,42),  l'été  (21,33),  et  enfin  l'automne  (18). 

Nos  résultats,  par  rapport  aux  saisons,  ont  donc  été,  jusqu'à  un  certain  point, 
d'accord  avec  ceux  énoncés  par  Malgaignc  dans  sa  statistique.  {Arch.  <jén,  de 
/flf'/.,  nM4,  18ii2,  p.  65.) 

Selon  les  sexes,  les  résultats  furent  : 

Opéitis.         Guéris.         MuiU>.     Mortulitë  [>.  lOO. 

Hommes 217  165  52  23,97 

Femmes 26  19  7  26,92 

Total 243  184  59  24,28 

Sourie  sexe  masculin,  la  mortalité  a  été  de  23,97  pour  iOO,  et  pour  le  fémi- 
nin de  26,92. 

Différence  favorable  pour  les  hommes  égale  à  2,95  pour  100,  et  qui  n'est  pas 
<i'Hccoi*d  avec  les  résultats  fournis  par  les  statistiques  d'autres  pays. 

En  réunissant  les  statistiques  faites  sur  ce  sujet  par  Lawrie  (Laîidon  Medkal 
^'vizHte,  October  1860),  Malgaigne  {Arch,  gin,  de  méd.,  n"  Mx,  18à2),  et  Fenvrick, 
qui  96  rapportent  aux  hôpitaux  de  Glasgow,  Paris,  iNewcastle,  Edimbourg,  etc., 
e(  qui  renferment  1528  opérations,  on  trouve  une  différence  de  7,17  pour  iOO 
en  faveur  du  sexe  féminin.  [Dictionnaire  encyclopédique  des  sciences  tnédicaks,  1865, 
t.  lu,  p.  818.) 

<^ette  différence,  quoique  petite,  n'est  sans  doute  pas  due  à  quelque  circon- 
stance spéciale  à  notre  pays  ;  elle  dépend,  très<^robablement,  d'un  hasard  dû  au 
nombre  limité  des  faits  qui  l'ont  produite. 

L'âge  des  opérés,  divisé  par  période  de  dix  ans,  montre  ce  qui  suit  : 


Upérifs.         Guéris.         Hortii.     Mortalité  ^i.  400. 


De  10  i  20  ans. 
De  30  à  30  ans. 
De  30  è  40  ans. 
De  40  à  50  ans. 
De  50  à  60  ans. 
De  60  à  70  ans. 


64 

52 

12 

18,75 

70 

52 

18 

25,71 

45 

35 

10 

22,22 

31 

22 

9 

29,03 

22 

13 

9 

40,91 

M 

10 

1 

9,09 

Total 243  184  Ô9  24,28 


Si  Ton  excepte  la  période  de  la  vie  de  61  à  70  ans,  où  la  mortalité  tut  à  peine 
de  9,09  j)our  100,  ce  qui,  jusqu'à  un  certain  point,  so  trouM'  d'accord  aVec  la 
'■i.iti^tiqur*  <le  Malî;aipno  \irrh.  [jôn   de  mvd^,  V  séiio,  lS'i2.;  (Vnpivs  laquelle  la 


2^0     CONGRÈS  MÉDICAL  INTfcftNATIO.NAL.  --  TROISIÈME  SÉANCE  D£  JOUR. 

nioilalité  des  amputes  a  été  moins  forte  de  65  à  80  ans  que  de  20  à  65,  l'âge  le 
plus  favorisé  dans  notre  statistique  est  celui  qui  va  de  10  à  20,  dont  la  mortalité 
n'a  été  que  de  18,75  pour  100,  tandis  qu'elle  fut  de  22,22  pour  100  pour  la  pé- 
riode de  30  à  ao  ;  de  25,71  pour  celle  de  20  à  30;  de  29,3  pour  celle  de  /!iO  à  50; 
et  enfin  (^0,91  pour  la  moins  favorisée,  celle  de  50  à  60  ans. 

Si  nous  classons  cependant  tous  nos  opérés,  par  rapport  à  l'âge,  en  trois  pé- 
riodes seulement  :  de  10  à  20  ans  d'abord,  de  20  à  15  ans  ensuite,  et  de  50  à 
70  en  dernier  lieu,  nous  aiTiverons  à  un  résultat  plus  près  de  la  vérité,  comuic 
on  va  le  voir 


I*   * 


npérétj.        Guéri».        Mort«.     Mortalité  p.  iOO. 

De  10  à  20  ans 64  52  12  18,75 

De  20  à  50  ans 146  109  37  25,3â 

De  50  i  70  ans 33  23  10  30,3 

^^^^^"■^^i*  «■^^■^^^^M»  Mw-^^^^^^  j,  ai 

Total 2d3  184  59  24,28 

  la  période  de  10  à  20  ans  répond  la  mortalité  de  18,75  pour  100  ;  à  celle  de 
20  à  50  celle  de  25,3i!(;  et  à  celle  de  50  à  70  celle  de  30,3. 

Elle  a  donc  augmenté  dans  la  raison  directe  de  l'âge. 

Groupant  les  opérés  d'après  leur  constitution,  nous  avons  le  tableau  sui< 
vant  : 

Oliéi-éd.         Guéi-i:}.         Morts.     Mortalité  p.  100. 

Constitution  forte 47  39  8  17,02 

->          moyenne 121  99  22  18,18 

—  faible. 37  24  13  35,14 

—  détériorée 27  16  11  40,74 

—  indéterminée 11  6  5  45,A5 

Total 243  184  59  24,28 

Gonmie  il  était  naturel,  c'est  la  constitution  forte  qui  a  oiîert  la  moindre  mor- 
talité (17,02);  et  après,  par  ordre,  la  moyenne,  qui  a  offert  18,18;  la  faible 
35,1/i,  et  en  dernier  lieu  la  constitution  détériorée,  qui  a  donné  40,7^  poui*  100. 

Les  maladies  qui  déterminèrent  les  amputations  des  membres  varièi'ent  comme 
on  le  voit  au  tableau  suivant  : 

Opéréo.        Guéris.        Morts.    Mortalité  p.  100. 

Plaies  par  arme  à  feu 18  13  5  27,78 

Plaies  contttses,  par  arracbement  et  par 

écrasement 35  29  6  17,14 

Fractures  comminutives 63  50  13  20,63 

Panaris 20  20  »              » 

Cicatrice  vicieuse  et  ankylose 1  1  »              v 

Ulcère  compliqué  de  carie  et  de  gangrène 

d'hôpital 16  9  7  43,75 

Gangrène 9  5  4  44,44 

Carie  et  nécrose 21  19  2              9,52 

Tumeurs  blancbes 40  25  15  37,5 

l'ttbercules  des  os. 1  1  »              » 

Chondrome 2  2  »              » 

Cancer  encéphaloïde 17  10  7  41,18 

Total 243  184  59  24,28 

Comme  on  le  voit,  les  amputations  motivées  par  les  chondromes,  la  cicatrice 
vicieuse  avec  ankylose,  le  panai*is  et  les  tubercules  des  os,  ne  donnèrent  point 
de  moiialité. 


BABB05A.    -^  STATISTIQUE  DES  OPÉRATIONS  A  USBONNE.  2k\ 

Presque  toutes  ces  maladies  siégeaient  aux  doigts  ou  aux  oilciis.  Pour  les 
maladies  qui  ont  causé  la  mort,  elles  se  rangent  comme  il  suit,  par  ordi'e 
croissant  :  carie  et  nécrose,  9,52  pour  100  ;  plaies  contuses,  par  écrasement  et 
par  arrachement,  17,1^;  fractures  conuninutives,  20,63;  plaies  par  arme  à 
feu,  27,78;  tumeurs  blanches,  37,5;  cancer  encéphaloîdc,  /!il,18  ;  ulcère  com- 
pliqué, 43,75  ;  et  enfin  gangrène,  Uli,Uh. 

En  séparant  en  deux  groupes  ces  opérations,  selon  que  la  cause  qui  les  a  mo* 
tivëes  était  traumatique  ou  organique,  nous  avons  le  tableau  suivant  : 

Opérés.         Giiét'is.        Murta.     MorUlitô  p.  100. 

Amputations  traumatiques 116  92  2A  20,69 

AmpuUtioos  pathologiques i27  92  35  27,56 

Total 2àZ  484  59  24,28 

La  différence  en  faveur  des  amputations  traumatiques  a  donc  été  de  6,87 
[K)iir  100. 

I^  résultat  de  notre  statistique  à  ce  sujet  se  trouve  en  opposition  avec  celui 
<ics  statistiques  d'autres  pays,  qui  ont  montré  une  mortalité  plus  favorable  pour 
b  opérations  pathologiques. 

Dans  les  statistiques  déjà  citées  de  Lawrie,  Malgaigne,  Fenwick,  et  dans  celles 
de  Trélat  (BulL  de  l'Acad.  de  méd.,  t.  XXVII,  1862,  p.  591),  qui  rapporte  les  am- 
putations faites  aux  hôpitaux  de  Paris,  de  iSUS  à  1861,  on  trouve  663  décès 
mrun  total  de  1225  amputations  traumatiques,  et  650  décès  sur  1751  pour 
cause  organique. 

Dans  toutes  ces  statistiques,,  on  trouve  toujoui*s  un  résultat  moins  favorable 
pour  les  amputations  traumatiques,  comme  17,80  pour  100,  à  l'exception  de 
celle  de  Fenvrick,  par  rapport  aux  amputations  de  l'avant-bras. 

La  difiTérence  en  faveur  des  amputations  pour  cause  organique,  dans  les  hô- 
pitaux des  plus  grandes  viUes,  dépendrait-elle  de  la  gravité  proportionnellement 
plus  grande,  et  bien  plus  fréquente,  des  accidents  traumatiques  de  la  plus  haute 
granité,  causés  par  les  puissantes  machines  qui  abondent  dans  les  grands  foyers 
de  l'industrie? 

Le  résultat  contraire,  obseiTé  chez  nous,  tiendrait-il  de  son  côté  a  la  moindre 
iréquence  de  ces  terribles  accidents  à  Lisbonne,  ou  bien  à  quelque  condition 
inconnue  de  race  ou  de  climat?  C'est  ce  qu'il  ne  nous  parait  pas  facile  de  ré- 
soudre. 

La  durée  de  la  maladie  avant  l'entrée  à  l'hôpital  a  paru  influer  sm-  le  résultat 
de  toutes  nos  amputations  de  la  manière  suivante  : 

Oi>éréf.         Guéris.        Morts.     Mortalité  p.  100. 

De  l  à  10  jours 59 

De  11  •  30  jours 15 

De  1  i  2  mois • 1 

De  2  i  6  mois. 10 

De  6  mois  à  i  an. .  .'^ 16 

Dn  an  et  au-dessus 26 

Indètarmiiiée 116 


47 

12 

20,34 

14 

1 

6,77 

1 

» 

» 

7 

3 

30 

12 

4 

25 

19 

7 

26,92 

84 

32 

27,59 

Total 243  184  59  24,28 

Ce  n  est  que  dans  127  cas,  un  peu  plus  de  la  moitié,  que  Ton  a  pris  note 

16 


2Ù2      C0.NGRË5  MtOiCAL  INTERNATIONAL.    —  TROISlftME  SÊAM<;E  1>£  JOIR- 

exacte  de  la  durée  de  la  maladie  avant  l'entrée  des  malades  à  l'hôpital. 

Abstraction  faite  de  la  période  de  un  à  deux  mois^  à  laquelle  appartenait  un 
seul  malade,  qui  a  guéri,  nous  trouvons  que  la  mortalité  a  été,  par  ordre  crois- 
sant, la  suivante  : 

De  41  à  30  jours,  6,77  pour  100;  de  1  à  10  mok,  20,94;  de  6  à  12  oioîn 
25;  au-dessus  d'un  an,  26,92;  et  enfin  de  2  à  6  mois,  plus  forte  mortalité, 
30  pour  1 00. 

Par  rapport  au  temps  du  séjour  à  l'hôpital  avant  ropération>  les  résultats  ont 
été  les  suivants  : 

Opérés.        Guéris.        MortH.     MorUlité  p.  100. 

De  1  à  10  Jours 133  108  25  18,80 

De  11  à  30  jours 45  35  10  22,22 

De  1  à  2  moii 26  17  9  34,62 

De2à6moi8 22  10  12  5d^55 

De  6  mois  à  1  an 12  10  2  16,67 

Au'dessus  d'un  an 5  A  1  20 

Total 243  184  59  24.28 

D'après  le  tableau  qui  précède,  les  malades  qui  ont  séjourné  de  2  à  6  iiioi> 
avant  d'être  opérés,  ont  offert  une  plus  forte  mortalité  (5^,55  pour  100)  ;  ensuile 
et  par  ordre  décroissant,  ceux  qui  sont  restés  de  1  à  2  mois  (34,62),  de  It  à 
30  jours..(22,22),  au  delà  d'un  an  (20),  de  1  à  10  jours  (18,80),  et  enfin,  de  6  à 
12  mois  (16,67  pour  100). 

Si  l'on  dresse  le  tableau  précédent  de  manière  que  le  séjour  des  malade> 
avant  l'opération  ne  soit  séparé  qu'en  deux  périodes,  l'une  de  un  jour  à  deiii 
mois,  et  l'autre  au  delà  de  deux  mois,  nous  trouvons  ce  qui  suit  : 

opérés.         Guérin.        Mort».      Mortalité  p.  100 

De  1  jour  i  2  mois. 204  160  44  21,57 

Au  delà  de  2  mois. 39  24  15  38,46 

Total 243  184  59  24,28 

Différence  en  faveur  du  séjour  jusqu'à  deux  mois  :  16,89  pour  100. 

Dans  le  but  d'apprécier  la  mortalité  relative  à  nos  116  amputations  traumati- 
qucs,  selon  qu'elles  auraient  été  primitives  ou  consécutives,  nous  avons  soigneu- 
sement cherché  à  les  classer  d'après  ces  deux  catégories  ;  malheureusement,  de«> 
notes  exactes  nous  manquaient,  si  ce  n'est  pour  32  d'entre  elles  qui  ont  été  faite« 
dans  les  premières  trente-six  ou  quarante-huit  heures  après  l'accident  qui  le$  a 
motivées  ;  pour  les  SU  autres,  ou  bien  il  a  été  avéré  qu'elles  ont  été  consécutive*, 
ou  bien  la  note  de  la  durée  de  la  maladie  avant  l'opération  n'avait  pas  été  prise. 

Considérées  de  la  sorte,  nos  116  amputations  traumatiques  nous  donnent  ce  qui 
suit  : 

Opérés.        Gnéris.        Morts.     Mortalité  p.  100. 

Amputations  primitives 32  24  H  25 

Amputations  consécutives  (ou  sans  dési- 
fnation  du  temps) 84  68  16  49,05 

Total 116  92  24  20,69 

11  y  eut  donc  une  différence  de  5,95  pour  iOO,  presque  6  pour  100,  en  faveur 
des  amputations  consécutives^ 


BARBOSA.    —  STATISTIQUE   DES  OPÉRATIONS  A  LISBONNE.  2:i3 

d'^s  ri'sultab5  soiil  eu  désaccord  avec  les  statistiques  déjà  citées  de  Lawiio,  Mal- 
.ai^ne,  Trélat,  Fenwick,  etc.,  qui  comprennent  5599  amputations  primitives  et 
2265  consécutives  (Legouest,  Dict  encycl.  des  sciences  méd,,  t.  ill),  d'après  le»- 
luelles,  à  l'exception  de  celles  de  la  cuisse,  les  amputations  primitives  sont  plus 
MtuTent  suivies  de  succès  que  les  consécutives. 

Inutile  d'insister,  au  sujet  de  ces  amputations,  sur  la  remarque  déjà  faite  de 
nutre  petit  nombre  de  cas  et  de  T incertitude  où  nous  avons  dit  être  au  sujet  de 
)  exacte  classification  de  toutes  nos  amputations. 

Le  temps  du  séjour  de  nos  opérés  à  Thôpitai  après  les  amputations  a  été  comme 
il^uit  : 

Opérés.        Guéris.        Morte.     Mortalité  p.  100. 

1^1  à  30  jours. 90  A9  Al  A5,56 

De  31  à  AO  jonrs 38  32  6  15,79 

De  41  à  60  jours 38  35  3  7,89 

De  2  à  3  moU 38  30  3  9,09 

Des  16  mois. 39  SA  5  12,82 

De  6  mois  à  i  an 5  A  1  20 

Total 2t3  18A  59  24,28 

Des  59  décès  sur  nos  243  opérés,  &1  ont  eu  lieu  dans  les  premiers  30  jours, 
)ii67,8  pour  100,  et  les  18  autres,  de  1  à  12  mois,  dans  Tordre  décroissant  qui 
^(lU  :  6  à  12  mois,  31  à  40  jours,  3  à  6  mois,  2  à  3  mois,  et  enfin  ki  à  60  joui^s. 

Par  rapport  aux  différentes  salles,  nous  avons  eu  les  résultats  suivants  : 

opérés.        Gnérifl.        Morts.     Mortalité  p.  100. 

Salle  Saint-Maur 32  20  12  37,5 

Salle  Saint-François 28  19  9  32,14 

Salle  Saint-Pierre 11  8  3  27,27 

Salle  Saint-Antoine. 30  22  8  26,67 

**••  •  ^  SaUe  Saint-Charles 4A  34  10  22,73 

SaUe  Saint-Onuphre. 54  44  10  18,52 

Salle  Saintilean-Bapttste.. . . .  9  9  »              » 

Chambres  particulières. 9  9  »              » 

Salle  Sainte-Quitère 9  5  4  44,44 

rBons...{  SaUeSainte^eanne 9  8  1       .     11,11 

SaUe  Sainte-Harguerite 8  6  2  25 

Total 243  184  59  24,28 


••( 


La  salle  qui  a  offert  la  plus  forte  mortalité,  c'est  Sainte-Quitère  ((iti,UU),  ensuite 
Sainl-Maur  (37,5),  Saint-François  (32,l/i),  Saint-Pierre  (27,27),  Saint-Antoine 
26.67),  Sainte-Marguerite  (25),  Saint-Charles  (22,73),  Saini-Onuphre  (18,52), 
^ainte-ieanne  (114i)-  ^^^  services  n'offrirent  point  de  mortalité  :  les  chambres 
(•articulièrcs  et  Saint-Jean^Baptiste. 

L'exposition  des  salles  a  donné  les  résultats  énoncés  dans  le  tableau  suivant  : 

opérés.         Guéris.        Morta.     Mortalité  p.  100. 

S«il — Chambres  particulières,  salle  Sainte- 
Jeanne. 18  17  1  5,5« 

lit,  siid  et  nord  ■  —  Salles  Saint-Onuphre, 
Saint-Maur,  Saint- Antoine,  Sainte-Qui- 
tère,  Sainte-Marguerite,  Saint-François.     161  116  45  27,95 

Nord  et  ouest  —  Salles  Saint-Jean-Bap- 
tiste et  Saint-Pierre 20  17  3  15 

Sord,  est  et  ouest.  —  Salle  Saint-Charles.       44  34  10  22,73 

Total 243  184  59  24,28 


2hU     CONGRES  MÉDICAL  INTERfïATlONAL.   —  TROISIÈME  SÉANCE  DE  JOUR. 

C'est  l'exposition  composée  est,  sud  et  nord  qui  a  donne  la  plus  forte  mortalilc 
(27,95),  ensuite  celle  nord,  est  et  ouest  (22,73),  ensuite  encore  celle  nord  cl 
ouest  (15),  et  enfin  la  plus  favorisée,  celle  du  sud  (5,56  pour  100). 

Groupées  par  étages  dans  le  but  d'apprécier  l'influence  de  ceux-ci  sur  le  suc- 
cès des  amputations,  les  différentes  salles  ont  offert  les  résultats  suivants  : 

Opérés.        Guéris.        Morts.     Mortalité  p.  iOO. 

Rex-de-chau88ée.  -^  Salles  Saint-Onupbre, 

Saint-Maur,  SaiatrJean-Baptiste. 95  73  22  23,16 

l*r  étaf e.  —  Salles  Saint-Charles,  Saint- 
François,  Saint-Pierre 83  61  22  26,51 

2*  étage.  ^  Salle  Saint-Antoine,  chambres 
particulières 39  31  8  20,52 

3*  étage.  —  Salles  Sainte-Jeanne,  Sainte- 
Marguerite,  Sainte-Quitère 26  19  7  26,92 

^^^^^^^^^^B  ^^^^B^^^^^.^  M«^V^^M.^^i^i^  ^|^V^^1^V*.^^>^B 

Total 2&3  ISA  59  2A,28 

Comme  on  le  voit,  les  étages  les  moins  favorisés  furent  le  troisième  et  le  pre- 
mier; le  plus  favorisé,  le  deuxième,  et  entre  les  deux  extrêmes,  le  rez-de- 
chaussée. 

Le  nombre  de  fenêtres  par  lit  a  donné  les  résultats  qui  suivent  : 

opérés.        Gaéris.        Morts.     Mortalité  p.  106. 

1  fenêtre,  1  lit.  —  Chambres  particulières.        9  9  »  » 

6  à  10  fenêtres,  32  à  54  lits.  —  Salles  Saint- 
Maur,  Saint-François,  Saint-Jean-Bap- 
tiste, Saint-Pierre,  Sainte-Jeanne,  Sainte- 
Marguerite 97  70  27  27,8& 

12  à  14  fenêtres,  54  à  55  lits.  —  SaUes 
Saint-Antoine,  Saint-Onuphre,  Sainte- 
Quitère 93  71  22  23,66 

22  fenêtres,  34  lits.  —  Saint-Charles 44  34  10  22,73 

Total 243  184  59  24,28 

Comme  on  le  voit,  la  mortalité  a  été  d'aut^t  plus  forte,  que  le  nombre  d(> 
fenêtres  s'est  trouvé  plus  petit,  par  rapport  au  nombre  de  malades. 

Dans  les  salles  de  6  à  10  fenêtres  pour  32  à  54  lits,  la  mortalité  a  été  la  plu> 
forte,  c'est-à-dire  de  27,84  pour  100. 

Elle  a  été  plus  favorable  pour  les  salles  de  12  à  14  fenêtres  pour  54  à  55  lib 
(23,66).  Dans  la  salle  de  Saint-Charles,  qui  a  22  fenêtres  pour  34  lits,  la  morta- 
lité a  été  plus  favorable  encore  (22,73),  et  elle  Teût  été  bien  davantage  si  ^^ 
plupart  des  opérations  qui  eurent  lieu  dans  cette  salle  n'avaient  été  des  plu« 
graves  (1). 

Dans  les  chambres  particulièi'es,  où  chaque  malade,  sans  compter  d'autre^ 
bonnes  conditions  hygiéniques,  a  une  fenêtre  sur  le  jardin,  il  n'y  eut  aucun 
décès  sur  9  opérations,  dont  2  amputations  de  cuisse,  2  de  jambe  et  2  de 
bras. 

La  population  de  chaque  salle,  d'après  le  nombre  de  lits,  a  donné  les  résultat^ 
qui  suivent  : 

(1)  Dans  44  opérations  faites,  il  y  eut  33  amputations  de  cuisse,  jambe,  bras,  avant-hras 
médio-tarsienne  et  radio-carpienne. 


BARB08A.   —  STATISTIQUE  DES  OPÉRATIONS  A  LISBONNE.  265 

Opérés.         Guéris.        Morts.     Mortalité  p.  400. 

1  lit.  —  Chambres  particulières. 9  9  »  » 

32  à  39  Uls.  —  Salles  Saint-Charles,  Saint- 
Jean  -  Baptiste,  Saint  -  Pierre,  Sainte- 
Jeanne. 73  59  ià  19,48 

A7  i  48  lits.  —  SaUes  Saint^Maur,  Saint- 
François 60  39  21  35 

hh  i  55  UU.^  Salles  Saint-Antoine,  Saint- 
OttuphrOy  Sainte-Marguerite,  Sainte-Qul- 
tère 101  77  24  23,76 

Total 243  184  59  24,28 

La  mortalité  a  été,  en  général,  comme  le  nombre  de  lits  pour  chaque  salle. 

Pour  les  chambres  particulières,  où  il  n'y  a  qu'un  malade,  elle  a  été  nulle  ; 
])Our  les  salles  de  32  à  39  lits,  elle  a  été  de  1,18  ;  pour  les  salles  les. plus  peu- 
plées, de  kl  à  48,  elle  est  montée  à  35  pour  100.  Elle  est  descendue  cependant 
à  23,76  pour  les  salles  de  56  à  55  lits.  Cette  contradiction,  qui  n'est  pas  la  seule, 
>'eiplique  par  les  conditions  hygiéniques  plus  favorables  qui  se  trouvent  dans 
ce$  aaUes,  particulièrement  dans  celles  de  Saint-Onuphrc  et  Saint-Antoine,  plus 
castes,  mieux  aérées,  bien  exposées,  et  ayant  beaucoup  de  lumière,  ce  qui 
n'exl<te  pas  pour  celles  de  Saint-Maur  et  Saint-François,  qui  se  trouvent  dans  de 
très-mauvaises  conditions  de  ventilation,  de  lumière  et  de  capacité. 

La  capacité  cube  de  chaque  salle,  par  rapport  au  nombre  de  lits,  a  donné  les 
nsuJtats  suivants  : 

Opérés.         Guérit.         Morto.     MorUlité  p.  100. 

20  à  26  mètres  cubes  d'air  par  malade.  — 
Salles  Sainte- Jeanne,  Sainte -Quitère, 
Sainte-Marguerite 26  19  7  26,92 

Al  à  53  m.  c.  —  Salles  Saint-Maur,  Saint- 
François,  Saint- Jean -Baptiste,  Saint- 
Kerre 80  56  24  30 

69  i  92  m.  c.  —  Salles  Saint-Charles, 
Saint-Antoine,  Saint-Onuphre,  chambres 
particuUères 137  109  28  20,44 

Total 243  184  59  24,28 

U  plus  forte  mortalité  a  eu  lieu,  comme  on  le  voit,  dans  les  saUes  qui  ont  de 
'il  à  53  mètres  cubes  par  malade,  soit  30  pour  100.  Ensuite  pour  celles  où 
chaque  malade  dispose  de  20  à  26  mètres  cubes,  elle  a  été  26,92;  et  enfin  elle 
a  été  la  moindre  pour  celles  où  il  revient  à  chaque  malade  69  à  92  mètres  cubes, 
c'est4-dire  de  20,^4  pour  100. 

La  contradiction  que  l'on  retrouve  ici  encore  à  l'égard  des  salles  jouissant 
«l'un  plus  fort  cubage  d'air  est  en  partie  expliquée  par  les  meilleures  conditions 
hygiéniques  de  ces  salles,  et  en  partie  aussi  atténuée.par  les  conditions  spéciales 
(les  malades  qui  les  peuplaient. 

lios  caules  de  mort  dans  les  amputations  des  membres  ont  été,  par  ordre  de 
n^Hjuence,  comme  on  voit  au  tableau  suivant  : 


2M     CONGBÈS  MÉDICAL  INTERNATIONAL.  —  ThOISIÈME  SÉANCE   DE  JOUR. 

Infection  purulente 19  cas.  35,85  p.  100. 

Érysipèle  (1) 8  15,09 

Diarrhée 7  13,21 

Cachexie A                   7,55 

Épuisement  nerveux. 3                  5,66 

Gan^ène  du  moignon 2                  8,77 

Pleuro-pneumonie 3                   3,77 

Fièvre  typhoïde? 2                  3,77 

Tétanos 1                   1^88 

Êclampsie  des  opérés. 1                   1,88 

Ostéomyélite  du  moignon 1                   1,88 

Apoplexie  cérébrale 1                   1,88 

Commotion  cérébrale 1                   1,88 

Maladie  de  Bright 1                   1.88 

Indéterminées 6  10,17 

Total 59  cas.         2A,28  p.  100. 

Dans  les  59  cas  rapportés,  la  cause  de  mort  n'a  été  positivement  notée  sur  les 
pancartes  que  pour  53  d'entre  eux.  Dans  ce  nombre^  quoique  restreint^  on  roit 
que  c'est  l'infection  purulente  qui  a  été  la  cause  de  mort  la  plus  fréquentt% 
comme  19  est  à  53  ou  34,72  pour  100;  après  elle  l'éryaipèle  se  montre, 
comme  8  est  à  53  ou  15,09  pour  100  ;  ensuite  la  diarrhée,  comme  -7  est  à  53, 
ou  13^21  pour  100;  ensuite  encore  la  cachexie,  comme  h  est  à  53,  ou  7,;')5 
pour  100  ;  l'épuisement  nerveux,  comme  3  est  à  53,  ou  5^66  pour  100  ;  la 
gangrène  du  moignon,  comme  2  est  à  53^  ou  3,77  pour  100;  la  pleuro-pneu- 
monie et  la  fièvre  adynamique  se  sont  montrées  dans  un  égal  rapport,  et  entin 
le  tétanos,  l'éclampsie,  l'ostéomyélite,  l'apoplexie  cérébrale,  la  commotion  céri'- 
brale,  et  la  maladie  de  Bright,  qui  ont  donné,  chacune  d'elles,  un  seul  cas  do 
mort,  soit  comme  1  est  à  53,  ou  1,88  pour  100.  Les  causes  de  mort  ont  été  in- 
déterminées 6  fois  sm'  59  cas,  soit  10,17  pour  100. 

2'  Résectiofis, 

On  a  fait  à  l'hôpital  Saint-Joseph  13  résections  pendant  les  douze  années  de 
notre  statistique. 

De  ces  13  opérations,  12  eurent  lieu  sur  des  hommes  ;  1  du  maxillaire  supé- 
rieur, pour  un  cancer  de  cet  os,  chez  une  femme  qui  est  sortie  en  très-bon  état, 
sans  reproduction  de  la  maladie. 

Le  tableau  suivant  montre  le  lieu  et  les  résultats  des  résections  : 

opérés.         Ouérifl.        Morte.      Mortalité  p.  100 

Maxillaire  supérieur  (cancer  du  sinus  maxil- 
laire).           3  2  1  33,33 

Maxillaire  inférieur  (3  fois  par  cancer  et 
1  fois  par  carie) à  à  »  » 

Angle  de  l'omoplate  (carie) 1  1  »  » 

Humérus  (extrémité  inférieure),  Aracture 

sortie  de  Tos) 2  2  »  » 

Cubitus  (extrémité  inférieure),  cancer.  ...         1  1  »  » 

Tibia  (extrémité  supérieure  dans  un  cas  de 
nécrose,  inférieure  dans  un  cas  de  frac- 
ture avec  sortie  de  l'os) 2  2  »  » 

Total 13  12  1  7,69 

Le  décès  eut  lieu  quelques  mois  après  par  reproduction  du  cancer,  manife^^tée 
avant  la  sortie  de  la  malade.  * 

(1)  L'érysipèle  a  été  suivi  de  gangrène  du  moignon  sur  six  malades,  de  fièvre  adynamique 
phez  un,  et  de  bronchite  chez  un  autre ^ 


BâRBOSA.    —  STATISTIQUE  DES  OPÉRATIONS  A  TJftRONNE.  lUl 

Nous  ne  ferons  point  de  commentaires  pour  ce  tableau,  ni  pour  les  suivants  : 
leur  brièYeté  nous  en  dispense. 

S^"  Opération  de  la  taUle, 

La  lithotomie  a  été  pratiquée  23  fois  dans  ce  même  laps  de  temps,  comme  on 
le  voit  par  le  tableau  qui  suit  : 

Opérés.        Guéris.        Iforts.     Mortalité  p.  100. 

Hommes 26  ^7  d  34,62 

Femmes. • 2  1  i  50 


Total 28  18  10  35,71 

Les  résultats,  par  rapport  à  l'âge  des  malades,  ont  été  les  suivants  : 
11  y  eut  iU  cas  de  lithotomie  chez  des  hommes  de  10  &  20  ans,  dont  5  morts  ; 
1  seul  chez  une  femme,  suivi  de  guéhson  ;  6  chez  des  hommes  de  20  à  30  ans, 
Junt  II  sont  morts  ;  1  chez  un  homme  de  30  à  40  ans,  guéri  ;  2  chez  un  homme 
et  une  femme  de  Ui)  à  50  ans  :  la  fenmie  est  morte  ;  1  chez  un  homme  de  50  à 
60  ans,  guéri,  ainsi  que  trois  autres,  un  de  60  à  70  ans,  les  deux  autres  de  plus 
Je  70  ans. 
Les  causes  de  mort  se  voient  dans  le  tableau  qui  suit  : 

Gysto-péritonite 6  cas. 

Infiltration  urineuse  et  cysto-péritonite. .  •  1 

Pneumonie 1 

Cachexie 1 

Fièvre  adynamique 1 

Total 10  cas. 

U^  Hemiotomie, 

Nous  avons  eu,  dans  nos  douse  années,  3&  opérations  de  hernie  étranglée; 
dont  21  inguinales  chez  des  hommes,  10  crurales  chez  des  femmes,  et  3  ombi- 
licales :  1  chez  un  homme,  2  chez  deux  femmes,  comme  on  le  voit  par  le.  ta- 
bleau suivant  : 

Opérés.        Guéris.        MorU,     Mortalité  p.  100. 

Hommes.... 22  9  13  59,09 

Femmes. 12  5  7  58,33 

Total 34  14  20  58,82 

Les  causes  de  mort  ont  été  : 

Péritonite 18  cas. 

Perforation  intestinale  et  péritonite 1 

Hémorrhagie 1 


Total 20  cas. 

5'  Ligatures  d'artères. 


Us  plus  importantes  ligatures  faites  à  l'hôpital  Saint-Joseph  ont  été  au  nom- 
m  de  19,  toutes  sur  des  hommes  : 


2'48     CONGBÈS    MÉDICAL  INTERNATIONAL.  —  TROISIÈME  SÉANCE  DE  JOUR. 

Opéj'és.        GiiérÎB.  Morts.     MorUlit»  p.  100. 

Sous-clavière^  anévrysme  de  Taxillaire. . .         1              1  »              » 

Carotide  primitive^  anévrysme. 2               1  1             50 

Humérale,  blessure  de  cette  artère,  ané- 

vrysme  artério-veineux  du  pli  du  coude, 

anévrysme  traumatique  de  la  cubitale..         3              3  i»               » 

Cubitale,  blessure  au  poignet 2              2  »              ■ 

Radiale,  blessure  au  poignet. 1              1  »              » 

Fémorale,  2  anévrysmes  de  cette  artère, 

7  de  la  poplitée. 9               7  2             22,2 

Poplitée,  blessure  par  arrachement  avec 

fracture  du  péroné,  qui  a  été  réséqué. . .         1         .     ■  1            100 

Total 19           15  à           21,05 

Les  causes  de  mort  ont  été  comme  ci-dessous  : 

Gangrène  du  membre  inférieur  de  la  fémorale,  pour  anévrysme  poplité.     3  cas. 
Indéterminée 1 


Total A 

6"  Trachéotomie. 

On  n'a  pratiqué  que  li  de  ces  opérations  sur  des  enfants^  exceptionnellement 
admis,  atteints  du  croup. 

Le  sexe  des  opérés  et  les  résultats  obtenus  se  voient  dans  le  tableau  sui- 
vant : 

Opérés.        Guéris.        Morts.     Mortalité  p.  100. 

Garçons  (6  ans). ., 1  1  »  » 

Filles  (18  mois  à  à  ans) 3  d  3  100 

Total *      4  1  3  75 

La  mort  est  survenue  une  fois  par  asphyxie,  due  à  la  production  de  la 
diphthérite  le  long  des  voies  aériennes,  et  deux  fois  par  intoxication  diphthé- 
ritique. 

7^  AmpiitatUms  du  pénis. 

On  a  pratiqué  19  de  ces  opérations^  toutes  pour  cancer  ou  épithélioma,  avec 
les  résultats  suivants  : 

19  opérés.  16  guéris.  3  morts.  15,79  p.  100. 

Les  causes  qui  déterminèrent  la  mort  furent  les  suivantes  : 

Reproduction  sur  place  du  cancer  opéré 1  cas. 

Ërysipèle 1 

•  Arthrite  suppurée  du  genou  droit  (infection  purulente  ?) .     1 

Total 3  cas. 

8**  Extirpation  de  tumeurs: 

Réunies  dans  un  seul  groupe,  toutes  les  extirpations  de  tumeurs  importantes 
des  différentes  régions  du  corps,  au  nombre  de  407,  pendant  nos  douze  années, 
donnent  les  résultats  suivants  : 


BABBOSA.    —  STATISTIQUE  D£S  OPÊBATIONS  A  USBONNE.  2ft9 

Opérés. 

Adénome 1 

Anérrysme.  • 1 

AtbAroDie.  ••••...••••••• 7 

CardDomes  des  parties  molles,  comprenant 

les  tumeurs  squirrheuses  et  encépbaloïdes 

uleérées  ou  non 189 

Carcinome  des  os  (ostéosarcome) 2 

Chélofde 1 

âéphantiasis  (2  du  scrotum,  1  des  grandes . 

lèvres) , 3 

Epithélioma 37 

Hygroma, 1 

Hypertrophies  (tumeurs  bypertrophiques). .  3 

Kystes. 65 

Lipomes. • 55 

Nélanomes. 1 

Mollusque 1 

Polypes. 3 

Tumeurs  indéterminées 37 


Gnérts. 

Mort!*. 

Mortellté  p.  10 

1 

» 

» 

1 

» 

11 

7 

») 

». 

176 
2 

13 
» 

6,88 

1 

» 

» 

1 

3 

» 

» 

36 

1 

2,7 

1 

a 

» 

3 

» 

9 

6ft 
55 

1 

» 

1,54 

9 

1 

» 

l> 

1 

» 

» 

2 
37 

1 
» 

33,33 

» 

Total 407         391  16  3,93 

Les  causes  de  mort  ont  été  les  suivantes  : 

Cancer  reproduit  sur  place  (3  au  sein,  1  A  la  cuisse) 4  cas. 

Cachexie  cancéreuse  (pour  cancer  au  sein  ou  à  la  cuisse) 2 

Érysipèle  (cancer  au  sein) » 2 

Infection  purulente  (cancer  de  Taisselle  et  cancroïde  de  la  lèvre 

inférieure) 2 

Héfflorrbagie  (cancer  reproduit  de  la  région  sous-maxHlaire). . .  1 

Cachexie  (kyste  de  la  fiîce) 1 

Méningo-encéphalite  (après  extirpation  de  polype  flbro-cartila- 

gineux  du  haut  du  pharynx). . 1 

Fièvre  adynamique  (infection  purulente?  après  extirpation  de 

cancer  du  sein) 1 

Choléra-morbus  épidémique  après  extirpation  du  sein 1 

Indéterminée. 1 

Total 16  cas. 

9*  Opérations  obstétricales, 

a.  ApplicoHom  de  forceps.  —  11  y  a  eu  12  applications  de  forceps,  avec  les 
résultats  indiqués  au  tableau  ci-dessous  : 

Pour  la  mère. . .     12  cas.  10  guéries.  2  mortes.  16,67  p.  100. 

Pour  le  fœtus 4  vivants.  8  morts  (1).     66^67 

Les  causes  de  mort  pour  les  mères  ont  été  l'éclampsie  et  la  pneumonie  avec 
përicardite. 

b.  Versions,  —  La  version'  podalique  a  été  pratiquée  huit  fois,  et  avec  les 
résultats  qui  suivent  : 

Pour  la  mère. . .     8  cas.  6  guéries.  2  mortes.  25  p.  1 00. 

Pour  le  fœtus 2  vivanU.  6  morts  (2).        75 

(1)  Fœtus  morts  avant  Tapplication  du  forceps. 

(2)  Fœtus  également  morts  avant  l'opération. 


250      CONGHfeS  MÉDICAL  ÎNTERNATIDNAT..  —  TROISIÈME  SÉANCE   DE  JOUR. 

c.  Embryotcmie.  —  Une  seule  opération^  suivie  de  mort  par  péritonite. 

d.  Opération  césammie,  —  Quatre  opérations,  toutes  immédiatement  après  la 
mort  de  la  mère,  avec  les  résultats  qui  suivent  pour  le  fœtus  : 

4  cas.  1  vivant.  8  morts.  70  p.  iOO. 


DEUXIÈME  SECTION. 

COMPARAISON  DE  LA  MORTALITÉ  DES  OPÉRAHONS  FAITES  A  L* HÔPITAL  SAINT-JOSEPfl  DE  USBONNL 
PENDANT  LES  DOUZE  DERNIÈRES  AîmÉES,  AVEC  CELLE  CONSTATÉE  DANS  D* AUTRES  PAYS, 
SPÉCIALEMENT    PAR   RAPPORT   AUX    AMPUTATIONS    DES   MEMBRES. 

Les  amputations  des  membres,  faites  à  Fhôpltd  de  Saint-Joseph  de  Lisbonne 
au  nombre  de  243,  donnèrent  lieu  à  59  décès,  c'est-à-dire  à  une  mortalité  de 
24,28  pour  100. 

Dans  les  amputations  de  cuisse,  au  nombre  de  62,  y  compris  une  double 
amputation  de  cette  partie,  une  autre  de  la  cuisse  et  de  la  main,  et  une  désarti- 
culation de  la  hanche,  il  y  eut  29  décès,  soit  46,77  pom*  100. 

Celles  de  la  jambe,  au  nombre  de  50,  donnèrent  17  morts  ou  34  pour  100. 

Les  amputations  du  pied ,  au  nombre  de  18,  2  médio-taraiennes,  16  des  or- 
teils, /lonnèrent  2  morts,  ou  11,11  pour  100. 

Celles  du  bras,  au  nombre  de  15,  y  compris  3  désarticulations  de  l'épaule, 
5  morts,  ou  33,33  pour  100. 

Pour  Tavant-bras,  24,  y  compris  une  désarticulation  du  coude,  5  morts,  ou 
20,83  pour  100. 

A  la  main,  74,  dont  une  désarticulation  de  cette  partie  et  79  amputations  des 
doigts,  1  décès,  ou  1,35  pour  100. 

Si  nous  nous  rapportions  seulement  à  la  statistique  des  trois  dernières  année>. 
nous  aurions  trouvé  des  résultats  bien  plus  favorables  :  ainsi,  pour  les  amputa- 
tions de  la  cuisse  la  mortalité  n'a  été  que  de  17,39  pour  100;  pour  celles  de  la 
jambe,  30,77;  pour  le  bras,  20,  etc.,  etc.      • 

Les  résections,  au  nombre  de  13,  ne  présentèrent  qu'un  décès,  et  encore  la 
mort  n'a  pas  été  causée  par  l'opération,  mais  bien  par  la  reproduction  de  l'en- 
céphaloïde  du  maxillaire  supérieur,  qui  l'avait  motivée  ;  la  mortalité  a  donc  été 
ici  de  7,69  pour  100. 

L'opération  de  la  taille,  pratiquée  28  fois,  a  donné  10  décès,  ou  35,71  pour  100. 

La  hemiotomie,  34  opérés,  20  morts,  ou  58,82  pour  100. 

La  ligature  d'artères,  au  nombre  de  20  cas,  5  décès,  ou  20  pour  100. 

La  trachéotomie,  pratiquée  à  peine  exceptionnellement  à  Saint-Joseph,  hôpital 
pour  adultes  et  vieillards,  et  où  il  n'y  a  de  service  spécial  pour  les  enfants  que 
depuis  très-peu  de  temps,  a  donné  3  morts  sur  4  opérés,  ou  75  pour  100. 

La  statistique  de  cette  opération,  dans  la  clinique  civile,  présente  des  résultats 
bien  plus  favorables.  Pour  notre  part,  dans  22  opérations  faites  dans  la  période 
extrême  du  croup,  nous  avons  eu  8  guérisons,  c'est-à-dire  1  potir  2,75  ou  36,36 
pour  100. 

L'amputation  du  pénis,  faite  19  fois,  présente  3  morts,  ou  15,79  pour  100. 

L'extirpation  de  407  tumeurs  de  nature  diverse,  et  dans  difféi^entes  régions, 
donnst  16  décès,  ou  3,93  pour  100, 


BARBOSA.    —  STATISTIQUE   MOP     ÊATIONS    A    LISBONNE.  251 

Dans  12  applications  de  forceps  il  y  eut  2  décès  pour  les  mères,  ou  16,67 
pour  100,  et  8  pour  le  foetus,  ou  66,67  pour  100. 

La  version  podalique,  8  fois  faite,  a  donné  2  décès  pour  la  mère,  ou  25 
pour  100,  et  6  pour  le  fœtus,  ou  75  pour  100. 

Q  faut  remarquer  cependant  que,  tant  pour  le  forceps  que  pour  la  version, 
les  fœtus  étaient  déjà  morts,  dans  la  plupart  des  cas,  et  n'ont  jamais  souffert  de 
l'opération  pratiquée  pour  les  extraire. 

Dans  &  cas  d'opération  césarienne  faite  sur  des  femmes  mortes  depuis  peu, 
5  fois  l'enfant  était  mort,  mais  1  fois  fl  a  été  extrait  vivant  et  dans  les  meilleures 
conditions  de  viabilité,  75  pour  100. 

Pour  ne  pas  trop  étendre  la  présente  note,  nous  ne  ferons  de  comparaison 
qu  entre  les  amputations,  la  taille  et  la  hemiotomie,  faites  à  l'hôpital  de  Lis- 
lionne,  et  les  mêmes  opérations  faites  dans  d'autres  pays,  dont  les  statistiques 
nous  sont  connues. 

Cwnparaison  de  la  mortalité  dam  les  amputations  des  membres.  —  Si  nous  com- 
parons notre  statistique  à  celle  de  Malgaigne  {Études  statisHques  sur  les  résultats 
'k<  (fraudes  opérations  dans  les  hôpitaux  de  Paris,  in  Archives  générales  de  médecine, 
troinème  et  nouvelle  série,  n**  IS  et  Ift,  §842),  qui  rend  compte  des  opérations 
faites  dans  différents  hôpitaux  de  Paiis  pendant  cinq  ans,  du  1"  janvier  1836 
au  1"  janvier  1841,  nous  trouvons  tout  de  suite  une  différence  qui  nous  est  très- 
favorable,  à 

Sur  852  opéititions  de  la  statistique  de  Malgaigne,  comprenant  les  grandes  et 
petites  amputations  traumatiques  ou  pathologiques,  il  y  eut  332  décès,  ou  38,97 
[K)ur  100. 

Nos  amputations,  n'ayant  donné  que  24,28  pour  100,  présentent  une  différence 
on  notre  faveur  de  14,69  pour  100. 

Le  résultat  nous  est  encore  favorable  si  nous  comparons  séparément  les  grandes 
et  les  petites  amputations. 

Sur  584  grandes  amputations  de  cuisse,  jambe,  partielle  du  pied,  bras, 
avant-bras  et  poignet,  il  y  eut,  dans  les  hôpitaux  de  Paris,  305  décès,  ou  une 
mortalité  de  52,23  pour  100. 

Parmi  nous,  sur  154  grandes  amputations,  il  y  eut  56  décès,  soit  36,36 
pour  100. 

Nous  avons  donc  eu  en  notre  faveur  15,87  pour  100. 

Dans  268  petites  opérations  de  la  statistique  de  Malgaigne,  il  y  eut  27  décès, 
ou  10,07  pour  100. 

Les  nôtres,  au  nombre  de  89,  ont  donné  3  morts,  ou  3,37  pour  100,  une  dif- 
férence de  6,70  pour  100  en  notre  faveur. 

Si  l'on  compare  sdpai'ément  chacune  des  principales  amputations,  telles  que 
la  désarticulation  coxo-fémorale,  l'amputation  de  la  cuisse,  la  désarticulation  du 
2enou,  l'amputation  de  la  jambe,  la  désarticulation  de  l'épaule,  l'amputation  du 
bras  et  de  l'avant-bras,  nous  trouvons  encore  le  résultat  avantageux  que  nous 
allons  citer. 

11  y  a  dans  la  statistique  française  comme  dans  la  nôtre  1  désarticulation  ilio- 
rémoralc,  dont  le  résultat  a  été  fatal. 

Sur  201    amputations  dans  la  continuité  de  la  cuisse,  rapportées  par  Mal-^ 
uaigne,  nous  trouvons  126  décès,  ou  62,69  pour  100.  Il  y  eut  chez  nous  61  am- 
putations de  la  cuisse  dans  la  continuité;  une  d'elles  cependant  a  été  double,  et 
le  malade  est  mort  peu  d'heures  après,  comme  on  pouvait  s'y  attendre. 


252      CONGRÈS  MÉDICAL  INTERNATIONAL.  —   TROISIÈME  SÉANCE  DE  JOUR. 

En  éliminant  celle-ci  qui  n'a  pas  de  terme  de  comparaison  dans  la  statistique 
de  Malgaigne,  il  nous  reste  60  amputations  dans  la  continuité  de  la  cuisse,  dont 
27  morts. 

La  mortalité  a  donc  été  pour  nous  de  45  pour  100,  ce  qui  donne  17,79 
pour  100  en  notre  faveur. 

A  Paris  comme  à  Lisbonne,  il  y  eut  3  désarticulations  du  genou;  nous  n'afons 
perdu  qu'un  malade,  tandis  qu'à  Paris  tous  sont  morts. 

Les  amputations  de  la  jambe  ont  été  au  nombre  de  192  dans  la  statistique  de 
Paris,  avec  i06  décès,  soit  55,72  pour  100.  Parmi  nous,  l'amputation  de  la 
jambe  dans  la  continuité  a  eu,  sur  47  opérés,  16  morts,  soit  34,05  pour  100; 
elle  a  donc  eu  une  mortalité  de  21,67  pour  100  en  moins. 

Dans  la  statistique  de  Paris,  il  y  eut  14  désarticulations  scapulo-humérales  avec 
11  morts.  Il  est  juste  cependant  d'en  éliminer  un  des  opérés,  qui  a  subi, 
outre  la  désarticulation  de  l'épaule,  l'amputation  de  la  cuisse^  et  qui  a  suc- 
combé. 

Ne  comptant  donc  que  13  opérés  et  10  morts,  la  mortalité  a  été  de  76,92 
pour  100. 

Nous  avons  eu  seulement  3  opérés  de  cette  amputation,  dont  1  seul  est  mort. 

La  mortalité  a  donc  été  de  33,33  pour  100,  et  par  conséquent  nous  avons  eu 
une  différence  de  /!i3,59  pour  100  en  notre  faveur. 

Sur  91  amputations  dans  la  continuité  du  bras,  il  y  eut,  à  Paris,  41  décès;  la 
mortalité  a  donc  été  de  45,05  pour  100. 

Nous  avons  eu  12  de  ces  mêmes  opérations  avec  4  décès,  ou  33,33  pour  100; 
par  conséquent  une  différence  de  11,72  pour  100  de  notre  côté. 

La  statistique  de  Malgaigne  rapporte  28  amputations  de  l'avant-bras  avec 
8  décès,  soit  28,57  pour  100.  La  nôtre  en  compte  23  et  5  décès,  ou  21,74 
pour  100,  et  par  conséquent  une  mortalité  moindre  de  6,83  pour  100. 

Notre  statistique  des  amputations  est  donc  incontestablement  plus  favorable 
pour  ce  qui  regarde  la  mortalité. 

Comparaison  faite  des  deux  statistiques  selon  que  les  causes  déterminantes  des 
amputations  ont  été  le  traumatisme  ou  des  lésions  organiques,  et  en  ne  faisant 
entrer  dans  notre  calcul  que  les  grandes  amputations,  nous  trouvons  le  résultât 
suivant  : 

Dans  la  statistique  de  Malgaigne,  sur  188  amputations  traumatiques,  il  y  eut 
119  décès,  la  mortalité  a  donc  été  de  63,30  pour  100;  et  sur  391  pour  cause 
pathologique,  183  décès,  soit  46,80  pour  100. 

Dans  les  amputations  traumatiques,  la  moiialité  a  donc  été  de  16,50  pour  100 
plus  forte  que  dans  celles  pour  cause  organique. 

Dans  notre  statistique,  les  grandes  amputations  traumatiques  ont  été  au  nom- 
bre de  66  avec  22  décès;  et  les  pathologiques  au  nombre  de  88  avec  34  décès. 
La  mortalité  pour  les  premières  a  été  de  33,33  pour  100,  et  dans  les  seconde;^ 
de  38,64.  Notre  statistique  donne  par  conséquent  une  mortalité  en  plus  de  .i,31 
pour  les  amputations  pathologiques. 

Nous  n'osons  pas  donner  cette  différence,  par  rapport  à  la  statistique  de  Paiis, 
comme  liée  à  une  influence  quelconque  de  climat  ou  de  race.  Nos  nombres  sont 
assez  restreints  pour  que  nous  devions  raisonnablement  attribuer  ce  désaccord 
au  peu  de  faits  sur  lesquels  se  fonde  notre  statistique  sur  ce  point. 

La  statistique  de  M.  Trélat  (Ulysse),  qui  se  rapporte  également  aux  amputa- 
tions faites  dans  les  hôpitaux  de  Paris,  de  1848  à  1861  (Note  sur  les  réguUats  .«^/i- 


BARBOSÂ.   —  STATISTIQUE  DES  OPÉRATIONS  A  LISBONNE.  253 

ti4iqu6$  des  grandes  ampuioHons  dans  les  hôpUaiuB  de  Paris,  in  Bulletin  de  l'Acadé- 
mie impériale  de  médecim,  t.  XXVII,  1861  à  1862,  p.  591),  donne  les  résultats 
suivants  : 

Sur  un  total  de  11/ift  amputations,  M.  Trëlat  rapporte  522  décès,  ou  65,63 
pour  lOO. 

Les  amputations  traumatiques,  au  nombre  de  UIO,  donnèrent  261  décès,  ou 
55,53  pour  100;  les  pathologiques,  au  nombre  de  568,  223  décès,  soit  39,26 
pour  100. 

Cette  statistique  des  hôpitaux  de  Paris,  quoique  plus  favorable,  relativement 
au  travail  de  Malgaigne,  est  cependant  encore  assez  inférieure  à  la  nôtre. 

Si  nous  nous  rapportons  aux  3  amputations  majeures  de  la  cuisse,  de  la  jambe 
et  du  bras,  nous  pouvons  noter  encore  des  résultats  assez  avantageux  pour  nous. 
Ainsi,  tandis  que  dans  la  statistique  de  M.  Trélat  les  amputations  de  la  cuisse 
oiïrirent  une  mortalité  de  52,7  pour  100,  et  celles  de  la  jambe  et  du  bi'as  celle 
de/i2,5pour  100,  à  Lisbonne  les  premières  ne  donnèrent  que  U5  pour  100, 
celles  de  la  jambe  que  Zk  et  celles  du  bras  que  33. 

Pour  ce  qui  a  trait  aux  amputations  traumatiques  et  pathologiques,  la  statis- 
tique de  M.  Trélat  présente,  comme  celle  de  Malgaigne,  une  moilalité  moindre 
pour  les  secondes  que  pour  les  premières. 

n  est  avéré  que  si  Ton  compare  les  statistiques  des  grandes  amputations  prati- 
quées à  Paris  et  à  Lisbonne,  la  mortalité  est  bien  moindre  dans  nos  hôpitaux. 

Si  Ton  compare  encore  les  résultats  de  notre  statistique  à  Téchelle  de  gravité 
établie  par  M.  Legouest,  présentée  par  lui  comme  l'expression  de  la  règle  géné- 
rale pour  les  différentes  espèces  d'amputations  des  membres,  et  basée  sur  les  sta- 
tistiques de  Malgaigne  et  Trélat,  et  sur  celles  des  campagnes  d'Orient,  tant  à 
l'armée  française  qu'à  l'anglaise,  etc.  (Traité  de  chirurgie  d'armée,  1863,  p.  737, 
et  Did,  encycL  des  se,  médicales,  t.  III,  p.  818),  nous  trouvons  des  résultats  non 
moins  favorables,  comme  on  le  voit  au  tableau  qui  suit  : 

D'après  H.  Legoueat. 
Mortalité. 

Amptttatîoa  de  la  cuissa 7à,0  p.  100. 

Désarticulation  du  ^nou 87,0 

Amputation  de  la  janibe A9,9 

Amputation  dea  orteila 18,9 

Désarticulation  acapulo-humérale.  59,5 

Amputation  du  bras A7,7 

Aoiputation  de  Tavant-braa 41,1 

Désarticulation  des  doigts 13,0 

En  mettant  en  regard  les  statistiques  de  l'hôpital  de  Glasgow,  publiée  par 
Lawrie,  professeur  de  chirurgie  à  Andersen  (hi  London  Médical  Gazette,  octo- 
bre 1840),  statistique  qui  comprend  les  amputations  faites  à  cet  hôpital  de  179/!i 
à  1839,  et  la  nôtre,  nous  voyons  que  sur  276  amputations  des  membres  faites  à 
Glasgow,  on  a  100  décès,  ou  une  mortalité  de  36,23  pour  100. 

En  comparant  ce  résultat,  qui  ne  se  rapporte  qu'aux  grandes  amputations, 
puisqu'il  ne  comprend  pas  celles  des  doigts,  à  celui  de  notre  statistique  pour  les 
mêmes  opérations,  nous  arrivons  à  une  mortalité  à  peu  près  égale,  la  mortalité 
ches  nous  ayant  été,  pour  les  opérations  citées,  de  36,33  pour  100. 

Dans  la  statistique  que  nous  comparons  à  la  nôtre,  la  mortalité,  pour  les  opéra- 
tions traumatiques,  a  été  de  52,85  pour  100,  et  pour  celles  de  cause  organique. 


Hdpital  Saint-Joseph 

de  Lisbonne. 

Mortalité. 

Différence  en  moios. 

45»0  p. 

100. 

29,0  p.  100. 

33,3 

53,7 

3d,0 

15,9 

12,5 

6,4 

33,3 

26,2 

33,3 

lft,ft 

21,7 

19,ft 

1,4 

11,6 

25k      CONGRÈS   MÉDICAL  iMTEftNATIONAL.  —  TaOISlÈMË  SÉANCE   DB  JOOR. 

de  22,28  puui'  100,  ce  qui  se  rapproche  beaucoup  des  statistiques  françaises 
que  nous  avons  citées. 

Comparées  ensemble,  notre  statistique  et  celle  de  Fenwick,  professeur  d'ana- 
tomie  pathologique  à  l'École  de  médecine  et  de  chirurgie  de  Newcastle-upoii- 
Tyne,  qui  rapporte  les  résultfits  obtenus  dans  les  hôpitaux  de  Newcastle,  Gla>- 
gow,  Edimbourg,  etc.  (Monthly  Journal  of  Médical  Science  y  in  Archix>e$  généraUs  di 
méd.,  t.  XYI  et  XVII,  18^8,  et  Dict  mcycl.  des  se.  médicales,  t.  III,  1865),  nou.s 
ti'ouvons,  sur  863  amputations  des  membres  de  la  statistique  anglaise,  ^16  décès, 
soit  47,65  pour  100,  tandis  que  chez  nous  la  mortalité  des  grandes  aiupuiation> 
ayant  été  de  36,33,  il  y  a  une  différence  de  11,32  en  notre  faveur. 

Dans  la  statistique  de  Fcnwick,  les  amputations  traumatiques  ont  oilert,  à  l'in- 
verse de  ce  qui  est  arrivé  chez  nous,  une  mortalité  plus  considérable,  puisque, 
sm*  367  amputations  traumatiques,  il  y  eut  217  décès  ou  59,13  pour  100,  et, 
sur  506  pathologiques,  199  décès  ou  39,33  pour  100. 

Dans  des  statistiques  plus  récentes  sur  les  amputations  pratiquées  dans  les 
15  principaux  hôpitaux  de  Londres,  de  janvier  185/!i  à  juillet  1857,  publiées  dans 
Médical  and  Times  Gazette,  et  rapportées  par  M.  P.  Topinart,  dans  sa  thèse,  en 
1860,  les  résultats  sont  plus  favorables.  Ainsi,  sm*  543  grandes  amputations,  il 
y  eut  160  décès,  ou  29,47  pour  100. 

Dans  cette  même  statistique,  214  opérations  traumatiques  ont  offert  une  mor- 
talité de  39,  et  317  pathologiques  celle  de  22  pour  100(1). 

Comparons  encore  le  résultat  de  noti'e  statistique  pour  les  amputations  des 
membres  avec  celui  de  ces  mêmes  opérations  à  la  Clinique  chirurgicale  d'Ërlan- 
gen  (UeberUesectionen  und  AmpiUationen,  von  D' J.  F.  Ueyfelder,  Ereslau  und  ^ûû, 
1854). 

La  statistique  d'Erlangen,  du  1*'  octobre  1841  au  31  décembre  185&,  com- 
prend les  amputations  £BÛtes  à  la  clinique  de  la  Faculté  de  noiédecine  de  cette 
ville,  ou  le  docteur  Heyfelder  était  professeur;  les  amputations  furent  au  nombre 
de  127  ;  savon*  :  55  dans  la  continuité,  et  72  dans  la  contiguïté,  avec  26  décès, 
20  pour  le  premier  groupe,  et  6  pour  le  second. 

La  mortalité  générale  a  donc  été  de  20,47  pour  100. 

Notre  statistique  ayant  offert  une  mortalité  générale  de  24,28  pour  100,  est 
relativement  plus  élevée  de  3,81  pour  100.  Ce  désaccord,  cependant,  s'explique 
d'une  manière  qui  nous  est  favorable,  puisque  les  grandes  opérations,  celles 
dont  la  mortalité  est  de  beaucoup  plus  forie.  ont  été  plus  nombreuses  dans  notre 
statistique. 

Si  l'on  compare  séparément  les  résultats  de  l'amputation  delà  cuisse,  nous  trou- 
vons, dans  la  statistique  allemande,  sur  24  opérations,  12  morts  ou  50  pour  100, 
et  chez  nous  46,6,  soit  une  différance  de  3,2  pour  100  en  notre  faveur. 

Sur  25  amputations  de  la  jambe,  le  docteur  Heyfelder  a  eu  8  décès  ou 
32  pour  100  ;  notre  statistique,  olîrant  dans  l'espèee  une  mortalité  de  M,  nous 
avons  une  diflercnce  de  2  pour  100  contre  nous. 

Sur  14  amputations  du  bras  à  Erlangen,  il  y  eut  6  décès  ou  A2,86  pour  100, 
tandis  que  notre  statistique  olTre,  pour  ces  mêmes  opérations,  une  mortaltfcé  de 
33,33  pom*  100,  ou  une  dilTérance  en  notre  fisiveur  de  9,53. 

(1)  U  y  a  peu  de  jours  encore  (IS  août  i8#7),  M.  MaunAsc,  olûnufiea  du  LonâMi's 
Hospital,  m'a  dit,  à  l'amphithéâtre  des  opAratioos  du  Guy's  Hoipital,  qjue  sus  lî  ainpiUatioos 
de  la  cuisse  faites  Tannée  dernière  dans  son  hôpital,  il  y  a  eu  6  morts. 


EARBOSA.   ->    STATISTIQUE  DES  OPÊKAIIONS  A  LISBONNE.  255 

Pour  les  autres  amputations  du  docteur  Heyfelder,  il  n'y  eut  aucun  décès. 

Dans  le  New  York-Hoapital,  de  1839  à  I8Â85  on  a  pratiqué  91  amputations^  sur 
lesquelles  il  y  eut  26  morts^  ce  qui  donne  une  mortalité  de  28^57  pour  100  (Sta- 
Hstik  der  Amputaiionen,in  New-York  HospUcU,  \on  1839-18/!i8>  in  Oppenheim's 
hitschrifî,  1859^  cité  par  Heyfelder);  notre  mortalité,  à  nous,  ayant  été  de 
2^,28  pour  100,  a  été  moindre  que  celle  de  la  statistique  citée,  4,29  pour  100. 

k  l'hôpital  militaire  danob,  pendant  la  campagne  de  1848  à  1850,  sur  243  am- 
putations, nombre  égal  au  nôtre,  il  y  a  eu  96  décès,  et,  par  conséquent,  une 
mortalité  de  39,51  pour  100,  15,23  de  plus  que  chez  nous  (Djomp,  Deutsche 
K/tntk,  1853,  cité  par  Heyfelder). 

M.  Pirogoff,  cité  aussi  par  Heyfelder,  sm*  166  amputations  faites  en  1848, 
compte  72  décès.  De  ces  166  amputations,  52  furent  de  la  cuisse,  et  donnèrent 
32  décès.  La  mortalité  a  donc  été  de  43,37  pour  100,  bien  supérieure  à  la 
nôtre. 

Ce  même  chirurgien,  rassemblant  les  amputations  faites  dans  une  période  plus 
étendue,  trouva,  sur  400  opérés,  459  décès,  soit  39,75  pour  100.  Sur  174  am- 
putés pour  lésions  traumatiques,  il  trouva  86  décès  ;  la  mortalité  fut  donc  ici  de 
49;(i3  pour  100  ;  et,  sur  224  pour  lésions  organiques,  73  décès,  ou  une  mortalité 
de  32,59  pour  100;  sur  115ampulations  de  la  cuisse,  6  8  morts  ou  59, 13  pour  100. 
l^ces  115  amputations,  52  avaient  été  déterminées  par  lésions  traumatiques,  et 
donnèrent  37  décès  ou  71,15  pour  100  de  modalité. 

De  tous  ces  rapprochements  que  nous  pourrions  multiplier  encore,  il  ré- 
sulte que  nos  statistiques  d'amputations  sont  des  plus  favorables,  surtout  eu 
égard  à  celles  des  hôpitaux  de  Paris  ;  on  voit  aussi  que,  contrairement  à  ce  que 
l'on  remarque  chez  nous,  les  amputations  ti'aumatiques  en  France,  en  Angle- 
terre et  en  Allemagne  du  moins,  sont  sensiblement  plus  graves  que  celles  déter- 
minées par  des  causes  organiques. 

Comparaison  foite  des  résultats  des  opérations  de  hemiotomie  pratiquées  chez 
nous  avec  ceux  de  c^s  mêmes  opérations  à  Paris  et  à  Londres,  nous  trouvons 
ce  qui  suit  : 

HÔPITAUX  DE  paris: 

220  opérés.  87  guéris,  133  morts.  $0,45  p.  100. 

HdPnAUX  DE   LOHDIBS  : 

266  opérés.  131  guéris.  135  morts.  50,75  p.  100« 

HÔPITAL   cita  DE  LISBONNE  i 

là  opéiés.  ià  guteis.  20  morte.  50,82  p.  100. 

Notre  statistique  donc,  moins  favorable  que  celle  des  hôpitaux  de  Londres, 
remporte  sur  celle  des  hôpitaux  de  Paris  (Bulletin  de  l'Acad.  tmp.  de  méd^.,  L  c, 

p.  202). 

Procédant  de  la  même  manière  pour  l'opération  de  la  taiUe^  nous  avons  les 
résultats  suivants  : 

'    HÔPITAUX  DE  PARIS  : 

75  opérés.  47  guéris.  28  morte.  37,3  p.  100« 

HÔPITAUX  DE  LOHDEEB  t 

186  opérés.  146  guéris.  dO  morte.  21,5  p.  100. 

HÔPITAL    ava   DE   LISBONNE  : 

28  opérés.  18  guéris.  10  morts.  35,7  p.  100« 


256     CONGRÈS  MÉDICAL  INTERNATIONAL.  —  TROISIÈME  SÉANCE   DE  JOUR. 

Comme  pour  la  herniotomie.  notre  statistique  pour  Topëration  de  la  taille, 
bien  moins  favorable  que  celle  de  Londres,  offre  cependant  des  résultats  plus 
avantageux  que  celle  de  Paris. 


Devons-nous  attribuer  à  quelque  favorable  condition  de  race  ou  de  climat  les 
résultats  plus  avantageux  des  opérations  faites  à  l'bôpital  de  Lisbonne,  eu  égard 
surtout  à  ceux  de  ces  mêmes  opérations  faites  dans  les  hôpitaux  de  Paris  ? 

La  question  ne  nous  parait  pas  aisée  à  résoudre  avec  les  seuls  éléments  que 
l'on  possède  actuellement  sur  ce  sujet. 

Pour  ce  qui  est  de  l'influence  due  à  quelque  condition  spéciale  de  notre  race 
sur  le  résultat  plus  favorable  des  opérations,  nous  croyons  fermement  qu'il  n'en 
existe  aucune,  qui  nous  autorise  à  admettre  sur  ce  point  une  différence  notable 
entre  elle  et  la  race  française,  pai*  exemple. 

Nous  n'en  dirons  pas  autant  pour  ce  qui  est  de  l'influence  possible  de  certaines 
conditions  climatériques  ;  nous  croyons,  au  contraire,  que  la  température 
moyenne  de  nos  contrées  entre  pour  quelque  chose  dans  le  meillem*  résultat  des 
opérations  chez  nous. 

La  douceur  remarquable  du  climat  de  Lisbonne,  permettant  en  effet  que  l'on 
puisse  avoir  toigours,  sans  danger  pour  les  malades,  quelques  portes  et  quelques 
fenêti*es  ouvertes,  môme  pendant  les  journées  les  plus  froides  de  l'hiver,  il  s'en- 
suit que,  grâce  à  cet  heureux  avantage,  l'air  de  nos  infirmeries,  incessamment 
renouvelé  par  une  large  ventilation  naturelle,  n'arrive  jamais  au  degré  de  cor- 
ruption qu'il  atteint  forcément  dans  les  hôpitaux  du  Nord,  où  la  ventilation,  en 
hiver  surtout,  et  quoi  qu'on  fasse,  ne  peut  être  que  défectueuse  et  insuffi- 
sante. 

11  nous  paraît  également  plausible  d'admettre  que  quelques-unes  des  condi- 
tions hygiéniques  de  l'édifice  où  se  trouve  l'hôpital  Saint-Joseph  ne  sont  point 
étrangères  aux  résultats  plus  favorables  des  opérations  qui  s'y  pratiquent,  malgi*é 
les  défauts  de  la  construction  primitive  (1),  malgré  la  trop  grande  capacité  — 
B/!i5  lits  ordinaires  (sans  compter  les  chambres  particulières)  —  malgré  ses  salles 
trop  peuplées  et  ses  ti'op  nombreux  étages,  et  jusqu'à  son  emplacement  même 
au  centre  d'un  quartier  en  partie  pauvre,  à  rues  étroites  et  trop  peuplées. 

Tout  mal  bâti  et  tout  mal  placé  qu'il  est  pour  sa  destination  actuelle,  U  jouit 
cependant  de  certains  avantages  réels  :  comme  emplacement,  sa  situation  au 
haut  d'une  des  collines  de  la  ville  l'empêche  d'être  enclavé  dans  les  maisons 
voisine^  et  dominé  par  elles,  et  fait  même  que  trois  de  ses  façades  n'ont  pour 
ainsi  dii*e  de  voisins  qu'à  la  distance  de  plusieurs  centaines  de  mètres,  ce 
qui  lui  laisse  les  bienfaits  d'une  large  ventilation  et  ceux  d'une  éclatante 
lumière. 

U  est  en  outre  entouré  en  pailie  de  jardins  et  même  d'une  petite  ferme  qui 
lui  appaiiiennent. 

Gomme  édifice,  et  malgré  les  défauts  de  sa  destination  première,  il  ne  manque 
pas  toutefois  de  quelques  bonnes  conditions  de  structure  et  d'accommodement 
intérieur.  U  est,  comme  nous  l'avons  dit,  largement  ventilé,  et  richement 
éclairé  dans  presque  toutes  ses  salles.  Les  fenêtres  sont  nombreuses  et  larges  ; 

(1)  L'édifice  où  se  trouve  l'hôpital  ne  fut  point  bâti  pour  cette  destination.  Il  fût  construit 
par  les  jésuites  comme  maison  de  collège  pour  leur  congrégation,  et  ne  fut  destiné  à  recevoir 
des  malades  qu'après  l'expuUion  de  cet  ordre  célèbre  par  le  roi  D.  Joseph,  en  1775. 


I 


BABBOSA.  —  STATISTIQUE  DES  OPÉRATIONS  A  LISBONNE.  257 

il  a^  outre  ses  jardins^  des  cours  intcricurcs^  donl  une  Irès-vaste  et  boisée. 
Construit  avec  les  larges  dimensions  qui  distinguaient  les  constructions  de  ses 
premiers  possesseurs  (les  moines),  il  a  une  superbe  entrée,  des  escaliers,  et  des 
corridors  très-vastes  qui  le  percent  dans  tous  les  sens  ;  et  à  côté,  il  est  vrai,  de 
quelques  mauvaises  salles  au  rez-de-chaussée  et  au  troisième  étage,  toutes  les 
autres,  en  général,  sont  d'une  telle  ampleur  et  dai\s  de  si  bonnes  conditions 
d'air  et  de  lumière,  qu'elles  ne  laissent  presque  rien  à  désirer. 

Nulle  part  il  n'est  humide,  et  l'on  n'y  sent  jamais  la  moindre  odeur  qui  dé- 
nonce la  présence  d'une  aussi  grande  réunion  de  malades,  à  l'exception  d'une 
des  salles  du  rez-de-chaussée  et  de  quelques  autres  du  troisième  étage,  les- 
quelles, placées  sous  les  combles,  sont  en  vérité  dans  de  très-mauvaises  condi- 
tions et  déjà  condanmées. 

Nous  ne  devons  pas  oublier,  paimi  les  bonnes  conditions  de  notre  grand  hôpi- 
tal, que  la  plus  soigneuse  propreté  règne  dans  toutes  ses  dépendances  ;  que  tous 
les  matins,  toutes  ses  salles  sont  largement  ventilées  à  gi*and  air,  ses  planchers 
laves  pour  ainsi  dire  journellement,  et  tous  ses  murs  et  plafonds  grattés  et 
blanchis  à  la  chaux  tous  les  six  mois. 

I^s  bonnes  conditions  où  se  trouve  actuellement  notre  hôpital  font,  il  faut 
l'avouer  en  toute  justice,  le  plus  grand  honneur  à  l'intcHigence  et  au  zèle 
éclairé  des  derniers  administrateurs  en  chef  de  nos  hôpitaux  et  à  la  bienveil- 
lance avec  laquelle  ils  écoutent,  dans  l'intérêt  des  malades,  les  conseils  et  les 
observations  des  médecins. 

Les  dernières  administi*ations,  en  effet,  n'ont  reculé  devant  aucun  sacrifice 
pour  améliorer  sur  la  plus  large  échelle  les  principales  conditions  hygiéniques 
de  notre  premier  hôpital  civil. 

C'est  ainsi  que  dans  les  dernières  années,  nous  avons  vu  réfoimer  complète- 
ment, entre  autres,  et  surtout,  les  trois  salles  affectées  aux  services  cliniques  de 
l'école  :  médecine,  chirurgie  et  accouchements,  lesquelles  disposent  chacune 
de  22  larges  fenêtres,  ouvTant  obliquement  en  haut,  au  moyen  de  comparii- 
mcnts  horizontaux,  ce  qui  permet  une  ventilation  continuelle,  tout  en  évitant 
les  courants  d'air  venant  tomber  directement  sur  les  malades. 

Ces  salles,  ayant  en  outre  de  nombreux  vasistas  au  niveau  du  plancher  et  des 
tuyaux  de  ventilation  aux  plafonds,  ne  contiennent  que  ZU  lits  chacune  pour  une 
capacité  cube  de  23&6  mètres,  ce  qui  donne  69  mètres  cubes  par  malade. 

Nous  devons  encore  citer,  comme  une  excellente  amélioration,  due  à  l'admi- 
nistration intelligente  et  infatigable  de  M.  le  conseiller  Torrez  Pereira,  l'établis- 
sement d'une  maison  moriuaii'e,  consti'uite  d'après  toutes  les  données  de  la 
science  contemporaine. 

C'est  grâce  à  ces  améliorations  successives  que  nous  avons  pu  voir  disparaître, 
dans  ces  dernières  années,  presque  complètement,  les  diarrhées,  les  érysipèles 
et  les  gangrènes  d'hôpital,  ainsi  que  la  fièvi'e  puerpérale,  qui,  il  n'y  a  pas  long- 
temps encore,  faisaient  de  grands  ravages  parmi  nos  malades,  parmi  nos  opérés 
et  nos  femmes  en  couches. 

Nous  ne  devons  guère  nous  étendre  plus  longuement  ici  sur  tous  ces  dé- 
tails. 

Des  éclaircissements  complets  sur  eux  se  trouvent  dans  un  écrit  qui  nous  ap- 
I>artient  personnellement  [Memoria  sobre  as  prindpaes  causas  de  mortalidade  do 
Hûspitoide  San  José,  e  meios  de  as  attenuar,  por  A.  M.  Barbosa;  Lisboa,  1855), 
et  dans  un  autre,  du  à  une  commission  dont  nous  faisions  partie  avec  nos  ho- 

17 


258        CONGRfeS   MÉDICAL  INTEIlNATIONAL.  —  TROISIÈME  SÉANCE  DE  JOIR. 

norables  conûères  à  l'école,  MM.  Cunha  Vianna  et  Theotonio  da  Si! va  {Reintniv> 
dirigido  ao  Conselheiro  enfermeiro  mor  do  Hospital  de  San  José  pela  amtmissao  enr,ii'- 
regada  de  eœaminar  medicamente  o  mesmo  estabeledmento ;  Lishoa,  1864.) 

D'autres  causes,  différentes  de  celles  que  nous  venons  d'énuniérer,  ont  cepen- 
dant, à  notre  avis,  une  large  pail  dans  les  bons  résultats  des  opérations  à  l'hiV 
pital  Saint-Joseph  :  une  ^es  principales  de  ces  causes,  c'est  la  modification  du 
procédé  opératoire  dans  les  amputations,  introduit  dans  la  pratique  de  cet  hôpi- 
tal, pendant  les  dernières  années,  ainsi  que  le  système  de  pansement,  sui>i 
généralement  au  même  hôpital. 

Il  n'y  a  pas  longtemps  encore  le  procédé  généralement  suivi  dans  les  ampu- 
tations à  l'hôpital  Saint- Joseph  était  celui  à  manchette  de  Drunninghausen. 

Ce  procédé  nous  a  toujours  paru  très-défectueux,  à  cause  de  la  grande  surfat» 
de  suppuration  à  laquelle  il  donnait  naissance,  et  du  vaste  siUon  circulaire  où  h 
pus  croupissait,  en  infectant  la  plaie. 

Aussi,  dès  les  premiers  temps  de  noti'c  pratique,  il  y  a  dix-sept  ans,  aM»ri>- 
nous  adopté  poui*  les  amputations  un  procédé  dans  lequel  la  peau  n'est  f>nu]' 
décollée,  et  qui  dérive  de  celui  de  Petit,  modifié  par  Béclard  et  Diipuxlren; 
nous  eu  donnerons  une  rapide  description  dans  la  dernière  partie  de  ce 
travail. 

En  mai  1859,  à  l'époque  de  notre  concours  d'admission  au  professorat,  dan^ 
notre  thèse  ayant  pour  sujet  :  Les  amputations  des  membres  par  la  méthode  à  hm- 
beau  peuvent-elles  être  préférées  d'une  manière  absolue  à  celles  par  la  méthodv  cirrfi- 
laire  ?  et  dans  notre  leçon  orale,  nous  avons  détaillé  longuement  les  inconvé- 
nients que  nous  reprochons  au  procédé  à  manchette,  et  les  fondements  du  pn>- 
cédé  que  nous  lui  préférions. 

11  y  a  quelques  années  encore,  en  décembre  186&,  nous  insistions,  devant 
la  Société  des  sciences  médicales  de  Lisbonne,  sur  les  avantages  de  ce  même 
procédé,  en  rendant  compte  à  la  Société  d'une  amputation  circulaii'e  i\c  la 
cuisse,  faite  avec  d'excellents  résultats,  dans  notre  service  et  pai'  le  procédé  qr« 
nous  suivons,  par  un  de  nos  élèves,  M.  Condeiro  Teio. 

Le  procédé  que  nous  suivons,  et  les  soins  pour  le  pansement  qui  suit  l'opéra- 
tion (paimi  lesquels  nous  attachons  la  plus  grande  importance  à  ceux  qui  mn- 
sistent  à  ne  pas  laisser  le  moindre  caillot  dans  la  plaie,  à  faire  la  couii)res.«i'>i: 
méthodique  du  moignon,  à  partir  de  la  racine  du  membiT,  à  l'aide  d'une  bando 
circulaire,  sur  laqueUe  viennent  s'attacher  les  bandelettes  agghitinatiTe>,  v\ 
à  faciliter  le  plus  facile  écoulement  aux  liquides  exsudés),  ont  été  générale- 
ment adoptés  à  l'hôpital  Saint-Joseph,  et  particulièrement  à  la  salle  Saint- 
Charles,  clinique  de  l'école,  sous  la  dii*ection  du  professeur,  M.  Amaut,  et  pr 
M.  Alves  Branca,  aux  salles  Sainte-Quitère  et  Sainte-Jéaime,  qui  loi  appar- 
tiennent. 

C'est  de  l'adoption  de  ce  procédé  que  nous  faisons  dépendre  les  réfnihat^ 
surprenants  des  amputations  de  la  cuisse,  chez  nous,  dans  les  deux  demien'? 
années,  pendant  lesquelles  sur  16^  amputations,  nous  n'avons  eu  qu'un  >ou\ 
décès. 

Une  bonne  partie  des  résultats  favorables  de  nos  amputations  revient  encorr , 
selon  nous,  à  l'emploi  des  compresses  imbibées  d'alcool  saturé  de  camphn*. 
dans  le  pansement  après  les  opérations. 

L'usage  des  topiques  alcooliques  dans  le  pansement  des  plaies  était  âc  [»ra- 
lique  très^ancienne  dans  la  chirurgie  portugaise,  et  déjà  Francisco  C.  do  Am.«- 


BaRBOSA.     —    STATISTKiLE  DES  OPÉRATIONS  A  LISDO.MVK.  25'J 

I  il.  chirurgien  du  conmienconient  du  dix-huitième  siècle,  insistait  beaucoup 
sir  ces  ayantages. 

La  tradition  de  cette  méthode  de  pansement  paraît  avoir  été  consenée  à 
i  hôpital  de  Coîmbre,  où  l'alcool  camphré,  depuis  les  temps  les  plus  reculés, 
i>t  ^'ënéralement  employé  comme  topique  dans  les  plaies  et  dans  les  ulcères. 

C'est  notre  professeur  actuel  de  clinique  médicale,  M.  May  Fîgueira,  qui,  par 
H»*  conseils,  implanta  à  Lisbonne  la  méthode  de  pansement  suivie  à  Coïmbre,  et 
co^l  un  de  nos  opérateurs  les  plus  distingués,  M.  Ahcs  Branca,  qui  le  premier, 
à  Lisbonne,  mit  en  usage,  avec  les  meilleurs  résultats,  l'alcool  camphré  dans  le 
IMiisement  des  plaies  résultant  d'opérations,  et  bien  avant  que  l'usage  dans  les 
['laies  récentes,  de  l'aclool  dilué,  mis  en  pratique  par  M.  Nélaton,  fût  connu 
chez  nous.  Cette  pl*atique  est  aujourd'hui  très-répandue  en  Portu{,^al,  et  elle  jouit 
de  la  bonne  réputation  d'être  la  plus  efficace  pour  éviter  l'infection  purulente, 
le5  phlébites  et  angioleucites  suppurantes,  le  phlegmon  diffus,  etc. 

Le  régime  diététique  généralement  suivi  par  les  meilleurs  praticiens,  chez 
iiua9,  accordant  quelques  aliments  et  du  vin  à  nos  opérés,  est  aussi,  selon 
l'ous,  un  des  facteurs  dans  les  bons  résultats  de  nos  opérations,  (juoiqu'il  y  ait 
<p{>endant  encore  une  certaine  crainte  non  justifiée,  chez  quelques-uns  de  nos 
(onfrères,  d'accorder  à  leurs  opérés  une  alimentation  en  rappoH  avec  leur  ap- 
iiétit,  voire  même  une  certaine  dose  de  boisson  alcoolique  tout  de  suite  après 
in  opérations. 

l'our  notre  part,  non-seulement  nous  ne  partageons  pas  une  telle  crainte, 
'naL«  encore  nous  attachons  la  plus  grande  importance  à  l'usage  d'une  certaine 
alimentation,  et  du  vin  de  Porto  suilout,  pour  le  meilleur  résultat  des  opé- 
r-ilidiis. 

Notre  opinion  là-dessus  est  doublement  fondée,  et  sur  notre  expérience  et 
$ur  les  conseUs  de  notre  regretté  maître  et  ami,  le  professeur  J.  B.  Barrai 
Toy.  Jowmal  de  la  Soc.  des  sciences  médicales  de  Lisbotine,  1852,  n°  10,  p.  133), 
ainsi  que  sur  l'expérience  de  ce  qui  était  arrivé  à  Paris,  lors  de  l'invasion 
tle  IBld:  les  blessés  russes,  qui  étaient  sufQsamment  alimentés,  à  leur  ordinaire, 
et  auxquels  on  accordait  du  vin  et  de  l'eau-de-Tie,  souffrirent  à  peine  une 
mortalité  de  1  sur  26,93,  tandis  que  chez  les  Autrichiens,  elle  fut  comme 
i  est  à  11^81;  pour  les  Prussiens,  comme  i  est  à  9,20;  pour  les  Français, 
Hfomis  à  un  régime  restreint^  comme  1  est  à  7,39  (Malgaigne,  in  Arrk.  gén.  de 
«éd.,  vol.  Xrv,  1842,  p.  79). 

Cette  pratique  est  du  reste  autorisée  par  l'exemple  de  ce  qui  se  passe  en 
Andeteire,  où  les  résultats  des  grandes  opérations  sont,  en  général,  on  ne  peut 
pia«  satisfaisants. 

l)e  tout  ce  qui  précède,  et  de  bien  d'autres  considérations  que  nous  avons 
f'Uiises  pour  ne  pas  trop  allonger  ce  travail,  nous  sommes,  ce  nous  semble,  en 
M{  d'affirmer  que  la  douceur  de  notre  climat,  que  les  conditions  assez  bonnes 
<ie  notre  hdpital,  ainsi  que  le  procédé  opératoire  et  le  pansement  suivi  dans  nos 
amputations  les  dernières  années,  et  en  partie  aussi  le  régime  diététique  de  nos 
Hiaiades,  sont  les  principaux  facteurs  dans  les  bons  résultats  des  opérations  pra- 
tiquées dans  notre  premier  hôpital,  résultats  très-avanfageux,  surtout  si  Dn  les 
^oaifiare  à  ceux  obieiuis  dans  les  hôpitaux  de  Paris. 


260        CONGRÈS  MÉDICAL  INTERNATIONAL.  —  TROISIÈME  SÉANCE  DE  JOUR. 

TROISIÈME  SECTION. 

CAUSES   QUI   DÉTERMINÈRENT   LA   MORT   APRÈS   LES   OPÉRAnONS. 

Les  formes  pathologiques  qui  amenèrent  la  terminaison  fatale  pour  nos  opérés 
ont  été  les  suivantes  dans  les  différents  genres  d'opérations. 

Pour  les  amputations  des  membres,  —  Sur  le  nombre  total  de  iiiS,  il  y  eut,  comme 
nous  l'avons  déjà  noté,  59  décès  dus  aux  causes  que  nous  allons  détailler  d'ap^ê^ 
leur  ordre  de  fréquence  :  infection  purulente^  19;  érysipèle,  8;  diarrhée,  7; 
cachexie,  k  ;  épuisement  nerveux,  3 ;  gangrène  du  moignon,  2  ;  pleuro^neu- 
monie,  2  ;  fièvre  adynamique,  2  ;  tétanos,  1  ;  éclampsie,  1  ;  ostéomyélite  du 
moignon,  1  ;  apoplexie  cérébrale,  1  ;  commotion  cérébrale,  1  ;  maladie  de 
Bright  et  tubercules  dans  le  péricarde,  1  ;  indéterminées,  faute  de  notes  expli- 
cites sur  les  pancartes,  6. 

De  ces  53  décès,  il  n'y  en  a  toutefois  que  35  que  l'on  doive  attribuer  positive- 
ment à  l'opération  ou  à  ses  conséquences  directes. 

Ce  sont  l'infection  purulente,  19;  l'éi^sipcle  et  la  gangi*ène  du  moignon,  10; 
l'épuisement  nerveux,  3  ;  le  tétanos  et  l'éclampsie,  2;  l'ostéomyélite  enfin.  1. 
—  Des  18  autres,  les  uns  durent  leur  origine,  non  point  à  l'opération  elle-niènu\ 
mais  aux  conditions  hygiéniques  des  salles,  comme  la  diarrhée,  par  exemple, 
qui  a  été  cause  de  7  décès,  ou  à  des  conditions  spéciales  des  malades  en  eux- 
mêmes,  aVant  leur  entrée  à  l'hôpital,  comme  la  cachexie  et  la  maladie  de 
Bright  ;  d'autres  à  l'accident  qui  détermina  l'opération,  comme  la  commotion 
cérébrale  ;  d'autres  enfin,  à  des  causes  entièrement  accidentelles. 

Parmi  ces  causes  étrangères  à  l'opération,  il  en  est  quelques-unes,  telles  que 
celles  notées  sous  la  désignation  de  ûèvi*e  adynamique,  peut-être  ménje 
quelques-unes  des  pleuro-pneumonies,  et  des  prétendues  cachexies,  auxquelle> 
la  phlébite  et  la  pyohémie  à  marche  lente  n'auront  peut-être  pas  été  étran- 
gères. 

Sur  13  résections,  nous  n'avons  eu  qu'un  seul  décès,  et  encore  ne  peut-il  èirc 
compté  comme  conséquence  de  l'opération,  dû  qu'il  a  été,  à  la  reproduction 
sur  place  du  cancer  encéphaloïde  qui  l'avait  indiquée.  Le  malade  auquel  il  se 
rapporte  fut  le  sujet  de  notre  seconde  résection,  du  maxillaire  supëriem*.  et. 
comme  on  le  voit,  il  est  mort  de  sa  maladie,  mais  non  point  du  moyen  curatif 
employé  pour  l'en  débarrasser. 

Pour  l'opération  de  la  taille^  sur  28  opérés,  notre  statistique  compte  10  morts. 
Sur  ces  10  décès,  7  seulement  furent  dus  aux  conséquences  légitimes  de  l'opé- 
ration elle-même,  l'infiltration  mineuse  et  la  cysto-péritonite  ;  les  3  autrt>5 
eurent  leur  origine  dans  des  causes  éti*angères  à  l'intervention  des  moyens  chi- 
rurgicaux. 

Ces  causes  furent  1  fois  la  pneumonie  double,  2  fois  la  fièvre  adynamique  et 
la  cachexie,  due,  ceUe-ci,  aux  progrès  de  l'état  de  ruine  organique  où  le  malade 
se  trouvait  déjà  au  moment  de  l'opération. 

Disons-le  cependant,  en  toute  franchise,  car  une  statistique  doit  avant  tout 
être  vraie,  nous  n'avons  point  observé  ces  trois  malades,  et  il  se  pourrait  bien, 
({ue,  en  dépit  des  diagnostics  portés  sur  les  pancartes,  l'infection  purulente 
entrât  pour  quelque  chose  dans  ces  résultats  funestes. 

Pow*  la  ttemiotomie^  sur  3^  opérés,  nous  trouvons  20  décès,  dont  19  par  péri- 


BARBOSA.    —  STATISTIQUE  DES  OPÉRATIONS  A  LISBONNE.  201 

tonite  ;  celle-ci  fut  une  fois  causée  par  une  perforation  intestinale,  et  une  fois 
par  une  hémorrhagie,  dont  Torigine  ne  se  trouvait  point  indiquée. 

Les  ligatures  d'artères,  au  nombre  de  19,  donnèrent  lieu  à  U  décès,  dont 
3  dus  à  la  gangrène  du  membre,  après  ligature  de  la  fémorale,  et  1  dont  la 
cause  nous  fut  inconnue^  faute  de  note  explicite. 

la  trachéoiomie^  k  fois  pratiquée  contre  le  croup,  donna  3  décès,  1  par  as- 
phyxie, 2  par  intoxication  diphthéritique.  Pour  cette  opération^  dans  la  statistique 
des  faits  qui  nous  sont  personnels^  nous  comptons  1/i  décès  sur  22  opérations, 
dont  6  dus  à  l'envahissement  des  bronches  par  les  fausses  membranes  et  8  à 
rintoxication  générale. 

L'amjnUaHùn  du  pénUy  19  fois  pratiquée,  donna  lieu  à  trois  décès,  1  par  re- 
production du  cancer  sur  place,  et  avant  la  cicatrisation  complète  de  la  plaie, 
il  ne  résultait  donc  pas  de  l'opération;  1  par  érysipèle  ;  1  par  arthrite  suppurée 
du  genou  (infection  purulente  ?). 

L'extirpation  de  différentes  tumem*s  donna  sur  UQl  opérés  16  morts  ;  sur  ces 
16  décès,  5  furent  évidemment  dus  aux  conséquences  de  l'acte  opératoire  lui- 
même  ;  2  à  l'infection  purulente  ;  1  à  la  méningo-encéphalite,  développée  pour 
cause  de  voisinage,  sans  doute  après  l'extirpation  d'un  polype  fibro-cartilagineux 
du  haut  du  pharynx. 

Les  11  autres  terminaisons  fatales  eurent  leur  origine,  soit  dans  la  nature 
elle-même  des  affections  qui  réclamaient  l'opération,  soit  dans  des  conditions 
>'péciales  aux  malades  et  indépendantes  de  l'opération,  soit  enfin  dans  des  ma- 
ladies accidentelles. 

Pour  7  de  ces  11  décès,  ce  fut  la  reproduction  du  cancer,  cause  déterminante 
de  l'opération,  et  la  cachexie,  suite  inévitable  de  la  ténacité  de  ladiathèse,  qui 
les  déterminèrent,  en  dépit  du  moyen  opposé. 

De  ces  7  décès,  1  fut  directement  causé  par  une  hémorrhagie,  dépendante 
elle-même  de  la  nature  cancéreuse  de  la  maladie  reproduite.  Pour  3  des 
h  restants^  ce  furent  toujours,  ou  des  maladies  accidentelles  et  complètement 
étrangères  à  l'opération,  ou  des  conditions  spéciales  et  inhérentes  aux  malades: 
ainsi  1  malade  succomba  à  l'atteinte  du  choléra  épidémique  de  1856  ;  1  à  la 
âèvre  typhoïde;  1,  enfin,  au  progrès  de  la  cachexie  qui  se  dénonçait  déjà,  lors 
de  l'entrée  du  malade  à  l'hôpital,  par  une  profonde  détérioration  générale  :  ce 
uialade  fut  opéré  d'un  kyste  de  la  face,  se  trouvant,  lui,  dans  de  très-mauvaises 
conditions.  Pour  1,  le  dernier  de  ces  U  malades,  la  cause  de  la  mort  ne  se 
triHivant  pas  notée,  nous  ne  pouvons  que  la  classer  parmi  les  indéterminées. 

Dans  les  opérations  obstétricales,  10  applications  de  forceps  furent  suivies  de 
mort  chez  2  femmes  ;  1  succomba  à  une  péritonite  avec  pneumonie  aiguë  ;  1  à 
des  accès  d'éclampsie.  Cette  dernière  maladie  surtout  fut  d'autant  moins  une 
conséquence  de  l'opération,  qu'elle  était  elle-même  la  cause  déterminante  de 
relle-ci,  comme  seul  moyen  de  teiminer  l'accouchement  et  d'empêcher  le 
retour  des  accès. 

Quant  aux  fœtus,  les  pancaiies  ne  désignant  point  le  genre  de  mort,  nous  ne 
pouvons  rien  spécifier  à  propos  d'eux. 

La  version  podalique,  8  fois  pratiquée,  fut  2  fois  suivie  de  mort  par  métro- 
péntonite. 

L'embryotomie,  1  fois  exécutée,  causa  la  mort  par  la  même  affection. 

L'opération  césarienne,  pratiquée  toujours  ^  quelques  moments  après  la  mort 
de  la  mère,  n'amena  qu'une  fois  un  enfant  vivant. 


i&i        GO.NGRÈft  MKOrCAL   fiNTERNAIlONAL.  —  TROISIÈME  SÉAKCt;   DE  JOUR, 


QUATRIÈME  SECTION. 

DES   CONDITIONS   LES   PLUS    FAVORABLES   AU    MEILLEUR    RÉSULTAT   DES   OPÉRATIONS 
EN   GÉNÉRAL,    ET    DES   AMPUTATIONS   EN    PARTICUUER. 

Nous  abordons  enfin  la  dernière  partie  de  notre  travail^  et^  comme  son  titre 
l'indique^  nous  devrons  rapporter  les  considérations  dans  lesquelles  nous  allons 
entrer,  à  l'infirmerie  d'abord,  à  l'opéré  ensuite,  ainsi  qu'à  l'époque  de  l'opéra- 
tion, au  procédé  opératoire,  à  la  méthode  de  pansement,  et  enfin  au  régime. 

Infirmerie,  —  I.es  salles  d'opérés,  tout  le  monde  est  d'accord  là-dessus, 
devraient  tout  d'abord  ne  pas  se  trouver  dans  les  grands  hôpitaux  destiné*^  i\ 
toutes  sorles  de  maladies,  et  moins  encore  au  milieu  des  grandes  villes,  double 
foyer  où  surabondent  toujours  les  causes  d'insalubrité  les  plus  graves. 

Elles  devraient,  au  contraire,  se  trouver  placées,  autant  que  possible,  à  la 
campagne,  et  dans  les  meilleures  conditions  de  situation,  de  capacité,  de  bon 
air,  de  ventilation,  d'exposition,  de  lumière,  et  de  température. 

Dans  l'impossibilité,  cependant,  de  prétendre  voir  réaliser  de  longtemps 
encore  cet  important  desideratum,  énumérons  rapidement  les  principales  con- 
ditions que  devrait  réunir  une  bonne  salle  d'opérés  dans  les  hôpitaux  ordi- 
naires, mais  bien  disposés  et  bien  tenus. 

Ces  conditions  se  trouvent  heureusement  réalisées  dans  les  trois  services  cli- 
niques de  l'école  de  Lisbonne,  à  l'hôpital  Saint-Joseph,  la  clinique  chirur- 
gicale, salle  Saint^harles,  celle  de  médecine,  salle  Sainte-Mani»,  et  celle  d'ac- 
couchement, salle  Sainte-Barbe. 

Tout  d'abord  les  salles  d'opérés  devraient  être  placées  au  res-de-chaussée, 

avec  une  élévation  convenable,  et  pas  du  tout  humides,  ou  au  premier  ou 

deuxième  étage.  Elles  devraient  être  entièrement  indépendantes  de  tous  les  autres 

services  ;  avoir  leur  principale  exposition  au  sud  ou  à  l'orient,  surtout  pour  les 

malades  opérés  pendant  la  troide  saison  ;  avoir  une  capacité  correspondante 

à  100  mètres  cubes  par  lit,  et  ne  servir  qu'à  12  ou  20  malades  au  plus  ;  être 

abondamment  éclairées  et  ventilées  par  de  larges  fenêtres,  montant  aussi  haui 

que  possible  et  descendant  jusqu'à  un  mètre  du  plancher,  et  en  outre  par  de> 

ouvertures  pratiquées  au  niveau  du  plancher  et  aux  plafonds.  Les  fenêtres  du 

modèle  de  celles  que  nous  avons  dans  nos  salles  de  clinique  à  Saint4oseph. 

ouvrant  obliquement  en  haut  par  plusieurs  compartiments,  nous   sembleni 

être  de  beaucoup  les  meilleures.  I>es  calorifères  sont  encore  indispensable^. 

même  dans  nos  climats,  pendant  l'hiver,  afin  de  maintenir  une  températun' 

de  18  à  20  degrés.  Des  cabinets  d'aisances  placés  hors  des  salles  pour  tous  lof 

malades  qui  peuvent  se  lever,  et  disposés  avec  tous  les  confoiis  :  siphons,  eau 

en  abondance,  etc.,  sont  encore  une  indispensable  dépendance  d'une  bonne 

salle  d'hôpital,  comme  de  tout  logement. 

L'influence  que  toutes  ces  conditions  de  salubrité  des  salles  d'opérés  peuvent 
avoir  dans  le  meilleur  résultat  des  opérations  nous  est  clairement  indiquée  [vir 
les  règles  les  plus  élémentaires  d'une  bonne  hygiène.  Mais  celle-ci  ne  nou$  la 
démontrerait-elle  pas,  que  nous  pourrions  encore  jusqu'à  un  certain  pcnntia 
déduire  des  résultats  consignés  à  ce  siyet  dans  notre  statistique  des  amputations 
fi  l'hôpital  Saint-Joseph. 


BARROSA.   —  STATISTIQUE   DES  OPÉRATIONS  A   LISBONNE.  263 

Notre  statistique  nous  fait  voir  en  effet  que  les  salles  qui,  chez  nous,  ofMrent 
une  moindre  mortalité  furent  précisément  celles  qui  avaient  un  plus  petit  nom- 
bre (le  lits,  celles  dont  le, cube  d'air  était  proportionnellement  plus  fort,  celles 
ilnnt  les  fenêtres  étaient  plus  nombreuses,  celles  qui  se  trouvaient  au  rez-dc- 
ciiaussée,  ou  jusqu'au  deuxième  étage,  celles  enfin  dont  la  principale  exposition 
<<;  trouvait  au  sud. 

Ê^Mftjue  de  l'opération.  —  De  tout  temps,  il  a  été  question  de  savoir  quelle 
<emi  l'époque  de  l'année,  ou  la  saison  la  plus  favorable  au  meilleur  résultat 
lies  opérations,  pour  lesquelles,  n' étant  pas  urgentes,  on  peut  choisir  le  moment 
le  plus  opportun. 

Les  anciens,  on  le  sait,  préféraient  à  cet  ellet  l'automne  et  le  piintonips,  par 
Aû<  raisons  théoriques  plutôt  que  par  des  motifs  fondés  sur  l'expéi'ience,  et  cette 
upinion  eut  encore  de  nos  jours,  en  sa  faveur,  deux  des  plus  grands  noms 
df  la  chirurgie  moderne,  Dupuytreu  et  Velpeau. 

Cette  opinion,  si  généralement  acceptée,  reçut  cependant  un  démenti  formel 
dans  la  statistique  de  Malgaignc  [Arch,  géti.  de  méd.,  n^  ih^  18/i2,  p.  03),  dans 
celle  de  Fenwick  (Arch.  gén.  de  méd.,  n°  18, 1848,  p.  61),  et  dans  relie  enfin 
iW  John  Walt,  inspecteur  général  des  hôpitaux  anglais  pendant  la  guerre  de 
i.riméc  (Dict.  encyd.  des  sciences  médicales,  n°  3,  p.  365). 

Les  résultats  de  noti*e  statistique,  à  ce  sujet,  sont  un  peu  vagues  ;  ron signons- 
les  toutefois  tels  qu'ils  se  présentèrent. 

Liiez  nous  donc  les  mois  qui  se  montrèrent  les  plus  favorables  au  succès  des 
opérations  furent  celui  d'octobre  d'abord,  et  ensuite,  et  par  ordre  de  mortalité 
croissante,  ceux  de  juin,  juillet  et  avril,  et  les  plus  défavorables  par  ordre  de 
succession  décroissante,  ceux  de  mai,  août,  mars  et  janvier. 

D  après  notre  statistique  encore,  la  saison  qui  chez  nous  se  montra  la  plus 
fa>orisée  fut  l'automne,  et  après  celle-ci  l'été  ;  le  printemps  ayant  été  de  toutes 
la  plus  funeste,  et  l'hiver  venant  immédiatement  après. 

Si  l'on  pouvait  donc  déduire  de  notre  statistique  un  résultat  valable,  on  en 
devrait  conclure  que  l'automne  est  chez  nous  la  saison  la  plus  favorable  au 
*uccès  des  opérations,  et  en  ceci  elle  se  trouverait  d'acCord  avec  la  manière  de 
penser  des  anciens  et  d'un  grand  nombre  de  chirurgiens  modernes.  L'accord  ne 
M*rait  cependant  pas  parfait,  car  le  printemps,  comme  on  l'a  vu,  n'a  point  justifié 
chez  nous  la  bonne  opinion  qu'on  en  a  ailleurs. 

Sur  le  choix  du  moment  le  plus  opportun  pour  opérer,  dans  les  lésions  trau- 
matiques,  sitôt  que  l'opération  est  jugée  indispensable,  notre  avis  est  qu'il  faut 
opérer  avant  que  les  symptômes  inflammatoires  généraux  et  locaux  se  soient 
développés,  ou  bien  alors,  quand  cela  n'a  pas  été  possible,  attendre  qu'ils  soieut 
en  complète  déclinaison. 

Sauf  les  cas  urgents,  nous  n'opérons  jamais  en  présence  de  l'acuité  de  la 
réaction  générale  ou  locale,  et  dans  notre  propre  expérience,  et  dans  celle  de 
plusieurs  de  nos  confrères,  nous  avons  des  raisons  pratiques  qui  confirmeraient, 
!^il  en  était  besoin,  les  raisons  théoriques  qui  autorisent  notre  conduite  à  ce 
■^'ijet. 

t*our  ce  qui  a  trait  au  choix  de  l'époque  des  opérations,  il  est  encore  une  con- 
î^idération  sur  laquelle  nous  croyons  devoir  insister  en  quelques  mots.  Nous 

entendons  parler  du  séjour  des  malades  à  l'hôpital,  du  moment  que  l'indication 

d'opérer  est  positivement  établie. 
Autant  nous  croyons  imprudent  de  surprendre  pour  ainsi  dire  nos  malades 


26&        CONGRÈS  MÉDICAL  INTERNAT  [ON  AL.  —  TROISIÈME  SÉANCE  DE  JOUR. 

par  une  opération,  au  milieu  du  trouble  physique  et  moral  dont  les  premiers 
temps  de  séjour  à  l'hôpital  sont  toujours  une  puissante  cause,  autant  nous  pen- 
sons aussi  qu'il  est  dangereux  de  les  y  laisser  séjourner  trop  longtemps. 

11  est  évident,  en  effet,  que  l'air  et  toutes  les  autres  mauvaises  conditions  d'un 
hôpital,  pour  bien  tenu  qu'il  soit,  agissant  trop  longtemps  sur  les  malades^  ne 
manqueront  pas  de  les  affaiblir,  et  par  cela  même  de  les  placer  dans  les  con- 
ditions les  plus  défavorables  pour  résister  au  traumatisme  grave  qui  est  la  suite 
nécessaire  de  toute  grande  opération.  —  Ne  laisser  séjourner  nos  malades  à 
l'hôpital  que  le  temps  nécessaire  pour  ne  pas  les  surprendre  non  encore  accli- 
matés, ou  pour  qu'ils  aient  pu  se  reconstituer,  si  par  hasard  ils  y  sont  entrés 
dans  de  mauvaises  conditions  de  santé  générale,  c'est  là  pour  nous  notre  rèiîle 
de  conduite  dans  l'espèce. 

Du  reste,  notre  statistique  vient  aussi  à  l'appui  de  notre  manière  de  voir  ;  on 
y  voit,  en  effet,  sur  un  nombre  de  malades,  supérieur  à  la  moitié  du  total,  que 
la  mortalité  a  été  moindre  pour  ceux  dont  le  séjour  à  l'hôpital  n'a  été  que  de  1  à 
10  jours,  et  que  sur  le  total  encore  il  y  a  eu  une  différence  de  17  pour  100  en 
faveur  de  ceux  qui  ne  sont  restés  dans  les  salles  que  de  1  jour  à  2  mois,  avant 
d'être  opérés. 

Conditions  spéciales  aux  malades,  —  Nous  venons  de  noter  l'influence  fâcheuse 
qu'un  trop  long  séjour  à  l'hôpital  doit  avoir  sur  l'état  des  malades  à  opérer. 
Ajoutons  encore  que  les  diètes  trop  restreintes  doivent  forcément  agir  dans  le 
même  sens,  en  les  affaiblissant  par  une  insuffisante  nutrition.  Aussi  tenons-nous 
pour  essentiel  au  succès  de  nos  opérations  de  bien  nournr  nos  malades,  et 
même  de  leur  accorder  le  plus  tôt  possible  l'usage  des  viandes  rouges  et  d'un 
bon  vin. 

Dans  le  même  but,  nous  croyons  très-utiles  les  promenades  en  plein  air,  dans 
les  jardins  et  autres  lieux  boisés,  comme  nous  en  avons  heureusement  à 
Saint-Joseph,  et  même  avant  que  les  malades  puissent  marcher,  nous  les 
faisons  transporter  dans  des  chaises  à  roues,  ou  dans  tout  autre  véhictUe 
commode. 

On  accroît  par  là,  au  moyen  d'une  salutaire  oxygénation  du  sang,  et  des 
autres  avantages  qui  résultent  de  l'exposition  au  grand  air  et  à  la  lumière,  les 
bienfaits  d'une  convenable  alimentation. 

Procédé  opératoire.  —  Pour  l'amputation  des  grandes  sections  des  membres, 
nous  préférons,  en  général,  l'opération  dans  la  continuité,  par  la  méthode  cir- 
culaire, selon  le  procédé  dont  nous  avons  déjà  énuméré  les  principaux  avan- 
tages et  que  nous  allons  décrire  rapidement. 

Premier  temps,  —  Après  avoir  fait  tirer  la  peau  vers  la  racine  du  membre, 
au  moyen  des  deux  mains  d'un  aide,  section  circulaire  des  téguments  et  de  tout 
le  tissu  connectif  sous-jacent  jusqu'à  l'aponévrose. 

Deuanéme  temps,  —  Section,  circulaire  aussi,  de  l'aponévrose  et  de  la  couche 
superficielle  des  muscles,  au  niveau  de  la  section  de  la  peau  rétractée  et  tirée  en 
haut. 

Troisième  temps,  —  Section  de  la  couche  musculaire  profonde,  au  niveau  de 
la  section  des  muscles  superficiels  rétractés  et  en  inclinant  le  couteau  do  ma- 
nière à  le  faire  tailler  dans  les  chairs  un  cône  creux,  ayant  le  somnuH  tourné 
en  haut. 

Quatrième  temps,  —  Section  de  l'os  au  point  correspondant  au  sommet  du 
cône  creusé  dans  les  chairs,  et  avec  les  précautions  d'usage. 


BARBOSA.    '^  STATISTIQUE  DES  OPÉRATIONS  A  LISBONNE.  265 

Ce  procédé,  au  moyen  duquel  la  peau,  n'étant  pas  décollée,  garde  tous  ses  élé- 
ments de  nutrition^  a  l'avantage  de  produire  une  plaie  d'une  superficie  bien 
moindre  que  celle  du  procédé  de  Brunninghausen,  tout  en  laissant  assez  de  té- 
iruments  et  de  parties  molles  pour  bien  couvrir  l'os,  et  dans  les  meilleures  con- 
ditions pour  que  l'adhésion  se  fasse. 

Ce  procédé  est  également  applicable  à  la  cuisse,  à  la  jambe,  au  bras  et  à 
ra?ant-bras,  et  à  ces  différentes  sections  des  membres  nous  l'avons  avantageuse- 
ment employé.  11  est  cependant  d'une  application  plus  facile  et  dans  de  meU- 
leures  conditions  pour  la  cuisse,  le  bras  et  l'avant-bras. 

C'est,  faites  selon  ce  procédé,  que  1/i  amputations  de  la  cuisse  à  l'hôpital 
Saint-Joseph  ont  donné  13  guérisons  dans  les  deux  dernières  années. 

Pansement  après  les  opérations.  —  L'amputation  finie,  nous  avons  le  plus 
grand  soin  d'arrêter  complètement  toute  hémoirhagie,  et  nous  ne  pansons 
qu'après  nous  être  assuré  que  la  plaie  est  parfaitement  nette,  et  qu'il  n'y  reste 
pas  le  plus  petit  caillot,  qui,  devenu  corps  étranger,  puisse  donner  lieu  à  la 
suppuration  et  aux  accidents  bien  plus  fâcheux  de  phlébite,  d'infection  puru- 
lente, etc. 

La  plaie  bien  nettoyée,  et  nous  étant  assuré  de  la  suspension  complète  de  toute 
h^morrhagie,  nous  entourons  le  membre  amputé  d'un  bandage  circulaire,  de- 
puis sa  racine  jusqu'à  1  ou  2  centimètres  à  peu  près  de  l'extrémité  des  tégu- 
ments du  moignon.  ^ 

Ce  moyen,  tout  simple  qu'il  est,  a  pour  nous  beaucoup  d'impoilance.  Il  a 
en  effet  les  avantages  suivants  :  par  la  compression  régulière  et  modérée  du 
moignon,  il  diminue  l'étendue  de  la  plaie  traumatique,  et,  en  limitant  la  surface 
>uppurante,  il  s'oppose  aux  hémorrhagies  secondaires,  et  il  facilite  l'adhésion  en 
empêchant  la  rétraction  des  téguments  et  des  parties  molles  sous-jacentes,  plus  à 
craindre,  quand  les  phénomènes  infiammatoircs  locaux  se  sont  développés  ;  il 
tend  à  éviter  la  conicité  du  moignon,  ainsi  que  l'infection  purulente  ;  enfin  ce 
bandage  est  encore  utile  comme  point  d'attache  pour  les  bandelettes,  dont  l'action 
initante  sur  la  peau  est,  comme  on  le  sait,  si  souvent  cause  d'excoriations  et 
d'érysipèle  du  moignon. 

La  plaie,  unie  au  moyen  des  bandelettes  appliquées  comme  nous  venons  de 
le  dire,  nous  la  disposons  de  manière  qu'elle  se  trouve  dirigée  obliquement 
en  bas  et  en  dedans,  dans  le  but  de  laisser  le  plus  facile  écoulement  aux  liquides 
eisudés. 

Dans  le  même  but,  l'angle  inférieur  de  la  plaie  ne  doit  jamais  rester  couvert 
par  les  bandelettes.  Les  différents  tissus  qui  ont  été  intéressés  par  la  plaie,  étant 
doués  d'une  vitalité  et  de  conditions  de  cicatrisation  diverses  pour  chacun 
d'eux,  surtout  l'os  pai*  rapport  aux  parties  molles,  les  fils  des  ligatures  se  trouvant 
forcément  dans  la  plaie  pour  quelque  temps  et  comme  autant  de  corps 
étrangers,  nous  avouons  que  nous  ne  comptons  jamais  sur  une  complète  réunion 
immédiate  des  plaies  d'amputation.  Aussi  avons-nous  soin,  pour  ces  plaies, 
comme  pour  celles  résultant  des  extirpations  des  tumeurs  du  sein  ou  autres,  de 
toujours  placer  une  mèche  dans  l'angle  inférieur,  afin  de  faciliter  l'écoulement 
des  liquides,  qui,  retenus  et  putréfiés  dans  le  foyer,  sont  si  souvent  cause  d'in- 
flammation et  de  suppuration  locales,  et  peuvent  même  concourir  au  dévelop- 
pement de  l'infection  purulente. 

I^  ûls  de  ligatures,  pour  ne  pas  en  allonger  trop  le  trajet,i  nous  les  dhigeons 
•le  préférence  vers  l'angle  inférieur.  * 


J66        CONGKlîîs  JUfeOICAL  INTKRNATIONAL  —  TROISifeME  8ÉANCF   DE  JOUR. 

Los  bandelettes  appliquées  à  la  distance  de  1  à  2  centimètres  les  unes  des 
autres,  on  couvre  la  plaie  de  plumasseaux  de  charpie  trempés  dans  de  l'alcooi 
saturé  de  camphre  (1),  et  par-dessus  le  tout  une  croix  de  Malte»  et  à  peine  quel- 
ques tours  de  bande,  de  manière  à  rendre  tout  riq)pareil  le  moins  lourd  et  le 
moins  épais  possible. 

L'alcool  saturé  de  camphre,  que  nous  employons  dans  le  pansement  des  plaies 
d'amputations  comme  de  toutes  autres  qui  doivent  suppurer,  a  incontestablement 
pour  eftet  de  les  rendre  plus  sèches  et  plus  propres;  et,  en  coagulant  Talbumine 
du  sang,  de  rendre  plus  facile  son  organisation  el  la  cicatrisation  des  tissus,  saib 
compter  que  pai*  ses  qualités  antûeptiques,  il  est  très-efficace  pour  empêcher 
le  développement  des  germes  morbifiques  et  des  fermentations  nuisibles  qui 
peuvent  entraver  la  cicatrisation,  ou  infecter  les  plaies  et  l'organisme  tout 
entier. 

La  position  à  donner  au  membre  amputé  mérite  aussi  notre  attention,  et  nous 
attachons  beaucoup  d'importance  à  ce  qu'il  reste  placé  de  manière  que  l'angle 
inférieur  de  la  plaie  se  trouve  au  point  le  plus  déclive,  afin  d'éviter  les  fuséet^ 
purulentes,  en  laissant  aux  liquides  un  facile  écoulement. 

Nous  réprouvons  donc  la  pratique  que  nous  avons  vu  suivre  quelquefois,  di- 
placer  le  membre  sur  un  oreiller  épais,  au  point  que  la  plaie  vienne  à  se  tn)u- 
ver  sur  un  plan  plus  élevé  que  la  racine  du  membre  amputé,  pratique  piu^ 
nuisible  encore  si  l'on  n'a  pas  établi  une  bonne  compression  du  moignon. 

Nous  préférons  toujours,  et  nous  regardons,  comme  très-important,  de  panser 
au  bout  de  quarante-huit  heures,  plutôt  que  d'attendre  quatre  à  cinq  juui>. 
jusqu'à  ce  que  tout  l'appareil  soit  imbibé  de  liquides  putrescibles,  au  dctriuicni 
du  malade  et  de  ses  voisins. 

Lors  du  premier  pansement,  en  général,  nous  n'enlevons  point  les  bandelettes, 
et  nous  nous  contentons  de  renouveler  la  mèche  de  l'angle  de  la  plaie,  ainsi  que 
les  plumasseaux  camphrés,  en  l'examinant  soigneusement,  sans  en  troubler  toute- 
fois  le  processus  curateur  naturel. 

Pour  avoir  pansé  plus  tard  que  nous  ne  le  faisons  depuis  longtemps,  il  nous  e>l 
arrivé  plus  d'une  fois,  dans  les  premiers  temps  de  notre  pratique,  de  trouver  de 
vastes  foyers  purulents  sous  des  téguments  en  grande  partie  réunis. 

Cet  inconvénient,  cent  fois  plus  grave  et  plus  fréquent  dans  le  déplorable  pro- 
cédé &  manchette,  notre  procédé  et  notre  méthode  de  pansement  l'évitent  au- 
tant que  possible,  en  épargnant  aux  malades  les  désastreuses  conséquences  de 
l'accumulation  du  pus  au  milieu  de  tissus,  où  il  s'altère  et  où  il  peut  être  résorlR'. 
Si,  malgré  tous  nos  soins,  des  clapiers  se  forment,  nous  avons  recours  au  dm- 
nage  de  la  plaie  au  moyen  des  tubes  de  gutta-percba. 

11  libus  parait  également  important  que  ce  soit  l'opérateur  lui-même  qui  fa>se 
les  pansements  des  premiers  jours. 

On  peut,  en  se  conformant  à  cette  règle,  et  cela  nous  est  arrivé  plus  d'une 
fois,  parer  dès  leur  première  apparition  à  de  légers  accidents  <|ui,  négli^^és  ou 
nïéconnus,  pourraient  avoir  de  fâcheuses  conséquences. 

Faut*il  ajouter  que  l'emploi  des  ancsthésiques,  éther  ou  chloroforme,  nou> 
parait  indispensable,  à  moins  de  sérieuses  contre-indications,  dans  le  but  de  sous- 
traire les  malades,  aux  chances  de  mort  par  épuisement  ou  par  éclanipsic,  en 
leur  épargnant  d'inutiles  souffrances. 

(1)  La  formule  dont  nous  nous  servons,  et  que  nous  avons  introduite  dans  le  nouveau  for- 
mulaire de  rtiôpital  Saint-Joseph,  est  la  suivante  :  Alcool,  3^  etmphre,  i, 


9ÀRB0S4.    —  STATISTIQUE   DES  OPÉRATIONS  A  LISBONNE,  267 

Régime,  —  A  la  deuxième  section  de  cette  note,  nous  avons  déjà  eiprimé  en 
quelques  mois  notre  manière  de  voii*  à  propos  du  régime  diététique  le  plus  con- 
venable aux  opérés. 

Entrons  maintenant  dans  de  plus  amples  détails  &  ce  sigetj  en  indiquant  clai- 
rement quelle  est  notre  pratique^  et  celle  généralement  suivie  aujourd'hui  à 
l'hôpital  Saint-Joseph,  par  rapport  à  l'alimentation  des  malades  qui  ont  subi  de 
gnndes  opérations. 

Disons  d'abord  que,  en  généi'al  et  à  moins  de  contre-indications  formelles, 
nous  administrons  toujours^  à  titre  de  cordial^  une  petite  portion  de  bon  vin  à  nos 
lualades  aussitôt  après  l'opération,  et  que,  généralement  aussi,  nous  leur  conti- 
nuons la  ration  de  vin  qu'ils  avaient  avant  d'être  opérés,  et  qui  est,  terme  moyen, 
de  180  à  240  grammes  de  bon  vin  ordinaire,  ou  la  moitié  de  cette,  dose  quand 
c'est  du  Porto,  dans  les  premières  vingt^quatre  heures. 

Pour  l'alimentation  solide  à  accorder  à  nos  opérés,  nous  suivons  d'habitude  les 
indications  qui  nous  sont  fournies  par  l'appétit,  par  la  fièvre  et  par  l'état  des  voies 
.;:astriques,  les  guides  les  plus  sûrs  d6ms  l'espèce. 

D'ordinaire^  cependant,  nos  malades  gardent  après  l'opération  la  diète  qu'ils 
a>aient  auparavant  ;  ou  bien  nous  lem*  accordons  une  diète  moyenne,  la  troisième, 
ou  tout  au  moins  la  deuxième  (1)  de  notre  hôpital,  selon  lem*  appétit  et  leurs 
forces. 

La  réaction  une  fois  développée,  si  elle  est  forte  et  si  les  malades  perdenU' ap- 
pétit, la  diète  est  4iiuinuée,  mais  jamais,  hormis  les  cas  exceptionnels,  nos  ma- 
lades ne  sont  mis  à  la  diète  absolue  ;  même  en  présence  de  la  réaction,  ils  ont 
toujours  ou  une  deuxième,  ou,  pour  le  moins,  du  bouillon  de  bœuf  cinq  fois  par 
jour  et  leur  ration  de  vin. 

(1)  A  l'hôpital  Saint- Joseph,  les  diètes  sont  les  suivantes  : 

i'^  —  Cinq  bouillons  de  viande,  ou  de  poulet  exceptionnellement,  de  18  centilitres  chacun, 
dans  les  vingt-quatre  heures. 

2**.  —  Déjeuner:  pain,  50  grammes;  bouillon,  18  centilitres.  Dtner  :  potage  au  ris, 
18 centilitres.  Souper:  bouillon,  18  centilitres. 

3**.  —  D^eaner  :  pain,  50  grammes;  bouillon,  18  centilitres,  ou  potage,  35  eentilitres. 
IHoer  :  pain,  110  grammes;  viande  bouillie  ou  rdtie,  56  grammes;  potage  au  ris,  58  centi- 
iitres.  Souper  :  pain,  50  grammes;  potage  au  rii,  35  centilitres. 

4"*.  —  Déjeuner  :  pain,  100  grammes;  bouillon  ou  potages  divers,  35  centilitres,  Dtner  : 
pain,  200  grammes;  viande  bouillie  ou  rOtie,  112  grammes;  potage,  35  centilitres.  Souper  : 
pain,  100  grammes  ;  potage,  35  centilitres. 

U  viande  d'ordinaire,  à  Saint-Joseph,  c'est  le  bœuf.  Le  mouton,  le  veau  et  le  poulet  sont 
prescrits  souvent,  mais  sur  indication  précise  du  médecin. 

U  en  est  de  même  pour  le  poisson. 

U  ris  est  le  type  pour  les  potages,  mais  on  les  varie  beaucoup,  et  Ton  y  ajoute  des  légumes. 

Us  déjeuners  peuvent  varier  beaucoup  dans  toutes  les  diètes,  mais  en  gardant  les  mêmes 
quantités  en  poids  pour  les  différents  potages  ou  bouillies.  Le  thé,  le  café,  le  chocolat,  avec  du 
paia  et  dn  beurre,  sont  prescrits  très-souvent  pour  remplacer  le  pain  et  le  bouillon  du  déjeuner. 

Le  lait  est  journellement  prescrit  pour  les  déjeuners,  soit  seul,  soit  avec  du  thé,  du  calé  ou 
dodioeolat. 

Us  fruits,  le  fromage  et  les  confitures  pour  dessert  sont  fournis  sur  prescription  expresse, 
ainsi  que  le  vin  ordinaire  ou  de  Porto. 

Us  médecins  ont  la  plus  grande  latitude  dans  la  prescription  des  diètes,  qu'ils  peuvent, 
pour  ainsi  dire,  varier  à  Tinfini,  sûrs  toujours  qu'elles  seront  ponctuellement  servies  à  leurs 
malades. 


268        CONGRÈS  MÉDICAL  INTERNATIONAL.  —  TROISIÈME  SÉANCE  DE  JOUR. 

Du  moment  que  les  phénomènes  inflammatoires  tombent^  nous  augmentons 
la  diète^  et  nous  la  portons  aussi  rapidement  que  possible  à  la  plus  forte,  la  qua- 
trième (viande  rôtie). 

C'est  là  notre  pratique,  et,  en  général,  aussi  celle  de  nos  confrères  à  Saint- 
Joseph  ;  et  tous  nous  nous  en  trouvons  bien,  et  tous  aussi  nous  sommes  d'aris 
qu'il  ne  faut  pas  craindre  de  nourrir^  et  qu'il  faut  au  contraire  se  garder  d'affai- 
blir des  malades  qui  viennent  de  perdre  du  sang  en  grande  quantité^  au  moment 
même  où  ils  vont  avoir  besoin  de  toutes  leurs  forces  pour  parer  aux  pertes  qui 
accompagnent  le  processus  de  réparation,  et  pour  pouvoir  résister  aux  accidents 
graves  qui  peuvent  survenir. 

Les  considérations  qui  précèdent  auront  mis  fin  au  modeste  travail  que  nous 
avons  cru  devoir  vous  présenter  en  hommage  respectueux,  et  avec  le  désir  le 
plus  sincère  de  nous  montrer  reconnaissant  de  l'appel  flatteur  que  votre  comité 
central  a  bien  voulu  faire  à  notre  bonne  volonté,  plutôt  sans  doute  qu'à  notre 
peu  de  mérite,  ainsi  qu'au  témoignage  de  confiance  accordé  par  mon  gouverne- 
ment. 

Disons-le  en  toute  sincérité,  nous  ne  nous  faisons  aucune  illusion  sur  la  valeur 
scientifique  et  littéraire  de  cette  note  ;  et  en  en  faisant  hommage  à  la  savante  as- 
semblée qui  nous  a  fait  l'honneur  de  nous  écouter  avec  tant  de  bienveiUance, 
nous  regrettons  plus  vivement  encore  que  notre  travail  ne  soit  pas  ce  qu'il  eût 
dû  â|pc,  à  la  hauteur  du  sujet  et  digne  surtout  d'une  aussi  docte  et  respectable 
compagnie. 

Tout  défectueux  qu'il  est  cependant,  et  à  défaut  de  tout  autre  mérite,  il  aura 
du  moins  celui  d'être  vrai,  et  par  conséquent  celui  aussi  de  pouvoir  concourir 
pour  sa  pari  à  l'étude  d'une  des  plus  importantes  questions  de  statistique  et  de 
science  médicales,  celle  de  la  notion  exacte  de  la  mortalité  après  les  grandes 
opérations  dans  les  difTérents  pays. 

Les  principales  formes  pathologiques  qui,  chez  nous,  sont  causes  fréquentes 
de  mortalité  après  les  opérations,  y  sont  recherchées  et  appréciées  au  mo^en 
des  données  exactes  de  la  statistique,  comme  éléments  indispensables  et  de  pre- 
mière importance  à  connaître  pour  arriver  à  quelques  déductions  profitables 
dans  l'étude  de  la  question  qui  nous  occupe. 

Dans  le  même  but,  nous  avons  aussi  décrit  le  procédé  et  le  mode  de  panse- 
ment généralement  préférés  chez  nous  depuis  quelques  années,  et  nous  avons 
énoncé  et  démontré  à  la  lumière  des  chiffres  les  raisons  et  les  faits  sur  lesquels 
nous  nous  fondons  pour  attribuer  à  ces  procédés  l'influence  la  plus  décisive  dans 
le  succès  flatteur  des  grandes  amputations  pratiquées  à  l'hôpital  Saint-Joseph 
pendant  les  dernières  années,  succès  qui,  notre  statistique  en  fait  foi,  vont  au 
delà  même  des  résultats  les  plus  favorables  obtenus  dans  les  hôpitaux  de  Paris, 
ces  foyers  reconnus  et  autorisés  de  toute  science  et  de  tout  véritable  progrès  en 
chirurgie. 

Un  autre  élément,  enfin,  qu'il  fallait  faire  connaître  dans  cette  étude  statis^ 
tique,  c'était  l'alimentation  et  les  soins  que  nous  donnons  à  nos  opérés  à  l'hiV 
pital  Saint-Joseph,  ainsi  que  les  principales  conditions  hygiéniques  de  l'établis- 
sement où  ont  été  recueillis  les  faits  qui  servent  de  base  à  notre  travail.  Vous  le 
voyez  donc,  messieurs  et  honorables  confrères,  j'ai  cherché  à  être  consciencieux 
et  vrai  dans  l'étude  de  la  question  que  j'ai  dû  traiter;  et  si  de  plus  hautes  qua- 
lités, et  le  temps  aussi,  nous  ont  fait  défaut,  je  n'en  aurai  pas  moins  fait  preuve 
de  bonne  volonté,  et  l'indulgente  bienveillance  que  vous  avez  bien  voulu  m'ac- 


GOSSELOf.  ^  PROPHTUlXIE  DE  L'ÊRTSIPÈLE  ET  DE  L'INFECTION  PURULENTE.    269 

corder,  et  dont  le  souvenir  me  sera  précieux^  aura  su  me  consoler  et  m' absoudre 
des  fautes  que  je  n'ai  pu  éviter. 


PB^PHYIiAUK   BE   li'ÉBYSIPfiliE    ET  DE  li'IlVFECTIOIV 
nnmiiBliTE  BAMS  liES  SAIiliES  BE  CBIBlJBeiE. 

PAR  M.   LE  DOCTEUR  L.   GOSSELIN^ 
clinique  chirnrgicalo  k  la  Faculté  de  médedoe  de  Paris,  cliimrgien  do  l'hôpital  de  laGharilë,etc. 


J'aurais  voulu  pouvoir  aborder  tous  les  côtés  du  problème  chirurgical  qui  a 
été  proposé  au  €k>ngrès  dans  la  question  des  accidents  généraux  entraînant  la 
mort  après  les  opérations.  Mais  le  cercle  restreint  dans  lequel  il  m'est  donné 
d  obser\'er  à  Paris  ne  m'a  permis  de  recueillir  aucun  document  sur  Tinfluence 
des  races,  sujet  pour  lequel  je  serais  si  heureux  de  voir  apporter  ici  une  solution 
satisfaisante. 

Les  deux  maladies  que  l'on  observe  le  plus  souvent  après  les  opérations^  sur- 
tout dans  les  grands  hôpitaux,  Férysipèle  et  l'infection  purulente,  m'ont  tout 
spécialement  occupé  depuis  quelques  années.  Ces  maladies  sont-elles  fatales  et 
inévitables,  ou  pouvons-nous  dans  une  certaine  mesure  en  préserver  nos  opérés 
et  nos  blessés?  S'il  y  a  une  prophylaxie,  quels  en  sont  les  moyens?  Tels  sont 
les  deux  côtés  de  la  question  sur  lesquels  j'ai  en  ma  possession  quelques  ma- 
tériaux tirés  de  ma  pratique  nosocomiale,  et  pour  l'examen  desquels  je  viens 
réclamer  un  moment  la  bienveillante  attention  du  Congrès. 


ARTICLE  PREMIER. 

PROPHYLAXIE    DE   l'ÉRYSIPÊI^E. 

Parmi  les  causes  de  l'érysipèle  traumatique,  le  seul  dont  je  m'occupe  en  ce 
moment,  il  en  est  qui  sont  individuelles,  intériem-cs,  et  dont  l'influence  explique 
la  forme  sporadique  que  l'on  observe  partout. 

Il  en  est  d'autres  extérieures,  que  l'on  attribue  depuis  longtemps  à  certaines 
conditions  de  l'atmosphère  et  qui  expliquent  la  forme  épidémique.  Ces  condi- 
tions sont  insaisissables  dans  leur  essence,  et  l'on  a  pensé  souvent  que  le  froid 
et  l'humidité  devaient  être  plus  particulièrement  invoqués  comme  causes  des 
épidémies  d'érysipèle.  Mais  le  froid  et  l'humidité  se  rencontrent  partout,  et 
chacun  sait  que  cependant  les  épidémies  dont  il  s'agit  sont  rares  dans  les  cam- 
pagnes, les  petites  villes  et  les  petits  hôpitaux,  tandis  qu'elles  se  rencontrent 
plus  fréquemment  dans  les  grandes  villes  et  les  grands  hôpitaux,  là  où  les 
hommes  et  surtout  les  malades  sont  rassemblés  en  plus  grand  nombre.  Il  était 
naturel  d'en  conclure  qu'au  nombre  des  conditions  de  l'atmosphère  qui  favo- 
ri^nt  les  épidémies  d'érysipèle,  il  fallait  placer  la  contamination  du  milieu 


270        C0NGRË8   MÉDICAL  liNTËHNATlONAL    —  TROlâlKMK  SÉANCE  Ôë  JOUB. 

ambiant  par  des  émanations  ou  miasmes  organiques,  et  qu'en  consdqucnce  l'éry- 
sipèle  était  ou  pouvait  être  une  maladie  infectieuse.  De  là  à  Tidée  de  la  conta- 
gion il  n'y  avait  pas  loin^  et  aujourd'hui  bon  nombre  de  personnes  admettent 
que  rérysipèle  non-seulement  est  d'origine  infectieuse,  mais  est  aussi  quelque- 
fois contagieux. 

Tant  que  l'érysipèle  a  été  attribué  exclusivement^  soit  aux  causes  individuelles, 
soit  à  la  température  et  à  l'humidité^  il  est  tout  simple  que  cette  malaidra  ait  été 
considérée  comme  inévitable  et  qu'on  ne  se  soit  pas  occupé  de  prophylaxie.  Maii^ 
ceux  qui,  aujourd'hui,  sans  nier  l'influence  des  causes  précédentes,  croient  en 
même  temps  à  l'infection  et  à  la  contagion,  doivent  chercher  s'il  n'existe  pas  îles 
moyens  préventifs  non  pas  contre  l'érysipèle  sporadique,  mais  contre  l'érysipèle 
épidémique. 

C'est  seulement  depuis  le  1*'  janvier  1862,  époque  de  mon  entrée  à  l'hôpital 
de  la  Pitié,  que  j'ai  recueilli  des  matériaux  sur  ce  sujet.  Jusque-là,  restant  dan^ 
la  doctrine  de  ceux  qui  avaient  été  mes  maîtres,  j'avais  cru  à  la  fatalité,  et  n'au- 
rais pas  jugé  nécessaire  de  rassembler  et  de  compter  les  faits*  Je  conservais  seu- 
lement, de  mou  passage  dans  les  autres  services  qui  m'avaient  été  confiés,  ce 
souvenu*  que,  de  temps  à  autre»  les  salles  o£[ï*aient  des  épidémies  d'érysipèle  ; 
que,  pendant  ces  épidémies,  assez  souvent  les  plaies  les  plus  simples,  les  vé<i- 
catoires  eux-mêmes,  devenaient  le  point  de  dépail  de  cette  fâcheuse  complica- 
tion. J'étais,  en  pailiculier,  sous  l'impression  pénible  que  m'avaient  laissée  les 
deux  années  1860  et  1861  à  l'hôpital  Deaujon,  ou  ces  épidémies  avaient  été  le 
iLiieux  caiactérisées.  En  ell'et,  mon  ancien  élève,  M.  le  docteur  Fenestre,  dans 
l'espace  de  cinq  mois,  du  23  février  au  20  juillet,  avait  compté  55  érysipcle$ 
(35  pour  les  hommes  et  20  pour  les  femmes),  dont  20  s'étaient  terminés  par  la 
mort. 

Depuis  mon  aiTivée  à  l'hôpital  de  la  Pitié,  où  les  conditions  hygiéniques  lai^ 
sent  moins  à  désirer  que  dans  bien  d'autres  hôpitaux,  j'ai  recueilli  tous  les  cas 
d'érysipèles  qui  se  sont  présentés  dans  mes  salles.  Pendant  les  trois  premières 
années  1862,  1863  et  1864,  je  n'ai  guère  pris  de  mesure  que  contre  la  caua^ 
infectieuse,  et  la  mesure  principale  a  consisté  dans  le  renouvellement  de  l'air 
par  l'ouverture  aussi  fréquente  et  aussi  prolongée  que  possible  d'une  ou  de  plu- 
sieurs fenêtres  des  salles.  J'espérais  qu'il  n'en  faudrait  pas  davantage  pour  dimi- 
nuer le  nombre  et  la  gravité  des  cas  d'érysipèles.  Or,  voici  quels  ont  été  nio^ 
lésultats.  J'ai  cru  devoir  comprendre  dans  mes  relevés  tous  les  érysipèles  trau- 
matiqueS)  c'est^-dire  aussi  bien  ceux  qui  ont  appAiru  autour  des  plaies  acciden- 
telles que  ceux  qui  se  sont  montrés  autour  de  plaies  faites  par  le  chirurgien. 

J'ai  eu  en  1862,  37  éi^sipèles  :  25  sur  des  hommes,  12  sur  des  femmes;  les- 
quels m'ont  donné  9  morts  :  6  hommes,  3  femmes. 

J'ai  eu  en  1863,  55  érysipèles  :  &2  sur  des  hommes,  13  sur  des  femmes,  qui 
m'ont  donné  12  morts  :  9  hommes,  3  fenomes. 

En  186&,  41  érysipèles  :  32  hommes,  9  femmes,  qui  m'ont  donné  10  morts: 
7  honmies,  3  femmes. 

Certes,  ces  chiffres  ne  sont  pas  très-satisfaisants.  Mais  pour  en  apprécier  la 
valeur,  il  faudi*ait  pouvoir  les  comparer  à  ceux  des  autres  années  et  à  ceui  de? 
autres  services.  Or,  je  n'ai  pas  ceux  de  mes  autres  années,  et  s'il  m'était  penui> 
de  m'en  rapporter  à  de  simples  souvenh's,  j'afflrmcrais  que  proportionnellement 
au  nombre  de  blessés  et  d'opérés,  le  chlifre  était  plus  élevé  à  l'hôpital  Cochin  et 


GOSSUlN.    --   PROPHYLAXIE  DE  L*£BYSIPÈL£.  271 

k  l'hôpital  Beaujon  qu'il  ne  Ta  été  à  la  Pitié.  Quant  aux  érysipëles  des  autres 
^nices,  soit  dans  le  même  hôpital^  soit  dans  les  autres  hôpitaux,  je  ne  puis  en 
nmnaltre  le  nombre,  et  je  ne  crois  pas  qu'il  ait  été  relevé  exactement.  Si,  par 
hasard;  quelqu'un  de  mes  collègues  avait  des  statistiques  comparatives  à  mettre 
.1  côté  des  miennes,  je  serais  satisfait  de  les  y  avoir  provoqués  par  cette  commu- 
nication, et  à  cette  occasion  je  dirai,  en  passant,  que  cette  question  de  prophy- 
laxie, dans  une  maladie  aussi  bizarre  et  accidentée  que  l'est  l'érysipèle,  serait 
bien  plus  vite  jugée,  si  chacun  apportait,  avec  ses  idées  et  sa  pratique  sur  ce  ' 
[ioint,  ses  résultats  bien  comptés. 

Mais  il  est  indispensable,  pour  juger  la  valeur  de  Taération  meilleure  des 
silles,  de  ne  pas  comprendre  dans  les  mêmes  groupes  les  érysipëles  venus  du 
dehors  et  ceux  qui  se  sont  développés  dans  l'intérieur  même  des  salles.  11  va 
<ans  dire  que  cette  indication  a  été  mise  par  moi-même  sur  toutes  mes  feuilles 
statistiques. 

Or,  sur  les  25  hommes  de  1862,  11  sont  venus  du  dehors  avec  leur  érysipèle, 
\k  l'ont  pris  dans  la  salle. 
Sur  les  k^  hommes  de  186à  :  iU  sont  venus  du  dehors,  28  sont  intérieurs. 
Sur  les  32  honmies  de  186/i  :  13  sont  extérieurs,  19  sont  intérieurs. 
Ainsi,  dans  mes  deux  salles  d'hommes  (grande  et  petite  salle  Saint-Louis),  qui 
contenaient  alofs  60  malades,  dont  le  mouvement  annuel  est  de  850,  terme 
iim^en,  et  où  sont  reçus  un  grand  nombre  de  blessés,  il  s'est  développé  61  éry- 
Mpèles  :  ik  en  1862,  28  en  1863,  19  en  1866. 

Ces  chiffres  sont  plus  rassurants  ;  mais  je  répète  que  j'aurais  besoin  de  chiffres 
comparatifs  pour  en  apprécier  exactement  la  valeur. 

Dans  ma  salle  de  femmes  (salle  Saint^Jean),  qui  ne  contient  que  26  lits^  et  où 
la  moyenne  des  entrées  est  de  275  par  an  : 

Sur  les  12  érysipëles  de  1862  :  5  sont  venus  du  dehors,  7  se  sont  développés 
à  l'intérieur. 
Sur  les  13  érysipëles  de  1863  :  U  extérieurs,  9  întérieui-s. 
Sur  les  9  érysipëles  de  186&  :  3  extérieui^s,  6  intérieurs. 
11  s'est  donc  développé  dans  la  salle,  pendant  ces  trois  années,  22  érysipëles^ 
sivoir  :  7  en  1862,  9  en  1863,  6  en  1864. 

Arrêtons-nous  un  instant  sur  la  proportion  relative  des  érysipëles  chez  les 
hommes  et  chez  les  femmes. 
Elle  est  de  1  sur  /^2  chez  les  preniiers,  1  sur  37  chez  les  secondes. 
Proportionnellement  au  nombre  des  sujets  admis  dans  les  salles,  il  s'est  donc 
développé  un  peu  plus  d' érysipëles  chez  les  femmes  que  chez  les  hommes,  et  si 
l'on  fait  attention  à  cette  circonstance  que  les  plaies  accidentelles  sont  moins 
fréquentes  pour  les  premières  que  pour  les  seconds,  on  en  conclura  que  la  pro- 
portion des  érysipëles  chez  les  femmes  a  été  encore  plus  grande  que  les  chilli*es 
ne  l'indiquent.  Faut-il  l'attribuer  à  ce  que  les  femmes  ont  en  réalité  une  plus 
grande  disposition  à  l'crysipële?  C'est  une  opinion  assez  généralement  admisci 
Mais  je  me  demande  cependant  si,  dans  mon  service,  je  ne  dois  pas  Tattribuer  à 
des  conditions  hygiéniques  différentes.  D'abord  0  est  incontestable  que  le  renou- 
vellement de  l'air  par  l'ouverture  des  fenêtres  laisse  plus  à  désirer  dans  la  salle 
des  femmes,  où  l'on  se  plaint  davantage  du  refroidissement,  que  dans  mes  salles 
d'hommes.  En  outre,  les  lits  sont  plus  rapprochés  et  l'espace  pour  chaque  ma- 
lade est  moindre  que  dans  mes  salles  d'hommes. 

Mu  efïet,  ma  grande  salle  Saint-Louis  (hommes),  qui  a  42  lits,  donne  un  peii 


272        CONGRÈS  MÉDICAL  INTERNATIONAL.  —  TROISIÈME  SÉANCE  DE  JOUR. 

plus  de  47  mètres  cubes  pour  chaque  lit.  La  petite  salle  Saint-Louis,  qui  est  de 
20  lits,  donne  39,58  m.  c.  La  salle  Saint-Jean  (femmes)  n'a  que  40,35  m.  c. 

Quelques  mots  maintenant  sur  les  chiffres  de  la  mortalité.  Les  érysipèles  venus 
du  dehors  et  ceux  qui  se  sont  développés  à  l'intérieur  des  salles  nous  ofTreQl 
sous  ce  rapport  des  différences  assez  curieuses. 

Ainsi,  pour  les  hommes  ; 

Les  6  morts  ont  porté  en  1862:  1  sur  les  11  érysipèles  extérieurs,  5  sur 
les  m  érysipèles  intérieurs. 

Les  9  morts  de  1863  ont  porté  ;  2  sur  les  \U  érysipèles  extérieurs,  7  sui*  le? 
28  érysipèles  intérieurs. 

Les  7  morts  de  1864  ont  porté  :  2  sur  les  13  érysipèles  extérieurs,  5  sur  les 
19  érysipèles  intérieurs.  . 

Au  total  :  5  morts  sur  les  38  érysipèles  extérieurs  (1  mort  sur  7  malades  atteint.^ 
d'érysipèle),  17  morts  sur  les  61  érysipèles  intérieurs  (1  mort  sur  3  1/2  atteints 
d'érysipèle). 

Pour  les  femmes,  c'est  à  peu  près  la  môme  chose  : 

En  effet,  les  3  morts  de  1862  ont  porté  ;  1  sur  les  7  o^érieurs,  2  sur  les 
5  intérieurs. 

Les  3  morts  de  1863  ont  porté  :  1  sur  les  4  extérieurs,  2  sur  les  9  intérieuri:. 

Les  3'morts  de  1864  ont  porté  :  0  sur  les  3  extériem's,  3  sur  les  6  intérieui-s. 

Au  total,  pour  les  femmes  :  2  morts  sur  les  14  éi-ysipèles  extérieurs,  c*esl-à- 
dire  1  sur  7  ;  7  morts  sur  les  20  érysipèles  intérieurs,  c*est-4i-dire  1  sur  3. 

Remarquons  en  passant  la  proportion  relative  de  la  mortalité  dans  les  deux 
sexes.  Nous  avons  : 

22  morts  sur  99  hommes  atteints  d'érysipèle,  soit  1  sur  4,4  ;  9  morts  sur 
34  femmes  atteintes  d'érysipèle,  soit  1  sur  3,7. 

La  propoi*tion  a  donc  été  un  peu  plus  grande  pour  les  femmes.  D'où  il  résul- 
terait que,  dans  mes  salles,  au  moins,  l'érysipèle  traumatique  a  été  plus  fré- 
quent, et  en  même  temps  plus  souvent  mortel  chez  les  femmes.  N'y  a-t-il  pas 
là  un  motif  suffisant  pour  donner  la  préférence  chez  les  femmes  aux  procédés 
opératoires  qui  favorisent  le  moins  le  développement  de  l'érysipèle? 

J'arrive  actuellement  à  l'examen  d'une  question  délicate.  Mes  érAsipèlesont-il? 
été  sporadiques,  et  à  quels  moments  dois-je  croire  qu'ils  ont  été  épidémiqucs  1 
Tant  qu'ils  sont  sporadiques,  en  effet,  je  puis  penser  que  les  causes  individuelles 
jouent  le  principal  rôle  dans  leur  développement,  et  que  la  cause  infectieuse,  si 
elle  doit  intervenir,  n'a  pas  eu  la  plus  grande  part.  Quand  ils  sont  épidémiques, 
au  contraire,  je  dois,  tout  en  faisant  encore  la  part  des  prédispositions  indin- 
duelles,  en  faire  une  beaucoup  plus  grande  à  la  cause  infectieuse.  Mais  comment 
trouver  la  ligne  de  démarcation?  Quel  est,  dans  une  salle  de  malades,  le  chiffre 
par  mois  en  deçà  duquel  la  maladie  sera  sporadique,  et  au  delà  duquel  elle  sera 
épidémique?  Quand  il  s'agit  de  si  petits  nombres,  la  limite  est  difficile  à  trouver 
et  sera  nécessairement  aibitrairc. 

Avant  de  rien  décider  à  ce  sujet,  examinons  comment  dans  les  trois  années  se 
sont  répartis  les  érysipèles  pour  chacun  des  mois  de  l'année. 


GOSSELIN.    —    PROPHYLAXIE   DE.  l/ÉUYSIPÈLE. 


273 


Janvier  m*a  donné 


•  •  •  •  \ 


Février  m**  donné. . .  • 


Eu  1862 1  érysipcle  extcrieur^ 

En  1863 0  — 

En  186A... ...  i  -^ 

En  1862 1  érysipèle  extérieur, 

En  1863 1  — 

En  1864 1  — 


0  iiilcrieur. 

0  — 
4       — 

2  intérieurs. 
7       — 

1  — 


Mui  ffl'd  donné. 


En  1862 2  érysipèles  extérieurs,  3  intérieurs. 

En  1863 1  — 

En  1864 4  — 


En  1862 1  érysipèle  extérieur, 

Avril  m'a  donné \  En  1863 0  — 

En  1864 ••••..     3  — 


4       — 
4       — 

3  intérieurs. 
—  0       — 

érysipèle  extérieur,     1  intérieur. 


En  1862 1 

Hàï  m'a  donné {  En  1863 3      — 

En  1864 0      — 

En  1862 1  érysipèle  extérieur, 

Joio  m*a  donné \  En  1863 3  — 

En  1864 0  — 

(  En  1862.    ....  1  érysipèle  extérieur, 

Juillet  m'a  donné \  En  1863. 0  — 

(  En  1864 0  — 

[  En  1862 1  érysipèle  extérieur, 

Août  m'a  donné !  En  1 863 1  — 

[  En  1864.    ....  3  — 

En  1862 2  érysipèles  extérieurs,  2  intérieurs. 


0 
4 

0 
0 
4 

1 
3 

1 


intérieur. 


intérieur. 


2  intérieurs. 
1       — 
0       — 


Septembre  m*a  donné 


■■{ 


Octobre  m'a  donné. . . . 


«Novembre  m'a  donné. . 


Décembre  m'a  donné. . 


En  1863 2  -- 

En  1864 0  — 

En  1862 0  érysipèle  extérieur, 

En  1863 3  — 

En  1864 0  — 

En  1862 0  érysipèle  extérieur^ 

Eu  1863 0  — 

En  1864 0  — 

En  1862 0  érysipèle  extérieur. 

En  1863 1  — 

En  1864 0  — 


2       — 
1       — 

1  intérieur. 

2  — 
0       — 

0  intérieur. 
0       — 

0  — 

1  intérieur. 
0       — 

0       — 


C'e^t  donc  en  février  et  en  mars  que  s'est  développé  le  plus  grand  nombre 
^  én.sipèles  dans  mes  salles^  et  je  considère  la  maTadie  comme  ayant  été  épidé- 
mique  dans  ma  salle  d'hommes,  toutes  les  fois  que  le  chiffre  a  dépassé  trois  ou 
quatre  par  mois  ;  or,  cela  a  eu  lieu  en  février  et  mars  pendant  ces  trois  années, 
'^cepté  en  février  1864.  Je  crois  également  que  dans  les  autres  mois  où  ces 
inèoies  chiffres  ont  été  atteints  ou  dépassés  par  les  érysipèles  intérieurs,  c'est-à- 
<iin!  en  avril  1862,  en  janvier,  mai  et  juin  1864,  Térysipèle  a  encore  été  épidé- 
ttûqoe.  Dans  les  autres  mois,  au  contraire,  août,  septembre,  octobre,  novembre 
^  décembre,  les  érysipèles  intérieurs  ont  été  assez  peu  nombreux  pour  que  je 
pui>sc  les  considérer  comme  ayant  été  toujours  sporadiques. 

I*our  les  femmes,  les  résultats  sont  les  mêmes,  à  cela  près  que  les  chiffres 
^>nt  moins  forts  et  à  cause  de  cela  moins  saisissants. 

En  fin  de  compte,  et  jusqu'à  production  de  statistiques  comparatives,  je  puis 
tioaver  que  je  n'ai  pas  été  trop  mal  partagé.  Cependant,  il  m'a  bien  fallu  recon- 
naître que  la  mesure  hygiénique  dont  j'ai  parlé,  savoir  la  ventilation  naturelle 
V^r  l'ouverture  des  fenêtres,  dans  les  limites  permises  par  la  saison  et  par  l'im- 
[He$sionnabilité  des  malades,  n'avait  pas  donné  des  résultats  aussi  satisfaisants 
que  je  l'avais  espéré. 

18 


274      COMUIÈS   MÉDICAL   IM'KRNATlONAh.  —    inOISlÈMB   SÉANCK   DE  JOLIl. 

Ce  n'était  pas  une  raison  pour  abandonner  ces  mesures  hygiéniques  qui,  d'une 
part,  ne  paraissaient  aucunement  favoriser  le  développement  de  l'érysipèlo.  et 
qui  d'ailleurs  étaient  utiles  à  d'autres  points  de  vue.  Ce  n'était  pas  une  raison 
non  plus  pour  abandonner  l'idée  de  la  prophylaxie. 

Adoptant  de  plus  en  plus,  à  partir  du  1*' janvier  18  65,  l'idée  de  laconlagimi. 
je  résolus  d'appliquer  à  l'érysipèle  la  mesure  qui  avait  donné  et  qui  donne  encore 
à  mon  savant  collègue,  M.  Empis,  des  succès  incontestables  dans  la  prophvlavif 
de  la  fièvre  puerpérale,  c'est-à-dire  d'éloigner  des  blessés  les  sujets  atteint- 
d'érysipèles,  et  de  mettre  ces  derniers  dans  une  salle  à  part  avec  d' au li-es malade- 
n'offrant  pas  de  plaies.  Malheureusement,  cette  mesure  n'a  été  applicable  que 
pour  les  hommes.  Les  conditions  topographiques  ne  m'ont  pas  permis  de  la 
réaliser  pour  les  femmes,  et  je  dirai  plus  loin  quels  autres  moyens  j'ai  eniplo>ê- 
pour  elles  en  vue  de  diminuer  un  peu  la  proportion  des  érysipèles. 

Ma  salle  d'hommes,  portée  aujourd'hui  à  62  lits,  par  suite  de  l'addition  d'un 
accessoire,  et  recevant  par  an  900  malades  environ,  se  compose  de  deux  pièce>. 
en  réalité  de  deux  salles,  séparées  l'une  de  l'autre  par  un  grand  vestibule,  et 
orientées,  la  plus  grande  du  nord  au  midi,  la  "plus  petite  de  l'est  à  l'ouest.  Liplu? 
grande  contient  ^2  lits  bien  espacés  avec  Ul  à  US  centimètres  cubes  par  lit  ;  ia 
seconde  contient  20  lits  moins  bien  espacés,  et  n'a  que  37  à  38  centimètre^ 
cubes  par  lit.  Je  décidai,  à  partir  du  1*"^  janvier  1865,  que,  d'une  part,  on  reit- 
vrait  le  moins  possible  d'érysipèles  du  dehors,  et  que,  d'autre  part,  tous  le^ 
érysipèles,  aussi  bien  les  extérieurs  que  les  intérieurs,  seraient  placés  dans  U 
petite  salle  Saint-Louis,  à  côté  de  sujets  n'ayant  que  des  entorses,  des  contu- 
sions, des  tumoui*s  blanches  ;  en  un  mot,  des  maladies  qui  ne  prédisposent  jw- 
comme  les  plaies  à  l'éi^sipèle,  et  que  la  grande  salle  resterait  affectée  aux  opérô^. 
aux  blessés,  c'est-à-dii'e  aux  sujets  prédisposés  par  le  m*  maladie  à  l'ér^sifièle, 
lesquels  resteraient  notablement  éloignés  de  ceux  dont  le  voisibage  aurait  pu 
leur  transmettre  la  maladie. 

Voici  mes  chiffres  pom*  les  années  1865,  1866  et  les  sept  premiers  mois  de 
1867,  ceux  pendant  lesquels  nous  savons  que  l'érysipèle  est  le  plus  fréquent. 

En  1865,  22  érysipèles  :  5  extérieurs,  17  intérieurs;  sur  lesquels  5  sont  mort*^: 
1  des  extérieurs,  k  des  intérieurs. 

La  proportion  est  notablement  moins  foric  que  les  années  précédentes.  H 
comme  je  n'ai  eu  que  trois  moi»  pendant  lesquels  le  chiffre  des  développonieiit^ 
à  l'intérieur  ait  dépassé  trois,  savoir  : 

Février  (3),  mars  (4),  juin  (3), 

Je  suis  autorisé  à  dire  que  non-seulement  les  érysipèles  ont  été  moins  nom- 
breux, mais  qu'ils  ont  présenté  plus  rarement  le  caractère  épidémique  que  Ilani 
les  autres  années.  Quant  au  chiffre  proportionnel  de  la  mortalité,  il  reste  à  peu 
près  le  même,  un  peu  plus  du  quart,  1  sur  /i,/i. 

En  1866,  j'ai  eu  8  érysipèles,  savoir  :  2  extérieurs,  6  intérieurs;  avec  2  morts; 
1  pour  les  extérieurs,  1  pour  les  intérieurs. 

Ici  les  chiffres  sont  meilleui*s  que  jamais,  et  en  même  temps  le  caractère  épi 
démique  ne  s'est  pas  montré  un  seul  instant.  Déceml»*e  est  le  seul  mois  dan; 
lequel  j'aie  vu  cette  année-là  se  produire  2  érysipèles  :  les  mauvais  mois  des  autrei 
années,  février,  mars  et  avril  ne  m'en  ont  donné  aucun.  Je  veux  bien  que  l< 
hasard  m'ait  servi  heureusement,  je  veux  bien  que  l'année  ait  été  meilleure  i 
Paris  que  toutes  les  auti*es,  ce  que  j'aimerais  encore  à  voir  démontrer  par  des  Ma 
tistiques  positives.  Mais  qui  peut  dire  cependant  ce  qui  serait  adrenu^  si,  au  iiei 


GOSSELIN.    —    PROPHYLAXIE  DE  L'ÉBYSIPÈLE.  275 

d  l'IoiifnLM*  ces  8  érysipèles,  je  les  avais  laissés  à  côté  des  autres  blessés  et  opérés? 
et  qui  oserait  affirmer  que  la  maladie  ne  se  serait  pas  propagée  et  n'aurait  pas 
{tei-du  son  caractère  sporadique  pour  devenir  franchement  épidémique? 

En  1867,  jusqu'au  1"  août,  j'ai  eu  15  érysipèles  :  6  venus  du  dehors,  9  déve- 
lo[ipés  à  l'intérieur;  avec  2  moils  parmi  ceux  qui  se  sont  développés  à  Fintérieur. 

Et  comme  mes  érysipèles  se  sont  répartis,  U  en  avril  (toujours  un  des  mauvais 
mois),  2  en  février,  2  en  mars,  1  en  mai,  je  puis  en  conclure  que  le  caractère 
êpidëmique  s'est  montré  dans  un  seul  mois,  et  que  le  reste  de  Tannée,  la  maladie, 
quoique  pouvant  toujours  être  d'origine  infectieuse,  est  restée  pourtant  spora- 
dique, en  atteignant  les  sujets  les  plus  prédisposés,  soit  par  leur  constitution,  soit 
par  leur  blessure  :  et  je  demande  encore  ce  qui  serait  advenu  si  en  février,  mars 
cl  surtout  avril,  je  n'avais  pu  tenir  à  distance  les  sujets  atteints  d' érysipèles. 

En  somme,  durant  ces  trois  dernières  années,  j'ai  vu  se  développer  32  érysi- 
pèles intérieurs,  au  lieu  de  61  pendant  les  trois  années  précédentes.  La  différence 
près  de  moitié)  est  assez  grande  pour  m'encourager  dans  l'emploi  de  la  mesure 
prophylactique  sur  laquelle  je  viens  d'appeler  l'attention  du  Congrès. 

Mais  je  ne  veux  pas  me  faire  illusion  ni  proclamer  trop  vite  les  avantages  de 
ceUc  mesure.  Si  je  n'en  étais  empêché  d'abord  par  l'insuffisance  de  mes  chiffres 
et  la  conviction  dans  laquelle  je  suis  qu'ils  doivent,  pour  signifier  quelque  chose 
de  très-précis,  porter  sur  un  plus  grand  nombre  d'années  et  sur  un  plus  grand 
nombre  de  malades,  j'en  serais  empêché  par  l'amélioration  que  j'ai  obtenue 
également  à  la  salle  des  femmes  où  cependant  je  n'ai  pu  faire  la  séparation. 

En  efl'et,  j'ai  eu  dans  cette  salle  : 

En  1865,  5  érysipèles  :  2  extérieurs,.  3  intérieurs;  avec  1  seul  cas  de  mort 
donné  par  un  des  érysipèles  extérieurs. 

En  1866,  U  érysipèles  :  1  extérieur,  3  intérieurs;  avec  1  cas  de  mort  (à  la 
suite  de  l'ablation  d'un  cancer  du  sein). 

En  1867,  6  érysipèles  :  1  extérieur,  5  intérieurs;  avec  3  morts  :  1  pour  l'ex- 
térieur, 3  pour  les  intérieurs. 

Il  s'est  donc  développé  pendant  les  3  années,  dans  l'intérieur  de  la  salle, 
il  érysipèles  au  lieu  de  22  dans  les  ti'ois  années  précédentes.  La  différence  est 
de  moitié  comme  à  la  salle  des  hommes. 

il  est  vrai  que  si  je  n'ai  pas  eu  à  ma  disposition  la  ressource  de  la  séparation, 
j'ai  utilisé  d'autres  moyens  prophylactiques  qui,  à  défaut  de  celui-là  et  même 
à\ec  lui,  ont  bien  leur  importance. 

Ainsi  j'ai  refusé  systématiquement  et  opiniâtrement  toutes  les  malades  qui 
nj  ont  demandé  une  admission  pour  un  érysipèle  spontané  soit  de  la  face,  soit  de 
quelque  autre  région,  pensant  qu'il  valait  mieux  mettre  dans  une  salle  de  méde- 
cine, où  il  n'y  a  pas  de  plaies,  les  sujets  atteints  d'érysipèles.  le  n'ai  conservé  que 
les  malades  qui  avaient  été  reçues  dans  la  journée  sans  ma  participation,  et  qui, 
par  suite  de  la  présence  d'une  blessure,  ne  pouvaient  pas  être  placées  dans  une 
>all«  de  médecine.  Ainsi  je  n'ai  eu  que  U  érysipèles  du  dehors,  tandis  que  dans 
les  trois  années  précédentes,  j'en  avais  laissé  entrer  14. 

En  outre,  j'ai  eu  recours  aux  modes  de  traitement  que  l'expérience  a  démon- 
tres les  moins  aptes  au  développement  de  l' érysipèle. 

J'ai  en  particulier  donné  la  préférence  au  caustique  de  Vienne  sur  le  bistouri 
p<mr  l'ablation  des  loupes,  comme  je  le  fais  du  reste  depuis  lojigteuips;  la  préfé- 
rence à  la  cautérisation  an  niou»n  du  chlorure  de  zinc  on  flèches  sur  l'ablation 
pour  le  cancer  du  sein.  En  efiet,  les  circonstances  m'ont  amené  deux  fois  à 


276      CONGRÈS  MÊDlCàli  INTERNATIONAL,  —  TROISIÈME  SÉANCE  DE  JOUR. 

opérer  avec  le  bistouri  des  cancers  du  sein,  et  deux  fois  mes  malades  oui  êlé 
cuiportées  par  un  érysipèle,  taudis  c[ue  j'ai  eu  recours  aux  caustiques  huit  fub 
sans  perdre  une  seule  malade. 

De  môme  je  n*ai  pas  dans  ces  ti'ois  années  ouvert  une  seule  fois  les  abcès  post- 
puerpéraux  de  la  mamelle.  Pendant  les  années  1862,  4863,  186/^,  j'avais  >u 
trois  fois  l'érysipèle  se  développer  autour  d'abcès  du  sein  que  j'avais  ouverb 
aTec  le  bistouri,  et  deux  de  mes  malades,  femmes  jeunes  et  bien  portantes  avant 
cette  cruelle  maladie,  avaient  succombé.  Depuis  lors,  c'est-à-dire  depuis  1865,  je 
me  suis  décidé  à  abandonner  à  eux-mêmes  les  abcès  du  sein,  je  n'ai  pas  eu  ^ur 
15  malades  que  j'ai  traitées  de  cette  façon,  un  seul  cas  d'érysipèle,  et,  cho:>c 
remarquable,  les  guérisons  ont  été  aussi  promptes.  Le  seul  inconvénient  de  cette 
temporisation,  et  je  conviens  qu'il  est  gi-and,  c'est  l'obligation  pom*  les  patiente.- 
de  soufl'rir  un  peu  plus  longtemps.  Loin  de  moi  d'ailleurs  la  pensée  de  gcnéi'a- 
liser  ce  mode  de  traitement.  Je  l'adopte  pour  le  milieu  où  sont  mes  malades,  c'est- 
à-dire  pour  une  salle  ou  l'érysipèle  est  toujours  assez  mauvais,  et  où  je  tiens. 
avant  tout,  à  diminuer  le  chiffre  de  la  mortalité.  Mais  dans  toute  autie  circon- 
stance, et  surtout  lorsque  les  douleurs  sont  vives,  je  ne  refuse  pas  le  bénéfice  du 
bistouri. 

Je  sais  aussi  qu'il  faut  toujours  faire  la  part  de  l'influence  atmosphérique,  et 
qu'à  la  ligueur  mes  bons  résultats  chez  les  hommes  et  chez  les  femmes  peuvent 
êti*e  attribués  à  ce  que  cette  influence  a  été  moins  mauvaise  à  Pai'is  pendant  ces  der- 
nières années  que  pendant  les  trois  années  précédentes.  Mais  comment  pouri'ais-je 
le  savoir?  Encore  une  fois,  ce  ne  serait  que  par  des  statistiques  comparatives.  Or, 
je  n'en  connais  pas.  En  attendant  que  ces  statistiques  se  produisent  et  en  vue  de 
les  solliciter,  j'annonce  que  mes  résultats  meilleurs  ont  été  dus  tout  à  la  fois  aux 
précautions  que  j'ai  prises  d'assainir  les  salles,  de  ne  pas  laisser  les  blessés  et  les 
opérés  à  côté  d'autres  malades  atteints  d'érysipèles,  et  d'éviter,  pour  les  fenime> 
surtout,  les  modes  de  ti*aitement  qui  exposent  le  plus  à  cette  complication.  J'ad- 
mets, en  un  mot,  avec  bien  d'auti'es,  l'opinion  que  l'érysipèle  est  tout  à  la  fois 
infectieux  et  contagieux,  et  que  de  cette  opinion  découle  forcément  celle  d'une 
prophylaxie  dont  les  moyens  doivent  être  recherchés,  tant  dans  la  voie  que  j'ai 
suivie  que  dans  toute  autre  voie  qui  serait  indi({uée  aux  chirurgiens  par  le  point 
de  départ  dont  je  viens  de  parler. 

ARTICLE  II. 

PROPHYLAXIE   DE   l'iNFECTION    1»UHULE.\ÏE. 

En  comparant  nos  statistiques  des  grandes  opérations  dans  les  hôpitaux  de 
Paris,  telles  qu'elles  ont  été  di*essées  pai*  Malgaigne  {Arch.  de  méd.,  3*  série, 
t.  Xlll  et  XIV)  dans  son  miportant  travail  de  1842,  aux  statistiques  qui  ont  cic 
publiées  depuis  cette  époque  en  divers  pays,  et  notamment  en  AngleteiTe,  non? 
avons  été  forcés  de  reconnaître  que  nos  résultats  étaient  notablement  inférieur», 
et  chacun  de  nous,  après  les  discussions  qui  ont  eu  lieu  tant  à  T Académie  de 
niédechie  de  Paris  en  1861  qu'à  la  Société  de  chirmgie  en  1863,  a  plus  ou 
moins  profondément  modifié  les  habitudes  de  sa  pratique  en  vue  de  diminue]'  le 
chiffre  de  la  moi-talité  après  les  grandes  opérations. 

Quant  à  moi,  convaincu  que  les  résultats  dépendent  bien  plus  des  soitis  consé- 
cutifs, et  surtout,  des  soins  hygiéniques,  que  de  l'exécution  opératoire  et  du  ciioi\ 


GOSSELIN.   —    PROPHYLAXIE  DE  L'INFECTION  PURULENTE.  277 

•lu  procède,  ç^mââ  d'autre  part  par  ce  que  je  savais  de  la  pratique  étrangère  et 
par  les  notions  que  ma  propre  observation  m'avait  fournies  sur  les  principales 
rauses  de  moii  après  les  grandes  opéi*ations  et  les  grandes  blessures,  et  notam- 
ment sur  l'infection  purulente,  qui  doit  être  mise  en  première  ligne  pai-mi  ces 
causes,  j'ai  eu  recours  pour  les  amputés  à  un  certain  nombre  de  précautions 
dont  les  unes  ont  été  prises  avant,  les  autres  pendant  ou  après  l'opération. 

!•  Avant,  —  J'ai,  comme  je  l'indiquais  tout  à  l'heure  à  propos  de  l'érysipèle, 
place  mes  opérés  dans  une  atmosphère  aussi  pure  que  possible,  en  renouvelant 
l'air  des  salles  par  l'ouverture  des  fenêtres. 

J'ai  eu  soin  de  laisser  mes  opérés  (hommes)  dans  la  plus  grande  de  mes  deux 
siilcs,  celle  011  le  cubage  est  pour  chaque  lit  sensiblement  le  plus  grand,  celle  où, 
ilepuis  bientôt  trois  années,  je  ne  laisse  pas  séjourner  les  érysipèles. 

Toutes  les  fois  qu'il  s'est  agi  d'une  amputation  pour  cause  pathologique,  et 
qu'il  n'y  avait  pas  urgence,  j'ai  préparé  pendant  plusieurs  jours,  souvent  plu- 
sicui-s  semaines,  le  moral  du  malade,  en  lui  présentant  moi-même  et  lui  faisant 
présenter  par  tous  ceux  qui  l'entouraient  l'opération  comme  une  nécessité  bien- 
faisante. 

Je  l'ai  fait  encourager,  toutes  les  fois  que  je  l'ai  pu,  par  quelques-uns  de 
couï  qui  avaient  subi  une  opération  analogue  et  qui  en  étaient  satisfaits.  J'ai 
attendu  qu'il  me  désignât  lui-même  le  jour  ;  je  lui  ai  laissé  choisir  l'endroit  de 
la  salle  où  il  trouverait  des  voisins  de  son  goût  ;  j'ai  tâché  que  ces  voisins  fussent 
en  état  de  se  lever,  tant  pour  lui  prêter  quelques  secours  supplémentaires  que 
P  jur  faire  de  temps  à  autre  un  vide  autour  du  lit.  J'ai  essayé  de  le  convaincre 
et  de  le  faire  convaincre  que  non-seulement  il  n'y  avait  pas  de  douleurs  à  sup- 
plier pendant  l'opération,  Tanesthésie  intervenant,  mais  que  par  suite  des 
habitudes  prises  dans  mon  seiTice,  les  pansements  et  les  soins  ultérieurs  faisaient 
peu  souffrir. 

On  trouvera  peut-être  ces  précautions  minutieuses  ;  mais  quelle  que  soit  la 
théorie  pathogénique  adoptée  pour  l'infection  purulente,  il  n'en  faut  pas  moins 
reconnaître  que  le  saisissement  moral  résultant  d'une  proposition  de  mutilation 
^Tave,  d'un  consentement  arraché  vile  et  d'une  mise  à  exécution  aussitôt  ce 
i<>nsentement  obtenu,  sont  des  conditions  qui  favorisent  à  un  haut  degré  le  dé- 
veloppement des  infections  graves,  et  surtout  de  l'infection  purulente. 

rx)rsqu*il  s'est  agi  d'une  amputation  pour  cause  traumatique,  je  n'ai  pas  eu  la 
même  ressource,  parce  que  les  cas  étaient  plus  urgents.  Cependant  il  m'est  arrivé 
rarement  d'opérer  dès  ma  première  visite.  J'ai  laissé  au  malade  quelques  heures 
IM)ur  habituer  son  esprit  à  l'idée  d'une  mutilation,  pour  le  faire  encourager  par 
>es  parents,  par  ses  amis,  ses  voisins  de  la  salle.  Les  malades  de  cette  catégorie 
m\  toujours  accepté  le  sacrifice  avec  plus  de  regret  et  de  chagrin  que  ceux  de 
l'autre,  et  c'est  la  raison  {)rincipale,  selon  moi,  pour  laquelle  mes  amputations 
\m\T  cause  traumatique  ont,  comme  dans  les  statistiques  de  Malgaigne,  donné  de 
moins  bons  résultats  que  mes  amputations  pour  cause  pathologique. 

2*  Vendant.  —  Il  va  sans  dire  qu'à  l'exemple  de  tous  les  chirurgiens  de  mon 
ôpoque,  j'ai  supprimé  la  douleur  pendant  l'opération  au  moyen  de  l'anesthésie, 
soit  avec  le  chloroforaie,  soit  avec  l'éther,  et  que  j'ai  pris  soin  de  lier  toutes 
les  artères  qui  donnaient  du  sang.  Il  est  supeiHu,  sans  doute,  d'insister  smû'ttli- 
litéde  cette  dernière  précaution.  Cependant  je  demande  la  pennission  de  dire 
ici  que  les  hémoiThagics  consécutives  de  la  première  journée  doivent  être  évitées, 
non-neulement  parce  que  les  pertes  de  sang,  en  affaiblissant  le  sujet,  sont  ime 


278     CONGRÈS  MÉDICAL  IJXTËRNATXOM AU  — TROISIÈME  SÉANGIi  P£  JOUR. 

cause  probable  d'infection  purulente,  mais  surtout  parce  que  la  nécessité  de  tou- 
cher et  d'irriter  les  moignons  pour  faire  de  nouvelles  ligatures  occasionnent  une 
grande  souffrance  physique  et  une  souffrance  morale  qui>  à  mon  sens^  contri* 
buent  encore  au  développement  de  cette  grave  complication. 

y  Après.  —  Je  me  suis  préoccupé  dans  le  premier  pansement  et  dans  les  pan- 
sements ultérieurs  d'éviter  la  souffrance.  Ceci  est  d'une  importance  capitale  après 
les  grandes  amputations.  Les  moignons  à  la  surface  desquels  un  certain  nombre 
de  nerfs  ont  été  nécessairement  coupés^  ont  pendant  les  dix  ou  douze  premiers 
jours  une  gi-ande  sensibilité,  et  cette  sensibilité  est  mise  plus  particulièrement  en 
jeu  loi*squ'on  les  soiimet  à  une  constricUon  trop  grande,  ou  lorsque  le  renou- 
vellement des  pansements  exige  dos  soulèvements  et  des  pi^essions  chaque 
joiu*.  Non-seulement  la  douleur  physique  prédispose  à  l'infection  purulente, 
mais  la  frayeur  et  le  tourment  que  fait  naître  la  pensée  de  son  retour  quoti- 
dien troublent  le  sonmieil,  attristent  l'opéré»  empochent  l'appétit,  et  ce  sont 
là  autant  de  causes  de  l'infection  pmiilente.  J'étonnerai  peut-être  une  fois  de 
plus  ceux  de  nos  confrères  de  l'étranger  ou  de  la  province,  qui  se  trouvent  bien 
de  la  réunion  immédiate  après  les  amputations.  Mais  il  est  certain  que,  dans  nos 
hôpitaux  de  Paris,  et  je  suis  convaincu  qu'il  en  est  de  même  dans  les  hôpitaux 
de  toutes  les  grandes  villes,  la  rémiion  iumiédiate  échoue  presque  toujours.  La 
suppuration  consécutive  est  la  règle.  Or,  il  n'est  pas  possible  de  faire  ime  l'éunion 
immédiate  sans  exposer  la  plaie  à  des  tiraillements  et  quelquefois  à  des  compres- 
sions qui  occasionnent  de  la  douleur,  et  sans  soumettre  le  moignon  aux  attou- 
chements douloureux  que  nécessitent  l'ablatiop  et  le  renouvellement  des  moyens 
de  réunion.  Or^  puisque  ces  demiei^  n'amènent  que  très-rarement,  dans  le  mi- 
lieu où  nous  vivons,  le  résultat  désiré^  puisqu'on  occasionnant  de  la  souffrance 
et  en  retenant  au  fond  de  la  plaie  des  liquides  qui  s'y  altèrent^  ils  favorisent  le 
développement  de  l'infection  purulente,  n'est-il  pas  plus  sage  d'y  renoncer? 

Depuis  bientôt  six  années,  je  n'ai  donc  pas  essayé  de  rapprocher  au  moyen 
des  agglutinatifs  ou  de  la  suture  les  bords  de  la  plaie,  chez  les  amputés.  J'ai  pri^ 
en  outre  très-minutieusement  soin  de  ne  placer  autour  du  moignon  aucune  pièce 
circulaire,  compresse  ou  bande,  qui  l'entourât  et  m'obligeât  à  le  soulever  et  à  le 
déplacer  lorsque  ces  pièces  auraient  été  salies  ou  auraient  pris  de  l'odeur.  Mes 
moignons  ont  été  placés  sur  une  alèze  formant  un  coussin  peu  épais  et  recouvert 
d'un  large  morceau  de  taffetas  gommé,  pour  empêcher  la  contamination  du  lit  : 
puis  une  grande  compresse  can*ée  imbibée  d'eau  froide  ou  tiède  suivant  la  sai- 
son, (quelquefois  d'eau  alcoolisée,  a  été  placée  sur  la  face  antériem*e  du  moignon 
et  sm*  la  plaie,  et  disposée  de  telle  sorte  qu'on  pût  l'ôter  ôt  la  renouveler  sans 
déplacement  ni  attouchement  de  ce  dernier.  Le  taffetas  gommé  était  d'ailleurs 
ramené  sur  cette  compresse  et  empêchait  une  dessiccation  trop  prompte.  Le  re- 
nouvellement a  eu  lieu  deux  ou  trois  fois  dans  les  vingt-quatre  heures,  et  lorsque  la 
compresse  s'est  trouvée  collée  à  la  plaie,  on  a  eu  soin  de  la  mouiller  un  peu  pour 
l'enlever  sans  tiraillement  douloureux.  Ce  pansement  a  été  continué  pendant 
cinq,  six  et  souvent  huit  jours  sans  que  le  moignon  ait  été  soulevé  ni  touché,  et 
il  ne  l'a  été  que  le  plus  tard  possible,  alors  que  sa  sensibilité  avait  déjà  notable- 
ment diminuée,  et  que  la  contamination  de  l'alèze  obligeait  à  la  changer. 

Dans  ces  deraières  années,  j'ai  plusieurs  fois  essayé  d'imbiber  la  compresse 
d'alcool  étendu  de  moitié  ou  d'un  tiers  d'eau.  Je  n'ai  pas  donné  longtemps  suite  à 
ce  mode  de  pansement,  parce  qu'il  occasionnait  de  la  soulfrance,  ce  que  je  vou- 
lais éviter  avant  tout,  Je  reconnais  les  avantages  du  pansemeni  alcooliqne  dauMir. 


GOSS£UN.  —  PROPHYLAXIE  DE  T/INFECTION   PUBULENTE.  279 

t;rand  nombre  de  cas,  mais  pour  ce  qui  est  de  son  emploi  après  les  grandes 
âiuputationsy  pendant  les  premiers  jours  surtout,  je  donne  le  motif  qui  m'a 
empêché  d'y  recouiîj'.  J'y  viendrai  volontiers  si  l'on  démontre  par  des  statisti- 
ques que,  nonobstant  la  douleur  dont  je  parle  et  que  je  tiens  tant  à  éviter, 
le  chilTrc  des  infections  punilentcs  est  plus  faible  qu'après  le  pansement  à  l'eau 
<iniple. 

J'ai  placé  mes  opérés  sm*  un  lit  mécanique  au  moyen  duquel  on  peut  les 
s-iulever  tant  pour  les  garderobes  que  pour  le  renouvellement  du  lit,  sans  les 
faire  souffrir. 

Je  les  ai  alimentés,  et  autant  que  possible  à  leur  goût.  Je  leur  ai  prescrit  du 
vin,  et,  quand  ils  le  désiraient,  deux  petits  verres  d'eau-de-vie,  de  rhum  ou  de 
punch  par  jour.  Les  femmes  n'acceptent  pas  toujours  les  alcooliques,  mais  les 
hommes  s'en  sont  trouvés  généralement  bien. 

J'ai  fait  tout  mon  possible  pour  que,  pendant  les  vingt  ou  vingt-cinq  premiers 
jnurs,  aucim  sujet  de  tristesse  autre  que  celui  de  leur  mal  pût  les  atteindre,  et  j'ai 
li'cnnmiandé,  si  quelque  mauvaise  nouvelle  leur  était  destinée,  qu'on  attendit  le 
plus  possible  avant  de  les  en  instruire.  J'ai  vu  en  effet  l'infection  purulente  com- 
moiicer  très-peu  de  temps   après  une  violente  secousse  morale  de  ce  genre. 
L'exemple  le  plus  frappant  que  j'en  puisse  citer  est  celui  d'un  honmie  de  trcnte- 
tniis  ai»  auquel  j'avais  dû  faire,  en  1863,  l'amputation  de  la  cuisse  gauche,  pour 
lin  aiiévrysme  traumatique  diffus  suppuré  et  donnant  des  hémorrhagies,  malgré 
la  ligature  de  l'artère  crurale.  Tout  se  passa  bien  jusqu'au  vingt-septième  jour. 
<.e  jour-là,  sans  m'en  prévenir,  un  parent  lui  annonça  que  sa  femme,  dont  la 
\\<\{e  lui  avait  manqué  depuis  trois  jours,  ce  qui  lavait  vivement  chagriné,  était 
devenue  folle  et  avait  dû  être  placée  à  la  Salpétrière.  Dans  la  nuit  qui  suivit,  il 
ml  le  premier  frisson  de  l'infection  purulente,  et  il  succomba  le  trente-qua- 
trième jour  après  l'opération. 

Voici  maintenant  quels  ont  été  les  résultats.  Je  laisse  de  côté  les  petites  ampu- 
(atioDS,  celles'des  doigts  et  des  orteils  :  elles  sont  au  nombre  de  20  et  ne  m'ont 
lionne  aucun  cas  de  mort.  J'insisterai,  au  contraire,  sur  les  grandes  ampu- 
tations. 

Du  1"  janvier  1862  au  15  juUlet  1867,  j'ai  fait  à  l'hôpital  de  la  Initié  19  am- 
i'iila!i(msde  cuisse,  savoir  :  15  sur  des  hommes,  4  sur  dps  femmes. 

Sur  les  15  hommes,  13  amputés  pour  cause  pathologique  m'ont  donné  : 
^i:uérisons,  5  morts;  2  amputés  pour  cause  traumatique  :  1  guérison,  1  mort. 
Sur  les  U  femmes,  toutes  quatre  amputées  pour  cause  pathologique,  il  .y  a  eu  : 

1 1juérison,  3  morts. 

Kn  masse,  sur  19  amputés,  10  guérisons  et  9  morts,  et  pour  les  amputations 
•ilhologiques  chez  l'homme,  UO  pour  100  de  mortalité. 

J'ai  fait  22  amputations  de  jambe,  en  y  comprenant  deux  tibio-tarsieunes, 
à\m  :  18  sur  des  hommes,  U  sur  des  femmes. 

Sur  les  18  hommes,  12  ont  été  amputés  pour  causes  pathologiques  ;  7  gué 
lions,  5  nioiis;  6  ont  été  amputés  pour  cause  traumatique  ;  3  guérisons, 

■)  morts. 
Sur  les  k  femmes,  toutes  amputées  pour  cause  pathologique  :  U  guérisons. 
En  résumé,  sur  les  22  amputations  :  \U  guérisons,  8  morts,  soit  36  pour 

1')»  de  mortalité. 

J'ai  fait  k  amputations  de  bras,  toutes  sur  des  hommes  ;  2  pour  cause  patho- 
logique: 1  guérison,  1  mort;  2  pour  cause  traumatique  ;  1  guérison,  1  mort. 


280      CONGRÈS  MÉDICAL  INTERNATIONAL. —IROISIËMË  SÉANCE  DE  JOUR. 

J'ai  fait  3  amputations  d'avant-bras  :  3  guérisons. 

En  somme,  sur  48  grandes  amputations  :  29  giiérisons,  i9  morts,  soit 
39  pour  100  de  mortalité. 

Mais  sur  ces  19  morts,  10  seulement  ont  été  dues  à  l'infection  purulente,  les 
autres  ont  été  causées,  soit  par  la  fièvre  ti*aumatique  (3),  soit  par  la  continua- 
tion de  l'épuisement  qui  avait  précédé  l'amputation  (5),  soit  par  une  tubcrculi- 
sation  pulmonaire  galopante  (1). 

En  résumé,  pour  les  amputés,  j'ai  eu  entre  20  et  21  pour  100  d'infection 
purulente.  Je  ne  prétends  pas  dire  que  ces  résultats  soient  aussi  bons  que  pos- 
sible ;  il  me  sufQt  qu'ils  soient  supérieurs  à  ceux  que  j'ai  obtenus  avant  1862  et 
à  ceux  que  signalait  Malgaigne  dans  ses  relevés  des  hôpitaux  en  1842  (68  sur 
100  pour  les  amputations  de  cuisse  en  bloc,  et  60  sur  100  pour  les  pathoh)- 
giques  ;  54  sur  100  sur  les  amputations  de  jambe  en  bloc,  et  50  sur  100  pour 
les  pathologiques;  29  sur  100  pour  les  amputations  de  l'avant-bras),  pour  qu'il  nie 
soit  permis  de  n'être  pas  trop  mécontent.  Si  j'avais  à  analyser  toutes  les  causes  de 
mort  sur  mes  opérés,  j'aurais  à  démontrer  que  dans  mes  salles,  comme  partout 
ailleurs,  ces  causes  ont  quelquefois  été  indiNiduellcs  et  indépendantes  tant  du 
milieu  atmosphérique  que  des  moyens  chirurgicaux  et  hygiéniques. 

Mais  c'est  pour  étudier  ce  dernier  point  que  je  me  suis  placé  sur  le  terrain 
de  l'infection  purulente.  J'ai  donc  à  chercher  dans  combien  de  cas  cette  cause 
de  mort  est  intervenue  chez  mes  amputés. 

Voici  mes  résultats  : 

Sur  les  9  morts  après  amputations  de  cuisse,  5  seulement  ont  été  dues  à  l'in- 
fection purulente,  donc  5  infections  purulentes  sur  19  amputations. 

Sur  les  8  morts  après  amputations  de  jambe,  4  seulement  ont  été  dues  à  l'in- 
fection puralente.  Donc,  4  sur  22  amputations. 

Sur  les  2  morts  après  amputations  de  bras,  1  a  eu  lieu  par  l'infection  puru- 
lente. Donc,  1  sur  4  amputations. 

Dans  aucune  de  mes  amputations  d'avant-bras,  au  nombre  de  3,  de  uième 
que  dans  aucune  de  mes  amputations  de  doigts  ou  d'orteils,  au  nombre  de  20,  jo 
n'ai  eu  de  mort,  et  je  n'ai  eu  qu'une  seule  fois  des  symptômes  d'infection  puru- 
lente, auxquels  (chose  rare)  le  malade  a  échappé. 

Ainsi,  en  comptant  toutes  les  grandes  amputations  : 

19  cuisses. 
22  jambes. 

h  bras. 

3  avant-bras. 


48  grandes  amputations. 

Sur  ce  nombre,  l'infection  purulente  est  intervenue  10  fois. 

Est-ce  trop?  Oui,  sans  doute.  Mais  peut-on  obtenu*  moins  dans  un  grand  h«>- 
pital,  dans  une  grande  ville  et  sur  les  sujets  du  genre  de  ceux  auxquels  nou^ 
avons  à  faii-e  k  Paris  :  j'attends  les  statistiques  comparatives  pour  juger  la  ques- 
tion. Malheureusement  je  n'ai  pas  relevé  mes  faits  avant  1862,  c'est-à-dire  avaiii 
l'époque  où  j'ai  multiplié,  comme  je  viens  de  le  diie,  mes  précautions  hygié- 
niques. Mais  je  suis  bien  sûr  que  mes  résultats  étaient  beaucoup  moins  bi»ns. 
Pendant  mes  deux  années  de  Beaujon,en  particulier,  je  n'ai  eu  aucune  guérison 
pour  les  amputations,  au  nombre  de  7 ,  que  j'ai  pratiquées  sur  le  membre  inférieur. 

Mais  ce  n'est  pas  seulement  après  les  amputations  qu'on  observe  l'infection 


G0SS£L1N.  —  PROPHYLAXIE  DE  f/lNFECnON  PURULENTE.  281 

punilentc;  c'est  aussi  après  d'autres  opérations,  telles  que  les  ablations  des 
tumeurs  ou  autres,  et  après  des  suppurations  accidentelles  qu'on  la  voit  aiTiver. 
Jai  donc  cru  devoir  rapprocher  des  l'ésultats  que  j'ai  obtenus  sur  mes  amputds 
caix  qui  ont  été  constatés  sur  d'autres  malades. 

Or,  voici  pour  les  cinq  années  et  demie  que  j'ai  passées  à  la  Pitié  ces  résul- 
tat* :  Outre  les  10  cas  chez  les  amputés,  j'en  ai  eu  9  autres  répartis  de  la  façon 
>uivante  ; 

Après  une  fracture  compliquée  de  la  jambe 

Après  un  èvidement  du  tibia  pour  une  ostéite  douloureuse  et  rebelle 

Après  une  résection  des  deux  os  de  la  jambe  pour  une  pseudarthrose 

Après  un  phlegmon  suppuré  sous-massétérin  d'origine  dentaire 

Après  un  panaris  qui  avait  d'abord  été  assez  simple 

Après  des  plaies  communiquant,  l'une  avec  une  fracture  soupçonnée  de 
l'astragale,  l'autre  avec  une  fracture  méconnue  de  l'extrémité  supérieure 
du  tibia 2 

Après  des  fractures  du  maxillaire  inférieur  en  apparence  bénignes,  mais 
compliquées  de  plaies  de  la  muqueuse,  et  que  j'avais  traitées  par  l'ap- 
pareil de  gutta-percha 2 


Total 9 

En  ajoutant  les  10  précédentes,  nous  avons  donc  un  total  de  19  infections  pu- 
rulentes. 

Si  nous  voulions  répartir  exactement  les  19  cas  d'infection  purulente  pendant 
It's  cinq  années  et  demie,  j'aurais  le  chiffre  de  U,  et  môme  un  peu  moins 
par  an. 

Or,quand  je  me  reporte  aux  souvenirs  de  ma  jeunesse,  je  ti'ouve,sans  avoir  de 
rhiiïresbien  précis  à  donner,  un  nombre  certainement  plus  considérable.  N'oublions 
|>as,  en  effet,  qu'il  s'agit  d'un  service  dans  lequel  passent  environ  850  hommes 
et  250  femmes.  Mais  ce  chiffre  de  U  ne  représenterait  pas  la  vérité,  car  je  n'ai 
qu'une  seule  année  dans  laquelle  le  chiffre  3  ait  été  dépassé.  Ainsi,  il  y  a  eu  : 

En  1867 1  infection  purulente. 

En  1865 1 

En  1862 2 

En  1863 3 

En  1864 3 

Mais  j'en  compte  9  dans  la  seule  année  1866  :  3  sur  des  amputés  (2  hommes 
♦  1 1  femme),  1  sur  l'opéré  de  pseudarthrose,  et  les  5  autres  dans  des  cas  assez 
insolites,  savoir  ;  3  pour  des  fractures  compliquées,  1  pour  le  phlegmon  sous- 
niassétérin  et  1  fort  exceptionnel  pour  un  panaris. 

Je  nie  suis  demandé  si  cette  année-là  il  y  avait  lieu  de  considérer  la  maladie 
loiiHue  ayant  été  épidémiquc  dans  mes  salles  :  mais  d'une  paii,  sur  les  9  cas, 
1  a  eu  lieu  à  la  salle  des  femmes,  et  8  ont  été  observés  h  la  salle  des  hommes 
à  d'assez  longs  intervalles  les  uns  des  autres  pour  que  je  ne  puisse  leur  voir 
il*  caractère  épidémique,  et  encore  moins  le  caractère  contagieux.  Ainsi,  il 
>  aeu: 

En  avril 1  cas. 

En  mai 1 

En  juin. 1 

En  août 1 

En  octobre 2 

En  novembre 1 

Kn  décembre 1 


282      CONGRÈS  ÈiÈùlCAL  U«T£RNATIONAL.  —  TROISIÈME  SÉANCE   DE  JOUR. 

Je  crois  donc  que  le  hasard  et  les  circonstaDces  individuelles  ont  joué  ici  le 
plus  grand  rôle.  La  cause  infectieuse,  c'est-à-dire  les  émanations  miasmatiques 
de  la  salle  ont  contribué  pour  une  certaine  part  au  développement  de  la  ma- 
ladie, mais  je  ne  saurais  dire  en  quoi  ces  émanations  ont  différé  de  celles  lit^ 
années  précédentes,  et  il  serait  impossible  de  prouver  que  des  soins  et  une 
hygiène  autres  que  ceux  de  ces  mêmes  années  -aient  pu  contribuer  à  ce  chifl're 
relativement  considérable  de  l'année  1866. 

En  m* arrêtant  au  chifïVe  de  mes  quatre  autres  années  d'une  part,  et  au  chiffre 
des  infections  purulentes  chez  les  amputés  d'autre  paii,  je  me  crois  autorisé  à 
trouver  qu'ils  ne  sont  pas  considérables  et  à  l'attribuer  aux  précautious  que  j  ai 
prises. 

Je  ne  doute  pas  qu'il  soit  possible  d'obtenir  mieux  encore  dans  les  salle«^ 
d'hôpitaux;  mais  nous  n'y  arriverons  qu'en  nous  conûrmant  de  plus  en  plus  dan< 
la  conviction  qu'il  y  a  pour  l'infection  purulente,  comme  pour  l'érysipèle,  une 
prophylaxie,  et  que  cette  prophylaxie  a  ses  moyens  principaux  dans  une  large 
répartition  et  un  renouvellement  sufRsant  de  l'air,  et  dans  des  soins  prépara- 
toires et  consécutifs,  au  premier  rang  desquels  se  trouve  le  ménagement  de  l.i 
sensibilité  morale  et  physique  des  malades. 


COMPIil^lJER    T.E8     PI.AIEfll. 

PAR   M.    LE   DOCTEUR  LABAT   (dE   BORDEAUX). 


L'importance  des  conditions  générales  de  milieu,  d'aération,  etc.,  dans  les- 
quelles se  trouvent  les  blessés  est  aujourd'hui  assez  universellement  appréciée 
par  les  chirurgiens;  mais  je  ne  vois  pas  que  l'on  se  soit  jusqu'ici  assez  attaché  à 
découvrir  les  conditions  locales  inhérentes  aux  plaies,  qui  font  que  des  accident^ 
•surviennent.  Ce  serait  cependant  là  le  côté  le  plus  pratique  de  la  question,  car 
modifier  les  cirnimfusa,  etc.,  n'est  pas  toujours  possible,  tandis  que  le  plus  sou- 
vent il  nous  est  loisible  de  panser  d'une  façon  plutôt  que  d'une  autre,  etdansie> 
opérations  de  diriger  notre  couteau  dans  un  sens  plutôt  que  dans  un  autre,  i^ 
plus,  si  les  causes  générales  ont  tant  d'action,  ce  n'est  qu'en  modifiant  le  ti*auil 
local.  Aussi  l'étude  minutieuse  des  détails  de  la  pratique  chirurgicale  est-ellc  de 
l'importance  la  plus  considérable  :  c'est  la  connaissance  ou  l'ignorance  de  ce> 
détails  qui  constitue  le  bonheur  ou  le  malheur  en  chirurgie. 

Toutes  les  fois  que  nos  tissus  sont  divisés,  il  en  résulte  d'abord  une  extravas.1- 
tion  de  sang  ;  un  peu  plus  tard,  les  globules  sanguins  diminuent  dans  le  liquide 
(|ui  s'écoule  et  l'extravasation  devient  séreuse.  Cette  sérosité  peut  bien  au  début 
Hre  la  sérosité  du  sang,  mais  à  coup  sûr  sa  nature  change  vite,  et  alors  c'esl  un 
liquide  tout  autre  :  c'est  un  liquide  qui  sei-vh-a  de  trait  d'union  entre  les  lè\iv> 
de  la  plaie,  ou  bien  de  blastème,  au  milieu  duquel  naîtront  les  éléments  de  la 
réparation  de  la  perte  do  substance.  Que  la  réunion  soit  primitive  ou  non.  qu'elle 


LABAT.  —  DBS  MOYENS  D*ftVITfiR  LBS  ACUDENTS  CONSÉCUTIFS  AUX  PLAIES.     283 

^'accompagne  ou  non  de  suppuration,  c'est  toujoui's  ce  suc,  cette  colle  vivante, 
celte  exsudation  plastique  qui  servira  à  produire  la  cicatrisation. 

Ce  suc  est-il  le  même  que  celui  qui  imprègne  à  l'état  normal  les  aiëoles  des 
tissus  ^comme  le  veut  R.  W.  Richai'dson)  ?  J'ai  quelque  lieu  de  supposer  que 
aon.Mais  ce  que  je  crois  très-fermement,  c'est  que  ce  n'est  point  la  sérosité  du 
^nii,  et  que  lorsqu'on  lui  donne  le  nom  de  suc  ilbrineux,  on  s'expose  fort  ^ré- 
> ciller  dans  l'esprit  une  idée  fausse.  Le  sang,  je  dirai  même  les  éléments  du 
"^n^  eitravasés  sont  impropres  à  l'organisation  ;  ce  sont  des  corps  étrangers  dont 
le  moindre  inconvénient  est  d'agir  comme  obstacle  mécanique  à  la  réunion,  et 
qui  de  plus,  lorsqu'ils  ont  été  exposés  à  l'air,'  s'altèrent  ti^cs-vite,  deviennent 
une  cause  d'irritation  pour  les  tissus  circouvoisins,  et  altèrent  les  exsudations 
plastiques.  Exposées  ou  non,  les  plaies  par  instiumeut  tranchant  guérissent  très- 
bien  par  première  intention  lorsque  leui's  parois  opposées  sont  maintenues  en 
contact,  et  qu'il  n'y  a  entre  elles  aucun  corps  étranger,  suilout  un  corps  étranger 
susceptible  d'altération. 

L'innocuité  des  plaies  sous-cutanées  est  uniquement  due  à  ce  que  le  sang 
t'paiiché  n'a  pas  été  suffisamment  exposé  à  l'air,  de  telle  sorie  que  quand  l'épan- 
themeot  n'est  pas  trop  considérable,  il  n'a  aucune  tendance  à  s'altérer;  qu'il  est 
susceptible  de  résorption  toutes  les  fois  qu'une  plaie  est  assez  peu  profonde  pour 
que  la  sérosité  entraine  la  petite  quantité  de  sang  qui  restait  à  la  surface  de  la 
'i-ancbe  de  section;  toutes  les  fois  que  la  texture  des  tissus  divisés  rend  l'épan-f 
•  hement  du  sang  impossible  sous  les  lambeaux  réunis,  la  réunion  par  première 
intention  est  facile. 

Au  contraire,  si  l' accotement  complet  de  toutes  les  parties  est  impossible,  soit 
|)arcc  que  la  forme  des  lambeaux  s'y  oppose,  soit  parce  qu'il  y  a  des  muscles 
H'clionnés  qui  se  rétracteront,  soit  à  cause  des  ligatures,  etc,  la  réunion  coni- 
l>lète  entraînera  forcément  la  rétention  des  liquides  et  des  solides  épanchés;  ces 
corps  s'altéreront,  et  modifieront  d'une  façon  fâcheuse  la  nature  des  sécrétions 
plastiques. 

U  est  de  toute  nécessité,  dans  ces  cas-là,  de  laisser  un  conduit  d'écoulem  Jnt 
•m\  produits  altérés.  L'occlusion  complète  avec  le  xylocolloîde  de  Richard- 
^>n,  ou  le  capuchon  de  caoutchouc  de  J.  Guérin,  n'est  point  acceptable  pour  les 
plaies  de  cette  catégorie.  Cette  méthode  de  pansement  pourrait  prévenir  une 
iltération  nouvelle,  si  laltération  n'était  pas  déjà  commencée,  mais  de  l'aveu  de 
Bichardson  lui-même,  il  suflit  de  quelques  minutes  pour  que  cette  altération 
•i>nimence.  Alors  la  petite  quantité  de  pixxiuit  altéré  qui  est  restée  au  fond  de 
<M'l^e  agira  comme  ferment  sm*  les  produits  qui  s'épancheront,  et  en  amènera 
lillération. 

Il  faut,  pour  que  la  réunion  ait  lieu  d'une  façon  complète,  que  la  petite  quan- 
tité de  liquide,  sang  ou  suc  des  tissus,  qui  est  restée  au  fond  de  la  plaie,  soit  en- 
rainée  parla  sérosité  qui  s'écoulera  pendant  les  premières  douze  ou  vingt-quatre 
heures.C'est  du  roste  un  fait  d'expérience,  que  les  plaies  guérissent  d'autant  mieux 
[U  première  intention,  que  cet  écoulement  séreux  des  premières  heures  est 
plus  abondant. 

Si  des  muscles  sectionnés  se  trouvent  dans  les  lambeaux,  ils  se  rétracteront 
ivant  que  l'adhésion  se  soit  faite  ;  le  vide  produit  entraînera  un  épanchement 
11' liquide  qui  fournira  de  nouveaux  uiatériaux  à  l'altération,  si  peu  que  celle-ci 
^►it  déjà  commencée. 

I'<»urque  l'occlusion  réussisse  bien,  il  laudrait  pouvoir  l'appliquer  au  moment 


2SU      CONGRÈS  MÉDICAL  INTERNATIONAL. — TROISIÈME  SÉANCE  DE  JOOR. 

prdcis  011  il  n'y  a  plus  de  produit  altère  dans  la  plaie.  Mais  comme  il  est  à  |>ru 
près  impossible  d'établir  ce  moment  avec  certitude,  on  voit  que  l'occlusion  dan"^ 
le  cas  de  plaies  à  lambeaux,  surtout  de  plaies  musculaires,  est  une  mélhodi* 
qui  devra  le  plus  souvent  avoir  des  effets  fâcheux. 

C'est  l'altération  des  produits  épanchés  dans  les  plaies,  altération  favorisée 
par  certaines  influences  générales,  mais  détemiinée  le  plus  souvent  par  de? 
causes  locales,  qui  engendre  la  plupart  des  accidents  qui  peuvent  complique) 
les  plaies. 

Si  nous  laissons  de  côté  les  accidents  immédiats  des  opérations,  la  syncope, 
rhémorrhagie,  etc.,  et  parmi  les  accidents  consécutifs  le  tétanos,  le  délire  ner- 
veux, la  pourriture  d'hôpital,  accidents  dus  à  des  causes  spéciales,  et  à  la  con- 
naissance desquels  nous  n'aurions  pas  grand' chose  à  ajouter;  il  nous  restera 
la  gangrène,  l'hémorrhagie  consécutive,  l'érysipèle,  la  résolution  purulente, 
l'infection  putride  et  la  diathèse  purulente,  accidents  bien  autrement  fréquents 
que  les  autres,  accidents  sur  le  développement  desquels  l'état  local  des  partie>' 
a  une  influence  bien  plus  manifeste. 

La  stupeur  est  assez  bien  modifiée  par  l'alcool  à  l'intérieur.  Je  prescris  alll^ 
la  limonade  au  rhum.  La  stupeur  locale  et  la  gangrène  qui  en  est  souvent  la 
conséquence  sont  indépendantes  de  la  manière  dont  est  fait  le  pansement,  et 
néanmoins  ne  voit-on  pas  souvent  un  état  de  stupeur  qui  n'était  pas  suffisant 
\)our  entraîner  la  mortification  des  parties,  le  devenir  si,  par  une  occlusion  tr»>P 
complète,  on  entraîne  la  rétention  d'un  épanchement  considérable  de  sang  ^n\- 
les  lambeaux  ? 

Quant  à  la  gangrène  par  excès  d'inflammation,  l'intervention  chirurgicale  e^^t 
toute-puissante  pour  la  prévenir  ou  du  moins  en  diminuer  l'étendue. 

L'inflammation  pure  et  simple  n'est  aujourd'hui  redoutée  des  chirurgien:^ 
qu'autant  qu'elle  menacerait  de  s'étendre  à  des  organes  spéciaux,  tels  que  le 
péritoine,  la  plèvre,  les  méninges.  Les  moyens  de  l'éviter  varient  suivant  chaqiw 
cas  particulier.  Leur  étude  nous  entraînerait  trop  loin. 

L'hémorrhagie  consécutive  est  favorisée  par  certaines  conditions  générales 
mais  à  coup  sûr  c'est  un  des  accidents  pour  lesquels  les  pansements  mal  fait?, 
les  lotions  à  l'eau  pure  ont  l'influence  la  plus  manifeste.  Je  n'ai  jamais  vu  d'ho- 
morrhagie  consécutive  chez  les  blessés  pansés  d'une  certaine  façon,  et  pour  ce 
qui  est  des  coups  de  feu  oii  cet  accident  s'obseiTe  si  fréquemment,  j'accepte 
tout  à  fait  les  idées  de  Guthrie  :  on  sait  que  ce  chinirgien  déclarait  que  passé  li»^ 
douze  ou  vingt-quatre  premières  heures,  l'hémorrhagie  n'est  plus  à  craindw. 
Il  faut  toutefois  en  excepter  les  cas  où  la  pourriture  d'hôpital  a  envahi  la  plaie,  cm 
peut-(^tre  encore  le  cas  où  des  artères  très- volumineuses  ont  été  atteintes? 

L'altération  des  produits  a  ici  l'influence  la  plus  manifeste.  C'est  elle  ifui 
empêche  la  formation  de  la  matière  plastique  à  l'extrémité  des  vaisseaux,  et  qui 
entraîne  la  destruction  de  celle  qui  est  déjà  formée.  Les  lotions  à  l'eau  pure 
favorisent  cette  altération,  et  en  môme  temps  elles  entraînent  la  matière  pla>- 
tique  déjà^foiTnée.  Les  pansements  fréquents  ont  la  même  conséquence. 

L'érysipèle  se  présente  à  nous  sous  deux  formes  principales  :  il  est  simple  et 
limité,  ou  gi-ave  et  diffus. 

Cette  deuxième  forme  règne  quelquefois  d'une  façon  épidémique  ;  elle  a  para 
être  contagieuse  :  les  conditions  de  son  développement  échappent  à  l'analvM'. 
Elle  sunient  aussi  bien  autour  d'une  écorrhure,  d'un  cautère,  d'un  vé^«  «t- 
toire,  d'une  piqûre  que  d'une  vaste  plaie. 


LABir.  —  DES  MOYENS  D'ÉVlTEft  LES  ACCIDENTS  CONSÉCUTIFS  AUX  PLAIES.     285 

La  première  forme,  au  contraire,  est  rare  autour  d'une  eschare,  d'un  vési- 
..ttïure  ;  elle  survient  surtout  autour  des  plaies  par  instmment  tranchant.  Les 
accidents  jçénéraux  apparaissent  quelquefois  en  même  temps  que  l'exanthème, 
mù<  le  plus  souvent  il  y  avait  pendant  un  ou  deux  joui*s  précédents  \m  peu  de 
k' mile  nient,  de  tension  douloureuse  des  pai'ties,  une  légère  l'ougeur  des  lèvres 
■le  la  plaie.  Dans  ces  cas,  la  soustraction  des  causes  iiritantes,  un  éméto-cathai'- 
tjque  enrayent  la  maladie. 

Cette  foiiiie  d'érysipèle  naît  quelquefois  du  fait  de  pansements  ùiitants,  de 
^Ltures  appliquées  dans  des  régions  abondamment  pourvues  de  lymphatiques. 
Mais  le  plus  souvent  elle  est  la  conséquence  de  la  rétention  des  liquides  altérés 
<lan5  la  plaie. 

r/est  surtout  pour  éviter  la  résorption  pundente,  l'infection  putride,  la  dia- 
thêî-e  purulente,  que  tous  les  efforts  du  chirurgien  doivent  tendre  à  bien  dis- 
{tiNor  la  plaie,  et  à  faire  les  pansements  de  la  façon  la  plus  convenable.  La 
k-ttiition  des  prodidts  altérés  a  sur  le  développement  de  ces  états  morbides  l'ac- 
'!on  la  plus  évidente. 

\ji  résoiiition  punileiite,  c'est  la  maladie  caractéiisée  par  la  formation  d'abcès 
multiples  métastatiques  dans  les  viscères,  et  la  présence  du  pus  dans  une  ou 
phL<ieurs  des  veines  aboutissant  à  la  plaie. 

Linfection  putride,  c'est  l'empoisonnement  de  l'économie  par  l'absorption  des 
pniduits  altérés  de  la  plaie,  ne  se  traduisant  par  aucune  lésion  anatomique  ap- 
préciable, conduisant  souvent  à  la  diathèse  purulente,  compliquant  quelquefois 
la  résorption  purulente,  mais  distincte  d'elle  ;  enfin  susceptible  de  guérir  si  l'on 
Miustrait  l'économie  aiu  causes  qui  l'ont  produite,  se  jugeant  aloi*s  par  des  selles 
«lUmdantes  ou  une  sueur  profuse. 

La  diathèse  purulente,  c'est  un  état  de  l'économie  sous  l'influence  duquel  se 
dc\oloppent  rapidement  des  abcès  quelquefois  très-vastes,  qui  sont  critiques  et 
jiiL'ent  l'affection.  Cette  maladie  n'est  souvent  qu'une  forme  de  la  précédente  ; 
j  ai  quelque  lieu  de  croire  qu'elle  est  due  à  la  résoi*ption  des  granulations 
détruites  du  pus  ;  elle  complique  quelquefois  la  résorption  puiiilente  ;  elle  est 
la  ^^lite  fréquente  de  certains  états  graves  de  l'économie,  l'érysipèle  grave,  par 
.'leniple,  la  fièvre  puerpérale  (je  ne  dis  pas  la  phlébite  uténne). 

La  résorption  purulente  est  produite  par  l'introduction  du  pus  eh  nature  dans 
la  veine  ouverte,  ou  bien,  dans  quelques  cas  plus  rares,  par  une  phlébite  suppu- 
rati>e.  Cela  résulte  très-nettement  des  expériences  de  MM.  Castelnau  et  Ducrest, 
de  M.  Scdillot,  et  cela  peut  être  démontré  pai*  l'observation  attentive  des  faits 
cliniques. 

L'infection  putiide  et  la  diathèse  pm-ulentc  naissent  sous  l'influence  de  l'ab- 
^  >rption  lente  ou  aiguë,  des  produits  altérés  des  liquides,  sang,  sérosité,  pus, 
•'\halés  dans  la  plaie. 

La  première  des  conditions  pour  prévenir  ces  maladies,  c'est  de  donner  un 
écoidcment  facile  à  ces  produits  altérés.  C'est  surtout  contre  la  résorption  puru- 
lente que  les  précautions  minutieuses  doivent  être  prises  à  l'avance,  car  lors- 
quelle  est  déclarée,  on  peut  peut-être  en  enrayer  le  développement  dès  le 
début. 

J'ai  pu  sLx  fois  enrayer  la  résolution  purulente  lorsqu'elle  était  encore  à  l'état 
de  soupçon,  par  l'usage  de  Yergotiiie  à  dose  aussi  élevée  que  l'estomac  pouvait 
tolérer,  de  6  à  8  grammes  :  1  fois  pour  une  amputation  de  cuisse,  1  fois  une 
ilé>di'ticidation  de  l'épaule,  1  traumatisme  grave  de  la  main  et  de  l'avant-bras, 


c 


286     CONGRÈS  MÉDICAL  iNTEBNATIONAt.  -  TROISIÈME  SÉANCE  DE  JOCR. 

1  traiiniatisnic  avant-bras  et  bras,    2  cas   de  phl(^bite  utérine.  —  Lorsijue  le 
début  du  mal  datait  de  trois  ou  quatre  jours,  je  n'ai  jamais  réussi. 

Mais  lorsque  la  résorption  purulente  est  confirmée,  il  est  trop  tard;  le  mala«le 
est  d'une  façon  à  peu  près  certaine  voué  à  la  mort. 

C'est  pour  prévenir  la  résorption  purulente  qu'il  faut  surtout  éviter  la  réten- 
tion des  produits  altérés,  principalement  au  voisinage  de  la  veine.  Voilà  p<»ur- 
quoi  il  faut  que  la  ligature  de  l'artère  voisine  soit  à  une  distance  notable  dt 
l'embouchure  de  la  veine,  et  même  est-il  bien  de  couper  la  veine  le  plus  haiii 
possible  dans  les  chaii^s,  afin  de  tâcher  d'obtenir  l'adhérence  de  la  tranche  il« 
section  avec  les  tissus  circon voisins. 

L'intérieur  des  veines  n'étant  guère  susceptible  de  ibumh*  des  production- 
plastiques,  il  faut  que  les  bouchons,  lorsqu'il  y  en  a,  se  produisent  aiL\  dépen- 
des tissus  voisins,  ou  que  la  veine  s'aplatisse  par  le  fait  du  gonflement  de  ce> 
tissus.  Lorsque  le  pus  a  envahi  la  veine,  il  faut  que  cette  exhalation  dans  les 
tissus  ambiants  soit  très-puissante  ;  il  anive  quelquefois  que  malgré  les  siiin> 
locaux,  l'économie  n'y  suffit  pas  :  c'est  surtout  dans  les  grandes  amputations 
que  cela  se  produit.  Alors  il  faut  favoriser  la  tendance  aux  sécrétions  plastique^ 
par  l'usage  préventif  de  l'ergotine  à  la  dose  de  2  à  3  grammes  dans  les  vinf.n- 
quatre  heures  {je  dis  ergoHîie,  et  non  pas  ergot).  Au  point  de  vue  tocique,  ïeixoi 
est  bien  supériem*  à  l'ergotine  ;  mais  comme  agent  hyperplastémique,  l'ergotine 
est  seule  applicable,  car  l'ergot  rcnfenne  des  huiles  essentielles  et  des  rési/ie.- 
qui  en  i*endraient  l'administration  impossible  aiL\  doses  qu'il  serait  nécessain' 
d'employer  (30  à  ^lO  grammes).  Depuis  que  j'emploie  ce  mo\en,  je  n'ai  pas  eu 
encore  un  seul  insuccès.  Dans  mon  ménïoire  à  la  Société  de  chirurgie,  j'avai> 
produit  14  observations.  Depuis  j'en  ai  recueilli  2  nouvelles.  Sur  ces  16  failNiJ 
y  ail  amputations  de  cuisse.  Si  pendant  ce  laps  de  temps  je  n'ai  fait  que  2  ampu- 
tations, c'est  que  je  n'ai  pas  eu  de  sei-vice  d'hôpital.  —  Pour  ce  qui  est  de^  oj»e- 
rations  autres  que  les  gi*andes  amputations,  je  ne  les  compte  pas. 

Dans  l'infection  putride  et  la  diathèse  purulente,  les  contre-ouvertures  et  le^ 
pansements  convenables  suffisent  pour  mettre  un  terme  aux  progrès  du  md. 
L'élimination  des  produits  absorbés  se  fait  par  une  sueui-,  ou  une  diarrhée,  ou 
des  abcès  critiques.  La  solution  de  la  maladie  est  favorisée  par  l'emploi  de  l'al- 
coolature  d'aconit  à,  la  dose  de  2  grammes.  L'influence  de  ce  médicament,  nulle 
dans  la  résorption  purulente,  est  ici  assez  manifestement  avantageuse. 

En  résumé,  il  faut  avant  tout  prévenir  les  accidents  ;  on  y  arrivera  en  niel- 
lant en  pratique  les  recommandations  suivantes  : 

1<>  Ne  rechercher  la  réunion  complète  que  lorsque  la  plaie  est  peu  profonde. 
que  la  texture  des  lèvres  est  uniforme,  que  les  surfaces  opposées  pouiTon!  ètiT 
maintenues  en  contact  aussi  bien  au  fond  que  sm*  les  bords,  que  les  tisMi- 
n'auront  pas  été  trop  fortement  contus. 

2**  Dans  les  opérations,  disposer  les  lambeaux  de  telle  sorte  que  l'écoulcnienl 
des  liquides  sous-jacents  puisse  se  faire  avec  facilité,  —  que  les  lambeaux  s'ap- 
pliquent aisément  l'un  sur  l'autre. 

3*  Éviter  surtout  avec  soin  toutes  les  conditions  qui  peuvent  entraîner 
l'altération  des  produits,  et  le  séjour  de  ces  produits  altérés  au  voisinage  de 
l'embouchure  des  veines. 

fto  Favoriser  l'écoulement  des  liquides  à  l'aide  d'un  drain  ou  tout  autre 
moyen  établissant  un  canal  du  point  où  l'on  suppose  que  ces  liquides  s'ep^ui- 
cheront  jusqu'à  l'extérieur. 


VERNEtïL.    —  DES  COrSOlTiONS  ORGANIQUES  DES  OPÉRÉS.  28) 

.)•  Ne  jamais  négliger  une  contre-ouverture  dès  le  débuts  si  ce  moyen  est  né- 
cessaire pour  rendre  l'écoulement  facile. 

6*  Éviter  l'emploi  de  tout  moyen  de  réunion  irritant,  surtout  dans  les  régions 
abondamment  pourvues  de  lymphatiques. 

7'  Dans  les  plaies  anfractueuses  ou  contuses  non  réunies,  éviter  le  croupisse- 
nicnt  des  liquides  au  fond  des  anfractuosités,  en  remplissant  ces  cavités  avec  de 
la  charpie. 

8»  Laisser  les  plaies  le  plus  possihle  dans  l'immobilité  absolue  ;  éviter  les 
pansements  pénibles,  trop  réitérés. 

9*  S'abstenir  d'ime  façon  absolue  de  lotions  à  l'eau  pure  sur  la  plaie  à  nu. 
Par  contre  l'alcool,  prévenant  l'altération  des  matières  organiques,  peut  rendre 
souvent  des  services  considérables. 

10*  Toutes  les  fois  qu'on  poun*a  craindre  de  voir  sui^venir  la  résorption  pu- 
nilente,  donner  l'ergotine  à  la  dose  de  2  à  3  grammes  dès  le  premier  jour  de  la 
plaie,  et  continuer  les  joui-s  suivants,  tout  le  temps  que  durera  le  danger,  ordi- 
nairement dix  à  douze  jours. 


DE  Ii*II«Fl.IJfiIV€K  DES  ÉTATS  BIATUÉSI^VES  SDR  I^E 
RASVIiTAT    DBS   OPfeRATIOMS   CHIRIIBCICAIiES. 


PAR  M.    LE  PROFESSEUR   VERNEUIL 
GbirargMii  de  PMpital  Lariboidère. 


L'issue  finale  des  opérations  dépend  d'une  foule  de  circonstances.' 

(a  nature  de  la  lésion,  le  siège  du  mal,  l'importance  et  la  susceptibilité  de 
l'organe  mutilé  ou  supprimé,  l'état  des  tissus  sur  lesquels  on  agit  ;  —  les  qua- 
lités ou  les  défauts  de  l'opérateur,  la  méthode,  le  procédé  qu'il  emploie,  le  trai- 
lement  consécutif  qu'il  institue,  le  moment  qu'il  choisit;  —  l'âge,  le  sexe  de 
l'opéré,  le  milieu  où  il  vit,  sont  autant  d'éléments  qui  régissent  les  succès  ouïes 
revei-s. 

Parmi  les  conditions  inhérentes  à  l'opéré,  il  en  est  une  surtout  qui  influe  nota- 
hlenient  sur  les  résultats  :  je  veux  parler  de  l'état  de  santé  dans  lequel  il  se 
trouve  au  moment  même  où  il  est  soumis  à  l'action  opératoire. 

A  priori,  il  semble  érident  qu'un  organisme  sain  doit,  mieux  qu'un  organisme 
malade,  supporter  le  choc,  mais  le  fait,  fût-il  prouvé,  il  resterait  à  savoir  com- 
ment l'état  maladif  antérieur  à  l'opération  influence  la  terminaison  de  cette 
dernière. 

(h*,  le  tei*me  d'état  maladii  antérieur  est  très-vague>  les  altérations  de  la  santé 
•^»iit  très-nombreuses,  très-variables  et  diflèrent  tellement  d'un  siyet  à  l'autre, 
qu'il  devient  nécessaire  avant  tout  d'établir  plusieurs  catégories. 

Lorsqu'une  opération  chirurgicale  est  pratiquée,  le  sujet  qui  la  subit  peut  se 
trouver  dans  l'une  des  conditions  suivantes  ; 


288      CONGRÈS  MÉDICAL  IMliUNATIONAL.  —TROISIÈME  SÉANCIi  DE  JOUR. 

1"  l^a  sauté  générale  ne  laisse  rien  h  désirer;  systèmes  organiques  et  apparcil>, 
tout  est  sain,  tout  fonctionne  à  souhait;  seul  un  point  cii'conscrit  du  corps  offre 
une  lésion  ou  une  défectuosité  qui  n'exercera  jamais  ou  qui  n'exerce  encore 
aucune  influence  fâcheuse  sur  les  gi'andes  fonctions. 

Exemple  :  opérations  pour  diflbniiités  légères,  pour  tumeurs  bénignes,  pour 
lésions  traumatiques  tout  à  fait  récentes. 

2"  La  lésion  est  encore  circonscrite  et  unique  ;  la  santé  générale  est  satisfaisante, 
mais  son  intégrité  cependant  n'est  plus  radicale.  L'économie  recèle  un  gcnne 
morbide  caché  qui  peut  faire  naître  des  complications  imprévues;  solides  ou 
liquides,  sains  en  apparence,  ont  une  susceptibilité  qui^  latente  jusqu'à  ce  jour, 
va  s'éveiller  au  choc,  si  léger  qu'il  soit,  du  traumatisme  chirurgical.  Sont  dans 
ces  conditions  :  les  sujets  entachés  d'une  diathèse  héréditaire  qui  n'a  pas  encore 
fait  explosion,  ou  qui,  ayant  paru  antérieurement,  est  actuellement  éteinte  pour 
un  temps  ou  pour  toujours  ;  ainsi  les  hémophiles,  les  herpétiques^  les  arthri- 
tiques rhumatisants  ou  goutteux,  les  individus  autrefois  affectés  de  syphilis,  de 
scrofule,  en  un  mot  de  diathèse  laiTée. 

3"  La  lésion  primitivement  unique  et  circonscrite  a  plus  tard  amené  des 
désordres  secondaires  dans  l'appareil  auquel  appartient  l'organe  malade.  Ces 
désordres  eux-mêmes,  s'ils  sont  anciens  ou  prononcés,  apportent  à  la  santé 
générale  des  modifications  plus  ou  moins  graves,  et  font  naître  des  chances  d'ac- 
cidents en  dehors  de  la  sphère  opératoire  proprement  dite.  Se  rangent  dans  cette 
catégorie  la  plupart  des  sujets  soumis  à  la  kélotomie,  à  la  taille,  à  Furéthrotomie, 
à  la  trachéotomie,  etc. 

U°  Les  foyers  morbides  sont  multiples;  outre  celui  qu'on  attaque  chinii^i- 
calement,  il  en  existe  d'autres.  Mais  ici  se  présentent  deux  cas.  Tantôt  il  y  a 
simplement  coïncidence  foiiuite.  Les  lésions,  non  contemporaines,  sont  de 
nature  différente,  portent  sur  des  systèmes  ou  des  appareils  entièrement  di:r- 
tincts,  présentent  une  évolution  propre  à  chacune  d'elles,  provoquent  des  sym- 
ptômes spéciaux  quelquefois  opposés,  et  compoiient  enfin  un  pronostic  particu- 
lier. Tous  les  jours  un  accident  nous  conduit  à  amputer  la  jambe  à  des  sujets 
antérieurement  affectés  d'emphysème  pulmonaire,  de  lésion  cardiaque,  de 
maladie  du  foie,  du  rein,  de  varices  des  membres,  d'hémiplégie,  de  paraplégie, 
d'aliénation  mentale.  Tantôt,  au  contraire,  les  foyers  morbides,  qu'ils  portent 
ou  non  sur  le  même  système,  sont  de  même  oi*dre  et  sont  des  manifestations 
successives  ou  simultanées  d'une  môme  cause  générale.  On  traite  un  anévrysme 
par  la  ligature,  mais  d'autres  artères  sont  également  atteintes  de  dilatations  anc- 
vrysmales.  Un  individu  porte  plusieurs  lipomes  ou  plusieui's  névromes,  on  n'ex- 
tirpe qu'une  partie  des  tumeure.  —  On  ampute  pour  carie  un  scrofuleux  dont 
plusieurs  ganglions  lymphatiques  suppurent,  dont  la  peau  est  couverte  d'im- 
pétigo ou  d'ulcères  strumcux,  dont  le  poumon  est  le  siège  de  dépôts  tubercu- 
leux, etc. 

En  présence  de  ces  manifestations  multiples,  on  ne  peut  pas  dire  que  la  santé 
générale  soit  paifaite,  cai'  la  nutrition  pour  le  moins  est  notablement  pervertie; 
à  la  vérité,  les  troubles  fonctionnels  sont  très-inégalement  prononcés  d'un  sujet 
à  l'autre. 

5*  Ces  derniers  exemples  nous  conduisent  dh*ectement  à  cette  classe  très- 
nombreuse  de  cas  dans  lesquels  l'opéré,  sans  préjudice  de  l'accident  local  qui 
arme  la  main  du  chirurgien,  est  manifestement  sous  rinfluencc  d'un  état  général 
actuellement  patent  ou  en  activité,  ancien  ou  récent,  apy rétique  ou  fébrile. 


VëRNëUJL.   ^   DES  CONDlTiONS  ORCiANiQUES  DES  OPÉRtiS.  ,289 

rongénital  ou  acquis,  mais  qui,  dans  tous  les  cas,  peut  et  doit  être  considéré 
comme  un  mode  pathologique  constitutionnel,  une  maladie  totius  substanHœ, 
comme  disaient  les  anciens. 

En  termes  plus  précis,  l'opéré  est  cancéreux,  scrofuleux,  tuberculeux,  scorbu- 
tique, diabétique,  albuminurique,  leucémique,  ou  bien  imprégné  d*un  poison, 
comme  dans  la  syphilis,  le  paludisme,  l'alcoolisme,  la  diphthéiitc,  les  fièvi'es 
éniptives  et  typhoïdes,  la  pyohémie,  l'infection  putride,  etc. 

Dans  tous  ces  cas,  l'atteinte  portée  à  la  santé  générale  est  trop  évidente  pour 
qu'il  soit  nécessaire  de  la  démontrer.  Peut-être  m'ohjcctera-t-on  que  l'existence 
de  ces  états  généraux  si  graves  contre-indiquant  les  opérations  chirurgicales,  je 
pose  ia  question  sans  utilité.  A  quoi  je  répondrai  que  certains  accidents,  comme 
la  rétention  d'urine,  la  suffocation,  les  hémoirhagies,  l'étranglement  heiTiiaire, 
et  d'autres  encore,  réclament  en  tout  temps  et  en  toutes  circonstances  l'inteiTen- 
tion  du  chirurgien. 

6*  Enfin,  pour  n'omettre  aucune  des  conditions  dans  lesquelles  peut  se  trouver 
l'opéré,  je  dois  encore  mentionner  certains  états  temporaires  ou  intermittents 
qui  tiennent  le  milieu  entre  la  maladie  confirmée  et  la  santé  complète,  conipa- 
tildes  avec  la  seconde,  mais  pouvant,  à  la  moindre  occasion,  tourner  à  la  pre- 
mière, compris,  en  un  mot,  dans  les  oscillations  permises  à  l'exercice  physio- 
logique. J'y  range  d'abord  les  diverses  variétés  de  la  pléthore  et  de  l'anémie, 
1  extrême  embonpoint,  ensuite  la  grossesse,  l'époque  menstruelle,  la  lactation, 
1  état  puerpéral,  puis  certaines  excitations  ou  dépressions  du  système  nerveux 
central  ou  périphérique,  le  délire  passager,  alcoolique  ou  autre,  le  découra- 
gement, la  nostalgie,  la  peur,  l'insomnie,  l'épilepsie,  l'hystérie;  enfin  cette 
condition  indéterminée  dans  laquelle  se  trouvent  les  individus  qui,  brusquement 
arrachés  à  leur  pays  et  à  leur  milieu,  ne  sont  pas  encore  suffisamment  acclimatés. 

On  trouvera  peut-être  que  je  multiplie  beaucoup  les  catégories,  et  que  j'énu- 
mère  avec  trop  de  complaisance  les  conditions  organiques  dans  lesquelles  se 
trouve  l'opéré.  Cependant  on  ne  peut  nier  que  ces  conditions  ne  se  rencontrent  à 
chaque  pas  dans  la  pratique,  et  que  tout  chirurgien  ne  les  ait  rencontrées  ou  ne 
paisse  les  observer  chaque  jour. 

U  est  plus  que  probable  que  chacune  d'elles  est  susceptible  d'exercer  une 
influence  sur  le  résultat  de  l'opération;  mais  si  l'on  me  demandait  de  quel  poids 
et  dans  queUes  proportions  elle  pèse  sur  la  mortalité,  ou  même  sur  la  nature  et 
la  fréquence  des  accidents  consécutifs,  je  serais,  je  l'avoue,  fort  embarrassé  de 
fournir  une  réponse  catégorique. 

Je  n'ai  pas  besoin  de  dire  de  quelle  importance  serait  pourtant  cette  réponse 
et  ce  que  la  chirurgie  gagnerait  à  connaître  exactement  le  pronostic  de  chaque 
'^péi'ation  en  général  et  pour  chaque  cas  particulier. 

Malheureusement,  la  science  actuelle,  il  en  faut  convenir,  ne  possède  que  des 
données  vagues,  approximatives,  incertaines  quand  elles  ne  sont  pas  eironées, 
et  d'ailleurs  incomplètes,  puisqu'elles  n'ont  trait  qu'à  un  petit  nombre  de  con- 
ditions énumérées  plus  haut.  Quand  elles  sont  exactes,  ces  données  manquent 
encore  de  cette  précision  que  fournit  seule  la  méthode  numérique  habilement  et 
loyalement  maniée. 

Certes,  on  sait  bien  que  la  taille  et  la  lithotritie  sont  très-graves  quand  la 
^esMc  et  les  reins  sont  le  siège  d'altérations  anciennes  et  profondes  ;  —  que  la 
trachéotomie  est  beaucoup  plus  bénigne  quand  elle  est  pratiquée  pour  extraire 
un  corps  étranger  que  loi'squ'ellc  est  opposée  à  la  diphthérite;  —que  l'amputation 

19 


290      C.OINCîRfcS   Mf-DKÎAL    INTKRNA TIONAÎ.  —  TRDISIÈMK   SÉA;\CK  DE  JOUli. 

de  la  jaiiihc  est  très-sérieuse  si  le  membre  est  couvert  de  varices  superficielle^:  et 
profoniles.  —  La  statistique  démontre  que  le  pronostic  de  l'amputation  du  !<ein 
est  plus  grave  lorsqu'elle  est  nécessitée  par  le  cancer  que  lorsqu'il  s'agit  sim- 
plement d'un  adénome.  —  On  connaît  depuis  longtemps  la  mortalité  ënomie 
des  amputations  ou  résections  ches  les  sujets  en  proie  à  la  tuberculisation  pul- 
monaire ;  —  on  commence  à  savoir  que  la  moindre  opération  entraine  souvent 
la  mort  chez  un  diabétique.  —  En  revanche,  on  parle  de  l'immunité  relative 
très-singulière  dont  jouiraient  les  aliénés. 

Normann  Chevers  nous  a  appris  que  les  affections  latentes  du  rein  expliquaient 
souvent  la  mori  après  les  opérations  les  plus  diverses  et  les  traumatisnies  même 
les  moins  étendus. 

Mais  que  d'inconnues  restent  encore  à  dégager,  et  que  de  contradictions  existent 
encore  ! 

J'avais  conclu,  de  mon  expérience  et  de  l'avis  d'auteurs  recommandablcs,  que 
les  opérations  étaient  fort  graves  chei  les  ivrognes,  lorsque,  m'enlretenanl  de  ce 
sujet  avec  un  chirurgien  distingué  de  l'étranger,  j'entendis  sortir  de  sa  bouche 
une  opinion  absolument  inverse. 

Nous  sommes  habitués,  pour  la  plupari,  à  tenir  compte  de  l'époque  des  lèsle- 
quand  nous  avons  à  pratiquer  une  opération  sur  les  voies  génitales  de  la  fcMiime, 
nous  voulons  éviter  la  coïncidence  entre  le  molimen  menstruel  et  rirritatiw 
locale  causée  par  l'action  chirurgicale,  et  voilà  que  M.  Simon,  l'un  des  praticiens 
les  plus  distingués  de  l'Allemagne,  nous  conseille  de  ne  tenir  aucun  compte  de 
la  période  cataméniale  dans  l'opération  de  la  fistule  vésico- vaginale. 

Les  anciens  maîtres  considéraient  comme  essentiel  de  ne  jamais  opérer,  sauf 
l'urgenee  extrême,  un  malade  de  la  campagne  avant  son  acclimatation  dans  m» 
salles  d'hôpital  De  nos  jours,  cette  précaution  est  tombée  en  désuétude,  an 
moins  dans  un  grand  nombre  de  services;  moi-même  je  l'ai  négligée,  et  J'ai  eu 
à  m'en  repentir. 

Voici  les  incertitudes,  signalons  les  lacunes. 

Nous  parlions  tout  à  l'heure  des  aflections  du  rein  ;  que  savons-nuus  de  celle> 
du  foie,  si  difficiles  à  reconnaître  à  leur  début  ?  IS'assombrissent-elles  pas  aussi  le 
pronostic  des  opérations?  En  faisant  l'autopsie  de  plusieurs  opérés.  J'ai  constate 
des  cirrhoses  plus  ou  moins  avancées  ou  cette  infiltration  graisseuse  si  commune 
ches  les  sujets  atteints  d'ostéites  anciennes  et  minés  par  une  longue  suppuration. 

Ces  lésions  n'avaient^Ues  pas  eu  leur  part  dans  le  dénomment  fatal? 

Les  campagnards  supportent  bien  les  opérations,  c'est  un  point  acquis  ;  inaî> 
cette  immunité  existe>t*elle  dans  les  régions  oii  règne  endémiquement  riiitoii- 
eation  palustre?  Sauve^t-on  en  même  proportion  les  paysans  robustes  de  la  Brie 
ou  de  la  Beauce  et  les  malheureux  métayers  de  la  Bresse  ou  de  la  Sologne  ? 

Nous  parlions  tout  à  l'heure  de  la  période  menstruelle  dont  l'influence  a  peut- 
être  été  surfaite  ;  en  est-il  de  même  de  la  grossesse,  de  la  lactation,  je  l'ignore, 
j'ai  opéré  d'une  énorme  hypertrophie  mammaire  une  femme  enceinte  de  trots 
mois  qui  m'avait  volontairement  trompé  et  m'avait  caché  son  état;  la  guénson 
s'est  efi'ectuée  sans  accidents,  et  c'est  plus  tard  seulement  que  la  grossesse  nù 
été  connue.  J'ai  pratiqué  la  résection  de  la  mâchoire  inférieure  chei  une  femme 
dont  les  mamelles  sécrétaient  encore  en  abondance  ;  elle  est  morte  très- rapi- 
dement d'érysipèie  ambulant. 

Puisque  le  mot  d'érysipèie  vient  sous  ma  plume,  je  dirai  que  je  l'ai  obseno 
de  préférence  chez  les  herpétiques  et  les  rhumatisants,  et  que  je  redoute  tou- 


VERNEUIL.  —  DES  CONDITIONS  ORGANIQUES  DES  OPÉRÉS.  291 

j(mr>  de  le  voir  réappai-aître  chee  les  opérés  qui,  antérieurement^  en  ont  été 
atteints.  Cet  antécédent  pathologique  me  préoccupe  beaucoup. 

Ine  dame  âgée  était  affectée  d'une  caiie  des  os  du  pied;  un  érysipèle  gravd 
part  d'une  ouvertiu*e  d'abcès  et  remonte  jusqu'au  tronc.  La  guérison  survient 
néanmoins.  La  lésion  locale  avait  suspendu  ses  progrès  pendant  le  cours  et  la 
convalescence  de  l'exanthème  ;  celui-ci  terminé,  les  désordres  reprennent  une 
actinté  extrême,  et  l'amputation  devient  indispensable,  le  cherche  cependant  à 
gagner  le  plus  de  temps  possible.  Enfin,  je  désarticule  le  pied  un  mois  environ 
après  la  guérison  de  Térysipèle.  Trois  jours  après,  celui-ci  reparait  avec  la  même 
forme,  la  même  marche,  la  même  étendue.  La  malade  succmnbe  en  quaninte- 
hait  heures. 

Par  contre,  j'ai  dans  mes  salles  un  homme  atteint  de  cancroïde  de  la  flice.  U  y 
a  trois  mois  environ,  un  érysipèle  envahit  le  visage  et  le  cuir  chevelu.  La  gué- 
rison s'efTectue.  Le  cancroîde  faisant  des  progrès  rapides,  je  praUque  une  grave 
opération  pour  extirper  radicalement  le  mal.  Tous  les  jours  j'attendais  une  rëei- 
•ii^e  de  l'érysipèle,  mais  mes  craintes,  heureusement,  ne  se  sont  point  réalisées. 

Quelles  chances  a4-on  donc  de  voir  revenir  ce  redoutable  accident?  je  l'ignore 
et  voudrais  bien  le  savoir. 

Messieurs,  le  sujet  est  immense,  et  si  je  voulais  vous  adresser  toutes  les  ques. 
tinn5  que  je  me  suis  posées,  j'occuperais  cette  tribune  pendant  des  heures  nom- 
breuses sans  épuiser  la  matière.  J'en  ai  dit  assez  pour  vous  montrer  néimmoins 
combien  nous  sommes  peu  avancés,  et  combien  il  feudra  de  labeur  encm^  pour 
la  solution  de  ces  importants  problèmes. 

Je  ne  veux  pas  trop  décrier  notre  science,  mais  cependant  qu'il  me  soit  permis 
de  prendre  un  dernier  exemple,  pour  montrer  combien  sont  insuffisantes  les 
«iUtinctions  et  les  divisions  dichotomiques  actuellement  établies  et  adoptées. 

Je  disais  au  début  de  cette  note  que,  d'après  la  logique,  une  opération  devait 
mieux  réussir  sur  un  homme  vigoureux,  sain  de  corps  et  d'esprit,  que  sur  un 
^tre  chétif  et  malingre.  Or,  que  répond  l'expérience  à  cet  à-priori  en  apparence 
M  judicieux  et  si  conforme  au  bon  sens? 

tir,  elle  répond  précisément  le  contraire.  En  effet,  il  est  généralement  admis 
de  nos  jours  que  les  amputations  pour  lésion  traumatique  sont  infiniment  plut 
trraves  que  celles  qu'on  pratique  pour  des  lésions  de  longue  date.  Les  chiffres 
^•nt  là,  terribles,  inexorables,  et  si  nous  les  admettions  sans  critique,  il  faudrait 
bien  que  la  logique  baissAt  son  pavillon. 

En  ce  qui  touche  les  amputations  et  les  résections,  je  suis  d'uu  autre  avis  et  je 
Dt'appuie  sur  les  résultats  de  ma  pratique  ;  mais  celle-ci  étant  encore  restreinte) 
<>n  peut  m'opposer  l'argument  des  séries  heureuses.  En  attendant  que  des  faits 
pliis  nombreux  infirment  ou  confirment  mes  opinions  actuelles^  qu'il  me  soit 
|)emiis  de  raisonner. 

l/amputation  pour  cause  traumatique  est  supposée  se  faire  sur  des  siyets  abso- 
lument sains,  sauf  la  lésion  locale  ;  l'amputation  pour  lésion  organique  est  sup- 
posée se  faire  sur  des  sujets  atteints  d'une  diathèse  quelconque  dont  la  lésion 
locale  n'est  qu'une  manifestation. 

<H',  cette  opposition  n'existe  certainement  pas  dans  tous  les  cas.  D'abord>  le 

blessé  peut  être  scrofuleux,  anémique,  diabétique,  ivrogne,  phtbisique,  etc. 

Dan«  noff  grandes  villes  et  pour  le  pei's'onnel  de  nos  gi'ands  hôpitaux,  l'intégrité 

riimplète  de  la  santé  générale  n'est  pan  déjà  si  coiiinmnei 

l^iis,  à  défaut  de  maladie  constitutionnelie  antérieure,  le  blessé  peut  se 


292     CONGRÈS  MÉ;0ICAL  JNT£RNATiONAL. —troisième  SÉANCE  DE  JOUR. 

trouver  sous  l'influence  d'une  affection  générale  de  dalc  toulc  réeenle,  mais  qui, 
pour  cela,  n'en  est  pas  moins  redoutable.  Est-il  parfaitement  sain,  je  le  demande, 
celui  qui,  quatre  ou  cinq  jours  après  une  fracture  compliquée  ou  une  plaie  aili- 
culaire,  présente  une  fièvre  intense  avec  céphalalgie,  état  saburral,  agitation 
nocturne,  soif  vive,  absence  d'appétit,  ballonnement  du  ventre?  Est-il  sain  celui 
dont  le  membre  monti'e  des  ti-aces  d'un  érysipèle,  d'un  phlegmon  diffus,  d'une 
angioleucite,  d'une  gangrène,  d'une  phlébite  ;  —  celui  qui  souffre  de  douleun' 
violentes  depuis  trois  ou  quatre  jours,  qui,  au  moment  de  la  blessure  et  par  son 
fait,  a  perdu  1000  ou  1500  grammes  de  sang;  ou  qui,  quelques  heures  aprè> 
l'accident,  est  encore  &oid,  pâle,  sans  pouls,  sidéré  au  physique  et  au  moral  ? 

Évidemment,  non  ;  cet  homme  est  si  près  de  la  mort,  que,  si  l'on  diffère  de 
quelques  jours,  je  dii'ais  presque  de  quelques  heures,  le  sacrifice  du  membre,  la 
vie  est  perdue  sans  ressource. 

Or,  on  ne  saurait  le  nier,  l'opposition  du  malade,  sa  négligence,  les  tentative> 
inopportunes  de  consenation  nous  forcent  ti'op  souvent  à  opérer  dans  ces  condi- 
tions désastreuses,  sans  pouvoir  choisir  notre  heui*e  ni  combattre  à  ravaucc  le^ 
complications. 

Et  comment  nous  étonner  si  nous  avons  tant  de  revei*s!  En  aurions-iiou-» 
moins  pour  les  lésions  anciennes,  si  nous  auiputions  au  moment  où  surgit  unr 
maladie  intercun*ente,  pneumonie,  pleurésie,  poussée  tuberculeuse,  entente 
aiguë,  fièvre  éioiptive,  etc.? 

La  fièvre  traumatique  est-elle  donc  moins  grave  ? 

La  question  posée  se  résout  d'elle-même. 

Mais  j'en  conclus  que  bon  nombre  de  sujets  amputés,  qu'on  suppose  sains, 
sont  en  réalité  dans  un  état  diathésique  qui  porte  la  responsabilité  du  dcnoù- 
ment  fatal. 

Pour  que  la  comparaison  puisse  réellement  s'établir,  il  ne  faudrait  considértM 
comme  bien  portants,  au  moment  de  l'opération,  que  les  blessés  indemnes  de 
toute  tache  constitutionnelle,  chez  lesquels  la  réaction  a  eu  lieu,  mais  qui  ne 
sont  pas  encore  ou  ne  sont  plus  en  proie  à  la  fièvre  traumatique.  Dans  ces  condi- 
tions, chacun  le  sait,  et  les  chirurgiens  militaires  surtout  nous  font  appris.  les 
amputations  donnent  d'excellents  résultats,  bien  supérieui*s,  à  coup  sûr,  à  ceux 
que  fournissent  les  amputations  pathologiques,  qu'on  ne  doit  pratiquer  qu'aj^rè!» 
avoir  épuisé  les  ressom'ces  de  la  thérapeutique  générale. 

Je  me  contenterai  de  cet  exemple  pour  soutenii*  qu'en  fait  de  pronostic  et  do 
statistique,  on  ne  s'est  pas  assez  préoccupé  des  conditions  organiques  de  l'opéré, 
et  que,  sous  ce  rapport,  le  dogme  exige  une  réédification  complète  et  radicale. 

Voici  longtemps  déjà,  messieurs,  que  je  mets  votre  attention  à  l'épreuve,  et 
cependant  je  n'ai  fait  que  poser  des  questions  sans  les  résoudre,  que  montrer 
des  difficultés  sans  les  aplanir.  Certes,  j'aurais  pu  choisir  un  sujet  plus  facile  ; 
j'ai  préféré,  sans  hésitation,  aborder  le  problème  le  plus  ardu  peut-être  de  h 
médecine  opératoire. 

Énoncer  un  théorème  sans  le  résoudre,  c'est  s'engager  implicitement  à  on 
donner  plus  tard  la  démonstration.  Aussi  je  me  propose  de  consacrer  la  meil- 
leure partie  de  mon  activité  scientifique  et  de  mon  expérience  pratique  à  prou\cf 
que  les  états  généraux  anciens  cl  récents,  diathésiques,  héréditaires  ou  acquis^ 
dominent  de  haut  le  pronostic  des  opérations  chirurgicales,  et  constituent  if 
source  la  plus  riche  peut-être  des  indications  et  contre-indications  q)ératoire5. 

Puissé-je  être  aidé  dans  cette  tâche  par  tous  ceux  qui,  comme  moi,  compren- 


Il AHJOUN.— PROPHYLAXIE  DES  ACCIDENTS  COï^SÉCOTlFS  AUX  PLAIES.      29S 

dmnl  la  haute  portée  du  but  et  voudront  bien  fournil*  des  matériaux  pour  T édifi- 
cation du  monument  que  le  xix*  siècle  doit  élever  à  la  science  et  à  l'art  chi- 
rurgical. 


B.  Haijoliv  (de  Paris).  —  Messieurs^  après  les  intéressantes  communications 
qui  ont  tenu  votre  attention  en  suspens,  depuis  le  commencement  de  celle 
<éance,  il  y  a  un  peu  de  témérité  à  oser  encore  prendre  la  parole  ;  toutefois,  en 
entendant  la  lecture  du  mémoire  si  remarquable  de  M.  le  professeur  Gosselin,  dans 
lequel  il  a  exposé  avec  tant  de  netteté,  de  précision  et  de  franchise  le  résultat  de 
«  pratique,  j'ai  pensé  que  l'hygiène  des  hôpitaux,  étant  une  des  causes  les  plus 
influentes  sur  le  résultat  des  opérations,  je  pourrais  vous  entretenir  quelques 
instants  sur  ce  sujet. 

lorsqu'à  la  suite  d'une  affection  organique  ou  d'une  lésion  traumatique, 
Topëration  est  devenue  indispensable,  on  croit  généralement  dans  le  public, 
qu'une  fois  les  premiers  accidents  conjurés,  le  malade  aura  d'autant  plus  de 
l'hanccs  de  guérir  que  l'organe  lésé  est  moins  important,  la  plaie  moins  éten- 
due; en  un  mot,  on  pense  que  la  guérison  ne  dépend  plus  que  du  talent  et  des 
«iiins  éclairés  du  chinirgien. 

Cette  idée,  vraie  jusqu'à  un  certain  point  en  théorie,  est  loin  d'être  aussi 
^raie  en  pratique,  et  tous  les  jours  nous  voyons,  dans  les  hôpitaux  des  grandes 
villes,  les  accidents  généraux  les  plus  graves  compliquer  les  opérations  les  plus 
"«impies  ou  les  blessures  les  plus  légères,  compromettre  la  vie  des  malades,  sou- 
vent luème  amener  la  moH,  tandis  que  dans  la  campagne  ou  dans  les  hôpitaux 
des  petites  villes,  les  opérations  les  plus  sérieuses  et  les  blessures  les  plus  graves 
guérissent  sans  le  moindre  accident. 

Ici  on  ne  peut  pas  invoquer  l'idée  de  séries  ou  d'années  heureuses,  car  la 
persistance  de  ces  succès  est  connue  de  tous,  une  longue  expérience  l'a  démon- 
trée, et  dans  ces  deraiers  temps  des  statistiques  détaillées  en  ont  encore  prouvé 
l'authenticitë. 

N'importe  dans  quel  pays,  inten-ogez  ceux  de  nos  conft'ères  qui  ont  exercé  à  la 
campagne  ou  dans  des  hôpitaux  de  petites  villes,  dans  lesquels  les  malades  ne 
^mt  pas  exposés  aux  suites  fâcheuses  de  l'encombrement  ou  de  l'occupation  in- 
cessante des  salles,  ils  vous  répondront  unanimement  que  ce  n'est  que  très- 
rarement  qu'ils  ont  eu  occasion  d'obsener,  soit  le  mauvais  aspect  des  plaies,  les 
ciratrisations  lentes,  la  pourriture  d'hôpital,  les  érysipèles  ou  les  diverses  sortes 
d'infection  purulente.  Toutes  ces  tristes  complications  qui  amènent  une  si  grande 
mortalité  après  les  opé'^ations  pratiquées  dans  les  hôpitaux  des  grande?  villes, 
leur  sont  presque  inconnues. 

D'où  vient  cette  différence  dans  le  résultat  des  opérations,  fau*-il  l'attribuer 
au  choix  du  procédé  opératoire,  au  mode  de  pansement  ?  Nullement.  La  véri- 
table cause  des  insuccès,  c'est  que  dans  les  grandes  villes  les  malades  sont 
rarement  dans  de  bonnes  conditions  hygiéniques. 

Que  voyons-nous  dans  les  hôpitaux  où  la  mortalité  sévit  de  préférence  ?  Des 
saUes  encombrées  ou  occupées  incessamment  pendant  cinq,  six  ans  et  plus, 
î^Misque  l'on  puisse  faire  la  moindre  réparation,  vu  l'insuffisance  de  lits  ;  il  s'en- 
suit qu'à  la  longue  les  murs  sont  littéralement  imprégnés  do  miasmes  et  que  les 
malades  sont  soumis  h  une  sorte  d'empoisonnement. 


Jl(Mi    coNaaËs  mémcal  intehnatiûkial:— troisième  séance  dp.  joub. 

Cette  cause  d'insalubrité  étant  bien  reconnue,  il  suffirait^  sinon  pour  la  faire 
entièrement  disparaître,  mais  au  moins  pour  en  atténuer  les  fâcheux  effets, 
d'obtenir  que  dans  toutes  les  grandes  villes  on  fit  régulièrement  reposer  chaque 
année  toutes  les  salles  des  hôpitaux,  comme  cela  a  lieu  dans  quelques  villc> 
de  l'étranger,  et  comme  cela  se  fait  aussi  depuis  quelque  temps  dans  nos  hôpi- 
taux militaires. 

Et  comme  iT  est  bon  d'appuyer  de  semblables  assertions  par  des  faits,  per- 
mettez-moi de  vous  citer  les  résultats  de  cette  sage  mesure,  communiqués  à 
la  Société  de  chii*urgie  par  M.  le  docteur  Legouest,  professeur  au  Val-de- 
Çrâce. 

«  A  mesiure,  dit  notre  collègue,  que  nous  abandonnions  le  vieux  Val-de-Grâce, 
»  les  salleç  de  70  lits,  les  bâtiments  à  trois  étages^  et  que  nous  pouvions  laisser 
»  reposer  les  salles  de  malades,  deux,  trois  mois  et  plus,  nous  voyions  baisser  la 
»  mortalité.  A  l'hôpital  du  Gros-€aillou,  dès  que  Ton  a  pu  laisser  aussi  chômer 
n  d«s  salles  incessammept  occupées,  la  mortalité  a  également  diminué.  Enfin  à 
»  l'hôpital  militaire  de  Yincennes,  hôpital  suburbain,  qui  peut  ôtre  considéré 
«  presque  comme  un  modèle  et  où  Talteinance  des  salles  est  largement  prati- 
D  quée,  la  mortalité  est  encore  moindre.  » 

En  dernier  lieu,  notre  honorable  collègue,  après  avoir  insisté  sur  la  salubrité 
plus  grande  des  hôpitaux  situés  hors  des  villes,  terminait  son  intéressante  com- 
munication par  la  considération  suivante,  très-importante  au  point  de  wio  de 
l'hygiène  hospitalière,  et  qui  confirme  complètement  ce  que  je  disais  tout  à 
l'heure  sur  les  causes  de  l'insalubrité. 

«  Les  hôpitaux  militaires  diffèrent  notablement  des  hôpitaux  civils,  car  ceux-ci 
»  sont  toi^ours  pleins  et  les  nôtres  le  sont  très-rarement.  » 

On  pouTait  peut-éti'e  objecter  que  la  population  des  hôpitaux  militaires  est 
plus  jeune,  plus  homogène,  et  présente  plus  d'éléments  de  résistance  ;  mais  ce 
n'est  pas  là  la  véritable  cause  de  la  diminution  de  la  mortalité  depuis  trente  ans, 
et  M.  Legouest  n'hésite  pas  à  l'attribuer  aux  progrès  de  l'hygiène  hospitalière  de 
l'armée  (1). 

Gomment  cette  amélioration  si  grande,  si  manifeste  a-t-clle  été  obtenue? 
Vous  venez  de  le  voir,  en  cherchant  autant  que  possible  à  se  rapprocher  de  la 
inanière  d'être  des  hôpitaux  des  petites  villes,  où  il  n'y  a  jamais  ni  encombre- 
mentj  ni  occupation  incessante  de  tous  les  lits. 

En  présence  d'aussi  heiu*eux  résultats,  n'est-il  donc  pas  urgent  d'introduire 
dans  tous  les  hôpitaux  cette  précieuse  innovation  de  raltemance  des  salles,  ainsi 
que  quelques  autres  améliorations  aussi  indispensables,  telles  que  Fisolemenl 
réel  des  malades  atteints  d'afl'ections  contagieuses,  réclamé  depuis  si  longtemps 
pour  les  hôpitaux  civils  de  Paris  par  tout  le  corps  médical. 

Nul  doute,  et  c'est  ici,  messieurs,  que  j'appelle  toute  votre  attention,  car  votre 
opinion  peut  avoir  une  grande  influence  sur  l'adoption  ou  l'ajoiumement  de 
mesures  qui  intéressent  au  plus  haut  degré  tous  les  pauvres  malades  des  hôpi- 
taux confiés  à  nos  soins. 

Lors  de  l'ouverture  du  Congrès,  notre  honorable  président  a  dit,  avec  un  grand 
bonheur  d'expression,  que  cette  première  réunion  médicale  des  délégués  de 
tqutes  les  nations  civilisées  était  une  sorie  de  conseil  œcuménique  ;  il  faut, 

(1)  BuUeiin  </<  h  Soci4té  cfe  chiru^ie^  discussion  sur  l'hygiène  et  la  salubrité  des  hdpi- 
Uuxy  1864. 


MARJOUN.  —  PROPHYLAXIE   DES  ACCIDENTS  CONSÊCCTIPa   AliX   PLAIES.     29:» 

messieurs^  pour  compléter  cette  belle  pensée,  qu'à  ce  premier  congrès  inter- 
national des  médecins  se  rattache  une  date  bénie  de  tous  les  malheuieux,  celle 
de  la  réforme  hospitalière. 

Ce  n'est  pas  que  depuis  le  commencement  de  ce  siècle,  il  n'y  ait  eu  de 
;!rindes  améliorations  introduites  dans  les  hôpitaux  de  tous  les  pays  ;  mais  ces 
améliorations  si  désirées,  si  urgentes,  ne  s'obtiennent  souvent  qu'à  grand'peine, 
et  elles  rencontrent  même  quelquefois  dans  leur  accomplissement  des  obstacles 
qu'il  est  bon  de  signaler.  Ainsi,  il  annve  parfois  que  malgré  un  désii*  sincère  de 
faire  le  bien,  les  administrations  hospitalières  ne  feront  aucun  progrès,  parce 
qu'elles  se  tiennent  systématiquement  un  peu  trop  éloignées  du  corps  médical  ; 
elles  sont,  on  pourrait  presque  le  diie,  dans  une  sorte  de  défiance  pour  tout  ce 
qui  en  émane,  et  c'est  pai*  suite  de  ce  manque  d'une  bonne  entente  que  Ton  a 
^u  S4»uvent  repousser  les  plus  sages  conseils.  Ne  serait-il  donc  pas  plus  raison- 
uahle,  lorsqu'on  n'a  qu'une  même  pensée,  celle  de  soulager  ceux  qui  souiTrent, 
d'unir  tous  ses  efforts  pour  atteindre  le  même  but? 

D'autres  fois  on  rencontre  des  administrations  plus  éclairées,  plus  confîantes, 
et  trèï-portées,  dans  l'intérêt  commun,  à  se  conformer  à  un  prograuune  dicté 
i*ar  l'expérience,  mais  alors  elles  sont  empêchées  pai*  une  autorité  supérieure  ou 
ilfs  conseils  municipaux,  qui,  voulant  ronsci'ver  en  toute  question  une  omnipo- 
tence devant  laquelle  la  science  et  la  raison  ne  peuvent  pourtant  pas  s'incliner, 
<l<'i  ulent  de  tout  sans  s'inquiéter  des  plus  justes  réclamations. 

(4>ï(  cas  sont  les  plus  graves  et  les  plus  difficiles,  attendu  que  devant  des  faits 
iiicompliâ,  il  n'y  a  guère  de  recours.  C'est  ce  qui  est  ariivé  loi'sde  la  recon- 
struction de  r Hôtel-Dieu  de  Paris.  Les  plans  ne  furent  communiqués  ni  à  l'Insti- 
tut, ni  à  l'Académie  de  médecine,  ni  à  la  Faculté,  ni  au  corps  médical  des  hôpi- 
taux. Tne  seule  commission  consultative  fut  instituée  par  M.  Husson,  directeur 
de  l'Assistance  publique  ;  et  si  nous  nous  en  rapportons  à  la  communication  faite 
au  sein  de  la  Société  de  chirurgie  par  M.  Broca,  rapporteur  de  celte  conuaission, 
il  est  évident  que  si  malgré  tous  ses  efforts,  elle  n'a  pas  obtenu  tout  ce  qu'elle 
jugeait  utile,  U  faut  cependant  lui  savoir  grand  gré  d'avoir  énergiquemcnt  re- 
l>oussé  la  disposition  des  plans  primitifs,  car  elle  était  véritablement  impossible. 
<^uant  à  ce  qui  était  de  l'emplacement  et  du  nombre  des  lits,  on  n'a  pu  rien 
obtenir,  attendu  que  tout  était  décidé  à  l'avance  :  il  n'y  a  donc  eu  rien  de 
itiaugé  (1). 

Je  ne  veux  pas  m'arrêter  plus  longtemps  sur  ce  siyet.  Seulement  il  restera 

luaie  un  fait  avéré  pour  tous,  que  si  le  corps  médical  eût  été  régulièrement 

nsulté  comme  cela  devait  être,  alors  qu'il  s'agissait  de  la  création  d'un  hôpi- 
Ul  modèle,  on  n'aurait  pas  enfreint  les  principes  les  plus  élémentaires  de  l'hy- 
:iene  hospitalière. 

lin  premier  lieu,  on  se  serait  abstenu  de  créer  un  hôpital  de  716  lits  dans  un 
"udroil  aujom*d*hui  complètement  déscrié  par  la  classe  indigente.  Quant  à  ce 
qui  est  de  l'emplacement,  ne  fût-ce  que  par  mesure  de  prudence,  on  aurait  évité 
«I  rie\cr  vis-à-vis  d'une  caserne  considérable  un  hôpital  qui  n'en  sera  séparé  que 
'  u-  une  rue  ;  on  oubliait,  en  prenant  cette  détermination,  qu'un  jour  ou  l'autre, 
pen<l&nt  une  épidémie,  l'Hôtel-Dieu  était  nécessairement  destiné  à  recevoh*  un 
nombre  plus  ou  moins  considérable  de  malades  atteints  d'alTections  conta- 
.neuses,  et  que  c'était  exposer  les  militaires  à  en  subir  les  fâcheuses  influences. 

<i}  Bulletin  de  la  Société  de  chirurgie.  1864.     . 


(Il 

Kl 


296      CONGRÈS  MÉDICAL  INTERNATIONAL. —TROISIÈME  SÉANCE   DE  JOUR. 

Enfin,  dès  l'instant  que  des  relevés  ti  ès-exacts,  portant  sur  une  longue  série 
d'années,  avaient  démontré  les  avantages  incontestables  des  salles  d'alternance 
dans  les  hôpitaux  niilitaii-es,  il  fallait,  dans  un  hôpital  modèle,  chercher  pour 
les  établir  un  endroit  plus  favoi-able  que  les  combles  (1). 

A  l'occasion  de  la  discussion  delà  Société  de  chirurgie  sur  l'hygiène  des  hôpi- 
taux, il  a  été  dit,  et  c'est  un  point  que  je  tiens  à  relever,  que  les  objections 
générales  aites  au  projet  du  nouvel  Hôtel-Dieu  émanaient  presque  exclusive- 
ment des  chirurgiens,  et  qu'elles  reposaient  sm*  des  preuves  nullement  démon- 
trées ;  c'est  là  une  grave  eneur  qu'il  nous  serait  très-facile  de  réfuter,  mais  le 
peu  de  temps  qui  nous  est  accordé  ne  nous  peraiet  pas  d'aborder  ce  sujet.  Il 
nous  suffira  de  dire  que  ces  objections  très-fondées  étaient  émises  par  une 
Société  qui  compte  panni  ses  membres  la  plupart  des  chirurgiens  attachés  aui 
hôpitaux  civils  ou  militaires  de  Paris. 

Voyons  d'ailleurs  si  nos  autres  collègues  les  médecins  des  hôpitaux  ont  lieu 
d'être  plus  satisfaits  que  nous  des  dispositions  du  nouvel  Hôtel-Dieu.  Voici  ce  que 
dit  M.  le  docteur  Tardieu  dans  son  rapport,  qui  esi  fait  avec  un  talent  infini  ;  et 
pour  nous  les  paroles  que  nous  allons  citer  ont  d'autant  plus  d'autorité,  que  notre 
collègue  des  hôpitaux  s'est  montré  plus  favorable  à  l'adoption  de  l'ensemble  de< 
plans  du  nouvel  hôpital. 

tt  Nous  avons,  dit-il,  dans  son  rapport  au  Conseil  municipal,  cherché  vainement 
»  dans  les  détails  de  l' avant-projet  une  disposition  qui  assure  la  séparation 
»  complète  et  forcée  des  malades  atteints  de  variole.  Nous  savons  que  cette  pré- 
»  caution  indispensable,  conseillée  déjà  par  Tenon  en  1780,  réclamée  récemment 
»  encore  avec  énergie  par  l'unanimité  des  médecins  des  hôpitaux,  et  si  admira- 
»  blement  réalisée  à  Londres  par  l'établissement  du  Smaîl-Pox  Hospital,  est  di^ 
»  cidée  en  principe  par  l'Administration  de  l'assistance  publique.  Mais  il  faut 
»  que  dans  le  nouvel  Hôtel-Dieu  les  conditions  matérielles  nécessaires  à  celte 
ï)  mesure  d'humanité  soient  clairement  et  formellement  étudiées  et  prévues.  Les 
»  salles  de  six  lits  et  les  chambres  à  un  lit,  annexées  à  chaque  service  médicaJ, 
»  très-bonnes  pour  les  cas  exceptionnellement  gi*aves,  seraient  absolument  in- 
»  suffisantes  et  inefficaces  pour  isoler  du  reste  de  l'hôpital  le  service  des  vario- 
)>  leux,  seul  moyen  de  combattre  et  de  détruire  dans  son  germe  cette  funeste 
))  contagion  (2).  » 

En  résumé,  dans  ce  nouvel  hôpital,  qui  aurait  dû  être  le  type  de  la  perfection, 
les  améliorations  les  plus  importantes,  les  plus  indispensables,  celles  que  tout  le 
corps  médical  réclamait  avec  instance,  sont  justement  celles  qui  ont  été  le  phis 
négligées.  D'après  cela,  messieurs,  vous  devez  comprendre  plus  que  janiai* 
qu'il  est  nécessaire,  dans  l'intérêt  des  malades,  que  dans  tous  les  pays,  il  y  ait  un 
rapprochement  et  une  union  intime  entre  les  administrations  hospitalières  et  le 
corps  médical,  et  qu'aucune  détermination  concernant  l'hygiène  des  hôpitaui 
ne  soit  prise  sans  en  avoir  référé  aux  lumières  et  à  l'expérience  de  ceux  qui  siuit 
seuls  compétents.  Ce  n'est  qu'à  ce  prix  que  des  améliorations  réelles  pourront 
être  obtenues. 

Aussi  la  Société  de  chirurgie  de  Paris,  bien  pénétrée  de  cette  vérité,  n'avait 
pas  cm  devoir  mieux  faire,  en  teiminant  sa  discussion  sur  l'hygiène  des  hôpi* 


(1)  Bappot't  de  M.  /e  professeur  Tardieu  au  Conseil  municipal^  séanco  du  SA  mars  1865. 

(2)  Happort  de  Af.  le  professeur  Tardieu  au  Conseil  municipal. 


DE  MERIC.  —QUESTION  CHIRURGICALE,   DISCUSSION.  297 

taux,  et  c'est  aussi  par  là  que  je  tei*minerai,  que  d'admettre  la  proposition  sui- 
vante qui  peut  être  adoptée  dans  tous  les  pays. 

a  L'institution,  près  l'administration  centrale  des  hôpitaux,  d'un  comité  con- 
»  sultatif  d'hygiène  et  de  salubrité  permanent  et  ayant  des  séances  périodiques, 
9  comité  composé  de  médecins,  de  chirurgiens,  d'administrateurs,  d'ingénieurs 
»  et  d'architectes,  et  pouvant  éventuellement  appeler  dans  son  sein,  avec  voix 
D  délibérative,  tous  les  chefs  de  service  ne  faisant  pas  partie  de  ce  comité  ;  l'in- 
»  ^itution  d'assemblées  périodiques  dos  médecins,  chirurgiens  et  administra- 
»  teurs  de  chaque  hôpital,  fourniraient  à  l'administration  des  lumières  et  un 
»  contrôle  qui  lui  permettraient  de  marcher  plus  sûrement  dans  la  voie  des 
»  progrès  qu'elle  poursuit. 

»  Celte  dernière  mesure,  conforme  aux  vœux  exprimés  à  l'Académie  de  mé- 
»  decine,  ne  serait  d'ailleurs  qu'un  retour  à  d'anciennes  prescriptions  et  à 
»  d'utiles  usages  (1).  » 

M.  é»  merle  (de  I^ndrQs)  prend  la  parole. —  Pour  donner,  dit-il,  une  teinte  bri- 
tannique à  la  discussion,  il  voudrait  que  les  chirurgiens  étrangers  vinssent  tour  à 
tour  présenter  au  Congrès  les  résultats  de  leur  expérience  sur  les  questions  qui 
ont  été  successivement  traitées  par  MM.  Bourgade,  Gosselin,  Vemeuil  et  Mar- 
jolin. 

M.  de  Mène  regrette  qu'il  n'y  ait  à  la  séance  aucun  chirurgien  anglais,  et  il 
demande,  vu  cette  absence,  la  permission  de  représenter  ses  collègues. 

Il  demande  d'abord  à  M.  Gosselin  qui,  certainement,  par  les  soins  minutieux 
donnés  à  ses  opérés,  doit  obtenir  de  très-beaux  résultats,  si  pour  prévenir  les 
hémorrhagies  consécutives,  il  approuve  la  pratique  de  quelques  chirurgiens 
anglais  qui  laissent,  à  la  suite  d'une  amputation  de  cuisse  grave,  la  plaie  ouverte 
deux  ou  trois  heures  après  l'opération. 

il  se  permettra  de  demander  à  M.  Verneuil  quelle  peut  être,  sur  les  résultats 
des  opérations,  l'influence  de  l'état  ancien  ou  récent  de  la  maladie,  ou  de  l'indi- 
ndu  qui  a  subi  le  traumatisme.  Dans  les  accidents  de  chemin  de  fer,  la  gangrène 
<^t  presque  toujours  une  conséquence  fatale.  M.  de  Meric  a  amputé  plusieurs 
individus  dans  ces  circonstances,  et  a  fait  entre  autres  deux  amputations  sur  le 
même  sujet;  il  fit  dans  la  même  séance  l'amputation  de  la  cuisse  et  de  la  jambe; 
l'individu  mourut  quarante-huit  heures  après.  Pensant  que  les  amputations  sur 
le  même  individu  étaient  trop  rapprochées,  il  ciiit  devoir  mettre  un  certain 
intervalle  (vingt-quati*e  heures)  dans  un  autre  cas  :  il  s'agissait  d'une  jeune  fille 
dont  les  membres  inférieurs  avaient  été  broyés  par  une  locomotive  ;  il  y  eut 
encore  gangrène  et  mort.  Il  pense  que  les  commotions  violentes  déterminées  par 
les  accidents  des  chemins  de  fer  amènent  une  désorganisation  profonde,  un 
ébranlement  nerveux  dans  l'économie,  et  appelle  l'attention  du  Congrès  sur 
cette  cause  de  gangrène. 

Relativement  aux  mesures  hygiéniques  conseillées  par  M.  Marjolin,  M.  de 
Meric  cite  les  succès  obtenus  par  les  chirurgiens  anglais  dans  l'ovariotomie  ;  ces 
succès,  qui  sont  très-nombreux,  sont  dus  en  partie  à  ce  que  l'hôpital  où  opérait 
M.  Baker  Brown  était  placé  dans  une  situation  hygiénique  très-favorable,  en 
deliors  de  la  ville. 


(1)  BuiMin  (tê  la  Société  de  chit^rgie,  1864« 


298     CONGRÈS  MÊDIGAI.  INTËRNAIIONAL  — TROISIÈME  SÊANCK   Ot  JOUR. 

M.  HoBterlé  (de  Strasbourg)  croit  qu'il  serait  injuste  de  revendiquer  pour 
r Angleterre  seule  l'honneur  des  guérisons  d'ovariotomie  ;  il  cite  plusieurs  con- 
trées dans  lesquelles  ootte  opération  a  été  faite  avec  succès.  Quant  à  lui,  il  a 
pratiqué  cinquante  fois  cette  opération^  et  il  a  obtenu  un  chifTre  de  guérisons 
qui  peut  être  représenté  par  deux  tiers. 


»iil(Rome).  —  Messicursj  je  sens  le  besoin  de  vous  exposer  mes  idées 
sur  la  prophylaxie  des  accidents  généraux  qui  produisent  la  mort  des  opérés, 
d'autant  plus  qu'en  vous  exprimant  mon  opinion^  je  vous  exprime  aussi  celle  de 
la  plupart  de  mes  collègues  de  l'Italie  méridionale. 

C'est  un  fait  positif  que  les  accidents  les  plus  épouvantables  des  opérations 
chirurgicales,  comme  Vérysipék,  la  phlébite,  V%nfeciio7i  purukiûe  et  putride^  s<iiit 
extrêmement  rares  dans  nos  hôpitaux. 

Je  ne  veux  pas  dire  que  nos  opérés  ne  meurent  pas  ;  au  contraire,  ils  payent 
leur  tribut  aux  accidents  immédiats  des  opérations^  et  surtout  à  \'%ntoxica1V)u 
palmire,  résultat  des  fiéures  irUermittente»  graves,  En  Angleten*ei  en  Allemagne, 
en  France  et  ailleurs,  les  opérés  meurent  par  l'alcoolisme,  le  diabète,  l'albumi- 
nurie et  par  les  aflections  simultanées  du  cœur  et  du  cerveau.  Dans  les  Étals 
romains,  notre  complication  est  l'infection  paludéenne,  qui  entraine  Tappau^Tisse- 
nient  du  sang,  et  enlève  aux  malades  les  ressources  d'une  bonne  réaction  et  la 
vigueur  pour  supporter  les  suites  des  grandes  opérations. 

Mais  les  opérés  n'ont  pas  seulement  à  ressentir  les  mauvais  effets  de  Tintuvi- 
cation  palustre  plus  ou  moins  lente,  puisqu'il  an'ive  malheureusement  do  voir, 
après  une  opération,  se  développer  une  fièvre  traumatique  peimcteme  d'etnblée. 
Le  chirurgien  qui  n'aurait  pas  recours  iuuuédiatement  au  sulfate  de  quinine  à 
forte  dose  veri'ait  invanablement  mourir  son  malade  dans  l'espace  de  quelques 
heures.  En  somme,  le  sulfate  de  quinine  est  pour  nous  une  arme  indispensable, 
pour  mener  h  bonne  ûu  la  plupai-t  des  opérations. 

Maintenant,  messieurs,  je  déske  signaler  à  votre  attention  que  dans  nos  hôpi- 
taux d'accouchements,  on  ne  connaît  pas  la  fièvre  ptierpérale,  soit  etidéinique,  suit 
èpidémique;  et  tout  récemment,  le  professeur  Palasciano^l'un  des  vice-présidenls 
de  ce  Ck)ngrès,  a  recueilli  et  publié  dans  les  Archives  de  chirurgie  la  statistique  de 
la  Maternité  de  Naples  dans  l'espace  de  trente  ans,  et  il  a  montré  l'absence  com- 
plète de  la  iièvre  puerpérale  èpidémique,  quoique  la  Maternité  de  NapJes  i^e 
trouve  placée  dans  le  grand  hôpital  des  Incurables,  qui  compte  douie  cents  lits, 
et  où  l'hygiène  la  plus  élémentaire  est  négligée. 

Quand  on  demande  dans  nos  pays  la  cause  de  résultats  si  importants,  la 
réponse  qui  est  dans  la  conviction  des  houimes  de  la  science  est  celle-ci  : 
(|ue  dans  les  hôpitaux  dans  lesquels  on  fait  les  accouchements  et  les  opérations, 
ne  sont  pas  reçus  les  malades  qui  peuvent  nuire  à  l'atmosphère  de  l'hôpital  ;  ou, 
on  d'autres  termes,  les  malades  atteints  de  typhus,  de  fièvre  typhaide,  de  scarla- 
tine de  variole,  rougeok,  et  les  tuberculeux,  sont  exclus  des  hôpitaux  de  chirurgie 
et  d'accouchements  ^  et  les  tuberculeux,  surtout,  sont  séparés  de  tous  les  autres 
malades  et  sont  placés  dans  des  salles  tout  à  fait  distinctes  et  éloignées  ;  mèuie 
ils  ont  les  infirmiers,  la  cuisine,  le  lessivage  et  toute  autre  chose  séparés  des 
autres  malades. 

Il  faut  bien  se  rappeler,  messieurs,  que  la  médecine  du  xvi*  siècle  (à  laquelle 
nous  sommes  redevables  de  la  fondation  de  la  plupart  des  hôpitaux  qui  existent 
dans  le  continent  de  l'Europe}  était  tellement  pénétrée  de  ces  principes,  que  dans 


JSA^NKL.   rrr    QUESTION  CHIRURGICALE,   DISCUSSION.  399 

les  bulles  du  saint-siége  par  lesquelles  on  autoiisait  ces  fondations^  on  voyait 
l'unstamment  observer  la  règle  de  la  séparation  des  malades  qui  pouvaient  réci- 
pni«|ueinent  se  nuire.  Et  aujourd'hui  même  il  semble  étonnant,  messieurs,  que 
l'on  doive  rappeler  l'observance  d'un  tel  principe.  En  effet,  si  dans  les  hôpitaux 
militaires  règne  épidémiquement  le  typhm  de  l'armée,  aucun  chirurgien  n'ose 
faire  d'opérations,  comment  donc  peut-on  permettre  de  les  pratiquer  sous  l'in- 
(luence,  moins  puissante  peut-être,  mais  identique  sans  doute,  dans  laquelle 
<«  trouvent  les  salles  des  grands  hôpitaux  d'Europe  où  sont  reçues  indifférem- 
ment les  fièvres  typhoïdes  et  les  maladies  exanihèmatiques, 

La  médecine  expérimentale  la  plus  récente,  celle  de  M.  Chauveau  (de  Lyon), 
o>i  parvenue  à  produire  ai'tificiellement  le  vaccin  naturel  sans  inoculation,  par 
l'injection  dans  les  vaisseaux  lymphatiques  et  par  l'inspiration  de  la  matière  con- 
t.iiiieuse  dans  les  voies  pulmonaires.  Et  il  me  semble  que  les  opérateurs  de- 
M'aient  bien  connaître  ces  choses-là,  quand  Us  vont  à  la  recherche  des  accidents 
qui  produisent  la  moil,  dans  les  grandes  opérations  chirurgicales. 

Pour  nous  qui  pratiquons  la  chirurgie  dans  le  midi  de  l'Italie,  un  opéré  est 
entouré  des  mêmes  soins  qu'une  femme  en  couches,  puisque  entre  l'opéré  et  la 
femme  en  couches,  nous  ne  savons  pas  distinguer  lequel  des  deux  est  le  plus 
Misceptible,  sous  le  rapport  des  accidents  consécutifs  des  opérations. 

En  conclusion,  je  me  permets,  messieurs,  de  vous  exprimer  ma  conviction  : 
Uue  la  cause  la  plus  puissante  des  accidents  généraux  dans  les  opérations  chi- 
rurgicales, est  l'influence  qu'exercent  sur  les  opérés  les  individus  atteints  de  ma- 
Iddies  aiguës,  contagieuses,  T émanation  de  la  gangrène,  des  suppurations  vastes 
et  de  mauvaise  nature,  et  de  toutes  autres  émanations  infectantes. 

M.  le  docccnr  Bole  (de  Castel-Sarrazin)  a  fait  un  certain  nombre  d'opérations 
importantes.  Il  cite  5  amputations  de  jambe,  1  de  cuisse,  12  ablations  de  seins 
cancéreux  ;  dans  tous  ces  cas,  la  guérison  a  eu  lieu.  Si  des  érysipèles  ou  des 
lièvres  pernicieuses  se  sont  rencontrés,  le  sulfate  de  quinine  en  a  fait  justice. 
Pourquoi  les  accidents  généraux  à  la  suite  des  opérations  sont-ils  plus  funestes  à 
Paris,  malgré  cependant  l'habileté  incontestable  des  chirurgiens  de  cette  ville  ? 
M.  Bole  n'hésite  pas  à  déclarer  que  le  succès  dans  ses  opérations  est  dû  à  rem- 
ploi de  la  réunion  immédiate.  Ce  mode  de  traitement  met  ainsi  les  plaies  à 
I  abri  du  contact  de  l'aii',  et  évite  ainsi  un  grand  nombre  d'accidents. 

X.  le  D'  Jeannel  (de  Bordeaux).  —  J'ai  été  un  peu  alarmé  d'entendre 
M.  Bourgade  recommanuer  le  perchlorure  de  fer  pour  la  guérison  des  plaies,  elle 
l'iéconiser  comme  susceptible  de  prévenir  les  accidents  redoutables  de  l'infec- 
tion, de  la  résorption  purulente  dans  les  services  de  chirurgie.  Je  ne  crois  pas 
que  ces  causes  si  fréquentes  d'insuccès  puissent  être  neutralisées  par  un  topique, 
•le  quelque  nature  qu'il  soit,  et  je  voirais  avec  chagrin  les  succès  obtenus  à 
LieiTuont  détourner  les  esprits  des  >Tais  principes  de  la  thérapeutique  en  fait  de 
plaies  et  d'opérations.  Ces  principes,  ce  sont  la  salubrité  résultant  de  la  ventila- 
tion, les  soins  minutieux  de  toute  sorte,  une  bonne  alimentation,  etc.  Après  cela, 
tous  les  topiques  réussissent. 

Et  pendant  que  M.  Bourgade  énumérait  les  avantages  théoriques  et  pratiques 
'iu  perchlorure  de  fer  à  30  degrés,  je  me  rappelais  les  médicaments  recom- 
mandés de  nos  jours  et  de  tout  temps  pour  obtenir  la  cicatrisation  des  plaies, 
depuis  les  onguents  composés  de  l'ancienne  poly pharmacie  et  le  fameux  cérat 


300      CONGRÈS   MÉDICAL  INTERNATIONAL.  —  TROISIÈME  SÉANCE  DE  JOUR. 

de  Galien  jusqu'aux  chlorures  d'oxydes  mis  en  honneur  par  Laharraque  vci*s  1830. 
Je  me  rappelais  les  irrigations  immédiates  ou  médiates^  l'eau  pure  tiède  ou 
fl*oide^  r incubation^  le  goudron,  le  coaltar  plâtré  de  Demeaux  et  le  phénol 
Bobœuf,  et  l'eau  marinée  de  Devandre  ;  et  les  plus  récentes  merveilles  des 
alcoolés  d'aloès  et  de  benjoin,  de  l'eau  alcoolisée  à  qui  M.  Bataillé  et  M.  Lec^ur 
ont  attribué  de  si  beaux  résultats,  de  l'occlusion  si  éloquemment  prônée  par 
M.  J.  Guérin,  et  de  la  ventUation  locale  patroniséc  par  M.  Bouisson  (de  Mont- 
pellier), et  des  lames  de  plomb  proposées  comme  méthode  générale  il  y  a  quel- 
ques mois  par  M.  Burggraeve  (de  Bruxelles). 

Chacun  de  ces  moyens  héroïques,  dont  j'oublie  peut-être  les  meilleui*s,  était 
produit  avec  un  grand  luxe  de  preuves,  et  j'ai  maintes  fois  résolu  de;,  brûler  toul 
le  reste  pour  adopter  définitivement  la  découverte  thérapeutique  du  dernier 
occupant. 

Certes  je  ne  veux  pas  contester  l'importance  et  la  sincéiîté  des  observations 
de  M.  Bourgade  ;  mais  qui  ne  voit  que  si  tant  de  moyens  de  toutes  sortes  ont  pu 
enflammer  l'enthousiasme  de  tant  de  chirurgiens  du  plus  grand  mérite,  c'est 
qu'il  existe  certaines  conditions  supérieures  de  la  guérison  des  plaies  qu'ils  ont 
su  réunir,  et  dont  ils  ont  détourné  leur  attention  ? 

Aussi,  messieurs,  je  me  suis  rassuré  en  écoutant  l'importante  communica- 
tion de  M.  le  professeur  Gosselin.  C'est  bien  dans  l'hygicne  générale  et  person- 
nelle que  se  trouve  la  vraie  source  des  succès  :  la  ventilation  des  hôpitaux  ausi^i 
large,  aussi  naturelle  que  possible  (car  les  fenêtres  fermées  sont  les  ennemis 
mortels  des  malades);  l'isolement  de  ceux  qui  suppurent,  la  séparation  des  érv- 
sipélateux,  des  gangreneux,  etc.;  la  propreté  minutieuse,  l'alimentation  répara- 
trice et  modérément  stimulante  ;  et  aussi  la  préservation  de  la  douleur,  la  par- 
faite sérénité  d'esprit,  la  confiance,  dont  M.  Gosselin  se  préoccupe  avec  tant  de 
sens  pratique.  Mais  à  ce  sujet  je  demande  la  permission  d'ajouter  respectueuse- 
ment quelque  chose  à  ce  qu'a  dit  l'éminent  professeur  de  clinique  chirur- 
gicale. 

n  a  soin  de  ne  procéder  aux  opérations  gi*aves  qu'après  avoir  dissipé  l' émo- 
tion produite  chez  le  blessé  par  l'annonce  de  l'opération  devenue  nécessaire. 
J'avoue  que  les  précautions  qu'il  recommande  à  cet  égard  me  paraissent  insuffi- 
santes. Lorsque  le  moment  décisif  est  arrivé,  lorsque  le  malheureux  patient  e^^t 
transporté  dans  la  salle  d'opérations  sur  le  lit  de  douleur,  il  est  impossible, 
quelque  consolé  qu'il  ait  pu  être  par  les  bonnes  paroles  du  chirurgien,  qu'il  ne 
soit  terrifié  à  la  vue  des  préparatifs,  à  la  vue  de  ces  tabliers  blancs  qui  tout  à 
l'heure  vont  être  tachés  de  son  sang  ;  il  est  impossible  que  ses  forces  morales  ne 
soient  profondément  ébranlées  au  moment  môme  où  l'on  commence  à  le  sou- 
mettre à  l'influence  des  vapeurs  de  chloroforaie. 

Messieui's,  je  crois  qu'il  est  possible,  qu'il  est  facile  môme  de  préserver  de  fe> 
angoisses  le  sujet  qui  va  ôtre  opéré,  et  par  conséquent  de  ménager  les  forces 
radicales  de  l'organisme  qui  détermineront  plus  tard  l'heureuse  issue  de  la 
maladie  résultant  de  l'opération.  Le  moyen  que  je  propose,  je  l'ai  employé  depuis 
plus  de  quinze  ans  à  l'hôpital  militaire  de  Bordeaux.  Le  voici.  Le  malade  ayant 
été  prévenu  de  la  nécessité  de  l'opération  et  ayant  consenti  à  la  subir  ne  sait 
pas  au  juste  à  quel  moment  elle  aura  lieu.  Le  médecin  ou  le  pharaiacien  qui 
doit  administrer  le  chloroforme,  et  vous  s«ivez  que  l'opérateur  doit  ôtre  dt^ 
chargé  de  ce  soin,  aborde  le  malade  et  lui  propose  d'essayer  les  effets  d»' 
l'agent  qui  endort  et  qui  présene  de  la  douleur.  Naturellement  le  patient  ai- 


GOSSELIN.    —QUESTION   CHIRURGICALE,    DISCUSSION.  SOI 

cepte  sans  défiance  un  essai  qu'il  croit  piu'ement  préparatoire.  On  lui  montre  le 
flacon,  on  en  respire  devant  lui  les  émanations.  Bref,  on  l'endort  tranquille- 
ment, sans  résistance,  sans  que  son  pouls  indique  la  moindre  perturbation  mo- 
rale. Cependant  l'opérateur  et  ses  aides  sont  réunis  dans  la  salle  voisine  ;  à  un 
FÎgnal  donné,  les  infirmiers  enlèvent  le  malade  anesthésié  dont  le  sommeil  est 
cnli'ctcnu  par  des  inhalations  ménagées  selon  les  règles,  que  je  n'ai  pas  besoin 
de  rappeler.  L'opération  se  fait,  et  le  plus  souvent  le  pansement  est  terminé  et 
l'opéré  est  rapporté  dans  son  lit,  lorsqu'on  le  laisse  peu  à  peu  s'éveiller. 

Je  suis  sûr  que  M.  Gosselin  acceptera  cette  pieuse  fraude  de  l'inhalation  pai* 
surprise  qui  nous  a  donné  à  Bordeaux  d'admirables  résultats.  Je  ne  suis  pas  pré- 
paré à  fournir  une  statistique,  mais  j'affirme  que  les  cas  sont  nombreux  et  que 
le  succès  est  très-facile  à  obtenir. 

En  terminant,  je  voudrais  appuyer  les  considérations  présentées  avec  tant  de 
conviction  et  d'autoiité  par  M.  Marjolin  sur  l'hygiène  des  hôpitaux,  sur  la  néces- 
sité de  consulter  les  médecins  et  les  chirurgiens  quant  à  l'organisation  des 
gi-ands  étai)lissements  d'assistance  publique.  11  a  fait  remarquer  avec  beaucoup 
de  raison  que  le  nouvel  Hôtel-Dieu  ne  serait  sépai'é  d'une  caserne  que  par  la 
largeur  d'une  i*ue,  et  qu'il  en  pouiTait  résulter  la  transmission  d'une  maladie 
épidémique  de  l'hôpital  aux  soldats  casernes.  J'apporte  un  fait  qui  démontre  la 
possibilité  de  cette  transmission.  Il  y  a  deux  ans,  la  population  de  Bordeaux  a 
subi  une  épidémie  de  variole.  Afin  d'éviter  autant  que  possible  la  propagation  de 
la  contagion  dans  les  salles  de  l'hôpital  Saint-André,  on  a  réuni  les  vaiioleux 
dans  un  service  spécial.  Mais  l'hôpital  Saint-André  n'est  séparé  de  la  casenie 
Saint-Raphaël  que  par  un  jardin  de  10  à  12  mètres  de  largem*,  et  précisé- 
ment les  fenêti'es  des  salles  de  varioleux  s'ouvrent  sur  ce  jardin.  Eh  bien,  l'épi- 
démie variolique  s'est  étendue  à  la  garnison  ;  elle  a  atteint,  je  crois,  23  mili- 
taires dont  quelques-uns  ont  succombé.  Mais  voici  ce  qui  est  important,  c'est 
que  la  garnison  de  Bordeaux  est  logée  dans  trois  casernes,  et  de  ces  trois  ca- 
sernes une  seule  a  été  atteinte  par  l'épidémie  variolique,  et  c'est  précisément  la 
caserne  Saint-Kaphaêl,  celle  qui  n'est  séparée  de  l'hôpital  Saint-André  que  par 
un  jardin  étroit,  c'est  elle  qui  a  fourni  la  totalité  des  militaires  varioleux. 

Enfin  j'ajouterai  que  l'influence  sera  réciproque,  et  que  l'agglomération  mili- 
taire voisine  sera  défavorable  à  l'hygiène  hospitalière. 


reconnaît  que  la  plupai't  des  soins  minutieux  adonner  aux  opérés 
et  qu'il  a  signalés  ont  été  indiqués  par  les  Anglais  ;  il  l'a  consigné  dans  son 
travaU. 

Quant  aux  hémorrhagies  consécutives,  il  n'a  pas  à  se  préoccuper  de  laisser  la 
plaie  ouverte  pour  arrêter  le  sang  au  bout  d'un  certain  temps,  puisqu'il  ne  la 
ferme  pas.  Seulement,  afin  d'éviter  les  douleurs  d'une  hémostasie  quelconque,  il 
tient  à  faire  toutes  les  ligatures  pendant  que  le  malade  est  encore  plongé  dans 
le  sommeil  anesthésique. 

11  a  été  étonné  des  résultats  magnifiques  obtenus  pai'  M.  Bourgade  à  l'aide 
du  perchlorure  de  fer.  Il  désirerait  savoir  si  les  opérations  qui  foiment  la  base 
de  sa  statistique  sont  majeures,  importantes,  telles  qu'amputations  de  jambe, 
de  cuisse,  etc. 

Considérant  la  manière  de  procéder  mise  en  usage  à  l'hôpital  militaire  de 
Bordeaux,  à  l'égard  des  malheureux  qui  vont  subir  une  opération,  il  se  demande 
si  le  moral  du  pauvre  patient  ne  sera  pas  moins  vivement  ébranlé  en  le  pré- 


302      CONGRÈS  MÉDICAL  INTKRNATÏ'^NaL. —  inOISlkME   SÉANCE   DE  JOUR. 

venant  en  termes  convenables  de  Topéraiion  <iui  doit  être  pratiquée.  Toutefois 
l'éminent  chirurgien  de  la  Pitié  reconnaît  que  parmi  les  détails  qui  ont  été 
fournis  par  M.  le  docteur  Jeannel,  plusieurs  d'entre  eux  ont  une  véritable  valeur 
pratique. 

M.  V«m«all  a  observé  un  certain  nombre  d'accidents  de  chemin  de  fer.  Il  a 
vu  dans  son  service  à  Thôpital  de  I^ariboisière  plusieurs  'de  ces  traumalismes 
déterminés  par  des  locomotives,  des  wagons  ;  ils  sont  très-graves,  s'accompa- 
gnent presque  toujours  d'un  broiement  des  parties  et  entraînent  des  terminaison? 
fatales.  S'il  n'a  pas  mentionné  la  gangrène  parmi  les  causes  qui  donnent  an\ 
blessures  une  extrême  gi'avité,  c'est  qu'elle  doit  être  considérée  comme  une 
condition  locale,  et  qu'il  n'a  voulu  s'occuper  que  des  conditions  génét-ales,  de> 
états  constitutionnels  qui  peuvent  exercer  une  influence  sur  les  résultats  des 
opérations. 

M.  Vemeuil  a  vu  avec  plaisir  la  réunion  immédiate  rejetée  parles  chirur- 
giens. Les  succès  qu'il  obtient  à  Lariboisière  sont  dus  évidemment  à  l'abandon 
de  cette  méthode.  Il  ne  fait  point  de  réunion;  il  se  borne  à  un  seul  point  de 
suture  que  le  plus  souvent  il  coupe  le  lendemain  ;  il  remplit  la  plaie  de  charpie; 
le  pansement  se  termine  à  l'aide  d'une  compresse,  et  d'une  bande  aussi  simpli- 
fiée ;  il  n'occasionne  aucune  douleur,  prévient  la  formation  des  abcès.  U 
réunion  de  la  plaie  est  ainsi  abandonnée  aux  bourgeons  charnus. 


a  été  mal  compris.  Il  est  bien  loin  de  méconnaître  l'importance 
des  soins  hygiéniques  pour  les  opérés.  11  en  proclame,  au  contraire,  l'indispen- 
sable nécessité  dans  plusieurs  pailles  de  son  travail  ;  mais,  vu  le  peu  de  temps 
consacré  à  la  lecture,  il  a  été  obligé  de  passer  sous  silence  les  détails  relatifs  à 
ce  sujet.  Il  a  surtout  désiré  appeler  l'attention  du  Congrès  sur  un  moyen  nouveau 
à  ajouter  à  plusieurs  autres  pour  assurer  la  guérison  des  plaies. 

Quant  aux  opérations  à  la  suite  desquelles  le  perchlorure  de  fer  a  été  em- 
ployé, elles  sont  au  nombre  de  95,  et  si  toutes  ne  sont  pas  très-graves,  elles  ont 
néanmoins  une  certaine  Importance  ;  elles  appartiennent  à  la  catégorie  de  c elle* 
qui  souvent  s'accompagnent  d'érysipèle  ou  d'Infection  purulente.  Il  compte 
8  amputations  de  jambe  au  Heu  d'élection  ;  5  amputations  sus-malléolalrcs  ; 
k  amputations  de  bras  ;  5  d'avant-bras  ;  3  amputations  partielles  du  pied  ;  9  dtfs- 
artlculations  des  doigts  ;  U  des  orteils  ;  1^  ablations  de  tumeurs  du  sein  ;  9  abla- 
tions de  lipomes  volumineux  ;  2  sarcocèles,  etc. 

M.  de  €)ortcJ«renA  (de  Madrid).  — Messieurs,  nous  avons  entendu  nos  savant;: 
confrères  traiter  de  la  question  très-intéressante  des  accidents  généraux  qui 
entraînent  la  mort  après  les  opérations  chirui'gicales.  On  nous  a  entretenus  de 
tout  ce  qui  a  été  obsei'vé  à  cet  égard  en  différents  pays»  et  spéclaletuent  de 
la  réunion  des  plaies  pai'  première  Intention,  des  pansements  simples,  de  l'infec- 
tion purulente  après  les  grandes  opérations  ;  on  a  dit  aussi  quelques  mots  de  la 
fièvre  puerpérale  des  nouvelles  accouchées. 

Messieurs,  j'ai  l'honneur  d'êti^e  chef  de  clinique  de  la  Faculté  de  médecine 
de  Madrid,  et  en  cette  qualité  je  vais  m' occuper  des  faits  que  l'on  observe  chez 
nous,  à  Madrid  en  particulier.  Tous  les  jours  on  fait  dans  cette  ville  de  nom- 
breuses opérations  :  amputations  de  la  jambe,  de  la  cuisse,  désartlculifionvS 
coxo-fémorales,  extirpations  de  seins  cancéreux  avec  les  ganglions  axillaires,  et 


CORTFJARËNa.    «-question   CHIRI  R6ICALE,    DISCUSSION.  SOS 

la  réussite  couronne  presque  toujours  ces  opérations.  La  cause  de  ces  succès 
m'échappe  à  la  vérité^  et  je  ne  sais  s'il  faut  la  rapporter  au  climat  ou  aux  pan- 
sements. Cela  m'étonne  d'autant  plus^  que  j'ai  entendu  dire  à  quelques  opérateurs 
de  Paris,  d'une  extrême  habileté  d'ailleurs,  qu'il  leur  fallait  prendre  des  précau- 
tions de  toute  espèce  pour  obtenir  une  réunion  complète,  après  les  amputations 
surtout.  A  Madrid,  on  procède  toujours  à  la  réunion  immédiate  des  plaies  ;  elle 
si<  fait  sans  aucun  inconvénient  et  donne  de  très-bons  résultats.  On  applique, 
après  une  amputation,  quelques  points  de  suture  et  un  appareil  très-simple  :  en 
quelques  jours,  et  dans  les  circonstances  ordinaires  bien  entendu,  l'adhérence 
e4  complète. 

1^  pansements  ordinaires  sont  très-simples  chez  nous  ;  on  ne  fait  pas  usage 
des  différents  moyens  dont  on  nous  a  parlé  aujourd'hui,  précisément  parce  que 
nous  n'avons  pas  besoin  de  faciliter  une  réunion  immédiate  qui  se  fait  naturelle- 
ment. 

Les  chirurgiens  espagnols  ont  de  tout  temps  préconisé  les  pansements  tardifs, 
et  en  obtiennent  encore  de  magnifiques  résultats,  résultats  qui  ont  été  remarqués 
par  les  chirurgiens  (hinçais  dans  les  guerres  du  commencement  de  ce  siècle  :  ces 
honorables  confrères  s'étonnaient  de  ce  mode  de  pansement. 

Après  une  opération,  nous  laissons  l'appareil  en  place  pendant  six  ou  huit 
jours,  on  même  davantage  ;  et,  quand  nous  l'enlevons,  nous  trouvons  la  plaie 
dans  les  meilleures  conditions  :  l'adhérence  commence  à  s'y  faire  dans  toute 
M)n  étendue. 

On  a  quelquefois  laissé  l'appareil  appliqué  jusqu'à  ce  que  des  vers  vinssent 
nager  sur  le  pus,  et  cela  sans  inconvénients;  un  simple  lavage  de  plaie  ramenait 
tout  à  l'état  normal. 

La  manière  d'agir  des  pansements  tardifs  est  facile  à  comprendre.  Il  faut  en 
attribuer  le  succès  au  repos  qu'ils  laissent  aux  plaies  dont  les  lèvres  sont  tou- 
jours exactement  afl'rontées  et  mises  ainsi  à  l'abri  des  dérangements  et  des 
secousses  impnmés  par  les  pansements  répétés  ;  la  lymphe  plastique  y  trouve  de 
meilleures  conditions  pour  y  accomplir  son  admirable  travail  entre  les  parties 
séparées,  et  n'est  pas  exposée  à  être  entraînée  au  contact  des  éponges,  de  la 
charpie  et  de  tous  les  moyens  ordinairement  employés  pour  le  nettoyage  des 
plaies.  Nous  pensons  donc  qu'il  faut  attribuer  une  grande  utilité  aux  pansements 
tardifs  dans  la  pratique  chirurgicale. 

L'infection  purulente,  à  Madrid,  est  rare  après  les  amputations  ;  nous  avons 
uiand  soin,  d'ailleurs,  d'empêcher  que  le  pus  ne  séjourne  à  l'intérieur  des  plaies 
quand  les  conditions  générales  de  l'individu  ne  sont  pas  favorables  à  une  prompte 
cicatrisation  ;  nous  faisons  des  injections  et  des  compressions  bien  dirigées  pour 
faire  écouler  le  pus  au  dehors,  et  l'empêcher  ainsi  d'être  entraîné  dans  le  torrent 
circulatoire.  Cependant  vous  comprenez,  messieurs,  qu'il  est  quelquefois  im- 
possible d'éviter  cette  grave  complication,  dans  certaines  opérations  en  partie 
culier. 

In  mot,  en  terminant,  sur  la  fièvre  puerpérale  :  elle  n'existe  prescfue  jamais 
chez  nous  à  l'état  épidémique.  Nous  ne  connaissons  pas,  heureusement,  ces  épi- 
démies qui  ont  attiré  l'attention  des  savants  de  tous  les  pays,  et  nous  n'en  avons 
jamais  eu  à  observer  à  la  clinique  d'accouchement  de  la  Faculté,  ni  à  la  Mater- 
nité, quoique  celle  de  Madrid  soit  assez  considérable.  Nous  n'avons  donc  pas, 
chez  nous,  à  nous  occuper  de  l'opportunité  de  la  dissémination  des  femmes  en 
couches,  ni  de  l'avantage  des  petites  salles  sur  les  grandes,  non  plus  que  de 


30/i     CONGKtS  MÉDICAL  INTËRNATiOMAL.  —  TROISIÈME  SÉANCE  DE  JOUR. 

toutes  les  autres  prëcautious  recouioiandécs  par  les  accoucheurs  et  les  hygié- 
nistes pour  éviter  les  épidémies  de  fièvre  puerpérale. 

Je  ne  puis  vous  en  dire  davantage,  messieui*s^  sur  la  question  des  accidents 
des  plaies  et  sur  ce  que  J'ai  obsei*vé  à  Madrid  depuis  longtemps,  car  les  quelques 
minutes  que  le  Congrès  accorde  aux  orateurs  sont  écoulées. 

11  me  reste  à  vous  remercier  de  l'attention  avec  laquelle  vous  avez  écouté  de^^ 
paroles  qui  n'ont  d'autre  mérite  que  l'intérêt  de  la  question  elle-même,  question 
que  le  bureau  du  Congi*ès  médical  international  de  Paiis  a  si  sagement  proposée 
et  dont  il  a  si  bien  compris  l'importance. 

n.  DelAsfanwe,  revenant  sur  une  question  soulevée  par  un  membre  du  Con- 
grès, relative  à  l'acclimatation  des  malades  à  l'hôpital  avant  l'opération,  considère 
cette  acclimatation  comme  très-utile.  Il  rapporte  ce  fait  d'une  jeune  fille  qu'il  fit 
entrer  dans  un  service  d'hôpital  pour  l'ablation  d'un  kyste  de  l'oreille.  Opérée  le 
lendemain  de  son  admission,  elle  mourut  peu  de  jours  après. 

11  rejette  l'opinion  de  ceux  qui  pensent  que  les  aliénés  résistent  mieux  aux 
opérations  que  les  individus  qui  ont  conservé  l'intégrité  de  leurs  facultés  intel- 
lectuelles. L'expéiience  n'a  pas  en  effet  sanctionné  cette  opinion. 

Enfin,  quant  à  l'idée  émise  par  M.  Marjolin  de  nommer  une  commission  de 
médecins  chargée  de  surveiller  la  salubrité  des  hôpitaux,  il  l'appelle  qu'une 
commission  ayant  un  but  analogue  fut  créée  en  18^8  par  M.  Thierry,  alors 
directeur  de  l'Assistance  publique. 

La  séance  est  levée  à  six  heures. 


QUATRIEME  SÉANCE 

Vendredi  23  aoAt,  à  2  beurei. 


PaOK)SlTION  DE  M.   LE  DOCTEUil  BASTING  (DE  BERGEN-OP-ZOOM). 

PROPOSITION  DE  M.   LE  PROFESSEUR  BÉHIER  (DE  PARIS). 

LECTURES  ET  DISCUSSION  SUR  LA.  TROISIÈME  QUESTION  DU  PROGRAMME. 


Esr-IL  POSSIBLE  DE    PROPOSER   AUX   DIVERS  GOUVERNEMENTS  QUELQUES  MESURES  EFFICACES 
POUR   RESTREINDRE  LA  PROPAGATION   DES  MALADIES  VENERIENNES? 


fl  Lectures  : 

r 


MM.  Vlemlnckx  et  Crocq  (Bruxelles). 
f|  Jeannel  (Bordeaux). 

SOQÉTÊ   HARVEIENNE  DE   LONDRE?. 

Dk  Meric  (Londres). 
I  RoLLET  (Lyon). 

\i  MouGEOT  (Bar-sur-Aube). 

f  BoENs  (Charleroi). 

I  Alzias-Turenne  (Paris). 


N.  —  BIM.  Ricord.  —  Auxias^Turenne.  ^  BouUlaud.  —  Jeannel. 
Galligo.  —  Henri  Favre.  —  Proust.  —  Crocq. 

Procës-verbal  de  la  séance  par  M.  Proust,  secrétaire  du  Congrès. 


)0 


306     CONGRÈS  MÉDICAL  INTERNATIONAL.— QUATRIÈME  SÉANCE  l>B  JOUR. 


QUATRIEME  SEANCE  DE  JOUR. 


Présidents MM.  Boufllaad  et  Ricord. 

Vice-^ésidents.   .  .  .  MM.  Halla  (de  Prague)  et  Ricord. 
èecrékure  de  la  séance.  M.  Proust. 


Après  la  lecture  du  procès-verbal^  M.  Basting^  chirurgien  en  chef  de  la  forte- 
resse de  Bergen»op-Zoom^  demande  la  parole  pour  formuler  une  proposition.  Il 
s'exprime  en  ces  termes  : 


Messieurs, 

La  vive  approbation  que  le  discours  de  notre  honorable  collègue  M.  le  doc- 
teur Marjolin,  Sur  l'hygiène  des  hôpUaux,  a  reçu  de  notre  part  me  donne  raison 
de  croire  que  ce  noble  champion  de  la  morale  médicale  a  exprimé^  à  cet  égard, 
nos  propres  sentiments. 

Je  me  suis  demandé  :  Devons-nous  rester  là?  dcvons-nous>  médecins  étran- 
gers^ ne  rapporter  dans  notre  patrie^  de  ce  sublime  discours,  que  le  simple 
compte  rendu^  qui^  probablement^  ne  sera  lu  que  des  médecins^  et  non  de  ceoi 
qui  sont  à  même  de  remédier  aux  grands  abus  que  notre  collègue  a  si  cloquem- 
ment  signalés? 

Je  ne  le  pense  pas.  J'ai  cru  donc  de  mon  devoir  de  proposer  à  T honorable 
Congrès  qu'il  veuille  encore  formuler  son  approbation  du  discours  susdit  dans  un 
VŒU  solennel. 

C'est  sur  ces  considérations  que  je  vous  propose  la  résolution  suivante  : 

Le  Congrès  médical  international^  profondément  convaincu  que  l'hygiètie  des 
hôpitaux  est  un  des  plus  gi^ands  cléments  dans  la  cure  des  maladies,  et  que  le$ 
médecins  sont  les  seuls  juges  compétents  dans  cette  question  délicate,  dmet  le 
vœu  que,  dorénavant,  dans  tous  les  pays,  aucune  mesure  sur  ce  grand  sujet  ne 
soit  prise  sans  que  l'on  invoque  l'expérience  et  les  conseils  du  corps  médical. 

Après  d'unanimes  applaudissements,  cette  propontion  est  acceptée  par  accla- 
mation. 

L'ordre  du  jour  appelle  les  lectures  sur  la  troisième  question  du  programme, 
ainsi  conçue  :  Est-il  possible  de  proposer  aux  divers  gotwemements  quelques 
mesures  efficaces  pour  restreindre  la  propagation  des  maladies  vénériennes^ 

M.  le  professeur  Béliler.  —  Je  demande  à  faire  une  proposition  préalable. 
Jusqu'à  présent,  messieurs,  nous  ne  nous  sommes  occupés  que  de  questions  mé- 
dicales proprement  dites,  que  d'affaires  de  famille  qui  ne  touchaient  que  nous 
médecins;  aujourd'hui  se  présente  une  affaire  véritablement  publique.  Il  s'a^'it 
d'empêcher  la  peste  syphilitique  d'abâtardir  les  populations  :  je  propose  la  nonii- 
nation  d'une  commission  qui  sera  chargée,  après  la  séparation  du  Congrès,  d'in- 


CaOOQi— PROPHYI.AXie  IMTEKNATIONAifi  DES  MALADIES  VÉNÉRIENNES.   S07 

Mster  près  des  gouTemementsde  tous  les  pays,  pour  Tadoption  des  mesures  jugées 
PAtpres  à  empêcher  la  propagation  du  fléau. 

Cette  commission  sera  ce  que  vous  voudrez  ;  ce  sera  le  bureau,  la  commission 
organisatrice^  ou  une  commission  nommée  par  vous  ;  mais  il  faut  donner  à  cette 
commission  des  pleins  pouvoirs;  il  y  va  de  l'honnem'  du  Congrès  que  le  résultat 
•le  ses  délibérations  ne  soit  pas  stérile. 

Cette  proposition  est  accueillie  par  des  applaudissements  prolongés,  et  après 
quelques  mots  échangés  entre  M.  le  professeur  Béhier,  M.  Crocq,  M.  Jeannel, 
M.  Ricord,  M.  Lefort  et  M.  le  président  Bouillaud,  le  Congrès  décide  que  la  com- 
mission sera  nommée  après  la  discussion. 

M.  €>Mf|  lit,  au  nom  de  M.  le  pi*ofesseur  VlenUMlcK  (de  Binixelles),  et  au  sien 
propre,  le  travail  suivant  : 


Bl»  lia»IJBES  PBOPHYLilCTltUl» 
WaàÊJkTWVWm  a  I^A  PROPAOATieii  BfiS  IIALADIi:.^ 

PAE  M.   LE  PROFESSEUR  CROCQ   (DE   BRUXELLES), 
Délégué  du  gonveroement  belge  près  le  Congrèe. 


Si  je  prends  ai^ourd'hui  la  parole,  c'est  malgré  moi  et  à  mon  grand  regret,  et 
je  dois  conmiencer  par  faire  appel  à  votre  bienveillance.  L'importante  question 
qui  est  à  Tordre  du  jour  de  cette  séance  devait  être  traitée  par  une  voix  bien 
plus  campélente  et  bien  plus  autorisée  que  la  mienne,  celle  de  l'honorable  pré- 
sident de  r Académie  royale  de  médecine  de  Belgique,  M.  Vlcminckx;  et  nous 
devons  tous  regretter  d'être  privés  d'entcndi'c  ici  cette  parole  si  élevée,  si  lucide, 
!>i  nette,  cette  argumentation  si  serrée,  cette  exposition  si  précise,  qui  constituent 
les  caractères  du  talent  de  ce  savant  confrère.  Acclamé  par  vous  comme  vice- 
président  du  Congrès,  il  a  été  vivement  ému  de  cette  marque  de  sympathie,  et 
il  m'a  chargé  de  vous  en  témoigner  sa  reconnaissance.  En  môme  temps  il  m'a 
fdit  savoir  que  des  chxonstances  imprévues  l'empêchaient  de  prendre  à  nos  tra- 
uux  une  part  active,  conmie  il  avait  compté  le  faire,  et  il  m'a  demandé  d'ex- 
poser à  sa  place  ce  qui  s'est  fait  en  Belgique  relativement  à  la  prostitution,  et  les 
lacunes  que  présentent  encore  à  cet  égard  nos  institutions. 

La  prophylaxie  de  la  syphilis  constitue  un  des  problèmes  les  plus  importants 
et  les  plus  délicats  dont  les  médecins  et  les  hygiénistes  puissent  s'occuper.  Aucun, 
i  coup  sûr,  n'est  plus  digne  d'êti'e  discuté  pai*  une  assemblée  d'hommes  sérieux 
et  amis  de  l'humanité,  comme  celle  devant  laquelle  j'ai  l'honneur  de  parler. 

Permettez-moi  ici,  messieurs,  de  rendre  à  mon  pays  un  hommage  que  je  crois 
mérité  en  le  signalant  comme  le  premier  où  cette  question  ait  été  appréciée  à  sa 
uste  valeur.  En  1825,  si  je  ne  me  trompe,  la  Société  des  sciences  médicales  et 


308     CONGnÈS  MÉDICAL  INTERNATIONAL.  ^QUATRIÈME  SÉANCE  DE  JOUR. 

naturelles  la  mit  au  concoui-s;  en  1836,  un  congrès  médical,  siégeant  à  Bruxelles 
la  discuta  ;  elle  y  fut  mise  en  avant  pai*  deux  hommes  qui  honorent  la  Belgiqui 
par  leur  mérite  et  leurs  travaux,  mon  regretté  maître  Gu«tin  et  Thonorabli 
M.  Vleminckx  ;  et  depuis  loi-s  ils  ne  s'épargnèrent  aucune  peine  pour  faire  appli 
qucr  les  principes  qu'ils  avaient  adoptés.  Rendons  hommage,  messieurs,  au 
efforts  couronnés  de  succès  de  ces  hommes  de  bien. 

Le  programme  du  Congrès  contient  les  phrases  suivantes  : 

(c  L'influence  respective  des  diverses  espèces  de  prostitution  sur  la  propagatioi 
»  des  maladies  vénériennes  n'est  qu'imparfaitement  connue.  Or,  c'est  là  une  m^iI 
»  de  question  préalable  dont  l'impoiiance  n'est  pas  douteuse.  Si,  en  effet,  de 
n  documents  positifs,  de  provenances  diverses,  démontraient  qu'il  existe,  à  ce 
yt  égard,  des  différences  considérables  entre  la  prostitution  réglementée  et  l 
n  prostitution  clandestine,  ces  renseignements  précis  pourraient  être  le  point  d 
n»  départ  de  mesures  administratives  nouvelles,  qui,  légitimées  à  l'avance  \^ 
»  l'observation  scientifique,  seraient  déjà  par  elles-mêmes  un  véritable  progrès.  ■ 

Chez  nous,  messieurs,  l'influence  respective  des  diverses  espèces  de  prostitu 
tiou  est  considérée  conmie  résolue.  A  Biiixelles,  tout  le  monde  est  d'accord  ic 
cela  résulte,  en  particulier,  des  enquêtes  de  la  commission  médicale)  que  h 
prostitution  clandestine  est  la  source  principale  de  la  syphilis.  La  plupart  de 
femmes  qui  anivent  à  l'hôpital  Saint-Pierre,  atteintes  de  syphilis,  sont  des  prn^ti- 
tuées  clandestines,  et  souvent  leur  afl'ection  date  de  loin,  ce  qui  leur  a  pemû 
d'infecter  de  nombreux  individus.  La  maladie  est  beaucoup  plus  rare^  et  presque 
toujours  à  son  début,  chez  les  prostituées  soumises  aux  règlements  et  aux  vL<ite<. 
A  Biiixelles,  surtout,  on  a  remarqué  que  la  syphilis  est  devenue  beaucoup  moins 
fréquente,  et  que  les  cas  en  sont  devenus  beaucoup  moins  graves,  depuis  qu'on 
met  en  usage  les  mesures  dont  je  vous  entretiendrai  tantôt. 

La  prostitution  est  nécessairement  la  source,  le  foyer  toujours  actif  des  malt' 
dies  vénériennes,  et  surtout  des  maladies  syphilitiques.  C'est  donc  à  elle  qu'il 
faut  s'en  prendre  si  l'on  veut  aniver  à  des  mesures  efficaces  contre  ces  aflection; 
terribles  qui  empoisonnent  l'organisme  et  vicient  dans  leur  source  les  génératiotii 
à  venir,  prenant  ainsi  les  proportions  d'une  calamité  sociale.  «  N'oublions  pa$, 
i>  dit  à  cet  égard  le  Conseil  supérieur  d'hygiène  de  Belgique,  que  le  mal  véné- 
»  rien  n'est  pas,  à  proprement  parler,  un  mal  local,  n  C'est  de  lui  surtout  qu'on 
peut  dire  que  toutes  les  parties  du  pays  sont  solidaires  de  sa  propagation.  Du 
hameau  le  plus  reculé  où  il  a  pris  naissance,  il  peut  aller,  en  se  répandant  et  en 
grandissant,  jusqu'aux  extrémités  du  royaume,  et  porter  le  ravage  et  la  destnic* 
tion.  C'est  à  de  bonnes  mesures  de  police  et  d'hygiène  qu'il  faut  demander  cette 
prophylaxie,  et  non  à  de  prétendus  préservatifs,  eaux,  lotions,  et  autres  pratiques, 
dont  l'emploi  est  aussi  impossible  qu'incertain. 

Voici  comment  s'exprime,  à  cet  égard,  M.  Vleminckx,  dans  la  lettre  qu'il  m'i 
fait  l'honneur  de  m'adresser  pour  me  demander  de  parler  à  sa  place  sur  ce 
sujet  : 

<c  La  question  posée  est  celle-ci  :  Esi-il  passible  de  prùposer  aux  dioers  gow^er' 
n  nements  quelques  mesures  efficaces  pour  restreindre  la  propagaiêm  des  malûdk$ 
»  véîiériennes? 

)»  Évidemment  cela  est  possible,  et  s'il  fallait  juger  des  résultats  généraux  de 
1»  pareilles  mesures  par  les  résultats  partiels  que  nous  avons  obtenus  dans  l'en* 


CBOCQ.  —  PROPHYLAXIE  UrTËRNATIONALE  DES  MALADIES  VÉNÉRIENNES.   309 

<>  ceinte  de  Bruxelles,  il  serait  impossible  de  nier  qu'a  l'aide  de  certaines  près- 
'  criptions  sévèrement  exécutées,  on  ne  puisse  restreindre  considérablement  la 
"  propagation  des  maladies  vénériennes. 

»  Le  règlement  sur  la  prostitution  de  la  ville  de  Bruxelles  est,  sinon  le  nieil- 
>*  leur,  du  moins  le  plus  complet  que  je  connaisse;  tout  y  est  prévu,  et  il  ne 
B  faudrait  y  ajouter  que  peu  de  dispositions  pour  le  rendre  parfait. 

1  Les  bases  de  ce  règlement' sont  les  suivantes  : 

9  Visites  souvent  réitérées  (tous  les  trois  jours)  de  toutes  les  femmes  inscrites 

*  au  registre  des  prostituées. 

■  Punition  des  prostituées  qui  ne  viennent  pas  aux  visites,  récompenses  pour 
I  celles  qui  ne  manquent  jamais  de  s'y  présenter  (cette  récompense  consiste 
I  dans  la  restitution,  au  bout  de  cinq  visites,  de  la  somme  versée  par  elles  pour 
i  \  T'tre  admises). 

»  Envoi  à  l'hôpital  de  celles  qui  présentent  la  moindre  altération  suspecte  des 
»  parties  génitales. 

•  Défense  aux  médecins  visiteurs  de  traiter  les  prostituées  malades  à  domicile. 
»  Ou'avons-nous  obtenu  par  l'emploi  de  ces  mesures  et  leur  énergique  exé- 

I  cution?  En  très-peu  de  temps  nous  avons  vu  le  chiffre  des  vénériens,  dans  nos 

*  hôpitaux  civils  et  militaires,  s'abaisser  considérablement,  et  disparaître  pour 

>  aiusi  dire  complètement  les  affections  secondaires  et  tertiaires. 

■  Cela  est  particulièrement  remai'quable  pour  l'hôpital  militaire  de  Bruxelles, 

*  m  Ton  ne  rencontre  plus  guère  que  quelques  gonorrhées,  et  par-ci  paMà  des 

>  accidents  primitifs. 

«  A  ces  mesures  générales  j'en  ai  fait  ajouter  une  plus  spécialement  applicable 

>  à  l'armée  (n'oubliez  pas,  messieurs,  que  c'est  M.  Vleminckx  qui  parle,  et  qu'il  a 

>  été  inspecteur  général  de  l'armée  belge).  J'ai  prescrit  que  chaque  homme  on- 
'  trant  comme  syphilitique  dans  nos  hôpitaux  militaires  serait  interrogé 

l'urigine  de  son  mal,  si  petit  qu'il  pût  être,  sur  le  lieu  oîi  il  l'aurait  contracté, 
MUT  la  femme  qui  l'aurait  contaminé.  J'ai  fait  récompenser  les  soldats  qui  dénon- 
çaient d'eux-mêmes  le  mal  dont  ils  étaient  porteurs.  Sous  le  précédent  gouver- 
nement, au  contraire,  les  vénériens  étaient  punis.  Le  résultat  de  ces  mesures 
a  été  des  plus  avantageux  ;  nous  avons  pu  dénoncer  ainsi  à  l'autorité  civile  plus 
d'un  bouge  clandestin,  et  il  nous  est  rarement  arrivé  de  rencontrer  dans  les 
rangs  de  l'année  des  phénomènes  secondaires. 

j»  11  est  bien  entendu  que  nous  ne  faisons  pas  les  questions  dont  il  vient  de 
^'agir  pour  le  seul  plaisir  d'entendre  les  réponses.  Procès-verbal  est  dressé 
de  chaque  interrogatoire,  et  ce  procès-verbal  est  envoyé  immédiatement  à  la 
police,  qui  procède  sans  retard  à  la  recherche  de  la  femme  accusée. 

•  Des  mesures  à  peu  près  identiques  sont  en  vigueur  dans  toutes  nos  grandes 
villes.  Et  je  ne  vois  pas  véritablement  ce  qui  empêcherait  le  Congrès  de  les 
r^ymmander  à  tous  les  pays. 

»  Seulement  la  question  est  de  savoir  si  tom  les  pays  les  aixepteront  ou  pourront 

iesneeepter. 

>  ici  se  présente  nécessairement  la  gix)sse  question  des  uistUuHons  propres 

à  chaque  pays. 

»  En  Belgique,  le  gouvernement  est,  à  l'heure  qu'il  est,  sans  droit  pour  rien 

arrêter  contre  ou  sur  la  prostitution.  Aux  termes  de  notre  loi  communale,  la 

yruUUnthn  est  d'intérêt  communal  exclusivement.  Seules,  les  communes  ont  le 

droit  de  réglementer  tout  ce  qui  y  a  rapport;  le  gouvernement  doit  se  borner  à 


310     CONGRÈS  MÉDICAL  INTERNATIONAL.— QUATRIÈME  SÉANCE  DE  lOUR. 

»  leur  donner  des  conseils  et  à  leur  faire  des  recommandations.  HeureusemenUc 
»  bon  sens  de  nos  populations  est  une  de  nos  plus  grandes  garanties.  Une  adiui- 
»  nistration  communale  qui  refuserait  de  rc^glemcnter  convenablement  la  prosti- 
»  tution,  et  qui  laisserait  se  propager  les  maladies  véndriennes,  courrait  le  risque 
»  d'être  frappée  d'ostracisme  par  le  corps  électoral.  Nous  autres  Belges,  nous 
»  sommes  sous  ce  rapport  dans  les  meilleures  conditions^  et  nous  n'aurions 
»  qu'un  souhait  à  faire,  c'est  que  tous  les  pays  jouissent  de  nos  droits  et  de  nos 
»  libertés. 

ï)  Les  institutions  des  autres  pays  pennettent-elles  de  traiter  la  prostitution 
»  comme  on  la  traite  en  Belgique  ?  Je  n'en  sais  rien  ;  mais  si  effectivement  elles 
»  n'y  font  pas  obstacle,  je  ne  saurais  assez  insister  pour  proposer  à  tous  les  gou- 
»  vernements  les  mesures  que  nous  avons  adoptées^  et  dont  nous  avons  obtenu 
»  d'incontestables  bienfaits.  » 

Vous  comprendrez  maintenant,  messieurs,  le  langage  que  j'ai  tenu  tout  il 
l'heure.  Le  Congrès  n'a  certainement  pas  le  temps  d'entrer  dans  les  détails  de  la 
question,  qu'il  doit  abandonner  à  la  Commission  qui  sera  nommëe  dans  son 
sein.  Mais  il  pourrait,  et  je  crois  qu'il  ferait  en  cela  un  acte  utile,  voter  une 
résolution  générale,  par  laquelle  il  appellerait  sur  ce  point  l'attention  de$ 
gouvernements,  et  émettrait  le  vœu  de  leur  voir  prendre  des  mesures  pour  faiie 
réglementer  convenablement  la  prostitution. 

Le  règlement  de  la  ville  de  BiTixelles,  cité  par  M.  Vleminckx  comme  un  modèle, 
a  servi  de  point  de  départ  à  tout  ce  qui  a  été  fait  en  Belgique  sur  ce  sujet.  Une 
date  pas  d'hier,  car  il  a  été  promulgué  en  \SUU,  à  la  place  d'un  autre  qui  ne 
répondait  pas  tout  à  fait  aux  exigences  de  la  situation.  Il  a  donc  subi  l'épreuve 
de  l'expéiience,  et  les  bienfaits  que  nous  lui  attribuons,  personne  ne  peut  les 
nier,  tellement  ils  sont  évidents.  Son  application  rigoureuse  a  surtout  eu  pour 
résultat  de  faii*e  disparaître  presque  complètement  de  Tenceinte  de  la  ville  de 
Bruxelles  la  prostitution  clandestine,  dont  je  vous  ai  exposé  tantôt  la  néfaste 
influence. 

Vous  croirez  sans  doute,  d'après  cela,  que  chez  nous,  en  Belgique,  la  syphilb 
est  en  train  de  devenir  une  rareté.  Heureux  pays  !  pas,  bien  entendu,  pour  les 
spécialistes  syphiliographes.  Hélas!  messieurs,  nous  n'en  sommes  pas  encore  là! 
le  fléau  a  beaucoup  diminué,  sans  doute,  mais  il  a  des  foyers  qui  l'entretiennent. 
D'après  nos  lois,  la  prostitution  est  d'intérêt  exclusivement  communal.  Certaine? 
grandes  villes  l'ont  réglementée,  et  avec  grand  avantage,  et  à  leur  tête  marche 
la  capitale.  Mais  il  y  a  encore  des  communes  qui  n'ont  rien  fait,  ou  qui  n'ont  pris 
que  des  mesures  insuffisantes,  soit  par  incurie,  soit  par  esprit  d'économie  mal- 
entendu. Ne  croyez  pas,  messieurs,  qu'il  s'agisse  ici  seulement  des  localités 
murales,  où  la  prostitution  est  nulle  ou  exceptionnelle  ;  non,  ce  sont  des  corn- 
.nunes  importantes  situées  aux  portes  mêmes  de  nos  grandes  villes.  Elles  de- 
viennent ainsi  le  refuge  de  la  prostitution  clandestine,  et  constituent  des  foyei-^ 
indestructibles  de  syphilis. 

On  s*est  beaucoup  préoccupé  de  cet  état  de  choses,  et  Ton  a  cherche  à  trouver 
des  moyens  d'y  obvier.  En  1852  a  eu  lieu  à  Bruxelles  un  Congrès  international 
d'hygiène  publique,  présidé  par  l'honorable  M.  Vleminckx.  Ce  Congrès  a  porté 
de  nombreux  fruits,  et  aujourd'hui,  quinze  ans  après,  sa  bienfaisante  influence 
se  fait  encore  sentir.  Cette  assemblée  a  pris  à  cet  égard  des  résolutions  impor- 
tantes. Elle  a  admis  la  nécessité  de  faire  intervenir  dans  cette  question  le  pouvoir 


CIOGQ.— PBOPHTLAXIB  IIVTEMATIONALB  DES  MAlADlES  YÊNÊRIENNES.   SU 

législatif,  afin  d'imposer  aux  communes  le  devoir  de  la  réglementer  convenable- 
ment. En  conséquence,  elle  a  divisé  les  mesures  è  prendre  en  deux  catégories, 
les  unes  législatives,  les  autres  administratives.  Les  premières  devraient  faire 
l'objet  d'une  loi,  les  secondes  de  règlements  locaux. 

Les  mesures  de  la  première  catégorie  sont  les  suivantes  : 

«  V  Interdiction  des  maisons  de  prostitution  ou  de  débauche,  d  ce  n'est  en 
»  Ycrtu  d'une  tolérance  expresse  de  Tautorité  coomiunale  et  moyennant  les  con* 
>  ditions  de  police  et  de  salubrité  posées  par  celle-ci. 

»  2*  Interdiction  du  stationnement  et  de  la  divagation  des  prostituées. 

»  3*  Action  simultanée  et  uniforme  des  villes  et  conmiunes  limitrophes  pour 
«  les  mesures  relatives  à  la  prostitution. 

B  4*  Extension  et  définition  de  la  responsabilité  des  tenant  maison  de  prosti* 
»  tution  ou  de  débauche. 

B  5"  Interdiction  de  la  prostitution  des  jeunes  filles  nûneures  jusqu'à  un  âge 
»  déterminé. 

»  6"*  Placement  des  prostituées  mineures  dans  des  établissements  de  réforme 
»  jusqu'à  un  âge  déterminé. 

»  l"*  Extension,  dans  certains  cas,  aux  prostituées  âgées  et  indigentes  des  dis^ 
»  positions  relatives  à  la  mendicité  et  au  vagabondage. 

»  8<>  Renforcement  des  pénalités  en  ce  qui  concerne  la  police  de  la  prosti«* 
»  tution. 

B  9®  Pénalités  sévères  contre  les  personnes  coupables  d'exciter,  de  faciliter 

•  ou  de  favoriser  habituellement  la  débauche  ou  la  corruption  des  mineures 
«  jusqu'à  un  âge  déterminé,  et  contre  les  parents,  tuteurs  et  gardiens,  qui, 
»  même  non  habituellemeni,  se  rendraient  coupables  des  mêmes  offenses. 

»  10**  Tutelle  spéciale  instituée  en  faveur  des  enfants  dont  les  père,  mère, 

•  tuteurs  ou  gardiens  seraient  reconnus  coupables  d'avoir  favorisé  la  débauche 
B  ou  la  corruption. 

»  11''  Interdiction  des  annonces  des  remèdes  secrets  et  des  traitements  appe* 
B  lés  radicaux. 
9  12^  Interdiction  de  loger  des  militaires  dans  les  maisons  de  prostitution.  » 

Les  mesures  de  la  seconde  catégorie  sont  les  suivantes  : 

«  1*  Surveillance  médicale  de  la  prostitution  ;  organisation  des  services  des 
»  Tisites  sanitaires. 

»  2*  Inscription  des  femmes  qui  se  livrent  à  la  prostitution. 

B  3*  Enquête  avant  l'inscription. 
,  B  k*  Interdiction  des  maisons  de  débauche  dans  certains  quartiers  et  à  proxi- 
»  mité  de  certains  établissements  publics. 

»  5*  Prohibition  de  toute  provocation  extérieure. 

V  6^  Conditions  ayant  pour  but  de  substituer  les  filles  en  maison  aux  prosti- 
B  tuées  éparses. 

>»  7*  Interdiction  aux  tenant  maison  de  retenir  les  filles  contre  leur  gré. 

B  8»  Interdiction  aux  tenant  maison  d'admettre  des  jeunes  gens  au-dessous 
B  d'un  âge  détenniné. 

»  9^  Séquestration  de  toutes  les  femmes  atteintes  ou  suspectes  de  maladies 
»  vénériennes. 

»  10"*  Fréquence  et  gratuité  des  visites  sanitaires  ;  encouragements  à  ces 
B  visites. 


312     G0NGBÉ8  MÉDICAL  IirrEBNATIONAL.~QUATIIlfellB  SÊAI^GE  DE  JOUB. 

D  11*  Interdiction  du  traitement  des  prostituées  à  domicile. 

»  12^  Admission  des  vénériens  indigents  et  des  prostituées  dans  les  hôpitaux 
»  civils  ou  dans  des  dispensaires  établis  spécialement  à  cet  effet. 

»  13°  Règlement  disciplinaire  sévère  des  salles  de  prostituées  dans  les  hôpitaux 
»  et  dispensaires* 

TU  14"  Encouragements  aux  institutions  pour  favoriser  la  rentrée  des  prostituées 
»  dans  la  société. 

»  15**  Visites  isolées  et  périodiques  des  militaires  et  des  marins. 

»  16o  Avertissement  immédiat  donné  aux  autorités  compétentes  de  la  source 
))  de  rinfection.  » 

Je  n'ai  pas  besoin,  messieurs,  de  vous  faire  remarquer  la  valeur  et  l' efficacité 
des  mesures  adoptées  par  le  Congrès  de  1852,  et  en  même  temps  leur  portée  hu- 
manitaire et  morale.  Ce  sont  ces  principes  que  déjà  auparavant  le  règlement  de 
Bruxelles  avait  réalisés,  pour  autant  que  cela  est  possible  sans  l'intervention 
d'une  loi.  L'inscription  des  prostituées  est  précédée  d'une  enquête  sérieuse  ;  les 
hôpitaux  sont  lai*gement  ouverts  aux  vénériens;  quant  au  service  sanitaire, U  est 
fait  par  trois  médecins,  dont  deux  ont  le  titre  d'inspecteurs,  et  le  troisième  celui 
d'inspecteur-contrôleur,  ce  dernier  étant  chargé  de  la  sun^eillance  du  service. 

Ces  idées  n'ont  pas  encore  été  complètement  réalisées  chez  nous  ;  la  loi  ne 
s* est  pas  jusqu'à  présent  occupée  de  la  prostitution,  toujours  considérée  comme 
d'intérêt  exclusivement  communal.  Certainement  je  pense  qu'il  faut  laisseriez 
communes  organiser  ce  service  conformément  à  leurs  besoins.  Hais  cela  n'em- 
pêche pas  l'intervention  de  la  loi  ni  de  TËtat.  D'autres  objets  se  trouvent  dans 
une  situation  analogue,  et  en  particulier  l'un  des  plus  importants  pour  la  société, 
l'enseignement  primaire.  Évidenmient,  lui  aussi,  doit  être  laissé  à  l'initiative 
des  communes,  mais  cela  n'empêche  pas  la  loi  d'intervenir  pour  indiquer 
les  dispositions  générales  qui  devront  être  remplies.  C'est  rationnel,  car  U  est 
d'intérêt  général  que  l'instruction  soit  convenablement  dispensée  à  tous  le$ 
citoyens  d'un  pays,  mais  U  n'est  pas  moins  d'intérêt  général  que  la  santé  pu- 
blique soit  sauvegardée,  et  que  des  maladies  ne  puissent  pas  se  développer  dans 
une  commune  pour  de  là  envahir  les  autres.  11  serait  donc  à  désirer,  je  le  répète, 
que  la  loi  s'occupât  de  cette  question,  et  en  posât  les  pilncipes  généraux,  tout  en 
laissant  aux  autorités  locales  le  soin  de  les  appliquer  conformément  aux  besoins 
et  aux  exigences  de  leui's  localités. 

Cependant  chez  nous,  jusqu'à  présent,  il  n'en  est  pas  ainsi.  Aussi  le  Conseil 
supérieur  d'hygiène  publique,  sur  l'invitation  du  gouvernement,  s'occupa-l-il  eu 
1855  et  1856  de  la  question,  et  élabora-t-il  un  projet  de  règlement  qui  pût  être 
recommandé  aux  communes.  U  proposa  en  même  temps,  conformément  à  l'une 
des  résolutions  du  Congrès  d'hygiène,  d'élever  à  200  francs  d'amende  et  un  moi> 
d'emprisonnement  les  peines  applicables  aux  contraventions  sur  la  prostitution, 
afin  qu'elles  pussent  être  réprimées  efficacement.  11  insista  enfin  sur  la  nécessité 
de  rétribner  le  service  médical  de  la  prostitution  en  raison  de  son  importance, 
ainsi  que  cela  se  fait  à  Bruxelles,  afin  d'encourager  les  médecins  chaiigésde 
cette  mission  pénible  et  répugnante,  et  de  relever  leurs  fonctions  et  leur 
autorité. 

Je  ne  vous  lirai  pas  ce  projet  de  règlement,  expression  dernière  et  la  plus  par- 
faite des  mesures  instituées  0n  Belgique,  parce  que  cela  pi*endrait  trop  de  tenip"^: 
mais  je  le  joindrai  comme  annexe  à  mon  travail. 


CBQOQ.  —  PBOPHYLAXIE  mTERNATlONALE  DES  MALADIES  VÉNÉRIENNES.    313 

Tel  est»  messieurs»  l'ensemble  des  travaux  accomplis  en  Belgique  et  des 
mesures  qui  ont  été  prises.  Vous  jugerez  jusqu'à  quel  point  elles  seraient  accep- 
tibles  dans  les  pays  auxquels  vous  appartenez  respectivement. 

Quelque  utiles  que  soient  ces  mesures,  je  pense  que  le  but  ne  sera  pas  com- 
plètement atteint  aussi  longtemps  que  la  loi  n'interviendra  pas  pour  rendre  obli- 
gatoire dans  tout  le  pays  leur  exécution»  comme  l'avait  voulu  le  Congrès  d'hy- 
friène»  et  aussi  longtemps  que  tous  les  pays  civilisés  n'auront  pas  adopté  des 
mesures  semblables.  Je  sais  bien  que  c'est  là  une  question  difficile  et  délicate, 
luaisle  vif  intérêt  que  nous  portons  à  la  santé»  et»  disons-le  aussi^  à  la  moralité 
publique^  doit  nous  porter  tous  à  travailler  de  toutes  nos  forces  pour  atteindre 
ce  but. 

Ine  question  qui  a  vivement  préoccupé  nos  autorités  et  qui  peut  avoir  une 
grande  influence»  est  celle  de  savoir  par  qui  doivent  êti*e  supporiés  les  frais  de 
traitement  des  prostituées  syphilitiques.  De  1818  à  1854,  ces  fi-ais  ont  été  sup- 
portés chez  nous  par  les  communes  où  la  prostituée  avait  son  domicile  de  secours» 
coDime  cela  se  fait  pour  les  autres  malades. 

En  1854»  un  arrêté  ministériel  a  apporté  à  cette  législation  une  modification 
importante.  Cet  arrêté  décide  que  les  frais  occasionnés  par  le  traitement  des 
femmes  publiques  atteintes  de  la  syphilis  ne  peuvent  être  réclamés  à  charge  de 
la  commune  domicile  de  secours  de  ces  femmes»  et  ce  par  les  motifs  :  1*^  que  la 
guérison  des  syphilitiques  est  bien  plus  dans  l'intérêt  de  la  commune  de  rési- 
dence que  dans  l'intérêt  de  la  commune  du  domicile  de  secours  ;  2**  que  ce 
traitement  est  forcé»  attendu  que  les  prostituées  ne  sont  pas  reçues  volontaire- 
ment dans  les  hôpitaux,  mais  y  sont  amenées  et  retenues  par  l'ordre  de  l'auto- 
rité de  leur  résidence. 

Au  premier  abord,  ces  raisons  paraissent  plausibles;  cependant»  comme  bien 
TOUS  le  pensez»  les  >111es  ont  réclamé  contre  cette  mesure.  Leur  opposition  était 
basée  d'abord  sur  des  raisons  de  légalité  dont  je  n'ai  pas  ici  à  m'occuper»  ensuite 
sur  ce  fait  que  les  grandes  villes»  et  surtout  Bruxelles»  deviendi^aient  le  refuge 
des  prostituées  de  toutes  les  conmnunes  environnantes»  et  seraient  obligées  de 
les  traiter  à  leurs  ft*ais. 

Voici  comment  s'exprime  à  cet  égard  un  des  magistrats  communaux  les  plus 
distingués  de  la  Belgique»  M.  Watteeu»  échevin  de  la  ville  de  Bruxelles  et  men> 
bre  de  la  chambre  des  représentants  : 

«  Les  petites  villes  useront  de  toute  espèce  de  moyens  pour  se  débarrasser 

>  des  prostituées  malades;  elles  leur  persuaderont  notamment  qu'elles  ne  peu- 
»  vent  espérer  de  guérison  qu'en  allant  se  faire  traiter  dans  les  hôpitaux*  des 

>  grandes  villes;  certaines  administrations  ne  reculeront  pas  devant  la  contrainte 
9  pour  les  obliger  à  quitter  la  localité.  Ces  malheureuses»  ainsi  pourchassées» 
■  afflueront  vers  les  grandes  villes. 

■  Bruxelles  sera  tout  particulièrement  victime  de  cet  état  des  choses  ;  l'abus» 
9  du  reste»  existe  déjà»  et  il  ne  peut  en  être  autrement  dans  la  position  exception- 

>  nelle  où  se  trouve  la  capitale. 

•  Nous  sommes  entourés  de  cinq  ou  six  communes  qui»  par  leur  population» 
»  ont  l'importance  de  villes. 

»  Plusieurs  de  ces  communes  sont  le  refuge  d'un  nombre  relativement  consi- 
»  dérable  de  prostituées»  et  aucune  n'a  d'hôpital;  tout  au  moins»  elles  sont 
»  dépourvues  d'un  service  pour  le  traitement  des  syphilitiques.  Toutes  ces  pros- 


3i&     GONGBkS  MÉDICAL  IMTEaNATlOKAt.— QUATRItMB  SftAHCB  DE  JCHTR. 

»  tituées^  qui  ont  leur  domicile  de  fait  et  de  droit  datu  une  commone  voisine, 
»  qui  n'exercent  pas  la  prostitution  dans  la  capitale^  sont  pourtant  envoyées  dani 
))  nos  hôpitaux^  en  cas  de  maladie.  Si,  d'une  part,  l'hiunanité^  le  souci  de  la 
»  santé  publique^  nous  font  un  devoir  de  ne  pas  les  repousser,  d'autre  part  nous 
»  ne  pouvons  les  recevoir  qu'au  détriment  de  nos  indigents,  dont  les  intérêu 
»  doivent  avant  tout  nous  préoccuper. 

»  Ce  n'esl  certes  pas  ce  résultat  que  le  gouvernement  a  voulu  atteindre. 

»  Si  le  gouvernement  tient  à  exonérer  le  domicile  de  secours,  n'y  aurait-il 
»  pas  obligation  pour  lui,  qui  représente  toutes  les  communes,  d'assumer  une 
»  charge  qui  ne  peut,  qui  ne  doit  être  imposée  à  quelques-unes,  au  profit  des 
»  autres?  D'ailleuin),  ainsi  que  nous  l'avons  dit  plus  haut,  l'État  est  intéressé 
»  dans  la  question  à  divers  titres  ;  n'y  eût-il  que  l'intérêt  de  la  santé  de  l'année^ 
T»  que  ce  motif  serait  amplement  suffisant.  » 

Ces  arguments  sont  concluants  ;  ils  le  sont  d'autant  plus  que  la  syphilis  ne 
constitue  pas  un  mal  local,  mais  une  calamité  sociale  qui  se  propage  et  envahit 
tout  ce  qui  l'entoure.  Une  commune  sjfphUitique  dans  un  pays  peut  amener  des 
maux  incurables  ;  il  appartient  donc  au  gouvernement,  représentant  les  intérêts 
généraux,  d'empêcher  la  production  de  faits  de  cet  ordre. 

Il  résulte  de  tout  ce  qui  précède,  que  l'intervention  de  l'État  est  nécessaire  à 
deux  points  de  vue  différents,  si  nous  voulons  atteindre  le  but  vers  lequel  tous 
nous  aspirons.  11  faut  d'abord  que  la  loi  indique  aux  communes  les  obligations 
qu'elles  doivent  remplir  relativement  à  la  prostitution.  U  faut  ensuite  qu'il  sup- 
porte^ tout  au  moins  en  partie,  les  frais  occasionnés  par  le  traitement  des  prosti- 
tuées atteintes  de  maladies  vénériennes.  Il  me  semble  que  ces  propositions, 
n'énonçant  que  des  principes  généraux,  sont  parfaitement  susceptibles  d'être 
acceptées  dans  tous  les  pays,  quelle  que  soit  la  forme  d'un  gouvernement,  et 
quelle  que  soit  aussi  la  différence  des  institutions  qui  les  régissent . 


AMMEXE 


PROJET  DE  RÈGLEMENT  COMMUNAL 

SUR  LA  POLICE  DE  LA  PROSTITUTION  PROPOSÉ  EN  1856 

PAR  LE  CONSEIL  SUPÉRIEUR  D'HYGIÉNE  PUBLIQUE  DE  BELGIQUE. 


CHAPITRE  !•'.  —  Des  pillbs  publiqurs. 

Art,  i•^  Sont  réputées  filles  publiques,  et  comme  telles  soumises  aux  disposi- 
tions du  présent  règlement,  toutes  filles  ou  femmes  qui  se  livrent  habituellemenl 
^'i  la  prostitution. 

Elles  sont  divisées  en  deux  catégories  : 

1"  Les  filles  en  maison,  c'est-à-dire  celles  qui  sont  à  demeure  fixe  dans  des 
maisons  de  tol&ranee  ; 

T  Les  filles  éparses  ou  isolées,  c'est-à-dire  celles  qui  ont  un  domicile  par- 
ticulier. 

Aht.  2.  Les  unes  et  les  autres  sont  tenues  de  se  faire  inscrire  ai.  i.urcau  i? 
police  du  lieu  de  leur  résidence. 

L'inscription  de  toute  fille  publique  sera  précédée  d'un  interrogatoire  î^oiian! 


CROCQ.  —  PROPHYLAXIE  INTERNATIONALE  DBS  MALADIES  VÉNÉRIENNES.   SI  5 

âur  ses  antécédents^  sur  la  position  de  sa  famille  et  sur  les  motifs  qui  la  déterm' 
nent  à  s'adonner  à  la  prosHhUion.  Si  la  flUe  annonce  de  bons  sentiments^  ses 
parents  sont  immédiatement  avertis  de  la  demande  d'inscription. 

Art.  3.  Toute  fille  ou  femme  non  inscrite  qui  sera  signalée  comme  se  livrant 
à  la  prostitution  sera  mandée  au  bureau  de  police  pour  y  être  interrogée^  et^  s'il 
y  a  lieu^  inscrite  d'office  par  le  collège  des  bourgmestres  et  échevins. 

Celle  qui  n'aura  pas  obtempéré  au  premier  appel  pourra  être  punie  des  peines 
établies  par  l'article  W  du  présent  règlement. 

Art.  ti.  Un  dossier  sera  affecté  à  chaque  fille  publique  ;  on  y  indiquera  ses 
nom  et  prénoms^  son  kge,  son  lieu  de  naissance,  sa  profession  et  sa  demeure. 

Le  dossier  comprendra  en  outre  la  feuille  où  sera  inscrit  le  résultat  de  l'inter- 
rogatoire prescrit  par  l'article  2,  ainsi  que  les  pièces  officielles  constatant  l'état 
civil  des  filles  inscrites.  Tous  les  dossiers  resteront  déposés  au  bureau  de  police. 

Art.  5.  Après  son  inscription,  chaque  fille  recevra  un  livret,  qui  contiendra 
les  principales  indications  contenues  au  dossier  qui  la  concerne,  et,  de  plus,  son 
signalement  et  sa  signature^  si  elle  sait  écrire. 

Ce  livret,  en  tête  duquel  sera  imprimé  un  extrait  du  présent  règlement,  servira 
à  annoter  les  visites  sanitaires  subies  et  les  changements  de  demeure  de  celle  qui 
en  sera  porteur. 

Le  collége*des  bourgmestres  et  éche\in  en  fixera  le  prix  pour  chaque  catégorie 
de  filles  publiques. 

Art.  6.  Il  est  strictement  défendu  aux  filles  inscrites  de  se  prêter  leurs  livrets. 
Elles  doivent  toujours  en  être  nanties  et  l'exhiber  à  toute  réquisition  des  agents 
de  police  ou  des  médecins  visiteurs. 

Si  une  fille  publique  vient  à  perdre  son  livret,  elle  doit  en  demander  un  autre 
dans  les  \ingt-quatre  heures. 

Art.  7.  Toute  fille  publique,  en  maison  ou  éparse,  qui  voudra  changer  de 
demeure,  sera  tenue  préalablement  d'en  faire  la  déclaration  au  bureau  de  police, 
et  de  faire  viser  son  livret  par  le  commissaire. 

Elle  devra,  en  outre,  se  soumettre  à  la  visite  du  médecin  désigné  par  l'admi- 
nistration communale. 

Le  changement  d'habitation  ne  pourra  se  renouveler  plus  de  deux  fois  par 
mois,  si  ce  n'est  pour  cause  indépendante  de  la  volonté  de  la  fille. 

Quand  une  fille  publique  quitte  clandestinement  une  maison  de  tolérance,  le 
tenant  maison  doit,  dans  les  vingt-quatre  heures,  en  faire  la  déclaration  au  bureau 
de  police,  et  remettre,  s'il  le  peut,  audit  bureau  le  livret  de  la  fugitive. 

La  même  obligation  incombe  aux  propriétaires  ou  locataires  qui  auraient  logé 
des  filles  éparses  disparues  clandestinement. 

Art.  8.  Les  filles  en  maison  seront  toujom^  libres  de  quitter  l'établissement 
auquel  elles  appartiennent,  en  se  conformant  toutefois  aux  prescriptions  du  pré- 
sent règlement. 

Art.  9.  Aucune  fille  éparse  ne  pourra  demeurer  chez  un  débitant  de  boissons. 

Le  collège  des  bourgmestres  et  échevins  pourra,  en  outre,  défendre  aux  filles 
éparses  de  demeurer  dans  certains  quartiers  ou  dans  certaines  maisons. 

Art.  10.  Le  stationnement  ou  la  divagation  des  filles  publiques  sont  interdits. 
Toute  fille  trouvée  en  contravention  sous  ce  rapport  est  arrêtée  sur-le-champ. 

Art.  li.  Il  est  strictement  défendu  aux  filles  éparses  de  conduire  ou  de  rece- 
voir des  hommes  ailleurs  que  dans  des  maisons  de  tolérance. 

Art.  12.  Lorsqu'une  fille  inscrite  voudra  obtenir  sa  radiation,  elle  en  fera  la 


316     CONGRÈS  MÉDICAL  INTERNATIONAL*  —  QUATRIÈME  SÉANCE  DE  JOOR. 

demande  au  collège  des  bourgniesti*es  et  échevins^  lequel  statuera  comme  il 
appailiendra,  et  ordonnera^  le  cas  t^chéant^  la  $upprei»sion  du  dossier  qui  la 
concerne. 

La  radiation  et  la  suppression  du  dossier  auront  lieu  d'office  en  cas  de  décès  ou 
de  mariage. 

CHAPITRE  II.  —  Des  maisons  de  tolérance. 

Art.  13.  Aucune  maison  de  tolérance  ne  peut  être  établie  sans  l'autorisation 
du  collège  de&  bourgmestres  et  échevins.  Cette  autorisation  est  toujours  révocable. 
Elle  n'est  valable  que  pour  la  personne  qui  l'aura  obtenue  et  pour  la  maison  qui 
y  est  désignée.  Aucun  changement  ne  poun*a  être  apporté  à  la  maison  sans  per- 
mission préalable  de  l'autorité  communale. 

Art.  14.  Les  maisons  de  tolérance  seront  situées^  autant  que  possible^  dans 
des  rues  écartées  et  aux  endroits  où  les  maisons  n'ont  points  en  face,  des  fenêtres 
d'habitation. 

En  aucun  cas^  elles  ne  poun*ont  être  établies  à  proximité  de  maisons  d'éduca- 
tion ou  d'édifices  consacrés  au  culte;  elles  ne  pourront  avoir  des  portes  de  der- 
rière ou  dérobées^  et  leurs  fenêtres^  ayant  vue  sur  des  propriétés  voisines,  doivent 
n»stcr  closes  et  être  garaies  de  verre  mat  ou  dépoli. 

Art.  15.  Les  maisons  de  tolérance  sont  divisées  en  deux  catégories  : 

1*^  Les  maisons  où  les  femmes  sont  à  demeure  flxe; 

2°  Les  maisons  de  passe  ou  de  rendez-vous,  où  les  filles  éparses  sont  admises. 

Art.  16.  Toute  personne  qui  demandera  l'autorisation  d'établir  une  maison  de 
tolérance  devra  indiquer  sa  destination,  comme  maison  de  Tune  ou  de  l'autre 
catégorie. 

Art.  17.  Il  ne  sera  permis,  en  aucun  cas,  d'affecter  le  même  établissement  aux 
deux  destinations  indiquées  ci-dessus. 

Art.  18.  Aucune  femme  mariée  ne  sera  autorisée  à  ouvrir  une  maison  de  tolé- 
rance qu'avec  l'assentiment  écrit  de  son  mari. 

Art.  19.  L'autorisation  délivrée  par  l'administi^ation  conmiunale  sera  subor- 
donnée, outre  les  prescriptions  contenues  dans  le  présent  règlement,  à  telles  con- 
ditions que  cette  administration  jugera  nécessaires  dans  l'intérêt  de  l'ordre  et  de 
l'hygiène. 

Art.  20.  Les  tenant  maison  de  tolérance  ne  pourront  louer  des  appartements. 

Art.  21.  Les  maisons  de  tolérance  ne  pourront  porter  aucune  enseigne  ni 
aucun  autre  signe  d'un  débit  quelconque,  visible  à  l'extérieur. 

On  ne  poun^a  y  vendre  à  boire  publiquement  et  à  porte  ouverte,  ni  exercer 
aucune  profession  publique,  à  moins  d'une  autorisation  spéciale  du  collège  des 
bourgmestres  et  échevins. 

Art.  22.  Le  libre  accès  des  maisons  de  tolérance  devra  être  livré,  à  toute  heure 
du  jour  et  de  la  nuit,  aux  agents  de  la  police. 

Art.  23.  Toute  provocation  à  la  débauche  de  la  part  des  tenant  maison  ou  de 
leurs  subordonnées  est  expressément  défendue.  11  est  notamment  interdit  à  celles- 
ci  de  se  montrer  aux  fenêtres  et  de  stationner  aux  portes. 

Art.  2^(.  Les  tenant  maison  ne  peuvent  recevoir  chez  eux  des  mineurs,  des 
gens  i\Tes  ni  des  insensés. 

Il  leur  est  interdit  de  loger  chez  eux  des  militaires. 

Art.  25.  Les  tenant  maison  ne  pourront  loger  aucune  fille  publique  sans  en 
avoir  fait  la  déclaration  préalable  à  la  police. 


CROGQ.  —PROPHYLAXIE  INTERNATIONALE  DES  MALADIBS  VÉNÉRIENNES.   317 

Ils  sont  obligés  d'indiquer  également  à  la  police  les  nom>  prénoms,  âge  et' lieu 
de  naissance  de  toute  femme  de  peine  qu'ils  tiennent  à  leur  service. 

Art.  26.  Il  leur  est  défendu  de  recevoir^  tenir  ou  héberger  des  femmes  en- 
ceintes sans  en  faire  sur-le-champ  la  déclaration  à  la  police. 

Art.  27.  Ils  ne  peuvent^  sous  aucun  prétexte^  retenir  conti'c  leur  gré  les  filles 
publiques  qui  voudraient  quitter  leur  maison. 

Le  tenant  maison  qui  sera  convaincu  d'avoir  mis  obstacle  au  départ  d'une  fille 
sera  puni  du  maximum  des  peines  ci-après  comminées^  sans  préjudice  de  pour- 
suites plus  graves  en  cas  de  séquestration  ou  de  détention  illégale. 

Art.  28.  Lorsqu'une  fille  quittera  une  maison,  le  tenant  maison  sera  obligé 
d'en  donner  immédiatement  avis  à  la  police,  en  indiquant  autant  que  possible  le 
lieu  011  eUe  se  sera  rendue. 

Art.  29.  Les  tenant  maison  devront  se  conformer  en  tous  points  aux  prescrip- 
tions hygiéniques  qui  pourront  leur  être  faitcô  au  nom  du  collège  des  bourg- 
mestres et  cchevins  par  les  médecins  visiteurs. 

Art.  30.  En  cas  de  voies  de  fait  ou  de  tapage  de  nature  à  troubler  la  ti'anquillité 
publique,  le  tenant  maison  chez  lequel  se  commettront  ces  désordres  devra  en 
prévenir  immédiatement  la  police. 

Art.  31.  Lorsqu'une  maison  de  prostitution  clandestine  sera  signalée  au  col- 
lège des  bourgmestres  et  échevins,  celui-ci  fera  procéder  à  une  enquête  adminis- 
trative pour  s'assurer  des  faits,  et,  s'il  y  a  lieu,  il  fera  fermer  l'établissement, 
obligera  les  fenunes  qui  s'y  trouvent  à  se  soumettre  à  la  visite,  et  les  fera  inscrii'e 
d'office  sm*  le  contrôle  des  filles  publiques. 

Le  tenant  maison  sera,  en  outre,  poursuivi  et  puni  du  maximum  des  peines 
comminées  par  le  présent  règlement. 

Art.  32.  Une  rétribution  sera  payée  par  tous  les  tenant  maison  de  tolérance, 
d'après  un  tarif  arrêté  à  cet  effet  par  l'administration  communale.  Le  pixiduit  de 
cette  rétribution  sera  affecté  aux  dépenses  résultant  de  l'organisation  des  visites 
sanitaires  et  du  traitement  médical. 

CHAPITRE  III.  —  Des  visites  sanitaires. 

Art.  33.  Les  filles  publiques  subiront  au  moins  deux  visites  sanitaires  par 
semaine. 

Ces  visites  seront  faites  avec  le  plus  grand  soin  et  à  l'aide  des  instruments  néces- 
saires, par  le  médecin  que  le  collège  des  bourgmestres  et  échevins  désignera  à  cet 
effet.  Le  médecin  visiteur  inscrira  sur  le  livret  de  la  fille  visitée  la  date  de  chaque 
visite. 

Art.  3&.  Les  filles  éparses  payeront,  à  chaque  visite,  une  taxe  dont  le  montant 
sera  fixé  par  le  collège  des  bourgmestres  et  échevins. 

Art.  35.  Il  pourra  être  fait  remise  de  la  taxe  à  celles  qui,  pendant  un  mois,  se 
seront  rendues  exactement  aux  visites. 

Celles  qui  auront  manqué  d'exactitude  seront  soumises  à  double  taxe  pour 
chaque  contravention  ;  elles  pourront  être  condamnées,  en  outre,  à  un  emprison- 
nement de  un  à  cinq  jours. 

Art.  36.  Indépendamment  des  visites  ordinaires  dont  il  est  fait  mention  à 
l'article  33,  les  filles  publiques  sont  tenues  de  se  soumettre  à  des  contre-visitet: 
toutes  les  fois  qu'eUes  en  sont  requises  par  la  police. 

Ces  contre-visites  auront  lieu  sans  frais. 


318     COHGBÈS  UÊDIGAL  IMTfiRIiATIOllAL,  ~  QUATRl^E  SÊAMCfi   D£  JOUi« 

ART.  37.  Les  tenant  maison  de  tolérance  de  la  première  catégorie  sont  res- 
ponsables de  l'exactitude  des  femmes  à  se  soumettre  à  la  visite. 

Art.  38.  Les  filles  étrangères  à  la  commune  qui  refuseraient  de  se  soumettre 
à  la  visite  ou  à  toute  autre  disposition  du  présent  règlement^  pourront^  indépen- 
damment dei  autres  pénalités  qu'elles  encourront^  être  immédiatement  expulsées 
de  la  commune^  et  renvoyées  au  lieu  de  leur  naissance  ou  4e  leur  domicile. 

Art.  39.  Toute  femme  âgée  de  moins  de  cinquante  ans,  non  inscrite  comme 
fille  publique^  qui  demeure  dans  une  maison  de  tolérance,  est  tenue  de  se  sou- 
mettre à  la  visite. 

11  en  est  de  même  de  toute  femme  tenant  maison  de  tolérance,  et  qui  n'est  pas 
en  puissance  de  mari. 

Les  visites  de  ces  catégories  de  femmes  auront  toujours  lieu  àdomicUe  et  sans  frais. 

Art.  /iO.  L'emploi  de  toute  ruse  ou  fraude  de  la  part  d'une  ijlle  publique  pour 
tromper  le  médecin  visiteur  sur  son  état  de  santé  sera  puni  du  maximum  des 
peines  de  simple  police. 

Art.  &1.  Les  filles  publiques  et  les  tenant  maison  de  tolérwce  sont  obligés 
d'obtempérer  aux  ordres  des  médecins  visiteurs. 

Ceux  qui  insulteraient  ces  derniers  d'une  numière  quelconque  pourront  être 
arrêtés  inmiédiatemcnt  et  conduits  devant  un  officier  de  police;  ils  seront  punis 
conformément  aux  dispositions  de  l'article  46. 

Art.  A2.  Il  est  expressément  défendu  aux  médecins  visiteurs  de  recevoir  aucune 
rétribution  ou  émolument  pour  tout  ce  qui  concerne  le  service  sanitaire»  soit  des 
tenant  maison  de  tolérance,  soit  des  filles  publiques  en  maison  ou  éparses. 

11  leur  est  également  défendu  de  traiter  à  domicile  le$  tenants  maison,  leurs 
servantes  ou  les  ûUes  qui  s'y  trouvent,  quelle  que  soit  la  maladie  dont  ils  puissent 
être  atteints. 

Art.  43.  Toute  fille  atteinte  de  maladie  vénérienne  ou  de  toute  autre  maladie 
contagieuse  sera  immédiatement  envoyée  à  l'bôpital,  sur  la  déclaration  du  mé- 
decin visiteur. 

Aht.  44.  Toute  femme  dont  l'état  est  douteux  sera  envoyée  en  observation  à 
l'hôpital,  jusqu'à  ce  que  son  état  de  santé  ou  de  maladie  soit  bien  constaté. 

Art.  45.  Lorsque  la  guérison  d'une  fille  publique  permettra  sa  sortie  de  l'hô- 
pital, elle  sera  immédiatement  mise  en  liberté.  Toutefois,  avant  sa  sortie,  elle 
sera  interrogée  par  l'agent  préposé  à  cet  effet,  pour  connaître  ce  qu'elle  se  pn^ 
pose  de  faire.  Ses  réponses  seront  consignées  au  dossier  qui  la  concerne-.  Si  clic 
témoigne  l'intention  de  s'adonner  de  nouveau  à  la  prostitution,  son  ancien  livret 
lui  sera  restitué,  à  moins  qu'elle  ne  préfère  en  prendre  un  autre. 

Dans  le  cas  où  elle  voudrait,  au  contraire,  se  livrer  au  travail,  entrer  dans  une 
maison  de  refuge  ou  retourner  dans  sa  famille,  la  police  lui  fiieiliteFa  l'accom. 

plissement  de  son  désir. 

« 

CHAPITRE  IV.  —  Pénalité». 

Art.  46.  Indépendamment,  et  sans  préjudice  des  peines  portées  par  les  lois, 
les  contraventions  aux  dispositions  du  présent  règlement  seront  punies  de  5  à 
15  francs  d'amende  et  d'un  emprisonnement  d'un  à  cinq  jours,  séparément  ou 
cumulativement,  selon  les  circonstances  et  la  gravité  du  fait  (i). 

(1)  Gèft  pénalités  sont  les  plus  éUvées  qus  la  loi  autorÎM  actUeUemwit  ;  mais  le  Conseil  su- 
périeur d'hygiène  a  proposé  de  modifier  cette  loi  de  manière  à  permettre  de  les  porter  à  200  tt' 
d'amende  et  un  mois  d'emprisonnement. 


JEANNU. —  PBOPHÎLAXIE  UfTBRNATIONAU  OIES  MALAOUS  TÉNftRlBNNBS.   316 

Le  maximum  de  ces  peines  sera  toigours  appBqué  dans  le  cas  de  rëcidire. 
Aht.  47.  Le  collège  des  bourgmestres  et  échevins  prendra  les  dispositions 
nécessaires  pour  Texécution  du  présent  règlement. 


PR«PHYIiA3ILlK  BBS  HALjLBIBS  VÉIVÉBIBWZiBS 

PAR  M.  LE  DOCTEUR  JEANNE!  (dK  BORDEAUX). 


Dans  Timpossibilité  où  nous  nous  trouvons,  faute  d'espace,  de  publier  in  extenso 
le  mémoire  présenté  au  Congrès  par  M.  le  docteur  Jeannel,  nous  en  offrons  les 
chapitres  les  plus  importants  qui  traitent  des  mesures  internationales  destinées  à 
empêcher  la  propagation  des  maladies  vénériennes  par  les  marins  des  navires 
marchands  et  de  l'organisation  du  service  médical.  Ensuite  nous  reproduirons 
l'ensemble  des  conclusions  formulées  par  l'auteur,  qui  comprennent  un  projet  de 
règlement  proposé  pour  être  appliqué  uniformément  à  tous  les  dispensaires  et  à 
tous  les  bureaux  des  mœurs. 


CHAPITRE   IV. 

QCksnON   DE   L'fiXnNCnON   DE  LA   SYPHnjS«    —    MARINS  DES   NAVIRES   MARCHANDS 

ET   ÉTRANGERS. 

SI.-—  Etat  de  la  question. 

iosqu'à  présent  je  me  suis  borné  à  démontrer  les  bons  résultats  des  mesures 
sanitaires  opposées  à  la  propagation  des  maladies  vénériennes  et  à  indiquer  les 
perfectionnements  dont  je  les  crois  susceptibles;  j'aborde  maintenant  la  partie  la 
plus  imp<Hlante  et  en  même  temps  la  plus  difficile  de  mon  sijget  :  je  vais  proposer 
des  institutions  nouvelles  dont  la  création  me  paraît  indispensable  pour  obtenir 
rextiBctk>n  de  ces  maladies. 

Les  marins  des  navires  marchands  français  ou  étrangers  qui  arrivent  dans 
nos  villes  après  avoir  abordé  des  ports  où  les  prostituées  ne  sont  soumises  à 
aucun  règlement  sanitaire,  sont  la  cause  première  du  renouvellement  ou  de  la 
propagation  de  l'infection  vénérienne. 

d  s'agit  d'abord  de  démontrer  cette  proposition«  J'ai  déjà  dit  que  le  nombre 
total  des  marins  français  ou  étrangers  arrivant  annuellement  dans  les  ports  flran- 
çais  s'élève  à  Si6  000«  et  j'ai  cherché  à  prouver  que  dans  cette  population  le 
ucMobre  des  hommes  infectés  doit  être  de  5  pour  ÎOO  au  moins. 

Je  trois  nécessaire  de  mettre  d'abord  cette  assertion  à  l'abri  de  toute  dénéga- 
tion. Je  me  fonde  sur  des  faits  de  plusieurs  ordres. 

En  Angleterre,  en  1853»  lors  de  l'examen  des  recrues  pour  la  milice,  des  sujets 
atteints  de  symptômes*  vénériens  ont  été  trouvés  dans  la  proportion  de  25 

pour  100. 

D'après  le  docteur  Acton^  sur  13  081  malades  entrés  dans  le  service  de  chi- 
rurgie à  l'hôpital  établi  à  Greenvrich  pour  les  marins  du  commerce  sur  le  vais- 
seau Dreddnought,  dans  une  période  de  cinq  ans,  de  1837  à  18&1^  les  vénériens 


320     CONGRÈS  MÉDICAL  INTERNATIONAL.-^ QUATRIÈME  SÉANCE  DE  JOUR. 

ont  figuré  pour  3703,  soit  presque  pour  le  tiers  du  nombre  total  des  malades. 
(Voy.  llicHELOT,  Prostit.  en  Angleterre,  in  ParerU-Duchàtelet,  t.  H,  p.  608.) 

Nous  avons  le  rapport  des  malades  à  refiectif  de  la  garnison,  pour  Tannée  de 
teiTe,  dan?  quelques-unes  de  nos  villes  maiîtimes.  D'après  M.  Didiot,  à  Mar- 
seille, la  moyenne  annuelle,  pour  la  période  de  1861  à  1865,  a  été  de  12i!i  ma- 
lades pour  1000  hommes  d'effectif. 

A  Bordeaux,  la  moyenne  annuelle,  pour  la  période  de  1862  à  1866,  a  été  de 
55  pour  1000  hommes  d'effectif. 

D'après  M.  Rochard,  «  plus  du  quart  des  marins  et  des  soldats  est  infecte 
tous  les  ans  ;  les  vénériens  entrent  pour  un  cinquième  dans  le  nombre  des  ma- 
lades admis  à  Thôpital  de  Brest,  et  figurent  pour  près  d'un  tiers  dans  celui  des 
jouraées.  Ces  données  positives  permettent  de  se  faire  une  idée  de  ce  que  doit 
être  la  syphilis  dans  le  reste  de  la  population,  des  ravages  qu'elle  doit  exercer 
pai'mi  les  prostituées  de  toute  espèce,  dont  la  majorité  n'est  soumise  à  aucun 
traitement  régulier.  (Voy.  Rociiard,  De  la  prostit.  à  Brest^  in  Parent-Duchàielei, 
ouvr.  cité,  t.  II,  p.  /i35.) 

Voici  le  tableau  statistique  des  vénériens  et  des  journées  de  vénériens  danslcb 
hôpitaux  de  la  marine  des  cinq  poris  militaires  de  l'empire  français  en  1865. 

Nombre  de»  oialadeB      Journées  de  maUdies 
vënèrivns.  Ténériennes. 

Cherbourg 517  21  569 

Toulon 873  35  82d 

Lorient 246  10  086 

Brest 1500  61  500 

Rochefort 541  22 181 


3677  151  160 

(Note  communiquée  par  Tadministration  de  la  marioe.) 

Ce  document  conserve  une  grande  valeur  pour  la  question  qui  m'occupe,  quoi- 
qu'il ne  soit  pas  possible  d'y  joindre  le  chiffre  de  l'effectif  en  raison  des  mouve- 
ments continuels  des  navires  de  guerre. 

Ce  sont  là,  sans  doute,  des  indications  plutôt  que  des  preuves  directes;  elles 
me  paraissent  avoir  pourtant  une  valeur  réelle  pour  faire  admettre  que  mon  éva- 
luation de  5  pour  100  de  malades  annuellement,  parmi  les  matelots  de  la  marine 
marchande,  est  extrêmement  modérée. 

D'un  autre  côté,  la  proportion  des  malades,  parmi  les  femmes  qui  échappent 
aux  visites  sanitaires  périodiques,  peut  aussi  donner  une  idée  de  la  proportion  des 
malades  parmi  les  hommes  qui  s'exposent  fréquemment  comme  elles  à  l'infec- 
tion, et  qui  ne  subissent  comme  elles  aucune  contrainte  quant  à  la  cure  de  leurs 
maladies. 

Et,  d'ailleurs,  la  statistique  des  malades  parmi  les  pix>stituées  dandestineti 
arrêtées  et  visitées  dans  nos  gi-andes  villes  nous  permet  de  mesurer  approximati- 
vement le  danger  auquel  les  matelots  sont  exposés,  dans  les  villes  où  la  prostitu- 
tion n'est  l'objet  d'aucune  mesure  sanitaire. 

A  Paris,  de  1816  à  1828,  les  prostituées  clandestines  arrêtées  par  la  pc^ce  ont 
été  trouvées  malades  dans  la  proportion  de  26  pour  100)  et  de  1845  à  185&  dans 
la  proportion  de  19  pour  100. 

Cette  proportion  de  19  pour  100  de  malades  se  reti*ouve  encore  en  1866  parmi 
les  prostituées  clandestines  arrêtées  à  Paris.  (Communication  de  M.  Lecour,  chef 
de  division  à  la  préfecture  de  police.) 


JEARlfCL.— PROPHÏUXIB  INTERNATIONALE  DES  M  AL  AMES  TËNÊBIENNES.     3^1 

Uans  diverses  circonstances,  les  prostituées  clandestines  ramassées  à  Saint' 
doud^  à  Boulogne,  à  Sèvres  et  aux  alentours  des  casernes  de  la  capitale,  ont  été 
trooTëes  malades  dans  la  proportion  de  /iO  à  50  pour  100. 

A  Strasbourg,  en  1853,  la  proportion  des  prostituées  clandestine?  trouvées 
malades  s'est  élevée  d'abord  à  83  pour  100;  cette  proportion  était  encore  de 
73  pour  100  en  185/i,  de  50  pour  100  en  1855  et  de  32  pour  100  en  1856. 

A  Bordeaux,  la  proportion  des  malades  parmi  les  prostituées  clandestines, 
qui  était  de  &9  pour  100  en  1859,  était  encore  de  25  pour  100  en  1865. 

Tout  en  reconnaissant  que  les  évaluations  fondées  sur  des  faits  plus  ou  moins 
.^luilaires  sont  sujettes  à  controvei'sc,  je  pense  qu'on  n'hésitera  pas  à  conclura 
avec  moi  que  si  316  000  marins  débai'quent  annuellement  dans  nos  ports.  Tin* 
(ection  vénérienne  y  est  pix>pagée  au  moins  par  15  800  malades. 

Mon  raisonnement  se  concentre  en  ces  termes  :  Si  les  filles  non  visitées  régu- 
lièrement sont  malades  dans  la  proportion  de  19  pour  100  à  Paris  et  de  25  pour  100 
à  Bordeaux,  où  le  service  sanitaire  est  très-bien  organisé;  si  les  prostituées  sont 
infectées  dans  la  proportion  de  50  pour  100  dans  les  villes  où  il  n'existe  pas  de 
senice  sanitaire,  l'évaluation  de  5  pour  100  de  malades  parmi  les  marins  qui  fré- 
quentent ces  filles  ne  peut  pas  être  considérée  comme  exagérée. 

Enfin  j'invoque  la  statistique  médicale  officielle  de  la  marine  militaire 
anglaise.  En  1862,  l'efTectif  des  navires  en  station  sur  les  côtes  du  Hoyaume-Uni 
a  fourni  des  vénériens  dans  la  proportion  de  1&3  pour  1000.  Efi'ectif,  20  760; 
^ënâiens,  2978. 

Or,  comme  le  remarque  avec  raison  M.  Rochard,  «  les  marins  rapportent  de 
«  leurs  campagnes  le  besoin  de  jouissances  de  toute  nature  qu'engendrent  les 
«  longues  privations,  et  l'argent  nécessaire  pour  le  satisfaire  ».  (Voy.  /oc.  ctl., 
p.  418.) 

{ II.  ---  Visites  à  l'arrivée. 

Du  r^ste,  tous  les  hygiénistes  sont  d'accord  pour  réclamer  la  visite  sanitaire  des 
marins  avant  le  débarquement.  Cette  visite  était  déjà  proposée  en  1761,  dans  une 
lettre  publiée  à  Londres  par  un  anonyme  (A  Lstter  on  the  venereal  disease),  «  Dans 
»  tous  les  ports  de  mer,  on  établira  des  officiers  de  santé  qui,  sous  la  direction 
*  des  chirurgiens,  examineront  toutes  les  personnes  qui  aborderont  en  Angle- 

>  terre  ou  en  Irlande.  Si  elles  sont  attaquées  de  ce  cruel  mal,  on  aura  soin  de  les 

>  séquestrer  jusqu'à  leur  guérison,  à  laquelle  on  travaillera  à  leurs  fiais  si  elles 

>  ont  de  quoi  faire  la  dépense  ;  dans  le  cas  contraire,  ce  sera  aux  dépens  du 
s  public,  n  (Voy.  Lagneau,  Ann.  d*hyg.,  1855,  t.  UV,  p.  305.) 

En  1710,  Hestif  de  la  Bretonne,  dans  son  Pamographe,  demandait  que  tout 
étranger  ne  pût  pénétrer  en  France  qu'avec  un  billet  de  santé  délivré  à  la  fron* 
tière. 

Parent-lhichâteletf  comparant  la  syphilis  à  la  peste,  s'indigne  de  ce  que  la 
plus  funeste  de  ces  deux  maladies  ne  soit  l'objet  d'aucun  accord,  d'aucune  me- 
sure préservatrice  de  la  part  des  gouvernements.  «  Des  millions,  s'écrie-t-il,  sont 
«  dépensés  tous  les  ans  depuis  plus  d'un  siècle  pour  la  peste,  qui  n'a  pas  dépeuplé 
«  Constanlinople,  pour  la  fièvre  jamie,  qui  n'a  pas  empêché  l'accroissement  pro- 
9  digieux  des  villes  d'Amérique  !  Et  rien  pour  détruire  la  plus  grave  et  la  plus 
»  effroyable  des  pestes,  qui,  depuis  trais  siècles,  réside  parmi  nous.  Voilà  ce  qui 
»  ne  peut  se  comprendre  et  ce  qui  excitera  l'ctonncmcut  de  nos  eufauts,  qui  ue 

2i 


522     GO^ftRk»  KfiDIGAL  leiTBRNATIOn AL. -- Q0ATRtÈIIB  fttANCE  DE  JOUB. 

»  pourront  se  rendre  compte  d'une  pareille  aberration.  »  (Voy.  owcr.  tH.,  t.  il, 
p.  6050 

Petermann  insistait  sur  la  néceMité  d'adopter  des  mesures  simultanées  sous 
peine  de  lef  yoir  rester  infructueuses,  et  d'étendre  les  précautions  sanitaires  à  lou^ 
les  Etats  européens.  (Voy.  Ann.  d'hyg.,  t.  XVI,  p.  299.) 

Lorsque  M-  Acton,  lorsque  M.  Michel  Lévy,  dans  les  passages  qui  serrent  d'épi* 
graphes  au  présent  travail,  ont  rangé  l'extinction  de  la  syphilis  parmi  les  ques- 
tions sociales,  ils  ayaient  en  rue  quelque  système  de  séquestration  analogue  aui 
quarantaines. 

M.  Lagneau  affirme  que  la  visite  imposée  à  tout  marin  national  ou  étranger  dcj^ 
navires  de  eommeroe  serait  très-utile,  mais  il  se  montre  réservé  quant  aux 
moyens  d'exécution.  «  il  serait  peut-être  possible,  dit-il,  de  leur  défendre  de 
»  descendre  à  terre  avant  leur  guérison,  ou  bien  de  les  retenir  dans  des  sortes 
B  de  laiarets  où  ils  pourraient  recevoir  les  négociants  avec  lesquels  ils  feraient  de^ 
«  affaires,  mais  où  aucune  fenmie  ne  serait  admise.  »  11  espère  que  la  perspec- 
tive de  la  quarantaine  les  engagerait  à  se  soigner  dans  le  cours  de  leur  voyage. 
(Vey.  Am.  d'kyg.,  t.  LV,  p.  59.) 

Selon  M.  Richelot,  «la visite  sanitaire  appliquée  aux  matelots  à  leur  arrivée 
«  dans  les  ports  français  présenterait  sans  doute  de  grandes  difficultés;  cepen- 
«  dant  on  en  conçoit  la  possibilité.  Et  quand  on  ré/léchii  que  ces  hommes  apporteiU 
«  dans  nos  ports  une  masse  waimenê  effrayant»  de  coniagUm,  on  est  invinciblement 

V  porté  à  élever  la  voix  pour  demander  une  législation  qui  vienne  imposer  une 
«  digue  à  cette  funeste  importation.  »  (Voy.  Mal  vén,  de  Hunter,  etc.,  p.  765.) 

En  conséquence,  il  propose  «  d'exiger  des  matelots  de  la  marine  marchande^ 

Y  soit  nationaux,  soit  étrangers,  avant  de  leur  permettre  de  descendre  à  terre, 
»  un  certificat  médical  constatant  qu'ils  sont  exempts  de  toute  maladie  véné- 

n  rienne». 

La  conmdssion  lyonilaise,  par  l'organe  de  M.  Garin,  dont  j'ai  tant  de  fois  cité 
l'exceUent  travail,  est  très-explicite  quant  à  la  nécessité  des  conventions  sani- 
taires iatemationales  pour  arriver  à  l'extinction  de  la  syphilis;  elle  s'exprime 
ainsi  :  «  Ce  ne  sera  donc  pas  asseï  d'établir  en  France  des  hôpitaux  et  des  dis- 
«  pensaires  partout  librement  et  gratuitement  ouverts  aux  vénériens  de  tous  les 
»  pays;  on  devra  provoquer  au  dehors,  dans  les  contrées  voisines  et  ches  tous  le» 
«  peuples  civilisés,  des  mœurs  analogues.  Les  traités  internationaux,  qui  unissent 
«  et  harmonisent  les  intérêts  industriels  des  nations,  ne  sauraient  être  sans  effets 
«  quand  ils  aui'ont  à  intervenir  pour  un  intérêt  plus  grand  encore,  pour  la  pro^ 
«  périté  et  la  sécurité  de  l'espèce  humaine,  w  (Voy.  ùuor.  ctlé,  p.  111.) 

Des  faits  que  j'ai  cités  et  des  opinions  que  j'ai  rapportées,  je  conclus  que  toutes 
les  mesures  opposées  à  la  propagation  des  maladies  vénériennes  demeureront 
impuissantes  tant  que  les  matelots  de  la  marine  marchande  ne  seront  soumis  à 
aucune  visite  sanitaire,  et  tant  que  les  vénériens  trouvés  parmi  eux  ne  seront  pas 
séquestrés  jusqu'à  guérison. 

Les  institutions  et  les  règlements  destinés  à  réaliser  cet  immense  progrèt 
humanitaire  devront  être  discutés  et  adoptés  par  une  conférence  internationale 
réunissant  l'élite  des  hygiénistes  et  des  administrateurs. 

Cette  conférence  arrêtera  certainement  les  mesures  les  mieux  combinées  el 
les  plus  efficaces.  Mais  mon  travail  resterait  incomplet  si  j'omettais  de  propeser 
et  de  développer  moi-même,  sur  cet  important  sujet,  un  plan  susceptible  de 
fournir  au  modns  une  base  à  la  discxission. 


JElimU  ^  MOraYLUIE  INTERNATIONAL!  Df»  HALAAIKS  VtXÈRmiNti.    3SS 

I III.  *—  Plan  propoié. 

U  prophylaxie  internationale  des  maladies  vénériennas  comporterait  datii 
institutions  distinctes  : 

1*  Visites  sanitaires; 
T  Des  hôpitaux-lazarets. 

i*  Yitiie$  sonitotres.  ^  Les  visites  sanitaires,  pour  être  d'une  efficacité  ^bsolttÇj 
devraient  avoir  lieu  au  départ  et  à  l'arrivée  des  navires. 

Je  donne  à  mes  propositions  la  forme  d'un  projet  de  règlement. 

Akt.  1*'.  Le  capitaine  de  tout  navire  en  partance  doit  être  muni  d'un  certificat 
de  santé  concernant  nominativement  tous  les  hommes  de  son  équipage  et  revAtu 
du  visa  du  consul  de  sa  nation. 

Ait,  3,  Ce  certificat  sera  délivré  par  le  médecin  sanitaire  attaché  au  consulat 
de  la  nation  à  laquelle  le  navire  appartient. 

Abt.  3.  Les  hommes  trouvés  malades  seront  retenus  à  terre«  et  ceux  qui  seront 
trouvés  atteints  de  maladie  contagieuse  9eront  séquestrés  jusqu'à  guérison  dans 
on  hôpital  spécial.' 

Akt.  4.  Les  malades  vénériens  qui  ne  pourront  ou  ne  voudront  pas  payer 
le»  fiw  de  lem*  traitement  seront  traités  aux  frais  de  leur  gouvernement  res- 
pectif. 

Abt.  5.  Les  malades  vénériens  qui  consentiront  à  payer  les;  frais  de  l#ur 
traitement  seront  reçus  dans  des  chambres  particulières* 

U  est  trëa-important  de  faire  observer  que  le  certificat  de  santé  ayant  pour  bui 

d'établir  U  validité  des  hommes  d'une  manière  absolue  dans  l'intérêt  du  service 

miritime  et  dans  l' intérêt  des  armateurs,  la  visite  sanitaire  ne  soulèTerait  pas  les 

,  mimes  répugnances  et  ne  rencontrerait  pas  les  mêmes  difficultés  que  «i  elle 

avait  pour  but  unique  la  recherche  des  maladies  vénériennes. 

Et  il  est  évident  que  si  toutes  les  nations  civilisées  se  concertaient  pour  em- 
picher  l'embarquement  des  marins  affectés  de  quelque  maladie  que  ce  fût» 
)  compris  la  syphilis,  non-seulement  les  armateurs  y  gagneraient  de  ne  point 
«Qgsgcr  des  hommes  qui  font  un  service  mauvais  ou  nul,  et  qu'ils  sont  obligés 
de  payer  Jusqu'à  ce  qu'ik  les  aient  rapatriés  i  maU  encore  le  problème  de  Vej^- 
tinction  des  maladies  vénériennes  serait  bien  près  d'être  résolu  dans  les  pays 
où  la  prostitution  serait  surveillée  selon  les  principes  que  j'ai  développés, 

Akt.  6.   Tout   navire    arrivant  ne  pourra  être  admis  à  la  libre  pratique 
<ia'après  la  râite  sanitaire  de  son  équipage- 
Ut.  7.  Cette  visite  lera  faite  par  le  médecin  attaché  au  consulat  de  la  netîQQ 
à  laquelle  le  navire  appartient, 

iBT.  ë.  Les  honunes  trouvés  atteints  de  maladies  contagieuies  queleen- 
ques  seront  séquestrés  jusqu'à  guérison>  ainsi  qu'il  a  été  dit  ci-dessus  articles  i, 

lit  5. 
(fo  conçoit  que  la  patente  nette  délivrée  au  départ  dans  tous  les  ports  d'arme-» 

tttnt  ne  suffirait  pas  pour  assurer  l'intécorité  sanitaire  des  hommes  à  l'arriTéei 

à  cause  de  Tincubaf  ion  des  maladies  qu'ils  auraient  pu  contracter  peu  de  tempe 

avant  leur  embarquement^  et  à  cause  de  celles  qu'ils  auraient  pu  contracter 

pendant  les  relâches. 


iik     GOKGIlfeS  UtDlCkL  INTERNATIONAL.  — QUATRIÈIIB  SÉANCE  DE  JOOB. 

Ccpcndanl  il  est  h  présumer  que  si  la  visite  au  départ  était  généralisée  dans  le 
monde  civilisé,  la  visite  à  Taiiivéc^  dont  l'exécution  offrirait  de  très-(^ve«  difG- 
cultes^  perdrait  beaucoup  de  son  importance  hygiénique,  et  peut-être  poumit- 
elle  être  abandonnée. 

Voilà  pour  les  visites  sanitaires. 

Mais  ce  nouveau  régime  comporte  l'organisation  d'hôpitaux-laxarets  pour  k 
séquestration  et  le  traitement  des  hommes  trouvés  atteints  de  maladies  Tcné- 
riennes  :  la  véiîtable  difQculté  est  là.  11  faut  pourtant  remarquer  que  la  visite 
sanitaire  au  départ  éliminerait  le  plus  grand  nombre  des  hommes  infectés,  et 
que  bon  nombre  de  vénériens  sentiraient  la  nécessité  de  se  faire  guérir  avant  de 
s'embarquer,  afin  de  se  soustraire  à  la  séquestration,  suite  inévitable  de  la  visite 
de  départ. 

I^s  divers  éléments  du  système  sanitaire  que  je  propose  sont  corrélatifs. 

Ce  système  comporte  aussi  l'organisation,  dans  tous  les  ports  des  pays  civilisé:, 
d*une  surveillance  sanitaire  des  prostituées  analogtic  à  celle  dont  j'ai  formulé  le 
règlement,  et  dont  les  bons  résultats  sont  péremptoirement  prouvés  par  l'expé- 
nence  à  Paris,  à  Bordeaux,  à  Lyon  et  à  Bruxelles,  etc. 

n  est  donc  à  espérer  que  le  nombre  des  matelots  infectés  diminuerait  rapide- 
ment, et  que  le  problème  de  l'organisation  hospitalière  et  de  la  séquestration  se 
trouverait  par  là  simplifié. 

2"  HôpUaitayhzarets,  —  On  pourrait  procéder  à  la  construction  des  hôpitaui' 
lazarets,  par  corps  de  bAtiments  ou  pavillons  successifs,  d'après  les  besoins  qu'in- 
diqueraient les  visites  sanitaires  aussitôt  qu'elles  seraient  organisées. 

Ainsi,  pour  Maraeille,  par  exemple,  qui  reçoit  annuellement  87  000  matelots 
finançais  ou  étrangers  (i),  on  commencerait  par  construire,  sur  un  emplacement 
sufllsamment  vaste  pour  se  prêter  à  l'extension  des  bâtiments,  un  premier 
pavillon  renfermant,  outre  les  services  accessoires  (cuisine,  pharmacie,  bain, 
lingerie,  etc.),  des  salles  pour  200  lits,  qu'on  se  réserverait  de  multiplier  selon 
les  besoins. 

Chaque  gouvernement  devrait  pourvoir  à  la  construction,  d'après  un  plan  con- 
venu, des  hôpitaux-lazarets  que  la  Conférence  internationale  aurait  jugés  néces- 
saires. 

En  France,  les  hôpitaux-lazarets  seraient  sous  la  surveillance  de  l'inspecteur 
général  des  services  sanitaires  et  des  médecins  des  épidémies  pour  tout  ce  qui 
concerne  le  service  médical. 

Chaque  gouvernement  devrait  rembourser  les  frais  de  traitement  de  ses  natio- 
naux. 

Le  règlement  des  hôpitaux-lazarets,  arrêté  par  la  Conférence  internationale, 
serait  uniforme  quant  à  l'admission,  la  séquestration  et  la  sortie  des  malades,  la 
discipline  intérieure,  etc.  Je  ne  crois  pas  devoir  entrer  dans  ces  détails.  Je  fais 
seulement  observer  que  les  malades  pourraient  recevoir  des  visites,  excepté  de  la 
part  des  femmes. 

I^  haute  surveillance  administrative  serait  confiée,  dans  chaque  ville,  à  une 
commission  composée  des  trois  consuls  des  nations  qui  auraient  fourni  le  plus 
grand  nombre  de  matelots  malades;  cette  commission  serait  présidée  par  no 
fonctionnaire  supérieur  de  la  marine  indigène. 

(l)  Sans  compter  le  petit  cabotage. 


JEARUEU  -«-  PIOrattAXlE  INTERNATIONALE  DES  MALADIES  VÉNÉRIENNES.    S2S 

Je  eroU  devoir  igouter  ici  quelques  données  administratives  et  financières 
<{uuit  à  Torganisation  de  ce  nouveau  service  en  France. 

45  000  malades  par  année,  en  admettant  que  la  durée  moyenne  du  traite- 
ment fût  de  25  jours,  exigeraient  1515  lits  d'hôpitaux.  A  raison  de  3500  fhmcs 
pur  lit,  la  8<»nme  totale  à  dépenser  pour  le  premier  établissement  s'élèverait  à 
5  302  500  francs. 

A  raison  de  650  francs  par  lit,  la  dépense  annuelle,  pour  le  traitement  des 
malades,  serait  de  98/i  750. 

Le  quart  de  cette  dépense  environ  étant  remboursé  par  les  puissances  étran- 
gères ou  par  les  malades  pa^fants,  il  resterait  à  la  charge  de  la  Fmnce  une 
somme  de  758  568  francs,  augmentée  de  ce  qu'il  faudrait  payer  à  l'étranger 
pour  le  traitement  de  nos  marins  infectés.  Mais  il  est  à  présumer  que  la  crainte 
de  la  séquestration  déterminerait  un  grand  nombre  d'hommes  à  se  faire  traiter 
ftTant  de  s'engager  ;  ces  chiffres  ne  seraient  donc  probablement  jamais  atteints. 

Or,  le  traitement  des  vénériens  de  nos  armées  de  terre  et  de  mer  coûte  annuel- 
lement 1500 000  francs;  le  traitement  des  vénériens  coûte  aux  hôpitaux  civils 
de  Paris  seulement,  600  000  fruncs(l);  cette  somme  doit  être  au  moins  quadru- 
plée  si  l'on  veut  apprécier  la  dépense  exigée  par  le  tmtement  des  vénériens 
rivik  dans  toute  la  France  (2).  On  peut  donc  affirmer  qu'en  France,  les  maladies 
vénériennes  entraînent  des  dépenses  hospitalières  annuelles  qui  s'élèvent  à 
3900000  francs  au  minimum. 

Si  le  nombre  des  malades  diminuait  seulement  de  moitié  sous  l'influence  des 
mesures  sanitaires  que  je  propose,  on  voit  que,  au  point  de  vue  financier,  ces  me- 
sures seraient  extrêmement  avantageuses,  et  qu'une  entreprise  sérieuse  contre 
U  contagion  vénérienne  aurait  une  véritable  importance  économique,  même 
sus  considérer  les  avantages  impossibles  à  supputer  qu'en  recueillerait  pécuniai- 
remeat  l'ensemble  de  la  population. 

I  nr.  —  Oflleiers  et  passagers  des  navires.  —  Voyageurs  arrivant  par  terre. 

En  1769,  un  anonyme,  cité  pai*  Lagneau,  osa  proposer  d'établir  aux  barrières 
de  Paris  des  bureaux  où  chaque  personne,  homme,  femme  ou  fille  entrant  dans 
U  Yîlle,  serait  tenue  de  se  faire  examiner,  de  manière  à  ne  laisser  enb*er  aucun 
vénérien.  (Voy.  Aim.  d'hyg.,  1855,  t.  LIV,  p.  305.) 

Il  serait  oiseux  de  s'aiTêter  à  discuter  une  pareille  proposition,  dont  l'absur- 
dhé  est  frappante. 

Après  les  mesures  sanitaires  que  j'ai  proposées  concernant  les  équipages  de  la 
marine  militaire  et  marchande,  il  resterait  sans  doute  à  regretter  que  l'importa- 
tion des  maladies  vénériennes  par  les  passagers  des  navires  comme  par  les  voya- 
geurs qui  fhmchissent  les  frontières  terrestres,  pût  continuer  librement,  mais  je 
ne  crob  pas  que,  dans  l'état  actuel  des  mœm'S  européennes,  il  soit  possible  de 
^er  à  soumettre  les  arrivants  à  des  visites  sanitaires  et  à  la  séquestration.  De 


(1)  812  lits  à  700  fhuics,  568  400  flnuics;  mais  il  y  a  toujours  un  certain  nombre  de 
fcaérieai  daas  les  bdpitauz  ordinaires. 

(2)  LyoD  a  285  lits  de  vénériens;  Marseille*  160;  Bordeaux,  85;  Strasbourg,  60;  Brest, 
<^,  etc.  Toutes  les  grandes  villes  en  ont  un  certain  nombre,  selon  l'importance  de  leur  popu- 


}26  CONGHfcS  MtDICAL  INTERNATlONàr.  ^  pDATMlkltt  StANGI  01  JOOi. 

ee  oôté  le  problème  me  parait  insoluble  :  s'il  na  Test  pas  absolumani  du  eôté  des 
équipages  [en  partance,  o'att  surtout  parce  que  les  bommei  qui  s'engagsnt  à 
ikife  un  service  pendant  lUie  trayersëe  peuvent  être  tenus  de  prouver  leur 
vdiditd. 

CHAPITRE  V 

SERVICE    MÉDICAL. 

Les  dispensail^s  de  salubrité  et  les  hôpitaux  de  vénëHens  sont  des  institutions 
qui  coneourent  au  même  but  :  restreindre  l'infection  vénérienne.  Il  me  paraltnit 
kiéeesl&ire  qu'elles  fussent  harmonisées  entre  elles  par  l'unité  de  direction. 

CAit  I  l'hApititl  qu'oh  peut  reconnaître  si  la  séquestration  des  flUei  inscrites  i 
été  ordonnée  dfes  le  début  des  maladies,  dès  l'apparition  de^  premiers  symptômes. 
par  le  service  du  dispensaire.  C'est  au  dispensaire  qu'on  peut  reconnaître  si  Ie< 
malades  ne  sortent  de  ThôpitAl  qu'après  guérison  Complète. 

Les  observations  et  les  dtatistiquei  recueillies  à  l'hôpital  devraient  profiter  au 
dispeiikaire,  et  réciproquement.  Pourtant,  dans  toutes  les  grandes  viUeft,  les  dis- 
pétiéaires  et  l'hôpital  sont  complètement  indét^ékidants  l'un  dô  l'autre,  non-seu- 
lement au  point  de  vue  administratif,  mais  encore  au  point  de  vue  médical;  bien 
plus,  ils  ne  sont  soumis  à  aucun  contrôle.  Les  dispensaires  et  les  bureau!  d(s 
mœurs  annexes  du  service  de  police  sont  dans  les  attrlbutiotis  du  chef  de  It 
police,  préfet  ou  maire,  selon  l'importance  des  villei;  les  hôpitaux  de  vénériens, 
établissements  municipaux,  sont  sous  la  direction  des  commissions  adminL«tn- 
ttves  dés  hôpitaut  ou  de  l'administration  municipale.  De  là  résulte  qu'aucune 
meiure  n'est  côtnbhiéedans  l'intérêt  du  succès  commun  des  deux  «errice»;  il» 
sont  même  souvent  en  hostilité  ddclai^ée. 

Une  prostituée  clandestine  gravement  infectée,  recherchée  pat*  le  service  en 
mœurs,  à  qui  elle  est  déjà  signalée,  peut  se  réfugier  à  l'hôpital  des  vénérieni; 
elle  échappe  à  la  surveillance  des  agents  qui  la  perdent  de  vue  ;  mais,  comme 
elle  est  entrée  volontairement,  elle  peut  sortir  lorsqu'il  lui  plait  avant  la  guérison. 
pour  continuer  un  commerce  éminemment  dangereux  pour  la  santé  publique. 

Si  les  lits  de  l'hôpital  sont  pleins,  l'administration  est  obligée  de  refuser  te^ 
malades  de  Vun  ci  de  l'autre  sexe  qui  se  présentent;  mais  aucune  autorité  D'e«l 
avertie  des  risques  que  fait  courir  à  la  santé  publique  cette  insuffisance  mat^ 
rielle  d'un  établissement  qui  devrait  être  une  sorte  de  laiaret. 

D'autres  fois  il  ikut  des  protections  pour  entrer  à  l'hôpital  des  vénériens;  m 
n'obtiendra  pas  la  faveur  d'y  être  admis  si  Ton  ne  justifie  pas  d'un  séjour  de  ûi 
mois  ou  d'un  an  dans  la  ville. 

Qu'une-  fille  inscrite,  envoyée  à  l'hôpital  pour  la  première  fois,  y  apporte  un 
chancre  induré  en  voie  de  répai*atioti,  ou  une  roséole,  c'est-à-dire  une  maladie 
déjà  ancienne,  personne  ne  recherchera  si  la  séquestration  tardive  est  causée  p^r 
la  négligence  des  médecins  du  dispensaire,  ou  si  la  fille  reconnue  malade  daas 
une  autre  ville  en  a  élé  expulsée. 

Qu'une  fiUe  atteinte  de  chancre  au  col  utérin  ou  de  plaques  muqueuses  aui 
amygdales  sorte  de  l'hôpital  comme  guérie,  si  les  mikieoins  du  di^ttsàirs  1  y 
renvoient  immédiatement,  ils  encourront  l'animadVêrsiôn  de  leur  conMre  ch^ 
de  l'hôpital,  et  si  Un  conflit  s'élève,  le  tort  sera  pour  ceux  qui,  l'ayant  souleTé. 
atlfùnt  troublé  là  quiétude  de  ràdtnintstration.  Nulle  mesuré  ne  sera  ni  prise,  m 
conseillée  pour  prévenir  le  retom'  des  plus  dangereuses  erreurs;  qu'une  fitle 


lEAmm.  —  PBOPHYLAXIS  mTERNATIONàUS  DB9  MALiDIES  YtNÊEUinTES.    3S7 

atteinte  de  gale  simple  occupe  un  lit  à  Thôpital  des  vénériens  pendant  quinia 
jours,  qu'une  allé  atteinte  de  vaginite  granuleuse  soit  renvoyée  de  l'hâpital  pan^ 
dut  la  période  menstruelle^  ce  qui  empâche  les  médecins  du  dispensaire  da 
constater  qu  elle  n'est  pas  guérie,  rien  absolument  dans  les  institutions  actuelle8> 
rien  n'est  prévu  pour  prévenir  ces  désordres  ou  remédier  à  ces  dangers. 

Je  ne  fais  ici  aucune  allusion  à  ce  qui  se  passe  dans  une  ville  déterminée  ;  les 
^ts  que  je  signale  m'ont  été  révélés  par  des  médecins  spéciaux  que  j'ai  eon«- 
sultés  directement. 

Ces  faits  démontrent  qu'en  France,  aucune  mesure  d'enaernble  n'est  prise 
contre  la  contagion  vénérienne,  et  que  les  moyens  d'en  préserver  la  population 
ne  sont  point  contrôlés  et  ne  sont  dans  les  attributions  de  personne.  Quant  à  cette 
partie  importante  de  Tbygiène  publique,  l'anarchie  administrative  est  complète, 
même  à  Paris. 

Le  Comité  consultatif,  le  Conseil  d'hygiène  et  de  salubrité  du  département  de 
la  Seine,  les  conseils  d'hygiène  des  départements,  l'Académie  de  médecine^  n'ont 
jamais  été  appelés  à  délibérer  sur  la  question  posée  par  le  Comité  médical  de 
Marseille,  par  la  commission  d'organisation  du  Congrès  médical  international;  la 
iwlicc  est  surtout  préoccupée  de  prévenir  les  réclamations  des  autorités  militaires 
qui  deviennent  pressantes  loi'sque  le  nombre  des  hommes  infectés  augmente  dans 
les  garnisons  ;  jamais  l'inspecteur  général  des  services  sanitaires,  jamais  les  mé* 
decins  des  épidémies  n'ont  pénétré  dans  les  dispensaires  ni  dans  les  hôpitaux  de 
vénériens. 

La  question  posée  par  Seutin  au  Congrès  médical  de  Belgique^  en  1835^  avait 
été  examinée,  en  1841,  parle  Conseil  de  salubrité  de  Marseille.  Pelacy  avait 
reconnu  la  plupart  des  inconvénients  que  je  signale^  aussi  demandait^il  l'unité 
(1  action  et  d'iuipulsion  administrative  et  l'unité  de  personnel  médical.  (Voy.  Pa- 
iaiy,  Bapp.  au  Cons.  de  salubr.  de  Marseille  sur  l'état  et  U»  besovu  dussrvios  du  dis- 
ymnrt,  dans  Am.  d'Ayg.,  1841,  t.  XXV,  p.  807.)     . 

iiepuis  la  délibération  de  l'Académie  de  médecine  de  Belgique  en  1843  et  le 
too^ès  général  des  hygiénistes  réunis  à  Bruxelles  en  1853,  la  seule  initiative 
qui  ait  été  prise  collectivement  en  faveur  de  la  prophylaxie  des  maladies  véné>- 
riennes  est  due  à  la  Société  de  médecine  de  Lyon.  Cette  initiative  a  produit  le 
rapport  présenté  par  M.  Garin  en  mars  1866^  et  que  j'ai  eu  tant  de  fois  l'occaiion 
<ie  citer. 

Puis  est  venu  le  concours  proposé  par  le  Comité  médical  de  Mat«éille  en 
juillet  1866,  et  enfin  le  programme  du  Congrès  médical  international  publié  eii 
•eptembre,  qui  provoque  dea  propositions  susceptibles  d'être  soumises  à  l'ekamen 
^  goa?eniements. 

Mds,  en  vérité,  avant  de  songer  à  organiser  un  service  sanitaire  international, 
il  faudrait  s'occuper  d'établir  ohet  nous  un  serrice  sanitaire  interdépartemental, 
cest4-dire  d'instituer  sérieusement,  grâce  à  la  toute-puissance  de  là  centralisa» 
^0  administrative,  l'ensemble  des  moyens  que  le  bon  sens  indique  pour  arriver 
t  reitreindre  dans  l'étendue  de  notre  propre  pays  la  propagation  de  l'infection 
vénérienne. 

L<8  hygiénistes  déplorent  vahiement  les  douleurs  et  la  détérioration  que  la 
^hiiis  app<n1e  à  l'espèce  humaine.  Le  traitement  des  vénériens  militaires  et 
^oum  coûte  annuellement  1  500000  francs;  le  budget  dépense  cette  somme 
tTtc  résignation.  Le  traitement  des  vénériens  civils  coûte  plus  du  doublo  aux  admi- 
nistrations hospitalières  ;  elles  ne  s'en  émeuvent  point.  L'effectif  militaire  se  trouve 


328    COMGBÈS  MÉDICAL  IlitTERNATlOIffàl..  ~  QUàTRlfellE  SÉANCE  DE  JOCK. 

diminué  d'un  centième  environ  (0,86  journée  de  maladies  vénériennes  pour 
100  journées  de  présence  sous  les  drapeaux  (voy.  Statist.  méd.  de  Varmée,  1864, 
p.  70);  reffectif  de  la  marine  est  affaibli  probablement  dans  la  même  proportion, 
ce  sont  des  calamités  qu'on  subit  comme  inévitables. 

Pour  remédier  à  cette  situation,  il  faudrait  évidemment  un  nouveau  serrice 
sanitaire.  À  mon  avis,  il  ne  serait  pas  diificOe  de  l'organiser  sans  compliquer  les 
rouages  administratifs,  sans  même  augmenter  sensiblement  le  nombre  des  fonc» 
tionnaires. 

Les  médecins  des  dispensaires  de  salubrité,  des  dispensaires  spéciaux  et  des 
hôpitaux  de  vénériens  devraient  relever  d'un  chef  commun  ;  ce  serait,  dans  cbaque 
département,  le  médecin  des  épidémies. 

Les  médecins  des  épidémies,  sous  l'autorité  directe  des  préfets  conune  à  pré- 
sent, relèveraient  aussi  de  la  haute  direction  de  l'inspecteur  général  des  services 
sanitaires.  Gelui*ci  centraliserait  les  rapports  et  les  statistiques,  et  proposerait  au 
ministre  les  améliorations  qu'il  jugerait  utiles,  les  encouragements  qu'il  jugerait 
mérités,  et  le  ministre  transmettrait  ses  décisions  aux  préfets  pour  exécution. 

On  pourvoirait  aux  encouragements  de  la  manière  suivante  : 

Le  compte  des  dépenses  hospitalières  nécessitées  par  le  traitement  des  véné- 
riens dans  les  infirmeries  et  dans  les  hôpitaux  de  la  guerre  et  de  la  marine  serait 
arrêté  pour  l'année  1866;  à  l'avenir,  la  moitié  des  économies  réalisées  sur  ces 
dépenses  hospitalières  de  1866  serait  employée  chaque  année  à  récompenser  le 
personnel  des  services  sanitaires  des  villes  où  la  plus  forte  diminution  de  la  con- 
tagion vénérienne  serait  démontrée  par  la  statistique  comparative  des  venaient 
militaires,  et  à  améliorer  les  divers  services  sanitaires,  dispensaires  et  hôpitaux  de 
vénériens  dans  les  villes  où  l'infection  demeurerait  stationnaire  ou  bien  même  se 
montrerait  en  progrès. 

Supposé  que  sous  l'influence  des  mesures  que  j'ai  proposées  le  nombre  des  véné- 
riens traités  dans  les  hôpitaux  de  la  guerre  et  de  la  marine  ne  diminuât  que  d'un 
cinquième  ;  le  cinquième  de  1 500  000  francs  serait  de  300  000  francs,  dont  U 
moitié  permettrait  d'offrir  au  personnel  du  service  sanitaire  des  encouragements 
conâdàrahles  et  de  fortifier  les  bureaux  des  mœurs.  Le  budget  bénéficierait  encore 
de  150  000  ftimcs,  qui  s'accroîtraient  rapidement  chaque  année  moyennant  U 
prophylaxie  internationale  dont  j'ai  posé  les  bases. 

Condumns,  —  Dans  chaque  département,  le  médecin  des  épidémies  devrait  être 
chargé  de  la  haute  surveillance  des  services  médicaux,  des  dispensaires  de  salu- 
brité, des  dispensaires  spéciaux  et  des  hôpitaux  de  vénériens. 

Il  devrait  être  l'intermédiaire  officiel  de  l'administration  et  le  chef  direct  des 
médecins  des  dispensaires  et  des  hôpitaux  de  vénériens.  11  correspondrait  d'une 
part  avec  les  chefs  de  chaque  service,  et  d'autre  part  avec  le  préfet,  qui  décideitit 
des  affaires  courantes,  qui  soumettrait  au  minbtre  de  l'agriculture  et  du  commerce 
les  affaires  importantes^  et  lui  transmettrait  les  rapports,  les  statistiques  et  les  pro- 
positions. 

L'inspecteur  général  des  sei-vices  sanitaires  devrait  être  chargé  de  la  hante  sur- 
veillance de  tous  les  services  qui  ont  pour  but  la  prophylaxie  des  maladies  véné- 
riennes ;  U  centraliserait  les  statistiques  et  les  rapports  des  médecins  des  épidé- 
mies, il  adresserait  au  ministre  des  rapports  sur  l'ensemble  des  services  et  leun 
résultats.  Les  propositions  de  l'inspecteur  général  ne  deviendraient  exécutoire» 
que  sauf  l'approbation  du  ministre,  qui  adresserait  ses  pn^ires  décisions  aux  pré- 
fets pour^exéctttion* 


JEAJOIEL.  —  PROPHYLAXIE  ilTIBIUilATIONALE  DES  MALADIES  VÉNÉRIENNES,    329 

Le  compte  des  dépenses  nécessitées  par  le  traitement  des  vénériens  dans  les 
infirmeries  et  dans  les  hôpitaux  de  la  guerre  et  de  la  marine  étant  arrêté  pour 
Tannée  1866^  à  l'avenir  la  moitié  des  économies  réalisées  sur  ces  dépenses  serait 
employée  diaque  année  à  récompenser  le  personnel  du  service  sanitaire  dans  les 
villes  où  la  plus  foile  diminution  de  l'infection  vénérienne  serait  démontrée  par 
la  statistique  comparative  des  vénériens  militaires^  et  à  améliorer  les  différents 
senices  sanitaires^  savoir  :  les  bureaux  des  mœurs,  les  dispensaires  et  les  hôpi- 
taux de  vénériens  dans  les  villes  où  l'infection  demeurerait  stalionnaire  ou  bien 
iDême  se  montrerait  en  progrès. 


CONCLUSIONS  GÉNÉRALES. 

1*  La  société  civile  a  le  droit  et  le  devoir  de  réprimer  les  scandales  de  la  pros- 
titution^  et  d'en  prévenir  les  dangers  au  double  point  de  vue  de  la  moralité  et  de 
la  santé  publiques. 

2"  Nulle  réforme  sanitaire  purement  locale  ne  peut  être  considérée  comme  effi- 
cace contre  la  contagion  vénérienne.  Un  vaste  système  international  peut  seul 
réaliser  à  cet  égard  le  vœu  des  hygiénistes. 

3*  On  peut  considérer  comme  prouvé  que  dans  la  ville  de  Londi*es^  dans  les 
autres  villes  d'Angleterre  conune  dans  les  principales  stations  maritimes  hors 
d'Europe,  où  les  prostituées  ne  sont  soumises  à  aucune  surveillance  spéciale  et  ne 
subissent  aucune  visite  sanitaire,  la  proportion  des  femmes  publiques  infectées 
dépasse  50  pour  100. 

Aussi  les  villes  maritimes  de  l'Angleterre,  des  États-Unis,  etc.,  fréquentées  par 
une  immense  population  de  marins  appartenant  à  toutes  les  nations,  doivent  être 
considérées  comme  des  foyers  très-actifs  d'infection  vénérienne. 

CONCLUSIONS   RELATIVES   A  LA   RÉPRESSION   DE   LA   PROSTCTUTION    EN   GÉNÉRAL. 

h*  La  miyesté  et  l'inviolabOité  de  la  loi  répugnent  également  à  l'autorisation 
formelle  et  à  la  prohibition  absolue  de  la  prostitution  ;  mais  la  loi,  qui  ne  peut  ni 
reconnaître  ni  interdire  la  prostitution,  peut  du  moins  énoncer  formellement  les 
attributions  de  la  police  à  son  sujet. 

PROIET   DE   LOI. 

Art.  1*'.  La  répression  de  la  prostitution,  soit  avec  provocation  sm*  la  voie 
publique,  soit  de  toute  autre  manière,  est  confiée  au  chef  de  la  police. 

Un  pouvoir  discrétionnaire  est  confié  à  ce  magistrat  sur  tous  les  individus  qui 
s'adonnent  à  la  prostitution  publique. 

Art.  3.  La  prostitution  publique  est  constatée,  soit  par  le  témoignage  de  deux 
agents  au  moins,  soit  par  notoriété,  soit  par  enquête  sur  plainte  et  dénonciation. 

Art.  3.  Le  chef  de  la  police  pourra  faire,  à  l'égard  de  ceux  qui  par  métier  favo- 
risent la  prostitution,  ainsi  qu'à  l'égard  des  logeurs,  des  aubergistes,  des  proprié- 
taires et  principaux  locataires,  tous  les  règlements  qu'O  jugera  convenables  pour 
la  répreasion  de  la  prostitution. 

Art.  &.  Le  chef  de  la  police  pourra  foire  les  règlements  qu'il  jugera  conve- 
nables pour  les  visites  corporelles  imposées  aux  prostituées  dans  l'intérêt  de  la 
santé  publique. 


3S0    GCHIGRÈS  MÉDICAL  INTERNATIONAL.  «-»  QUATBIËIIE  StANCB  DE  lOUB. 

CONCLUSIONS   RELATIVES   A   LA   RËPRES5I0N   OB   LA   PROfiTlTUTlON   CLANDBSnNE. 

5*  L«f  inspecteurs  chargés  de  la  surveillance  des  prostituées  insoumises  doitétlt 
agir  avec  la  plus  grande  circonspection  à  Tégard  de  celles  qu'ils  rencontrent  sut- 
la  voie  publique^  et  les  suivre  jusque  dans  les  maisons  de  tolérance  et  dans  le 
domicile  des  filles  inscrites^  afin  de  ne  procéder  à  leur  arrestation  que  lorsque  le 
doute  sur  leurs  dispositions  n'est  plus  possible. 

6^  Il  n'y  aura  lieu  de  procéder  à  l'arrestation  d'une  insoumise  dans  un  lieu 
notoirement  ouvert  à  la  prostitution^  que  s'il  y  a  trace  de  flagrant  délit,  ou  aveu  de 
la  part  de  la  fille  ou  de  l'homme  trouvé  avec  elle,  qu'il  y  a  eu  provocation  de  la 
part  de  la  fille  à  un  acte  de  débauche. 

1^  Les  inspecteurs  ne  procèdent  à  l'arrestation  sur  la  voie  publique  d'une  insou- 
mise qu'ils  n'auraient  pu  surprendre  dans  un  des  cas  sus-énoncés,  que  lorsqu'une 
surveillance  prolongée  leur  aura  permis  d'observer  des  faits  susceptibles  d'être 
précisés,  soit  qu'on  la  saisisse  au  moment  où  elle  sortirait  d'un  lieu  de  prostitution 
ou  circulant  avec  des  filles  ptibliques,  soit  qu'elle  occasionne  par  ses  provocations 
un  scandale  public. 

8°  Les  inspecteurs  observeront  toujours  vis-à-vis  de  ces  femmes  les  convenances 
que  commande  la  dignité  de  l'administration,  sauf  à  faire  constater  juridiquement 
les  outrages  ou  les  voies  de  fait  dont  ils  auraient  été  l'objet  de  leur  part,  et  ils 
s'abstiendront  de  la  manière  la  plus  absolue  de  tout  moyen  de  surprise  ou  de 
subornation. 

9*^  Quelles  que  soient  les  circonstances  où  elles  auront  été  arrêtées,  les  insou- 
mises seront  conduites  immédiatement  devant  le  chef  du  bureau  des  tnœurs,  afin 
qu'il  soit  procédé  sans  délai  à  leur  interrogatoire  et  à  leur  examen  corporel. 

10**  Dans  les  villes  du  second  ordre,  où  l'arrestation  immédiate  n'est  pas  indis- 
pensable, on  considère  qu'il  y  a  flagrant  délit  ou  tout  au  moins  présomption  suf- 
fisante de  prostitution  clandestine  daiis  les  cas  suivants  : 

11°  Lorsqu'une  fille  est  surprise  dans  un  lieu  public  ou  sur  la  voie  publique  se 
livrant  à  des  actes  de  débauche  avec  un  homme  qui  déclare  ne  pas  la  connaitiv 
et  ne  pas  répondre  d'elle. 

12°  Lorsqu'une  fille  est  surprise  introduisant  dans  son  domicile  un  individu 
qu'elle  a  rencontré  sur  la  voie  publique  ou  dans  un  lieu  public,  et  qui  fait  la  même 
déclaration  que  ci-dessus. 

i^"*  Lorsqu'une  fille  est  surprise  dans  une  maison  garnie  ou  dans  une  auberge 
anfermëe  avec  un  homme  qui  fait  la  mêtne  déclaration  que  ci^essud.  ' 

1 4°  Lorsque,  à  des  époques  rapprochées,  les  agents  ont  rencontré  la  mèma  fiUe 
dans  les  rues  ou  dans  les  lieux  publics  avec  des  hommes  différatitB»  bien  que 
chacun  d'eux  ait  pu  déclarer  être  son  amant  ou  son  protecteur. 

15°  Lorsqu'une  fille  est  surprise  dans  une  maison  de  passe,  ou  lorsque  les  agents 
la  voient  entrer  dans  une  pareille  maison  ou  en  sortir. 

16°  La  fréquentation  des  filles  inscrites  ou  des  maîtresses  de  maisoà  de  passe 
est  assimilée  au  flagrant  délit  de  prostitution  clandestine. 

17*  Dans  tous  ces  cas,  sur  un  rapport  écrit  signé  de  deux  agents,  laflUe  est  con- 
voquée au  bureau  des  mœurs  par  une  lettre,  et  si  elle  refuse  de  se  rendre  à  k 
oonvocation,  sur  l'ordre  du  chef  du  bureau  des  mœurs  qui  juge  de  la  fravité  du 
(ait,  elle  peut  être  arrêtée  et  amenée  de  force. 

18°  Loi*squ'elle  comparait  devant  le  chef  du  bureau  des  mœurs^  oeiai^fli  lîii  Aat 


JEAimiL  —  FBOPHTLAJl»  IRTiaNATIONALI  DBS  MàLADIlS  ▼ÉHÊBIBimni.    3S1 

ittblTi  sur  M  (kmille^  ses  antëcédenU>  sa  profesàion^  ëtc.>  un  interrogatoire  dont 
il  garde  la  note  écrite  foar  former  les  éléments  d'un  dossier;  il  ajoute  à  ee  dos* 
sier  l'acte  de  naissance  de  la  fiUe^  qu'il  se  procure  par  une  lettre  officielle  écrite 
au  nom  du  chef  supérieur  de  la  poUce#  et  qu'il  adresse  au  maire  de  la  commune 
dont  la  fille  est  originaire. 

19*  SI  dé  l'ensemble  des  informations  U  résulte  que  la  fille  a  décidément 
renoncé  au  travail  et  qu'elle  n'u  plus  d'autre  moyen  d'eiistence  que  la  prostitu- 
tion ;  si  elle  a  été  troutée  atteinte  dé  maladie  TénéHénné  et  qu'il  ftdlle  enfin 
renoncer  à  la  Toir  reprendre  une  rie  honnête,  le  chef  du  bureau  des  mœurs 
demande  au  chef  supérieur  de  la  police  l'autorisation  de  l'inscrire  sur  le  registre 
de  la  prostitution  publique. 

SO*  Les  parents,  s'U  s'agit  d'une  fille  mineure^  ou  le  mari,  s'il  s'agit  d'une 
femme  mariée,  ont  dû  être  mis  en  demeure  de  reprendre  l'inculpée  et  de  pour» 
Yoir  à  ses  besoins  en  velllAnt  sur  sa  conduite. 

21*  L'inscription  sur  lé  registre  dé  la  prostitution  publique  A  lieu  t 
i*  Sur  la  demande  des  filles,  c'est  l'inscription  volontaire  ; 
2?  Par  ordre  du  ehef  supérieur  de  la  police,  c'est  l'insoription  d'offîce. 

22*  L'inscription  est  la  sauvegarde  nécessaire  et  unique  de  la  société  contre  le 
scandAle  et  le  danger  de  la  prostitution  exercée  même  par  les  filles  mineures. 

2S*  S'il  arrivait  qu'une  fille  dont  l'inscription  d'office  a  été  décidée. ref^isflt  de 
signer  le  registre  et  d'accepter  la  carie  de  prostituée^  elle  y  serait  contrainte  pu* 
la  prison. 

W  Si  cependant  la  fille  refusait  absolument  dé  signer>  il  serait  Ikit  mention  de 
son  refus  au  bas  du  procèi*verbal  d'insoriptioti>  et  il  seHdt  passé  outre. 

25*  Aucune  réforme  ne  serait  plus  utile  que  celle  qui  oonsistendt  à  relever 
les  fonctions  de  chef  de  bureau  des  moaurs  par  des  émoluments  convenables^  et  à 
ne  les  confier  qu'à  des  hommes  d'une  moralité  et  d'une  capacité  éprouvées. 

26*  La  répression  de  la  prostitution  clandestine  est  de  la  plus  haute  impor- 
tance. Toutes  les  mesures  administratives,  toutes  les  mesures  sanitaires  qui  peu- 
▼ent  être  preactites  pour  prévenir  les  scandideft  et  les  dangers  de  la  prostitution 
publique,  etpour  prévenir  là  propagation  des  maladies  vénériennes^  deviennent  à 
peu  pràs  Illusoires  si  le  servioe  de  la  police  est  négligé  en  ce  qui  concerne  la  proe- 
titution  clandestine. 

27*  Un  règlemetit  uniforme,  relativement  à  la  prostitution  et  à  la  prophylaxie 
dès  maladies  vénériennes,  devrait  être  adopté  dans  tous  les  centres  de  population, 
non-seulement  en  Fi-ance,  mais  dans  tous  les  pays  civilités. 

CONCLUSIONS   RELATIVES   AU   SERVICE   MÉDICAL.  —  DU   MÉDECIN   DES  ÉPIDÉMIES. 


M*  Hans  chaque  département,  le  médecin  des  épidémies  est  chargé  de  la  luiute 
surveillance  des  dispensaires  de  salubrité^  des  dispensahret  spéciaux  et  des  hôpi- 
taux de  vénériens. 

29<»  Il  est  l'intermédiaire  officiel  de  Tadministration  et  le  chef  direct  des  méde- 
cins des  dispensaires  et  des  hôpitaux  de  véndriens. 

30<*  Il  correspond  d'une  pari  avec  les  chefs  de  chaque  service,  et  d'autre  pari 
avec  le  préfet,  qui  décide  des  affaires  courantes,  qui  soumet  au  ministre  de  l'agri- 
cidhire  et  dii  commerce  les  aflTah^s  importantes,  el  l\A  transmet  les  rapportai  les 
»t«Kii^«i  IM  sUtisllques. 


iM   OMGBÈS  MÉDICAL  INTERlf ATIONAU   —  QUàTRifellE  SÈAliGE  DE  JOCB» 

31»  Il  est  nommé  par  le  préfet,  sur  une  liste  de  trois  candidats  fcHinée  au 
scrutin  par  le  conseil  d'hygiène  et  de  salubrité  du  département 

DE   l'ibISPECIEUR   GÉNÉRAL* 

32®  L'inspecteur  général  des  services  sanitaires  résidant  à  Paris  est  chargé  de 
la  haute  surveillance  de  tous  les  services  qui  ont  pour  but  la  prophylaxie  des  ma* 
ladies  vénériennes;  il  centralise  les  statistiques  et  les  rapports  des  médecins  des 
épidémies;  il  adresse  au  ministre  des  rapports  sur  l'ensemble  des  services  et  sur 
leurs  résultats. 

33**  Les  propositions  de  l'inspecteur  général  ne  deviennent  exécutoires  que 
sauf  l'approbation  du  ministi-e,  qui  adresse  ses  propres  décisions  aux  préfets  pour 
exécution. 

Zk*  Il  est  nommé  par  le  ministre,  sur  une  liste  de  trois  candidats  formée  par 
le  comité  consultatif  d'hygiène  et  de  salubrité  publique. 

CONCLUSIONS  RELATIVES  AUX  RÉOOIIPENSBS  ET  AUX   AMÉUORAnONS. 

35^  Les  comptes  des  dépenses  nécessitées  par  le  traitement  des  vénériens  dan» 
les  inûrm^eries  et  dans  les  hôpitaux  de  hi  guerre  et  de  la  marine  étant  arrêtés 
pom*  l'année  1866>  à  l'avenir  la  moitié  des  économies  réalisées  sur  ces  dépensent 
sera  employée  chaque  année  à  récompenser  le  personnel  du  service  sanitaire  dans 
les  villes  où  la  plus  forte  diminution  de  l'infection  vénérienne  serait  démontrée 
par  la  statistique  comparative  des  vénériens  militaires,  et  à  améliorer  les  diffé- 
rents semces  sanitaires  :  dispensaires  et  hôpitaux  de  vénériens  dans  les  villes 
où  l'infection  demeurerait  stationnairc  ou  bien  même  se  montrerait  en  progrès. 

CONCLUSIONS  RELATIVES  AUX  PRÉSERVATIFS* 

36*  Les  préservatifs  individuels  sont  d'une  valeur  médiocre,  et  il  est  impossible 
de  compter  sur  eux  pour  arriver  à  restreindre  l'infection  vénérienne  dans  l'en- 
semble de  la  population;  leur  usage  ne  saurait  être  généralisé,  et  leur  efficacité 
est  présumée  plutôt  que  démontrée. 

37«  L'onction  des  organes  par  un  corps  gras  avant  l'acte,  et  le  lavage  à  grande 
eau  additionnée  de  substances  aromatiques  après  l'acte  génital  paraissent  être  lei: 
meilleurs  préservatifs  des  maladies  vénériennes. 

œNCLUSION   RELATIVE   A   l' INSTRUCTION  SANITAIRE  AFFICHÉE  DANS  LES  MAISONS 

DE    PROSnTUTION. 

38*  Cette  instruction,  à  peu  près  iUusoire  dans  la  pratique,  doit  être  aban- 
donnée comme  d'une  utilité  douteuse  et  comme  compromettant  la  d^ité  de 
l'administration. 

CONa.USION   RELATIVE  A   LA    RESPONSABILITÉ  DBS   FILLES   PUBLIQUES  ET  DBS   XaItRESSES 

DE  MAISON» 

39*  La  responsabilité  des  ûlles  publiques,  celle  des  matrones  dans  la  maison 
desquelles  des  maladies  vénériennes  ont  été  contractées^  ne  peut  jamais  être  invo- 


JEAWIBL.  —  PBOraTLAZIE  llfTBRNATIONALE  DES  MALADIES  VÊIIÊBIE1INBS.  333 

quée  en  justice.  Cette  responsabilité  doit  se  borner  au  payement  des  frais  de  trai- 
teuient^  soit  par  les  âUes  isolées  qui  ont  une  propriété  saisissable,  comme  un  nio- 
liOier,  soit  par  les  maîtresses  de  maison. 

GOSCXCSIONS   RELATIVES  AUX   MOYENS   DE   PRÉVENIR  LA   TRANSMISSION   DE   LA   SYPHILIS 
DES   KOURRIŒS  AUX  'NOURRISSONS  ET   DES   NOURRISSONS   AUX   NOURRICES. 

&0*  Ia  nourrice  devra  se  pourvoir  d'un  certificat  dûment  légalisé^  délivré  par 
le  médecin  cantonal,  et  attestant  qu'elle  réunit,  sous  le  rapport  sanitaire,  toutes 
les  conditions  désirables  pour  élever  un  nourrisson. 

&i*  Si  elle  change  de  résidence  à  son  anîvéc,  eUe  devra  se  soumettre  à  une 
contre-visite  faite  par  un  médecin  agréé  par  l'administration. 

&2*  Toute  nourrice  à  laquelle  un  enfant  aura  été  confié  devra  se  munir  d'un 
certificat  du  médecin  agréé  par  l'administration,  et  constatant  que  l'enfant  est 
sain  en  apparence. 

&3*  Si  elle  emporte  l'enfant,  ce  cei:tlflcat  sera  remis  au  médecin  cantonal  de 
sa  résidence,  qui  procédera  immédiatement  à  une  contre-visite,  puis  à  une  seconde 
yisiie  dans  le  courant  du  troisième  mois. 

hk^  L'enfant  syphilitique  doit  être  allaité  par  une  nourrice  également  syphili- 
tique, l'un  et  l'autre  devant  être  soumis  simultanément  au  même  traitement. 
A  défaut  de  nourrice  syphUitique,  l'enfant  infecté  doit  être  nourri  par  une  chèvre^ 
ou  au  biberon,  s'O  est  impossible  de  faire  autrement. 

CONCLUSIONS   RELATIVES   AUX  MOYENS   DE  PRÉVENIR   LA  TRANSMISSION   DE  I«A  SYPHILIS 

PAR   LE   VACCIN. 

115*  La  transmission  de  la  syphilis  pai*  le  vaccin  a  été  signalée  ;  mais  c'est  un 
accident  facOe  à  éviter  et  relativement  très-rare. 

&6*  Les  vaccinateurs  devront  recourir  au  cowpox  le  plus  souvent  possible,  et 
lorsqu'à  défaut  de  cowpox,  ils  vaccineront  de  bras  à  bras,  il  leur  est  expressément 
recommandé  de  ne  jamais  puiser  le  vaccin  que  sur  des  enfants  en  bonne  santé 
âgés  de  plus  de  trois  mois>  et  d'éviter  de  faire  saigner  les  boutons. 

kT  Si  le  vaccinifère,  même  sain  en  apparence,  était  âgé  de  moins  de  trois 
mois,  il  faudrait  s'enquérir  de  l'intégrité  sanitaire  de  sa  mère. 

68*  Dans  tous  les  cas,  il  est  nécessaire  de  laver  soigneusement  la  lancette  après 
chaque  inoculation. 

CONCLUSIONS   REL.VTIVE3   AUX   MOYENS   DE   PRÉVENIR  LA   TRANSMISSION   DE  LA  SYPHILIS 
PAR   LES   INSFRUMENTS  ET   LES   USTENSILES   QU'ON   PORTE   A   LA   BOUCHE. 

&9*  La  transmission  de  la  syphilis  par  les  instruments  et  les  ustensiles  qu'on 
porte  à  la  bouche  est  relativement  très^rare. 

50*  Elle  ne  peut  guère  être  combattue  directement  par  des  mesures  adminis- 
tratives spéciales,  cependant  il  serait  utUe  de  généraliser  dans  les  verreries  les  avis 
et  les  instructions  adoptées  par  le  Conseil  d'hygiène  et  de  salubrité  du  département 
da  Rhtae. 


S3&    COMGRto  UÈmCàt  UfTIRNATlONàL.  -^  QUATRlftlfB  StANGB  DE  JOIHL 

coMOLcnnoNB  Bnjomâ  aux  bApitauz  db  viNfiiinNS. 

51°  L'insuffisance  des  hôpitaux  de  vénériens  est  un  fait  notoire  auqu^  il  serait 
urgent  de  remédier, 

52°  Les  vénériens  des  deux  sexes  devraient  être  admis  librement  et  sans  aucune 
formalité  dans  les  hôpitaux  spéciaux. 

53°  Les  prostituées  des  petites  villes^  des  bourgs  et  des  villages^  qu'on  se  borne 
le  plus  souvent  à  expulser  lorsqu'elles  sont  reconnues  malades^  devraient  être 
dirigées  par  la  gendarmerie  jusqu'à  l'hôpital  de  vénériens  le  plus  voisin,  et|  être 
séquestrées  jusqu'à  guéiison. 

5/!i°  Le  régime  intérieur  des  hôpitaux  de  vénériens  devrait  être  amélioré^  afin 
que  les  malades  n'éprouvassent  aucune  répugnance  à?  entrer  et  à  y  rester  jusqu'à 
parfaite  guérison. 

55°  L'admission  de  tous  les  malades  sans  distinction  d'origine,  la  séquestration 
étendue  aux  prostituées  malades  des  petitts  localités,  et  l'amélioration  du  régime 
intérieur  des  hôpitaux  de  vénériens  n'entraîneraient  pas  de  fortes  dépenses,  si  l'on 
adoptait  le  principe  de  l'application  à  l'amélioration  des  services  prophylactiques 
de  la  syphilis  des  économies  réalisées  sur  le  traitement  des  vénériens  de  l'année 
et  de  la  flotte  à  partir  d'une  époque  déterminée, 

56°  Les  règlements  sur  la  police  intérieure  des  hôpitau)^  de  vénériens  des  dépu^ 
tements  devraient  être  calqués  sur  ceux  des  hôpitaux  de  vénériens  de  Paris  et  de 
rinflrmcrie  de  Saint-Lazare,  et  l'exécution  de  ces  règlements  devrait  être  assurée 
rigoureusement  par  une  inspection  sérieuse. 

57°  La  haute  surveillance  médicale  des  hôpitaux  de  vénériens  devrait  être  con- 
fiée à  Paris  à  l'inspecteiu*  général  des  services  sanitaires,  et  dans  les  départements 
aux  médecins  des  épidémies. 

CONCLUSIONS   RELATIVES   AUX   DISPENSAIRES   SPÊDAUX. 

58°  Des  consultations  gratuites  pour  les  vénériens  devraient  être  organisées 
dans  toutes  les  grandes  villes. 

59*  Les  médicaments  devraient  être  délivrés  gratuitement  par  les  pharmacies 
des  hôpitaux. 

60°  Les  dispensaires  spéciaux  sont  un  moyen  très-économique  de  subvenir 
à  l'insuffisance  des  hôpitaux  de  vénériens. 

61°  Au  point  de  vue  médical,  les  consultations  gratuites  et  les  dispensaires  spé- 
ciaux devraient  être  soumis  à  la  surveillance  de  l'inspecteur  général  des  services 
sanitaires  et  des  médecins  des  épidémies. 

CONCLUSIONS   RELATIVES   A  LA   VlSrTE  SANIFAIRE  DBS  OUVRIERS  CIVILS* 

62°  La  visite  sanitaire  des  ouvriers  civils  est  illuMiitts,  ear  la  sëquwtntioii  à» 
malades  est  Impossible; 

63*  Les  progrès  à  réaliser  par  là  prophylaide  des  maladiei  vénëHennes  parmi 
les  ouvriers  civils  consisteraient  dani  l'amélioration  des  hôpHaux  de  ténérieni. 
la  libre  admission  des  malades  dans  ces  hôpitaux  sans  formalités  restriotivts,  «t 
dans  l'organisation  des  dispensaires  spéciaux,  avec  délivrance  gratuite  des  médi- 
caments. 


JEANNUL  —  PHOniTCJlXlB  INTEHUATIONALE  DBS  MALADIES  VÈNÊRIBNUBS.    335 

CONCLCSIONS   RELATIVES  A  LA   VISITE   SANITAIRE   DES   OUVRIERS   aVILS   ENRÉGIMENTÉS 

OU   ENGAGÉS   MIUTAIREMENT. 

6ft*  Lfs  ouvriers  enréglmentë8  ou  engagés  militairement  au  service  de  l'État 
devraient  être  asstyettis  à  de»  visites  sanitaires  périodiques,  et^  lorsqu'ils  sont 
trouvés  infectés  de  maladie  vénérienne,  ils  devraient  être  séquestrés  jusqu'à  gué- 
rison,  selon  les  décisions  ministérielles  en  vigueur. 

CONCLUSIONS   RELATIVES  A   LA   VISITE   SANITAIRE   DES   PRÉVENUS,    DES   PRISONNIERS 

ET    DES   VAGABONDS. 

65*  Les  prévenus,  les  prisonniers  et  les  vagabonds  arrêtés  pour  défaut  d'asilej 
doivent  être  soumis  à  la  visite  sanitaire  dès  leur  entrée  en  prison  ;  mais  la  séques- 
tration jusqu'à  guérison  des  maladies  ne  peut  être  imposée  aux  prévenus  qui  sont 
l'objet  d'ordonnances  de  non-lieu  ou  aux  condamnés  dont  la*  peine  expire  avant 
la  guérison. 

CONCLUSIONS   RELATIVES   A   LA   VISITE   SANITAIRE   DES   SOLDATS   DE  L  ARMÉE   DE   TERRE 

ET   DES   MARINS   DE   LA   FLOTTE, 

6(J*  Les  soldats  de  l'armée  de  terre  et  les  marins  de  la  flotte  doivent  être  visités 
tous  les  dix  jours,  sans  préjudice  des  visites  faites  au  dépai't  et  à  l'arrivée. 

67*  Les  marins  de  la  flotte,  au  retour  d'une  campagne,  ne  doivent  être  auto- 
risé? à  descendre  à  terre  qu'après  que  leur  intégrité  sanitaire  aura  été  constatée 
et  certifiée  parle  chirurgien  duiwrd,  selon  les  règlements  en  vigueur. 

CONCLUSIONS   RELATIVES   A  LA   VISITE   DES   MARINS   DES   NAVIRES   MARCHANDS   FRANÇAIS 

ET    ÉTRANGERS. 

68"*  Les  marins  des  navires  marchands  français  ou  étrangers  qui  arrivent  dans 
nos  villes  maritimes  après  avoir  abordé  des  ports  où  les  prostituées  ne  sont  sou- 
mises à  aucun  règlement  sanitaire,  sont  la  cause  principale  du  renouvellement 
et  de  la  propagation  de  l'infection  vénérienne. 

69**  Toutes  les  mesures  opposées  à  la  propagation  des  maladies  vénériennes 
demeureront  impuissantes  tant  que  les  matelots  de  la  marine  marchande  né 
seront  soumis  à  aucune  visite  sanitaire,  et  tant  que  les  vénériens  trouvés  parmi 
eux  ne  seront  pas  séquestrés  jusqu'à  guérison. 

70*  Les  institutions  et  les  règlements  destinés  à  réaliser  cet  immense  progrès 
humanitaire,  en  prévenant  la  propagation  des  maladies  vénériennes  par  les  ma- 
rins, devraient  être* discutés  et  adoptés  par  une  conférence  internationale  réunis- 
sant l'élite  des  hygiénistes  et  des  administrateurs. 

PROJET   DE   RÈGLEMENT    INTERNATIONAL    POUR   COMBATTRB    LA    PROPAGATION    DBS  IIALABUSB 

VÉNÉRIENNES   PAR   LES   MARINS. 

Art.  !•'.  Le  capitaine  de  tout  navire  en  partance  doit  être  nmni  d'un  certificat 
de  santé  concernant  nominativement  tous  les  hommes  de  son  équipage  et  revêtu 
du  visa  du  consul  de  sa  nation. 

Art.  2.  Ce  certificat  sera  délivré  par  le  médecin  sanitaire  attaché  au  consulat 
de  la  nation  à  laquelle  le  navire  appartient. 


336  CONGBÈS  MÉDICAL  INTBB NATIONAL.  —  QUATRIÈME  SÉANCE  DE  JOCB. 

Akt.  3.  Les  hommes  trouvés  malades  seront  retenus  à  terre^  et  ceux  qui  seront 
trouvés  atteints  de  maladies  contagieuses  seront  séquestrés  jusqu'à  guérison  dans 
un  hôpital  spécial. 

Art.  &.  Les  malades  vénériens  qui  ne  pourront  ou  ne  voudront  pas  payer  les 
frais  de  leur  traitement  seront  traités  aux  frais  de  leur  gouvememet  res- 
pectif. 

Art.  5.  Les  malades  qui  consentiront  à  payer  les  finis  de  leur  traitement  rece- 
vront des  soins  dans  des  chambres  particulières. 

Art.  6.  Tout  navii'e  arrivant  ne  poun*a  être  admis  en  libro  pratique  qu'aprè» 
la  visite  sanitaire  de  ses  matelots. 

Art.  7.  Cette  >1site  sera  faite  par  le  médecin  sanitaire  attache  au  consulat  de 
la  nation  à  laquelle  le  navii-e  appartient. 

Art.  8.  Les  hommes  trouvés  atteints  de  maladies  contagieuses  quelconques 
seront  séquestrés  jusqu'à  guérison^  ainsi  qu'il  a  été  dit  ci-dessus. 

Cependant  il  est  à  présumer  que  si  la  visite  au  départ  était  généralisée  dans  le 
monde  civilisé^  la  visite  à  Tarrivée,  dont  l'exécution  offrirait  de  très-grayes  diffi- 
cultés^ perdrait  beaucoup  de  son  importance  hygiénique^  et  peut-être  pourrait- 
elle  être  abandonnée. 

Art.  9.  Chaque  gouvernement  pourvoira  à  la  construction,  d'après  un  plan 
convenu,  des  hôpitaux-lazarets  que  la  conférence  internationale  aura  jugés  né- 
cessaires. 

Art.  10.  Chaque  gouvernement  devra  rembourser  les  frais  de  traitement  de  ses 

nationaux. 

Art.  11 .  Le  règlement  intérieur  de  ces  hôpitaux-laiarets  sera  arrêté  par  la  conr 
férence. 

Art.  12.  La  haute  surveillance  administrative  en  sera  confiée  dans  chaque  ulle 
à  une  commission  composée  des  trois  consuls  des  nations  qui  auront  fourni  le  plus 
grand  nombre  de  matelots  malades,  et  présidée  par  un  fonctionnaire  supérieur 
de  la  marine  indigène. 

Art.  13.  En  France,  les  hôpitaux-laiarets  seront  sous  la  haute  surveillance  des 
médecins  des  épidémies  et  de  l'inspecteur  général  des  services  sanitaires  pour  tout 
ce  qui  concerne  le  senice  médical. 

Art.  1&.  U  n'est  pas  possible  d'étendre  le  régime  des  visites  sanitaires  et  de  la 
séquestration  aux  passagers  des  navires  ni  aux  voyageurs  qui  franchissent  les  fron- 
tières ten'estres. 

PROJET  DE  R&GLEMENT  PROPOSÉ   POUR  ÊTRE  APPLIQUÉ   UNffORMËMENT  A  TOUS  LES  PISPLS- 
$.\IRES  DE  SALUBRTrÊ  ET  A  TOUS  LES  BUREAUX  DES  MŒURS. 

J  I.  —  Dispositions  générales. 

Art.  1*'.  Le  service  de  la  police  des  mœurs  est  placé  sous  la  direction  d'un 
commissaire  de  police  portant  le  titre  de  chef  du  bureau  des  mœurs. 

Art.  2.  Ce  fonctionnaire  est  chargé  de  faire  exécuter  les  règlements  concer- 
nant la  répression  de  la  prostitution  clandestine,  les  filles  publiques,  les  maisons 
de  tolérance  et  les  garnis  où  logent  les  Ailes  de  mauvaise  vie.  Pour  remplir  cette 
mission,  il  est  assisté  d'un  nombre  d'agents  suffisant  placés  sous  scm  autorité 
immédiate. 


JEAmiEL.  —  PROPHYLAXIE  IKTEftRATIONALB  DIS  MALADUft  VÉtltalBMMBS.      SS7 

» 

S  II.  —  Bnwglrtrim— I  ou  intenptioii  des  flilet. 

Air.  3.  Toute  femme  qui  se  livre  notoirement  à  k  prostitution  {niUîque  est  enre- 
gistrée comme  telle,  soit  sur  sa  demande,  soit  d'office  (voy.  Conclusions  fàiéfales 
reUtives  à  la  prostitution  clandestine). 

Art.  &.  La  mesure  de  l'enregistrement  consiste  dans  Tinscription  sur  un  registre 
pirticulier  des  nom  et  prénoms  de  la  fiUe  publique^  de  son  AgOj  de  son  paysi  de 
81  demeure,  de  sa  profession  antérieure  et  des  motilii  qui  l'ont  détermWe  à 
reoNirir  à  la  prostitution.  ÀTant  l'enregistrement,  il  lui  est  donné  connaissance 
des  règlements  concernant  les  filles  publiques. 

Asr.  5.  L'enregistrement  est  presque  toiigours  Tolontaire;  on  n'y  procède  d'of- 
fice qu'à  l'égard  du  petit  nombre  de  femmes  qui,  livrées  manifestement  à  la 
débtuche,  déjà  arrêtées  plusieurs  fois  pour  fait  de  prostitution,  ou  atteintes  de 
maladies  contagieuses,  refusent  de  se  soumettre  à  des  mesures  auiquelles  il  est 
do  deroir  de  l'antmité  de  les  assi^ettir  dans  l'intérêt  de  Tordre  et  de  la  santé 
puMique. 

S  III.  —  logement  dw  filles. 

Am.  6.  Les  filles  publiques  enregistrées  se  divisent  en  deux  ciasses  :  les  iso- 
lées, c'est-à-dire  celles  qui  ont  un  domicile  particulier,  soit  à  terme,  sait  en  garni, 
et  les  filles  de  maison,  dénomination  sifectée  à  celles  qui  depieurent  dans  des 
nuisons  de/prostitution,  dites  de  tolérance. 

AsT.  7.  Une  fiUe  inscrite  ne  peut  passer  dans  la  catégorie  des  isolées  qtie  sauf 
Tautorisation  du  chef  du  bureau  des  mœurs;  ce  fondioanalre  décide  aussi,  ett 
niion  des  convenances  locaks,  du  logement  qu'elle  peut  occuper. 

Ait.  8.  Les  femmes  qui  tiennent  des  maisons  de  tolérance,  et  qu'on  appelle 
maîtresses  de  maison  ou  matrones,  ne  peuvent  exercer  sans  l'autorisation  de 
l'administration,  anUNrisation  qu'elles  n'obtiennent  que  sur  la  production  du 
consentement  écrit  du  prolétaire  de  la  maison  où  elles  veulent  s'établir. 

Ait.  9.  Toute  demande  en  autorisation  de  loger  des  filles  soumises  ou  d'établir 
sue  maison  de  tolérance  est  remise  au  chef  du  bureau  des  mœurs,  qui  la  soumet 
aa  chef  supérieur  de  la  police  avec  son  avis  motivé. 

Ait.  10.  Les  maisons  de  tolérance  et  les  garnis  oii  logeront  les  fiUes  soumises 
n'annmt  jamais  sur  la  voie  publique  qu'une  seule  issue,  laquelle  sera  garnie 
d'nne  double  porte;  leurs  croisées  extérieures,  cadenassées  et  à  vitres  dépolies, 
prendront  l'air  par  deux  vasistas  adaptés  aux  châssis  supérieurs. 

J  lY.  —  Polioe  de  la  voie  pubUque  et  des  lieux  publies. 

Art.  il.  Tout  ce  qui  peut  attirer  l'attention  des  passants  et  causer  du  scandale 
ot  expressément  défendu  et  sera  sévèrement  réprimé,  comme  les  toélettes  indé- 
centes, les  provocations,  les  rixes,  les  appels  directs  dans  les  rues,  etc. 

}  V.  —  Radiation. 

Ait.  12.  Toute  fille  inscrite  qui  désirera  obtenir  sa  radiation  adressera  sa 
demande  au  chef  supérieur  de  la  police,  qui  statuera  sur  le  rapport  du  chef  du 
'orean  des  mesiBv. 

33 


aiB'  CON^f»  HÈDICâi  linriINâTIONàL.  *-»  QUAIlikitt  StUIGB  DE  JOUE. 

« 

S  VI.  •*  Vltilii  MBiUnfM. 

'  Àrr.  W.  T<mtéfl  les  illes  imcritet  loat  âm^tttef  ii  U  ymtA  miiUire  mu  dis 
par  semMne^  et  plus  fréquemment  s'il  art  jufë  néoeiadre. 

Art.  ili.  Les  filles  qui  sortent  de  l'hôpital  et  dont  la  gu^riaon  no  saurait  être 
frop  sîflréfment  éonstatëe^  les  flUea  tuipectes  ou  dénoncées  comme  malades,  les 
filles  sortant  de  prison,  les  arrlTantea,  les  partantes^  et  les  (Ules  nouTellement 
inscrfteii,  subissent  ulie  Tlsite  supplémentaire  indépendamment  de  la  visite  pé- 
TÎodlquc/ 

Art.  15.  Les  visites  hebdomadalrta  ont  lieu  au  dispensaire  de  salubrité  établi 
(dans  uilé  rue  peu  fréquentée  d'un  quartier  exœntrique)*  Elles  sont  gratuites  (1). 
'  ;  ^ei$'ont'  lieu  les  mardis  et  mercredis  do  chaque  semaine,  de  neuf  à  onze 
heures  du  matin. 

Toutes  les  iilles'qui  ne  se  seront  pu  présentées  pour  être  visitées  le  mardi  ou 
le  thei'credi  seront  passibles  de  vingt^qualre  heures  de  prison. 

Les  filles  qui,  sans  excuse  légitime,  auront  manqué  à  la  visite  le  mardi  et  le 
mercredi,  serout  reçues  au  dispensaire  pour  y  être  visitées  de  neuf  à  onze  heures 
du  matin,  le  jeudi  et  le  vendredi,  en  payant  une  amende  de  ....  et  celles  qui 
aaiDnt'mmqité  àla  Visite  le  jeudi  et  le  vendredi  seront  reçues  au  dispensaire  le 
sàmediren: payaa*  une  amende  de  ..*. 

Aar»  16.  i^s  fiUes  qui  ne  pourront  se  rendre  au  dispensaire  en  raison  d'une 
maladie  quelconque  devront  faire  constater  par  un  certificat  de  médecin  qu'il 
lewB  ait'inoq[iosëhWde  sorUr;  elles  adresseront  ce  certificat  à  M.  le  chef  du  bureau 
ées  iBoenri;. elles  seront  alors  visitées  gratuitement  à  leur  domicile  par  le  mé- 
decin de  service* 


f 


,,  .  )  VII.  —  Médecins  sanitaires. 

Art.  17.  Les  médecins  sanitaires  sont  nommés  par  le  chef  sapérieur  de  U 
p(dice  sur.  une  liste  de  candidats  présentés  par  la  société,  ou  à  défuit  par  rafloda* 
Uon  médicale  de  la  viUe. 

Art.  18.  Ils  sont  constitués  en  commissign  sous  la  haute  surveillance  du  mé» 
decin  des  épidémies,  et  nomment  entre  eux  au  scrutin  un  président  chargé  de  li 
direction  du  service, 

.  ^t,  19.  IU  sont  tous  soumis  au  même  règlement  et  partagent  toiu  également 
les  charges  de  la  visite. 

Art.  20.  Le  président  centralise  les  travaux  de  la  commisilon  ;  il  wille,  d'aprit 
le  règlement,  à  la  bonne  exécution  des  visites;  Q  arrête,  de  concert  avec  ses  collè- 
gues. Tordre  de  roulement  du  service  ;  il  recueille  les  éléments  de  la  statistique; 
UîtâraneriAiaque  semaine  et  chaque  trimestre^  au  nom  de  la  commission,  un 
rapport  an  )Enédecin  des  épidémies  sur  Tétat  du  service. 

Art.  21.  En  aecepiant  leurs  fonctions  >  les  médecins  s'engagent  à  ne  pohit 
traiter  les  filles  inscrites. 

Art.  22.  Les  médecins,  sans  préocoupation  de  théorie,  doivent  déclarer  malade 
toute  4lle  Mteinte  d'aOfction  muco-purulente  ou  suppurante. 
.  Aut^-^Sk  P«  quelque  utilité  que  soit  le  spéculum,  c'est  à  ebaqua  Inédscin 

(1)  Je  p^is  devoir  formuler  le  système  bordelais,  qtti  me  parait  le  nettlenr  iMfifiaie 
pourra  pas  appliquer  la  gratuité  absolue. 


PROPHTUUE  INTEIlMiTIONALB  DES  MALADIES  VÊNtlUENNES.  ^39 

sduitdire  d'en  régler  l'emploi,  sans  qu'on  lui  puisse  faire  un  précepte  absolu  de  le 
généraliser. 

Abt.  26.  Le  nombre  des  médecins  sanitaires  est  de  un  pour  deux  cents  filles 
inscrites  environ. 

Art.  25.  Leurs  émoluments  sontj  au  minimum  (en  France)^  de  2/iOO  francs 
par  an. 

Art.  26.  Us  doivent  ôtre  âgés  de  trente  ans  au  moins  et  de  soixante-cinq  ans 
au  plus. 

Art.  27.  Ils  sont  révocables  par  le  chef  supérieur  de  la  police^  pour  négligence 
habituelle  dûment  constatée  dans  leur  service,  pour  infraction  au  règlement^  etc. 

Art.  28.  Après  vingt--cinq  ans  de  service,  ils  ont  droit  à  une  retraite  égale  à  la 
moitié  de  leurs  émoluments. 


SOClinrÉ  MÉDICJJLE  HABT^IEIVIVIS  de  liOIVDRES. 

COMITÉ 
rtlim  MJk  PKÉWBNTmiV   IIKA  HAIiADll»  VÉIVÉRIEIVIVSII 

inSTlTUA  lifl  21  VilVRIER  1807. 

JUPPÛHT  pu  COMITÉ  A  LA  SOCIÉTÉ. 


^•^^ffi^m 


L'attention  publique  a,  pour  diverses  raisons,  été  appelée  dans  ces  dernières 
années  sur  les  grands  malheurs  qui  afiligent  la  société  à  cause  de  la  propagation 
des  maladies  vénériennes  dans  toutes  les  classes.  Ainsi,  l'armée  anglaise  a  tant 
mffertde  ces  maladies,  que,  en  186/i,  les  relevés  statistiques  de  l'armée  démon- 
trent que,  sur  une  moyenne  de  73  000  hommes  stationnés  dans  le  royaume,  il  y 
eut  une  perte  de  service,  pour  cause  de  maladies  vénériennes,  de  près  d'une 
semaine  du  corps  entier.  De  môme,  en  1862,  sur  un  total  de  88600  matelots  de 
la  marine  royale,  admis  dans  les  hôpitauxt  il  y  on  eut  7000  admis  pour  cause  de 
ce^  maladies.  Dans  ]e  but  de  porter  un  remède  à  ces  maux,  le  parlement  britan- 
nique passa  une  loi,  intitulée  le  Cot^ogiouH  DUmse$  Ad  (Acte  pour  la  prévention  des 
maladies  contagieuses),  qui  fut  mise  en  vigueur  en  décembre  1864»  et  ensuite 
une  commission  royale  fut  nonmtée  qui  exiunina  un  certain  nombre  de  médecins 
et  autres  personnes,  et  fut  appelée  la  Veim^i  Dtseoses  Commission,  Le  but  de  cet 
icte  du  parlement  étant  seulement  de  préyenir  les  maladies  vénériennes  dans 
l'anuée  et  la  marine,  il  n'est  en  vigueur  que  dans  les  villes  de  Portsmouth,  Ply- 
mouth,  NYoolwich,  Chatham,  Shf erness,  iJdershof,  Windsor,  Golcbester,  Shorn* 
cUifc,  the  Gurragh,  Cork  et  Queenstown,  qui  sont  toutes  des  stations  militaires  et 
navales.  Les  traits  principaux  du  Conlagûms  J>mas0$  Ac<1866  sont  que  la  police  de 
ces  villes  a  maintenant  le  pouvoir  de  mener  toute  femme,  connue  pour  se  livrer 
ouvertemept  à  Ui  prostitution  dans  ces  villes,  à  un  dispensaire  pour  la  faire  exa- 
miner, et,  si  elle  est  malade,  de  la  forcer  à  entrer  dans  un  hôpital  du  gouverne- 
ment et  d'y  rester  jusqu'à  sa  guérison.  Cette  loi  a  déjà  causé  une  grande  diminu- 


3^0     COIfORÈS  HtmCkL  I(fTERNATiO!f AL.  -—  QUATRIÈME  SÉANCE  DE  JOUR. 

tion  dans  le  nombre  des  cas  de  maladies  vénériennes  dans  les  endroits  susdits.  Le 
Tait  aussi  que  le  nombre  de  ces  maladies  a  diminué  dans  plusieurs  villes  de 
France  et  autres  parties  du  continent^  par  la  police  sanitaire^  a  suggéré  l'applica- 
tion de  quelques  mesures  semblables  en  ce  pays-ci.  La  question  devenait  de  plus 
en  plus  importante,  et  l'on  commença  à  la  discuter. 

Dans  ces  circonstances,  le  congrès  médical  international  de  Paris,  1867,  vint 
proposer  la  question  suivante  :  a  Question  III.  Est-il  possible  de  proposer  aux 
divers  gouvernements  quelques  mesures  efficaces  pour  restreindre  la  propaga- 
tion des  maladies  vénériennes?  »  Les  membres  de  la  Société  médicale  harvéienne 
de  Londres,  influencés  par  les  raisons  ci-dessus  mentionnées,  décidèrent  le  21  fé- 
vrier 1B67,  sur  la  proposition  du  docteur  Charles  Drysdale,  appuyée  par  le  doc- 
teurTilbury  Fox,  qu'un  comité  serait  nommé  dans  le  but  de  «  rechercher  l'étendue 
de  la  propagation  des  maladies  vénériennes  en  Angleterre^  de  discuter  les  meil- 
leurs moyens  de  la  prévenir,  et  de  faire  un  rapport  sur  ce  sujet  au  Congrès  inter- 
national de  Paris.  Ce  comité  fut  composé  de  membres  de  la  société  spécialement 
intéressés  dans  cette  question,  et  Ton  rechercha  la  coopération  de  plusieurs  mem- 
bres distingués  de  la  profession  médicale,  qui  ont  étudié  la  question.  Les  noms 
des  membres  du  comité  sont  :  le  docteur  S.  E.  Pollock  (président),  M.  Acton,  le 
docteur  Victor  Bazire^  le  docteur  Beigel,  le  docteur  Broadbent,  le  docteur  Chap- 
man,  M.  Weeden  Cooke,  M.  Holmes  Coote,  M.  Walter  Coulson,  M.  Curgenoen,  le 
docteur  Ch.  Drysdale,  Hondie,  M.  R.  W.  Dunn,  le  docteur  Tilbury  Fox,  M.  Gas- 
coyen,  M.  Ernest  HasI,  M.  Berkeley  Hill,  le  docteur  Hjaltelin,  M.  James  Làne,  le 
docteur  Maudsley,  le  docteur  Menzies,  le  docteur  Meredyth,  le  docteur  Victor  de 
Meric,  le  docteur  Semple,  M.  Sidgwick,  le  docteur  Steele,  le  docteur  Stuait, 
M.  Leevan,  M.  Henry  Thompson,  et  le  docteur  Achille  Vintras. 

A  sa  première  réunion,  le  13  mars,  le  comité  décida  que  des  lettres  circu- 
laires seraient  envoyées  aux  principaux  hôpitaux  de  la  Grande-Bretagne  et  de  Tir- 
lande,  dans  le  but  de  déterminer  combien  de  cas  de  maladies  vénériennes  étaient 
traités  par  jour  dans  chaque  hôpital,  etc.,  quelle  était  la  proportion  de  ces  cas  aui 
cas  de  chirurgie,  et  comlûen  de  Uts  étaient  appropriés  à  ces  maladies  dans  chaque 
hôpital.  Cette  idée  fut  mise  à  exécution,  et  le  comité  tient  à  exprimer  sa  vive 
reconnaissance  aux  différents  chirurgiens,  etc.,  de  ces  hôpitaux  pour  les  rensei- 
gnements importants  qu'ils  ont  communiqués.  En  lisant  ces  rapports,  on  peut 
voir  que  le  mal  infligé  à  la  population  entière  par  les  maladies  vénériennes  con- 
tagieuses est  énorme;  et  peut-être  ne  serait-ce  pas  trop  de  dire  que,  de  toute^les 
maladies  susceptibles  d'être  prévenues,  il  n'en  est  aucune  qui,  en  ce  moment,  en 
Angleterre,  cause  plus  de  ravages  dans  la  santé.  Ainsi,  le  rapport  de  M.  Holmes 
Coote,  chirurgien  de  Sainl-'Bartholomews  Hospital,  dit  que  l'on  voit  en  moyenne  17ii 
cas  de  maladie  vénérienne  journellement  à  cet  hôpital,  ou  à  peu  près  la  moitié  des 
malades  externes  chirurgicaux.  Le  rapport  du  Guy's  HospUal,  par  le  docteur  Steele, 
dit  qu'à  peu  près  &3  pour  100  de  tous  les  malades  externes  sont  des  vénériens; 
et  M.  Cooper  Forster,  un  des  chirurgiens  du  même  hôpital,  dit  que,  sur  295  cas 
externes  de  chirurgie  vus  par  lui  en  mai  1867,  ilU  étaient  vénériens  et  121  non 
vénériens.  Le  Royal  free  HospUal  de  Londres  a  journellement  117  cas  de  mala- 
dies vénériennes,  c'est-à-dire  3  sur  8  des  malades  chirurgicaux  sont  des  véné- 
riens. Aux  hôpitaux  de  King's  Collège,  University  Collège,  Saint-Mary's,  West- 
minster, London  Hospital,  Middlesex  Hospital  et  Metropolitan  free  Hospital  de 
Londres,  la  proportion  des  vénériens  est  d'un  tiers  à  un  huitième  de  tous  les  cas 
exteiiies  de  chirurgie.  Le  Lock  Hospital  (hôpital  des  vénériens  de  Londres)  reçoit 


PAOPHTIAXIE   INTSBNATIONALB  DES  MALADIES  VÉNÉRIENNES.  3/ll 

journellement  179  hommes  et  39  femmes  affectés  de  maladies  vénériennes.  11 
contient  15  lits  d'hommes,  et  n'a  jamais  plus  de  30  lits  pour  les  prostituées 
de  Londres.  La  nugorité  des  lits,  dans  cet  hôpital,  dont  le  nombre  es  de  80, 
est  résenrée  pour  les  malades  envoyés  par  le  gouvernement,  d'après  la  loi 
de  1866.  Dans  le  Dreadnought^  hôpital  pour  les  matelots,  près  de  Londres,  50  cas 
de  maladies  vénériennes  sont  vus  journellement  parmi  les  nuitelots  de  la  marine 
mile,  une  classe  d'honunes  très-infectée  par  ces  maladies  contagieuses.  Dans 
Xùphthalmk  HogpUal  de  Monfields,  un  cinquième  des  cas  de  maladies  des  yeux, 
puToi  les  malades  externes,  sont,  selon  le  rapport  de  M.  Hutchinson,  des  cas  de 
syphilis. 

O  y  a  très-peu  de  lits  pour  les  vénériens  de  Londres.  Ainsi  le  Lock  Hospital, 
comme  il  a  été  dit,  n'a  que  30  lits  pour  les  prostituées,  même  celles  qui  soufiVent 
des  plus  grayes  maladies;  et,  selon  M.  James  Lane,  on  est  constamment  forcé  de 
renvoyer  des  filles,  même  avec  des  grandes  ulcérations  des  organes  génitaux, 
faute  de  place  à  l'hôpital.  Le  Guy's  HospUal  a  55  lits  affectés  aux  vénériens, 
25  pour  des  hommes  et  30  pour  des  fenmies.  Samt-Thomas  HospUàl  avait  autre- 
fois, avant  qu'il  eût  changé  de  local,  65  lits  pour  les  vénériens,  dont  35  pour 
les  femmes.  Le  Royal  free  Hospital  a  26  lits  pour  des  femmes  vénériennes,  et  l'on 
renvoie  chaque  jour  des  femmes  portant  les  lésions  les  plus  contagieuses.  Le 
MiddiesexHospUal  a  seulement  11  lits  pour  des  femmes.  Les  vénériens  ne  sont  pas 
admis  du  tout  dans  les  hôpitaux  de  Saint-George,  Saint-Mary's,  University  Collège 
et  beaucoup  d'autres  hôpitaux  de  Londres.  Il  n'y  a  qu'une  demi-douzaine  de  lits 
pour  des  fenunes  vénériennes  dans  le  London  HospUal,  qui  contient  &50  lits,  et 
est  situé  dans  une  localité  pauvre,  extrêmement  peuplée  et  très-éprouvée  par  les 
maladies  vénériennes.  Ainsi,  Saint-Bartholomews  Hospital,  qui  a  25  lits  pour  des 
hommes  et  56  lits  pour  des  fenmies  affectés  de  maladies  vénériennes,  *est  très- 
fréquenté  par  les  pauvres  femmes  malades  de  Whitechapel  (quartier  de  l'est),  où 
l'absence  d'un  établissement  pour  la  réception  de  femmes  vénériennes  se  fait  très- 
mement  sentir. 

Ainsi,  dans  toute  la  ville  de  Londres,  avec  une  population  de  plus  de  3  000  000, 
il  n'y  a  probablement  pas,  à  présent,  plus  de  150  lits  dans  les  hôpitaux  affectés 
aux  prostituées  ou  aux  femmes  pauvres  atteintes  de  maladies  vénériennes 
contagieuses.  Mais,  en  1865,  il  y  avait  à  Londres,  selon  les  statistiques  de  la 
police,  à  peu  près  6000  prostituées  bien  connues  de  la  police  et  classées  parmi 
les  voleurs'et  autres  personnes  dangereuses.  Cette  statistique  ne  comprend  pro- 
bablement qu'un  tiei*s  du  nombre  de  femmes  qui  gagnent  leur  vie  en  se 
pnwtiiuant,  et,  comme  une  forte  proportion  de  ces  femmes  est  malade,  on  peut 
l^ilement  imaginer  combien  est  insuffisant  le  nombre  de  lits  affectés  à  ces 
malheureuses,  qui  perpétuent  constamment  les  maladies  vénériennes  conta- 
gieuses. 

In  fait  important  est  ressorti  de  l'enquête  faite  par  la  Société  harvéienne,  c'est 
que  les  workhouses  (maisons  des  pamTes)  de  Londres  n'admettent  qu'un  nombre 
extrêmement  restreint  de  prostituées  affectées  de  ces  maladies,  et  qu'on  les  envoie 
demander  un  asile  au  Lock  Hôpital  et  à  d'autres  hôpitaux,  qui  ont  déjà  un  très^ 
petit  nombre  de  lits  réservés  à  cette  classe  de  maladies. 

Ainsi,  le  Strand  Workhouse,  le  Qty  of  London  Workhouse,  PaddingUm 
Workhouse,  Saint-Olave's  Workhouse,  Lambeth  Workhouse,  Shondetch  Work- 
^unise,  Saint-Martin's  Workhouse,  Hackney  Workhouse,  Bethnal  Green  Work- 
lMmie,Saint-Luke's  Workhouse,  Saint-Giles  Workhouse  et  Nevrington  Workhouse, 


3&2      CONGRfeS  MÉDICAL  INTEBNATIONAL  ^  QUATKtÈlCE  SÊANC»  DE  JOUR. 

n'ont  probablement  pas  tous  ensemble  plus  de  trois  douzaines  de  lits  pour  les 
femmes  Ténëriennes^  et  les  renToient  au  Lock  Hospital  (auquel  ils  font  des  contri- 
butions annuelles),  au  Royal  îteé  Hospital^  à  Saint^Bartbolomews  ou  à  GuVs  Hos- 
pital, où  6lles  ont  à  concourir,  avec  une  foule  d'autres  infortunées,  pour  être 
admises,  et  comme  beaucoup  d'entre  elles  sont  renToyées,  elles  sont  forcées  de 
continuer  leur  métier  pour  vivre. 

L'effet  de  la  syphilis  sur  la  santé  des  enfants  a  été  démontré  par  le  rapport  du 
docteur  Williams,  de  Thôpital  des  enfants  malades,  Ormond  de  Londres.  Ce 
rapport  ftdt  voir  que,  en  1866,  il  y  avait  93  garçons  et  105  filles  affectes  de 
syphilis  sur  1007  cas  chirurgicaux  vus  à  Thôpital,  c'est-à-dire  1  sur  5  cas.  Dans 
les  hôpitaux  et  les  dispensaires  pour  le  traitement  des  maladies  de  la  peau,  de  un 
huitième  aux  quatre  cinquièmes  des  cas  sont  classés  sous  le  titre  d'éruptions 
syphilitiques  secondaires. 

Il  existe  encore  dans  le  public  d'Angleterre  une  éti*ange  opinion,  à  savoir,  que, 
comme  les  maladies  vénériennes  sont  pour  la  plupart  causées  par  un  commerce 
déréglé  entre  les  deux  sexes,  elles  ne  doivent  pas  obtenir  la  même  attention  que 
les  autres  maladies.  Cette  opinion  a  produit  le  résultat  que,  dans  plusieurs  des 
hôpitaux  et  dispensaires  de  Londres  et  de  la  province,  on  n*admet  pas  les  véné- 
riens. Ainsi,  les  hôpitaux  de  Saint-George,  Saint-Mary' s,  Unlversity  Collège,  etc., 
de  Londres,  et  d'autres  encore,  ne  font  pas  profession  de  traiter  ces  cas.  M.  Jack- 
son écrit  de  South  Staffordshire  Hospital  qu'il  n'y  a  pas  de  lits  pour  les  vénériens 
dans  cet  hôpital.  Un  règlement  de  Portland,  town  fra  Btepcn^ary,  dit  qu'aucun 
vénérien  ne  doit  y  être  traité.  D'autres  dispensaires,  tels  que  celui  de  Famigdon,  à 
Londres,  volent  une  forte  proportion  de  vénériens  parmi  leurs  cas  chirurgicaux. 
On  écrit  du  Nottingham  gmeral  Hospital  que  les  ulcères  primitif  et  la  gonorrhde 
sont  rarement  vus.  Une  certaine  classe  de  praticiens  et  les  empiriques  sont  seuls 
consultés.  Dans  le  Hull  gênerai  Infirmary,  il  n'y  a  pas  de  lits  pour  ces  cas,  ainsi 
qu'au  General  Hospital  de  Dumfries,  en  Ecosse.  Il  t^ésidte  des  règlements  des 
comités  de  ces  hôpitaux,  comme  on  peut  facilement  se  l'imaginer,  qu'une  foule 
de  cas  de  maladies  vénériennes  ne  sont  pas  traités  dans  toutes  nos  grandes  villes, 
et  aussi  la  contagion  est  propagée  partout;  et,  plus  que  cela,  les  malades  sont 
encouragés  à  recourir  à  l'aide  de  personnes  qui  n'ont  aucune  connaissance  de  la 
médecine^  au  grand  détriment  de  leur  santé  et  de  leur  bourse.  Mais,  plus  que  cela, 
les  vénériens  de  ces  quartiers  viennent  chercher  un  asile  dans  des  hôpitaux  plu^ 
humanitaires,  comme  à  Londres,  ofa,  selon  M.  Holmes  Coote,  les  cas  les  plus  tristes 
de  misère  çt  de  maladie  combinées  viennent  du  quartier  de  Whitechapel,  où  il 
n'existe  vraiment  rien  qui  vaille  le  nom  d'institution  pour  la  réception  de  la  foule 
de  prostituées  malades  de  ce  quartier  pauvre  et  si  peuplé.  Les  établissement 
affectés  au  traitement  des  maladies  vénériennes,  dans  les  autres  villes  de  là 
Grande-Bretagne  et  de  l'Irlande,  semblent  être  aussi  insuffisants  dans  toutes  les 
grandes  villes  (excepté  Dublin,  qui  reçoit  une  subvention  du  gouvernement)  qu'ils 
le  sont  à  Londres.  Il  est  très-rare  que  les  villes  possèdent  des  hôpitaux  pour  les 
vénériens,  et  celles  qui  en  possèdent  ont  trop  peu  de  lit»  pour  tous  ceux  qui 
demandent  à  être  admis. 

A  Liverpool,  le  Southern  Bospital  et  les  autres  hôpitaux  envoient  tous  Icun 
vénériens  au  Lock  Hospital,  qui  a  50  lits,  et  en  moyenne  quarante-cinq  per- 
sonnes des  deux  sexes  dans  l'hôpital.  Le  Lock  Hospital  de  Dublin  ne  reçoit  que 
des  femmes;  et  a  en  moyenne  quatre-vingt'-six  cas  et  pas  de  malades  externes. 
Le  Staffordsliire-general  Infirmary  a  A  lits  pour  des  hommes  et  &  pouf  des 


rBOTHUâUB  tUTEHNATIOVâliB  DIB  MAftADIBS  TÉMttUElUlBS.  ,4    VA 

emines,  et  ces  lits  sont  souvent  inoccupés.  Ctiester  Inûnnary  admets  en  moyenne^ 
deux  femmes  Ténéhennes.  Dans  le  Royal  Infirmary  d'Edimbourg,  selon  le  doc- 
teur Gillespie,  il  y  a  26  lits  pour  des  yénériens.  Le  Lock  Hospital  d'Edimbourg  a 
36  lits  pour  des  femmes  vénériennes.  Le  Royal  Infirmary  de  Glascow  n'a  pas  de 
lits  pour  les  vénériens,  et  le  Lo«k  Hospital^  Glascow^  n^a  que  45  lits  pour  ces  cas. 
Le  General  Hospital  de  Belfort  (en  Irlande)  a  six  vénériens  internes  et  une  petite 
salle  pour  le^  flemmes.  0  n^  a  pas  d'hApM  poBr  4e9  %éMiAihs  dans  cette 

D'après  les  divers  rapports  qu'il  a  reçus^  le  comité  a  osé  espérer  qu'on  pourrait 
faire  beaucoup  pour  empêcher  la  propagation  des  maladies  vénériennes  qui  ont 
jusqu'ici  été  une  cause  sérieuse  de  détërioTatidii  pour  les  populations^  spéciale- 
ment dans  les  grandes  villes.  Paris,  une  viUe  moins  grande  que  Londres^  possède 
maintenant  plus  de  450  lits  pour  les  femmes  vénériennes  et  336  lits  pour  les 
hommes,  tandis  que  Londres  n'a  pas  plusde  150  lits  pour  les  femmes,  et  certai- 
nement pas  plus  de  100  Uts  pour  les  hommes  vénériens;  un  nombre  si  faible, 
qu'on  peut  facilement  comprendre  pourquoi  on  voit  si  fréquemment  des  cas 
de  ces  maladies  dans  la  praUque  d«s  mëdecfni  des  hôpitaux .  «t  di  lu  vîHie . 
M.  Acton  a  calculé  qu'il  faudrait  1500  lits  pour  les  individus  vénéffiena.daa  diux 
sexes  à  Londres,  si  l'on  voulait  avoir  la  même  propoHMD  Bé  lita  afTèotil  auB.Hutr 
lades  de  cette  classe  que  dans  plusieurs  des  viQei  de  TEurope,  et  le  MpùV^>est 
d'ivls  que  même  cette  éviluatlon  n'est  p«f  et  avérée .  Le  oomité  ân^èr?  ai4#n- 
ment  que  l'heure  est  enfin  aitivée  où  rettention  du  public  anglais  #eiB,e|i49 
éveillée,  et  qu'il  reconnaîtra  l'énormité  du  mal  prisait,  ainttlqilelaAéaessité.'de 
Ure  quelque  oheie  pour  diminuer  la  firëquenoe  d'une  daâee  .de  . maladies^  si 
fiMlles  à  prévenir  que  les  maltidiel  vén6rieane84  La  petite  v<A>le  «:.eatiàris.-f 
méat  disparu  de  plusieurs  fitats,  grAce  à  des  mesures  gouvenietnental^,  et.  il 
n'est  pas  de  raison  pour  qu'on  ne  fasse  pas  les  mêmes  efforts  ea  Angleterre  pfl'or 
empêcher  la  j^'opagation  d'un  des  plus  grftnds  fléaux  auxquels  la  race  humaipfi 
ttk  lujette,  fléau  qui  n'atteint  pas  seulement  les  personnes  dérégUes^  mais  ét^4 
M  mvages  Jusqu'aux  êtres  les  plus  innocents  et  les  plus  intéressttits>  c'esiMh^ire 
aux  enfants.  Le  comité  suggère  enfin  que  le  Cealogfous  iMiecUss.  à^  dis  1866«  qu( 
tene  le  pouvoir  de  mener  toute  proetituëe  se  livrant  ouvertement  k  k  .prostAfi- 
tien  (dans  certaines  villes)  à  un  dispensaire  pour  la  faire  examiner,  et»  li  eUe  esi 
niaUdé,  de  la  fbroer  d'entrer  dans  un  hôpital  du  gouvernement  Jusqu'à  jhi  gue- 
riie&j  seit  appliqué  aussi  à  la  partie  civile  de  la  population. 


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S44     COliGXfcS  HtUGAL  mT£BMATI01IAi.  ~  QUATMËWC  SÊAIICE  BË  lOGB. 


RAPPORT  ti1IC€)IlVCT 
aVR  JLWm  VniTBS  URDMIADAIRHi 
FAITBS  RAM»  VHTB  MAISRIV  RE  TRI«*RA1«C«  RE 

PAR  M.   DE  MERIC 
CMrvfiM  àm  hépHaos  de  Lonèw. 


Du  1**  téviier  1862  au  1*'  aoftt  1867,  soit  ((6  mois  et  26&  visites. 

Moyenne  des  sujets,  toigours  dans  rétablissement  :  7;  examens  au  spé- 
culum :  \Vi%,  sur  109  sujets  différents. 

Le  së^r  a  varié  ainsi  qu'il  suit  : 

Pour  7S  si^ets,  de  8  jours  à  6  mois  ;  pour  9  si^jets,  de  plus  de  6  mois  i 
12  mois,  et  pour  27  sujets,  de  plus  de  12  mois  à  30  m<^. 

L'âge  a  varié  de  16  à  25  ans. 

rai  l'honneur  d'offrir  ici  un  supplément  au  rapport  du  comité  de  la  Société 
harvéienne  de  Londres.  Ce  rapport  indique  la  nécessité  d'une  surveillance  actîTe 
de  la  prostitution,  la  IMquence  des  maladies  vénériennes  en  Angleteire,  et  l'in- 
suffisance des  secours  hospitaliers.  Je  désire  montrer  que  dans  Londres,  où 
aucune  mesure  restrictive  n'est  en  force,  des  visites  hebdomadaires  dans  une 
maison  de  tolérance  peuvent  avoir  des  résultats  avantageux.  Je  me  permettrai, 
en  outre,  d'illustrer  par  quelques  dessins  l'état  déplorable  où  nous  arrivent,  dans 
les  hdpttaia,  les  malheureuses  abandonnées  à  ellesHmèmes. 

Dans  cette  rapide  esquisse,  on  peut  admettre,  sous  le  point  de  vue  des  rapports 
sexuels,  deux  grandes  classes  de  maladies  :  les  contagieuses  et  les  non  conta- 
gieuses. Ce  sont  spécialement  les  premières  qui  doivent  nous  intéresser  ici;  je  me 
bcHme  à  dire,  en  ce  qui  touche  les  secondes,  que  nous  avons  remarqué  surtout  le 
catarrhe  utérin,  les  végétations,  l'excoriation  du  col,  abcès  de  la  grande  lètre, 
^  sécrétion  leucorrhéique  du  vagin,  métrite,  ovarite  et  métrorrhagie.  On  sait  qoe^ 
parmi  les  prostituées,  toutes  ces  affections  se  présentent  assez  souvent,  surtout  la 
métrite  et  l'ovarite. 

Les  affections  contagieuses  se  sont  présentées  ainsi  :  blennorrhagie,  chancre 
simple,  bubons  en  rapport  avec  les  chancres  simples  ou  purement  inflamma- 
toires, chancre  infectant,  syphilis  généralisée,  et,  un  peu  en  dehors  des  maladies 
strictement  vénériennes,  la  gale  et  les  pediculus  pubis. 

Sur  les  109  sijyets,  j'ai  noté,  pendant  les  66  mois,  32  cas  de  maladies  conta- 
gieuses seulement,  et  39  cas  d'affections  non  contagieuses.  S8  siigets  n'ont  pré- 
senté aucun  signe  de  maladie. 

La  moyenne  du  séjour  dans  l'établissement,  pour  les  maladies  contagieuses,  est 
de  6  mois;  pour  les  non  contagieuses,  de  5  mois;  et  de  2  mois  pour  les  personnes 
qui  ont  joui^d'une  parfaite  santé. 


DE  MBUC  —  nOMYtAXIB  UlTKBKATiONAtE  DBS  MALADIBS  VfiNÊEIfiNNES.     346 

Nom  q»iiroclioQ8  maintenant  des  conditions  afférentes  à  la  question  III  du  pro- 
gramme^  et  l'on  se  demande^  pour  essayer  d'y  répondre,  quelles  sont  les  maladies 
cftntsgieniy^  qui  se  sont  présentées.  —Quelques-unes  sont  rares,  d'autres  se  ren- 
contrent plus  souvent. 

Panni  les  premières,  il  n'y  a  eu  que  &  cas  de  gale,  1  seul  cas  de  Yéritable 
Uennorrhagie  uréthrale,  S  chancres  simples,  S  cas  de  bubons,  1  seul  cas  de 
cbancie  induré,  et  21  cas  de  syphilis  généralisée,  pendant  les  66  mois  dont  j'ai 
parié.  Je  ûôs  ici  la  remarque  importante  que,  parmi  ces  21  cas  de  syphilis  géi^- 
lalisée^  15  sijyet^  étaient  plus  ou  moins  malades  au  moment  de  l'entrée  dans  l'éta- 
blissement, et  5  siyets  prirent  la  maladie  pendant  le  fonctionnement.  On  Toit, 
par  ce  chiffire  de  16,  combien  l'affection  syphilitique  doit  être  fréquente  dans  le 
nufiett  qu'on  appelle  la  prostitution  clandestine,  car  ces  16  stgets  étaient  libres 
avant  d'être  admis  dans  la  maison,  et  venaient  presque  tous  d'un  pays  où  la  visite 
est  obligatoire.  H  n'y  a  eu,  pendant  les  66  mois,  que  3  Anglaises  dans  l'établis* 
sèment. 

De  ces  16  si^ets,  6  lurent  renvoyés  immédiatement  dans  leur  pays,  après  con- 
statation de  leur  état;  j'en  plaçai  4  dans  mon  service  de  Royal  Free  Hospital,  et  les 
syn4^tâmes  des  6  autres  étaient  si  anciens  et  si  peu  graves,  qu'elles  furent  trai* 
técs  dans  la  maison. 

Mais  id  arrive  le  point  capital,  c'est  le  peu  de  puissance  contagieuse  des Vymr 
pti6mes  secondaires  anciens  ou  à  peu  près  disparus.  Pendant  les  66  mois  d'exercice 
qœ  comprend  cette  rapide  esquisse,  nous  n'avons  eu  que  deux  plaintes  de  la  part 
de  clients,  l'une  d'écoulement  uréthral  et  l'autre  de  chancre.  Ce  dernier  cas, 
même,  était  problématique,  car  les  chancres  mous  dont  j'ai  parlé  étaient  à 
findex.  J'insiste  sur  cette  circonstance,  car  la  maison  est  alimentée  surtout  par 
des  clients  habituels,  qui  n'eussent  pas  manqué  de  se  plaindre  chaque  fois  qu'il 
serait  arrivé  malheur.  U  est  évident  qu'ici  je  ne  puis  plus  m'appuyer  sur  des 
chiffres  rigoureux  ;  ce  que  je  cherche  à  prouver,  c'est  que  dans  un  établisse- 
ment où  la  visite  est  loin  d'être  obligatoire,  où  la  séquestration  l'est  encore 
moins,  mais  où  l'intervention  médicale  a  to\;jours  été  prompte  et  bien  suivie, 
les  catastrophes  masculines  ont  été  extrêmement  rares.  Que  serait-ce  donc,  et 
mes  remarques  ne  portent  ici  que  sur  les  maisons  de  tolérance  et  non  sur  le 
(bnctionnement  de  la  voie  publique,  que  serait-ce,  dis-je,  si  les  visites  étaient 
tri-hebdomadaires  et  la  séquestration  obligatoire?  Je  dois  dire,  cependant,  que 
si  tous  les  catarrhes  utérins  étaient  séquestrés,  il  faudrait  envoyer  à  l'hôpital 
à  peu  près  toutes  les  femmes,  car  ce  catarrhe  semble  être  le  complément 
Ibicé  de  la  prostitution.  ^  je  ne  me  trompe,  le  dispensaire  de  Paris  n'est 
pas  si  rigoureux  ;  admis,  il  y  a  deux  ans,  sous  le  patronage  bienveillant  de 
H.  Clerc,  à  assister  à  la  visite  de  la  Préfecture,  j'ai  cru  remarquer  que  cette 
affection  si  bénite  (et  cependant  un  peu  chanceuse)  n'était  pas  l'objet  de  me- 
sures prohibitives.  J'ai  classé  le  catarrhe  utérin  parmi  les  affections  non  conta- 
gieuses; mais  je  me  suis  souvent  demandé,  et  je  prie  messieurs  les  membres  du 
Congrès  de  se  demander  si  le  catarrhe  utérin  ches  un  sujet  jadis  vérole,  et  ne 
présentant  plus  trace  de  syphilis,  ne  pourrait  pas  communiquer  la  vérole  à  un 
SQJet  sain. 

Jetons  un  coup  d'œil,  en  terminant,  sur  l'étiologie  des  états  pathologiques  des 
sujets  qui  habitent  une  maison  de  tolérance.  Ces  sujets,  sous  le  point  de  vue  de 
la  question  111,  nous  les  considérons  comme  contaminants,  et  c'est  pour  cette 
cause  que  je  crois  fermement  qu'on  doit  conseiller  aux  gouvernements  de  tous  les 


3ft6     CONGRES  VÊDIGAL  tNTBKIlAtlONAt.  ^  QUATRlfellB  ftÈANGB  DE  IMft. 

pays  de  prendre  d«B  mesures  sanitaires;  mais  Je  n'apprendrai  rien  à  personne  en 
disant  que  ces  sujets  sont  fort  souvent  contaminés^  et  de  là  découle  te  nédMlté 
de  précautions  qu'on  pourrait  prendre  officiellement^  et  que  les  sujets  eut^4tiêiuii» 
toutefois^  prennent  avec  une  spontanéité  qu'on  ne  saurait  leur  reprocher.  MillliS 
précautions  officielles  et  ofAciéUses  n'ont  qu'une  portée  limitée.  Les  symptOmes, 
palpables  et  évidents^  sont  peut-^tre  les  moins  dangereux  chet  léft  deux  setw,  car 
on  les  constate  facilement,  mais  la  vérole  secondaire  peut  habiter  myutdrlaiise' 
ment>  et  c'est  ici  qu'on  pourrait  appréhender  du  danger  de  part  et  d'autre.  Eh 
bien,  messieurs,  ce  danger  ne  m'ellhiye  pas,  en  ce  qui  touché  les  périls  dei  deux 
sexes.  D'après  mon  expérience,  il  fkut  une  cohabitation  habituelle  pour  que  dans 
ces  conditions  la  conUimination  ait  liftu.  Je  tire  cette  opinion  et  de  la  maiMU  de 
tolérance  dont  J'ai  parlé,  et  de  la  clientèle  de  la  tlll«.  Tbuchant  ceUe^i^  je  ne 
citerai  très-brièrement  qu'un  fait  qui  m'a  frappé.  J'avais  soigné  d'une  syphilis 
secondabre  une  dame  atec  qui  un  de  mes  clients  avait  des  rapports  assefl  fMquents. 
Pendant  près  d'une  année  (la  dame  n'ayant  plus  aucuns  symptômes  bien  Appt* 
rents,  sauf  des  plftques  muqueuses  presque  microscopiques  aux  amygdales),  ce 
commerce  se  continua  sans  encombre.  Enfin  atrita  le  Uen  conjugal,  et|  six  moii 
après  le  mariage,  le  mari  eut  d'énormes  ganglions  deirière  une  onHlle  (sans 
origine  préalable  ou  aucune  manifestation  du  côté  des  parties  géflitâlea)  tt  une 
roséole  bien  caractérisée.  -^  Gonseillotis  donc  des  mesures,  surtout  en  Angleterre, 
où  elles  n'existent  que  partiellement,  pour  la  protection  des  armées  de  terre  et  de 
mer.  Conseillons'-les,  messieurs,  partout  où  elles  ne  sont  point  exigéeii  ftt  cou- 
ieillons-les  non  pas  exclusivement  en  vue  du  sexe  masculin,  mais  ansri  pour 
épargner  à  des  malheureuses,  bien  dignes  de  la  pitié  des  philanthropes  éclairés, 
les  aff'reuses  complications  qui  viennent  les  dévorer.  A  Londres  point  de  res- 
trictions, et  ce  n'est  que  dans  le  plus  piteux  état  que  les  sujets  qui  nous  occupent 
viennent  réclamer  nos  soins  dans  les  hôpitaux.  Attaché  depuis  douse  ans  à  un 
établissement  de  ce  genre,  où  des  salles  de  vénériennes  (dérisoirement  dispropor* 
tionnées  aux  besoins  des  populations)  ont  été  fondées,  j'ai  traité  quelques  cas  qui 
méritent  votre  attenUon.  Les  dessins  que  J'ai  l'honneur  de  mettre  sous  vos  yeux 
ont  été  fkits  à  la  hâte  et  ne  présentent  aucun  intérêt  artistique,  mais  ils  plaident 
bien  haut  en  faveur  de  la  réponse  que  leCongrès  sera.  J'espère,  disposé  à  fkire  à 
la  question  II!,  à  savoir,  qu'on  doit  certainement  proposer  aux  gouvernements,  et 
surtout  à  ceux  qui  ont  jusqu'ici  fkit  la  sourde  oreillei  d'exiger  des  etamens  1^ 
quents  et  de  vastes  services  hospitaliers  pour  lé  traitement  des  maladies  véné* 
riennes  chea  les  deux  sexes. 


J.  K0LLBt.«-niOfHrLAXtB  tMTSREUtKmàlfi  MS  MUADIES  tÊNtBKKlffeft.  U1 


1»AR  I.  ROtlflT 

Bi-chirarficn  en  chef  de  rAntiquatUe, 
dM  GMtell  a'fayfièné  d  de  Mlilbrilé  dd  ddparUOMtit  dm  RMtte  (1  ] . 


RÉSUMÉ  ET  CONCLUSIONS. 


t 


1'  Les  maladies  Tënëriennes^  prises  dans  lettr  etisêmble,  c'est^nlirii  toutes 
les  maladies  contagieuses  qui  ont  les  rapports  sexuels  pour  mode  commun  d« 
transmission,  ont  aussi  la  prostitution  pour  centre  et  pour  fbyer  prindpal  de  pro* 
pagation.  Cest  par  la  prostitution  que  ces  maladies  se  répandent  avec  le  plus 
d'actiritë  dans  les  masses. 

2^  Les  visites  sanitaires  des  proêUtuêeê^  rendues  faciles  à  l'administration  par 
r&utoritë  qu'elle  exerce  sur  ces  filles^  sont^  en  compensation^  le  moyen  de  pro- 
phylaxie le  plus  puissant  que  l'on  puisse  opposer  en  bloc  à  ces  maladies.  Lm 
statistiques,  c*est4^dire  les  documents  positift  auxquels  le  Congrès  mtfdioal 
international  fait  surtout  appe},  établissent  que  les  maladies  vénériennes  sont 
trois  ou  quatre  fois  plus  Mquenies  dans  les  pays  où  les  prostituées  ne  sont  pat 
évitées  que  dans  ceux  où  elles  le  sont;  qu'Û  y  a  aussi  une  diff^renoe  sensible 
dans  ces  mêmes  pays  entre  les  villes  où  les  visites  sanitaires  laissent  à  désirer  et 
celles  où  ce  service  est  bien  organisé,  les  premières  comptant,  toutes  propot* 
tions  gardées,  deux  ou  trois  fois  plus  de  malades  que  les  secondes. 

3'  Les  bons  résultats  des  visites  sanitaires  des  prostituées  ne  pouvant  pas  être 
mis  en  doute,  et  ces  résultats  dépendant  beaucoup  de  la  manière  dont  fonctionne 
cette  institution,  il  importe,  en  premier  lieu,  de  la  perfectionner,  c'est-^^lire  de 
provoquer  une  révision  générale  et  une  refonte  des  règlements  relatlAi  à  la  poliêê 
sanitaire  de  la  prostitution,  et  d'adopter  un  règlement  uniforme,  un  règlement 
type,  qui  deviendrait  obligatoire  pour  toutes  les  villes  où  les  prostituées  sont  vis!» 
tées  du  appelées  à  l'être. 

U*  Après  avoir  perfectionné  ce  système  de  visites,  û  contiendrait,  pour  le 
même  motif,  de  l'appliquer,  autant  que  possible,  à  toutes  les  prostituées,  en  fai- 

• 

(1)  Na  pcMtvant  reproduire  (n  extenso  le  remarquable  trtVÉll  de  M.  RoUet,  qui  A  obteftM 
l'sni&lffle  approbation  du  Congrès,  noas  tenons  tout  au  moins  à  en  danaer  le  Mtuné  el  lis 

CODClttlioOS. 


Sft8     C0M61È8  MiDICAL  UmERATIOMAL.  —  QDATIlfcllB  ftÊAHCB  III  MDB. 

sant  rentrer  dans  la  catégorie  de  la  prostitution  réglementée  les  filles  publiques 
qui  ne  sont  pas  yisitées  parce  qu'elles  ne  Sunt  pas  inscrites,  et  qui  forment  ainsi 
le  contingent  de  la  prostitution  clandestine,  de  celle  que  la  statistique  nous 
montre  comme  la  plus  dangereuse,  puisque  dans  les  yisites  accidentelles  aux- 
quelles ces  filles  sont  soumises,  on  les  trouTe  dix  ou  vingt  fois  plus  souvent  ma- 
lades que  les  autres. 

5*  CoDune  conséquence  encore  plus  générale  de  ce  qui  précède,  U  y  a 
urgence  à  provoquer  l'institution  de  ces  visites  dans  toutes  les  villes  impor- 
tantes et  chez  toutes  les  nations  qui  en  sont  dépourvues  (Angleterre,  États-Unis, 
Espagne,  Rome,  etc.)>  c'est-à-dire  partout  où  la  prostitution  est  abandonnée  à 
elle-même  au  grand  préjudice  de  la  santé  publique. 

6*  L'application  des  visites  sanitaires  à  toutes  les  prostituées  et  dans  tous  les 
pays  constitue,  à  coup  sûr,  la  mesure  la  plus  importante  d'hygiène  internatio- 
nale qu'on  puisse  proposer  aux  divers  gouvernements. 

7*  Les  visUei  des  hommes  sont  utiles  dans  toutes  les  circonstances  où  ils  ris- 
quent le  plus  de  devenir  des  agents  de  propagation  des  maladies  vénériennes, 
mais  ces  visites  ne  sont  praticables  par  l'administration  que  sur  les  individus  qui 
relèvent  d'elle  et  à  qui  elle  peut  les  imposer  réglementairement. 

8*  Sans  prescrire  d'une  manière  expresse  aux  maîtresses  de  maison  la  visite 
des  hommes  qui  fréquentent  leurs  établissements,  on  arriverait  indirectement  à 
ce  résultat  en  leur  recommandant,  par  un  article  du  règlement  sanitaire,  d'em- 
ployer ou  de  fiiire  employer  tous  les  moyens  d'examen  de  préservation  ou  d'as- 
sistance nécessaires  pour  que  leurs  filles  ne  soient  que  le  moins  possible  exposées 
et  surtout  jamais  contraintes  à  des  rapports  avec  un  homme  malade.  L'exé- 
cution de  ces  mesures  serait  mise  sous  la  responsabilité  des  maîtresses  de  mai- 
son à  qui  on  infligerait  une  amende  quand  les  cas  de  maladie  de  leurs  filles 
dépasseraient  une  moyenne  fixée  par  l'administration. 

9*  Les  marins  de  l'État  et  les  soldats  de  l'armée  de  teire,  que  la  statistique 
signale  aussi  conmie  des  propagateurs  très-actifs  des  maladies  vénériennes, 
devraient  être  assigettis,  par  l'autorité  militaire  dont  ils  relèvent,  à  des  visites 
non-seulement  périodiques,  nuds  encore  renouvelées  à  chaque  déplacement  : 
embarquement,  débarquement,  changement  de  garnison,  départ  en  congé, 
airivée  ou  retour  au  corps. 

10*  On  serait  en  droit  également  d'interdire  aux  matelots  de  la  marine  mar- 
chande de  descendre  à  terre  sans  être  munis  d'un  certificat  de  santé  constatant 
qu'ils  sont  exempts  de  maladies  vénériennes. 

11*  On  pourrait  exiger  le  même  certificat  de  tous  les  matelots  étrangers  dont 
les  gouvernements  ont  adhéré  à  la  convention  sanitaire  internationale  de  1853. 

12*  La  visite  devrait  être  imposée  aux  prisonniers  et  proposée  aux  individus 
arrêtés  pour  délit  de  vagabondage. 

IS*  Dans  tous  ces  cas,  la  risite  aurait  ceci  d'avantageux  au  point  de  vue  de  la 
prophylaxie,  qu'elle  porterait  sur  des  individus  qui,  une  fois  reconnus  malades 
par  le  médecin,  pourraient  être  envoyés  d'office  à  l'hôpital  ou  aux  infirmeries,  et 
retenus  jusqu'à  guérison. 

1&*  L'AoqMita^isalîofi  des  vinérietès  ne  se  fiiit,  pour  quelques-uns  d'entre  eux,  en 
France,  qu'avec  la  plus  grande  difficulté,  bien  que  ce  soit  le  mode  d'assistance 
qui  leur  convienne  le  mieux;  c'est  aussi  un  bon  moyen  de  prophylaxie  des  mala- 
dies vénériennes,  puisque,  en  même  temps  qu'elle  permet  à  ces  maladies  ée 
guérir,  elle  les  empêche  de  se  propager. 


J.  lOEXBT.  —  PtOnTtAXIB  INnBNATIOllàtB  DES  MAUDIBS  VÉNÊBIBMIIES.     3^9 

15*  n  serait  opportun  que  dans  les  villes  qui  n'ont  pas  d'asOes  spéciaux,  les 
administrations  hospitalières  fussent  invitées  à  recevoir  désormais  les  vénériens 
dans  les  hôpitaux  généraux  au  même  titre  que  les  autres  malades. 

16*  L'hoqiitalisation  des  vénériens  rencontre  des  obstacles  même  dans  les 
villes  qui  ont  des  hôpitaux  spéciaux;  ceux-ci,  vivant  presque  tous  de  subventions 
municipales,  ne  sont  ouverts  qu'aux  malades  domiciliés  dans  la  ville,  ou  reçus 
en  traitement  aux  frais  des  communes  ou  des  départements  voisins,  mais  après 
des  formalités  longues  et  compliquées.  Il  serait  facUe  au  gouvernement  de  rendre 
ces  hôpitaux  accessibles  à  tous  les  vénériens  indigents,  en  simplifiant  les  forma- 
lités exigées  pour  les  admissions,  et  en  mettant,  par  une  mesure  générale,  cha- 
cun des  malades  traités  à  la  charge  du  département  ou  de  la  conmmne  à  qui  il 
appartient  par  son  domicUe. 

17*  Vauisiance  publique^  sous  forme  de  consultations  avec  délivrance  gratuite 
des  médicaments  dans  les  hôpitaux  ou  dans  les  dispensaires,  et  sous  forme 
de  secours  à  domicile,  est  également  très-digne  d'encouragement.  H  en  est  de 
même  de  l'institution  des  ouvroirs,  des  providences  et  de  toutes  les  œuvres 
de  charité  qui  ont  pour  but  de  prévenir  la  prostitution,  de  la  moraliser  ou  de 
la  racheter. 

18*  VoftUtance  mutuelle,  qui  pourrait  rendre  aussi  de  grands  services  dans 
les  cas  de  maladies  vénériennes,  n'étend  pas  son  action  bienfaisante  jusqu'à  ces 
maladies.  Les  administrations  de  chemins  de  fer  et  les  sociétés  de  secours  mu- 
tuels procurent  généralement  à  leur  personnel  ou  à  leurs  sociétaires  des  soins 
médicaux  et  des  remèdes  gratuits,  mais  elles  font  une  exception  pour  les  véné- 
riens, qu'elles  délaissent. 

19*  Et  pourtant  l'égalité  des  malades  devant  Tassistance  est  un  principe  d'hu- 
manité que  la  médecme  a  proclamé  depuis  longtemps,  qu'elle  observe  comme 
mie  règle  absolue,  que  le  gouvernement  a  lui-même  adopté  pour  les  hôpitaux 
militaires  et  les  infirmeries  des  prisons,  principe  qui  triomphe  de  plus  en  plus 
des  résistances  que  lui  opposent  encore  certaines  administrations  hospitalières 
chargées  de  l'assistance  publique,  et  que  nous  voudrions  voir  pénétrer  jusqu'au 
'On  de  l'assistance  mutuelle. 

%•  Les  soins  hygiéniques,  les  mùyens  présermHfs  et  les  traitements  abùrHfs  sus- 
ceptibles de  prévenir  ou  de  guérir  sui^le-champ  certaines  maladies  vénériennes, 
fendraicntplus  de  service  s'ils  étaient  mieux  connus,  et  surtout  si  l'on  était  plus 
familiarisé  avec  le  diagnostic  de  ces  maladies.  Grâce  à  l'organisation  de  l'hygiène 
ptiblique  en  France,  il  ne  serait  pas  impossible  de  faire  ici  ce  qui  a  déjà  été  foit 
wec  succès  pour  d'autres  maUdies  contagieuses,  c'est-à-dire  d'exposer  succincte- 
ment et  de  propager,  sous  forme  à'tMtruotîms  populaires  ou  à* instructions  particun 
*^  pour  les  médecins,  toutes  les  notions  médicales  nécessaires  pour  compléter 
et  pour  rendre  plus  efficaces  les  mesures  administratives  de  prophylaxie. 


11 


il*  La  syphilis  proprement  dite  eii  moins  fréquente,  mais  infiniment  plus 
Ki^n  que  les  autres  maladies  vénériennes;  elle  se  distingue  encore  de  ces  mala- 
des en  ce  sens  qu'elle  est  loin  de  se  transmettre  aussi  exclusivement  qu'elles  par 
les  rapports  sexuels.  Aijgourd'hui  que  l'on  connaît  mieux  la  généralisation  dans 


iM     CONGRÈS  MfiDIGÀC  lirTEIUlATlOKAlM  -*  QUATRliSME  %tàMË  UE  IQUIU 

Torganisme,  et  pour  ainsi  dire  l'ubiquité  du  principe  contagieux  syphilitique  et 
•ses  modes  variés  de  transmissioni  il  faut  poursuivre  la  syphilis  partout  où  elle  se 
propage^  ne  fût«ce  qu'accidentellement;  et^  en  tous  cas>  c'est  elle  qui  doit  devch 
nir  désormais,  sinon  le  seul,  du  moins  le  principe  et  le  plus  constant  objet  de 
mesures  hygiéniques  de  préservation. 

22*  La  syphilis  héréditaire  n'est  pas  rare  dans  les  familles;  elle  est  surtout 
ti*ès-rcpandue  dans  les  maternités.  Ainsi  s'infiltre  à  travers  les  généFatîonB  un 
principe  de  dégénérescence,  quand  ce  principe,  éminemment  destructeur,  ne  va 
pas  jusqu'à  tuer  les  enfants  dans  le  sein  de  leurs  mères  ou  peu  de  temps  après 
la  naissance.  C'est  pourquoi  un  grand  nombre  de  médecins  légistes  n'ont  pas 
hésité  à  demander  une  loi  qui  Ht  de  la  syphilis  un  motif  d'opposition  au  mariage, 
une  cause  de  nullité  de  cet  acte,  ou  au  moins  un  cas  de  séparation  de  carps« 
.  23°  La  nécessité  d'imposer  à  tout  le  monde  la  visite  corporelle,  les  difficulté» 
d'appréciation  que  présenteraient  les  cas  d'infection  syphilitique  latente,  l'impos- 
sibilité de  préserver,  par  ce  moyen,  les  enfants  naturels^  et  les  grands  inconvé- 
nients que  ne  pourrait  pas  manquer  d'avoir  tout  système  de  restriction  adopté  à 
l'égard  des  mariages,  doivent  faire  renoncer  à  une  pareille  loi,  malgré  lea  inté- 
rêts considérables  qu'elle  aurait  pour  but  de  sauvegarder  et  la  gravité  d'uae 
question  dont  on  ne  saurait  méconnaître  l'importance  capitale  et  vraiment 
sociale. 

2&°  Puisque  le  soin  de  se  préserver  doit  être  laissé  aux  familles,  il  importe 
beaucoup  que  les  médecins,  qui.  sont  dans  ces  cas  leurs  conseillers  naturel, 
s'entendent  sur  les  lésions  spéciales  et  sur  l'état  diatbésique>  qui  font  de  la  sypbiii» 
la  seule  de  toutes  les  maladies  vénériennes  qui  puisse  constituer  une  inhabiUUi 
au  mariage  même  après  qu'il  n'en  reste  plus  trace  apparente  au  dehort. 

23'^  Le  traitement  antisyphUitique,  administré  suivant  certains  principes  aux 
individus  qui  ont  eu  ou  qui  ont  la  syphilis,  à  ceux  de  ces  individus  qui  se  dispo- 
sent au  mariage,  à  ceux  qui  sont  mariés,  et  principalement  aux  fenunes  en- 
ceintes, constitue  le  meilleur  moyen  de  prophylaxie  de  la  syphilis  héréditaire. 

26*  Les  principes  du  traitement  antisyphilitique  pourraient  donc  être  rappelés 
avec  profit  dans  les  instructions  particulières  aux  médecùis  dont  nous  avons  parlé 
plus  haut*  La  nécessité  notamment  d'un  traitement  prolongé  devrait  engager  le> 
médecins  des  hôpitaux  k  retenir,  par  la  persuasion^  dans  les  salles,  ou  à  ramener 
aux  consultations  gratuites  ceux  des  malades  atteints  de  syphilis  qui  ont  le  plus 
besoin  de  cette  prolongation  de  traitement  ou  de  surveillance, 

27*  La  syphilis^  qui  ne  constitue  pas  une  inhabilité  au  mariage  aux  yeux  de  la 
loi,  en  constituant  néanmoins  une  du  premier  ui'dre  aux  yeux  du  médecin, 
celui-ci  doit  user  de  toute  l'autorité  morale  qu'il  peut  avoir  sur  ses  malades 
atTectés  de  syphilis  pour  les  retenir  dans  le  célibat  jusqu'à  complète  guérison. 
Consulté  h  ce  point  de  vue,  par  les  familles,  sur  la  santé  de  leurs  futurs  alliéii 
le  médecin  doit  fournil*  toutes  les  informations  consciencieuses  qui  sont  compa- 
tibles avec  l'obligation  du  secret  médical. 

28*  La  syphilis  des  nourrices  est,  pour  ainsi  dire,  un  dérivé  de  la  syphihs  héré- 
ditaire. Lorsqu'un  enfant,  infecté  héréditairement,  est  confié  à  une  nourrice 
étrangère  saine,  il  risque  beaucoup  de  lui  communiquer  son  mal  :  l'infection, 
ches  la  nourrice,  ne  se  6tit  pas,  habituellement,  dèa  le  principe,  mais  h  l'époque 
seulement  où  la  syphilis  de  l'enfant  cesse  d'dtre  latente  et  se  manifeate  ohei  lui 
par  des  lésions  apparentes^  déclarées,  ce  qui  arrive,  en  général,  dans  les  trob 
premiex's  mois  qui  suivent  la  naissance. 


h  BOUir.  •<--ftO»TUXIB  llfTBBNATIWALB  DES  MAUDIBS  TtNtoIBNNBS.  S51 

39*  Us  moyens  prophylactiques  looeux  qu'on  a  conseillés  dans  les  cas  d'allai- 
tement d'un  nouTeauHDié  syphilitique  par  ui|e  nourrice  saine,  tels  que  les  lotions 
lor  les  mamelons  airec  des  liquides  dits  préservatifs»  les  frictions  avec  des  pom^ 
nadts  eathérétlques»  les  eautérisatioiMi  même»  n'ont  qu'un  efflat  incertain  sur 
lequel  il  faut  peu  compter. 

SO*  Réciproquement»  une  nourrice  syphilitique  qui  se  chargerait  d'un  enflint 
Min,  risquerait  aussi  beaucoup  de  lui  communiquer  la  contagion.  Ces  derniers 
css  ne  se  présentent  pas  aussi  souvent  que  les  premiers»  mais»  malgré  leur  rareté» 
ilifont  un  devoir  à  l'administration  de  surveiller,  à  ce  point  de  vue^  les  bureaux 
des  nourrices  ;  ils  imposent  aussi  aux  familles  le  soin  de  foire  visiter,  par  leurs 
mMedns»  les  nourrices  à  qui  elles  confient  leurs  enfonts. 

31*  Lorsqu'un  enfant  est  issu  de  parents  syphilitiques,  le  médecin»  qui  igncv- 
Nnit  ces  antécédents»  ne  serait  évidemment  pas  responsable  de  l'imprudence 
fM  poumit  oommettre  la  hmiUe  en  confiant  Tenfont  à  une  nourrice  étrangère 
saine.  U  n'en  serait  plus  de  même  si  le  médecin  connaissait  les  antécédents 
lypIdUtiquet  des  parents»  s'il  avait  constaté  de»  signes  de  syphilis  ou  seulement 
l'U  «fait  lieu  de  regarder  la  maladie  eomme  probable  ou  possible  ches  l'enfant. 
Un  médecin  qui»  dans  ces  cas»  donnerait  à  la  nourrice  une  assurance  qu'il  ne 
Nrait  pu  fondé  à  avoir  lui«>méme  d'après  le;  règles  de  l'art»  prendrait  sur  lui  une 
rsspoDsabilité  que  les  tiibunaux  pourraient  avoir  è  apprécier. 

13*  L'enlknt  né  d'une  mère  qui  a  ou  qui  a  eu  la  syphiliSi  tombe  malade  à 
KHI  tour  et  devient  apte  k  transmettre  sa  maladie  à  une  nourrice  étrangère  saine  ; 
mais  il  peut  être  impunément  allaité  par  sa  mère»  sur  qui  la  maladie  de  son 
intent  n'a  plus  de  prise.  Pareille  immunité  s'observerait  ches  toute  autre  nour- 
ries qui  auiait  aussi  ou  qui  aurait  eu  la  syphilis, 

S8*  Le  lait  d'une  femme  qui  a  eu  la  syphilis»  s'il  est  d'ailleurs  de  bonne  qua«- 
lité,  convient  parfoitement  au  nouveau^né  syphilitique.  C'est  même  dans  ces  cir^ 
eoniUnees  seulement  qu'on  peut  administrer  à  la  nourrice  un  traitement  anti- 
lypbilitique  dont  le  nourrisson  n'a  qu'à  bénéficier. 

W  Les  enlbnts  qui  ont  des  signes  de  syphilis  ou  que  l'état  actuel  ou  les  anté* 
cédents  de  leurs  parents  vouent  à  une  syphilis  probable  ou  possible»  peuvent 
étmt,  sans  inconvénients»  être  allaités  par  leurs  mères  ;  il  faut  qu'ils  le  soient 
tons,  c'est  un  principe  général  qui  ne  doit  fléchir  que  devant  l'absolue  nécessité. 

S5«  Dans  les  maternités,  eu  le  triage  des  noifveau^nés  voués  à  la  syphilis  est 
neore  plus  difficile  h  foire  que  dans  les  familles»  faute  de  renseignements  sur 
U  santé  des  parents»  beaucoup  de  nourrices,  d'abord  saines»  à  qui  on  a  confié 
des  nourrissons  de  l'hospice»  reviennent  avec  les'  signes  de  rinfeotlon  syphilis- 
tique.  A  Lyon»  les  nourrices  et  les  nourrissons  syphUitiques  sont  reçus  dans  des 
«lies  spéciales,  sorte  de  crèche  qui  rend  beaucoup  de  services,  et  qui  mérite 
d'être  recommandée  à  toutes  les  administrations  hospitalières  des  grandes  villes, 

S6*  Ces  femmes  syphilitiques»  une  fois  guéries»  pourraient  être  recherchées 
de  nouveau  par  les  maternités  :  à  défout  des  mères*  il  n'y  a  pas  de  nourrices 
qui  puissent  mieux  qu'elles  allaiter  ees  enfants  nés  de  parents  inconnus  qite 
leur  état  incertain  rend  si  dangereux  pour  les  nourrices  saines  è  qui  on  les 

eonne. 

97*  11  n'y  a  donc  pas»  à  proprement  parier,  d'exceptions,  et  toutes  les  fois 
qu'un  enfont  syphilitique,  ou  qu'on  sait  menacé  de  syphilis»  ne  peut  pas  être 
allaité  par  sa  mère,  il  fout  se  résigner  à  recourir  à  l'allaitement  artifioiel)  quelqug 
défectueux»  é'aflleurs»  que  soit  encore  ce  mode  d'flimtntalion* 


352      CONGRÈS  MÉDICAL  INTERNATIONAL.  —  QUATRIÈME  SÉANCE  DE  JOUR. 

38**  La  syphUis  vaccinale  dérive  aussi,  le  plus  souvent,  de  la  syphilis  hérédi- 
taire, car  les  nouveau-n^s  syphilitiques,  qui  sont  un  si  grand  danger  pour  leurs 
nourrices,  ne  font  pas  èourir  un  moindre  péril  aux  individus  qu'ils  servent  à 
vacciner.  Les  faits  de  contagion  vaccino-syphilitique  sont  aujourd'hui  aussi  nom- 
breux qu'irrécusables. 

39*  Le  sang  des  sujets  syphilitiques  est  contagieux,  puisqu'on  a  'réussi  à 
l'inoculer  expérimentalement.  Quant  au  vaccin  lui-même  pris  sur  ces  individus, 
on  peut  ne  pas  lui  refuser  d'une  manière  absolue  la  qualité  syphilitique  sans 
pouvoir  nier  néanmoins  l'aptitude  beaucoup  plus  certaine  du  sang  péri-vaccinal 
à  transmettre  la  syphilis  dans  la  pratique  de  la  vaccination. 

U9^  La  transmission  de  la  syphilis  par  l'opération  vaccinale  s'effectue,  en  gêné* 
rai,  quand  le  sujet  qui  sert  à  vacciner  a  des  symptômes  syphilitiques  apparents, 
mais  il  n'est  pas  démontré,  tant  s'en  faut,  qu'un  individu,  un  nouveau-né,  qui 
n'aurait  la  maladie  qu'à  l'état  latent,  ne  fût  pas  apte  à  la  transmettre  par  une 
opération  où  le  sang  est  l'agent  le  mieux  reconnu  de  la  contagion. 

&i*  Le  sang  étant  un  agent  non  douteux  de  contagion  syphilitique,  quand  oo 
vaccine  une  série  d'individus,  si  la  vaccination  est  pratiquée  sur  tous  avec  U 
même  lancette  et  sans  que  l'opérateur  prenne  la  précaution  de  laver  et  d'essuyer 
son  instrument,  ce  n'est  pas  seulement  celui  à  qui  on  emprunte  le  vaodn  qui 
est  apte,  s'il  est  syphilitique,  à  communiquer  la  syphilis  aux  autres;  le  germe 
de  cette  maladie  peut  être  puisé  avec  le  sang  sur  l'un  quelconque  des  vaccines; 
alors  le  vaccinifëre,  qui  est  habituellement  l'auteur,  peut  devenir  au  contraire 
une  des  victimes  de  la  contagion  syphilitique. 

&2*  Pour  éviter  de  transmettre  la  syphilis  par  la  vaccination,  on  n'empruntera 
du  vaccin  qu'à  des  individus  n'ayant  ni  symptdme  de  syphilis,  ni  antécédents 
syphilitiques;  chez  les  enfants,  les  antécédents  du  siqet  lui-même  ne  suffisent 
pas,  il  faut  s'enquérir,  en  outre,  avec  soin  des  antécédents  des  parents. 

&3*  Si  l'on  choisit  pour  vaccinifëre  un  enfont^  il  iàut  le  prendre  à  l'âge  où  la 
syphilb  héréditaire  a  déjà  eu  le  temps  de  se  produire  au  dehors,  c'est-À-dire 
après  le  troisième  mois;  en  le  prenant  à  un  Age  moins  avancé,  on  risquerBit 
beaucoup  plus  de  tomber  sur  quelque  cas  de  syphilis  latente. 

liU^  Recueillir  toujoun  avec  la  lancette,  dans  la  vaccination  de  hras  à  bras, 
du  vaccin  pur,  sans  mélange  de  sang,  ou  bien  n'employer  que  des  tubes  remplis 
de  vaccin  incolore,  transparent^  ne  jamais  vacciner  plusieurs  individus  de  suite 
avec  la  même  lancette  sans  laver  et  essuyer  l'instrument  après  chaque  vaccina- 
tion, telles  sont  les  précautions  à  recommander  pour  prévenir  la  contagion  vac- 
cuio-syphilitiquC)  précautions  qui  ne  compliquent  nullement  l'opération. 

&5*  Toutefois  ces  précautions  ne  donnent  pas  une  sécurité  complète  :  le  moyen 
le  plus  certain  de  ne  pas  transmettre  la  syphilis  dans  l'opération  vaccinale  serait 
de  prendre  le  vaccin  sur  une  espèce  animale,  la  vache,  par  exemple,  inapte  à 
contracter  la  syphilis.  Il  y  a  donc  lieu  de  demander  aux  gouvernements,  qui  ont 
presque  tous  des  fonds  spécialement  affectés  à  la  propagation  de  la  vaccine,  de 
vouloir  bien  en  destiner  aussi  à  encourager  le  nouveau  mode  de  vaccination  par 
le  cowpox^  puisque,  préférable  à  l'ancienne  méthode  sous  le  rapport  des  gann* 
ties  absolues  qu'il  donne  contre  la  syphilis,  il  ne  lui  céderait,  d'après  toutes  les 
expériences  faites  jusqu'à  ce  jour,  sous  aucun  autre  d'aussi  grande  importance. 
&6*  La  syphUiê  drcondgkUe  a  été  observée  dans  différents  pays,  et  notamment 
à  Palis.  C'est  que  les  nouveau-nés  syphilitiques,  si  dangereux  pour  leurs  nour- 
rices et  pour  les  individus  qu'ils  servent  à  vacciner,  ne  laissent  pas  de  Têtre 


1.  lOUBT.  •—  PRM>HYLAXIE  INTERNATIONALE  DES  MALADIES  VÉNÉRIENNES.    353 

aussi  pour  les  opérateurs  qui  les  circoncisent  suivant  le  rite  religieux  dans  lequel 
le  sang  est  ëtanché  avec  la  bouche,  au  moyen  de  la  suceUm^  après  que  le  prépuce 
a  été  excisé  par  l'instrument  tranchant. 

47*  La  syphilis  latente  n'étant  pas  aussi  sûrement  contagieuse  que  la  syphilis 
confirmée,  apparente,  et  la  circoncision  se  pratiquant  en  général  le  huitièmo 
jour  ftprè9  la  naissance  sur  tous  les  enfants  mâles  sans  distinction^  la  transmis- 
sion de  la  maladie  des  enfants  héréditairement  infectés  au  drconciseur  est  plus 
éventuelle,  moins  fréquente  qu'elle  ne  le  serait  si  l'opération  était  pratiquée  à 
on  âge  plus  avancé,  du  premier  au  quatrième  mois,  par  exemple.  D'un  autre 
côté,  le  drconciseur  n'est  apte  à  subir,  conune  tout  le  monde,  qu'une  seule 
infection.  A  ce  moment,  il  risque  de  transmettre  la  maladie  à  un  grand  nombre 
d'enfants,  nombre  qui  ne  saurait  être  beaucoup  moindre  que  celui  des  circonci- 
sions qu'il  pratique;  mais,  une  fois  guéri,  il  ne  peut  plus  être  qu'un  agent  de 
contagion  médiate,  soit  avec  sa  bouche,  quand  il  exerce  la  succion,  soit  avec  ses 
instroments,  quand  il  fait  la  section  du  prépuce. 

/k8*  Exiger  du  circonciseur  qu'il  lave  et  essuie  ses  instruments  après  chaque 
opération,  le  visiter  pour  s'assurer  qu'O  n'a  aucun  signe  de  syphilis,  visiter  aussi 
les  enfants  qu'on  va  opérer,  ne  suffirait  pas  pour  éviter  sûrement  la  transmission 
de  la  syphilis  par  la  circoncision.  Le  moyen  le  plus  simple  et  le  plus  sûr  de  cou- 
per court  à  la  contagion,  c'est  de  supprimer  le  temps  de  l'opération  pendant 
lequel  la  maladie  se  communique  réellement,  c'e8t-à«dii*e  la  succion. 

h9*  La  circoncision,  originaire  de  l'ancienne  Egypte,  est,  de  nos  Jours  encore, 
une  opération  très-répandue.  Elle  est  en  usage  chez  les  Juifs,  chei  les  Musul- 
mans, et,  par  conséquent,  chez  les  Arabes  de  l'Algérie,  où  la  syphilis  hérédi- 
taire fait  tant  de  ravages.  A  coup  sûr,  la  question  vaut  la  peine  qu'on  s'en 
occupe.  Nous  demandons  qu'on  fasse  une  enquête  générale  sur  la  circoncision, 
et  que  la  succion  soit  abolie  partout  où  elle  est  pratiquée. 

50*  La  9yphiHs  dei  verriers  est  inhérente,  non  pas  précisément  à  une  fonc- 
tion, comme  la  précédente,  mais  à  une  profession  tout  entière,  celle  de  ver- 
rier, dans  laquelle  les  ouvriers  sont  mis  en  communication  bouche  à  bouche 
au  moyen  de  l'instrument  qui  leur  sert  à  souffler  le  verre,  la  canne. 

51*  On  sait  que  les  accidents  syphilitiques  secondaires  se  localisent  avec  uno 
préférence  marquée,  chez  l'adulte,  à  la  bouche  et  au  gosier,  surtout  quand  ces 
organes  y  sont  disposés  par  une  irritation  incessante,  et  c'est  ainsi  qu'agit  le  souf- 
re chez  les  verriers.  On  s'explique,  dès  lors,  comment  la  maladie  se  transmet, 
dans  cette  circonstance  encore,  avec  tant  d'activité. 

52**  Les  trois  verriers  qui  soufflent  à  la  môme  canne,  le  gamin,  le  grand  gar- 
çwi  et  rottt^TMr  sont  tous  trois  solidaires,  et  si  l'un  d'eux  a  la  syphilis,  de  quelque 
Bunière  qu'il  l'ait  contractée,  il  infecte  les  autres  dans  le  travail  professionnel 
commun.  La  contagion  se  propage  ensuite  dans  le  reste  de  l'atelier  et  même 
d'un  atelier  dans  un  autre,  par  les  changements  de  personnel,  et  surtout  par  l'in- 
tenrention  des  relais^  c'est-à-dire  des  ouvriers  faisant  dans  les  verreries  l'office 
de  suppléants.  De  l'atelier  la  contagion  ne  tarde  pas  à  passer  dans  le  ménage  ;  car, 
l*rmi  les  trois  souffleurs,  il  y  en  a  presque  toujours  au  moins  un,  l'ouvrier,  qui 
^  marié  et  père  de  famille. 

53*  Les  ouvriers  venîen  sont  très-nombreux  et  répandus  dans  tous  les  pays 
industriels  et  vinicoles.  Aussi  les  exemples  de  ces  contagions,  maintenant  qu'on 
^t  mieux  les  reconnaître  au  moyen  du  chancre  buccal  qui  est  leur  symptôme 
primitif,  se  multiplient-ils  et  se  produisent-ils  de  tous  les  côtés.  11  est  certain  que 

23 


S5&     CONGBËS  MÉDICAL  INTERNATIONiLL.  —  QUATRlfellE  SSANCB  DE  lOUB. 

la  canne»  avec  les  dispositions  qu'elle  a  dans  toutes  les  verreries,  est^  pour  ces 
usines,  une  cause  d'insalubrité  longtemps  ignorée,  qui  n'a  sa  pareille  dans 
aucune  autre  industrie,  et  qu'il  importe  au  plus  haut  point  de  faire  disparaître. 

54°  Le  meilleur  moyen  d'empêcher  la  contagion  serait  de  rendre  obligatoire 
l'emploi  de  l'embout  mobile  de  M.  Chassagny.  Cet  embout,  qui  s'adapte  à  Tex- 
ti'émité  de  la  canne,  appartient  en  propre  à  chaque  ouvrier;  et,  comme  il  est 
seul  en  rapport  avec  la  bouche  du  soudleur,  il  rompt  la  solidarité  qui  fait  tout  le 
danger  du  soufflage.  Mais,  jusqu'à  ce  qu'il  soit  bien  établi,  par  des  essais  répétés 
sur  divers  points,  que  l'embout  proposé  n'apporte  aucune  entrave  au  travail 
industriel,  et  surtout  avant  que  le  nouvel  instrument  ait  triomphé  de  Tinexpc- 
rience  et  de  la  routine,  il  est  urgent  de  prescrire  des  visites  sanitaires  périodiques 
aux  ouvriers  verriers. 

.55°  Les  visites  sanitaires  des  verriers  devraient  être  adoptées  comme  une  me- 
sure générale  par  tous  les  gouvernements,  puisque  dans  tous  les  pays  ces  ouvriers 
sont  également  exposés  à  la  syphilis  par  leur  travail  professionnel,  qui  est  le 
même  partout.  En  France,  il  conviendrait  que  cette  mesure  fût  prescrite,  non 
par  un  simple  arrêté  préfectoral  valable  seulement  pour  les  usines  du  dépar- 
tement, mais  par  une  ordonnance  ministérielle  applicable  à  toutes  les  verreries 
de  Tempire. 

56*^  La  syphilis  transmissibk  par  d'autres  modes  plus  acddmtels  ne  comporte  au* 
cune  mesure  spéciale  de  prophylaxie.  Pour  que  la  contagion  syphilitique  s'opère, 
il  faut,  on  ne  l'ignore  pas,  que  le  contact  se  fasse  sur  une  muqueuse  fine  ou  exco- 
riée, ce  qui  a  lieu  fréquemment,  ou  bien  sur  un  point  de  la  peau  dépouillé  d'épi- 
derme,  ce  qui  se  rencontre  beaucoup  plus  rarement;  mais,  ce  qu'il  serait  bon 
de  rappeler,  parce  qu'on  l'a  longtemps  méconnu,  c'est  que  les  accidents  secon- 
daires de  la  syphilis  sont  contagieux  et  que  le  sang  lui-même  est  inoculable. 

57°  Avec  ces  notions  bien  présentes  à  l'esprit,  ou  plutôt  avec  toutes  celles 
que  nous  avons  indiquées  comme  devant  faire  l'objet  d'instructions  spéciales j  il 
suil^a  des  précautions  les  plus  vulgaires  pour  éviter  la  contagion  telle  qu'elle 
s'eiTectue  encore  quelquefois  au  moyen  des  ustensiles  de  ménage  ou  d'autre» 
objets  à  l'usdge  de  plusieurs  individus.  11  y  a  surtout  à  se  prëcautionner  contre 
les  contagions  qui  s'opèrent  à  la  bouche  ou  qui  se  font  dans  les  plaies  acciden- 
telles ou  chirurgicales  :  ici  encore  les  seuls  moyens  de  préservation  nécessaires 
ou  applicables  sont  la  vigilance  et  les  soins  de  propreté. 

58*  Les  cas  de  syphilis  qui  peuvent  soulever  des  questions  de  respensabiiUè  sont 
nombreux.  La  syphilis,  en  effet,  est  une  maladie  assez  grave  pom*  causer  un 
préjudice  très-sérieux  aux  individus  à  qui  elle  est  communiquée;  d'un  autre 
côté,  dans  un  certain  nombre  de  cas,  elle  peut  être  exactement  rattachée  à  » 
cause.  11  ne  faut  donc  pas  s'étonner  si  elle  donne  lieu,  parfois,  à  des  poursuites 
correctionnelles  et  surtout  à  des  actions  en  dommages-intérêts. 

59°  Les  mesures  et  prescriptions  hygiéniques  qui  précèdent  trouvent  une  nou- 
velle justification  et  une  véritable  sanction  dans  ces  actions  judiciaires,  dans  le^^ 
actions  civiles  surtout,  qui  ont  toutes  nos  préférences,  parce  qu'elles  se  ratta- 
chent plus  directement  au  principe  de  la  responsabilité  qui  est  dans  la  loi,  et  que 
les  victimes  de  la  contagion  syphilitique  ont  le  droit  d'invoquer  pour  ce  dom- 
mage comme  pour  tout  autre. 


MOUGEOT.  —  PBOrartAXlE  lECTERNATIOUALE  DES  MALADIES  VËNÊRIEIfUBS.   355 

111 

60*  Enfin,  pour  que  les  mesures  administratives  ou  autres  relatives  à  Ift  pro^ 
phylâxie  des  maladies  vénériennes  aient  leur  plein  eiîet;  pour  que  les  services 
sanitaires  qui  les  concernent  soient  complétés^  contrôlés,  vivifiés,  réunis  par 
un  lien  conunun,  et  que  les  médecins  qui  en  sont  ou  seront  chargés,  puissent 
centraliser  leurs  travaux  et  élaborer  ensemble  une  statistique  générale  et  com- 
paratiTe  des  maladies  vénériennes,  il  y  a  nécessité  de  nommer  un  inspecteur 
général  de  ces  services. 


gCESTIOIV  III  DV  PBOGBAmiB. 

PÀE  LE  DOCTEUa  MOUGBOT  (OB  l'AUBB). 


Messieurs, 

Nous  allons  essayer  de  répondre,  devant  vous,  à  la  question  de  ce  jour.  'Les 
quelques  minutes  dont  nous  pouvons  disposer  ne  permettant  aucun  développe- 
ment^ nous  irons  droit  au  but,  en  regrettant  de  ne  pouvoir  rendre  suffisamment 
hommage  aux  travaux  de  nos  devanciers,  et  d'être  le  plus  souvent  concis  jusqu'à 
la  sécheresse. 

II  n'y  a  que  trois  manières  de  s'opposer  à  la  propagation  des  maladies  véné- 
riennes ; 

Le  retour  à  la  pureté  des  mœurs; 

Les  mesures  administratives; 

Les  substances  prophylactiques. 

Sans  vouloir  fah*e  le  procès  de  la  société  actuelle,  il  est  évident  que,  à  moins 
d'une  catastrophe  qui  regénère  l'humanité,  il  n'y  a  rien  à  espérer  d'un  retour  à 
la  morale  pour  la  diminution  des  affections  vénériennes. 

Ce  n'est  donc  qu'aux  mesures  administratives  et  aux  diÉFérents  moyens  de  pré- 
senation  personnelle,  s'il  en  existe, qu'il  faut  demander  la  solution  du  problème; 
de  là  les  deux  divisions  naturelles  de  ce  travail  :  la  préservation  pubUque  et  la 
préservation  personnelle. 

DE  LA  PRÉSERVATION  PUBLIQUE. 

Avant  de  chercher  à  tarir  les  sources  de  la  propagation  des  maladies  véné- 
riennes, il  faut  les  déterminer  avec  soin.  On  y  parvient  pour  quelques-unes; 
Wttlement,  les  constatations  obtenues  dans  des  villes  trop  populeuses,  comme 
C^sm  et  Londres,  nous  ont  paru,  sous  d'importants  rapports,  entachées  d'erreur. 
Nous  leur  avons  préféré  les  renseignements  directement  obtenus*  par  nous,  de 
^es  importantes,  comme  Marseille,  Nantes,  Clermont,  Troyes,  etc.,  ou  ceux 
<pû  sont  consignés  dans  le  bel  ouvrage  de  M.  Jeannel,  et  le  remarquable  rapport 
de  M.  Garin. 


356     C0K6RÈS  MÉDICAL  INTERNATIONAL. -- QUATBIÈIIB  SÉANCE  DB  JOUR. 

Nou«  avons  ëcarté,  comme  erronées^  toutes  les  statistiques  qui^  comme  celle 
de  MM.  Puche  et  Foumier^  ont  été  dressées  sur  les  dires  du  malade. 

Le  malade^  interrogé  sur  l'origine  de  sa  maladie^  donne  le  plus  souvent,  et 
volontairement^  une  indication  fausse  ;  souvent,  aussi,  il  l'ignore  ;  ou,  ne  tenant 
aucun  compte  de  Tincubation,  il  est  porté  à  accuser  la  dernière  personne  avec 
laquelle  il  a  eu  des  rapports. 

Aussi,  n'est-il  pas  étonnant  que,  sur  873  vénériens  interrogés  par  MM.  Puche 
et  Foumier,  625  aient  déclaré  tenir  leur  maladie  de  filles  publiques,  52  de  filles 
entretenues  ou  actrices,  2k  de  femmes  mariées,  20  de  domestiques,  100  d'ou- 
vrières, et  &6  seulement  de  prostituées  clandestines.  Ce  qui  tendrait  à  établir 
que  les  filles  publiques,  surveillées  et  visitées,  sont  trois  fois  plus  dangereuses 
que  celles  qui  ne  le  sont  pas,  ou  qu'elles  accaparent,  dans  la  même  proportion, 
les  actes  de  libertinage  :  double  proposition  complètement  en  désaccord  avec  la 
réalité.  Nous  ne  parlerons  pas,  bien  qu'elle  soit  probante  à  notre  avis,  de  cette 
statistique  qui  ne  s'écrit  pas,  et  dont  chaque  praticien  puise  ses  éléments  dans 
son  entourage  et  sa  clientèle  la  plus  confiante  ;  statistique  qui  lui  montre  que, 
sans  contredit,  la  source  la  plus  féconde  et  la  plus  dangereuse  des  maladies  qu'il 
constate  est  dans  la  prostitution  clandestine. 

Voici  des  chifires  qui  fixeront  les  généralités  : 

L'année  dernière,  on  comptait,  à  Marseille,  950  prostituées  inscrites,  dont 
70Q  en  maison  et  250  en  liberté;  il  y  avait,  en  outre,  220  filles  de  buvette 
payées  par  le  patron  pour  se  prostituer,  afin  de  faire  aller  leur  commerce.  On  a 
arrêté  ^80  grisettcs  pour  délit  d'excitation  à  la  débauche.  Or,  les  filles  de  buvettes 
et  les  grisettes  arrêtées  par  la  police  ont  été  reconnues  malades  dans  la  propor- 
tion de  80  pour  100,  tandis  que  les  filles  soumises  ne  l'ont  été  que  dans  la  pro- 
portion de  U  1/2  pour  100. 

Ce  fait  n'est  pas  spécial  à  Marseille,  nous  le  retrouvons  constant  dans  la  plu- 
part des  villes  populeuses.  A  Bordeaux,  M.  Jeannel,  par  une  méthode  de  statis- 
tique particulière,  trouve  que,  sur  100  visites  médicales,  il  y  a  eu  1,55  de  mala- 
dies pour  les  filles  soumises  et  20,39  pour  les  prostituées  clandestines. 

A  Lyon,  la  même  méthode  de  statistique  a  donné,  pour  100  visites  médicales, 
1,&3  de  malades  chez  les  filles  soumises,  et  1&,52  chez  les  prostituées  qui  ne  le 
sont  pas. 

A  Clermont-Ferrand  et  à  Nantes,  à  côté  des  mêmes  résultats,  nous  allons 
trouver  une  comparaison  précieuse  entre  les  maladies  chez  les  filles  soumises 
en  maison  et  chez  les  filles  soumises  en  liberté. 

A  dermont,  sur  128  filles  soumises,  il  y  en  a  60  en  maison  et  68  en  liberté. 
Les  premières  n'ont  eu  que  6  malades  en  1866,  tandis  que  les  autres  en  ont 
eu  29. 

A  Nantes,  il  y  avait  également.  Tannée  dernière,  113  filles  soumises  en  mai- 
son et  99  hors  maison.  Tandis  que  les  premières  n'ont  eu  que  28  malades,  les 
secondes  en  ont  eu  69. 

A  Troyes,  les  chifires  sont  encore  plus  probants. 

Sur  63  filles  inscrites,  il  y  a  3/i  filles  en  maison  et  29  en  liberté.  Les  pr«* 
mières  ont  eu  10  malades  et  les  autres  28  !  28  sur  29!!!  pour  des  filles  surveil- 
lées, visitées,  mais  libres  ! 

Nous  nous  en  tiendrons  à  ces  constatations  officielles  de  quelques  départe- 
ments des  mieux  administrés  et  appartenant  à  des  zones  différentes,  pour  oon- 
sidérer  comme  acquises  ces  deux  propositions  : 


HOUGEOT.  -«  PBOPHYLAXIC  INTERNATIONALE  DES  MALADIES  VÊNÊBIENNES.    357 

La  soorce  la  plus  féconde  des  maladies  vénériennes  est  dans  la  prostitution 
clandestine.  Les  femmes  de  cette  catégorie  sont  vingt  fois  plus  dangereuses  que 
les  prostituées  soumises  à  la  visite  médicale. 

Parmi  ces  dernières,  les  filles  en  liberté  sont  de  trois  à  quatre  fois  plus  dan- 
gereuses que  les  filles  en  maison. 

Voilà  pour  le  degré  de  fréquence  des  maladies  vénériennes. 

Si  maintenant  nous  envisageons  le  degré  de  gravité,  nous  trouvons  encore  que 
les  formes  les  plus  graves  appartiennent  à  la  prostitution  clandestine.  Nous  trou- 
ma  ce  fait  universellement  signalé  dans  les  rapports  officiels. 

11  manquerait  encore  une  touche  à  ce  tableau  des  origines  vénériennes  si 
nous  ne  signalions  comment  les  maladies  pénètrent  dans  les  très-petites  localités 
où  U  n'y  a  pas  de  bureau  de  mœurs.  11  sufQt  d'une  passagère  malade  pour  em- 
poisonner en  quelques  jours  plusieurs  jeunes  gens  dans  un  pays. 

Nous  n'avons  parlé  que  des  constatations  faites  sur  les  femmes;  les  hommes 
échappent  complètement,  sur  ce  point,  à  toute  appréciation.  Si  la  femme,  quœ 
ûHttorpus  corpare,  peut  tomber,  par  ce  seul  fait,  sous  Taction  policière*  il  n'en 
est  pas  de  même  de  l'homme,  si  débauché  soit-0.  En  dehors  des  atteintes  à  la 
morale  publique  et  du  droit  commun,  la  vie  privée  de  l'homme  est  murée  pour 
toute  recherche  de  cette  natm'e.  Les  corps  em'égimentés  seuls  peuvent  fournir 
une  lumière  sur  le  sujet  qui  nous  occupe.  On  a  prétendu  même  faire  de  la  sta- 
tistique des  maladies  vénériennes  d'une  garnison  le  mètre  de  l'état  sanitaire  de 
la^ille  qu'elle  habite.  C'est  un  rapprochement  ingénieux  qui  n'est  applicable  ni 
dans  les  très-grandes  villes,  ni  dans  les  très-petites,  ni  même  nulle  part.  Écou- 
tons, en  effet,  cette  phrase  qui  termine  le  rapport  officiel  de  la  préfecture  du 
Puy-de-Dôme  :  «  La  femme  la  plus  dangereuse  est  la  dcnnestique  sans  place  qui 
s'aKandonne  aux  ouvriers,  aux  militaires,  couchant  dans  des  tonnes  ou  se  con- 
tentant de  pain  de  munition...  U  suffit  d'une  de  ces  malheureuses  pour  infecter 
toute  une  compagnie  ou  tout  un  atelier.  »  S'il  en  est  ainsi,  que  devient  l'équation 
signalée  dans  le  remarquable  travail  de  M.  Jeannel?  Quoi  qu'il  en  soit,  les  consta- 
tations sur  les  militaires  et  les  marins  sont  précieuses.  Ce  sont  les  seules  don- 
Dées  que  nous  puissions  avoir  sur  le  rôle  de  la  partie  masculine  dans  cette  pro- 
pagation. Encore  est-il  heureusement  vrai  que,  si  l'on  compte  40  000  militaires 
malades  en  France,  dans  une  seule  année,  ce  chiffre  effrayant  exprime  seule- 
ment le  nombre  des  affections  vénériennes  qu'ils  reçoivent  et  non  celles  qu'Os 
donnent,  puisqu'ils  sont  séquestrés  dès  qu'on  a  reconnu  leur  atteinte. 

Maintenant  que  nous  sommes  en  possession  de  cette  vérité  que  la  source  la 
plus  incomparablement  dangereuse  appartient  à  la  prostitution  clandestine, 
c'est-à-dire  à  cette  classe  de  femmes  qui,  jouissant  de  leur  pleine  liberté,  en 
profitent  et  en  usent  d'une  façon  si  préjudiciable  à  la  santé  publique,  quelle  est 
la  première  indication  qui  se  présente  à  l'esprit?  n'est-ce  pas  d'apporter,  sinon  une 
entrave,  du  moins  une  surveillance  à  cette  liberté  qui  est  devenue  un  danger 
pour  tous?  Aussi  conclurons-nous  dans  le  sens  des  mesures  admlnisli'atives  prises 
vis-à-vis  de  ces  créatures,  et  plus  encore  pour  la  rigueur  de  ces  mesures. 

C'est  en  vain  qu'on  nous  opposerait  le  respect  sacré  de  la  liberté  individuelle 
et  de  la  vie  privée...  Qu'est-ce  qu'une  liberté  individuelle  qui  menace  et  détruit 
la  liberté  individuelle  de  plusieui's  ?  Qu'est-ce  qu'une  vie  privée  où  il  y  a  une 
immixtion  incessante  d'étrangers,  et  qui  va  colporter  ici  et  là,  à  domicile,  et 
partout,  une  contamination  qui  peut  être  terrible  en  ses  efi*ets  ? 

On  expropriera  pour  cause  d'utilité  publique  les  plus  belles  années  de  la  vie 


358     CONGItfeS  MÉDICAL  INTERNATTOIf  AL. -^  QUATRIÈMS  StAlIGB  DB  JOUR. 

d'un  honimo^  et  Ton  hésiterait  à  exproprier,  pour  cause  de  salubrité  publique, 
quelques  heures,  quelques  jours,  quelques  mois,  s'il  le  faut,  de  la  liberté  d'une 
fille  de  mœurs  suspectes  ou  méprisables I...  On  sacrifiera  des  honunes  considé- 
rables et  les  dévouements  les  meilleun  pour  conjurer  des  fléaux  transmissibles 
comme  ]e  choléra,  la  fièvre  jaune,  la  peste  bovine,  etc.^  on  imposera  d'oné- 
reuses quarantaines  à  d'honnêtes  gens  sur  le  simple  soupçon  d'ôtre  porteurs  d'uu 
air  empesté...  Et, pour  éteindre  le  fléau  bien  autrement  redoutable,  la  sypliilis, 
qui  ne  punit  pas  seulement  le  coupable,  mais  par  celui-ci,  l'innocent,  et  qui, 
pis  est,  toute  une  descendance,  de  manière  à  altérer  le  devenir  hutuain  pen- 
dant des  générations,  en  en  abaissant  le  niveau  et  la  fécondité,  on  s'arrêterait 
devant  la  liberté  individuelle  et  la  vie  privée  d'une  débauchée  ou  d'une  pro- 
stituée ! 

Cela  ne  peut  pas  être.  La  concmrence  vitale  est  la  loi  de  tout  ce  qui  a  vie  dans 
la  nature.  Rien  n')  échappe,  pas  plus  les  nations  que  les  individus.  l.a  nation 
qui,  par  une  coupable  Insouciance  vis-à*vis  d'une  corruption  physique  et  morale 
qui  marchent  de  pair,  aura  laissé  amoindrir  le  nombre  de  ses  enfants  et  la  force 
corporelle  de  chacun  d'eux,  deviendra  nécessairement  la  proie  des  nations  qui 
se  seront  maintenues  plus  nombreuses  et  plus  iortes.  Le  secret  de  l'avenir  est  \k 
conmie  l'explication  du  passé. 

Donc,  au  nom  des  intérêts  les  plus  élevés,  nous  tenons  pour  les  plus  grandes 
rigueurs  dans  les  mesures  administratives,  non-seulement  pour  les  fenuues  pu- 
bliques et  soumises,  mais  vis-à-vis  de  tout  ce  qui  touche  plus  ou  moins  près  à  la 
prostitution  clandestine.  Toute  cette  catégorie  appartietity  salon  notts^  cmjd  établiise' 
metits  insalubres,  et  doit  en  subir  la  réglementatioji.  Ici  nulle  exception,  dussent  ce» 
rigueurs  s'étendre  jusqu'à  ces  hétaires  qui,  loin  de  faire  de  la  prostitution  clan- 
destine, affichent,  par  tous  les  moyens  possibles,  ce  qu'elles  sont,  et  vont  jusqu'à 
mettre  à  l'encan,  dans  les  clubs,  la  clef  de  leur  alcôve. 

Ce  qui  va  suivre  est  un  essai  de  réglementation  motivée  dans  le  sens  rigoureux 
que  nous  venons  de  vous  annoncer. 


DBS  MAISONS   DE  TOLÉRANCE. 

L'autorisation  ne  pourra  être  accordée  qu'à  des  femmes. 

Chaque  maîtresse  de  maison  sera  pécuniairement  responsable  de  la  santé  de 
ses  filles  (système  déjà  proposé). 

Pour  assurer  cette  responsabilité,  l'autorisation  ne  sera  accordée  qu'après  le 
versement  d'un  cautionnement  proportionnel  à  la  valeur  locativade  riouueuble 
en  exploitation. 

Toutes  les  fois  qu'une  fille  sera  reconnue  malade,  on  prélèvera  sur  le  dépôt 
une  amende  proportionnelle  au  cautionnement. 

Quand,  par  les  prélèvements,  celui-ci  sera  épuisé  aux  trois  quarts,  l'autorisa- 
tion pourra  être  retirée.  Au  cas  contraire,  le  cautionnement  sera  comblé,  et  ainsi 
de  suite. 

Les  amendes  seront  triplées  en  cas  de  dissimulation  du  nombre  des  filles  ou 
de  leur  soustraction  à  la  visite  réglementaire. 

Celle-d  aura  lieu  au  dispensaire  deux  fois  par  semaine.  On  pourra  accorder 
l'autorisation  de  (kire  visiter  à  la  maison  mômei  par  un  médacin  de  radminii- 
tration. 


MOWBOT.  ^  PnùPmiKXn  INTSANATIONALB  des  V AtADIËS  VftNÉVfBNNBS.     S59 

Toutes  les  visites  au  dispensaire  seront  payées  1  franc  par  personne  ;  les  visites 
à  domicile  seront  réglées  selon  l'importance  du  cautionnement,  mais  to^)01lr6 
sa  moins  an  double  de  la  visite  au  dispensaire. 

Toute  flUe  malade  sera  immédiatement  séquestrée.  Lad  ihûs  du  traitement 
seront  à  la  charge  de  son  établissement,  etc.,  etc. 

Ce  règlement  a  pour  but  de  créer  la  responsabilité  pécuniaire  des  maîtresses 
de  maisons^  et  de  les  intéresser  ainsi  à  la  parfaite  santé  de  leurs  filles.  Ce  syt»^ 
tème,  déjà  proposé  surtout  par  M.  Lagneau,  amène  infailliblement  la  visite  préa- 
lable de  rhomme^  tant  par  la  maîtresse,  pécuniairement  responsable,  (jue  par  la 
prostituée^  corporellement  intéressée.  Cette  visite,  déjà  en  vigueur  dans  cer* 
laines  localités,  a  donné  des  résultats  constatables» 

One  si  Ton  observe  l'inaptitude  de  la  plupart  de  ces  femmes  à  reconnaître 
reilstence  de  ces  maladies  dans  quelque»»unes  de  leurs  phases^  nous  répondrons 
que  c'est  bien  le  moins  que  ces  malheureuses,  qui  exposent  les  autres  ou  s'expo- 
sent elles-mêmes  à  une  série  de  maux  qui  ont  tous  une  r^to^'on  extérUutt^  eii 
connaissent  la  nature  et  la  physionomie.  Pourquoi  n'y  aurait^il  pas  obligatoire- 
ment, dans  la  salle  de  réception,  un  tableau  sous  verre  représentant  ces  révéla- 
tions extérieures  avec  texte  suffisamment  explicatif.  Il  est  bien^  il  est  moral,  il 
est  prophylactique  qu'en  entrant  dans  ces  bouges  la  vue  de  l'imprudent  soit 
frappée  des  dangers  auxquels  il  va  s'exposer.  Combien  de  jeunes  gens  n'ont  pas 
été  momentanément  guéris  de  leurs  velléités  de  libertinage  par  une  simple 
▼isite  au  musée  Dupuytren  !  Rien  ne  saurait  être  négligé  pour  rappeler  à  lui- 
même  l'homme  qui  va  faillir...  On  ne  saurait  non  plus  objecter  Tinconvenance 
do  cette  visite  excellemment  prophylactique  du  débauché  par  la  complice  de  sa 
tiébauche  :  quand  Thomme  a  fhinchi  le  seuil  de  ces  maisons,  la  pudeur  se  voile 
et  ne  veut  plus  rien  savoir  ni  voir  de  tout  ce  qui  va  suivre. 

L'essentiel  est  que  le  but  soit  atteint,  qui  est  un  obstacle  sérietix  et  pratique  à 
la  propagation  de  ces  terribles  maladies.  Or,  cette  visite  préventive  en  tarit  cer-> 
tainement  l'une  des  sources. 

La  rendre  obligatoire  par  un  arrêté  est  aussi  immoral  qu'impraticable;  mais  la 
rendre  nécessaire  par  ce  même  mobile,  qui  fait  que  des  créatures  consentent  et 
demandent  à  faire  ou  à  faire  fUre  cet  infâme  métier,  voilà  ce  que  nous  ne  sau- 
rions trop  recommander  ici. 


DES   FILLES   EN    CARTE. 


Bien  qu'O  soit  plus  difficile  d'établir,  pour  les  filles  en  carte,  une  responsabi- 
lité pécuniaire,  la  chose  n*est  pas  impossible.  En  effet,  toutes  ces  filles  ont  un 
lopement  qu'on  leur  fait  paver  d'avance.  11  n'est  guère  de  propriétaires  qui  ne 
connaissent  parfaitement  la  qualité  de  leur  locataire  ,*  et,  Tlgnoreraient-ils,  que 
ïa  police  serait  tenue  de  la  leur  faire  connaître  sitôt  la  déclaration  de  domicile. 

Le  propriétaire  (ainsi  dûment  averti  de  la  qualité  de  sa  locattiire),  qtii  main- 
tiendra sa  location,  sera  tenu,  vis-à-vis  de  l'administration,  du  cautionnement  de 
cette  fdle,  cautionnement  qui  sera  proportionnel  à  la  valeur  locative.  11  est  juste 
que  celui  qui,  sciemment,  loue  son  immeuble  pour  une  pareille  destination,  soit 
regardé  comme  le  complice  de  cette  industrie.  Cette  situation  n'inspire  pas  grand 
intérêt,  et  Ton  peut  paiïfaitement  poser  à  un  pareil  propriétaire  cette  alternative. 


S60     CONGBfeS  MÉDICAL  INTERNATIONAL.  —  QUATBlfcME  SÊANCB  OE  JOUR. 

OU  de  ne  pas  louer  à  une  prostituée^  ou,  au  cas  échéant^  d'en  subir  les  consé- 
quences. 

Les  résultats  de  cette  mesure  seraient  l'exigence  de  la  quittance  de  cautionne- 
ment ou  l'exigence  du  cautionnement  lui-même  avant  la  location  ;  puis  la  rareté 
de  ces  locations,  le  relèguement  de  ces  créatures  dans  de  certains  quartiers,  et, 
finalement,  la  diminution  réelle  de  ces  filles  en  carte  qui  seraient  alors  obligées, 
ou  d'entrer  en  maison  ou  de  faire  de  la  prostitution  clandestine. 

Nous  avons  vu  combien  il  était  désirable,  pour  la  santé  publique,  que  les  mai- 
sons de  tolérance  fussent  augmentées  aux  dépens  des  filles  soumises,  mais  en 
liberté.  D'autre  part,  les  mesures  que  nous  conseillerons  contre  la  prostitution 
clandestine  les  empêcheront  de  tomber  de  ce  coté. 

Nous  croyons  que  l'obligation  du  cautionnement  pour  les  filles  en  carte  est 
une  mesure  excellente  et  pratique  à  tous  les  points  de  vue.  Une  fois  le  caution- 
nement versé,  la  fille  en  carte  a  le  double  intérêt,  corporel  et  pécuniaire,  d'évi- 
ter les  maladies  vénériennes.  De  là  la  visite  préalable  et  minutieuse  des  individui 
auxquels  elle  se  livre,  visite  qui  est  pour  nous  d'une  importance  capitale  pour 
l'extinction  de  ces  maladies. 

Inutile  d'ajouter  que  ces  fiUes  devront  se  présenter  deux  fois  par  semaine  au 
dispensaire,  que  ces  visites  pomTont  être  gratuites,  etc.,  etc. 

Comme  toute  idée  neuve,  cette  exigence  du  cautionnement  des  fiUes  en  carte, 
soit  de  ces  filles  même,  soit  de  leur  propriétaire,  peut  paraître,  au  premier 
aspect,  rigoureuse  et  exorbitante.  Nous  ne  reviendrons  pas  sur  ce  principe  de 
justice  qui  étend  une  exigence  réglementaire  au  propriétaire  qui,  sciemment,  se 
rend  complice  d'une  exploitation  de  prostitution.  Mais  nous  croyons,  en  outre, 
que  l'administration  n'a  pas  à  se  soucier  de  toutes  ces  difficultés.  Que  veut-elle, 
en  effet?  Limiter  un  mal  terrible  par  de  sages  mesures.  La  souveraineté  du  but 
couvre  tout  et  lui  permet  de  tenir  ce  langage  :  «  Vous  voulex  que  je  vous  per- 
mette de  vivre  d'une  malhonnête  industrie  que  je  ne  puis  empêcher;  j'y  con- 
sens ;  je  veux  bien  que  vous  vous  exposiez  sur  la  voie  publique  comme  une  mar- 
chandise, et  que  vous  vous  présentiez  avec  cette  garantie  que  si  vous  y  êtes,  vous 
êtes  saine,  ou  du  moins  que  vous  l'étiez  hier  quand  je  vous  ai  fait  visiter...  Eh 
bien,  pour  cette  licence  et  cette  garantie,  je  vous  impose  telle  et  telle  condition. 
Cest  à  prendre  ou  à  laisser,  d 


DE   LA   PROSTITimON  CLANDESTINE. 

C'est  ici  que  surgissent  les  difficultés  sérieuses.  Dans  les  classes  précédentes,  il 
y  avait  un  contrat,  et  l'une  des  parties  contractantes  était  tenue  par  son  propre 
consentement.  11  y  avait,  en  outre,  une  garantie  contre  Tinfraction.  Ici,  au  con- 
traire, nous  sommes  en  pleine  liberté  individuelle.  Chaque  intervention  de  U 
police  est  attentatoire  aux  droits  les  plus  respectables.  Voyons  donc  ce  qui  peut 
légitimer  un  pareil  attentat. 

On  en  trouve  quati*e  raisons  principales,  qui  sont  la  notoriété  publique,  U 
connaissance  personnelle  des  agents,  les  contraventions,  les  dénonciations  ou 
indications  motivées.  Nous  ne  nous  égarerons  pas  dans  des  définitions  ni  des 
exemples  qui  feraient  de  ce  mémoire  un  traité  de  casuistique.  Ces  distinctions  se 
comprennent  assez  sans  y  insister;  disons  seulement  que,  sauf  le  flagrant  délit 
d'appel  à  la  débauche  et  des  airestations  pour  toute  autre  cause,  toute  intenen- 


M0U6EOT.  •—  PROPHYLAIIB  INTERNATIONALE  DBS  MALADIES  VÉNÉRIENNES.    S61 

tion  policière  doit  être,  à  son  début  surtout,  une  enquête  discrète  conduite  avec 
prudence  et  circonspection.  A-t-on  acquis,  par  elle,  la  preuve  d'une  bnhitiiâe  de 
prosiitution,  la  femme  sera  immédiatement  appelée,  an  éiqiensiffe.pourysulttr 
la  visite  et  l'inscription  avec  toutes  ses  conséquences.  Est-elle  reconnue  malade, 
elle  sera  immédiatement  séquestrée,  à  moins  qu'elle  ne  soit  mariée  et  réclamée 
par  son  mari,  ou  mère  de  famille,  ou  soutien  de  famille.  Dans  ce  cas,  elle  devra 
se  présenter  au  dispensaire  ou  à  telle  consultation  d'hôpital,  trois  fois  par  semaine. 

N'a-t-on  reconnu,  au  contraire,  après  l'enquête  discrète,  qu'une  trop  grande 
ikcilité  de  mœurs,  alors  la  femme  sera  avertie,  par  lettre,  d'avoir  à  se  rendre 
tel  jour,  et  de  telle  heure  à  telle  heure,  chez  tel  médecin  désigné  à  cet  effet.  La 
lettre  indiquera  le  motif  de  la  visite,  les  conséquences  qui  résulteraient  du  refus 
de  cette  invitation^  et  qui  seraient,  entre  autres,  la  visite  obligatoire  au  dispen- 
saire. 

Si  cette  femme  est  reconnue  malade,  elle  sera  tenue  de  se  faire  visiter  trois 
fois  par  semaine  par  le  même  médecin.  Toutes  ces  visites  seront  gratuites,  ainsi 
que  la  médication  et  même  les  médicaments. 

Mais  si,  pendant  le  cours  du  traitement,  une  infection  nouvelle  venait  à  se  révé- 
ler, ou  s'il  survenait  une  dénonciation  motivée  accusant  cette  femme  de  conti- 
nuer ses  rapports  malgré  sa  maladie,  alors  elle  serait  inunédiatement  séquestrée, 
à  moins  qu'elle  ne  soit  dans  les  catégories  ci-dessus. 

De  la  sorte  tous  les  intérêts  seraient  sauvegardés,  ceux  de  la  personne  et  ceux 
de  la  société.  On  arriverait  ainsi  à  vérifer  sans  scandale  et  sans  bruU  l'état  sani- 
taire de  tcus  ces  vases  de  vices  et  d'infection,  qui,  côtoyant  sans  cesse  le  flagrant 
délit  d'excitation  à  la  débauche,  entraînent  dans  leur  niveau,  et  à  la  barbe  de 
l'autorité  désarmée,  cette  affreuse  petite  jeunesse  d'aujourd'hui  si  fanfaronne 
d'abjection. 

11  y  a,  nous  le  savons,  quelques  abus  à  redouter.  Les  dénonciations,  par 
exemple,  pourraient  ne  couvrir  que  des  vengeances.  11  suflira  d'exiger  en  elles 
un  caractère  d'authenticité  pour  rendre  ces  abus  plus  dangereux  au  dénonciateur 
qu'au  dénoncé  lui-même.  Du  reste,  tout  danger  disparaît  dans  la  discrétion  de 
l'enquête.  Celle-ci  ne  saurait  être  confiée  qu'à  des  agents  d'une  certaine  valeur. 


NOURRISSONS   ET   NOURRICES. 

Nous  n'avons  rien  à  ajouter  aux  conseils  donnés  sur  ce  sujet. 

VISrrES   MÉDICALES   ET  PUNITIONS. 

Nous  avoDb  demandé  deux  visites  médicales  par  semaine  pour  les  filles  sou- 
oûses  et  les  femmes  suspectes.  Éloigner  davantage  cet  examen  bihebdomadaire, 
c'est  le  rendre  en  partie  illusoire. 

Chaque  visite  sera  faite  en  pleine  lumière,  sur  un  lit  ou  favteuil  disposé  à  cet 
effet,  dont  tous  les  dispensaires  seront  fournis,  ainsi  que  les  maisons  de  tolé- 
rance et  les  médecins  délégués  de  l'administration. 

Le  spéculum  et  l'abaisse-langue  seront  de  ligueur  quand  on  ne  rencontrera 
pas  d'autres  symptômes  révélateurs,  etc. 

Les  punitions  qui  atteignent  les  filles  soumises  réfttictaires  aux  règlements  se 
bornent  presque  partout  à  quelques  heures  de  violon. 


SB2     CONGRÈS  ttÊDIGAL  INTERNATIONAL.  —  QtTATRltSIlE  SÉANCE  DE  lOUB. 

Nous  n'en  avons  trouvé  qu'une  d'intelligfente.  A  Troyes,  toute  fille  qui  s'esl 
soustraite  à  la  visite  réglementaire  est  condamnée  à  balayer  la  ville  une  ou  dem 
matinées.  Il  n'arrive  que  trop  souvent  qu'une  fille  soumise,  se  sentant  malade 
échappe  à  la  visite  médicale  en  simulant  un  voyage  ou  en  diparaissant  pour  n( 
plus  revenir.  De  là  viennent  ces  rôdeuses  qui  vont  de  vUle  en  ville  semer  leur 
dangereuses  maladies.  Sandouville  a  demandé  que  toutes  les  ûlles  qui  vivent  d( 
prostitution,  en  France,  fussent  inscrites  dans  leurs  localités.  En  cas  d'absence 
cette  liste  sei*virait  à  donner  l'éveil  aux  adtorités  des  autres  pays. 

Tout  cela  serait  plus  rare  si  l'on  parvenait  à  réaliser  le  dépôt  préalable  d'ui 
cautionnement  qui  ne  serait  rendu  que  quand,  après  trois  mois  de  radiation  di 
livre  de  la  police,  il  serait  constaté  que  la  femme  a  cessé  entièrement  son  bon 
teux  métier.  Est-ce  possible? 

Avant  de  terminer  ici  ce  qui  concerne  les  mesures  administratives  contre  les 
femmes  dangereuses,  il  ikut  s'assurer  si  les  conseils  donnés  sont  d'une  applica 
tion  possible  et  même  pratique.  Cela  n'est  pas  douteux  pour  les  agglomérations 
peu  importantes,  mais  cela  peut  faire  question  pour  Londres  ou  Paris,  pai 
exemple* 

L'estimation  qui  parait  s'approcher  le  plus  de  la  vérité  porte  le  nombre  des 
prostituées  de  Londres  à  80  000.  Nous  tenons  de  feu  Saunders,  ancien  chef  de  la 
police  municipale  de  Londres,  que  ce  chiffre  est  en  réalité  beaucoup  trop  faible. 
Admottonft4e,  néanmoins,  comme  sufQsant.  A  ce  compte,  et  tout  en  fai^nt 
la  pai*t  de  la  difTérencc  de  population  et  de  l'augmentation  de  misère  à  Londres, 
on  peut  pointer,  sans  exagération,  à  50  000  le  nombre  des  prostituées  parisieunef . 
En  en  défalquant  le  cinquième,  qui  ne  peut  être  visité  pour  cause  de  menstrua- 
tion ou  de  maladie,  il  reste  UO  000  femmes  à  visiter  deux  fois  par  semaine 
(dimanche  réservé),  ou  80  000  en  six  jours,  ou  13000  environ  par  jour.  Admet- 
tons, arbitrairement^  que  3000  se  fassent  visiter  hors  du  dispensaire,  il  restera 
500  femmes  à  visiter  par  jour  et  par  arrondissement. 

On  a  estimé  que  chaque  visite  n'exigeait  pas  plus  de  deux  minutes  ;  il  faudrait 
donc  seize  heures  de  visites  pour  tout  examiner,  ou  deux  dispensaires  avec 
quatre  médecins  se  relayant  tout  à  tour  après  quatre  heures  d'exercice. 

En  donnant  à  chaque  médecin,  pour  cette  rude  besogne,  4000  francs  d'ap- 
pointements (les  médecins  délégués  au  dehors  étant  honorés  par  leurs  propre^ 
visites),  on  satisferait  donc  h  des  exigences  aussi  colossales  pour  320000  frano 
par  an,  sans  compter,  il  est  yvaÀ,  les  autres  frais,  qui  élèveraient  cette  dépense  à 
un  demi-million.  Quelle  que  soit  rimportancc  de  ces  chiffres,  nous  croyons  fer- 
mement que  tout  ceci  est  parfaitement  praticable. 

11  est  d'abord  certain  qu'on  trouvera,  autant  qu'il  le  faudra,  des  médecins 
instruits  pour  assurer  ce  service. 

11  Test  aussi,  que  dût  la  ville  de  Paris  payer  de  ses  deniers  un  tel  article,  jamaL« 
dépense  ne  serait  regardée  comme  plus  légitime  ;  mais  il  n'en  est  point  ainsi.  Le« 
dépenses  occasionnées  par  la  surveillance  de  la  prostitution  doivent  être  soldées 
par  la  prostitution  elle-même. 

Nous  avouerans  ne  pas  comprendre  le  sentiment  de  répulsion  qu'on  trouve 
dans  la  plupart  des  auteurs  sur  cette  question.  Est* ce  qu'au  point  de  vue  de  la 
salubhté  publique  et  du  budget,  qui  sont  seuls  engagés  ici,  il  n'est  pas  plu> 
juste  de  voir  la  prosHtutioîi  payer  elle-même  les  fraie  qu'elle  occasûmne  que  à) 
appliquer  l'argent  d 'honnêtes  gens  que  la  prostitution  ne  regarde  pas  Y 

11  est  probable  qu'avec  le  prix  des  visites  et  les  amendes,  lum^-^uieiuent  os 


MOUCBOT.  —  PROWnrtAXra  TNTKHNATIONAtE  DES  MAtADTES  VÉNÉRTENNES.    868 

couvrirait  les  frais  de  surveillance  et  de  AÎsites  médicales,  mais  encore  ceux  du 
traitement,  soit  en  ville,  soit  dans  les  établissements  hospitaliers. 

En  tout  cas,  à  mesure  de  l'extinction  de  la  syphilis,  le  résultat  obtenu  limitera 
hi-même  ces  dépenses. 

D  est  difficile  de  se  faire  une  idée  précise  du  budget  de  la  prostitution  pari- 
nenne.  S'il  est  vrai  qu'à  Bordeaux,  et  d'après  les  calculs  de  M,  Jeannel,  554  femmes 
aient  prélevé,  sur  la  débauche  publique,  une  somme  de  1242117  francs.  La 
pn)5tituti(m  parisienne  doit  prélever  plus  de  112  millions,  sans  compter  le  monde 
interlope  qui  en  dévore  plu»  de  moitié.  On  ne  saurait  admettre  qu'un  semblable 
budget  ne  puisse  consacrer  la  deux-centième  partie  de  lui-même  pour  le  cha- 
pitre des  dépenses  qu'il  occasionne. 

Ouand  une  harmête  t^'éaJhire  "paye  patente  pour  vitre  honnêtement  de  son  état,  par 
quelle  aberration  de  l'esprit  exonérerait-on  ces  misérables,  qui,  au  lieu  de  contribuer 
<ila  Htheise  du  pays  par  leur  travail  et  leur  fécondité,  l'appauvrissent  par  leur 
<t(^rilité  proverbiale,  la  débilitation  et  l'empoisonnement  de  ses  enfants. 

Ah  !  n'oublions  pas,  au  milieu  de  ces  pénibles  détails  qui  s'ennoblissent  par 
l'olévation  des  considérations  qu'ils  soulèvent,  que,  s'il  est  vrai  que,  selon  une 
fonnule  devenue  fameuse,  la  grandeur  d'un  pays  dépend  désormais  de  la  quan- 
tité d'hommes  qu'il  peut  mettre  sous  les  armes,  le  premier  devoir  d'un  gouver- 
nement éclairé  est  de  tout  sacrifier  pour  assurer  la  santé  et  la  vigueur  des  mâles, 
et  partant  de  tout  faire,  sinon  pour  limiter  la  prostitution  qui  monte  chaque  jour 
comme  une  marée  du  vice,  du  moins  pour  empêcher  qu'elle  n'amoindrisse  l'es- 
pèce en  la  frappant  d'un  mal  transmissible  à  la  descendance,  et  qui  peut  être  le 
principal  fauteur  du  ralentissement  de  la  population  que  l'on  constate  aujour- 
d'hui. 


DE  U  PROPAGATION  DES  BfALADIES  VENERIENNES  PAR  LES  HOMMES. 


Ce  qui  précède  nous  dispense  d'entrer  ici  dans  des  considérations  sur  ce  sujet, 
il  n'y  a  de  réglementation  possible  qu'en  ce  qui  concerne  les  corps  enrë|pmentés 
<^t  quelques  ouvriers  d'état  exposés  à  se  contaminer  les  uns  les  autres  dans  l'exer- 
cice de  leur  profession.  11  y  a  peu  à  ajouter  aux  règlements  actuellement  en 
ngueur,  et  qui  ont  déjà  donné  d'excellents  résultats.  Nous  demandons  qu'on  ne 
donne  aucun  congé  à  un  militaire  atteint  d'une  maladie  contagieuse.  Nous  con- 
naissons un  grand  désastre  pour  l'une  de  ces  infractions.  Nous  admettons  encore 
'pj'on  n'admette  les  matelots  à  descendre  à  terre  qu'après  vérification  de  leur 
t-tat  sanitaire,  mais  nous  demandons  surtout  que  le  corps  des  officiers  ne  soit  pas 
pionéré  des  dispositions  appliquées  aux  simples  soldats.  On  suppose^  sans  doute, 
à  l'ofOcicr  un  respect  de  soi-même  et  de  l'humanité  suffisant  pour  qu'il  se 
fasse  guérir  dès  qu'il  est  atteint,  et  qu'il  s'abstienne  de  relations  sexuelles  pen- 
dant le  temps  de  sa  maladie.  C'est  une  supposition  gratuite.  Il  n'est  pas  de  mé- 
«lecin  militaire  ou  civil  qui  ne  soit  convaincu  que  la  source  la  plus  dangereuse 
comme  homme  est  dans  le  corps  des  officiers,  sans  excepter  les  commis-voya- 
;reurs,  cette  plaie  ambulante  de  toutes  les  petites  localités. 

^ous  ne  rappellerons  jque  pour  mémoire  la  proposition  de  faciliter  les  demandes 
judiciaires  contre  les  honmies  qui  auraient  transmis  les  maladies  dont  ils  se  sa- 


3ft&     CONGRES  MÉDICAL  INTEBNATIONAI..  —  QUATRIÈMB  SÉANCE  DE  JOUR. 

vaienl  porteurs.  iNous  croyous  que  la  loi  est  suffisamment  armée  dans  ce  sens; 
aller  au  delà^  c'est  ouvrir  la  porte  à  d'énormes  abus.  Plus  que  partout  ailleurs,  la 
recherche  de  la  paternité  des  maladies  vénériennes  est  interdite.  Terminons  ces 
conodérations  en  demandant,  avec  les  meilleurs  esprits  qui  se  soient  occupés  de 
la  matière^  qu'on  multiplie  pour  les  vénériens  les  secours  de  toute  espèce  ;  qu'on 
leur  facilite  VwàaksBkui  dans  les  hôpitaux  loin  de  les  en  chasser  comme  des 
parias,  comme  j'en  sols  témoîn  depuis  vingt-deux  ans  dans  mon  hôpital. 

N'est-il  pas  déplorable,  quand  ma  Cût  de  Paris  une  ville  de  plaisirs^  où  toutes 
les  classes  de  la  société  se  préc^itent  da  tous  les  pays,  qu'on  refuse  l'entrée  des 
hôpitaux  spéciaux  et  autres  à  ceux  qui  sont  tombés  sur  le  champ  de  bataille  de  la 
luxure,  avant  qu'ils  aient  eu  six  mois  de  résidence  dans  la  capitale. 

Qu'on  ne  nous  objecte  pas  la  modicité  des  ressources  hospitalières.  Si  la  ville 
n'y  suffit  point,  l'État  viendra  à  son  aide  ;  l'essentiel  est  de  tarir  au  plus  vite  cette 
source  infectieuse  qui  implore  elle-même  sa  séquestration.  Formons dooc  ce  vœu 
que  le  ou  les  gouvernements  insistent  près  des  administrations  hospitalières  pour 
réformer  des  règlements  surannés  qui  blessent  autant  le  sens  commun  que  l'hu- 
manité. 

Arrivons  maintenant  à  la  préservation  personnelle. 


DE  LA  PRÉSERVATION  PERSONNELLE. 


Quelle  que  soit  l'efficacité  des  mesures  administratives,  ces  mesures  ont  tou- 
jours quelque  chose  de  vexatoire  qui  fait  regretter  qu'on  ne  puisse  résoudre  en 
dehora  d'elles  le  problème  qui  nous  est  posé. 

Il  est  clair  que  si  la  science  mettait  le  public  en  possession  d'un  véritable  pro- 
phylactique de  la  triade  vénérienne,  ces  affections  deviendraient  bientôt  d'une 
extrême  rareté. 

Malheureusement  cette  pierre  philosophale  des  syphiliographes  n'a  pas  encore 
été  découverte,  car  on  ne  peut  ranger  dans  cette  catégorie  les  innocentes  lotions 
acides  ou  alcalmes,  ou  chlorurées  ou  phéniques,  qui  exonèrent  parce  qu'elles 
lavent,  ni  les  préparations  plus  accentuées  de  MM.  Langlebert  ou  Rodet,  qui  exo- 
nèrent parce  qu'elles  cautérisent  les  tissus...  Les  caractères  d'un  bon  prophylac- 
tique des  maladies  vénériennes  sont  avant  tout  d'avoir  une  action  destructive  de 
l'élément  vénérien,  et  non  des  tissus  qui  l'ont  reçu,  d'agir  en  un  temps  asseï 
court,  d'être  d'un  emploi  facile  et  discret,  de  ne  pas  provoquer  de  douleur  mar- 
quée, de  ne  pas  tacher  le  linge  d'une  façon  indélébile,  comme  les  préparatiom 
au  perchlorure  de  fer,  enfin  de  n'être  pas  assez  toxique  pour  qu'il  y  ait  danger  à 
le  laisser  dans  les  mains  du  public,  etc. 

Sans  nous  fiatter  d'avoir  été  beaucoup  plus  heureux  que  nos  devanciers  dans 
la  recherche  de  cette  merveille,  nous  croyons  devoir  vous  communiquer  les  résul- 
tats de  quelques  expériences,  à  titre  de  contributions  à  l'histoire  de  cet  important 
sujet. 

Rien  n'est  décevant  comme  une  expérience  d'inoculation  qu'on  veut  fiûre 
avorter;  nous  devons  en  prévenir  les  personnes  qui  voudraient  nous  imiter  dans 
ces  recherches.  Le  virus  abandonné  à  lui-même  aurait-il  pris  ou  non?  L'agent 
prophylactique  a-t-il  atteint  le  viras  déposé?  Puis  les  hasards  d'implantatiooi 
les  idiosyncrasies  des  vaisseaux  plus  ou  moins  béants  dans  la  plaie,  une  plaie  qui 


MOCGEOTi  —  PAOPHYCAXIE  INTEftNATIOlf  ALE  DES  M AtAMES  TÊNÊniBNME&.    365 

a  trop  saigné,  un  coagulum  qui  s'est  interposé^  un  virus  trop  délayé,  trop  des- 
séché, trop  vieux,  etc.,  telles  sont  les  mille  et  une  raisons  qui  couvrent  d'incerti- 
tode  les  résultats  obtenus. 

Néanmoins,  nous  croyons  qu'on  peut  arriver  à  quelques  acquisitions  définitives 
quand  on  prend  la  précaution  d'opérer  à  ciel  ouvert  sur  une  plaie  plate,  sann 
stniu  ni  anfractuosité  dans  lesquels  le  virus  puisse  se  soustraire  à  l'action  de 
l'agent  neutralisateur.  Nous  conseillons  d'opérer  en  enlevant  avec  de  petits  ciseaux 
fortement  courbés  sur  le  plat,  un  très^etit  pli  de  la  peau,  et  de  laisser  passer, 
aTant  l'application  du  virus,  la  période  sanglante  qui  le  plus  souvent  ftdt 
défaat. 

Mais  avant  d'aller  plus  loin,  et  pour  bien  faire  comprendre  le  point  de  vue 
auquel  nous  nous  sommes  placés  dans  nos  investigations,  permettez-nous  une 
hypothèse  sur  la  nature  des  maladies  vénériennes. 

Il  y  a,  vous  le  savez,  des  phases  scientifiques  dans  lesquelles  les  idées  sont  dans 
Tair.  Cest  à  qui  leur  fera  prendre  terre  dans  les  questions  insolubles,  ou  mieux, 
non  résolues  de  la  médecine.  Les  découvertes  récentes  sur  la  nature  des  ferments, 
les  discussions  sur  la  panspermie  extra-micrôscopique,  ont  fait  naître  dans  tous 
les  esprits  le  désir  d'expliquer  toutes  les  maladies  transmissibles  par  l'interven* 
tion  d'une  faune  ou  d'une  flore  parasitaire.  Telle  nous  parait  être  l'explication  de 
la  spécificité  de  la  morve  et  même  du  tubercule,  le  semis  parasitaire  étant  le  fac- 
teur de  la  spécificité  transmise  et  transmissible,  tandis  que  les  conditions  natives 
ou  acquises  de  l'individu  préparent  le  substratum  favorable  à  la  germination  et  à 
la  multiplication  du  parasite.  Telle  est  surtout  pour  nous  la  nature  parasitaire  des 
éléments  contagieux  de  la  trilogie  vénérienne. 

En  effet,  il  fiiut  ou  réformer  le  langage,  ou  appeler  du  nom  d'entité  vivante  un 
quelque  chose  qui,  transplanté  sur  un  animal,  loin  d'y  disparaître  en  se  subdivi- 
sant, s'y  développe  en  se  multipliant  dans  les  conditions  régulières  et  fatales  d'un 
devenir  qui  s'accomplit,  et  cela  indéfiniment,  à  mesure  qu'un  accident  quel- 
conque le  fait  passer  dans  un  nouveau  mOieu  favorable.  Nous  aurions  donc  ici  : 
1*  un  parasite  terrible,  celui  de  la  syphilis  vraie,  qui,  possédant  la  faculté  de  vivre 
dans  la  lymphe  et  le  sang,  et  de  s'y  reproduire  à  la  façon  des  hématozoaires,  pé- 
nètre avec  ces  liquides  dans  tous  les  organes,  assiste  à  toutes  les  fonctions,  fait 
partie  des  sécrétions,  et  le  transmet  ainsi  dans  l'acte  de  la  fécondation  ;  2®  un 
autre  parasite  moins  désastreux,  celui  du  chancre  mou,  incapable  de  vivre  dans 
le  sang,  et  par  conséquent  de  généraliser  les  désordres  qu'il  produit,  mais  qui 
épuise  toutes  ses  tireurs  localement  sur  le  siège  de  son  implantation,  à  k  façon 
des  galles  des  végétaux;  3*  puis,  enfin,  le  parasite  de  la  blennopoièse,  qui  a  pour 
lieu  d'élection  unique  les  muqueuses,  excepté  celles  qui  sont  baignées  par  les 
sécrétions  salivaires  et  gastro-intestinales,  qui  lui  sont  réfiractaires  ;  nous  disons 
unique,  parce  que  nous  avons  vainement  tenté  l'insertion  du  pus  blennorrha- 
gique  sur  les  autres  tissus.  Nul  n'a  vu,  il  est  vrai,  les  monades  vénériennes;  on 
peut  donc  les  nier  comme  on  niait  la  réductibilité  des  nébuleuses,  avant  le  per- 
fectiounement  des  instruments  d'optique;  mais  pour  nous  cette  existence  n'est 
pas  niable,  pas  plus  que  leur  nature  albuminoîde  et  celle  des  liquides  qui  leur 
servent  de  véhicule. 

Cest  sur  l'hypothèse  de  cette  naturo  albuminoîde,  de  cette  protéine,  qu'on  peut 
tîaniformer  jusqu'à  l'amener  à  l'état  statique,  qui  est  la  véritable  centralisation» 
qu'est  fondé  l'espoir  de  découvrir  un  jour  un  véritable  prophylactique.  En  atten- 
^t,  voici  en  bloc  les  résultats  de  nos  expériences  sur  la  période  abortive  du 


S66     CONGRÈS  MÊDIGAI.  INTERNATIONAL.  -*  QOATRifellE  SftANCE  DB  JOUR. 

virus  vaccin  et  sur  celui  du  chancre  mou^  les  seuls  que  nous  ayons  osé  expéri- 
menter. 

Par  période  abortive^  nous  entendons  le  temps  pendant  lequel  un  Tirus  étant 
déposé  sur  une  surface  ouverte,  plaie  ou  muqueuse,  il  est  encore  possible  de  le 
neutraliser. 

La  période  abortive  du  chancre  mou  semble  n'avoir  pas  de  limite.  On  sait,  en 
ell'et,  que  tout  le  traitement  du  chancre  mou  consiste  à  le  détruire  sur  place  par 
des  moyens  suffisamment  énergiques.  Ce  virus  est  donc  indéfiniment  aaisissaide 
par  des  caustiques  proportionnés  à  l'épaisseur  de  son  implantation.  Pour  :»«» 
mifierves,  et  c'est  ainsi  que  j'appelle  les  prophylactiques  à  action  superficielle,  la 
période  abortive  s'étend  jusqu'à  cette  sorte  de  restauration  provisoire,  ou  mieux 
cette  absence  d'évolution  locale  de  la  spécificité  qui  forme  la  très-courte  incuba- 
tion du  chancre  mou.  Pour  le  virus  blennorrhagique,  le  traitement  abortif  par  de 
fortes  solutions  de  nitrate  d'argent  indique  suffisamment  que  la  guérison  est  due 
à  la  destruction  parasitaire;  ce  qui  donne  enfin  son  véiitable  sens  à  ce  qu'on 
appelle  encore  la  médication  substitutive.  Quand  ce  traitement,  assez  dangereux 
du  reste,  vient  à  échouer,  c'est  évidemment  parce  que  quelques  éléments  conu- 
gieux  ont  échappé  à  l'agent  destructeur  dans  quelques  repUs  de  la  muqaeuj»e.  11 
faudrait  pouvoir  déplisser  celle-ci  pour  la  toucher  sur  tous  les  sièges  de  l'implan- 
tation. Disons  tout  de  suite  que  cette  difficulté  rend  en  partie  illusoire  toute  tentative 
de  préseiTation  par  un  prophylactique  venu  du  dehors.  11  est  vrai  que  de  même 
que  le  liquide  contagieux  est  poilé  d'emblée  jusqu'à  la  fosse  naviculaire  dant 
l'écartemeut  du  méat  chez  l'homme,  le  liquide  neutrahsateur  est  également 
porté  sur  ce  lieu  d'élection  de  la  bleunorrhagie;  mais  pour  que  ce  liquide  soit 
réellement  neutralisateur,  il  lui  faut  une  énergie  d'action  sur  les  muqueuses  qui 
rend  son  emploi  assez  douloureux  pom*  que  le  public  hésite  à  s'en  servir. 

Quant  à  la  période  abortive  du  virus  vaccin>  la  seule  qui  pourrait  nous  éclairer 
sur  celle  du  virus  syphilitique,  qu'on  ne  peut  pas  expérimenter,  les  expériences 
montrent  à  travers  une  foule  de  variations  que  cette  période  est  excessivement 
courte.  Dans  quelques  cas,  le  virus  semble  absorbé  et  pompé,  pour  ainsi  dire, 
avec  une  telle  rapidité,  que  son  application  sur  une  plaie  plate  immédiatement 
suivie  d'un  pansement  d'alcool  phéuique  au  cinquième,  n'en  a  pas  oioins  pré- 
senté des  pustules  vaccinales  défigurées  et  tardives,  mais  non  méconnaissables. 
Disons  cependant  que  le  plus  souvent  on  peut,  à  la  condition  de  ne  pas  attendre 
au  delà  de  dix  minutes,  faire  avorter  l'inoculation  en  maintenant  sur  elle  quelques 
substances  que  nous  vous  indiquerons  dans  un  instant,  et  en  les  maintenant, 
comme  règle  générale,  autant  de  temps  qu'il  s'en  est  écoulé  entre  les  appha- 
tiens  virulente  et  neutralisante.  Cette  difficulté  de  faire  avorter  le  virus  en  dépôt 
sur  des  tissus  vivants,  et  la  facilité  avec  laquelle  on  le  neutralise  sur  la  pointe 
d'une  lancette,  même  en  la  trempant  d'eau  simple  au  moment  de  l'inoculation, 
nous  montrent  l'importance  de  la  propreté  chez  les  prostituées  au  point  de  vue  de 
la  propagation  vénérienne,  et  chez  tous  au  point  de  vue  de  la  préservation  p«^ 
Bonnelle,  dans  l'hypothèse,  toutefois,  que  les  inoculations  vaccinales  et  syphili- 
tiques soient  comparables. 

Nous  le  croyons  ainsi,  bien  qu'évidemment  chacun  de  ces  virus  possède  dei 
variétés  dans  le  mode  d'implantation,  d'absorption  et  d'évolution.  Ou  a  fait,  vous 
le  savez,  des  expériences  pour  déterminer  la  période  abortive  du  viras  morveux, 
et  on  lui  aurait  trouvé  une  durée  bien  plus  longue  que  celle  qui  vient  d'ébt 
signalée*  Mais  n'oublioas  pas  que  pour  la  prophylaxie  à  action  superficielle,  nom 


MOUGBOT.  —  PBOPmrtAXIB  INTEBNAÎIONAIE  0B8  MALADIBS  TÉNfiBIBNflES.    S67 

n'avons  rien  à  apprendi*e  d'une  inoculation  qu'on  neutralise  au  bout  de  trois 
quarts  d'heure,  il  est  vrai,  et  même  plus,  mais  en  détruisant  les  tissus  inoculés 
par  le  fer  rouge.  Tenons-nous  donc  à  ces  maigres  résultats^  issus  cependant  de 
l»en  nombreuses  expériences  sur  la  vaccine,  qu'on  peut  espérer  pendant  quel- 
ques minutes  la  neutralisation^  par  des  moyens  appropriés,  d'une  contamination 
syphilitique.  Quant  à  la  durée  de  cette  possibilité,  nous  n'osons  pas  articuler  un 
chiffi-e,  mais  nous  pensons  qu'il  est  encore  temps  d'intervenii*  quand  la  passion 
assouvie  permet  à  la  raison,  à  la  prudence,  aux  regrets,  de  reprendre  tout  leur 
empire.  Mais^  répétons-le  à  satiété^  le  plus  tôt  sera  toujours  le  meilleur,  car 
quelques  secondes  de  retard  suffiront  peut-être  pour  tout  perdre,  non-seulement 
(Idus  l 'individu,  mais  dans  toute  sa  descendance. 

S'il  est  vrai  que  la  syphilis  ait  le  triste  privilège  de  devenir  presque  instantané- 
ment constitutionnelle,  et  qu'une  fois  acquise  elle  dure  fatalement  plusieurs 
années,  pourquoi  ne  pas  le  dire,  le  crier  même  à  tous  ceux  qui  s'y  exposent, 
aussi  bien  à  l'ouvrier  dans  des  lectures  du  soir  qu'à  l'adolescent  dans  les  écoles 
etavant  son  entrée  dans  la  vie.  N'est-ce  pas  là  le  complément  nécessaire  de  toute 
éducation,  aussi  bien  de  celle  du  peuple  que  de  celle  des  classes  plus  élevées? 
Par  quelle  ridicule  pruderie  hésiterait-on  à  prononcer  en  public  des  noms  scien- 
tifiques devant  des  gens  qui  connaissent  trop  bien  la  synonymie  de  ces  noms  dans 
la  langue  verte  ;  quand  de  ces  entretiens  que  le  but  ennoblit  doit  résulter  pour 
eux  la  pleine  connaissance  du  danger.  Nous  ne  savons  si  le  Congrès  sera  appelé  à 
prendre  ici  vis-à-vis  de  toutes  ces  questions  des  résolutions  finales,  mais  nous 
osons  lui  recomnmnder  ce  vœu  comme  l'un  des  meilleurs  qui  puissent  être 
«dressés  à  qui  de  droit,  pour  restreindre  la  propagation  des  maladies  véné- 
riennes. 

Parlons  maintenant  des  substances  qui  remplissent  le  mieux  les  conditions  de 
la  prophylaxie  superficielle,  de  leur  dosage  et  de  leur  mode  d'application. 

Toutes  les  substances  acides,  alcalines  ou  simplement  salines,  peuvent  faire 
avorter  une  inoculation  récente  du  chancre  local  et  de  la  vaccine,  quand  bien 
même  l'agent  actif  n'existerait  pas  à  haute  dose  dans  la  préparation  à  destination 
prophylactique.  Ainsi,  de  l'eau  acidulée  avec  un  tiers  de  vinaigre  de  table,  une 
Ibrte  solution  de  sel  marin,  de  l'eau  de  Javelle  coupée  au  tiers,  de  la  lessive 
ucme,  m'ont  donné  des  résultats  incontestables  bien  qu'inconstants,  tandis  que 
la  teinture  d'iode  pure,  le  perchlorure  de  fer  étendu,  une  solution  de  sublimé  au 
20^  n'en  ont  pas  offert  de  beaucoup  plus  marqués  ;  on  a  un  peu  plus  à  attendre 
du  tannin  et  de  J'acétate  de  plomb  liquide,  et  beaucoup  plus  encore  d'une  solu- 
tion d'alun  au  20*^  dans  de  la  glycérine. 

Sans  justifier  les  prophéties  de  M.  Chevreul,  qui  considérait  l'acide  phénique 
comme  le  prophylactique  probable  de  la  syphilis,  il  est  vrai  que  l'acide  phénique, 
le  phcnol  et  ses  dérivés  ont,  comme  prophylactiques  superficiels>  une  action  plus 
sûre  que  les  substances  précédentes^ 

Mais  ce  qui  nous  a  paru  plus  efficace  encore  que  les  préparations  phéniques^ 
lesquelles  au  30^,  et  il  faut  aller  jusque-là,  sont  déjà  très-mordantes  pour  (cer- 
taines muqueuses  d'une  sensibilité  exquise,  c'est  l'éther  amylique,  substance  qui, 
comme  on  sait,  est  d'une  suavité  si  marquée  qu'elle  sert  à  parfumer  les  bon- 
lH)ns  dits  anglais  et  napoUtains,  ainsi  que  différents  produits  de  toilette  auxquels 
ii  donne  une  odeur  de  fraise  trè&*prononcée. 

Nous  signalerons  aussi  le  gaz  acide  sulfureux  comme  étant  un  bon  abortif  de  la 
^^^ccine;  nous  ne  savons  ce  que  ferait  sa  solution,  Remarquons  enfin  que  les 


366     G0NGBÈ8  IIÊOICAL  INTERNATIONAL.  —  QUATRIÈME  SÉANCE  DE  JOUR. 

applications  d'alcool  pur  ou  en  puissance  de  balsamiques  résineux,  etc.,  n  ont 
aucune  action  sur  l'inoculation  du  chancre  mou  ou  du  vaccin. 

Si  maintenant,  et  pour  terminer  ce  qui  a  rapport  à  la  prophylaxie  personnelle 
de  l'homme  en  particulier,  nous  avions  à  formuler  un  modus  fadmdij  nous  dirions 
que  sitôt  la  raison  revenue,  après  l'acte  suspecté  de  contamination,  U  faut  q[)ërer 
un  lavage  avec  le  premier  liquide  venu,  qui  puisse  déterminer  une  cuisson  s'il 
y  a  quelque  excoriation,  tel  que  de  l'eau  vinaigrée,  salée,  additionnée  d'eau  de 
Cologne,  du  jus  de  citron,  etc.  Sitôt  l'excoriation  reconnue  sur  un  ou  plusieurs 
points,  on  appliquera  sur  ces  surfaces  d'implantation  possible  ou  probable  une 
minerve  quelconque,  et  vous  saves  que  nous  avons  appelé  ainsi,  pour  éviter  une 
périphrase,  les  prophylactiques  à  action  superficielle. 

On  peut  la  composer  à  volonté  avec  les  agents  que  nous  avons  rangés  par  ordre 
de  mérite  d'après  des  expériences  qui  ne  sont  pas,  bien  loin  de  là,  sans  appel. 
On  y  fera  entrer,  autant  que  possible,  l'alun,  l'acide  phénique  et  l'ëther  amy- 
lique.  Nous  croyons  qu'il  y  a  avantage  à  en  former  une  préparation  concrète.  On 
peut  se  servir  pour  cela,  comme  excipient,  de  la  silice  gélatineuse  suffisamment 
exprimée  et  additionnée  de  glycérine  pour  la  ramener  à  consistance  convenable. 
On  trouvera  dans  ces  notes  quelques  renseignements  sur  l'emploi  des  gélatines 
minérales  en  médecine  et  en  chirurgie. 

Mais  il  se  présente  ici  une  importante  question  que  nous  ne  devons  pas  tous 
taire  et  qui  compromet  singulièrement  ce  qui  vient  d'être  dit  sur  les  avantages  de 
l'acide  phénique  et  de  l'éther  amylique  au  point  de  vue  de  la  préservation  per- 
sonnelle, c'est  qu'avec  l'emploi  de  ces  substances  chez  les  fenomes,  l'acte  sexuel 
ne  saurait  être  suivi  de  fécondation.  U  suffit,  en  effet,  d'une  minime  quantité 
d'acide  phénique  ou  d'éther  amylique  pour  tuer  les  spermatosoîdes  avec  rapi- 
dité. Nous  avons  pu  empêcher  à  volonté  la  fécondation  ches  les  lapines  par  une 
injection  phénique  au  millième,  quelques  minutes  après  l'accouplement.  On  doii 
donc  se  demander  si  cette  double  assurance  contre  une  infection  vénérienne  et 
une  fécondité  également  redoutées  des  débauchés,  ne  donnera  pas  au  libertina^ 
une  plus  grande  impulsion,  et  s'il  ne  vaut  pas  mieux,  laissant  aller  les  choses  à 
leur  pente  naturelle,  quelques  véroles  de  plus  que  quelques  enfants  de  moins 
dans  ce  monde...  Voilà  certes  de  grosses  questions,  bien  dignes  des  méditatiom 
d'une  assemblée  conotme  celle-ci.  Je  me  bornerai  à  vous  les  signaler,  en  laissant 
à  d'autres  le  soin  de  décider  qui  a  raison  : 

Ou  du  théologien  qui,  plaçant  au-dessus  de  toute  considération  humaine  et 
médicale  le  point  de  la  fécondité,  préfère  pour  cette  raison  l'adultère  à  la  pollu- 
tion volontaire,  et  ne  saurait  accepter  une  pratique  utile,  mais  qui,  bien  que 
non  intentionnellement  coupable  sur  ce  chef,  a  rencontré  en  son  chemin  l'infé- 
condité... 

Ou  du  médecin,  qui,  connaissant  trop  bien  les  désastres  de  la  syphilis  et  de 
ses  dérivés,  considère  comme  un  immense  malheur  la  perpétuité  d'une  rtce 
héréditairement  malsaine,  et  cherche  par  tous  les  moyens  à  maintenir  le  deTenir 
humain  dans  sa  pureté  primitive  ou  à  l'y  ramener  si  c'est  possible. 

On  peut  se  demander  ce  que  valent  au  physique  comme  au  moral  ces  fruits  de 
la  débauche  et  de  la  prostitution,  et  si  cette  grande  lumière  du  christianisme 
(saint  Augustin)  qui  a  reconnu  malgré  la  morale  et  au  nom  de  la  morale  la  néces- 
sité de  la  prostitution,  ne  reconnaîtrait  pas  aussi,  malgré  l'infécondité  et  au  nom 
de  la  fécondité,  celle  de  la  préservation  personnelle. 


BOENS.  —  PBOPHYtAXlfi  UiTËaKATIOMAL£  DUS  MAtAOiES  VÉNÉRIENNBS.   369 


B98AI  SVR   IiA   ftVESTIOlV   III. 

PAR  M.  LE  DOCTEUR  BOENS  (DE  CHAALEROI). 


I 

Ainsi  que  le  Comité  du  Congrès  le  fait  remarquer  avec  raison,  l'influence  des 
diverses  espèces  de  prostitution  sur  la  propagation  des  maladies  vénériennes  n'est 
qu'imparfaitement  connue.  J'avais  fait,  en  185/i,  la  même  observation  dans  un 
rapport  particulier  qui  était  destiné  à  M.  Piercot,  alors  ministre  de  l'intérieur  à 
Bruxelles.  Dès  mon  arrivée  à  Charleroi,  en  1855,  je  m'occupai  de  rechercher 
avec  soin  les  différences  qu'il  pouvait  y  avoir,  à  ce  point  de  vue,  entre  la  prosti- 
tution clandestine  et  la  prostitution  tolérée.  J'étais  placé  sur  un  terrain  conve- 
nable pour  élucider  le  problème.  Dans  le  centre  industriel  dont  la  ville  de  Char- 
leroi  est  le  chef-lieu,  la  prostitution  clandestine  a  pris,  depuis  quelques  années, 
un  développement  excessif,  et  le  nombre  des  affections  vénériennes  y  a  atteint 
en  même  temps  d'effrayantes  proportions.  J'ai  donc  noté,  jour  par  jour,  dans 
mon  cabinet,  pendant  les  douze  années  qui  viennent  de  s'écouler  :  1*^  tous  les 
accidents  vénériens  (1]  pour  lesquels  j'ai  été  consulté;  2®  le  lieu  où  les  accidents 
ont  été  contractés. 

Yoid  le  résultat  de  cette  petite  statistique  privée  : 

Prostitution         Prottitatioa       Origino 
tolérée.  elaadestine.      iaeonane. 

Btooaorriiafies  diverses,  aigu&i  ou  ehroaiipies 167  286  59 

Chancres»  plaques  muqueuses,  sjphitis  et  sjfphUides. .  63  209  17 

S'il  était  permis  de  déduire  quelques  conclusions  de  ces  chiffires,  on  arriverait 
à  des  conséquences  assez  curieuses.  Ainsi,  nous  remarquons  d'abord  que  la  prosti- 
tution clandestine  a  occasionné  un  nombre  de  blennorrhagies,  blennorrbées,  etc., 
quasi  double  de  celui  que  la  prostitution  tolérée  a  produit.  Pour  apprécier  la 
^eur  de  ces  proportions,  U  est  évident  qu'il  faudrait  connaître,  avant  tout,  le 
nombre  de  femmes  qui,  de  part  et  d'autre,  se  sont  vouées  à  ces  deux  espèces  de 
prostitution,  ainsi  que  celui  des  individus  qui  les  ont  fï*équentées.  On  saurait 
^insi,  d'une  manière  précise,  si  c'est  à  la  prostitution  tolérée  ou  à  la  clandestine 
que,  toutes  autres  circonstances  égales  d'ailleurs,  il  faut  imputer  la  plus  grande 
part  dans  la  production  de  cette  première  catégorie  d'accidents  vénériens.  Or,  ces 
renseignements,  surtout  dans  l'état  actuel  des  choses,  ne  peuvent  être  obtenus 
même  d'une  manière  approximative.  A  cet  égard,  nous  devons  nous  borner  à 
déclarer  que  la  prostitution  clandestine,  d'après  nos  relevés,  a  deux  fois  autant 
d'influence  que  la  prostitution  tolérée  sur  la  propagation  de  la  classe  de  maladies 

(1)  Tous  les  chiffres  indiqués  dans  ce  relevé  n*out  rapport  qu'aux  inillvidus  du  sexe  mas- 
colin.  Aucune  prostituée  n'y  est  donc  comprise. 

2à 


aïO     GONGlte  MfiOlCAL  IMTBaNàTIOll AL.  «^QUATRIÈME  SÉAACfi  DE  JOUfc. 

vénériennes  la  moins  grave^  la  moins  susceptible  de  compromettre  sérieusement 
la  santé  des  individus  qui  en  sont  atteints. 

Quant  aux  59  cas  de  blennorrhagie  dont  je  n'ai  pu  connaître  le  lieu  de  pro- 
vcnance^  ils  s'expliquent  par  cette  double  particularité  quo  certains  sujets  dé- 
clarent n'avoir  pu  être  contaminés  que  par  l'accomplissement  des  actes  conju- 
gaux^ et  que  quelques  autres^  malgré  nos  instances,  prétendent  n'avoir  eu 
aucun  rapport  sexuel  depuis  longtemps,  et  ne  veulent  attribuer  leur  affection  à 
d'autre  cause  que  des  excès  de  boissons,  etc.,  etc. 

Les  chiffres  de  la  seconde  catégorie  d'accidents  vénériens  sont  plus  significatifs 
que  ceux  de  la  première.  11  est  regrettable,  je  le  répète,  que  mes  recherches  ne 
m'aient  pas  permis  de  connaître  le  nombre  de  filles  qui  se  vouent  habituelle^ 
ment  à  la  prostitution  tolérée  d'une  part,  et  clandestine  de  l'autre.  Y  a-t-41,  dans 
la  ville  de  Charleroi  et  ses  faubourgs,  plus  de  prostituées  clandestines  que  de 
prdstiUtées  reconnues  etvisttdesl...  Là  population  masculine  qui  fréquente  ces 
siôets  se  porte-t-elle  en  plus  grand  nombre  vers  ceux  de  la  première  ou  ceux  de 
la  seoMide  classe?...  Ces  points  de  départ  d'une  comparaison  exacte,  d'une  sta- 
tistique prëciseï  nous  manquent  absolument.  Quoi  qu'il  en  soit,  dans  le  cours  de 
dôme  années,  d'avril  i855  h  avril  1867,  il  s'est  présenté,  dans  mon  cabinet,  près 
dé  quatre  fois  autant  de  syphilitiques  infectes  par  la  débauche  clandestine  que 
par  Ift  prostittitioti  réglementée.  C'est-à-dire,  en  d'autres  termes,  que,  sur 
23  indindus  atteints  d'accidents  vénériens  à  divers  degrés  et  de  diverses  formes, 
tandis  que  la  prostitution  tolérée  me  fournissait  2  syphilitiques  et  5  blennorrha- 
giques,  k  prostitution  clandestine  me  donnait  7  syphilitiques  et  9  blcnnorrha- 
giques.  Le  tableau  suivant  présente,  en  chiffres  ronds,  la  réduction  du  pré- 
cédent : 

Prostitution  tolérée. ...     2  syphilitiques. . .     5  blennorrhagiques. . .  \  c«*  ao  -«^ 
Prostitution  clandestine.     7  syphiUtiqMs. . .     0  Memierrhaciques. . .  f  ^^  **  '^^ 


%u  résumé,  dans  le  csmton  que  j'hab^t  il  p«nikrait  que  la  prastHation  dsi- 
destine  occasionne  plus  de  deux  fois  autant  d'accidents  vénériens  que  là  prostitu- 
tion tolérée. 

On  comprend,  d'ailleurs>  que  les  femmes  sonaaîses  à  des  visites  r^guKèreâ  et 
fréquentes,  produisent  quatre  fois  noMMue  dTaccidenls  sypbilitiffuês  bien  caractc- 
risés,  chancres,  etc.,  que  eeUes  qui  sont  abondennées  à  ta  déba»che  Hbre.  Ily 
a. même  lieu  d'être  étonné  que  cette  différence  ne  soit  pee  encore  plus  marquée. 
Si  les  filles  visitées  contaminent  encore  si  fréquemment  les  radividus  qui  ont  de? 
rapports  avec  elles,  cela  tient  probablement  à  l'habileté  avec  laquelle  les  ma- 
trones qui  dirigent  les  maisons  publiques  porrieiment  ii  tromper  la  vigilance  des 
médecins  chargés  de  l'examen  de  leur  persoMiel.  Au  moyen  de  quelques  cfftf' 
tiques  légers,  d'un  peu  de  mastic^  elks  réussissent  trop  souvent  à  Esiilsqcier  i  uns 
attention  même  d^à  grande  des  ehaiicves  lunsaBlEi  om  ées  éiresSotis  sespecies 
dans  les  replis  de  la  muqueuse  vulv^vaginalCi 

U  résulte  des  considérations  préeddeAtes  qu'en  ce  qui  concerne  la  vffle  et  les 
environs  de  Charleroi  du  moins,  l'influence  respective  de  k  prostitntiov  chnées^ 
tine  et  de  la  prostitution  tolérée  sur  la  propaga4âen.  de»  maladies  véBéri«nn(^t  ^ 
l'on  peut  en  juger  par  les  faits  que  j'ai  personnellement  recueillis,  doit  êti'C  repré- 
sentée par  les  proportions  suivantes  : 

La  piostilution  ciandcsliuc   fournit  deux  fois  plus  d'accidents  vénériens  de 


Mfnre  bénigrte  que  1«  pposflfution  tolérée,  et  cfuâtf e  fo4s  plud  de  maîft<Hès  syphi- 
litiques proptemeftif  dites  (1  ). 

11 

En  ftbordftrit  là  seeofide  pUrtie  en  p^bgmbttiDe  tr^c^  ptv  lé  Gomitë  relativement 
à  la  fniisiètilé  qdesâon  ^\  doit  être  dotiml^  k  tëftmiien  il»  Gewgrès,  je;  dirai  tout 
de  sdHe  4«'9  èèi  Mêetii  (ftte  ht  prosffttffion  efandcsitiml  doH  ëtte  sévérefnent  répri- 
mk.  Si  Ton  veut  arriver  à  restreindre  sûrement  Irf  ffojïagàtlon  dc?s  affectioTis 
fftiértenttes,  à  mettre  ttn  frein  à  la  déftforafllsatiofi  de  fios  classe»  otttrîèfTes,  à 
nnpêclier«m  au  tooirts  dlmirtùer  les  effets  de«  n(rtnbreiises  excitations  à  la 
débauche  qui  assaillent  la  jeunesse  dans  ttne  foitle  de  He^x  publics  où  Ton  c'roi- 
nnt  ne  rencontrefr  que  tf  honnêtes  fcmfftes,  fL  faut  s'attïlchet'  sérieusemefif,  aeli- 
vement,  incessamment,  à  r^rîiher,  à  supprimer  Wîêmé,  ^  Cela  était  po^§îMd,  la 
proslitiïfloi!  cïa«de«tîrte.  Ici  doit  venir  une  remfarque  itop(/rta*fte.  fl  ne  fatrf  pas 
confondre  ëtôc  Ië  prostiftiëe  clandestine  qui  se  donne  au  preînîer  tenu  pour  en 
«Hrfîrer  de  ïtoê^tstA,  qui  ftilt  de  soft  IttconduHe  urt  trafic  Ittcratîf,  ces  tenimeS 
galantes,  ces  entretenues,  ces  libertines  de  haut  et  de  bas  étage,  qui  tivcwt  de 
k  géfféresMé  à'tta  amant  débonnaire,  et  qui,  pour  satisfaire  letnr  caprice  ou  Icui's 
l»ffio»s,  aeeepietit,  à  titre  gratuit,  les  hommages  dés  iridîvîduS  qui  leur  plaisent. 
La  Ifterté  In^yidtteDe,  dans  iiotre  état  social,  a  de»  droits  que  ftous  dotons,  inal- 
^xt  nous,  respecter  jusque  dans  les  abus  et  les  désordres  de  la  tie  intime,  que  la 
morale  rëpi^Mite^  mate  don!  chacun  n'est  responsable  que  devait  sa  cottscience 
e(  devant  Diêfu. 

Aprèt  wrék  M,  ^elques  mots  de  la  répres^on  dé  la  prostitution  claftdestînc,  |e 
m'occuperai  des  mesures  générales  qui  pourraient  être  pfrofrosécs  aux  gouverne- 
ments concernant  les  diverses  formes  de  prostitution  tolérable. 

La  débauelie  clandestine  s'exerce  :  !•  par  les  femmes  qui  s'y  adonnent  habi- 
tueHenfenlpimr  en  tirer  quelques  profits;  2®  pattes  gens  qui  favorisent,  facilifctil 
oa  eiploHefii  la  dépravation  de  ces  femmes.  La  répression  doit  doxtc  aftctndrc, 
^wie  pitft,  les  preistHoées,  de  l'autre  les  personnes  qui  les  clcîfcnt  à  îâ  débauche 
pwn  enllhsr  quelques  bénéfices.  En  aocuA  cas,  les  hotiïmcs  qui  se  livrent  à  ce 
penre  de  rapproehenaiénts  sexuels  ne  donnent  être  impliqués  dans  les  poursuites, 
recherches,  hrterrogafoh^es,  que  Fautorité  locale  ou  les  tribunaux  sciaient  anie- 
ftés  à  ordonner  contre  les  sujets  sus-mentionhés,  à  nrotns  qu'i!  ne  ftït  questio/ 
des  cas  prévus  par  la  législation  sur  la  corruptioiï  des  mîheuts  de  l'uti  et  dé 
fdnfrê  sesé« 

CoMre  ie9  prosMlées  dandésthies,  (frfel  rrtode  de  r^pres^on  peut-on  cm- 
Hojer?  €da^*ef  <  B  faut  considérer  la  prosfitirtiofi  clandesfîue  cOûïlttc  ùfi  outrage 
^  wt  «Hêttlaf  amt  mœursy  et  stfouter  à  Pairtlcle  33&  duf  Coxie  pétlal  im  article 
)<M!ra(mniS  ainsi  eou^.n  : 

Art.  WM^  bis.  -*  Quiconque,  femme  ou  fffle,  sans  autorisation  préalable  de 
f «itorilé  Ioe«ie,  aura  attenté  aux  mœurs  en  se  Ktrani  habîtueîletiient  à  la 
<iéliaiie^^  «cr«  pmiî  d'u#  emprisonnement  de  six  mois  à  deux  ans,  et  d'une 
«ûende  de  9G  frsfucs  à  SOO  francs. 

(1)  J'admets^  à  priori^  que  certaintA  blaoïioivkatîee  frtfvee  pineseaC  étMsuHMS  de  phéno* 
mènes  syphilitiques  seoondaires,  plaques  nuuyiemea,  et6.y  oie.  i  mak  cottoie  je  n'ai  remarquô 
aucun  fait  de  ce  genre  dans  les  cas  dont  il  est  fait  mention  ici^  je  n'ar  pas  cru  devoir  faire 
>^UQe  réserve  ni  dlstincliot  à  cet  égard.  (Note  de  t auteur.) 


372     œNGRÈS  MÉDICAL  INTERWATlONAt.  — QUATRIÈME  S&ANGB  OB  JOim. 

La  répression  serait  applicable  de  la  même  manière  et  dans  les  mêmes  termes 
à  quiconque  faciliterait^  favoriserait  ou  exciterait  habituellement  la  débaache 
clandestine,  c'est-à-dire  non  autorisée.  De  plus,  il  serait  nécessaire,  dans  l'es- 
pèce, d'ajouter  une  pénalité  exceptionnelle  et  rigoureuse  à  cette  dernière  caté- 
gorie de  sujets  en  les  privant,  non-seulement  des  droits  de  tutelle  et  curatelle, 
coDome  le  porte  l'article  335  du  Gode  pénal,  mais  en  leur  interdisant  de  tenir 
un  débit  de  boissons  dans  la  localité  où  le  délit  a  été  commis.  De  cette  manière 
les  coupables  devraient  quitter  la  localité  ou  chercher  dans  un  travail  honnête 
leurs  ressources  de  chaque  jour. 

Je  ne  fais  qu'indiquer  la  solution  des  problèmes  que  soulèvent  ces  graves 
questions,  me  réservant  de  les  expliquer  et  commenter,  s'il  y  a  lieu,  dans  la 
troisième  séance  du  Congrès  international. 

Quelles  sont  maintenant  les  mesures  générales  qu'il  conviendrait  de  prendre 
pour  restreindre  la  propagation  des  maladies  vénériennes? 

Réprimer  et  supprimer,  autant  que  possible,  la  prostitution  clandestine,  ainsi 
que  je  viens  de  le  dix-e.  C'est  le  premier  moyen,  et,  sans  contredit,  ce  serait  le 
plus  efficace.  Réglementer  convenablement  la  prostitution  tolérée.  Occupons- 
nous  de  ce  deimier  moyen. 

J'ai  lu  beaucoup  de  règlements  sur  la  prostitution.  Je  leur  ai  trouvé  à  tous  un 
défaut  capital  :  ils  sont  trop  peu  sévères  à  l'égard  des  tenant-maison  et  trop 
sévères  pour  les  prostituées.  Il  y  a  certaines  réformes  à  faire  sous  ce  rapport;  je 
les  signalerai  tout  à  l'heure  à  leur  tour. 

La  prostitution  tolérée  comprend  quatre  genres  de  sijgets  :  les  tenanciers  de 
maisons  publiques,  les  tenanciers  de  maisons  de  rendez-vous,  qui  sont  très^u- 
vent  des  maisons  mbites,  les  ûUes  attachées  ou  engagées  à  une  maison,  et  les 
filles  libres  ou  en  chambre,  autrement  dit  les  ti'otteuses,  qui  sont,  sans  contredit, 
les  plus  dangereuses  de  toutes  les  filles  de  joie  autorisées. 

Depuis  quelques  années,  la  plupart  des  grandes  villes  ont  cherché  à  entraTer 
plutôt  qu'à  favoriser  l'accroissement  du  nombre  des  prostituées  libres.  La  wt- 
veillance  de  ces  filles,  au  point  de  vue  de  la  police  et  de  la  santé  publique,  est 
plus  difficile.  Elles  occasionnent  facilement  des  scènes  scandaleuses.  Elles  sont 
ti'op  souvent,  tantôt  l'objet  ou  la  victime,  tantôt  le  sujet  ou  la  complice  de 
divei'ses  tentatives  criminelles,  telles  que  le  vol  et  l'assassinat.  En  exigeant 
qu'elles  se  soumettent  à  des  visites  médicales  très-fréquentes  et  très-coûteuses, 
qu'elles  habitent  tels  quartiers  à  l'exclusion  de  tels  autres,  qu'elles  ne  sortent 
qu'à  telles  ou  telles  heures,  et  qu'elles  no  fréquentent  pas  certaines  prome- 
nades, etc.,  etc.,  on  les  obligera  insensiblement  à  se  mettre  sous  le  patronage  des 
tenant-maison.  Diminuer  le  nombre  des  filles  libres,  à  cartes,  coomie  on  les 
désigne;  s'efforcer  de  les  rejeter  dans  les  maisons  tolérées;  débarrasser  la  rue, le 
trottoir,  et  tous  les  lieux  publics  fréquentés  par  les  gens  sages  et  honnêtes,  de 
ces  sirènes  aux  gestes  provoquants,  aux  paroles  lascives,  qui  colportent  «partout 
avec  elles,  aussi  bien  le  jour  que  la  nuit^  l'excitation  publique  à  la  luxure;  pour 
les  reléguer  dans  ces  demeures  où,  au  moins,  les  hommes  qui  s'y  rendent  savent 
ce  qu'ils  vont  y  rencontrer,  tel  doit  être  le  but  principal  de  toutes  les  mesoi^f 
tant  préventives  que  répressives,  que  doivent  prendre  les  administrations  locales 
en  ce  qui  a  rappori  à  la  réglementation  de  la  prostitution  tolérée.  Je  ne  pcii^ 
pas  qu'il  soit  possible  de  refuser  à  une  ribaude  la  carte  et  rautorisation  de 
prostituée  libre  ou  en  chambre;  mais  il  est  toujoui*s  possible  de  lui  imposer 
des  conditions  d'existence  telles  qu'elle  finisse  par  préférer  de  renoncer  à 


BODfS.  —  PBOPRTLAIIE  IMTEBMATIONALB  DBS  MALADIES  YÊNÊBIBemES.  373 

son  inftme  métier  ou    d'entrer  définitlTement  dans  une  maison    publique. 

A  l'ëgard  des  chefs  de  maison  de  rendez-vous^  la  seule  mesure  spéciale  qu'il 
conviendrait  de  prendre,  ce  serait  de  les  astreindre,  sous  peine  de  suppression 
irréTocable  de  l'autorisation  dont  ils  jouissent,  à  ne  recevoir  dans  leurs  apparte- 
ments que  des  femmes  qui  sont  non-seulement  nmnies  d'une  carte,  mais  dont  la 
carte  justifie  que  les  visites  corporelles  ont  été  régulièrement  faites.  Ainsi  les 
tenanciers  des  maison  de  passe  seraient  obligés  de  faire  eux-mêmes,  chaque 
fois  et  exactement,  le  contrôle  des  cartes,  sous  peine  d'être  exposés,  à  la  moindre 
plainte  donnant  lieu  à  un  procès-verbal  et  à  une  enquête,  à  se  voir  retirer  leur 
autorisation  d'une  manière  définitive. 

J'arrive  aux  maisons  publiques  et  à  leur  personnel,  dont  il  me  reste  à  parler. 

11  iàut  autoriser  des  maisons  publiques,  c'est  un  nécessité  sociale. 

Il  faut  en  autoriser  pour  Umtes  les  classes  de  la  société,  pour  les  gens  du  peuple 
comme  pour  les  gens  du  monde,  afin  de  pouvoir  agir  sévèrement  contre  les  pros- 
tituées clandestines  et  les  prostituées  libres,  à  cartes,  de  toutes  les  catégories. 

n  faut  assigner  à  ces  maisons  des  quartiers  spéciaux  et  distincts,  et  veiller  à  ce 
que  celles  qui  sont  destinées  au  peuple  ne  soient  pas  voisines  de  celles  qui  sont 
érigées  pour  les  riches. 

H  faut  que  chaque  tenancier  ait  un  tarif  particulier,  approuvé  par  l'autorité 
locale,  et  indiquant  non-seulement  le  prix  de  chaque  boisson  qu'il  débite,  mais 
la  somme  qu'il  réclame  par  heure  ou  par  nuit,  pour  chaque  femme  qu'il  livre 
au  public  ;  et  que  le  tout  soit  affiché  sous  verre  dans  toutes  les  pièces  de  la  maison. 

Le  tenancier  doit  tenir,  pour  chaque  femme,  un  compte  spécial  sur  un  livre 
visé  et  paraphé  par  l'autorité  locale,  qui  déléguera  un  de  ses  membres  pour  faire 
de  temps  à  autre  la  vérification  des  écritures,  afin  d'empêcher,  autant  que  pos- 
sible, que  ces  comptes  soient  exagérés  d'une  manière  exorbitante,  ce  qui  retient 
les  prostituées  sous  la  dépendance  absolue  des  tenanciers,  et  les  empêche  même 
fréquemment  de  sortir  des  voies  de  la  prostitution. 

L'autorité  locale  doit  veiller  à  ce  que  les  agents  de  police  surveillent  de  près 
chaque  maison,  surtout  durant  la  nuit,  écoutent  et  recueillent  en  particulier  les 
plaintes,  demandes  en  réclamations  que  les  filles  croiraient  devoir  leur  adresser, 
ponr  en  faire  un  rapport  confidentiel  soit  à  son  chef  immédiat,  soit  à  un  fonc- 
tionnabe  supérieur  délégué  par  l'administration.  A  cette  fin,  il  faut  que  les 
agents  de  police  chargés  de  ce  service  soient  très-fréquemment  renouvelés  et 
très-sévèrement  punis  en  cas  de  négligence  ou  d'omission  dans  l'accomplisse- 
ment de  leurs  devoirs  et  de  leur  consigne. 

La  visite  sanitaire  des  filles  ne  doit  jamais  se  faire  ni  à  jours  ni  à  heures  fixes^ 
n  au  domicile  des  prostitu/ées,  soit  libres,  soit  en  maisons  publiques,  mais  dans  un 
établissement  exclusivement  approprié  à  cet  usage. 

Toute  infraction  aux  dispositions  concernant  les  visites  corporelles  des  filles 
doit  être  punie  par  des  amendes  très-élevées  qui  seront  payées  par  les  tenanciers, 
sans  qu'ils  puissent  avoir  aucun  recours  contre  les  filles  en  portant  pour  ce  fait 
une  somme  quelconque  à  leur  passif. 

Le  mouvement  de  la  population  adonnée  à  la  prostitution  dans  les  maisons 
publiques,  entrée,  sortie,  échange  des  filles,  ne  doit  pouvoir  se  faire  sans  l'auto- 
risation du  chef  de  la  police  locale,  qui,  avant  de  donner  son  avis,  sera  tenu  de 
recbercher  les  causes  qui  font  réclamer  ces  mutations,  de  vérifier  les  comptes 
des  prostituées  qui  partent  et  de  celles  qui  arrivent,  et  d'écouter  les  réclamations 
(pie  chacune  d'elles  désirerait  lui  adresser. 


376     COKO^^S  MÉDICAL  mm^A^Vin^'^Q^hW^VB'  >$4S1CP  De  JQU^ 

L'f  utorité  de  r«dmij2i$U*aUoB  locàU  $ur  les  tananciers  et  sur  les  prosUtuéea 
tant  ]ibf»$  qu'an  omisons^  c$t  abso^i^  et  &»»$  appel  en  tout  ca  qui  cooceroe  l'ad- 
ittisMOQ  et  le  rejet  ou  le  retrait  des  autûrisatioas,  l'ejEAn^A  des  coinptes  parti- 
culiers 4a  chaque  fille,  les  a^^ndes  par  infiractioRs  aui:  règlements^  etc.^  ^tç. 

À  ces  dispositions  pi^iu:ipalos^  je  désirerais  qu'on  ajoutât  eiu^ore  les  suivantes, 
dont  1/^  jsflTets  concourraient  également,  quoique  d'uQA  manière  ^idirectCi  à 
atteifvdr^  la  but  indiqué  daos  la  question  quis  nous  traitons  ep  ce  moment  ;  la 
diminutiori  du  nombre  4e9  affispUons  vénériennes. 

Tous  l^  médecins  4^?raient  être  inv^t^s  h  iairc  cowmUre  $afis  délai  le  nom  et 
la  demeure  des  prostituées  qui  seraient  soupçonnées  d'avoii*  infecté  J^s  sujets 
iju'ils  sonl  appelés  k  9oigper,  En  ce  cas,  aussitôt  tini^n  renseignement  de  cette 
nature  serait  parvenu  à  la  polipé,  ^Ue-ci  ferait  immédi^^ment  procéder  ^  la 
visiM  corporelle  des  QUes  autorisées  signalées  pomme  su^speetes, 

Tous  les  hôpitaux  indistinctement  devraient  r/^eevoir^  pour  y  être  traitées  et 
guéries  radicalement,  les  femmes  publiques  qui  sont  reconnue^  atteintes  d'apcii- 
dents  vénériens.  Les  voyages  qu'on  ^niposej  4^s  ces  circonstances,  aux  ^les 
malades  dje  certaines  localités  où  )es  hôpitaui^  n'^mettenit  point  ces  sujets,  ne 
sont  pas  sans  danger  pour  la  santé  publique. 

Enfin,  à  coté  de  l'enseignement  primaire  gratuit,  '^  ^lais  non  obligatoire  !  — 
que  les  gouvernements  s'efforcent  avec  raison  4e  donner  à  leurs  peupbss,  et  ep 
niâpe  temps  que  cet  enseignements  il  serait  nécessaire  4'ajouter  partout  Tin- 
struction  religieuse,  cette  édpcation  cbrétienne  qui  moralise  les  m^ses  en  leur 
inculquant  la  foi,  et  civilise  les  nation^  en  les  initiant  aux  principes  et  à  la  pra- 
tique des  sentiinents  de  charité  et  4e  confraterjiité. 


ni 

Pour  restreindre  la  propagatia^  des  ma}a4ies  vénériennes^  i^  faut  donei  sui- 
vant moi  : 

1*  Réprima  très-sévèrement  la  prostitution  clandestine  f 

2^  piminuer  par  tous  les  moyens  signalés  dans  ce  travail  la  nen^bre  des  (Ules 
de  joie  autorisées,  dites  trotteuses  ou  à  cartes. 

3<^  Réglementer  les  maisons  publiques  tolérées  d'après  les  beses  que  j'ai  ei^po^ 
sées  plus  haut; 

h"*  Maintenir  dans  l'éducation  populaire  un  enseignement  religieux  ferma  et 
solide  à  côté  de  l'instruction  primaire  gratuite. 


AUXIAS^TimEimB.  -^  f»BOra¥LAZIB  DES  UktàXim  VÉHiRnmiS»        (75 


PAE  M.   AU^lAS-TUBXMlia. 


■.  àmdmmJrmremmm.  —  Depuis  l'appaiitien  de  la  lypiiiUl  «n  Buropê,  les  mé- 
decins de  tous  les  pays  se  sont  efforcés  de  découvrir  les  moyens  de  la  combattre. 
Sa  prophylaxie  a  été  en  particulier,  pendant  plusieurs  stèelcs,  l'objet  du  rêve  des 
phiiaDthropes*  Le  Congrès  médical  universel  a  la  mission  de  réaliser  ee  rêve. 
MiÎB  pour  rencmitrer  ub  but  qui  s'est  dérobé  jusqu'à  présent  aux  plus  persévé- 
rantes enquêtes,  n'est-il  pas  indispensable  qtie  la  science  abandonne  les  routes 
NI»  imie  qui  ont  été  soiviest 

Jetons  un  reg«rd  sur  les  moyens  prophylactiques  qui  ont  été  préconisés,  ne 
fût-ce  que  pour  marquer  les  écueils. 

Les  précautions  qu'on  a  conseillé  de  prendre  ou  qu'on  a  exigées  ont  trait  aux 
hommes  et  aux  femmes.  Elles  ne  sont  pas,  à  beaucoup  près  identiques,  ni  sui«- 
tout  égalitaires  pour  les  deux  sexes. 

En  ce  qui  concerne  les  hommes,  on  n'a  pas  reculé  devant  )a  proposition  de 
commettre  des  médecins  et  mâme  des  matrones  à  l'examen  du  membre  viril 
immédiatement  avant  l'acte.  Dans  ces  derniers  temps,  on  a  encore  renchéri  sur 
les  idées  singulières  émises  dans  le  Pomograpke  de  Restif  de  la  Bretonne.  Vous  ne 
vous  attnadai  pas  à  m' entendre  discuter  sérieusement  ces  utopies. 

On  a  fait  d'autres  propositions  qui  paraissent  moins  absurdes,  mais  qui  ne  sont 
guère  mieux  applicables. 

On  a  voulu  réglementer  la  conduite  de  l'homme  avant,  pendant  et  après 
Tacte,  mais  surtout  avant  l'acte. 

On  réserve  1»  moment  solennel  qui  précède  son  accomplissement  à  des  lavages 
pratiqués  au  moyen  de  liquides  fort  variés.  On  a  aussi  proposé  de  tanner  le  prér* 
puce  et  le  gland  par  des  lotions  astringentes,  afin  d'endurcir  ces  organes,  d'eu 
reuerrer  les  pores  et  de  fermer  tous  les  passages  au  virus.  Des  onctions  huileuses 
doivent  remédier  ensuite  au  défaut  de  glissement  des  parties  en  opposant  un 
obstacle  supplémentaire  au  transit  des  humeurs  infectées. 

On  a  proposé  encore  de  coiffer  la  verge  d'un  capuchon  mince  et  flexible  de 
baudruche  ou  de  caoutchouc,  ie  veux  parler  de  la  dégoûtante  capote,  du  répu- 
gnant cottdom  avec  ses  accessoires  et  ses  variétés.  N'est-ce  pas  un  mode  de  mas- 
turbation entouré  dç  certaines  (brmes,  et,  pour  ainsi  dire,  soumis  à  des  règles  t 

Bien  d'autres  motions  dQ  ce  genre  ont  été  mises  en  avant  et  même  en  pratique. 

Le  virus  s'est  joué  de  ces  obstacles.  Us  ne  donnent  qu'une  séciu4té  trompeuse. 
En  outre,  ils  dénaturent  la  sensation. 

En  effet,  des  organes  soumis  tout  vivants  à  de  certains  procédés  de  mégisserie, 
deviennent  ensuite  aisément  frïables  et  sujets  à  des  gerçures.  Quant  au  capuchon 
<iue  je  suppose  être  en  réalité  d'une  trame  impénétrable  aux  humeurs,  et  qui, 
6n  tout  cas,  est  difficile  à  appliquer  et  plus  encore  à  maintenii*,  il  ne  résiste  pas 
d'ordinaire  aux  fh>ttements  des  parties. 


S76     GONGBi»  iftDlGAL  INTEBNATIONAL.  —  QUATRIËMB  SÈIMCÈ  M  lOUB. 

Ce  qu'on  a  prescrit  de  fidre  pendant  et  après  l'acte  n'est  guère  plus  raison- 
nable ni  plus  pratique.  Rappellerai-je  qu'on  a  recommande  de  laisser  cet  acte 
incomplet  pour  en  diminuer  la  durée^  ct^  par  conséquent,  les  dangers!  Ceston 
autre  genre  d'onanisme  méthodique  désigné  dans  l'Ëcriture  par  les  mots  :  Semer 
sur  le  sable. 

Enfin,  on  a  établi  le  précepte  de  terminer  le  sacrifice  comme  on  l'avait  com- 
mencé, par  des  ablutions  de  toutes  sortes.  Les  liquides  ne  manquent  pas.  Depuis 
Fallope  jusqu'à  messieurs  tel  et  tel,  qui  n'a  pas  vanté  le  sien  ! 

On  éprouve  l'envie  de  parodier,  à  l'occasion  de  ces  prdneurs  de  recettes  et 
d'élixirs,  les  paroles  que  Pitcaim  adressait  à  Astruc  dans  une  circonstance  ana- 
logue :  Credo  Astrwsdum  nmqtuim  cocasse. 

D'un  sexe  passons  à  l'antre. 

On  ne  peut  apprécier  les  moyens  qu'on  a  proposés  ou  mis  en  pratique  pour 
empêcher  que  les  fenmies  ne  donnent  la  syphilis,  sans  examiner,  au  préalable, 
la  manière  dont  le  plus  souvent  elles  la  donnent. 

Elles  peuvent  conmiuniquer  l'infection,  mais  rarement,  lorsqu'elles  n'ont  que 
des  accidents  primitifii.  Elles  le  font  surtout  qjùand  elles  se  trouvent  dans  un  état 
syphilitique  constitutionnel. 

Cette  assertion  paraîtra  peut-être  en  désaccord  avec  des  idées  généralement 
admises,  mais  elle  est  conforme  à  l'observation  de  tous  les  jours.  Les  remarques 
suivantes  en  fournissent  l'explication. 

Les  fenomes  atteintes  d'accidents  primitUs  sont,  le  plus  souvent,  détoiumées  da 
coït  par  la  crainte  de  ressentir  de  la  douleur,  sinon  par  la  crainte  de  transmettre 
la  syphilis.  D'ailleurs  elles  ne  peuvent  cacher  leur  situation,  à  moins  que  leur 
mal  ne  soit  au  début  ou  sur  le  déclin^  ou  bien  encore  à  l'état  abortif. 

Quand,  au  contraire,  les  femmes  ont  la  vérole,  et  que  leurs  organeu  ont  été 
surexcités  par  des  rapports  sexuels  fréquents,  les  sécrétions  abondent  vers  ces 
organes,  et  s'accompagnent,  dans  la  plupart  des  cas,  de  poussées  virulentes. 
Celles-ci  se  traduisent  quelquefois  par  des  symptômes  locaux  contagieux.  Mais  je 
pense  que  le  sang  des  règles  ou  que  des  écoulements  blancs,  peuvent  aussi,  sans 
qu'il  existe  de  lésion,  devenir  alors  les  véhicules  du  virus,  et  conconiir  à  sa  pro- 
pagation. 

Il  en  résulte  que  la  syphilis  constitutionnelle  est  transmissible  pendant  des 
années,  tandis  que  les  accidents  primitifs,  indépendamment  de  l'éveil  qu'ils  don- 
nent, le  sont  tout  au  plus  pendant  quelques  senuiines. 

D'après  un  calcul  approximatif  dont  les  éléments  surchargeraient  cette  le^ 
ture,  j'ai  lieu  de  conjecturer  que  les  fenunes  traitées  de  la  vérole  par  les  prépa- 
rations mercurielles  conservent,  pendant  quatre  ans  environ,  le  triste  privilège 
d'émettre,  de  temps  à  autre,  des  sécrétions  contagieuses,  tandis  que  si  elles 
n'avaient  pas  été  traitées  du  tout,  elles  auraient  perdu  cette  propriété  au  bout  de 
trois  années. 

Or,  en  admettant  que  les  prostituées  exercent  leur  métier  pendant  quatre 
années,  —  ce  que  relate  certaine  statistique,  —  la  mercurialisation  aurait  pour 
résultat  de  les  constituer  un  réservoir  de  virus  pendant  tout  ce  temps. 

J'ai  sous  les  yeux  un  relevé  dressé  par  M.  A.  Foumier,  et  j'y  trouve  qu'à  Paris 
les  prostituées  sont  quatre  fois  sur  cinq  l'origine  des  syphilis  constitutionneUes  de 
l'homme.  On  peut  douter  qu'en  l'absence  de  toute  réglementation^  les  résultats 
fussent  beaucoup  plus  calamiteux  ! 


AUZIAS-TOBEMNE.  —  PROniTlAXIE  DES  MALADIES  VÉNÉRIENNES.  377 

Le  mal  est  donc  considérable,  mais  au  moins  nous  savons  d'où  il  vient,  et 
surtout  nous  comprenons  pourquoi  on  ne  lui  a  opposé  jusqu'ici  que  de  bien 
impaissants  palliatifs. 

EffectiTement,  à  quelle  pratique  en  est-on  venu?  Après  avoir  dispensé,  — 
Men  à  propos,  il  fout  le  reconnaître,  —  les  femmes  de  l'usage  d'un  condomren- 
Tersë,  à  l'application  duquel  leurs  organes  ne  se  prêtaient  pas,  on  les  a  soumises, 
de  plus  que  les  bonunes,  à  des  inspections  périodiques.  On  leur  a  infligé,  en 
outre,  une  discipline  dégradante,  et  prescrit  des  règlements  draconiens.  Ce  sont 
da  négresses  blanches.  —  Le  bureau  où  Ton  s'occupe  d'elles  est  connu  à  la 
Prâècture  de  police  sous  le  nom  de  Bureau  des  mœurs  ! 

Ifais  en  supposant  qu'on  puisse  voir  très-clair  dans  les  recoins  de  leurs 
organes,  le  virus  n'en  échapperait  pas  moins  à  toute  surveillance. 

Et,  en  effet,  on  aura  beau  multiplier  le  nombre  des  visites  et  redoubler  de 
soms  en  les  pratiquant,  on  n'empêchera  pas  que  des  organes  surmenés  ne  sécrè- 
tent des  humeurs  abondantes,  et  que,  par  le  fait  de  la  constitulionnalité,  ces 
humeurs  ne  puissent  être  chargées  de  virus;  on  n'empêchera  pas  que  des  pous- 
sées d'accidents  constitutionnels  ne  se  produisent. 

Yisitei  donc,  injectez,  badigeonnez;  tamponnez,  cautériser,  imprégnez  de 
mercure  les  pauvres  filles;  visitez-les  de  nouveau,  cautérisez-les  encore,  mer- 
curiaKsez-les  toujours  ;  imposez-leur  humiliations  sur  humiliations,  souffrances 
sur  souffrances;  bien  plus,  comme  en  Belgique,  organisez  autour  d'elles  et  même 
parmi  elles  le  hideux  espionnage;  enfin,  forcez-les  à  descendre  de  dégradation 
en  dégradation,  jusqu'au  point  que  ce  ne  soit  plus  des  femmes;  —  lé  virus 
latent,  insaisissable,  mais  obstiné,  sera  là,  prêt  à  perpétuer  son  action  ! 

Cène  sont  pas  de  simples  vues  de  l'esprit,  ce  sont  des  faits;  c'est  le  propre 
aveu  de  nos  adversaires  que  nous  enregistrons  après  l'avoir  interprété  rigoureu- 
sement. 

Pourquoi  donc  rester  dans  cette  voie?  Cherchons  ailleurs  d'autres  moyens. 

Celui  que  je  propose  est  connu. 

Je  ne  puis  en  quelques  minutes,  —  quoique  je  sois  prêt  à  le  faire,  —  vous 
démontrer  la  réalité  de  la  syphilisation,  et  traiter  devant  vous  toutes  les  questions 
qui  s'y  rapportent. 

Une  démonstration  suppose  la  relation  ^e  faits,  la  reproduction  de  statistiques 
et  la  discussion  de  certains  points  de  doctrine.  Elle  exigerait  beaucoup  de  temps. 

Mais  tout  le  monde  convient  aujourd'hui  que  la  syphilisation  n'empêche  pas 
les  malades  de  guérir,  et  très-vite;  qu'elle  est  dépourvue  de  dangers,  et  qu'elle 
procure  une  immunité  au  moins  temporaire. 

Ces  trois  conditions  me  suffiraient  pour  établir  ma  thèse  ;  cependant  je  ne  puis 
cacher  ce  que  Texpérience  m'a  fait  connaître.  Je  dois  cet  hommage  à  la  vérité 
et  cette  déférence  à  mes  confrères. 

J'atteste  donc,  —  et  je  n'attends  que  l'occasion  de  le  démontrer,  —  qu*un 
indiridu  traité  de  la  vérole  par  la  syphUisation  se  porte  bien,  et  qu'il  ne  peut  ni 
contracter,  ni  transmettre  aucune  sorte  d'accident  syphilitique. 

Ce  n'est  pas  que  cette  assertion  doive  revêtir  un  caractère  trop  absolu  ;  il  ne 
faut  pas  exagérer  les  choses.  Mais  il  n'est  pas  vrai  non  plus  absolument  qu'une 
personne  vaccinée  ou  ayant  eu  la  petite  vérole,  soit  réf^actaire  au  virus  vario- 
lique;  car,  si  vous  faites  à  cette  personne  l'inoculation  d'un  pus  assez  fort, 
une  petite  pustule  de  courte  durée  apparaîtra  bientôt.  Cette  pustule  fournira  un 
▼inis  qui,  quoique  affaibli,  serait  capable  d'engendrer  la  maladie  complète  et  de 


978     G0NG9ÊS  UèDlCM  iNTPMîATlONAU  •— QUAT9IËME  BÊàliCE  W  lOUB. 

se  régénérer  sur  un  organisme  vierge  jusque-là  de  l'aciiaa  du  Tiros  Taccinal  ou 
du  virus  variolique.  L'expérimentation  Ta  démontré. 

Un  phénomène  analogue  s'observe  chez  les  syphilisés  :  riooculatîoQ  d'une 
forma  quelconque  de  virus  syphilitique  peut  y  produire  des  élémeots  abortifs 
dont  la  matière  serait  susceptible  de  fructifier  ailleurs.  Mais  il  y  ^  loin  de  ce 
fait  k  la  reproduction  de  chancres  complets,  et  surtout  à  la  coaaoouoation  d'une 
syphilis  constitutionnelle. 

Je  ne  connais,  k  vrai  dire,  cette  restriction  qu'en  théorie,  ou,  pour  m'expii- 
mer  plus  exactement,  je  l'ai  apprise  par  des  expériences  directes  et  positives, 
mais  non  à  la  suite  d'observations  cliniques  accidentelles.  £n  pratique,  noui 
devons  donc  à  peine  tenir  compte  d'une  exception  qui,  réelle  scientifiquement 
parlant^  ne  doit  se  présenter  que  bien  rarement  d'elle-même  à  l'observateur. 

Ce  n'est  pas  tout,  je  soutiens  que  l'immunité  elTective  garantie  par  la  sypbili- 
sation,  contre  toutes  les  formes  de  virus  syphilitique,  est  plus  tenace  que  celle 
qui  est  conférée  contre  la  variole  par  la  variole  ou  par  la  vaccine.  Je  pourrais 
invoquer  ici  le  témoignage  de  confrères  parfaitement  bien  renseignés  à  cet 
égard. 

Le  sypbilisé  peut  donc  encore,  à  la  rigueur,  recevoir  l'impression  loealeet 
passagère  d'un  liquide  virulent  qui  serait  susceptible  d'inCecter  profondément 
toute  autre  personne.  C'est  un  Achille,  qu'on  me  passe  cette  métaphore,  trempé 
dans  le  Styx,  et  dont  le  talon  seul  est  resté  vulnérable.  U  est  en  état  de  braver 
toutes  les  atteintes. 

Comment  conviendrait-il  d'agir  à  notre  avis?  Faudrait-il  syphUiser  toutes  les 
filles  publiques?  Non,  car  il  nous  répugne  d'exercer  la  moindre  contrainte  envers 
qui  que  ce  soit  et  pour  quelque  motif  que  ce  soit* 

I^ous  ne  voudrions  syphiUser  que  les  prostituées  qui,  étant  malades,  désire* 
raient,  en  même  temps  qu'être  guéries^  devenir  invulnérables  et  inoffensives. 
On  aurait  aussi  le  cboi^  de  s'adresser  à  d'autres  comme  à  elles  dans  les  maisom 
de  débauche. 

Comparons  ce  qui  s'observe  aujourd'iiui  avec  ce  qui  aurait  lieu  si  notre  mé- 
thode venait  à  prévaloir. 

En  moyenne  approximative,  avons-nous  dit,  les  prostituées  vivent  de  leur 
métier  pendant  quatre  années,  dont  elles  passent  au  moins  une  à  l'hôpital,  pour 
ôtre  traitées,  je  ne  dis  pas  guéries,  de  la  syphUis  pai*  le  mercure.  U  leur  reste- 
rait donc  trois  ans  d'une  prostitution  effective. 

Elles  peuvent  ôtre,  pendant  ces  trois  années,  un  réservoir  de  vérole  dans  une 
proportion  que  vient  de  nous  apprendre  la  statistique  de  M.  Fournier,  et  que  )a 
syphilisation  nous  explique.  Est-ce  là  tout  le  bénéfice  qu'on  recherche  à  si 
grands  frais  et  par  tant  de  soins  ! 

Si,  au  contraire,  on  traitait  les  prostituées  malades  par  la  syphiUsation,  on  ne 
tarderait  pas  à  s'apercevoir  de  la  supériorité  des  résultats. 

Une  syphilisation  bien  faite  exige  trois  mois.  Mettons  qu'il  en  faille  six  qusnd 
il  s'agit  de  filles  publiques,  car  on  doit  tenir  compte  de  retours  éventuels  à 
l'hôpital.  U  leur  reviendra  net  trois  années  et  demie  de  métier,  avec  garantie 
presque  certaine  pour  le  public. 

On  comprend  aisément  les  avantages  que  présenterait  l'application  de  cette 
méthode  sous  tous  les  rapports,  y  compris  celui  de  Téconomie  dans  les  M» 
d'inspection. 

Ceux  qui  désarmais  auront  affaire  à  c-e  genre  de  femmei  pourront  échapper  à 


tous  Its  risques  en  «'adressuit  h  des  prostituai  munies  de  certigcate  en  lègla  de 
s)philisatioo. 

Il  ne  s'agit  pas  de  considérations  théoriques  ;  ce  sont  des  faits.  Je  connais  eer** 
taies  sujets  (des  ^nfreres  m  com^aissent  aussi)  qui  se  trouvent  dans  le  ca^  d'im- 
munité que  je  désigne. 

Ces  sujets  font  eieeption  &  la  règle»  sens  doute;  mais  le  Congrès  peut  aug<- 
meatercopsidérabi/emeni  leur  nombre  en  expifmant  le  veeu  que  l'auteur  de  la 
ffpbiljsilioq  soit  mis  en  mesure  d'appUquer  lui*méine  sa  méthode.  Chacun  a  le 
èeit  de  Tovloir  qu'on  ne  le  juge  que  par  ses  œuvres. 

^ioes  n'avpne  rien  dit  des  cas  de  transmission  de  la  «f  philis  étrangers  aux  ra^ 
ports  sexuebf  et  dans  la  plupart  desquels  la  responsabilité  du  médecin  se  trouve 
engagée.  On  peut  aisément  démontrer  que,  pour  le  plus  grand  nombre,  la  syphi- 
lisatioD  est  seule  applicable  comme  nu)yen  préventif.  Exemple  :  11  n'y  a  qu'une 
nourrice  syphiliséc  qui  puisse  impunément  donner  le  sein  à  un  enlant  syph^ 
liltque. 

J'ai  mis  de  côté,  pour  être  bref,  toi^t  pe  qui  n'était  pas  indispensable  dans  l'ex- 
position de  mon  sujet.  Mais  je  suis  tout  disposé  à  fournir  ftu  Congres  les  détails 
qui  lui  paraîtraient  utiles,  et  à  répondre  aux  objections  qu'on  voudrait  bien  m'a- 
dresser. 

Toutes  les  découvertes  ont  leur  temps  d'épreuves  et  reçoivent  le  baptême  de 
la  proscription.  C'est  la  loi  et  la  caractéristique  du  progrès;  mais  il  vient  un  jour 
où  on  les  accepte. 

Ce  jour  commence  pour  la  syphtlisation. 

Le  Congrès  revêt,  dans  l'opinion  publique,  le  caractère  et  les  attributs  d'une 
haute  magistrature  médicale.  Je  l'adjure,  au  nom  de  la  vérité  et  de  la  justice,  de 
réformer  un  arrêt  notoiniment  empreint  de  précipitation. 

Je  ne  vous  demande  pu  d'adopter  les  idées,  mais  de  les  défendre  contre  ceux 
quif  prisas  dans  le  germe,  ont  voulu  qu'elles  avortent. 

Psnni  les  testes  du  programme,  celui  qui  ast  relatif  h  la  prophylaxie  véné- 
rifinue  a  seul  été  conçu  en  des  termes  qui  exigent  u^e  réponse.  Jusqu'alors  des 
paroles  ont  été  dites.  N'est-il  pas  temps,  pour  une  assemblée  virile,  de  passer  aux 
actes?  Vous  devez  vouloir  que  la  lumière  soit  faite,  et  qu'une  question  qui  à  un 
^i  haut  point  intéresse  l'humanité  soit  résolue  I 


H.  Bie«v4.  <-*  Messieurs,  vous  venez  d'entendre  une  conviction  personnelle 
hien  arrêtée.  Pour  moi,  je  suis  d'une  opinion  diamétralement  opposée,  et  j'au- 
rais voulu  une  preuve  que  M.  Auzias  m'a  toigoui^s  refusée.  J'ai  dcmandif  à 
M.  Ausias  d'expérimenter  sur  lui-même  et  de  témoigner  ainsi  de  l'exceUence  de 
sa  méthode;  jamais  M.  Auzias  n'a  voulu. 

■.  â«iriMi«  -^  Je  désire  éviter  toute  question  personnelle;  le  siyet  est  exclu- 
sivement scientifique. 

M,  MîmmwÂ,  -^  Je  ne  démode  pas  de  discussion,  je  désire  seulement  savoir  si 
K>  Auzias  veut  faire  aujourd'hui  l'expérience  qu'il  m'a  toujours  refusée. 

M.  àmÉimmJWmrmmmm,  —  Trêve  de  personnalités.  D'ailleursj'ai  envoyé  autrefois 
à  V.  Ricord  des  personnes  syphUisées  qu'il  n'a  voulu  ni  examiner  ni  entendre. 


380     CONGRÈS  MÉDICAL  INTERNATIONAL.  ^  QUATRIËSIB  SÉANCE  DE  JOUR. 

M.  BoallUiad.  —  Vétéran  de  tous  les  progrès^  quoi  qu'on  en  puisse  dire,  je 
ne  m'opposerais  pas  aux  expériences  de  M.  Auzias,  et  je  partage  entièrement 
l'ayis  de  M.  Ricord. 

Desgenettes^  à  JafTa,  dans  le  but  de  rassurer  l'armée  sur  la  non-contagion, 
n'a-t-il  pas  pris  avec  sa  lancette  du  pus  d'un  bubon  de  pestiféré  et  ne  se  l'est-il 
pas  inoculé  ?  Ghervin,  partisan  de  la  non-contagion  de  la  fièvre  jaune,  n'a-t-0  pas 
suivi  la  même  conduite  ?  Enfin  lorsque  édata  parmi  nous,  en  1832,  le  choléra, 
ce  mal  plus  terrible  que  la  peste,  est-ce  que  tous  les  médecins,  non-partisans  de 
la  contagion,  n'ont  pas  essayé  de  démontrer,  par  des  expériences  faites  sor  eux- 
mêmes,  la  vérité  de  leur  assertion.  Je  m'étonne  que  M.  Ausias  ne  suive  pas 
d'aussi  nobles  exemples  et  refuse  l'expérience  qui  lui  est  demandée. 

H.  Avalaa-TarMiBe.  —  J'ai  apporté  devant  Iç  congrès  une  question  scienti- 
fique, et  je  demande  des  objections  scientifiques.  Je  ne  puis  lutter  contre  un 
bureau  tout  entier. 

m.  JeMiael  dit  qu'on  n'a  pas  le  droit  de  demander  à  M.  Auzias  de  produire 
une  observation  personnelle,  laquelle  serait  moins  probante  que  des  observations 
nombreuses  et  complètes. 

H.  IkNUiland.  —  Nous  sommes  de  l'avis  de  M.  Jeannel  ;  mais  la  meilleure 
manière  d'entraîner  la  conviction  est  d'expérimenter  sur  soi-même. 

H.  ISalUgo  (de  Florence).  —  Je  me  suis  inoculé. 

H.  Bleord.  —  Je  suis  prêt  à  discuter  ;  toutefois,  je  n'avais  voulu  poser  à 
M.  Auzias  qu'une  seule  question,  et  il  n'a  pas  répondu.  Ou  la  syphilisation  est 
une  bonne  chose,  ou  elle  est  mauvaise.  Si  elle  est  excellente,  montrez  sa  valeur 
en  expérimentant  sur  vous-même. 

tJaaadtttear,  debout  sur  l'un  des  gradins  de  l'amphithéâtre,  d'une  v<hx 
tonnante  :  Je  suis  médecin,  syphilisé,  et  je  me  porte  bien  ! 

¥*lx  dmnm  ïmmélimîre.  —  Pourquoi  M.  Auzias-Turenne  n'en  fait-ll  pas  autant? 

Le  ménie  aadltear.  —  M.  Auzias-Turenne  n'a  pas  renoncé  au  mariage  ;  j'y 
ai  renoncé,  moi  !  Quel  père^  quelle  mère  voudraient  donner  leur  fille  à  an  homme 
syphilisé? 

M.  Sleord.  —  Mais,  au  contraire,  la  syphilisation  étant  ime  garantie,  les 
sigets  syphilisés  seraient  très-recherchés  des  familles. 

H.  Anmlas-TareBDe.  —  J'ai  offert  de  faire  des  expériences  devant  une  cona- 
mission  ;  ma  demande  a  toujoui's  été  repoussée.  On  voiidrait  que  je  fisse  des 
expériences  personnelles,  je  m'y  refuse,  et  avant  tout  par  dignité,  ne  voulant 
pas  me  mettre  ainsi  à  la  disposition  de  M.  Ricord  dans  l'unique  but  de  satisfaire 
sa  curiosité  et  de  lui  servir  ensuite,  comme  cela  est  arrivé  à  d'autres,  de  sujet 
de  plaisanteries  ! 

M.  BoBlltoad.  —  Je  déclare  ne  pas  m'opposer,  poiu*  ma  part,  à  ce  que 
des  expériences  de  syphilisation  soient  faites  par  M.  Auzias-Turenne.  En  lui  de- 
mandant de  faire  des  expériences  personnelles,  je  lui  ofihds  l'occasion  p(^ 
sible  de  cueillir  la  palme  du  martyi'e,  et  je  suis  pour  les  vrais  martyrs,  quels 
qu'ils  soient. 

M.  Aazias-Tareaae.  —  Je  ne  demande  pas  la  palme  du  martyre,  mais  le 
triomphe  de  la  vérité  !  Je  demande  que  la  question  soit  traitée  scientifiquement 
devant  une  assemblée  scientifique. 

n.  ■c«rl  Favre.  —  Nous  ne  sommes  pas  des  spectateurs  assistant  sur  la 


DiSC088K)CI.<-PllOPHYLAX]£  INTEBNATIONALE  DES  MALADIES  VÉMÊRIEMNES.   38t 

gradins  de  cet  amphithéâtre  à  iin  combat  de  gladiateurs;  nous  voulons  nou3 
instruire  et  savoir  la  vérité  sur  la  syphilisation  ;  il  ne  faut  pas  que  la  question 
soit  enterrée. 

M.  MmUÊÊmà.  —  Que  M.  Favre  se  rassure;  personne  ici,  et  le  bureau  moins 
que  personne,  ne  songe  à  enterrer  cette  question,  la  discussion  sera  libre,  entiè- 
rement libre;  elle  se  poursuivra  devant  le  CSongrès,  autant  que  cette  assemblée, 
qui  est  souveraine,  le  permettra. 

M.  Wktmté,  —  Pendant  longtemps,  messieiurs,  j'ai  cru  à  l'unicité  du  virus 
syphilitique.  Je  n'admettais  qu'une  graine  ;  eh  bien,  l'observation  m'a  démontré 
qu'il  y  avait  deux  formes,  l'une  locale,  et  l'autre  fatalement  générale.  De  cette 
distinction  est  née  de  mon  école,  de  mes  élèves,  la  doctrine  de  la  dualité,  deux 
accidents,  l'un  local,  l'autre  général.  J'avais  seulement  fait  le  départ  clinique  ; 
mais  la  délimitation  était  tellement  nette,  que  mes  élèves  sont  remontés  aux 
sources.  C'est  ce  qu'ont  fait  BIM.  Bassereau,  Clerc,  et  l'école  de  Lyon,  dont  nous 
avons  ici  un  illustre  représentant,  M.  Rollet.  Déjà,  dans  mes  Letti*es,  j'avais 
montré  qu'il  n'y  a  pas  seulement  des  différences  dans  le  terrain,  mais  aussi  dans 
la  graine. 

Je  demande  à  mon  confrère  qui  disait  tout  à  l'heure  qu'il  était  syphilisé  ce 
qu'il  s'est  inoculé,  le  chancre  mou  ou  le  chancre  infectant  ? 

Un  de  mes  élèves  de  l'hôpital  du  Midi  m'a  demandé  de  l'inoculer,  j'ai  refusé  ; 
il  s'est  inoculé  malgré  moi,  et  U  a  eu  la  syphilis.  Jamais,  messieurs,  je  n'ai  voulu 
porter  sur  un  siget  vierge  de  vérole  une  lancette  chai*gée  de  pus  syphilitique. 
C'est  de  là  qu'est  venue  mon  cn*eur  touchant  la  question  des  accidents  secon- 
daires. U  y  a  trente-sept  ans,  en  effet,  je  faisais  des  inoculations.  Mais  je  n'ino- 
culais que  des  sujets  déjà  syphilitiques,  cela  ne  prenait  jamais;  j'inoculais  le  pus 
du  chancre,  l'inoculation  réussissait  :  c'était  le  chancre  mou.  D'oii  je  concluais 
que  la  plaque  muqueuse  n'est  pas  inoculable,  et  par  suite  pas  contagieuse.  Le 
chancre  est  inoculable  et  contagieux.  Voilà  la  source  de  l'erreur  que  j'ai  confes- 
sée. Dans  la  science,  on  doit  avoir  le  courage  de  dire  que  l'on  s'est  trompé.  U 
fallait  inoculer  des  si^ets  sains  avec  du  pus  syphilitique,  je  n'ai  jamais  voulu  le 
liBûre.  D'autres  ont  eu  plus  d'audace,  et  ils  ont  réussi.  Pour  moi,  messieurs,  je 
ne  croyais  pas  avoir  ce  droit  ;  j'ai  expérimenté  sur  moi-même,  je  me  suis  inoculé, 
cl  je  demande  qu'on  en  fasse  autant. 

M.  AwMimm-Twutmmmm,  —  Il  y  a  deux  formes  de  chancre,  et  dans  ces  deux 
formes,  je  vois  deux  individualités  qui  sont  parentes.  Pour  démontrer  ma  thèse, 
je  suis  obligé  de  me  servir  d'observations  qui  me  sont  personnelles.  J'inoculais 
avec  un  bec  de  plume,  toigours  le  même,  une  femme  atteinte  de  cancer.  J'étais 
à  la  quarantième  inoculation  successive  du  même  pus,  lorsqu'un  des  points 
inoculés  au  bras  devint  dur.  Les  ganglions  de  Taisselle  se  prirent,  et  au  bout 
de  quelque  temps,  une  roséole  me  montra  clairement  que  j'avais  affaire  à  la 
syphilis. 

Nous  autres  syphilisateurs,  nous  faisons  à  volonté  des  chancres  mous  ou  des 
chancres  diu*s.  Ainsi,  comme  il  m'est  quelquefois  difficile  de  me  procurer  du 
pus  de  chancre  mou,  j'emploie  pour  en  obtenir  le  procédé  suivant  :  je  prends 
une  femme,  par  exemple,  ayant  des  plaques  muqueuses;  je  panse  ces  plaques 
muqueuses  avec  une  solution  alcoolique  de  sUphium  q/renaimm^  la  matière  se 
modifie,  et  j'ai  du  pus  de  chancre  mou. 

U  y  a  deux  virus,  dites-vous?  mais  qu'est-ce  que  cela  prouvei*ait  contre  moi? 


382     COMRÈS  MÉDICAL  INtËRNATIÔlIAti '-<- QtlArAlllie  SftAtfiOS  DE  JOtJll. 

Est-ce  que  le  taccin  Éi  Id  rariele  n'ont  pas  deux  Tlrtis  différents  ?  fit  malgré 
cela,  est-ce  qu'il  n'y  a  pas  fnfltience  d'une  maladie  sur  l'autre.  Eh  bien,  rie 
pouvons-nous  pas  aussi  admettre  qu'une  variété  de  chancre  peut  modifier  l'autfe. 
Nous  ne  nlyous  pM  eiiC(HPe  tmit,  et  n  quelques  faits  parussent  MBliMiCloirËs^ 
cela  n'est  pas  une  raison  pour  reieicr  la  syphilisatioiii  Dans  la  doctrine  é'Harrey 
sur  la  eireulatlon,  il  y  srait  bien  certains  faits  qui  lui  étaîeiit  dpposés^  et  mol- 
gié  cela,  Harvey  avait  raison. 

M.  WtoWÊÊé.  ^  Je  dêfmanderai  à  M.  Auelits  s'il  se  rappelle  l'histtrtre  étnn  tba- 
lade  qui  était  à  l'hôpital  l^int-Louis^  lorsque  j'y  étal*  iflteme.  Ce  maludé  ataM  itn 
ïnAan  phagédénique,  ëi  M.  Anzias  lui  inocula  sur  le  bra^  du  pus  pi^tenant  de 
plaques  muqueuses,  et  sur  la  poitrine  et  l'abdomen  un  nombre  considérable  de 
chancres  mous.  Le  bubon  continua  sa  marche  envahissante.  L'ifiocuktioh  du 
bras  donna  lieu  à  un  ulcère  induré  avec  adénopathie  indolente  dans  Faâsselle. 
Quant  aux  ulcérations  produites  sur  la  poHrine  et  l'abdomen,  elles  furent  lolfi 
de  modifier  heureusement  la  marche  de  la  tnaladie  ;  le  malade  sortit  dans  un  état 
très-grate  et  alla  dans  les  salles  de  B.  Ricord  à  Fhdpital  du  Mdi. 


a— !■«  — »  M.  Proust  était  interne  de  M.  Gibert,  que  nous  avons  eu  depuis 
le  malhem*  de  perdre,  et  le  malade  auquel  il  fait  alluûon  se  trouvait  dans  un 
autre  service.  €e  malade  était  {presque  guéri,  lorsque  le  chef  de  ce  service  ne 
me  permit  pas  de  continuer  mes  inoculations. 

M.  ProiMt.  —  n  y  a  eu  en  1859,  à  l'hôpital  Saint-Louis,  deux  ordres  def 
malades  que  M.  Auzîas  a  inoculés  :  ceux  du  service  de  M.  Gibert,  dont  Je  h'ai 
rien  dit,  et  celui  du  service  de  M.  Bazin,  auquel  j'ai  fait  allusion.  Eh  bien,  j'af- 
firme que  ce  malade  affecté  de  bubon  phagédénique  à  marche  sei-pigineuse 
a  été  inoculé  par  M.  Auzias-Turenne,  au  bras  avec  du  pus  de  plaques  muqueuses, 
à  la  poitrine  et  à  l'abdomen  avec  du  pus  de  chancre  mou  ;  que  les  ulcérations 
syphilitiques  et  chancreuses  n'ont  eu  Tune  surFaufre  aucune  influence  heureuse; 
le  malade  est  sorti  de  Fhôpital  dans  un  état  déplorable.  Je  répète  que  ce  malade 
n'était  pas  dans  le  service  deM.  Gibert,  qui  est  mort,  mais  dans  les  salles  de  Bl.  fir«t- 
rih,  qui,  cette  année-là,  avait  pour  interne  M.  Sergont,  aujourd'hui  médecin  à' 
Farts. 


[.  BIcord.  ^  J'ai  vu  en  effet  ce  malade  à  l'hôpital  du  Midi,  et  j'ai  été  obligé 
d'user  de  toute  mon  influence  pom-  l'empêcher  d'intenter  une  action  judiciaire  ; 
le  bubon  continuait  à  présenter  une  marche  serpigineuse  ;  cet  homme  avait  la 
syphilis  ;  et  sa  poitiine  et  son  ventre  étaient  couverts  d^ ulcérations.  Ce  fait  a  en 
outre,  au  point  de  vue  doctrinal,  une  valeur  considérable  et  étend  singulièrement 
le  domaine  de  la  syphilisation.  Jusqu'à  présent,  en  effet,  on  voulait  guérir  la 
vérole  par  la  syphilisation  ;  aujourd'hui  les  prétentions  sont  tout  autres,  et  l'on 
donne  la  vérole  à  un  malade  pour  le  guérir  d'accidents  qui  ne  sont  pas  lasypMlis. 
C'est  là  une  manière  de  faire  contraire  à  toutes  nos  idées  en  syphilis,  et  le  résul- 
tat a  condamné  une  prétention  au  moins  irrationnelle.  M.  Auzias  n'a  pas  répondu 
aux  questions  que  j'ai  posées.  Messieurs,  si  la  syphilisation  était  une  vérité,  il  s'en- 
suivrait que  le  chancre  mou  est  à  la  syphilis  ce  que  le  vaccin  est  à  la  variole  : 
ce  serait  là  évidemment  un  fait  très-heureujt  ;  j'espère  que  l'on  trouvera  un  jour 
un  virus  qui  neutralisera  la  syphilis,  mais  il  ne  suffit  pas  de  ï'aflirmer,  il  faut  le 
démonti*er.  Le  jour  où  M.  Auzias  le  démontrera^  je  le  placerai  sui*  le  même  pi^ 
dcstal  que  Jenuer;  malheureusement,  le  Messie  n'est  pas  encore  venu. 


DlbCDSSlON. '  PROPHYLAXIE  lNT£RMATiONALE  DES  MALADIES  YÉNÉRIEJSNES.   383 

S.  Ckocv  (de  Bruxelles).  —  Je  demande  la  parole  pour  un  rappel  à  la  ques- 
tion. Sans  doute  la  joute  à  laquelle  nous  assistons  est  pleine  d'intërêt;  mais  je 
prends  le  titre  de  la  question  proposée,  et  je  lis  :  Est-il  possible  de  proposer 
aux  diTers  gouvernements  quelques  mesures  efficaces  pour  restreindre  la  pro- 
l^tion  des  maladies  vénériennes?  Eh  bien,  je  le  demande  au  Congrès,  est-ce 
que  moi,  délégué  belge,  j'irai  proposer  au  gouvernement  belge  de  syphiliser 
tous  les  Belges. 

Des  applaudissements  prolotigé^  couvrent  la  voix  de  M.  Crocq,  et  M.  le  président 
Bouillaud,  après  avoir  constaté  que,  loin  de  vouloir  étouffer  la  question,  on  veut 
réclaircir,  renvoie  à  la  prochaine  séance  la  suite  de  la  discussion. 

La  séance  est  levée  à  six  heures  et  un  quai-t. 


CINQUIÈME    SÉANCE 

Lundi  26  août,  à  2  heures. 


SUITE  DES  LECTURES  ET  DE  LA.  DISCUSSION  SUR  LA  TROISIÈME  QUESTIOM 

DU  PROGRAMME. 


EST-IL   POSSIBLE   DE    PROPOSER   AUX   DIVERS   GOUVERNEMENTS  QUELQUES   MESURES  EFRCACES 
POUR   RESTREINDRE   LA   PROPAGATION   DES   MALADIES   VËNÉRIENNES? 


Discussion.  —  MM.  Ricord.  —  Auzias-Turenne.  —  Jaoooud. 


Lectures  : 

MM.  Garin  (de  Lyon).  -^  Lefort  (de  Paris).  — -  Seitz  (de  Munich).  —  Cohen  (Ham- 
bourg).  —  Rey  (Mexico).  —  Owre  (Christiania).  —  Combes  (Paris). 

Discussion.  ^  MM.  Drysdalc  (de  Londres).  —  Galligo  (de  Florence).. —  Gourdin 
(Paris).  —  Viennois  (Lyon).  —  Marcovitz  (Bukarest).  —  Berchon  (Pauillacj. 
—  Delasiauve  (Paris).— Can*ct  (Pai'is).— Lagneau  fils  (Paris). — Palasciaoo 
(Naples).  —  lUcord.  —  Auzia»-Turennc.  —  Hingston  (Canada). 


Nomination  d'une  commission  internationale. 

Proccs-^vcrbal  de  la  «ëancc  par  M»  le  docteur  Bail,  secrétaire  du  Gongrà$« 


AQZUS>TORSNNE.  —  PROPHYLAXIE  DES  MALADIES  VÉNÉRIENNES.       385 


CINQUIÈME  SÉANCE  DE  JOUR. 


Mident M.  BouiUaud. 

Vke-présidents  ....  MM.  Palasciano  et  Ricord. 
Secrétaire  de  la  séance.  M.  Bail. 

M.  le  docteur  Prosat  donne  lecture  du  procès-yerbal  de  la  séance  précédente. 


M.  âwia»  TfMe  demande  une  rectification  au  procès-verbal.  Il  n'a  pas 
perdu  la  trace  du  malade  qu'il  a^ait  syphilisé  dans  le  service  de  M.  Bazin. 
M.  hioorà  s'est  trompé  en  disant  que  le  procès  avait  été  empêché;  il  a  eu  lieu^ 
et  M.  Auaas  a  été  acquitté. 

M.  Bieerdi  assure  qu'il  a  fait  tout  ce  qu'il  était  possible  de  faire  pour  empêcher 
ce  procès;  il  a  même  refusé  le  certificat  demandé  par  le  malade.  Mais  il  y  a  ici 
one  autre  question  très-importante.  Ceux  qui  ont  suivi  ces  expériences  ont  cru» 
comme  moi^  qu'on  cherchait  dans  la  syphilisation  un  moyen  d'empêcher  la 
syphilis  constitutionnelle  ou  de  la  guérir.  Eh  bien  !  à  propos  de  ce  malade^  vous 
avez  entendu  que,  les  accidents  phagédéniques  marchant  toujours,  on  a  inoculé 
la  syphilis  constitutionnelle;  il  y  a  donc  là  une  inversion  complète  des  rôles. 
M.  Ricord  demande  que  cette  observation  soit  consignée  au  procès-verbal. 

M.  émmmmmd  annonce  qu'une  commission,  composée  de  MM.  Gintrac,  Dubreuil 
et  Sarramea  de  Bordeaux,  et  du  comité  d'organisation  de  Paris,  sera  chargée  de 
décerner  le  prix  offert  par  le  Congrès  de  Bordeaux. 

La  discussion  est  ouverte  de  nouveau  sur  la  prophylaxie  de  la  syphilis. 


u  ^  Ce  que  le  Congrès  désire  avant  tout,  c'est  d'être  fixé 
SOT  une  question  scientifique  :  il  veut  apprendre  ce  qu'il  y  a  de  vrai  dans  la 
srphilisation  ;  il  veut  savoir  si  cette  méthode  est  en  mesure  de  rendre  des  services, 
tant  sous  le  rapport  de  la  prophylaxie  que  sous  celui  du  traitement  de  la  syphilis. 

Les  titres  de  la  syphilisa^on  consistent  dans  les  applications  et  dans  les  écrits 
(iont  elle  a  été  l'objet  jusqu'ici.  Son  passé  est  garant  de  son  avenir,  qui  doit  réaliser 
tous  les  perfectionnements  dont  elle  est  susceptible.  Depuis  quinze  ans,  beaucoup 
de  malades  ont  été  soumis  à  ce  traitement  :  les  services  qu'il  a  rendus  sont  nom- 
breux et  avérés.  Ne  coftmiet-on  pas  au  moins  un  anachronisme  en  lui  adressant 
les  mêmes  objections  qu'autrefois?  Voici  les  preuves  qu'il  a  déjà  données  : 

I.  —  Je  ne  dirai  presque  rien  de  Sperlno,  ni  des  autres  médecins  italiens  qui 
ont  marché  à  l'avant-garde  de  la  syphilisation.  Ce  qu'ils  ont  fait  n'est-il  pas  connu 
de  tous? 

En  vain  nous  a-t-on  objecté  leurs  prétendues  défaillances.  Si,  par  quelque  motif, 
ils  se  sont  abstenus  momentanément  de  pratiquer  la  syphilisation,  est-ce  donc 

25 


386     CONGRÈS  UÈOlCkL  INTERMATIONAL.  -^  GIHQUIÈME  SÉAlieÊ  DE  JOUR. 

la  même  chose  que  s'ils  l'avaient  reniée?  Non!  non!  car  on  peut  céder  à  de? 
inlluences  ou  suivi*e  un  courant  d'idées,  quand  on  voudrait  au  contraire  avoir  la 
force  d'y  résister.  Nous  ne  sommes  pas  tous  également  organisés  ni  placés  daiis 
de  bonnes  conditions  pour  la  lutte. 

On  prétend  que  Sperino  abandonne  la  syphilisation,  ou  que  du  moins  il  la 
réserve  contre  les  syphilis  graves,  rebelles,  contre  les  accidents  tertiaires.  Ce  n'e^•t 
pas  Sperino  lui-même  qui  le  dit.  Mais  n'est-il  pas  étrange  qu'une  mcthodo.. 
mise  au  rebut  pour  les  cas  simples,  soit  jugée  efficace  dans  les  circonstances 
difficiles  ! 

N'a-t-on  pas,  naguère  encore,  émis  l'assertion  que  la  méthode  syphilisatrice 
sacrifiait  l'avenir  au  présent,  parce  qne  les  syphilisés  devaient  être  atteints  plu> 
tard  d'accidents  profonds,  c'est-à-dire  atteignant  les  os,  les  viscères!  On  attribuait 
ainsi,  sans  doute  par  mégardc,  à  la  syphilisation  deux  propriétés  qui  semblent 
incompatibles,  celle  de  faire  naître  et  celle  de  faire  disparaître  la  même  catégorie 
de  symptômes.  Faut-il  donc  que  tout  pai^aisse  extraordinaire  dans  ce  qui  concerne 
la  syphilisation  !  Cette  thèse  contradictoire  n'est  pas  en  tout  cas  à  l'avantage  do 
nos  détracteurs»  Où  sont  augourd'hui  ces  accidents  tertiairos  tant  prédits,  et  qui 
devaient  s'abattre  sur  les  syphilisés?  U  ne  devrait  pourtant  pas  être  difficile  d'eo 
découvrir  au  moins  quelques-uns^  car  ii  y  a  longtemps  déjà^  il  y  a  quinte  ans 
que  cette  prédiction  menaçante  a  été  faite. 

Quand  même,  fatigué  de  la  lutte  ou  prëoccupë  d'autres  soins^  Sptrtno  ne  sâ 
livrerait  plus  à  la  pratique  exdusive  et  journalière  de  la  syphiUsation,  il  n'en 
serait  pas  moins  resté  fidèle  à  ses  convictions  premières,  à  son  passé.  Eh  qiiM! 
ne  peut-on  pas  quitter  un  instant  la  brèche  sans  abandonner  définitivement  son 
drapeau  ? 

IL  -^  Le  professeur  W.  Mmék.  a  produit  plusieurs  ouvrages  sur  la  syphilisa- 
tion* Voici  la  substance  des  principaux  : 

l^'  Recherches  eliniqms  sur  la  syphUisaHon,  i  volume  grand  in-ë^ëorit  en  langue 
norvégienne  et  publié  en  1854.  La  Rwuê  médioo-cMrurgîoai^  de  la  même  époque 
a  inséré  un  long  extrait  de  ce  travail. 

A  propos  de  l'immunité  obtenue  par  la  syphUisation^  l'auteur  «'exprime  àt 
la  manière  suivante  : 

((  C'est  là  un  fait  hors  de  toute  contestation  et  que  chacun  peut  vérifier,  fi  est 
»  impossible  dans  les  sciences  d'en  constater  de  plus  évidents.  La  mole'cule 
»  indéterminée  de  matière  syphilitique  qui  peut  rendre  nn  organisme  malftde 
»  pour  toujours  n'agit  pas  plus  qu'une  goutte  d'eau  sur  le  syphilisë.  On  a  beaa 
»  emprunter  la  matière  à  différents  individus,  aux  chancres  les  plus  variés,  od 
n  n'obtient  jamais  le  moindre  résultat,  yi 

La  âisparUim  des  phénomènes  syphUidqHeSf  a}out6**t-^fl,  900$  Vinfluenoe  des  vnr 
culaU&ns  successives  est  anesi  certaine  que  IHmmurt^é  eUe-^néme. 

Enfin,  U  dit  : 

«  Bien  loin  que  la  syphilisation  ait  une  manvftisé  infitienee  sur  rcfçaflt^Qie 
»  en  général,  les  syphilisés  ont  tout  l'extérieur  de  la  santé  et  de  la  fraîcheur. 
»  et  ils  témoignent  euxHnêmes  du  bicn^tre  qu'ih  éprouvent.  » 

M.  Bœck  a  montré  la  plupart  des  sujets  qu'il  avait  traités  par  îa  syphilis- 
tion,  aux  membres  d'tm  congrès  réuni  à  Christiania  en  1*56.  Voici  ce  qtie 
rapporie  à  ce  sujet  le  Morgenbladed,  journal  politique  de  cette  viUe  : 

c  Au  congrès  scientifique  Scandinave  de  Ckrîstianta,  M.  W.  Bœck  a  prononcé 
»  «n  discewrs  sur  fovypiiûisalien,  et  a  été  écouté  avec  beattcoup  de  ta&sùif^^' 


â8ZIA»*TiniBHM.   -^   PKOraYLAXIE  0E8  MALAAIES  VÉNÉilI£lfafifl«       38] 

»  M.  le  professeur  Cariion  (de  Stockholm)  a  ensuite  remercié  M.  BoBck  au  nom  de 
»  la  science  et  de  l'humanitë,  et  au  milieu  des  aoelamations  générales  de  la 
»  section  de  médecine^  pour  les  résultats  qu'il  avait  obtenus  par  ses  recheroh«s 
»  sur  cette  nouvelie  méthode  de  traitemant*  » 

8®  Lui  9yphili»aHon  appliquée  aux  ettfmUs.  Ouvrage  publié  en  allemand,  et  tra« 
duiten  français  par  J.  A.  Hagen.  Paris^  1857. 

Le  traducteur  avait  lui-même  présenté  peu  de  temps  auparavant,  à  la  Faculté 
de  médecins  de  Strasbourg,  et  brillaioment  soutenu  une  très-bonne  thèse  sur 
la  syphilisation. 

Dans  ce  travail,  M.  BoBck  confirme  et  développe  ses  précédantes  eonvicUotis. 
Voici  l'extr^t  d'une  lettre  qu'il  a  écrite  à  propos  de  ce  livre  à  l'Académie  des 
sciences  : 

«  Totts  les  symptômes  syphilitiques  dispaniiasent  rapidement  chei  eut  (les 
T»  enfants).  La  vie  se  ranime  promptement  sous  l'influence  du  traitement  ches 
»  les  nouveautés  'syphilitiques  [qui  sont  sur  le  point  de  succomber.  Ceux  qui 
»  sont  voués  à  la  mort  par  l'impuissance  de  tous  les  autres  moyens  de  ti*ait&- 
»  ment,  sont  sauvés  par  la  syphilisation,  qui  jouit,  dans  ce  cas,  de  son  plus 
i>  grand  triomphe.  » 

9«  Db  LA  sTpnLtSATioN.  ÉUU  octud  9t  êtotMqw.  Christiania,  1860. 

M.  BoBCk  entre  ainsi  en  matière  : 

«  Les  expériences  se  sont  multipliées  dans  les  dernières  années.  On  est  parvenu 
»  à  appliquer  la  syphilisation  avec  la  plus  grande  sûreté  |  par  une  méthode  systé- 
v  matique  d'inoculations,  on  n'a  pas  d'accidents,  et  les  symptômes  syphilitiques  i 
»  oonstitutidiinels  disparaissent  presque  sans  exception.  D'après  les  expériences 
9  que  J'ai  faites  jusqu'à  ce  moment.  Je  ne  crains  pas  d'affirmer  que,  par  la 
1»  découverte  de  la  syphilisation  et  par  l'application  de  cette  découverte  à  la 
s  guérison  de  la  syphilis  constitutionnelle,  un  gruid  bienfidt  a  été  rendu  à  l'hu- 
»  manité.  * 

Dans  cet  ouvrage,  des  tableaux  statistiques  démontrent  l'excellence  de  la  syphi^ 
lisation.  L'auteur  y  désigne  nominativement  toutes  les  personnes  qu'il  a  syphili- 
sdas,  et  termine  dans  les  termes  suivants  t 

a  Bn  tout  cas,  on  ne  doit  pas  fermer  les  yeux  sur  les  avantages  d'un  traitement 
a  qui  est  préférable  à  tous  les  autres,  et  dont  la  découverte  est  par  conséquent 
m  un  grand  bienfait  pour  l'humanité.  » 

U^  MUfchsrekeê  sur  la  sifphllis,  ûppuyêeê  de  iàblemtx  ée  sMHsHque  tirés  dts  ar^» 
cMi9e5  dm  hàpiiêaua  dsCh/ristiaiHa^  1862,  in-folio,  publié  aux  frais  du  gouvernement 
de  Norvège,  et  en  langue  ftançainey  sur  la  demande  expresse  du  SfortMn^  (chambre 
des  députés),  qui  a  voté  les  fonds  nécessaires  k  cette  publication. 

Ce  menument  montre  par  des  chiffres  les  suites  funestes  de  k  médication 
mercorielle,  et  les  avantages  immédiats  et  durables  de  la  sypliilisaëen* 

^tmr  couronner  la  notice  des  travaux  de  M.  Bœck,  Il  devndt  pamitre  opportun 
de  reproduire  le  rapport  du  comité  médical  de  Christiania,  qui  a  été  chargé  de 
evrvefller  la  syphilisatioii.  Mah  il  serait  trop  long  de  tout  dire.  fiTaiiieufS,  la  con- 
ciifiskm  de  ce  rapport,  très4k\'orable  à  la  syphiUsatîon,  a  été  Insérée  dans  la  plupart 
des  jotuTiaux  français,  oit  l'on  peut  en  prendre  connaissance  (1863). 

III.  — •  Mémmhmp .  Aperçu  dés  âiffiirentm  méthodes  ée  traiSemfni  «mphyéês  à 
Vh&pUai  de  tUnieersUê  de  CMsfMinia  fxmtfe  ki  spph^lis  eomHtuitkffmellef  par  i.  L. 
Bidenkap,  médecin  de  résci*ve  à  l'hâtai.  Christiania,  4863. 

Lee  fondions  de  l'auteur  à  l'hdpital  de  Christiania  ressemblent  beaucoup  à 


388  CONGRÈS  MÉDICAL  INTERNATIONAL.  -^  CINQUIÈME  SÉANCE  DE  JOUI. 

celles  de  médecin  ou  de  chinu^gien  du  Bureau  central  d'admission  dans  les  hôpi- 
taux de  Paris.  Si  Bidenkap  s'est  prononcé  en  faveur  de  la  syphilisation^  c'est 
parce  qu'il  a  reconnu  en  elle  le  meilleur  mode  de  traitement  de  la  syphilis. 

Le  livre  de  Bidenkap  est  une  exposition  de  la  méthode  et  une  statistique  com- 
plète de  la  syphilisation  en  Norvège.  Les  travaux  de  vingt-cinq  syphilisateurs 
norvégiens  y  sont  analysés. 

A  la  suite  des  Norvégiens  viennent  les  auteurs  qui  sont  allés  chercher  des 
renseignements  en  Norvège,  ou  qui  ont  formé  leurs  convictions  d'une  autre  ma- 
nière. 

IV.  —  Onéraolt,  chirurgien  de  la  marine  impériale.  Il  a  accompagné  le 
prince  Napoléon  dans  un  voyage  au  nord  de  l'Europe.  Il  a  visité  Christiania,  et 
fréquenté  le  service  hospitalier  ainsi  que  la  pratique  civile  de  M.  Bœck,  avec 
M.  Bellebon,  chirurgien  comme  lui  de  la  marine.  Voici  en  quels  termes  il  ré- 
sume le  résultat  de  cette  enquête  : 

«  Tels  sont  les  faits  et  les  expériences  que  nous  avons  recueillis  en  Norrége, 
»  M.  Bellebon  et  moi,  et  qui  m'ont  paru  dignes  d'être  signalés  d'une  manière 
»  particulière,  car  ils  tendent  à  établir  l'innocuité  et  les  avantages  de  la  mé- 
)»  thode  syphilisatrice. 

»  La  situation  morale  de  la  syphilisation  est  d'ailleurs  excellente  en  Norrége; 
))  l'opinion  générale  des  médecins,  après  y  avoir  été  excessivement  opposée  aux 
p  expériences  de  M.  Bœck,  est  devenue  très-favorable  à  la  méthode  qu'il  em- 
))  ploie  en  présence  du  grand  nombre  de  guérisons  reconnues  qu'elle  a  produites 
D  à  Christiania. 

»  L'authenticité  de  ces  guérisons  est  attestée  par  le  contrôle  officiel  que  le 
»  gouvernement  et  T Université  de  Christiania  ont  fait  exercer  sur  la  pratique 
))  de  M.  Bœck,  par  un  comité  de  quatre  médecins  éclairés  et  impartiaux. 

9  L'histoire  de  chaque  malade  et  le  diagnostic  de  son  affection  sont  pris  et 
»  suivis  avec  une  grande  rigueur  à  son  entrée  à  l'hôpital,  pendant  tout  le  temps 
D  qu'il  y  passe  et  après  sa  sortie. 

»  Le  caractère  personnel,  la  droiture  scientifique,  la  légitime  réputation  de 
»  M.  Bœck,  qui  a  été  honoré  d'un  prix  Montyon  par  l'Académie  des  sciences, 
»  sont  autant  de  garanties  de  la  loyauté  et  de  la  valeur  de  ses  expériences. 

D  Qu'il  me  soit  permis  d'exprimer  ma  conviction  personnelle,  qu'il  y  a  quelque 
»  chose  de  vrai  et  d'utile  dans  la  syphilisation,  qu'elle  entraîne  peu  de  dangers, 
»  et  qu'elle  paraît  exercer  une  influence  réelle  et  durable  sur  la  di^arition  àa 
»  accidents  secondaires  de  la  syphilis  ;  qu'il  me  soit  aussi  permis  de  faire  le  vœa 
»  que  la  question  soit  reprise  et  étudiée  chez  nous  avec  calme  et  impartialité; 
))  que  les  expériences  se  répètent  dans  la  voie  libéralement  ouverte  par  M.  le  pro- 
»  fesseur  Nélaton,  et  que  l'inventeur  de  cette  idée  française,  contre  laqueUe  il 
»  ne  peut  plus  y  avoir  de  jo-éventions  sérieuses,  obtienne  enfin  les  moyens  de 
»  démontrer  en  France  la  vérité  expérimentale  et  l'utilité  pratique  de  sa  décou- 
»  verte.  » 

V.  —  «iras  FlroBdl,  chii*urgien  des  hôpitaux  de  Marseille.  Il  a  guéri  des 
syphilis  rebelles  au  moyen  de  la  syphilisation  (thèse  de  J.  CoUin,  —  Montpellier, 
1858). 

VI.  —  Bielchlor  Robert,  ex-interne  de  M.  Hicord,  et  chirurgien  également 
des  hôpitaux  de  Marseille.  11  s'est  d'abord  très-éncrgiquement  prononcé  contre  la 
syphilisation.  Ensuite  il  l'a  vue  de  moins  mauvais  œil.  Enfin,  û  a  fini  par  l'adop* 
ter.  A  son  instigation,  la  Société  impériale  de  médecine  de  Marseille  a  voté  des 


AUaAS-TOBENNIi.   —  PROPHYLAXIE  DES  MALADIES  VÉNÉRIENNES.       389 

conclusions  favorables  à  la  syphilisation.  Melchior  Robert  est  mort  épuisé  de  tra- 
vail, victime  de  ses  convictions. 

Il  s'exprime  de  la  façon  suivante  dans  le  commencement  du  mémoire  sur  la 
syphilisation  qu'il  a  présenté  à  la  Société  de  Marseille  : 

«  Pourquoi  souffrir  qu'une  idée  qui  a  germé  sur  le  sol  français  ne  soit  fécon- 
9  àée  qu'à  l'étranger?  Revenons  donc  sur  nos  opinions  préconçues^  je  dirai 
»  volontiers  sur  nos  erreurs  passées,  et  remettons  à  l'étude  un  moyen  que  nous 

•  n'avons  combattu  que  par  des  assertions  sans  fondement.  Soyons  francs,  et  ne 

•  craignons  pas  d'avouer  que  notre  opposition  n'était  qu'un  élan  généreux  en 
»  faveur  des  doctrines  admises.  » 

VII.  —  Simpson.  Il  a  communiqué  à  la  Société  de  médecine  d'Edimbourg 
un  mémoire  sur  la  syphilisation,  lequel  a  été  publié  dans  YEdinburgh  médical 
Jmtmal,  et  traduit  dans  la  France  médicale. 

Ce  mémoire  rapporte  deux  observations  de  sujets  atteints  de  syphilis  graves 
et  rebelles.  Ces  sujets  ont  été  entièrement  guéris  par  la  sypbilisation.  Voici  le 
sommaire  des  observations  :  * 

Observation  I.  —  M,  X...,  chancre  et  divers  symptômes  secondaires  en  1853. 
En  mars  1858,  ulcère  à  la  face  interne  du  genou  droit. 

En  décembre  1859,  ulcérations  profondes  des  amygdales  et  du  voile  du  palais, 
inefficacité  des  traitements  ordinaires. 

«  Au  mois  d'août,  le  malade,  qui  était  venu  à  Edimbourg  pour  demander  des 
»  conseils,  fut  examiné  par  plusieurs  des  médecins  et  des  chirurgiens  les  plus 
»  distingués  de  cette  capitale.  Les  amygdales  et  le  voile  du  palais  étaient  presque 
B  entièrement  détruits  par  l'ulcération.  Le  malade  avait  un  aspect  presque  cada- 
»  véreux,  et  était  si  faible  qu'il  éprouvait  de  grandes  difficultés  à  marcher.  Sa 
»  condition  se  trouvait  d'autant  plus  alarmante,  que  plusieurs  membres  de  sa 
»  famille  étaient  morts  de  la  phthisie  pulmonaire.  On  lui  donna  le  conseil, 
■  comme  dernier  refuge,  d'aller  à  Christiania,  et  de  se  faire  traiter  par  la  syphili- 
»  sation 

V  Au  bout  de  quinze  jours,  l'appétit,  qui  avait  été  presque  complètement 
»  perdu,  était  devenu  dévorant,  et  le  malade  marchait  sans  éprouver  de  fatigue. .. 

»  Le  malade  partit,  le  1*'  décembre  1861^  cùmplétemeïd  guéri.  Le  poids  de  son 
B  corps  avait  augmenté  de  3  livres  anglaises,  et  il  se  disait  presque  aussi  bien  por- 
V  tant  qu'il  l'avait  jamais  étédesavie.n 

Observation  II.  —  M.  Y...,  chancre  en  1855.  En  1861>  larges  ulcères  syphili- 
tiques :  un  sur  le  devant  de  chaque  tibia,  et  un  troisième  sur  le  devant  de  la  cla- 
Tîcule  gauche.  Cloison  nasale  perforée.  Quelques  fragments  osseux  étaient  tom- 
bés de  l'intérieur  de  l'organe.  Tumeur  de  l'os  frontal,  etc. 
c  Les  ulcères  étaient  très-rebelles  et  continuaient  à  s'élargir,  malgré  les  rc- 

•  mèdes  employés.  Le  malade  avait  subi  un  traitement  mercuriel  complet  à 
»  deux  ou  trois  reprises.  Il  avait  été  soigné  par  les  piinces  de  la  science  à  Édim- 
»  bourg,  à  Londres  et  sur  le  continent,  sans  avoir  éprouvé  la  moindre  amélio- 
»  ration  dans  son  état;  désespérant  de  retrouver  la  santé,  il  résolut  d'aller  à 
»  Christiania.  Il  était  dans  un  tel  état  de  faiblesse,  qu'on  dut  lé  porier  à  bord  du 
>  bateau  à  vapeur,  qui  le  conduisit  d'Edimbourg  en  Norvège,  où  il  débarqua  de 

*  la  même  manière. 

V  11  fut  mis  au  traitement  de  la  sypbilisation,  qm  lui  rendit  ses  forces  et  la 
»  santé  si  rapidement,  que,  deux  mois  après  qu'on  l'eut  porié  à  terre  en  Norvège, 
»  il  allait  à  la  chasse.  Au  bout  de  trois  mois»  il  retint  complètement  guéri. 


800    CONGRES  MÊDIGAl  INTElNATlOIVAt.   ***  CaRQUIÈBIl  iÉWCB  Dl  JOUR. 

»  Dans  ce  dernier  eas,  la  gaérison  est  d'autant  plut  renwquable  ^ue  le  m»- 
))  lade  avait  une  hypertrophie  énorme  du  foic^  contractëe  pendant  un  aéjouren 
»  Chine,  cil  il  remplissait  les  fonctions  d'officier  de  l'année.  » 

Simpson  dit  ensuite  :  «  J'ai  eu  l'occajdon  de  Toir  ces  deux  malades  inunédia* 
Tt  tement  après  leur  retour  de  Gluristiania.  Tous  les  deux  s'exprimaient  en  termes 
»  pleins  de  confiance  dans  leur  traitement.  Jusqu'aiùoutd'buij  aucun  d'eux 
p  n'a  eu  la  ipoindre  trace  de  récidive.  » 

VIII.  **»  9tt«iMès,  ancien  chirurgien  en  chef  de  l'hospiee  de  rAntiqnaiUe  de 
Lyon,  membre  correspondant  de  l'Académie  de  médecine»  etc, 

11  s'exprime  en  ces  termes  dans  son  Précis  des  diaihéaeê  ; 

c  Dans  les  circonstances  dont  il  vient  d'être  question  conune  dans  celles  dont 
»  j'ai  parlé  dans  les  pages  précédentes,  rinoeulation.  Je  le  répète,  me  parait  un 
»  procédé  admissible,  rationnel.  Ce  qu'on  a  appelé,  dans  ces  derniers  temps, 
»  syphiliMaHon,  renferme  implicitement  une  grande  question  de  philosophie  et 
n  de  pratique  médicales,  relativement  aux  étata  morbides  diathésiques»  aux  dw 
»  thèses.  Tout  ami  de  la  science  doit  regretter  que  cette  question  n'ait  |»as  pu 
>»  être  plus  froidement,  plus  mûrement  envisagée  dans  la  dernière  discusaion  qui 
))  a  eu  lieu  à  l'Académie  nationale  de  Paris,  dans  cette  assemblée  où  se  trouvent 
y>  réunis  tant  d'hommes  d'un  mérite  éminent.  Une  pareille  discussion  doit  re- 
))  chercher  le  calme  et  fuir  l'efTct  théâtral.  11  ne  faut  pas  oublier  que,  dans  cer- 
»  talnes  questions  médicales,  le  temps  est  un  élément  indispensable  pour  donner 
»  des  bases  solides  à  la  solution  que  l'on  croit  devoir  adc^ter,  » 

IX.  —  ■•§«■,  traducteur  de  Bœck.  La  thèse  remarquable  de  ce  confirère  a 
été  mentionnée  plus  haut  (Strasbourg,  juin  18Ô&). 

X.  ^  n.  IVéïatoa,  qui  a  Hait  une  leçon  clinique  fayorable  à  la  syphiliaation 
(Qaiette  des  hùjpUaux), 

XI.  *—  Ia  0oelété  aiéAlcale  4«  CieraMMit*V0rMui4>  qui,  après  quatre  mois 
de  discussion  sur  un  rapport  très-bien  fait  de  M.  Babu,  a  voté  la  candusâcm  sui- 
vante, proposée  par  le  vénérable  Bertrand  : 

«  La  Société  médicale  de  Clannont*Ferrand  déclare  qu'il  lui  semble  que  les 
yt  travaux  qui  lui  ont  été  soumis  témoignent  du  peu  de  danger  de  la  syphillsatioD 
»  et  de  son  utilité  dans  le  traitement  de  la  syphilis  constitutionnelle.  » 

J'ai  vivement  désiré  de  pouvoir  joindre  à  cette  liste  d'adhésions  le  nom  consi- 
dérable de  M.  Kicord.  J'ai  fait  plusieurs  vaines  tentatives  pour  atteindre  ce 
résultat.  M.  Ricord  ne  m'a  pas  secondé. 

J'ai  syphilisé  un  tambour  de  la  garde  nationale  qui  portait  à  M.  Bicord  ses 
billets  de  service  :  M.  Ricord  a  donc  pu  l'obsei'ver  tant  et  plus.  Malgré  tout, 
M.  Ricord  est  resté  aussi  réfractaife  à  la  conviotion  que  mes  sypbiliaéa  le  sont  au 
virus. 

«  M.  Ricord,  consulté  par  oe  malade,  insistait  pour  qu'il  entrât  à  l'hôpital  du 
n  Midi  ;  le  malade  s'y  est  refusé  dans  la  crainte  qu'un  séjour  dans  ce  lieu  suspect 
9  ne  lui  nt  perdre  sa  place.  Bh  bien!  lui  dit  vivement  M.  Ricord,  t'ous  perdr^^ 
9  voire  place  et  votre  nez,  d  (Ie/<re  à  M.  le  préfet  de  poliee  stir  la  tf^pkmsaHùH^ 
p.  18.) 

Il  n'y  eut  ni  place  perdue,  ni  nea raccourci.  Au  contraire! 

M.  Auzias-Turennc  entre  ensuite  dans  de  longs  développements  pour  établir 
que  la  syphilisation  avait  été  pressentie  par  Percy,  DeguenrCj  Fneke  (de  Ham- 
bourg), cité  par  M.  Ricord,  Graves  (de  Dublin),  etc. 

11  rapporte,  notamment,  le  passage  suivant  d'une  lettre  de  Peix^y  : 


I 


JACœUD.  — -  PROPHTiÂXIB  INTERNATIONÂtB  DBS  MALADIES  VÊNÊBIBNNBS.    891 

«  J)cux  de  nos  généraux,  réduits  au  désespoir  et  hors  d'état  de  continuer  leur 
V  serviee^  doivent  à  ma  méthode  leur  existence  et  leur  délivrance  d'une  maladie 
»  qui  les  menait  à  une  mort  obscure  et  honteuse,  d 

Kn  quoi  consistait  cette  méthode  de  Percy  ?  Dans  l'inoculation  d'un  virus  nou- 
veau suivie  d'un  traitement  mercuriel  ordinaire.  On  peut  en  lire  les  détails  dans 
un  rapport  présenté  parFabre,  à  l'Académie  royale  de  chirurgie.  Ce  rapport  a 
été  inséré  dans  l'ouvrage  suivant  de  Fabre  :  Recherches  sur  différents  points  de 
ph^^9ioiogie,  de  pathologie  et  de  thérapetttique.  Pans,  1783. 

Le  dessein  de  Percy  était  d'obtenir,  par  le  moyen  du  virus  inoculé,  une 
modification  avantageuse  de  l'organisme  et  une  transformation  favorable  de 
symptdmes  qui  rendissent  la  maladie  moins  rebdle.  Il  demandait  donc  à  l'ino- 
culation un  service  restreint,  tandis  que  nous  lui  demandons  le  rétablissement 
complet  de  la  santé  du  malade. 

M.  Ausias-Turenne  invoquo  enfin,  à  l'appui  de  sa  doctrine,  différentes  consi- 
dérations déduites  de  l'analogie  (variole,  vaccine^  clavelée,  péripneumonie  exsu- 
dative,  rougeole,  scarlatine,  etc). 

n  termine  ainsi  son  discours  : 

«  Je  regrette  de  ne  pouvoir  en  dire  davantage,  quelle  que  soit  la  satisfaction 
que  j'éprouverais  à  m'expliquer  nettement  sur  des  faits  particuliers  qu'on  m'ob- 
jecte après  les  avoir  dénaturés;  mais  je  suis  résolu,  tant  par  déférence  pour  le 
Congrès  que  par  respect  pour  moi-même,  à  m'abstenir  d'entrer  dans  Texamcn 
de  questions  personnelles.  Les  incursions  faites  dans  le  domaine  privé,  sous  pré- 
texte de  science,  manquent  de  dignité,  rabaissent  l'art  et  n'apportent  aucune 
lumière  à  la  discussion.  J'abandonne  ces  armes  à  mes  adversaires. 

»  Je  remereie  le  Congrès  de  m'avoir  patiemment  écouté.  )» 


I.  '-^  Messieurs,  notre  honorable  confrère  ne  nous  a  cité  jusqu'ici 
que  des  faits  favorables  à  la  pratique  de  la  syphilisation  ;  permette2-moi  de  vous 
fledre  connaître  des  (hits  contradictoires,  qui  sont  d'indispensables  éléments  pour 
la  solution  du  débat  qui  s'agite.  Mais  il  importe,  au  préalable,  de  faire  cesser  une 
confusion  dans  laquelle  on  se  comptait  volontiers,  et  de  distinguer  soigneuse- 
ment entre  la  syphilisation  curative  et  la  syphilisation  préventive. 

Par  la  syphilisation  curative,  on  prétend  guérir  de  la  syphilis  les  individus  qui 
en  sont  atteints;  l'apparente  naïveté  de  cette  formule  est  nécessaire  pour  couper 
court  à  toute  équivoque.  Or  cette  syphilisation  curative  est  la  seule  qui  ait  jamais 
été  pratiquée,  qui  ait  jamais  été  proposée  par  les  médecins  norvégiens  et  da- 
nois :  Dœck,  Faye,  Danielssen,  Hjort,  Wildhagen  sont  sur  ce  point  en  parfait 
accord.  La  question  étant  ainsi  posée,  voyons  quels  sont  les  individus  que  Ton 
soumet  à  ce  traitement,  et  avec  quelle  matière  on  pratique  cette  syphilisation 
curative. 

Les  médecins  norvégiens  attachent  une  telle  importance  à  ne  syphOiser  que 
les  individus  bien  et  dûment  syphilitiques,  qu'ils  ne  veulent  même  pas  qu'on 
applique,  ce  moyen  ches  les  malades  qui  sont  encore  à  la  période  du  chancre;  ils 
veulent  qu'on  attende  l'apparition  de  la  syphilis  dite  constitutionnelle.  Bœck 
insiste  constamment  sur  ce  précepte,  et  il  y  revient  à  plusieurs  reprises  dans  ses 
différents  travaux.  Voilà  pour  les  sujets  inoculés.  Quelle  est  la  matière  de  l'ino- 
culation? 11  n'y  a  place  ici  pour  aucun  doute  ;  les  syphilisateurs  Scandinaves  sont 
aussi  explicites  que  possible.  Us  emploient  indifféremment,  notez  bien  ceci,  le 
pus  du  chancre  mou  et  le  pus  du  chancre  dur  ;  ce  fait,  qu'on  aime  à  laisser  dans 


892      CONGRÈS  MÉDICAL  INTERNATIONAL.  —  aNQUIÈMB  SÉANCE  DE  JOOB. 

Tombre,  rend  merveilleusement  compte  des  résultats  fort  différents  que  donnent 
les  inoculations  chez  un  même  individu.  Quand  on  lit  le  détail  des  observa- 
tions^ on  voit  que  certaines  piqûres  sont  fertiles,  que  d'autres  avortent,  et  cela 
abstraction  faite  du  temps,  du  nombre  et  de  l'intervalle  des  inoculations.  La  chose 
est  fort  naturelle,  c'est  le  contraire  qui  serait  surprenant.  On  agit  sur  des  individus 
atteints  de  syphilis  constitutionnelle,  et  l'on  agit  indifTéremment  avec  le  chancre 
simple  et  avec  le  chancre  syphilitique;  qu'arrive-t-il?  Les  piqûres  pratiquées  avec 
le  liquide  du  chancre  simple  prennent  toutes,  mais*  les  autres  restent  stériles, 
puisqu'on  ne]  peut  inoculer  la  syphUis  à  un  siget  qui  en  est  actueUeoient  im- 
prégné. 

Au  bout  d'un  certain  temps,  ce  traitement  conduit  à  ce  qu'on  appelle  l'im- 
munité, c'est-à-dire  qu'il  vient  im  moment  où  l'inoculation  pratiquée  avec  un 
liquide  chancreux  quelconque  est  stérile.  L'intervalle  qui  s'écoule  entre  la 
première  inoculation  et  l'immunité  mesure  la  durée  de  la  cure;  il  est  essentiel, 
pour  juger  sainement  les  choses,  de  le  connaître  exactement,  après  quoi  nous 
rechercherons  ce  que  vaut  la  prétendue  immunité. 

La  durée  de  la  cure,  d'après  les  observations  de  Bœck,  est  en  moyenne  de  quatre 
mois  trois  quarts,  mais  elle  s'est  prolongée  dans  certains  cas  jusqu'à  sept  mois 
et  onze  jours;  le  nombre  des  chancres  infligés  au  patient  durant  cette  période 
est  en  moyenne  de  3&&  ou  345  ;  chez  beaucoup  on  a  dépassé  700,  le  plus  petit 
nombre  est  96.  C'est  acheter  un  peu  cher  l'immunité  curatrice  ;  mais  au  moins 
cette  immunité  a-t-elle  une  certaine  durée  ?  C'est  ici  l'un  des  points  les  plus  faibles 
de  la  théorie.  Les  faits  propres  à  éclairer  sur  cette  question  sont  très-rares,  puis- 
qu'U  faut  que  l'individu  en  possession  de  l'immunité  revienne  au  bout  d'un  temps 
variable  se  soumettre  à  une  nouvelle  inoculation,  afin  que  le  syphilisateor  puisse 
constater  ainsi  si  l'immunité  persiste  encore,  oui  ou  non.  On  conçoit  donc  aisé- 
ment que  toutes  ces  conditions  soient  rarement  réalisées,  et  que  les  observations 
complètes  soient  en  bien  petit  nombre.  Je  puis  vous  citer  cependant  les  six  cas 
de  Bœck  lui-même,  ils  méritent  qu'on  s'y  arrête  :  dans  un  seul  de  ces  six  cas,  il 
s'était  déjà  écoulé  trois  mois  depuis  la  un  du  traitement,  lorsque  l'inoculation 
d'épreuve  fut  faite,  l'immunité  durait  encore;  mais  dans  les  cinq  autres  cas  il 
n'y  eut  que  29  jours,  17  jours,  12  jours,  70  jours,  &0  jours  entre  la  fin  de  la 
cure  et  l'inoculation  probatoire.  Ce  n'est  certes  pas  assez  pour  qu'on  puisse 
invoquer,  en  faveur  de  la  méthode,  la  durée  de  l'immunité  qu'elle  procure. 
D'ailleurs,  je  le  dis  bien  haut,  parce  qu'on  ne  l'a  pas  dit  encore,  ces  inoculations 
d'épreuve  ne  prouvent  rien  dans  l'espèce,  absolument  rien;  on  ne  nous  dit  pas 
avec  quel  liquide  elles  ont  été  faites,  et,  si  l'on  s'est  servi  de  liquide  provenant 
de  chancres  syphilitiques,  le  résultat  négatif  est  sans  valeur  aucune,  puisqu'on 
opérait  sur  des  sujets  syphilitiques. 

Ce  n'est  point  assez  que  cette  syphfiisation  curative  ne  donne  que  des  résultats 
douteux  et  ne  procure  qu'une  inmiunité  virtuelle,  elle  n'a  même  pas  l'avantage 
d'être  sans  danger,  ainsi  qu'on  l'a  prétendu.  Les  ulcères  d'inoculation  peuvent 
prendre  le  cardctère  phagédénique  :  une  observation  de  Bœck  le  prouve  sans 
réplique,  et  le  malade  de  Hjort  était  tombé  par  suite  de  ce  phagédénisme  dans 
un  état  lamentable  de  délabrement.  Alors  même  qu'ils  ne  prennent  pas  le 
caractère  phagédénique,  les  chancres  inoculés  ont  souvent  une  cicatrisation  fort 
longue,  elle  peut  durer  plusieurs  semaines  et  même  plusieurs  mois  d'après 
Bœck.  Le  même  auteur  a  expressément  noté  que  durant  le  cours  de  lasyphilisalion, 
l'iritis  était  très-fréquente,  et  qu'en  raison  de  sa  gravité,  elle  exigeait  un  traite- 


JAGOODD.  —  PBOFHYLAXIE  INTERNATIONALE  DBS  MALADIES  TÉNftBIBIINES.   S93 

ment  spédaï.  Belle  méthode,  en  véritë^  qui^  en  attendant  qu'elle  ait  guéri  le 
malade^  le  laisserait  perdre  l'œil  si  Ton  n'y  prenait  garde^  et  si  l'on  ne  combattait 
les  accidents  par  une  médication  i*ationnelle  et  énergique. 

J'arrive  à  un  argument  plus  sérieux  encore. 

On  a  TUy  et  ceci  suffirait  à  condanmer  la  méthode^  on  a  vu  la  syphilis  pour- 
suiTre  imperturbablement  sa  marche  après  que  l'individu  avait  atteint  le  mo- 
ment d'ioununité  :  Bœck  lui-même  a  rapporté  trois  faits  de  ce  genre  (les  malades 
n'avaient  jamais  pris  de  mercure);  le  professeur  Faye  en  a  publié  deux  bien 
connus  dans  l'histoire  de  la  syphilisation^  ce  sont  les  cas  de  la  fenmie  Nilsdatter 
etdesalille  Madeleine.  J'ai  connaissance  d'une  autre  observation  de  même 
ordre  relatée  par  Gjôr;  et  le  professeur  Hassing  (de  Copenhague),  en  a  produit 
quelques  autres. 

Poursuivons.  Quand  l'immunité  coïncide  avec  la  guérison  de  la  syphilis  chez 
le  patient>  cette  guérison,  que  vaut-elle?  est-elle  définitive  ?  Vous  allez  en  juger 
vous-mêmes.  En  1858,  Bœck  observe  trois  femmes  syphilisées  et  jugées  guéries; 
elles  deviennent  toutes  trois  enceintes,  de  quelques  semaines  à  trois  mois  après 
le  terme  de  là  syphilisation,  et  les  enduits  qu'elles  mettent  au  monde  sont  affectés 
de  syphilis  héréditaire.  Pour  sauvegarder  sa  méthode  en  péril,  Bceck  invoque  le 
peu  d'intervalle  qui  s'était  écoulé  entre  la  fin  de  la  syphilisation  et  la  conception, 
et  admet  que  «la syphilis  interne  n'était  pas  encore  épuisée  »;  ce  sont  ses 
paroles.  Mais,  un  an  plus  tard,  il  vit  une  fille  qui  n'était  devenue  enceinte  que 
deux  ans  après  le  ^erme  de  la  syphilisation;  elle  était  très-bien  portante  en 
apparence,  mais  son  enfant  avait  la  syphilis  héréditaire.  Alors  Bœck  revint  sur 
son  interprétation  première,  et,  avec  sa  bonne  foi  bien  connue,  il  formula  cette 
proposition  que  je  cite  textuellement  :  d  Ce  fait  montre  que  les  enfants  des  syphi- 
litiques guéris  par  la  syphilisation  peuvent  naître  avec  la  syphilis,  ou,  en  d'autres 
termes,  que  la  syphilis  n'est  pas  éliminée  du  corps  par  la  syphilisation.  » 

Voilà  les  faits  ;  leur  brutalité  est  de  la  plus  puissante  éloquence  ;  ils  n'ont  que 
faire  des  commentaires  que  nous  pourrions  y  ajouter.  Que  faut-il,  après  cela, 
penser  de  la  syphilisation  curative?  Je  vous  laisse  à  vous-mêmes  le  soin  de  le 
décider. 

J'arrive  à  la  syphilisation  préventive. 

Ici  on  opère  sur  des  individus  sains;  on  prétend  leur  inoculer  la  syphilis,  et 
les  mettre  ainsi  à  l'abri  de  la  contamination  par  les  voies  (Mrdinaires.  Quelques 
mots  suffiront  pour  juger  de  telles  prétentions.  Les  quelques  syphilisateurs  qui 
disent  pratiquer  la  syphilisation  préventive  ne  font  rien  qui  y  ressemble,  ils 
inoculent  du  pus  de  chancre  simple  et  non  pas  du  virus  syphilitique;  ils  font  une 
inoculation  vénérienne,  ils  ne  font  pas  une  inoculation  syphilitique,  et  ils  n'ont 
pas  le  droit  d'établir  un  rapport  quelconque  entre  leur  pratique  et  celle  de 
l'inoculation  de  la  variole  ou  variolisation.  Je  sais  bien  qu'ils  se  réfugient 
derrière  l'unicité  des  virus;  mais,  sur  ce  terrain,  je  me  dispenserai  de  les 
suivre.  D'ailleurs,  il  n'est  pas  besoin  d'invoquer  cette  fin  de  non-recevoir  ; 
l'inoculation  préventive,  pratiquée  à  la  manière  des  prétendus  syphilisateurs, 
c'est-à-dire  avec  le  chancre  mou  ou  avec  le  chancre  dur,  met-elle  à  l'abri  de  la 
syphilis?  Là  est  toute  la  question.  Eh  bien,  non  !  disons-le  hautement,  la  préser- 
vation n'existe  pas.  Quand  on  n'inocule  que  du  chancre  mou,  le  patient  guérit 
tant  bien  que  mal  ses  cl\ancres  artificiels,  et  il  n'est  préservé  de  quoi  que  ce 
soit;  quand  on  inocule  le  chancre  syphilitique,  le  patient  contracte  une  syphilis 
qui  ne  diffère  en  rien  de  la  syphilis  commune  ;  et  si  alors  il  est  préservé,  c'est 


SB&     C0N6BË8  MÉDICAL  INTEIIlf ATIONAL,  •«-  CINQOIËIIB  SftAMCI  DB  lODA. 

tout  simplement  parce  qu'il  a  subi  la  maladie^  laquelle^  p«ur  êti*e  artificielle, 
n'est  ni  moins  longue  ni  moins  grave  que  la  syphilis  ordinaire.  La  preuve^ 
dira  t-on?  La  preuve,  la  voici;  le  fait  de  Danielssen,  qui  a  ëtë  rapporté  auasi  parle 
professeur  Hassing,  autorise  une  condamnation  sang  appel  :  Un  lionune  de 
trente  ans,  vierge  de  syphilis,  était  affecté  de  ^edalskhed,  il  tùl  traité  par  la 
syphilisation.  Durant  cinq  mois,  on  lui  inocula  la  matière  provenant  de  chancres 
simples,  et  on  le  gratiûa  ainsi  de  278  chancres.  Alors  survint  l'immuniié  pour 
l'inoculation.  Pendant  cette  période  de  cinq  mois,  pendant  l'évolution  de  ces 
278  chancres  simples,  aucun  symptôme  de  syphilis  ne  s'était  développé.  Qua- 
torze jours  après  la  constatation  de  Timmimité,  on  inocule  au  malade  le  pm  d'un 
chancre  syphilitique  ;  au  bout  de  quatre  semaines,  les  plaies  d'inoculation  (il  y 
en  avait  deux)  sont  cicatrisées;  mais,  quatoi'ze  jours  plus  tard,  l'une  d'elles  se 
rouvre,  et  donne  lieu  à  une  ulcération  indurée,  avec  engorgement  ganglion- 
naire inguinal  indolent.  Vingt-huit  jours  ensuite,  c'est-à-dh«  dix  semaines  après 
l'inoculation  syphilitique,  les  symptômes  objectifs  ordinaires  de  la  syphilis  consti- 
tutionnelle étaient  pleinement  développés.  Ce  fait  sufHt  pour  démontrer  les  deux 
propositions  que  j'ai  formulées,  à  savoir,  que  l'inoculation  du  chancra  simple  ne 
préserve  pas  de  la  syphilis,  et  que  l'inoculation  vraie  de  la  syphilis  produit  une 
syphilis  sans  atténuation  aucune  des  symptômes.  L'individu  est  alors  dans  la 
même  situation  que  s'il  avait  pris  sa  maladie  aux  sources  ordinaires.  En  résumé, 
messieurs,  la  syphilisation  curative,  si  l'on  tient  compte  de  tous  les  faits,  n'es( 
guère  plus  qu'un  leurre,  si  ce  n'est  un  danger;  quant  à  la  syphilisation  préven- 
tive, elle  n'est  point  une  syphilisation,  elle  n'est  point  préventive,  c'est  absolu- 
ment un  mythe. 


DES  MESVRES  PROPHYf.ACTigVlSS 

A    PROPOSER    AVKL    DIVERS    GOVVERMEllfilVTS 

POUR  RESTREINDRE  I4A  PROPAGATION 

DES  MAI4ADIBS  VJÊNÉRIBlVIVeS. 


PAR  X.   LE  DOCTEUR  JULES  GARIIf 
Ancien  médecin  de  rHdtel-Dieu  de  Lyon. 


Messieursj 

La  question  de  la  prophylaxie  des  maladies  vénériennes  est  vraiment  une 
question  internationale,  et  nous  devons  remercier  le  Comité  organisateur  de 
l'avoir  soumise  au  Congrès  sous  cette  forme.  Les  maladies  vénériennes  sont,  en 
effet,  partout  les  mêmes  ;  partout  elles  constituent,  pour  l'individu  comme  pour 
la  race,  un  danger  permanent.  Près  de  50000  hommes  de  nos  troupes  de 
terre  et  de  mer  sont  annuellement  atteints  par  la  contagion,  et  la  population  de 
nos  grandes  villes  paye  à  la  syphilis  un  énorme  tribut.  L'essor  de  la  population 


GAiw.*-^  Moraruxuc  mBiuiATioiuiR  Mt  MUimia  vftii£iiiBNiiKi«    ses 

en  est  ralenti^  et  la  race  en  reçoit  te  plus  graye  préjudice»  C'est  par  odUiouB  de 
journées  qu'il  faut  compter  le  temps  que  cette  maladie  enlève  au  travail  et  à  la 
production;  c'est  par  millions  de  francs  qu'il  faut  compter  aussi  ce  qu'elle  coilte 
am  hôpitaux.  Tant  de  miièreB  pour  l'humanité  ont  ému  les  médecins;  tant  de 
pertes  pour  la  richesse  sociale  ont  de  quoi  émoiiToir  les  économistes  et  fixer  l'at*» 
tention  des  gouYemeinents  ! 

Les  innocents,  d'ailleurs,  payent  souvent  pour  les  conpahles.  Mon  savant  coU 
lègue,  H.  Roliet,  tous  l'a  dit,  que  d'honnêtes  femmes  infectées  par  leurs  maris. 
Que  de  noureauHiés  syphilitiques  dès  la  naissance  !  Que  de  nourrices  oontami'r 
nées  parleurs  nourrissons!  Que  d'enfants  qui  donnent  ou  reçoivent,  aveo  la  vao* 
cine,  un  odieux  poison  l  Qui  ne  sait  encore  que,  dans  certaines  industries  où  la 
bouche  intervient,  comme  dans  le  soufflage  du  verre,  de  braves  ouvriers  peuvent, 
pir  leur  travail  même,  contracter  la  syphilis,  et  de  l'atelier  la  rapporter  dans 
leur  ménage  !  N'y  eûi-il  pas  d'autres  victimes  des  maladies  vénériennes,  que  la 
idence,  d'accord  en  cela  avec  la  morale,  devrait  pourvoir  à  la  sauvegarde  de 
cette  foule  de  malades  si  exempts  de  reproche,  si  dignes  de  pitié. 

Voua  l'avea  compris  ainsî^  messieurs,  et  voilà  pourquoi  nous  sommes  réunis 
dans  cette  enceinte,  pour  chercher  à  de  si  giands  maux  de  grands  remèdes* 

Je  n'aborderai  pas  tous  les  points  d'une  si  vaste  question  j  je  les  al  traités  dans 
UQ  travail  étendu,  déposé  au  bureau  du  Congiis,  et  qui  a  pour  titre  2  De  lapalk9 
iomUâtB  eé  de  yasmiance  publique  dans  leure  rapports  avec  Veioêmetian  des  fmdadies 
vinérimnês.  M.  Rollet,  d'ailleurs,  avec  qui  j'ai  l'honneur  de  représenter  ici  la 
Société  impériale  de  médecine  de  Lyon,  vous  a  lu  les  conclusions  d'un  rapport 
eitrémement  important  auquel  je  donne  mon  adhésion  la  plus  complète,  et 
c(Hnme  membre  de  )a  commission  ifui  y  a  concouru,  et  comme  membre  de  C0 
Congrès. 

Je  ne  veux  dire  qu'un  mot  sur  trois  points  essentiels  de  la  grande  question 
d'hygiène  qui  nous  est  soumise. 

Gemme  M.  Jeannel  (de  Bordeaux),  que  nous  avons  été  si  heureux  d'entendre, 
je  pense  que  la  mesure  la  plus  exacte  des  ravages  que  la  syphilis  fait  dans  les 
grandes  villes  est  fournie  par  la  statistique  militaire  des  malades  de  la  gamisont 
«  Lei  militaires  d'une  garnison,  dit  cet  habile  statisticien,  offrent  les  conditions 
les  pins  favorables  pour  l'étude  de  la  marche  de  la  syphilis.  Ils  ont  à  peu  près  la 
même  âge  et  le  même  tempérament  moyen  i  ils  sont  tous  soumis  aux  mêmes 
inilaences  hygiéniques,  et  forment  un  milieu  admirablement  préparé  pour  les 
comparaisons  médicales.  »  D'un  autre  côté,  messieurs,  les  militaires  contractent 
piui  particulièrement  leu^  maladies  dans  les  bas-fonds  de  la  population,  où  la 
prostitution  clandestine  règne  sans  partage*  Et  comme  il  est  aussi  simple  de 
déterminer  le  nombre  moyen  des  soldats  d'une  garnison  que  le  nombre  des 
oislades  entrés  &  l'hôpital,  il  est  toujours  possible  de  préciser  le  rapport  exact  du 
nombre  des  militaires  Infectés  avec  le  chiffre  moyen  de  l'effectif,  rappori  qui 
donne  sur  l'état  sanitaire  non-seulement  de  la  garnison,  mais  même  de  l'en^ 
semble  de  la  population,  des  indications  asseï  sûres  pour  former  une  conviction. 
Il  est  clair,  en  effet,  que  plus  la  garnison  d'une  ville  sera  infectée,  plus  cette 
^e  devra  l'être  elle-même  ;  et  c'est  ainsi  que,  toutes  proportions  gardées,  l'état 
nnitaire  de  chaque  garnison  pourra  servir  à  mesurer  et  à  comparer  entre  elles, 
MUS  le  rapport  des  maladies  vénériennes,  les  grandes  villes  d'un  même  pays. 

Cette  comparaison  ne  pourrait  être  aussi  biea  établie  avec  les  éléments  statis» 
%et  de  la  population  civile,  qu'il  est  impossible  de  contrôler,  pour  les  mala- 


396     GONGRÈS  MÉDICAL  INTERNATIONAL.  —  GlNQinÈlIE  SÉANCE  DE  JOUR. 

dies  vénériennes,  ou  avec  les  éléments  plus  exacts^  mais  essentiellement  flottants 
et  variables^  de  la  statistique  de  la  prostitution. 

La  prostitution^  voilà^  messieurs^  le  grand  foyer  d'où  partent  les  germes  sans 
nombre  du  fléau  dont  nous  voudrions  diminuer  et  arrêter^  s'il  se  peut,  les 
ravages.  Mais  ici  il  faut  s'entendre.  Sans  doute,  la  prostitution,  surveillée, 
réglementée,  souvent  et  exactement  soumise  à  la  visite  sanitaire,  est  encore  une 
source  commune  et  abondante  d'infections  vénériennes.  Cependant,  et  la  statis- 
tique de  tous  les  dispensaires  de  salubrité  le  démontre,  ce  n'est  point  la  prosti- 
tution régulière  et  soumise  aux  règlements  de  police,  qui  expose  la  santé  pu- 
blique aux  dangers  les  plus  grands.  Là  le  mal  diminue  en  proportion  des  mesures 
sanitaires  qui  ont  pour  but  de  soumettre  sans  cesse  à  l'examen  médical  la  santë 
des  filles  publiques,  afin  d'arrêter  à  son  origine  la  contagion  des  maladies  véné- 
riennes. M.  Grocq  vous  l'a  dit,  à  Bruxelles,  le  service  sanitaire  est  si  bien  fait,  que 
la  syphilis  y  est  presque  inaperçue.  A  Paris,  à  Bordeaux,  à  Lyon  et  dans  d'autres 
villes,  les  mesures  sanitaires  parviennent,  de  plus  en  plus,  à  assainir,  si  je  peut 
m' exprimer  ainsi,  le  foyer  le  plus  en  vue,  le  plus  accusé  de  la  contagion  des  ma- 
ladies vénériennes. 

Ce  qui  mérite  particulièrement  nos  plaintes,  ce  qui  doit  le  plus  fixer  l'atten- 
tion de  l'administration  supérieure,  par  les  maux  trop  certains  et  trop  graves  qui 
en  résultent,  ce  qui  appelle  tous  les  efiorts,  non  pas  des  médecins  sanitaires,  qui 
ne  peuvent  que  signaler  le  danger,  mais  de  l'autorité,  seule  année  pour  le  coin- 
battre,  c'est  la  prostitution  clandestine. 

C'est  là  qu'est  ie  mal,  le  grand  mal  de  la  prostitution;  d'autant  plus  grand 
qu'il  est  plus  difficile  à  saisir,  et  qu'il  trouve  un  point  d'appui  dans  l'affaiblisse- 
ment de  nos  mœurs  comme  dans  la  transformation  même  de  la  société.  La  dis- 
parition des  différences  sociales,  l'uniformité  du  costume,  le  goût  du  luxe,  en 
un  mot,  le  niveau  qui  tend  à  s'élever  ou  à  descendre,  comme  on  voudra,  sur 
toutes  choses,  trompe  sur  les  apparences,  et  empêche  souvent  de  distinguer,  dans 
des  nuances  si  difficiles  à  préciser,  la  femme  honnête  de  celle  qui  ne  l'est  pas. 
De  plus,  la  réhabilitation  de  la  courtisane  par  la  grande  et  la  petite  littérature 
a,  dans  l'opinion,  et,  par  suite  dans  nos  mœurs,  son  résultat.  Tel  qui  verrait 
sans  pitié  un  voleur  réfractaire  être  traîné  dans  le  ruisseau,  ne  peut  supp<vter 
qu'en  sa  présence  on  violente  une  femme  éhontée,  prise  presque  en  flagrant 
délit  d'outrage  à  la  pudeur.  Je  ne  veux  pas  ajouter  aussi  que  tel  qui,  le  matin, 
aura  prononcé  ou  écrit  des  paroles  sonores  contre  la  tolérance  extrême  de  la 
prostitution  ou  de  la  galanterie  des  boulevards,  se  récriera  fort  le  soir  si,  sous 
ses  yeux,  la  police  veut  accomplir  son  devoir.  La  tendance  que  je  signale  est  si 
grande,  l'invasion  de  la  prostitution  déguisée,  à  tous  les  degrés,  est  si  générale 
dans  Paris,  que  j'entendais  ces  jours-ci  exprimer  cette  opinion  par  un  honune 
très-éclairé  et  des  plus  compétents,  à  savoir,  que  la  prostituticm,  réglée,  surveil- 
lée, perdait  chaque  jour  du  terrain,  que  les  maisons  publiques  étaient  en  souf- 
france, que,  dans  vingt  ans,  la  prostitution  déguisée  aurait  dépossédé  sa  sœur 
légitime. 

Les  difficultés  sont  donc  considérables,  et  la  tâche  de  transformer  la  prostitu- 
tion clandestine  en  prostitution  avouée,  inscrite,  suiTeillée,  est  plus  ardue  que 
jamais.  Les  inscriptions  des  prostituées  nouvelles  sont  rares  :  150  environ,  par  an, 
dans  Paris.  Que  sont  ces  unités  infinitésimales  en  face  du  nombre  infini  des 
prostituées  à  soumettre  à  la  règle;  une  goutte  d'eau  enlevée  à  la  mer.  Et  c'est 


6ABIN.  —  PROPHYLAXIE  INTERNATIONALE  DES  MALADIES  VÉNÉRIENNES.      397 

cependant  contre  cette  prostitution  interlope,  plus  envahissante  chaque  jour, 
que  la  société  doit  se  défendre,  si  elle  ne  veut  à  la  fin  lui  être  livrée  sans  res- 
source. Si  impuissant  qu'il  soit  à  réprimer  le  mal  moral,  le  pouvoir  des  gouver- 
nements doit  se  roidir  contre  le  mal  physique,  et  le  devoir  du  Congrès  est  de 
l'appeler  à  combattre  par  tous  les  moyens  un  désordre  occulte,  d'où  résultent 
tant  de  maux. 

La  police  sanitafre  de  la  prostitution  et  la  prophylaxie  des  maladies  véné- 
rieimes  ont  donné  lieu  à  tant  de  travaux  remarquables,  qu'on  peut  dire,  en 
Térité,  qu'il  n'y  a  plus  rien  à  imaginer  sur  ce  siyet  j  mais  il  reste  encore  beau- 
coup à  faire. 

Les  médecins  ont  ouvert,  depuis  longtemps,  la  voie  aux  réformes  par  leurs 
écrits;  mais  presque  partout  les  administrateurs  ont  été  lents  à  les  suivre  dans 
l'application.  C'est  en  démontrant  aux  divers  gouvernements  la  nécessité  d'agir 
enfin,  que  le  Congrès,  dont  un  vœu  solennel  ne  peut  manquer  d'être  entendu, 
aura  vraiment  accompli  une  partie  importante  de  sa  tAche  internationale. 

Sans  doute,  il  faut  créer  partout,  dans  les  villes,  et  jusque  dans  les  bourgades, 
des  services  sanitaires  organisés  suivant  toutes  les  règles  que  la  science  spéciale 
a  formulées;  sans  doute,  il  faut  prémunir  contre  la  contagion  vénérienne  tous  les 
malheureux  qui,  par  leur  faute  ou  innocemment,  y  sont  exposés  ;  il  faut  soumettre 
à  la  visite  tous  les  groupes  d'hommes  sur  lesquels  l'administration  exerce  son 
pouvoir  :  soldats,  marins,  prisonniers;  étendre  ces  visites  sanitaires,  autant 
qu'on  le  pourra,  aux  ouvriers  dans  les  manufactures  et  dans  les  établissements 
de  l'État.  Oui,  il  faut  défendre  contre  la  syphilis  les  nourrices  pendant  l'allaite- 
ment, les  enfants  dans  la  vaccine,  et  jusque  dans  la  circoncision  ;  il  faut  appli- 
quer partout  les  moyens  prophylactiques  dont  la  science  moderne  a  démontré 
l'utilité.  Mais,  ce  n'est  pas  assez  encore,  messieurs,  il  faut  que  partout  les  véné- 
riens cessent  d'être  les  parias  de  l'assistance  publique.  Certes,  il  est  beau  de  dis- 
tribuer chaque  année,  à  tout  un  peuple  de  syphilitiques,  les  secours  des  consul- 
tations gratuites  ;  mais  qui  ne  voit,  dans  cette  foule  de  malades  atteints  d'affections 
contagieuses,  conmie  une  endémie  ambulante  répandant  çà  et  là  le  poison  sub- 
til, dont  les  consultations  s'efforcent  en  vain  d'arrêter  la  marche  envahissante? 
Qui  ne  voit  que  le  meilleur  moyen  de  s'opposer  à  ce  débordement  incessant  de 
la  syphilis  est  d'ouvrir  plus  largement  les  hôpitaux,  et  d'offrir  aux  vénéxiens, 
avec  la  gratuité  du  traitement,  les  avantages  d'un  isolement  temporaire. 

Donc,  plus  d'entraves  à  l'admission  des  syphilitiques  dans  les  hôpitaux;  plus  de 
certificat  d'indigence,  plus  de  ces  formalités  longues  et  odieuses  qui,  en  retar- 
dant l'entrée  des  malades  à  l'hospice,  aggravent  leurs  maux  et  en  favorisent  la 
reproduction;  plus  de  sévérité  d'aucun  genre,  plus  de  rudesse  et  de  mépris  pour 
ces  malheureux  que  la  honte  et  le  mal  tiennent  àl'écari.  Et  puisque  M.  Jeannel 
a  bien  voulu  citer  mes  paroles,  je  les  répète  :  la  vraie  charité  n'humilie  per- 
sonne, elle  fait  à  tous  le  même  accueil,  et  d'une  main  compatissante  elle  panse 
et  guérit  toutes  les  plaies. 

Et  qu'on  ne  dise  pas  que  la  régénération  si  complète  des  moyens  de  secours  à 
donner  aux  vénériens  est  au-dessus  des  ressources  des  États.  Quand  nous  voyons 
nosthéAtres  si  libéralement  subventionnés,  quand  nous  admirons  les  merveilles 
de  la  restauration  de  nos  grandes  villes,  quand  nous  songeons  aux  secours  de 
tous  genres  par  lesquels  la  bienfaisance  publique,  dans  tous  les  pays  civilisés,  va 
au-devant  de  toutes  les  misères  avouables,  nous  demandons  jusqu'à  quand  la 


i9B     CONGRÈS  llÊDIGAL  tfftEttff ATIONAL.  —  CtfiQUlÈllB  MARCB  M  30VK 

plus  grande  et  la  pins  fiineste  des  plaies  sociales^  par  cela  seul  qu'elle  subsiste 
dans  Tombre  et  qac  la  honte  la  dérobe  aux  yeux,  n'attirerait  pas  enfin  la  sol- 
licitude des  gouvet^ements^  seuls  en  pouvoir  d'y  porter  remède. 

Les  réformes,  dont  nous  prions  le  Congrès  d'exprimer  le  vœu,  et  qui  se  ré- 
sument en  deux  motd  :  prophylaxie  H  înMemeni  de$  a/TecHom  vénêriefmes  doM 
tous  les  pays  civilisés,  ces  réformes,  loin  d'être  pour  la  société  une  cause  de 
dépenses  improductives,  ne  tarderaient  pas  à  faire  sentir  leur  salutaire  influence, 
par  une  amélioration  évidente  de  la  santé  publique.  Qui  peut  douter,  en  effet, 
qu'une  diminution  considérable  dans  la  propagation  des  maladies  vénériennes 
ne  fût  suivie  des  plus  importants  résultats  sociaux?  Combien  seraient  transformées 
de  non-valeurs  qui,  du  chef  de  la  syphilis,  pèsent  sm*  la  société  !  que  de  soldat» 
retenus  pour  cette  cause  dans  les  hôpitaux  seraient  rendus  à  un  service  actif, 
et  dégrèveraient  d'autant  les  budgets  de  la  guerre  !  que  de  malades  dont  le« 
souffrances  n'ont  pas  d'autre  origine  occupent  dans  les  hôpitaux  civils,  au  grand 
préjudice  des  finances  administratives,  des  places  qui  ne  leur  étaient  pas  destinée*! 
que  d'invalides,  enfin,  oisifs,  dans  toutes  les  carrières  du  commerce  et  de  l'in- 
dustrie, et  qui,  sans  les  afifections  vénériennes,  prendraîetit  une  part  active  cl 
fhictueuse  à  la  production. 

Vous  le  voycî,  messieurs,  même  au  point  de  vue  de  l'économie  sociale,  il  est 
Utile  de  développer,  de  multiplier  les  moyens  de  prévenir  et  de  guérir  les  mala- 
dies vénériennes.  Ce  que  coûtera  un  tel  but  à  atteindre  comptera  au  centuple, 
non-seulement  dans  le  profit  de  la  santé  générale,  mais  encore  dans  le  dénom- 
brement des  forces  vives  du  pays.  D'ailleurs  si  la  prostitution,  sous  ses  ditert 
aspects,  est,  comme  on  n'en  saurait  douter,  la  source  la  plus  commune  de  ces 
maladies;  si  elle  est  en  môme  temps  un  fait  social  contre  lequel  (l'expérience 
des  siècles  l'a  démontré)  aucune  mcsm^e  ne  peut  prévalobr,  et  que  la  civilisation, 
comme  la  sauvagerie,  doit  subir  ;  si  elle  est  enfin  ;  dans  les  grandes  villes,  ainsi 
qu'on  l'a  dit,  une  sauvegarde  pour  les  bonnes  mœurs,  non  moins  qu'une  soupape 
de  sûreté  pour  les  explosions  brutales  de  l'instinct  génésique,  c'est  à  l'assainir 
plus  qu'à  la  détruire  que  doivent  tendre  les  efforts  d'une  société  sage  et  pré* 
voyante. 

liais  si  elle  ne  devait  avoir  pour  but  que  la  police  sanitaire  de  quelques  grande? 
villes,  cette  émulation  n'aurait  sur  le  résultat  final,  l'extinction  progressive  delà 
syphilis,  qu'une  influence  bornée  et  relative.  C'est  sur  l'ensemble  du  pays;  il  ! 
a  plus,  c'est  sur  la  grande  famille  des  peuples  de  l'Europe  elle-même  et  de 
tous  les  pays  civilisés  qu'il  faut  agir,  pour  n'être  pas  au-dessous  d'une  pareille 
tâche.  Quand  nos  pères  entreprirent  de  faire  disparaître  la  lèpre  et  la  peste,  et 
n'est  point  paf  des  moyens  particuliers,  mais  par  des  mesures  générales,  qu'îb^c 
mirent  à  l'œuvre.  Partout  ils  créèrent  des  léproseries,  pour  séquestrer  et  gncrif 
l(îs  lépreux,  dont  la  maladie,  toujours  renaissante,  était  alors,  à  l'intérieur  de? 
États,  la  grande  flétrissure  des  populations.  Partout,  sur  leurs  fh)ntièrcs,  ils  orga- 
nisèrent dispcndîeusement  des  quarantaines  contre  la  peste  ;  et  ces  deux  fléaia, 
objet  de  tant  d'effroi  et  qui  semblaient  indestioictibles,  cédèrent  avec  le  temps  ï 
ces  attaques  vigoureuses  et  auprogi'èsde  la  civilisation. 

De  mÔmè  pour  détruire  la  syphilis,  cette  peste  occulte  des  temps  modcfne?, 
et  qui  plus  que  son  aînée  porte  une  mortelle  atteinte  à  notre  race,  il  fkut  le  con- 
cours de  la  société  tout  entière.  Dans  ce  but,  je  demande  au  Congrès  d'émettre  le 
vœu  qu'à  la  suite  de  conférences  Internationales,  comme  il  y  en  eut  autref<«s 
pour  les  quarantaines,  comme  il  en  existe  aujourd'hui  contre  le  choMfai  une 


SEITZ.  -^  PlOFBTLAXiB  IÎ9TERNATiOMALl  i>BS  IIAI.AblBS  TÉMÊBIBNMBS.      S09 

commissioa  universelle  provoque  partout,  chez  les  nations  civilisées»  un  ensemble 
de  mesuret  propres  à  combattre  et  finalement  h  détruire  la  syphilis,  qm,  dam 
les  temps  modernes^  est  le  plus  grand  flé^  da  l'aspect  homainn. 

M.  liées  i«  Vort  fait  connaître  les  résultats  de  ses  recherches  statistiques  sur 
la  prostitotiOD  à  Paris,  et  sur  la  transmission  des  accidents  vénériens  parles 
diverses  sources  d'infection.  Il  condut  à  la  répression  de  ISi  prostitution  clan- 
dcstiDe,  et  à  une  surveillanoe  plus  eflicace  des  maisons  de  tolérance,  dont  le 
oombre  devrait,  s'il  est  possible,  être  augmenté. 


MTiCe  STATISTlOtJi:  Bl»  MALADIES  VÉNÉRlfilVIIIKS 

PENBAIVT 
liKS  B£lllVli»l»  AIVIVÉKS,  A  MlINICH. 

PAE  H.  LE    PROFESSEUR   SEiTZ 
DtMgoé  dtt  (oaTenMmtot  baTaroii* 


Voici  une  petite  statistique  des  maladies  vénériennes  pendant  les  dernières 
huit  années  à  Munich,  en  Bavière.  Petite  comme  elle  est,  elle  me  semble  pourtant 
hissez  importante  pour  la  solution  de  la  troisième  question  de  notre  progranmie;  car 
il  y  avait  dans  ce  temps  une  occasion  favorable  d'observer  l'influence  de  la  pros- 
titution clandestine  en  comparaison  de  celle  de  la  prostitution  sm*veillée  par  la 
police,  sur  l'apparition  des  maladies  vénériennes  dans  une  grande  ville.  À  Munich, 
dont  la  population  s'élève  à  170,000  habitants,  la  syphilis  était  très-peu  répan- 
due jusqu'à  l'année  1861.  11  n'y  avait  que  quelques  maisons  publiques  bien 
surveillées  par  la  police.  Chaque  fille  publique  trouvée,  par  les  cxploratiOBS  mé- 
dicales soufrent  répétées,  infectée  d'une  maladie  vénérienne,  était  immédiate- 
ment envoyée  à  l'hôpital.  On  n'observait  pas  un  grand  nombre  de  cas  syphiliti- 
ques ni  en  ville  ni  dans  l'hôpital  civil  et  militaire,  et  ils  étaient  moins  graves 
qu'ailleurs.  Gela  prouve  le  fait  que  la  plupart  des  médecins  de  la  capitale  de  la 
Bavière  étaient  partisans  du  traitement  de  la  syphilis  sans  mercure. 

Cet  état  favorable  à  l'égard  de  l'extension  de  cette  maladie  changea  depuis 
que  k  chambre  des  députés  bavarois  a  voté  une  nouvelle  loi  de  police  en  1861, 
qui  inflige  à  celles  qui  se  rendent  coupables  du  délit  de  faire  métier  de  la  prosti- 
tution, et  à  ceux  qui  prêtent  domicile  aux  prostituées,  des  peines  ti*ès-sévères 
'jinson  d'un  mois  jusqu'à  deux  ans]. 

Ainsi  les  maisons  publiques  se  fermèrent  bientôt.  Mais  l'état  moral  de  notre 
I>opulation  n'a  pas  gagné  par  là.  La  prostitution  ne  diminua  point  depuis  ce  tinnps 
à  Munich,  eUe  se  cacha  seulement.  Plus  secrète,  elle  est  devenue  plus  nuisible* 
On  trouve  maintenant  des  jeunes  filles  de  quatorze  à  dix-huit  ans  infectées^ 
^^'est  principalement  le  nombre  des  hommes  infectés  entrant  à  l'hôpital  qui 
s'est  considérablement  augmenté  depuis  qu'en  1861  les  explorations  médicales 
des  femmes  prostituées  ont  cessé» 


ftOO     GONGBÈS  MÉDICAL  INTEBNATIOMAL.— CINQUIÈME  SÉANCE  OB  lOUB. 

L'aperçu  statistique  suivant  des  malades  syphilitiques  entrés  pendant  les  der- 
niers sept  ans  dans  les  hôpitaux  démontre  que  l'infection  se  répand  plus  qu'au- 
trefoisj  et  surtout  parmi  les  honmies  : 


t. 


Octobre 36  hommes.  12  femmes. 

NoTembre 38  —  35  — 

Décembre 64  —  46  — 

JaDvier 66  —  33  — - 

Février 60  —  21  — 

Mars.. 84  —  84  — 

Avril 76  —  29  — 

Mai 67  —  20  — 

Juio 4»  —  33  — 

iuiUet 62  —  27  — 

Août 44  —  21  — 

Septembre 67  --  30  — . 

Total 633  341 

/  Octobre 45  hommes.  23  femmes. 

Novembre # .  45  —  30  •— 

Décembre 48  —  33  — 

Janvier 63  —  34  — 

Février 62  —  36  — 

Mars 66  —  28  — 

Avril 52  —  20  — 

Mai 47  —  26  — 

Juin 61  --  28  -^ 

JuiUet 61  —  20  — 

Août 58  —  24  — 

Septembre 80  —  31  — 

Total 667  322 

Octobre 66  hommes.  32  femmes. 

Novembre 71  —  24  — 

Décembre 78  —  34  — 

Janvier 98  —  23  — 

Février 78  —  26  — 

Mare 91  —  28  — 

Avril 76  —  26  — 

Mai 103  —  22  — 

Juin 77  —  20  — 

JuiUet 89  —  30  —    • 

Août 89  —  28  — 

Septembre 9S  —  25  -^ 

Total 1003  318 

Octobre. 99  hommes.  37  femmes. 

Novembre 96  —  33  — 

Décembre 102  -^  33  — 

Janvier 100  —  30  — 

Février 92  —  28  — 

Mars 79  —  42  — 

AvrU 106  —  37  — 

Mai 103  —  25  — 

Juin 93  —  22  — 

Juillet.... 73  —  30  — 

Août 86  —  31  — 

Septembre 88  —  22  — 

Total 1116  370 


48 

73 

110 

99 

71 

118 

105 

77 

82 

89 

65 

87 

1024 

68 
76 
81 
97 
97 
78 
72 
73 
74 
81 
82 
111 

989 


98  malades. 

95  — 

112  - 

116  — 
104  — 
119  - 
102  •- 
125  -*- 

97  - 

119  - 

117  - 
117  - 


1321 


136  mahKles. 

128  — 

135  - 

130  — 

120  - 

121  - 
143  - 
128  - 
115  - 
108  - 
117  - 
110  - 


1486 


SEITZ.  —  PBOPBYLAXIE  IMTEBNATIONALE  BBS  MALADIES  VÊNÊBI8NNES.     &01 

/  Octobre ^ . .  i23  hommes.  28  femmes.  c=    151  malades. 

I    Novembre 105  —  24  —  an     129  

Décembre 85  —  26  —  =    m  

Janvier 87  —  26  —  ss    113  

FéTrier.... 80  —  20  —  =    lOO  — 

Mmma^MA          i    ***" 77 .      —  16  —  =       93  — 

^■••••^   Avril 93  —  23  —  ==    116  — 

Mai 91  —  34  —  =^     125  

Juin 80  —  15  —  Bx      95  — 

Juillet 73  —  24  —  =3      97  — 

Août 93  —  21  —  s=    114  _ 

Septembre 84  —  17      —  «a    lOi  .^ 

Total 1071  274  1345 

/  Octobre 83  hommes.  22  femmes.  =    105  malades. 

Novembre 71  —  28  —  s=      99  «« 

Décembre 81  —  18  —  k:      99  .. 

Janvier 102  —  82  —  =    134  

Février 79  —  34  —  =    113  -_ 

IMA.A&         /    ■**" 88  —  41  —  =    129  — 

^*     ''^    Avril 76  -  27  —  =    103  — 

Mai 102  «  83  —  =     135  — 

Juin 72  —  29  —  =101  

Juillet 79  —  36  —  =    115  

Août 94  —  44  —  s=     138  — 

Septembre 107  —  35  —  =:    142  

^*^*'^'*~~^*  ^^_^«^  ^I—V^i^B.^ 

Total 1034  379  1413 

I    Octobre 107  hommes.  30  femmes.  =    137  malades. 

'    Novembre 116  —  29  -^  s=    146  ^ 

Décembre 122  —  32  —  «=    154  

Janvier 103  —15  —  -_     12O  — 

Février 111  —  41  —  =152  — 

*^,  M         y   Mars 126  —  34  —  =    160  — 

Avril 145  —  37  -^  s=s    182  — 

Mai 108  —  30  —  =    138  — 

Juin 152  —  32  —  =184  _ 

Juillet 126  —  41  —  =    167  — 

Août 123  —  29  —  =    161  ^ 

Septembre 106  —  28  —  =    134  -. 

Total 1456  378  1834 


La  statistique  de  Thôpital  nommé  le  Général,  qui  est  le  plus  fréquenté  à  Mu- 
nich (Dos  aUgemeine  Kranketihaw),  constate  la  même  proportion.  Voici  les 
chiffres  des  malades  syphilitiques  qui  sont  entrés  dans  cet  hôpital  pendant  les 
«derniers  huit  ans. 


1 70  hommes. 

e 239  — 

264  ^ 

328  — 

423  — 

486  — 

473  — 

600  - 


185  femmes. 

228  — 

194  — 

212  ^ 

249  — 

136  — 

210  — 

265  — 


355  malades. 

467  — 

458  ^ 

540  — 

672  — 

622  -- 

683  — 

865  » 


te  chiffres  prouvent  que  le  nombre  des  hommes  infectés  de  la  syphilis  depuis 
iB61  s'est  redoublé  à  Munich,  tandis  que  la  somme  des  femmes  syphilitiques 

26 


A03     GONGEËS  MÉDICAL  INTERNATIONAL.  —  CINQClkUB  SÉANCE  DE  lOtB. 

enti^eB  aux  hôpitaux  est  à  peu  près  la  mônie  qu'autrefois.  Cette  disproportion 
nait  de  ce  que  les  filles  publiques  ne  sont  plus  suneillécs  et  renvoyées  pai*  la 
police  en  cas  d'infection  à  l'hôpital.  Cachées  en  domicile  particulier,  elles  ne  bc 
guérissent  pas  et  multiplient  indéfiniment  les  germes  de  la  contagion. 

Co)iclnsio9i.  -^  La  statistique  des  maladies  vénériennes  pendant  les  derniers 
huit  ans  à  Munich  montre  que  des  peines  sévères  n'empêchent  pas  la  pi-ostitutiou. 
Elles  la  rendent  plus  secrète  et  plus  nuisible.  11  faut  la  tolérer  dans  un  cercle  rc^- 
treint.  La  tâche  de  la  police  administrative  doit  être  de  la  limiter  le  plus  possible. 
Finalement^  j'appuie  la  proposition  de  nos  trës-honorés  confrères  de  Bruxelles  cl 
de  Lyon,  qui  demandent  des  mesures  générales  à  tous  les  gouvernements  contre 
ce  mal  affreux  de  la  propagation  permanente  de  la  syphilis. 


^m^m 


grcsTioiv  m  du  pmmrahhe 

PAR    M.    LE    DOCTEUR    COUBN    (  DS    HAMBOURG)    (4). 


IjL  mesure  à  prendre,  si  elle  veut  remplir  son  but,  doit  être  : 

!•  Tellement  sage,  qu'elle  n'incombe  au  contrôle  de  l'État  qu'avec  facilité  et 
sans  organisation  dispendieuse,  et  qu'elle  puisse  être  observée  avec  soin  et 
sécurité. 

2*  L'exécution  en  sera  facile,  et  elle  devra  avoir  lieu  dans  chaque  contrée  sans 
préparation  spéciale. 

3"  La  mesure  doit  ôtre  en  vigueur  dans  un  âge  où  aucune  infection  ne  puisse 
avoh  lieu,  à  l'exception  de  syphilis  héréditaire  ou  acquise  au  passage  du  nou' 
veau-né  à  travei's  les  organes  génitaux  infectés. 

U^  Elle  doit  ôti*e  praticable  physiquement  et  moralement,  et  ne  contenir 
aucun  moyen  nuisible. 

C'est  pourquoi  Je  propose  la  eiromcMm  du  nouveau-'né,  à  partir  du  S'-'SO*  Jour* 
comme  la  seule  mesure  qu'il  soit  possible  de  prendre. 

Art.  1.  Si  cette  mesure  est  adoptée,  les  médecins  et  les  sages-femmés  suffiront 
pour  pratiquer  la  circoncision. 

Art.  2.  Dans  le  plus  court  espace  de  temps,  cette  opération  peut  âtrc  laite  par 
chaque  médecin  ou  chirurgien,  môme  par  chaque  sage-fpmnie>  aptèa  en  avoir 
acquis  les  premières  notions.  Les  statistiques  démontrent  asseï  clairement  que 
cette  opération  est  pratiquée  fréquemment  par  les  Israélites  depuis  des  milliers 
d'années  ;  après  une  instruction  insignifiante,  sans  posséder  les  moindivt  principes 
de  la  chirurgie,  ils  la  pratiquent  avec  la  plus  grande  sécurité  imaginable,  et  mc^me 
avec  une  certaine  élégance. 

(1)  Ce  travail  a  été  traduit  de  rallemand  par  M.  Braunbergcr,  élève  des  hôpltau  M 
Pari». 


COHEN.  ~  PIOraTtAXIE  INTIHNATiONALB  D«S  MALADIES  VÉNÉRlEfVMÊâ.     M 

Art.  3.  Si  Ton  chdsit  l'Age  de  8-80  joun>  par  conséquent  avant  la  vaccina- 
lion,  toate  crainte  de  propager  l'infection  cesse  d'avoir  lieu. 

Art.  ti»  Cette  opération,  si  insignifiante  en  elle*mênic,  ne  produit  aucune 
espèce  d'accidents.  Et  pour  preuve  évidente,  je  citerai  les  Israélites,  qui,  se  sér- 
iant de  cette  mesure  depuis  les  temps  les  plus  reculés,  n'ont  jamais  observé  la 
contagion  s'introduire  chex  eui. 

Si  je  recommande  la  circoncision  de  8-SO  jours,  la  plus  brillante   pour 
restreindre  la  propagation  de  la  syphilis,  je  tâcherai  avant  toute  chose  de  réfuter 
les  objections  qu'on  pourra  me  ftdre  sur  ce  sujet. 
i*  La  partie  religieuse. 

On  a  ^itenu  constamment  le  même  résultat  en  interrogeant  attentivement  les 
prêtres  laa  plus  fidèles  dans  leur  Ibi  ches  les  différentes  sectes  du  chiistianisme. 
Lt  circondsioni  pratiquée  sous  un  point  de  vue  hygiénique,  et  n^illement  par  des 
eoniidérationi  motaies  et  religieuses,  n'a  pas  plus  de  signification  religieuse  que 
l'abstinence  de  manger  de  la  chair  de  porc,  à  cause  de  la  crainte  qu'elle  ne  con- 
tienne des  trichines.  Je  passe  à  dessein  sous  silence  les  opinions  et  les  recher- 
ches de  quelques  personnes  sur  ce  sujet,  et  je  me  borne  à  émettre  les  sentiments 
des  théologiens  les  plus  croyants  dans  les  différentes  sectes. 
f  Désavantage  de  l'opération. 

ie  peux  prouver,  par  des  statistiques,  que,  depuis  des  milliers  d'années,  des 
milliards  d'Iiraélitefl  qui  ont  subi  cette  opération  n'ont  jamais  éprouvé  d'accidents 
consécutivement;  l'histoire  démontre  que  cette  opération  hygiénique  était  indis- 
pensable chei  les  Égyptiens  pour  être  admis  dans  la  caste  la  plus  noble  des 
princes;  m6me  ches  les  sauvages,  au  fond  de  l'Australie,  on  l'a  rencontrée,  et  elle 
constitue  une  de  leurs  plus  anciennes  coutumes. 

11  parait,  d'après  cela,  que  cette  brillante  découverte  a  été  proposée  comme 
une  mesure  préservatrice  contre  la  syphilis  et  la  masturbation  dans  une  période 
historique,  où  régnait  une  organisation  plus  élevée,  et  dont  nous  nous  efforçons 
leuiement,  dans  notre  temps,  à  découvrir  les  vestiges. 

Si  nous  examinons  cette  opération  sous  un  rapport  tout  médical,  elle  est  insi- 
cniiiante.  11  n'y  a  pas  le  moindre  inconvénient  à  exciser  un  petit  lambeau  du 
prépuce,  qui  se  replie  ensuite  autour  de  la  couronne  du  gland,  à  l'exception 
d'une  petite  et  insignifiante  artériole  qu'on  coupe.  Cette  artériolc  se  trouve,  dans 
des  eu  très^rares,  près  du  frein,  et  l'hémorrhagic  peut  être  arrôtée  avec  la  plus 
(grande  facilité.  11  est  impossible  de  songer  que  par  cette  opération  la  fécondité 
diminuera;  la  statistiquedes  Juifs  prouve  justement  le  contraire,  puisque  la  Bible 
nous  apprend  que  Pharaon  remarquait  déjà  la  fécondité  des  Israélites,  et  jusqu'à 
dans  ces  derniers  temps,  personne  n'a  osé  le  contester.  Si  cette  opération  devait 
diminuer  Us  charmes  des  rapports  conjugaux,  je  considère  ce  fait  en  présence 
des  fécondités  constatées,  non  comme  une  chose  nuisible,  mais  comme  un  des 
^yens  les  plus  énergiques  pour  préserver  de  la  masturbation,  comme  j'aurais 
i'honneop  de  l'exposer  tout  à  l'heure. 

Maintenant,  si  nous  considérons  l'utilité  de  cette  opération,  que  je  présente 
coDiiue  réponse  à  l'article  II!  du  programme  du  Congrès  international,  sous  le 
''Wort  de  restreindre  la  propagation  de  la  syphilis,  nous  constatons  : 

i*  La  diminution  de  l'absorption  d'un  côté  du  prépuce  et  de  l'épidcrme  du 
Riand.  Damarquay  a  prouvé  que  cette  absorption  est  d'une  gi*andc  impoilance; 
'^l'état  sain,  elle  peut  déjà  se  faire;  mais  dans  l'état  pathologique  elle 
augmente  considérablement,  et  sur  toute  la  longueur  du  prépuce,  coumic  le 


kOU     CONGRÈS  IIÈOKCAL  INTERNATIONAL.— CINQUIÈIIE  SÊANG£  DR  lOUH. 

prouTcnt  assez  les  résultats  qu'il  a  obtenus.  On  en  conclut  précisément  que 
l'excision  de  tout  le  prépuce  diminue  d'une  manière  éyidcnte  le  phénomène  de 
l'absorption. 

2"  La  transformation  de  la  muqueuse  préputiale^  douée  de  la  propriété  d'ab- 
sorber^ et  de  l'épiderme  du  glande  mince  et  délicat^  en  une  membrane  épaisse, 
solide^  par  l'air  atmosphérique  qui  y  pénètre  facilement. 

3«  Une  température  plus  faible  du  gland,  qui  diminue  notaUement  l'ab- 
sorption. 

&*  La  cavité  préputiale  ressemble  à  une  poche. 

Dans  l'érection,  le  gland  se  découvre,  et  dans  l'état  de  relâchement  le  prépuce 
recouvre  le  gland.  Le  prépuce  représente  alors  un  réservoir  qui  conserve  sûre- 
ment le  poison  syphilitique  au  milieu  d'une  température  qui  favorise  au  plus 
haut  degré  la  contagion;  tandis  que  la  température  de  l'atmosphère  ambiante 
desséchera  le  gland  découvert,  qui  ne  tardera  pas  à  perdre,  sa  chaleur,  et  le  vints 
qui  s'y  était  collé  sera  enlevé  avec  facilité  par  le  frottement  des  vêtements.  Si 
après  le  coït  le  circoncis  ne  fait  que  superficiellement  une  lotion  sur  la  verge^ 
cette  purification  sera  entièrement  suffisante,  tandis  que  même  avec  les  pins 
grands  soins,  celui  qui  n'est  pas  circoncis  n'aura  pas  de  sécurité  parfaite.  Non- 
seulement  par  suite  d'un  coït  impur  l'absoiption  du  virus  entraîné  augmente  ma- 
nifestement, mais  encore,  en  admettant  une  heureuse  organisation  réfractaireatt 
poison  syphilitique,  cette  poche  préputiale  conservera  le  poison,  qui  pins  tard, 
dans  un  coït  pur,  pourra  être  propagé. 

5°  Le  phimosis  acquis  en  totalité  ou  en  pai*tie,  ce  qui  est  asses  fréquent,  nous 
démontre  tout  le  danger  d'un  coït  impur.  La  muqueuse  qui  recouvre  le  gland, 
non  en  contact  immédiat  avec  l'air  atmosphérique,  et  celle  de  la  partie  interne 
Au.  prépuce,  étant  tiraillée  pendant  l'émission  de  l'urine  et  à  la  plus  faible  érec- 
tion de  la  verge,  se  laisse  facilement  pénétrer  par  le  virus  lorsqu'elle  se  rompt. 
Pendant  le  coït,  s'il  se  produit  la  moindre  écorchure  de  l'épiderme  du  gland,  k 
force  d'absorption  augmente,  le  virus  trouve  un  accès  iSacile  et  se  dépose  comme 
dans  une  poche  inaccessible.  11  en  résulte  les  plus  grands  inconvénients  d'un  phi- 
mosis acquis  dans  ces  conditions. 

6*  L'adhérence  congénitale  ou  accidentelle  qu'on  rencontre  d'après  des 
recherches  récentes  chez  25  pour  100  des  honmies,  donne  lieu  aux  mêmes 
inconvénients  que  ceux  énoncés  ci-dessus,  et  même  à  de  plus  grands  en- 
core. 

Chaque  médecin  qui  connaît  particulièrement  les  états  pathologiques  résultant 
des  inconvénients  que  j'ai  signalés,  conseillera  la  circoncision;  mais  d'im  côté 
cette  opération  n'est  pas  aussi  innocente  chez  les  adultes  que  chez  les  nouveau* 
nés  de  huit  jours,  et,  d'un  autre  côté,  les  malades  l'éviteront  à  dessein,  tant  que 
la  circoncision,  comme  on  l'a  fait  jusqu'à  aujourd'hui,  passera  pour  une  opén* 
tion  exceptionnelle. 

Quant  à  la  fixation  de  l'âge  où  l'on  doit  opérer,  je  conseillerai,  dans  l'e^KHT 
de  réaliser  les  vœux  du  Congrès  international,  de  choisir  le  huitième  jour,  pro- 
posé par  Moïse  après  une  méditation  approfondie  ;  toutefois,  on  peut  remettre  le 
moment  de  l'opération  jusqu'au  trentième  jour.  La  circoncision,  pratiquée  dam 
un  âge  si  jeune,  est  d'une  utilité  incontestable  :  impossibilité  de  contracter  k 
syphilis;  immunité  complète  de  cette  opération  pratiquée  dans  cet  Age;  aucun 
danger  de  voii*  survenir  les  suites  fâcheuses  causées  pai*  la  vaccination,  comme 
malheureusement  il  arrive  souvent  lorsqu'on  se  sert  de  vaccin  piis  sur  des  siyet» 


COHOI.  —  PROPHYLAXIE  INTERNATIONALE  DES  MALADIES  VÉNÉRIENNES.     &05 

çyphilitiques;  obstacle  énergique  opposé  à  la  masturbation^  à  laquelle  se  liTrent 
déjà  avec  fureur  les  enfants  dans  les  premières  années.  Dans  notre  siècle  de  pro- 
grès, aucun  autre  moyen  ne  peut  être  aussi  efficace;  l'État  peut  facilement  con- 
trôler cette  mesui^e^  et  chaque  médecin,  chirurgien  ou  sage-femme  peuvent 
l'exécuter  avec  facilité  et  sécurité. 

Considérons-nous,  au  contraire,  les  objections  contre  une  opération  pratiquée 
dans  un  Age  si  jeune;  nous  les  réfuterons  facilement  parla  statistique  et  les  faits 
cliniques  : 

i*  Danger  de  l'opération  faite  dans  un  âge  si  jeune. 

La  statistique  des  Juifs,  qui  pratiquent  la  circoncision  depuis  des  milliers  d'an- 
nées, prouve  toute  l'immunité  de  la  circoncision,  opération  qui  est  par  consé- 
quent insignifiante  sous  le  rapport  chirurgical.  Il  n'y  a  aucun  danger  d'exciser 
un  petit  lambeau  de  prépuce. 

2*  L'hémorrhagie. 

Pour  les  95  p.  100,  l'hémorrhagie  est  de  peu  d'importance  chez  les  opérés,  et 
l'on  en  triomphe  facilement  au  moyen  des  hémostatiques  ordinaires,  comme  on 
l'a  toujours  constaté.  On  peut  occasionnerune  plus  forte  hémoirhagie  si  Ton  coupe, 
près  du  fMn,  une  petite  artériole  de  peu  d'importance,  accident  qu'on  peut  tou- 
jours prévenir.  Cette  artériole  est  si  insignifiante  et  est  tellement  superficielle, 
(ju'elle  peut  être  liée  avec  la  plus  grande  facilité.  On  peut  craindre  une  hémor- 
rhagie  consécutive,  si,  en  déchirant  la  muqueuse  du  prépuce  avec  les  ongles, 
romme  le  font  quelquefois  les  Israélites,  on  lèse  une  partie  du  corps  caverneux. 
Mais  si  l'on  observe  le  procédé  opératoire  que  j'aurai  l'honneur  d'exposer,  cette 
l'^ion  est  impossible;  et  d'ailleurs  cette  hémorrhagie  s'airëte  facilement  avec  le 
>erchlorure  de  fer. 

5*  La  dyserasie  du  sang. 

C'est  une  complication  très-rare,  mais  en  vérité  très-dangereuse.  Chez  une 
•ersonnc  d'une  pareille  constitution,  la  plus  faible  solution  de  continuité  est  un 
langer  de  mort,  comme  je  l'ai  observé  chez  des  nouveau-nés  du  sexe  féminin, 
t  dont  une  seule  solution  de  continuité  aux  petites  lèvres  a  déterminé  la  mort. 
«  le  médecin  soupçonne  une  pareille  affection  héréditaire,  il  défendra  toute 
pération,  et  si  cela  est  possible  pour  toute  la  vie. 

Vais  8  à  SO  jours  suffisent  complètement  pour  apprendre  au  médecin  s'il  se 
nuve  en  présence  d'afi'ections  organiques  fâcheuses,  qui,  ou  bien  excluent 
)j(olumcnt  l'opération,  ou  bien  la  font  remettre  jusqu'à  ce  que  ces  affections 
ient  guéries.  Par  exemple,  des  lésions  pendant  le  travail  de  l'accouchement  ; 
s  fractures  des  extrémités  ou  de  la  clavicule,  qui  exigent  une  cure  radicale  avant 
le  l'opération  puisse  être  entreprise  ;  enfin  des  lésions  de  la  tête  causées  par  le 
rreps,  quand  même  elles  sont  peu  graves,  nous  engagent  à  différer  l'opération. 
'  céphaiématome,  au  contraire,  s'il  n'est  occasionné  par  une  cause  traumatiquc, 
'  doit  pas  nécessiter  l'ajournement;  abandonné  à  lui-môme,  il  guérit  souvent 
nntanément,  et  n'a  aucune  influence  sur  l'état  général  de  l'enfant.  L'ictère 
érit  plus  vite  par  cette  opération  ;  l'atélectasie  pulmonaire  diminue  notabliv 
mt  dès  les  premiers  joui's,  et  je  n'ai  pas  vu  des  inconvénients  résulter  de  la  cir- 
ncision  pratiquée  pendant  cette  afTection.  Le  bcc-dc-lièvi*e,  avec  ou  sans  sépa- 
lon  de  la  voûte  palatine,  altère  la  nutrition  ;  c'est  une  contre-indication  de 
circoncision,  jusqu'à,  ce  que  par  une  opération  préalable  et  appropriée,  la 
Irition  se  trouve  dans  de  meilleures  conditions.  I^  naissance  avant  terme,  une 

Irition  pauvre  et  incomplète  (cette  dernière  peut  provenhr  do  n'iniporie  quclld 


A06     GO^GBÈS  MÉDICAL  INTERNATIOMALi  --  GIMQUIÈIIE  8ÊAHCB  DE  iOUB. 

8ourcc)  exigent  rajouinement.  La  syphilis  canstalëe  des  parenU,  de  la  nonnice 
ou  de  l'enfant  est  une  contre-indication^  jusqu'à  ce  que  tous  les  syaiptômMoa 
tous  les  soupçons  de  la  persistance  do  raffection  chei  1«  nouTeait-iié  soient 
disparus. 

Mais  ces  obstacles  que  je  viens  de  mentionner  ne  se  rencontrent  que  ches  la 
plus  petite  partie  des  nouveau-nés,  comme  le  prouve  la  statlstiquOi  et  encore 
on  peut  en  triompher  facilement  dans  l'intervalle  des  8-90  jours.  Au  contnire, 
si  l'on  circoncit  pendant  les  8-30  jours,  le  prépuce  ne  se  trouve  foimé  que  par 
une  membrane  très-mince;  il  se  laisse  attirer  avecla  plus  grande  facilité;  la  plaie 
est  de  peu  d'impoilance,  la  force  rëpai*atrice  immense.  Les  opératîoiis  faites 
tardivement  sont  assurément  peu  graves  ;  mais  l'enfant  plus  intelligent  cherche 
à  lutter  contre  ellcs^  et  l'on  est  obligé  de  recourir  au  chloroforme.  Après  Tige 
de  neuf  ans^  l'infection  peut  déjà  avoir  lieu^  et  une  opération  si  douloureuse 
occasionne  des  inconvénients  et  des  obstacles  qu'on  ne  rencontrerait  pas  dans  le 
jeune  âge. 

Je  conseillerai  donc  d'employer  le  même  procédé  opératoire  que  les  Juifs  qui 
s'en  servent  depuis  des  siècles^  avec  quelques  petites  nu)dification8>  que  nous  de- 
vons depuis  longtemps  aux  progrès  de  la  chirurgie.  Voici  les  règles  à  suivre  dan^ 
la  pratique  : 

Quelques  joui^  avant  de  faire  la  circoncision,  on  tire  le  prépuce  en  arrière 
ou  à  l'aide  d'une  sonde  introduite  entre  le  gland  et  le  prépuce  et  promenée  cir- 
culairement;  on  recherche  s'il  n'y  a  pas  d'adhérences.  L'opérateur  ne  craindra 
pas  le  phimosis^  car  pendant  l'opération  ^  il  s'en  débarrassera  ;  y  a*t-il  des  adbé 
rences,  la  sonde  les  détruira  facilement  dans  les  premiers  jours  après  la  nér 
sance.  Enfin^  au  jour  fixé^  le  chirurgien  se  met  à  l'œuvre.  Pour  cela  il  se  sert 
d'une  pince  d'argent  (semblable  à  une  pince  beaucoup  plus  petite  empio^'^ 
dans  la  section  du  filet)  :  cet  instrument  a  6  à  7  centimètres  de  long  et  à  peu 
près  ii  de  large;  à  la  partie  moyenne  se  tit)uve  une  fente  large  d'un  demi-miUi' 
mètre  et  n'ayant  que  4  centimètres  à  peu  près  de  long.  L'opérateur  exerce  une 
traction  en  avant  sur  le  prépuce  qui  est  saisi  dans  la  fente>  et  il  procède  à  la  sectioo 
le  plus  près  de  la  pince  >  Reste  à  couper  la  muqueuse  préputiale  )  pour  ûiire  ce  teoips 
de  l'opération,  il  faut  apporter  une  modification  qui  jusqu'ici  n'a  pas  été  mite  eo 
usage  parles  Israélites.  Au  lieu  de  rompre  comme  d'habitude^  la  muqueuse  arec 
les  ongles  des  deux  pouces  taillés  pour  cet  usage>  on  la  coupe  sur  une  sonde  canne- 
lée, poussée  sur  le  dos  de  la  verge  jusqu'à  la  couronne,  de  manière  que  la  pointe 
s'avance  à  l'extérieur,  et  pai*  conséquent  il  est  impossible  de  blesser  une  partie  du 
corps  caverneux.  Pour  le  pansement,  je  ne  conseille  pas  de  se  servir  de  ciiarpie 
maintenue  par  une  bande,  car  l'uiine  s'infiltre  entre  le  gland  et  la  charpie»  q^ 
s'agglutine  à  la  plaie,  et  il  en  résulte  de  petits  abcès;  tandis  que  l'on  évite  cet 
inconvénient  en  employant  de  préférence  une  poudre  astiingente  et  styptiq^^* 
Ce  ti' est  qu'en  présence  d'une  forte  hémorrhagie  que  la  charpie  serait  atanta- 
geuse;  il  faut  de  quatre  à  huit  jours  pour  obtenir  la  guéiisou,  qui  n'exige  ^ 
d'autres  moyens  plus  énergiques. 

La  propagation  de  la  syphilis  (quoiqu'on  ne  puisse  pas  nier  que,  grâce  aui 
progrès  de  la  science,  les  suites  teiribles  des  accidents  tertiaires  soieoi  en 
majeure  partie  évitées)  est  d'une  si  haute  importance,  qu'elle  doit  éveiller  loule 
la  sollicitude  du  médecin  et  du  philanthrope.  Par  conséquent,  nous  devrons  des 
remerciments  sincères  à  l'Exposition  universelle,  internationale,  qui,  étalant 
de  tous  côtés  les  progrès  de  notre  siècle,  aura  aussi  invité  la  science  médicale  i 


BKY.  —  PROPHYLAXIE   INTERNATIONALE  DC8  MALADIES  VÊ^1ÊRISN^GS.      A07 

opposer  une  digue  au  courant  impétueux  des  maladies  vënëriennes.  Nous  voyons 
jusqu'ici  sous  d'autres  noms  (scherlievoi  etc.)  des  maladies  ëpidëmiques  se  mon- 
trer chez  quelques  nations  ;  les  investigations  de  notro  époque  contemporaine 
ont  déchiré  leur  masque  et  nous  ont  appris  qu'elles  forment  une  branche  de  la 
«)philis.  L'anatomie  pathologique,  aidée  de  la  dissection  et  du  microscope,  nous  a 
démontré  les  altérations  et  les  ravages  que  cette  maladie  cause  dans  Tintëricur 
datous  nos  organes.  Cette  affection  détruit  profondément  le  bonheur  des  familles^ 
tue  les  enlants  innocents  dans  le  sein  de  leur  mère,  altère  la  santé  des  chastes 
épouses^  et  empoisonne  souvent  et  pom*  toujours  Texistence  des  descandants. 
De?ons-nous  tajrder^  dans  notre  intérêt^  d'opposer  nos  moyens  médicaux  à  ce 
Oéau?  Devonfr-nous  nous  retirer  en  lâches  et  craindra  les  préjugés^  quand  il 
s'iffi  d'employer  le  seul  moyen  qui  est  dans  notre  pouvoir,  et  qui»  depuis  des 
siècles,  a  été  opposé  d'une  manière  si  salutaire  à  cette  affection. 


qjDEMTiom  m  dv  proc^ramme. 

PAB  M.   LE    DOGTEUB  RET, 
lféde«iii  d0  pranière  oImm  de  la  marine. 


En  réponse  à  la  question  n®  III,  j'ai  l'honneur  d'adresser  au  Congrès  médical 
la  note  suivante.  £Ue  est  présentée  sous  forme  d'ordonnance,  et  divisée  par 
titres,  paragraphes  et  articles.  Il  m'a  semblé  que  ce  mode  d'exposition,  utile  au 
point  de  vue  de  la  concision,  avait  aussi  l'avantage  de  mieux  te  concilier  avec 
Tobjet  dont  il  s'agit.  —  Je  n'ai  cherché,  dans  cette  étude,  que  le  côté  pratique 
des  choses.  Combien  de  prescriptions,  de  conseils,  de  souhaits^  visant  au  but 
toujours  louable,  sont  restés  cependant  à  l'élat  de  lettre  morie,  parce  que  ceux 
qui  les  énonçaient,  habiles  théoriciens,  ne  considéraient  pas  d'assez  près  les  exi- 
gences de  l'application  !  Je  ne  sais  si  je  m'abuse,  mais  il  m'a  paru  que  les  prescrip- 
tions indiquées  dans  cette  note  t)euvétlt  être  réalisées  sâils  difficultés  sérieuses, 
et  surtout  sans  qu'il  soit  porté  d'atteinte  grave  à  la  liberté  de  l'individu,  cette 
pierre  d'achoppement  de  la  prophylaxie  publique. 

I^s  mesures  que  je  voudrais  voir  se  réaliser  en  France,  et  partout  où  s'étend 
la  juridiction  française,  tous  les  gouvernements  peuvent  en  faire  l'application  sur 
leur  propre  territoire.  L'hygiène  est  la  science  universelle  par  excellence.  Les 
modifications  à  introduire,  le  cas  échéant,  ne  perleraient  sans  doute  que  sur  des 
points  de  détail  et  d'application.  —  11  peut  se  rencontrer,  cependant,  dans  cer- 
taines populations,  des  susceptibilités  irraisonnées  et  pourtant  dignes  de  respect, 
des  traditions  administratives  de  vieille  date,  avec  lesquelles  l'autorité  soit  obli- 
gée de  composer.  Mieux  vaut,  en  pareil  cas,  temporiser  en  attendant  des  joui-s 
meilleurs  qu'user  de  mesures  de  rigueur,  qui,  le  plus  souvent,  manquent  le  but. 
En  thèse  générale,  l'hygiène  se  conseille  et  ne  s'impose  pas» 


608      CONGBËS  MÉDICAL  mTSBNATIONAU  —  CINQUIÈME  SÉANCE  DE  JOUR 

EXPOSÉ  DES  MESURES  PROPRES  A  RESTREINDRE  LA  PROPAGATION 

DES  MALADIES  VÉNÉRIENNES, 

Titre  I.  —  Femmes  pubuques. 

Article  Premier.  Le  maire  de  chaque  commune  de  Tempire  (France^  Algérie^ 
colonies)  sera  -informé^  le  premier  jour  de  chaque  trimestre,  par  l'agent  de  la 
sûretë  publique  auquel  il  appartient,  du  nombre  de  filles  inscrites  ayant  domicile 
dans  la  commune. 

Art.  2.  D'après  le  nombre  indiqué,  le  conseil  municipal  aura  à  faire  choix 
d'un  ou  plusieurs  médecins,  auxquels  sera  confié  le  service  de  la  visite  des 
filles  publiques. 

Art.  3.  Dans  tous  les  cas,  le  nombre  des  médecins  visiteurs  devra  être  tel 
que  chaque  femme  inscrite  puisse  être  minutieusement  visitée  au  moins  une  fois 
par  semaine. 

Art.  ^.  Toute  femme  publique  que  le  médecin  visiteur  déclarera  atteinte 
de  maladie  vénérienne  ou  contagieuse  sera  immédiatement  dirigée  sur  l'hôpital 
de  l'endroit,  et,  à  défaut,  sur  l'hùpital  le  plus  voisin,  et  traitée  aux  frais  de  la 
commune  à  laquelle  elle  appartient.  Toute  soriie  lui  sera  interàite  jusqu'à  com- 
plète guérison. 

Art.  5.  Dans  les  villes  de  garnison,  un  médecin  militaire,  désigné  par  l'auto- 
rité compétente,  sera  adjoint  au  médecin  municipal  et  assistera  à  la  visite  des 
filles  publiques.  Dans  les  poris  de  guerre,  ainsi  que  dans  les  grands  ports  de  com- 
merce, un  médecin  de  la  marine  sera  adjoint  également  au  médecin  municipal. 

Art.  6.  A  Tissue  de  chaque  visite)  le  médecin  visiteur  adressera  au  maire  un 
rapport  indiquant  le  nombre  de  femmes  qui  ont  été  présentées  à  son  examen, 
le  nombre  de  ceUes  qui  ont  été  envoyées  aux  hôpitaux,  la  nature  de  la  maladie..., 
tous  les  renseignements,  en  un  mot,  qui  lui  paraîtront  de  quelque  valeur.  —  U 
médecin  de  Tannée  ou  de  la  marine,  adjoint  au  médecin  municipal,  adressera  à 
son  chef  direct  un  rapport  analogue  (1). 

Art.  7.  Un  traitement  fixe  de ,  pris  sur  les  fonds  municipaux,  sera  alloue 

à  chaque  médecin  visiteur,  agréé  et  délégué  par  le  conseil  municipal. 

Titre  II. 
§  I.  —  Soldats,  marina.  —  Corps  organisés  nûlitairemenC. 

Art.  8.  Tout  homme  qui  arrive  sous  les  drapeaux  ou  qui  entre  dans  un  corpf 
organisé  niilitairement,  sera  vn  à  l'arrivée  par  le  médecin  de  service,  et  envoyé 
à  rhôpital,  s'il  se  trouve  atteint  d'une  maladie  vénérienne  ou  contagieuse. 

Art.  9.  Dans  tous  les  corps  militaires  ou  organisés  militairement,  tels  que 
régiments,  équipages  de  la  flotte,  navires  armés,  brigades  de  douane,  etc.,  il 
sera  passé  chaque  mois,  par  le  mcdecin-major  ou  un  des  médecins  en  sous- 
ordre,  au  moins  une  visite  des  hommes,  à  l'efiet  de  reconnaître  si  aucun  d'oui 

(i)  Ces  rapports  pourraient  être  transmis  par  les  maires  au  conseil  supérieur  d'hyçiène, 
qui  y  trouverait  les  éléments  d'un  travail  d'ensemble  du  phis  haut  intérêt  ;  par  les  chsb  de 
corps  (armée,  marine)  an  conseil  de  santé  des  années  «I  au  conseil  supérieur  de  santé  étaMt 
prés  le  ministère  de  la  marioei 


REY.—  PBOPHYLAXIE  INTERNATIONÂLB  DIS  MALADIES  VftlIÊBIBNNBS.      AOO 

B'est  atteint  de  maladie  véùérienne  ou  contagieuse  (Bous-offlciers  et  soldats  ou 
matelots). 

Art.  10.  Les  officiers^  inten'Ogés  par  les  médecins^  seront  crus  sur  parole. 

Art.  il.  Toute  personne^  officier  ou  non  officier,  reconnue  atteinte  de  mala- 
die contagieuse  ou  vénérienne,  sera  immédiatement  ou  retenue  à  l'infirmerie,  ou 
dirigée  sur  l'hôpital,  selon  qu'il  y  a  lieu,  et  traitée  en  conséquence.  Toute  per- 
mission de  sortie  lui  sera  refusée  jusqu'à  complète  guérison. 

Art.  12.  A  la  suite  de  chaque  visite  mensuelle,  le  médecin-major  ou  autre 
chargé  du  service  médical  du  corps,  remetU^  au  chef  de  corps  un  rapport  spé- 
cial indiquant  le  résultat  de  sa  visite. 

Art.  13.  a  l'arrivée  d'un  navire  de  guerre  français  sur  une  rade  fhinçaise,  si 
pins  de  quinze  jours  se  sont  écoulés  depuis  la  dernière  visite  mensuelle,  le  com- 
mandant devra  en  ordonner  une  nouvelle.  Un  douhle  du  rapport  du  médecin- 
major  sera  remis  à  l'office  sanitaire,  et  le  navire  ne  pourra  être  admis  en  libre 
pratique  (lorsqu'il  y  aura  lieu)  qu'autant  que  les  malades  atteints  de  maladie 
vénérienne,  s'il  s'en  trouve  à  bord,  auront  été  envoyés  aux  hôpitaux. 

Art.  1&.  Cependant,  si  le  commandant  du  navire  juge  que  les  hommes  com- 
pris dans  cette  catégorie  doivent  être  conservés  à  bord,  il  sera  tenu  de  s'engager, 
par  écrit,  à  leur  interdire  l'accès  delà  terre  jusqu'à  complète  guérison. 

Art.  15.  Tout  homme  (non  officier)  faisant  partie  d'un  corps  militaire  ou 
organisé  militairement,  ne  pourra  quitter,  soit  momentanément,  soit  définitive- 
ment le  corps  auquel  il  appartient,  s'il  n'est  certifié  par  le  médecin  de  service, 
ior  sa  feuille  de  route  ou  autre  titre  en  tenant  lieu,  que  cet  homme  n'est  atteint 
d'aucune  maladie  vénérienne  ou  contagieuse. 

Art.  16.  Tout  homme  (officier  et  non  officier),  qui,  se  voyant  atteint  de  ma- 
ladie vénérienne,  ne  se  présente  pas  à  la  visite  dans  la  huitaine,  est  passible 
d'une  punition  après  guérison. 

Art.  17.  Pendant  leur  séjour  aux  hôpitaux,  les  honmies  atteints  de  maladie 
Ténérienne  ou  contagieuse  seront,  autant  que  possible,  soignés  dans  un  local 
particulier  et  isolés  des  autres  malades.  Sauf  cette  condition,  ils  seront  placés 
sur  le  ménie  pied  que  ces  derniers,  et  aucune  mesure  exceptionnelle  ne  poun'a 
leur  être  appliquée. 

§  H.  —  Êquipaga  des  navires  de  commerce  firançais. 

Art.  18.  Dans  chacun  des  ports  de  l'empire  (France,  Algérie,  colonies),  un 
médecin  de  la  marine  ou  désigné  par  le  ministre  de  la  marine,  et  plusieurs  au 
besoin,  sera  chargé  de  la  visite  des  marins  formant  l'équipage  des  navires  de 
commerce  français,  et  cela  au  dupari  et  à  l'arrivée. 

Art.  19.  Lorsqu'un  des  navires  susdits  devra  prendre  la  mer,  l'autorité  mari- 
time en  avisera  le  médecin  chargé  du  service.  Ce  dernier  passera  la  visite  de 
l'équipage  dans  les  cinq  jours  qui  précéderont  le  jour  du  ddpari. 

Art.  20.  Le  capitaine  et  les  officiers,  intenx)gés  par  le  médecin,  seront  crus 
sur  parole. 

Art.  21 .  11  sera  fait  mention  de  cette  visite  avant  le  départ  et  de  son  résultat 
sur  le  journal  du  bord.  Le  capitaine  et  le  médecin  de  la  marine  signeront  cette 
note. 

Aat«  23.  Pour  chaque  navire  ainsi  visité  avant  le  départ  (et  à  1  arrivée),  le 


410      CONGRÈS  MftDIGAL  mTBANAT10KAL.--GlMQUjfeMË  ftfiARGB  DE  JOUR* 

médecin  de  service  adressera  à  l'autorité  maritime  un  rapport  spécial  par  lequel 
11  l'informera  du  résultat  de  sa  \isite. 

Art.  23.  S'il  est  reconnu  par  le  médecin  de  service  qile  lu  nommé  ou  les 
nommés  (nom^  prénoms  et  g:i*ade)>  de  tel  navire,  sont  atteints  de  maladie  véné- 
rienne» l'autorité  maritime  ne  devra  pas  permettre  le  déport  du  naYÎre  avant 
que  le  ou  les  malades  désignés  aient  été  débai^qués  et  envoyés  atu  hdpitaux. 

Art.  24.  A  l'arrivée  d'un  navire  de  commerce  français  sur  rade  françaiiei 
l'équipage  sera  visité  par  le  médecin  de  la  marine.  Mention  de  cette  visite  sera 
faite  sur  le  jom*nal  du  bord  dans  la  forme  indiquée  à  l'artide  21.  Il  sera  procédé, 
à  l'égard  du  capitaine  et  des  officiers,  comme  U  a  été  dit  à  l'article  30. 

Art.  25  •  Un  double  de  cette  notoi  remis  par  le  médecin  de  service  au  capi- 
taine du  navire»  sera  présenté  par  ce  dernier  à  l'office  sanitaire  en  même  temps 
que  sa  patente  de  santé.  Le  naviie  ne  pouira  être  admis  en  libre  pratique»  loi"»- 
qu'il  y  aura  lieu»  qu'autant  que  les  malades  atteints  de  maladie  vénérienne»  s'il 
s'en  trouve  à  bord,  auront  été  envoyés  aux  bâpitaux. 

Art.  26.  S'il  n'existe  pas  d'hôpital  dans  la  localité»  ou  quei  par  suite  de  causes 
nii^jeures»  les  malades  susdits  doivent  être  maintenus  à  bord»  il  sera  procédé  à 
leur  égai'd  comme  il  a  été  dit  à  l'ariicle  1&.  La  guéiison  d'un  malade  compris 
dans  ce  cas  particulier  devra  être  justifiée  par  le  ceilificat  d'un  médecin* 

Art.  27»  Les  visites  médicales»  au  départ  et  k  l'arrivée»  sont  absolument  gra- 
tuites. 

Art.  28.  Les  marins  des  navii'es  de  commerce  reconnus  malades  de  maladie 
vénérienne  et  envoyés  aux  hôpitaux»  y  seront  soignés  aux  fhiis  du  département 
de  la  marine  (caisse  des  invalides). 

Art.  29.  Lorsqu'un  navii*e  de  commerce  français  sera  pouiTu  d'un  docteur  en 
médecine  ou  d'un  officier  de  santé  ayant  commissioti  de  médecin  sanitaire»  les 
visites  de  l'équipage»  au  dépari  et  à  l'arrivée,  seront  passées  par  le  médecin  do 
navh*c.  Ce  dernier  devra»  en  conséquence»  après  chaque  visite»  i*emettre  au  capi- 
taine un  rappori  qui  sera  transmis  à  l'autorité  maritime. 

I  IIL  •-  Navires  de  guerre  étrangers. 

Art.  30.  Le  commandant  d'un  navire  de  guerre  étranger»  amvant  sur  rade 
française»  devra  produire  une  note  de  son  médecin  dans  laquelle  sera  exposé 
l'état  sanitaire  de  Téqulpagc  éh  ce  qui  touche  les  tualadics  vénériennes. 

Art.  31.  Le  navire  ne  sera  admis  en  libre  pratique  (lorsqu'il  y  aura  lieu) 
qu'autant  qUe  les  ttialfldes  atteints  de  maladie  vénérîetine  oti  contagieuse^  s'il 
s'en  ti*ouve  à  boi*d,  auront  été  envoyés  aux  hôpitaux»  ou  que  le  commandant  se 
sera  engagé,  par  écrit,  à  leur  défendre  l'accès  de  la  terre  jusqu'à  parfaite  gué- 
rison. 

S  IV. —  Navires  de  commerce  étrangers. 

Art.  32.  Le  navire  de  commerce  étranger,  aiTivant  siir  rade  ft'ançaisc»  no  sera 
admis  à  la  libre  pratique  (s'il  y  a  lieu)  qu'autant  que  son  capitaine  aura  déclai^ 
que  les  hommes  de  son  équipage»  visités  par  lul>  sont  libres  ou  non  de  toute  ma- 
ladie vénérienne. 

Art.  33.  Dans  ce  dernier  cas,  le  directeur  de  l'office  sanitaire  accoi'dera  la  libre 
pratique,  mais  il  devra  en  même  temps  aviser  le  consul  de  la  nation»  et  demander 


R£T.  ^  PROraYUXU  llVTBRlIATIOflAlK  DES  ttALADiM  fMÊnilSifMI».      (Il 

que  le  ou  les  hommes  désignés  peu*  le  capitaine  comme  atteints  de  maladie  véné- 
rienne soient  visités  par  le  médecin  de  la  marine»  et,  si  le  rapport  de  ce  dernier 
est  affirmatif,  envoyés  aux  hôpitaux  ou  consignés  à  bord  jusqu'à  guérison  con- 
statée. 

Art.  36»  Loroqu'un  naTlre  de  commerce  étranger  est  pourvu  d'un  médecin» 
il  sera  pit>cédé|  à  ion  égards  conmie  0  est  dit  aux  articles  dO  et  91 . 

TiTBE   III, 

I  t.  -^  Mendiants,  iAi|abeadi,  {^Hlonnieili 

Aar.  35.  Toute  personne»  homme  ou  feaime»  arrêtée  sur  la  voie  publique 
pour  cause  de  vagabondage  ou  de  mendicité^  sera  visitée  par  le  mëdeoia  de  la 
prison  dans  le  plus  bref  délai»  et»  ai  elle  se  trouve  atteinte  de  maladie  Tënériennei 
envoyée  aux  hôpitaux  ou  retenue  à  Tinfirmerie. 

Art.  36.  Toute  personne  qui|  à  la  suite  d'un  jugement  portant  peine  inra* 
mante»  est  dirigée  sur  une  maison  de  détention»  bagne»  prison»  maison  d'arrêt» 
atelier  de  correction,  établissement  fiénitentiaire  quiconque»  dépendant  de  l'au'* 
torité  civile,  militaire  ou  maritime»  sera  vieitée  dès  Tanivëe  par  le  médecin  de 
l'établissement. 

Art.  37.  Lorsque  cette  visite  donnera  connaissance  de  quelque  malactie  véné- 
rienne ou  contag^use»  le  directeur  de  rëtablissemant»  avisé  par  le  médecin, 
fera  conduire  à  l'hôpital  ou  soigner  à  l'infirmerie  la  personne  qtii  en  est 
atteinte. 

Art.  38.  Une  visite  mensuelle  des  personnes  détenues»  comprises  dans  les 
catégories  indiquées  aux  articles  35  et  36»  sera  passée  par  le  médecin  de  l'éta- 
blissement. Un  rapport  spécial  indiquant  le  résultat  de  cette  visite  sera  adresssé 
par  lui  au  directeur  (1). 

$  11.  —  Nourrices  et  nourrissons. 

Art.  39.  Loi*squ'un  enfant  devra  être  conûé  à  une  nounice»  les  parents  de 
l'enfant»  ou  en  tenant  lieu»  seront  en  droit  d'exiger  de  la  nourrice  un  certificat 
signé  d'un  médecin  oti  d'une  sage-femme  ayant  diplôme,  par  lequel  il  sera 
reconnu  que  ladite  nourrice  est  saine  et  exempte  de  toute  maladie  contagieuse. 

Art.  &0.  Par  réciprocité»  la  nourrice  est  en  droit  d'exiger  des  parents»  ou  en 
tenant  lieu,  une  déclaration  signée  d'un  médecin»  constatant  l'état  de  santé  de 
l'enfant  qui  doit  lui  être  confié. 

§  m.  —  Vaccinations. 

Art.  41.  Les  médecins  vaccinateurs  seront  invités  à  user  d'une  extrume 
réserve  dans  le  choix  du  vaccin,  lorequ'ils  opèrent  de  bras  à  bras,  et,  en  outre» 
à  se  conformer  aux  précautions  reconnues  utiles  dans  ce  cas»  pour  éviter  toute 
transmission  morbide. 

(1)  Peut-être  serait-il  préférable  de  foire  visiter  par  une  accoucheuse  spécialement  désif^ée 
les  filles  et  les  famines  auxquelles  sont  applicables  les  art.  85  et  36,  S'il  en  était  ainsi,  Tae- 
eeoclwitte  serait  tenue  de  délirer  au  médecin  chargé  du  service  toute  maladie  vénirietine 
reconnue  ou  même  douteuse. 


ftl2     CONGRÈS  MtolCAL  INTERNATIONAL. -- ClNQinfcMB  SÉANCE  DE  JOUR. 

TlTRB  IV. 

Dispositioui  générales. 

Art.  42.  Tout  homme  admis  dans  un  service  civil  appartenant  à  TËtat  ne 
pourra  être  pourvu  d'un  premier  emploi  s'il  ne  présente  un  certificat  signé  d'un 
médecin,  constatant  qu'il  n'est  atteint  d'aucune  maladie  vénérienne  ou  conta- 
gieuse. 

Art.  43.  Les  directeurs  ou  chefs  de  services  privés  (chemins  de  fer,  usines, 
ateliers,  mines,  etc.)  seront  invités  à  se  conformer,  à  l'égard  du  personnel  em- 
ployé par  eux,  à  l'article  qui  précède. 

Art.  kk.  Aucune  société  de  secours  mutuels  ne  sera  autorisée  à  introduire 
dans  son  règlement  des  articles  exceptionnels  en  ce  qui  touche  ceux  de  ses 
membres  atteints  de  maladie  vénérienne.  Ainsi,  ces  derniers  auront  droit  aux 
mômes  secours  médicaux,  pharmaceutiques,  de  la  pari  de  la  société  à  laquelle 
ils  appartiennent,  que  s'ils  étaient  atteints  d'une  maladie  quelconque. 

Art.  &5.  Une  commission  nommée  par  le  ministre  auquel  il  appartient,  com- 
posée de  médecins  et  d'agents  spéciaux  de  la  sûreté  publique,  aura  à  faire  une 
étude  attentive  de  tout  ce  qui  concerne  la  police  des  maisons  de  tolérance,  la 
police  des  filles  soumises  isolées  et  la  recherche  de  la  prostitution  clandestine. 

Art.  m.  Un  règlement  élaboré  par  cette  commission,  en  prévision  de  tout  ce 
qui  touche  aux  objets  sus-indiqués,  sera  remis  à  l'autorité  supérieure. 

Art.  &7.  Après  approbation  et  toutes  formalités  requises,  ce  règlement  sera 
transmis  aux  agents  chargés  de  le  faire  exécuter;  l'autorité  administrative  avi- 
sera aux  moyens  d'en  assurer  la  rigoureuse  exécution. 


flJBlitiJBS  OBliBRVATlIMS  SUR  liA  «iJBIITI»:«  llf. 

PAR  M.   LE  DOCTEUR  ADAM  ÔWRE  (DE  CHRISTIANIA). 


J'aurai  l'honneur  de  présenter  sur  cette  question  quelques  notions  dont  l'ob- 
servation rigoureuse  contribuerait  sans  doute  puissamment  à  restreindre  ce  mai 
universel. 

De  crainte  de  trop  absorber  le  temps  de  la  section  spéciale,  je  m'efforcerai  de 
ne  donner  à  l'appui  des  difTérentes  propositions  principales  que  les  explications 
les  plus  indispensables.  Toutefois,  pour  le  cas  où  l'on  trouverait  mes  observations 
en  tout  ou  en  partie  assez  dignes  d'altcntion  pour  faire  désirer  des  explications 
ultérieures  ou  plus  détaillées,  j'éprouverai  une  véritable  satisfaction  à  les  fournir. 

La  condition  fondamentale  pour  faire  réussir  ces  efibrts  tendants  à  restreindre 
la  fréquence  et  la  propagation  des  maladies  vénériennes,  est  que  : 

i"  La  proUUution  doU  être  soumUe  à  un  règlement  gépére  «I  dHaillé^  smveQiée  fmr 
un  service  ipécUU  de  police  et  de  médecinsi 


ÔWBE.  —  PBOPHTLAXIE  INTERMàTIONALE  DiS  MALAQIES  VÊMÊRtENNES.  Al 3 

Cette  mesure^  qui  est  la  chose  principale,  bien  que  son  utilité  ait  été  assez 
généralement  reconnue^  n'a  pas  encore  été  appliquée  partout  (par  exemple  en 
Angleterre),  ou  ne  l'a  été  qu'imparfaitement  (par  exemple  en  Autriche).  Quel- 
ques raisons  que  du  point  de  vue  de  la  moralité  on  puisse  alléguer  ou  qu'on 
ait  déjà  allég:uées  contre  l'autorisation  légale  de  la  prostitution,  ces  objections, 
quoique  Traies  et  justes,  doivent  céder  le  pas  à  cette  considération  hygiénique  : 
que  la  pnstUution  est  un  mal  nécessaire.  Et  c'est  pour  l'Ëtat  un  devoir  impérieux 
de  rendre  le  mal  aussi  peu  nuisible  pour  la  société  que  possible. 
Pour  atteindre  ce  but  et  pour  établir  le  contrôle  indispensable,  il  faut  : 
2*  L'étoôitssemefil  de  maisons  publiques  œmme  remède  principal, 
les  règlements  spéciaux  pour  l'organisation  et  l'administration  de  ces  maisons 
deTTont  naturellement  être  donnés  par  les  autorités  locales;  mais  je  crois  cepen- 
dant utile  de  présenter  quelques  règles  générales  dont  je  recommanderai  l'iatro- 
duction  et  l'observation  : 

a.  La  visite  aura  lieu  au  moins  deux  fois  par  semaine. 

b.  Elle  ne  sera  faite  que  par  les  médecins  autorisés  par  la  police. 

e.  11  y  aura^  à  cet  effet,  des  dispensaires  établis  et  surveUlés  par  la  police. 

d.  La  visite  sera  soumise  à  l'inspection  et  au  contrôle  direct  de  la  police  de 
santé. 

e.  Elle  sera  obligatoire  pour  toutes  les  femmes  inscrites. 

A  Elle  ne  pourra  être  reconnue  valable  à  moins  d'avoir  été  faite  par  les  méde- 
cins de  police. 

g.  Ceux-ci  sont  seuls  en  droit  de  délivrer  des  certificats  et  de  fournir  des  décla- 
rations dans  toutes  les  questions  relatives  à  la  prostitution. 

A.  Dans  les  cas  de  maladie  bien  constatés,  les  malades  devront  immédiatement 
être  envoyées  à  T hôpital;  dans  les  cas  douteux,  les  malades  seront  soumises  à 
l'observation  des  médecins. 

On  se  fera  facilement  une  idée  de  tout  ce  qu'il  y  a  d'inexcusable  et  de  pernicieux 
pour  la  société  dans  le  défaut  de  contrôle  public,  en  comparant  les  pays  sans  con- 
trôle à  ceux  où  la  prostitution  est  soumise  à  des  règl^nents  et  à  la  surveillance 
de  la  police.  11  sera  difficile  de  trouver  ailleurs  un  spectacle  aussi  scandaleux  que 
celui  de  ces  prostituées  ambulantes  qui  fourmillent,  par  exemple,  dans  les  rues 
de  Londres  et  des  grandes  villes  de  fabrique  d'Angleterre. 

Une  multitude  de  raisons  expliquent  clairement  combien  il  serait  difficile  d'éta- 
blir par  des  chiffres  irréfutables  l'influence  respective  des  diverses  espèces  de 
prostitution  sur  la  propagation  des  maladies  vénériennes;  toutefois,  tout  porte  à 
juger  d'avance  que  la  prostitution  régulièrement  surveillée,  avec  un  système  de 
visites  consciencieusement  poursuivi,  offrira  à  la  société  plus  de  garantie  que  la 
prostitution  clandestine  avec  ses  visites  pour  ainsi  dire  privées,  dans  quelques  pays 
même  toutes  volontaires. 

Les  chiffrer  suivants,  tirés  des  rapports  du  chef  des  visites  publiques  à  Chris* 
tiania,  semblent  démontrer  jusqu'à  l'évidence  l'avantage  de  la  prostitution  to- 
lérée. 

n  a  été  constaté  : 


hih       CONeafcS  MÊMCAL  INTemiATIONAL.  ^  GINQUiimfi  SttAHCË  DB  lOOB. 

de  mftUdi?  aérienne  PwjUtaéâi  liro.tit»é,r« 

1862,, 3,7  23,15 

1863 5  26,77 

1864 A  19 

1865 8,5  35 

i836..,, i«,.  A  gQ,5 

Moyenne  de  eee  5  annéee.  A, 2  34^86A 

Ces  chiffres  srat  bases  sur  26  050  visites. 

11  ne  faut  cependant  se  senrir  qu'avec  une  certaine  précaution  de  ces  chiffres, 
dont  0  est  impossible  de  garantir  reiaetitude  absolue»  la  colonne  des  prostituées 
clandestines  renfermant  quelques  persœinot  qui  n'ont  pas  exeluaivemeitt  trouvé 
leurs  ressources  dans  la  prosUtution,  mais  qui  ont  attiré  sur  elles  l'attention  de 
l'inspection,  soit  par  une  dénonciation  directe  à  la  police  en  cas  de  contamination 
bien  constatée,  soit  par  leur  manière  de  vivre  générale.  Mais,  même  en  mettant 
la  moyenne  des  cas  de  maladie,  parmi  les  femmes  non  inscrites,  à  20  p.  400 
contre  5  p.  400  parmi  les  fenames  inscrites,  cette  différence  si  oonsid^uMe  doit 
cependant  plaider  la  cause  de  l'institution  des  règlements  de  la  làçon  la  plus  évi- 
dente et  la  plus  énergique. 

Ce  fait,  si  souvent  cité  depuis  quelques  années,  que  l'armée  et  la  llotto  anglaise 
offï^nt  un  nombre  de  maladies  vénériennes  si  excessif  en  comparaison  de 
celles  de  la  Belgique  et  de  la  France,  par  exemple,  fournit  également  une 
preuve  très-fhippante  en  ftiveur  de  la  prostitution  surveillée;  car  c'est  dans  sa 
prostitution  sans  lois  et  sans  frein,  et  point  ailleurs»  que  l'Angleterre  doit  cher* 
cher  l'explication  de  ce  triste  phénomène. 

n  existe  dans  presque  tous  les  pays  de  l'Europe  une  coutume  très-peu  rassa* 
rante,  c'est-à-dire  :  beaucoup  de  filles  publiques  ont  leur  viriteur  particulier  qui 
vient  les  voir  ches  elles>  et  là,  tout  seul  et  sans  contrôle,  il  procède  à  la  visite  une 
ou  deux  fois  par  semaine.  Ces  messieurs  délivrent  en  même  temps  un  eertifieat. 
En  cas  de  maladie,  et  si  les  ressources  de  la  malade  lui  permettent  de  se  ftdre 
traiter  à  domicOe,  c'est  ce  même  viriteur  qui  se  charge  ordinairement  du  traite- 
ment. La  plupart  de  ces  cas  échappent  complètement  à  la  police,  et  quand  méine 
elle  en  serait  avertie,  quelle  garantie  a-t-on  donc  contre  la  propagation  uitérieme 
de  la  maladie?  aucune  I 

Je  répéterai  donc  enctore  une  fois  qu'il  fliul  que  la  pit)siitution  soit  pubHquo  et 
astreinte  à  des  règlements  administratife,  à  des  vi^es  obligaloires,  et«  en  cas  de 
maladie,  à  l'entrée  forcée  dans  l'hôpital. 

D'ailleurs,  ce  métier  de  visiteur  courant  de  son  propre  chef  d'une  prostituée  à 
l'autre  est  inéigiie  du  vrai  médedn. 

3*  Il  sera  absolument  indispensable  que  les  policlmqueê  0ê  Im  âUpmmitts  i'ékê^ 
Henmnt  de  tMUêr  les  nffècêUms  vénéHminêê  ùontagimues,  et  qu'ik  aient  seulement 
soin  de  fiiire  Imnlédlateineiit  entrer  ^  l'hêpital  les  malades  de  cette  naturct 

On  me  reprochera  peut-être  d'avancer  im  paradoxe^  lorsque  je  prétends  que  Us 
tentatives  faites  par  ces  institutions  pour  guérir  individuellement  oed  maladlesi 
Contiibuent  à  les  propager  parmi  le  public; 

Ori  il  faut  se  rappeler  pendant  combien  dé  temps  parfois  léâ  affections  blcn- 
hori*hagiqués,  et  en  général  les  affections  syphilitiques,  conservent  leur  principe 
Contagieux  (pour  les  premières,  nous  savons  qu'il  n'est  pas  facile  de  fixer  d'époque 
positive  où  elles  cessent  d'être  contagieuses;  pour  les  dernières,  on  peut  sans 


ÔWftl.  -^  PttO^HYLAlLIË  IKTËRMATlONAtE   DES  MALADIES  VÉNÉRIENNES.   &15 

doute  la  fixer  à  deux  ans  après  les  manifestations  universelles^  quel  qu'en  ait  ëtd 
le  Iraitement).  Ajoutons  à  cela  que  ce  sont  principalement  des  personnes  pauvres^ 
négligentes  et  débauchées  qui  fréquentent  ces  établissements  gratuits^  où  on  laisse 
ordinairement  à  l'appréciation  des  malades  eux-mêmes  s'ils  doivent  entrer  à 
l'hôpital  ou  se  faire  traiter  ailleurs.  Dans  le  dernier  cas^  ils  sont  laissés  sans  con- 
trôle à  eux-mêmes  et  à  leurs  penchants.  En  présence  de  ces  circonstances,  il 
semble  hors  de  doute  que  ces  malades  doivent  être  des  propagateurs  très-actife  de 
Il  maladie. 

SI  donc  on  veut  arriver  à  un  résultat  positif  par  les  mesures  prises  pour  res- 
treindre le  mal  vénérien^  il  faut  nécessairement  arrêter  les  dispensaires  dans 
cette  voie  et  détruire  ce  foyer  d'infection  en  mettant  tous  ces  individus  hoi-s  d'état 
de  nuire  à  la  société^  soit  par  leur  entrée  dans  un  hôpital^  soit  par  l'obligation  de 
foomir  la  déclaration  d'un  médecin  qui  se  chargera  de  leur  traitement  et  garan- 
tira que  le  malade  ne  contribuera  pas  volontairement  à  propager  la  maladie.  Oi*^ 
cette  déclaration  étant  de  ftdt  presque  impossible  à  donner  pour  l'homme  con- 
sciencieux^ le  malade  sera  le  plus  souvpnt  obligé  de  recourir  à  l'hôpital.  De  plus^ 
il  &adndt  que  ces  attestations  fussent  soumises  à  la  police  de  santé  pour  être 
reconnues  valables.  H  fondrait  donc  aussi  que  la  police  eût  des  fonctionnaires 
attachés  aux  hôpitaux  policliniques^  où  l'on  pourrait  s'attendre  à  voir  amver  des 
malades  syphilitiques  ^  pour  prendre  exactement  note  de  leurs  noms  et  do- 
miciles. 

En  raison  de  la  grande  contagion  de  cette  affection^  les  enfonts  atteints  de 
syphilis  héréditaice  entreront  naturellement  aussi  dans  cette  catégorie. 

ie  prévois  que  ces  propositions^  tendant  à  une  organisation  toute  nouvelle  et  h 
la  création  de  nouveaux  et  grands  établissements^  seront  indubitablement  reçues 
avec  hésitation^  peut-être  même  avec  opposition,  particulièrement  en  raison  de 
l'augmentation  de  frais  que  l'application  de  cette  mesure  imposerait  à  l'État  et 
aoi  communes. 

Mais^  examinées  de  plus  près  et  exécutées  d'après  l'idée  que  je  m'en  suis  faite, 
rflea  porteront  peut-être  moins  d'ombrage.  Or,  je  ne  voudrais  pas  que  les  véné- 
riens fussent  admis  dans  les  hôpitaux  comme  des  malades  ordinaires,  pour  y 
recevoir  seulement  sans  rien  donner  en  échange. 

Dans  le  fait,  quel  inconvénient  y  aurait-il  à  foire  travailler  ces  individus? 

Ce  serait  là  le  moyen  de  recouvrer  une  assez  grande  pariie  de  l'augmentation 
<ie8  frais,  ie  pense  qu'un  malade  adulte  pourrait  gagner  au  moins  50  centimes 
par  jour;  en  évaluant,  par  exemple^  le  nombre  des  vénériens  de  la  ville  de  Paris 
^mis  dans  les  hôpitaux  à  10  000  par  an,  ceux-ci  gagneraient  pendant  la'^même 
«époque,  par  leur  travail>  4  500  000  francs,  en  comptant  trois  cents  jours  ouvriers 
par  an.  Cette  sfômme  subirait  cependant  une  certaine  réduction  par  suite  de  rem-" 
péchemcnt  de  travailler,  éprouvé  de  temps  en  temps  par  certains  malades  souf- 
frant, par  exemple,  de  douleurs  violentes  ou  d'autres  phénomènes;  une  autre 
diminution  proviendrait  sans  doute  de  ce  que  les  mères  admises  pour  soigner  leurs 
enfanfft  syphilitiques,  et  essentiellement  occupées  de  ces  soins,  n'auraient  guèrâ 
de  teinps  à  consacrer  au  travail  exigé  dans  l'intérêt  de  l'étahlissementi  fin  égard 
à  CCS  réductiofaê)'  noua  fixerons  done  la  valeur  du  travail  jouroalier  à  BO  centime^ 
par  Dudade,  dt  noua  obtiâtidlt>n8  ehcorë  le  produit  eonsidérable  do  900000  francs; 

Considérons  encore  le  fait  suivaht.  Pendant  lés  dix  années  de  1853  à  1869,  lé 
nombre  dea  malades  vénériens  tndtés  à  l'hôpitAl  de  TUiliversité  pour  le  compte 
de  la  commune  de  Christiania  était  de  1913,  et  les  frais  se  sont  élevés  à  154  828 


616       CONGBËS  MÉDICAL  INTERNATIONAL.  —  CINQUIËME  SÉANCE  DE  lOtR. 

francs.  En  supposant  que  ces  1913  malades  eussent  travaille  pendant  leur  séjour 
à  l'hôpital  à  raison  de  ces  30  centimes  par  jour^  cette  somme  eût  été  diminuée  de 
27  196  francs  (1). 

Ces  établissements,  qui  auraient  le  double  but  de  guérir  et  de  faire  trayailler 
les  malades^  et  qui,  selon  moi^  devraient  se  rapprocher  des  colonies  des  aliénés, 
offriraient  d'immenses  avantages  sous  le  double  rapport  hygiénique  et  thérapeu- 
tique. Comme  de  raison,  ils  ne  devraient  pas  être  situés  au  centre  des  nombreux 
bâtiments  d'une  ville,  niais  au  milieu  de  la  campagne.  Et  il  n'existe  sans  doute 
pas  de  nos  jours  de  thérapeutiste  qui  ne  préfère  pour  cette  classe  de  malades  l'air 
lï*ais  et  sain  de  la  campagne  à  Tair  renfermé  de  l'hôpital. 

11  y  a  actuellement  peu  de  méthodes  de  guérison  des  affections  vénériennes  qui 
exigent  que  le  malade  garde  continuellement  le  lit,  et^  excepté  le  traitement  par 
la  «  dérivation  »  et  la  «  s^'phOisation  »,  il  n'y  a  pas  non  pins  de  méthode  qui  en- 
trave k  liberté  des  mouvements  du  malade.  Mais^  conmie  nous  le  savons  et 
comme  elles  le  méritent,  ces  méthodes  ne  s'exercent  que  dans  un  cercle  asset 
restreint. 

&®  Dans  tous  les  pays  et  dans  tous  les  temps  on  s'est  plaint  et  l'on  se  plaint  en- 
core continuellement  que  les  soldats  et  les  matelots  contribuent  pour  une  si  grande 
part  à  propager  les  maladies  en  question.  Sans  doute  ces  plaintes  sont  fondées, 
mais  elles  retombent  de  tout  leur  poids  sur  les  supérieurs  de  ces  deux  classes  en 
élevant  hautement  la  voix  contre  le  défaut  de  contrôle  sous  bien  des  rapports  (2). 

Le  contrôle  exercé  sm*  les  hommes  en  garnison  et  en  caserne  doit  consister  en 
visites  régulières,  fréquentes  et  minutieuses.  Ces  vL4tes  devront  être  faites  de  la 
part  des  médecins  avec  plus  de  soin  qu'on  n'en  a  généralement  mis  jusqu'à  po- 
sent. 11  serait  aussi  très-utile  qu'un  officier  assistât  à  ces  visites. 

Les  soldats  au  camp  et  les  matelots  en  campagne  doivent  être  visités  lorsqu'ils 
se  réunissent  et  loi^s^u'ils  se  séparent;  il  doit  aussi  y  avoir  des  visites  intermé- 
diaires, mais  avec  des  intei*valles  un  peu  plus  longs  que  dans  les  garnisons.  Quant 
aux  matelots,  les  visites  doivent  être  un  peu  plus  fréquentes  pendant  les  six  pre- 
mières semaines  après  le  départ  d'une  ville,  à  cause  de  la  longue  période  d'incn* 
bation  du  chancre  infectant  dans  certains  cas. 

Il  serait  aussi  très-bon  de  prescrire  des  bains  continuels,  surtout  pour  les  gar- 
nisons, et  toijgours  sous  une  surveillance  médicale  et  militaii*e. 

Autrefois  j'ai  entendu  citer  imc  ville  (Hambourg,  je  crois)  où  les  règlement^ 
décidaient  que  la  femme  publique  qui,  en  cas  d'infection,  se  présentait  d'cUe* 
même  à  l'administration  de  santé,  serait  mieux  tmtée  et  nourrie  gratis  à  l'hôpital* 
Après  sa  sortie,  elle  recouvmt  son  carnet  plus  tôt  que  celle  qui  ne  fut  reconnue 
malade  que  par  la  visite  publique,  surtout  loi*squ'on  pouvait  présumer  avec  quelque 
vraisemblance  qu'elle  n'ignorait  pas  son  état.  Dans  ce  cas,  le  séjour  de  l'hôpital 
fut  moins  doux;  les  femmes  furent  obligées  de  payer  les  frais  de  leur  traitement, 
et  après  leur  guérison  elles  furent  pendant  quelque  temps  privées  de  leur 
carnet. 

(1)  Au  point  de  vue  de  rèconomie,  il  serait  aussi  très-important  de  faire  généralemeot 
adopter  le  traitement  symptomalique  (aussi  appdé  par  erreur  eipeetant)  pour  la  syphilis  vai* 
vertelle.  Depuis  (|iielqttea  années,  ee  traitement  a  toujours  gagné  de  nouveaux  partisai»  0» 
Angleterre  et  en  Franco  ;  je  l'ai  moi-même  pratiqué  à  Chrialiania  pendant  les  quatre  demièrei 
années,  et  i*ai  obtenu  les  résultats  les  plus  satisfaisants. 

(2)  Les  marins  dont  je  parle  ici  ne  se  composent  que  des  équipages  permantnls  des  m* 
rines  do  guerre.  Plus  loin  nous  allons  traiter  des  matelots  de  niariues  marcbaiides. 


OWRL  —  PROPHYLUIE  INTEBNATIONÀLË  D£$  UALADIES  VÈNÉRIEMNBS.  fti7 

Si  l'on  voulait,  selon  les  circonstances,  appliquer  de  pareilles  mesures  aux 

s'ildats  et  aux  maiins,  je  serais  dispose  à  croire  à  une  amélioration. 

ijuant  aux  matelots  des  flottes  marchandes,  la  question  est  beaucoup  plus 

liifGcile  à  résoudre  avec  les  lois  actuelles;  mais  il  est  indubitable  qu'en  raison  de 
l'importance  de  cette  question  au  point  de  vue  de  la  santé  publique,  on  pourrait 
arriver  à  quelques  changements.  La  statistique  est  impossible^  car  les  équipages 
des  navii'cs  marchands  constituent  des  foyers  de  contagion  d'une  puissance  excep- 
tionnelle. 

Quelque  désirable  et  quelque  important  qu'il  fût  d'empêcher,  sous  peine 
d'amende  pour  le  capitaine»  tout  navire  arrivant  de  l'étranger ^  de  communiquer 
arec  la  teire  avant  que  l'équipage  tout  entier  eût  été  visité  par  un  des  médecins 
de  la  police  hygiénique  (i),  je  n'ose  pourtant  pas  faire  de  proposition  directe  à  ce 
<«ujet  en  raison  de  ce  qu'une  pareille  mesure  aurait»  dans  une  foule  de  cas, 
d'odieux  et  d'impraticable.  Toutefois»  si  quelqu'un  pouvait  réussir  à  trouver  une 
fonue  praticable  pour  des  dispositions  de  cette  nature  et  qu'il  fût  possible  de  les 
faire  adopter»  il  y  aurait  un  grand  pas  de  fait.  Je  me  bornerai  à  appeler  l'aiten- 
\M)n  publique  sur  cette  question  et  à  en  faire  ressortir  l'importance. 

Pour  les  navires  en  partance  au  contraire»  les  difficultés  sont  moindres»  et  il 
serait  fodle  d'adopter  des  mesures  asseas  rassurantes.  Paimi  les  papiers  de  bord» 
chaque  bâtiment  est  tenu  d'avoii*  un  rôle  d'équipage»  dont  on  pouirait  en  mémo 
temps  faire  un  document  pour  la' police  de  santé»  en  ne  permettant  à  amuu  fuxvire 
d'être  expédié  en  douane  qu'après  la  visite  préalable  de  l'équipage  et  une  annotation 
faite  sur  le  rôle  d'équipage  pm*  un  des  médecins  de  l'administration  sanitaire,  consta-' 
M  qa*il  n'a  été  découvert  à  bord  auctme  maladie  contagieuse  {notammetit  aucune 
offection  vénériemie). 

11  est  naturel  que  cette  visite  devrait  avoir  lieu  immédiatement  avant  le  départ 
du  navire. 

En  cas  d'ajournement  du  voyage  et  de  nouvelles  communications  avec  la  terre» 
il  faudrait  renouveler  cette  visite.  La  violation  ou  la  non-observation  de  ces 
dispositions  devrait  entraîner  pour  le  capitaine  une  peine  (amende)»  à  l'instar  de 
ce  qui  a  lieu  dans  beaucoup  de  pays  lorsque  les  rôles  d'équipage  ne  sont  pas  dans 
l'ordre  voulu  par  la  loi. 

Les  navires  servant  au  transport  des  émigrants  devront  aussi  être  soumis  au 
contrôle,  mais  avec  une  discrétion  toute  particulière.  Le  meilleur  moyen  et  le 
moins  choquant  serait  peut-être  de  défendre  au  capitaine»  sous  peine  d'amende» 
^e  recevoii'  à  bord  tout  homme  non  muni  d'une  patente  de  santé  autorisée.  Ce 
certificat  devrait  être  présenté  inmiédiatement  avant  le  départ,  autant  que  possi- 
ble le  jour  même  du  dépai't.  Si  parmi  la  paiiie  féminine  des  émigrés»  il  se  trouvait 
des  personnes  d'une  mine  douteuse  ou  d'une  mauvaise  réputation  notoire  (ce 
4ui  pouira  arriver  très-facilement»  les  filles  publiques  émigrant  souvent)»  la  po- 
lice de  santé»  chargée  de  l'inspection  directe  et  générale  des  pasagcrs  api'ès  l'em- 
liarquement»  devra  exiger  des  femimes  de  cette  nature  un  ceiiificat  d'un  de  ses 
propres  médecins  avant  de  consentir  à  son  départ. 

(1)  Peut-être  pourrait-on  pour  cette  visite  obliger  le  navire  à  payer  un  pellt  droit,  qui  ser- 
^t  à  rembourser  en  partie  à  la  commune  les  honoraires  de  ces  fonctionnaires.  Plusieurs 
nùioDs  parlent  cependant  pour  la  gratuité  de  ces  visites,  cette  mesure  étant  pour  ainsi  dire 
dans  rintérèt  exclusif  de  la  commune  ;  comme  une  charge  nouvelle  pour  le  navire,  cette  dis- 
poiition,  d^à  gênante,  serait  reçue  avec  indignation. 

27 


2ii8      GONGBfcS  MÉDICAL  INTERNATIONAL.  —  ClNQUlfeUrS  SÉANCE  1>E  JOUR. 

il  110  sera  guère  possible  d'ùiiposcr  des  visiter  fbrct^es  à  ranîvëc  du  navire  à 
soii  lieu  de  dastination.  Toutefois^  dans  le  rapport  pi-ésciité  aux  autorités  sanitain»* 
du  lieu  sur  l'état  des  passagers  et  de  l'équipage,  le  capitaine  sera  exprcssimcnt 
tenu  de  dénoncer  exacteniettt  les  cas  vénériens  qui  pourraient  exister  à  boiii  et 
qui  seraient  parvenus  à  sa  connaissance.  11  lui  sera  d'ailleui's  enjoint  de  s'en 
enquéiir. 

11  serait  sans  doute  utile  de  faire  insérer,  dans  le  règlement  pour  les  na\iix'!' 
chargés  du  lranspoi*t  des  éoiigi'ants,  cette  paiiie  de  mes  «  propositions  à  la  Com- 
mission sanitaire  h  Christiania  »  ci^jointes,  qui  traite  des  dispositions  pénales  ptjur 
celui  qui,  bien  que  connaissant  sa  maladie,  la  communique  à  d'autres,  el  de 
foiiis  porter  ce  règlement  à  ta  connaissance  des  passagers  et  des  équipages. 

l^*des  mesures  de  cette  natui*e,  la  connaissance  du  danger  attaché  aux  affec- 
tiotis  vénériennes  pénétrerait  peu  à  peu  dans  la  conscience  des  matelots.  La 
double  crainte  de  ce  danger  et  de  la  punition  les  rendrait  indubitablement  plus 
attentife  à  eux-mêmes^  et  contribuerait  par  cotiséquent  essentiellement  à  rc^^ 
Ireindi'e  la  propagation  de  ces  n^aladies>  dont  un  nombre  assez  grand  s'introduit 
par  cette  voie. 

5*  L^exercioe  presque  illimité  et  ti^  peu  contrôlé  de  la  thérapeutique,  li\Têe 
dans  beaucoup  de  pays  à  l'exploitation  ti'individus  non  autorisés  et  non  qualifiés. 
ne  contribue  pas  peu  à  la  propagation  des  maladies  vénériennes.  Si  les  gouver- 
nements ne  songent  pas  à  ari'éter  ces  empiriques,  toutes  les  autres  mesurer 
d'itygiène  et  de  restriction  n'atteindront  que  très-hnparfaitement  leur  but.  i.cf 
nombreux  chaiiatans,  de  «  spécialistes  »«  de  docteurades  ports,  de  pharmaciens 
praticiens,  etc.,  travailleront  toujom*8  dans  un  sens  contrBii*e  à  l'intérêt  général. 
Or,  le  médecin  exclusivement  homme  d'affaires  est  un  mauvais  citoyen  et  nul- 
lement philanthrope  :  toutes  ses  actions  ne  sont  inspirées  que  par  Tëgoîsmc  le 
plus  matériel. 

Tons  les  malheurs^  privés  et  les  grandes  pertes  d'argent  dont  ces  messieurs  sont 
seuls  auteurs  ne  sont  que  trop  connus;  ce  n'est  pas  d'ailleurs  ici  que  nousdc^'oiif 
traiter  celte  face  de  leur  vile  et  dangereuse  action. 

V^u'on  n'oublie  pas  au  moins  de  faire  tarir  cette  source  d'infection,  autorisé: 
jusqu'à  présent  !  Quelque  indirecte  que  soit  son  action,  elle  a  cependant  tonte 
l'iiiiportaiice  d'un  vrai  dispensaire  de  la  contagion. 

La  gi'avité  de  ces  paroles  sera  sans  doute  reconnue  pai*  tous  ceux  qui  connais- 
sent un  peu  les  mystères  des  grandes  villes,  et  surtout  des  grands  ports  de  nier, 
coiDOie  Londres,  Liverpool>  New-York,  etc. 

Le  bteil  public  réciante  impérieusement  que  l'état  prenne  le  rôle  de  protecteur 
et  de  tuteur  du  peuple  contre  cette  classe  d'industriels. 

Enfin  je  ne  dois  pas  omettre  de  faire  observe)"  que  les  médecins  pourront  puis- 
samment soutenir  parmi  leurs  clients  la  police  de  santé  publique  en  se  confor- 
mant à  l'invitation  ronfemiée  dans  les  propositions  ci-jointes  que  j*ai  présentées, 
il  y  a  quelques  années,  au  chef  de  l'hygiène  de  la  ville  de  Christiania.  Les  me- 
sures et  les  exhortations  au  public  "de  la  part  de  Tadministration  sanitaire  que 
j'y  ai  indiquées  ne  pourront  non  plus  faire  autre  chose  que  de  Contribuer  à  r05- 
treinére  les  s^ffcctions  vénériennes. 

Mais,  sur  ce  point,  il  faut  que  tous  aient  franchement  et  loyalement  pour  but 
le  Tncn  commun,  et  fli  est  sans  doute  permis  de  supposer  cet  esprit  chc«  le  uiê- 
decin  probe  et  huuiahi,  mais  non  chez  le  praticien  purciueut  homme  d'affaÎJi». 


0\Vft£.  —  PROPIIYLAXIB  INTERNA TIONALB  DBS  MALADIES  VÉNÊRIBNNE&    /il9 

On  trouvera  un  petit  compte  rendu  de  la  prostitution  à  Christiania  dans  l'eu- 
>Tagc  de  M.  Parent-Duch&telet  :  De  la  prostitution  de  la  ville  de  Pans,  4857.  Les 
dispositions  de  cette  époque  sont  actuellement  suppléées  et  un  peu  modifiées  :* 
ainsi,  la  visite  de  toutes  les  filles  publiques  a  lieu  deux  fois  par  semaine  ;  en  cas 
de  maladie^  elles  entrent  à  l'hôpital  immédiatement  après  la  visite  sans  même 
avoir  pu  communiquer  avec  leur  domicile  ;  il  n*est  permis  à  personne  de  se  faire 
M)igner  à  domicile  (1). 

IVrar  servir  d'appui  à  mes  obsen^tions^  j'appellerai  tout  particulièiiement 
l'attention  sur  les  débats  qui  ont  eu  lieu  ce  printemps  dans  «  the  Harveian  So- 
cietv  »^  à  Londres^  sur  des  questions  qui  s'y  rattachent. 

COPIE  d'une  lettre  au  médecin  de  la  ville  de  curistiania. 

ft  Monsieur  le  médecin  de  la  villc^ 

D  Dans  l'espoir  de  pouvoir  contribuer  à  diminuer  jusqu'à  un  certain  point 
la  propagation  des  maladies  vénériennes,  j'ai  l'honneur  de  soumettre  à  votre 
eiamcn  les  propositions  suivantes  dans  le  but  de  les  faire  adopter  peut-être  à 
Christiania. 

>  A.  —  Six  dispositions  qui  devront  être  affichées  dans  les  différentes  pièces 
des  maisons  publiques  : 

«  1*  Toute  prostituée  aura  son  carnet  ou  livret  de  police.  Si,  sur  la  demande 
'{ui  lui  en  est  faite,  elle  ne  peut  l'exhiber,  personne  ne  doit  avoir  affaire 
avec  clic. 

»  2*  Dans  chaque  chambre,  il  y  aura  toujours  de  l'eau  propre,  du  savon  et  un 
e^uie-mains. 

»  y  Les  ^^sitcurs  sont  avertis  qu'en  lavant  soigneusement  le  pénis,  tant  exté- 
iieurement  que  sous  le  prépuce,  et  en  urinant  immédiatemeid  après  la  copula- 
tion, on  peut  ti'ès-souvenl  écarter  la  contagion  dans  des  cas  o(i  autrement  on  y 
serait  exposé. 

»  4*  Tout  homme  et  toute  femme,  convaincus  d'avoir  sdemmeni  communiqué 
la  maladie  en  cherchant  ou  en  ne  refusant  pas  coït,  s'exposeront  à  toutes  les  ri- 
gueurs des  lois. 

»  5"  En  négligeant  l'observation*  des  règles  prescrites  par  les  articles  1  et  2, 
Ic^  femmes  publiques  seront  punies  en  cas  de  dénonciation  à  la  police  ou  lorsque 
ccllc^i  sera  parvenue  à  découvrir  cette  inobservation. 

B  6*  Celui  qui  enlève,  détruit  ou  salit  le  présent  règlement  sera  poursuivi  pai* 
la  police  en  cas  de  dénonciation.  Autrement,  la  femme  habitant  la  chambre  en 
>era  responsable. 

«  Signé  :  la  Police  sANrrAiRE  de  Coiustiania.  t> , 

OBSERVATIONS. 

Al  "Art.  1.—  En  règle  générale,  le  livret  est  remis  au  médecin  chargé  des  visites 

\i)  M.  le  professeur  Boecli  m'a  prié  de  fadre  observer  que  les  rensfiignements  sur  la  pros- 
titution a  ChriaUania,  qui  se  trouTent  insérés  dans  l'ouvrage  de  M.  Parent-Ducbàtelel,  lui  ont 
été  cofflBiuiiiquét  par  M,  le  docteur  0.  Land,  qui  a  été  pendant  plusieurs  années  chef  des 
élites  poUiques. 


U20    CONGRkS  MÉDICAL  INTERNATIONAL.  —  CINQUIËMB  SÉANCE  0£  JOUR. 

à  l'époque  de  la  menstruation  et  à  la  découveile  de  phénomènes  de  caractère 
douteux^  sans  qu'on  puisse  positivement  aflirmcr  qu'ils  sont  de  nature  infcc- 

*tante.  U  se  présente  ici  une  grande  question»  ù  savoir  si  la  prostituée,  dans 
Teiercice  de  son  trafic,  n'aurait  pas  le  di*oit  de  réclamer  son  livret  aussitôt  après 
la  cessation  de  la  menstruation  ou  des  phénomènes  suspects.  Pai*  la  privation  du 
carnet,  elle  pourra  risquer  de  voir  suspendre  sou  trafic  pendant  quatre  joui*s  ij^ar 
exemple  de  samedi  à  midi  jusqu'à  mercredi  au  matin),  la  visite  publique  n'ayant 
lieu  que  le  mercredi  et  le  samedi.  Il  devrait  donc  être  permis  à  la  ûlle  publique 
de  réclamer  le  livret,  soit  directement  au  médecin  de  la  police  sanitaire,  soit  à 
la  police  même.  Ce  dernier  procédé  me  semblerait  préférable.  Mais  il  faudnit 

*  naturellement  en  ce  cas  faire  appuyer  la  demande  d'un  certificat  du  médecin 
constatant  que  la  fille  est  parfaitement  saine. 

Après  chaque  visite,  les  livrets  deM*aient  donc  être  ti'ansmis  à  l'administratioa 
de  la  prostitution . 

E)n  considérant  que  les  filles  publiques  payent  très-cher  leur  logement  et  leur 
nourriture,  on  doit  leur  faciliter  autant  que  possible  l'exercice  de  leur  commerce 
légal. 

Aux  Art.  2  et  3. — 11  est  vrai  qu'on  trouve  généralement  dans  les  chambres  ce? 
objets,  mais  le  plus  souvent  en  désordre  et  imparfaitement.  Une  injonction  po- 
sitive engagerait  les  prostituées  à  plus  d'exactitude  à  cet  égaixi  ;  peut-être  môDic 
qu'averties  et  convaincues  de  l'utilité  des  avis  donnés  à  leui-s  visiteurs^  elles  le»  inci- 
teraient à  l'observation  de  cette  propreté  qui  serait  en  même  temps  une  garantie 
pour  elles-mêmes. 

Par  plusieui's  raisons,  il  serait  mal  à  propos  d'enjoindre  aux  filles  d'avoii'  daib 
leurs  chambres  delà  solution  de  chlorure  de  chaux,  de  l'acide  acétique  dilué, etc., 
et  complètement  superflu,  si  l'on  y  trouve  du  savon  qui  écyme  facilement. 

On  pourrait  faire  à  l'article  3  cette  objection,  que  ces  avertissements  au  public 
contiibueraient  à  donner  à  l'immoralité  une  nouvelle  impulsion.  C'est  là  en 
vérité  une  objection  de  peu  depoilée;  cai'  l'observation  de  cette  précaution  ofTiim 
seulement  la  possibilité  d'éviter  la  contagion,  mais  elle  ne  donne  aucune  garan- 
tie positive.  La  plupart  des  visiteui*s  sont  d'ailleurs  dans  des  dispositions  d'esprit 
à  ne  pas  penser  du  tout,  ou  au  moins  à  ne  pas  fah*e  grande  attention  à  ces  pré- 
cautions prései'vatives.  Dans  ces  circonstances,  ce  sont  principalement  les  lille> 
qui  pomix>nt  prêter  leur  assistance,  surtout  si  cela  leur  a  été  enjoint  lors  de  leur 
inscription. 

Il  ne  seri  à  rien  de  dire  que  la  maladie  est  une  punition  bien  méritée  qn  en- 
traîne d'elle-même  la  débauche^  car  les  hommes^  quoique  bien  avertis  de^ 
risques  qu'ils  courent,  n'en  restent  pas  moins  libertins. 

Tant  que  la  prostitution  publique  continuera  à  êti*e  un  mal  nécessaire  [et  il 
faut  qu'elle  soit  publique  dans  toute  l'acception  du  mot,  eu  égard  surtout  aa 
contrôle  plus  facile  de  la  part  de  la  police),  il  est  aussi  du  devoir  de  l'adminL^- 
tration  hygiénique  de  rendre  les  conséquences  du  mal  aussi  peu  nuisibles  à  1> 
société  que  faire  se  peut. 

La  prophylaxie  est  le  but  définitif  de  l'hygiène. 

A  TArt.  U> —  Il  faut  donc  absolument  que  le  bras  de  la  loi  atteigne  celui  qui,  dt' 
propos  délibéré  et  en  parfaite  connaissance  de  son  état,  répand  la  maladie  u*ne- 
rienne.  Cette  phrase  morale  si  ronflante  que  <(  celui-là  seul  est  atteint,  qui  s  cv 

se  u  la  contagion  »>  ne  saurait  se  maintenir  devant  le  tribunal  de  Ihygièflc* 


OWRE.  —  PROPHYLAXIE  INTERNATIONALE  DES  MALADIES  VËNÂRIENNES.     /|21 

Dans  beaucoup  de  cas  d'ailleurs,  elle  n'est  pas  vraie.  L'hygiène  publique  réclame 
impcricusement  qu'on  attaque  directement  le  mal  et  son  auteur.  Il  faut  donc 
\i^r  de  la  plus  gmnde  rigueur  envcre  les  personnes  infectantes. 

Or,  ce  n'est  qu'en  faisant  profondément  pénétrer  dans  la  conscience  du  grand 
public  la  conviction  de  la  culpabilité,  qu'on  pourra  s'attendre  à  voir  restreindre 
sensiMement  la  propagation  des  maladies  vénériennes  et  faire  disparaître  de 
>ottes  et  dangereuses  idées,  comme  celle-ci  :  «  Qu'on  se  délivre  de  la  maladie 
vénérienne  en  se  livrant  au  coït  avec  une  vierge  intacte.  » 

Les  pei-sonnes  qui  professent  de  semblables  idées  ne  doivent-elles  pas  être 
jugées  dangereuses  pour  la  société  ?  Elles  peuvent  provoquer  au  sein  des  familles 
plu!»  de  malheurs  que  maint  criminel  impitoyable  puni  de  bagne  et  de  prison 
pour  des  vols  insignifiants  avec  récidive. 

On  m'objectera  peut-être  qu'il  sera  difficile  de  découviir  ces  personnes  infec* 
Untesy  surtout  parmi  les  hommes.  Cela  est  bien  vrai  ;  parfois  cependant  on 
pourra  y  réussir,  et  c'est  déjà  là  un  grand  avantage. 

Quant  aux  femmes  publiques,  il  est  vrai  qu'on  les  surveille  assez  exactement 
parle  moyen  des  visites  publiques;  toutefois  il  peut  airiver  qu'une  tille,  infectée 
dans  l'intervalle  de  deux  visites,  puisse  communiquer  son  mal  à  d'auti*cs.  Elle 
Dc  devia  pas  échapper  à  la  punition  si  elle  a  fait  part  à  quelqu'un  de  son  état, 
et  qu'on  puisse  lui  prouver  qu'ensuite  elle  a  consenti  au  coït,  et  par  là  propagé  . 
la  maladie.  Toutefois,  dans  la  plupaii  des  cas,  il  faudrait  user  de  quelque  ména- 
gement envers  les  femmes,  attendu  qu'il  leur  est  plus  difficile  d'obsener  leur 
mal. 

Il  me  semble  que  le  remboursement  des  frais  de  traitement  des  personnes 
infectées  devrait  être  la  punition  la  plus  douce  pour  les  coupables. 

AUTRES   MESURES   TENDANTES   AU   MÊME   BUT   ET   DONT  L  ADOPTION  SEMBLERAIT 

ÉGALEMRNT   DÉSIRABLE. 

B.  —  Pour  le$  malades  tt'oUés  à  l'hôpital. 

«  Invitation  à  (nom). 

»  Attendu  qu'il  arrive  assez  souvent  que  des  personnes  traitées  pour  des  affec- 
tions vénériennes  peuvent  encore,  par  suite  de  récidives,  communiquer  le  mal, 
surtout  dans  le  premier  temps  après  le  traitement,  on  vous  prie  de  vous  visiter 
scjîgncusement  vous-même  ou  dc  vous  faii*e  visiter  de  temps  à  autre,  et,  dans 
le  cas  dc  phénomènes  positifs  ou  douteux,  de  les  faire  examiner  aussitôt  par  les 
médecins  de  cet  hôpital,  ou  par  un  des  médecins  de  la  police,  ou  par  le  médecin 

des  pauvres  de  votre  district. 

»  Signé  ;  la  Police  sanitaire,  » 

Argumentation  : 

il  serait  cciiainement  très-utile  de  faire  remettre  cette  invitation,  à  la  sortie 
derhdpital,  à  chaque  malade  traité  pour  maladie  vénérienne. 

Il  serait  trop  embarrassant  et  trop  coûteux  de  faire  tenir  cette  invitation  aux 
prostituées  à  chacune  de  leurs  sorties  de  l'hôpital;  il  suffirait  sans  doute  pour 
elles  de  faire  afficher  une  admonition  de  cette  natui*e  dans  les  salles  de  l'hôpital 
oii  elles  sont  reçues. 


A22     CONGBÈS  MÊDICiL  INTERNATIONAL.  — ClNQUlfeUB  SÊANCS  DE  JOUA. 

Dans  l'intërêt  du  public^  il  serait  également  bon  de  faii*c  poiler  sur  ces  affiches 
(et  invitations)  les  noms,  adresses  et  heures  de  réception  des  médecins  de  la 
police  et  des  pauvres. 

G.  —  Pour  les  malades  traUés  à  domieUe. 

a  Invitation  à  (nom). 

»  Nous  appellerons  votre  attention  sur  les  points  suivants  : 

»  V  Le  paragraphe  21  de  la  loi  sanitaire  du  16  mai  1860  donne  pouvoir  à  h 
police  de  santé  ou  aux  autorités  en  général  de  faire  intimier  dans  les  hôpitaux 
les  pei*sonnes  atteintes  de  maladies  malignes,  dont  on  aurait  à  craindre  la  pro- 
pagation par  la  contagion,  et  ne  pouvant  se  faire  soigner  cowenablement  dam 
leur  propre  domicile  ou  dans  une  maison  privée. 

»  2*  La  police  se  propose  de  vous  faire  poursuivre  en  justice  si  Ton  déceum 
que,  pendant  le  traitement  ou  en  généi*al  sciemment,  vous  auriez  communiqué 
la  maladie  à  d'autres  pei*sonncs.  Les  médecins  sont  invités  à  en  informer  l'ad- 
ministration d'hygiène  publique. 

»  3"  Il  arrive  assez  souvent  qu'après  avoir  été  traité  pour  des  maladies  vén^ 
ricnnes,  on  peut,  en  cas  de  récidive,  en  infecter  d'autres,  surtout  dans  le  premier 
temps  après  le  traitement.  Nous  vous  engageons  donc  à  vous  examiner  attentive- 
ment vous-même  ou  à  vous  faire  visiter  de  temps  à  autre,  et,  dans  le  cas  oîi  il 
se  présenterait  des  phénomènes  positif^  ou  douteux,  à  vous  adresser  aussitM  à 
votre  médecin. 

»  Signé  :  la  Police  de  SAifTÉ.  » 

Argumentation  : 

La  circulaire  de  la  Commission  sanitaire  du  25  août  1863  (dont  ci«joint  copie) 
a  sans  doute  fait  beaucoup  de  bien  en  appelant  l'attention  des  médecins  sur  la 
nécessité  d'inviter  leurs  malades  à  la  prudence  dans  leurs  rapports  avec  d'autn^ 
personnes  et  à  l'abstinence  absolue  du  coït.  Mais  un  conseil  de  cette  nature 
s'oublie  vite,  et  à  peine  le  malade  a-t-il  perdu  de  vue  son  médecin,  que  «on 
admonition  lui  est  déjà  sortie  de  la  mémoire. 

Je  ne  cesse  d'exhorter  mes  malades  de  cette  classe  à  mener  une  vie  rangée, 
au  moins  pendant  qu'il  existe  encore  des  phénomènes  contagieux  ;  néanmoins 
beaucoup  d'entre  eux  se  sont  livrés  au  coït  au  milieu  de  leur  traitement. 

Ces  malades  me  font  en  général  leurs  confidences,  et  ayant  toujours  mon 
attention  fixée  sur  la  possibilité  d'excès  in  venere,  et  poussant  ordinairement  met 
recherches  dans  cette  direction,  je  parviens  souvent  à  découvrir  la  vérité  Ior 
même  que  l'état  du  membre  ne  semble  pas  l'indiquer. 

D'autres  médecins  ne  conviendront  peut-être  pas  avec  moi  de  la  fréquence  de 
ces  excès  ;  mais  je  déclare  positivement  que  cela  provient  de  ce  qu'ils  n'ont  pas 
prêté  assez  d'attention  à  la  question. 

Je  crois  donc  qu'il  serait  très-utile  que  les  médecins  pussent  communiquer 
une  pareille  invitation  à  leurs  malades  vénériens  privés.  On  peut  être  assuré  d'a- 
vance que  le  contenu  en  seiuit  étudié  avec  soin,  et  que  leurs  camarades  le  dis- 
cuteraient et  y  réfléchiraient.  11  n'y  a  rien  que  le  public  désire  autant  explorer 
et  connaître  que  le  terrain  vénérien;  si  donc  on  s'apercevait  que  ceux  qui  com- 
muniquent  la  maladie  sont  quelquefois  attrapés  et  atteints  paroles  dispositioDS 


(le  la  loi  pdualCj  U  e»t  permis  de  croii^c,  a,Yoç  quelq[uc  cciiitude,  que  lcuy% 
pajeils  liprouvçraiant  une  crtûntQ  BAluUire^  ot  qu'«^u  moipi  quelquos.-unfi 
d'entre  eux  (^yiiement  le  cott  tant  qu  iU  porteraient  en  qiu  la  contagion* 


COPIE  DE  LA   aRCULAlRE  PRÉrjTÉE   DE   I^A   COMMISSION    l»E   SANTÉ   DE  CHRISTIANIA. 

a  De  la  part  de  la  Commission  sanitaire, 

»  A  Monsieur  le  docteur, 

■  Attendu  qu'il  s'est  présente  des  cas  oti  11  y  a  lieu  de  pi'dsunim^  quê  la  maladie 
vénérienne  a  été  propagée  par  des  malades  pendant  qu'Us  ont  été  traités  par  des 
médecins  privés,  et  attendu  que,  de  plusieurs  cûtés^  on  t'est  plaint  de  yelpftos 
penonnes  portant  des  traces  manifestes  de  la  maladie  fréquenter  las  lieux 
publics,  les  sociétés,  etc.^  à  la  ihiyeur  et  au  scandale  du  monde,  la  Commission 
froit  devoir  appeler  votre  attention  sur  le  paragraphe  21  de  la  loi  sanitaire  du 
f6  mai  1860,  en  vous  priant,  monsieur,  de  vouloir  bien  Adre  eonnattre  ank 
nttlades  vénériens,  parmi  vos  clients  privés,  les  précautions  exigées  par  un  trai- 
tement comenable  sous  le  rapport  sanitaire,  et  les  avertii'  qu'en  cas  dHnobaervatlon 
manifeste  des  mesures  de  précaution  ainsi  prescrites,  la  Commission  sanitaire 
insistera  pour  qu'ils  soient  internés  dans  un  hôpital  conformément  aux  disposi^ 
tions  dudit  paragraphe. 

>  La  Commission  ne  doute  pas,  monsieur,  que  vous  ne  lui  prètiei  toute  Totro 
iis»Utance  dans  cette  question  si  importante  pour  la  santé  publique. 

I»  Christiania,  le  25  août  1863.  » 
D>  ^  InvUation  adressée  awo  médecins  jMir  Vadministratim  de  Vhfgiène  publiquff, 

i 

«  Monsieur  le  docteur, 

»  En  vous  transmettant  ci-inclus  une  invitation  h  vos  malade?  vénériens  privo-sj 
^oir  C),  la  Commission  vous  prio,  monsieur,  de  vouloir  bien  on  délivrer  un  exein- 
plairo  à  chacun  d'eux  au  commencement  de  leur  tmitemcnt» 

■  U  Commission  vous  priera  également  ; 

»  !•  D'exhorter  très-sérieusement  vos  malades  à  s'abstenir  absolument  du  coït 
ptmdant  le  traitement,  a6n  d'ériter  la  propagation  de  la  maladie. 

»  2*  De  dénoncer  le  malade  qui  aurait  transgressé  cette  défense,  que  la 
nialadie  ait  été  propagée  ou  non  par  sa  faute. 

»  3"  De  rechercher  minutieusement  où  le  malade  a  été  infecté,  et  d'en  avertir 
la  police. 

»  De  plus,  la  Commission  a  l'honnour,  monsieur,  de  rappeler  à  votre  souvenir 
l'Uirculaire  de  la  Commission  sanitaire  du  25  aoiit  1863.  » 

Argumentation  : 

Cette  lettre,  en  partie  d'accord  avec  la  circulaire  de  la  Commission  sanitaire 
<la  25  août  1863,  s'en  sépare  dans  uii  point  essentiel,  en  engageant  directement 
les  médecins  h  dénoncer  ù  la  police  les  personnes  qui  propageraient  la  maladie 
ou  qui  n'observeraient  pas  les  règles  données  par  T Administration  sanitaire.  Il  est 


^24     CONGHÈS  MÉDICAL  INTERNATIONAL.  —  aNQOIËME  SÉANCE  DE  JOCB. 

vrai  que  cela  a  déjà  été  fait  en  partie;  toutefois  il  serait  possible  qu'on  y  mit  plus 
de  sévérité  et  d'exactitude  du  moment  que  l'invitation  indiquerait  positivement 
les  points  sur  lesquels  on  désirerait  particulièrement  appeler  l'attention  des 
médecins  pour  en  obtenir  des  renseignements. 

Je  me  tromperais  foH  si  les  médecins  n'assistaient  pas  dans  cette  affaire  la 
police  de  toutes  leurs  forces  et  de  tous  leurs  moyens.  Ce  qui  contribuerait  sans 
doute  puissamment  à  éveiller  leur  attention,  c'est  l'invitation  à  leur  clientèle 
jointe  à  la  lettre. 

11  faudrait  que  les  médecins  eussent  constamment  en  leur  possession  cette 
invitation  aux  malades,  pour  leur  épargner  la  peine  de  l'envoyer  chercher. 

A  Christiania,  où  le  fecrétaii*e  de  la  police  sanitaire  fiait  distribuer  aux  médecins 
les  imprimés  à  remplir  pour  annoncer  les  épidémies,  la  distribution  de  ces  invi- 
tations pouiTait  sans  inconvénient  se  faire  par  la  même  voie. 

Les  tableaux  des  maladies  épidémiques,  renfermant  aussi  les  nouveaux  cas  de 
maladie  vénérienne,  sont  envoyés  chaque  mois  à  ce  fonctionnaire  par  tous  les 
médecins.  C'est  donc  lui  qui  serait  plus  que  tout  autre  à  même  de  fixer  le  nombre 
d'exemplaii*es  qu'il  faudrait  envoyer  à  chaque  médecin. 

En  adresser  un  nombre  égal  à  tous  les  médecins,  ce  serait  inutilement 
augmenter  les  frais. 

M'occupant  depuis  plusieurs  années  de  ces  questions,  je  suis  de  plus  en  plus 
convaincu  de  la  nécessité  de  consacrer  et  de  maintenir  pendant  longtemps  dans 
leurs  charges  les  fonctionnaires  attachés  à  la  police  pour  sui*veiller  cette  branche 
du  service.  La  connaissance  des  pei'sonnes  et  des  choses  fiiciliterait  essentielle- 
ment les  travaux  de  l'Administration  sanitaire  pour  arriver  au  but  qu'elle  s>st 
proposé. 

11  m'est  impossible  de  flxcr  exactement  les  frais  qu'entraînerait  l'applica- 
tion de  ces  mesures;  mais  quand  même  il  n'y  aurait  par  an  qu'un  seul  individu 
qui  échappât  à  la  contagion,  les  frais  seraient  compensés  par  ce  résultat.  Nous 
savons  tous  bien  combien  les  personnes  atteintes  d'une  syphilis  constitutionnelle 
peuvent  coûter  à  la  commune. 

J'ai  conséquemment  l'honneur  de  recommander  de  la  manière  la  plus  instante 
l'adoption  très-prochaine  de  ces  invitations  publiques  ou  d'autres  analogues  rela- 
tives aux  maladies  vénériennes.  Ce  n'est  qu'en  ouvrant  les  yeux  du  public  sur 
cette  question,  et  en  faisant  bien  comprendre  aux  masses  sa  grande  importance, 
qu'on  pourra  espérer  attaquer  vigoureusement  ce  mal  universel. 

11  faut  en  venir  aux  actions  ;  on  s'est  trop  longtemps  contenté  de  paroles! 


GOMBEST— PROPHYLAXIE  INTEBHATIONALfi  DBS  MALADIES  VÊN&RIENNES.   A25 


PRIMKT 
DAliS  i.K  BVT  DK  RBSTRElIVDIIi:  Mj\  PROPAeitTIOW 

DES  MAIiADlES  VÉNERIE 


PAR  M.  LE  DOCTEUR  COMBES  (DE  PARIS). 


Messieurs, 

La  question  soumise  aux  délibérations  du  Congrès  peut  être  envisagée  à  un 
double  point  de  vue  :  il  y  a  dans  le  siyet  qui  va  nous  occuper  une  question  de 
propbylaxie  générale  avec  toutes  les  mesures  administratives  qui  peuvent  s'y 
rattacher,  et  une  question  de  curabilité  avec  toutes  les  réformes,  tous  les  éta- 
blissements nouveaux  auxquels  peuvent  donner  lieu  de  nouvelles  méthodes  de 
traitement. 

Je  ne  m'occuperai  pas  de  la  première  manière  d'envisager  la  question;  je  me 
contenterai  de  vous  dire  que,  d'après  moi,  le  remède  préventif  ne  se  trouve  pas 
dans  des  mesures  administratives  tendantes  à  réglementer  la  prostitution,  car  le 
caractère  essentiel  de  celle-ci  est  d'échapper  à  une  vigUance  administrative  qui 
devrait  ne  laisser  rien  à  désirer  pour  faire  senth'  ses  bons  effets  sur  la  santé  pu- 
blique. La  prostitution  ne  peut  pas  être  réglementée  dans  un  pareil  degré  de 
perfection,  sans  quoi  elle  cesserait  d'être  la  prostitution. 

La  solution  de  cet  important  problème  de  prophylaxie  se  trouve  bien  plutôt 
pour  moi,  d'une  part,  dans  l'abolition  du  contrôle  médical  qui  pèse  sur  les  pros- 
tituées, conti*ôle  dégradant  parce  qu'il  est  obligatoire,  et  insuffisant  puisqu'il 
n'atteint  pas  son  but  ;  d'autre  part,  dans  une  éducation  saine  et  vigoureuse,  qui 
apprendrait  au  jeune  homme  que  sa  santé  relève  de  celle  de  ses  aïeux,  et  que 
celle  de  ses  enfants  relèvera  de  la  sienne  ;  enfin,  dans  le  parfait  gouverne- 
ment de  soi-même  qui,  en  inspirant  à  la  femme  aussi  bien  qu'à  l'homme  le  sen- 
timent de  sa  propre  responsabilité,  rend  un  chacun  soucieux  de  sa  santé  et  de 
ses  actes. 

Je  m'occuperai  seulement,  messieurs,  des  moyens  qui  me  paraissent  les  meil- 
leurs pour  guérir  la  maladie  syphiUtique,  et  des  établissements  à  instituer  pour 
rendre  la  guérison  de  cette  maladie,  radicale,  sans  empoisonner  la  populaticm  par 
une  autre  maladie  aussi  grave  que  la  vérole,  héréditairement  transmissible 
comme  elle,  la  maladie  mercurielle. 

Les  maladies  vénériennes  ont  deux  grandes  voies  de  transmission,  l'hérédité 
et  les  rapports  sexuels;  et  leur  propagation  devient  excessive,  parce  qu'on  ne  les 
guérit  pas,  ou  qu'on  les  guérit  incomplètement. 

Sans  entrer  dans  l'examen  détaillé  des  causes  d'un  pareil  fait,  il  est  cependant 
utile  de  dire  que  très-souvent  l'impuissance  de  la  médecine  se  trouve  lai'gement 
expliquée  par  l'union  malheureusement  trop  fréquente  de  la  misère  et  de  la 
maladie. 

Quand  donc  j'aurai  développé  devant  vous  les  moyens  à  employer  pour  guérii* 


radicalement  la  maladie  vénérienne,  je  n'aurai  rempli  qu'une  paiiic  do  tua 
tàclie^  et  il  me  restera  encore  h  vous  signaler  le  moyen  que  je  considère  comme 
le  meilleur  pour  mettre  le  remède  à  la  portée  des  classes  nécessiteuses. 

Si  vous  donnez  votre  imposante  sanction  au  projet  que  je  viens  vous  soumettre, 
le  Congi^ès  de  Paris  restera  doublement  mémorable,  pour  avoir  été  le  premier 
congrès  international  de  médecine,  et  pour  avoir  résolu  une  des  questions  les 
plus  importantes  qui  puissent  intéresser  la  santé  publique. 

Je  suis  du  nombre  des  médecins  qui  pensent  que  la  syphilis  peut  être  guérie 
sans  mercure.  N'allez  pas,  je  vous  en  prie,  messieurs,  me  prendre  pour  un  syphi- 
lisateur  ;  je  ne  suis  pas  plus  paiiisan  de  la  syphilisation  que  de  la  thci*apeutique 
mercurielle;  je  n'ai  s^philisc  aucun  de  mes  malades,  je  ne  les  ai  point  traités 
par  le  mercure,  et  cependant  je  puis  me  flatter  d'en  avoii*  guéri  un  assez  bon 
nombre  par  l'emploi  méthodique  des  simples  moyens  hygiéniques. 

liOrsqu'on  professe  une  idée  comme  celle  que  je  viens  d'émettre,  en  opposi- 
tion avec  la  maniera  de  voir  d'hommes  savants  et  recommandables,  on  a  pour 
devoir  de  Ikire  connaiti'e  à  un  public  d'hommes  compétents  cmnnic  vous  loii 
motifs  sur  lesquels  s'appuie  une  pai*eille  cioyance. 

Au  heu  de  donner  à  cette  courte  communication  une  forme  dogmatique,  il 
m'a  paru  préférable  de  rappeler  sommairement  les  observations  et  les  voies  loeh 
ques  qui  m'ont  amené  à  avoir  une  pareille  conviction. 

Comme  tous  les  médecins  de  la  Faculté  de  Paris,  c'est  à  Thàpital  du  Midi  et  à 
l'hôpital  de  Lourcine  que  j'ai  étudié  les  maladies  vénériennes.  Je  dois  vous 
avouer  qu'après  une  étude  clinique  impartiale,  je  sortis  de  ces  hôpitaux  avec  de 
très-grands  doutes  dans  l'esprit  à  l'endroit  de  l'efficacité  des  mercuriaux  dans  les 
maladies  vénériennes. 

Ces  doutes  ne  firent  qu'augmenter  quand,  voulant  étudier  les  maladies  cuta- 
nées dans  leur  ensemble,  je  fï*équentai  les  cliniques  de  l'hôpital  Saint-Louis.  Le 
premier  fait  qui  me  frappa  dans  cet  hôpital  (Vit  la  place  qu'occupaient  les  acci- 
dents pi'ompts  ou  tardifs  de  la  syphilis  dans  le  cadre  des  maladies  de  la  peau. 

Les  malades  atteints  d'accidents  qui  pouvaient  être  rapportés  à  la  syphilb 
avaient  quelquefois  subi  un  traitement  mercuriel  ;  d'autres  fois,  ils  n'avaient  pas 
pris  de  mercure;  enfm,  dans  d'autres  cas,  ils  ne  pouvaient  pas  donner  de  rcn« 
seigncments  positifs  sur  le  traitement  auquel  les  avalent  soumis  leuiK  médecin». 

En  même  temps  que  je  faisais  ces  observations,  je  remarquais  aussi  que  la 
syphilis  était  d'une  gravité  bien  moins  grande  dans  la  classe  riche  que  dans  la 
classe  pau\Te.  J'observais  que  la  saison  chaude  sans  aucun  traitement  guérissait 
quelquefois  des  syphilis  assez  graves.  Je  voyais  certains  accidents  augmenter 
d'intensité  pendant  l'hiver. 

Dans  tous  les  cas,  je  remarquais  que  loraqu'on  parvenait  à  maintenir  la 
fonctions  de  la  peau  dans  un  état  de  bonne  activité,  les  symptômes  alarmants 
disparaissaient,  et  la  vérole  s'usait  d'elle-même  dans  l'organisme  sans  donner 
lieu  à  des  accidents  redoutables. 

A  cette  môme  époque,  quelques  personnes  ayant  subi  inutilement  un  traite- 
ment mercuriel  pour  des  maladies  vénériennes  me  confièrent  leur  santé.  Je 
me  trouvai  en  face  de  cachexies  mercurioUcs  greffées  sur  des  accidents  syphiliti- 
ques; mon  procédé  thérapeutique  consista,  dans  ce  cas,  à  rendre  à  la  peau  une 
activité  considérablement  diminuée  sous  la  double  influence  do  la  syphilis  et  du 
mercure. 

J'arrivai  à  ce  résultat  par  une  médication  externe  consistant  en  douches  froides 


COMBCa.  ^  PaOPBYLAXIB  INTfiliNATlONALE  DES  MAtADICS  VÊMÊai|NNfiS.     A23 

reconstituantes,  La  santé  se  rétablit  à  merveille,  et  met  malades  n'em'ent  qu'a  se 
féliciter  d'un  pareil  traitement. 

Cet  faits-là,  messieurs,  je  les  relatai  dans  une  thèse  inauguitde  que  j'eus 
l'honneur  de  voir  présidée  pai*  le  professeur  BouiUaud,  actuellement  pi^ésident 
de  ce  Congrès. 

Permettefr'moi  de  vous  rappeler  une  des  eonclusions  de  ce  travail  en  relation 
fort  directe  avec  le  sujet  dont  je  m'occupe.  Je  disais,  page  27  (1)  : 

«  L'emploi  de  l'eau  lh>ide  en  douches  et  lotions  complète  utilemont  le  traite- 
ment de  la  syphilis  par  les  composés  mercuriels.  » 

Puisque,  par  certains  procédés  hydrothérapiques^  associés  à  une  bonne  alimen*- 
tation  et  à  d'autres  mesures  hygiéniques,  puisque,  dis-je,  j'avais  triomphé  de  dou- 
bles accidents  syphilitiques  ci  mercuriels,  pourquoi  ne  triompherais-je  pas  do 
simples  accidents  vénériens.  Je  me  préoccupai  donc  plus  que  jamais,  dans  la  fin 
de  18Ô1,  dans  le  courant  de  l'année  1863  et  dans  le  commencement  de  1863, 
de  préciser  le  traitement  de  la  vérole  pai*  les  simples  moyens  hygiéniques. 

Je  ne  tardai  pas  à  remarquer  que  les  douches  employées  comme  médication 
excitante  de  la  peau  étaient  loin  de  sufGre;  qu'il  fallait  alterner  l'emploi  de  ces 
douches  avec  celui  de  bains  de  vapeur. 

Qu'il  fallait  graduer  la  température  des  bains  de  vapeur  suivant  les  cas  parti- 
culiers, 

Qu'il  fallait  que,  dans  la  très-grande  migorité  des  cas,  la  température  de 
ceux-<i  ne  dépassât  pas  38  degrés  centigrades,  température  du  sang. 

Qu'il  fallait  débuter,  dans  l'emploi  des  bains  de  vapeur,  par  une  température 
de  S2  degrés  environ,  et  qu'il  ne  fallait  arriver  que  progressivement  à  la  tem- 
pérature de  38  degrés. 

Qu'il  fallait  en  distancer  l'emploi  de  manière  à  ne  pas  affaiblir  le  malade. 

Qu'il  fallait  associer  à  l'emploi  des  bains  de  vapeur  le  massage,  comme  le 
moyen  le  plus  puissant  pour  régulariser  la  circulation  capillaire,  et  pour  empo- 
cher les  dépôts  plastiques  interstitiels,  germe  de  toute  espèce  de  tumeur  syphi- 
Utiqae. 

Qu'il  fallait  avoir  recours,  de  temps  en  temps,  à  des  bains  tièdes  très-prolon- 
gés  et  accompagnés  de  frictions  savonneuses,  de  manière  à  produire  un  eiTet 
tonique  et  sédatif,  et  à  maintenir  les  pores  de  la  peau  dans  un  état  d'excessive 
propreté. 

Qu'après  les  bains,  soit  tièdes,  soit  de  vapeur,  les  malades  devaient  boire  un 
ou  deux  grands  verres  d'eau,  de  manièi*e  à  produire  une  espèce  de  lavage  du 
sang,  et  à  fournir  à  la  transpiration  cutanée  son  élément  aqueux. 

Que  la  meilleure  alimentation  consistait  dans  un  régime  mixte  de  bonne  viande 
et  de  végétaux. 

Que  le  café  devait  être  proscrit  et  remplacé  par  le  thé,  qui  favorise  la  transpi- 
ration cutanée  et  permet  de  résister  an  froid  humide. 

Tavais  pour  habitude,  toutes  les  fois  que  le  soleil  échauffait  l'atmosphère,  de 
recommander  au  milieu  du  jour  la  promenade  u  mes  malades. 

Je  les  engageais,  au  contraire,  à  garder  la  chambre  toutes  les  fois  que  le  temps 
était  froid,  humide  et  brumeux,  et  que  le  degré  de  température  restait  inférieur 
à  15  degrés  centigrades,  et,  dans  ce  cas,  sans  appareil  gymnastique,  je  leur 

(i)  De  tempiai  de  Ceau  ftnnde  à  Vextérieur  comme  moyen  hygiénique  et  recon^tiiunni , 
lUie,  1861,  p.  97. 


ft28      G0N6BÈS  MÉDICAL  INTEBNAnONAI.  —  CINQUlfcllË  SÉANCE  DB  lOVB. 

prescri^'ais  de  se  livrer^  pendant  une  demi-heure,  à  des  mouTcments  détermi- 
nës,  tâchant  ainsi  d'amener  une  transpiration  actiye* 

Je  ne  pus  pas,  comme  je  l'aurais  désiré  dans  certains  cas,  employer  sur  mes 
malades  les  bains  d'air  comprimé,  à  cause  de  l'absence  de  ces  appareils  dans 
notre  capitale  ;  je  considère  cependant  ce  moyen  comme  excessivement  propre  k 
dépui-er  le  sang  en  l'oxygénant  et  en  activant  les  phénomènes  de  combustion  des 
matières  organiques. 

J'obtenais  aussi  quelques  résultats  avantageux  en  combinant,  à  tous  cos 
moyens,  l'emploi  de  l'hydrofère,  cet  ingénieux  appareil  de  pulvérisation  pour 
bains  généraux,  que  nous  devons  à  Mathieu  (de  la  Drôme).  J'en  retirais  surtout 
de  bons  effets  dans  les  formes  dartreuses  de  la  maladie  vénérienne. 

Quand  j'avais  à  traiter  des  personnes  grasses,  obèses,  qui  se  trouvaient  sous 
l'influence  de  la  syphilis  généralisée,  je  cherchais,  par  tous  les  moyens  du 
domaine  de  l'hygiène,  k  amener  chez  les  malades  un  amaigrissement  physiolo- 
gique qui  n'altérât  en  rien  la  santé;  j'arrivais  à  ce  résultat  par  une  sorte  d'en- 
trainement  analogue  k  celui  qui  se  pratique  sur  les  jockeys  dont  on  veut  dimi- 
nuer le  poids.  J'alimentais,  dans  ce  cas,  les  malades  avec  de  la  viande,  et  je 
diminuais  les  proportions  alimentaires  de  corps  gras  et  de  matières  féculentes,  en 
môme  temps  que  j'avais  recours  aux  bains  de  vapeur  et  au  massage.  Je  mainte- 
nais ainsi  les  vénériens  sous  l'influence  de  cet  amaigiissement  pendant  deux  ou 
trois  'mois  environ,  quelquefois  plus  longtemps.  Ainsi  disparaissaient  les  sym- 
ptômes gi*aves,  et  le  malade,  quoique  maigri,  avait  plus  de  force  ;  il  suffisait  alors 
de  le  remettre  à  son  ancien  régime,  de  supprimer  les  bains  de  vapeur  et  le  mas- 
sage, de  les  remplacer  par  les  douches  froides,  pour  voirie  nuilade  l'éprendre  son 
embonpoint. 

Tout  ceci  se  passait  d'autant  mieux  que  le  malade  était  plus  jeune  et  le  tem- 
pérament plus  malléable. 

Permettez-moi  maintenant  d'insister  sur  un  point  que  je  considère  comme 
essentiel. 

Aucun  des  moyens  que  je  viens  de  vous  indiquer  n'est  suffisant,  si  vous  le 
considérez  isolément,  pour  guérir  les  maladies  vénériennes;  c'est  uniquement 
dans  l'emploi  rationneUement  combiné  de  tous  ces  divers  moyens  que  vous  trou- 
verez une  efficacité  réelle  ;  il  faut  avoir  une  manière  de  faire  dépourvue  de  tout 
empirisme  ;  se  rendre  bien  compte,  avant  tout,  de  l'efTet  physiologique  qu'on 
veut  produire  dans  l'organisme,  et  demander  la  production  de  cet  efTet  à  un  des 
moyens  mentionnés  ;  enfin,  varier  l'emploi  de  ces  moyens  suivant  l'âge,  le  seie, 
le  tempérament,  la  saison  et  les  formes  maladives. 

Je  pus  arriver  ainsi  k  quelques  guérisons  très-remarquables  ;  dans  tous  les 
cas,  il  était  évident  pour  moi  que  la  guérison  du  mal  vénérien  s'obtenait  en 
maintenant,  par  tous  les  moyens  possibles,  les  fonctions  cutanées  dans  toute  leur 
intégrité,  en  activant  artificiellement  cette  importante  fonction,  en  nudntenant 
les  malades  dans  un  mUieu  de  chaleur  convenable  pour  arriver  à  ce  résultat. 

En  même  temps  que  je  faisais  ces  études  d'hygiène  thérapeutique,  je  me 
livrais  à  quelques  rechei*ches  historiques  sur  l'emploi  du  mercure  dans  les  ma- 
ladies vénériennes,  et  j'amvais  à  reconnaître  que,  si  Boerhaave  n'avait  pas  été 
le  premier  k  employer  le  mercure  dans  le  traitement  de  la  vén)le,  il  avait  du 
moins  mieux  précisé  qu'aucun  autre  l'emploi  d'un  pareil  remède.  Cet  fllustre 
praticien  donnait  le  mercure  en  quantité  dans  les  maladies  syphilitiques,  et  il 


COMBES.  —  PfiOPHYLAXtE  INTERNATIONALE  DES  MALADIES  VÉNÉRIENNES.    629 

remarquait  que  la  guérison  se  faisait  d'autant  mieux,  que  la  salivation  produite 
était  plus  abondante. 

Or,  messieurs.,  où  est-ce  que  Boerhaave  exerçait  la  médecine.  11  la  pratiquait 
à  Lcyde,  en  Hollande,  sous  un  des  climats  les  plus  froids  et  les  plus  humides  de 
l'Europe,  c'est-à-dire  dans  un  pays  où  la  transpiration  a  forcément  moins  d'in- 
tensité que  sous  un  climat  chaud  ou  môme  tempéré. 

Ici  je  me  vois,  messieurs,  dans  la  nécessité  de  faire  une  courte  digression 
physiologique  dont  vous  comprendrez  tout  à  l'heure  la  portée  et  la  relation  avec 
le  sujet  qui  nous  occupe. 

11  y  a,  dans  l'organisme  de  l'homme,  des  fonctions  complémentaires  et  sup- 
plémcntaii-es  qui  ont  pour  résultat  d'assurer  la  stabilité  de  la  vie.  La  salivation, 
la  transpiration  cutanée,  la  fonction  urinaire,  pour  prendre  celles  qui  ont  le  plus 
de  rapport  avec  notre  sujet,  sont  dans  ce  cas;  leur  solidarité  est  manifeste  :  tout 
le  monde  sait  qu'à  mesure  que  l'une  d'elles  augmente  d'activité,  les  auti'es  per* 
dent  de  la  leur.  Pendant  la  saison  chaude,  la  transpiration  cutanée  augmente, 
tandis  que  l'urination  et  la  salivation  diminuent.  Pendant  la  saison  froide,  c'est 
le  contraire  qui  a  lieu;  l'excrétion  urinaire  augmente,  la  salivation  augmente 
aussi,  et  la  transpiration  cutanée  diminue. 

Cette  solidaiité  de  certaines  fonctions  dans  l'état  physiologique  n'est  pas  moins 
réelle  dans  les  états  morbides.  Je  crois  vous  avoir  démontré  que  l'activité  fonc- 
tionnelle de  la  peau  avait  pu  suffire  pour  guérir  la  vérole  ;  est-il  donc  étonnant, 
pour  celui  qui  connaît  la  solidarité  de  certaines  fonctions  organiques,  qu'en  exa- 
gérant l'excrétion  salivairepar  des  mercuriaux,  on  ait  aussi  pu  débarrasser  l'orga- 
nisme de  cette  même  maladie  ? 

C'est  an-iver  au  même  résultat  par  deux  voies  diflércntes,  dont  l'une  est  fort 
périlleuse,  dont  l'autre,  au  contraire,  est  parfaitement  inofTensive. 

U  sera  toujours  bon  d'activer  la  salivation  dans  le  traitement  de  la  vérole  ; 
mais  pourquoi  le  faire  avec  des  mercuriaux,  quand  il  y  a  des  moyens  simples 
d'obtenir  cet  effet  physiologique  ?  Je  suis  arrivé  à  un  pareil  résultat  en  faisant 
mâcher  à  certains  malades  un  morceau  de  rhubarbe,  et,  dans  d'autres  cas,  par 
un  moyen  plus  simple  encore,  en  leur  faisant  exercer  des  mouvements  de  masti- 
cation sur  un  morceau  de  liège. 

Nous  ne  saurions  trop,  messieurs,  nous  bien  pénétrer  de  ce  principe  si  fécond 
en  découvertes,  qui  consiste  à  reconnaître  que  les  remèdes  guérissent  les  mala 
dies  par  les  effets  physiologiques  qu'ils  produisent  ;  tout  ce  qui  peut  produii*e 
un  effet  physiologique  dans  l'organisme  peut  donc  être,  à  l'occasion,  un  remède. 

Telle  était  ma  manière  de  voh*  sur  cette  question,  au  commencement  de 
l'année  1863,  lorsque  mes  intérêts  m'appelèrent  au  Pérou,  où,  pendant  près  de 
trois  ans,  j'ai  exercé  la  profession  médicale  dans  la  capitale  de  cette  république, 
à  Lima. 

Ma  pratique  m'a  permis  d'observer  que,  dans  ce  pays,  la  vérole  était  relative- 
ment trcs-bcnigne  :  qu'on  n'aille  pas  m'accuser  d'établir  ce  fait  comme  règle 
pour  tous  les  climats  intertropicaux.  Un  séjour  de  quelques  mois  dans  le  sud  de 
la  Chine  et  à  Saigon,  dans  notre  colonie  française  de  Gochinchine,  m'a  permis 
de  constater  le  contraire.  Je  sais,  d'un  autre  côté,  par  des  renseignements  de 
l'authenticité  desquels  je  ne  puis  douter,  qu'à  Guayaquil,  dans  la  république  de 
l'Equateur,  la  vérole  a  de  la  gravité. 

A  Lima,  au  Callao,  je  le  répète,  cette  affection  est  une  maladie  légère  rela- 
tivement à  ce  qu'elle  est  en  Em^opc.  Et  cependant,  messieurs,  ne  semble*t-il 


ÂSO     CONCnËS  MÊOiCAL  iNTbRNÀTiONÀL.— ClNQUlfeltB  SÀAPfCE  bE  JOOR. 

pas  qu'il  devrait  en  èti*c  tout  autrement,  le  Callao,  port  de  Lima,  étant  toute 
l'aunéo  le  point  de  rendez-vous  de  navires  venus  de  toutes  les  parties  du  globe? 
Un  séjour  de  quelques  mois  suffît,  au  contmire,  souvent,  pour  améliorer  consi- 
dérablement des  marins  qui  y  arrivent  aTcc  des  maladies  syphilitiques  épouvan- 
tables. 

A  Lima,  qui  possède  des  hôpitaux  civUs  et  militaires,  un  hdpital  pour  les 
femmes  en  couches,  un  bel  asile  pour  les  aliénés,  où  l'organisation  hospitalière, 
en  utt  mot,  ne  laisse  rien  à  désirer,  il  n'y  a  pas  d'hôpital  spécial  pour  les  véne* 
riensj  et  cela  n'est  pas  utile. 

Et  cependant  la  prostitution  n'y  est  soumise  à  aucune  réglementation. 

De  plus,  le  mélange  des  races  est  dans  ce  pays  considérable,  et  c'est  là  une 
circonstance  qui  aggrave  presque  toujours  la  maladie  syphilitique. 

J'û  eu  l'occiision  de  voir  des  guérisons  se  faire  spontanément  chez  des  Euro- 
péens arrivés  dans  ces  pays  avec  des  accidents  graves.  Dans  d'autres  cas,  la  gué- 
lison  la  plus  radicale  a  pu  6tre  opérée  par  les  simples  ressources  de  l'hygiène. 
A  quoi  tient  donc  un  pareil  faitt 

Ce  fait  tient  uniquement  aux  conditions  climatiques  de  lima,  que  je  vais  vous 
faire  connaître  en  quelques  mots. 

Située  par  le  12*  degré  de  latitude  australe,  à  9  milles  environ  de  la  côte  du 
PaciQ^ue,  dans  la  vallée  du  Rimac,  Lima  est  bâtie  au  pied  de  petites  collines 
qui  forment  les  premiers  échelons  de  la  cordillère  des  Andes.  La  température 
n'est  jamais  excessive;  le  thermomètre  y  oscille  généralement  entre  15  et 
30  degrés  centigrades.  Il  n'y  pleut  jamais;  pendant  quatre  ou  cinq  mois  de 
Tannée  seulement,  il  y  a  une  assez  abondante  rosée.  Une  brise  constante  de 
sud*ouest  rafraîchit  l'atmosphère  et  maintient  la  température  dans  les  limites 
indiquées  plus  haut 

L'effet  curatif  de  l'ensemble  des  conditions  climato-météorologiques,  dont  je 
viens  de  vous  parler,  a  sa  principale  cause,  à  mes  yeux,  dans  la  double  condi- 
tion d'une  température  assez  élevée  et  assez  uniforme,  et  dans  l'absence  de 
pluies. 

Je  crois  donc,  messieurs,  vous  avoir  démontré  qu'à  Paris,  loi-sque  le  mé- 
decin pouvait  maintenir  ses  malades  dans  un  milieu  à  température  assez  élc\cc, 
les  moyens  hygiéniques  sufllsaient  pour  guérir  les  maladies  vénériennes. 

Je  crois  vous  avoir  démontré  de  plus,  par  ce  que  je  viens  de  vous  dire  de 
Lima,  que  les  précautions  hygiéniques  les  plus  simples  suffisaient  pour  y  guérir 
la  maladie  vénérienne,  qui,  quelquefois,  guérit  spontanément,  et  qu'un  pareil 
résultat  ne  pouvait  (tre  attribué  qu'à  la  double  condition  d'une  température 
assez  élevée  et  assez  unifoime,  et  à  l'absence  de  pluies. 

Si  donc,  au  milieu  de  Paris,  on  parvenait  à  créer  un  milieu  ailiûciel  à  tem- 
pérature élevée,  on  y  guérirait  très-radicalement  les  maladies  vénériennes. 

De  pareils  milieux  artificiels,  on  les  réalise  à  Paris  même  pour  faciliter  au 
botaniste  l'étude  des  plantes  tropicales.  Pourquoi  donc  n'en  ferait-on  pas  de 
même  pour  arriver  à  guérir  des  hommes  malades? 

Vous  avez  tous  compris,  messieurs,  que  dans  ma  pensée,  il  s'agirait  d'établir 
ùti  hôpital  analogue  à  une  immense  serre,  et  dans  lequel  les  médecins,  dispo- 
sant de  tous  les  moyens  hygiéniques,  balnéatoires  et  autres,  pourraient,  au  mi- 
lieu de  l'hiver  le  plus  rigoureux,  graduer  la  tcmpératui*e  de  leurs  salles  de  U 
même  manière  que  l'on  dose  un  médicament. 

Ne  tous  attendez  pas,  messieurs,  à  me  voir  entrer  dans  tous  les  détails  d'amc- 


CMUS.  —  PROt^HVLAXiE  INiXRNÀTlùK'ALE  DES  MaLADIES  véNÊItlENNbS.    UZi 

nagcment  d'une  constiniction  si  nouvelle  ;  il  me  suffira  de  vous  dire  qu'il  ne 
siigit  pas  ici  d'une  seule  et  immense  enceinte  à  température  untrorme,  mais 
hii'n  d'un  ensemble  de  salles  et  de  Jardins  couverts  dans  lesquels  la  température 
oscillerait  entre  15  et  30  degrés  centigrades. 

Mes  observations  tendent^  en  effets  à  démontrer  que  c'est  entre  ces  deux 
limites  de  température  que  la  guérison  de  la  vérole  se  fait  le  mieux. 

Dans  la  plupart  des  cas,  il  est  utile  que  la  chaleur  soit  une  chaleur  sèche;  il 
Ë!!t  cependant  des  circonstances,  rares  il  est  vrai,  dans  lesquelles  la  Vérole  se 
compliquant  d'éréthisme  nerveux,  il  importe  que  l'atmosphère  contienne  quel  • 
ques  très-légères  proportions  de  vapeur  d'eau.  Ce  sont  là  autant  de  conditions  qui 
sont  parfaitement  réalisables,  et  susceptibles  d'êti*e  associées  à  une  ventilation 
qui  ne  laisserait  rien  à  désirer.  L'architecture  ne  devrait  être  ici  que  la  très- 
bamble  servante  de  la  science,  et,  en  présence  d'exigences  nouvelles  à  satisfaire, 
les  dispositions  intérieures  devraient  primer  le  côté  extérieur  et  architectural  de 
celte  œuvre. 

Quelque  difficile  que  puisse  paraître,  de  prime  abord,  la  réalisation  d'une 
pareille  entreprise,  Je  suis  loin  de  la  croire  impossible  dans  le  degré  de  civilisa- 
tion auquel  est  arrivée  notre  société  ;  ce  n'est  pas  en  face  du  splendide  palais  du 
(iiiamp  de  Mai*s,  au  moment  où  nous  assistons  h  la  complète  transformation  de 
notre  grande  capitale,  qu'il  est  permis  de  douter  de  la  possibilité  d'aniver  à  un 
[)areil  but. 

.Nous  commençons  à  apercevoir  les  bons  efibts  de  la  reconstruction  de  Paris 
mr  la  !«nti  publique,  et  nous  savons  que  tout  ce  qui,  de  près  ou  de  loin,  touche 
aux  questions  d'hygiène  générale,  préoccupe  vivement  nos  autorités  muni- 
cipales. 

Dans  toute  institution  nouvelle,  il  y  a,  à  côté  de  l'utilité  de  la  chose  cUe- 
mcme,  la  question  des  moyens  d'exécution. 

Il  est  à  remarquer  que,  dans  notre  pays,  le  capital,  très-pi-ompt  à  se  lancer 
dans  des  entreprises  audacieuses  qui  paraissent  devoir  être  largement  rémuné- 
i^trices,  est  au  contraire  timide  dans  la  voie  des  institutions  philanthi*opiques 
qui  promettent  des  dividendes  moins  séduisants. 

Il  ne  faut  donc  pas,  à  mon  avis,  compter,  dans  ce  cas-ci,  sur  l'industrie  privée. 
il  faut  donc  demander  à  l'Ëtat  ou  à  la  ville  de  Paris,  ou  à  Tadministration  des 
hôpitaux,  la  réalisation  du  projet  que  je  viens  de  vous  soumettre  • 

Et  comme,  pour  assurer  le  succès  d'une  chose,  il  faut  la  faire  émaner  de 
liaut,  j'ai  l'honneur  de  vous  proposer  de  voulou*  bien  charger  notre  honorable 
président  de  tmnsmettre  lui-même,  verbalement,  au  directeur  général  de  l'as- 
siMancc  publique,  les  vœux  formulés  dans  cette  assemblée  sur  l'importante 
question  qui  vient  de  nous  occuper. 


&32     (X)MGRÈS  MÉDICAL  INTfiRNATIONAt.  —  CI^QUlÈllfi  SÊAUCE  DE  JOCR. 


(de  Londres)  se  plaint  qu'on  manque  de  justice  envers  les  prosti- 
tuées;  il  dit  qu  il  serait  indispensable  de  soumettre  à  une  inspection  médicale  les 
hommes  qui  se  i*endentdans  les  maisons  de  débauche.  Quant  à  la  syphilisation,  il 
n'est  pas  encore  prêt  à  formuler  une  opinion  sur  ce  point.,  mais  si  clic  est  dénaéc 
d'efficacité^  il  le  déplore^  car  il  n'existe  alors  aucun  moyen  de  guérir  la  syphilis. 


«aUls4 


jo  (de  Florence)  donne  au  Congrès  quelques  détails  sur  le  règlement 
qu'il  a  proposé  pour  la  surveillance  de  la  prostitution  en  Italie.  11  lit  ensuite  quel- 
ques documents  qui  donnent  une  idée  de  l'état  de  la  prostitution  à  Florence  au 
XVI*  siècle. 

M.  <io«r4la  émet  l'opinion  que  le  meilleur  moyen  de  prophylaxie  contre  la 
syphilis  serait  de  moraliser  la  femme. 

M.  Wlennols.  —  J'ai  demandé  la  parole  pour  une  simple  observation  relative 
au  travail  si  remarquable  de  M.  RoUet. 

Cet  honorable  confrère^  envisageant  les  moyens  prophylactiques  relatifs  à  li 
profession  des  verriers^  vous  a  proposé  d'imposer  à  ces  derniers  un  embout  ima- 
giné pai*  M.  Chassagny. 

Mais  imposer  un  pareil  instrument  à  l'ouvrier^  c'est  lui  dire  qu'on  le  chassera 
de  l'usine  s'il  ne  l'adopte  pas. 

Ainsi  posée,  la  question  devient  fort  grave^  et  l'ouvrier  qui,  pour  arriver  à  la 
position  qu'il  occupe,  a  dû  subir  un  apprentissage  aussi  long  que  pénible,  est  en 
droit  d'exiger  de  l'administration  un  instrument  irréprochable  non-seulement  au 
point  de  vue  de  la  préservation  qu'on  lui  promet,  mais  encore  au  point  de  vue 
de  la  rapidité  de  la  fabrication. 

Que  l'instrument  préserve  de  la  syphilis  les  ouvriers  assez  habiles  pour  pouvoir 
s'en  servir,  je  l'accorde;  mais  que  pour  le  grand  nombre  il  ne  nuise  pas  à  la  rapi- 
dité de  la  fabrication,  c'est  ce  dont  je  doute. 

liln  efifet,  pour  qu'une  bouteille  soit  complètement  confectionnée^  il  ne  faut  pas 
plus  d'une  minute,  moment  dans  lequel  trois  personnes  doivent  succe^venient 
manier  la  catme,  instrument  de  soufflage  du  vcire. 

L'application  de  l'embout  sur  la  canne  introduit  un  temps  de  plus  dans  la  fabri* 
cation  ;  ce  temps  ne  prend  que  quelque  secondes,  il  est  vrai,  mais  comme  cette 
perte  de  temps  est  renouvelée  pour  chacun  des  ouvriei*s  qui  soufflent  dans  la 
canne,  il  peut  aiiîver  que  le  verre  en  fusion  perde  en  cet  instant  la  malléabilité 
nécessaire,  et  qu'il  anive  deux  choses  :  1°  la  perte  du  ven'c  en  fusion,  qui  se 
solidifie  au  point  d' empocher  le  soufflage,  et  2",  ce  qui  est  plus  grave,  la  perte  de 
temps  de  l'ouvrier.  Mais  celui-ci,  qui  est  à  ses  pièces,  n'accepte  pas  indifTérem- 
mcnt  une  pareille  situation.  Les  fatigues  de  la  profession  l'obligent  à  la  quitter 
vers  l'âge  de  quarante-cinq  ans  en  moyenne  (il  est  exceptionnel  de  rencontrer 
dans  les  ven*eries  des  hommes  de  cinquante  ans). 

On  comprend  dès  lors  tout  le  préjudice  porié  à  des  ouvriers  à  qui  on  impose- 
rait l'emploi  d'un  instnimcnt  qui  les  priverait  d'une  partie  de  leur  salaire. 

Je  ne  doute  point  que  l'inventeur  de  l'embout  destiné  aux  verriers  ne  perfec- 
tionne cet  instrument  au  point  de  le  rendre  in'épix>chable  ;  en  attendant,  j'ac- 
corde plus  de  confiance  à  une  visite  quotidienne  confiée  à  des  hommes  com- 
pétents. 

Cette  visite,  qui  n'est  pas  encore  entrée  dans  les  habitudes  des  verriei^s,  perdra 


PBOPHTLAXIE  INTERNATIONALE  DBS  MALADIES  VÉNÉRIENNES.  (iSS 

son  caractère  inquisitorial  le  jour  où,  n'étant  plus  appliquée  à  tel  ou  tel  ouvrier, 
elle  deviendra  une  mesure  générale. 

Je  termine,  messieurs,  et  je  conclus  en  faisant  des  vœux  poui*  que  Tadminis- 
tration  ait  égard  à  ces  considérations  avant  d'exiger  des  verriers  l'adoption  d'un 
instrument  défectueux,  qui  peut  être  remplacé  avec  avantage  par  une  mite 
sérieuse  confiée  à  des  hommes  compétents. 


I,  ayant  été  chargé  pendant  six  mois  du  service  des  prostituées 
à  Bucharest,  croit  pouvoir  af^rmer  que  ce  n'est  pas  par  les  filles  inscrites  que  se 
transmet  la  syphilis,  mais  par  la  prostitution  clandestine.  Les  femmes  qui  ont  eu 
la  vérole  antérieurement  finissent  par  ne  plus  la  donner  ni  la  recevoir. 


k  (médecin  prinripïd  de  la  marine  militaii*e,  dii'ecteui*  du  seivice 
sanitaire  de  la  Gironde).  —  Messieurs,  la  discussion  sur  les  meilleures  mesures 
prophylactiques  à  recommander  aux  divers  gouvernements,  contre  l'extension  de 
la  syphilis,  a  donné  lieu  à  plusieurs  allusions  relatives  aux  faits  qui  concernent  la 
marine  militaire  ou  marchande.  On  a  représenté  les  marins  comme  les  propaga- 
teurs principaux  de  cette  maladie  redoutable,  soit  à  l'étranger,  soit  dans  les  ports 
d'Europe.  On  a  demandé  pour  eux  une  surveillance  toute  spéciale;  on  a  même 
parlé  (si  j'ai  bien  saisi  l'argumentation  d'un  des  honorables  professeui*s  qui  m'ont 
précédé  à  cette  tribune)  d'imputer  aux  ministères  de  la  guen-e  et  de  la  marine 
ane  bonne  pariie  des  frais  que  devait  entraîner  l'organisation  sérieuse  d'un  ser- 
vice de  surveillance  sur  les  prostituées,  sans  doute  en  raison  des  bienfaits  qui 
ré:(ulteraient  de  cette  surveillance  pom*  les  soldats  et  les  matelots  ;  et  Ton  a  même 
fait  du  chifire  des  malades  constatés  pai*  les  statistiques  de  ces  deux  dépaiiements 
ministériels,  une  sorte  de  critérium  de  la  fréquence  de  la  syphilis  dans  tel  ou  tel 
poûit  géographique  donné. 

Eln  présence  de  ses  assertions,  j'ai  pensé  qu'il  pouvait  être  utile  d'exposer  au 
(Congrès  ce  qu'une  expérience  de  vingt  années  de  service  dans  le  corps  des  méde- 
cins de  la  marine  pouvait  m' avoir  appris  sur  cette  question,  et  l'un  des  avantages 
les  plus  sérieux  de  notre  réunion  est  certainement  la  faciUté  offerte  aux  médecins 
qui  ont  pu  acquérir  des  connaissances  spéciales  sur  des  points  de  détail,  souvent 
méconnus  ou  incomplètement  exposés,  de  soumettre,  à  tous  ceux  qui  se  pressent 
dans  cette  enceinte,  le  résultat  de  leurs  observations. 

Or^  messieui*s,  je  puis  affirmer  tout  d'abord  qu'il  n'est  pas  une  administration 
civile  ou  militaire,  dans  aucun  pays,  qui  ait  pris  plus  de  soin  que  le  ministère  de 
la  marine  de  France  pour  ai'river  sinon  à  arrêter,  c'est,  sans  contredit,  une  œuvre 
fort  difficile,  du  moins  à  atténuer  autant  que  possible  la  propagation  de  la  syphilis. 

Voici  l'ensemble  des  mesures  que  nous  prenons  pour  cela  pendant  toute  la 
durée  de  la  présence  du  personnel  qui  est  appelé,  à  divers  titres,  à  seivir  dans  la 
marine  de  l'Etat  : 

Tout  soldat,  matelot  ou  ouvrier  des  ai*senaux  est  soumis,  à  son  arrivée  dans  nos 
ports,  à  une  visite  spéciale,  tout  à  fait  distincte  de  celle  pour  laquelle  les  conseils 
de  révision  sont  institués,  et  si  la  syphilis,  même  sous  ses  formes  les  plus  béni- 
gnes, est  constatée,  l'envoi  à  l'hôpital  est  immédiat  jusqu'à  parfait  traitement. 

Nous  faisons  aussi,  à  des  intervalles  réguliers,  mais  fréquents,  des  visites  géné- 
rales de  nos  équipages  et  de  nos  régiments.  Ces  visites  sont,  le  plus  ordinah*ement, 
inopinées,  et,  je  dois  le  dire,  elles  ne  nous  font  connaître,  en  génér£d,  qu'un  fort 
petit  nombre  de  cas  de  maladie,  parce  que  le  personnel  confié  à  nos  soins  est 

28 


)uibituë,  dès  longtemps,  à  se  présenter  spontanément  aux  iiifinii«riesl<Hs  de  l'ap- 
parition des  premiers  symptômes  du  mal.  Les  peines  disciplinaires  auxquelles  od 
avait  autrefois  recours  contre  les  vénériens  ont  été  con^>iétfimeat  nietées.  Elles 
ne  sauraient  être  réédictées^  d^  nos  jours^  que  pour  les  cas  où  il  serait  prouvé 
que  certains  individus  ont  tenté  de  se  soustraire  à  la  Gonstatalion  de  leur  état  mor- 
bide spéciïd. 

Au  moment  du  congédiement  ou  des  congés  temporaires  de  nos  hommes, 
mêmes  précautions,  mêmes  visites.  Pas  un  employé  de  la  marine  ae  reçoit  la 
feuille  de  route  qui  lui  sert  de  passeport  obUgatoire,  s'il  ne  peut  présenter  un  cer- 
tificat médical  attestant  qu'il  n'est  porteur  d'aucune  affection  de  naluro  transmis- 
sible,  syphilitique  ou  autre.  Cette  visite  s'opère  dans  les  vingt-quatre  heures  qui 
précèdent  le  départ  du  marin^  quelquefois  même  peu  d'heures  seulement  a\anl 
ce  départ. 

Ce  n'est  pas  tout.  Dès  qu'un  navire  atteint  un  port,  les  syphilitiques  en  traite- 
ment sont  consignés  à  bord.  Ils  ne  peuvent  descendre  à  terre  que  pour  se  rendre 
sous  escorte,  à  l'hôpital  où  ils  doivent  être  traités  jusqu'à  guérison. 

Il  est  difficile,  je  crois,  d'employer  des  mesures  plus  précises  pour  atteindre  le 
but  proposé,  et  il  doit  paraître  évident  que  si  la  profession  de  marin  expose  da- 
vantage que  toute  autre  à  l'acquisition  de  la  syphilis  dans  tous  les  points  les  plus 
contaminés  du  globe,  les  matelots  finançais  sont  bien  plutôt  les  victimes  de  cette 
maladie  que  ses  propagateurs  principaux.  Si  je  ne  craignais  même  devant  vous, 
messieurs,  l'emploi  de  termes  qu'une  prononciation  d'outre-Rhin  pourrait  dé- 
tourner de  leur  sens  réel,  je  pourrais  dire  que  nos  marins  sont  presque  toujom> 
les  syphilisés,  et  non  les  syphilisateurs  du  monde  entier. 

Je  dois  ajouter  encore  que  nous  interrogeons  aussi,  avec  le  plus  grand  soin, 
comme  l'a  préconisé  M.  le  professeur  Crocq,  les  malades  admis  dans  les  salle.*  do 
nos  hôpitaux  pour  arriver  à  connaître  la  source  où  a  été  puisée  la  maladie.  C'est 
une  mesure  réglementaire  fort  ancienne  dans  nos  services  et  régulièrement  ob- 
servée. Mais  une  assez  longue  expérience  me  permet  d'affirmer  que  ces  interro- 
gations sont  très-loin  d'être  aussi  avantageuses  que  l'ont  avancé  nos  confrères  df 
Belgique.  Le  plus  grand  nombre  de  nos  marins  se  refuse  à  toute  indication  de  ce 
genre,  la  regardant,  à  tort  peut-être,  comme  une  réelle  délation.  Il  n'est  pas  rare 
non  plus  de  reconnaître  que  les  dénonciations  ainsi  recueillies  sont  mensongèrc>. 
inspirées  par  des  sentiments  de  pure  jalousie  ou  de  basse  vengeance.  11  n'y  a 
donc  pas  Ueu,  selon  nous,  de  compter  beaucoup  sur  l'effîcadté  de  ces  moyen> 
d'investigation. 

Toutes  les  règles  que  je  viens  d'exposer  aussi  sommairement  que  possible,  pour 
ne  pas  abuser  de  l'attention  que  veut  bien  me  prêter  le  Congrès,  ont  une  date 
déjà  fort  reculée.  La  marine  a  dû  se  préoccuper,  depuis  plus  d'un  siècle  surtout, 
du  développement  de  la  syphOis  parmi  les  équipages,  dont  cette  maladie  pourrait. 
à  un  moment  donné,  désorganiser  l'action  efficace  dans  les  stations  navales  de  U 
mère  patrie.  La  considération  tout  aussi  pressante  des  frais  considérables  occa- 
sionnés par  le  traitement  d'un  grand  nombre  de  vénériens  lui  faisait  d'aiUeur? 
un  devoir  de  chercher  les  moyens  les  plus  avantageux  pour  s'opposer  aux  ravagt> 
de  la  vérole  dans  les  classes  diverses  de  ses  administrés. 

Aussi  a-t-elle  constamment  consacré  des  sommes  très-notables  pour  atteindre 
ce  but,  et  sans  faire  un  long  historique,  je  pourrais  rappeler  qu'un  Bob,  trè*- 
connu  et  très-affiche,  sait  très-bien  se  provaloir,  encore  aujourd'hui,  de  iwiio 
temporaires  faits  avec  son  inventeur  avant  ou  pendant  la  révolution  de  1789. 


PHOPHTIAM  imrBMATIONALE  BBS  MALAOIBS  VÊNÊIIIËNNBS.  ^35 

Mais  c'est  surtout  depuis  i830  que  les  visites  sont  devenues  phis  rëguHères.  Le 
re^'lement  qui  a  réuni  et  coordonné  les  mesures  plus  anciennement  suivies  est 
k  i^3.  Il  est  rapporté  «ians  un  ouvrage  spécial  sur  les  maladies  vénérifennes, 
^M  ea  liàS  par  M.  Reynaud,  rinspecteur  général  actuel  du  service  de  santé 
ik  k  marine. 

C'est  aux  efforts  de  ce  dernier^  qui  a  été  sueces^ement  professeur  aux  écoles 
de  médecine  savate  et  directeur  des  services  des  grands  ports  de  Brest  et  de 
TottloB,  que  l'on  doit  principalement  te  maintien  de  la  surveiDance  précise  et 
régulière  dont  j'ai  tenté  de  donner  idée  au  €ongrès. 

<4Âc«  à  cette  surveillance  incessante,  le  département  de  la  marine  a  certaine- 
ment réahsé  de  grands  progrès  et  vu  diminuer  de  beaucoup  le  nombre  des  véné- 
riens admis  dans  ses  hôpitaux.  Tel  port^  qui  comptait  autrefois  trois  cents  Hts 
constamment  occupés  par  des  syphilitiques^  ne  donne  plus  aujourd'hui  qu'une 
owyeone  de  cent  malades  de  cette  catégorie.  Mais  il  est  aisé  de  comprendre  que 
les  efforts  les  mieux  dirigés  ne  peuvent  réus^r  s'ils  sont  isolés,  ou  si  le  même 
!^in  n'est  pas  pris,  soit  en  ce  qui  concerne  les  prostituées,  soit  en  ce  qui  a  trait  aux 
^rrices  hospitaliers  civils.  Et,  en  réalité,  la  marine  s'est  heurtée  plus  d'une  fois 
àde$  obstacles  de  ce  genre. 

Elle  avait  eu  la  louable  pensée  de  se  créer  des  droits  à  surveiller  précisément 
tes  ^rvices  étrangers  à  son  action,  et  elle  avait  adopté  pour  cela  te  moyen  mo- 
<ieme  de  subventions  pécuniaires  accordées  à  certains  établissements  ou  hospices 
pour  le  traitement  convenable  des  vénériens  hommes  ou  femmes.  Malheureuse- 
ment, ses  avances  n'ont  pas  toujours  été  accueillies  comme  elles  devaient  Votre, 
et  surtout  comme  elles  l'ont  été  par  l'administration  d'une  grande  viUe  que  je 
pourrais  citer,  où  des  résultats  très-remai*quables  ont  suivi  de  près,  dans  une 
^enle  année,  l'organisation  d'un  système  de  surveillance  et  de  traitement  de  toutes 
les  prostituées  connues. 

H  existe  encore,  de  nos  jours,  des  institutions  qui^  sous  l'empire  de  préjugés 
particuliers  ou  d'idées  religieuses,  admettent  à  ce  sujet,  pour  principe  de  con- 
duite, que  te  syphilitique  doit  être  puni  pai*  où  il  a  péché.  D'où  refus  d'admission 
<ie  ce  genre  de  maladies  dans  les  hôpitaux,  ou,  ce  qui  est  plus  ordinaire,  mau- 
vaises conditions  de  logement  et  de  traitement  de  cette  catégorie  de  patients. 

k  n'en  citerai  qu'un  exemple.  Une  visite  ofQcielle  exécutée  dans  un  de  nus 
arsenaux  maritimes  fit  reconnaître  que  des  prostituées  reçues,  pour  causes  véné- 
nennes,  dans  un  hôpital  subventionné  par  la  marine,  étaient  simplement  séques- 
trées dans  un  local  qui  tenait  plus  d'un  grenier  que  d'une  salle  de  malades.  Elles 
n'y  avaient  été  soumises  à  aucun  traitement;  depuis  leur  entrée,  datant,  pour 
<iuelques-une9,  de  plusieurs  semaines  !  La  subvention  fut  retirée,  mais  je  puis 
aire  que  ce  fut  avec  un  véritiMe  regret,  et  ce  fait  isolé  n'empêche  pas  la  marine 
fie  recher<;her  sans  cesse  tes  moyens  les  plus  pratiques  pour  arriver  à  la  surveil- 
lance dont  je  parle.  Elle  feût,  chaque  année,  des  sacrifices  imporiants  pour  cette 
cause,  et  ne  demanderait  même  que  des  garanties  sérieuses  pour  augmenter  et 
généraliser  tes  subventions  qu'elle  a  offertes  avec  une  grande  Hbéralité. 

Voici,  messieurs,  ce  que  fait  la  marine  sous  l'inspiration  du  ministre  et  de 
l'inspecteur  général  du  service  de  santé  et,  pour  nous,  il  ne  peut  y  avoir  de 
<i^>ute  qu'on  ol»ttendrait  des  résultats  bien  plus  remarquables  que  ceux  qui  sont 
actuellement  réalisés  si  des  mesures  analogues  étaient  instituées  et  générïdisces 
dans  toutes  les  villes,  dans  tous  les  pays.  On  n'arriverait  pas  ainsi,  sans  doute/ 


436      CONGRÈS  MÉDICAL  INTERNATIONAL.  — CINQUIÈME  SÊINCE  DE  JOUR. 

à  supprimer  absolument  la  syphilis,  mais  on  en  diminuerait  sûrement  la  fré- 
quence^ et  cela  d'une  façon  très-sensible. 

rajouterai  quelques  mots  au  sujet  de  la  marine  marchande  sur  laquelle  le 
ministre  a  une  action  beaucoup  moins  immédiate  et,  sous  ce  rapport,  je  m'as- 
socie pleinement  aux  vœux  formés  par  M.  le  professeur  Jeannel,  de  Boideaui, 
dans  le  remarquable  travail  qu'il  a  lu  devant  vous. 

La  surveillance  des  marins  du  commerce  devrait  être  aussi  précise  que  celle 
que  nous  exerçons  sur  les  matelots,  soldats  et  ouvriers  de  la  marine  miUtaire. 
Elle  ne  serait  pas  plus  difficile.  Ce  sont  les  mêmes  hommes,  et  je  puis  affirmer 
qu'ils  accepteraient  tout  aussi  aisément  que  les  derniers  les  visites  que  j'ai  cdu- 
mérées.  Ces  visites  pourraient  d'ailleurs  se  réduire  à  deux  :  l'une  au  départ  du 
navire,  l'autre  au  retoui*,  et  deux  formalités  administratives  rendraient  ces  in- 
spections très-aisées  et  rapides.  Tout  l'équipage  de  nos  bâtiments  de  commerce 
doit  être  présent,  en  eflct,  à  ces  deux  époques,  devant  le  commissaire  de  l'in- 
scription maiitime  de  chaque  port.  Les  médecins,  déjà  chargés  de  visiter  le^ 
coffres  de  médicaments  de  ces  navires,  pourraient  procéder,  alors,  aux  visiter 
spéciales  que  nous  faisons  dans  la  marine  militaire. 

Je  dois  signïder  à  ce  propos  un  fait  assez  extraordinaii*e,  mais  dont  il  faudrait 
absolument  tenir  compte  dans  ces  visites,  pour  les  rendre  véritablement  efli- 
caces.  On  pourrait,  en  effet,  rencontrer,  dans  la  pratique,  plus  de  résistance  à 
cette  inspection  de  la  part  des  capitaines  ou  ai'mateurs  que  de  celle  des  marin« 
du  commerce  eux-mêmes.  A  priori,  le  contraire  devrait  pourtant  paraître  logi- 
que, puisque  les  matelots  atteints  de  syphilis  peuvent  devenir,  pour  de  lon^"" 
jours,  pour  une  traversée  ou  un  voyage  entier,  une  inutilité  et,  par  conséquent, 
une  gène  à  bord.  Le  règlement  dégage  même  l'armateur  (contrairement  à  mie 
opinion  émise  devant  vous),  de  toute  responsabilité  pécuniaire  de  tous  les  frai^ 
de  traitement  ou  de  rapatriement  des  hommes  de  leurs  équipages  qui  contractent 
la  syphilis.  Mais  il  arriverait  souvent,  surtout  au  moment  de  la  composition  pre 
mièrc  de  l'équipage  en  France,  principalement  à  certaines  époques  trop  fré- 
quentes de  disette  de  matelots,  que  le  capitaine  ou  l'armateur  s'efTorceniit 
d'éluder  la  visite  ou  de  la  rendre  illusoire  dans  son  résultat  final  et  prophylac- 
tique, pour  conserver  tel  ou  tel  homme  robuste  ou  de  confiance  qui,  présentant 
des  symptômes  plus  ou  moins  graves  de  syphilis,  devrait,  par  ordre  médical. 
n'être  pas  compris  sur  le  rôle  du  navire  et  traité  à  terre.  Je  n'hésite  pas  à  dé- 
clarer qu'il  y  a  dans  ce  fait  de  détail  une  raison  puissante  pour  justifier  la  rt>- 
daction  d'un  règlement  précis  et  géuéral  devant  lequel  force  serait  bien  d'obéir, 
comme  aux  autres  prescriptions  de  la  loi.  Les  médecins  chargés  des  visites  au- 
raient du  reste  pom*  mission  de  bien  établir  les  conditions  ou  l'état  actuel  de  la 
maladie  qu'ils  constateraient,  de  façon  à  ne  s'opposer  à  l'embarquement  de> 
marins  qu'autant  que  leurs  accidents  syphilitiques  seraient  assez  graves  pi>ur 
exiger  de  longs  soins,  autres  que  ceux  que  l'on  peut  prendre  à  bord. 

Telles  sont,  messieurs,  les  considérations  que  j'ai  pensé  devoir  vous  présenter. 
Comme  vous  le  voyez,  la  prophylaxie  de  la  syphilis,  ou  du  moins  la  pensée  de 
s'opposer  à  sa  propagation  a,  dans  le  scnicc  de  santé  de  la  marine,  des  promo- 
teurs résolus.  Les  règlements  sont  nets,  précis,  spéciaux,  et  ne  soulèvent,  de  la 
part  de  nos  hommes,  aucune  difficulté  d'application.  Les  visites  personnelle*^ 
sont  d'ailleurs,  je  n'ai  pas  besoin  de  l'ajouter,  entourées  de  toutes  les  précaution^ 
et  ménagements  qui  peuvent  rendre  ces  perquisitions  acceptables  par  tout  k  \ 
monde.  Le  caractère  médical  est  encore  assez  respecté  pour  qu'il  ne  rencontre  , 


PROPHTtAXTE   INTEBN\TfONALE  DES  MALADIES  YÊNÊRIENNES.  ft37 

qu'un  très-petit  nombre  de  résistances  dans  des  inyestigations  dont  il  serait  aisé 
de  justifier  l'intention  et  le  but  si  important  à  réaliser  au  point  de  vue  de  la 
lamille,  de  la  société  et  même  de  l'humanité. 

Que  faadrait-il  pour  que  ce  but  lui-même  fût  rapproché,  sinon  atteint  ?  la 
généralisation  des  mesures  que  j'ai  énumérées  et  leur  extension  à  toutes  les 
classes  sur  lesquelles  la  société  peut  avoir  de  l'action.  Il  suffirait,  à  notre  avis, 
que  les  règlements  de  la  marine  fussent  rendus  obligatoires  à  toutes  les  agglo- 
mérations ou  catégories  d'hommes  qui  se  pressent  en  masses  de  plus  en  plus 
compactes  dans  les  grands  ateliers  de  l'industrie.  C'est  bien  évidemment,  en 
effet,  panni  les  soldats,  les  matelots  et  les  ouvriers,  c'est-à-dire  dans  la  popula- 
tion jeune,  active,  remuante  de  tous  les  pays,  que  la  syphilis  règne  et  se  propage, 
il  faudrait  donc  que  chaque  administration  d'État,  chaque  direction  industrielle 
eût  des  règles  identiques  ou,  si  vous  me  permettez  une  comparaison  militaire, 
eût  des  moyens  de  défense  exactement  semblables  contre  l'invasion  d'une  ma- 
ladie qui  est  une  cause  puissante  et  incontestée  de  dégénérescence  pour  l'espèce 
humaine  tout  entière. 

Déjà,  presque  partout,  soit  dans  les  villes  industrielles,  soit  dans  les  grandes 
exploitations  agricoles,  les  directeurs  d'usines  ou  de  fermes  se  sont  libéralement 
imposé  les  frais  de  traitement  des  maladies  qui  surviennent  chez  leurs  em- 
ployés. Quelle  raison  ces  employés  auraient-ils  de  se  refuser  à  des  visites  dont 
les  conséquences  directes  seraient  d'une  nature  tout  aussi  bienfaisante  pour  eux 
que  celles  qu'ils  sont  les  premiers  à  réclamer  quand  il  s'agit  des  maladies  ordi- 
naires? 

La  plus  grande  partie  des  causes  de  la  propagation  de  la  syphilis  serait  ainsi 
presque  complètement  écartée.  Il  resterait  ceilainement  à  tenter  d'agir  dans 
une  direction  analogue  pour  le  personnel  féminin  de  la  prostitution  et  du  liber- 
tinage, et,  sous  ce  point  de  vue,  bien  d'autres  obstacles  surgiraient,  mais  ils  ne 
sont  pas  insurmontables.  Plusieurs  des  orateurs  qui  m'ont  précédé  ont  essayé 
d'ailleurs  de  résoudre  cette  autre  face  du  problème,  et  je  me  bornerai  à  dire 
qu'un  des  moyens  les  plus  efficaces  à  employer  serait  l'organisation  sérieuse  et 
entièrement  médicale  de  tous  les  services  hospitaliers  consacrés  aux  vénériens  des 
deux  sexes.  La  syphilis  est  une  plaie  sociale,  tout  le  monde  le  reconnaît.  Eh 
hicn,  loin  de  chasser  ou  de  poui^suivre  d'anathèmes  les  lépreux  de  noti'e  âge, 
il  faut  leur  ouvrir  largement  les  portes  de  nos  asiles,  préférables  certainement 
^iix  léproseries  du  moyen  âge,  et  ne  les  remettre  à  la  société,  qu'ils  souillaient, 
qu'après  les  avoir  mis  en  position  de  ne  plus  être  nuisibles. 

l'ai  cité  un  exemple  des  difficultés  qui  peuvent  s'ofirir  dans  la  poursuite  et  le 
renTersement  des  préjugés  qui  sont  tout-puissants  encore  en  bien  des  pays  de 
l'Europe  ;  mais  je  crois  qu'une  entente  de  tous  les  médecins  parviendrait  à  les 
^urnaonter,  et  l'opinion  publique,  ce  pouvoir  qui  n'était  rien  il  y  a  peu  d'années 
encore  et  qui  veut  être  tout,  ferait  triompher  les  idées  qui  n'ont  pas  eu  de  con- 
^dicteurs  devant  le  Congrès. 

Pour  la  marine,  elle  n'aurait  pas  à  s'occuper  de' garanties,  en  compensation 
des  subventions  qu'elle  donne  ou  qu'elle  offre,  si  le  personnel  médical  avait, 
P^^rtout  en  France,  l'initiative  et  la  prépondérance  qu'il  devrait  avoir  dans  la 
direction  suprême  des  hôpitaux.  Elle  se  contenterait  de  compter  sur  le  zèle,  le 
dévouement  et  l'intelligence  éclairée  des  membres  d'une  profession  qui  fait 
chaque  jour  ses  preuves  et  qui  n'a  le  plus  souvent,  cependant,  d'autre  récom- 


pense  qu'une  iUuston  :  ceUe  de  croire  ^}àe  wê  wrnees  sont  reeonswi  éam  le 

§0T  intérieur  de  ses  obliges. 

Je  termine  ici,  messieurs,  en  remerciant  le  CkNifrèB  de  l'attention  qa'il  « 
prêtée  à  la  comnmnication  que  je  lui  ai  faite,  en  essayant  de  conserver  aux 
idées  que  j'exposads  un  caractère  tout  spécial  à  la  question  posée,  i'ai  le  ferme 
espoir  qu'il  sortira  quelque  chose  de  la  discussion  qui  s'est  ouverte  devant  vous, 
et  je  ne  crains  pas  d'avancer  que  ce  sera  Tun  des  principaux  titres  de  gloire  du 
Congrès  d'avoir  tenté  de  faire  rentrer  la  syphilis  dans  les  ombres  qui  obscur- 
cissent, pour  beaucoup  de  nous,  son  origine. 

M.  DelaalaiiTe  demande  que  les  mesures  de  prophylaxie  personnelle  soient 
au  moins  mentionnées  au  cours  de  cette  discussion.  11  désire  qu'une  instructien, 
imprimée  à  ce  sujet,  soit  distribuée  aux  marins  et  aux  soldats. 

M.  to  préaMent  promet  à  M.  Delasiauve  que  son  observatioii  sera  insérée  au 

procès-verbal. 

M.  le  président  demande  au  Congrès  de  vouloir  bien  (ttialgré  les  statut^ 
donner  la  parole  à  un  étudiant  en  médecine.  Cette  autorisation  ayant  été  ac- 
cordée, M.  J«le«Cai>ret  communique  un  travail  dont  les  conclusions  sont  textuel- 
lement reproduites  ici. 

Article  1".  Le  dommage  causé  par  la  communication  d'uile  maladie  vëné 
rienne  est  un  dommage. 

Art.  2.  Le  dommage  causé  en  mettant  un  citoyen  ou  une  citoyenne  dans  la 
nécessité  de  déclarer  publiquement  sa  maladie,  est  un  dommage 

Art.  3.  Ces  deux  dommages,  déférés  à  des  tribunaux  compétents,  donnent 
lieu  à  une  indemnisation  par  des  donuuages-intérêts. 

C'est  toul,  —  et  c'est  asset.  —  Quand  un  homme  ou  une  femme  atteints  d'une 
maladie  vénérienne  sauront  qu'en  la  communiquant  à  une  autre  personne  il> 
s'exposent  à  une  condamnation  à  iO  ou  15000  fï*ancs  de  dommages-lnlér?t«. 
ils  s'abstiendront  de  tout  rapport  sexuel.  Les  propriétaires  de  maisons  de  pn)>t»- 
tution,  sachant  que,  dans  ce  cas,  ils  seront  condamnés  solidairement  avec  le" 
femmes  qu'ils  emploient,  mettront  leurs  soins  à  veiller  à  la  santé  de  ces  femme?. 

Comme  vous  tous,  messieurs,  je  demande  que  les  malades  atteints  d'affection* 
vénériennes  soient  largement  admis  dans  les  hôpitaux,  —  ce  sont  des  malades, 
—  et,  plus  que  pour  les  autres  maladies  peut-être,  la  société  a  intérêt  à  ce  qu'il* 
soient  guéris.  Je  demanderai,  en  outre,  qu'il  n'y  ait  pas  d'hôpitaux  spéciaux  poui 
les  maladies  vénériennes,  parce  que  les  malades  ont  répugnance  à  y  entrer. 

Je  demande  aussi,  et  comme  mesure  générale  pour  toutes  les  maladies,  qu  on 
ne  considère  pas  si  un  malade  indigent  demeure  depuis  six  mois  à  Paris,  —  ou 
dans  une  commune  quelconque,  —  pour  qu'on  l'admette  à  l'hôpital.  A-t-il 
moins,  pour  cela,  le  droit  que  la  société  le  guérisse? 

Encore  un  mot  et  je  termine. 

On  m'objectera  peut-être  que  nombre  de  gens  infectes  ne  voudront  pas  recourir 
aux  tribunaux  pom*  se  faire  rendre  justice. 

Je  sais  que,  pai'mi  les  gens  qui  diront, —  par  parade  de  générosité  :  ^  «  Moi* 
je  n'irais  pas  devant  un  tribunal  »,  la  plupart,  dans  l'occasion,  voyant  qu'ib 
n'ont  plus  qu'à  gagner,  changeront  d'avis  et  déposeront  leur  plainte. 

Et  si  60  pour  100  seulement,  —  et  je  suis  bien  au-dessous  de  la  vraisemUanee, 


PKOPHILAIIE  IHTEilNATIONALB  DtS  M ALADIfiS  YÊNÊttlBRIIES.  089 

—  des  gens  infecté»  recourent  aux  tribunaux^  le^  maladies  yénériennes  seront 
bientôt  éteintes. 

Cette  méthode  est  la  seule  conciliable  avec  les  principes  de  progrès^  de  liberté 
et  d'égalité;  —  e'est  la  seule  Juste,  et,  par  cela  seul,  elle  derrait  être  mise  en 
pratique,  même  en  dehors  de  l'idée  de  Textinction  des  maladies  ténériennes. 


liMstt^niÉ.  — Plnsiem^  de  nos  confrères  tiennent  de  s'élever  contre 
les  meaiires  prophylactiques  en  général  et  contre  la  surveiBanee  exercée  sur  les 
prosthuëes  en  particulier.  Ces  mesures  et  cette  snrveiUanee  seraient  inntSes  et 
attentatoires  à  la  liberté  individuelle. 

Je  sois,  autant  qne  quiconque,  partisan  de  toutes  les  libertés,  mais  je  crois 
qu'il  est  nécessaire  4e  surveiller  ces  femmes,  qui^  par  la  promiscuité  dans  les 
rapports  sexuels^  deviennent  les  principaux  agents  de  la  propagation  des  mala- 
dies vénériennes,  et  compromettent  ainsi  la  santé  générale. 

Au  point  de  vue  sanitaire,  la  liberté  individuelle  doit  avoir  pour  limite  l'iiitérét 
général.  L'individu  ne  peut  avoir  la  liberté  d'être  nuisible  à  autrui.  Les  mesures 
dirigées  contre  les  maladies  épidémiques,  la  réclusion  des  aliénés,  reposent  sur 
ce  principe  fohdamental  dd  toute  sécurité  sociale.  Même  dans  la  république  des 
Etats-Unis  d'Amérique,  MM.  Bames  et  Woodward  signalent  les  bons  résultats 
obtenus  pour  les  garnisons  de  Nashville  et  de  Memphis,  de  la  réglementation  des 
prostituées  (1). 

D'ailleurs,  potlr  apprécier  l'importance  des  mesures  prophylactiques  sur  la 
fréquence  des  mïdadies  vénériennes,  ainsi  que  l'a  fait  M.  Jeannel  (de  Bordeaux) 
pour  les  différentes  villes  de  France,  il  sufQt  de  comparer  la  proporti<m  des  véné- 
riens dans  les  armée  des  Iles-Britanniques,  de  France  et  de  Belgique. 

Tandis  que  dans  les  Iles-Britanniques,  par  suite  de  l'absence  presque  com- 
plète des  mesures  prophylactiques,  en  1862  et  1863  (2),  Tamiée  présentait  une 
moyenne  annuelle  de  318  maladies  vénériennes  pour  1000  hommes  d'effectif, 
proportion  considérable,  puisque,  en  moins  de  trois  ans  et  trois  mois,  le  nombre 
de  ces  alTections  dépassait  celui  de  l' effectif  ;  en  France,  où  l'on  a  recours  à  cer- 
taines mesures  prophylactiques  et  curatives,  l'armée  présenta,  en  1864^  moins 
de  113  maladies  vénériennes  sur  1000  hommes  d'effectif  (3). 

Enfin,  en  Belgique,  où  sont  en  usage  des  mesm*es  prophylactiques  plus  uni- 
formément appliquées,  de  1858  à  1860  inclusivement,  la  proportion  des  mala- 
dies vénériennes,  dans  l'armée,  est  progressivement  descendue  de  98  à  72  sur 
1000  honmies  d'effectif,  proportion  environ  quatre  fois  moindre  que  dans  les 
lle:»-Britanniques  (4). 


lo  (de  Naples)  déclare  que  la  syphilisation,  d'abord  favorable- 
ruent  accueillie  en  ItaUè,  est  aujourd'hui  presque  complètement  abandonnée. 

(1)  Reports  on  ihe  Extent  and  Nature  of  the  Material  AvailaUe  for  the  Préparation  of  a 
Médical  andSurgical  Uistory  of  the  Rébellion.  Philadelphia,  1865,  circular  n»  6.  War  De- 
partment. 

(2)  Statistical  Sanitary  and  Médical  Reports  for  the  Year  1862  and  1863  ;  Army  Médical 
Department  :  by  Gibson. 

(3)  Statistique  médicale  de  l'armée  pendant  l'année  186d  ;  appendice  au  Compte  rendu  sur 
le  lerviee  dtl  recrutement  de  l'année.  Paris,  1866. 

(4)  Du  mal  vénérien  en  Belgique^  par  TleminclLX  (Aead,  de  méd,  de  Bruxelles^  20  avril 
1862;  eUraU  dam  tfot.  méd.  de  Paris,  19  Juillet,  1862;  p.  dd5). 


^^0      CONGRÈS  MÉDICAL  INTERNATIONAL.   ^  CINQIIIËME  SÉANCE  DE  JOUR. 

M.  Spérino  lui-même  ne  l'emploie  plus  que  dans  le  traitement  de  la  syphilis 
tertiaire. 

M.  Rfeord  déclare  qu'il  n'avait  pas,  au  début,  l'intention  de  prendre  la  parole 
sur  la  question  spéciale  de  la  prophylaxie  de  la  syphilis  ;  il  s'associe  complète- 
ment, à  cet  égard,  aux  idées  émises  pax  MM.  Rollet,  Jeannel  et  Galligo.  Mais  il  a 
pris  la  parole  d'une  manière  peut-être  intempestive  lorsqu'il  a  été  question  de  la 
syphilisation,  procédé  qui  lui  inspire  la  plus  vive  répugnance.  Il  a  demandé  à 
M.  Auzias-Turenne  de  s'inoculer  lui-même,  afin  de  prouver  la  sincérité  de  ses 
convictions;  car  on  avait  proposé  à  l' Académie  de  médecine  d'étendre  cette  me- 
sure aux  pensions  et  aux  collèges  :  on  n'a  point  le  droit  de  syphiliser  les  enfants 
lorsqu'on  ne  l'a  point  fait  sur  sa  propre  personne.  Au  reste,  M.  Ricord  aurait 
volontiers  signé  l'argumentation  de  M.  Jaccoud,  et  M.  Rollet  pense  absolument  de 
même.  On  ne  saurait,  d'ailleui's,  assimiler  les  essais  tentés  par  Percy  et  Fricke  :de 
Hambourg),  qui  ne  faisaient  que  cinq  ou  six  inoculations  sur  le  même  individu, 
aux  procédés  des  syphilisateurs  modernes,  qui  en  font  plusieurs  centaines. 
M.  Ricord  a  relevé  un  point  qui  est  resté  sans  réponse,  pour  le  malade  de 
M.  Bazin  :  c'est  que,  chez  cet  homme,  on  a  inoculé  la  vraie  vérole  pour  guérir 
un  accident  de  syphilisation. 

M.  Aiulas-Tareniic.  —  Oui,  on  a  inoculé  la  matière  de  plaques  muqueu^^'i^ 
pour  guérir  une  ulcération  phagédéniquc,  une  ulcération  syphilitique  des  plu> 
rebelles  et  des  plus  graves. 

M.  Rleord.  —  Alors  il  n'y  a  aucun  dissentiment  entre  nous  sur  ce  point.  Au 
reste,  il  y  a  une  syphilisation  que  j'admets,  c'est  celle  qui  produit  la  syphilis 
constitutionnelle.  La  diathèse  syphilitique  obéit  à  la  loi  des  maladies  virulentes, 
loi  que  j'ai  non  pas  établie,  mais  reconnue  :  comme  la  rougeole,  la  scarlatine, 
la  morve,  le  farcin,  elle  n'atteint  qu'une  seule  fois  le  môme  sujet,  sauf  les  cas 
exceptionnels. 

D'autre  part,  il  y  a  un  malade  qui  a  succombé  à  la  syphilisation  :  c'est  M.  Jarry, 
dont  il  a  été  question  à  l'Académie  de  médecine. 

En  somme,  on  guérit  la  vérole  par  la  syphilisation  comme  pai*  une  foule  d'au- 
tres moyens,  la  vaccine,  entre  autres  :  ce  qui  prouve  que  cette  maladie  peut 
guérir  spontanément.  Est-ce  une  raison  pour  abandonner  le  mercure?  En  fait 
d'accidents  mercuriels,  dans  une  pratique  de  quarante  ans,  je  n'ai  point  tu 
d'autres  accidents  que  ceux  qu'on  a  bien  voulu  produire.  D'ailleurs,  qui  n'aime- 
rait mieux  se  soumetti'e  à  six  semaines,  ou  trois  mois,  un  an  même,  d'un  trai- 
tement régulier,  que  de  s'exposer  à  tous  les  inconvénients  de  la  syphilisation? 

m.  Aoslas-Tareune  reprend  de  nouveau  la  discussion  des  faits  qui  lui  sont 
opposés.  Relativement  au  malade  de  M.  Bazin,  il  produit  un  certificat  de  ce  mé- 
decin, en  date  de  1862,  qui  établit  que  le  sujet  dont  il  a  été  question  avait  quitté 
l'hôpital  Saint-Louis  amélioré,  et  sur  le  point  d'être  guéri.  —  Il  cite  l'opinion 
de  M.  Hebra  (de  Vienne)  en  faveur  de  l'unicité  du  virus  :  il  dit  que  si  le  mercure 
n'est  pas  nuisible  dans  la  syphilis,  il  peut  offrir  des  inconvénients  au  point  de 
vue  des  autres  maladies  dont  le  sujet  peut  être  atteint  et  de  celles  qu'il  peut 
produire.  Enfin,  relativement  au  fait  de  M.  Jarry,  il  invoque  le  témoignage  d'uii 
ami  de  ce  jeune  homme,  d'après  lequel  la  syphilisation  aurait  été  inno- 
cente de  sa  fin  prématurée.  M.  J...  était  guéri  depuis  trois  mois,  lorsqu'à  h 


PROPHYLAXIE  IMTERNATIONALB  DES  MALADIES  VÉNÉRIENNES.  &(il 

suite  d'excès  et  de  veilles  opiniâtres  et  sous  une  influence  ëpidémique^  il  fut 
atteint  d'un  érysipèle  graye»  lequel  rencontra  dans  sa  marche  envahissante  des 
cicatrices  de  chancres  et  les  convertit  en  phlyctènes. 


—  J'atteste  que  j'ai  vu  M.  Jarry,  et  que  les  ulcérations  qu'il  por- 
tait étaient  ouvertes  et  non  cicatrisées. 


WL  Aawta»-T»reane.  —  M.  Ricord  n'a  jamais  vu  le  sujet  et  n'a  pu  avoir  de 
renseignements  sur  son  compte  qu'auprès  de  personnes  plus  ou  moins  passion- 
nées, plus  ou  moins  intéressées.  On  peut  s'en  convaincre  en  consultant  le 
compte  rendu  des  discussions  qui  ont  eu  lieu  à  l'Académie  de  médecine  sur  la 
syphilisation. 


i  (du  Canada)  rapporte  un  fait  de  syphilisation  dans  lequel  le 
malade  a  succombé. 

lû  donne  lecture  de  la  lettre  suivante,  de  M.  Grocq  : 


«  Monsieur  et  honoré  confrère , 

»  A  mon  grand  regret^  il  me  sera  impossible  d'assister  à  la  séance  du  26^  dans 
laquelle  doit  se  terminer  la  discussion  relative  à  la  prophylaxie  des  maladies 
vënériennes. 

»  Je  ne  voudrais  pas  que  le  Congrès  se  séparât  sans  avoir  pris  à  cet  égard  une 
résolution  qui  fût  l'expression  bien  explicite  de  sa  manière  de  voir. 

»  Sans  doute  la  Commission,  dont  nous  avons  adopté  la  formation,  discutera  à 
fond  tout  ce  qui  se  rapporte  à  la  question,  et  votera  des  mesures  sur  lesquelles 
elle  appellera  l'attention  des  gouvernements.  Mais  il  me  semble  que  nous  ferions 
bien  d'adopter  tout  d'abord  un  principe  général  qui  pût  servir  de  base  aux  tra- 
vaux de  cette  Commission,  et  qui  fût  en  même  temps  l'expression  des  idées  du 
Congrès,  clairement  et  spontanément  manifestée. 

»  En  conséquence,  je  crois  devoir  formuler  la  proposition  suivante,  que  je  vous 
prie  de  soumettre  à  l'assemblée  : 

»  La  propagation  des  maladies  vénériennes  constitue  un  mal  social,  que  la 
»  société  tout  entière  a  le  plus  grand  intérêt  à  réprimer. 

»  Ces  maladies  ont  leur  point  de  départ  dans  la  prostitution. 

»  En  conséquence,  le  Congrès  engage  les  gouvernements  à  prendre  des 
»  mesures  pour  que  partout  la  prostitution  soit  soumise  à  une  réglementation, 
*  (le  manière  à  anéantir  ses  effets  fâcheux  sur  la  santé  publique. 

o  il  leur  recommande  aussi  tout  particulièrement  de  soumettre  à  des  visites 
9  régulières  les  soldats  et  les  marins,  ces  grandes  agglomérations  d'honmies 
V  constituant  des  foyers  de  contagion,  dont  la  puissance  exceptionnelle  est  depuis 
»  longtemps  connue.  » 

»  Je  pense,  monsieur  et  honoré  conù'ère,  que  ces  propositions  découlent  plei- 
nement de  tout  ce  qui  a  été  dit  sur  cette  question,  et  que  tous  nous  pouvons  les 
accepter,  laissant  à  la  Commission  le  soin  de  formuler  les  mesures  par  lesquelles 
leur  but  pouiTait  être  réalisé. 

»  J.  Crocq.  d 

H.  1«  président  fait  observer  que  cette  proposition  se  confond  avec  celle  de 


kh2      CONGRÈS  MÊblQAL  IfVTBRNATION/lL.  ^  CltVQVIËMII  SËâdCfi   Dfe  lOUft. 

M.  Bëhier,  qui  va  être  mainlenant  mise  aux  Yoit.  Il  aundt  désiré  que  la  Gommi»- 
sion  qu'il  s'agit  de  nommer  fût  élue  par  le  Gongrèe  tout  entier  ;  mais  en  raison  des 
difficultés  de  tout  genre  que  soulèverait  cette  manière  de  procéderi  il  engage 
l'assemblée  à  vouloir  bien  accepter  la  liste  formée  d'avance  par  le  bureau.  Si 
cependant  le  Congrès  préfère  adopter  tin  syMèkne  diffëréht,  sa  dëdslmi  Sera 
respectée. 

ML  AiulMHnbreiiiie  insiste  sur  la  nécessite  de  recourir  à  Téleetlon  directe, 
dont  il  critique  vivembnt  le  projet  qu'il  considère  comme  un  tiioyen  d'enfieveli)- 
la  question i  11  comprend  que  des  hommes  dispersés  nommetlt  des  délégués  qui 
s'assemblent;  mais  il  ne  comprend  pas  des  délégués  qui  se  dispersent  pour  s'en- 
tendre et  se  concerter.  Il  déclai'e  d'ailleurs  manquer  d'expression  pariementaire 
pour  qualifier  la  formation  par  le  bureau  d'une  liste  unique  qui  sera  nécessai- 
rement choisie. 


désire  avant  tout  communiquer  la  liste  proposée  par  le  bureau. 
Quel  que  soit  le  soH  ^Ue  lut  ié^ct've  la  débisiOn  db  l'a^sernblée^  U  Hi  tltile  de 
faire  connaître  les  noms  dont  cette  liste  se  compose. 

Elle  comprend  : 

i®  Comme  membres  étrangers , 

Mm.  de  Méric  (Londres),  Hébra  (Vienne),  Seitz  (Munich),  Crocq  (Bruxelles),  Seco- 
Baldor  (Madrid),  Galligo  (t'iorence),  Palasciano  (Naples),  Ovn-e  (Christiania),  Bai- 
bosa  (Lisbonne),  Frerichs  (Berlin),  Hûbbenet  (Kiew),  Fordyce  Barker  (New-York  , 
\Vilson  Jewell  (Philadelphie),  Uphanl  (Boston),  Hingston  (Montréal),  Mac  Ihaine 
(Cincinnati). 

2°  Comme  membres  français  : 

Mm.  Béhier,  Bouillaud,  Dechambre,  Gosselîn,  Jaccoud,  hicord,  tardieu,  Ver- 
neuil  (de  Paris);  MM.  Jeannel  (de  bordeaux),  Mougeot  (de  Bar-su r-Aube),  et  Rollel 
(de  Lyon). 

Une  discussion  à  laquelle  prentient  pari  MM.  Mougeot,  Detnaria^  Bourgade. 
Zaleskj,  Marcotitz;  Ricoi*d;  s'élève  à  ce  sUjet.  Enfin  M.  le  président  met  aux 
voix  la  motion  de  M.  de  Valcourt,  qui  propose  d'accolrder  un  vote  de  confiance 
ad  bureau,  et  d'accepter  la  liste  qu'il  A  rédigée. 

Cette  proposition  est  adoptée  à  une  grande  majorité. 

La  séance  est  levée  à  six  heures  trois  quarts. 

Après  la  lecture  du  procès-verbal  de  cette  séance^  lecture  qui  a  eu  lieu  le  jour 
de  la  clôture  du  Congrès,  M.  Auzias-Turehrie  a  demandé  la  parole.  Il  désire 
qu'on  mentionue  au  procès-verbal  sa  protestation,  en  ce  qui  le  concerne,  conln' 
la  proposition  qui  aurait  été  faite  autrefois,  d'appliquer  aUX  personnes  vivant  en 
commun,  dans  les  pensionnats,  dans  les  collèges,  la  pratique  de  la  syphillsatlon 
préventive.  Il  demande  également  qu'on  veuille  bien  se  reporter  à  la  discussion 
de  l'Académie  de  médecine,  pour  s'assurer  que  M.  Hicord  n'a  pas  vu  le  jeune 
hofaime  qu'on  dit  avoir  succombé  aux  conséquences  de  la  syphilisation. 


SÉANCES  SUI^PLÉMËNTAltlËS  btJ  SOIR 


t>REMlÈt\Ë  StîANCE 

Samedi  17  août,  à  8  heures. 


Lectubes  : 

MM.  Ramiaez  (Mexico).  —  Sur  un  nouveau  procédé  opérato  pour  le  traitement 
des  abcès  du  ft^ie. 

Gâlezowski  (Parte).  —  Sur  les  aHërations  de  la  rétine^  du  nerf  optique  et  de 
la  choroïde  dans  la  diathèse  tuberculeuse. 

BoucHUT  (Paris).  —  Sur  les  lésions  de  l'œil  produites  par  la  méningite  tuber- 
culeuse et  par  toutes  les  maladies  organiques  du  système  nerveux. 

Discussion  :  MM.  Gourdin.  —  Gâlezowski.  —  Bouchut. 

Lectubes  : 

GouaDiN  (Paris).  ^^  Traitement  de  la  tuberculose  pulmonaire. 
Marcral  de  GALVi  (Paris).  —  Note  sommaire  sur  les  médications  ofi^nsivfts 
dans  le  traitement  de  là  phthisie  pulmonaire. 

Discussion*:    M.   Auzias - Turenne.   —    Linas.    —  O'Leary.    —    Marcovitz.   — 

Lombard.  —  Halla. 

Proposition  du  docteur  van  Lohe. 
Discussion.  —  MM.  Bouillaud.  —  Palasciano.  —  ftEviLLour.  —  Crocq. 

Procès-verbal  de  la  séance  par  M.  le  docteur  BricheteaUf  secrétaire  du  Con- 
grès. 


liUU      œNGRÈS   MÉDICAL   INTERNATIONAL.     —  PREHIÈBB  SÉANCE  DU  SOIR. 


PREMIÈRE  SÉANCE  DU  SOIR. 

Président. M.  Bouillaud. 

Vice-présidents.    .  .  .     MM.  Palasciano  et  Teissier. 
Secrétaire  de  la  séance.     M.  Bricheteau. 


SVR  VW  MOUVEAV  PROCÉDÉ  OPÉRATOIRJB 
POVR    liB   TRAITEMENT   DES   ABCÈS   DV    FOIE 

PAR    LE    DOCTEUR    RAMIREZ    (DE    MEXICO). 
(Trtrnl  lu  tu  nom  éê  rantaur  pv  le  McréUira  géoénL) 


Messieurs  et  confrères^ 

J'avais  conçu  l'idée  de  vous  faire  une  communication  aussi  complète  que  les 
circonstances  de  mon  voyage  le  permettaient,  et  je  l'avais  même  rédigée  dans  ce 
sens;  mais  un  oubli,  malheureusement  irréparable  à  l'heure  qu'il  est,  m'em- 
pêche d'exécuter  mon  projet,  le  suis  donc  obligé,  désirant  profiter  de  cette 
occasion,  de  m'en  tenir  à  un  simple  abrégé  de  ladite  conomunication  ;  il  ne  me 
sera  pas  possible  d'entrer  dans  certains  détails,  car  je  ne  me  fie  pas  à  ma 
mémoii'e  ;  j'ajournerai  donc  la  communication  des  observations  consignées  dans 
mon  travail,  et  ces  observations  feront  le  sujet  d'un  mémoire  spécial  sur  la  ques- 
tion que  je  veux  simplement  effleurer  aujourd'hui. 

Il  s'agit  d'un  point  de  pratiqué  médico-chirurgicale,  d'une  méthode  opéra- 
toire pour  le  traitement  des  abcès  du  foie.  Mais,  avant  d'aller  plus  loin,  je  tiens 
à  faire  constater  que  cette  méthode,  née  à  Mexico,  doit  son  origine  à  l'intelli- 
gence et  à  l'observation  de  mon  maître  et  ami,  le  docteur  Ximenès  (Michel),  pro- 
fesseur de  clinique,  méthode  qu'il  a  conçue  et  pratiquée  depuis  bientôt  quinze 
ans.  L'année  dernière  encore,  nous  avons  eu  l'occasion  d'élucider  quelques  points 
de  la  question  qui  n'étaient  pas  assez  clairs  auparavant. 

La  question  des  abcès  du  foie  n'est  pas  si  simple,  à  mon  avis,  qu'on  pourrait 
le  croire.  Je  pense  que,  s'il  y  a  un  organe  dont  les  fonctions  et  les  maladies 
soient,  plus  que  tout  autre,  soumises  à  l'influence  si  complexe  du  climat,  c'est  le 
foie. 

Je  crois  aussi  que,  dans  l'hépatite,  la  nature  de  la  maladie  n'est  pa.s  toujours 
la  même.  D'après  mes  observations  à  Mexico,  dans  des  conditions  difficiles  à 


RAMIRBZ.  —  TRATTEIIBIIT  DES  ABCkS  DU  FOIE.  ft&5 

déterminer,  et  sous  l'influence  de  certaines  causes,  on  remarque  rhë{>atite  com- 
mune et  ordinaire,  puis  une  autre  forme,  dont  la  marche  conduit  presque  fatale- 
ment à  la  suppuration.  Parmi  ces  causes,  il  faut  signaler  l'abus  des  alcooliques; 
non  l'abus  journalier,  mais  l'abus  accidentel  des  boissons  alcooliques  absorbées 
en  grande  quantité  pendant  trois  ou  quatre  jours  de  suite.  Ordinairement,  un 
désordre  semblable  est  suivi  d'une  attaque  de  choléra  sporadique  ou  de  miserere, 
puis  paraissent  les  premiers  symptômes  de  lanudadie. 

Je  ne  veux  point  faire  une  description  détaillée  de  chacun  de  ces  symptômes, 
et  de  la  marche  de  la  maladie,  je  dois  pourtant  m'arrêter  un  instant  sur  un  phé- 
nomène qui  touche  de  près  au  diagnostic,  et  conséquemment  au  traitement  dont 
je  vais  tracer  l'aperçu. 

Le  gonflement  du  foie,  l'augmentation  de  son  volume,  plus  marqués  d'ordi- 
naire dans  les  abcès  développés  dans  son  parenchyme  que  dans  d'autres  mala- 
dies, entraînent  dans  la  région  hépatique  des  changements  signalés  par  tous  les 
praticiens.  D'abord,  le  diaphragme  est  repoussé  en  haut,  et  la  cavité  thoracique 
diminuée  en  proportion  du  volume  acquis  par  l'organe  nudade  ;  la  région  épi- 
gastrique,  et  surtout  le  côté  droit  de  la  poitrine,  sont  plus  ou  moins  bombés,  et, 
dans  ce  dernier  cas,  les  côtes  sont  repoussées  en  dehors;  il  s'ensuit  que  les 
espaces  intercostaux  sont  bien  plus  larges  qu'à  l'état  normal,  en  raison  de  l'écar- 
tement  qu'ils  éprouvent. 

Lorsque,  par  le  fait  de  la  marche  de  la  maladie,  le  pus,  plus  ou  moins  parfai- 
tement élaboré,  est  renfermé  à  l'intérieur  de  l'organe,  commence  à  se  manifes- 
ter an  phénomène  qui  deviendra  un  peu  plus  tard  le  signe  pathognomonique  de 
l'existence  de  l'abcès  :  je  veux  parler  de  la  fluctuation.  On  a  parlé  de  la  fluctuation 
dans  ces  cas-là,  c'est  vrai,  mais  c'était  de  la  fluctuaction  reconnue  à  la  région 
épigastrique,  lorsque  la  tumeur  s'était  assez  développée  pour  soulever  les.  parois 
du  ventre,  ou  bien  quand  le  foie  avait  contracté  des  adhérences,  et  que  l'abcès 
était  sur  le  point  de  s'ouvrir  spontanément. 

Mais,  pour  ne  pas  trop  m'écarter  de  mon  siget,  je  veux  me  reporter  seulement 
à  l'excellent  ouvrage  de  M.  Rouis  {Reciterches  sur  ks  suppurations  endémiques  du 
f(Àe,  1860).  Dans  le  courant  du  chapitre,  on  peut  voir  que  si  l'on  parle  de  la 
fluctuation,  si  on  la  signale  comme  signe  différentiel,  c'est  toujours  en  se  repor- 
tant à  la  fluctuation  épigastrique;  et  même,  dans  le  tableau  du  diagnostic 
différentiel  des  abcès,  avec  la  distension  de  la  vésicule  pai*  un  liquide,  on  lit  que 
«  la  fluctuation  n'y  est  évidente  que  fort  tard  ;  limitée  d'abord  au  centre  de  la 
tumeur,  elle  ne  devient  sensible,  dans  une  plus  grande  étendue,  que  par  suite 
des  progrès  de  la  suppuration.  Les  tégumeats  perdent  leur  mobilité  avant  que  la 
fiuctuatiofi  soit  devenue  perceptible  ».  Il  est  donc  bien  évident  que  la  fluctuation  n'a 
pas  été  jusqu'ici  d'un  grand  secours  pour  le  diagnostic  des  abcès  du  foie,  et  d'une 
utilité  presque  nulle  pour  le  traitement  opératoire,  toijgours,  bien  entendu,  au 
point  de  vue  de  la  fluctuation  épigastrique. 

Revenons  maintenant  au  fait  signalé  de  l'écartement  qu'éprouvent  les  espaces 
intercostaux.  C'est  sur  ce  point  que  nous  appellerons  l'attention,  car  c'est  là  qu'il 
faut  chercher  la  fluctuation,  pour  s'assurer  de  l'existence  d'un  abcès  du  foie  ; 
cette  fluctuation  intercostale  une  fois  reconnue,  on  a  le  signe  pathognomonique 
d'un  abcès  dans  cet  organe,  en  admettant,  bien  entendu,  que  les  symptômes  et 
la  marche  de  la  maladie  fassent  supposer  qu'il  s'agit  d'une  maladie  inflamma- 
toire. Dans  l'hypothèse  contraire,  le  même  signe,  en  révélant  l'existence  d'un 


446     CONGRÈS  MimCAi  mt KiNATIONA^*  -r-  PftlMIÊRE  9iMKM  DU  SOIR. 

liquide  daos  Vintérieur  du  foie,  mettrait  quand  même  en  voie  de  poMr  le  diar 
gnostie. 

La  fluctuatioya  interoo^tale  est  on  mo^en  de  diagnostic  bien  impoirtant;  U  suffit 
d'appuyer  le  bout  de  l'index  ou  du  pouce  dans  l'un  des  eapace^  de  dépriiu«A' 
lentement  les  lissus^  puis  de  retirer  petit  à  petit  le  doigt*  toigour«  en  coniact 
avec  ces  mêmes  tissus.  Cette  petite  manœuvre  se  répète  plusieurs  fois  sur  le 
même  points  et  l'on  parcourt,  dans  toute  sa  kwAgueur,  Vespac^  intercostal  eu 
divers  endroits.  Par  ce  procédé,  on  arrive  k  distinguer  la  vraie  de  la  fausse  fluc- 
tuation, pi'odnite  quelquefois  par  les  parties  mollis.  11  y  a  cependant  des  cas  plu» 
dilBciles,  parce  qu'il  arrive  s^^uveut  qu'uu  pe^  de  liquide  épanclié  dans  la  plèvre 
ou  dans  le  péritoine  détermine  la  fluctuation;  mais,  en  changeant  la  pof^ition  tiu 
malade,  on  peut  écai'tor  cette  difficulté,  et  la  pratique  apprend  à  distinguer  s'il 
s'agit  d'une  fluctuation  superficielle  ou  plus  profonde.  Malgré  cela,  il  aitive,  et 
c'est  un  fait  commun  daps  la  pratique,  que,  dans  eertains  cas^  on  bésite  à  se 
prononcer  sur  l'existence  ou  la  non-existence  du  phénomène  ;  mais^  dans  des  cas 
semblables,  on  est  déjà  bien  près  de  la  certitude,  et  nous  verrons  tout  à  l'heure 
qu'ici  une  méprise  n'a  rien  de  grave. 

Tous  les  auteurs  se  sont  préoccupés  de  la  manière  de  donner  un  passage  au 
pus  renfeimé  à  l'intérieur  du  foie;  et,  à  l'axemple  de  la  nature,  ils  ont  fait  choix 
de  la  région  épigastrique.  11  suffit  de  signaler  le  procédé  de  M.  Bégin  avec  k 
modification  de  Récamier,  Vidal,  Graves,  Cambay,  etc.  ;  mais,  au  Mew  de  me 
faire  leur  juge,  je  laisserai  la  parole  à  M.  Houis  : 

«  Le  procédé  (de  Bégin),  ainsi  conçu,  est  applicable  à  la  généraiilé  des  abce:» 
qui  ont  déterminé  le  soulèvement  de  la  paroi  abdominale.  M&h,  avec  M.  Haspel, 
nous  croyons  qu'on  ne  saurait  l'employei*  quand  la  poche  puralente  ne  forme 
aucun  relief  sensible  au  dehors;  car,  dans  ks  condâÉions  de  cette  espèee>  il  pour- 
rait arriver  que  la  poche  ne  vint  point  s'engager  entre  les  lèvres  de  la  pbûe  exié- 
rieure,  et,  par  conséquent,  ne  possédât  point  l'immobilité  nécessaive  à  l'organi- 
sation des  adhérences.  » 

M.  Rouis  dit  que  le  procédé  des  caustiques,  employé  le  plus  souvent,  e>t 
malheureusement  inapplicable  lorsque  Tabeès  tend  à  se  &dre  jour  entre  le> 
cétes. 

M.  Cambay,  tont  en  pratiquant  le  procédé  de  Bégin,  au  heu  d'atl^Mlre  \e> 
effets  d'une  inflammation  adhésive,  plongeait*  immédiatement  un  poinçon  revélu 
d'une  canule  de  caoutchouc.  Le  poinçon,  une  fois  relh'é^  on  laissait  la  canule. 
Je  crois,  eiMnme  M.  Rouis,  que  cette  manière  de  procéder  n'est  pas  très-ihclle,  et 
pourrait  être  dangereuse. 

Nous  touchons  ici  à  une  question  très-importante,  qui  a  éié  le  sujet  de  no.< 
études  l'année  denuere^  et  qui  exige  quelques  développenàonts  préalables,  le 
demande  donc  la  permission  de  m' arrêter  avant  d'aller  phis  loin. 

Lorsqu'un  abcès  du  foie  se  développe  et  que  le  pus  teiMl  à  se  flrayer  un  pas* 
sage  à  l'extérieur,  la  nature  coumience  presque  toujours  par  déterminer  le:* 
adhétences  du  foyer  av^  le  diaphragme  et  h^  bvuncbes  ou  une  partie  de  l'io- 
testin,  ou  bien  encore  avec  la  paroi  du  ventre  |  sans  cela,  l'épanchement  du 
liquide  serait  très-dangereux.  Les  praticiens,  en  imitant  la  nature,  ont  choisi  la 
dernière  voie,  et  alors,  ou  ils  attendaient  que  la  tumeur  du  foie  adhérât  à  la 
paroi  du  ventre  pour  évacuer  le  pus,  ou  ils  mettaient  en  pratique  un  des  procé- 
dés que  nous  avons  signalés,  liais  l'observation  des  fiûts  a  soulevé  dans  notre 
esprit  cette  idée  que  les  adhérences,  an  moins  dans  certaines  circonstaBees,  sodI 


RAMUeZ.  -^  TRAITEMENT  DBS  ABCËS  DU  VOIS.  kh^ 

loin  d'être  aTaiitag«mc8,  et  même,  pourrait-on  dire,  tout  à  ftilt  contraires  à  la 
KuériMm.  £n  eSat»  nous  avons  vu,  l'année  dernière,  des  malades  entrer  à  l'hô- 
pital avec  un  abcès  du  foie,  dont  les  adhérences  avec  la  paroi  abdominale  eiis- 
Uieot  déjà»  et  sur  le  point  de  perforer  les  téguments.  La  ponction  faite  avec  le 
bistouri  et  le  foyer  vidé,  le  pus  a  continué  de  couler,  et  les  malades  ont  suc- 
combé. 

Daoi  un  autre  cas,  que  j'ai  soigné  pendant  l'absence  de  M.  Ximenès,  le  résul- 
tat a  été  le  même,  et  l'autopsie  a  conRrmé  que  la  surftice  de  la  tumeur  adhérait, 
dans  toute  son  étendue,  à  la  paroi  thoraco-«bdominale,  et  que  le  foyer  compre- 
sait  presque  depuis  la  clavicule  jusqu'à  l'ombilic.  Cbex  un  jeune  homme  de  la 
clientèle  de  M.  Ximenès,  j'ai  vu  un  abcès  qu'on  avait  été  obligé  d'opérer  par  la 
pâte  de  Vienne  ;  et,  cinq  ou  six  mois  après,  la  fistule  donnait  passage  au  pus 
d  un  foyer  réduit,  mais  non  cicatrisé. 

11  y  a  donc  lieu  de  penser  que  l'adhérence  de  la  poche  des  abcès  du  foie,  avec 
iaptroidu  ventre,  est  une  condition  désavantageuse  pour  obtenir  la  guérisou. 
Oue  cette  adhérence  soit  spontanée  ou  provoquée  pai*  l'art,  il  est  toujours  vrai 
qu'elle  se  fait  sur  la  région  épigastrique,  près  du  rebord  costal.  Et  comme  le  foie 
Ne  développe  toujours  à  un  degré  tel  que  son  bord  inférieur  touche  presque  l'om- 
bilicy  il  s'ensuit  qu'il  reste  une  portion  de  la  poche  purulente  au  bas  du  point  où 
se  trouve  la  fistule  ;  il  en  résulte  alors  que  la  poche  étant  fixée  contre  la  paroi 
liMlominale,  la  partie  qui  déborde  au  bas  de  la  fistule  ne  peut  pas  se  contracter^ 
el  la  suppuration  continue  à  se  produire  indéfiniment.  D'un  autre  côté^  comme 
la  cavité  du  ventre  manque  d'un  point  d'appui  solide  dans  cette  région^  elle  ne 
peut  pas  pontribuer  à  la  rétraction  et  à  l'oblitération  du  foyer,  ainsi  que  cela 
anive  avec  la  paroi  thoracique,  dans  le  cas  d'empyème,  et  même  dans  ceriains 
cas  d'abcès  du  foie. 

il  >  a  donc,  dans  les  adhérences  étendues,  surtout  à  la  région  épigastrique,  un 
inconvénient  pour  obtenir  la  guérison,  et  cet  inconvénient  augmente  encore  de 
Rinvilépour  les  cas  que  nous  avons  signalés  tout  à  l'heure. 

Après  ces  quelques  mots  sur  la  question  des  adhérences,  reprenons  notre 
examen  des  divers  procédés  employés  jusqu'ici. 

l**  La  ponction  simple,  dit  M.  Rouis,  est  praticable  lorsque  le  liquide  a  dépassé 
le  feuillet  superficiel  de  l'aponévrose  abdominale  ou  les  muscles  intercostaux  ; 
hors  de  là,  il  y  a  plus  que  de  l'imprudence  à  la  mettre  en  usage.  Ce  procédé 
rentre  dans  le  cas  des  adhérences  préalables.  11  en  est  de  même  de  celui  de 
Homer,  qui  excisait  le  tissu  jusqu'au  foie,  et  réunissait  cet  organe  aux  bords  de 
la  plaie,  ouvrant  immédiatement  après  la  collection.  Décrire  ce  procédé,  dit 
Dotre  auteur,  c'est  en  révéler  tout  le  danger.  C'est  aussi  l'opinion  de  M.  Haspel, 
et  M.  Guérin  nous  signale  un  cas  dans  lequel  on  a  plongé  le  bistouri  sans  que 
l'abcès  existât. 

2*  Si,  pourtant,  ou  a  donné  la  préférence  au  procédé  de  Bégin,  on  se  rappel- 
lera que  II.  Rouis  lui  reproche  d'ôti^e  inapplicable,  lorsque  l'abcès  tend  à  se  faire 
jour  entre  le»  côtes.  Dans  ce  cas,  l'auteur  propose  une  modification  ainsi  conçue  : 
«  On  n'hésitera  pas  toutefois  à  l'utiliser,  lorsque  l'abcès  ayant  envahi  l'extré- 
niitê  droite  du  viscère,  celui-ci  s'est  épanoui  largement  contre  la  paroi  costo- 
diaphragmatlque  ;  seulement,  le  procédé  opératoire  devra  subir  certaines  mo- 
•hticalions.  Ainsi,  on  conmiencera  par  inciser  la  peau,  le  tissu  adipeux,  les 
crnu  hes  musculaires  et  la  plèvre,  dans  l'étendue  de  4  à  5  oentimètres  entre  les 
côtes,  gi,  de  la  sorte,  on  tombe  sur  un  épanchement  circonscrit  par  le  sac  pieu- 


kUS     CONGRÈS  MÉDICAL  INTERNATIONAL.  —  PREMIÈRE  SÉANCE  DU  SOIR. 

rai,  on  ne  poussera  pas  plus  loin  l'opération.  Mais  si,  adossés  aux  côtes,  les  plans 
du  diaphragme  se  présentent  sous  rinstniment,  on  pansera  la  plaie  de  manière 
à  leur  permettre  de  contracter  adhérence  avec  les  lèvres  de  l'incision  ;  puis  on 
les  divisera  à  leur  tour  aussitôt  qu'ils  se  seront  réunis  à  ces  dernières.  Par  me- 
sure de  précaution,  on  agira  de  même  dans  le  cas  où,  pour  atteindre  ces  plans 
musculaires,  il  aura  fallu  se  faire  jour  à  travers  les  pseudo-membranes.  Ce 
second  temps  ayant  été  terminé  pai*  l'incision  du  péritoine,  on  continuera 
comme  dans  le  procédé  exposé  d'abord. 

»  L'opération  à  laquelle  ces  détails  sont  relatifs  ne  comporte  aucune  difîâcultc  ; 
elle  est  surtout  rendue  aisée  par  l'adhérence  presque  constante  du  diaphragme  à 
la  paroi  costale,  et,  quoique  nous  n'ayons  encore  eu  occasion  de  la  pratiquer  que 
sur  le  cadavre,  elle  nous  semble  appelée  à  prendre  rang  au  nombre  des  voies 
thérapeutiques  définies.  » 

Je  me  suis  permis  cette  longue  citation,  parce  que,  comme  on  Ta  le  voir 
tout  à  l'heure,  M.  Rouis  marchait  dans  la  bonne  voie  ;  et  peut-être^  s'il  avait 
mis  en  pratique  son  procédé,  serait-il  arrivé,  en  abandonnant  cette  idée  qui  a 
fait  de  l'adhérence  une  condition  sine  qm  non  pom'  évacuer  les  foyers  puruleiib 
du  foie,  à  la  méthode  conçue  par  M.  Ximenès. 

Le  foie  se  gonfle  toujours  d'une  façon  remarquable  lorsqu'il  est  le  siège  d'une 
inflammation  qui  mai'che  vera  la  suppui-ation  ;  et  lorsque  le  pus  est  formée  la  limiti* 
de  l'augmentation  de  volume  est  très-variable;  en  repoussant  les  côtes,  les 
espaces  intercostaux  s'élargissent,  et  alors  rien  de  plus  facile  que  de  plonger  un 
trocart  pour  évacuer  le  pus  du  foyer.  En  effet,  l'opération  conçue  par  M.  Ximenè.«> 
n'est  pas  autre  chose  qu'une  espèce  de  thoracocentèse,  et  je  dis  une  espèce  parce 
qu'on  peut  pénétrer  dans  un  viscère  abdominal  à  travers  les  espaces  intercostam. 
11  n'y  a  donc  rien  à  dire  sur  l'opération  même,  et  les  détails  dans  lesquels 
je  veux  entrer,  pom*  montrer  les  avantages  de  cette  manière  de  procéder, 
suffiront. 

J'ai  assez  insisté  sur  l'importance  que  les  auteurs  ont  attachée  aux  adhérences, 
et  même  dans  le  procédé  que  propose  M.  Rouis,  je  suis  d'accord  avec  lui,  tant 
qu'on  veut  ouvrir  le  foyer  sur  la  région  épigastrique,  ou  faire  une  incision  de 
^  à  6  centimètres  sur  un  espace  intercostal.  Mais  du  moment  qu'il  s'agit  de 
plonger  un  trocart  dans  le  foie,  augmenté  de  volume,  c'est  tout  à  fait  différent. 

La  pratique  journalière  depuis  quinze  ans  a  démontré  l'innocuité  de  cette 
opération. 

Je  sais  qu'au  premier  abord  on  reculera  devant  cette  idée  de  la  ponction  du 
foie  lorsqu'on  n'est  pas  sûr  de  l'existence  des  adhérences;  mais,  je  le  répète 
encore,  depuis  quinze  ans,  il  n'est  pas  arrivé  une  seule  fois  que  l'introduction 
du  trocart  (depuis  1  jusqu'à  12  et  15  fois),  ait  été  suivie  d'un  accident  quel- 
conque. C'est  im  fait  tellement  avéré  chez  nous  que,  si  le  trocart  ordinaire 
ne  touche  pas  la  poche  purulente,  ou  bien  si  le  pus  n'est  pas  encore  formée  ce 
mécompte  ne  trouble  en  rien  l'opérateur  ni  ceux  qui  l'observent  ;  car  on  sait 
qu'il  suffit  d'appliquer  un  morceau  de  diachylon,  et  que  le  malade  n'aura  rien 
à  craindre.  En  ellet,  le  point  ponctionné  se  referme  sans  la  moindre  souf- 
france, et  la  santé  du  malade  continue  à  être  la  même. 

Ce  fait  de  l'innocuité  de  la  ponction  du  foie  étant  acquis,  on  comprend  toute 
sa  portée.  Nous  avons  parlé  de  la  fluctuation  intercostale  :  c'est  l'occasion  de 
dire  qu'on  peut  reconnaître  ce  signe  de  bonne  heure,  avant  que  le  foyer  soit  trop 
grand;  et  comme  la  condition  des  adhérences  n'est  pas  du  tout  nécessaire,  on 


RAMIREZ.  —  TRAITEMBNT  DES  ABCÈS  DU  FOIE.  &&9 

peut  éTacuer  le  pus  avant  que  la  destruction  de  la  glande  soit  trop  avancée. 
On  comprendra  même  qu'ayant  la  possibilité  d'opérer  à  temps,  l'état  général  du 
malade  ne  puisse  que  contribuer  au  succès. 

lia  suppuration  une  fois  accumulée  et  formant  l'abcès,  presque  constamment 
le  point  où  la  fluctuation  est  le  plus  évidente  est  aussi  celui  où  la  pression 
exercée  détermine  une  douleur,  parfois  extrêmement  vive  ;  par  contre,  s'il  y  a 
quelque  hésitation  sur  l'existence  de  la  fluctuation,  on  la  chercbera  au  point 
où  la  âottleur  se  sera  manifestée  vivement  à  là  pression. 

Ce  phénomène  reconnu,  c'est  à  ce  point  qu'il  faudra  plonger  le  trocart,  et 
alors  la  ponction  se  fera  ou  dans  le  septième,  ou  dan^  le  huitième,  ou  dans  le 
neuTième  espace  intercostal. 

D'après  l'idée  que  l'examen  a  donnée  sur  la  situation  de  l'abcès,  il  faut  incliner 
le  trocart,  dans  un  sens  ou  dans  un  autre,  pour  pénétrer  dans  le  foyer. 

Jusqu'en  1865,  je  crois,  la  ponction  simple  avait  été  employée,  en  la  répétant 
le  nomhre  de  fois  nécessaire.  Mais  à  partir  de  cette  époque,  M.  Vertiz  introduit 
une  modification  très-importante.  On  ne  fait  qu'une  ponction,  mais  le  foyer  une 
fois  ndé,  on  introduit  par  la  canule  un  tube  à  drainage  qu'on  fixe  à  l'extérieur 
sur  la  paroi  tboracique.  On  obtient  alors  un  écoulement  continu,  et  l'avantage 
de  pratiquer  des  injections  simples,  émoUientes,  iodées.  En  cherchant  môme  à 
établir  un  courant  continu  dans  le  foyer,  on  a  voulu  mettre  le  tube  conune  un 
séton.  Dans  cette  pensée,  j'avais  apporté  à  M.  Ximenès  un  trocart  long,  dans  le 
genre  de  ceux  de  M.  Chassaignac.  L'année  dernière,  je  l'ai  vu  s'en  servir,  mais 
l'opération  est  plus  difficile,  plus  douloureuse,  et  peut-être  n'obtient-on  pas  un 
meilleur  résultat.  11  n'est  pas  nécessaire  de  s'arrêter  ici  pour  faire  remarquer 
combien  cette  méthode  est  avantageuse  sous  tous  les  rapports  ;  l'opération  faite, 
le  foie  reste  libre  pour  se  rétracter  au  fur  et  à  mesure  de  l'oblitération  du  foyer; 
la  paroi  costale  peut  y  contribuer  pom*  sa  part  par  son  retrait  sur  elle-même^ 
ainsi  que  cela  anive  dans  l'empyème  ;  et  l'on  y  aide  encore  au  moyen  d'un 
Undage  de  corps  bien  serré  sur  la  base  de  la  poitrine  et  de  la  région  épigas- 
trique. 

J'ai  conçu  la  pensée  que  peut-être  les  conditions  si  différentes  de  climat,  de 
topographie,  produisent  aussi  une  différence  entre  l'inflammation  suppurative  du 
foie  à  Mexico  et  ici;  je  crois  donc  que  la  méthode  signalée  serait  bien  plus  favo- 
nible  dans  ses  résultats  en  Europe  que  chez  nous.  L'innocuité  de  la  ponction 
du  foie  démontrée,  je  me  demande  si,  dans  l'hépatite  ou  dans  d'autres  maladies 
de  cet  organe,  il  ne  serait  pas  avantageux  de  pratiquer  une  saignée  directe  du 
foie.  Je  me  demande  aussi,  si  dans  certaines  maladies,  conune  les  tumeurs 
kystiques,  hydatiques  du  foie,  ou  lorsqu'il  y  a  une  collection  liquide  quelconque 
dajis  cet  organe,  il  ne  serait  pas  mieux  d'employer  le  même  procédé  opératoire? 
D'après  la  lecture  que  j'ai  faite  dans  les  Archives  de  médecine  de  1866,  d'une 
partie  des  observations  de  M.  Friedreich,  sur  les  tumeurs  kystiques  du  foie,  je 
crois  que  si  l'on  avait  cherché  la  fluctuation  intercostale,  on  l'aurait  trouvée;  et 
oatre  le  moyen  de  diagnostic,  pour  moi,  cette  circonstance  plaide  en  faveur  de 
la  même  pratique. 

Telle  est  donc  en  abrégé  l'exposition  d'une  méthode  qui  promet  beaucoup,  tant 
parles  résultats  déjà  obtenus  que  par  ceux  que  l'avenir  lui  réserve;  méthode 
qui  a  été  observée  dans  ses  applications  par  des  médecins  fhinçais  très-distingués, 
parmi  lesquels  je  peux  citer  notre  confrère  de  Strasbourg,  M.  Ehrmann.  le  serai 
très-heureux  si,  avant  de  terminer  le  travail  que  je  prépare  sur  cette  question 

2» 


4S0      CONGRÈS  Mf;iUUi*  UiTfigNAXXOfilAL.  —  PUilUËBIS  »£A9iCE  OO  SOIR. 

des  abcès  du  foie,  je  vois  se  répandre  ea  Europe  b  méthode  de  «ion  maUre  et 
1^  M.  XizueAès. 


SCB  Mjim  AliTÉRATiOmS  HE  EiA  RÉTUVE^ 
BV  fHKHW  OPTIHIIB  BT  HE  I^A  CMaBOIBB  BANS 
liA  BIATBi»B  VVBBBCUIjBIHSB 

PJLR  M.    LE   DOCTEUR  XAVIER  GALEZOWSKI   (D£  PARIS). 


Les  amblyopies  et  les  amauroscs  sont  le  plus  souvent  liëes  à  des  altérations 
gënéi^ales  de  l'organisme,  et  les  désordres  que  l'on  trouve  dans  le  fond  de  l'œil 
se  ;  rattachent  le  plus  souvent  à  un  vice  de  nutrition  ou  d'inneiTation  générale. 
ainsi  qu'à  une  composition  morbide  et  dyscrasique  du  sang.  L'observation  jour- 
nalière démontre  que  le  viinis  syphilitique,  inti'oduit  dans  le  sang,  se  tradiiil 
bientôt  par  des  lésions  successives  des  divers  organes  et  atteint  sans  exception 
toutes  les  membranes  de  l'œil.  Dans  un  autre  travail  (IJ,  nous  avons  démonlrè 
qu'il  y  a  des  rétinites,  des  névrites  et  des  clioroïdites  syphilitiques.  L'albuminurie 
retentit  très-souvent  sur  la  membrane  nerveuse  de  l'œil.  La  leucocythémie. 
rhémorrhaphilie  et  la  glycosurie  ne  restent  pas  non  plus  dans  l'organisme  san? 
amener  des  troubles  visuels.  Il  n'y  a  qu'un  seul  état  morbide  de  rorganismc 
et  que  l'on  appelle  diathése  tuberculeuse^  dont  on  n'a  pas  jusqu'à  présent  décrit 
suffisamment  l'influence  sur  Tœil  et  sur  la  vision.  Cependant,  à  priori,  on  pouvait 
admetti'e  la  possibilité  de  développement  du  tubercule  dans  les  membranes  di 
Tosil  depuis  que  M.  Andral  a  formulé,  avec  son  esprit  sagace,  cet  axiome  :  que  là 
matière  dite  tuberculeuse  peut  se  produire  aussi  bien  dans  le  tissu  cellulaire  de> 
lobules  du  poumon  que  dans  les  autres  pariies  de  l'organisme  qui  contienneût 
ce  tissu.  «  €ar  c'est  une  loi  bien  démontiée  »,  dit  Tillustrc  professeur,  «que  le? 
»  maladies  d'un  tissu  doivent  être  les  mômes  dans  les  diverses  parties  de  ce 
»  tissu  (2).  »  Cet  illustre  pathologiste  a  vu  cette  production  dans  le  tissu  ccllulain- 
des  muscles,  de  la  pie-mère  et  ailleurs. 

L'œil  contient  aussi  beaucoup  de  tissu  cellulo-vasculaire,  et  pouvait  pai 
conséquent  devenir  le  siège  de  la  dégénéi'escence  tuberculeuse.  Cependant 
les  études  à  ce  sujet  n'ont  été  faites  que  d'une  manière  très-incomplète;  à 
peine  a-t-on  signalé  quelques  faits  rares  et  isolés  qui  sont  restés  stériles  jK«ur 
la  pathologie  oculaire  feute  des  recherches  ophthalmoscopiques.  M.  Stellwaj: 
von  Carion  (3)  paiie  des  choroïdes  avec  exsudations  purulente,  croupeuse  on 
tuberculeuse;  mais  pour  lui  ces  exsudations  diverses  constituent  la  seule  e: 
même  maladie,  ce  qui  nous  pai'ait  très-diflicile  à  admettre.  M.  Portlaud  a  su 
un  œil  rempli  de  masses  tuberculeuses  s'atrophier  sans  que  la  santé  du  maladi' 

(i)  Sw  l'amanrose  syphMique^  méinoire  présenté  à  l'AcadémiiL  des  sdeneet  en  <M7, 
|wr  ie  docteur  («aiesiowftJû. 

(2)  Clinique  tnàdicale,  U  IV,  p.  i^ 

[Z)  Die  0^lUluilmologi&.  ErlaageA,,  1856,  Bd.  11»  AbUi»  1,  p.  146. 


GAUZOWSKL  —  ALTÉRATIONS  DE  LA  RÉTINE,   DU   NfiRF  OPTIQUE.      ftSl 

H)H  altérée  (1).  Ce  n'est  que  M.  Noël  Gueneau  de  Mussy  en  France^  et 
M.  Manz  en  Suisse,  qui  ont  les  premiers  observé  des  faits  positifs  et  non  dou- 
teiu  des  tubercules  déTeloppés  dans  la  choroïde.  Ensuite  il  faut  ajouter  les  tra* 
Taux  tout  récents  de  M.  Conheiui  (de  Berlin)  sur  ce  siyet. 

M.  Noël  Guenau  de  Mussy  (2)  a  eu  roccasion  d'obsei*vcr  une  jeune  fille,  qui 
succomba  en  1837^  à  la  Salpêtrière^  à  une  phthisie  généralisée,  et  qui  pendant  sa 
TJe  avait  présenté  de  Tamblyopie  avec  dilatation  excessive  des  pupilles  ;  à  l'autopsie 
il  a  constaté  des  granulations  dans  la  membrane  vasculaire  de  l'œil  faisant  saillie 
à  la  siu'face  intenie  de  la  rétine,  et  qui  lui  parurent  de  nature  tuberculeuse. 
M.  Manz  (3)  a  décrit  l'autopsie  d'un  œil,  dont  la  choroïde  renfermait  trois  petites 
tumeurs  blanchâtres,  ayant  la  structui'c  caractéristique  des  tubercules.  Le  sujet 
était  une  jeune  fiUe  de  quinze  ans,  morte  à  la  suite  d'une  tuberculisation  aiguë  et 
généralisée  dans  les  poumons,  les  plèvres,  le  péritoine,  la  rate,  le  foie  et  les  reins. 

Les  recherches  ophthalmoscopiques  que  nous  avons  pu  instituer  sur  un  grand 
nombre  de  phthisiques  nous  ont  pciinis  de  constater,  dans  la  tuberculisation, 
certaines  altérations  de  la  rétine  et  de  la  choroïde  appréciables  pendant  la  vie, 
et  qui  occasionnent  certains  troubles  visuels. 

Nous  croyons  utile  de  diviser  toutes  les  altérations  de  la  vue  chez  les  phthisiques 
en  trois  formes  :  1°  troubles  nutritifs  de  la  rétine  ;  2°  névrites  et  périnévrites  con- 
sécutives aux  méningites  tuberculeuses  ;  et  3°  choi'oïdites  tuberculeu.ses.  Exami- 
nons successivement  chacune  de  ces  formes. 

I.—  TROIJBLIS  DK  NCTHinoN  DANS  LA  AÉTINE  OGCASIOHNÉS  PAft  LA  DIATBÊSE  TUBEtlCULEUSE. 

Parmi  les  désordres  sympathiques  que  l'on  constate  chez  les  phthisiques, 
celui  de  la  circulation  est  le  plus  constant.  Le  mouvement  fébrile  qui  accompa- 
gne presque  toutes  les  périodes  de  la  maladie  en  est  le  meilleur  exemple  ;  à  ces 
troubles  circulatoires  se  rattachent  l'augmentation  du  volume  du  cœur  avec 
dilatation  du  ventricule  droit  qui  a  été  remarquée  par  MM.  Andral  (/i),  Hérard  (5) 
et  Comil,  et  l'œdème  fréquent  des  membres  inférieurs  avec  ou  sans  coagulum 
fibrineux  dans  les  veines  crurales  et  la  phlegmatia  alba  dolens.  Toutes  ces  altéra- 
tions ne  peuvent-elles  pas  être  favorisées  par  l'obstacle  que  le  sang  éprouve  à 
circuler  librement  à  tmvers  le  poumon  dont  le  système  vasculaire  est  tout  dés- 
organisé et  en  grande  partie  détniit? 

Or,  si  la  circulation  des  organes  aussi  éloignés  que  les  membres  inférieurs  peut 
être  influencée  par  la  tuberculisation  du  poumon,  il  est  naturel  de  supposer  que 
l'œil,  dont  la  circulation  est  en  rapport  aussi  direct  avec  le  cœur  et  le  poumon, 
devrait  aussi  présenter  des  troubles  circulatoires.  Et  en  elTet,  l'examen 
"phlhalmoscopique,  ainsi  que  les  symptômes  physiologiques,  visuels,  éprouvés 
parles  malades,  nous  démontrent  l'existence  de  ces  rapports  morbides. 

Quelques  phthisiques  accusaient  des  phénomènes  très-curieux  de  cfirupsie  ou 
^isi(m  irisée,  colorée.  Il  y  a  deux  ans,  nous  avons  été  appelé  à  examiner  les  yeux 
de  deux  phthisiques,  l'un  du  service  de  M.  Grisolle  et  l'autre  de  M.  Vigla,  à 

(1)  Annales  docuUttique,  U  XLl,  p.  57. 

(2)  Note  qui  m'a  été  comimuiiquée  par  M.  Noël  Gueneau  de  Mussy. 
(3;  Archiv  fur  Ophthatnu  von  Gracfe,  Bd.  IV,  Abth,  2,  p.  120. 
{^)  Ciinique  médicale,  t.  IV,  p.  262. 

(5;  De  la  phthisie  pulmonaire,  Paris,  1867,  p.  168. 


^52      CONGRÈS  MÉDICAL  INTERNATIONAL.  —PREMIÈRE   SÉANCE  DU  SOIR. 

VHôtel-Dieu.  L'un  et  l'autre  de  ces  malades  présentaient  des  troubles  visuels 
particuliers,  consistant  à  ne  voir  que  tout  en  jaune  ou  en  bleu.  Ce  phénomène 
était  passager^  mais  il  revenait  chez  le  malade  de  M.  Grisolle^  surtout  au  moment 
de  ses  crises  violentes  de  toux. 

J'ai  observé  avec  M.  Guenau  de  Mussy  des  faits  nouveaux  et  très-intéressants 
qui  semblent  confirmer  notre  supposition  que  l'altération  de  la  circulation  pul- 
monaire influe  d'une  manière  sensible  sur  la  nutrition,  et  par  conséquent  sur  les 
fonctions  de  la  rétine  et  du  nerf  optique. 

Grâce  à  Tobligeance  de  cet  éminent  clinicien,  nous  avons  été  à  même  de  sou- 
mettre à  l'examen  ophthalmoscopique  tous  les  malades  tuberculeux  qui  entraient 
dans  son  service,  et  voici  quels  sont  les  résultats.  Plusieurs  des  malades  ne  pré- 
sentaient aucun  phénomène  mobide;  chez  quelques-uns^  au  contraire^  dou> 
avons  pu  constater  des  troubles  fonctionnels  de  la  vision^  ainsi  que  des  altérations 
des  membranes  internes  de  l'œil.  Voici  quelques  détails  sur  un  de  ces  malades: 

Observation.  —  Madame  X...,  âgée  de  trente-huit  ans,  couchée  au  n"  ik  de  la 
salle  Saint-Bernai'd,  est  atteinte  d'une  phthisie  tuberculeuse  depuis  plusieurs 
années,  avec  des  cavernes  dans  le  pomnon  droit.  En  examinant  la  vue  de  cette 
malade,  le  14  juin  1867,  nous  avons  constaté  ce  qui  suit  :  elle  est  sujette  à  de 
fréquents  éblouissements  qui  durent  quelquefois  pendant  une  heure  ;  tantôt  ce 
sont  des  bluettes  et  des  éclairs  de  toutes  les  couleurs  qu'elle  voit  et  qui  l'empê- 
chent de  voir  clair;  tantôt  c'est  un  brouillard  épais  qu'elle  a  devani  les  yeux,  et 
elle  est  alors  forcée  de  quitter  son  travail  pour  une  ou  plusieurs  joumée:^. 
L'examen  ophthalmoscopique  nous  permet  de  constater  un  engorgement  cousi- 
dérable  des  veines  rétiniennes,  surtout  dans  l'œil  droit;  la  rétine  est  légèrement 
voilée,  comme  opaline,  et  blanchâtre  au  voisinage  de  la  papille  et  le  long  de 
quelques  vaisseaux.  —  Cet  engorgement  veineux,  je  l'ai  rencontré  ti'ès-souveut 
dans  la  phthisie  pulmonaû^e^  et  ce  qui  est  remarquable,  c'est  qu'il  parait  être 
plus  développé  dans  l'œil  correspondant  au  poumon  qui  est  plus  gravement 
affecté. 

II.  —  NÉVRITE  ET  PÉRINÉVRrTE  OPTIQUES,  SYBlPTOMATIQUES  d'UiNE  MÉNINGITE 

TUBERCULEUSE. 

t^armi  les  séreuses  qui  ont  une  prédisposition  à  la  luberculisatipn,  l'arachnoïde 
cérébrale  occupe,  selon  MM.  Hérard  et  Cornil,  la  ti'oisième  place  par  ordre  de 
fréquence.  On  ne  rencontre  sur  cette  membrane  d'auti*e  forme  de  tubercule 
que  des  granulations  miliaires  ;  elles  se  développent  principalement,  comme  la 
très-justement  démontre  M.  le  professeur  Cruveilhier  (1),  autour  des  vaisseaux  de 
la  base  du  cen-eau,  dans  la  scissure  de  Sylvius,  suivant  la  division  des  artères 
sylviennes.  De  là  l'afTcction  gagne  la  région  de  la  selle  turcique  et  du  chiasrua 
des  nerfs  optiques,  et  y  occasionne  des  désordres  analogues.  Tantôt  la  granula- 
tion tuberculeuse  commence  à  se  former  d'emblée  au  voisinage  des  nerfs  opti- 
ques, et  il  s'ensuit  un  trouble  visuel  et  des  désordres  pai^ticuliers  dans  la  papiU*^* 
du  nerf  optique  que  Ton  rcconnait  à  l'aide  de  l'ophthalmoscope. 

Les  altérations  de  la  papUle  qui  accompagnent  la  méningite  tuberculeuse  sont 
aujourd'hui  bien  connues.  11  n'y  a  que  les  méningites  basilaires  qui  peuvejii 
donner  lieu  aux  désordres  papillaii'es  reconnaissables  à  Tophibalmoscopc. 

(1)  Atku^  GMivr.,  pi.  II,  fi|^.  3  et  à. 


GALEZOWSKI.  —  ALTÉRATIONS  DE  LA  RÉTINE,    DU  NERF  OPTIQUE.      453 

Pour  nous^  il  y  a  deux  sortes  d'altérations  du  nerf  optique  dans  une  méningite 
tuberculeuse  :  la  périnévrite^  où  il  n'y  a  que  l'enveloppe  externe  du  nerf  optique, 
ou  périnerf  d'après  M.  Robin,  qui  soit  enflammée;  et  la  névrite  essentielle,  qui 
consiste  dans  une  inflammation  de  la  substance  propre  du  nerf  optique.  L'une  et 
l'autre  forme  peuvent  se  rencontrer  ensemble  ou  séparément  ;  tantôt  le  disque 
optique  est  tuméfié,  ses  bords  sont  très-irréguliers,  déchiquetés,  les  vaisseaux 
centraux  deviennent  tortueux  et  masqués  au  voisinage  de  la  papille  ;  les  vais- 
seaux capillaires  semblent  s'injecter  aussi  au  centre  de  la  papille,  ce  sont  les 
vaisseaux  cérébraux  ou  méningés  du  nerf  optique,  dont  nous  avons  démontré 
l'existence.  Tantôt  le  disque  optique  ne  paraît  pas  subir  des  changements  nota- 
bles, et  il  n'y  a  que  ses  bords  qui  paraissent  un  peu  voilés  par  une  exsudation  se 
prolongeant  le  long  des  vaisseaux.  Ces  derniers  sont  en  outre  rompus  par  places. 
L'existence  simultanée  de  l'afTcction  dans  les  deux  yeux  et  l'apparition  brusque 
du  trouble  de  la  vue,  ainsi  que  la  mydriase,  sont  autant  de  signes  caractéristiques 
de  cette  affection.  Un  cas  trè»-intéressant  de  ce  genre,  que  nous  avons  recueilli  à 
l'Hôtel-Dieu  avec  M.  Peter,  se  trouve  rapporté  dans  notre  travail  Sur  les  altérations 
du  nerf  optique;  il  peut  servir  d'exemple  d'une  périnévrite  optique.  Nous  avons 
observé  depuis  plusieurs  faits  de  ce  genre,  ainsi  que  de  la  névrite  optique,  dans 
les  services  de  MM.  Moutard-Martin,  Laâègue,  Vigla,  et  autres  chefs  des  hôpi- 
taux. 

Nonobstant  ces  faits,  il  est  aujourd'hui  pour  moi  hors  de  doute  que  bon 
nombre  de  méningites  tuberculeuses  ne  sont  pas  accompagnées  d'altérations  du 
nerf  optique  :  cela  a  lieu  lorsque  le  chiasma  n'est  pas  atteint  et  que  les  granula- 
tions tuberculeuses  occupent  d'autres  régions  de  la  base  crânienne. 

Quelle  est  la  nature  des  altérations  que  nous  constatons  dans  la  papille  et 
quelle  est  leur  signification  pathologique  ?  Telle  est  la  question  qui  se  pose  au- 
jourd'hui aux  pathologistes. 

11  y  a  plusieurs  manières  d'envisager  la  maladie  du  nerf  optique  : 

1"  I^  névrite  peut  dépendre  de  la  compression  intra-crânienne  et  de  l'inter- 
ruption de  circulation  par  thrombose  des  vaisseaux  du  nerf  optique,  comme  le 
l>ense  M.  de  Graefe  (1).  Cette  sorte  d'altération  ne  me  parait  pas  être  fï'équente 
dans  la  méningite  tuberculeuse. 

2'  Si  l'inflammation  de  la  substance  du  nerf  optique  envahit  de  proche  en 
proche  la  gaine  interne  du  nerf  optique  et  gagne'  le  tissu  interstitiel  de  ce  nerf, 
le  gonflement  du  tissu  interstitiel,  ainsi  que  l'œdème  séreux  qui  en  est  la  consé- 
quence, font  que  le  nerf  optique  devient  comme  étranglé  à  son  passage  à  travers 
la  sclérotique,  d'où  l'état  variqueux  des  veines,  la  saOlie  et  le  gonflement  mar- 
qué de  la  papille.  La  névrite  serait  alors  d'une  nature  purement  inflammatoire, 
et  pourrait  s'améliorer  si  l'état  de  méningite  pouvait  s'amender.  C'est  à  cette 
forme  de  processus  morbide  que  nous  rappoi*tons  les  cas  de  névrite  optique  que 
nous  avons  pu  guérir  chez  quelques  sujets  par  un  traitement  antiphlogistique  et 
dérivatif  énergique. 

3*"  La  tuberculisation  miliaire,  après  avoir  envahi  la  surface  du  chiamsa,  peut, 
dans  quelques  cas,  se  transporter  le  long  de  la  gaine  interne  du  nerf  optique 
jusqu'au  trou  sclérotical.  Ici  la  granulation  miliaire  suit  les  cloisons  internes  du 
nerf  optique,  'se  dépose  le  long  des  vaisseaux  et  arrive  à  la  surface  de  la  papille, 
ihi  aperçoit  alors,  outre  les  signes  de  né>Tite  ou  de  périnévrite,  des  taches 

(i)  Archiv  von  Graefe,  Bd.  XII,  Abth.  II,  p.  118  et  suiv. 


45(l      CONGRÈS  MÉDICAL  INTERNATIONAL. —  PREMIÈRE  SÉANCE  DtJ  SOIR. 

blanchâtres,  arrondies  au  milieu  de  la  partie  œdëmatiëe  de  la  papille  ou  à  son 
Yoisinafïe.  Des  taches  analop^ucs  ont  été  vues  par  nous  dans  la  macula  ;  elles  ont 
persisté  malgré  un  état  régressif  de  la  névrite  et  V amélioration  notable  de  la 
vision.  C'est  aussi  à  cette  forme  de  névrite  qu'on  peut  rapporter  Thistoire  d'un 
malade  dont  l'observation  f\it  communiquée  par  moi  à  la  Société  universelle 
d'ophthalmologie  à  Paris,  en  1 862 fi).  Les  exsudations  qui  se  voient  dans  la  ri^gion 
de  la  macula  sont  probablement  dues  aux  granulations  tuberculeuses  de  la  ré- 
tine, qui  se  sont  arrêtées  dans  leur  évolution. 


III.  —  CHORO'ÎDZTB  TUBERGULSUâE. 

La  diathèsc  tuberculeuse  peut  affecter  la  membrane  v&scolaire  de  Toeil  en 
y  produisant  des  dépôts  morbides  analogues  à  ceux  que  l'on  rencontre  dans 
d'autres  organes.  Ce  sont  des  petits  nodules  d'une  coloration  vert  grisâtre  oq 
gris  blanchâtre,  situés  dans  la  couche  moyenne  de  la  choroïde  et  sur  les  pamb 
mêmes  des  vaisseaux.  Les  tubercules  de  la  choroïde  présentent  au  microscope 
la  même  stinicture  et  la  même  composition  que  les  tubercules  miliaires  des 
autres  organes,  comme  cela  a  été  démontré  par  M.  Manz,  de  Fribourg  (2).  Cet 
auteur  a  publié  quatre  cas  de  tuberculose  de  la  choroïde,  qu'il  a  pu  obserrei 
après  la  mort  des  malades,  et  les  recherches  microscopiques  lui  ont  permis  de 
constater  l'identité  complète  de  ce  néoplasme.  M.  Conheim,  de  Berlin,  fait  une 
analyse  anatomo-pathologique  de  sept  cas  de  tubercules  de  la  choroïde,  accom- 
pagnant la  tuberculisation  miliaire  générale  aïguë,  et  il  conclut  que  c'est  dao^ 
cette  forme  qu'on  doit  trouver  des  tubercules  de  la  choroïde. 

Jusqu'à  présent,  les  signes  ophthalmoscopiques  n'ont  pas  été  suffisamment 
précisés  pour  qu'on  puisse  diagnostiquer  cette  altération  pendant  la  vie.  No> 
propres  recherches  nous  permettent  d'indiquer  quelques  points  plus  ou  moin> 
importants  à  ce  siget. 

Un  des  phénomènes  les  plus  constants  que  nous  ayons  pu  observer  ches  ce^ 
malades  est  l'apparition  spontanée  des  photopsies  et  des  chrupsies  accompagnant 
l'affaiblissement  de  la  vision  centrale.  L'examen  ophtbalmoscopique  est  quel- 
quefois  très-peu  concluant;  tantôt  les  altérations  sont  tellement  peu  marquée? 
qu'il  faut  les  chercher  attentivement  sur  toute  la  choroïde  et  à  un  fort  grosa»* 
sèment  pour  les  apercevoir;  tantôt  au  contraire  ces  altérations  peuvent  être  con- 
fondues avec  l'atrophie  choroïdicnne.  Mais  la  couleur  des  granulations  est  plu$ 
grisâtre,  ses  bords  sont  mal  circonscrits,  et  elles  couvrent  les  vaisseaux  choroî* 
diens,  tandis  que  ceux  dé  la  rétine  ne  sont  nullement  marqués. 

Ces  faits  concordent  parfaitement  avec  des  observations  rapportées  par  Manz. 
et  nous  ne  doutons  pas  qu'en  multipliant  ces  investigations  on  arrivera  à  tromer 
des  signes  nouveaux  pour  la  défmition  de  la  nature  de  certaines  altérations  dt' 
la  choroïde,  rebelles  jusqu'à  présent  à  tout  traitement,  et  dont  la  pathogénie 
n'était  jusqu'à  présent  expliquée  par  pei'sonne* 

(1)  Annales  cfocuitstique, 

(2)  Archiv  fur  Ophth.  v,  Groefe,  Bd,  IV,  Ablh.  Il,  p.  120. 


BOtJCHOT.  —  LÉSIONS  DE   LA  RÉTINE  ET   DU  NEBF  OPTIQUE.  Û55 

§ni  LES  liÉSIOWS  BE  LA  BÉTKVE  ET  BIJ IVEBF  OPTIQrE 

PBOBVITES 

PAB  liA  MÉMIMOITE  TVBEBCIJIiECftB 

EV  PAB  TOUTES  LES  MALABIES  OB&AIVIQIJES 

BC  SYSTÈHE  IVEBTEIJX 

PAa  H.  LE  DOCTECE  EOUCEUff  <DB  FAEIS), 
Uiàedn  U  rbépM  àm  Bifeali  ndaltt. 


ie  nos  trèt-heureux  d«  voir  paraître,  denmt  le  Congrès  assemblé,  la  question 
ai  QOUTeile  et  si  intéressante  des  aitérations  de  la  rétin»,  du  nerf  opHqve  etde  kt 
ckmide  dans  les  maladies  cérébro-spinales  ;  seulement,  j'ai  été  bien  surpris  de 
oe  pas  entendre  prononcer  mon  nom  par  l'auteur  de  la  communication  qui  tient 
d'être  faite. 

Je  suis  le  premier  qui  ait  montré  le  parti  que  l'on  pouvait  tirer  de  l'ophthal- 
moscope  dans  le  diagnostic  des  maladies  du  système  nerveux,  et  qui  ait  parlé 
des  faits  sur  lesquels  repose  la  loi  de  coïncidence  de  certaines  maladies  de  l'œU  avec 
la  maladies  aiffuêsde  Vencéphale,  de  la  moelle  et  des  méninges.  En  effet,  il  y  a  cinq 
ans,  ie  15  mars  1862,  j'ai  publié,  dans  la  Gazette  des  hôpitaux,  un  article  sur 
le  diagnostic  de  la  méningite  au  moyen  de  Fophthalmoscope,  puis  un  autre  le 
19  octobre  de  la  même  année.  Depuis  lors,  je  n'ai  cessé  de  m'occuper  de  la 
question,  et  dans  mes  leçons  publiques  de  l'hôpital  des  Enfants  malades,  oii  se 
troQTent  constamment  des  méningites  en  observation,  dans  les  Comptes  rendus 
de  la  Société  de  biologie  pour  le  mois  de  mars  1865  ;  dans  le  Traité  de  diagnostic  de 
M.  Racle,  publié  en  186i!i;  dans  mon  Dictionnaire  de  thérapeutique^  à  l'article 
C£a£BRoscopiE,  publié  en  1865;  enfin,  dans  un  volume  intitulé  :  Diagnostic 
des  maladies  du  système  nerveux  par  rophthalmoscopey  avec  atlas,  publié  le  16  no- 
vembre 1865,  et  couronné  depuis  par  l'Institut,  j'ai  fait  connaître  toutes  les 
altérations  de  la  névrite  optique,  de  la  névro-rétinitc  et  de  la  choroïdite,  qu'on 
observe  non-seulement  dans  la  méningite,  mais  encore  dans  toutes  les  maladies 
da  cerveau  et  de  la  moelle.  —  Gela  méritait  d'être  reconnu. 

Quoi  qu'il  en  soit,  il  y  a,  dans  mes  travaux,  la  preuve  qu'il  existe  une  séniio- 
tique  nouvelle  de  l'encéphale,  et  que  cette  sémiotique  repose  sur  l'emploi  de 
rophthalmoscope . 

En  vous  parlant  des  altérations  de  la  rétine  dans  la  diathèse  tuberculeuse, 
c'est-à-dire  dans  la  méningite,  M.  Galezowski  vous  a  cité  quelques  faits  anciens 
de  dégénérescence  oculaire  par  la  matière  tuberculeuse  ;  mais  il  n'a  pas  dit  que 
le  diagnostic  ait  été  confirmé  à  l'aide  du  microscope.  C'eût  été  très-important. 
De  même,  il  a  déclaré  avoir  vu  deux  fois  des  tubercules  de  la  choroïde  dans  le 
COUTS  de  la  méningite  tuberculeuse  ;  mais  sou  diagnostic  a  été  fait  avec  l'oph- 
thalmoscope,  et  il  n'y  a  pas  eu  d'autopsie.  Il  a  dit  :  J'ai  vu,  à  l'ophlbalmoscope, 
des  granulations  blanchâtres  de  la  choroïde  qui  n'étaient  pas  de  l'atrophie  cho- 
roïdienne  ;  et,  en  raison  de  l'état  général  tuberculeux  des  malades,  j'en  ai  con- 
clu que  c'était  des  tubercules.  Cela  ne  saurait  être  admis.  Comment,  alors  que 
la  recherche  anatomique  du  tubercule  est  si  difficile  pour  les  histologistes,  et 
lorsque,  avec  le  microscope,  on  hésite  quelquefois  sur  la  nature  d'un  produit 
dont  les  éléments  n'ont  rien  de  spécifique,  un  médecin  croulait  pouvoir  faire  le 


456     CONGRÈS  MÉDICAL  INTKRNATIONA&.  —  PREMIÈRE  SÉANCE  DU  SOIE. 

diagnostic  des  tubercules  de  la  choroïde  à  l'œil  nu,  avec  le  réflecteur  d'un 
ophthalmoscope  !  Je  crois  que  ce  sont  là  des  hypothèses. 

Ensuite,  sur  combien  de  malades  ont  été  observés  ces  deux  cas  de  tubercules 
de  la  choroïde?  Il  faudrait  le  dire,  car  moi,  qui  ai  observé  plus  que  personne  des 
maladies  de  ce  genre,  sur  86  cas  de  méningite,  je  n'en  ai  observé  que  quatre 
exemples;  mais  les  malades  étant  morts,  le  diagnostic  a  pu  être  vérifié  à  l'&u- 
topsie  et  par  l'examen  histologique  de  M.  Ordonez. 

C'est  une  altération  rare  que  les  tubercules  de  la  choroïde  dans  la  méningite 
tuberculeuse,  et  c'est  sur  d'autres  altérations,  notamment  sur  celles  de  la  névrite 
optique  et  de  la  névro-rétinite,  qu'il  faut  faire  reposer  le  diagnostic  de  la  ménin- 
gite à  l'ophthalmoscope.  —  A.u  reste,  ces  altérations  ne  sont  pas  spéciales  à  h 
méningite,  et  on  les  retrouve  atténuées  ou  modifiées  dans  toutes  les  autres  ma- 
ladies du  cerveau  et  de  la  moelle.  C'est  ce  qui  résulte  des  recherches  consignées 
dans  mon  livre  et  des  nombreuses  figures  coloriées  que  je  mets  sous  vos  yeux. 

Depuis  cinq  ans  que  je  poursuis  ma  découverte,  j'ai  observé,  non-seulemenl 
dans  mon  service  de  l'hôpital  des  Enfants  malades,  mais  encore  dans  la  vieil- 
lesse si  éprouvée  par  les  maladies  cérébrales,  et  je  suis  allé  passer  deux  mois 
à  l'hospice  de  Bicétre,  dans  le  service  de  mon  collègue  Léger.  De  plus,  j'ai  fait  de 
nombreuses  expériences  sur  les  chiens  et  sur  les  Iqpins,  dans  le  laboratoire  du  pix)- 
fesseur  Robin,  où  j'ai  produit  des  méningites  et  des  encéphalites  chez  ces  ani- 
maux. De  la  sorte,  j'ai  rassemblé  332  observations  écrites,  dont  la  plupart,  220, 
ont  été  imprimées  dans  mon  TraUé  de  diagnostic  des  maladies  du  système  nerveui. 
De  ces  observations,  le  plus  grand  nombre  a  été  suivi  d'autopsie;  et,  ne  pouvant 
me  fier  à  ma  faible  expérience  d'histologiste,  j'ai  fait  constater  et  analyser  toutes 
les  altérations  de  la  rétine  et  du  nerf  optique,  soit  par  M.  le  professeur  Robin, 
soit  par  M.  Ordonez,  soit  par  M.  Comil.  De  cette  manière,  les  faits  acquièrent  une 
importance  considérable,  et,  pour  les  hommes  de  science,  ils  offrent  ces  garan- 
ties qui  sont  le  gage  du  progrès.  Mes  observations  se  répartissent  comme  il  suit: 

Méningite 86 

Hémorrhagie  cérébrale  récente  ou  ancienne 32 

Encéphalite à2 

Ramolliftsement  cérébral  aigu  et  chronique ; . . . .  6 

Phlébite  des  ainua  de  la  dure-mère 2 

Hémorrhagie  méningée 1 

Hydrocéphalie  chronique 11 

Rachitisme  avec  tête  simulant  l'hydrocéphalie 22 

Tumeurs  du  cerveau 12 

Contusion  du  cerveau • 3 

Paralysie  générale • à. 

Microcéphalie 3 

Myélite  chronique 8 

Ataxie  locomotrice 3 

Paralysie  diphthéritique 6 

Paralysie  typhoïde 2 

Tétanos «...  1 

Ëpilepsie. ^ 5a 

Êclampsie •• 1 

Délire  typhoïde 6 

Délire  d'érysipèle  de  la  tête 1 

Folie 2 

Encéphalite  albuminurique 2 

Paralyaie  des  muscles  de  l'œil »....  7 

Contracture • à 

Méningo-enoéphalite  des  chiens  et  liqiins 11 

382 


BOUCHirr.  —  LÉSIONS  DE  LA  RÉTINE  ET  DU  NEBF  OPTIQUE.  &57 

Dans  ces  observations^  je  n'ai  pas*  constaté  qu'il  y  eût  toigours^  ches  tous  les 
malades^  une  altération  du  nerf  optique,  de  la  rétine  ou  de  la  choroïde»  en 
même  temps  que  l'affection  cérébro-spinale  indiquée  dans  le  tableau  qui 
précède.  Ces  altérations  n'ont  été  observées  que  sur  les  trois  quarts  des 
sujets,  et  j'ajouterai  que  cette  proportion  ne  doit  pas  être  considérée  comme 
inyariable,  car  elle  pourra  être  modifiée  par  le  nombre  des  faits  observés.  Je  ne 
doute  pas  que,  en  augmentant  encore  le  nombre  des  observations,  on  ne  puisse 
trouver  une  différence  en  plus  ou  en  moins  dans  le  nombre  des  exceptions, 
ce  qui  changerait  un  peu  la  moyenne  que  je  viens  d'établir. 

Je  ne  crois  pas,  cependant,  comme  vient  de  le  dire  M.  Galezowski,  que  ces 
lésions  soient  le  résultat  des  maladies  organiques  de  la  base  du  cerveau  plutôt 
que  de  celles  de  la  convexité,  et  ce  qu'il  a  dit  de  l'infiltration  séreuse  de  la  pa- 
pille «  n'exiskmt  jamais  que  dans  les  cas  de  méningite basilaire  »,  est  absolument 
contraire  à  l'observation.  En  effet,  sur  les  86  cas  de  méningite  que  j'ai  observés 
à  l'hôpital  des  Enfants  malades  ou  en  ville,  et  lorsqu'il  m'a  été  permis  de  faire 
l'autopsie,  j'ai  constaté  que,  chez  beaucoup  d'enfants,  il  n'y  avait  aucune  suppu- 
ration de  la  base  du  cerveau,  et  qu'au  contraire,  la  lésion  était  tout  entière  à  la 
convexité  de  l'organe.  —  Au  reste,  quand  j'aurai  expliqué  les  lois  qui  président 
i  la  formation  de  la  névro-rétinite  tuberculeuse,  on  comprendra  bien  pourquoi 
le  siège  de  la  méningite  ne  modifie  pas  sensiblement  le  mode  et  la  fréquence 
des  altérations  de  la  rétine  (1). 

A  part  ces  restrictions  sur  la  fréquence  relative  des  lésions  de  la  papille  ou  de 
la  rétine,  on  peut  dire  que  dans  les  maladies  organiques  du  système  nerveux 
cérébro-spinal,  il  se  produit,  dans  la  minorité  des  cas,  une  lésion  intra-oculaire 
plus  ou  moins  bien  caractérisée,  souvent  une  névrite  ou  une  névro-rétinite,  et  que 
la  découverte  de  ces  lésions  peut  donner  une  précision  plus  grande  au  diagnostic. 

Quelles  sont  ces  lésions?  Ont-elles  quelque  chose  de  particulier  dans  chacune 
des  maladies  organiques  du  système  nerveux? 

Quelle  en  est  la  physiologie  pathologique,  ou,  si  l'on  veut,  quel  en  est  le  méca- 
nisme de  production  et  la  loi?  C'est  ce  que  je  vais  essayer  de  dire  en  quelques  mots. 

Les  lésions  de  la  choroïde,  de  la  rétine  et  du  nerf  optique,  produites  par  les 
maladies  cérébro-spinales,  sont  un  peu  différentes  dans  les  maladies  aiguës  et 
dans  les  maladies  chroniques  des  méninges,  de  la  moelle  et  du  cerveau. 

Dans  les  maladies  récentes  et  dans  les  maladies  aiguës  de  l'i^pareil  cérébro- 
spinal, il  se  forme,  au  fond  de  l'œil,  des  lésions  plus  ou  moins  nombreuses, 
quelquefois  uniques,  beaucoup  plus  souvent  multiples,  et  combinées  les  unes 
avec  les  autres.  —  Elles  peuvent  exister  dans  les  deux  yeux  ou  n'en  occuper 
qu'un  seul,  et  alors  on  les  trouve  habituellement  dans  Tceil  qui  correspond  à 
l'hémisphère  cérébral  qui  est  le  plus  gravement  affecté.  Plus  l'inflammation  est 
intense,  plus  la  lésion  est  étendue  et  rapprochée  des  sinus,  dont  elle  interrompt 
la  circulation,  ou  de  la  base  du  cerveau,  qu'elle  comprime  violemment,  et  plus 
elles  sont  caractérisées.  Ce  sont  : 

i*  L'œdème  ou  infiltration  séreuse  et  gélatineuse  de  la  papille  sur  la  totalité 
ou  sur  une  partie  de  cet  organe  ; 

2*  L'hypérémie  totale  ou  partielle  de  la  papille; 

3*  La  dilatation  exagérée  des  veines  de  la  rétine; 

(1)  ToyeaBouclnit,  Gazette  midicaie^  1868,  vingi-diiq  observatians  deméniiigilaélndiéei 
à  rophthaliDOicopa. 


/i58     CONGRÈS  MÉDICAL  INTERNATIONAL.  —  PBEMIÊRB  SÉANCE  BD  SOIR. 

&*  La  thrombose  et  la  stase  des  veiiies  rétiniennes  ; 

5"  Les  flexuosités  des  reines; 

6*  Les  hémorrhagies  de  la  rétine  ; 

7'  Les  anéwysmes  des  veines  rétiniennes. 

Dans  les  maladies  chroniques,  il  y  a,  en  outre  des  lésions  que  je  viens  d'in- 
diquer, des  altérations  de  nutrition  qui  ne  peuvent  se  produire  qu'avec  le  temps. 
Ce  sont  : 

l**  Les  vésicules  closes  de  la  rétine,  ce  qui  est  très-rare  ; 

2®  L'atrophie  de  la  papille; 

3*  L'inûltration  granuleuse  ou  piqueté  blanc  de  la  rétine; 

4°  Les  granulations  tuberculeuses  et  graisseuses  de  la  rétine  ; 

5®  Les  plaques  blanches  de  la  rétine  ; 

6®  Les  tubercules  de  la  choroïde; 

V  L'atrophie  choroïdienne. 

Peut-être  trouvera-t*on  encore,  dans  les  membranes  de  l'oeil,  d'autres  lésions 
en  rapport  avec  les  maladies  cérébro-spinales,  car  on  est  loin  d'avoir  épnisé  toat 
ce  qui  est  relatif  à  ce  sujets  mais  Ténumëration  que  je  viens  de  faire  représente 
complètement  ce  qui  a  été  observé  jusqu'à  ce  jour. 

Voici,  d'ailleurs,  quel  est  l'aspect  de  ces  lésions,  dont  on  pourra  apprécier 
l'étendue  en  jetant  les  yeux  sur  les  dessins  colorés  et  sur  les  gravures  que  je 
présente. 

i*  Congestion  papilMre,  —  I^a  congestion  sanguine  générale  ou  partielle  de  la 
papille  est  caractérisée  par  une  coloration  rougeâtre  diffuse,  occupant  toute  U 
surface  ou  une  partie  de  la  circonférence  de  cet  organe  qui  se  trouve  voilé.  (Voyei 
les  figures  de  l'atlas.)  Souvent  de  petits  vaisseaux  capillaires  anormaux  se  0100- 
irent  à  sa  surface^  et  chez  quelques  malades,  il  s'y  trouve  un  grand  nombre  de 
capillaires  rayonnes  assez  volumineux  qu'on  n'y  voit  pas  d'habitude. 

C'est  un  état  qu'il  est  parfois  difficile  d'apprécier,  tant  les  différences  de  la 
vascularité  papillaire  sont  nombreuses,  et  l'on  ne  le  peut  bien  connaître  que  «i 
Ton  a  fait  une  grande  étude  de  l'état  normal.  Toutefois,  quand  rhypérëmie  eM 
très-considérable,  et  lorsqu'il  existe  en  même  temps  quelques  troubles  nerreiix 
fonctionnels,  il  n'y  a  pas  lieu  d'hésiter,  et  l'on  peut  y  reconnaître  l'indice  d'une 
congestion  cérébrale  simple  ou  occasionnée  par  une  lésion  grave  des  méninges» 
du  cerveau  ou  de  la  moelle. 

2*  €Edéme  papilinire.  —  L'œdème  de  la  papille  se  rapproche  beaucoup  de  la 
congestion  papillaire  par  l'aspect  voilé^  général  ou  partiel,  qu'elle  communique 
au  fond  de  l'œil  ;  mais,  au  lieu  d'être  rougeâtre,  l'infiltration  est  pAle,  plutôt 
séreuse  que  sanguine. 

C'est  une  lésion  également  difficile  à  apprécier  à  son  début,  et  au  sujet  de 
laquelle  on  peut  se  tromper  quand  on  se  sert  mal  de  l'ophibalmoscope,  et  qu'on 
ne  sait  pas  mettre  l'image  au  foyer  de  la  lentille.  Cependant,  quand  on  s'ye^t 
repris  k  plusieurs  fois,  et  qu'en  éloignant  plus  ou  moins  la  lentOle  de  façon  j 
avoir  des  images  différentes  de  la  papille,  on  retrouve  toujours  la  même  appa- 
rence dans  le  même  point,  il  y  a  tout  lieu  de  croire  à  l'existence  d'une  infiltration 
séreuse.  Si  la  lésion  existe  encore  les  jours  suivants^  toute  incertitude  M^ 
cesser. 

L'œdème  de  la  papille  s'observe  dam  la  méningite,  dans  certains  cas  d'hé- 
morrhagie  cérébrale,  dans  la  contusion  et  la  compression  du  cerveau>  dam  le^ 


BODCHOT.  —  LÉSIONS  DE  LA  HÊTINE  ET  DU  NERF  OPTIQUE.     459 

abcès  du  cerveau,  dans  rhydrocéphalie  chronique^  dans  les  tumeurs  de  l'encé- 
phale, dans  la  myélite  aiguë. 

5*  Dilatation,  flexuosité  et  varices  des  veines  rétiniennes.  —  Dès  que  le  sang  vei- 
neux de  l'œil  cesse  d'entrer  librement  dans  le  sinus  caverneux,  il  dilate  les  veines 
rétiniennes,  et  les  rend  flexueuses  ou  variqueuses  si  le  barrage  est  considérable, 
et  cela  peut  amener  leur  rupture  en  donnant  lieu  à  des  hémorrhagies  réti- 
nienne». (Voyez  les  figures  de  l'atlas.) 

Ces  lésions  sont  souvent  réunies,  et  leur  présence  indique  une  gêne  de  la  cir- 
culation cérébrale  produisant  une  gêne  semblable  dans  la  circulation  de  l'œil. 

—  Elles  s'observent  à  la  fois  dans  quelques  maladies  du  cerveau  et  dans  certaines 
maladies  du  cœur.  —  Cependant,  lorsqu'il  s'agit  d'un  enfant  qui  a  des  sym- 
plùmes  douteux  de  méningite,  ces  signes  ont  toute  leur  valeur,  et  ils  s'ajoutent 
auï  autres  pour  rendre  le  diagnostic  plus  prompt  et  plus  certain. 

h"  Stases  et  thromboses  rétitiiennes.  —  Qu'il  y  ait  phlegmasie  des  veines  réti- 
niennes ou  seulement  obstacle  mécanique  à  la  circulation  veineuse  et  coagula- 
tion consécutive,  il  n'en  est  pas  moins  certain  que,  dans  certaines  maladies  céré- 
bro-spinales, et  notamment  dans  la  méningite,  Thémorrhagie  cérébrale  et 
l'encéphalite,  les  veines  de  la  rétine  offrent  des  stases  sanguines  évidentes  ou 
des  caillots  que  découvre  l'autopsie. 

La  présence  de  cette  lésion  s'explique  par  le  fait  d'une  maladie  cérébrale  fai- 
sant obstacle  à  la  rentrée  du  sang  veineux  de  l'œil  dans  les  sinus  de  la  dure- 
mère.  Ici,  les  veines  centrales  de  la  rétine  sont  distenducR  par  du  sang  noirâtre 
qui  ne  bouge  pas,  et  forme,  en  dehors  de  la  papille,  une  dilatation  plus  ou 
moins  accusée.  —  On  dirait  que  le  gonflement  œdémateux  du  nerf  optique  fait 
obstacle  à  la  circulation,  car  le  vaisseau  noir  et  dilaté  au  niveau  de  la  choroïde 
devient  pâle  et  plus  étroit  dès  qu'il  arrive  sur  la  papille;  mais,  je  me  hâte  de  le 
dire,  ce  n'est  peut-être  qu'une  illusion  d'optique  duc  au  passage  de  la  veine  sur 
la  papille  œdématiée,  ou,  comme  le  croient  plusieurs  oculistes,  sur  la  papille 
pins  pâle  que  le  fond  de  l'œil  tapissé  de  sa  couche  pigmentaire. 

Toutefois,  si  cette  apparence  n'est  pas  toujours  reffet  d'une  stase  veineuse,  il 
n'en  est  plus  de  même  de  cet  autre  aspect  de  la  veine  rétinienne,  lorsqu'on  y 
voit  la  colonne  sanguine  interrompue  dans  l'intérieur  du  vaisseau  (voye«  l'atlas). 
Cette  apparence,  dont  j'ai  reproduit  le  type  par  mes  dessins,  dans  mon  grand 
ouvrage,  répond  à  de  véritables  thromboses  démontrées  par  l'autopsie.  —  M.  le 
professeur  Robin  et  M.  Ordonet,  qui  ont  bien  voulu  m'aider  dans  ces  recher- 
ches, ont  constaté  le  fait  que  je  signale,  et  leurs  notes  écrites  ont  été  publiées 
dans  mes  observations. 

5*  Hémorrhagies  de  (a  rétine  et  anévrysmes  faux  primitifs  des  veines  rétiniennes. 

—  Les  hémon*hagies  du  fond  de  l'œil  dans  la  rétine  sont  la  plus  haute  expression 
de  l'obstacle  à  la  circulation  oculo-cérébrale,  et  c'est  à  ce  titre  qu'elles  se  ren- 
contrent dans  la  méningite  (11  fois  sur  86  malades)  ;  dans  l'hémorrbagie  céré- 
brale (h  fois  sur  31  malades);  dans  l'encéphalite  simple  (1  fois  sur  ft2  malades); 
et  peut-être  dans  l'encéphalopathie  diabétique  ou  albuminurique.  Toutefois, 
dans  cet  deux  derniers  cas,  la  friabilité  des  capillaires  due  à  l'altération  granu- 
leuse de  leurs  parois  rend  peut-être  mieux  compte  de  la  production  des  hémor- 
rhagies rétiniennes  qu'un  obstacle  à  la  circulation  oculaire,  dont  l'existence 
reste  à  démontrer  (voyez  l'atlas). 

Ces  hémorrhagies  se  présentent  sous  forme  de  taches  rouges,  miliaires,  arron  - 
dies,  OQ  de  taches  irrëgulières  placées  sur  la  rétine  ou  le  long  des  veines.  Quand 


i!i60     CONGRÈS  MÉDICAL  INTERNATIONAL.  —  PREMIÈRE  SÉANCE  OU  SOIB. 

ces  hécQorrhagies  sont  linéaires  et  situées  le  long  d'un  vaisseau  ou  à  sa  bifurca- 
tion^ elles  résultent,  comme  Ta  établi  le  professeur  Robin  en  1862,  sur  une 
pièce  que  je  lui  ai  montrée,  d'un  anévrysme  faux  "primUif  dans  lequel  le  sang 
veineux  disséquant  la  tunique  externe  du  vaisseau  se  trouve  renfermé  au-des- 
sous d'elle  dans  le  sens  de  sa  longueur.  —  C'est  là  une  lésion  rare,  qui  n'a 
encore  jamais  été  signalée^  et  dont  on  retrouvera  sans  doute  plus  d'un  exemple 
quand  on  voudra,  au  microscope,  étudier  l'œil  des  sigets  morts  de  maladies 
cérébro-spinales. 

Une  fois  produites,  ces  hémorrhagies  s'étendent  quelquefois  ou  restent  sta- 
tionnaires;  mais  si  la  maladie  se  prolonge,  elles  peuvent  se  résorber.  Ainsi,  j'ai 
vu  une  fille  de  quatorze  ans,  ayant  une  encéphalite  du  côté  gauche  de  la  protu- 
bérance caractérisée  pai*  une  hémiplégie  alterne  droite,  par  la  paralysie  de  la 
sixième  paire  à  gauche,  par  la  paralysie  de  la  branche  ophthalmique  de  la  cin- 
quième à  gauche,  par  une  hydrophthalmie  à  gauche,  et  chez  laquelle  existait  une 
assez  large  hémorrhagie  irrégulière  de  la  rétine.  —  Quinze  jours  après,  cette 
hémorrhagie  avait  disparu,  et  se  trouvait  remplacée  par  une  petite  hémorrhji^ê 
linéaire  située  le  long  d'une  veine  voisine. 

Quelques  médecins  pensent  que  ces  hémoiThagies  sont^  par  suite  de  la  résorp- 
tion de  leur  matière  colorante,  l'origine  des  granulations  blanchâtres  de  la 
rétine.  C'est  possible,  mais  cela  n'est  pas  démontré,  et  ces  granulations  blan- 
châtres rétiniennes  peuvent  se  manifester  d'emblée  sans  hémorrhagie  préalable. 

6®  Granulaiions  et  "plaques  bUmches  grantUeuies  ou  graisseuses  de  la  rétine.  — 
Des  granulations  miliaires  blanchâtres  très-fines,  des  granulations  plus  volumi- 
neuses et  des  plaques  blanches  assez  larges  s'observent  dans  la  rétine  et  sur  la 
choroïde  de  certains  sujets  atteints  de  maladies  cérébro-spinales.  Dans  certains 
cas  même,  l'intérieur  de  l'œil  ressemble  tout  à  fait  à  ce  que  Desmaires  et  Lie- 
breich  ont  figuré  sous  le  nom  de  rétinUe  albummurique,  et  cependant  ces  ma- 
lades n'ont  pas  d'albuminurie  (voyez  dans  l'atlas). 

Quoi  qu'il  en  soit,  en  dehors  de  la  néphrite  albumineuse,  on  rencontre,  dans 
l'œil  de  quelques  sujets  atteints  de  méningite  aiguë  ou  chronique  (7  fois  sur 
86  malades),  ou  de  quelques  individus  atteints  d'encéphalite  chronique  (2  fois 
sur  (i2  cas)^  des  granulations  et  des  plaques  blanches  de  la  rétine,  que  j'ai  étu- 
diées au  microscope,  et  dont  la  nature  a  été  bien  établie  par  le  professeur 
Robin  et  par  M.  Ordonez,  sur  les  pièces  que  je  leur  ai  fait  adresser.  Toutes  les 
fois  que  l'analyse  a  pu  en  être  faite,  ces  observateurs  ont  constaté  qu'elles  étaient 
formées  de  granulations  moléculaires  extrêmement  nombreuses,  de  noyaux  fibro- 
plastiques  et  de  graisse.  Pour  M.  Ordonez,  elles  sont  plus  souvent  la  conséquence 
d'une  régression  des  éléments  normaux  de  la  rétine  que  le  résultat  d'une  exsu- 
dation pathologique.  —  C'est  une  altération  profonde  de  la  nutrition  de  la 
rétine  à  la  suite  de  la  congestion  ou  des  hémorrhagies  miliaires  dont  elle  a  pu 
être  le  siège  sous  l'influence  de  la  lésion  cérébrale. 

7*  Tiû>erculesde  la  choroïde.  —  Cette  lésion  est  très-rare,  et  je  ne  l'ai  observée 
que  U  fois  sur  86  enfants  morts  de  méningite  tuberculeuse.  Dans  deux  de  ces 
cas,  la  lésion  n'a  pas  été  signalée  pendant  la  vie,  avec  rophthalmoscope,  et  ce 
n'est  qu'à  l'autopsie  et  après  avoir  enlevé  la  rétine,  que  je  vis  sur  la  choroïde  uoe  • 
granulation  saillante,  dm*e,  jaune  verdâtre,  dans  laquelle  le  microscope  révéla 
la  présence  de  corpuscules  granuleux  de  volume  variable,  entourés  de  granu- 
lations moléculaires  et  de  gouttelettes  de  graisse. 

8*  Vésieide  dose  de  la  rétine.  —  Voici  encore  une  lésion  de  l'osil  très-rare  daos 


BOOCBOT.  —  LÉSIONS  DE  LA  RÉTINE  ET  DU  NERF  OPTIQUE.  461 

les  maladies  cérébrales^  et  que  je  n'ai  observée  qu'une  fois.  C'était  dans  un  cas 
de  méningite.  J'avais  cru  découvrir  une  bémorrhagie  rétinienne  avec  l'ophtbal- 
oioscope.  L'enfant  succomba^  et,  à  l'autopsie,  M.  Ordonez  ne  trouva  pas  trace 
d'hémoirbagie  ;  mais^  au  lieu  indiqué,  il  vit  quelque  chose  d'anormal,  dont  il 
lit  une  préparation  que  je  conserve  avec  soin  et  dont  voici  la  ligure.  C'était  une 
résicule  close  comme  celle  que  l'on  rencontre  ailleurs  sur  certaines  parties  du 
corps,  et  cependant  on  sait  qu'il  n'en  existe  pas  à  l'état  normal  dans  la  rétine. 

Est-ce  là  une  lésion  pathologique  ou  plutôt  une  disposition  naturelle,  mais 
anormale,  c'est  ce  que  je  ne  saurais  dire  ;  mais  qu'il  me  suffise  de  faire  cette 
réserve,  afin  de  ne  pas  donner  à  ce  cas  plus  d'importance  qu'il  ne  le  mérite. 

9*  Atrophie  choroidienne.  —  Chez  certains  sujets  affectés  de  méningite  tuber- 
culeuse aiguë  ou  chronique,  ou  ayant  d'autres  lésions  de  l'encéphale  et  de  la 
moelle,  le  fond  de  l'œil  est  pâle,  parsemé  d'une  immense  quantité  de  granula- 
tions miliaires  grisâtres  très-minces  qui  semblent  occuper  la  rétine.  C'est  une 
illusion,  car  l'autopsie  a  montré,  par  le  microscope,  que  la  rétine  ne  renfermait 
aucune  des  granulations  que  j'avais  cru  y  voii*.  Dans  ce  cas  était  une  atrophie 
choroidienne  caractérisée  par  la  disparition  de  la  plus  grande  quantité  de  la 
couche  pigmcntaire,  ce  qui  laissait  apercevoir,  sous  la  rétine,  le  tissu  fibreux 
de  la  choroïde  à  travers  le  réseau  choroîdien,  sous  forme  de  points  blanchâtres 
mal  déterminés. 

10'  Atrophie  de  la  papille.  —  L'atrophie  de  la  papille  du  nerf  optique  n'est  pas 
le  fait  des  maladies  aiguës  du  cerveau  ou  de  la  moelle  ;  mais  dans  la  méningite 
chronique,  dans  les  anciennes  encéphalites,  dans  l'hydrocéphalie  congénitale, 
dans  certaines  tumeurs  du  cerveau,  dans  la  myélite  chronique  et  l'ataxie  loco- 
motrice, c'est  une  lésion  assez  ordinaire.  Quand  elle  existe  en  même  temps 
qu'une  maladie  aiguë,  on  peut  être  sûr  qu'elle  existait  antérieurement  à  l'inva- 
sion de  la  phlegmasie  cérébro-spinale. 

L'atrd^hie  papillaire  commençante  est  difficile  à  distinguer;  mais>  à  un  cer- 
tam  degré  d'évolution,  elle  est  aisément  reconnaissable.  Tantôt  complète  et  oc- 
cupant les  deux  yeux,  elle  est  quelquefois  bornée  à  une  moitié  de  la  papille,  et 
parait  plus  prononcée  dans  un  œil  que  dans  l'autre.  Chez  quelques  malades,  elle 
^raccompagne  d'une  zone  d'infiltration  blanchâtre,  granuleuse,  péripapillaire,  et 
de  plaques  blanches  de  la  rétine.  Elle  est  cai*actérisée  par  une  décoloration 
presque  complète  de  la  papille,  qui  paraît  plate,  blanche,  crayeuse  ou  grise,  sans 
aucun  de  ces  petits  vaisseaux  intrinsèques  qui  lui  donnent  sa  teinte  rosée  habi- 
tuelle. L'artère  et  les  veines  centrales  de  la  rétine  sont  un  peu  diminuées, 
et  à  l'autopsie,  le  nerf  optique  et  le  chiasma  sont  amincis  et  atrophiés.  Sous  le 
microscope,  les  tubes  nerveux  paraissent  minces,  granuleux  ou  infiltrés  de 
.frraisse,  et  séparés  par  une  plus  grande  quantité  de  tissu  conjonctif. 

Les  lésions  optiques  et  rétiniennes  qui  accompagnent  les  maladies  cérébro- 
spinales  ne  sont  pas  toujours  assez  profondes  pour  être  visibles  sur  le  cadavre. — 
n  y  en  a  qui  disparaissent  au  moment  de  la  mort,  ce  sont  celles  des  maladies 
aiguës;  et  de  même  qu'on  voit  l'exanthème  de  la  rougeole  et  l'hypérémie  de 
l'érysipèle  s'éteindre  par  la  mort,  les  congestions  de  la  choroïde  ou  de  la  papille, 
les  distensions  veineuses  rétiniennes,  l'œdème  ou  infiltration  séreuse  papillaire 
s'affaiblissent  ou  disparaissent  avec  la  vie.  —  J'ai  même,  d'après  le  fait  de  la 
ddplction  subite  des  capillaires  à  ce  moment,  découvert,  dans  la  décoloration 
de  la  choroïde,  un  excellent  signe  immédiat  de  la  mort. 

Ainsi,  de  tous  les  symptômes  de  la  méningite  constatés  dans  l'œil  avec  l'oph- 


462     GONGaËS  MÉplCAt  lNT£&NATXO£^At.  ^  PUËM1ÈR£  SÉANCE  OU  SOIR., 

thalmoscope,  ceux  qui  résultent  de  l'hypérémie  et  de  Tcedème  disparaissent  sur 
le  cadavre.  —  De  plus,  parmi  les  autres,  il  en.  est  que  Ton  Yoit  bien  pendant  la 
vie,  parce  que  l'oplithalmoscope  les  grossit  (les  hémorrfuigies  réHniames  pointiUù^i, 
ou  les  fait  apercevoir  sur  le  fond  rouge  choroïdien  [granulatùms  graiattt,^», 
mUiairesi,  blanchâtres),  et,  après  la  mort,  on  ne  les  voit  pas  à  l'œil  nu.  —  11  faut 
se  sei*vir  du  microscope  pour  les  découvrir.  C'est  ainsi  que  M.  Ch.  Robin  a  pu 
voii'  Tanévrysme  des  veines  rétiniennes,  et  que  j'ai  fait  connaître  la  struclure 
de  ces  granulations  rétiniennes  invisibles  à  Tœil  nu,  et  dont  roghthaluiav 
cope  m'avait  révélé  l'existence.  —  11  n'y  a  que  les  grosses  granulations  réti- 
niennes, que  les  tubercules  de  la  choroïde,  que  les  plaques  graisseuses  blanche:^ 
de  la  rétine  et  que  les  foi*tes  bémorrhagies  de  cette  membrane  et  l'atrophie  papil- 
laire,  qu'on  puisse  retrouver  à  l'œil  nu  sm*  le  cadavre.  —  Ainsi,  j'ai  montré,  eu 
1865  [Comptes  rendus  de  la  Société  de  biologie,  p.  31),  une  hémorrhagie  énorme  di 
la  rétine  occasionnée  parla  méningite,  et  je  conserve  chez  moi  une  hémonhagic 
rétinienne  trouvée  dans  l'œil  d'un  homme  mort  d'hémorhagie  cérébrale.  — Uuf> 
de  ces  grosses  altérations,  les  autres  sont  peu  appréciables  ou  ne  peuvent  èm; 
étudiées  qu'avec  le  microscope,  et  c'est  particulièrement  dans  les  uialadii.^ 
cérébro-spinales  chroniques  qu'elles  peuvent  être  observées. 

On  pourrait,  à  la  ligueur,  se  dispenser  de  rechercher  la  nature  des  lésion^ 
que  le  nerf  optique,  la  rétine  et  la  choroïde  présentent  dans  le  cours  de  certaine> 
maladies  du  système  neiTeux,  mais  il  faudrait  se  borner  alors  à  la  constatation 
des  lésions  d'hypérémie,  d' œdème,  d'exsudation  granuleuse  ou  graisseuse, 
d'hémorrhagie  et  d'atrophie  papillaire  ou  rétinieime.  Mais,  si  ce  procédé  est 
utile  au  début  des  recherches,  alors  que  tout  est  à  découvi'ir,  et  que  l'obsena- 
tion  doit  se  faire  sans  idée  préconçue  et  sans  théorie  prématurée,  il  n'en  est  plus 
de  môme  lorsque,  mise  en  possession  d'un  nombre  de  faits  considérable,  k 
science  cherche  à  en  établir  la  classification.  —  Jusqu'ici  je  me  suis  borué  à 
constater  les  lésions  de  ch'culation,  de  sécrétion  et  de  nutrition  produites  dan^  le 
fond  de  l'œil  sous  l'influence  des  maladies  cérébro-spinales,  mais  aujourd'hui 
il  serait  fâcheux  de  ne  pas  chercher  à  se  rendre  compte  de  la  nature  des  phé- 
nomènes observés  pour  en  donner  la  théorie,  en  écartant  avec  soin  toute  hypo- 
thèse qui  serait  démentie  par  l'observation  exacte  et  rigoureuse  des  faits. 

Si  l'on  coinpai'e  les  lésions  intra^oculaires  des  maladies  cérébrales  aux  phéno- 
mènes locaux  de  l'inflammation,  on  voit  qu'il  existe  entie  les  unes  et  les auti't'> 
une  analogie  très-grande.  En  eli'et,  dans^le  fond  de  l'œil,  il  se  fait  unehypércmii' 
du  nerf  optique  ou  de  la  rétine  accompagnée  d' œdème  partiel  ou  d'héuiorrli^ 
gies.  Bientôt  se  forme  une  exsudation  rétinienne  péripapillaire,  puis  des  granu- 
lations ou  des  plaques  ^graisseuses  de  la  rétine  dues  à  la  régression  des  élémenb 
pathologiques  de  la  rétine.  EuOn,  arrivent  l'ati'ophie  choroîdieuue  et  jjapillairi 
comme  dernier  terme  du  processus  morbide.  —  Ce  sont  là  des  preuves  évidente-' 
d'inflammation,  et  tant  que  ce  mot  aui'a  cour.;  dans  la  science,  il  ne  pourra  être 
mieux  appliqué  qu'à  ces  lésions.  Qu'elles  soient  la  conséquence  méc^iique  d'uii 
barrage  circulatoii'e  cérébral  ou  d'un  processus  actif  descendant  du  ceneau  daus 
les  membranes  de  l'œil  par  le  nerf  optique,  peu  importe  à  la  théorie.  —  Daïi* 
l'un  comme  dans  l'autre  cas,  bien  que  la  cause  soit  un  peu  diU'érente,  rinflaw- 
mation  peut  se  produire,  et  il  n'est  pas  déi'aisonnable  d'appeler  né>iite  opliqu<:< 
névro-rétinite,  et  quelquefois  choroïdite,  les  lésions  que  je  viens  d'indiquer.  Pour 
moi,  ce  sont  des  conséquences  d'inflammation. 

Il  ne  faudrait  pas  croii-e  que  les  lésions  de  l'oail  observées  coacurremmcot  a^ec 


aoBGBin:.  —  LÊfiioMs  de  la  viÈnau  ht  ou  mm  optique.       k%ii 

lis  mahdies  du  cerveau  aient  qoelfue  chose  de  paikogiMHnomque  par  elle»* 
DièmeSi  et  qu'à  la  simple  inspection  de  la  piaille  on  pût  dire>  chez  un  malade  : 
ainmifUe^  ou  ches  un  autre  :  hémcrrhagie  cérébrale.  —  U  n'en  est  pas  ainsi.  — 
Xon-seulement  la  névro-rétinite^  à  ses  différents  degrés,  s'observe  dans  toutes 
les  maladies  cérébro-spinales,  mais  elle  s'observe  aussi  d'une  façon  primitive 
comme  inaladie  locale  n'allant  pas  au  delà  de  l'œil,  et  comme  maladie  diathé- 
ùque,  dans  certains  cas  de  diabètes,  de  syphilis  ou  d'albuminurie,  faits  indiqués 
par  MM.  Desmarres^  Sichel,  Liebrcich,  etc. 

Cependant,  malgré  ces  restrictions,  les  phénomènes  que  je  viens  de  déciire 
ont  encore  une  grande  importance  sémiotique.  —  En  effet,  quand  ils  existent 
en  même  temps  que  des  troubles  du  mouvement  ou  de  la  sensibilité,  ils  révèlent 
TexisUsnee  d'une  lésion  cérébro-spinale,  ce  qui  est  quelque  chose  pour  le 
diagnostic  ;  car,  dans  beaucoup  de  cas,  on  peut  ainsi  arracher  au  groupe  des 
maladies  essentielles  des  maladies  ayant  pour  cause  une  lésion  organique.  De 
plus,  comme  ces  modifications  de  l'intérieur  de  l'œil  viennent  s'ajouter  ici  à  des 
vomissements,  de  la  constipation  et  des  irrégularités  du  pouls  chez  un  enfant; 
ùlleun,  à  une  somnolence  produite  par  une  chute  sur  la  tête  ;  plus  loin,  à  une 
bémipiégie  subite  chez  un  adulte;  chez  d'antres,  à  des  convulsions  epilepti- 
lonnes;  ailleurs,  à  une  paralysie  lente  et'  progressive  ;  chez  d'autres,  à  une  aug- 
mentation anormale  du  volume  de  la  téte^  etc.,  il  devient  évident  qu'en  asso- 
ciant, comme  on  doit  le  faire,  l'existence  de  ces  lésions  aux  autres  symptômes 
de  la  maladie,  le  diagnostic  devient  plus  précis,  et  l'on  arrive  plus  facilement  à 
le  prononcer  sm*  la  nature  du  mal. 

Il  en  est  de  ces  symptômes  comme  de  tous  ceux  que  l'on  connaît,  et  qui  ne  de- 
Tiennent  des  signes  que  par  leur  association  avec  les  autres  phénomènes  produits 
par  l'état  morbide.  Est-ce  que  le  gargouillement  entendu  dans  les  poumons  a  une 
signification  indépendante,  absolue,  en  dehors  des  autres  phénomènes  d'auscul- 
tation, de  percussion,  d'expectoration  observés  chez  le  malade?  Est-il  un  méde- 
cin qui  ose  se  prononcer  sur  la  valeur  sémiotique  du  râle  crépitant,  sans  tenir 
compte  de  l'état  fébrile,  du  point  de  côté,  de  l'expectoiation  et  de  la  marche  des 
accidents  morlndes?  J 'en  dirai  autant  de  l'hëmoptysie,  de  l'hématémèse,  de  la 
diarrhée,  du  gargouillement  iliaque,  des  épistaxis,  des  souffles  cardiaques  et  de 
tous  les  phénomènes  fournis  par  l'observation  des  maladies  les  plus  différentes. 
—  Il  n'y  a  pas  de  symptômes  pathognomoniques.  Tous  ont  besoin  d'être  gronpés 
d'une  faigon  particulière  pour  avoir  leur  véritable  signification,  et  c'est  de  leur 
a&jQciation  que  ressort  le  diagnostic  différentiel. 

Il  en  est  de  même  des  signes  fouiTiis  parles  modifications  de  l'intérieur  de  l'œil 
produitspar  les  maladies  cérébrales.  Aucun  d'eux  n'ade  valeur  sénûotique  absolue, 
l'infiltration  séreuse  ou  sanguine  de  la  papille,  les  thromboses  et  les  flexuosités 
rétinienues,  les  hémorrhagies,  les  gi'anulations  et  les  plaques  graisseuses  de  la 
nftiœ,  l'atrophie  de  la  choroïde  et  de  la  papille  n'appartiennent  pas  plus  à  une 
maladie  du*  cerveau  qu'à  une  autre.  —  Elles  n'ont  d'importance  que  par  les 
«Tmptômes  qm  les  accompagnent,  et  c'est  ainsi  qu'elles  peuvent  être  utiles  au 
diagnostic  de  la  méningite,  del'hémoiThagie  cérébi*ale,  de  l'hydrocéphalie,  des 
tumeurs  du  cerveau,  de  la  myélite,  de  l'ataxie,  etc.  Quand  un  enfant  présente 
des  phénomènes  douteux  de  méningite,  et  qu'il  offre  un  commencement  de 
ttévro-rétinite,  il  n'y  a  plus  de  doute  à  avoir  sur  l'existence  de  la  phlegmasie  mé- 
ningée. 11  en  est  de  même  dans  l'hémorrhagie  cérébrale,  dans  les  tumeurs  du 
cerveau,  dans  l'encéphalite,  dans  les  maladies  aiguës  ou  chroniques  de  la  moelle. 


Mtl     GONGBÈS  MÉDICAL  INTERNATIONAL.  —  PREMIÈRE  SÉANCE  WJ  SOIR. 

Dans  bien  des  cas,  on  peut  hésiter  pour  établir  le  diagnostic;  mais  s'il  existe 
une  des  lésions  intra-oculaires  précédemment  indiquées,  le  diagnostic  prend 
aussitôt  une  certitude  absolue.  —  C'est  là  un  résultat  précieux  pour  la  patholo- 
gie,  et  je  crois  qu'on  peut  dire  sans  témérité  que  chez  beaucoup  de  malades,  on 
voit  dans  leur  œil  ce  qui  se  passe  dans  leur  cerveau. 

Maintenant,  quel  est  le  mode  de  production  des  lésions  intra-oculalres  dans 
les  maladies  cérébrales  ou  physiologie  pathologique,  ou^  si  Ton  veut,  quelle  en 
est  la  loi? 

Quand  on  réfléchit  avec  attention  sur  ce  qui  se  passe  dans  l'œU  des  individus 
chez  lesquels  il  y  a  une  maladie  des  méninges,  de  la  moelle  et  du  cerveau,  on 
comprend  bien  vite,  par  suite  du  rapport  anatomo-physiologique  de  ces  organes, 
comment  l'intégrité  de  l'un  peut  être  compromise  par  la  maladie  de  Tautre. 
De  plus,  l'intérieur  de  l'œil  est  la  seule  partie  du  corps  où  l'on  puisse  voir  direc- 
tement, presque  à  nu,  la  circulation  artérielle  ou  veineuse  avec  leurs  capil- 
laires. Là,  au  moyen  de  Tophthalmoscope,  se  voient  les  artères  et  les  veines  de 
la  rétine,  les  capillaires  choroîdiens,  plus  ou  moins  apparents  selon  l'épaisseur 
de  la  couche  pigmentaire,  formant  un  réseau  rougeâtre  à  mailles  très-étroites, 
analogue  au  réseau  verdâtre  des  feuilles  d'arbres  observées  par  transparence.  — 
Toute  cette  circulation  capillaire  indique  la  vie^  car  elle  disparait  au  moment  de 
la  mort  en  donnant  au  fond  de  l'œil  une  couleur  gris  de  plomb,  et  ses  modifica- 
tions sont  le  signe  d'un  état  pathologique  local  ou  cérébral  et  cardiaque. 

Par  cela  même  que  tout  le  sang  veineux  du  réseau  capillaire  rétinien  revient 
au  cœur  par  le  crâne,  en  passant  par  le  sinus  caverneux  et  par  les  sinus  de  la 
dure-mère,  tout  obstacle  à  la  circulation  de  ces  sinus,  tout  barrage  au  cours  du 
sang  cérébral  retient  le  sang  veineux  dans  l'œil,  et  y  produit  la  congestion, 
l'œdème,  les  stases  sanguines,  l'hémorrhagie,  et,  à  la  longue,  différentes  lésions 
de  nutrition.  C'est  ce  qui  arrive  dans  certaines  congestions  cérébrales,  dans  l'hy- 
drocéphalie, dans  la  méningite,  dans  les  abcès  du  cerveau^  les  hémorrbagies 
cérébrales  étendues,  etc. 

Sous  ce  rapport,  et  en  veriu  de  ce  fait  que  les  sinus  sont  le  chemin  de  retour 
du  sang  veineuxMe  l'œil  au  cœur,  si  une  maladie  du  cerveau  fait  obstacle  an 
passage  du  sang,  il  y  aura  entre  cet  obstacle  et  les  capillaires  une  hypérémie  plus 
ou  moins  considérable.  Tel  est  le  lien  anatomique  qui  rattache  certains  troubles 
de  la  circulation  intra-oculaire  aux  lésions  cérébrales. 

Maintenant,  ai-je  dit,  une  notion  physiologique  fait  comprendre  pourquoi  ce^ 
taines  maladies  cérébro-spinales  ne  gênant  pas  la  circulation  des  sinus  agissent 
néanmoins  sur  la  circulation  de  l'œil  pour  produire  l'hypérémie  et  ses  consé- 
quences de  névrite. 

D'abord^  il  y  a  l'inflammation  du  tissu  de  l'encéphale,  qui  peut  descendre  et 
gagner  le  nerf  optique,  ce  qui  amène  l'hypérémie  phlegmasique  de  la  papille; 
mais,  en  outre,  il  y  a  une  action  pathogénique  des  cordons  antérieurs  de  la 
moelle  sui*  le  fond  de  l'œil,  par  l'intermédiaire  du  grand  sympathique  anasto- 
mosé avec  les  racines  antérieures  des  deux  premières  paires  dorsales.  —  Voilà  la 
notion  physiologique  qui  explique  pourquoi  certaines  maladies  de  la  protubé- 
rance, la  myélite  aiguë  et  l'ataxie  locomotrice  sont  quelquefois  accompagnées  de 
lésions  intra-oculaires  si  considérables. 

C'est  à  Claude  Bernard  et  à  ses  travaux  sur  le  grand  sympathique  que  nous 
devons  cette  notion  si  intéressante.  —  Ne  sait-on  pas^  en  effet,  que  la  section  et 
l'irritation  de  ce  nerf  au  cou  produisent  des  phénomènes  oculo-papillaires  et 


fiOUGBUT.  —  LÉSIONS  DE  LA  BÊTINE  ET  DU  NERF  OPTIQUE.  /i65 

faciaux  très-caractëristiques?  Ne  saii-on  pas  qu'il  en  résulte  une  hypérémie  pas- 
sive et  une  caloriûcation  plus  grande  dans  le  côté  correspondant  de  la  face? 
Eh  bien^  avec  ces  phénomènes^  il  s'en  produit  d'autres  semblables  dans  le  fond 
de  l'œil  :  c'est  l'hypérémie  du  réseau  capillaire  à  laquelle  peuvent  succéder  de 
{.Taves  lésions  de  nutrition  de  la  papille  et  de  la  rétine. 

Cela  étant  établi,  qui  ne  comprend  le  mécanisme  des  lésions  intra-oculaires 
rommandées  par  les  maladies  organiques  de  l'appareil  cérébro-spinal?  Qui  ne 
prévoit  l'existence  d'une  loi  anatomique  et  physiologique  reposant  sur  la  con- 
nexité  des  fonctions  de  l'œil  et  du  cerveau  autant  que  sur  l'intégrité  de  la  circula- 
tion veineuse  oculo-cérébrale,  et  créant  la  coïncidence  des  lésions  simultanées 
dans  les  deux  appareils^  loi  féconde  d'où  sort  la  nouvelle  sémiotique  du  cerveau 
que  j'ai  l'honneur  de  vous  présenter. 

Comme  vous  le  voyez^  messieurs,  l'ophthalmoscope  permet  souvent  de  décou- 
vrir, à  l'intérieur  de  l'œil,  des  lésions  de  cû'culation,  de  sécrétion  et  de  nutrition 
qui  annoncent  une  maladie  organique  du  système  cérébro-spinal. 

La  congestion  et  l'œdème  papillaire,  les  hémorrhagies  rétiniennes,  la  névrite 
optique,  la  rétino-choroldite  et  l'atrophie  papillaire  accompagnent  la  plupart  des 
Qialadies  aiguës  et  chroniques  des  méninges  du  cerveau  et  de  la  moelle. 

C'est  par  les  rapports  anatomiqucs  et  physiologiques  de  l'œil  avec  la  moelle 
et  le  cerveau  qu'il  faut  expliquer  la  coïncidence  des  névrites  optiques  avec  les 
lésions  organiques    du  système  nerveux,  et  trois  lois  pathologiques  rendent 
compte  de  ces  lésions. 
Ces  lois  sont  les  suivantes  : 

!•  Toutes  les  fois  qu'un  violent  obstacle  à  la  circulation  cérébrale  se  produit  par 
le  fait  d'une  lésiori  de  l'encéphale  ou  de  la  moelle,  il  y  a,  sous  l'influence  de 
ce  barrage,  une  hypérémie  papillaire  et  rétinienne. 

2"  Quand  une  phlegmasie  aiguë  ou  chronique  occupe  l'encéphale,  l'inflamma- 
tion peut  se  propager  dans  l'œil,  en  suivant  le  trajet  du  nerf  optique,  qui  sert 
de  conducteur. 

3**  Les  maladies  des  cordons  antérieurs  de  la  moelle  peuvent,  en  raison  de  leur 
anastomose  avec  le  grand  sympathique  au  niveau  des  deux  premières  paires  dor- 
sales, produire  dans  l'œil  des  phénomènes  d'hypérémie  papillaire  qui  engendrent 
plus  tard  l'atrophie  du  nerf  optique. 

Ainsi  basée  sur  l'anatomie,  sur  la  physiologie  et  sur  la  clinique,  la  sémiotique 
(les  maladies  du  système  cérébro-spinal  mérite  de  prendre  une  place  importante 
dans  la  science,  et  je  ne  crois  pas  exagérer  en  disant  qu'au  fond  de  l'œil  on  peut 
voir  une  partie  des  lésions  qui  se  forment  dans  le  cerveau. 


n.  CSonrdin  fait  remarquer  que  la  sensation  de  couleur  jaune  signalée  par 
M.  Gâlezowski  dans  la  méningite  tuberculeuse  existe  dans  la  bronchite  aiguë,  et 
n'est  due  qu'à  une  simple  congestion  du  cerveau  se  produisant  dans  les  quintes 
de  toux. 

91.  fialesowskt.  —  Je  n'ai  pas  prétendu  que  la  photopsie  était  due  au  tuber- 
cule. Elle  est  observée  dans  une  foule  de  maladies  où  l'on  rencontre  des  lésions 

diverses  :  congestion  rétinienne,  névrite  optique,  lésions  de  la  choroïde. 

30 


466     CONGBte  HÊDIGàL  INTERNATIONAL.  —  PREMIÈRE  SÉANCE  DO  80IR. 

Je  crois  que  les  lésions  de  la  rétine  sont  rares  dans  les  maladies  du  cerveau, 
puisque  les  troubles  de  la  vue  sont  peu  fréquents  ;  du  reste,  les  lésions  des  cou- 
ches optiques  ne  produisent  même  pas  de  lésions  de  la  rétine. 

m.  Booehut.  —De  faibles  altérations  cérébrales  peuvent  produire  des  lésions 
rétiniennes  ou  papillaires  sans  amener  de  troubles  visuels.  Ainsi  je  soigne  un 
homme  diabétique,  à  la  suite  d'une  contusion  occipitale  ;  il  a  eu  récemment 
les  signes  d'une  hémorrhagie  céi*ébrale  bien  faible,  avec  perte  de  la  parole  et 
de  connaissance,  hémiplégie  faciale,  etc.  Tous  ces  symptômes  ont  disparu  rapi- 
dement, et  cependant,  dès  le  début,  j'ai  constaté  de  la  congestion  péripapillaire 
sans  amaurose. 


DV  TRArrfiMENIT  DE  liA  TlJBBlICITMKiB  PIJUIONAISfi 

PAR  K.  LE  DOCTEUR  GOURDIN  (DE  PARIS). 


Si  le  Congrès  s'est  déjà  occupé  de  la  tuberculose  au  point  de  vue  purement 
scientifique,  je  crois  qu'il  n'est  pas  déplacé  d'en  parler  un  instant  au  point  de 
vue  pratique.  Tous  les  jours  nous  sommes  aux  prises  avec  la  terrible  maladie 
qui,  pour  les  uns,  n'est  que  le  résultat  d'inflammations  et  le  produit  de  ces 
inflammations;  qui,  pour  les  autres,  est  une  alTection  virulente, semblable  seule- 
ment à  elle-même,  et  dont  le  produit  est  identique  dans  tous  les  organes  où  il 
se  développe.  Or,  devant  les  ravages  de  la  tuberculose,  nous  sommes  encore 
désarmés  ;  certains  symptômes  cèdent,  pour  plus  ou  moins  longtemps^  à  divers 
moyens  thérapeutiques,  mais  nous  ne  pouvons  pas  nous  flatter  de  pouvoir  assu- 
rément éteindre  le  mal  dans  sa  source,  même  lorsque  nous  avons  de  ces  cas 
heureux,  où  tout  rentre  dans  l'ordre  naturel,  après  avoir  présenté  pendant  un 
certain  temps  les  signes  non  équivoques  du  développement  de  la  tuberculisalioo. 
Pourquoi,  suivant  toujours  la  même  ornière,  ordonner  sans  cesse  des  médica- 
ments dont  nous  connaissons  d'avance  le  peu  de  valeur  curative?  Telle  est  la 
question  que  je  me  suis  posée,  et  c'est  pour  chercher  du  mieux,  s'il  est  possible, 
que  je  me  suis  permis  de  quitter  le  sentier  battu. 

Il  y  a  huit  ou  dix  ans,  nous  avons  eu  connaissance  en  France  des  travaux  de 
M.  le  docteur  Green,  de  New-York.  D'après  lui,  les  injections  de  nitrate  d'anroiit 
dans  les  bronches  s'attaquaient  avec  succès  au  symptôme  caverne  de  la  tubtT- 
culose  pulmonaire.  En  1863,  j'ai  entretenu  les  honorables  membres  du  Congre- 
médicd  de  Rouen  de  la  première  tentative  de  ce  genre  que  j'avais  faite  le 
8  septembre  précédent  sur  un  sujet  porteur  de  cavernes  :  Topération  avait  été 
répétée  le  17  du  même  mois,  et  je  n'avais  pu  donner  l'observation  que  jusqti'i 
ce  moment.  PermetteE-moi  aujourd'hui  de  compléter  Thistoire  de  ce  malaJc, 
d'y  ajouter  (et  tout  cela  très-succinctement)  les  quelques  autres  faits  que  je  p<>*- 
sède,  et  de  demander  à  nos  collègues  d'A.méiique  qui  peuvent  avoir  vu  les  cas 
de  M.  Green^  ce  qu'ils  en  pensent  comme  résultats  :  j'adresserai  la  même 


GOURDIN.  —  TBAmMENT  DE  LA  TUBEBCULOSE  PUUIÔNAIBE.  /i67 

demande  aux  honorables  confrères  qui  auraient  pu  apprécier  les  faits  du  même 

genre  chez  les  malades  de  M.  le  docteur  Bcnnct^  d'Edimbourg. 

Mon  premier  siyet,  injecté  les  8  et  17  septembre  1863,  le  fut  encore  les  10, 

13,  22  octobre;  3,  11,  19,  27  novembre;  5,  15,  21  décembre  delà  même 
aunée.  La  sécrétion  mucoso-purulente  qui  avait  lieu  par  les  bronches,  et  qui 
atteignait  la  valeur  d'un  litre  en  vingt-quatre  heures,  diminua,  et  arriva  au 
Tolume  que  représentent  60  à  80  grammes  d'eau.  Fin  décembre  1863,  le  malade 
parla  la  campagne  jusqu'au  25  mars  186&,  époque  à  laquelle  il  rentre  à  Paris, 
où  il  reprend  son  métier  de  lithographe.  Le  9  avril  suivant,  il  est  pris  d'un 
jKiiot  pneumonique,  la  sécrétion  bronchique  augmente  ;  il  va  à  l'hôpital,  et  meurt 
à  la  fin  du  mois. 

Le  deuxième  sujet,  madame  H...,  avait  une  caverne  au  sommet  droit  et  de 
letat  aigu  dans  les  deux  poumons;  elle  fut  injectée  les  17,  23  octobre  et  9  no- 
\embre  1863.  L'état  aigu  ne  cédant  pas  à  la  médication  antimoniée,  les  injec- 
tiuns  furent  suspendues,  et  la  malade  mourait  le  25  novembre. 

Le  troisième  sujet,  madame  D...,  portait  au  sommet  droit  une  Taste  caverne 
et  quelques  tubercules  crus  disséminés. 

Du  30  janvier  au  18  avril  186/i,  je  fis  dispardtre  l'état  inflammatoire  ;  puis  les 
injections  eurent  lieu  les  18  avril,  2U  mai,  U  juin,  2  juillet,  13  juillet  et  25  juil- 
let. In  laps  de  temps  assez  long  avait  été  laissé  entre  les  quatre  premières 
iiijectioos,  parce  qu'après  chacune  d'elles  nous  avions  toujours  eu  un  peu  d'état 
tébrile,  état  qui  cédait  auix  antimoniaux  et  qui,  disparu,  laissait  un  mieux  no- 
table en  tant  que  sécrétions  des  bronches.  Le  15  août,  la  malade  part  à  la  cam- 
I«i;:ne  jusqu'au  U  octobre  ;  le  mieux  augmente,  engraissement.  Le  8  novembre, 
file  part  pour  le  Midi  et  y  reste  jusqu'au  20  avril  1865.  A  ce  moment,  l'embon- 
(Ntint  est  revenu,  les  couleurs  sont  fraîches.  Un  peu  de  laryngite  survient,  et  le 
IJ  mai,  la  malade  part  pour  Enghien,  aûn  de  se  gargariser  à  l'eau  sulfureuse  ; 
inm  elle  ne  se  gargarise  pas  seulement,  elle  boit  l'eau  sulfureuse,  et,  trois 
>enialnes  après,  une  hémoptysie  terrible  survenait.  A  partii-  dô  cette  époquCj 
tout  alla  en  s'affaiblissant,  et  la  malade  succombait  à  la  un  de  décembre. 

Le  quatrième  sujet  était  un  ivrogne  de  profession  largement  bâti  et  porteur  de 
cavernes  au  sommet  droit,  avec  tubercules  disséminés  dans  le  poumon  du  même 
cùié  et  dans  le  sommet  gauche. 

Ce  malade  fut  injecté  les  5, 12, 19,  26  juin,  3,  10  juillet  186&;  et  le  soir  du 
10  juillet  il  était  pris  de  suffocation  et  expirait  dans  la  nuit. 

Je  me  suis  demandé,  messieurs,  si  je  n'avais  pas  là  quelque  chose  à  me  re- 
procher :  tout  bien  pesé,  je  ne  le  pense  pas.  Ce  malade  avait  supporté  très-bien 
les  injections  des  5,  12,  19,  26  juin  et  3  juillet,  et  ces  dates  rapprochées  vous 
montJ*eat  combien  la  réaction  était  peu  vive  ;  il  y  a  loin  de  là  à  notre  troisième 
^ujet,  chez  lequel  je  restais  parfois  un  mois  sans  pratiquer  d'injections.  Le 
10  juillet,  le  jour  fatal,  le  malade  était  venu  chez  moi  comme  de  coutume;  son 
injection  faite,  il  était  retourné  chez  lui,  où,  comme  de  coutume  aussi,  il  avait 
<!<'Jcuné  ;  mais  il  parait  que  son  après-midi  fut  passée  au  cabaret,  et  qu'il  rentra 
chez  lui  ivre  le  soir  avant  sa  crise  de  suffocation.  Je  pense  que  l'excitation 
alcoolique  a  dû  entrer  pour  beaucoup  dans  la  congestion  pulmonaire,  qui,  je  sup- 
{H)>e,  aura  enlevé  ce  malade. 

En  résumé  :  1**  Je  n'ai  trouvé  aucune  difficulté  bien  réelle  dans  la  pratique 
<li.'  l'injection  des  bronches  avec  la  solution  de  nitrate  à  2  pour  100. 

2^  L'opération  a  toujours  été  bien  supportée. 


A68     GONGBËS  MÉDICAL  INTERNATIONAL.  —  PREIOÈftE  SÉANCE  DU  SOIE. 

3**  Mais,  comme  résultats  curatifs,  je  n'en  ai  retiré  aucun.  Seule  la  sécrétion 
bronchique  a  été  diminuée. 

Les  injections  de  nitrate  d'argent  ne  menant  pas  à  bien,  j'ai  cherché,  d'un 
autre  côté,  du  côté  des  carbures. 

J'ai  donné  l'huile  de  pétrole  rectifiée  à  la  dose  de  i  à  2  gnunmes  par  jour 
en  pilules.  C'est  une  préparation  pharmaceutique  difficile,  mais  que  l'on  peut 
remplacer  ai^ourd'hui  par  les  perles  d'huile  de  pétrole  semblables  aux  perles 
d'éther  comme  grosseur.  Ce  médicament  entre  mes  mains  n'a  donné  qu'un 
résultat  marqué  sur  la  sécrétion  bronchique.  J'ai  tu  des  catan*heux  s'en  trouver 
très-bien  ;  mais  quant  à  son  action  sur  l'élément  tuberculeux,  je  n'ai  pu  la  con- 
stater et  je  la  crois  nulle. 

L'huile  de  pétrole  n'attaquant  pas  la  tuberculose,  j'ai  essayé  depuis  deux  an> 
le  composé  qui  a  nom  acide  phénique,  sous  forme  de  ce  qu'on  appelle  le  phénate 
de  soude.  Je  dis  le  composé  qui  a  nom  acide  phénique,  parce  que  tous  les  chi- 
mistes ne  le  reconnaissent  pas  comme  acide  ;  un  bon  nombre  le  classent  dans  le> 
alcools,  et  c'est  surtout  à  ce  titre  que  j'avais  jeté  les  yeux  sur  lui.  Le  phénale 
de  soude  ne  serait  que  de  l'acide  phénique  débarrassé  par  la  soude  d'un  peu 
d'acide  sulfurique  qui  lui  serait  mélangé. 

Je  suis  arrivé,  après  des  tâtonnements,  à  donner  aux  tuberculeux  pulmonaires 
porteurs  de  cavernes  et  sans  état  aigu,  la  dose  de  i  gramme  de  phénate  de  soude 
par  jour,  pris  1/2  gramme  par  verre  d'eau,  matin  et  soir.  Un  seul  de  mes  ma- 
lades est  arrivé  à  en  prendre  2  grammes  1/2  par  jom*.  Aiyourd'hui  j'ai  adopté  k 
formule  suivante  : 

^  Phénate  de  soude d  gram. 

Eau  distillée  de  menthe 150 

Aqua 800 

H.  a. 

On  obtient  aii)si  un  liquide  qui  laisse  à  la  bouche  un  goût  se  rapprochant  da 
whisky  écossais,  c'est-à-dire  un  léger  goût  de  fumée  avec  la  fraîcheur  causée 
par  l'eau  de  menthe. 

Immédiatement  après  l'ingestion  d'un  demi-verre  de  ce  liquide,  il  y  a  une 
lourdeur  de  tête  non  douloureuse,  une  espèce  d'ivresse  qui  dure  de  dix  à  vingt 
minutes. 

Les  malades  soumis  à  ce  ti'aitement,  aidé  de  bonne  nourriture,  m'ont  jusqu'à 
présent  offert  un  mieux  notable  :  diminution  de  sécrétion,  décoloration  de  cette 
sécrétion,  qui  de  verdàtre  revient  vers  le  jaune  ;  désinfection  des  crachats. 
Quant  à  l'action  sur  l'élément  tubercule,  je  n'ai  pu  encore  la  noter. 

Tels  sont,  messieurs,  les  quelques  moyens  dont  je  voulais  vous  entretenir, 
désireux  de  voir  ces  recherches  contrôlées  par  celles  que  vous  pouvez  avoir 
faites. 


MABGHAL  (DE  CALYl).    —  TRAITEMENT  DE  LA  PHTHISIE  PULMONAIRE.     b6d 


NOTB  SOmiAIRB 

SUR  UBS  SIÉDICATIOIVS  OFFKIVSIVC» 

MAWS  liE  TRAITEMEIVT  DS  MJk  PHTHUIE  PIJI4IIOIVAIBE 

PAR  M.    LE  DOCTEUR  MARGHAL  (DE  GALVI). 


Dans  le  traitement  de  la  phthisie  pulmonaire,  on  a  plus  à  craindre  de  cer- 
taines médications  qu'à  espérer  de  toutes  les  autres  (y  compris^  d'après  ce  que 
je  Tiens  d'entendre^  les  injections  avec  le  nitrate  d'argent). 

Trois  médicaments,  en  particulier,  le  fer,  le  soufre,  Tiode,  sont  funestes  aux 
phtbisiques,  sans  préjudice  du  quinquina,  souvent. 

Quant  au  fer,  les  auteurs  sont  unanimes  pour  le  répudier,  et  néanmoins,  dans 
la  pratique,  on  ne  voit  encore  que  trop  de  cas  où  il  est  prescrit,  en  raison  de 
l'anémie  concomitante.  La  toux,  la  ûèvre,  augmentent,  les  hémoptysies  redou- 
blent, et  le  reconstituant,  ici  destructeur,  n'est  point  discontinué,  parce  qu'il 
n'est  point  suspecté.  Un  autre  médecin  est  consulté,  et  n'a  qu'à  supprimer  le  fer 
pour  obtenir  presque  sûrement  une  sédation,  à  laquelle  concourent  quelques 
adoucissants.  Il  existe,  en  Corse,  une  eau  ferrugineuse  admiraJble,  bien  connue 
aujourd'hui  sur  le  continent,  à  Paris  surtout  :  c'est  l'eau  d'Orezza.  Or,  de  temps 
immémorial,  une  opinion  proverbiale  dans  le  pays  veut  que  tout  phthisique  qui 
va  à  Orezza  soit  perdu;  par  contre,  que  quiconque  en  revient  sain  et  sauf,  doive 
être  considéré  comme  n'ayant  pas  le  moindre  germe  de  phthisie. 
Le  soufre  est  au  moins  aussi  nuisible  que  le  fer. 

C'est  pourtant  une  règle,  et  il  va  comme  de  soi,  quand  un  individu  tousse  opi- 
niâtrement, qu'on  lui  prescrive  une  eau  sulfureuse,  quelle  que  soit  l'affection  qui 
motive  la  toux,  catarrhe  ou  tubercule.  Or,  autant  la  médication  sulfureuse  est 
favorable  dans  le  catarrhe,  autant  elle  est  généralement  désastreuse  dans  la 
toberculisation  pulmonaire. 

On  cite,  à  la  vérité,  des  cures  miraculeuses  de  phtbisiques  par  les  eaux  sulfu- 
reuses, et  il  sera  bruit,  pendant  longtemps  encore,  de  la  guérison  ancienne 
d'un  financier  célèbre  de  nos  jours,  par  les  eaux  de  Bonnes. 

Je  ne  prétends  pas  que  la  médication  sulfureuse  ne  puisse  être  employée  effi- 
racement  dans  quelques  cas  exceptionnels  de  tuberculisation  pulmonaire  étroite- 
ment circonscrite;  j'accorde  également  que  cette  médication  puisse  avoir  une 
iangereuse  utilité  contre  l'élément  catarrhal  joint  à  la  phymie,  quoiqu'il  soit 
bien  difficile  de  calculer  assez  exactement  l'action  thérapeutique  pour  être  assuré 
qu'elle  ne  dépassera  pas  la  muqueuse  bronchique.  Mais  j'ose  affirmer  que,  d'une 
manière  générale,  la  médication  sulfureuse,  même  atténuée,  précipite  la  marche 
le  la  maladie,  et  que,  pour  un  cas  où  elle  est  salutaire,  il  y  en  a  cent,  sinon 
f>lus,  où  elle  est  pernicieuse. 

Ce  n'est  pas  pour  rien,  apparemment,  qu'un  hydrologue  renommé,  qui  a 
longtemps  exercé  une  sorte  d'autocratie  médicale  dans  une  station  pyrénéenne 
très-fréquentée^  réduisait  souvent  la  dose  de  l'eau  sulfureuse  à  une  simple  cuil* 


&70     CONGRÈS  MÉDICAL  nrr£RNATIONAL.~PtlE|llÈRE  SÉANCE  DU  SOIB. 

lerée  dans  une  tasse  de  lait.  Soit  dit  en  passant,  on  se  demande  comment  de 
pauvres  malades,  et  parfois  des  malades  pauvres,  sont  condamnés  à  un  voyage 
fatigant  et  dispendieux  pour  une  pareille  médication. 

Il  y  a  longues  années  que,  pour  la  première  fois,  je  fus  frappé  des  effets  nui- 
sibles de  la  cure  sulfureuse  dans  la  phthisie  pulmonaire. 

Un  homme  d'une  soixantaine  d'années,  habitant  Montfermeil,  oîi  je  fu?  le 
voir  en  consultation,  toussait  depuis  quelque  temps,  maigrissait,  et  refusait  de 
prendre  l'avis  de  son  médecin.  Il  céda  enfin  aux  instances  de  sa  femme,  et  fut 
mis  à  l'usage  de  l'eau  d'Enghien.  Trois  joui-s  après,  en  jardinant,  penché  sur 
une  plante  qu'il  émondait,  il  l'arrosa  tout  à  coup  d'un  Ilot  de  sang.  C'était  une 
hémoptysie,  qui  fut  suivie  de  plusieurs  autres  à  bref  délai.  La  maladie  martlid 
rapidement,  et  eut  la  fin  qu'il  n'était  que  trop  facile  de  prévoir. 

J'ai  vu,  pour  ma  seule  part,  plus  de  vingt  cas  du  môme  genre,  qu*il  me  serait 
impossible  de  rapporter,  même  succinctement,  dans  le  court  espace  de  tenip^ 
qui  nous  est  accordé. 

L'un  des  derniers,  que  je  ne  saurais  omettre,  s'est  présenté  dans  la  familk 
d'un  de  mes  amis,  un  de  nos  plus  savants  et  plus  habiles  confrères.  Sa  fille  étjil 
phthiiique;  mais  la  maladie  marchait  lentement,  contenue  parles  soins  les  plu> 
vigilants  et  les  plus  tendres,  et  Ton  pouvait  espérer  la  prolongation  de  la  >ie 
peut-être  encore  pendant  quelques  années.  Malheureusement,  l'hydn^ln^in' 
renommé  dont  je  parlais  tout  à  l'heure  vint  visiter  notre  confrère,  et  le  prc>^a 
si  vivement,  que  la  jeune  malade  fut  envoyée  à  Bonnes.  A  peine  eut-elle  pri' 
quelques  cuillerées  d'eau  sulfureuse  dans  du  lait,  que  des  hémoptysics  sunin- 
rent,  et  que  la  fièvre  s'alluma.  On  se  hâta  de  la  faire  partir;  elle  était  mefcn- 
naissable,  et  s'épuisa  rapidement  sous  les  yeux  d'un  père  inconsolable  encre 
aujourd'hui  d'avoir  prêté  les  mains  à  un  traitement  si  évidemment  ftmeste. 

Mais  c'est  surtout  de  l'iode  que  je  veux  parler. 

C'est  le  pire,  je  veux  dire  le  plus  dangereux  des  moyens  dans  la  phymic  ti' 
général,  dans  la  pneumophymie  en  particulier.  Je  parle  de  l'iode  ingéré,  ce  q  li 
ne  veut  pas  dire  que  j'aie  grande  confiance  dans  les  inhalations  iodiques. 

J'ai  Introduit  dax^s  la  thérapeutique  l'usage  de  l'huile  iodée,  qui  est  devonu^ 
une  spécialité  pharmaceutique  entre  les  mains  d'un  autre.  J'administrais  rbul 
iodée  dans  du  lait  d'amandes  :  c'est  ce  que  j'appelais  l'émulsion  iodée,  àvt\ 
j'obtenais  d'excellents  efl*ets  dans  le  traitement  des  manifestations  scrofulenn-. 
Sans  parler  autrement  des  feits  qui  me  sont  propres,  je  demande  la  pormi5>i  n 
d'en  citer  un  du  service  de  M.  Champouillon,  alors  mon  collègue  au  Yal-dc- 
Grâce.  Un  malade  de  son  service,  à  la  suite  d'une  flè\Te  typhoïde,  avait  un  en- 
gorgement des  ganglions  mésentériques,  qui  formaient  une  tumeur  dure,  ^oî;l- 
mineuse,  dont  la  main  suivait  facUement  le  contour.  Plus  rien  ne  passait  i 
travers  ces  ganglions  obstrués,  et  le  sujet  avait  beau  prendre  des  aliment?,  il 
s'afi'aiblissait  de  jour  en  jour.  Je  parlai  de  l'émulsion  iodée  à  mon  collègue:  il 
la  prescrivit  à  son  malade,  dont  la  tumeur  se  dissipa  graduellement,  et  qui 
échappa  ainsi  à  l'inanition. 

Encouragé  par  ces  résultats,  je  fus  conduit  à  essayer  le  môme  médicaniint 
contre  les  manifestations  de  la  diathèse  tuberculeuse. 

Un  premier  échec  ne  suffit  pas  à  me  détourner, -parce  que  le  cas,  t^e^- 
avancé,  avait  été  jugé  et  était  véritablement  au-dessus  de  toutes  les  rcssourccN 

Je  ne  fus  que  trop  éclairé  par  un  second  fait. 

Je  donnais  des  soins  à  une  femme  de  quarante  ans,  qui  crachait  le  sang  j^r 


MARCHAI  (DE  CALTl).  —  THAITEMBIVT  DE  LA  PBTHISIE  PtJUHONAIBB.     &71 

intervalles  et  toussait  depuis  plus  de  quinze  ans.  Le  souffle  respiratoire  était  dur^ 
râpeux,  ayec  prolongation  de  l'expiration.  De  temps  à  autre^  un  peu  de  fièvre. 
Mais  la  malade  vaquait  à  ses  occupations,  sortait,  et  rien  ne  menaçait  prochaine* 
ment.  Du  reste,  chez  les  phthisiques,  la  vie  se  maintient  par  l'action  extérieure  ; 
quand  ils  prennent  le  lit,  ils  commencent  à  mourir.  Bientôt,  chez  la  personne 
dont  il  s'agit,  des  ganglions  s'engorgèrent  d'un  côté  du  cou,  assez  durs,  de  mé- 
diocre volume,  pourtant  visibles  à  distance,  par  conséquent  très-impatiemment 
supportés.  11  fallut  songer  à  les  résoudre.  Je  les  attaquai  par  l'émulsion  iodée. 
Dans  l'espace  de  quinze  jours,  ils  s'abcédèrent,  et  il  en  sortit  du  pus  mal  lié, 
grumeleux,  évidemment  mêlé  de  matière  tuberculeuse.  Ce  n'était  rien  encore. 
Simultanément,  la  toux  augmenta,  les  hémoptysies  se  succédèrent,  et  la  fièvre 
hectique  s'alluma  pour  ne  s'éteindre  qu'à  la  mort,  qui  Ait  prompte.  Cest  de 
cette  malade  que  je  parle  dans  mes  Lettres  et  propositions  sur  le  choléra,  comme 
ayant  été  prise,  sous  mes  yeux,  en  18/i9,  d'une  violente  attaque  cholérique,  peu 
de  jours  avant  sa  mort  par  phthisie,  attaque  enrayée  immédiatement  au  moyen 
de  l'eau  de  laurier-cerise,  du  laudanum  et  du  sirop  d'éther,  que  j'avais  sous  la 
main.  Au  demeurant,  et  pour  en  revenir  à  l'iode,  j'avais,  à  ma  grande  con- 
«lemation,  précipité  de  la  manière  la  plus  évidente  l'évolution  de  la  tuberculi- 
sation. 

A  partir  de  ce  cas  malheureux,  je  cessai,  on  le  comprend,  de  donner  l'iode 
sciemment  dans  la  phthisie  pulmonaire,  le  dis  sciemment,  parce  qu'il  m'était 
réservé  de  l'administrer  pour  une  tout  autre  affection  que  la  phthisie,  mais, 
malheureusement,  chez  un  tuberculeux  en  puissance,  que  je  ne  savais  pas 
être  tel. 

Tous  les  jours  on  prescrit  l'iodure  de  mercure  dans  la  syphilis,  à  première 
Tue,  sans  se  douter  que  Ton  peut  favoriser  l'évolution  d'une  phthisie  pulmonaire, 
dont  on  ne  soupçonne  pas  l'existence. 

Voici  donc  ce  qui  m'arriva  :  Un  jeune  homme  au  teint  mat,  lymphatique, 
mais  d'une  bonne  complexion  moyenne,  et  surtout  n'accusant  aucun  symptôme 
qui  pût  appeler  l'attention  sur  l'état  des  poumons,  me  consulta  pour  un  chancre 
induré.  Je  lui  prescrivis  deux  pilules,  chacune  d'un  demi-grain  de  proto-iodure 
de  mercure  par  jour.  Une  semaine  s'était  passée  quand  il  vint,  tout  eflhiyé,  me 
dire  que  le  matin  même,  à  son  réveil,  à  la  suite  d'une  petite  quinte  de  toux,  il 
avait  craché  le  sang  assez  abondamment.  Je  le  rassurai,  comme  de  raison,  et 
j'attendis  quelques  jours,  puis  je  lui  donnai  le  bichlorure.  Le  murmure  vésicu- 
laire  était  obscur  aux  deux  sommets,  avec  submatité  correspondante.  C'était  bn 
automne.  Je  fis  partir  mon  malade  pour  l'Algérie,  où  il  séjourna  jusqu'au  prin- 
temps, et,  l'hiver  suivant,  je  l'envoyai  à  Ajaccio,  en  Corse.  Il  jouit  aujourd'hui 
d'une  bonne  santé  apparente,  ce  que  mon  savant  ami,  M.  Pleury,  appelle  si 
justement  la  santé  fonctionnelle.  Sans  doute  la  diathèse  persiste,  mais  latente, 
muette,  en  puissance,  comme  avant  l'administration  de  l'iodure,  et  il  est  à 
espérer  qu'elle  se  maintiendra  telle  indéfiniment,  quitte  peut-être  à  se  montrer 
en  acte  dans  la  descendance. 

Je  passe  à  un  fait  plus  frappant  encore. 

J'étais  en  consultation,  rue  Yivienne,  auprès  d'une  phthisique,  avec  un  con- 
frère distingué,  le  docteur  Léger,  qui  continue  l'œuvre  artistique  et  scientifique 
de  Thibert.  On  nous  montra,  suivant  l'usage,  les  nombreuses  ordonnances  faites 
à  la  malade  depuis  plusieurs  années,  une  entre  autres  où  était  formulée  une 
potion  à  l'iodure  de  potassium.  Cette  potion  avait  été  prise  et  reprise,  toujours 


1x12     CONGRÈS  MÉDICAL  INTERNATIONAL.  *-  PREMIÈRE  SÉANCE  DU  SOUL 

avec  aggravation  des  syniptôiiies.  Dans  la  délibération  qui  suivit,  j'appelai  l'at- 
tention de  mon  confrère  sur  ce  dernier  point,  et  je  lui  fis  part  de  mon  opiniuii 
sur  rextrème  nocuité  de  Tiode  dans  laphthisie.  11  se  rappela  aussitôt  un  fait  à 
l'appui  de  cette  opinion,  très-démonstratif,  et  dont  il  a  bien  voulu  eu>iiitc 
m' adresser  la  relation. 

Avant  de  consigner  cette  observation,  il  ne  sera  peut-être  pas  sans  intérêt  do 
dire  quelques  mots  du  cas  que  nous  avions  sous  les  yeux,  M.  Léger  et  moi,  lequel 
cas  avait  paru  obscur  et  l'était  en  eiïet.  Avec  toutes  les  apparences  de  la  luu- 
somption  phymique,  il  n'existait  aucun  des  signes  stéthoscopiqucs  qui  dénoncent 
si  ouvertement  la  tuberculisation  pulmonaire  à  une  époque  avancée.  Quelques 
râles  insignifiants,  et  voilà  tout.  L'expectoration  était  abondante,  à  la  vérité  plu* 
tôt  muqueuse  que  purulente,  et  il  n'y  avait  pas  apparence  d'excavations.  U 
région  sternale  était  mate  dans  une  assez  grande  étendue  transversale,  et,  en 
hauteur,  jusque  vers  le  milieu  du  sternum,  je  fus  amené  à  supposer  que  nous 
étions  en  présence  d'une  tuberculisation  ganglio-broncbiquc,  affection  rare  chei 
l'adulte,  mais  non  pas  pourtant  propre  exclusivement  à  l'enfance,  comme  je  l'ai 
prouvé  dans  une  note  sur  ce  sujet.  Toutefois,  l'autopsie  n'ayant  pas  été  faite,  oo 
ne  peut  rien  affirmer. 

Cela  dit,  voici  textuellement  J' observation  très-importante  de  M.  Léger  : 

a  Le  nommé  T...,  demeurant  rue  de  Paradis,  âgé  de  vingt-sept  ans,  grand, 
pâle,  la  poitrine  plate,  ayant  fait  sans  accident  la  dernière  campagne  d'Italie, 
disant  n'avoir  jamais  été  malade  et  ne  toussant  pas,  porte,  au  pli  du  bras  droit, 
une  plaque  de  syphilide  papuleuse  très-étendue,  par  suite  d'un  chancre  coq- 
tracté  il  y  a  deux  ans. 

»  Sa  feomie  ayant,  de  son  côté,  un  chancre  sur  le  clitoris,  j'examine  le  mari 
à  nouveau,  et  je  trouve,  sur  la  ligne  blanche,  au-dessus  du  pubis,  une  ulcération 
profonde,  mal  caractérisée,  et  qui,  de  prime  abord,  me  parut  une  pustule  d'ec- 
thyma  plutôt  qu'un  chancre  nouveau. 

»  Comme  il  est  très-dangereux,  dans  la  pratique  privée,  de  préciser  certains 
faits  à  cause  de  l'éveil  que  les  investigations  du  médecin  peuvent  donner  aux 
intéressés,  je  m'occupai  de  traiter  les  deux  malades  sans  chercher  davantage 
lequel  avait  infecté  l'autre. 

»  Je  ne  dirai  rien  de  la  femme.  Quant  à  l'homme,  je  lui  donnai  le  pMo- 
iodure  de  mercure,  à  la  dose  de  0,0&  par  jour.  Au  bout  de  dix  jours,  il  vint  me 
voir,  très-alarmé,  parce  qu'il  avait  craché  le  sang  toute  la  nuit,  et  qu'un  point 
douloureux  du  côté  gauche  de  la  poitrine  l'empêchait  de  respirer. 

»  J'examinai  aussitôt,  et  je  constatai  des  craquements  humides  dans  toute  la 
fosse  sous-épineuse  gauche  et  sous  la  clavicule  du  même  côté.  Au  niveau  de  la 
tiH)isième  côte,  existait  un  point  mat  à  la  percussion  correspondant  à  une  légère 
crépitation,  avec  des  râles  humides  à  grosses  bulles  dans  le  lointain. 

»  Je  supprimai  le  protoiodiu'e,  et  j'administrai  le  sirop  de  perchlorure  de  fer 
opiacé.  Huit  jours  après,  les  accidents  étaient  calmés. 

»  Mais,  des  ulcérations  s' étant  produites  dans  l'arrière-gorge,  je  prescrivis  1^ 
liqueur  de  van  Sv^ieten,  à  la  dose  de  15  gi*ammes  dans  une  tasse  de  lait,  matin 
et  soir. 

)>  Quinze  jours  de  ce  traitement  n'ayant  amené  aucune  amélioration,  et  le 
malade  ayant  observé  que  le  protoiodure  agissait  mieux,  je  le  lui  redonnai  à  la 
môme  dose  que  précédemment,  0,Oft  par  jour. 


IIARCHAL  (DE  CALYl).    —  TBAITEUEMT  DE  LA   PHTHISIE  PULMONAIRE.      &7S 

9  Au  cinquième  jour^  il  fuL  repris  d'hémoptysie. 

»  Je  dus  donc  cesser  à  nouveau  Tusage  du  protoiodure.  Mais  dès  lors  les 
accidents  de  la  tuberculisation  pulmonaire  marchèrent  rapidement^  et  aujour- 
d'hui tout  le  poumon  gauche  est  en  pleine  fonte  pm'ulente^  en  même  temps 
que  déjà  des  craquements  humides  distincts  se  font  entendre  dans  le  droit. 

»  Je  suis  convaincu  que  le  protoiodure  hydrargyrique  a  agi  sur  mon  client 
d'une  manière  fâcheuse^  en  tant  qu'iodure,  en  activant  la  tuberculisation,  qui 
fjouvait  rester  longtemps  encore  stationnaire,  et  ce  qui  le  prouve  surtout,  c'est 
la  parfaite  innocuité  du  bichlorure  dans  l'intervalle  des  deux  hémoptysies. 

»  Je  ne  puis  donner  que  ce  fait  unique  conti*e  l'administration  de  l'iodure  mer- 
curiel,  quand  le  sujet  est  tuberculeux  ou  disposé  à  le  devenir^  parce  que  c'est  le 
a'ul  que  j'aie  recueilli;  mais  j'ai  eu  plus  d'une  occasion  de  regretter  de  l'avoir 
prescrit  dans  ces  circonstances.  » 

Ce  fait  n'a  pas  besoin  de  commentaires,  et  la  conséquence  qui  en  découle, 
»Toir,  la  nécessité  de  songer  à  la  possibilité  de  la  phymie  avant  de  prescrire  les 
iodures,  entre  autres  aux  syphilitiques,  se  formule  d'elle-même. 

Maintenant,  est-il  possible  de  pénétrer  le  mécanisme  de  l'action  nuisible  de 
l'iode  dans  la  tuberculose?  Un  fait  répondra  à  cette  question.  Un  scrofuleux 
syphilitique  entra  dans  mon  service  au  Val-de-Grâce,  avec  un  ulcère  inguinal, 
du  centre  duquel  émergeait  un  ganglion  du  volume  d'une  noix,  fortement  pédi- 
cule, à  surface  grisâtre  et  atone.  Le  cas  était  des  plus  favorables  pour  étudier 
l'action  de  l'iode.  L'ulcère  fut  recouvert  d'un  verre  concave,  afin  de  ne  compli- 
quer l'action  du  médicament  général  d'aucune  action  locale,  et  je  prescrivis 
l'émulsion  iodée  (0,05  d'iode).  Au  bout  de  quelques  jours,  la  surface  du  ganglion 
montra  des  points  rouges  isolés,  puis  ces  points  se  multiplièrent  et  se  rapprochè- 
rent, puis  tout  le  ganglion  devint  rouge  comme  une  cerise  mûre,  et  en  même 
temps  il  se  réduisit  graduellement  par  résorption,  jusqu'à  ce  qu'il  eût  disparu 
en  entier. 

L'iode  agirait  donc  en  développant  le  réseau  des  vaisseaux  capillaires  sanguins. 
Si  le  produit  morbide  est  susceptible  de  rentrer  dans  la  circulation,  il  est  résorbé  ; 
s'il  est  réfractaire  pour  cause  d'hétéromorphie  ou  autrement,  il  subit  hâtivement 
une  évolution  éliminatrice.  Ce  dernier  cas  serait  celui  du  tubercule. 

En  résumé,  U  importe  de  prémunir  avec  insistance  les  praticiens  contre 
l'usage  du  fer,  du  soufre  et  de  l'iode,  même  du  quinquina,  dans  la  phthisie  ; 
car  ce  n'est  pas  assez  de  dire  que  le  premier  devoir  du  médecin  est  de  ne  pas 
nuire,  son  premier  devoir  est  de  ne  jamais  s'exposer  à  nuire. 

Certes,  on  ne  négligera  pas  les  quelques  ressources  fournies  pai*  la  thérapeu- 
tique, particulièrement  l'huile  de  foie  de  morue,  qui  contient  de  l'iode  cepen- 
dant, mais  dans  une  proportion  infinitésimale  et  dans  un  état  de  mélange  intime 
avec  des  substances  organiques  que  nous  ne  pouvons  imiter  qu'imparfaitement, 
ie  ne  me  le  suis  point  dissimulé  en  faisant  préparer  l'huile  iodée,  si  efficace 
àam  la  scrofule. 

Mais  c'est  surtout  à  l'hygiène,  au  changement  de  milieu,  qu'il  faut  se  confier, 
sans  préjudice  d'une  bonne  et  généreuse  réparation  alimentaire,  condition  indis- 
pensable dans  le  traitement  de  la  phthisie. 

Quelle  étude  ce  serait  que  celle  des  migrations  reconstituantes  des  lignées  mor- 
bides, et  quel  service  à  rendre  à  l'humanité  !  C'est  toute  une  grande  médecine 
qu'on  ne  fait  qu'entrevoir,  la  médecine  de  l'espèce,  quand  jusqu'à  présent  on 


474     CONGRÈS  MÉDICAL  INTERNATIONAL.  —  PREMIÈRE  SÉANCE  DU  SOIR. 

s'est  renfermé  étroitement  dans  la  médecine  de  Tindividu.  S'il  existait  des  con- 
trées où  le  cancer  et  la  scrofule,  par  exemple',  fussent  inconnus  ou  seulement 
très-rares,  n'est-ce  point  là  qu'il  faudrait  pouToir  transporter  les  variétés  can- 
céreuse et  scrofuleuse  de  l'espèce  ?  Car  l'espèce  se  compose  en  grande  partie  de 
variétés  morbides,  et  l'on  pourrait  presque  se  demander  s'il  existe  bien  positive- 
ment une  variété  saine  au  milieu  de  ces  populations  dolentes  et  tarées.  Mai>, 
pour  qu'un  pareil  objet,  la  transfonuation  de  la  race,  notamment  par  le  change- 
ment de  milieu,  aujourd'hui  presque  chimérique,  prenne  apparence  de  réalité, 
il  faut  s'appliquer  sans  relâche  à  la  constitution  de  la  géographie  des  maladies  : 
vaste  information  inaugurée  en  France  par  un  homme  dont  le  nom  rappelle  une 
des  criantes  injustices  de  notre  temps,  Fillustre  docteur  Boudin.  Ce  sera  par 
excellence  la  tâche  des  congrès  médicaux.  Saluons  donc  avec  enthousiasme  et 
avec  reconnaissance  l'ère  naissante  de  la  grande  fraternité  médicale  et  de  la 
médecine  universelle. 


WL  Amclas-Tareniie.  —  Je  ne  me  serais  pas  permis  de  prendre  à  Timproviste 
la  parole  sur  ce  sujet,  si  je  ne  voulais  saisir  l'occasfon  de  vous  faire  part  d'une  mé- 
thode de  traitement  de  la  phthisie  pulmonaire  que  le  hasard  m'a  fait  découvrir. 
Toutes  les  maladies  ont  leur  antidote,  et  peut-être  suis-je  sur  la  voie  d'en 
trouver  un. 

Il  y  a  plusieurs  années,  je  soignais  un  homme  atteint  d'une  phthisie  pulmonaire 
avancée,  et  je  lui  prescrivais  de  l'huile  de  foie  de  morue  à  haute  dose  (3  verres 
par  jour);  il  me  dit  qu'en  mangeant  le  soir  une  gousse  d'ail,  il  faisait  cesser  ses 
quintes  de  toux  pendant  la  nuit  :  je  lui  prescrivis  alors  trois  gousses  d'ail  par  j(»ur 
(une  le  matin,  à  midi  et  le  soh*),  et  dès  lors  les  quintes  de  toux  disparurent  tout 
à  fait. 

Depuis,  j'ai  tenté  cet  essai  sur  plusieurs  autres  malades,  et  toujours  l'ail  a  fait 
disparaître  les  quintes  de  toux.  C'est  donc  un  bon  médicament  propre  à  com- 
battre ce  symptôme  et  qui  peut-ctre  même  a  de  l'action  contre  la  maladie. 

En  faisant  prendre  du  cachou  aux  malades,  l'élimination  de  l'odeur  ne  se 
fait  plus  par  la  bouche,  mais  seulement  par  la  région  axillaire,  où  je  conseille 
de  pratiquer  des  ablutions  d'eau  de  Cologne. 

M.  liinwi  (Paris)  conteste  à  H.  Auzias-Torenne  la  priorité  de  cette  décou? erte^ 
qu'il  fait  remonter  d'abord  à  Cœlius  Aurelianus,  puis  à  Mead  et  à  Rosen;  et  il 
assimile  l'action  de  l'ail  sur  l'élément  catarrhal  de  la  phthisie  à  celle  des  bal- 
samiques (4). 

M.  le  professeur  O'i^eary  (d'Irlande)  a  expérhnenté  pendant  huit  ans  les  inha- 
lations d'iode  suivant  la  méthode  du  professeur  Pion7,  et  il  dit  s'en  être  bien 
trouvé. 

Depuis,  il  a  essayé  avec  succès  l'essence  de  santal,  8  à  10  gouttes  par  jour. 

M.  le  profes*seur  HarcoTliz  (de  Buchai*est)  se  rallie  à  l'opinion  de  M.  Mar- 
chai (de  Calvi),  et  dit  que  l'iode  donné  dans  la  phthisie  peut  avoir  des  consé- 
quences funestes. 

Il  cite  le  fait  d'un  malade  chez  lequel  l'eau  de  Bade  (Autriche),  légèrement 

(1)  C'est  dans  la  séance  de  jour  du  landi  19  août  que  M.  Unas  a  pris  la  parole  ;  loah  ifln 
de  ne  pas  diviser  le  sujet,  nous  avons  rapproché  son  observation  de  celle  qui  l'a  mottr^ 


DISCUSSION.  —  TRAITEMENT  DE  LA  PHTBISIB  PULMONAIRE.  &75 

i(îdec,  provoquait  des  hémoptysie».  Les  inhalations  d'iode  comme  topique  sont 
très-efflcaces,  mais  Fiode  pris  à  l'intérieur,  ce  médicament  altérant  par  excel- 
lence, est  nuisible;  et  quand  ce  sont  des  syphilitiques  qui  sont  menacés  de  tuber- 
culisation,  il  ne  faut  jamais  prescrire  les  médications  iodées,  telles  que  le  proto- 
iodure  de  mercure. 

Il  ne  partage  pas  l'opinion  de  M.  Marchai  (de  Calvi)  sur  le  danger  des  prépara- 
tions sulfureuses.  Les  Eaux-Bonnes,  entre  autres,  ont  leur  efficacité  ;  mais  leur 
indication  doit  ôtre  posée,  et  il  faut  bien  se  garder  d'envoyer  à  cette  station  les 
malades  qui  ont  une  grande  susceptibilité  cardiaque,  autrement  il  sunicnt  des 
hémorrhagies  terribles. 

M.  LomlMurd  (de  Genève).  —  La  première  règle  du  médecin,  celle  que  l'on 
m'a  apprise  dans  cette  enceinte,  est  la  suivante  :  Primùm  non  Jiocere,  Dans  le 
cours  de  ma  longue  pratique,  j'ai  vu  bien  des  phthisiques,  j'ai  tenté  bien  des 
médications,  et  j'en  suis  arrivé  à  croire  que  la  guérison  de  la  phthisie  réside 
surtout  dans  une  hygiène  appropriée.  Les  riches  meurent  moins  que  les  pauvres, 
ils  vivent  plus  longtemps;  aussi  conseillerai -je  à  mes  jeunes  confrères  de  s'abs- 
tenir de  tout  traitement  actif,  de  toute  médication  offensive. 

Il  y  a  des  lieux  où  il  n'y  a  pas  de  phthisie,  ce  sont  des  localités  élevées,  le 
mont  Saint-Bernard,  ceriaines  vallées  de  la  Suisse,  les  plateaux  du  Mexique,  et 
M.  Jourdanet  explique  cette  influence  parla  diète  respiratoire.  Je  laisse  de  côté 
cette  assertion  qui  a  été  discutée,  mais  je  me  résume  en  affirmant  de  nouveau 
le  traitement  hygiénique  de  la  phthisie,  et  suriout  l'hygiène  respiratoire. 

H.  Malla  (de  Prague)  s'élève  contre  l'administration  de  médicaments  qui 
trop  souvent  favorisent  le  développement  de  la  phthisie  :  tels  sont  ceux  qui  fati- 
guent les  voies  digcstives,  diminuent  l'appétit  et  produisent  l'anémie. 

M.  le  docteur  ¥aii  liohe  propose  au  Congrès  de  mettre  en  discussion  les 
questions  d'institution  et  d'enseignement  de  la  médecine,  sans  quoi,  dit-il,  le 
Congi'ès  ne  mérite  pas  son  titre  d'international.  Notre  profession  est  entourée 
d'entraves,  c'est  à  nous,  médecins  étrangers,  qu'il  appartient  de  les  signaler;  en 
réunissant  nos  efforts,  nous  arriverons  au  but  désiré. 

H.  Bonilland  répond  que  le  Congrès  a  son  programme  tracé  et  fixé  d'avance, 
répandu  depuis  longtemps  par  toutes  les  voies  de  la  presse  ;  qu'en  y  adhérant, 
chaque  médecin  savait  ce  qu'il  faisait,  et  qu'il  sera  forcé  de  le  faire  respecter. 

H.  Palasclano  pense  qu'il  y  aurait  utilité  à  connaître  les  institutions  médicales 
des  divers  pays,  afin  que  l'on  pût  les  rendre  semblables  dans  tous  les  pays.  En 
Italie,  on  a  fait  un  grand  pas.  La  révision  du  code  va  sortir  les  médecins  de  la 
position  inégale  où  Us  étaient. 

Ainsi  ils  auront  le  droit  d'hériter  de  leurs  malades.  Le  privilège  du  médecin 
sera  porté  pour  ses  honoraires  à  six  mois. 

Le  parlement  italien  vient  de  voter  des  pensions  aux  veuves  et  aux  enfants  des 
médecins  morts  dans  les  épidémies. 

Enfin,  en  Italie,  la  loi  n'oblige  pas  le  médecin  à  violer  le  secret  médical  dans 
certaines  circonstances  judiciaires  et  politiques. 

M.  RevUloat  s'élève  contre  la  dernière  assertion  de  M.  Palasciano,  qui  pour- 
rait faii'e  croire  aux  médecins  étrangers  que  la  législation  française  est  si  arriérée. 
En  France,  nulle  loi  n'impose  aux  médecins  de  dénoncer  leurs  clients.  Divers 
arrêts  de  la  Cour  de  cassation  ont  fixé  ce  point  de  jurisprudence  médicale. 


676     G0N6EË8  MÉDICAL  UfTBRNATIONAL.  —  PREMIÈRE  SÉANCE  DU  SOIB. 

M.  BoBlllavd.  ~  Aucune  loi  vraiment  digne  de  ce  nom  ne  peut  forcer  un 
médecin  à  dénoncer  un  malade^  car  au-dessus  de  la  loi  politique  et  sociale,  il 
y  a  la  grande  loi  morale.  Je  tiens  à  établir  qu'aucune  loi  en  France  n'a  jamais 
été  instituée  dans  ce  but,  et  vous  savez  que  les  principes  libéraux,  qui  sont 
maintenant  répandus  en  Europe,  émanent  de  la  Révolution  française,  celte 
glorieuse  mèi*e  des  inuuortels  principes  de  89. 

Cette  discussion  ne  peut  continuer,  et  j'use  de  mon  droit  en  l'airêtant;  elle 
compromet  l'existence  du  Congrès. 

La  séance  est  levée  à  onze  heures. 


SÉANCES  SUPPLÉMENTAIRES  DU  SOIR 


DEUXIÈME   SÉANCE 


Mardi  20  août^  i  8  heures. 


Obserration  sur  le  procès-verbal  :  M.  Auzias-Turenne. 

Lectures  : 

MM.  BoLE  (Castel-Sarrazîn).  —  Sur  la  fièvre  rémittente,  improprement  appelée 
fièvre  typhoïde. 

Discussion.  —  M.  Pantaleoni  (Rome). 

Lecture  : 

M.  G.  Po^j  (Milan).  —  Du  traitement  des  maladies  dues  à  un  ferment  morbide 
par  les  sulfites  et  les  hyposulfites  de  magnésie  et  de  soude. 

Discussion  :  BfH.  Crocq.  —  Polu. 

Lectures  : 

MM.  MiLuoT  (Kiew).  —  De  l'investigation  par  transparence  des  cavités  splan- 
chniques  (démonstration). 

Crogq  (Bruxelles).  —  Sur  le  traitement  de  la  néphrite  parenchymateuse. 

Lallemànt  (Charleville).  —  Sur  le  traitement  de  la  fièvre  typhoïde. 

Procès-verbal  de  la  séance  par  M.  le  docteur  Comil^  secrétaire  du  Congrès. 


klS     CONGRÈS  MÉDICAL  INTERNATIONAL.  —  DEUXIÈME  SÉANCE  DU  SOIB. 


DEUXIÈME    SÉANCE    DU   SOIR 

Président M.  Bouillaiid. 

Vice-présidents MM.  de  Méric  et  Teissicr. 

Secrétaire  de  la  séance.  .  .     M.  Cornil. 

Après  la  lecture  du  procès-verbal,  M.  le  docteur  Auzias-Turenne  demande  à 
faire  une  rectification.  M.  Auzias^Turenne  a  dit  dans  sa  communication  que 
Todcur  de  l'ail  qu'il  donnait  dans  la  phthisie  était  éliminée  à  la  fois  par  les 
bronches  et  les  aisselles.  Le  cachou  masque  l'odeur  de  Thaleine  (particularité 
qu'a  oubliée  son  honorable  contradicteur,  M.  Linas),  et  Teau  de  Cologne  celle 
des  aisselles. 

Le  procès-verbal  est  adopté. 

La  parole  est  à  M.  le  docteur  Boky  de  Castel-Sarrazin. 


9IJI&I19IJGS  COMSIDÉRATIOMS  SUR  1.A  FIÈVRE 
RÉIHITTKIITE,  IMPROPREIIKIIT  APPELÉE  TYPHOÏDE 

PAR  M.  LE  DOCTEUR  BOLE  (DE  CASTEL-SARHAZIN). 


Messieurs, 

Entre  le  Tarn  et  la  Garonne,  à  12  kilomètres  de  leur  jonction,  est  située  la 
petite  ville  de  Castel-Sarrazin  ;  le  plateau  sur  lequel  elle  repose  est  à  la  hauteur 
de  81  mètres  au-dessus  du  nWeau  de  la  mer,  tandis  que  la  plaine  de  la  Garonne 
ne  s'élève  qu'à  la  hauteur  de  65  à  66  mètres. 

Élève  de  l'école  de  Montpellier,  docteur  de  l'école  de  Paris,  j'observe  depuis 
plus  de  vingt  ans  la  fièvre  rémittente  à  Castel-Sarrazin  et  dans  son  arrondisse- 
ment. 

C'est  le  résultat  de  mes  obseiTations  que  je  viens  vous  soumettre,  convaincu 
que  les  idées  médicales  n'ont  de  valeur  qu'autant  qu'elles  sont  discutées  et 
jugées  par  une  réunion  de  confrères  compétents. 

La  fièvre  rémittente  s'obsei^ve  à  Castel-Sarrazin  pendant  tout  le  cours  de  l'an- 
née, quelle  que  soit  la  saison  ;  elle  est  plus  fréquente  pendant  les  mois  d'août^  de 
septembre,  d'octobre,  de  novembre  et  de  décembre.  Elle  a  apparu  sous  foraie 
épidémique  en  18/i7,  après  les  travaux  du  canal,  consistant  en  vastes  remue- 
ments de  terrains,  en  1855,  1856,  1857,  1866,  après  les  inondations  de  la 
Garonne.  Les  causes  en  sont  locales,  et  voici  comment  je  les  signalais  déjà  on 
1855  au  comité  d'hygiène  :  a  Les  causes  d'insalubiité  sont  nombreuses  et  de 
nature  diverse  ;  celles  dont  il  faut  s'occuper  d'abord,  conmie  les  plus  funestes,  sont 


BOLE.  —QUELQUES  CONSIDÉRATIONS  SUB  LA  FlÈHlE  BÊMITTENTE.     &79 

celles  qui  agissent  en  viciant  l'air  atmosphérique.  L'air^  en  efTet,  est  le  milieu 
dans  lequel  nous  vivons^  notre  corps  entier  en  est  constamment  baigné  ;  une  des 
fonctions  les  plus  essentielles  à  notre  économie,  la  respiration,  met  en  contact 
permanent  avec  nos  poumons  une  quantité  considérable  de  ce  fluide,  et  l'on 
comprendra  toute  l'importance  de  la  pureté  de  l'air  en  se  rappelant  que,  d'après 
Milne  Edwards,  l'homme  adulte  de  stature  moyenne  en  consomme,  par  jour, 
tms  mille  cinq  cents  litres» 

Une  grande  cause  d'insalubrité,  et  celle  qui  nous  paraît  le  mieux  démontrée, 
c'est,  pendant  les  chaleurs  de  l'été  et  de  l'automne,  le  mélange  à  l'air  atmosphé- 
rique de  miasmes  provenant  du  dessèchement  des  mares  d'eau  stagnante.  Plu- 
sieurs villages  de  l'arrondissement  sont  encore  entourés  d'anciens  fossés  de  for- 
tifications, d'autres  ont  pour  abreuver  leurs  bestiaux  des  flaques  d'eau  peu 
profondes  et  alimentées  seulement  par  les  eaux  pluviales.  L'hiver,  l'eau  recou- 
^Tc  la  vase,  l'évaporation  n'a  pas  lieu,  et  ces  mares  n'ont  pas  d'inconvénient;  mais 
lorsque  les  chaleurs  arrivent,  l'eau  tarit,  et  les  vases  boueuses  qui  restent  de- 
viennent alors  de  véritables  foyei*s  d'infection. 

L'arrondissement  est  sillonné  de  petits  cours  d'eau,  tels  que  la  Gimonne,  la 
Sère  :  en  hiver,  l'eau  s'écoule  et  se  renouvelle  avec  assez  de  rapidité,  sans  dan- 
ger pour  la  salubrité  publique  ;  mais,  pendant  la  saison  chaude,  ces  eaux  taris- 
sent et  ces  ruisseaux  acquièrent  alors  des  propriétés  malfaisantes. 

La  Garonne^  elle  aussi,  par  ses  débordements,  par  les  mares  d'eau  stagnante 
qu'elle  forme  sur  ses  bords,  dans  les  endroits  déprimés,  devient  en  été,  lorsque 
ces  mares  tarissent,  un  vaste  foyer  d'exhalations  miasmatiques.  C'est  à  cette 
époque  de  l'année  surtout  et  dans  le  cours  de  l'automne,  qu'apparaissent  les 
épidémies  de  fièvres  graves,  rémittentes,  pernicieuses,  typhoïdes. 

Le  Comité  croit  devoir  insister  spécialement  sur  cette  grande  cause  d'insalu- 
brité, les  eaux  stagnantes  ;  c'est  elle  qui  donne,  pour  ainsi  dire,  à  l'arrondisse- 
ment, le  cachet  de  sa  constitution  médicale.  Dans  beaucoup  de  localités  (Castel- 
Sarnuin  entre  autres),  la  fièvre  intermittente  est  endémique,  et  pendant  les 
chaleurs,  nos  populations  sont  affligées  de  maladies  analogues  à  celles  qui 
régnent  dans  les  pays  marécageux  ;  presque  toutes  nos  maladies  revêtent  la  forme 
rémittente,  souvent  peiiiicieuse,  quelquefois  typhoïde,  mais  la  plupart  de  ces 
maladies  sont  sous  l'influence  d'une  cause  unique  :  le  miasme  exhalé  de  ces 
marcs  fétides,  miasme  analogue  au  miasme  paludéen.  Cela  est  si  vrai,  que,  dans 
la  plupart  des  cas,  un  seul  traitement  réussit,  celui  par  le  sulfate  de  quinine. 
L'inondation  récente  de  la  Garonne  est  une  nouvelle  preuve  de  notre  opinion, 
car  dans  le  moment  actuel  il  s'exhale  des  terrains  inondés  des  odeurs  fétides, 
provenant  des  vases  que  le  fleuve  a  déposées  hors  de  son  lit,  et  de  la  putréfac- 
tion de  nombreuses  plantes  que  l'inondation  a  détruites.  L'atmosphère  est  telle- 
ment viciée,  infectée  de  ces  miasmes,  que  déjà  les  fièvres  graves  de  nature  ma- 
ligne ont  reparu  dans  la  contrée. 

Us  moyens  de  remédier  à  ces  causes  d'insalubrité  étaient  indiqués  en  1855, 
cl  ils  me  paraissent  encore  pleins  d' à-propos  : 

1**  Exiger  que  toutes  les  mares  d'eau  stagnante  avoisinant  les  villages  soient 
comblées  ;  2^  que  les  petits  ruisseaux  soient  agrandis  dans  les  points  étroits 
redressés  dans  les  endroits  sinueux,  afin  de  faciliter  l'écoulement  de  Icui^  eaux* 
3*  pour  la  Garonne,  il  serait  à  désûer  que  son  lit  fût  bordé  de  digues  parallèles, 
de  manière  à  rendre  ses  débordements  moins  fréquents,  et  pour  combler  les 
mares  d'eau  stagnante  qui  existent  le  long  du  fleuve,  il  faudrait  prescrire  aux 


680     GONGBÈS  HÉDIGA.L  INTERNATIONAL.  —  DEUXIÈIfB  SÉANCE  DU  SOIB. 

propriétaires  riverains  des  plantations  d'arbres.  Alors^  dans  l'espace  de  quelques 
années^  les  inondations  elles-mêmes  combleraient  ces  mares^  en  apportant  dans 
les  bas-fonds  un  limon  fécondant,  que  les  arbres  y  retiendraient.  Les  arVres, 
d'ailleurs,  sont  un  moyen  naturel  de  purification  de  l'air  atmosphérique,  puis- 
qu'ils prennent  à  ce  fluide  l'acide  carbonique  qui  le  vicie,  et  lui  rendent  l'oxy- 
gène que  la  respiration  des  animaux  lui  enlève. 

Un  moyen  d'assainissement  spécial  à  la  ville  de  Castel-Sarrazin  serait  une  pris^ 
d'eau  courante  fournie  par  le  canal. 

La  fièvre  rémittente  frappe  tous  les  âges,  toutes  les  classes  de  la  société  ;  mais* 
il  faut  le  reconnaître,  comme  toutes  les  maladies  épidémiques,  elle  atteint  spé- 
cialement la  classe  pauvre,  qui  peut  difficilement  suivre  les  prescriptions  de 
l'hygiène.  Elle  est  sujette  à  récidive  :  j'ai  vu,  dans  les  vingt  années,  les  mème$ 
sujets  avoir  jusqu'à  deux  et  trois  fois  la  même  fièvre. 

La  fièvre  rémittente  est  une  maladie  grave,  elle  dure  de  vingt-cinq  à  quarante 
jours.  Sous  la  forme  que  j'appellerai  simple,  il  est  difficile  d'assigner  une  lésion 
spéciale  d'organes.  Le  plus  souvent  elle  est  compliquée,  et  alors  elle  peut  être 
entée  sur  toutes  les  maladies  du  cadre  nosologique. 

En  1855,  pendant  les  mois  d'août,  de  septembre,  d'octobre,  les  congestions 
afTectaient  les  organes  abdominaux,  se  traduisant  par  du  ballonnement  du 
ventre,  des  vomissements,  de  la  diarrhée,  et  ce  sont  des  accidents  qui  ont  fait 
confondre  la  maladie  avec  la  fièvre  typhoïde  entéro-mésentérique  continue  de 
Paris.  Pendant  les  (mois  de  novembre,  décembre  1855,  les  congestions  pulmo- 
naires ont  été  plus  fréquentes  :  c'étaient  des  catarrhes,  des  bronchites,  des 
pneumonies,  mais  toujours  avec  le  type  rémittent,  et  en  effet,  messieurs,  le 
caractère  distinctif  et  important  à  noter  de  la  maladie  dont  je  vous  entretiens  est 
la  rémittence.  C'est-à-dire  que,  dans  les  vingt-quatre  heures,  quelquefois  plus  tôt, 
quelquefois  plus  tard,  la  maladie,  quelle  que  soit  la  lésion  d'organes,  offre  une 
rémismn  évidente.  Les  phénomènes  morbides  sont  amoindris,  le  malade  est  plu5 
calme,  la  chaleur  de  la  peau  moins  forte,  le  pouls  moins  fréquent;  cette  rémis- 
sion est  quelquefois  difficile  à  saisir,  surtout  quand  elle  coïncide  avec  la  nuit.  Le 
médecin  faisant  ses  visites  le  jour,  si  son  attention  n'est  pas  éveillée  de  ce  côté, 
il  peut  croire  à  une  fièvre  continue,  sans  rémittence  ;  mais  en  questionnant  le 
malade  ou  ceux  qui  l'ont  veillé,  il  apprend  que,  dans  la  nuit,  une  légère  moiteur 
s'est  déclarée,  que  le  malade  s'est  trouvé  mieux  ;  son  diagnostic  devient  aUn^ 
précis,  et  il  se  hâte  d'administrer  le  sulfate  de  quinine. 

On  a  confondu  la  fièvre  rémittente  avec  la  fièvre  typhoïde  de  Paris,  et,  en 
efTet,la  durée  de  la  fièvre  rémittente,  le  délire,  le  coma,  la  stupeur,  la  diarrhée 
qui  la  compliquent  souvent,  lui  donnent  une  certaine  analogie  avec  la  fièvre 
entéro-mésentérique,  si  bien  décrite  par  les  auteurs  de  l'école  de  Paris  ;  mais  la 
fièvre  typhoïde  est  continue,  sans  redoublement,  sans  accès.  Ses  lésions  anato- 
miques  sont  constantes,  l'ulcération  des  glandes  de  Peyer  et  de  Bi-unner.  Le 
traitement  de  la  fièvre  typhoïde  que  j'ai  vu  réussir  à  Paris  en  1843,  Uk  et  45,  c>l 
le  traitement  antiphlogistique,  formulé  par  M.  Bouillaud.  La  fièvre  de  nos  pa;^ 
est  caractérisée  par  ses  rémissions  ;  son  remède  spécifique  est  le  sulfate  de  qui- 
nine. La  confusion  de  la  fièvi'e  rémittente  grave  de  Castel-San-azin  avec  la  fièvre 
typhoïde  de  Paris  est  d'autant  plus  singulière,  que,  pendant  vingt  ans,  je  n'ai 
jamais  rencontré  un  seul  cas  de  fièvre  typhoïde,  ni  à  Castel-Sarrazin,  ni  dan.« 
ran*ondissement.  Il  y  a,  au  reste,  une  autre  maladie  que  je  n'ai  jamais  vue  à 
Castel*Sarrazin,  c'est  le  choléra  épidémique.  Toulouse  et  Bordeaux  ont  eu  le 


BOLE.   —  QtJELQtJES  CONSIDÉRATIONS  SUR  LA  FIÈVRE  RÉMITTENTE.      Mi 

choléra;  eh  bien,  malgré  les  communications  incessantes  entre  ces  deux  villes 
par  Castel-Sarrazin,  à  l'aide  des  routes  impériales,  du  canal  latéral,  du  chemin 
de  fer  du  Midi,  notre  ville  n'a  jamais  été  atteinte  par  le  redoutable  fléau. 

Une  des  formes  de  la  fièvre  rémittente,  que  je  n'ai  vue  signalée  nulle  part,  c'est 
la  forme  convulsive  ches  les  jeunes  enfants  d'un  an  à  cinq  ans.  Le  petit  malade 
est  ordinairement  pris  subitement  de  convulsions  intenses,  affectant  le  plus  sou- 
vent un  seul  côté  du  corps.  Quelques  sangsues  derrière  les  oreilles  dégagent  le 
cerveau,  et  en  visitant  l'enfant  plusieurs  fois  par  jour,  on  s'aperçoit  que  les  con- 
vulsions reviennent  par  accès,  quelquefois  cinq  Ou  six  dans  les  vingt-quatre  heures. 
Avec  les  convulsions  coïncide  la  fièvre,  caractérisée  par  la  chaleur  de  la  peau,  la 
fréquence  du  pouls;  les  rémissions  sont  tellement  manifestes,  que  je  n'hésite  plus 
aujourd'hui  à  donner  à  ces  petits  êtres  du  sulfate  de  quinine,  malgi*é  les  convul- 
sions, et  cela  avec  le  plus  grand  succès. 

Le  diagnostic  de  la  fièvre  rémittente  est  quelquefois  difficile  :  en  1852,  je  fus 
appelé  à  Montauban  à  voir  un  enfant  de  quatorze  ans,  malade  depuis  vingt  jours; 
les  deux  confrères  avec  lesquels  je  me  rencontrai  en  consultation  avaient  dia- 
gnostiqué une  fièvre  typhoïde  ;  le  ventre  était  ballonné,  la  diaiThée  intense,  le 
malade  avait  le  délire.  Je  passai  auprès  de  lui  une  partie  de  la  nuit;  sur  le  ma- 
tin, le  délire  cessa  ;  je  fus  reconnu,  le  malade  me  demanda  des  nouvelles  de 
Castel-Sarrazin.  La  rémission  caractéristique  me  parut  évidente  ;  je  proposai  le 
sulfate  de  quinine,  on  m'objecta  surtout  qu'il  aggraverait  la  diarrhée  ;  il  ne  fut 
point  donné,  le  malade  mourut. 

En  i861,  le  k  décembre,  à  Castel-Sarrazin,  un  enfant  de  treize  ans  était  au 
onzième  jour  de  sa  maladie,  dans  un  délire  comateux;  le  médecin  de  Toulouse, 
d'où  l'enfant  nous  avait  été  envoyé,  avait  reconnu  [les  premiers  jours  une  fièvre 
muqueuse.  Nous  étions  trois  docteurs,  le  premier  diagnostiquait  une  méningite, 
le  second  une  fièvre  typhoïde,  le  troisième  une  fièvre  rémittente  ;  après  une 
longue  et  vive  discussion,  le  sulfate  de  quinine  à  haute  dose  fut  adopté,  et  le 
malade  guérit. 

Pendant  les  vingt  années  de  mon  service  médical,  j'ai  fait,  en  ma  qualité  de 
chirurgien  d'hospice,  cinq  amputations  de  jambe,  une  de  cuisse  et  quelques  extir- 
pations de  tumeurs  cancéreuses  au  sein.  Mes  opérations,  au  point  de  vue  de  la 
cicatrisation,  ont  toutes  réussi  :  le  mérite  du  succès  doit  être  attribué  au  climat; 
nous  n'avons  guère,  dans  nos  petites  villes,  l'habileté  chirurgicale  de  nos  maîtres 
de  Paris.  Néanmoins  la  fièvre  rémittente  a  compliqué  presque  toutes  mes  opéra- 
tions ;  je  craignais  l'infection  purulente,  que  j'avais  souvent  observée  dans  le 
service  de  Blandin  ;  mais  la  rémittence  apparaissant  franchement,  le  sulfate  de 
quinine  triomphait  de  tous  les  accidents,  et  la  cicatrisation  des  plaies  se  faisait 
heureusement.  L'infection  purulente,  si  commune  et  si  terrible  à  la  suite  des 
grandes  opérations  chirurgicales  de  Paris,  serait-elle  une  fièvre  rémittente?  et 
le  spécifique  en  serait-il  le  sulfate  de  quinine  ? 

Comme  vous  l'avez  pressenti,  messieurs,  le  remède  de  la  fièvre  rémittente  est 
le  sulfate  de  quinine  à  haute  dose.  Je  le  donne  habituellement  en  potion,  lorsque 
la  rémission  apparaît.  Il  faut,  dans  les  cas  graves,  le  continuer  longtemps, 
trente,  quarante  jours  de  suite  ;  les  redoublements  ne  sont  pas  coupés,  ils  sont 
atténués  ;  si  le  malade  interrompt  l'usage  du  sulfate  de  quinine,  les  exacerba- 
tions  reparaissent  plus  intenses,  la  maladie  empire.  Les  doses  du  médica- 
ment doivent  être  assez  élevées  ;  néanmoins  je  n'ai  jamais  dépassé  3^,50  en 
vingt-quatre  heures. 

Si 


hS'2     CONGBÈS  MÉDICAL  INTEBNATIOHAL.   —  DEUXIÈME  SÊAlîCB  DU  SOIE. 

Il  est  souvent  nécessaire  de  purger  le  malade  au  début  de  la  maladie  ;  l'actùm 
du  sulfate  de  quinine  se  trouve  ainsi  facilitée  ;  d'autres  fois,  suivant  l'organe  con- 
gestionné, il  faut  mettre  des  sangsues,  employer  les  rëvulsife.  Mais  il  laut  user 
des  antiphlogistiques  avec  modération. 

Le  régime  doit  être  sévère,  la  diète  absolue  pendant  la  période  d'activité;  tous 
les  toniques  doivent  être  proscrits  :  le  vin,  les  alcooliques,  le  café  ont  toujours  été 
nuisibles,  tout  essai  d'alimentation  a  toujours  été  funeste. 

Avec  CCS  précautions,  le  sulfate  de  quinine  est  vraiment  un  remède  béroîque, 
je  dirai  qu'il  m'a  presque  toujours  réussi  ;  et  pour  vous  donner  des  cbiffres  :  en 
4855,  56  et  57,  d'après  le  relevé  fourni  à  l'administration,  j'ai  soigné  117  mi* 
lades.  J'ai  eu  8  morts,  1  mort  par  17  malades  gravement  atteints. 

Il  me  semble  que,  d'après  ces  faits  précis  et  toujours  Ifis  mêmes  depuis  vingt 
ans,  la  fièvre  grave  qui  afflige  nos  contrées  ne  saurait  être  désignée  sous  le  nom 
de  fièvre  muqueuse  ou  typhoïde  ;  sa  guérison  par  le  sulfate  de  quinine  hii  assigne 
sa  place,  elle  doit  être  classée  parmi  les  rémittentes.  Naturam  morbonm  cura- 
tianes  ostendurU, 

Pour  rendre  ma  démonstraticm  plus  complète,  j'aurais  désiré  vous  apporter  le 
résultat  de  nombreuses  autopaies  ;  je  ne  possède  qu'une  ouverture  de  corpc.  U 
maladie  avait  duré  quarante  jours.  L'estomac  et  les  petits  intestins,  eiaminés 
avec  soin,  ne  présentaient  aucune  trace  d'ulcérations  ni  de  cicatrice  d'ulcération; 
la  muqueuse  des  gros  intestins  offrait,  dans  quelques  endroits,  de  légères  arbori- 
sations vasculaires,  indiquant  une  légère  irritation  de  ces  organes  (le  malade 
avait  eu  de  la  diarrhée).  Mais  le  foie  était  augmenté  de  volume,  la  rate  surtout 
était  engorgée,  ramollie,  friable  ;  elle  se  déchirait  facilement  sous  la  pression  de» 
doigts.  Le  sang  de  l'engorgement  était  noirâtre,  épaissi  et  formait  une  ma^se 
analogue  à  la  gelée  de  groseille.  La  lésion  anatomique  de  la  fièvre  rémittente 
résiderait  donc  dans  le  foie  et  principalement  dans  la  rate.  Je  regrette  de  n'avoir 
personnellement  qu'une  autopsie  à  l'appui  de  cette  opinion  ;  mais  le  docteur 
Stewardson  a  publié  en  1841  et  h2  des  observations  analogues;  on  en  trouve  de 
pareilles  dans  Bonnet,  Mongellax  et  Maillot.  11  est  acquis,  depuis  longtemps 
dans  la  science,  que  chaque  accès  de  fièvre  intermittente  congestionne  le  foie 
et  surtout  la  rate.  C'est  là  une  nouvelle  preuve  de  la  communauté  d'origine 
entre  la  fièvre  rémittente  et  la  fièvre  intermittente  ;  la  même  cause  dans  les  deux 
maladies,  le  miasme  paludéen,  produit  les  mêmes  effets. 

Ce  miasme  est-il  un  champignon,  un  animal  microscopique?  Je  l'ignore.  Son 
mélange  à  l'air  atmosphérique,  sous  une  forme  invisible^  me  parait  seul  clini* 
quement  démontré. 

La  fièvre  rémittente  est-elle  contagieuse,  c'est-à-dire  facilement  transmis- 
sible?  Peut-on  l'emporter  dans  la  poche  de  son  paletot,  l'envoyer  à  quelqu'un 
dans  une  lettre  à  la  poste,  dans  un  paquet  de  cigares  ?  Malgré  l'opinion  favora- 
ble de  quelques  confrères,  je  n'ai  jamais  observé  cette  transmission  lantastique. 
Je  reconnais  volontiers,  messieurs,  que  les  questions  de  contagion  sont  des  ques- 
tions ardues  ;  de  longues  études,  des  discussions  approfondies  permettront  seules 
de  les  décider. 

Quoi  qu'il  en  soit,  la  constitution  rémittente  me  paraît  avoir  envahi  nos  con- 
trées depuis  une  douzaine  d'années  ;  il  me  semble  même  que  l'indication  du 
sulfate  de  quinine  dans  les  maladies  apparaît  plus  fréquemment  aux  obsena- 
teurs  des  divers  pays.  Le  champ  des  fièvres  à  quinquina  s'étend  tous  les  joun. 


PANTALEOIIL  —  QUELQUES  CONSIDÉRATIONS  SUR  LA  nÈTRE  RÊHriTENTE.     &83 

Ainsi  nous  avons  vu  rapporter  h  la  fièvre  rémittente  méconnue  la  maladie  de 
M.  de  Gavour^  la  fièvre  jaune^  certaines  grippes  de  Paris. 


Le  docteur  Fantaleonl  (de  Rome),  résidant  à  présent  à  Nice,  prend  la  parole 
pour  féliciter  le  docteur  Bole  d'avoir  introduit  devant  l'assemblée  un  thème 
si  grave  et  si  intéressant.  Le  docteur  Pantaleoni  avait  désiré  le  faire  lui- 
même,  et  il  en  avait  parlé  au  docteur  Jaccoud,  le  digne  secrétaire,  qui  l'avait 
engagé  à  faire  une  lecture  ;  mais  voyageant  depuis  trois  mois,  sevré  de  ses  livres 
et  de  ses  notes,  le  temps  et  les  moyens  lui  ont  manqué  pour  faire  une  com- 
munication écrite  au  Congrès.  11  saisit  pourtant  avec  empressement  l'occa- 
sion de  dire  quelques  mots  à  présent  au  sujet  des  fièvres  rémittentes,  et  surtout 
de  celles  qui  dominent  en  Italie  et  à  Rome,  où  il  a  exercé  pendant  vingt-huit 
ans  la  médecine,  jusqu'à  ce  que  l'eiil  de  Rome  l'ait  obligé  à  transporter  ses 
pénates  à  Nice. 

Élève  des  écoles  italiennes,  il  avait  dû  prêter  la  plus  grande  attention  aux 
fièvres,  car  dans  les  pays  méridionaux,  les  maladies  aiguës  sont  très-fréquentesj 
95  cas  sur  100  à  peu  près/  l'inverse  .de  ce  que  Ton  observe  parmi  les  Anglais 
et  dans  le  Nord,  où  l'on  peut  compter  90  cas  chroniques  contre  10  aigus;  et 
en  Italie,  parmi  les  cas  aigus,  les  fièvres  sont  les  plus  importantes.  Mais  avant 
d'entrer  dans  l'exercice  de  la  pratique,  le  docteur  Pantaleoni  avait  voulu  ache- 
ver son  éducation,  en  étudiant  pendant  trois  ans  en  France  et  en  Allemagne. 
C'était  vers  1833,  3&  et  35,  quand  les  grands  travaux  de  l'école  pathologique 
vinrent  répandre  un  si  grand  jour  sur  les  fièvres  dites  graves.  11  suivit  avec  zèle 
les  cours  et  les  services  du  docteur  Andral,  docteur  Louis,  docteiu*  Chomel,  de 
l'excellent  président,  le  docteur  Bouillaud,  et  nanti  des  notes  et  de  nombreuses 
observations,  il  pensait  pouvoir  apporter  en  Italie  un  nouveau  jour  siu*  la 
théorie  et  la  pratique  des  fièvres.  Dans  ce  temps-là,  on  ne  venait  pas  facilement 
s'instruire  en  France.  La  France  ne  jouissait  pas  des  sympathies,  des  goûts  ita- 
liens, et  l'on  pouvait  compter  d'être  mal  signalé,  et  marqué  comme  brebis  noire 
auprès  des  polices  italiennes,  si  l'on  venait  étudier  en  France  ;  et,  en  consé- 
quence, le  docteur  Pantaleoni  l'a  été  toute  sa  vie.  Mais  rentré  à  Rome^  et  lancé 
dans  la  pratique,  ses  notes,  ses  autopsies,  ses  observations  faites  en  France^  ne 
lui  valurent  plus  rien;  elles  ne  répondaient  nullement  aux  cas,  elles  ne  ca* 
draient  nullement  avec  les  formes,  avec  les  caractères  des  fièvres  qu'il  voyait  en 
Italie  :  il  se  vit  obligé  de  reprendre  ses  vieux  cahiers  et  les  observations  qu'il 
avait  recueillies  jadis  dans  les  hôpitaux  italiens. 

C'est  qu'en  efi'et,  les  fièvres  rémittentes  d'Italie  ne  coirespondent  nullement 
à  la  fièvre  typhoïde  que  l'on  voit  si  fréquemment  en  France.  Et  d'abord,  la 
fièvre  rémittente  y  prend  deux  formes  :  l'une,  plus  légère,  d'une  fièvre  qui  dure 
immanquablement  deux  septénaires,  avec  les  signes  d'un  désordre  des  voies  di- 
gestives,  ce  qui  l'a  fait  nommer,  en  Italie,  fièvre  gastrique^  fièvre  bilieuse.  Elle 
parait  constituée  par  une  irritation  de  la  muqueuse  gastro-entérique,  et  c'est  la 
même  forme  que  Bichat  appelle  fièvre  entéro-catarrhale.  Cette  fièvre,  pas  plus 
que  la  fièvre  catarrhale,  n'est  jamais  dangereuse,  sauf  qu'une  épidémie  ou  le 
mauvais  traitement  du  médecin  la  rende  teUe.  Il  ne  faut  donc  pas  s'en  occuper 
davantage. 


Uih     CONGRÈS  MÉDICAL  INTERNATIONAL.   —  DEUXIÈME  SÉANCE  DU  SOIB. 

Mais  il  y  a  une  autre  forme  de  fièvre  rémittente  qui  est  trè^-graye^  qui  res- 
semble dans  les  périodes  avancées  de  la  maladie  à  la  typhoïde,  et  qui  pourtant 
en  diffère  essentiellement,  et  que  j'appellerai  comme  on  le  fait  généralement 
en  Italie,  fièvre  nerveuse,  fièvre  des  nerfs.  Elle  en  diffère  d'abord  par  les  sym- 
ptômes. Tout  le  monde  sait  que  dans  la  typhoïde,  un  des  premiers  et  plus  con- 
stants symptômes,  c'est  la  diarrhée.  Dans  la  nerveuse,  c'est  au  contraire  la  con- 
stipation qui  domine.  Le  météorisme,  la  tympanite^  c'est  un  symptôme  qui 
rarement  manque  dans  la  typhoïde  ;  il  n'existe  jamais,  ou  presque  jamais  dans  la 
nerveuse,  sauf  à  une  période  très-avancée  de  la  maladie,  et  alors  c'est  un  signe 
grave  et  presque  toujours  fatal  d'un  affaissement  complet  des  forces  vitales. 
Les  taches  semi-lunaires,  qui  existent  treize  fois  sur  quinze  dans  la  typhoïde, 
n'existent  jamais  dans  la  nei'veuse^  dans  laquelle  on  ne  rencontre  que  rarement 
des  sudaminaj  quand  on  a  trop  couvert  le  malade,  ou  qu'il  transpire  beaucoup. 
Ce  n'est  que  dans  la  seconde  période  de  la  flèvre  nerveuse  que  le  système  ner- 
veux se  prend  le  plus  fréquemment  avec  délire  ou  vaniloquie,  et  des  sym- 
ptômes de  désordre  cérébral  :  d'autres  fois,  par  les  soubresauts  de  tendons,  et  des 
symptômes  qui  se  rapportent  à  la  moelle  épinière,  ou  par  les  deux  séries  de 
symptômes  à  la  fois.  La  langue  devient  acide,  et  c'est  un  signe  toujours  sérieux  si 
elle  se  couvre  de  cet  indûment  noir  delà  typhoïde.  C'est  alors  que  se  déclarent 
tous  les  symptômes  de  l'altération  du  sang  comme  dans  la  typhoïde.  Cette  6èvn' 
dure  de  trois  à  cinq,  six  septénaires,  ou  même  plus  ;  mais  à  tout  prendre,  elle 
est  moins  meurtrière  que  la  typhoïde. 

Je  crois  exprimer  une  opinion  générale  des  médecins,  quand  je  dis  que  la 
typhoïde  et  le  typhus  sont  plus  ou  moins  contagieux.  Eh  bien!  la  fièvre  des  nerfs, 
elle,  ne  l'est  jamais.  Jamais  ni  moi,  ni  autre  bon  observateur  n'a  soupçonné  la 
nature  contagieuse  de  cette  fièvre. 

J'ai  fait  au  moins  douze  ou  quinze  nécroscopies  de  cas  de  ma  pratique  en 
ville.  Je  n'ai  jamais  trouvé  un  seul  cas  d'affection  ou  lésion  des  plaques  de  Peyer 
ou  des  follicules  de  Brunner.  Rien  de  marquant  du  côté  du  ventre.  Quelque 
congestion  ou  injection  parfois  dans  les  vaisseaux,  mais  voilà  tout.  Du  côté  de  la 
tête,  on  trouvait  presque  toujours  quelque  injection  sanguine  des  membranes, 
et  parfois  le  cerveau  m'a  paru  un  peu  plus  dur,  parfois  un  peu  plus  mou,  mab 
jamais  d'affection  locale  ou  véritable  raniollissemcnt.  Ainsi,  bien  peu  de  chose 
à  tout  prendre  ;  seulement  on  trouve  fréquemment  les  tissus  ramollis  par  la 
dégénération  du  sang  et  la  lésion  de  l'action  des  nerfs  pendant  la  fièvre  (ainsi. 
j'ai  pu  plusieui*s  fois  percer  le  cœur  de  mon  doigt).  Quant  à  la  faiblesse  et  fré- 
quence du  pouls^  je  l'ai  vue  continuer  pendant  dix  ou  douze  mois  après  la  gué- 
rison.  Je  puis  citer  un  cas  où,  appelé  en  consultation,  j'avais  diagnostiqué  le 
ramollissement  du  cœur  et  recommandé  le  repos  à  la  malade.  On  lui  permit  de 
sortir,  on  lui  permit  de  monter  les  escaliers,  et  en  rentrant,  elle  tomba  morte 
sur  une  des  marches  de  l'escalier,  par  rupture  spontanée  du  cœur. 

Ainsi  jamais  de  perforation  des  intestins,  qui  pourtant  n'est  pas  rare  dans  la 
typhoïde,  jamais  de  péritonite  successive.  Et  pourtant,  Yentéro-hémaiorrhagù  a 
été  observée  par  moi,  dans  plusieurs  cas,  comme  suite  du  ramollissement  de^ 
tissus  et  de  la  dégénération  du  sang.  C'est  à  peu  près  alors  ce  que  Ton  obseni? 
dans  le  morbus  maculosus  Werlofii,  et  il  y  a  des  cas  de  la  plus  triste  nature,  chez 
lesquels,  la  maladie  avancée,  l'hémoiThagie  se  présente  par  le  nez,  et  souf:  le> 
tissus,  par  des  taches  et  des  ecchymoses,  comme  dans  la  maladie  citée. 

iUnsi,  voilà  bien  évidemment  une  fièvre  rémittente  qui,  des  trois  cléments 


PANTALEONI.  —  QUELQUES  CONSIDÉRATIONS  SUR  LA  FIÈVRE  RÉMITTENTE.    A85 

que  Ton  observe  dans  la  typhoïde,  n'en  montre  que  deux,  Taltëration  de  Taction 
nenreuse,  et  la  dégénëration  successive  du  sang  ;  mais  jamais  la  lésion  locale  des 
plaques  de  Peyer  et  des  follicules  de  Brunner  de  la  typhoïde  et  du  typhus  abdomi- 
nal des  Allemands.  Les  symptômes  de  la  première  période  de  cette  fièvre  res- 
semblent tellement  à  la  rémittente  simple,  dont  j'ai  parlé  au  début,  et  qu'en 
Italie  on  appelle  fièvre  gastrique^  que  c'est  très-ordinaire  d'entendre  les  médecins 
italiens  parler  d'une  fièvre  gastrique  qui  a  tourné  à  lu  nerveuse  ou  qui  a  dégénéré 
en  nerveuse.  Je  maintiens  que  de  tout  temps,  et  même  au  début,  un  bon  ob- 
servateur peut  les  distinguer  ;  et  c'est  surtout  par  des  rémittences  beaucoup  plus 
larges  dans  la  nerveuse,  et  quelque  chose  d'indéfini  et  de  grave  du  côté  des 
nerfs 

Je  tâcherai  de  conclure  en  peu  de  mots.  Que  cette  fièvre  difl*cre  de  la  ty- 
phoïde, on  peut  le  voii*  parce  qu'on  observe  aussi  à  Rome  cette  dernière,  mais 
très-rarement.  Je  l'ai  vue  moi-même  deux  fois  en  vingt-cinq  ans  ;  dans  les  hôpi- 
taux, on  a  parfois  des  exemples  assez  fréquents. 

Les  médecins  anglais  qui  pratiquent  en  Italie  ont  tous  reconnu  la  nature 
diiïérente  de  la  maladie  et  ils  Tont  appelée  fièvre  romaine. 

Vous  avez  eu  pendant  plusieurs  années  votre  garnison  à  Rome,  et  un  excellent 
médecin  en  chef,  le  docteur  Mayer,  que  je  crois  à  présent  à  l'hôpital  militaire 
Saint-Martin.  Eh  bien!  il  s'est  aperçu  tout  de  suite  de  la  nature  différente  de 
cette  fièvre  :  nous  en  avons  soigné  un  grand  nombre  de  cas  ensemble,  et  il  avait 
fait  même  cette  curieuse  observation,  que  les  nouveaux  soldats  venus  de  France, 
s'ils  prenaient  une  fièvre  pendant  les  premiei*s  six  mois,  c'était  une  typhoïde, 
mais  après  les  onze  mois  de  leur  séjour  à  Rome,  ils  ne  gagnaient  jamais  que  la 
fièvre  des  nerfs.  Ainsi,  ce  temps  paraissait  la  période  nécessaire  pour  l'acclima- 
tation et  pour  éprouver  les  effets  du  climat. 

Cette  fièvre  nerveuse  existe  à  Rome,  mais  elle  est  devenue  très-fréquente 
à  Naples,  depuis  que  le  mauvais  drainage  a  empoisonné  la  belle  rivière  de 
Chiaja,  et  c'est  sur  les  étrangers  qui  vivent  dans  ce  quartier  que  la  fièvre  sur- 
tout se  déclare.  Mais  on  l'observe  à  Floi*énce,  aussi  dans  les  autres  provinces;  et 
je  l'ai  trouvée  aussi  à  Nice,  surtout  depuis  l'endiguement  commencé  du  Var, 
mais  en  même  temps  que  j'y  observe  aussi  la  véritable  typhoïde. 

Quelle  est  la  cause  véritable  de  cette  fièvre?...  J'ai  cru  la  reconnaître,  comme 
l'honorable  docteur  Bole,  dans  le  miasme  palustre,  dans  l'action  du  miasme  vé- 
gétal, à  peu  près  comme  le  développement  des  typhus  et  des  typhoïdes  pourrait 
être  rapporté  à  l'action  des  miasmes  exhalés  des  corps  animaux,  et  surtout  de  la 
réunion  d'hommes  sans  aération  suffisante.  On  aurait  obsei'vé  le  même  phé- 
nomène en  Amérique,  dans  la  longue  et  terrible  campagne  entre  le  nord  et  le 
sud  des  États-Unis. 

Cette  hypothèse  sur  la  cause  prochaine  de  la  maladie  nous  porte  naturelle- 
ment à  la  question  du  traitement  par  la  quinine  et  son  sulfate.  Je  dirai,  en  termes 
généraux,  que  les  médecins  romains  l'ont  presque  tous  condamné.  Cependant 
les  dernières  années  de  ma  pratique  à  Rome  m'ont  amené  à  d'autres  con- 
clusions, et  c'est  sous  deux  manières  que  j'ai  pu  administrer  la  quinine.  Je 
cherchais  en  général  à  combattre  fortement  et  énergiquement  toute  compli- 
cation au  début  de  la  fièvre,  et  alon,  parfois,  j'ai  obtenu  au  quatrième,  au 
septième  jour,  de  larges  rémittences,  presque  semblables  à  une  intermittence. 
Malheur  alors  si  l'on  n'administre  tout  de  suite  à  large  dose  3  ou  &  grammes  de  sul- 
fate de  quinine  dans  les  vingt-quatre  heures.  Il  agit  plusieurs  fois  comme  un  spé- 


i86     CONGRES  MÉDICAL  INTERNATIONAL.   —  DEUXIÈMS  8ÉANGR  DU  SOU. 

ciûque,  et  il  coupait  la  fièvre  entièrement  Mais  dans  d'autres  cas  on  est  moins 
heureux.  U  faut  alors  Vadmlnistrer  tous  les  jours,  pendant  vingt  ou  trente  joors 
de  suite,  et  à  la  dose  de  1  gramme,  1  granmie  et  demi,  jusqu'à  2  par  jour. 
J'ai  consommé,  dans  quelques  cas,  jusqu'à  40  grammes  de  sulfate  pendant  la 
maladie,  non-«eulement  sans  inconvénient,  maia  toits  les  malades  ont  guéri.  Je 
dois  pourtant  ajouter  que,  comme  ce  ne  fut  que  les  dernières  amiées  de  mon 
séjour  à  Rome  que  j'adoptai  cette  méthode,  je  ne  prétends  pas  prononcer  là- 
dessus  un  jugement  définitif.  Une  remarque  seulement  à  ce  fl^jet  :  une  fois  com- 
mencée l'administration  de  la  quinine,  il  ne  faut  jamais  la  suspendre  :  il  faut  la 
continuer  jusqu'à  guérison  ;  et  c'est  peut-être  pour  n'avoir  pas  suivi  cette  règle, 
que  les  médecins  romains  de  la  vieille  école  n'administraient  pas  la  quinine. 

Mais  je  ne  dois  pas  davantage  abuser  de  votre  tolérance.  PeimettesHoioi  seu- 
lement de  vous  exprimer  un  souhait  : 

Nous  tous,  ici  réunis,  espérons  que  cette  réunion  ne  sera  qua  la  première 
d'une  longue  suite  d'autres,  qui  auront  lieu  aux  périodes  et  lieux  qu'il  vous 
plaira  de  fixer.  Eh  bien  !  messieurs,  j'espère  que  pour  la  prochaine  réunion,  vous 
voudrez  bien  donner  la  préférence  à  l'Italie.  Là  vous  n'aves  pas  à  vous  in- 
quiéter d'aucune  permission.  Le  drcnt  de  réunion  et  d'association,  ches  nous,  est 
sacré  ^  et  malheur  à  qui  y  toucherait.  Quant  à  l'accueil,  je  croîs  me  foire 
l'interprète  de  laes  compatriotes,  pour  vous  dire  qu'à  Bologne,  à  Florence,  à 
Naples,  partout  où  vous  voudrex  résider,  on  s'en]|»resserait  de  vous  offirir  l'hos- 
pitalité que  des  confrères  sont  toi^ours  heureux  d'accorder  à  d'autres  con- 
frères. 

Merci,  messieurs,  de  votre  bienveillant  accueil.  J'ai  fini. 


POLU.    -^  SULPITËS  ET  HYPOSULFITES.  &87 


DU  TRAITEMENT  DES  MAIiABIES 

BUES  A  HIV  EERMEIVT  MORBIDE  PAR  UËH  SVIiFITES 

ET  MM»  MYPDSVIiFlTES  DE  MAdlVÊSIE 

ET  DE  SOUDE  ' 

PAB  M.   LB  PROFESSEUR  GIOVANIVI  POUI  (dB  MILAN). 


Depuis  quelques  années^  les  médecins  inclinent  à  admettre  des  maladies  dues 
à  une  eaase  spécifique  très-analogue  à  un  ferment.  Ces  maladies^  qu'on  s^pelle 
maiadim  zymoiiques,  ont  pour  caractère  d'être  inoculables  par  les  matières  que 
les  malades  sécrètent,  ou  par  les  produits  de  la  décomposition  de  leurs  humeurs 
00  de  leurs  tissus  (virus,  contagions,  infections).  Les  phénomènes  morbides^  ou  la 
maladie,  ne  sont  que  T ensemble  des  efforts  de  l'économie  pour  éliminer  les 
produits  de  la  décomposition  des  humeurs  ou  des  tissus,  conséquents  à  leur 
fennentation. 

Le  malade,  dans  ce  combat,  ne  survit  ou  guérit  que  lorsque  le  processus  de 
fermentation  morbide  finit  ou  s'arrête  avant  qu'il  ait  perdu  les  forces  néces- 
saires pour  expulser  ou  pour  assimiler  les  produits  étrangers  de  la  fermentation. 
Que  les  fenneniations  soient  possibles  dans  le  sang  d'un  animal  vivant,  le 
gnmd  physiologiste  de  notre  époque,  Claude  Bernard,  l'a  démontré  (fermenta- 
tions alcooliques  et  amygdaliques)  ;  que  des  ferments  aptes  à  décomposer  le 
SDcre,  l'amygdaline  et  l'urée,  se  produisent  dans  le  sang  de  certains  malades, 
Schmidt,  de  Dorpat,  l'a  prouvé;  que  le  sang,  enfin,  dans  certaines  maladies  con- 
tagieuses (le  charbon,  la  petite  vérole  et  le  choléra),  contienne  des  organismes, 
f€rments  aptes  à  reproduire  la  maladie  par  inoculation  ou  par  injection,  cela 
a  été  démontré  par  les  observations  de  Davaine,  de  Ch.  de  Vauréal  et  par  les 
expériences  des  professeurs  Coze  etFeltz,  de  Strasbourg.  J'ai  confirmé,  à  mon  tour, 
la  plupart  de  ces  expériences,  et  surtout  celles  qui  regardent  la  reproduction  artifi- 
cielîe  des  maladies  à  forme  typhoïde,  par  l'injection  dans  les  veines  des  animaux 
des  matières  organiques  putrides  contenant  des  bactéries  et  des  vibrions  vivants. 
(Les  détails  de  ces  expériences  sont  consignés  dans  la  brochure  que  je  dépose  sur 
le  bureau  de  la  présidence.) 

Les  progrès  de  la  physiologie  microscopique,  qui  doit  à  M.  Pasteur  le  jour 
nouveau  qu'elle  a  jeté  sur  tant  de  questions,  les  progrès  de  la  chimie  organique 
et  la  découverte  de  nouveaux  agents  antiseptiques,  ont  appelé  mon  attention 
depuis  1857  et  dirigé  mes  études  pour  constater  si  réellement  il  y  a  des  mala- 
dies qui  n'ont  pour  cause  que  des  fermentations  plus  ou  moins  évidentes  dans 
quelques-uns  des  principes  du  sang,  et  à  rechercher  les  moyens  compatibles  avec 
te  ttequi  seraient  capables  d'arrêter  ou  d'empêcher  ces  fermentations  dans  l'éco- 
nomie  vivante. 
Or,  l'action  comburante  ou  destructive  de  certains  agents  antiseptiques,  comme 


&88     CONGRÈS  MÉDICAL  INTERNATIONAL.    *-  DEUXIÈME  SÉANCE  OU  SOIR. 

le  chlore,  les  hypochlorites,  Tacide  nitrique,  les  permanganates,  aussi  bien  que 
Faction  toxique  de  certains  autres  composés  très-aptes  à  protéger  les  matières  ou 
les  tissus  organiques  de.  toute  corruption,  comme  Tacide  arsénieux,  l'acide 
prussique,  le  bichlorure  de  mercure  et  certains  sels  métalliques,  ne  pouvaient 
faire  partie  de  la  thérapie  antihygiénique  que  j'étudiais.  L'animal  vivant  ne  s'em- 
baume pas  :  ce  qui  est  poison  pour  un  organisme  microscopique  fonctionnant 
comme  un  ferment  Test  toujours  plus  ou  moins  aussi  pour  T économie  des  ani- 
maux supérieurs. 

Passant  en  revue  les  divers  antiseipt!îques  plus  ou  moins  célèbres,  j'ai  pu  con- 
stater que  l'acide  sulfureux  empêchait  ou  arrêtait  toutes  les  fermentations 
connues,  sans  exception,  c'est-à-dire  même  celle  que  (comme  les  fermentationi 
saligéniques  et  sinaptasiques)  l'acide  arsénieux  (Piiia),  l'acide  cyanhydriquc  et 
les  cyanures  (Bouchardat)  n'empêchent  pas;  ou  celles  que  (comme  les  fermen- 
tations diastasiques,  pepsiniques,  ptyaliniques)  l'acide  phénique  (Lemaire)  n'ar- 
rête pas. 

Mais,  quoique  l'acide  sulfureux  soit  un  des  plus  anciens  et  des  plus  actiis 
agents  de  désinfection,  et  que  sa  présence  empêche  ou  arrête  toute  fermentatioD 
connue,  je  ne  pouvais  pas  en  faire  un  agent  thérapeutique,  car  il  n'est  sup- 
porté par  les  poumons  à  l'état  gazeux  que  très-dilué  dans  l'air,  et  sa  dissolution 
aquejLise  irnte  et  attaque  les  muqueuses,  si  elle  n'est  pas  très-étendue,  et  dans 
un  état  d'activité  minime. 

C'est  alors  (1860)  que  j'ai  essayé  l'efîTet  de  la  combinaison  de  l'acide  sulfureux 
avec  les  bases  alcalines  et  terreuses,  c'est-à-dire  les  suifUes  de  magnésie,  de 
chaux  et  de  soude,  et  leurs  hyposulfUes,  qui,  passés  dans  la  circulation  du  sang, 
se  transforment  d'abord  eux-mêmes  en  sulfites  et  en  bisulfites,  et  passent  finale- 
ment, comme  les  premiers,  à  l'état  de  sulfates,  dans  les  sécrétions.  Et  j'ai  pa 
acquérir  la  conviction,  d'après  nombre  de  faits  et  d'expériences^  que  les  sulfaits 
conservaient  l'activité  que  Yadde  sulfureux  libre  manifeste  sur  les  matières  orea- 
niques  colorées  qu'il  blanchit,  pas  moins  que  sur  les  matières  fermeniescibles, 
dont  il  empêche  ou  arrête  la  fermentation  ;  et  que  cette  manière  d'action 
exercée  par  les  sulfates  est  plus  régulière,  plus  dumble  et  même  plus  intense 
que  celle  de  l'acide  sulfureux.  Au  fait,  5  grammes  de  sulfite  de  magnésie  con- 
tiennent, condensé  ou  solidifié,  1100  mètres  cubes,  c'est-à-dire  un  litre  de  gaz 
acide  sulfureux  pur. 

Dans  les  sulfites  alcalins  et  terreux,  il  faut  pourtant  distinguer  l'intéressante 
propriété  de  blanchir  les  matières  organiques,  et  d* empêcher  ou  arrêter  les 
procédés  de  fermentation,  activité  que  j'appelle  catalytique^  de  leur  activité  chi- 
mique réduisante  ou  désoxydante,  qui  résulte  de  ce  que  l'adde  sulfureux  ou 
l'acide  hyposulfureux  qui  entre  dans  leur  composition  tend  à  se  transfiNfiner 
en  acide  sulfurique. 

Est-il  possible  d'utiliser  pour  la  thérapie  l'action  antifermentative  des  sulfites, 
dans  les  maladies  septiques  et  dans  les  autres  affections  symotiques. 

Les  expériences  que  j'ai  entreprises  d'abord  sur  les  animaux  (les  chiens),  pour 
établir  la  dose  tolérable  par  leur  organisme  et  les  modifications  portées  à  leurs 
sécrétions  ;  celles  dirigées  pour  étudier  l'effet  pathologique  des  injections  et  des 
inoculations  infectieuses,  faites  avec  le  pus  fhds  et  le  pus  putréfié,  le  sang 
putride,  etc.,  et  l'action  prophylactique  ou  curative  que,  dans  ces  maladies  arti- 
ficielles, poun'aicnt  exercer  les  sulfites  et  les  hyposulfites  médicinaux,  m'ont 
donné  des  résultats  si  favorables,  que  je  n'ai  plus  hésité  à  inviter  mes  oHif^ires 


POLLI.   —  SULHTES  ET  HYPOSULPITES.  /i89 

à  entreprendre  des  expériences  cliniques  sur  Thomme.  La  description  de  ces 
diTerses  séries  d'expériences  qui  s'élèye  à  quatre-ringt-dîx,  est  publiée  dans 
une  des  brochures  que  je  dépose  sur  le  bureau  :  Delk  malatHe  da  fermenta  é 
del  loro  trattamento,  1861^  Mikmo,  Et  pour  en  rendre  l'essai  plus  facile  et  plus 
sur,  je  préludai  par  des  expériences  sur  moi-même^  sur  mon  aide  de  chimie 
et  sur  quelques-uns  de  mes  collègues  qui  Youlurent  bien  s'y  prêter^  dans  le 
but  de  déterminer  la  dose  tolérable  et  active  desdits  sulfites. 

De  cette  manière^  j'ai  pu  établir  que  la  dose  de  10  à  15  grammes  de  sulfite 
de  magnésie  par  jour^  à  3  grammes  par  prise^  avec  la  précaution  de  boire 
beaucoup  d'eau  pure  ou  sucrée,  mais  exempte  de  tout  acide^  et  la  dose  de  15  à 
20  ou  25  grammes  de  sulfite  de  soude  en  solution  aqueuse  plus  ou  moins  édul- 
corée,  et  qui  serait  à  prendre  en  quatre  ou  cinq  fois  dans  les  vingt-quatre  heures^ 
!»ont  des  doses  supportées  sans  inconvénient  pendant  plusieurs  jours  de  suite  par 
un  homme  adulte. 

L'hyposulfite  de  soude  et  celui  de  magnésie  sont  aussi  bien  supportés  à  la  dose 
de  15  à  20  grammes  dans  les  vingt-quatre  heures^  en  solution  ou  en  prises; 
mais  ils  ont  un  effet  purgatif  plus  ou  moins  prononcé,  qui  cependant  peut  être 
utilisé  à  son  tour. 

Dans  ces  expériences  préliminaires  pour  préparer  la  voie  aux  essais  cliniques, 
j*ai  été 'frappé  par  le  fait  de  la  résistance  à  la  putréfaction  que  présentaient  les 
cadavres  des  chiens  sulfites  et  abattus,  ainsi  que  leur  urine  et  leur  sang,  en 
comparaison  de  ceux  qui  avaient  été  également  nourris,  sacrifiés  à  la  même 
époque  et  exposés  aux  mêmes  influences  atmosphériques;  et  par  le  fait  de 
la  résistance  à  la  corruption,  c'est-à-dire  à  la  fermentation  ammoniacale 
que  présentaient  pendant  plusieurs  jours,  même  à  la  température  de  l'été 
d'Italie,  mes  urines  et  celles  de  mes  compagnons  d'expérience,  ensuite  pen- 
dant la  prise  des  sulfites,  en  comparaison  de  celles  évacuées  avant  ou  après 
l'expérience. 

Cela  posé,  j'ai  fait  appel  aux  médecins  pratiques,  aux  médecins  des  hôpitaux, 
aux  professeurs  dans  les  cliniques,  les  invitant  à  essayer  les  sulfites  dans  les 
maladies  dans  lesquelles  on  pouvait,  par  analogie,  supposer  que  le  processus 
morbide  consistait  dans  une  espèce  de  fermentation  du  sang  ou  de  quelques- 
uns  de  ses  principes,  et  j'ai  proposé  de  les  essayer  : 

1*  Dans  les  févres  érupHves  (rougeole,  scarlatine,  petite  vérole,  miliaire,  et 
même  l'érysipèle); 

2*  Dans  les  fièvres  intermittentes  miasmatiqiies^  c'est-à-dire  produites  pai*  les 
miasmes  paludéens  (malaria)  ; 

3*  Dans  le  typhus  et  les  fièvres  typhoïdes  de  toute  nature  ; 

h*  Dans  les  fièvres  par  résorption  purulente  (pyohémie),  ou  putrides  fseptico- 
hémie,  fièvres  chirurgicales,  etc.),  dans  les  fièvres  puerpérales,  et  surtout  dans 
les  affections  consécutives  aux  piqûres  anatomiques  ; 

5*  Enfin,  àMis  le  pansement  des  plaies  de  mauvais  caractère,  gangréneiêses, 
phagédèniqueSy  et  dans  les  plaies  sinueuses^  ichoreuses,  avec  nécrose  des  os. 

Or,  à  cet  appel,  ont  répondu  mes  confrères  d'Italie,  et  quelques-uns  aussi 
de  l'étranger,  d'une  manière  très-satisfaisante.  Parmi  ces  derniers,  je  me  plais 
à  nommer  M.  Poggialc,  qui  a  bien  voulu  appuyer  mon  invitation  à  expérimenter 
par  des  extraits  succincts  de  mes  recherches,  qu'il  a  publiés  dans  des  journaux 
scientifiques  de  France.  M.  le  docteur  Constantin  Paul,  qui  en  fit  l'argument  de 
plusieurs  articles  dans  le  Bulletin  général  de  thérapeutique,  et  qui  les  a  enrichis 


A90     CONGRÈS  MÊDIGàL  INTSKNATIOlfAL.  —  DIUXIËMB  SfiANGE  DU  SOIB. 

des  résultats  de  sa  propre  expérience;  M.  le  docteur  Janssens,  de  Bruxelles,  qui 
a  donné  à  ses  confrères  de  la  Belgique  un  résumé  complet  de  mes  études  prélimi- 
naires^ et  l'exemple  de  son  initiative  clinique;  le  professeur  Burggraeve^  de  Gand, 
qui  a  adopté  les  sulfites  pour  tout  pansement  des  plaies  dans  la  clinique  ;  le  doc- 
teur Dei  Ricci,  de  Dublin,  qui  invita  les  médecins  de  l'Irlande  à  faire  des  essais 
cliniques  pour  déterminer  la  valeur  de  la  thérapie  sulfitique,  ayant  déjà  recueilli 
des  nombreuses  observations  qui  en  prouvaient  Timportance,  et  qui  fut  bientôt 
confirmée  par  les  expériences  de  Z.  Hayden  dans  la  diphtheriay  et  de  Jackin 
Cummins  dans  la  scarlatine -^  le  docteur  Nachtîgal,  de  Tunis. 

Depuis  1861,  époque  de  la  publication  de  mon  premier  mémcire  (partie  théo- 
rique sur  les  fermentations  morbides),  à  ce  jour,  cent  quarante-huit  mémoires, 
notes  ou  relations,  ont  déjà  paru  sur  cette  question,  et  si  l'on  en  excepte  cinq  oa 
six,  plus  ou  moins  ciitiques  et  contenant  des  observations  contraires,  toutes  les 
autres  forment  un  ensemble  de  plus  d'un  millier  de  faits  cliniques  détaillés  et 
bien  observés  qui  sont  favorables  à  la  thérapie  sulfUique  (1). 

C'est  ainsi  que  les  médecins  qui  ont  essayé  les  sulfites  dans  les  f/tcm 
éruptwes,  ont  pu  constater  que  leur  effet  pour  msûiriser  le  cours  de  la  maladie, 
pour  en  empêcher  la  malignité,  et  obvier  aux  successions  morbides,  aux  méta- 
stases, aux  résorptions  purulentes,  etc.,  est  des  plus  prononcés. 

C'est  ainsi  que  dans  les  fièvres  intermittentes  paludéennes,  les  sui/U»  ont  été 
reconnus  posséder  une  activité  eurative  eipr&phy lactique  égale  et  même  supérieure 
au  quinquina;  je  dis  supériewrey  puisque  bien  des  fièvres  intermittentes  rebelUs  a 
la  quinine  ont  cédé  aux  sulfites,  ainsi  que  le  professeur  Galtigo  (de  Florence), 
pour  taire  les  autres,  a  pu  remarquer  (2),  et  les  réddines,  les  reliquats  morbides, 
et  les  engorgem^Qtts  cachectiques  sont  bien  moins  fréquents  après  le  traitement 
sulfitique  qu'après  celui  fait  avec  les  préparations  de  quinquina. 

Les  tableaux  statistiques  recueillis  dans  le  Mémoire  de  ISM  mettent  ce  résultai 
hors  de  doute  (3). 

C'est  ainsi  que  dans  les  fièvres  iyphoUks  exafUhématiques^  ou  œntoffieuses,  et 
même  dans  le  stade  de  rdoc^a  typhoïde  du  choléra,  les  sulfites  ont  été  con- 
statés être  des  remèdes  i»'écieux,  avec  lesquels,  seuls,  on  peut  presque  entière- 
ment faire  toute  la  cure  de  ces  maladies  (docteurs  Vill,  Joussdin,  Primenens, 
Pensinali).  ' 

Et  dans  les  fièvres  pyohémiques,  dans  les  résorptions  putrides,  dans  les  fièvres 
d'hôpital  etc.,  l'administration,  soit  curative,  soit  dans  un  but  expérimental  des 
tuiptes,  a  été  reconnue,  par  plusieurs  médecins  et  chirurgiens  des  différentes 
contrées  d'Italie,  des  plus  utiles,  et  quelquefois  d'ua  effet  merveilleux.  La 
fièvre  puerpérale,  en  tant  que  produite  par  un  traumatisme  des  parties  génitales, 
qui  favorise  la  résorption  de  matières  putrides,  a  été  traitée  par  les  sulfites  à 

(i)  J'en  présente  le  Catalogue, 

(2)  Viglezzi,  hôpitfil  de  Milan  ;  Cercsaai,à  Bareggio  ;  Parigini,  Grosseto  Gapparelli,  i  Napies. 

(3)  Yu  le  nombre  des  faits  qui  appuient  toujours  plus  cette  efficacité  fébnfuge  des  sulfites 
et  l'importance  d'avoir  Un  remède  d'une  action  plus  durable^  de  possible  application  prophy- 
lactique, et  surtout  moins  coûteux  que  la  quinine,  dans  un  pays  comme  l'Italie^  où  les  fièvres 
paludéennes  et  exantbématiques  sont  endémiques  en  plusieurs  contrées,  le  Royal  Inslitst 
des  sciences  de  Lombardie,  dans  sa  séance  du  15  juillet  dernier,  a  ouvert  le  concours  î  m 
prix  de  S5eo  fi*.,  pour  un  Mémoire  dans  lequel  les  vertus  fébrifitges  des  sullltes 
déaumliéec,  en  cooiparation  des  autres  remèdes  jusqu'ici  employés. 


POIXL    -*  SDLFITES  ET  HYPOSULFITES.  ft9i 

rintérieuT  et  en  injections^  avec  succès,  à  Milan  (Lappat^,  à  Turin  (Ferrini), 
à  Londres  (Snow-Beck),  pour  en  citer  quelques-uns. 

L'afiection  grave  et  très-dangereuse  que  les  auteurs  de  ranatomie  et  les  dissec- 
teurs connaissent  sous  le  nom  de  piqûr$  anatomique,  a  aussi  été  guérie  avec  un 
traitement  sulûtique  courageux,  par  le  docteur  Baslieri,  chirurgien  en  chef  de 
l'hôpital  de  Milan^  qui  avait  peu  de  temps  auparavant  vu  périr  deux  de  ses  col- 
lègues de  la  même  maladie,  malgré  la  thérapie  la  plus  active.  (Ces  ohserva- 
tiens  cliniques  ont  été  publiées.) 

Je  passerai  sous  silence  les  nombreuses  et  utiles  applications  de  ces  nouveaux 
remèdes  dans  la  médecine  vétérinaire,  dans  la  morve  et  le  larcin  des  chevaux, 
dans  la  fièvre  carbonculaire  (anthrax)  et  dans  la  fièvre  typhoïde  des  bêtes  à 
cornes,  pour  ne  rappeler  que  l'usage  des  sulfites  dans  la  médecine  extérieure,  c'est- 
à-Hiire  dans  le  pansement  des  plaies  et  des  blessures. 

La  solution  du  sulfite  de  soude  dans  5  à  10  parties  d'eau,  seules  ou  en 
mélange  avec  la  glycérine,  ou  avec  le  glycérolé  d'amidon,  introduite  d'abord 
dans  les  infirmeries  chirurgicales  de  la  clinique  de  Gand  par  le  professeur 
Burggraeve,  puis  dans  les  salles  chiiiirgicales  du  grand  hdpit«J  de  Milan  par  le 
docteur  Swith,  chirurgien  en  chef,  a  fini  par  être  substituée  à  toute  autre  médi- 
cation :  onguents.  Uniment,  eaux  phagédéniques,  coaltar,  permanganates,  etc., 
tous  ont  été  remplacés  par  le  sulfite  ou  mieux  par  le  bisulfite  de  soude  en 
solution.  Cette  application  a  été  constatée  d'une  incomparable  activité  désinfec- 
tante, cicatrisante,  et  même  anesthésique  sur  les  plaies  des  brûlures,  des  écra- 
sements, dans  les  gangrènes,  etc.  L'absence  de  toute  odeur,  de  toute  couleur, 
l'absence  de  tache  sur  le  linge,  et  le  bas  prix  du  sulfite  de  soude,  ne  sont  pas 
les  dernières  prérogatives  de  ces  remèdes. 

Après  le  récit  de  toutes  ces  propriétés  thérapeutiques  des  sulfites,  permettez- 
moi,  honorables  confrères,  que  je  vous  déclare  que  ces  remèdes  ne  sont  pas  une 
ptmoùie.  Je  tiens  à  repousser  cette  qualification  de  la  thérapie  solfitique  ;  j'invite 
an  ccmtraire  tous  mes  cdlègnes  à  me  fUre  des  objections,  à  me  communiquer 
des  faits  cliniques  contraires,  niai»  bien  observés,  et  je  les  accneUlerai  avec 
pins  d'empressement  qae  les  ftdts  favorables,  bien  sûr  d'en  recevoir  une  plus 
^rrande  instruction. 

Mais  d'après  mes  observations  répétées,  et  celles  d'un  grand  nombre  de  méde* 
cins  de  l'itdie,  nous  pouvons  dès  à  présent  vo«s  recommander  les  siuiftes  : 

1*  Connue  le  premier  remède  dont  on  connaisse  la  manière  ^offir.  On  a  des 
idées  iMen  définies  sur  la  manière  par  laquelle  les  sulfites  empêchent  ou  arrêtent 
les  fermentations;  mais  on  ne  connaît  pas  la  raison  par  laquelle  le  <fatnqnina 
est  fébrifi»ge,  le  mercure  est  mHsyphOitêqmy  l'opium  est  séékUif,  le  tartre  stibië 
romitif,  etc.  Ce  sera  donc  le  premier  rewiéde  rationnel,  parmi  les  empîriqnes  qui 
forment  presque  tout  le  patrimoine  de  notre  matière  médicale. 

2^  Le  premier  remède  qui,  étant  d'une  action  connue^  a  pu  être  préconisé 
d'avance  dans  certaines  maladies,  et  son  efficacité  y  a  été  confirmée  par  Tobser- 
vation  clinique,  c'est-à-dire  le  premier  remède  qui  n'ait  pas  été  indiqué  par  le 
hasard. 

Les  sulfites  sont  un  remède,  peut-être  le  seul,  qui  unit  à  une  efficacité  bien 
prononcée,  dans  plusieurs  maladies  des  plus  graves,  la  phis  grande  innocuité.  Ils 
ne  peuvent  jamais  devenir  toxiques,  même  lorsqu'ils  sont  erronénient  administrés 
k  dose  excessive.  Ils  remplissent  complètement  le  vœu  si  fréquemment  formulé 
în  vain  :  primûm  non  nocere. 


&92     CONGRÈS  MÉDICAL  INTERNATIONAL.   —  DEUXIÈME  SÉANCE   DU  80IR. 

Un  remède  qui,  étant  d'une  manière  d'agir  connue^  et  d'une  parfaUe  tnnocttitéj 
peut  être  employé  en  médecine  aussi  : 

1*  Comme  réacHf  nosologique  ou  moyen  explorateur  de  la  condition  d'une  mala- 
die» ou  comme  un  moyen  gimpHficatevur  de  sa  condition  compliquée. 

2*  Comme  moyen  d'étude  de  l'action  d'autres  remèdes»  déjà  aTantageusement 
employés  en  médecine»  comme  c'est  par  exemple  le  cas  de  la  quinine  dont  l'ac- 
tion thérapeutique  a  été  fort  élucidée  par  les  essais  cliniques  comparatifs  avec  les 
sulfites. 

Un  remède  enfin  qui  est  de  tous  le  plus  économique»  qui»  tu  son  efficacité^ 
est  certainement  celui  qui  revient  à  plus  bas  prix  de  tous  les  remèdes  de  la 
matière  médicale»  ce  qui  n'est  pas  de  peu  d'importance  pour  les  hôpitaux  et  pour 
le  service  des  pauvres  de  la  campagne  (1). 

Je  répète»  les  sul/Ues  ne  sont  pas  une  panacée  ;  mais  comme  leur  action  ne  n 
pas  directement  contre  la  cause  morbifique»  ou  le  ferment  spécifique  des  diverses 
maladies»  ce  qui  exigerait  un  moyen  différent  selon  la  variété  des  ferments 
mais  qu'elle  s'exerce  sur  la  matière  organique  fermentescible  qui  fait  partie  de 
notre  économie»  et  à  laquelle  ils  donnent  une  résistance  et  une  réfractivité  parti- 
culière à  l'action  des  ferments  morbifiques»  comme  ils  en  causent  la  destruc- 
tion ou  la  mort  par  inanition  ou  par  assimilation»  il  est  clair  que  ces  agents  thé- 
rapeutiques pourront  être  employés  contre  toule  une  grande  famiUe  demaladie^, 
celles  qui  tiennent  à  une  dyêcrasie  zymotique,  et  qui  est  peut-être  la  plus  nom- 
breuse, la  plus  obscure  et  la  plus  rebelle  aux  traitements. 


M.  le  professeur  Ci^e^  met  en  doute  l'utilité  des  sulfites  et  hyposulfites  dans 
les  cas  indiqués  par  l'honorable  préopinant.  M.  Crocq  a  employé  les  hyposulfites 
dans  une  épidémie  de  variole  très-grave»  sanà  obtenir  le  moindre  résultat  po- 
sitif. Quelques  malades  ont  guéri  avec  leur  emploi»  mais  d'autres»  dans  le» 
mêmes  conditions»  guérissaient  aussi  sans  en  prendre.  Pour  ce  qui  concerne  B 
piqûres  anatomiques»  je  me  suis  fait  pour  ma  part»  dit  M.  Crocq»  une  diiaine 
de  piqûres»  je  n'en  ai  traité  aucune»  et  n'ai  jamais  éprouvé  d'accidents  graves, 
en  sorte  qu'on  ne  peut  tenir  compte  de  quelques  faits  isolés  de  guérison.  Tù 
employé  aussi  ces  médicaments  dans  la  phthisie  pulmonaire  qui»  d'après  Ville- 
min»  serait  une  des  maladies  infectieuses  rentrant  dans  celles  que  guérissent 
les  hyposulfites,  et  je  n'ai  jamais  rien  obtenu.  Relativement  à  l'action  intime  de 
ces  médicadients  sur  les  tissus,  je  crois  qu'ils  sont  simplement  des  réduisante. 

M.  le  docteur  Polll.  —  Que  M.  Crocq  me  permette  de  lui  poser  une  question  : 
Quel  est  l'hyposulfite  dont  il  s'est  servi? 

M.  Crmeq,  —  L'hyposulfite  de  soude. 

H.  9Mê,  —  C'est  avec  le  sulfite  de  soude  et  le  sulfite  de  magnésie  que  me< 
expériences  ont  été  faites»  et  les  résultats  contradictoires  n'ont  rien  de  sor- 

(1)  Le  sulfite  de  magnésie  très-pur  est  livré  par  les  fabriques  ilaliennet  à  4  fr«  le  kilo. 
Le  sulfite  de  soude,  qui  se  contomme  en  grand  dans  les  fabriques  de  papier^  ravieat  i 
1  fr.  20»  et  Vhyposulfite  de  soude  ne  coûte  guère  que  80  centimes. 


MILLIOT.  —  DE  LA  St^LÀRGHNOSCOPIE  PAR  TRANSPARENCE.  &03 

prenant.  Pour  ce  qui  est  de  leur  action  dans  les  maladies  par  fermentation  mor- 
bide^ j'ai  invoqué  plusieurs  milliers  de  faits,  et  en  particulier  dans  une  ë[^dé- 
mie  de  variole  obsenrée  à  l'hôpital  de  Milan  :  sur  22  cas  des  plus  graves  traités 
par  ma  méthode^  18  ont  guéri.  Je  renvoie^  du  reste^  à  mes  tableaux  de  sta- 
tistique. 


«  liA  SPIiANCHNOSCOPIB  9AWL  TRAltfSPABBMCfi 

PAR   M.   LB  DOCTEUR  MILUOT   (DE  KIBW) 


Messieurs, 

En  soumettant  à  votre  bienveillante  appréciation  ces  quelques  notions  som- 
maires sur  la  splancbnoscopie  par  transparence,  ou,  ce  qui  serait  peut-être  plus 
exacl,  par  translucidité,  j'ai  eu  le  désir  plutôt  d'attirer  votre  attention  sur  une 
méthode  d'exploration  médicale  peu  usitée  jusqu'ici,  que  de  vous  présenter  une 
idée  nouvelle. 

Si  nous  entrons  dans  le  domaine  du  diagnostic  médical,  nous  trouvons  que, 
dans  les  maladies  dites  internes,  les  médecins  n'ont  point  fait  de  cas  de  l'inves- 
tigation par  transparence;  quant  aux  chirurgiens,  c'est  à  peine  s'ils  l'ont  ap- 
pliquée et  continuent  à  l'appliquer,  comme  vous  le  savez,  dans  le  diagnostic  de 
l'hydrocèle  et  de  quelques  tumeurs  cystiques  situées  à  la  superficie  du  corps. 

J'ai  cru,  pour  ma  part,  que  nous  devions  faire  un  plus  grand  usage  de  ce 
moyen  d'exploration,  et  depuis  plusieurs  années  je  poursuis  le  problème,  un  peu 
hardi,  sans  doute,  de  somatoscopie  générale  par  transparence,  c'est-à-dire  de 
rendre  tout  le  corps  humain  aussi  translucide  que  le  sont  nos  doigts  mis  au  de- 
vant d'une  bougie. 

il  m'a  été  impossible  jusqu'à  ces  derniers  temps,  et  par  des  circonstances  in- 
dépendantes de  ma  volonté,  de  faire  les  expériences  nécessaires  sur  l'homme  ; 
et  ce  n'est  seulement  que  peu  avant  le  Congrès  que  j'ai  pu,  grâce  aux  appareils 
de  l'un  des  fabricants  les  plus  distingués  de  Paris,  M.  Lûer,  introduire  dans  la 
bouche  de  l'homme,  et  les  cavités  splanchniques  des  animaux,  une  lumière  asseï 
intense  pour  rendre  transparentes  leurs  parois,  et  dont  le  calorique  ne  gênât  pas 
en  même  temps  l'emploi.  C'étaient  deux  conditions  d'une  très-grande  impor- 
tance, et  dont  avait  tenu  compte  M.  Fonssagiîves,  dans  la  communication  si 
intéressante  sur  l'éclairage  artificiel  des  cavités  du  corps  à  l'aide  des  tubes 
lumineux,  que  firent  en  son  nom,  dans  la  séance  du  23  janvier  1860,  à  l'Aca- 
démie des  sciences,  MM.  Despretz  et  Cl.  Bernard. 

Les  tubes  lumineux  de  Geissler,  qu'employa  l'auteur  mentionné,  et  que  lui 
construisit  M.  Ruhmkorff,  ne  répondirent  pas  à  son  attente,  et  c'est  ce  qui  pro- 
bablement le  détermina  à  abandonner  son  idée  et  ses  expériences. 

M.  J.  Bruck,  dentiste  de  Breslau,  s'inspirant  de  la  remarque  qu'avait  laite  dans 
la  même  ville  le  créateur  de  la  galvanocaustique^  M.  Middeldorpf,  de  la  vive  clarté 


&M      CONGRÈS  MÉDICAL  INTERNATIONAL.   —  DEUXIÈME  SÉANCE  DU  SOIE. 

» 

jetée  sar  les  dents  et  les  parties  adjacentes  par  la  lumière  galvanique,  construisit 
en  1865  son  stomatoscope^  dans  lequel  il  substitua,  au  tube  de  Geisder,  U  la- 
mière  d'un  fil  de  platine. 

Aidé  par  la  coopération  intelligente  de  M.  Lûer,  je  substituai  moi  aussi,  au 
tube  de  Geissler,  la  lumière  d'un  fil  de  platine  tordu  en  spirale,  et  dont  les  deiu 
extrémités  sont  soudées  dans  deux  ûls  de  cuivre.  Nous  arrivâmes  par  là  à  des 
résultats  suffisants,  à  savoir  :  nous  obtînmes  un  éclairage  assez  intense  pour  ré- 
pondre au  but  que  nous  nous  proposions,  et  un  calorique  dont  nous  pouvions 
nous  rendre  maîtres  à  tout  moment,  et  qui  au  fond,  comme  vous  le  verrez,  n'est 
pas  trop  gênant.  Une  fois  la  chose  constatée,  M.  Lûer  se  mit  à  construire  des  ap- 
pareils, qu'il  est  en  trdn  de  perfectionner  en  ce  moment,  et  au  moyen  desquels 
il  est  facile  de  démontrer  sinon  la  facilité,  du  moins  la  possibilité  d'employer  la 
méthode  d'exploration  que  j'ai  l'honneur  de  vous  soumettre. 

Ces  appareils  sont  simplement  des  tubes  de  verre  fusible  simples  ou  doubles, 
dans  l'intérieur  desquels  se  trouvent  les  fils  de  platine  et  de  cuivre  sus-men- 
tionnés.  Les  fils  de  cuivre  sont  joints,  à  l'aide  d'un  manche  d'ivoire,  aux  élec- 
trodes d'un  appareil  de  Middeldorpf.  Au  moyen  d'un  bouton  du  manche,  on  peut 
développer  dans  les  tubes  un  jet  de  lumière  qu'on  peut  aussi  arrêter  à  volonté. 
Nous  introduisons  donc  un  de  ces  tubes  d'une  certaine  dimension,  par  exemple 
d'un  quart  de  centimètre  de  diamètre  aur  20  centimètres  de  longueur,  dans  le 
rectum  d'un  chat  ou  chien,  je  suppose,  et  voyons  par  transparence  leurs  parois 
abdominales.  La  même  chose  a  lieu  avec  un  tube  introduit  dans  l'estomac  de  ces 
animaux. 

N'ayant  pu  pour  le  moment  faire  mes  expériences  sur  des  malades^  j'ai  essayé 
du  moms  de  voir  sur  des  cadavres  humains  jusqu'où  je  pouvais  aller  avec  m» 
tubes.  Avec  un  tube  de  2  centimètres  et  demi  de  diamètre  sur  20  centimètres  de 
longueur,  j'ai  pu  arriver  dans  le  rectum  jusqu'au  commencement  de  l'S  da 
côlon.  11  faut,  en  introduisant  l'instrument,  et  immédiatement  après  avoir  passé 
le  sphincter  externe,  le  Ikire  basculer  en  arrière,  à  cause  de  l'infundibulum  du 
rectum,  de  manière  à  le  diriger  vers  le  sacrum,  puis  relever  son  bout,  et  le 
pousser  vers  le  côlon  iliaque;  j'ai  attehit  ainsi,  sur  le  cadavre  d'un  homme d'ane 
trentaine  d'années,  la  paroi  abdominale,  au  point  correspondant  à  peu  près  au 
milieu  de  la  ligne  allant  de  l'ombilic  à  l'épine  iliaque  antérieure  supérieure. 
Avec  un  tube  de  caoutchouc,  au  bout  duquel  serait  adaptée  une  olive  de  verre, 
on  pourrait,  je  crois,  aller  plus  loin  ;  ceci,  du  reste,  est  une  question  de  perfec- 
tionnement de  l'instrument,  et  M.  Lûer,  j'espère,  la  résoudra. 

J'ai  essayé  aussi  d'atteindre  l'estomac,  et  j'ai  pu  le  faire  en  renversant  la  tête  du 
cadavre  en  arrière,  et  en  introduisant  par  la  bouche,  dans  l'œsophage,  un  tube 
de  12  millimètres  de  diamètre  sur  65  centimètres  de  longueur.  J'aurais  pu  in* 
troduhre  un  tube  plus  gros,  si  ce  n'étaient  les  cartilages  du  larynx  ;  cependant 
j'ai  observé  qu'en  faisant  dans  l'œsophage  l'introduction,  pour  ainsi  dire  forcée^ 
le  larynx  se  déplace  un  peu  du  côté  droit,  et  par  conséquent  oppose  aux  tobes 
moins  d'obstacle  qu'on  ne  serait  porté  à  le  croire  de  prime  abord.  Cest  ce  qui 
nous  explique  comment  les  jongleurs,  qui,  eux  aussi,  renversent  la  tête  en  ar- 
rière, peuvent  si  facilement  introduire  des  épées  dans  leur  estomac. 

Je  passe,  messieurs,  sur  les  cavités  buccales  et  nasales,  sur  la  trompe  d'Eus- 
tache,  le  vagin,  etc.  J'arrive  à  l'application  pratique  de  notre  méthode. 

M.  Fonssagrives,  dont  je  me  plais  à  rappeler  ici  le  nom,  avait  indiqué  d'une 
manière  générale  Tapplioation  de  l'édainige  artificiel  :  1*  comme  moyen  d'ex- 


MILLIOT.   —  DE  LA  SPLANGHlfOSGOnE  PAE  TRANSPABENCB.  695 

lilontkni  diagnostique  des  voies  organiques  aceessiUes;  2*  pour  seconder  Taclion 
expérimentale,  et  2^*  dans  certaines  opérations  :  staphylonrhiqiiiie,  fistules  vésico- 

raginales,  etc. 

Je  serai  plus  précis,  et  indiquerai  les  maladies  dans  lesquelles  nous  pouvons 
tirer  parti  de  T  exploration  par  transparence  : 

1*  Certaines  maladies  des  parois  de  la  cavité  buccale,  par  exemple  les  mala- 
dies des  dents,  si  bien  indiquées  par  M.  Bruck,  dans  sa  brochure  sur  «  le  stomato- 
scope,  D  les  tumeurs  c^stiques  des  mâchoires,  et  ainsi  de  suite. 

2*  Les  tumeurs  de  la  cavité  abdomi|ial£«  avec  ou  saos  ascite  :  ici,  je  veux  in- 
sister sur  les  kystes  de  l'ovaire  surtout.  Qui  de  vous,  messieurs,  ne  connaît  pas  la 
difficulté  qu'il  y  a  à  bien  diagnostiquer  ces  tumeurs,  difficulté  d'autant  plus 
grave,  qu'il  s'agit  pour  nous  de  poser  les  indications  de  l'ovariotomie.  Je  crois, 
qu'au  moyen  de  l'éclairage  intra-abdominal  (par  le  vagin  et  l'anus  simultané- 
ment), et  extra-abdominal,  nous  arriverions,  tout  en  tenant  compte  des  autres 
signes  diagnostiques,  à  mieux  distinguer  les  tumeurs  cystiques,  qu'on  ne  l'a 
fait  jusqu'ici,  peut-être  aussi  leur  quantité,  et  même  leurs  adhérences  à  la 
paroi  abdominale.  Nous  serions  donc  à  l'abri  des  erreurs,  que  nous  ne  pouvons 
aujourd'hui  bien  souvent  éviter. 

3*  Les  calculs  et  tumeurs  de  la  vessie. 

Je  ne  veux  pas  aller  plus  loin,  et  citer,  par  exemple,  certaines  maladies  des 
parois  nasales  et  du  larynx,  de  l'oreille  ;  certaines  affections  utérines,  les  dystocies, 
par  exemple  ;  la  grossesse  elle-même,  l'iléus,  etc.  Je  ne  signalerai  aussi  qu'en 
passant  l'exploration  par  éclairage  extra-splanchnique  et  extra-somatlque  :  il 
est  de  toute  évidence  qu'en  appliquant  un  tube  lumineux  contre  un  côté,  par 
exemple,  de  l'hydrocèle,  des  kystes,  et  ce  qui  n'a  pas  été  fait  encore,  de  l'ascite, 
je  pense  même  de  l'hydrocéphalie,  et  en  examinant  dans  l'obscurité  le  côté  op- 
p<)sé,  nous  aurons  une  transparence  bien  plus  grande  que  celle  que  produit  une 
bougie  ou  un  rat  de  cave,  dont  nous  nous  servons  généralement. 

Je  m'arrête,  messieurs,  et  préfère  attendre  les  faits.  Je  ne  me  fais  pas  d'illu- 
sions :  j'ai  fait  devant  vous  des  expériences,  je  dirais  presque  grosso  modo, 
sans  déterger,  par  exemple,  le  rectum,  comme  on  peut  le  faire  si  facilement, 
et  avec  des  appareils  encore  imparfaits.  Je  me  suis  servi  d'une  source  lumi- 
neuse, l'appareil  de  Middeldorpf,  qui  présente  quelques  difficultés  dans  son 
emploi  journalier  ;  mais  j'ai  voulu,  avant  tout,  exposer  la  nouvelle  méthode.  Et 
puisqu'on  n'oublie  point,  si  nous  ne  trouvons  pas  une  autre  lumière,  que  l'élec- 
tricité, comme  la  vapeur,  est  au  seuil  de  notre  vie  privée,  et  qu'elle  frappe  déjà, 
je  puis  le  dire  à  la  lettre,  à  nos  portes. 

Puissent  ceux  d'entre  vous,  messieurs  et  honorables  confrères,  que  ma  commu- 
nication aura  convaincus  et  qui  disposent  en  ce  moment  de  plus  de  moyens  que 
moi,  et  ici  je  fais  appel  surtout  aux  ovariotomistes,  entrer  le  plus  vite  possible 
dans  la  voie  que  j'ai  eu  l'honneur  de  vous  indiquer,  et  réaliser  les  premiers  nos 
espérances,  au  grand  bénéfice  de  leurs  malades. 

Le  temps  jugera  notre  méthode,  et  je  serai  le  premier  à  l'abandonner  si,  de 
hardie  qu'elle  est,  elle  devenait  téméraire. 

n  me  reste  encore  à  remercier  M.  Lûer  pour  sa  coopération  à  mes  expé- 
riences,— coopération  d'autant  plus  empressée,  que  lui  aussi,  depuis  bon  nombre 
d'années,  caressait  l'idée  de  rendre  l'homme  transparent;  tant  0  est  vrai,  mes- 
sieurs, que  lorsqu'une  idée  germe  dans  l'atmosphère  du  progi'ès,  tout  le  monde 
la  respire. 


496     CONGRÈS  MÉDICAL  lEiTERNATIONAt.  —  DEUXIÈME  SÉANCE  DU  8011. 

Après  la  lecture  de  ce  mémoire,  la  séance  est  interrompue  un  instant  pour 
que  les  membres  du  Congrès  puissent  assister  à  la  démonstration  qui  est  laite 
par  M.  Milliot,  dans  la  salle  des  délibérations  de  la  Faculté. 


TBArriMBlVT  BB  LA  RrÉPHBITB  PABBNCHYMATBTOE 


PAR  M.  LE  PROFESSEUR  CROGQ   (DE  BRUXELLES). 


Les  travaux  accomplis  dans  ces  dernières  années  ont  démontré  que  l'albumi- 
nurie, ou  maladie  de  Bright,  ne  constituait  pas  un  état  pathologique  unique, 
mais  que  sous  cette  dénomination  on  confond  plusiem*s  maladies  diCférentes.  Je 
ne  m'occuperai  pas  ici  de  l'albuminurie  passagère  qui  survient  accidentellement 
dans  certaines  circonstances^  ni  de  celle  qui  accompagne  certains  cas  de  mala- 
dies organiques  du  cœur;  je  m'occuperai  uniquement  de  celle  qui  a  pour  point 
de  dépai*t  une  lésion  propre  des  reins.  Pour  que  cette  lésion  produise  le  sym- 
ptôme albuminurie,  il  faut  qu'elle  intéresse  l'appareil  uropoiétique^  c'est4-<iire 
les  canalicules  urinifères  et  les  corpuscules  de  Malpighi.  Les  alTections  qui  sont 
dans  ce  cas  sont  au  nombre  de  trois  :  la  néphrite  catarrhale^  qui  s'obsene 
généralement  dans  la  scarlatine  et  pendant  la  grossesse;  la  dégénérescence  amy- 
loïde  des  reins,  et  la  néphrite  parenchymateuse,  ou  néphrite  albumineuse  pro- 
prement dite.  Si  je  ne  mentionne  pas  ici  deux  autres  états  qu'on  a  quelquefob 
associés  aux  précédents,  la  néphrite  interstitielle  et  la  dégénérescence  graisseuse 
des  reins,  ce  n'est  pas  par  oubli,  c'est  parce  que,  pour  moi,  leur  place  n'est  pas 
ici.  La  dégénérescence  graisseuse  du  rein  est  de  deux  espèces  :  ou  bien  elle  est 
idiopathique,  ou  bien  elle  constitue  la  période  ultime  de  la  néphrite  parenchyma- 
teuse.  Cette  deiiiière  ne  doit  évidemment  pas  ôtre  mentionnée  à  part;  ce  n'e>t 
pas  une  maladie  distincte,  mais  une  période  d'une  autre  affection.  Au  contraire 
de  la  première,  elle  ne  donne  pas  lieu  à  l'albuminurie. 

La  néphrite  interstitielle,  qui  amène  généralement  l'hyperplasie  du  tissu  coo- 
nectif  des  reins,  et  quelquefois  des  abcès,  ne  compte  pas  non  plus  ralbumi- 
nurie  parmi  ses  symptômes.  Je  sais  bien  que  quelques  auteurs  ont  prétendu  le 
contraire  ;  mais  évidemment  il  n'y  a  pas  excrétion  d'albumine  tant  que  réptlbif- 
lium  des  éléments  uropoiétiques  reste  intact.  Dès  qu'il  y  a  albuminurie,  il  y  & 
altération  de  ces  éléments,  et  par  conséquent  à  la  néphrite  interstitielle  vient  $e 
joindre,  à  titre  de  complication,  la  néphrite  parenchymateuse  ou  albumineuse. 

J'ai  voulu  avant  d'aborder  directement  mon  sujet,  établir  ces  principes,  qui  le 
circonscrivent  en  quelque  sorie.  Lorsque  nous  préconisons  une  méthode  de  trai- 
tement contre  une  maladie  quelconque,  il  impolie  avant  tout  de  bien  circon- 
scrire les  états  pathologiques  dont  on  traite,  de  bien  asseoir  le  diagnostic. 

Cela  fait,  je  vous  dirai,  messieurs,  que  mon  intention  n'est  pas  de  vous  entre- 


CBOGQ,  —  TRAITEMENT  DB  LA  NËPHRITB  PARBNCHTMATEUSE.  &97 

tenir  du  traitement  de  la  néphrite  catarrbale^  affection  simple,  cédant  souvent 
iTexpectation  ou  à  mi  régime  léger,  auquel  on  peut  associer,  dans  les  cas  les 
plus  graves^  le  nitre  ou  de  légers  purgatifs. 

Je  ne  vous  parlerai  pas  davantage  de  la  dégénérescence  amyloîde>  mais  pour 
des  raisons  opposées  :  si  la  néphrite  catarrhale  guérit  trop  facilement,  la  dégéné* 
rescence  amyloîde  ne  guérit  pas  du  tout  ;  au  moins  jusqu'à  présent^  sauf  bien 
entendu  le  cas  où  la  syphilis  la  tient  sous  sa  dépendance,  je  ne  connais  en 
réalité  aucun  traitement  qui  lui  soit  applicable  avec  succès. 

L'affection  du  traitement  de  laquelle  je  me  propose  de  vous  entretenir,  c'est 
donc  la  néphrite  parenchymateuse  ou  néphrite  albumineuse  proprement  dite. 

Je  ne  vous  parlerai  pas  de  TalTection  aiguë  3  le  traitement  des  pblegmasies 
aiguës  lui  est  de  tout  point  applicable,  et  en  général,  à  moins  de  circonstances 
spéciales,  il  y  réussit  parfaitement. 

La  forme  chronique  au  contraire^  qu'elle  soit  primitive  ou  consécutive  à  la 
forme  aiguë,  constitue  l'une  des  aflections  les  plus  graves  que  le  médecin  puisse 
être  appelé  à  traiter,  à  tel  point  que  les  praticiens  les  plus  expérimentés  la 
considèrent  conmie  généralement  rebelle  à  tous  les  efforts  de  l'art.  Je  suis 
heureux  de  pouvoir  vous  dire,  messieurs,  qu'à  mes  yeux,  elle  a  beaucoup  perdu 
de  sa  gravité,  et  que  dans  beaucoup  de  cas  je  puis  porter  à  son  égard  un  pnn 
nostic  moins  f&cheux  qu'on  ne  le  fait  d'habitude. 

J'éprouve  d'autant  plus  de  satisfaction  à  vous  communiquer  les  résultats  aux* 
quels  je  suis  parvenu,  que  la  méthode  employée  par  moi  n'est  nullement  le 
résultat  du  hasard^  ni  d'un  empirisme  aveugle,  mais  d'une  application  ration- 
nelle de  nos  connaissances  anatomo-pathologiques.  C'est  à  l'amphithéâtre  que 
j'en  ai  conçu  l'idée^  et  l'événement  a  réalisé  mes  prévisions. 

Comme  vous  le  savez,  messieurs,  innombrables  sont  les  moyens  de  traitement 
que  l'ona  reconunandés  contre  cette  grave  maladie,  comme  du  reste  contre  toutes 
celles  réputées  incurables  ou  à  peu  près. 

Beaucoup  d'entre  eux  ont  eu  un  instant  de  vogue,  pour  bientôt  après  venir 
échouer  contre  la  triste  réalité. 

A  l'exemple  de  Frerichs,  je  distingue  dans  la  néphrite  albumineuse  trois 
périodes  distinctes  par  leurs  lésions  anatomiques  :  ce  sont  les  périodes  de  conges- 
tion, d'exsudation  et  de  transformation. 

Dans  la  première,  les  reins  sont  gorgés  de  sang  et  augmentés  de  volume;  la 
substance  corticale  est  plus  rouge  qu'à  l'état  normal,  et  la  réplétion  des  vaisseaux 
est  la  cause  de  ces  apparences.  Des  douleurs  lombaires,  qui  toutefois  manquent 
assez  souvent,  et  une  augmentation  parfois  considérable  de  la  quantité  d'urine, 
moins  dense  qu'à  l'état  normal,  tels  sont  les  phénomènes  qui  la  caracté- 
risent surtout  aux  yeux  du  clinicien.  Les  applications  de  ventouses  scarifiées 
dur  les  régions  lombaires,  les  purgatifs  salins,  le  calomel,  les  révulsifs  cutanés, 
et  surtout  les  cautères,  puis  enfin  certains  moyens  thérapeutiques  internes  qui 
paraissent  agir  en  diminuant  la  capacité  des  vaisseaux,  tels  que  le  tannin,  le  per- 
chlonire  de  fer,  sont  parfaitement  indiqués  pendant  cette  période,  et  leur 
emploi,  parfaitement  rationnel  du  reste,  y  est  assez  fréquemment  couronné  de 

succès. 

Malheureusement  il  n'en  est  plus  de  même  dans  la  deuxième  période  :  là,  ces 
ttioyens  n'ont  plus  qu'ime  action  nulle  ou  insuffisante  ;  les  cas  dans  lesquels  ils 
ont  réussi  sont  tellement  peu  nombreux,  qu'en  vérité  je  ne  sais  pas  si  Ton  peut 
bien  leur  en  faire  honneur.  Il  y  a  plus,  c'est  que  ces  agents  ne  peuvent  être 

32 


MS     CONGRÈS  MÊDICAl.  INTERNATIONAL.—  DEUXIÈME  SÉANCE  DU  SOIR. 

appliqués  qu'avec  une  grande  rëserve,  ou  sont  môme  absolument  contrc-indi- 
qués.  Pour  en  comprendre  les  raisons^  rappelons-nous  les  lésions  et  quelque- 
UDS  des  phénomènes  de  cette  phase  de  la  maladie. 

La  seconde  période  de  la  néphrite  albumineuse  est  caractérisée  anatoniiquo- 
ment  par  l'augmentation  de  volume,  tout  aussi  considérable  que  dans  la  prc- 
mière,  et  môme  encore  plus  ;  mais  la  vascularité^  au  lieu  d'être  augmentée,  est 
diminuée^  et  la  substance  corticale  offire  une  teinte  Jaunâtre;  souvent  runiformttc 
de  la  teinte  est  interrompue  par  des  granulations^  qui  pourtant  sont  loin  d'être 
constantes^  comme  on  Ta  longtemps  pensé.  En  même  temps^  le  sang  est  appauvri 
par  l'excrétion^  déjà  longtemps  continuée^  de  l'albumine  ;  les  infiltrations  sont 
souvent  considérables,  et  elles  tendent  à  augmenter;  la  quantité  d'urine  est 
moindre  qu'à  Tétat  normal,  et  ce  dernier  signe  constitue  pour  moi  un  caractère 
distinctif  de  premier  ordre  entre  cette  période  et  la  précédente. 

Ici,  les  émissions  sanguines  sont  généralement  contre-indiquées  ;  je  dirai 
même  qu'on  ne  doit  jamais  en  pratiquer,  à  moins  d'une  recrudescence  inflam- 
matoire, ou  d'une  oomplication  qui  les  motiverait,  l'appauvrissement  progressif 
du  sang  doit  autant  que  possible  les  ftdre  éviter.  Un  i^égime  réparateur,  analep- 
tique, ipais  non  excitant,  afin  de  ne  pas  augmenter  le  travail  dont  le  tissu  rénal 
est  le  siège,  doit  être  recommandé,  f--  Les  révulsif^  cutanés  ont  en  grande  partie 
aussi  perdu  leur  efficacité  ;  ils  ne  sont  pourtant  pas  directement  eontre-indiqués 
par  l'état  du  malade,  oomme  les  soustractions  de  sang.  Hais  une  autre  raison  doit 
mettre  en  garde  contre  eux  ;  riuflliration,  souvent  conaldërable  à  cette  période, 
est  souvent  très^prononcëe  à  la  région  lombaire,  lieu  d'élection  d'application  des 
oai^tères  ou  des  vésicatoires.  Ils*  deviennent  alora  IkcUement  le  point  de  départ 
d'érysipcles  ou  d'eschares  qui  ne  tardent  pas  à  amener  la  perte  du  malade. 

Les  purgatifs,  et  surtout  les  drastiques,  ont  rencontré  de  nombreux  partisans; 
de  prime  abord  on  se  sent  bien  disposé  àJeur  égard,  parée  que,  oomme  rëvulsifc 
et  oomme  spoliateurs  de  cotte  sérosité  qui  encombre  toutes  les  parties  de  Torga- 
nisme,  ils  paraissent  pai'faitement  appropriés  à  la  nature  des  phénomènes  que 
l'ou  observe.  Dans  certains  cas  sans  doute  leur  administration  a  produit  une  cer- 
taine amélioration  ;  mais  je  n'ai  jamais  vu  la  guérison  amenée  par  leur  usage,  et 
je  les  ai  vus  déterminer  des  accidents  qui  doivent  noua  mettre  fortement  en  garde 
contre  leui*  emploi.  Paiw  les  accidents  graves  de  cette  période  et  aussi  de  la 
troisième^  viennent  se  ranger  les  phénomènes  gastro-intettinaux,  et  surtout  la 
diarrhée.  CoUo-ci  épuise  les  malades;  elle  ne  diminue  généralement  pas  leur 
inOltration,  et  parfois  elle  pai'ait  l'augmenter  ;  elle  n'est  pas  seulement  oonsti* 
tuée  pa}*  de  l'eau,  mais  elle  entraîne  aussi  de  l'albumine,  et  vient  ainsi  joindre 
son  elTet  appauvrissant  à  celui  des  pertes  alhumineuses  produites  par  la  miction, 
elle  épuise  les  malades  et  les  jette  dans  le  collapsus^  elle  doit  donc  être  éTitée. 
Orj  cette  diarrhée,  due  à  un  catairhe  de  l'intestin,  succède  souvent  à  l'emploi 
de  purgatifs  trop  répétés,  et  j'ai  vu  dos  malades  emportés  de  cette  manière^  alors 
que  la  lésion  rénale  ne  semblait  pas  encore  suffisamment  avancée  pour  motiver 
l'issue  funeste.  Ou  peut  bien  de  temps  en  temps  administrer  un  purgatif,  mais 
leur  usage  fréquemment  répété  ne  peut  être  que  nuisible. 

Le  pevchlorure  de  fer  n'est  pas  toléré  par  la  plupart  des  patients;  pas  plus  que 
le  tannin,  il  n'a  légitimé  dans  le  traitement  de  cette  période  la  réputation  qu'où  a 
cherché  à  lui  faire. 


CKOCQ.  —  TRAITEMENT  DE  LA  WÉPHftlTE  PARENCHYMATEU8E.  499 

A  qnel  agent  thérapeutique  peut-on  donc  s'adresser  arec  quelque  espoir  de 
succès.  Pour  y  arriver,  Jetons  sur  les  lésions  anatomiques  un  coup  d'œil  un  peu 
plus  détaillé  que  celui  dont  je  me  suis  contenté  tantôt.  L'examen  microscopique 
démontre  l'existence  d'altérations  qui  portent  à  la  fois  sur  les  canalicules^  sur  le 
tissu  connectif  interstitiel,  et  sur  les  corpuscules  de  Malpighi.  Les  canalicules 
sont  plus  larges,  plus  volumineux  ;  leur  épithélium  est  farci  de  granules^  la  plu- 
part albuminoîdeS)  quelques-uns  graisseux  ;  par  places  ils  paraissent  remplis, 
soit  par  des  amas  de  cellules,  soit  par  des  matières  albuminoïdes  coagulées  sem^ 
blables  à  ces  cylindres  caractéristiques  qu'on  rencontre  dans  l'urine.  Le  tissu 
connectif  interstitiel  présente  une  infiltration  analogue  et  une  augmentation  de 
Tolume;  ses  cellules  sont  plus  distinctes,  plus  volumineuses,  et  il  y  en  a  sans 
doute  aussi  de  nouvelle  formation.  On  y  ttxsuve  en  quantité  plus  ou  moins  grande 
de  ces  corpuscules  granuleux  que  Gluge  a  découverts  et  désignés  sous  le  nom  de 
globules  inflammatoires.  Toutefois,  de  toutes  les  altérations,  la  plus  remarquable 
est  celle  qui  frappe  les  corpuscules  de  Malpighi,  et  elle  ne  me  parait  pas  avoii* 
suffisamment  appelé  l'attention  des  observateurs,  ni  avoir  été  appréciée  à  sa  Juste 
valeur.  Ces  corpuscules  sont  augmentés  de  volume^  leur  épithélium  est  altéré 
comme  celui  des  canalicules;  mais  la  lésion  la  plus  remarquable,  c'est  la  forma- 
tion d'une  capsule  ou  enveloppe  formée  de  cellules  fosiformes  (cellules  fibro- 
plastiques  de  Lebert)  en  grande  quantité,  qui  les  enveloppe  de  toutes  parts.  Dans 
un  rein  que  J'ai  sous  les  yeux,  les  glomérules  ont  0,028  à  0,39  de  millimétré 
de  diamètre,  et  oette  sone  de  tissu  néoplastique  a  atteint  0,06  à  0,07  dd  milli« 
mètre. 

Évidemment  une  pareille  altération  frappant  l'élément  le  plus  important  an 
rein  doit  avoir  les  conséquences  les  plus  graves  pour  ses  fonctions  et  son  avenir. 
Les  lésions  auxquelles  nous  devons  tâcher  de  remédier  ont  doue  pour  point  de 
départ  une  augmentation  de  l'activité  nutritive  et  génésique  des  éléments  épi- 
thcllaujc  et  oonnectifs  du  rein.  Celle  des  éléments  connectife,  de  laquelle  résulte 
la  formation  de  ces  éléments  fibro-plastiques  qui  enveloppent  les  glomérules^ 
est  dans  d'autres  circonstances  combattue  avec  succès  par  l'iodure  de  potassium, 
dont  tous  nous  connaissons  les  propriétés  résolutives.  Aussi  les  considérations  qui 
précèdent  m'ont-elles  conduit  à  mettre  en  usage  ce  médicament.  11  m'a  semblé 
devoir  agir  ici  avec  d'autant  plus  d'efficacité,  que  le  rein  constitue  sa  grande  voie 
d'élimination.  Ceci  est  à  tel  point  vrai,  qu'on  peut  à  volonté  transformer  l'urine 
en  une  solution  concentrée  de  ce  sel,  à  tel  point  que  l'addition  de  l'acide  nitrique 
la  colore  en  Jaune  foncé,  et  y  développe  à  un  haut  degré  l'odeur  spéciale  de  ce 
métalloïde,  et  que  l'addition  de  l'amidon  produit  une  coloration  violacée  telle- 
ment intense,  qu'elle  paraît  noire.  Et  le  résultat  n'a  pas  trompé  mon  attente  : 
depuis  sept  ans  que,  guidé  par  les  considérations  qui  précèdent,  j'ai  employé  le 
sel  iodique,  Je  lui  dois  non  pas  quelques  succès,  mais  des  çuccès  nombreux;  il 
n'est  pas  un  élève  ayant  suivi  ma  clinique  qui  n'ait  été  témoin  de  guérlsons  ou 
d'améliorations  notables  obtenues  dans  ces  conditions. 

En  entendant  ceci,  messieurs,  d'aucuns  d'entre  vous  auront  peut-être  éprouvé 
une  sorte  de  désappointement  ;  ils  se  sont  dit  :  mais  l'iodure  de  potassium  a  déjà 
été  essayé  dans  la  néphrite  albumineuse,  et  il  parait  n'avoir  pas  fourni  de  résul- 
tats bien  avantageux,  le  le  sais  aussi  bien  que  vous,  messieurs,  et  si  Je  ne  vous 
en  disais  rien  de  plus,  tous  ne  réussiriei  pas  non  plus,  et  vous  croiriez  que  Je 
me  suis  laissé  aller  à  des  illusions.  D  ne  suffit  pas  de  connaître  le  médicament, 
il  faut  connaître  aussi  la  méthode  d'après  laquelle  il  doit  être  employé,  la  for- 


500     CONGRÈS  UÉDIG4L  INTERNATIONAL. —  DEUXIÈMB  SËANGB  DU  SOIS. 

mille  de  son  administration.  La  condition  de  son  succès,  je  l'ai  indiquée  tantôt: 
c'est  que  la  transformation  des  urines  en  solution  iodique  concentrée  témoigne 
de  son  élimination  abondante  par  l'appareil  uropoiétique  ;  c'est  par  conséquent 
son  ingestion  à  doses  suffisamment  élevées  pour  atteindre  ce  résultat,  et  pltu 
elle  sera  élevée,  plus  on  a  de  chance  de  succès.  Je  commence  généralement 
par  2  ou  3«  grammes  dans  les  vingt-quatre  heures  ;  puis,  augmentant  de 
1  gramme  tous  les  deux  ou  trois  jours,  j'arrive  à  5,  6,  8, 10  grammes  et  même 
au  delà;  j'ai  déjà  atteint  les  chiffres  de  15  et  20  grammes  chez  des  malades  qui 
le  toléraient  bien.  La  limite  est  indiquée  par  la  tolérance  ;  toutefois  il  n'est  pas 
toujours  nécessaii'e  d'aller  aussi  loin.  Si,  avec  une  dose  de  5,  6  ou  8  gramme» 
en  vingt-quatre  heures,  l'amélioration  commence,  je  ne  vais  pas  au  delà;  si  elle 
ne  se  prononce  pas,  je  vais  plus  loin.  Ces  doses  vous  paraitront  sans  doute 
énormes  ;  mais  mes  expériences  m'ont  appris  que  ce  médicament  est  sentent 
toléré  en  quantité  bien  supérieure  à  celle  qu'on  administre  habituellement,  et 
que  cette  tolérance  est  encore  accrue  dans  la  néphrite  albumineuse,  où  elle 
atteint  peut-être  son  maximum.  Si,  dans  cette  affection,  vous  vous  bornez  à  en 
donner  50  centigrammes,  ou  bien  1,  2  ou  3  grammes,  vous  n'arriverez  à  aucun 
résultat,  et  c'est  sans  doute  pour  cette  raison  que  les  médecins  qui  l'ont  essayé 
avant  moi  n'ont  pas  reconnu  sa  puissante  efficacité.  Il  ne  faut  pas  oublier  non  plus 
qu'il  s'agit  d'une  maladie  chronique,  à  marche  lente,  dans  laquelle  les  tissus  ne 
se  modifient  que  lentement,  n'importe  dans  quelle  direction  ;  il  importe  en 
conséquence  de  ne  pas  se  décourager  trop  vite,  et  de  le  faire  prendre  pendant 
un  temps  assez  long  pour  que  ses  effets  puissent  se  manifester.  Bien  entendu 
que  de  temps  en  temps,  surtout  si  l'état  des  voies  digestives  l'indique,  on  peut 
diminuer  les  doses,  ou  même  les  suspendre  tout  à  fait,  pour  recommencer  au 
bout  de  quelques  jours.  Cependant  cette  précaution  n'est  pas  to\\jours  néces- 
saire. 

Son  action  favorable  se  manifeste  par  un  amendement  des  symptômes  en 
général,  et  surtout  par  la  diminution  dans  la  quantité  d'albumine  rejetée  ava* 
l'urine  et  par  celle  des  infiltrations.  Cependant  cette  dernière  action  peut  tarder 
plus  ou  moins  à  s'opérer,  et  il  m'est  arrivé  d'être  obligé  d'évacuer  la  sérosité 
par  des  scarifications,  chez  des  malades  qui  pourtant  guéiissaient.  J'ai  pu,  dan» 
ces  cas,  constater  que  la  sérosité  contenue  dans  le  tissu  cellulaire  possédait  une 
densité  supérieure  à  celle  du  plasma  du  sang,  ce  qui  rendait  impossible  ^a 
pénétration  endosmotiquc  dans  les  vaisseaux;  car  une  goutte  de  sang  sortie 
d'une  piqûre,  mélangée  à  cette  sérosité  et^soumise  tout  de  suite  au  microscope* 
montrait  ses  globules  rouges  rapetisses  et  déformés,  conmie  si  l'on  y  avait  ajouté 
une  solution  saline. 

A  aucun  moyen  thérapeutique  il  ne  faut  demander  l'impossible.  J'ai  limité 
l'action  curative  de  l'iodure  de  potassium  à  la  seconde  période  de  la  néphrite 
parenchymateuse  ;  on  comprend,  à  plus  forie  raison,  qu'il  soit  donné  aussi  a^ec 
succès  dans  la  première  et  qu'on  puisse  l'administrer  avantageusement  dans  h 
néphrite  catarrhale;  mais  on  aboutirait  à  de  fréquentes  déceptions  si  l'on 
voulait  exiger  de  lui  la  guérison  de  la  troisième  période.  Celle-ci  peut  >(^ 
présenter  sous  deux  formes  différentes  :  la  dégénérescence  graisseuse  et  la  dé- 
générescence ûbreuse.  Dans  la  première,  le  rein  garde  un  volume  considérablei 
souvent  encore  supérieur  à  son  volume  normal;  ses  éléments  cellulaires  de  nou- 
velle formation  sont  infiltrés  d'abondantes  quantités  de  graisse,  conmie  permet  de 
le  constater  l'examen  microscopique  des  cellules  épithéliales  et  des  cylindres 


CROGQ.  —  TRAITEMENT  DE  LA  NÉPHRITE  PÂRENGHYllATEUSIi*.         501 

eipulsésavec  Turine.  Celle-ci  peut  revenir  à  sa  quantité  normale  ou  môme  la 
dépasser.  Cette  transformation  est  tout  à  fait  au-dessus  des  ressources  de  la  théra- 
peutique et  nécessairement  mortelle. 

La  dégénérescence  fibreuse  est  caractérisée  par  l'organisation  et  la  rétraction 
d'un  tissu  connectîf  de  nouvelle  formation  autour  des  canalicules,  et  surtout 
autour  des  corpuscules  de  Malpighi.  Le  rein  ainsi  transformé  est  diminué  de 
Tolume,  bosselé^  induré  ;  le  calibre  de  ses  canalicules  est  diminué  ou  anéanti,  les 
gloméniles  sont  rapetisses  et  enveloppés  de  coques  fibreuses  qui  les  étreignent. 
La  sécrétion  urinaire  diminue  de  plus  en  plus  ;  les  éléments  épithéliaux  et  les 
cylindres  albuminoïdes  diminuent  aussi  et  peuvent  finir  par  disparaître  ;  et  il  en 
est  de  même  de  l'albumine,  que  Tonne  rencontre  quelquefois  plus  du  tout,  bien 
qu'on  examine  l'urine  plusieurs  jours  pendant  plusieurs  semaines.  On  comprend 
tout  de  suite  par  quel  mécanisme  cette  forme  procède  de  la  période  précédente, 
surtout  relativement  à  l'altération  des  coi*puscules  de  Malpighi.  On  comprend 
donc  comment  l'iodure  de  potassium,  convenablement  administré,  en  empêche 
le  développement.  Lorsqu'elle  existe  déjà,  cet  agent  thérapeutique  n'a  plus  la 
même  efficacité,  car  il  peut  sans  doute  empêcher  le  développement  du  tissu 
connectif  néoplastique,  mais  il  est  impuissant  à  faire  disparaître  ce  tissu  une 
^ois  qu'il  est  formé.  Le  pronostic  est  donc  défavorable  ;  cependant  il  l'est  un  peu 
moins  que  pour  la  forme  précédente,  la  métamorphose  fibreuse  pouvant  être 
borade  à  un  certain  nombre  d'éléments  rénaux  et  rester  stationnaire,  de  ma- 
nière à  permettre  au  malade  de  récupérer  un  équilibre  convenable  dans  la  sé- 
crétion urinaire. 

Les  deux  formes  graisseuse  et  fibreuse  peuvent  se  remontrer  simultanément, 
et  l'on  comprend  que  le  pronostic  est  alors  tout  aussi  grave  que  dans  la  forme 
graisseuse  pure. 

Ces  explications  étaient  nécessaires  pour  faire  comprendre  qu'il  serait  injuste 
d'exiger  de  l'ioilure  de  potassium  une  action  curative  dans  la  troisième  période 
de  la  néphrite  parenchymateuse.  Cependant  il  peut  encore  y  rendre  des  services, 
car  on  n'est  dans  la  plupart  des  cas  pas  tout  à  fait  certain  de  l'étendue  de  la 
lésion  ;  on  n'est  pas  sûr  si  la  dégénérescence  incurable  a  envahi  au  même  degré 
toutes  les  parties  des  deux  reins,  et  si  certaines  d'entre  elles,  en  nombre  suffi- 
sant, ne  sont  pas  susceptibles  d'y  échapper  et  de  revenir  à  l'état  normal.  Ceci 
eM  surtout  exact  à  l'égard  de  la  dégénérescence  fibreuse;  je  l'ai  vue  ayant  atro- 
phié un  rein  tout  entier,  tandis  que  l'autre  ne  l'était  nullement.  Cependant  ces 
cas  sont  exceptionnels. 

La  véritable  sphère  d'action  de  l'iodure  de  potassium,  employé  comme  je  l'ai 
dit,  c'est  le  second  et  le  premier  degré  de  la  néphrite  parenchymateuse.  Il  n'es 
en  général  pas  nécessaire  de  lui  adjoindre  d'autres  moyens  thérapeutiques,  sinon 
le  régine  analeptique  non  excitant.  On  peut  y  ajouter  le  sirop  d'iodure  de  fer 
dans  les  cas  où  l'anémie  prédomine  ;  on  pourrait  aussi  employer  concurrem- 
ment le  tannin  et  le  perchlorure  de  fer,  si  l'on  voulait  à  l'action  résolutive  du 
sel  iodique  joindre  celle  de  ces  substances  sur  le  système  vasculaire  ;  cependant 
je  n'ai,  pour  ma  part,  presque  jamais  eu  recours  à  ces  dernières  associations. 
La  seule  contre-indication  que  j'ai  rencontrée  est  fournie  par  l'intolérance  des 
organes  digestifs,  se  traduisant  par  des  troubles  de  l'estomac  ou  par  de  la  diar- 
rhée. On  parvient  souvent  à  la  faire  disparaître  en  ajoutant  à  l'iodure  du  sous- 
nitrate  de  bismuth  ou  une  préparation  opiacée.  S'il  y  a  une  diarrhée  antécé- 
dente, il  faut  tâcher  de  la  conjurer  d'abord  avant  de  commencer  à  administrer 


503     CONGRte  MEDICAL  UrrBBNATIOMAt.  -^  DKUUfcllS  SfiANCB  DU  MIB. 

riodure.  L'apparition  fréquente  de  celle-ci  à  la  suite  de  l'emploi  des  purgatifs, 
et  surtout  des  drastiques,  doit  engager  d'autant  plus  à  les  repousser^  qu'ils  peu- 
vent mettre  le  malade  hors  d'état  de  suppoiler  l'agent  sur  lequel  il  peut  le  plus 
compter  pour  son  rétablissement.  Je  n'ai  jamais  observé  aucun  accident  d'in- 
toxication produit  par  l'iode,  ni  le  marasme,  ni  l'iodisme  constitutionnel,  malgré 
les  doses  élevées  que  j'ai  données,  et  la  longue  durée  de  temps  pendant  laquelle 
j'ai  prolongé  leur  administration. 


M.  le  docteur  iMUmmammt  (de  Charleville)  lit  un  mémoire  sur  le  traiteinent 
de  la  ûèvre  typhoïde.  11  préconise  les  émissions  sanguines^  et  rend  hommage 
aux  préceptes  formulés  par  M.  le  professeur  Bouillaud. 

La  séance  est  levée  à  onse  heures. 


SÉANCES  SUPPLËMEiNtAlRES  OU  SOIR 


TROISIEME  SEANCE 

Jeudi  22  août,  à  8  heures. 


Lectures: 

Mï.  BauNETn  (Padoue).  —  Nouvelle  mdthode  de  conservation  des  pièces  anato- 
miques. 

Lambl.  —  Laskouski;  même  sujet. 

Ellexburg  (Berlin).  —  Sur  l'empoisonnement  phosphorique  aigu. 

Rauchfuss  (Saint-Pétersbourg}. — Sur  la  construction  des  hôpitaux  d'enfants. 

Alyarenga  (Lisbonne).  —  Statistique  hospitalière. 

DuVàL  (Brest).  -—  Relation  d'expériences  faites  sur  les  suppliciés. 

0iBCU86lOlf  : 

MM.  fiouiLLAOD.  —  Saccelu  (tlome)* 

Lectures  : 

IM.  DocHuiNB  (de  Boulogne).  —  Étude  sur  les  fonctions  des  muscles  intercostaux 
à  l'aide  de  faits  cliniques  représentés  par  la  photographie. 
Drtsdale  (Londres).  —  Sur  le  traitement  de  la  syphilis  sans  mereure. 

DnotJBBioN  : 

MM.  Galligo  (Florence).  —  Auzias-Turenne. 

Procè»-verbai  de  la  séance  par  M.  le  docteur  Bncheteau^  secrétaire  du  Congrès. 


•*«*M»*i^ 


Ô0&     CONGRÈS  MÉDICAL  INTBKNATIONAL.  —  TROISIÈME  SÉANCE  DU  80IB. 


TROISIÈME  SËANGE  DU  SOIR. 

Président M.  BouUlaud. 

Vice-présidents.  ,   ,  .  MM.  Lambl  et  Teissier. 
Secrétaire  de  la  séance,  M.  Bricheteau. 


MCWEIiliE  MÉTHOBi:  BK  CONTSERVATIONT 
BES  PIÈCKS  AMATOmgiJKS 

PAR    M.    LE    DOCTEUR    BRUNETTI    (DB    PADOUE). 


La  solennité  de  ces  séances  scientifiques^  l'importance  des  questions  qui  doi- 
vent être  discutées  par  cette  assemblée  savante^  m'ont  fait  pour  un  moment 
hésiter  si  je  devais  y  prendre  part.  Mon  hésitation  était  plus  grande  encore  en 
réfléchissant  que  je  devais  m' entretenir  avec  vous  dans  une  langue  étrangère. 

Mais  l'accueil  que  m'ont  fait  tous  mes  confrères  étrangers  et  les  marques  de 
haute  distinction  par  lesquelles  la  munificence  française  a  voulu  m'honorer, 
m'encouragent  à  me  présenter  à  vous  et  à  vous  exposer  en  peu  de  mots  les  résul- 
tats de  mes  études  sur  la  conservation  des  parties  animales. 

Je  serai  très-court.  Il  s'agit  d'une  question  de  fait,  et  les  démonstrations  pra- 
tiques vaudront  beaucoup  plus  que  les  raisonnements.  Je  ne  parlerai  pas  do  cété 
historique  qui  a  rapport  à  la  conservation  des  parties  animales;  le  temps  me  man- 
querait pour  en  faire  l'exposition  exacte  et  fidèle.  Permettes-moi  donc,  messieurs, 
de  vous  parler  simplement  des  résultats  que  j'ai  obtenus  moi-même. 

Attaché  à  l'enseignement  public,  et  directeur  du  musée  d'anatomie  patholo- 
gique de  l'université  de  Padoue,  j'ai  pu  aisément  connaître^  messieurs,  pe^ 
mettez-moi  de  le  dire,  l'insuffisance  de  toutes  les  méthodes  employées  jusqu'à  ce 
jour  pour  la  conservation  des  tissus  animaux. 

J'ai  consacré  toutes  mes  études  à  chercher  une  méthode  nouvelle  qui  pût  ré- 
pondre le  mieux  à  la  nécessité  de  la  science  et  au  but  de  l'enseignement. 

Une  idée  très-simple,  messieurs,  est  venue  heureusement  à  mon  sepours.  Cette 
idée,  en  me  faisant  connaître  la  bonne  voie,  m'a  permis  d'obtenir  d'une  manière 
certaine,  je  dirai  même  mathématique,  des  préparations  anatomiques  qui  puis* 
sent  répondre  au  but  que  je  me  suis  proposé. 

Le  but  de  ma  nouvelle  méthode  est  de  conserver  les  viscères,  soient-ils  nor- 
maux, soient-Qs  pathologiques,  dans  toutes  leurs  apparences  anatomiques  externes 
et  internes. 

Dès  le  commencement,  je  déclare  que  ma  méthode  a  simplement  pour  but  la 


BRUNETTL  —  CONSERVATION  DES  PIËCBS  ANATOMIQUES.  505 

conservation  des  tissus  solides,  dans  la  plus  commune  acception  du  mot.  Toutes 
les  parties  fluides  sont  éloignées^  ce  qui  explique  la  légèreté  de  mes  préparations 
et  leur  couleur  grisâtre. 

Mais  je  crois  qu'il  est  utile  d'observer  que  si  les  parties  fluides  physiologiques 
ou  pathologiques  sont  éliminées,  restent  toujours  les  cavités  et  les  interstices  où 
se  trouvaient  ces  fluides.  Toutes  ces  cavités^  tous  ces  interstices  conservent  leur 
forme  absolument  comme  si  les  fluides  s'y  trouvaient  encore.  C'est  pourquoi  je 
dis  dans  ma  brochure  :  «  Je  conserve  les  parties  solides  dans  leurs  rapports  de 
position  avec  les  liquides  qui  n'existent  plus,  i» 

Une  propriété  très-remarquable,  messieurs,  de  ma  méthode  est  que  l'on  con- 
serve aux  tissus  non-seulement  leurs  apparences  anatomo-macroscopiques^  mais 
encore  l'intégrité  microscopique  de  tous  leurs  éléments  primitifs. 

Or,  si  par  ma  méthode  je  parviens  à  conserver  les  viscères  avec  toutes  leurs 
apparences  anatomiques,  si  je  conserve  l'intégrité  des  éléments  et  des  tissus  pri-* 
mitifs,  si  je  peux  conserver  les  cavités  où  étaient  les  fluides  que  j'élimine  de  mes 
préparations,  quelles  conséquences  en  obtiendron&>nous? 

Évidemment,  messieurs,  nous  obtiendrons  la  conservation  de  la  forme  et 
du  volume  des  viscères  ;  la  conservation  anatomo-topographique  des  différents 
tissus  qui  forment  la  surface  des  coupes  obtenues  au  moyen  du  couteau  dans 
toutes  les  directions  possibles;  la  conservation,  enfin,  de  la  structure  microsco- 
pique. 

Pennette^moi,  messieurs,  une  observation.  La  méthode  que  je  suis  est  non» 
seulement  différente,  mais  opposée,  en  quelque  sorte,  à  celles  jusqu'ici  suivies 
par  les  anatomistes  qui  m'ont  devancé. 

Les  anat^Djistes  jusqu'à  ce  jour,  en  suivant  l'une  des  méthodes  que  l'on  con- 
nut, devaient  avant  tout  étudier  et  connaître  la  forme  intérieure  du  viscère  sur 
lequel  ils  devaient  opérer  pour  pouvoir,  selon  le  but  qu'ils  se  proposaient,  choisir 
la  méthode  de  préparation  la  plus  convenable. 

Toutes  ces  connaissances,  pour  ainsi  dire  préliminaires,  suivant  ma  méthode 
sont  inutfles  ;  car  la  méthode  que  je  viens  de  découvrir  est  unique,  immuable  pour 
tous  les  viscères,  sans  qu'il  soit  besoin  d'en  considérer  la  forme  soit  extérieure, 
soit  intérieure,  et  de  connutre  la  disposition  anatomique  des  éléments  et  des 
tissus  primitifs. 

Lorsque  j'ai  achevé  une  préparation,  le  viscère  se  présente  à  vos  yeux  dans  sa 
forme  naturelle  en  conservant  son  volume,  et  mon  couteau  ouvre  les  pages  de  la 
plus  exacte,  de  la  plus  minutieuse  description  anatomique.  Cette  description, 
messieurs,  j'ose  l'affirmer,  est  vraiment  surprenante  lorsqu'on  fait  usage  de  la 
loupe  et  mieux  encore  du  microscope. 

Messieurs,  permettez  que  je  vous  expose  ma  pensée.  Ce  n'est  pas  ambition  ni  non 
plus  vanité,  c'est  le  résultat  que  je  viens  d'obtenir  qui  me  pousse  à  cette  conclu- 
sion. C'est  vrai,  je  travaille  sur  des  objets  que  tout  le  monde  anatomique  connaît, 
et  je  comprends  trè»-bien  que  l'on  peut  aisément  se  laisser  entraîner  par  l'ima- 
gination ;  mais  je  suis  pourtant  convaincu  que  si  ma  méthode  avait  été  trouvée 
auparavant,  elle  aurait  épargné  des  pertes  considérables  de  temps  précieux  à  tant 
d'illustres  anatomistes,  et  que  ceux  de  nos  jours  pourront  peut-être,  et  je  l'espère, 
en  profiter. 

A  mon  avis,  c'est  l'anatomie  comparée,  cette  science  des  sciences,  qui  obtiendra 
par  ma  méthode  les  plus  splendides  résultats.  Ses  déductions  scientifiques  doivent 
partir  de  la  comparaison  simultanée  des  organes,  et  à  cela  ne  peuvent  certaine- 


506     GONGBfcS  MÉDICAL  INTKBNATION At«  ^  TAOI3I&ilB  SÊANGB  DU  SOIR. 

ment  suffire  ni  les  préparations  rëlrécies  et  Gonscrvëei  dans  l'alcool^  ni  les  pré- 
parations rabougries  par  les  procédés  de  dessiccation.  A  tous  ces  besmns  réclamés 
de  la  science^  c'est  ma  méthode  seulement^  messieui's^  qui  peut  y  répondre  en 
offrant  les  préparations  des  différents  organes  obtenues  d'une  manière  vraiment 
scientifique. 

le  n'emploie  pas  un  fiuide  nouveau^  ni  non  plus  une  composition  mystérieusei 
non,  messieurs.  Les  substances  dont  je  me  sers  sont  tout  à  fait  simples*  aucune- 
ment nuisibles  au  préparateur^  et  tous>  messieurs,  les  connaisses  toutes.  Met 
ustensiles,  de  même,  sont  familière  à  tous  les  anatomistes. 

La  découverte  que  je  viens  de  faire,  consiste  simplement^  meflaleurs,  dans  la 
manière  de  conduire  l'action  des  substances  qu'on  trouve  préparées  partout,  el 
qui  ne  sont  pas  trop  coûteuses,  d'autant  plus,  qu'après  les  avoir  employées  dans 
une  préparation  quelconque,  on  peut  très-aisément  les  recouvrer,  pour  les  em- 
ployer dans  des  préparations  nouvelles. 

Le  temps  nécessaire  pour  achever  une  préparation  est  en  général  très-court  : 
de  quinze  à  trente  heures  suffisent. 

Pouvei-vous  disposer  d'une  quantité  de  moyenst  de  temps,  et  la  partie  que 
vous  devea  préparer  est-elle  d'une  composition  anatomique  simple,  comme 
seraient  tous  les  viscères  ;  alors,  messieurs,  on  peut  aehever  toutes  cas  prépara- 
tions avec  une  célérité  surprenante. 

Désirez-vous,  au  contraire,  procéder  bien  économiquement  ;  n'avez-vous  pas 
de  temps  en  surplus  )  la  pai'tie  que  vous  devez  préparer  est-elle  composée  d'une 
quantité  de  tissus,  comme  un  bras>  une  jambe,  ou  la  tête  :  dans  ee  cas,  certai- 
nement, votre  préparation  demande  un  temps  bien  plus  long. 
.  A  mon  avis,  une  chose  d'une  impoiHance  encore  plus  grande  est,  comme  nous 
allons  voir^  qu'il  n'est  pas  nécessaire  d'achever  sans  interruption  toutes  les  opé- 
rations. Vous  pouvez  vous  arrêter  quand  bon  vùus  semblera,  et  vous  n'aurez  au- 
cun dommage  si  vous  laissez  votre  préparation  inachevée^  pour  des  semaines, 
des  mois,  et  je  dirai  même  des  années* 

Il  ne  faut  pas  croire,  messieurs,  que  ma  méthode  demande  une  grande  ap- 
titude anatomique.  Tous  ceux  qui  possèdent  les  ustensiles  nécessaires  pour  ma 
méthode,  et  les  aptitudes  mécaniques  pour  exécuter  des  préparations  ordinaires 
d'anatomie,  peuvent  facilement  accomplir  des  préparations  semblables. 

C'est  bien  vrai,  je  ne  parviens  pas  à  obtenir  mes  préparations  par  une  simple 
immersion  du  viscère  dans  un  fluide,  et  non  plus,  comme  quelqu'un  voudrait  la 
soutenir,  parla  simple  dessiccation  des  tissus  eux-mêmes  ;  mais,  cependant,  toutes 
les  opérations  qui  forment  ma  méthode  sont  très-faciles. 

Messieure,  quoique  les  résultats  que  j'ai  obtenus  soient  satisfaisants,  je  ne  peux 
pas  pourtant  toujours  répondre  aux  questions  que  je  me  pose  à  moi-même.  Cest 
à  vouSf  messieurs,  de  conduire  à  la  perfection  mon  procédé,  et  je  vous  prie  bien 
de  vouloir  me  permettre  que  je  vous  l'expose. 

Je  vous  le  disais  tout  à  l'heure  :  une  idée  très-simple  est  venue  heureusement 
à  mon  secours. 

Voici  quelle  est  cette  idée  : 

Afin  que  les  préparations  anatomiques  puissent  correspondre  aux  nécessité  de 
la  science,  il  faut,  messieurs,  que  l'exécution  de  ces  préparations  soit,  accomplie 
rapidement,  complètement,  économiquement. 

Pour  obtenir  ces  résultats,  les  anatomistes  doivent  faire  parvenir  les  substances 
conservatrices  tout  de  suite  jusqu'aux  éléments^  jusqu'aux  tissus  primitifs,  en 


BBITNSTTI*  —  GONMRVATIOV  DU  PrtGBB  ANiTOMlQUM*  507 

conserrant  à  ceux-ci  les  caractèrei  imoroscopiques^  et  les  rapports  aaak>mo-topo« 
graphiques  réciproques. 

Tel  est^  messieurs,  le  grand  problème  qu'il  fallait  résoudre. 

Et  qui  est-ce  qui  doit  vous  indiquer,  messieurs,  la  voie  véritable  pour  arriver 
aux  éléments,  aux  tissus  primitifs?  C'est  naturel,  le  sang.  Le  sang,  en  parcou- 
rant la  vole  des  vaisseaux,  apporte  certainement  aux  éléments,  aux  tissus  pri- 
mitifs tous  les  matériaux,  qui,  dans  Tétai  de  vie,  doivent  servir  à  leur  nutrition. 
Or,  c'eat  cette  grande  vole,  messieurs,  qu'il  faut  parcouHr  pour  parvenir  aux 
éléments,  aux  tissus  primitifs,  et  apporter  à  ceux-ci  les  modifications  nécessaires 
afin  qu'on  puisse  les  conserver  après  la  mort.  Voilà,  messieurs,  tout  le  problème 
résolu  :  tout  le  reste  n*est  qu'une  conséquence  de  rapplicatton  de  ce  grand 
principe. 

Je  me  borne  donc,  messieurs,  à  vous  résumer  ma  méthode.  Je  vous  soumet- 
trai plus  tard  la  description  détaillée. 

Si  les  substances  conservatrices  doivent  parcourir  la  voie  des  vaisseaux,  cette 
voie  doit  être  tout  à  fait  libre  du  sang,  ce  qu'on  obtient  avec  la  première  opé- 
ration, que  j'appelle  le  lavage. 

La  pièce  à  conserver,  après  avoir  été  nettoyée  extérieurement  et  intérieure- 
ment par  l'eau,  est  délivrée  du  sang  par  les  injections  d'eau  pure  dans  les 
vaisacaux  et  dans  les  canaux  excrétoires,  s'il  y  en  a.  On  doit  naturellement  laisser 
toujours  à  Teau  une  issue,  selon  qu'on  fait  l'injection  dans  Tarière,  dans  la  veinq 
ou  dans  les  canaux  excrétoires. 

S'il  s'agit  d'un  animal,  pour  faciliter  cette  opération,  je  le  tue  par  une  injec- 
tion d'une  solution  de  phosphate  de  soude  dans  la  carotide,  pour  empêcher  que 
le  sang  ne  se  coagule.  Cette  opération  d'ôter  le  sang  demande  de  deux  k 
quinsa  heures. 

Apràs  ce  lavage,  je  fiiis  une  injection  d'alcool  qui  demande  à  peu  près  un 
quart  d'heure.  Je  me  sers  de  l'alcool,  messieurs,  pour  délivrer  la  pièce  de  Tcau, 
pour  eoxpôcher  par  conséquent  la  putréfaction,  si  je  ne  veux  pas  continuer  la 
préparation,  pour  préparer  les  tissus  à  Taction  des  autres  substances. 

Ordinairement,  après  l'injection  de  Talcool,  je  m'arrête  pour  reprendre  à  mon 
gré  l'opération.  Jusqu'à  présent  nous  avons  arrêté  la  putréfaction,  et  en  même 
temps  nous  avons  préparé  la  voie  des  vaisseaux. 

Tout  cela  n'est  qu'une  opération  préliminaire.  Je  vous  parlerai  à  présentj 
messieurs,  des  substances  et  du  procédé  de  la  vraie  conservation. 

Tout  le  monde  sait,  messieurs,  que  le  tannin  {acidum  itmnUwn)  est  la  sub- 
stance la  plus  paissante,  la  plus  sûre,  et  aucunement  nuisible,  pour  la  con- 
servation du  tissu  connectif,  lequel  forme  la  base  principale  de  la  peau.  Il  me 
semUe  pourtant  que  Taction  du  tannin  devait  agir  aussi  sur  les  autres  tissus 
sans  exception.  On  devait  seulement  éliminer  d'eux  la  graisse.  Messieurs,  la 
substance  la  plus  puissante,  la  plus  sûre,  et  aucunement  nuisible  pour  le  dé- 
graissage de  tous  les  tissus,  sans  exception,  est  Téther  sulfurique. 

Vous  avez,  messieurs,  déjà  compris  les  premières  opérations  de  mon  procédé; 
ajotttea-y  la  dessiccation,  et  vous  aurez  trois  opérations  distinctes  :  dégraissage, 
tanaisation,  dessiccation. 

Dtt  dégraissage^  —  J'obtiens  le  dégraissage  par  les  injections  de  Téther  sulfu- 
rique, que  toujours,  par  la  voie  des  vaisseaux,  j'introduis  jusqu'aux  élémentSji 


508     CONGRÈS  MÉDIGàL  INTERNATIONAL.  —  TROISIÈME  SËAN€E  DU  SOUL 

Jusqu'aux  tissus  primitifs.  On  emploie  de  deux  à  dix  heures  pour  accomplir  cette 
opération. 

Lorsqu'on  fait  ce  dégraissage,  on  peut  aiTêter  la  préparation  à  sa  Tobnté, 
en  laissant  la  pièce  immergée  dans  l'éther. 

De  la  tarmisatim,  —  Avant  de  tanner  les  tissus^  il  faut  les  délivrer  complè- 
tement de  rétlier,  au  moyen  d'un  lavage  répété.  La  tannisation  est  une  opé- 
ration d'une  grande  simplicité.  Je  fais  pai*venir  le  tannin  jusqu'aux  éléments  et 
aux  tissus  primitifs,  en  le  dissolvant  en  quantité  suffisante  dans  l'eau  distillée 
et  bouillante,  et  en  l'injectant  tiède  ou  dans  l'artère  ou  dans  les  veines,  ou  dans 
les  canaux  excrétoires.  Pour  achever  cette  opération,  de  deux  à  cinq  heures 
suffisent. 

De  la  dessiccation,  —  Voilà,  messieurs^  un  moment  de  mon  procédé  très-impor- 
tant. Pour  parvenir  à  mon  but,  je  dois  faire  agir  la  dessiccation^  principalement 
sur  les  éléments  et  tissus  primitifs^  de  manière  à  pouvoir  conserver,  et  aux  élé- 
ments^ et  aux  tissus  primitifs^  les  caractères  microscopiques  et  les  rapports  ré« 
ciproques  anatomo-topographiques. 

J'opère  la  dessiccation  par  la  chaleur  externe  et  par  la  chaleur  interne. 

Je  fais  agir  la  chaleur  externe  en  plaçant  la  pièce  dans  un  four  de  fer^blanc  à 
doubles  parois,  entre  lesquelles  il  doit  y  avoir  de  l'eau  conservée  en  ébullition 
continuelle. 

Je  fais  agir  la  chaleur  interne  de  la  manière  suivante.  Je  comprime  avec  une 
pompe  aspirante  et  foulante  l'air  dans  un  récipient  de  métal,  jusqu'à  la  pression, 
à  peu  près,  d'une  atmosphère.  Par  des  tubes  de  caoutchouc,  je  laisse  sortir  du 
récipient  un  courant  continuel  d'air  comprimé  qui,  par  les  vaisseaux  et  quel- 
quefois aussi  par  les  canaux  excrétoires,  s'il  y  en  a,  pénètre  jusqu'aux  éléments, 
jusqu'aux  tissus  primitifs  de  la  préparation.  Cet  air  doit  être  sec  et  chaud,  ce 
qu'on  obtient  en  plaçant  entre  le  récipient  et  le  four  une  bouteiUe  remplie 
d'une  substance  desséchante,  par  exemple  du  chlorure  de  calcium  desséché,  et 
une  boite  de  cuivre  réchauffée.  L'air,  qui  traverse  la  bouteille  et  la  boite,  de- 
vient sec  et  chaud. 

Le  courant  d'air  agit  du  centre  vers  la  périphérie  de  la  pièce,  et  sa  force,  ré- 
glée par  un  robinet,  doit  être  telle,  que  la  pièce  arrive  à  acquéiir  le  volume  na- 
turel et  la  forme  naturelle. 

La  dessiccation  s'accomplit  bien  rapidement,  c'est-à-dire  dans  l'espace  d'une 
heure  et  demie  à  cinq  heures  à  peu  près,  par  la  chaleur  externe  qui  entoure 
la  préparation,  et  par  le  courant  d'air  continuel  sec  et  réchau£fé  qui  arrive  jus- 
qu'aux éléments  et  tissus  primitifs. 

Messieurs,  je  vous  Tassure,  l'action  du  courant  d*air  sur  tout  ce  qui  est  li- 
quide est  surprenante. 

Le  viscère,  naturellement  lourd,  en  conséquence  des  liquides  contenus  dans 
toutes  les  cavités  des  vaisseaux  et  dans  les  interstices  des  tissus,  devient  d'une 
légèreté  vraiment  admirable,  du  moment  que  l'insufQation  est  commencée. 

L'air,  qui  parcourt  tous  les  vaisseaux,  arrive  jusqu'aux  capillaires,  traverse  les 
parois  de  ces  derniers,  et  il  entre  dans  toutes  les  cavités  des  canaux  excrétoire^ 
dans  tous  les  interstices  physiologiques  ou  pathologiques;  en  un  mot,  partout  où 
il  y  a  des  liquides,  en  les  ^minant  et  en  même  temps  en  les  remplaçant.  C'est 
donc  un  fait  constaté,  que  je  conserve  les  parties  solides  dans  leurs  rapports  de 
position  avec  les  liquides  qui  n'existent  plus. 


LAMBt.  ^  CONSKRTATION  DES  PIÈCES  AJNATOiaQUES«  509 

Messieurs,  tous  m'avez  compris.  C'est  à  l'action  de  ce  courant  d'air  que  je 
dois  le  résultat  admirable  et  presque  prodigieux  de  conserver  tous  les  vaisseaux 
dans  leur  état  normal  de  dilatation  ;  de  conserver,  comme  je  viens  de  dire^ 
toutes  les  cavités,  tous  les  interstices  quiels  qu'ils  soient,  comme  si  dans  les  vais* 
seaux,  dans  les  cavités,  et  dans  les  interstices,  eux-mêmes,  existaient  encore  lee 
liquides;  de  conserver  nécessairement  tous  les  éléments,  tous  les  tissus  primi-* 
tifs  avec  leurs  caractères  histologiques,  avec  les  rapports  anatomo-topographiques 
entre  eux;  de  conserver  la  topographie  interne  de  toutes  les  parties  du  viscère, 
quelque  petites  qu  elles  soient;  de  conserver  euûn  et  nécessairement  la  topo- 
graphie extérieure,  la  forme,  le  volume  du  viscère. 

Messieurs,  d'où  viennent  donc  ces  résultats?  Ces  résultats,  messieurs,  je  les 
dois  à  un  éclair  très-heureux  que  j'ai  eu  d'agir  directement  sur  les  éléments, 
sur  les  tissus  primitifs,  afin  d'obtenir,  comme  je  les  ai  vraiment  obtenues,  les 
préparations  anatomiques,  rapidement,  complètement,  économiquement. 


SVB  Uk  NOVVEIXE  inÊTHOBB  Bfi  WL  BRIJIVEm 

PAR  M.   LB  DOCTEUR  LÀMBL  (DB  XHARKOFF). 


Après  avoir  examiné  avec  attention  les  préparations  de  M.  Brunetti,  je  suis 
arrivé  à  la  conviction  que  sa  modeste  vitrine  à  l'Exposition  universelle  contient 
non-seulement  ce  qu'il  y  a  pour  nous  de  plus  important  au  Champ  de  Mars,  mais 
je  crois  même  que  c'est  là  un  événement  des  plus  graves  de  nos  jours,  un  point 
de  départ  pour  une  réformalion  fondamentale  de  notre  technique  en  matière  d'a- 
natomie.  Cest  de  celle-ci  que  nous  parlons,  non  pas  de  thèmes  scientifiques. 

Des  richesses  scientifiques,  nous  en  avons  reçu  de  l'université  de  Padouc  au 
siècle  passé  par  le  génie  de  Morgagni.  De  nos  jours,  c'est  encore  Padoue  qui 
nous  fait  cadeau  de  la  magnifique  invention  de  M.  Brunetti.  Certes,  ce  ne  sont 
pas  encore  des  richesses,  de  nouveaux  faits  d'anatomie,  mais  c'est  un  excellent 
moyen  pour  les  obtenir,  pour  en  conserver  les  pièces  rares,  pour  en  faciliter  la 
transportation  et  pour  en  communiquer  quelques  échantillons  de  la  plus  simple 
manière  du  monde,  c'est-à-dire  dans  l'enveloppe  d'une  lettre  de  poste. 

Cela  va  sans  dire,  qu'à  mesure  que  les  méthodes  augmentent  et  s'améliorent, 
nos  connaissances  de  la  nature  se  complètent.  Or,  si  j'ose  adresser  au  Congrès 
quelques  paroles  sur  ce  sujet,  c'est  parce  que  j'espère  ti'ouver  parmi  les  hono- 
rables confrères  beaucoup  de  spécialistes  qui  seront  d'accord  avec  moi,  si 
j'adopte  poiu*  notre  sdeiice  les  mémorables  paroles  prononcées  par  Michel-Ange  : 
«  Dt  tutti  gîi  studi  quando  hasta,  deU'anatomia  mai  abbastanza!  »  Ce  qui  veut 
dire  à  peu  près  ; 


Sltf     C0NGRÈ9  MfiDIGAt  IKTËHNATIONÀL.  «-  YKOfSlÈlIfi  SÊAMCE  0U  SOIB. 

Faites  autant  d' études  nécessaires  qu'il  vous  suffit,  mais  de  l'anatomie,  tous 
n'en  ferez  jamais  assez. 

Pour  donner  une  appréciation  juste,  que  mérite  la  nouvelle  méthode  de 
M.  Brunctti,  il  faudrait  mettre  en  comparaison  ses  préparations  avec  les  résultats 
obtenus  par  toutes  les  autres  méthodes  ;  il  suffira,  cependant,  de  mentionner  les 
méthodes  le  plus  généralement  employées,  savoir  :  a.  les  méthodes  ayant  pour 
objet  Vétude,  et  b.  celles  qui  servent  à  Vemeignement  de  l'anatomie. 

Quant  à  l'anatomie  tùpographiquê,  l'étude  des  rapports  et  des  régvms  vient 
d'être  simplifiée  et  en  même  temps  généralisée  d'une  manière  ravissante.  Les 
coupes  transversales  des  organes  thoraciques  rappellent  en  quelque  sorte  lef 
tableaux  de  PirogofT,  exécutés  d'après  nature,  sous  l'influence  de  la  congélation. 
Mais  la  congélation  des  cadavres  ne  peut  pas  s'efiectuer  partout  avec  la  même 
facilité  qu'en  Russie,  où  le  célèbre  chirurgien  l'avait  exploitée,  et  aussi  les 
pièces  congelées  ne  sont-elles  pas  fUtes  pour  être  conservées,  maniëet  et  trans- 
portées comme  celles  de  la  méthode  Brunetti. 

Les  objets  anatomiques  durcis  par  l'acide  chromique  diffèrent  en  beaucoup  de 
rapports  des  pièces  obtenues  pai*  la  nouvelle  méthode.  Lorsqu'il  s'agit  de  la  pré- 
paration d'une  pièce  tant  soit  peu  considérable,  volumineuse,  les  liquides  em- 
ployées pour  durcir  les  tissus  n'agissent  pas  d'une  manière  uniforme  sur  la 
surface  et  sur  les  parties  profondes  de  la  masse  ;  et  encore  l'action  des  li- 
quides est-elle  inégalement  prononcée  dans  les  différents  tissus  et  parenchymes 
dont  la  pièea  «st  eompoiéê;  tandis  que  les  préparations  de  M.  Brunetti  pré- 
sentent une  égalité  parfaite  de  l'action  de  son  principe  dans  toutes  les  couches 
et  toutes  les  épaisseun  des  organes. 

Quant  à  l'étude  de  Varchitectonique  des  organes,  la  nouvelle  méthode  donne 
des  objets  incomparables. 

Vous  savez  bien,  messieurs,  que  les  magnifiques  préparations  du  célèbre  pro- 
fesseur Hyrtl  n'offrent  qu'un  réseau  vasculaire  opaque,  un  seul  plan  superficiel, 
qui  ne  permet  que  Védairage  direct,  et  par  conséquent  de  faibles  groMsisiemaUs  au 
microscope. 

Sous  ce  rapport,  les  prépai*ations  transparentes  à  la  manière  de  Gerlach  et 
Thiersch  sont  beaucoup  plus  préférables^  puisqu'elles  présentent  toutes  les 
couches  d'une  section  transvei*sale,  que  l'on  peut  examiner  à  l'éclairage  péniirosii 
(par  en  bas)  et  à  l'aide  de  grossissements  considérables. 

Or,  les  préparations  de  M.  Brunetti  réunissent  non-seulement  les  avantages  de 
ces  deux  modes  d'observation  ;  mais  ce  qu'il  y  a  de  mieux,  sa  méthode  est  per- 
fectible d'une  manière  particulière,  c'est-à-dire  elle  permettra  des  procédés 
combinés,  l'emploi  des  réactifs,  Fimbibition  et  probablement  aussi  rii^ection  des 
vaisseaux  par  des  matières  colorantes,  transparentes,  bleues  ou  rouges. 

Je  dois  ajouter,  du  reste,  que  les  préparations  de  M.  Brunetti  ne  aont  pas  du 
tout  aussi  fragiles  que  les  préparations  dont  nous  venons  de  parler,  et  qui  sont  de 
véritables  noli  me  tangere.  Celles  de  M.  Brunetti  ne  portent  pas  l'inscription 
mille  fois  répétée  dans  toutes  les  expositions  :  «  Ne  touchez  pas  !»  —  Au  contraire, 
touchez-y  toujours,  s'il  vous  plait,  parce  que,  grâce  à  un  degré  de  rigidité  et 
en  même  temps  de  parfaite  élasticité  de  ses  pièces,  M.  Brunetti  les  présente 
volontairement  à  votre  toucher  pour  vous  donner  une  idée  exacte  de  leur  sou- 
plesse et  de  ce  fkit  merveilleux  que  la  préparation  n'a  subi  aucun  changement 
sous  l'influence  des  pressions  répétées. 
M.  Brunetti  a  réussi  à  conserver,  avec  sa  méthode,  les  détails  Mstologiqueê  d'une 


LAMBL.  —  CONSERVATION  DES  WÈCES  AN  ATOMIQUES;  544 

délicatesse  extrême,  comme  par  exemple  les  cellules  épithéliales  des  alvéoles  pul- 
monaires. Bd  effet,  j'ai  eu  Toccasion  d'observer,  sur  un  petit  morceau  d'une 
telle  préparation,  que  les  coupes  les  plus  fines  du  tissu  pulmonaire  en  laissent 
remarquer  les  rapports  naturels. 

Cependant  je  dirai  que  peut-être,  dans  un  autre  poumon,  la  méthode  de 
M.  Brunctti  ne  fera  point  voir  la  couche  ëpifhéliale  de  vésicules  pulmonaii'es.  Mais 
alors,  messieurs,  ce  n*est  pas  l'effet  de  la  méthode  de  préparation  qui  cause 
l'absence  de  ces  éléments,  c'est  plutôt  la  particularité  du  tissu  même,  c'est  l'état 
séniie  plus  ou  moins  pathologiquement  altéré  du  poummi  qui  se  présente  à  nos 
yeux  dépourtm  de  la  couche  épithéllale. 

Dans  de  pareilles  questions  douteuses,  où  les  résultats  de  différentes  méthodes 
ne  sont  pas  d'accord  entre  eux,  voilà  la  nouvelle  méthode  de  M.  Brunetti,  qui,  à 
mon  opinion,  pourra  servir  de  moyen  de  contrôle,  parce  que  cette  méthode  est  de 
celles  qui  ne  causent  pas  de  déplacement  des  éléments  histoîogiques,  qui  n'ajou- 
tent rien  à  la  préparation,  qui  n'en  enlèvent  rien  que  les  liquides. 

D'après  cela,  je  crois  que  ce  n'est  pas  aller  trop  loin  que  dire  que  la  méthode 
de  M.  Brunetti  pouiTait  ôtroj  dans  certains  cas,  d'une  grande  importance  pour 
les  autopsies  médicO'légale$,  Supposé  qu'il  s'agisse  d'attester  une  recherche  quel-, 
conque  par  des  pièces  anatomiques;  ce  serait,  je  croisj  u^e  préparation  à  1^ 
Brunetti  qui  répondrait  le  mieux  aux  exigences  de  la  scieace)  ne  li^asimt  9^Kc^n 
doute  sur  les  quantités  et  la  qualité  des  lésions  anatomiques. 

Si,  dans  certains  cas,  nous  arrivons  à  préférer  une  méthode  à  l'autre,  ce 
n'est  pas  pour  désapprécier  celle  que  nous  avons  quittée  pour  un  moment. 
Du  tout  !  chaque  méthode  de  'préparation  a  pour  son  but  une  valeur  incon- 
testable, et  il  n'y  a  aucune  méthode  qui  pourrait  servir  exclusivement  à  la 
résolution  de  toutes  les  questions  de  la  science  et  à  tous  les  besoins  de  l'ensei- 
gnement. —  Ainsi ,  Yanatomie  artificielle,  les  imitations  en  cire,  l'anatomie  élas- 
tique de  M.  Auxouz,  seront  toujours  indispensables  pour  la  démonstration  des 
résumés  scientifiques.  —  En  examinant,  par  exemple  le  cerveau  de  la  collection 
de  M.  Auzoux,  représentant  le  trajet  des  fibres  nerveuses  d'après  les  études  de 
Vicq  d'Azyr,  on  est  convaincu  que  jamais  préparation  d'un  seul  objet  naturel  ne 
peut  remplacer  ses  tableaux  synthétiqtie&,  résumant  dans  une  pièce  palpable  les 
travaux  complexes  de  plusieurs  années.  On  ne  saurait  imaginer  rien  de  mieux 
qui  puisse  remplir  le  but  didactique  d'une  façon  plus  satisfaisante.  Cependant 
l'anatomie  artificieUe  ne  donne  que  des  imitaHons,  mais  cellesH^i  ne  suffiront  pas 
complètement  à  V enseignement,  qui  demande  des  objets  naturels.  Aussi  est-ll  inoon^ 
testahle  que  l'imitation  n'arrive  jamais  aux  détails  surprenants  des  objets  naturels, 

A  cet  égard,  la  brillanle  invention  de  M.  Brunetti  ouvre  une  immense 
carrière  pour  les  communications  littéraires.  —  Des  coupes  de  préparations 
nuDces,  des  tranches  plus  fines  que  les  dentelles  belges,  qui  par  leur  soupieue 
jouissent  d'une  réputation  extraordinaire,  sont  de  véritables  illustrations  de 
l'anatomie  microscopique.  Rien  de  plus  facile  à  démontrer  sur  une  tranche  mi- 
croscopique du  poumon,  par  exemple,  que,  dans  un  cas  de  pneumonie,  la  ma- 
tière morbide,  constituant  VezsudoHon  plus  ou  moins  mobile,  occupe  les  espaces 
(les  alvéoles,  tandis  que  la  gramdaHon  tuberculeuse,  une  masse  néoplastique,  siège 
constamment  dans  le  tissu  copjonctif  de  l'organe...  Et  ainsi  de  suite.  —  Oi*,  nous 
avons  d'excellents  traités  d'anatomie,  ornés  de  gravures,  de  planches,  de  photo- 
graphies; eq>éroiis  que  déaonnais,  grâce  à  la  nouvelle  métbode,  nous  aurons 


512     CONGRÈS  MËIHGAL  INTERNATIONAL.  -^  TR0I8IÈ1IE  SÉANCE  DC  SOUL 

aussi  peut-être  des  travatàx  ornés  de  pièces  anatomiques  intercalées  dans  le  texte 
du  livre.  < 

Il  n'y  avait  qu'une  chose,  —  sinon  à  reprocher,  du  moins  à  regretter,  conce^ 
nant  la  méthode  en  question,  —  c'est  qu'elle  était  voilée  jusqu'à  présent  par  le 
secret  de  l'auteur. 

Puisque  notre  honorable  confrère  a  bien  voulu  faire  tomber  sa  précieuse  io" 
vention  dans  le  domaine  du  monde  savant  et  déposer  un  renseignement  précis 
sur  son  procédé,  j'ose  m' adresser  à  M.  le  Président,  et  le  prier  de  proposer  aa 
Congrès  médical  international  d'accorder  à  M.  Brunetli  l'expression  de  notre 
profonde  reconnaissance  et  de  nos  sincères  remerciments  par  acclamation. 


Cette  proposition  est  acceptée,  et  une  triple  salve  d'applaudissements  témoigne 
de  l'admiration  et  de  la  reconnaissance  du  Congrès  pour  la  précieuse  communi' 
cation  de  M.  Brunetti. 


M.  LaftkMHikl,  qui  a  également  de  très-belles  préparations  à  l'Exposition  uni- 
verselle, présente  des  pièces  anatomiques  très-bien  conservées,  avec  leur  souplesse 
et  leur  flexibilité  normales,  par  l'injection  dans  les  vaisseaux  d'un  liquide  dont  il 
ne  donne  pas  exactement  la  composition,  mais  dans  lequel  entre  l'adde  phé- 
nique. 


RECHERCHES  EULPÉRIMENTAIifiSt 
SUR  li'ElIPOISOIVIVEMElVT  PHIMiPHORI^IJE  AlCSU 

PAR  M.   LE  DOGTfiDR  ALBERT  GULBNBUR6  (DE  BËRUN). 


Nous  devons  à  la  fréquence  toujours  croissante  des  empoisonnements  phospho* 
riques  aigus,  constatée  surtout  pendant  ces  derniers  dix  ans,  une  série  d'études 
et  d'expériences  relatives  à  la  pathologie  du  phosphore,  et  qui  ont  éclairé  beau* 
coup  la  connaissance  des  lésions  organiques  et  des  effets  toxiques  de  ce  poû^n 
délétère.  Dans  ces  recherches,  quelques  questions  cependant  ont  échappé  jus- 
qu'ici à  un  an'êt  définitif  :  questions  d'autant  plus  importantes  que  l'incertitude  où 
elles  se  trouvent  entre  pour  beaucoup  dans  l'étlologie  des  insuccès  thérapeuti- 
ques l  Le  phosphore,  introduit  en  substance  dcoftë  l'organisme^  et  surtout  dans  Vestomof, 
quelles  métamorphoses  subit-il  dans  les  premières  voies  ?  Sous  quelle  forme  agii-M 
dans  le  sang,  et  exerce-t-il  cette  influence  contraire  à  la  ntUritionquise  manifeste  par 
la  dégénérescence  graisseuse  rapide  de  la  plupart  des  organes?  Est-ce  encore  en  sub- 
stance et  en  forme  de  vapeur?  Est-ce  en  état  oxydé,  comme  acide  phosphoreux  ou 
phosphorique?  est-ce  enfin,  selon  quelques  auteui*s,  en  hydrogène  phosphore?-- 
Cette  dernière  hypothèse,  fondée  sur  de  faibles  analogies,  est  justement  repoussëe 
par  la  grande  majorité  des  auteurs,  tandis  que  les  deux  autres  sont  encore  l'ol^et 


EULENBURG.  *-  EMPOISONNEMfiNT  raO&PHORIQUB  AIGtT.  513 

d'une  y\ve  polémique.  Bien  loin  d'entrer  dans  les  détails  historiques  de  cette 
discussion,  je  me  bornerai  à  résumer  les  résultats  de  mes  propres  expériences 
faites  en  commun  avec  le  docteur  Landois^  qui  s'accordent  entièrement  avec  les 
opinions  soutenues  en  France  par  M.  Tardieu^  en  Allemagne  par  Vohl^  Bamber- 
ger,  Husemann  et  d'autres  :  c'est-à-dire  que  le  phosphore,  diffusant  en  forme  de 
vnpewr  à  travers  les  parois  des  vaisseaux,  est  dissous  dans  le  sang  et  porté  ainsi  aux 
organes,  où  il  donne  origine  à  des  altérations  particulières. 

Un  fait  incontestable,  dont  nous  devons  la  connaissance  à  Vohl  et  à  Bamberger^ 
c'est  que  le  phosphore  ordinaire  possède  une  grande  faculté  de  diffusion,  et 
qu'il  pénètre  facilement  les  membranes  organiques.  Or,  en  introduisant  dans 
l'estomac  d'un  lapin  une  portion  d'huile  ou  de  pilules  phosphorées,  on  peut 
démontrer,  même  au  bout  de  deux  à  quatre  heures,  la  présence  de  vapeurs 
phosphoriques  dans  le  sang  de  la  veine  porte  et  du  cœur  ôroii  par  un  procédé 
direct.  En  recevant  le  sang  sous  du  sulfate  de  sodium  ou  de  magnésie  avec 
certaines  précautions  (surtout  en  se  prémunissant  contre  l'hydrogène  sulfuré), 
on  réussit  à  faire  noircir  un  papier  humecté  de  nitrate  d'argent  et  suspendu  au- 
dessus  du  liquide.  Nous  avons  examiné  également  et  au  bout  de  différents  temps 
le  sang  contenu  dans  le  cœur  gauche  et  dans  les  carotides  :  il  n'offrait  jamais  la 
réaction  dont  nous  parlons.  Cela  indique  que  le  phosphore  introduit  dans  l'esto- 
mac se  mêle.,  du  moins  partiellement,  en  forme  de  vapeur  au  sang  du  foie  et  du 
cœur  droit,  et  qu'il  manque  ou  qu'il  est  réduit  à  une  quantité  minimum  dans 
celui  du  cœur  gauche  :  il  faut  donc  que  la  plus  grande  partie  du  phosphore 
décelable  encore  dans  le  cœur  droit  soit  oxydée  en  parcourant  les  poumons  à 
l'aide  de  l'oxygène  atmosphérique,  et  transformée  là  enfin  en  acide  phosphoreux 
ou  phosphorique. 

La  vapeur  phosphorique,  dissoute  dans  le  sang  veineux  et  pulmonaire,  est-elle 
donc  l'agent  des  lésions  qui  s'attachent  à  son  passage  jusqu'aux  poumons?  Ce 
soupçon,  naturellement  assez  vraisemblable,  est  confirmé  par  les  observations 
suivantes.  Après  l'administration  interne  d'une  dose  moyenne  de  phosphore  chez 
des  lapins,  la  lésion  qu'on  observe  toujours  la  première,  c'est  la  dégénérescence 
graisseuse  du  foie.  Or  cette  dégénérescence  prend  son  origine  constamment  dans 
les  parties  qui  touchent  de  plus  près  aux  parois  stomacales,  ordinairement  très- 
étendues  chez  ces  animaux,  c'est-à-dire  dans  un  segment  du  bord  inférieur  tran- 
chant et  de  la  face  concave  postérieure  du  foie.  C'est  régulièrement  dans  ces 
endroits  qu'on  observe  au  bout  de  douze  à  vingt-quatre  heures  un  aspect  jau- 
nâtre et  qu'on  trouve  sous  le  microscope  une  transformation  graisseuse  des  cel- 
lules hépatiques  déjà  bien  développée,  tandis  que  le  reste  de  l'organe  n'en  offre 
encore  aucun  vestige.  En  ouvrant  simultanément  l'estomac,  on  le  trouve  toujours 
rempli  de  fumée  et  exhalant  une  forte  odeur  de  phosphore.  Quand  on  substitue 
à  l'administration  interne  l'injection  hypodermique  d'une  dose  égale  d'huile 
phosphorée^onpeut  constater  aussi  au  bout  d'un  certain  temps  la  dégénérescence 
du  foie,  mais  on  n'y  rencontre  jamais  ces  différences  locales  que  je  viens  d'ex- 
poser. Il  faut  donc  conclure  que  dans  l'empoisonnement  interne  le  phosphore, 
traversant  aussi  comme  vapeur  les  parois  stomacales,  pénètre  aux  parties  limitrophes 
du  foie  et  en  occasionne  ainsi  les  transformations  initiales. 

Une  différence  analogue  et  aussi  caractéristique  se  fait  distinguer  au  commen- 
cement de  l'empoisonnement  entre  les  lésions  des  deux  ventricules  cardiaques,  La 
dégénérescence  du  cœur  droit  précède  constamment  celle  du  cœur  gauche;  elle 
^t  toujours  plus  avancée  et  toute  à  proportion  des  lésions  qui  s'observent  simula 

33 


S14     GONGRllft  MÉDICAL  INT^RNATIONàL.  -^  TAOI&iÊilË  S£aj!ICS  O^  SOLR. 

tanémeût  dans  le  foic^  les  plèvres  ot  les  poumons.  Nous  avons  cté  frappé  siouvcnt 
en  trouvant  les  trabéculos  et  les  muscles  papillaires  du  ventricule  droit  pâle^, 
jaunes,  dépoui'vusde  stries  transversales  et  remplis  plus  ou  moins  de  petits  gims 
et  globules  graisseux,  tandis  que  les  fibres  musculaires  du  ventncule  gauche 
étaient  en  apparence  intactes.  11  faut  i^outer  que  les  reins  et  les  muscles,  cxanliuê^ 
simultanément^  étaient  exempts  de  toute  lésion,  bien  que  le  foie  fût  déjà  livré  à 
une  transformation  graisseuse  avancée^  et  que  les  plèvres  et  les  poumons  fussent 
r^emplis  de  taches  bémorrbagiques  et  quelquefois  de  grands  foyei^  cunéifonue>. 
Ces  résultats  s'accordent  facilement  avec  la  présence  des  vapeurs  phospborique:» 
dans  le  sang  du  foie  et  du  cœur  droit,  et  avec  leur  absence  dans  celui  du  cœur 
gauche  et  des  artères  caiotides.  En  supposant  que  ce  n'était  pas  le  phosphore, 
mais  l'un  ou  Vautre  de  ses  oxydes  qui  fût  l'agent  de  ces  effets  toxiques,  il  faudrait 
^'attendre  à  l'ordre  totalement  opposé,  puisque  ces  oxydes  naissent  pour  la  plupart 
dans  le»  poumons  et  gagnent  donc  d'abord  le  cœur  gauche  et  la  circulation  arté- 
rielle,—  Que  faut-il  conclure  de  ces  expériences  sous  le  rappoi-t  de  la  thérapeutique^^ 
-r«  elles  indiquent  sans  doute  l'emploi  des  remèdes  antidotes  disf$OÊé$  à  prévenu 
m  du  moims  à  bonier  la  vaporisiUioA,  et  par  amséfiueiU  la  diffusion  du  phosphore. 
Tels  remèdes  sont  les  sels  d'argent  et  de  ouivi-e,  surtout  le  carbonate  et  k  sul- 
fate de  cuivi'eâ  proposés  pai*  Bannherger.  Nous  avons  examiné  principalement 
le  carbonate,  qui  est  le  plus  efficace,  et  qui  fait  naître  très-prompteuent 
du  phosphure  de  cuivre  noir,  insoluble  et  presque  incapable  de  vapoii<«- 
tion  et  de  diffusion.  Apiès  l'ingestion  de  2  ou  3  centigrammes  d'huile  ou  de 
pilulea  pbosphorées,  on  trouve  ordinairement,  même  au  bout  d'une  joumée« 
Vestomao  rempli  de  vapem*  et  produisant  des  exhalaisons  de  phosphore.  En 
joignant  ou  en  faisant  suivre  immédiatement  à  cette  administration  celle  de  S  à  5 
eentiginiLmmes  de  carbonate  de  cuivre  (fraîchement  préparé  et  suspendu  dans  un 
peu  d'eau),  on  ne  trouve  plus  de  fumée  et  k  peine  une  légère  odeur  phosphuri- 
que  au  bout  d'une  i^  deux  heures;  aussi réussit^n  quelquefois  à  Taide  de  cette 
mëdioaiiiKa  à  sauver  ou  du  moins  à  prolonger  la  vie  des  animaux^  nudgré  Vappli- 
eation  d'une  dose  absolument  délétère* 

Puiaque  le  phosphore  pur  est  beaucoup  plus  nuisible  que  ses  produits  d'oocydatioa 
(à  cause  de  la  grande  faciUté  avec  laquelle  il  se  transfonne  en  vapeurjt  on  peut  aussi 
espérer  quelque  profit  des  remèdes  favorisant  dans  les  premières  voùss  Voj^dation 
Oh  pAosp/iore*  U  («ut  employer  pour  ce  but  de&  substances  richef  d'oxygène  et 
qui  le  cèdent  facUement,  par  exemple  les  suroxydca.  Nous  avons  fait  quelques 
épreuves  relatives  au  perma^ganale  de  potasse  ;  mais  ce  sel,  bien  qu'il  soit  ca- 
pable d'oxyder  le  phosphoi*e,  agit  beaucoup  trop  lentement,  s'il  y  a  une  quantité 
notable  de  ce  poison.  Nous  mettrons  encore  en  usage  le  suroj^de  d'hyidro^j^Me,  qui 
exerce  sur  le  phosphore  en  dehors  de  l'organisme  une  action  énergique^  et  qu'on 
peut  introduire  dans  l'eatomac  sans  désavantage  même«  à  haute  dose>  sekui  les 
recherches  intéressantes  de  A.  Schmidt  et  Assmuth  (de  Dorpat)* 

Dès  que  le  phosphore  a  quitté  l'estonuic  et  que,  dissous  dans  le  sang>  il  arrive 
aux  organes  pai*  la  circulation,  il  ne  nous  reste  qu'une  seule  ressource  :  c'est  la 
transfusion  du  swiig.  Nous  avons  fait  sur  des  lapins  de  très-nombreuses  eipé- 
rienccs  pour  établir  la  valeur  de  cette  dernière  mesm^c  dans  les  cajs  désespérés 
d'empoisonnement  phosphorique.  U  faut,  pour  en  tirer  un  profit  suffisant,  que  la 
transfusion  soit  pratiquée  sous  forme  de  «  substUution  »,—  c'est-à-dire  qu'elle  soit 
jointe  à  une  déplétion  copieuse  du  sang  empoisonné,  et  qu'elle  soit  répétée  de 
temps  en  temps  selon  la  recrudescence  des  symptômes  toxiques.  La  quantité  du 


.  BACGHPOSS.  —  COrtSTlrtJCtlO»  ft'HÔfrîTAtX  dWI'ANTI^  515 

«tng  évacué  et  injecté  à  la  fois  doit  être  au  moins  de  15  à  30  gt*ammcs  sur  des 
lapins^  c'est-à-dire  de  la  soixantième  jusqu'à  la  trentième  de  leur  poids  entier. 
Empoisonnés  par  une  dose  amenant  généralement  la  mort  au  bout  de  moins 
d'une  journée  (2  ou  3  centigrammes),  les  animaux  n'étaient  .jamais  sauvés  à 
l'aide  de  la  transfusion  ;  la  mort  était  cependant  retardée  dans  ces  cas  d'un  jus- 
qu'à trois  jours.  En  substituant  à  ces  doses  trop  riolentes  VappHcntion  répétée 
chaque  jour  dune  done  moyenne ^  de  5  à  10  milligrammes,  nous  avons  obtenu  de 
plus  éclatants  succès.  Cette  méthode  d'empoisonnement  amène  généralement  la 
mort  des  animaux,  restée  êaxis  traitement^  après  deux  ou  trois  doses,  à  la  fin  de  la 
deuxième  ou  troisième  journée  ;  elle  fait  distinguer  dans  les  autopsies  les  lésions 
caractéristiques  et  bien  prononcées  de  tous  les  organes.  Or,  les  lapins  soumis  aua: 
transfusions  répétées  survivaient  non-seulement  aux  autres^  mais  étaient  quelquefois 
sauvés  ;  —  tués  spontanément  au  bout  de  deux  ou  trois  jours^  ils  offtaient  constamment 
des  lésions  moins  avancées  dans  le  foie  et  le  cœiir  droite  et  presque  nulles  dans  les 
reins,  les  muscles  et  le  cœur  gauche.  —  Il  en  résulte  donc  que  la  transfusion,  em- 
ployée de  ladite  manière,  peut  encore  rendre  dans  les  cas  graves  des  services 
importants.  11  ne  faut  pas  oublier  pourtant  que  ce  procédé  n'empécbe  pas  non  plus 
les  lésions  occasionnées  par  les  vapeurs  phospboriques  pendant  leur  premier  pas- 
sage jusqu'aux  poumons;  il  ne  prévient  donc  pas  les  dangers  d'une  dégénéres- 
cence graisseuse  du  foie  et  du  cœur  droit,  ni  des  lésions  pultnonàlres  dues  à 
l'action  immédiate  du  phosphore^  et  il  devient  insuffisant  dès  qu'il  s'agit  d'une 
quantité  notable  de  ce  poison  redoutable. 


SUR  liA  CONSTRIJCTIOIIÎ  DEH  HOPIVAUIL  D'HVPJJliVft 

PAR  M.   LE   DOCTEUR  RAUCIIFUSS  (UB  SAINT-PÉTEBSBOURO). 


Messieurs, 

Si  je  prends  la  parole  dans  cette  honorable  assemblée  sur  un  sujet  tel  que  la 
construction  des  hôpitaux  d'enfants,  je  suis  obligé,  vu  le  peu  de  temps  que  j'ai  à 
ma  disposition,  de  ne  donner  que  quelques  points  de  vue  généraux  qui  domi-* 
nent  celte  question,  et  qui  seuls  peuvent  servir  de  base  à  une  discussion  dans 
une  si  nombreuse  assemblée.  Les  principes  dont  je  veux  parler  ont  trouvé  leur 
application  dans  la  construction  de  l'hôpital  d'Enfants  maladesà  Saint-Pétersbourg, 
dont  la  fondation  a  été  déterminée  par  un  ordre  suprême  du  30  septembre 
1867,  et  qui  portera  le  nom  de  S.  A.  I.  le  prince  Pierre  d'Oldenbourg  (1).  La  con- 
struction de  cet  hôpital  vient  d'être  commencée  cet  été,  et  le  programme,  ainsi 
que  les  autres  travaux  préliminaires  à  la  constructioui  ont  été  élaborés  par  itioi 
et  soumis  à  la  critique  d'une  conmiission  spéciale.  Ceux  de  mes  très-honorés 
confrères  qui,  s'intéressant  plus  spécialement  à  cette  question^  voudraient  bien 

(1)  CeUe  création  devait  éU-e  un  souvenir  du  25*  anniversaire  de  la  direction  des  établlne* 
menta  de  bienraisance  de  l'impératrice  Uarie  par  S.  A.  I.  Mgr  le  prince  Pierre  d'Oldenbonrf* 


516     CONGRÈS  MÉDICAL  INTERNATIONAt.  *—  TROISIËIIK  SÉANCE  DU  SOU. 

prendre  connaissance  des  plans  et  me  communicpier  leurs  obseiratioiis,  les 
trouveront  exposes  dans  la  salle  des  thèses. 

L'élaboration  du  programme  d'un  hôpital^  quelle  que  soit  sa  destination,  est 
la  question  capitale,  et^  en  la  négligeant,  jamais  l'architecte  le  plus  habile  et 
l'administration  la  plus  ardemment  dévouée  au  bien-être  des  malades  ne  pour- 
ront balancer  les  défauts  établis  par  un  programme  de  construction  défectueux. 
Il  faut,  en  un  mot,  que  le  médecin  ou  la  commission  sanitaire  qui  s'occupe  du 
programme  sache,  avant  tout,  ce  qu'elle  veut,  se  rende  compte  de  ce  qu'il  faut 
et  de  ce  qu'on  peut  exiger  de  l'organisation  de  l'hôpital.  Le  programme  de 
construction,  pour  que  je  me  résume  en  deux  mots,  doit  être  établi  d'une  ma- 
nière tellement  précise,  que  les  plans  de  l'architecte  ne  constituent  que  le  pro- 
gramme converti  en  dessin  architectonique. 

Après  cela,  entrons  en  matière  et  demandons-nous  ce  qu'il  y  a  à  faire,  la 
moyens  et  l'emplacement  (le  terrain  de  construction)  donnés,  ces  deux  points  de 
départ  auxquels  il  faut  rendre  conforme  le  programme. 

D'abord  on  a  le  choix  entre  deux  modes  d'installation.  On  peut  réunir  dans  un 
seul  hôpital  un  grand  nombre  de  lits  avec  une  dépense  relativement  petite,  en 
établissant  des  grandes  salles  de  30  à  UO  et  d'autres  de  15  à  6  lits,  et  en  occupant 
les  lits  d'après  le  besoin,  sans  destiner  plusieurs  sections  différentes  à  de» 
maladies  spéciales  contagieuses.  C'est  plus  ou  moins  le  type  des  hôpitaux  d'en- 
fants qui  sont  bâtis  depuis  quelque  temps  déjà.  En  choisissant  le  mode  d'instal- 
lation opposé  à  celui-ci,  on  établirait  par  préférence  de  petites  salles,  pour 
obtenir  la  possibilité  de  séparer  les  cas  de  maladie  d'après  les  différents  noodes 
de  contagion  et  les  différentes  conditions  de  soins.  Ayant  le  champ  libre  dans  une 
construction  nouvelle,  on  a  choisi  le  dernier  mode  pour  l'hôpital  d'Enfants 
malades  à  Saint-Pétersbourg. 

On  a  dû  restreindre  le  nombre  de  lits  à  la  moitié  peut-être  de  celui  qui 
aurait  pu  être  obtenu  en  imitant  strictement  les  établissements  existants. 

Pour  un  hôpital  d'enfants  à  construire,  on  doit  exiger  des  bâtiments  spéciale- 
ment destinés  aux  malades  : 

1**  Le  bâtiment  principal,  comprenant  le  service  externe,  le  service  de  chiru^ 
gie  et  celui  de  médecine  ; 

2^  Le  bâtiment  d'isolement  pour  les  maladies  contagieuses  (les  fièvres  érup* 
tives,  etc.). 

3^  Le  bâtiment  d'été,  destiné  à  recevoir  pendant  l'été  les  malades,  pour  pouvoir 
nettoyer  et  arranger  à  fond  les  deux  autres  bâtiments.  C'est  en  deux  fois  qu'on 
doit  vider  les  bâtiments  d'hiver  pendant  les  trois  ou  quatre  mois  d'été  ;  les  salles 
étant  dans  le  bâtiment  d'été  en  même  temps  plus  grandes,  ses  dimensions  pen« 
vent  èti'e  relativement  restreintes. 

Dans  l'hôpital  d'enfants  de  Saint-Pétei*sbourg,  on  a  établi  pour  les  deux  bâti- 
ments, le  principal  et  celui  d'isolement,  150  lits;  pour  le  bâtiment  d'été,  50  Iit<- 
On  pourra  installer  sans  encombrement  25  lits  supplémentaires. 

La  moyenne  de  lits  placés  dans  une  salle  sera  de  3,  le  maximum  8,  le  mini' 
mum  i.  11  y  aura  dans  les  trois  bâtiments  seulement  ti  salles  à  8  lits,  9  salles  > 
6  lits,  les  autres  sont  de  k,  de  2  lits,  et  10  chambres  d'un  seul  lit. 

II  n'est  pas  difficile  de  comprendre  les  motifs  qui  ont  déterminé  une  installa- 
tion si  complètement  opposée  à  celle  que  nous  trouvons  dans  les  anciens  hôpitaux 
d'enfants.  C'est  surtout  l'urgence  de  séparer  les  cas  différents  par  le  mode  de 
contagion  et  par  les  conditions  de  soins  qu'ils  exigent,  l'avantage  de  pouToir 


RAUGBFUSS.  —  CONSTRUCTION  D'h6PITAUX  D*ENPANTS.  517 

receToir  Tenfant  avec  sa  mère  dans  une  chambre  à  part^  et  maints  autres  faciles 
à  saisir,  quand  on  connaît  le  manque  de  repos  pour  l'enfant  gravement  malade 
dans  une  salle  de  20  lits  et  au  delà. 

J'ai  dit  pour  l'enfant  gravement  malade,  car  c'est  à  ceux-là  qu'il  faut  borner 
l'admission  à  l'hôpital.  Le  séjour  de  l'enfant  moins  malade  à  l'hôpital  est  con- 
traire aux  intérêts  de  l'enfant  autant  qu'à  ceux  de  l'hôpital. 

Ordinairement  ce  séjour  est  d'autant  plus  prolongé  que  l'enfant  en  a  moins  be- 
soin. Tous  ces  scrofuleux^  teigneux,  anémiques,  rachitiques,  encombrent  l'hôpital, 
et  si  l'on  voulait  ne  pas  les  admettre,  le  nombre  de  malades  serait  bien  moindre, 
étant  réduit  à  celui  des  enfants  à  qui  le  séjour  à  l'hôpital  est  indispensable.  Avec 
ces  considérations,  le  programme  de  construction  d'un  hôpital  d'enfants  devra 
être  conçu  de  préférence  pour  les  maladies  graves  et  aiguës,  et  établir  dans 
chaque  salle  le  plus  petit  nombre  de  lits  possibles.  Reste  à  savoir  ce  qu'il  y  a  à 
faire  avec  les  malades  chroniques  et  peu  sérieux,  qui  ne  font  que  l'encombre- 
ment de  l'hôpital  au  détriment  des  enfants  gravement  atteints.  Il  faut  avouer 
que  le  séjour  à  l'hôpital  d'une  grande  ville  leur  sera  plutôt  nuisible  qu'utile.  Les 
hôpitaux  de  Forges  et  de  Berg-sur-mer  ont  créé  pour  Paris  un  refuge  pour  les 
scrofuleux,  qui  outre  cela  trouvent,  dans  la  fondation  Bilgrain,  près  de  l'hôpital 
des  Enfants  malades,  des  pavillons  spéciaux. 

Mais,  à  part  l'impossibilité  de  créer,  en  même  temps  qu'un  hôpital  d'enfants> 
un  séjour  aussi  favorable  que  les  succursales  des  hôpitaux  d'enfants  de  Paris,  on 
serait  tout  de  même  obligé  de  refuser  à  la  plupart  de  ces  cas  chroniques,  scro- 
fuleux, rachitiques,  etc.,  l'admission  à  l'hôpital.  Il  faudrait  leur  fournir  les 
moyens  de  guérison  par  un  service  de  traitement  externe,  largement  organisé. 
Le  traitement  externe,  ce  mode  de  traitement  hospitalier  si  répandu  dans  les 
hôpitaux  de  Paris,  est  encore  trop  peu  connu  dans  les  hôpitaux  en  Europe.  En 
ce  qui  concerne  l'hôpital  d'enfants  de  Saint-Pétersbourg,  ce  mode  de  traitement 
y  jouera  un  grand  rôle.  Dans  ce  but,  une  série  de  salles  du  rez-de-chaussée  a 
été  consacrée  au  traitement  externe,  —  outre  les  consultations,  la  délivrance  de 
médicaments,  l'accès  aux  deux  salles  de  bains,  au  gymnase,  au  trailement 
orthopédique,  —  un  certain  nombre  d'enfants  trouvent  un  lit  frais  pour  se  reposer 
et  un  bon  repas.  Il  est  évident  qu'une  grande  partie  des  enfants  qui  séjournent 
des  paois  entiers  dans  les  hôpitaux  n'ont  au  fond  besoin  que  de  cela,  et  restent 
dans  l'hôpital  au  détriment  de  leur  santé.  Il  faut  en  convenir,  le  séjour  prolongé 
dans  l'hôpital  d'un  enfant  relativement  bien  portant  (scrafùleux,  rachitique,  etc.), 
qui  a  besoin  d'éducation,  de  la  vie  en  famille,  et  qui  est  pour  des  mois  privé 
de  tout  cela,  a  des  désavantages  qui  ne  peuvent  être  balancés  par  l'insti- 
tution des  classes  que  l'on  a  établies  dans  les  hôpitaux  d'enfants.  D'ailleurs, 
ces  maladies  chroniques,  résultant  d'une  mauvaise  hygiène,  ce  n'est  pas  de 
l'hôpital  qu'elles  ont  besoin.  Chez  quelques  enfants,  il  est  vrai,  l'état  s'améliore 
pendant  ce  traitement  à  l'hôpital;  mais  une  grande  partie  est  victime  de  ce  séjour 
et  de  la  contagion. 

Je  soutiens  donc,  en  résumé,  qu'il  faut  consacrer  le  séjour  à  l'hôpital  aux 
enfants  sérieusement  malades,  et  diriger  la  construction  et  l'organisation 
dans  ce  sens.  Pour  les  cas  moins  graves,  les  chroniques,  les  défauts  de  nutri- 
tion, de  soin,  'etc.,  il  faut  perfectionner  le  traitement  externe,  et,  si  les 
moyens  le  permettent^  fonder  des  maisons  de  convalescence,  et  des  asiles  consa- 
crés à  l'éducation  physique  des  enfants  mal  soignés. 

Noos  arrivons  à  la  question  capitale^  c'est  le  service  des  maladies  conta* 


54B     CONGRÈS  aifiDICAL  lNT£aMALTiONAl. —  XaOiSIÈME  S&AHQI6  W  SOIIU 

gieuses.  Je  dois  me  borner  ici  à  quelques  remarques,  c'est  uoe  question  dont  oa 
pourrait  parler  des  heures  entières.  Je  veux  rappeler  que,  dans  les  bopHaiu 
d'enfants,  dans  lesquels  on  est  obligé  de  confondre  dans  les  mêmes  salles  ou 
de  placer  dans  des  salles  voisines  les  cas  de  maladies  contagieuses,  il  est  tou- 
jours un  certain  nombre  d'enfants  qui,  entrés  à  l'hôpital  pour  une  maladie  par- 
faitement bénigne,  succombent  à  la  suite  do  la  contagion  acquise  dans  les  saliei. 
C'est  le  plus  grand  défaut  qu'on  puisse  reprocher  à  un  hôpital  que  de  melti'ti 
parfois  le  malade  dans  des  conditions  infiniment  plus  dangereuses  que  celles  qu  il 
trouvait  dans  son  pauvre  domicile.  On  a  beaucoup  discuté  sous  ce  rapport  la 
question  des  maisons  d'accouchées,  et  il  serait  opportun  d'en  faire  autant  [)our 
les  enfants.  On  trouve  des  données  intéressantes  et  des  faits  bien  authentique» 
sur  cette  question  dans  l'ouvrage  classique  de  M.  Husson,  et  je  voudrais  hm 
donner  lecture  des  faits  intéressants  de  ce  travail  capitalx  mais  le  temps  nous 
presscj  et  je  me  hâte  de  donner  un  aperçu  des  mesures  prises  contre  hi  conta^iua 
dans  le  nouvel  hôpital  de  Saint-Pétersbourg. 

D' abords  pour  ne  pas  pousser  à  l'excès  la  division  de  l'hôpital  en  sections,  il 
faut  distinguer  entre  les  maladies  moins  transmissibles  par  l'air  et  les  gardeiw 
malades,  et  celles  qui  le  sont  éminemment.  Dans  l'hôpital  dont  je  parle,  on  a 
ménagé  des  salles  spéciales  aux  deux  extrémités  du  bâtiment  principal,  é^i^T- 
vies  par  des  issues  spéciales  sur  les  escaliei's  latéraux  et  séparées  du  giund 
groupe  de  salles  par  des  doubles  portes.  Ces  salles  sont  destinées  à  recevoir  les 
maladies  suivantes  :  syphilis,  blépharoblennorrhée,  les  cas  opiniâtres  de  gale 
et  de  teigne  (exceptionnellement)^  les  opérés  du  croup  (service  de  cbirurgicj;  en- 
suite coqueluche,  typhus  (service  de  médecine).  11  y  a  outre  ces  salles-là  dan»lfi 
service  de  médecine  deux  salles  pour  les  cas  de  maladie  aiguë  fébrile,  indétiT- 
minée  au  début,  destinées  à  un  séjour  passager,  expectatif  des  malades.  Ces  deui 
salles  ont  une  issue  communiquant  facilement  avec  le  bâtiment  d'iaolement. 

Dans  le  bâtiment  d'isolement,  il  y  a  quatre  sections  exactement  isolées,  de 
telle  sorte  que  chacune  a  son  escalier  à  part,  son  issue  à  part  sur  le  corrida*  du 
rez-de-chaussée.  Le  service  de  gardes-malades  et  de  surveillantes  est  isolé  du  se^ 
vice  des  autres  sections,  tout  aussi  strictement  que  les  malades  eux-mêmes.  Cei 
quatre  sections  sont  destinées  à  la  dipfathérite,  la  petite  vérole.  Ut  acarlatine  et 
la  rougeole.  Une  section  ne  peut  être  occupée  que  par  la  maladie  spéciale  à 
laquelle  elle  est  destinée,  et  les  gens  de  service  qui  lui  sont  attachf^s  ne  peuvent 
être  employés  dans  d'autres  services.  Le  médecin  adjoint  demeure  dam  la  com- 
dor  du  rez-de-chaussée  de  ce  bâtiment,  dans  lequel  il  n'y  a  jamais  grande  cir- 
culation de  gens  de  service.  Tout  le  service  de  la  buanderie  affecté  au  bâtiment 
d'isolement  est  séparé  du  service  général  ;  le  transport  du  linge  et  des  portioni 
se  fait  sans  que  les  gens  de  service  se  voient.  Les  gardea-maladet  de  différentes 
sections  ne  peuvent  jamais  venir  en  contact.  C'est  difQcile  de  donner  pif  s  qu'une 
idée  générale  de  cette  organisation  du  bâtiment  d'isolement  dans  un  si  court 
abrégé  ;  mes  honorés  confrères  qui  voudraient  prendre  connaissance  des  plans  es 
verraient  facilement  la  mise  en  pratique, 

Du  reste,  ce  n'est  pas  le  mode  d'installation,  c'est  plutôt  le  principe,  la  ques- 
tions de  l'urgence  d'une  séparation  tellement  sévère  des  maladies  éinineaim«ot 
contagieuses  dans  un  hôpital  d'enfants,  qui  peut  intéresser  une  discussion.  Sous 
ce  rapport-là,  une  question  bien  importante  à  soumettre  aux  sociétés  de  m^^ 
cins,  c'est  la  distinction  des  maladies  qui  doivent  être  séparées  le  plus  stricte- 
ment possiblQ  et  de  celles  qui  n'ont  besoin  que  d'une  sép^^ation  moins  n^- 


!IA0CHn»S,  —  CONSTRUCTION  D'ttô!»lTA0X  t)'ÉNrANtê.  Mft 

rense.  La  séparation  dans  le  bâtiment  d'isolement  est  bas^e  sur  les  prinetpeé 
suivants.  Je  considère  parmi  les  maladies  contagieuses  de  Tenfancie  la  petite 
Térole,  la  scarlatine,  la  rougeole  et  ladiphthëritei  comme  les  plus  éminemment 
contagieuses.  Or,  les  malades  et  les  gaixles-malades  et  surveillantes  de  ces 
sections  ne  doivent  jamais  venir  en  contact  avec  les  malades  ou  garde»-malades 
d'une  autre  section  de  Thôpital.  C'est  le  seul  moyen  pour  éviter  la  propagation. 
Les  médecins,  qui  restent  relativement  un  plus  court  laps  de  temps  auprès  de» 
malades,  sont  moins  aptes  à  transmettre  la  contagion  et  ont  à  prendre  cer- 
taines précautions  pour  éviter  la  transmission.  Par  la  construction  et  la  ventilalloti 
du  corridor  du  ree-de-chaussée,  dans  lequel  aboutissent  les  quatre  escaliehl  âé& 
sections  séparées,  on  peut  arriver  à  ramener  les  risques  de  éontagion  à  un  ml^ 
nimun. 

Pour  le  bâtiment  d'été,  il  faut  une  section  séparée  ou  plutôt  un  étage  spécial 
destiné  à  recevoir,  pour  les  quelques  mois  d'été,  les  malades  des  deut  sections 
principales  du  bâtiment  d'isolement,  les  scarlatines  et  leë  rougeoles.  Chacune 
de  ces  sections  ayant  Une  terrasse  couverte,  très-spacieuse,  garnie  de  verdure  et 
tout  à  fait  Isolée,  les  convalescents  pouiront  Jouir  de  Tair  sans  danger  pour  lés 
autres  enfants. 

J'arrive  à  présent  à  quelques  questions  de  construction.  En  présence  d'un 
nombre  restreint  de  lits  et  de  T impossibilité  d'admettre  les  grandes  salles  à 
30  et  âO  malades,  de  la  nécessité  enfin  de  séparer  plusieurs  petits  groupes  de 
maladies  contagieuses,  le  système  de  pavillons  dans  sa  forme  classique  est  inad- 
missible. Ce  système  demande  toujours  de  grandes  sections,  que  Ton  peut  alors 
psirfaltement  bien  isoler  ;  il  ne  s'adopte  qu'aux  grands  hôpitaux  et  seulement 
lorsqu'on  peut  accorder  le  nombre  de  pavillons  avec  le  nombre  de  sections  sépa- 
rées. Dans  le  cas  présent,  et  pour  tout  hôpital  d'enfants  à  construire,  vu  qu'on 
ne  devrait  jamais  dépasser  un  certain  nombre  de  lits,  je  considère  le  système  de 
constructions  continues,  avec  corridors  latéraux,  comme  bien  préférable  à  tout 
autre.  On  a  beaucoup  méconnu  ce  système  en  France,  dans  Tidée  que  le  corri- 
dor latéral  devient  une  chambre  de  mélange  pour  les  émanations  contagieuses 
qui  sortent  des  salles,  et  qu'il  leur  ôte  trop  de  lumière.  Ces  detut  objections  sont 
bien  illusoires.  Le  Corridor  latéi*al,  avec  une  bonne  installation  de  ventilation 
artificielle,  même  sans  celle-là,  avec  les  moyens  seuls  qu'il  prête  à  la  ventilation 
naturelle,  est  une  source  d'air  neuf  pour  les  salles,  un  couloir  pour  les  mala- 
des, une  succursale  en  cas  d'épidémie  ;  il  garantit  ei^  même  temps  les  salles 
contre  l'action  directe  des  vents  et  du  froid.  Le  corridor  latéral  permet  de 
circuler  librement  dans  l'hôpital  sans  passer  dans  les  salles  des  malades  et  sans 
déranger  inutilement  ces  derniers  ;  il  permet  d'isoler  facilement  chaque  salle  ; 
combiné  avec  des  escaliers  spéciaux,  il  se  prête  à  des  séparations  complètes  et 
rapides  en  cas  de  besoin* 

Parmi  les  conditions  que  réclame  un  hôpital  d'enfants,  je  vais  insister  encore 
sur  les  suivantes  :  une  salle  de  récréation  doit  être  alfectée  à  chaque  service 
spécial  ;  une  de  ces  salles  est  consacrée  aux  exercices  gyranastiquos.  Chaque 
section  possédera  son  semce  de  bains,  ses  water-closets,  lavabo,  office  pour 
chauflcr  les  cataplasa;ies,  les  tisanes,  le  linge,  des  robinets  d'eau  chaude  et 
froide.  11  y  a  dans  le  nouvel  hôpital  do  Saint-Pétersbourg,  dans  le  bâtiment 
principal,  7  stations  complètes  de  ce  genre,  dans  le  bûtimcnt  d'isolement  .6| 
dans  le  bâtiment  d'été  3.  En  outre»  on  trouve  dans  chaque  étage,  près  de  chaque 
escalier,  un  robinet  à  incendie  ;  il  y  en  a  9  dans  le  bâtiment  principal.  Un 


520     CONGRÈS  MÉDICAL  INTERNATIONAL.  -*-  TROISIÈME  SÉANCE  hO  SOIR. 

bâtiment  spécial,  isolé  des  bâtiments  hospitaliers^  est  consacré  au  dép6t  des 
cadavres  el  aux  études  anatomiques  et  chimiques. 

Pour  le  chauffage  et  la  ventilation  des  bâtiments  hospitaliers,  on  a  adopte  le 
système  de  la  ventilation  par  appel,  qui  convient  à  tous  égards  au  climat  de 
Saint-Pétersbourg.  L'air  neuf  est  chauffé  dans  les  chambres  à  air  par  des 
tuyaux  à  circulation  d'eau  chaude;  en  outre,  chaque  chambre  est  chauffée  légè- 
rement par  des  tuyaux  à  eau  chaude,  placés  le  long  des  murs  extérieurs.  Le 
système  adopté  est  bien  connu,  ainsi  que  les  avantages  qu'il  présente.  Son  appli- 
cation a  reçu  les  perfectionnements  suivants.  On  pourra  modifier  rapidement  la 
ventilation,  sans  altérer  la  température,  et  réciproquement,  et  surtout  indépen- 
damment des  chambres  voisines.  L'état  hygrométrique  est  constant  à  tout  degré 
de  ventilation  et  à  toute  température  extérieure,  grâce  à  un  mécanisme  qui 
permet  de  proportionner  la  surface  d'évaporation  dans  les  chambres  à  air  aoi 
températures  extérieures.  L'extraction  de  l'air  vicié  se  fait  d'après  le  système 
d'appel  a  par  en  bas  )».  On  est  arrivé  à  pouvoir  exactement  nettoyer  toute 
l'étendue  des  canaux  à  air  neuf.  C'est  un  grand  progrès  ;  en  effet,  la  poussière  et 
d'autres  matières  suspendues  dans  l'air  et  entrsdnées  dans  les  prises  d'air  ne 
manqueront  pas  de  s'amasser  dans  ces  canaux  en  quelques  dizaines  d'années  ;  il 
est  bien  probable  que  la  pureté  de  l'air  neuf  en  souffrirait,  s'il  était  imposable 
de  les  ramoner  et  même  de  les  laver.  Le  déplacement  de  .l'air  doit  se  faire  de 
haut  en  bas  et  autant  que  possible  également  dans  toutes  les  parties  des  salles. 
Les  bouches  d'appel  (pour  l'extraction  de  l'air  vicié)  seront  relativement  plus 
nombreuses  dans -les  salles  des  malades,  les  cabinets  de  bains  et  leurs  annexes 
que  dans  les  corridors.  De  cette  manière,  le  corridor  latéral,  loin  d'être  une 
chambre  de  mélange  pour  les  atmosphères  des  salles  de  malades,  devient  une 
source  d'air  neuf;  le  corridor  du  rez-de-chaussée,  dans  le  bâtiment  d'isolement, 
ne  sera  pas  infecté  par  l'air  des  quatre  sections,  qui,  d'aucune  façon^  ne  poum 
y  arriver;  il  sera  au  contraire  un  grand  réservoir  d'air  neuf  pour  les  différentes 
sections.  Dans  ce  corridor-ci,  il  n'y  a  pas  d'orifices  d'évacuation  de  l'air  vicié, 
qui  sont  tous  placés  dans  les  sections  mêmes  (escaliers)  ;  mais  la  quantité  d'ani- 
vée  d'air  neuf  dans  ce  corridor  est  relativement  très-considérable. 

On  voit  donc  que  les  salles  de  malades,  déjà  isolées  les  unes  des  autres  par  la 
construction,  le  sont  encore  dans  le  système  de  chauffage  et  de  ventilation  (i). 

Au  nom  de  M.  le  professeur  Alvareaga  (de  Lisbonne),  le  secrétaire  général  pré- 
sente un  extrait  du  grand  ouvrage  sur  la  statistique  hospitalière  que  l'auteur  a 
bien  voulu  offrir  au  Congrès.  Cet  extrait,  traduit  en  français  par  M.  le  docteur 
Canile»,  renferme  l'exposé  des  principes  qui  ont  guidé  M.  Alvarenga  dans  la  con- 
stitution des  bulletins  cliniques  et  statistiques;  puis,  dans  une  seconde  partie,  il 
donne  le  résumé  des  observations  météorologiques  faites  à  l'observatoire  de  Tln- 
fant  don  Luiz  pendant  l'année  1865,  et  il  ét^Ut  l'utilité  de  ces  recherches  pour 
une  bonne  statistique  médicale;  enfin,  dans  la  troisième  et  dernière  partie,  le 
savant  profcsbeur  démontre  l'importance  des  renseignements  statistiques  pour 
toutes  les  branches  de  la  science  médicale. 

(1)  Le  projet  de  coDstructîon  de  Tbâpital  des  Enfants  nialades  du  prince  Pierre  d^Oldenboor^, 
â  Saint-Pétersbourg,  a  été  dut  par  M.  César  Gavos  ;  le  projet  pour  la  ventilation  ot  locliavftee 
parH.'F.  San«G«Ui. 


OUTAl.  —  EXPÉRIENCES  SUR  LES  SUPPUaiS.  531 


RBIiATIOlV  SVCCIMCTE  H'BUPJÊRIBWCBS 
FAITKS  A   l^'ÉCOJLE  DE  MÉDECINE  NAVAIiE  DE  BBEST, 

SUR  DES  SUPPIilClÉS 

PAR  M.  LE  PROFESSEUR  MARCELUN  DUYAL 
Direeteiir  de  racole. 


Je  publierai  prochainement  une  relation  dëtaillëe  dans  laquelle  je  décrirai  la 
manière  dont  nous  avons  procédé,  et  m'occuperai  de  l'historique  des  principales 
expériences  faites  sur  Thomme  à  différentes  époques. 

Je  me  borne  aujourd'hui  à  exposer  quelques  faits,  aussi  brièvement  que  pos- 
sible, sans  aucune  discussion,  sans  recherches  historiques. 

Nos  expériences  ont  eu  pour  sijget  six  suppliciés  :  le  premier  en  1850;  le 
deuxième  en  1851,  les  quatre  autres  en  1866.  La  plupart  des  expériences 
de  1850  et  1851  sont  relatées  dans  la  Gazette  médicale  de  1851  (pages  &3&  et 
suivantes). 

Je  me  plais  à  déclarer  que  j'ai  eu  pour  collaborateurs  : 

1*  En  1850  et  1851,  M.  le  docteur  Jules  Rochard,  aijgourd'hui  chirurgien  en 
chef  de  la  marine  à  Lorient  ;  M.  le  docteur  Lepetit,  alors  chef  des  travaux  ana* 
tomiques. 

2*  En  1866,  M.  le  docteur  GaUerand,  alors  professeur  d'anatomie  et  de  pbysio- 
siologie  ;  M.  le  docteur  Barthélémy,  qui  lui  a  succédé  dans  la  même  chaire  ; 
M.  le  docteur  Fournier,  chef, des  travaux  anatomiques,  et  M.  Cras,  professeur 
agrégé. 

Plusieurs  médecins  de  première  et  de  deuxième  classe  nous  ont  prêté  leur  utile 
concours  ;  ce  sont  :  MM.  Allanic,  Auffk'et,  Brion,  FabrOt  Le  ^Barsic,  Vaillant» 
Richaud,  etc. 

Voici  l'ordre  que  je  suivrai  dans  cette  narration  : 

1*  Système  nerveux; 
2*  Appareil  digestif; 
3*  Appareil  circulatoire  ; 
&*  Appareil  respiratoire; 
5*  Appareil  génito-urinaire. 


52}     CONGRES  HtPlQAi^  MTBKNATlONâL*  -^tllOKIÈIIE  StAVGE  DU  SOIR. 

I.  —  Système  nerveux. 

Je  dois  être  trës^-bref  à  cet  égards  sous  paiiio  de  dëpastur  les  limites  d'une  lec- 
ture. 

Je  m'an'cterai  quelques  instants  aux  mouvements  réflexes  et  au  nerf  moteur 
oculaire  commun. 

Si  le  temps  me  le  permet,  je  citerai,  chemin  faisant^  quelques-unes  des  expé- 
riences relatives  au  système  nerveux  et  à  son  action  sur  divers  organes. 

Mouvements  réflexes  de  la  vie  animale. 

m 

Les  physiologistes  disent  avec  raison,  sans  doute,  que  les  phénomènes  de  l'ac- 
tion réflexe  peuvent  être  étudiés  avec  beaucoup  d'avantage  sur  les  animaui 
à  sang  froid,  décapités  ou  fragmentés  ;  tandis  que^  sur  les  animau^t  à  §ang  chaud, 
le  pouvoir  réflexe  disparait  très-promptement,  et  qu'il  est  difficile  de  constater 
ses  phénomènes. 

Quoi  qu'il  en  soit,  nous  avons  obsené  sur  deux  sujets,  en  1866,  des  mouvements 
Téflexcs  de  la  plus  grande  évidence. 

En  pinçant  la  peau,  et  surtout  en  lui  donnant  avec  la  main  un  petit  coup 
iirusque,  on  voyait  presque  immédiatement  les  muscles  sous-jacents  se  con- 
tracter^ contraction  assez  lento  h  s'éteindre.  Cette  expérience  a  été  répétée  ud 
grand  nombre  de  fois,  spécialement  sur  les  membres.  Entre  autres  muscler,  la 
contraction  du  deltoïde,  du  biceps  brachial,  des  muscles  antérieurs  de  la  cuisse 
et  des  gastrocnémiens  se  traduisait  par  un  relief  des  plus  manifestes.  Chez  le 
premier  sujet,  celui  qui  a  servi-à  mes  expériences  sur  les  intercostaux,  le  pouvoir 
réflexe  existait  encore  une  heure  trois  quarts  après  la  décapitation  :  j*ai  pu  pn>- 
voquer  quelques  mouvements  toutefois  plus  lents  à  se  produii*e,  ils  étaient  aussi 
moins  prononcés  que  dans  la  première  heure  ;  et,  pour  atteindre  le  but,  la  pe^ 
cuBsion  devait  être  plus  énergique  ou  le  pincemunt  plus  fort* 

Sur  le  second  sujet,  l'action  réflexe  était  encore  très-appréciable  une  heure 
un  quart  après  la  mort.  Chez  lui,  en  outre,  les  muscles  du  cou  sectionnés  parle 
fatal  instrument  ont  été,  pendant  p/iw  de  trois  quarts  d* heure,  le  siège  de  contrac- 
tions fibriilatres  très-visibles;  et  cela,  sans  aucune  excitation  préalable,  soil  méca- 
nique, soit  électrique. 

Nerf  motear  oculaire  commun.  —  Électrtsation  (1). 

(Supplicié  de  mars  1851.)  —  La  boîte  crânienne  est  rapidement  ouverte,  et 
l'encéphale  enlevé.  Les  rhéophores  sont  placés  sur  lo  nerf  moteur  oculaire 
commun,  mis  à  découvert  à  son  entrée  dans  le  sinus  caverneux. 

Douze  ou  treize  minutes  seulement  se  sont  écoulées  depuis  la  mort.  Les  effeU 
sont  immédiats.  La  pupille,  largement  dilatée,  se  rétrécit  de  moitié  sur-le-champ. 
A  ce  mouvement,  au  moins  aussi  rapide  que  celui  qui  s'effectue  sous  l'influence 
de  la  lumière,  succède  une  dilatation  presque  aussi  prompte  lorsqu'on  suspend 
l'action  de  l'électricité.  De  nouvelles  applications  des  rhéophores  repix^luisent le 
même  phénomène,  mais  d'une  manière  moins  prononcée.  On  a  pu  obtenir  six 
fois  ces  contractions  et  ces  dilatations  successives. 

(1)  Gaxeite  médicale,  1831,  p.  437. 


ODVAL.  —  EXPÉRIENCES  BUR  LES  SOPPLIGltS.  52S 

il.  *^  AWARSIt  MOBSTIP. 

Entomae.  -*  Nous  ne  croyons  pas  devoir  nous  airèter  ici  à  la  nairation  des 
mouTements  péristaltiques  et  antipëristaltiques^  ni  aux  effets  de  Télectrisalion 
du  nerf  pneumogastrique.  Airivons  à  l'obseiTation  suivante. 

L'estomac  rempli  d'aliments  est  en  pleine  chymification, 

Après  l'avoir  détaché  à  l'aide  de  deux  incisions  pratiquées  un  peu  au  delà  du 
pylore  et  du  cardia^  on  le  dépose  sur  un  plan  horizontal.  Aucune  ligature  n'est 
appliquée  sur  ses  oriOces;  et,  bien  que  l'organe  réagisse  fortement  sur  son  cou-  ' 
tenu,  rien  ne  s'en  échappe,  tant  est  puissante,  énûrgique,  la  contraction  du 
pylore  et  du  cardia.  Mais  à  peine  a-t-on  fait  une  petite  incision  au  niAcau  de 
la  petite  courbure,  que  la  masse  alimentaire  sort  lentement  par  une  sorte 
de  pression  continue. 

L'estomac  est  alors  divisé  de  l'un  de  ses  orifices  à  l'autre.  Il  revient  aussitôt  ' 
sur  lui-même  avec  ibrce,  semble  se  rétrécir  entre  nos  mains,  et  l'on  voit  se 
dessiner  peu  à  peu,  sur  la  plus  grande  partie  de  sa  surface  interne,  des  plis  tros^ 
nombreux,  très-ile^ueux,  préominents,  qui  se  rapprochent  les  uns  des  autres,  et 
dont  l'aspect  offre  une  grande  analogie  avec  celui  des  circonvolutions  cérébrales, 
en  tenant  compte  toutefois  de  la  différence  des  dimensions. 

Nous  avons  observé  des  résultais  analogues  sur  la  plupart  des  suppliciés. 

Couleur  de  la  tunique  muqueuse,  —  Lorsque  la  chymification  s'accomplissait,  la 
muqueuse  était  turgescente,  et  sa  couleur  ordinairement  rosée. 

Dans  l'état  de  vacuité  de  l'estonjac,  elle  est,  comme  le  dit  fort  bien  M.  Sappey, 
d'un  blanc  légèrement  cendré. 

La  vésicule  elles  canaux  biliaires  se  sont  toujours  montrés  insensibles  à  l'action 
de  l'électricité,  de  même  que  la  veine  porte  et  la  rate,  qui  est  ordinairement 
ridée,  comme  exsangue.  Sur  un  supplicié,  ce  dernier  organe  a  été  divisé  en 
petits  fragments,  afin  d'examiner  les  corpuscules  de  Malpighi;  ils  étaient  visibles 
à  l'aide  d'un  faible  giossissement,  et  même  à  l'œil  nu,  surtout  après  una  immer- 
sion de  quelques  minutes  dan»  la  glycérine.  Leur  présence  était  d'ailleurs  décelée 
par  ces  espaces  plus  clairs,  arrondis,  parfaiteo^ent  signalés  par  M.  Sappey. 

Intestin  grêle,  —  Je  dois  ni'occuper  surtout  des  mouvements  réflexes  qui  ont 
été  très-appréciables  dans  deux  cas. 

Premier  cas  :  On  aperçoit,  dès  que  l'abdomen  est  ouvert,  un  mouvement  ondu- 
latoire dans  lequel  un  examen  attentif  permet  de  reconnaître  des  contractions 
péristaltiques  et  antipéristaltiques  s'cffectuant  sans  ordre,  avec  des  alternatives 
de  repos,  tantôt  dans  un  point,  tantôt  dans  un  autre.  La  masse  dans  son  en- 
semble paraît  grouiller  sous  nos  yeux.  Des  incisions  pratiquées  en  divere  sens 
sur  l'intestin  grêle  soiit  suivies  du  renversement  de  la  muqueuse,  comme  dans 
les  plaies  intestinales. 

Sur  un  autre  supplicié  (1866),  l'intestin  est  modérément  distendu  par  des  gaz. 
En  pressant  entre  deux  doigts  un  point  quelconque  de  sa  surface,  on  observe 
une  contraction  de  la  tunique  musculaire,  très-lente  à  se  manifester,  progi'essive, 
très-lente  à  s'éteindre.  Au  bout  de  deux  à  trois  minutes,  l'intestin  offre  un  aspect 
bosselé,  comme  tourmenté,  assez  remarquable. 

Mous  avons  observé^  deux  fois  un  relief  notable  des  glandes  vésiculeuses  sa- 
laires de  l'intestin  grêle,  relief  qui  simulait  une  psorenterie.  ^  ^ 


52&     GONGRbS  MÉDICAL  UTERNATIONAI,.  ~  TROISIÈMB  SÊAnCS  DU  SOtt. 

III.  —  Appareil  orcctlatoirb. 

Artères  carotides.  —Sur  les  deux  premiers  suppliciés  (1850,  lB5i)j  dont  l'un  est 
apporté  à  Tamphithéàtre  cinq  minutes,  et  l'autre  six  minutes  après  la  mort,  les 
extrémités  coupées  des  artères  carotides  primitives  se  soulèvent  par  saccades  ré- 
gulières, s'allongent  et  dépassent  alors  le  niveau  du  plan  de  section  du  cou,  pour 
revenir  ensuite  sur  elles-mêmes.  Ce  mouvement  est  comparable  à  celui  que  pré- 
sente,  après  une  amputation,  une  artère  un  peu  volumineuse  dont  la  ligature  & 
été  récemment  pratiquée. 

A  chaque  impulsion,  une  petite  quantité  de  sang  écumeux,  vermeil,  s'échappe 
par  l'ouverture  béante  des  carotides.  Du  sang  s'écoule  aussi  par  les  veines  jugu- 
laires internes  :  il  est  également  spumeux^  mais  sa  couleur  est  plus  foncée. 

Les  saccades  artérielles  sont  faibles,  U  est  vrai,  mais  parfaitement  appréciables 
à  la  vue. 

Cœur,  —  C'est  aussi  sur  les  deux  premiers  suppliciés  qu'il  nous  a  été  donné 
d'observer  quelques-uns  des  mouvements  du  cœur,  et  spécialement  ceux  des  par- 
ties de  l'organe  accessibles  à  la  vue  :  de  l'oreillette  droite,  de  l'auricule  par  con- 
séquent, des  ventricules,  du  droit  surtout.  Je  me  bornerai  à  relater  ce  qui  a  trait 
au  supplicié  de  mars  1851. 

Sept  minutes  environ  après  la  mort,  la  poitrine  est  rapidement  ouverte.  Les 
six  premiera  cartilages  costaux  sont  divisés  avec  un  fort  scalpel,  et  la  section  da 
sternum  est  pratiquée  au  niveau  de  la  partie  inférieure  du  sixième  espace  inter- 
costal. Le  plastron  renversé  sur  le  cou,  nous  distinguons  les  battements  du 
cœur  à  travers  le  péricarde  qui  parait  contenir  de  la  sérosité  ;  on  incise  cette 
membrane  ;  le  cœur  est  à  découvert,  et  l'on  constate  que  le  péricarde  contient 
un  liquide  très-limpide,  de  couleur  légèrement  citrine,  et  dont  la  quantité  est 
évaluée  à  kO  grammes.  Le  cœur  est  alors  étudié,  sans  exercer  sur  lui  aucan 
contact  direct  ou  indirect,  et  sans  modifier  ses  rapports. 

M<moemenÉs  de  l'oreillette  droite  et  de  l'auricule. 

Si  l'on  suppose  Yauricule  à  l'état  de  repos  sur  l'aorte  qu'elle  embrasse,  voici  ce 
qui  s'est  passé  à  chaque  mouvement. 

Après  un  temps  d'immobUUé  très-court,  mais  appréciable,  cet  appendice  se 
redresse  brusquement  et  s'écarte  de  l'aorte  qu'il  laisse  à  découvert  ;  puis  l'auri- 
cule retombe  rapidement  et  reprend  sa  position  primitive.  Il  y  a  expansion  de  ^ 
VoreUktte  (comme  si  elle  était  distendue  par  l'afflux  d'un  liquide)  pendant  ce  re- 
dressement de  l'auricule,  qui  s'allonge  et  dont  les  Ihmges  ou  dentelures  du  pour- 
tour s'écartent  à  la  manière  de  doigts  palmés,  pour  se  rapprocher  ensuite  lorsque 
l'appendice  retombe. 

Le  double  mouvement  parfaitement  rhythmique  s'est  reproduit  quarante-huit 
fois  pendant  la  première  minute,  mais  il  s'est  bientôt  ralenti,  et,  dans  le  cours  de 
la  cinquième  minute,  il  n'avait  lieu  que  sept  fois.  Disons  en  passant  que  sur  le 
premier  supplicié  (1850),  l'auricule  droite  a  présenté,  pendant  une  heure  et  quart, 
des  mouvements  ou  battements  énergiques,  réguliers,  qui,  dans  le  principe, 
étaient  au  nombre  de  &3  ou  kU  par  minute,  et  qui  ont  persisté  malgré  Tablation 
du  foie,  de  l'estomac,  de  l'intestin,  du  diaphragme,  et  même  des  poumons. 

ùmiraetkm  d^  venêrkuki*  —  On  a  obsené  très-nettement  la  contraction  des 
•ventricules. 


DCTÂL.  ~  fiXPÊRIBNCSS  SdR  LES  SUPPUCltS.  525 

Os  se  resserraient  dans  tous  leurs  diamètres,  et  leur  surface  se  plissait  et 
devenait  comme  rugueuse.  Ils  se  contractaient  ensemble,  et  avec  un  synchro- 
nisme parfait. 

Les  contractions  spontanées  des  ventricules  ont  cessé  beaucoup  plus  prompte* 
ment  que  celles  de  l'oreillette  et  surtout  de  l'auricule  droite. 

On  a  eu  recours  alors  au  galvanisme,  et  au  bout  d'une  trentaine  de  secondes, 
on  a  vu  reparaître  les  mêmes  phénomènes  avec  quelques  différences  qui  trouveront 
place  dans  la  relation  détaillée.  Lorsque  l'application  directe  du  galvanisme  à  la 
substance  charnue  du  cœur  est  restée  sans  effet,  nous  avons  dirigé  son  action  sur 
l'extrémité  divisée  de  la  moelle  épinière.  L'électricité  a  surexcité  les  mouve- 
ments de  l'auricule  droite,  et  fait  renaître,  dans  les  ventricules,  de  faibles  ondu- 
lations. 

«  Lorsqu'on  examine  le  coeur  de  l'animal  vivant,  il  semble,  dit  avec  raison 
M.  Bédard,  que  la  contraction  des  ventricules  suit  immédiatement  la  contraction 
des  oreillettes.  On  constate  sur  le  cheval,  à  l'aide  du  cardiographe,  qu'il  s'écoule 
environ  2  dixièmes  de  seconde  entre  ces  mouvements.  Chez  l'homme,  dont  le 
cœur  bat  plus  vite  que  chez  le  cheval,  il  est  probable  que  cet  intervalle  est  plus 
petit  encore,  v  Toiyours  est-il  que,  sur  le  supplicié  dont  il  est  question,  le  mou- 
vement, partant  de  l'oreillette,  se  propageait  instantanément  au  ventricule  ou  de 
la  base  du  cœur  à  sa  pointe. 

III  bis»  —  Appareil  aacuLATOiRE. 

Eoepériences  sur  f  aorte.  —  Les  physiologistes  admettent,  à  juste  titre,  que  les 
petites  artères  sont  plus  contractiles  que  les  grosses,  par  suite  de  la  prédomi- 
nance, dans  les  premières,  des  fibres  musculaires  sur  les  fibres  élastiques.  Il  est 
incontestable,  par  conséquent,  que  l'expérimentation  doit  surtout  s'adresser  aux 
petites  artères,  quand  on  veut  constater  la  contractilité  de  cet  ordre  de  vais- 
seaux. 

J'avais  vainement  essayé,  à  diverses  reprises,  de  faire  contracter  les  grosses 
artères,  l'aorte  entre  autres,  à  l'aide  de  l'électricité,  lorsque  je  réussis,  une  fois, 
dans  des  expériences  antérieures  à  celles  que  je  rapporte,  en  employant  un 
moyen  des  plus  sunples  et  qui  n'est  pas  nouveau  :  c'est  l'introduction  d'un  doigt 
(de  l'index  par  exemple],  dans  l'orifice  du  vaisseau  coupé  transversalement. 

J'avais  expérimenté  sur  une  aorte  de  supplicié,  divisée  près  de  la  fin  de  sa 
crosse,  et  près  de  la  terminaison  de  sa  portion  abdominale  :  j'avais  éprouvé  une 
sensation  de  constriction  assez  faible,  il  est  vrai. 

En  1866,  lerésultat  fut  plus  complet  sur  quatre  suppliciés,  deux  surtout.  Les 
ccBurs,  ayant  été  détachés  après  la  section  de  l'aorte  à  5  centimètres,  en 
moyenne,  au-dessus  de  son  origine,  sont  déposés  sur  une  table. 

L'index  ou  1' auriculaire  introduit  dans  l'orifice  béant  du  vaisseau  est  pressé, 
serré  circulairement.  Sur  deux  sujets,  la  constriction  est  assez  forie  pour  per- 
mettre de  soulever  le  cœur  et  de  le  maintenir  un  instant  suspendu  au  doigt. 

Cette  expérience,  répétée  par  plusieurs  assistants,  réussit  encore  une  heure 
un  quart  après  la  mort. 

Est-il  nécessaire  d'affirmer  que  le  doigt  était  seulement  en  contact  avec  la 
surfiice  interne  de  l'aorte,  avec  le  tissu  artériel,  et  nullement  avec  les  fibres 
du  cœur?  Il  restait  d'ailleurs^  au-dessous  du  doigt,  une  portion  d'ailère  de 


526     CONGRÈS  ]|lâDICAL  INTfift  NATION  AL.  *-  TBOIltËlf  E  SÊÂfICE  DU  SOIB. 

3  centime  1res  enTÎron,  complétemenl  itn mobile»  Quand  on  retimit  le  doigt^  Tar- 
.tère  reprenait  assez  rapidement  son  calibre  primitif. 

Comme  Rcinarz  etBurdach,  qui  ont  fait  à  ce  sujet  des  cxpërienceâ  intéressanl^^: 
sur  les  animaux^  je  n'ai  jamais  vu  la  contraction  ou  la  constriction  de  l'aorte 
alterner  avec  la  dilatation. 

Les  veines  caves  se  sont  montrées  rëfractairet  à  racticm  de  rëlectricitë,  et 
l'introduction  du  doifi^  n'a  rien  produit  sur  elles. 


IV.  —  Appareil  respiratoire. 

J'arrive  tout  de  suite  aux  expériences  sur  les  intercostaux. 

Vingt  minutes  après  la  mort«  on  met  à  découvert,  du  côté  droit  de  la  poitrioe, 
les  intercostaux  externe$  dans  la  plus  grande  partie  de  leur  étendue,  et  les  ia- 
temcs  dans  les  espaces  intercartilagineux  où,  comme  on  le  sait^  les  interoostaui 
externes  ne  les  recouvrent  pas. 

Je  procède  dans  Tordre  suivant  : 

1°  Électrisation  des  intercostaux  internes  dans  leur  poilion  intercartilagineuse. 
Les  rhëophores  sont  placés,  sans  touclier  aux  côtes,  dans  un  des  eqmcea  inter- 
cartilagineux et  appliqués  sur  l'intercostal  interne. 

On  voit  alors,  de  la  manière  la  plus  évidente,  la  côte  inférieure  s'élever,  >e 
rapprocher  par  conséquent  de  la  Côte  supérieure,  qn!  reste  fixe  ou  immobile  ;  elle 
exécute  en  même  temps  une  sorte  de  mouvement  de  rotation,  et  se  porte  eo 
dehors.  Ces  expériences  sont  reproduites  sur  la  plupart  des  espaces  intercarlila- 
gincux  du  coté  droit  :  les  résultats  sont  identiques. 

2**  iillectrisation  des  intercostaux  exteme$»  Les  rhéophores  sont  placés  dans  ks 
espaces  intercostaux  proprement  dits,  et  au  niveau  des  intercostaux  e&ternes.  U 
côte  inférieure  s'élève  et  se  meut  comme  précédemment. 

3"  Électrisation  des  intercostaux  internes  dans  toute  leur  étendue.  L'inter* 
costal  externe  du  cinquième  espace  est  enlevé  pour  mettre  à  nu^  dans  toute  sa 
longueur,  l'intercostal  interne.  Il  est  facile  de  s'assurer  que  la  dénudation  de  ce 
muscle  est  complète,  puisqu'il  est  parfaitement  reconnaissable  à  la  direction  6i 
ses  fibres,  qui  croisent  en  X  celles  de  l'intercostal  externe  qu'on  vient  d'enlever. 

Les  rhéophores  sont  portés  successivement  sur  tous  les  points  de  la  surface  de 
l'intercostal  interne,  d'abord  dans  les  espaces  intercostaux  proprement  dits,  puis 
dans  les  espaces  intercartilagineux,  comme  on  l'avait  fait  dès  le  principe. 

On  voit  encore  la  côte  inférieure  s'élever  en  même  temps  qu'elle  se  porte  en 
dehors.  Toutes  ces  expériences,  répétées  sur  le  côté  gauche  du  thorax^  donoent 
les  mêmes  résultats. 

Nous  tirons  de  nos  expériences  actuelles  les  conclusions  suivantes,  qui  viennent 
confirmer  celles  de  notre  savant  confrère  le  docteur  Duchenne  (de  Boulogne). 

V  L'intercostal  ùitertie  est  inspirateur,  puisqu'il  élève,  vers  la  côie  supérieure^ 
qui  reste  fixe,  la  côte  inférieure,  à  laquelle  il  imprime  un  mouvement  excen* 
trique  par  une  sorte  de  rotation  sur  ses  extrémités. 

2^  L'intercostal  intei'tie  est  inspirateur  dans  les  espaces  intercostaux,  oomme 
dans  les  espaces  intercariilagineux. 

3^  Les  fonctions  de  l'intercostal  externe  sont  identiques.  Toutefois  je  ferû  à  ce 
sujet  quelques  remarques  dans  ma  relation  détaillée,  remarquée  ajant  trait  sa 


JSOVÀC  W  BXPSRiENClê  ÈHh  LttÈ  StiPPtlCtfiS.  til 

mode  d'oxpërimentation;  et  ja  m'occuperai  du  rôle  du  diaphragme  dans  Tactc 
de  la  respiration.  Mais^  maintenant,  les  intercostaux  externes  et  internes  ne 
peuvent-ils  pas,  dans  certaines  circonstances,  et  lorsque  les  côtes  inférieures  sont 
fixées,  devenir  expirateurs? 

C'est  ce  que  j'étudierai,  en  continuant  à  faire  des  expériences  sur  des  ani^ 
maux. 

V.   •*•  ApPARUL   GÉNrrO-URINAIRE. 

Appareil  tirtnatre.  —  Ches  cinq  si^jets  sur  ùx,  la  contractiiitë  de  Turetère  a 
été  démontrée,  soit  par  des  irritations  mécaniques  (la  piqûre  avec  la  pointe  d'un 
scalpel),  soitr  par  l'électrisation^  quelquefois  même  par  la  seule  exposition  à 
l'air. 

U  première  expérience  date  de  1850  (1).  De  large,  d'aplati,  d'afTalssé  qu'il 
était  avant  l'application  des  rhéophores,  il  s'est  rétréci,  peu  d'instants  après,  au 
point  de  devenir  presque  méconnaissable.  Son  calibre  avait  diminué  de  plus  de 
moitié  :  dur  au  toucher,  cylindrique,  il  offrait  avec  le  canal  déférent  une  res- 
semblance qui  a  frappé  tous  les  assistants,  et  qui  contrastait  avec  l'aspect  de  l'u- 
retère du  côté  opposé,  sur  lequel  on  n'avait  point  fait  agir  Télectricitë. 

Quand  on  suspend  l'action  du  galvanisme  ou  de  la  faraditation,  l'uretère  re- 
prend sa  flaccidité  et  ses  dimensions  premières. 

Sur  un  des  sujets  de  1866,  les  uretères  se  contractaient  sous  la  seule  influence 
de  l'exposition  à  l'air  :  il  suffisait,  pour  obtenir  ce  résultat,  de  les  recouvrir  avec 
le  paquet  intestinal,  puis  de  les  découvrir  brusquement. 

Nous  avons  observé,  sur  deux  sujets,  les  contractions  rhythmiques,  vues  sur* 
divei*s  animaux,  par  Dunders,  Goubeaux,   Vulpian,  etc.,  ainsi  que  la  direction 
des  mouvements  qui  ont  lieu  du  bassinet  vers  la  vessie. 

D  après  ses  bdles  expériences,  M.  Yulplan  a  parfaitement  raison  de  dire  que 
Id  préaepce  de  l'urine  n'est  pas  nécessaire  pour  provoquer  lee  e<»itraetlons  de 
J'uretère;  car  chez  un  seul  sujet  sur  cinq,  il  y  avait  encore,  bien  exceptionnel- 
lement, comme  il  est  facile  de  le  comprendre,  passage  de  l'nrine  à  travers  ce 
ronduit. 

Vessie.  —  Sur  un  des  quatre  derniers  suppliciés,  l'application  des  rhéophores 
sur  la  vessie  (un  de  chaque  côté  de  l'organe)  a  provoqué  l'émission,  par  le  canal 
de  l'urèthre,  d'une  quantité  notable  d'urine.  (Eaepérienees  faites  par  M.  !e  pro- 
fesseur  BarthêUmy.) 

V  W».  —  Appareil  oÊNn-AL. 

Catial  déférent.  —  Sur  deux  suppliciés  de  1866,  ce  canal  s'est  visiblement 
contracté  sous  l'influence  de  l'électricité,  en  devenant  tortueux. 

yési€ul€$  séminaks.  —  Sur  un  des  suppliciés,  elles  se  contractent  sous  la  môme 
influence.  La  contraction  est  assez  puissante,  pour  déterminer,  à  trois  reprises 
Jiilerentes,  l'éjaculation  d'un  liquide,  épais,  visqueux,  analogue  au  sperme  que 
nous  avions  extrait  des  vésicules  séminales  des  deux  premiers  suppliciés  (1850, 
[S5i):  Ua  une  odeur  bien  différente  de  celle  qu'il  exhale  pendant  la  vie. 

Recueilli  sur  un  verre  de  montre,  il  est  soumis  aussitôt  à  l'examen  micros^ 

(Ij    Gazede  médicale,  1851,  p.  437, 


528     GONOAÈS  MÉDICAL  INTERIf  ATIONU. -- TftOISlÈllB  9ftAllGE  IMJ  SOIS. 

copique.  J*y  kl  constaté  la  présence  de  quelques  spermatoioldes  priva  de  mou^ 
▼ements. 

L'expérience  a  été  faite  par  M.  le  professeur  Gallerand. 

Dans  une  expérience  datant  de  1851,  nous  avions  déjà  remarqué  quelques 
contractions  des  vésicules  séminales,  mais  elles  avaient  été  peu  prononcées. 

En  faisant  ces  expériences  qui  ont  un  côté  très-pénible,  puisqu'il  s'agit,  pour 
ainsi  dire,  de  vivisections  sur  Thonmie,  nous  avons  été  mû  par  le  désir  bien  na- 
turel de  nous  instruire,  et  non  par  la  prétention  d'instruire  les  autres. 

Loin  de  moi,  messieurs,  la  vanité  de  croire  que  nous  avons  résolu  des  ques- 
tions controversées  depuis  longtemps.  Mais  nos  efforts  seront  largement  récom- 
pensés, si  en  apportant  à  la  physiologie  expérimentale  notre  tribut*  et  celui  de 
l'École  de  Brest,  nous  parvenons  à  soulever  un  coin  du  voile  qui  cache  la  vérité, 
à  mes  yeux  du  moins. 


—  J'ai  fait  dans  ces  dernières  années  des  expériences  sur  des 
cœurs  de  grenouilles,  et  j'ai  été  frappé  des  mouvements  alternatifs  de  dilatation 
et  de  contraction  qui  se  produisent  dans  la  veine  cave  inférieure,  même  après 
l'arrachement  du  cœur.  Or,  M.  Duval  n'a  pas  observé  ces  mouvements  chez  les 
suppliciés,  et  ils  manquent  également  chez  les  grands  animaux.  C'est  là  un  fait 
bien  remarquable  qui,  du  reste,  avait  été  déjà  signalé  par  M.  Flourens. 


SVR  liA  I«ai  PHYSICO-MATHÉMATI^IIB 
BJB9  MOIJVBIIBIVTS  MJ  €«JR  EV  BBS  ART&liBi 

PAE  M.   LB  PROFXSSBDR  BAGCSLU  (D£  ROMB). 


Je  demande  la  permission  au  Congrès  de  mettre  sous  ses  yeux  la  démonstratioa 
mathématique  qui  donne  l'idée  la  plus  exacte  et  la  plus  complète  du  mécanisme 
à  l'aide  duquel  le  sang  passe  du  cœur  dans  l'aorie,  et  circule  dans  les  artères. 

Le  sang  renfermé  dans  le  ventricule  va  être  chassé  dans  l'artère  au  momen 
de  la  contraction  ventriculairc.  Mais  quelle  est  la  disposition  des  forces  qui  chas- 
sent le  sang  d'un  point  à  l'autre? 

Si,  du  centre  de  l'aorte,  vous  faites  descendre  une  ligne  jusqu'à  la  pointe  da 
cœur,  cette  ligne  représente  incontestablement  Yaxe  hydrauUque  de  l'ondée 
liquide  qui  du  ventricule  doit  entrer  dans  l'artère.  L'axe  hydraulique  sera  le 
point  où  viennent  converger  nécessairement  les  forces  progressives  agissantes. 

Traçons  un  schéma  linéaire  du  ventricule,  et  nous  aurons  deux  lignes  conver- 
gentes à  angle  aigu  à  la  pointe  du  cœur  (ab  et  bc)  :  l'une  des  deux  lignes  sera 
parallèle  à  l'axe  de  la  cloison,  l'autre  sera  parallèle  à  l'axe  de  la  paroi.  Or,  une 
pareille  configuration,  jointe  à  la  disposition  des  fibres  musculaires  cardiaques,  et 
notamment  de  celles  en  huit  de  chi(Iï*e,  nous  explique  la  manière  dont  les  côtés 


DucHiiniB.  ~  ËTUDE  SUE  US  POHCTioRS  DBS  iiQ$GUss  nmneôBTAra.  S29 

Tont  être  contractes  pendant  la  systole,  et  par  suite  de  cela,  le  raccourcissement 
de  l'axe  hydraulique  ;  ce  dernier  est  donc  la  résultante  des  deux  forces  compo- 
santes. 

Mais  la  contraction  yentriculaire  force  le  sang  à  pénétrer  du  yentricule,  qui  est 
ample,  dans  l'aorte,  dont  la  lumière  est  beaucoup  moins  considérable.  L'analyse 
mécanique  du  phénomène  n'est  pas  difficile»  Rappelons-nous  d'abord  les  rap- 
ports de  sifuation  de  deux  orifices  :  aortique  et  atirtcujo-venfrictitoire,  et  il  est  aisé 
de  reconnaître  que  le  sang,  avant  d'entrer  dans  l'aorte,  doit  sur  un  cAté  du  yen* 
tricule  glisser  sous  la  valvule  mitrale,  qui  va  s'appliquer  alors  sur  son  orifice 
correspondant.  La  valvule  auriculo-ventriculaire  dans  son  fonctionnement 
régulier  a  cette  double  importance  de  fermer  l'orifice,  et  de  diriger  le  sang  vers 
l'aorte,  en  constituant  une  sorte  de  voûte.  De  l'autre  côté  du  ventricule,  se  trouve 
une  sillon  délimité  par  la  paroi  et  par  la  cloison,  le  long  duquel  une  partie  de 
l'ondée  sanguine  doit  glisser.  Il  s'ensuit  donc  que  l'artère  reçoit  un  choc  bila* 
têrai,  représentant  les  points  terminaux  de  deux  côtés  d'un  parrallélogramme. 
Mais  l'élasticité  propre  aux  artères  provoque  une  réaction  proportionnelle  à  l'ac-* 
Uon,  et  amène  la  répétition  de  ce  même  phénomène,  c'est-à-dire  la  progression 
du  sang  suivant  le  mécanisme  du  parallélogramnie  des  forces. 

Une  preuve  graphique,  quoique  incomplète,  est  fournie  par  les  tracés  obtenus 
k  l'aide  des  instruments  d'Hérisson,  Ludwig,  Vierordt  et  Marey.  J'ai  dit  incom- 
plète, car  ils  ne  nous  ont  révélé  que  la  moitié  du  phénomène.  Mais  qu'un 
instrument  en  rapport  soit  placé  de  chaque  côté  d'une  artère,  et  l'on  aura  en 
effet  un  double  tracé  qui  n'est  autre  que  les  éléments  constituants  du  paralfélo^ 
gramme. 

M.  ■MdDand.  —  Je  ne  saurais  trop  remercier  M.  Baccelli  de  sa  communica- 
tion ;  elle  montre  l'heureuse  application  qui  peut  être  faite  à  la  médecine,  non- 
seulement  des  sciences  physiques  et  chimiques,  mais  encore  des  sciences  exactes 
telles  que  les  mathématiques. 


ÉTUDE 
AVB  liUI  FONCTIONS  DES  MCSCIiES  INTEBCMISTAUX 

JL  li^AIBE  BE  FAITS  ClilMIflIJES 
REPRteEMTÉS  PAR  IiA  PHOTOQBAPHIE 

PAR  M.   LE  DOCTBUK  DUCHENNE   (OE  BOULOGNE). 


Messieurs, 

Les  belles  expériences  de  M.  le  professeur  Duval  sur  l'action  des  intercostaux, 
ces  espèces  de  vivisections  humaines  sont  décisives  ;  elles  réhabilitent  un  fait  de 
physiologie  qui  a  régné  sans  conteste  dans  la  science  pendant  plus  d'un  siècle, 
depuis  Fabrice  d'Acquapendente  qui,  le  premier,  a  enseigné  (en  1640)  que  tous 
les  intercostaux  sont  élévateurs  des  côtes,  et  conséquemment  inspirateurs,  jus* 

34 


5S0     MMMftê  HÊOtCAt  mTÈ'lt!tAf  iMAt.  «^  TROiStÈlIfi  SftâNCÉ  M  SOU. 

qu'à  HamlMrger^  qui,  B*àppuyant  sûr  des  tllëortM  et  des  expériences  séduisantes, 
soutenait  (en  1790)  que  les  intercostaux  internes  ne  peuvent  pas  ttre  âétateurs 
des  côtes,  comme  les  externes;  qu'ils  les  abaissent  nécessairement  au  contraire. 

NôuB  venons  d'apprendre>  mes^eurs,  que  pour  faire  tomber  Targumentation 
si  ingénieusement  écliatkudée  par  Hamberger^  il  a  sttfS  au  «avant  directeur  de 
Fâoole  de  médecine  de  Brest  de  faradiser  dâ«ctement  les  intercostaux  internes 
d'un  supplicié^  immédiatement  après  son  exécution.  Il  a  démontré,  dansTam- 
phithéâtre  de  TÉcoie  de  Brest^  en  présence  de  nombreux  témoins,  giie  îe  maide 
MurùOêtal^ttrne  4léf»è  la  oéfe  infériewre  vers  la  mpériewre,  qui  reste  tmmoMfe. 

Depuis  plus  de  douse  années,  cette  question  de  physiologie  était  jugée  par 
moi;  mes  expériences  électro-physiologiques,  répétées  tant  de  fois  sur  l'homme 
vivant,  m'avaient  appris  que  les  intercostaux,  les  internes  aussi  bien  que  les  ei- 
ternes,  sont  élévateurs  des  côtes.  L'tine  de  ces  expériences  a  été  tàite  ici  même, 
dans  cet  amphithéâtre,  pendant  une  leçon  de  physiologie  du  professeur  Bérard, 
sur  un  sujet  dont  les  intercostaux  étaient  devenus  sous-cutanés,  consécutivemenl 
à  l'atrophie  des  muscles  qui  les  recouvrent.  Lorsqu'il  vit  la  cAte  inférieure  élevfe 
vers  la  supérieure  immobile,  sous  l'influence  de  la  faradisation  d'un  intercostal  au 
niveau  de  l'un  des  espaces  intércartilagineux,  il  exprima  sa  surprise  en  disant  : 
«  Que  n'eût  pas  donné  Haller,  pour  être  témoin  d'une  pareille  expérience,  qui 
(pour  cette  région  de  la  poitrine  au  moins)  lui  eût  donné  gain  de  cause  sur  son 
tenace  adversaire  Hamberger.  » 

Et  cependant  l'opinion  d'Hamberger  a  triomphé  et  règne  encore  dans  ren- 
seignement. On  va  même  Jusqu'à  soutenir  aujourd'hui,  d'après  deux  habiles  ex- 
périmentateurs, MM.  Beau  et  Maissiat,  que  les  intercostaux,  les  internes  comme 
les  externes,  sont  expirateurs  ! 

.  Pour  moi,  je  le  répète,  cette  opinion  est  depou  longtemps  une  erreur;  et  ce- 
pendant je  me  suis  tu  jusqu'en  ces  derniers  temps.  C'est  qu'avant  d'attaquer 
oe  que  je  considérais  comme  une  hérésie  physiologique,  il  me  fallait  «ne  arme 
plus  puissante  :  l'observation  clinique,  confirmant  ou  complétant  l'expériaieti- 
tation  électiY>-physiologique. 

Avant  d'arriver  à  ce  résultat,  messieurs,  il  m'a  fallu  faire  de  longues  re- 
cherches cliniques;  je  les  ai  exposées  récemment  ailleurs  (1).  Peut-être  serait-il 
opportun  de  les  résumer  ici,  afin  de  venir  appuyer  les  importantes  expériences 
de  M.  Duval.  Mais  je  craindrais,  messieiu^,  d'abuser  de  votre  temps  précieux,  et 
surtout  de  votre  attention  bienveillante. 

Permettez-moi  seulement  de  faire  patser  mm»  voa  feux  les  photographies  de 
deux  sujets,  ches  lesquaU  l'atrophie  ninsculaire  prt^grasatve  a  détruit  différents 
ordres  de  muscles  inspirateurs.  Elles  m'aideront,  j'espère,  à  porter  la  comlclion 

dans  vos  esprits. 

L'un  de  ces  sujets,  âgé  de  quarante  ans,  imprimeur  sur  étoffes,  atteint  par 
cette  maladie  depuis  neuf  ans,  se  trouve  actuellement  à  l'Hôtel-Dieu,  salle 
Sainte-Jeanne,  n"  18,  dans  le  service  clinique  de  M.  le  professeur  Grisolle. 

L'autre,  âgé  de  vingt-cinq  ans,  clerc  d'huissier,  atrophiquc  depuis  cinq  ans, 
est  à  la  Charité,  salle  Sainl-Jean-de-Dieu,  n*"  1,  dans  le  service  clinique  de  notre 
honorable  président,  M.  Bouillaud. 

Les  chefs  de  clinique  de  ces  services  publieront,  je  Tespèrc,  dans  tous  leurs 

(1)  Physîohffic  des  rnowernenh,  dimmtrie  à  ttxiàe  ite  tttpénmMnHim  ^eHq^  ef  * 
i'ùbiervaHm  cHnique.  PnH,  iM?« 


DCCHElflfC.  —  ÉTODE  SUft  VS&  TOftCTlOnS  DëIs  tftJSCLXS  tNTBBGOSTAVX;    ^Sl 

détails,  ces  observations  intéressantes  au  point  de  vue  patliologique.  Ici  je  veux 
seulement  les  faire  contribuer  à  la  solution  du  problème  physiologique  en  question. 

r 

Le  n^et  atrophique  de  THâtel-Diett  va  nous  offrir  une  noavelle  preuve  dt  la 
fonction  inspiratrice  des  mosdes  intercostaux.  Chez  lui,  les  muscles  moteurs  de( 
membres  supérieurs,  de  la  tête  et  du  tronc,  sont  atrophiés  pour  la  plupart  ;  je 
me  bornerai  à  analyser  les  troubles  fonctionnels  que  Voêï  observe  dans  ses  mou*' 
vements  respiratoires. 

Pendant  Tinspiration,  qu'il  soit  couché,  assis,  ou  debout,  son  abdomeû  est 
déprimé,  et  son  épigastre  refoulé  dans  la  poitrine,  tandis  que  ses  côtes  s'ëiàvent 
et  que  son  thorax  s'agrandit  en  tous  sens.  Ainsi,  le  périmètre  de  son  thorax 
qui,  au  niveau  de  l'appendice  xiphoïde,  mesure  76  centimètres  pendant  l'ex- 
piration, atteint  81  centimètres  pendant  l'inspiration.  (Les  figures  1  et  6,  dans 
lesquelles  on  voit  ce  malade  photographié  pendant  une  grande  inspiration, 
donnent  une  idée  exacte  des  mouvements  inspiratoires  c>-dessus  décrits.)  (1) 

Tout  le  monde  sait  que  ces  mouvements  inspiratoires  en  sens  inverse  de  l'état 
normal  sont  dans  ce  cas  un  indice  certain  de  l'atrophie  ou  de  l'inertie  du  diir 
phragme.  Ce  diagnostic,  s'il  pouvait  être  douteux,  serait  confirmé  d'ailleurs  par 
l'exploration  électrique.  En  effet,  le  plus  puissant  courant  d'induction  localisé 
dans  les  nerfis  phréniques  ne  produit  plus  La  moindre  contraction  apparente  de 
^n  diaphragme. 

A  voir  la  respiration  haute  de  cet  individu,  on  le  croirait  atteint  d'une  af- 
fection du  poumon,  d'un  emphysème  pulmonaire  par  exemple.  Mais  en  l'aus* 
cultant^  on  entend  l'air  pénétrer  librement  dans  ses  voies  aériennes  ;  et  puis  il 
n'éprouve  point  d'orihopnée. 

Les  physiologistes,  qui  considèrent  certains  muscles  dits  inspirateurs  auxi- 
liaires (les  trapèzes,  les  pectoraux,  les  grands  dentelés,  les  grands  dorsaux,  les 
rhomboïdes,  les  sterno-mastoïdiens,  les  scalènes)  comme  les  seuls  agents  ée  la 
respiration  costo-supérieure,  ne  manqueraient  pas  de  leur  attribuer  les  grands 
mouvements  d'expansion  du  thorax  observés  chez  ce  sujet.  Mais  quel  serait  leur 
embarras,  en  découvrant  qu'il  est  privé  presque  entièrement  de  l'action  de  ces 
muscles.  Us  n'existent  plus,  en  effet,  pour  la  plupart,  et  ceux  d'entre  eux  qui  ne 
sont  pas  entièrement  atrophiés  (à  savoir,  les  petits  pectoraux  et  les  grands  den- 
telés) sont  réduits  à  l'impuissance,  comme  élévateurs  des  côtes,  par  le  fait  de 
la  destruction  de  ses  trapèzes,  de  ses  rhomboïdes.  J'ajouterai  enfin  qu'il  a  perdu 
^es  stemo^cléido-mastoîdiens,  e\  que  ses  scalènes  sont  également  en  voie  d'a^ 
trophie.  En  somme,  les  seuls  muscles  moteurs  des  côtes  qui  lui  restent,  sont  les 
intercostaux.  Or,  si  ces  muscles  avaient  été  réellement  expirateurs,  comme 
quelques  physiologistes  le  prétendent,  notre  malheureux  atrophique  aurait  été 
rapidement  asphyxié.  On  vient  de  voir  qu'il  donne  à  leur  opinion  un  éclatant 
iémenti,  en  élevant  fortement  ses  côtes  et  en  grandissant  largement  son  thorax, 
seulement  à  l'aide  de  ses  intercostaux. 

Je  compléterai  enfin  k  démonstration  de  ce  fait  physiologique,  en  ajoutant  que 
es  doigts  enfoncés  dans  les  espaces  intercostaux  font  sentir  distinctement  les 
uuscles  intercostaux  se  gonflant  et  durcissant  pendant  l'inspiration. 

(1)  Les  figures  dont  il  est  ici  question  étalent  photographiées}  elles  paraîtront  gravées  dans 
a  troisième  édition  (sous  presse)  de  YÉiectrùeition  locaiùée. 


5S2     GONGRfcS  MÉDICAL  INTBBNATIONAL.  —  TBOISIÈMB  SÉANCE  DU  SOIR. 


II 

Un  autre  fait  physiologique  nouveau,  et  d'une  portée  non  moins  grande,  est 
mis  en  lumière  par  les  sujets  atrophiques  dont  il  vient  d'être  question.  Q  tous 
^ffira,  messieurs,  pour  en  avoir  la  démonstration,  de  comparer  le  thorax  dé- 
formé, aplati,  du  malade  de  la  Charité ,  consécutivement  à  Tatrophie  de  ses 
intercostaux  (voy.  fig.  2  et  6),  au  thorax  bombé  de  celui  de  THÔtel-Dieu,  dont 
les  intercostaux  fonctionnent  d'une  manière  exagérée  (voy.  fig.  i  et  5). 

Toutes  les  fois  qu'il  m'a  été  donné  de  suivre  la  marche  progressive  de  l'a- 
trophie musculaire,  se  localisant  dans  les  intercostaux,  j'ai  vu  constamment  le 
diamètre  antéro-postérieur  du  thorax  diminuer,  et  son  diamètre  transver»! 
augmenter  graduellement,  et  en  raison  directe  du  degré  de  l'atrophie.  11  en 
était  résulté  que  le  thorax  s'était  aplati  d'avant  en  arrière,  et  avait  pris  la  forme 
d'une  ellipse. 

Lorsqu'au  contraire,  consécutivement  à  l'atrophie  du  diaphragme  et  d'autres 
muscles  inspirateurs  auxiliaires  (les  grands  dentelés,  les  trapèzes,  etc.),  l'inspi- 
ration costale  a  dû  suppléer  la  respiration  diaphragmatique,  qui  agrandit,  on  le 
sait,  le  diamètre  vertical  de  la  poitiine,  le  diamètre  antéro-postérieur  du  thorax 
a  augmenté,  et  son  périmètre  est  devenu  plus  circulaire  ;  ce  qui  augmentait 
conséquemment  la  capacité  horizontale  du  thorax. 

Ces  faits,  que  j'ai  signalés  dans  un  travail  antérieur  (1),  sont  conârmésde 
nouveau  chez  nos  deux  atrophiques. 

Celui  de  la  Charité,  ai-je  dit,  a  perdu  en  partie  ses  intercostaux  et  toute  l'é- 
corce  musculaire  du  tronc  (les  grands  dentelés,  les  trapèzes,  les  pectoraux,  etc./; 
de  tous  ses  muscles  inspirateurs,  son  diaphragme  est  seul  resté  intact.  Aussi 
voyez  (fig.  2)  combien  sa  respiration  abdominale  et  l'aplatissement  antéro-poi^- 
térieur  de  son  thorax  contrastent  avec  la  voussure  considérable  du  thorax  du 
sujet  de  l'Hôtel-Dieu,  qui  ne  respire  plus  qu'à  l'aide  de  ses  intercostaux  (to). 
fig.  1). 

Pendant  l'expiration,  vous  remarquez  les  mêmes  différences  entre  les  thoiu 
de  ces  individus.  (Je  les  ai  photographiés  pendant  l'expiration.)  Chez  celui  de  la 
Charité  (fig.  6),  le  diamètre  stemo-veriébral  externe  est  de  12  centimètres  au 
niveau  de  la  partie  supérieure  du  sternum,  et  de  16  centimètres  au  niveau  de 
l'articulation  stcmo-xiphoîdienne  ;  le  périmètre  de  son  thorax  présente,  à  ce 
dernier  niveau,  une  forme  elliptique  (voy.  A,  fig.  6).  Enfin,  il  déclare  que  la 
déformation  de  sa  poitiine  ne  date  que  de  son  atrophie.  —  Vous  observes  le  con- 
traire chez  le  malade  de  l'Hôtel-Dieu  (voy.  fig.  5);  son  diamètre  stemo-veité- 
bral  externe  est  de  16  centimètres  au  niveau  de  la  partie  supérieure  du  ste^ 
num,  et  de  20  centimètres  au  niveau  de  l'articulation  stenko-xiphoîdienne;  le 
périmètre  de  son  thorax  a  une  forme  presque  circulaire  (voy.  A,  fig.  5). 

Ces  faits  démontrent  donc,  messieurs,  que  l'inspiration  costale  n'est  pas  la 
fonction  principale  des  muscles  intercostaux.;  que  leur  puissance  tonique,  êé- 
vatrice  des  côtes,  préside  au  développement  et  à  la  conservation  de  la  capacité 
thoracique,  en  neutralisant  ou  en  équilibrant  l'action  des  forces  expiratrioesqui 
tendent  à  la  diminuer. 

(i)  Loc,  ciL 


*-♦• 


DRTSDALfi.  —  TRAITEBiEMT  DE  LA  SYPHILIS  SANS  MEBGURE.  533 


TRJlITEMEIVT  BE  liJL  SYPHlIilS  SANS  HBmClJBE 


PAA  M.   CHABLES  DRTSDALE  (DE  LONDRES)^ 

Membre  du  Coll^  des  médeciu  et  dee  chirurgiens  de  Londres, 

Secrétaire  honoraire  de  la  Société  médiode  Harvéenne  de  Londres,  et  Médedn 

du  Metropolitan  Free  Hoapital  de  Londres. 


Il  arrÎTe,  ce  me  semble,  im  moment  dans  la  discussion  de  toute  question,  o& 
tout  ce  qu'il  y  avait  à  dire  sur  la  matière  a  été  avancé  par  les  avocats  des  deux 
panies  adverses,  et  où  il  ne  reste  plus  qu'à  confronter  les  témoignages  et  à  pro* 
noncer  la  sentence.  A-t-on  atteint  cette  période  dans  l'histoire  de  la  discussicm 
de  la  valeur  du  mercure  comme  traitement  de  la  syphilis  et  d'autres  maladies  ? 
Je  le  crois.  Nous  levons  à  présent  dans  bon  nombre  de  nos  écoles  médicales  des 
professeurs  d'une  capacité  incontestée,  qui  émettent  des  idées  tout  à  fait  contra* 
dictoires  à  cet  égard  ;  et,  comme  conséquence  de  leurs  théories,  ils  font  usage 
de  traitements  d'une  nature  complètement  différente  dans  la  syphilis,  l'iritis,  et 
dans  les  maladies  inflammatoires.  Combien  de  temps  cet  état  d'incertitude  doit<* 
il  durer  ?  Devons-nous  attendre  une  autre  génération  d'observateurs  avant  de 
décider  la  question,  ou  n'avons-nous  pas  déjà  les  matériaux  suffisants  pour  con- 
clure et  donner  notre  verdict?  C'est  sous  ce  dernier  point  de  ^iie  que  j'ai  envisagé 
l'état  de  la  question  dans  cet  essai  ;  et  j'espère  que  quelques-uns  de  mes  audi-* 
teurs  arriveront  à  la  conclusion  à  laquelle  j'ai  abouti,  en  compagnie  de  quel- 
|ues-uns  des  plus  iUustres  professeur  du  jour,  à  savoir  :  que  le  mercure  fût, 
lès  l'abord,  introduit  inutilement  dans  la  pratique  de  la  médecine,  comme 
-emède  interne,  spécialement  en  la  syphilis;  et  qu'il  occupe  maintenant  sa  place 
lans  la  liste  des  remèdes,  uniquement  pour  avoir  été  employé  par  les  praticiens 
lu  passé,  sans  une  attestation  suffisante  du  moindre  bienfait  qu'il  ait  jamais 
endu. 

La  question  du  mercure  contre  la  syphilis  est  de  la  plus  grande  importance* 
^e  sa  solution,  ce  me  semble,  dépend  l'avenir  du  mercure  comme  agent  théra- 
eutique  interne.  Le  docteur  Habershon,  de  Londres,  vient  de  rendre  un  si  grand 
?rvice,  en  démontrant  les  suites  funestes  de  ce  remède  dans  diverses  maladies, 
ue  je  n'ai  pas  besoin  de  m' étendre  ici  davantage  sur  ce  chapitre  ;  mais  je  me 
>ntenterai  de  dire  que  j'adhère  à  sa  sentence  contre  Tadministration  du  mercure 
ins  toutes  les  maladies  du  poumon,  du  cœur,  de  l'abdomen  et  du  cerveau. 
.  Zacharie  Laurence,  M.  Boek,  M.  Hughes  Bennett,  ont  aussi  abandonné  l'u- 
^e  du  mercure  dans  le  traitement  de  l'iritis.  —  Ils  emploient  seulement  la 
flladone.  Mais  la  citadelle  des  partisans  du  mercure  est  la  syphilis  ;  et  ils  se 
amponnent  à  lui  dans  cette  maladie  avec  une  ténacité  digue  d'une  meiUeare 


5t&     COJfQnfeft  MÉDIGU  INTBBIlàTIONAfr  «^  TROISIËAIE  SÉANCE  OU  80IB. 

cause.  Il  est  vrai  qu'un  jour  leurs  rangs  s'cclaircirent  par  la  défection,  lorsque 
Fergusjwn,  Gulhrie,  Rose  Hennen,  etc.,  à  leur  retour  de  la  Péninsule,  montrèrent 
que  les  ti'oupes  pouvaient  très-bien  se  passer  de  son  secours  ;  et  le  traitement  de 
plus  d'un  millier  de  malades  par  Fricke,  et  celui  d'un  nombre  tout  aussi  grand 
par  DQ^ruelles,  dont  M.  le  professeur  Paulet  est  un  digne  successeur  à  rbôpital 
du  Val-de-Gràce,  sans  un  atome  de  mercure,  mirent  presque  la  déroute  parmi 
les  adhérents  d'Astruc  et  de  Hunter.  —  Une  réaction,  néanmoins,  se  fit  bientôt 
sentir,  ayant  à  sa  tète  l'Illustre  M.  Rlcord,  et  ses  partisans  de  Paris  et  de  Londres 
ont  été  longtemps  au  pouvoir.  —  J'ai  toutefois  remarqué  dans  les  écrits  de  ces 
disciples  anglais  un  refroidissement  sensible  de  leur  sèle  pour  le  «  ma€stroy>;  car, 
tandis  que  M.  Ricord  conseille  un  semestre  avec  une  dose  journalière  de  mercure, 
suivi  d'un  trimestre  d'iodurc  de  potassium,  je  trouve  nos  auteurs  les  plus  dis* 
tingués  de  Londres  très-ambigus  relativement  à  la  durée  de  l'application  du 
minéral. 

John  Thompson  (d'Edinburgh),  Liston,  Syme,  Hughes Bennett,Weeden-Cooke,  et 
une  foule  d'autres  célébrités  de  la  France,  de  l'Angleterre  et  de  l'Allemagne,  ont 
à  plusieurs  reprises  prouvé,  non-seulement  par  des  assertions,  mais  par  de  vastes 
expériences  comparées,  que  la  syphilis,  soumise  à  la  médication  d'une  diète  tnen 
entendue,  du  repos,  de  l'hygiène,  et  des  applications  externes^  telles  que  les 
cautérisations,  est  généralement  une  maladie  d'un  caractère  très-anodin.  M.  D^- 
ruelles,  dans  le  Compte  rendu  de  son  traitement  des  soldats  de  l'hôpital  du  Val- 
de-^iràce,  dit  :  «Il  est  aisé  de  voir  que  le  traitement  interne  est  réduit  à  la  «im- 
plicite la  plus  grande;  le  traitement  externe  n'est  pas  plus  compliquéj  et,  pour 
l'un  comme  pour  l'autre,  le  secours  du  mercui*e  est  presque  nul.  » 

Premièrement,  je  nie  formellement  que  le  mercure  n'est  pas  un  remède  trè»- 
dangeroux  en  certains  cas.  Ainsi,  entre  beaucoup  d'autres,  Sltey  {Maladm  véné- 
riennes, p.  88)  dit  :  «  Les  avocats  du  mercure  ne  cessent  d'objecter  que  des 
maladies  similaires  à  celle-ci  ne  suivent  pas  la  prodigue  administration  du  re- 
mède, quand  on  l'emploie  à  la  cure  d'autres  maladies;  j'admets  qu'elles  n'en 
soient  pas  toujours  le  résultat,  mais  j'affîrme,  d'une  manière  très^positive,  qu'elles 
en  sont  la  suite  occasionnellement,  et  fût-il  administré  sous  les  mêmes  formes  et  en 
les  mêmes  circonstances,  on  en  aurait  plus  souvent  à  déplorer  les  conséquences.  » 
Le  docteur  Chdstison  dit  que  deux  drachme's  d'onguent  mercuriel  appliqués 
extérieurement  causèrent  un  violent  ptyalisme  et  la  mort  en  quatre  jours. 
•  Théophraste  Paracelse,  vers  l'an  1570>  introduisit,  dit-on,  par  son  enseigne- 
ment, l'usage  du  mercure  et  de  l'antimoine  dans  la  profession.  L'astronomie  et 
l'astrologie,  la  chimie,  la  thérapeutique  et  la  métaphysique  se  succèdent  Tune  à 
l'autre  dans  ses  ouvrages  diffus,  et  je  ne  puis  que  dire  s'il  nous  faut  attrihuer 
notre  première  découverte  des  vertus  internes  du  mercure  à  ParaeeLse«  que  le 
présent  me  parait  digne  du  donateur. 

Après  le  célèbre  Astruc  et  van  Svrieten,  j'arrive  aux  idées  de  Hunter,  qui  sont 
encore,  je  crois,  partagées  par  le  célèbre  médecin  de  Saint-Louis,  M.  Cazenave. 
Hunter  donnait  le  mercure  même  dans  la  gonorrhée,  c  pax'ce  qu'il  est  toujours 
nécessaire  de  songer  à  la  possibilité  de  voir  la  matière  absorbée,  et  de  la  voir 
paraître  ensuite  sous  une  forme  vénérienne.  »  Selon  Benjamin  Bell,  le  traite- 
ment de  ce  temps  était  si  sévère  en  fait  de  mercure,  «  qu'un  bon  nombre  de 
personnes  délicates  y  succombaient  »  • 

Le  docteur  Pei^gusBOn,  qui  résidait  en  Portugal,  écrivit  une  lettre  en  Angleterre, 
datée  d'fivnra,  ao  atril  1S12«  A  la  page  il,  il  dit  :  k  Jusqu'à  ce  que  nous  en 


paTSOUIt  -^  TaHIIMBlIX  m  U  9XPHIU4  8A!ia  lUBfiimK*         U5 

liflsioDft  rexpërienca  pendant  les  guorr^s  4q  l^  Pdnmiulei  0  n*y  avait  qu'uqe 
ûfûnloD  commune  parmi  nous  sur  Tuicurabilité  complète  de  la  syphflia  sans  mep- 
cure.  »  n  iqjoute  :  «  L'armée  anglaise^  en  ce  moment  (1846),  contient  des  milliers 
d'hommes  en  santé  parfaite^  qui  ont  été  parfaitement  guéris  de  tout  degré  ou  état 
de  l'affection  syphilitique,  sans  aToir  pris  un  seul  atome  de  mercure.  »  M.  Rose^ 
dans  une  communication  lue  devant  la  Société  médico  -  chirurgicale  de 
Londresj  1817,  dit  p,  Ui2  ;  «  Sans  comprendre  plusieurs  ulcérations  légères  et 
celles  que  j'avais  perdues  de  vue  immédiatement  cy[>rès  leur  cure,  j'al^  dans  Te»- 
jMice  des  deux  dernières  annéesj  traité  sans  mercure  plus  de  120  cas  où  j'ai  été 
capable  de  m'assurer  que  mes  malades  ont  été  en  parfaite  santé  pluaieun  mois 
après.  En  moyennej  1  sur  3  des  acddents  ainsi  traités  était  suivi  d'une  forme 
vaiiable  de  symptômes  constitutionnels.  C'était,  dans  la  plupart  des  oas,  peu  de 
choscj  et  cela  aurait  p^sé  inaperçu  si  nos  investigations  eussent  été  moins  mtr 
nutieuses.  La  carie  des  os,  et  quelque&*uns  des  symptômes  lea  meîni  équivoques» 
ne  se  présentèrent  pas.  » 

Guthrie,  en  1817,  dans  une  communication  k  la  même  Société  dit  :  «  X^a  valeur 
de  cette  prescience  sera  plus  justement  appréciée,  maintenant  que  l'on  a  déter- 
miné que  tout  symptôme  vénérien,  de  quelque  nature  qu'il  soit,  guérira  sans 
l'emploi  du  métal,  pourvu  que  le  temps  suffisant  soit  accordé,  que  la  constitution 
soit  bonne,  que  le  malade  mène  une  vie  régulière,  etc.  » 

En  1818,  le  docteur  John  Thompson,  d'Edimbourg,  traitait  tous  ses  malades 
sans  mercure.  11  dit  :  «  Jusqu'ici  je  n'ai  pas  eu  l'ocqaaion  d'observer,  parmi  les  ma- 
lades (soldats)  traités  pour  les  symptômes  primaires  sans  mercure,  aueun  de  ces 
ulcères  profonds  et  repoussants  de  la  peau,  de  la  gorge,  du  nés,  de  la  bouche,  ou 
quelqu'une  des  afTections  douloureuses  des  os,  qui  sont  indiqués  par  tous  les  syphl- 
iiographes  comme  le  véritable  produit  de  la  maladie.  » 

Le  docteur  Hennen,  en  1818,  écrit  (p»  331  de  son  ouvrage)  :  «  Les  éruptions 
n'ont  pas  tourné  en  ulcérations  ni  en  larges  croûtes  ou  grosses  pustules.  Les  os  du 
nez  ou  d'autres  parties  n'ont  été,  en  aucun  cas,  affectés  de  carie.  Je  n'oserai  afilr* 
mer  que  ces  accidents  n'auront  pas  lieu  (quand  le  mercure  n'est  pas  administré), 
mais  sur  100  cas  que  j'ai  observés  avec  une  attention  extrôme,  je  dois  dire  qu'ils 
ne  sont  pas  arrivés.  )> 

M.  Desruellcs  {Jauriml  des  progm)  dit  :  «  Les  résultats  obtenus  jusqu'ici  four- 
nissent la  preuve  que  les  récidives  sont  infiniment  moins  nombreuses  et  moins 
graves  que  celles  qu'on  observe  après  le  traitement  mercuriol  au  Yal-de^irâoe; 
lorsqu'on  employait  cette  substance,  la  durée  moyenne  du  traitement  était  de 
deux  mois,  elle  est  maintenant  de  vingt-sii  jours,  n 

Le  docteur  Broussais,  dans  son  Cours  de  pathologie,  dit  (p.  2&8)  :  it  L'av»ntage 
reste  donc  pour  le  traitement  sans  mercure.  » 

M*  De^ruelles  rapporte  que  M.  Fricke,de  Hambourg,  avait  traité  15  000  cas  sans 
mercore.  Friche  faisait  une  longue  expérience  sur  les  deux  méthodes  de  traite* 
ment^  de  1824  jusqu'à  1838,  et  en  1838  il  écrit  au  docteur  Graves,  de  publin. 

«  Le  docteur  Fricl^e  n'a  pas  lieu  d'abandonner  sa  nouvelle  méthode  de  traite- 
nent.  Au  contraire,  une  expérience  ultérieure  a  n^A^ulement  eoqûrmé  ses 

antécédentes  dans  chai|ue  cas;  mais  aussi  une  série  d'exemples,  ne 
pas  k  moins  d'un  millier,  lui  a  imprima  la  conviction  de  l'efficaeité 
upérieure  de  ce  qui  a  été  appelé  le  traitemept  antiphlegistique.  » 

De  rannée  1823  jusqu'en  1^3Q,  de  grande»  expériences  sAtionales  ferent 
iite3  en  Suède  par  ordre  d^igouv^^ipuen^nti^dHn^tquiiMe  atuiées,  pesdantles* 


536  coneaËs  mêoicu  international.  —  troisième  séance  du  son. 

quelles  47  687  cas  furent  observés.  «  Aux  avantages  que  je  viens  de  vous  signaler 
(dit  le  rapport)^  vous  devez  joindre  l'adoucissement  que  Ton  a  remarqué  dans 
l'aspect  des  récidives^  dont  le  caractère  a  été  moins  intense  et  les  dangers  presque 
nuls,  y 

Le  traitement  des  enfants  syphilitiques  sans  mercure  est  encore  plus  satisfai- 
sant que  l'autre.  Ainsi,  en  185&,  selon  Acton^  sur  85  enfants  qui  sont  nés  à 
rhdpital  de  Lourcine^  ou  qui,  à  Fâgo  de  deux  ans>  y  sont  entrés  avec  leurs 
mères,  je  trouve  que  28  pour  100  périssent  de  la  maladie  (probablement  tou- 
jours traités  avec  mercure).  Dans  un  article  dans  le  Médical  Times  and  Gazette, 
octobre  1863,  par  le  docteur  Allingham,  de  Londres^  on  trouve  le  récit  détaillé 
de  15  cas  de  syphilis  infantile^  traités  par  lui  sans  mercure.  Sa  propre 
expérience  du  traitement  mercuriel  avait  été  très-peu  satisfeisante,  et  ceci 
l'amena  à  Caire  quelques  recherches  statistiques  d'où  résulte  que  19  pour  lOO 
de  morts  étaient  trouvés  dans  le  traitement  mercuriel,  considéré  cependant 
comme  infaillible  par  sir  Benjamin  Brodie.  Le  résultat  des  cas  traités  par 
M.  Allingham  par  le  chlorate  de  potasse  et  l'hygiène  fût,  que  l'un  des  malades 
mourut,  l'autre  resta  dans  le  même  état,  et  13  furent  guéris.  H  nous  laut  donc 
conclure  de  ces  observations  qu'une  proportion  beaucoup  plus  élevée  de  cas  de 
syphilis  infantile  guérira  quand  le  traitement  se  fera  par  le  chlorate  de  potasse, 
les  applications  topiques  et  les  remèdes  hygiéniques,  sans  intervention  de  mer- 
cure. 

Le  professeur  Syme,  d'Edimbourg,  traite  le  phagédénisme  par  l'application  de 
potasse  caustique  ;  si  des  symptômes  secondaires  apparaissent,  ils  devront,  selon 
lui,  être  traités  simplement  par  les  principes  ordinaires  qui  dirigent  à  leur  égard, 
quand  ils  proviennent  d'autres  causes.  Dans  les  alTections  du  périoste  et  des  os 
qui,  comme  il  l'a  noté,  n'affectent  jamais  une  forme  grave,  si  ce  n'est  dans 
les  cas  où  le  malade  a  souffert  de  l'influence  mercurielle,  l'iodure  se  trouve 
généralement  de  quelque  utilité;  un  traitement  local  approprié,  et  surtout 
l'application  méthodique  de  vésicatoires,  étant  en  même  temps  mis  en  usairc. 
M.  Critchett,  de  Londres,  dans  ses  «  Leçons  sur  les  ulcères  des  extrémités  inrê- 
rieures,  18i!i8  »,  conseille  de  recourir,  pour  tels  ulcères  syphilitiques,  à  une 
pâte  de  chlorure  de  zinc  insérée  sous  les  bords  de  l'ulcère  à  l'aide  de  bouts  de 
charpie.  Les  docteurs  Hughes  Bennett,  Jonathan  Hutchinson  et  l'auteur  de 
cet  essai,  considèrent  la  syphilis  comme  étant  de  la  nature  d'un  poison  animal 
exanthématique,  semblable  à  la  petite  vérole  ou  à  la  scarlatine,  et,  comme  dan« 
ces  maladies  on  attend  jusqu'à  ce  que  les  phases  de  la  maladie  soient  panrou- 
rues,  sans  rien  faire  en  fait  de  médication  :  ainsi  la  première  chose,  selon  l'au- 
teur, pour  le  traitement  de  la  syphilis,  est  la  patience  pendant  peut-être  quatre 
ou  cinq  mois,  et  même  souvent  plus,  et  après  cela  l'hygiène,  et  en  quelques  cas 
mal  déterminés  l'iodure  de  potassium.  Le  magnifique  ouvrage  du  professeur 
Boeck,  de  Christiania,  Becherches  sur  la  sf/phUis,  prouve  encore  une  fois  rinutiiite 
et,  plus  que  cela,  les  torts  faits  par  le  mercure  dans  le  traitement  de  la  syphilis  : 
par  exemple,  il  mentionne  que,  sur  1008  cas  primitifs  tous  traités  parle  mer- 
cure, 2k  pour  100  devinrent  affectés  de  symptômes  secondaires;  et  sur  52} 
traités  sans  mercure,  1&  pour  100  devinrent  affectés.  11  faut  déduire  de  cette 
statistique  (dit  Boeck)  que  le  mercure,  loin  de  (bire  du  bien  dans  la  s)'^^ 
primaire,  est  positivement  nuisible. 

L'auteur  de  cet  essai  a  depuis  longtemps  entièrement  abandonné  le  mercore 
en  traitant  les  syphilitiques,  et  avec  quelques  rares  exceptions  il  a  trouté  la 


DBT8DALE.   —  TBAITBMBIIT  DE  LA  STPBIUS  SANS  MERCURE.  537 

maladie  ainsi  traitée  très-anodine.  La  patience^  les  caustiques,  comme  l'acide 
nitrique  et  l'hygiène,  selon  lui,  sont  les  agents  le^  plus  puissants  dans  la  cure  de 
cette  maladie,  et  il  est  bien  rare  que  le  malade  succombe  quand  ces  moyens 
sont  usités  et  le  mercure  abandonné.  Ainsi  il  est  parfaitement  en  accord  avec 
MM.  Després  etDolbeau,  et  Paulet,  etc.,  dans  leurs  opinions  récemment  tiouvées 
dans  la  Gazette  des  Jiôpitatue,  et  il  conclut  presque  dans  les  termes  de  M.  Dol- 
beau  :  «  Le  traitement  mercuriel,  administré  préventivement,  n'empêche  pas 
le  développement  des  accidents  constitutionnels;  il  n'est  pas  démontré  qu'il 
atténue  l'évolution  de  la  diathèse.  » 

Lorsque  les  manifestations  secondaires  de  la  vérole  ne  laissent  plus  de  doute  sur 
l'existence  d'une  syphilis  constitutionnelle,  il  n'est  pas  nécessaire  d'administrer 
les  mercuriaux,  et  enfin  il  ne  croit  plus  guère  à  la  nécessité  de  faire  usage  du 
mercure  dans  le  traitement  de  la  syphilis,  soit  pour  les  adultes,  soit  pour  les 
enfants  ou  les  fenmnes  enceintes. 

■  itelUco.  —  Je  ne  peux  pas  aborder  ce  sujet  qui  vient  d'être  traité  si  lon- 
guement par  la  Société  de  chirurgie. 

Mais  je  tiens  à  rappeler  que  certaines  lésions  syphilitiques  intérieures  se 
voient  surtout  chez  les  fumeurs.  Faites  cesser  l'usage  du  tabac,  et  les  plaques 
muqueuses  de  la  gorge  guériront  promptement. 

■.  Aaslas-Tarcané.  —  Je  suis  opposé  au  mercure,  et  dans  une  autre 
séance  je  lui  ai  fait  son  procès.  Ce  n'est  pas  que  je  nie  ses  effets;  mieux 
qu'aucun  autre  médicament  il  peut  faire  disparaître  certaines  manifestations 
syphilitiques,  mais  je  lui  reproche  ses  dangei*s  et  je  signale  son  impuissance 
définitive. 

La  statistique  de  M.  Boeck  (de  Christiania)  a  montré  que  les  syphilitiques  trai- 
tes par  le  mercure  vivaient  en  moyenne  moins  de  temps  que  les  autres. 

C'est  à  l'intervention  du  mercure,  que  j'attribue  en  partie  la  fréquence  des 
affections  syphilitiques  viscérales  (gommes  pulmonaires,  lésions  céi*ébrales,  etc.). 

Je  me  rappelle  un  malade  que  M.  Mounié  m'avait  prié  d'aller  voir,  il  avait 
un  onyxis  qu'aucun  traitement  mercuriel  ne  pouvait  guérir.  A  première  vue, 
je  déclarai  que  le  malade  n'était  pas  syphilitique,  et  l'enquête  faite  le  prouva  : 
c'était  un  onyxis  mercuriel. 

Un  autre  malade,  un  capitaine  de  la  garde,  m'avait  prié  de  lui  faire  des  ino- 
culations curatives  ;  mais  je  reconnus  bientôt,  au  caractère  des  chancres  inocu- 
lés, qu'il  avait  pris  du  mercure.  11  me  dit  qu'il  l'ignorait;  mais,  qu'ayant  été  à 
l'hôpital  de  Bi*est,  il  écrirait  au  chirurgien.  Celui-ci  répondit  que  le  malade 
avait  été  soumis  pendant  dix-huit  mois  à  un  traitement  mercuriel  sous  sa  di- 
rection. 

La  séance  est  levée  à  onze  heures. 


SÉANCES  SUPPLÉMENTAIRES  DU  SOIR 


QUATRIÈME  SÉANCE 


Samedi  24  août,  I  à  lieures. 


Lettre  de  M.  le  professeur  Duval  (de  Brest). 


Lectures  : 


MM.  Laurence  (Londres).  —  Observation  d'un  cas  d'anëvrysme  traumatique  de 
l'orbite  ;  ligature  de  la  carotide  primitive.  Succès. 
Van  de  Loo  (Venlo).    —    Bandage  plâtré   amovo-inamovible  d'emblée  et 

tricot  plâtré. 
Shrucpton  (Pails).  —  Choléra,  son  siégOj  sa  aature.  Contagion. 
BomvxT  (Bordeaux).  «^  Sur  la  prophylaxie  du  choléra. 

Dfscussioif  : 

MM.  MARQOYim  (Bukarest).  —  Caooo  (Bruxallet).  — -  Heviuout  (Paris).  —  Shbiiip- 

TON  (Paris).  —  Henri  Favre  (Paris).  —  PozifAnsxT  (SainV 
.  Pétcrsbourg). 

Procès-verbal  de  la  séance  par  M.  le  docteur  Phousî,  secrétaire  du  Congrès. 


UTTU  OS  M,  MTAL.  5S9 


QUATRIEME  S$ANÇÇ  DU  SOIR. 


Président If.  Bouillaud. 

Vice-présidents MM.  Haixa  et  Teissier. 

Secrétaxre^de  la  sécmce, .  .     M.  Proust. 

Le  procès-verbal  de  la  séance  précédente  est  lu  et  adopté. 

V.  le  Fr««lde«t  communique  la  lettre  suivante  de  M.  le  professeur  Duval. 

Monsieur  le  Président, 

Des  raisons  de  service  me  forçant  à  rallier  immédiatement  le  port  de  Brest, 
il  me  sera  impossible  d'assister  à  la  prochaine  séance  du  soir,  et  par  conséquent 
d'entendre  le  procès-verbal. 

Je  me  permets  donc  de  vous  éciire  ces  quelques  lignes^  en  vous  priant  d'avoir 
l'extrême  bonté  d'en  faire  donner  lecture. 

1*  J'admets  cdtnme  vous,  et  depuis  longtemps,  la  contractilité  des  veines, 
remarquable  sur  certains  points  ;  et  c'est  ce  que  je  dirai  dans  ma  relation  dé- 
iaillée.  Toutefois  je  ne  suis  point  encore  parvenu  k  la  démontrer  sur  des  sup- 
pliciés, et  Je  ne  dois  dire  que  ce  que  J'ai  vu. 

Vous  savez  mieux  que  moi,  vous  qui  connaisses  si  bien  l'état  normal  et  l'état 
pathologique  du  cœur  et  des  gros  vaisseaux,  combien  il  est  difficile  de  démontrer 
la  contractilité,  universellement  admise  at^ourd'hui,  des  grosses  artères,  de 
Taorte,  par  exemple. 

2*  Je  désirerais  vivement  qu'il  fût  bien  spécifié  dans  le  procès-verbal  de  la 
séance,  que  la  communication  de  l'honorable  M.  Baccelli,  relative  à  une  théorie 
mathématique  de  la  circulation,  n'a  nullement  trait  à  des  assertions  émises  dans  le 
cours  de  ma  relation  succincte. 

Je  n'ai  parié  étaueune  théorie;  et,  comme  Je  Pavais  annoncé  dès  le  principe, 
je  me  suis  borné  à  exposer  les  résultats  des  expériences,  et  les  fiiits  observés* 

Je  saisis  avec  empressement  cette  occasion,  pour  vous  remercier  sincèrement, 
ainsi  que  messieurs  les  membres  du  Comité,  d'avoir  bien  voulu  m'admettre  à 
rhonneur  de  faire  une  lecture  devant  le  Congrès,  quoique  ma  demande  fût 
tardive. 

Je  suis  avec  un  profond  respect,  etc» 

Après  cette  lecture,  M.  ••ttillii«4  montre  qu'U  n'y  a  aucuii»  opposition  antre 
les  faits  exposés  par  M.  Duval  et  la  communication  de  M»  Baccelli. 


5&0     CONGRES  MÉDICAL  INTEBMATIOMAL.— QUATIIËME  SÊAMGE  DU  S(HB. 


aBSBavATianr 
im  CAS  B'AivÉvairsiiH  traviiati«vb  be  i^'orbre. 

lilOATUBE  BB  li'ABTiSBB  CABOTIBB  PBDUTIVE: 

svcci» 

PAR  M.   LE  DOCTEUR  J.   Z.   LAURENCE 

•  •        * 

Chirurgien  ï  l*liôpiUl  de  Saint  -  Bwtbâemy  de  Gbatham» 
Chirurgien  de  l*hdpiUl  ophthalmelogique  de  Souttiwark. 


James  G...,  quarante  et  un  ans^  se  présenta  à  l'hôpital  ophthalmologique  de 
Southwark  le  lundi  21  janvier  1867.  C'était  un  ivrogne  de  profession.  Le  di- 
manche 13j  il  avait  absorbé  une  forte  quantité  do  gin  et  d'eau  mélangés,  et  en- 
viron une  pinte  d'eau-de-vie  pure,  buvant  sans  discontinuer  depuis  une  heure  de 
Taprès-midi,  dans  la  journée  du  13,  jusqu'au  lendemain  lundi  14,  vers  trois 
heures  du  matin.  Il  fut  reconduit  chez  lui  le  lundi,  à  quatre  heures  moins  un 
quart,  dans  un  état  d'intoxication  sans  ressources;  et  dans  le  cours  de  son  voyage, 
chancelant,  il  tomba  plusieurs  fois  sur  le  pavé,  heurtant  le  derrière  de  la  tête  où 
fut  trouvée  une  petite  blessure.  En  arrivant  chez  lui,  il  tomba  tout  de  son  long 
dans  l'allée,  où  sa  femme  jugea  à  propos  de  le  laisser  reposer.  A  ce  moment,  il 
vomit  considérablement,  et  sa  femme  remarqua  qu'il  avait  quelque  chose 
d'extraordinaire  dans  l'œil  gauche. 

Les  vomissements  continuèrent  deci,  delà,  pendant  une  semaine  environ, 
circonstance  qui  n'avait  jamais  été' notée  auparavant. 

Après  être  resté  étendu  dans  l'allée  environ  trois  heures,  il  était  assez  revenu 
de  sa  stupeur  pour  se  plaindre  d'une  violente  douleur  au  côté  gauche  du  front. 
Sa  femme  remarqua  alors  que  l'œil  gauche  était  légèrement  projeté  en  avant, 
mais  à  huit  heures  il  l'était  beaucoup  plus;  l'œil  d'ailleurs  n'était  point  rouge.  Ce 
même  jour  lundi,  dans  l'après-midi,  il  éprouva  une  attaque  épileptiforme  qui 
dura  environ  dix  minutes. 

II  était  insensible,  convulsé,  avait  la  respiration  stertoreuse,  et  était  d'un  rouge 
cramoisi.  Par  là-dessus  il  s'endormit  pendant  deux  heures;  nulle  faiblesse  dans 
les  jambes  ne  fut  observée. 

Le  lundi  21  janvier,  il  fut  vu  pour  la  première  fois  à  l'hôpital  par  mon  chirur- 
gien interne,  M.  Moon^  qui  prit  note  des  circonstances  suivantes  :  Saillie  consi- 
dérable et  complète  inoimobilité  du  globe  oculaire  gauche;  ptosis  complet;  nulle 
douleur  éprouvée  quand  on  cherche  à  refouler  le  globe  oculaire  en  arrière;  pu- 
pille fixe,  de  deux  lignes  de  diamètre^  sensibilité  à  la  lumière;  cbémosis  considé- 
rable de  la  conjonctive. 

Le  vendredi  suivant,  25  janvier,  je  vis  le  malade  pour  la  pi*emière  fois, 
le  cas  m' étant  représenté  par  M,  Moon  comme  une  inflammation  du  tissu  cel- 
lulaire de  l'orbite.  U  présentait  assurément  les  apparences  de  cette  maladie; 
mais  après  avoir  entendu  l'historique  de  l'accident^  il  me  vint  tout  d'un  coup  à 
l'esprit  que  ce  pouvait  bien  être  un  cas  d'anévrysme  traumatique  de  l'oibitc. 


LAURBRCB.   ^  ANtTRTSMB  TSAUMATIQUE  DE  L'OBBITB.  5&1 

Je  ne  saurais  Traiment  dire  d'oà  me  vint  cette  idée  ;  c'était  un  de  ces  pressenti- 
ments que  chacun  de  nous  a  éprouvés  plus  ou  moins>  mais  dont  nous  ne  saurions 
rendre  compte  ni  aux  autres  ni  à  nous-même* 

Poussé  par  cette  pensée,  je  recherchai  la  pulsation  du  globe  ;  assurément 
elle  existait.  Naturellement,  je  précédai  à  un  examen  très-attentif  de  toutes  les 
circonstances^  et  voici  ce  que  je  recueillis  :  Le  globe  est  poussé  en  avant  en 
synchronisme  avec  le  pouls  radial;  la  pulsation  est  complètement  anrètée  par  une 
pression  ferme  exercée  sur  Tartère  carotide  ;  un  bruit  de  souffle  distinct  s'entend 
au-dessus  de  l'œil  à  chaque  pulsation.  A  une  époque  plus  avancée  de  la  maladie^ 
l'étendue  du  siège  de  ce  souffle  fut  plus  exactement  délimitée.  Elle  s'étendait 
depuis  le  globe  jusque  sur  le  temporal  et  le  pariétal  gauches,  les  régions  fipontale 
et  pariétale  droites.  Son  point  le  plus  fort  était  à  deux  pouces  environ  en  arrière 
du  canthus  externe  gauche.  Le  si^get  se  plaignait  d'un  bruit  de  souffle  compa- 
rable à  celui  d'un  soufflet,  à  la  tempe  gauche,  où  il  disparaissait  tout  d'un  coup 
quand  on  comprimait  la  carotide  gauche.  En  même  temps,  nous  trouvions  que 
le  bruit  cessait  dans  toutes  les  parties  où  il  avait  été  noté  auparavant.  Le  globe 
tout  entier  était  poussé  en  avant,  et  en  apparence  augmenté  de  volume.  Pour  le 
soumettre  à  l'examen,  il  était  nécessaire  de  soulever  la  paupière  supérieure  qui 
s'étendait  sur  lui  ;  il  était  livide,  congestionné  et  plus  ou  moins  œdématié  ;  il  y 
avait  une  coigonctivite  et  un  chémosis  considérables  ;  la  pupille  était  dilatée;  les 
détails  du  fond  de  l'œil  ne  présentaient  point  de  caractère  particulier.  11  avait 
à  peine  la  perception  de  La  lumière.  Pendant  la  marche  de  la  maladie,  quelques 
autres  symptômes  encore  furent  observés  :  des  pulsations  violentes  que  n'accom- 
pagnait cependant  aucun  bruit  de  l'artère  carotide  elle-même;  il  avait  perdu  le 
sentiment  de  l'odorat  des  deux  côtés,  et  presque  chaque  jour  il  éprouvait  une 
petite  blennorrhagie  nasale. , 

Eu  égard  à  l'effet  produit  sur  la  pulsation  et  le  bruit  de  la  tumeur  par  la  pres- 
sion du  doigt  sur  la  carotide,  nous  nous  déterminâmes  à  un  essai  complet  de  la 
méthode  de  traitement  des  anévrysmes  par  la  compression.  En  conséquence, 
l'artère  carotide  primitive  fut  comprimée  par  le  tourniquet  figuré  dans  la 
planche  1,  fig.  6,  du  catalogue  de  MM.  Weis,  et  connu  sous  le  nom  de  tourniquet 
de  Skey.  La  compression  fut  maintenue  ainsi  d'une  façon  presque  constante  pen- 
dant douze  jours.  Ces  effets,  pendant  l'application  exacte  du  tourniquet,  furent  : 
la  cessation  presque  complète  de  la  pulsation  et  du  bruit,  la  pâleur,  la  flaccidité 
et  le  refroidissement  des  paupières.  Mais,  comme  on  peut  aisément  le  com- 
prendre d'après  la  considération  des  rapports  anatomiques  de  l'artère  carotide,  on 
rencontra  une  grande  difficulté  à  maintenir  une  compression  continue  et  efficace 
sans  intéresser  les  facultés  respiratoires  du  malade.  Néanmoins,  grâce  à  la  docilité 
exemplaire  de  ce  dernier,  la  méthode  fut  en  somme  trè»-efficacement  essayée. 
Son  action  fut,  il  est  vrai,  assistée  par  l'application  de  la  glace  sur  la  tumeur  et 
l'administration  interne  d'une  dose  de  dix  gouttes  de  teinture  de  digitale  ou  de 
liqueur  sédative  d'opium  administrée  toutes  les  trois  heures  pendant  deux  jours, 
cette  dernière  quand  il  fut  reconnu  nécessaire  de  suspendre  la  digitale.  Nul  effîet 
avantageux  et  permanent  n'étant  amené  par  la  compression,  la  tumeur  augmeiH 
tant  de  volume,  les  épistaxis  se  reproduisant,  et  surtout  l'affaiblissement  graduel 
du  aialade  sous  l'action  d'une  irritation  continue,  furent  autant  de  circonstances 
qui,  appuyées  de  l'a? is  de  mes  amis  le  professeur  Quain,  et  M.  T.  Carr  Jackson, 
me  déterminèrent  à  la  ligature  de  la  carotide. 

Le  9  février,  je  liai  l'artère  carotide  primitive  en  vingt  ^linutes  environ,  en 


Sii3    coNGBl»  màmcAL  niTBiiiATimiAi.^QtrAtittift  s*amc  M  soûl 

présence  de  MM.  Qiudn^  O'DonneD^  T.  Cair  Jackson^  Sleeman^  et  plusieurs 
autres  membres  de  la  profession.  ImmëdlAtement  aptes  la  ligatitre  de  Tarière^  la 
pulsation  s'arrêta  dans  l'orbite  et  TexorUtlsme  dimitma  lég^tioent* 

Le  11  février,  le  second  Jour  après  l'opération,  un  bruit  de  tie-'fae  fût  en- 
tendu sur  le  pariétal  gaucbe,  et  un  bruit  de  souffle  sur  le  globe  ;  la  plaie 
marchait  favorablement;  le  cours  des  intestins  n'avait  point  repris;  la  perspira- 
tion  s'exerçait  bien,  sauf  une  odeur  plutôt  forte.  Chaque  soif,  depuis  l'opération, 
le  malade  prenait  une  dose  de  liqueur  sédative  d'opium. 

Le  19,  la  ligature  n'était  pas  tombée;  la  plaie  était  réunie  à  sa  partie  su- 
périeure, mais  offhiit  un  peu  de  suppuration  dans  le  bas.  H  avait  encore  une 
perspiration  profuse;  le  48,  on  avait  obtenu  une  selle  au  moyen  des  pilules 
composées  d'hydrargyre  et  de  coloquinte. 

Le  20,  on  reconnut  une  pulsation  visible  et  palpable  dans  là  partie  inférieure 
de  la  carotide  jusqu'à  la  hauteur  de  la  ligature,  mais  non  au-dessus.  La  langue 
était  couverte  d'un  enduit  brun  épais;  les  intestins  inactifs,  à  moins  que  Ton 
n'employât  les  pilules  et  les  poudres  de  Sedlits.  La  pulsation  dans  la  partie  infé- 
rieure de  la  carotide  avait  entièrement  cessé  le  21  et  le  22,  mais  elle  repanit 
légèrement  le  26.  La  langue  était  épaisse,  le  ventre  était  paresseux  depuis  trois 
jours.  On  donna,  dès  le  matin,  une  poudre  de  Sedlits;  mais  n'ayant  point  obtenu 
d'effet  au  bout  de  six  heures,  on  la  répéta.  Le  malade  se  plaignait  de  douleur 
de  tête  dans  la  région  frontale;  il  exhalait  une  odeur  très-désagréable  et  avait 
des  sueurs  acides  profnses  pendant  toute  la  journée  et  toute  la  nuit. 

Le  5  mars,  vingt-quatre  jours  après  l'opération,  la  ligature  tomba  avec  les  pièces 
de  pansement;  nulle  hémorrhagie  ne  s'ensuivit;  la  plaie  était  entièrement  guérie, 
excepté  sur  le  lieu  de  la  ligature.  La  langue  était  toujours  sale.  Prescriptions  : 
pilules  de  coloquinte  et  de  calomel.  11  continua  ainçi  sans  aucun  fleheux  sym- 
ptôme jusqu'au  28  mars,  où  U  eut  son  exeat. 

La  plaie  du  cou  était  complètement  guérie;  elle  était  représentée  par  une 
longue  cicatrice  Unéaire,  d'apparence  tout  k  fkit  saine.  La  pulsation  dans  la  caro- 
tide était  visible  et  palpable  depuis  la  clavicule  jusqu'à  un  pouce  de  Texifémité 
inférieure  de  la  cicatrice.  11  existait  un  ptosis  complet  de  la  paupière  supérieure 
gauche,  dont  la  peau  était  légèrement  congestionnée  ;  la  cornée  était  claire  ;  la 
pupille,  irrégulière,  adhérait  en  arrière  à  la  capsule  du  cristallin.  Le  globe  sem- 
blait évidemment  augmenté  de  volume  et  présentait  une  congestion  veineuse 
considérable  de  ses  tuniques.  Nul  détail  du  fond  de  l'œil  ne  pouvait  être  vu  par 
l'ophthalmoscope,  mais  par  l'éclairage  latéral  les  parties  antérieures  furent  re- 
connues suffisamment  transparentes.  La  lentille  cependant  était  légèrement 
nuageuse;  le  globe  avait  perdu  tous  ses  mouvements. 

Le  23  avril  1867,  les  notes  suivantes  furent  recueillies  :  La  paupière  n'est  plus 
tendue,  mais  présente  simplement  l'apparence  d'un  œil  affecté  de  ptosis.  Le 
globe  n'est  plus  congestionné  et  tous  ses  mouvements  s'exécutent  à  un  degré 
modéré.  On  observe  seulement  une  simple  ligne  de  chémoeis  en  dessous  de  la 
cornée.  Quelques  petits  vaisseaux  laissent  reconnaître  des  pulsations  sur  la  ligne 
cicatricielle,  mais  qui  diffèrent  cependant  beaucoup  de  la  pulsation  énergique  de 
la  carotide  droite.  La  voix  du  malade,  qui  était  fort  tombée  depuis  l'opération,  a 
repris  de  la  force.  L'iris  droit  est  d'une  couleur  brun  noisetie,  le  gauche  d'un  giîs 
sombre;  de  ce  même  côté,  la  pupille  est  irrégulière  et  fixe;  au  fond,  l'œtt  pré* 
sente  toutes  les  apparences  d'une  iritis  subaiguê,  mais  sans  aucune  dotdeur  dans 
rœil«  La cemlè  est  trouble;  le  fond  de  l'œil  peut  s'éclairer,  mais  he  laisse  voir 


UtUmôÊ.  -^  AHiVIlYSin  tKAtrilÂTlQtlË  Dk  L'OMltfi.  5&S 

ftneont  dëtâU.  On  n'obserte  ni  ]^ul«itlon  ni  hrutt  dant  l'orbite^  ni  dans  aucun 

aiiM  point  4e  la  tète. 

Lorsque  le  patient  fàt  tu  pour  la  dernière  ^oid,  26  juin  1M7  y  le  globe  était  com-^ 
plétement  rentré  dans  Torbite,  mais  le  ptosis  n'avait  rien  moins  que  disparu  ;  les 
mouvements  du  globe  étaient  pour  ainsi  dire  parfaits  ;  l'œil  en  lui-même  pré- 
sentait tout  à  fait  la  même  apparence  que  dans  le  dernier  examen  ;  toute  vision 
était  perdue  ;  aucune  pulsation  n'était  sentie  dans  la  carotide  au-dessus  du  lien 
de  la  ligature,  ni  dans  les  artères  temporale^  faciale^  ou  labiale  inférieure  du 
côté  gauche  ;  une  artère  fut  reconnue  à  sa  pulsation  en  avant  du  cartilage  thy- 
roïde et  une  autre  au^^sous. 

Le  diagnostic  que  j'ai  établi  du  cai  qui  (précède  est  celui  d'une  rupture  de 
l'artère  ophthalmique  à  son  origine  à  la  carotide  interne  ou  près  de  ce  point; 
rupture  conduisant  à  un  épanchement  sanguin  dans  l'orbite.  Cette  rupture  doit^ 
selon  moi,  avoir  été  causée  par  quelque  fracture  de  la  base  du  crâne  dans  le  voi- 
sinage du  trou  optique,  l'artère  ayant  été  perforée  par  une  esquille  osseuse.  L'at- 
taque d'épilepsie,  peu  de  temps  après  l'accident^  me  semble  conduire^  en  une 
certaine  mesure^  à  cette  même  conclusion. 

Le  traitement  par  compression  adopté  d'abord  dans  ce  cas  ne  pouvait  évidem- 
ment pas  être  conduit  avec  la  même  efficacité  que  pour  un  anévrysme  poplité^ 
mais  fut,  en  somme^  assez  bien  dirigé  pour  avoir  amené  quelques  résultats.  Le 
seul  que  je  mentionnerai  ici^  indirect  à  la  vérité^  mais  à  mon  sens  doué  d'ime 
certaine  valeur^  fut,  j'en  suis  convaincu»  d'avoir  aidé  naatériellement  à  pré- 
parer la  circulation  collatérale;  et  c'est  à  cette  circonstance  que  j'attribue  la 
complète  absence  de  tout  symptôme  cérébral  après  la  ligature  de  l'artère^  sym- 
ptômea  qui,  dans  plusieurs  des  cas  classiques»  ont  été  la  cause  immédiate  de 
l'issue  Xatale  de  l'opération.  Ma  conviction  est  si  forte  à  cet  égard^  que  si  je  devais 
avoir  une  seconde  fois  l'occasion  de  lier  la  carotide,  je  considérerais  la  compres- 
sion préalable  de  l'artère  comme  un  préliminaire  essentiel  de  l'opération, 
quoique  entièrement  indépendant  de  tout  effet  curatif  direct  que  je  pusse 
avoir  l'espoir  d'obtenir.  J'appellerai  une  attention  particulière  sur  une  cir- 
constance que  je  considère  comme  d'un  haut  intérêt  pratique  dans  cette  ob- 
servation^  à  savoir  que  jusqu'à  un  certain  jour,  le  20  février,  le  onzième  après 
l'opération,  une  pulsation  fut  vue  et  sentie  au-dessous  du  siège  de  la  ligature, 
D^ais  que  cette  pulsation  cessa  le  jour  suivant  soudainement  et  pour  ne  plus 
reparaître. 

Ce  dernier  fait  marque,  selon  moi,  La  formation  des  caillots  au-dessus  et  au- 
dessous  de  la  ligature.  Il  offrit  à  un  haut  degré  la  certitude  qu'au  moment  de  la 
séparation  de  la  ligature,  nulle  hémorrhagie  secondaire»  l'un  des  plus  grands 
dangers  à  la  suite  de  l'opération,  ne  pouvait  survenir. 

Je  formai  ce  pronostic  favorable  bien  des  jouns  avant  la  chute  de  la  ligature,  et 
le  résultat  confirma  ma  prévision.  Je  regarde  ce  lait  comme  très-impoilant  à 
noter  dans  tous  les  cas  de  ligatures  de  grosses  artères,  et  suffisante  attention  n'y 

1  pas,  selon  moi,  été  donnée  par  les  écrivains  spéciaux. 

Pour  autant  que  je  sache,  l'artère  carotide  a  été  liée  pour  anévrysmes  intra- 
orbitaires,  d'abord  par  Travers  en  180/i«  0  y  a  63  ans;  depuis  ce  temps  cette  môme 
opération  pour  la  même  nudadie  a  été  pratiquée  21  fois,  le  cas  que  je  >1ens  de 
relater  formant  le  dernier  de  la  série.  Sur  ces  21  cas,  15  ont  été  suivis  de  succès, 

2  ont  réussi  iacompléteaient»  un  autre  n'a  point  eu  de  résultats,  et  2  sont  morts; 
la  mortalité  a  été  ainsi  de  10  et  demi  pour  100. 


S&&     CONGRÈS  HfiDICAIi  Iimnif ATIOTIAL.  *-*QUATB]ÈlIB  SftAHGS  IKJ  8(HB. 

Depuis  que  ces  lignes  sont  écrites,  je  viens  de  rencontrer  un  autre  cas  d'ané- 
vrysme  de  Torbite  dans  mes  salles  à  Saint-Barthelemy  ho(^ital  Ghatham;j'ai 
Tespoir»  d'ici  à  quelque  temps^  de  pouToir  en  rendre  compte* 


B'JBIIBIJÈB  BV  liB  TRI€#V  PAATMÊ 

PAR  M.  LE  DOCTEUR  YAN  DE  LOO  (DB  VÈNLO) 


Monsieur  le  Président,  Messieurs, 

J'aurai  l'honneur  de  vous  donner  un  exposé  succinct  du  bandage  plâtré  et  do 
tricot  plâtré. 

Déjà,  en  avril  1850,  j'adressais  à  la  Société  des  sciences  médicales  et  naturelles 
de  Bruxelles  une  réfutation  d'un  rapport  défavorable  que  cette  Société  a^t 
fait  en  décembre  1852,  sur  un  mémoire  de  M.  Mathysen,  intitulé  :  Nieuwe  myj 
rxm  aanwending  van  het  gepsverband  by  beenbreuken  (  Nouveau  mode  de  déligation 
du  bandage  au  plâtre  pour  fractures). 

Je  vins  démontrer  à  Bruxelles,  par  l'application  de  différents  procédés,  que  la 
Société  avait  été  en  erreur.  —  Aussi  elle  voulut  bien  rétracter  son  rapport  défa- 
vorable, en  attribuant  des  avantages  aux  procédés  que  j'avais  eu  Thonneur  d'ap- 
pliquer en  sa  présence. 

Cette  manière  d'agir  était  digne  de  tout  éloge,  car  ordinairement  on  a  le 
triste  courage  de  faire  le  contraire.  —  La  Société  agissait  d'après  les  nobles  pa- 
roles de  l'immortel  Broussais,  lorsqu'il  dit  dans  son  examen  de  doctrines  médi- 
cales :  «  Mon  premier  soin  a  été  de  me  réfuter  moi-même.  Loin  d'en  rougir,  je  «'« 
fais  gloire,  FallnU-il  donc,  par  un  coupable  amour-propre,  soutenir  les  erreurs  detM$ 
premiers  écrits  ?  Malheur  à  l'homme  qui  se  fait  un  point  d'honneur  de  ne  jamais  ftw- 
fesser  les  fautes  qu'il  a  commises  !  La  fausseté  ne  se  soutient  que  par  la  fausseté;  H 
rien  nest  plus  méprisable,  à  mes  yeux,  que  celui  qui  entasse  subtilités  sur  suUiHtès 
pour  se  soustraire  à  la  vue  d!un  tort  ou  d!um  erreur,  )> 

Au  surplus,  messieurs,  l'appréciation  et  la  description  des  procédés  étaient  tout 
autres  dans  ma  réfutation  que  dans  le  mémoire  de  M.  Mathysen. 

En  ce  môme  mois  d'avril,  je  vins  à  Paris,  où  les  confrères  avaient  la  bienveil- 
lance de  me  laisser  appliquer  différents  procédés  dans  les  hôpitaux.  Aussi  j'aral^ 
le  bonheur  d'y  obtenir  bien  des  succès.  Puis  j'allai  dans  qudques  villes  de  l'Al- 
lemagne, et  après  j'adressai  des  manuscrits  aux  Académies  et  Sociétés  savantes  de 
l'Europe,  qui,  se  mettant  avec  zèle  et  enthousiasme  à  l'œuvre,  firent  des  rap- 
ports on  ne  peut  plus  favorables  ;|  on  discuta,  on  combattit,  et  le  résultat  fut 
qu'en  moins  d'une  année,  le  bandage  plâtré  fut  généralisé  dans  le  monde  mé- 
dical entier. 


VAN  DB  LOO.  —  BAHDAGBS  PLATRES.  5&5 

Mais,  messieurs,  j'aTais  décrit  dans  mes  manuscrits  des  procédés  inamovibles 
et  amoTO-inamoT^bles^  et,  quoique  j'eusse  démontré  la  supériorité  de  ces  derniers, 
on  adopta  généralement  les  inamovibles. 

ProbaUement  parce  que  jusqu'alors  on  n'avait  fait  usage  que  des  procédés 
inamovibles  de  l'appareil  amidonné. 

Peut-être  aussi  on  ne  m'avait  pas  bien  compris  par  rapport  à  l'application  du 
bandage  plâtré.  —  Vous  vous  rappelez  que  M.  Matbysen  et  moi,  nous  faisions 
primitiTement  usage  d'une  étoffe  trop  serrée,  ce  qui  me  porta  à  recommander 
dans  mes  manuscrits  une  étoffe  plus  claire  :  eb  bien,  messieurs,  savez-vous  ce 
que  l'on  fit?  on  la  prit  cette  fois-ci  trop  claire. 

C'est  ainsi,  par  exemple,  que  M.  de  Langenbeck  (de  Berlin)  fit  usage  de  gaze, 
qui,  à  cause  de  ses  mailles  trop  larges,  ne  pouvait  contenir  assez  de  plâtre;  d'où 
il  résulta  que,  étant  appliquée  en  bandes  plâtrées,  on  eut  un  appareil  trop  peu 
solide,  qu'il  fallait  renforcer  par  une  masse  de  bouillie  de  plâtre  pour  obtenirim 
appareil  forcément  inamovible. 

En  Russie,  en  Autricbe,  dans  toute  l'Allemagne  et  surtout  en  Prusse,  on  adopta 
donc  généralement  les  procédés  inamovibles  ;  vous  comprenez  qu'à  la  suite  de 
l'application  de  ces  procédés,  il  fallait  qu'il  y  eût  bien  souvent  des  accidents  et 
des  accidents  graves. 

Vous  entretenir  de  ceux-ci,  serait  superflu;  je  n'ai  qu'à  vous  dire  que  ce  sont 
les  mêmes  cas  malheureux  qui  suivirent  jadis  les  appareils  du  célèbre  feu 
baron  Larrey  et  du  baron  Sentin. 

Pourtant,  messieurs,  j'ai  eu  bien  de  la  peine  à  faire  adopter  les  procédés 
amoTO-inamovibles.  Heureusement  il  se  présentait  d'excellentes  occasions  en 
Allemagne  dans  ces  grandes  assemblées  de  médecins  et  naturalistes,  où  j'allais 
annuellement  afin  de  combattre  pour  l'amovo-inamovibilité,  et  j'ai  eu  le  bonheur 
de  convertir  bien  des  praticiens  et  des  célébrités. 

Pénétré  du  principe  que^  quoique  le  bandage  plâtré  s'adapte  le  plus  réguliéremeni 
pogsible,  e*est  néanmoins  un  fait  capUaiy  pow  avoir  une  garantie  contre  tout  a/ccident^ 
qu'on  Vapplique  de  manière  que  les  parties  lésées  puissent  en  tout  temps  être  inspectées 
arec  fadUté,  en  ctautres  termes^  qu'il  soit  amovo4namoûible,  je  conseillais  déjà 
dans  ma  réfutation  de  1853,  et  surtout  dans  mes  manuscrits,  que  j'adressais 
aux  Académies  et  Sociétés  savantes,  de  ne  couvrir  les  bandes  ou  bandelettes 
plâtrées  que  sur  la  moitié  de  leur  largeur,  et  de  fortifier  cet  appareil  à  coque 
mince  postérieurement  et  latéralement  par  des  bandelettes  plâtrées  longitudi- 
naleSy  en  laissant  des  intervalles,  de  sorte  qu'il  se  laissât  couper  facilement 
dans  ces  endroits  minces.  —  Certes  cette  simple  modification  était  riche  en 
cronséquences;  néanmoins  l'appareil  laissait  encore  à  désirer,  parce  qu'il  peut - 
survenir  des  circonstances,  comme  par  exemple  dans  des,cas  de  gonflement  du 
membre,  où  il  ne  se  laisse  couper  qu'avec  dififlculté  et  en  causant  des  douleurs 
aux  ftucturés. 

Eh  bien,  messieurs,  je  vais  vous  décrire  un  mode  d'appareil,  que  j'aurai  l'hon- 
neur d'appliquer  ici  dans  les  hôpitaux,  que  l'on  peut  ouvrir  facilement  sans  que 
Ton  soit  obligé  de  le  couper* 

Voici  ce  procédé  :  On  arrange  un  bandage  de  Scultet,  sur  un  coussin  revêtu 
d'une  alèse,  12  ou  13  bandelettes  plâtrées  ;  sur  celles^^i,  au  milieu,  3  ou  ^  ban- 
delettes plâtrées  longitudinales  pour  fortifier  l'appareil  à  sa  partie  postérieure. 
Sur  ceci,  une  couche  de  12  ou  13  bandelettes  non  plâtrées^  qui  doivent  dépasser 
de  2  ou  3  travers  de  doigt  les  plâtrées  d'un  côté  et  tant  soit  peu  du  côté  opposé. 

85 


^60     CONGRÈS  IIÊDigAli  l|iWRilAflMAI*«-QIIàT|tllHiB  rtANCE  DU  SOIl. 

On  9\u»  l'apparai}  ainsi  prépiii' j  loui  le  mw^ïm  A«otafë«  Puis  on  aïooilk,  et 
l'on  Applique  premièr^mept  1§4  bmidelettai  non  plttréM  el  pIAtrëat  du  edté  on 
les  non  plâtrées  dépassent  le  moins  le»  pUir^M,  Appèf  iat  avoir  appliquiM,  on 
mottilUi  et  l'on  «ipplique  ppUe«  4u  PÔté  appoii«  «t^  quand  aallat-ei  tant  toutes 
appliquées,  on  place  encore  des  bandelettes  plAtrdaa  longitudiiuiiM  antéiiaors- 
menXf  et  ri  Voq  veut,  latéralementj  pour  fortifier  l'apparail. 

De  QeUe  manière  I9»  bwdelettes  non  pUUi^es  et  lei  plâtrées  d*iia  oMé  sont 
toute»  pigées  sur  eeUes  4vi  côté  oppoMj  au  lieu  qa'eOaa  sa  eriuieel  ebaqae  fou 
en  le»  appliquant  i  et  çopime  |ep  ppu  pUtréai  pquI  plua  loaguats  ob  peut  (kci* 
lement  ouvrir  l'appai-eil  en  deux  valvai  fin  COPUliaiiCAilt  à  aa  partia  inférlaare. 

Ce  n^ême  procédé  peut  ^tro  auiii  trèK-«bian  appliqué  avaa  deux  piècai  de  fla- 
gelle impré^u^es  de  pMtre  4'ua  fAM  et  plM^ei  pitr  lauii  oètdi  pIAtréa  ruae  w 
l'Autre  î  entre  elles  on  a  nus  m^  troisième  pliee  moliie  lavga,  imprégnée  di 
plâtre  de»  deui^  cûtâii  afiu  de  Mi4ef  l'ipperiU  pailériaureoieiit  un  y  bit  quaU 

ques  incisions,  pour  pouvoir  l'appliquer  convenahleoiailtf 

On  place  le  maudire  «ur  eet  AppAT^iU  on  li  mouille  et  on  l'aiipUqma  pnmiire- 
went  d'un  eûté,  pui«  du  çût^  oppo»^, 
Ce»  proci^dé»!  mesdeur^i  répondent  4  toutti  lei  indleittioqs»  Je  ma  aiiii  peitois 

de  les  nommer  le  nec-plus-ultra. 

le  bmdagfi  fn'cof  $/4^r^,  me^sieurii  4m\  j'fti  TboBpew  da  viua  ptéeenter  un 
modèlej  s'applique  d'u^e  niapière  pn  ue  Mut  plu»  aisipJet 

Cette  coque  est  faite  de  trois  bas,  dont  l'un  eçt  tapréfud  da  plâlrp  ailériflOM* 

meut;  le  aeoond  plâtré  dei  deui^  cAt^n  et  iq  dernier  iot^rieuMwaal.  m  Ces  (rois 
bes»  on  peut  le»  mettre  l'uu  aprè»  l'Autrei  ou«  ee  qui  vaut  miauii  loui  lai  trabà 
la  fois  ;  il  e»t  bon  Au^i  de  »e  «ervir  de  bn  trà»^iMtiqtte»>  iflu  dâ  pouwér  1» 
âAr^  et  mettre  facilement .  Après  le»  ay^  ffiifi  «B  r'a  ti^'àlM  Mh»  da  haut  m 

bas  pendant  qu'on  les  mouille^  pou?  le»  lÏM)PWqr  «t  Id»  Q^QUle?  f^rfUtameatu 

membre.  -<-  Si  l'o»  veut  eu  ^9i^  de»  appâta iji  trà»^pqUde»«  U  fuit  ke  fcrtfier 
pm*  de»  bAudelette»  plâtrée»  leniiitudiAalest 

On  peut  Au»si  fAire  ee  bandAge  ATee  dqux  et  ip^me  A^ee  un  liul  biA  inipi^ 
4e  plâtre  extérieurement }  dAU»  pe»  paa  pn  doit  uAtur^ll^mASt  APpUqiMr  ph»  ^ 
liandelettes  plâtrée»  Ipn^itudiuele», 

Ce»  appArplls  tricpt  pifttré,  qu'on  peut  varier  k  nnQfiij  topt  luvfaHità  ncooi- 
mAnder  den»  le»  pas  d'entwse»!  de  iumeur*  IdAiiciimi  ip  pi^  Mij  de  vi* 
ripefij  Ptp. 

Rien  de  plus  facile  que  de  x^j^^t^^  qo  he^diupi  AmmhinmnaviUa  1  aomiaejfl 
vQus  l'Ai  déjà  dit^  pn  u'a  pour  l'Appliquer  qu'à  mettre  uu  bia  iniptémé  de  piâtN 
extérieurementi  le  mouilieri  le  fAçouner  au  m^mbrf ^  «t  1#  fertiier  p«v  da»  tae* 
delettes  plâtrées  lPU|{itudinAle»  eu  laûi»Ant  de»  intervaUeii 

Pe  cette  manière  on  peut  le  pouper  dÀu&  un  da  pp»  «idroit»  plua  mlaae»  M 

l'ouvrir  facilement  ;  on  pourrait  même  le  couper  avant  la  solidiQaatÎM*  pvoi 

qu'alor»  on  peut  tràs-bieUi  k  cause  de  rélA»tipit4  du  tewu  f^ms  w»  dei  tanches 
de»  ciseaux  entre  le  membre  et  l'appAreil* 

En  mettant  un  bas  comme  ci-dessus,  mais  plus  lATgPj  PU  paut  aWirii  en  ^ 

(açonnanti  y  faire  un  pU  longitudinali  appliquer  le  loug  do  ea  pU  dei  ^^^ 
lettes  plâtrées,  couper  ce  pli  avant  la  aplidificatioii  dau^  t(Hite  w  IpMneVj  ^ 
appliquer  alors  un  côté  de  ses  bords  sur  celui  du  pAté  ppppiéi 
On  pounait  encore  laisser  le  pli  inlact  et  le  cpupar  AU  inooMat  oii  Voiilr»ut« 

utile  d'ouYiii*  l'APpAicii,  ep  prenaut  ce  pli  ej^tr^  Iai  4$vi  )mâ(hiA  dflA  «nm^ 


miiap  k  pUt  nv  VappiMrtl,  ce  fui  ta  ftitt  ftu^flément  et  «ins  canier  la  moindre 
douleur,  parce  qu'on  n'a  pas  besoin  de  passer  les  ciseaux  entre  le  membre  frac- 
turé $\  VippartU. 

Un  autra  praoMé  amemUnamovIbla  eensisteralt  à  couper  un^  deux  eu  trois 
de  •••  bai  (teai  leuv  laniuaur,  les  imprégner  de  plâtre^  les  placer  convenable- 
ment sous  le  membre,  les  mouiller,  et  les  appliquer  de  manière  que  les  bords 
d'tto  aAté  aoovvattt  cmx  du  eAtë  apposé.  ^  Or  n'a  qu*à  les  détacher  pour  ouvrir 

l'apparall. 

Vailà  daiM  d^là  fdustann  procédéi  amoTa-inamoTibles  du  bandage  tricot 
pUiré  t  ah  faiaa^  masvftaïui,  Ja  irait  vous  en  démontrer  encore  d'autres  ;  Je  tâcb^ 
ni  da  vaudra  amom^inanaiftblaa  taue  lat  bandages  plâtrés  connus  aujourd'hui^ 
antaie  aaui  da  Langa^haak  {àê  Bfrllii),  é%  Piragaff  (de  Saint-Pétersbourg)  et  da 
Cloquet  (de  Paris)^  qui  date  de  vingt  ans,  avant  que  Mathysea  eût  inventé  d'im- 
prégnat  da  plâtra  una  élaffc  qaeleonqua. 

U^  dalAAgaiibaeh,  Ja  vous  l'ai  déjà  dit,  applique  une  bande  de  gaze  Impré^é^ 
da  idâtra  apièa  avoir  interpaeë  uua  banda  miléa  de  flanelle  et  fortifié  o^t  appareO 
au  maya»  d'u«a  mama  da  bouillia  da  plâtre. 

ùt,  fiiand  au  liau  da  aaa  bandes  da  flanaOa  at  de  gaie  imprégnée  de  plâtre^ 
on  mat  laai  rimplamMit  un  bu  an  y  fciunt  à  la  partie  antérieure  un  pli  longi- 
tudinal et  qu'on  applique  à  la  partie  postérieure  quelques  bandelettes  plâtrées 
laagiliiiimlei  pour  himw  da  la  flaxtbilité  à  rappareil  en  oet  endroit^  alors  on 
paut  appll^er  autant  da  bouilUa  da  plâtre  siur  les  eôtés  et  antérieurement,  en 
raapaatant  la  pli,  qu'on  le  trouva  nécesiaira  pour  la  solidité  de  l'apparefl^  et 
rapparoil  seia  rendu  anoviybsamovMa  dàaque  Ton  aura  coupé  le  pli. 

Si  M.  UPf  enbeoli  na  veut  paa  da  cas  bandelettes  plâtrées  postérieurement^ 
qu'il  j  appU^ua  alari»  an  lian  àê  bandalattaa^  autant  de  bouillie  de  plâtre  qae  bon 
lui  saifcW»  paurw  qu'avant  la  salldlfleatlon  11  y  Ihssa^  au  moyen  d*une  spatule, 
imt  vaiMUra  qui  daH  aarvtr  da  ebamlèra,  at  l^apparafl  sera  encore  amovo-ina- 
movible. 

M,  Maaiall  tiampa  ka  bandas  dans  una  bouUlle  da  plâtra.  Eh  blen^  qu'on 
praiMia  dif  tas  taupes  koigitndliialansant  à  leur  partie  antérieure,  qu'on  I^s 
tf#9ipa  daM  da  k  banUUa  da  plâtra  at  fu^on  lea  applique  au  membre  en  appit-  • 
quant  ka  liart»  d^  a6lé  lur  aaus  du  aétd  opposé,  at  l'on  aura  encore  un  appareQ 
amovo-inamovible . 

VoMO  savaa  fua  M»  k  haws  Claquât  mettait  du  plâtra  en  poudre  dans  un  sacj 
qu'il  appHqnatb  après  favoit  mouillé,  autouv  du  membre.  Pour  rendre  ce  procéda 
amov»d<¥noviMai  on  n'a  qn'à  prendw  dawi  bat,  las  coudre  Fun  k  f  autre  pos- 
t»toivraiant,  mattra  dana  oea  haa  «na  qua^Ulédaplâtro  en  rapport  avec  la  solf- 
diâé  qual'w  vaut  donnar  à  l'appirallf  lea  férmar  an  las  cousant  supérieurement^ 
et  Oiaânknav  unifafindasaot  k  pktrt,  aa  qui  se  Mt  très-nettement  au  moyen 
do  ciUndra  dant  sa  satvaot  k»  pMksiars,  puis  placm^  cet  appareil  sous  la 
maink^  k  mauUkr  at  VappUquar  en  k  aousant  antèieurament. 

Osa  a'a  qu'k  aaupar  k  tt  paur  avair  nn  appareil  amovo^amovible  parM, 

Après  tous  ces  paaaéddl  Maat  pUlié  amova^nasnavtbles,  au  pktdt  après  avofr 
m  oeil  anaaviHnaroavttka  tout  ka  paoaédés  plâtrée  tuMgkiablee,  n^avai»je  pas 
nOs^ii  da  dira  fua l'an  paut  fwrt  daapvaaédds  du triaot  plâtré  k  Mnfinttpds, 
mesaieurs,  ceci  ne  prouve-t-il  pas  qu'on  est  haUtué  k  ekarehar  le»  choses  de  trop 
loiia  et  dans  ce  qui  est  trop  compliqué?  çar^  qu'çst-ce  qu'il  y  a  de  plus  près  de  la 


5&8     GONGBËS  HÈDIGAL  IRTBBlf ATIORAL.  —  QDÂTEiklII  fttARCB  M  SOU. 

jambe  que  le  bas,  et  qu'y  a-t-Q  de  plus  simple  que  de  mettre  un  bas,  et  poutuit 
on  n'y  avait  pas  pense. 

Vous  voyez  donc  que  l'on  peut  faire  du  bas  ce  que  l'on  veut,  et  ce  que  Toa  bit 
au  moyen  du  basa  la  jambe  et  au  pied,  on  peut  le  fkire  au  moyen  d'un  caleçon 
de  tricot  à  la  hanche,  d'un  gant  à  la  main  et  aux  doigts,  et  d'une  manche  de 
camisole  au  bras,  etc. 

Messieurs,  j'ai  une  dernière  observation  à  vous  présenter  concernant  le  ban- 
dage tricot  plâtré  :  c'est  qu'il  est  remarquable  de  voir  comment,  en  l'appliquant, 
le  gonflement  disparait  sous  la  main  pendant  l'extension  et  la  contre-extension 
du  membre,  ainsi  que  du  bas  ou  de  la  manche  plâtrés,  qui,  étant  humectés,  font 
l'effet  d'un  cataplasme  compressif  d'une  manière  douce,  uniforme  et  circulaire. 
Cest  vraiment  ainsi  que  l'on  peut  constater  qu'une  compression  douce  et  drcu- 
laire  est  l'antiphlogistique  par  excellence. 

Tous  ces  procédés  plâtrés  amovo-inamovibles  d'emblée,  soit  à  bandelettes  de 
Scultet,  soit  &  pièces  de  flanelle,  soit  à  tricot,  que  je  viens  de  démontrer,  sont 
bien  simples  et  très-faciles  à  appliquer;  cependant  il  pourrait  arriver  qu'en 
essayant  l'un  ou  l'autre  de  ces  procédés,  vous  ne  réussissies  pas  du  premier  abord; 
n'allez  pas  pour  cela  vous  décourager,  car  la  non-réussite  dépend  souvent  d'une 
circonstance  minime,  laquelle,  en  y  réfléchissant  de  près,  est  facilement  sin^ 
montée. 

Sachez  en  outre  que,  quelque  facUe,  quelque  simple  et  quelque  bon  que  loit 
un  procédé,  il  faut  toujours,  pour  pouvohr  bien  l'appliquer,  en  avoir  un  pen 
l'habitude  ;  cela  est  aussi  nécessaire  pour  pouvoir  l'apprécier  convenablement, 
afin  d'abandonner  les  procédés  moins  bons,  plus  difflcfles  et  plus  compliqnéi 
auxquels  on  est  habitué,  car  l'esprit  humain  oppose  toujours  de  la  résistance  à 
toute  idée  nouvelle,  qui  tend  à  changer  ses  habitudes,  sa  routine  bonne  ou  man^ 
vaise.  Pour  que  nous  consentions  à  accepter  une  nouveauté,  il  faut  qu'une  pio- 
gression  logique  nous  y  amène  et  nous  fasse  saisir  sans  efforts  les  améliorations 
que  l'on  nous  propose. 

Or,  messieurs,  je  vous  en  fais  juges,  n'ai^je  pas  démontré  logiquement  les 
améliorations  du  bandage  plâtré  amovo-inamovible,  et  n'ai-je  pas  fait  le  possible, 
afin  de  les  faire  saisir  sans  effort,  en  rendant  amovo-inamovibles  tous  les  pn>- 
cédës  plâtrés  connus,  pour  satisfaire  tout  caprice,  par  des  modifications  simpto 
et  insensibles? 

Cependant,  messieurs,  il  y  am«  encore  des  inamovibles  qui  diront,  je  n'ap- 
plique qu'un  appareil  sans  l'ouvrir  pendant  toute  la  durée  du  traitement  d'une 
fracture,  et  je  guéris.  Je  leur  répondrai,  que  de  cette  manière  on  ne  peut  être 
certain  d'une  guérison  parfaite,  et  que  s'ils  veulent  continuer  à  soutenir  le  con- 
traire, ils  me  forcent  à  dire  que  je  ne  les  crois  pas  :  «  Evta^  le»  kommês  qwi  di«al 
telle  cime  ea^etla  raiscm  qui  dit  telle  chose  n'est  pas,  il  daut  en  croire  la  raison, 
quelque  respectables  que  soient  ces  hommes.  »  Je  me  suis  permis  de  me  sernr 
de  cette  expression,  parce  que  bien  jouvent  j'ai  rencontré  des  médecins  de  re- 
nom qui  prétendaient  n'avoir  jamais  eu  d'accidents,  tandis  que  je  les  surprenais 
en  flagrant  délit,  en  ouvrant  sous  leurs  yeux  un  appareil  inamovible,  qu'ils 
avaient  appliqué  et  que  nous  constations  une  énorme  difformité. 

A  ceux  qui  veulent  bien  se  laisser  convaincre,  je  demanderai  leur  bienveillant 
concours,  afin  de  combattre  pour  la  méthode  amovo-inamovible  dans  l'intérêt  de 
la  science  et  de  l'humanité  souffhinte. 


«afMfioik—  cmxÉkkf  9m  siteE,  sa  ratubk.  —  coNTAeioii.    M9 


mma  snteB,  sa  ivjltijiib.  —  c*nnrAcaoN 

.  ?AB  V.  LE  DOGTBUa  SHKIMPTOR  (DE  PARIS}. 


Messieurs» 

Depuis  trente-cinq  ans»  les  plus  savants  médecins  de  l'Europe  se  sont  appli* 
qnës  à  l'étude  du  choléra  avec  tant  de  sèle»  que  nous  leur  devons  avant  tout 
Texpresiion  de  notre  admiration  et  de  notre  reconnaissance.  Leurs  travaux  sont 
innombrables;  cependant  les  opinions  restent  tellement  contradictoires  sur  toutes 
les  questions  relatives  à  cette  terrible  maladie»  que  Ton  n'a  pu  jusqu'ici  arriver  à 
une  solution  satisfaisante. 

Cette  contradiction»  pour  en  dire  tout  de  suite  mon  avis»  je  crois  qu'on  doit 
l'attribuer  à  deux  causes  :  d'abord  à  l'habitude  de  n'étudier  le  choléra  qu'avec 
ses  complications»  comme  maladie  épidémique;  et  ensuite»  au  désir  inquiet 
de  déterminer  le  mode  de  propagation  de  la  maladie  avant  même  d'en  connaître 
la  nature. 

Je  serai  aussi  concis  que  possible  dans  les  courtes  observations  que  j'aurai 
l'honneur  de  présenter  à  cette  savante  assemblée.  Je  ne  viens  pas»  messieurs» 
ajouter  une  théorie  plus  ou  moins  hasardée  à  tant  d'autres  dont  la  science  est 
déjà  encombrée,  je  réclame  seulement  de  votre  indulgence  que  vous  vouliez  bien 
me  permettre  d'examiner  avec  vous  les  phénomènes  principaux  du  choléra,  afin 
d'en  saisir  le  siège  et  d'en  connaître  la  nature. 

Ce  serait  abuser  de  votre  attention  que  de  vous  parler  des  symptômes  et 
d'entrer  dans  les  détails  de  la  pathologie.  Les  phénomènes  constants»  caracté- 
ristiques du  choléra  sont  :  le  froid  pathologique»  l'altération  de  la  respiration  et 
la  suspension  de  l'hématose,  le  flux  intestinal. 

Ces  phénomènes»  à  peine  perceptibles  dans  les  cas  légers»  deviennent  de  plus 
en  plus  marqués  dans  les  cas  de  choléra  confirmé. 

Le  ffM  pathologique.  —  Ce  froid  n'est  pas  seulement  l'efTet  de  la  disparition 
de  la  chaleur  animale»  c'est  un  froid  actif  envahissant  tout  l'organisme»  à  &  ou 
5  degrés  au-dessous  de  la  température  de  l'atmosphère  ambiante»  qui  empoche  de 
récbauffer  le  corps  tant  que  l'influence  cholérique  persiste.  Il  y  a  suppression 
de  toutes  les  sécrétions  et  suspension  de  la  vie  organique  dans  la  profondeur 
la  plus  intime  de  toute  l'économie.  Aussitôt  que  l'influence  cholérique  cesse»  la 
réaction  se  fait»  même  après  le  décès  ;  or,  cette  réaction  ne  peut  avoir  son  siège 
que  dans  les  cellules  élémentaires  qui»  seules  jouissant  de  leur  vie  propre»  peu- 
vent ainsi  réagir  après  la  cessation  de  la  vie  générale  du  cerveau»  du  cœur  et 
de  tous  les  autres  organes. 

Les  cellules  élémentaires  paraissent  donc  être  le  siège  du  choléra. 
L'aHUraJtkm  de  la  respiration  et  la  suspension  de  Vhématose.  —  La  vitalité  orga^ 
nique  se  trouve  suspendue»  et  la  fonction  de  la  respiration  ne  se  fait  plus  que 


^p   coMAks  i|ftpicA(»  nrrmNATioiiA&é  ^  quayumi  iiâiKm  du  mml 

mécaniquement  ;  les  poumons  sont  réduits  à  l'état  passif  comme  daps  un  cadft* 
TTC.  L'haleine  est  refroidie  ;  Tair  expiré  n'a  pas  été  attiré  par  la  respiratioD^  et  a 
la  même  composition  chimique  que  l'atmosphère^  mais  à  5  ou  6  degrés  au- 
dessous  de  la  température  ambiante.  L'hématose  ne  se  fait  plus;  le  sang,  devenu 
noir  et  poisseux,  asphyxié,  passe  avec  grand'  p«ine  dans  les  vaisseaux,  et  privé 
de  ses  qualités  vivifiantes,  chargé  de  gas  acide  carboniquA,  il  j^orU  la  stupeur 
dans  tous  loi  drganéit. 

Les  cellules  élémentaires  sont  ainsi  frappées  d'asphyxie,  elles  ne  s'assimilent 
plus  les  matières  qui  lotir  sont  apportées,  ei  la  circulaiion  capillaire  s'arrête 
dans  toute  l'économie.  Le  sang  s'accumule  graduellement  dans  les  gros  troncs 
veineux  et  s' extravase  facilement  &  travers  les  tissus,  surtout  à  travers  les  mem- 
branes séreuses  et  muqueuses,  formant  ainsi  de  nombreuses  ecchymoses.  Ces 
faits,  qui  sont  incontestables,  ne  doivent-ils  pas  nous  faire  COfidlM  que  l'as- 
phyxie de  ces  cellules  oonstilue  la  nature  du  oholéraî 

L$  fim  inUiHntU.  -^  Ce  flux»  sans  odeur,  est  composé  pm^ua  unlqtiemaitdt 
sérosité  dans  laquelle  flottent  des  eellules  épithéUalea  en  plttf  m  tiMÀaâfsnBÀA 
quantité  ;  on  n'y  trouve  jamais  de  matière  fécale* 

i*ai  cherché  dans  toutes  les  oecasloi»  à  démontrer  qu'il  n'y  A  nueuft  vwt 
entre  la  diarrhée  et  le  flux  intestinal  qui,  sous  le  nom  da  ehddrtBej  a  péndiiii 
lw:igtemps  cadié  sa  nature  dangereusement  ineîdieusat  La  diarrhë»  cet  le  rM* 
tat  d'une  surexcitation  du  canal  intestinal,  tandis  que#  chea  1m  choUriq««t 
l'intestin  est  dans  un  éUt  passif,  la  fionotion  de  l'absorption  est  imt  ft  fiât  sus- 
pendue. «  Dans  les  cas  graves^  dit  M.  le  proCesceur  BealAi  pfesqu»  tentes  lei  vii* 
losités,  à  partir  du  pylore  jusqu'à  la  valvule  iléo-cœcale,  ont  dû  être  dépeymiei 
de  leur  couche  épithéliale  pendant  la  viei  »  Peorenterie. 

Les  villositéa  sont  fïrappées  d'asphyxie,  et  les  gaines  épithdliaka  qui  s'en  éiU- 
Qbent  sont  entrainées  par  la  sérosité  qui  baigne  toute  la  mea^mae  nuiqasms 
du  canal  intestinal.  Ce  détachement  des  gaines  épttbélialei  ee  fait  pendant  la  ilii 
et  noua  expose  ainsi  l'état  des  viOoaitds  sous  l'influenoe  cheiériitte.  U  ne  fÊtA 
évident  que  l'asphyxie  cholérique  saisit  en  mAme  tempe  toutes  le»  eeUttlei  âé> 
mentaires  de  l'organiime;  maïs  comme  elles  ne  se  trouvent  pas  toutes  éani  la 
Hitme  condition  de  macération  et  de  détachement  que  lea  eeUule»  épithéliaki 
4a  cenal  inteitinal«  et  «ue  d'ailleurs  nous  ne  pontons  le»  examiner  fn'»F«it  ^ 
réaction,  quand  l'mfluence  cholérique  n'Miste  plus,  U  noua  sera  tei^M»»  *w^ 
difftcile  de  découvrir  l'étal  pathologique  de»  cellules  âémentake»  ches  lei«l^ 
lériques.  Les  cellules  qui  sont  frappées  par  l'inflnenfie.  chdériqtm  sent  daei  « 
état  d'asphyxie  qui  ressemble  k  V eSet  du  froid  j  Aussi  ^e  malade  ne  peniril  soitir 
de  cet  état  que  par  la  réaction* 

Celte  réaction,  douce  et  facile  dans  les  cas  légers^  est  difficile  ei  dangsTCOM 
dans  les  cas  grave».  En  efTet,  il  s'agit  de  ranimer  et  de  mettre  en  mouveaisnth 
masse  du  sang  devenue  inerict  et  de  faire  supporter  l'action  du  sang  artérisi  ptf 
lei  organes  qui  en  ont  été  plus  ou  moins  complètement  privés*  Aussi  oftte  réic- 
tien  est  souvent  accompagnée  de  fiètre,  le  malade  tombe  fàcUemenl  dans  oo  M 
typhoïde,  et  dans  les  cas  les  plus  graves,  il  succombe  avant  que  la  réscto 

puisse  se  faire. 

Quand  la  réaction  est  établie,  la  maladie  change  de  caractère,  le  m'éWg»««»» 
donc  de  mon  si;get  si  je  parlais  de  k  fièvre  typhoïde,  des  congestions,  etc.,  i^^ 
qpï  sont  les  résultats  de  la  réaction. 

J'avate  éti  4:QnduU  depuis  longtemps  à  cendltfe  qioa  les  cellules  éUneotaii^ 


I»  ^  onoiiiiiAi  Bon  siMi,  sa  NâïtfiiÉ.  ^  eONtA^tôM.    ââl 

doiYèiit  Atni  le  siège  du  eholët^^  el  que  Tàsphnie  ddit  être  là  nature  de  ta  itia- 
ladie,  quand  Tannée  deniière,  après  la  publication  de  ma  brochure  sur  le  dho- 
lére#  ma  eralvielieii  e  ëlë  cdnfifmée  paf  lé^  héûén  Téih&tthei  tnietoficoptques  de 
Mé  le  profitoseiir  Biale»  l'ateii  lâètnë  ftfltimieé  dan»  ma  bi^)chure  (page  51)  què 
cette  déemiTerté  wndt  fUle»  9atl»  ailculi  d(mf6,  di^i^e,  les  Vifchoi;^,  les 
Gb.  Rolim,  lei  Baale  troûtenmf  têê  ceDtdës  altëfëe^i  cotnme  oti  a  déjà  trouvé 
les  globuki  du  img  ratAtltiAii 

M.  le  ^nfeneur  Beidë  tii'atfoHite  tiiréc  bédtieout)  de  Meiivelllance  à  publiét, 
dans  la  seconde  édition  de  ma  brochure,  son  travail  suivi  d'une  planché  repré- 
sentent lee  eellQlée  éfUthUllélei  eft  ë^onttes  déiaehéèi^  des  viaorités.  Quoique 
dene  ce  travail  U  ne  «lit  questloii  qtie  dé  là  fflèmbrdfié  fâttquèu^e  du  batial  f nteâ- 
tinal^  les  résultats  qnè  M  «  Beale  dôfl«(*té  ioftt  tëlléifteirt  pôsitlft,  qtl'il§  efilëvetif 
tout  dkmte  vér  le  UégB  et  la  iMtttfe  dé  là  ittàlftiiié. 

Permettez-moi,  messieurs,  de  vous  entretëtth*  iil^^  pëildafit  quelques 
ioatente  de  la  question  de  lA  contait  du  èlMAéf a^  très«4mt)()Hfttite  f>ar  èllé-fnêffle, 
el  d'nne  glande  aetttaliléi  Cette  qtieétioti  ëè  t>oëë  etl  deè  tefnieiS  Meti  âlfbples  :  Ld 
cheldm  eilrili  oUi  oa  UeH^  atte  rnsdadië  ë(mtttglen$<e?  Bt  ëependdtit,  thàlgré  tant 
d'ëeiite  neottitiuMe  fioii^  eisaf  er  de  la  résoudre,  elle  dèfnble  rester  plus  obscure 
que  jamais.  Tous  les  efforts  des  contàgiotit}fëté9  n'ont  pu  parvenir  à  ta  ftdre  avan- 
cer d'uA  eedl  pee;  ea  contraifët  n'dtii  Abouti  qu'à  la  retidre  de  plus  en  plus  con- 
fueei  ItaMi  son  idtant  rapport  ftdt  àtl  ttdtn  de  là  omntttièiotl  eholsie  par  l'Acadé- 
mie de  médeeltie  pettr  analyser  léë  itinothbtableë  traVàut  tmr  le  thôlém  con- 
centra dans  ses  arehiveSiM»  Mq^eti  qui  psniH  d'àboTd  àdâiettre  le^  observations 
des  oontegionnifetes  et  letw  dentier  gftitt  dé  tauèé,  est  lui^méhie  conduit  par 
l'infleaible  lût^v^e  à  oonolnre  indlreetéMétit  qu'ils  dut  iurt  et  qu'Us  Ue  prouvent 
rien.  Ba  effets  après  avoir  dit  :  s  QUitit  âtt  mode  de  propagation  de  la  maladie, 
les  eneeignenients  sont  itttrêitiefttëtit  eentntdietoire» ,'  éepefidéUt  11  résulte  de 
l'analyse  des  faits  les  plus  nombreux  que  la  maladie  détend  de  proche  en 
piO€lie#  de  maison  à  mdiseni  de  cottifilllilé  à  cOtnfliUfie,  etc.  Des  exemple»  non 
meina  imposant*  par  le  nembre  et  pÉT  l'AUfliétttieité  sëitiblàiefit  même  établir 
que  le  choléra  est  transIbisÉUMe  â'iudividtt  à  individu»  s  11  est  obligé  d'ajouter 
immédiatement  i  «  Tontofbis  la  cOmtniëMoA  fié  veut  pal  ié  prononcer  sur  ce 
si^t  dilficile  et  obsear>  eUe  se  b^rne  à  exposer  lés  fliits  eh  laissant  à  chacun  lé 
soin  de  les  interpréter.  »  Qu'on  pèse  bien  cette  demiëtë  phTase.  M.  firiqUet 
cootiliiife  :  eDes  tenlettfee  d'itlOélilfttiens  ont  été  Mtéë  pdr  lé»  divers  ObServà- 

teten  «f  ce  des  mdtièfces  {MVMaiil  dêi  eholérique»  ;  on  n'a  pà^  obtenu  de  résul- 
tats positifs,  d'où  il  faut  conclure  que  le  choléra  h'éSt  pohlt  une  malâdté  viru- 
lente. »  Pour  moi,  ce  n'est  pas  d'aujourd'hui  que  mes  convictions  sont  arrêtées 
5nr  téi  important  N^et  6t  fUé  J'appàTtleU^  au  camp  deâ  non-COntaglonniètes; 
dene  tu»  stttiple  ebsérvttiotli  je  résume  leë  graves  HiiSoUs  qui  ont  déterminé 

cea  eontviettotis  qn'attcme  élection  sérieuse  n'est  venue  Jamais  ébranler  un 
se«l  instant» 

D'abord  le  ritoléni  tte  p6iH  èiré  une  tnàlàdfe  contagieuse,  parce  que  les  cho- 
lëriqiies  lie  peuvent  pefter  en  eut  les  gertné^  de  la  Contagion.  Porter  en  sol  les 

germ^  de  la  contê||ion  supposé  ttn  travail  d'élaborfttlofi,  une  période  d'inocula- 
tion,  comme  cela  a  lieu  pour  toutes  lès  maladteil  contagieuses,  la  peste,  le 
t^pbus,  là  iàvre  jeune^  les  fièvres  érupttves,  etc.  Or,  cé  travail  ne  peut 
avoir  hitn  ehee  ks  éholéfiques  $  car  aussitdt  tf^jHA  les  malades  sont  atteints  de 
rittfl«eiiee  thoMHqvtei  teel  travail  or^nlqué  céWaht,  HnftUence  cholérique 


552     €ON€BfeS  MÉDICAL  INTERNATIONAL  —  QUATftttiUS  SiANCE  DV  8011. 

doit  nécesBairement  s'éteindre  dans  chacun  des  malades,  quel  qu'en  soit  leur 
nombre. 

D'après  ce  qui  précède,  je  crois  inutile  de  discuter  les  opinions  des  honunfô 
éminents  qui  se  sont  déclarés  contagionnistes  ou  non-contagionnistes.  Je  respecte 
leurs  convictions;  mais  je  ne  puis  me  défendre  contre  la  pensée  qu'ils  se  sont 
trompés  peut-être,  parce  qu'ils  ont  voulu  absolument  trouver,  dans  les  modes 
d'invasion,  et  de  propagation  du  choléra,  des  preuves  à  l'appui  de  leurs  coQTic- 
tions,  avant  de  s'informer  si  les  malades  pouvaient  se  l'être  communiqué  les  uns 
aux  autres. 

C'est  ainsi  que,  n'ayant  pas  notre  opinion  parfaitement  arrêtée,  nous  n'avons 
pu  éclairer  les  gouvernements,  et  que  nous  avons  à  subir  les  conséquences  de  la 
peur  des  populations,  en  nous  laissant  infliger  des  quarantaines. 

Je  crois  devoir  donner  place  ici  à  un  fait  remarquable  qui  vient  de  se  passer 
dernièrement  au  Corps  législatif. 

M.  Berryer,  le  célèbre  avocat,  dans  la  séance  du  19  de  ce  mois,  demandait 
que  des  précautions  soient  prises,  afin  que  ce  qui  s'est  produit,  au  sajet  du 
choléra,  il  y  a  deux  ans,  ne  se  renouvelle  pas.  II  prétendait  que  le  choléra  anit 
été  introduit  à  Marseille  en  1865  par  les  pèlerins  de  la  Mecque.  Fait  qui,  pour 
en  dire  le  moins,  a  été  fortement  controversé. 

Son  Excellence  le  ministre  de  l'agriculture  et  du  commerce  accédait  à  cette 
demande,  et,  dans  son  discours,  après  avoir  attribué,  comme  chose  démontrée, 
l'invasion  de  l'épidémie  de  1865  à  l'arrivée  des  pèlerins  à  Marseille,  il  ajoutait: 
«  Il  (le  choléra)  a  éclaté  en  Sicile  et  par  un  phénomène  singulier,  ce  ne  sont  pas 
les  villes  qu'il  a  frappées,  ce  sont  les  campagnes,  et  notamment  les  provinces  de 
Girgenti  et  de  la  Calatanisetta.  La  population  des  campagnes  a  reflué  vers  les 
villes,  il  y  a  à  Païenne  (lO  000  individus  venus  du  dehors.  Cette  population,  qui 
a  fui  la  contagion,  ne  l'a  pas  emportée  avec  elle.  Le  choléra  n'est  ni  à  Païenne, 
ni  à  Messine,  ni  à  Syracuse.  » 

Mais  le  fait  même  cité  par  M.  le  ministre  ne  combat-il  pas  sa  concession  de> 
quarantaines  à  M.  Berryer?  Ne  prouve-t-il  pas  aussi  de  la  manière  la  plus  évi- 
dente que  le  choléra  n'est  pas  une  maladie  contagieuse? 

Je  termine,  messiem-s  ;  je  serais  heureux  si  les  courtes  observations  que  j'ai 
l'honneur  de  vous  présenter  pouvaient  jeter  de  la  lumière  sur  des  questions 
importantes  restées  jusqu'ici  trop  obscures. 

En  reconnaissant  l'asphyxie  comme  le  caractère  pathologique  du  choléit, 
nous  pouvons  nous  rendre  compte  des  phénomènes  de  la  maladie,  et,  plus  tard, 

être  conduits  à  en  trouver  la  cause. 

< 

Depuis  que  j'ai  eu  l'honneur  de  déposer  ce  travail  au  bureau,  le  duoién  a 
continué  à  faire  d'affreux  ravages  en  Italie.  Il  se  peut  que  les  détails  que  noas 
recevons  par  les  journaux  soient  exagérés,  mais,  dans  tous  les  cas,  ils  ne  laissent 
pas  d'être  très-graves.  La  peur  est  un  sentiment  essentiellement  égoïste,  et  il  e$t 
facile  de  concevoir  qu'une  population  eflarée  abandonne  ses  malades  et  ses 
morts.  La  superstition  et  l'ignorance  sont  toujours  les  compagnes  de  la  peur; 
aussi  comprenons-nous  comment,  dans  les  moments  de  panique,  le  peuple  est 
porté  à  commettre  toute  sorte  de  violences  et  d'excès. 

Eh  bien,  messieurs,  il  nous  appartient,  à  nous  médecins,  de  mettre  fin  à  cet 
état  de  choses,  en  éclairant  l'autorité  sur  la  véritable  nature  du  mal,  et  en  U 
portant  à  supprimer  tout  ce  qui  est  capable  d'entretenir  la  peur,  —  les  quann- 


gHBmPTOM.  —  GBOLfiBA,  SON  SiftGB,  SA  NATURE.  -^  CONTAGION.     SSS 

taines,  les  dësmfectants,  etc.^  qui  ne  sont  propres  qu'à  légitimer  la  peur  aux 
yeux  de  la  multitude,  et  à  déterminer  précisément  les  effets  désastreux  que  nous 
voulons  combattre. 

Si,  au  lieu  de  recourir  à  tous  ces  moyens  plus  qu'illusoires^  on  forçait  les 
populations  à  s'occuper  actiTement  de  tous  les  travaux  de  propreté  et  d'hygiène^ 
elles  seraient  utilement  employées  et  avantageusement  distraites  de  leur  préoc- 
cupation du  mal. 

Je  combats  l'idée  de  la  contagion  de  toutes  mes  forces,  messieurs,  parce  que  Je 
la  crois  erronée,  et  ensuite  parce  que  si  le  choléra  n'est  pas  une  maladie  conta- 
gieuse,  la  peur  l'est,  et  d'une  façon  effrayante.  Je  suis  persuadé  que  si,  dans 
cette  grande  assemblée  de  savants  et  d'honmies  exerçant  la  plus  grande  influence 
dans  tous  les  pays  de  l'Europe,  nous  pouvions,  d'une  voix  unanime,  déclarer 
notre  conviction  que  le  choléra  n'est  pas  une  maladie  contagieuse,  notre  voix 
porterait  la  confiance  et  la  force  au  sein  des  populations  craintives,  et  nous  ren* 
drions  ainsi  à  l'humanité  un  service  qui  resterait  à  jamais  mémorable  dans  les 
annales  de  la  médecine. 

Encore  un  mot,  messieurs  :  votre  présence  ici  est  une  preuve  évidente  de  la 
non-contagion  du  choléra,  car  tous,  vous  vous  êtes  précipités  auprès  des  malades 
pendant  les  épidémies  du  choléra.  Vous  avez  manié  les  malades,  vous  avez  res- 
piré l'haleine  de  leur  bouche,  vous  avez  trempé  vos  mains  dans  leur  sang  et 
dans  les  matières  contenues  dans  les  intestins,  etc.  n  est  probable  même  que 
vous  vous  êtes  accidentellement  inoculé  en  faisant  les  autopsies,  tout  cela  sans 
en  avoir  éprouvé  le  moindre  déi*angement  de  votre  santé.  Quant  à  moi,  mes- 
sieurs, je  suis  si  fort  de  mes  convictions,  que  je  n'hésiterais  pas  à  demander  à 
notre  illustre  président,  M.  le  professeur  Bouillaud,  et  à  notre  savant  vice-prési- 
dent, M.  Ricord,  conjointement  avec  mon  honorable  collègue  de  l'hôpital,  Gali- 
gnani,  qu'ils  veuillent  bien  former  une  commission  à  laquelle  ils  adjoindraient, 
autant  que  faire  se  pourrait,  un  médecin  de  chaque  pays  étranger  représenté  à 
Paris,  pour  me  soumettre  à  toutes  les  épreuves  qu'ils  voudront  indiquer.  Je  me 
coucherai  nu  dans  le  même  lit  avec  un  cholérique  algide,  je  respirerai  son  ha- 
leine aussi  longtemps  qu'on  le  jugera  nécessaire,  je  m'inoculerai  toutes  les  ma- 
tières provenant  du  corps  des  cholériques  ;  en  un  mot,  je  me  soumettrai,  sous 
leurs  yeux,  à  tout  ce  qu'ils  pourront  demander  de  moi  pour  porter  la  conviction 
de  la  non-contagion  du  choléra  dans  l'univers  entier. 


•M   Q0IIOBI»  IIÉM6A&  unmmà-nmuaà  «<  ^tuniÉHi  wumm  m  mb. 


PAR  M.   LE  DOCTEUR  BONNET 

iîketa&tr  àê  ia  Ufloo  (i*boaii6of , 
Àiiclaa  protetiaiir  éê  ptUMlogte  interae  4  VàetÀè  êè  mnlMihe  ^  BoniMui,  Me.,  «ie. 


Quoique  le  chotëra  n'exkte  plus  en  France^  nous  ne  sommes  pas  ieUement 
sûrs  d'en  avoir  uni  définitivement  avec  lui»  qu'il  ne  soit  utile  et  eonvmiable  d'ap- 
peler l'attention  sm*  les  mofens  àx^ai  l'hygiène  dispose  pour  prévenir  le  retour  ie 
cette  cruelle  maladie* 

Je  dis  dont  ï* hygiène  (Uspow^  paixe  que  nous  ne  possédons  auoune  tnéthede, 
aucun  remède^  aucune  substance  qui  puisse  guérir  constamment  ou  à  peu  près 
constamment  le  choléra»  et  qui,  par  conséquent»  en  soit  le  spécifique. 

Une  chose  également  dont  on  ne  saurait  trop  se  pénétrer,  c'est  que  le  choiera 
ne  se  communique  que  par  rintermédiaire  de  l'air  ambiant.  Cette  opinion,  que 
j'ai  démontrée  aiUtiurs  de  la  manière  la  plus  péremptoire,  est  celle  de  la  plupart 
des  médecins  européens;  oUe  est  celle  aussi  des  hommes  de  l'art  que  le  gouver- 
nement a  Thabitude  de  consulter  :  ce  qui  le  proUve,  c'est  le  rapport  que  M.  le 
professeur  tardieu  fit  au  comité  consultatif  d'hygiène  publique^  lé  18  Juin  1S66, 
et  que  ce  comité  a  adopta. 

j^ai  cru  devoir,  dès  l'abordj  insister  sur  ces  deux  points  poilr  aller  au-devant  de 
quelques  objections  qu'on  pourrait  faire,  et  parce  que  le  cboUra  n'ayant  ni  spé- 
cifique, ni  la  faculté  de  se  transmettre  par  le  contact^  il  en  découle  naturellement 
cette  conséquence,  que  ce  n'est  ni  à  une  médiôation  spéciale,  ni  à  notre  ancien 
régime  sanitaire,  mais  atix  règles  ordinaires  de  l'hygiène,  qu'il  faut  recourit'  poor 
s'en  préserver.  , 

Cependant,  comme  les  idées  de  contagion  prédominent  aujoUhl'hui  dans  nos 
départements  méridionaux,  et  que  le  gouvernement  lui-même  semble  chanceler, 
depuis  que  les  notables  de  Marseille  lui  ont  adressé  une  pétition  dans  laquelle 
ils  le  prient  de  leur  accorder  une  administration  sanitaire  locale,  ayant  l'indé- 
pendance suffisante  pour  se  défendre  contre  la  maladie,  ce  qui  signifie,  pour 
quiconque  connaît  les  Marseillais,  que  dans  certaines  circonstances,  les  cordons 
et  les  quarantaines  pourront  être  rétablis,  je  crois  devoir  rappeler,  avant  d'aller 
plus  loin,  que  les  cordons  sanitaires,  au  point  de  vue  de  l'isolement,  sont  à  peu 
près  illusoires,  puisqu'il  est  avéré  que  des  milliers  de  maraudeurs  et  de  contre- 
bandiers les  violent  continuellement,  quelles  que  soient  la  surveillance  qu'on  y 
apporte  et  la  rigueur  des  lois.  Presque  toujours,  en  outre,  ils  ont  eu  les  plus 
déplorables  résultats?  Que  de  fois  n'ont-ils  pas  été  une  cause  de  ruine  et  d'ef- 
frayante mortalité  I  Qui  ne  se  souvient  de  ces  villes  malheureuses  qui,  cernées  de 
toutes  parts  et  livrées  aux  angoisses  de  la  peur  et  du  désespoir,  ont  vu  périr  suc- 
cessivement la  presque  totalité  de  leurs  habitants  :  —  A  Marseille,  en  1720,  il 


BÔttkMt.  «^  noratLâXlI  DU  CMIUA44I01BOIi  5W 

diôitrat,  «ftindt  l«8  unit  pltii  àê  um  Mm  pènotiiiM»  wilViM  1m  auMi ,  pltii  d» 

tfordofi  de  tn)a{M«  dmii  mi  l'atait  entonrée.  81  oe  «mM  D'anUt  pai  été  établi^ 
d  ««t  plilft  4ué  probMd  qtte  lo  «liUII«  éa  k  momUté  &•  ëe  M«lt  ^  ékté  au* 
dêffitti  de  ddttJL  ou  tMl  mllM,  (|tti>  on  k  lait,  ait  cilui  éa  l'épMémié  da  1863 1  -« 
à  BareeltMia^  éh  1812^  là  fllvra  jauna  oatsa  d'axei^ar  M»  nita|a«  amBitôl  qu'ott 
eut  ôttvaH  IM  ponai  d«  la  Yillè,  et  qua  lel  teaUiaiito  purent  aller  an  dahan  rvM 
pirar  un  ait  pur  a(  Tlvlflaftt  (1).  fin  prélética  da  fiaralls  faiti,  an  a  tndoaani  palna 
à  eoneatnir  qu'on  Maga,  lolt  osieniiUèi0ént>  soil  iiiit)Uollaitiant^  à  ravitilr  à  daa 
maatmM  firdYan^ei  il  dëiaitraiiëai. 

On  a  axègéré  l'fttnpartâ&ëa  at  laa  airanlagaa  daa  quarantakiai)  niak  dlas  ant»  à 
VtffpOÊé  daa  oOldoti»i  una  Intaiitaatabia  uliUté»  et  ja  aom|ii«ad8  fuë  dans  laa 
cotiMrénoêi  tatamattoiialèBi  qui  am  au  Ubh  aft  IBM  et  1868|  on  ait  été  tmanima 

à  les  mainteDir.  Seulement,  si  du  temps  de  notre  ancien  régime  lAtillaira  aUel 
ëtiiattt  tmp  langnaii  a^Jevrd'kni  allOf  lont  \i9p  etrartea  t  a'étatt  preiqu^nna  dëH- 
itou  dé  laa  atalr  rendues  fiundtatitel  et  réduites  à  ainq  jouifa,  y  compHa  la  temps 
de  1a  tratnsée;  mainteliftal  qit'00  a  déaidé  (déarat  du  38  juitt  1866)  qde  TobséN 
Tation  serait  obligatoire  et  de  trois  à  sept  joursi  à  parti#  du  détefqileAatlty  oeU 
ne  ttia  parait  paé  snfBsattt  1  lel  quaraot^as^  salon  moii  denaiaAt  être  da  dix 
joam t  non  compria  la  tavqil  de  la  trayerséai 

Une  medifléldion  égalaoïent  qu'il  serait  sage  d'y  app^ari  a'est  d'aiiger  que 
lea  indMdns  Tenant  d'un  pays  suspect  fissent  leur  quarantaine  dans  Un  kaarat» 
au  Uan  de  las  laissnr  sur  las  navires  qui  las  ent  pertes.  Oahs  les  laaaretsi  en  eieti 
il  y  a  de  Tair,  de  l'espace,  des  appartements,  sinon  des  jardins  vastes  et  oalubras* 
Mas  im  Aatira^  au  aontraire^  rien  de  tout  oala  n'âtista#  et  poar  peu  qu'il  y  ait  de 
malartrs  à  bordf  les  aooidants  et  les  dangaffs  dus  k  rencombremenl  ne  tardemnt 
pae  à  i^y  mattlfester.  L'épidémie  peut  alofs  prendre  une  intensité  tallei  que  ee 
sariH  presque  vouer  à  une  mort  aertaine  caua  qu'une  réolusien  de  ce  genre 
expoeandt  à  sas  atteintes. 

On  s'étonnera  peut-4tra  qua#  repoussant  les  aordons^  j'approuve  les  quaran^* 
taliiee«  lUs  la  eontradiction  ici  n'est  qu'iq»parente  1  les  cordons  at  le»  quaran^ 
talnea  aont  des  moyens  préventifs  différents  at  qu'cm  aurait  tort  de  aonfondroi  Lea 
cordons  ne  s'entendent  et  ne  doivent  s'entendre  que  des  mesures  de  séquestra* 
tîoo  qti'on  prend  pour  isoler  une  ville,  une  oontrée,  c'est^Mire  des  populations 

(1)  riflskis  sar  se  fliiij  pmê  ^m  ptaiisoN  fsemauSi  oetaMaaiit  la  Mm  mi  âmi 
tmnéêêf  praiansaai  qae  tf ssi  grlaa  sa  aotdoo  éfsiNi  psr  i»  goavarasaieiit  iheesls  d^tmié, 
i|aa  aew  avsns  éU  présatvés  ds  ki  flèvrs  Jtiuféi  ak  fa*it  n'en  asi  riso.  O'absrd  !•  sfrcM  imik 
û  s'agU,  bien  <|m  portant  Is  titra  de  cordon  saoiUirSt  n'était  so  f telUé  qu'un  faissmbiomset 
da  troapss  ayant  pour  objet»  et  qui  eut  pour  résultat  la  rétablissement  ds  Ferdinaud  VU  sur  son 
trdoa.  Pour  oe  qui  est  d'interrompre  las  communications  entre  les  deux  pays«  on  ne  s'en  oc- 
sopa  par  le  moins  dit  monde  i  les  contrebandiers,  les  Toyageurs  allaient,  Tenaient  comme  par 
la  passé,  tl  n'}  eut  réelteiAéAt  dé  léquéSiréé,  oéil  psi"  lios  soldats,  liiSb  ^af  leé  fcspagiiois,  ^u6 
Birealeaé,  (tal  dut  i  eetté  masuf  s  uaiéneontrdttse  ds  psf  df  s  uns  benne  partie  ds  ss  popttte- 
don,  et  qaf  autaft  floi  par  la  fwt  péffr  Justfo^sa  darntef  hcmme,  si,  ann  par  la  pitié,  efflpsyés 

pour  eux-mêmes,  et  protiablement  aussi  par  des  menaces  de  révolte,  les  magistrats  n'avaient 
yeisswouft  d'ouvrir  las  portas  de  la  villa  at  daparanftlra  aux  babilaais  d'aller  dans  les  envi- 
ssoa  re^ar  «a  air  plus  pur  et  plus  sslokws.  Ga  qu'il  y  a  da  ramarqaablai  ^est  qu^une  fisis  sa 
pWa  alMp,  les  oydkourewx  aUslats  de  l'épidéaia  sa  tétsMirant  pour  la  plupart  at  aa  seniiaa» 
niquèrent  leur  malsdie  à  personne. 


SSe     GOKGEtB  MfiOUSAL  IllXIMATKHfAL.!^Q0ATUfellS  S&ARGE.DU  SGO. 

en  matte  ;  les  quanmiaines  ne  B'iq[>pliquent  qu'aux  naTirea  ou  kde  petites  agglo- 
mérations d'indiyidus.  Les  cordons,  indépendamment  de  la  difficulté  qu'il  y  a  de 
les  organiser  convenahlement,  n'ont  jamais  et  ne  sauraient.avoir  que  les  plus 
déplonbles  résultats;  les  quarantaines,  au  contraire,  peuyent  être  d'une  grande 
utilité.  La  règle,  sans  doute,  pour  les  maladies  infectieuses,  est  la  diss^^minstimi 
des  sujets;  mais  on  conçoit  que,  lorsqu'un  naTire  arrive  d'un  pays  suspect,  il  soit 
d'une  sage  prévoyance  de  constater  tout  d'abord  ^  les  colis  que  la  cale  renferme 
ne  portent  pas  avec  eux  le  germe  de  l'épidémie,  afin  de  le  purifier  s'il  y  a  liea; 
on  conçût  également  que,  lorsqu'un  équipage  a  eu  des  morts  pendant  la  tra- 
versée, il  soit  bien  de  s'assurer  de  l'état  de  santé  des  gens  qui  le  composent,  en  les 
plaçant  momentanément,  non  pas  dans  un  local  étroit  et  mal  espacé,  mab  dans 
un  lieu  qui,  par  sa  situation  et  son  étendue,  soit  dans  des  conditions  telles  qu'on 
n'ait  pas  à  redouter  les  inconvénients  et  les  dangers  de  l'enconkbrement  ou  de  h 
violation  de  l'air. 

Le  gouvernement  convia,  vers  l'année  1865,  quelques  cours  étrangères  à  fo^ 
mer  avec  lui  une  conférence,  ayant  pour  objet  de  trouTor  les  moyens  d'empêcher 
à  l'avenir  les  pèlerins  de  la  Mecque  de  propager  le  choléFa  dans  les  pays  qu'ils 
sont  obligés  de  traverser  à  leur  retour. 

Cette  conférence  s'est  réunie  à  Constantinq>le,  mais  les  résultats  qu'elle  a 
obtenus  sont  loin  de  répondre  aux  espérances  qu'on  en  avait  conçues,  car  la  seule 
mesure  qu'elle  recommande  de  prendre  en  cas  d'irruption  nouvelle  du  cbolén, 
consiste  à  interrompre  momentanément,  c'est-à-dire  pendant  la  durée  de  l'épi- 
démie, toute  communication  maritime  avec  les  ports  arabiques  et  le  littoral 
égyptien. 

Cela  évidemment  ne  saurait  paraître  suffisant  à  personne,  surtout  si  l'on  ré- 
fléchit :  d'abord,  que  le  choléra  ne  nous  est  pas  venu  de  la  Mecque  en  1831, 
18&0,  1853-54,  et  que,  s'il  a  pénétré  en  Emx)pe  par  une  voie  différente  dans 
ces  trois  circonstances,  U  n'y  a  pas  de  raison  pour  qu'il  ne  puisse  en  être  ainsi 
dans  une  autre;  puis,  qu'il  n'est  pas  probable  que,  dans  des  contrées  où  le  bna- 
tisme  a  poussé  de  si  profondes  racines,  où  les  lois  sont  si  mal  obéies  et  ob  la 
civilisation  est  encore  si  peu  avancée,  on  réussisse  à  obtenir  Texécution  pleine  et 
entière  des  prescriptions,  quelles  qu'elles  soient,  qu'on  jugera  à  pn^ios  de 
faire  (1).  # 

La  conférence,  il  fkut  le  reconnaître,  n'a  pas  atteint  le  but  pour  lequel  elle 
avait  été  organisée  ;  mais  si  elle  n'est  pas  parvenue  à  découvrir  un  moyen  sûr  de 
nous  garantir  du  choléra,  il  est  résulté  du  moins  de  ses  déUbérations  la  confir- 
mation d'un  fait  que  j'ai  signalé  ailleurs  :  je  veux  parler  de  l'impossibilité  où 
sont  les  miasmes  des  marais  du  Gange  d'arriver  jusqu'à  nous  par  les  courants 
atmosphériques.  Voici  conunent  son  rapporteur  s'exprime  à  ce  sujet  : 

«  Quant  à  l'importation  par  les  pèlerins  venant  par  terre,  elle  est  peu  à  crain- 
dre, car  l'expérience  a  prouvé  qu'une  longue  marche  par  étapes  dans  le  désert 
avait  contre  le  choléra  le  même  effet  que  les  quarantaines.  L'an  passé,  les  cara- 
vanes parties  de  la  Mecque,  en  proie  au  choléra,  sont  arrivées  à  Damas  et  à  Sues 
complètement  purgées  de  la  maladie*  Depuis  dix-huit  ans  que  je  m'occiçe  de 

(1)  Ces  prévisions,  du  reste,  se  sont  pleinement  réalisées  :  la  Carrière  mermnftXf  de€èMS 
publiait,  II  y  a  «pielqiie  tempe,  qne  rien  n'avait  été  changé  sons  le  rapport  sanitaire  à  Ojeddak 
et  à  ikowndrie,  et  qve  les  masures  préventives  dont  on  a  ftit  tant  de  brait  n'ont  jamais  élé 
mises  an  pratique  pour  ces  deux  villes. 


Wmrt.  ^  fBOMTCAXIS  DV  CHOtiRA-llOBIKJS.  S51 

cette  (piestloQ^  aucun  fait,  à  ma  connaissance,  n'est  tenu  démentii*  cette  inno^ 

cuite.  » 

n  serait  donc  bien  temps  qu'on  cessât  de  nous  entretenir  de  la  migration  des 
miasmes  cholériques  et  de  la  nécessité  qu'il  y  a  de  s'y  opposer.  Ces  miasmes 
perdent  constanmient  leurs  propriétés  morbifiques  à  une  très^courte  distance  de 
leur  point  de  départ.  Tout  ce  qu'on  ferait  pour  eux,  on  a  beau  dire,  ne  nous 
procurerait  pas  plus  que  les  cordons  une  bonne  prophylaxie  du  choléra  ;  et  si  l'on 
en  excepte  les  quarantaines,  il  n'y  a  en  définitive  que  les  moyens  dont  l'hygiène 
dispo6e  qui,  je  le  répète,  puissent  utilement  servir  à  nous  en  préserver. 

Voici  quels  sont,  à  mon  avis,  les  principaux  préceptes  qui  se  rattachent  à  la 
prophylactique  du  choléra. 

On  devra  tout  d'abord  s'occuper  de  l'assainissement  des  localités  infectées  ou 

menacées  de  l'être. 

Ainsi,  pour  ce  qui  concerne  les  vUles,  les  bourgs  et  les  villages,  il  sera  du 
devoir  d'une  sage  administration  de  faire  disparaître  les  causes  qui  peuvent 
y  favoriser  le  développement  de  répidémie.  On  nettoiera  les  égouts,  on  enlèvera 
les  aimas  de  matières  putrescibles,  on  fera  enterrer  soigneusement  et  profondé- 
ment les  cadavres.  S'il  y  a  des  marais  dans  les  environs,  on  y  pratiquera  des 
saignées  ou  des  dessèchements. 

Les  habitations  particulières,  les  établissements  publics,  seront  maintenus  ou 
établis  dans  un  état  de  salubrité  convenable,  en  lavant  à  grande  eau,  en  multi- 
pliant les  courants  d'air,  en  pratiquant  des  fumigations,  en  ne  laissant  pas 
séjourner  dans  les  cours  et  dans  les  rez-de-chaussée  les  eaux  de  vaisselle  ou 
toute  autre  chose  susceptible  de  donner  une  mauvaise  odeur,  etc. 

n  sera  essentiel  également  de  chercher  à  relever  le  courage  des  populations  :  — * 
de  la  part  des  magistrats,  par  des  consolations,  une  grande  vigilance,  des  distri- 
butions bien  entendues  de  secours  et  de  travail  ;  —  de  la  part  des  médecins,  par 
beaucoup  de  zèle,  un  dévouement  à  toute  épreuve,  et  de  ces  expériences  hardies 
qui,  en  même  temps  qu'elles  rehaussent  la  dignité  de  Tari,  exercent  sur  le  vul- 
gaire ime  puissante  influence.  Mais  on  se  gardera  de  publier  chaque  jour  le 
relevé  des  morts  et  des  nouveaux  cas;  personne  ne  croit  à  l'exactitude  du 
chiffre  donné,  et  en  définitive  ces  sortes  de  publications  n'ont  d'autre  effet  que 
d'augmenter  l'épouvante  et  d'activer  les  progrès  du  mal.  On  s'est  plaint  amère- 
ment, je  le  sais,  du  silence  forcé  que  les  journaux  ont  gardé  au  sujet  du  choléra 
qui  vient  de  régner  à  Paris  ;  mais  pour  quelques  impatients,  parmi  lesquels 
n'étaient  peut-être  pas  les  moins  effrayés,  la  plupart  des  familles  se  sont  estimées 
heureuses  de  ne  pas  recevoir  chaque  matin  un  de  ces  bulletins  qui  portent  d'or- 
dinaire le  trouble,  la  crainte  dans  les  esprits,  et  finissent  souvent  par  amener, 
ches  ceux  qui  les  lisent,  une  prédisposition  marquée  aux  atteintes  de  l'épidémie. 

Q  est  bien  rare  aujourd'hui  qu'on  ne  prenne  pas  dans  la  marine  marchande  les 
mesures  sanitaires  pour  maintenir  les  bâtiments  dans  des  conditions  de  salu- 
brité satisfaisantes.  Toutefois  il  sera  bon  de  veiller  à  ce  que  les  armateurs  et  les 
capitaines  entretiennent  la  plus  grande  propreté  dans  les  navires,  y  établissent 
toute  la  ventilation  possible  et  les  munissent  de  boissons  et  d'aliments  de  bonne 
qualité.  ïl  faudra  aussi  qu'ils  les  assainissent  dans  le  cas  de  maladie,  en  les 
déchargeant,  en  changeant  le  lest,  en  lavant  le  bordage  ou  se  logent  les  insec- 
tes (1),  en  grattant  tout  l'intérieur,  et  en  le  lessivant  après  avec  une  solution  de 

(I)  On  a  observa  depuis  longtemps  qoa  toi  nvelt  ou  cnclers  (Blatta  ameHcana)^  qui  se 


,118    GONGBfes  MÉNlAli  iffVMiV4|iQIH*<^0VAT»MsM8  HUtlOS,  du  son. 
itbianm  in  fili««Xj  qui  k  iét^^i  4a  ci^t  agent  ay^q  uiio  qm  de  c^d^î  y^e  bien 

saturée. 

Ui  (KMPMPiwi^Atimig  dfi  riutdrteur  à  l'^ipt^rieur  ont  tr^peq  edotrib^é  l 

rtf|4Uldre  U  cl^d4m  hon  d#  spn  f^yer  4'«cUvité,  n  y  n  ^u  contraire  un  danger 

ipoontostabu  à  rsit^  dAin  ce  foyer.  Qu  ne  doit  donc  pm  (trç  étonné  «{ue  ceax 

qil4  ri^A  u'y  viUept  cb^rchoQt  i  n'en  éloignert  Toptefoin  m  W  peut  que  voir 
Av^ç  p«in«  Î9i  4irii9ratûui9  considérables  quîi  en  déb^t  en  ^elque  sorte  de  Tépi- 
déwe«  sWectUâDt  dajM  çert^es  eoutrjleii  ;  eUe»  ont  pour  résultat  constant 

d'augmenter  U  ^yeuT  de  eeux  qui  restent  ;  eUes  privent  aussi  lea  indigents  des 
lecovni  qu'une  cbmitd  effleaoe  aurait  pu  lenr  donner;  ça^  il  ne  |kut  pas  le  le 

dissimuler,  les  personnes  qui  s'en  Yont  sont  celles  qq{^  par  leur  position  de  foi^ 

tune,  savaient  plu«  1^  natoe  de  nuittre  en  pratique  ç«  précepte  dç  r^yangUei  qni 

nous  recommande  de  nous  aimer  les  uns  les  autres  et  de  nom  al^Qr  n^utueUe- 

ment*  Us  dmigrautii  d'&iUeunj  n'ont  pas  tonjpun  à  f^  féliciter  d'avoir  quitté 

laurs  domiciles;  ce  n'est  pas  aller  trop  loin  que  de  dire  que  plusieurs  d'entre  eyx 

succombante  alors  que  par  des  mepnrei  hy{i4;iique8  bien  entendue^^  ils  eussent 
piobablenient  continué  h  jouir  d'une  bonne  santé  çhes  eux. 

Quoi  qu'il  en  foiti  au  9urplU9i  des  émigrations  et  de  leurs  suiteS|  les  personnes 
qui,  par  devoir,  par  respect  bumain  ou  tout  autre  motif|  ne  peuvent  s'éloigner 

d'une  localité  conte^éoi  feront  page^ont  de  sa  conformer  aux  TifU%  hi^i^ 
qne«  que  j'ai  posées  plua  haut,  c'ast4-dire  faciliter  les  courants  d'alr^  Uvei'  à 
grande  eau»  blancbir  les  muraUlei,  etc^  etc.  n  sera  bleui  en  outre^  qu'ellei 
aient  le  nioini  do  relation»  possibles  avec  les  lleui^  qui  sont  les  principaux  fbjen 
de  l'épidémie.  U  est  très-di^^çile  d'appliquer  aux  maisons  des  mesures  de  séquea^ 

tration  ;  mai»  les  établissements  publics  qui  y  ont  été  souniis  s'en  sont  parf^te- 

ment  trouvés*  Loi  iBÛtl  de  ce  genre  sont  pour  quelques  médecins  une  preuve  sao» 
réplique  de  la  contatfion  du  choléra;  mais  outre  que  j'ai  démontré^  et  qu'il  eat 
démontré  pour  h  grande  majorité  des  médecins  de  nos  jours,  «jue  cette  maladie 
ne  se  communique  pas  par  la  contactj  il  est  bon  que  Von  sache  que  les  mesures 
préventives  dont  U  s'agit  exercent  pour  l'ordinaire  une  heureuse  influence  sur 
le  moral  des  personnes  qui  les  prennent;  il  est  bon  que  l'on  eache  également 
que  la  séquestration  partielle  ou  individuelle,  si  j'ose  m'ei^primer  ainsi^  n'est  pis 
applicable  seulement  au^  états  morbides  que  le  contact  détermbiQ  :  il  n'est  pi^ 
une  des  affections  qui  se  propagent  par  le  moyen  de  l'air,  dont  on  nç  réuarisse 
quelquefois  h  préieryer  lei  établissements  publics  par  l'isolement}  Il  n'en  est 
pas  une  non  plus  dont  on  ne  modifie  avantageusement  U  marche  et  Ténergiei 
en  éloignant  dei  Ueu^  où  elle  r^e  tout  ce  qui  peut  multiplier  les  foyers  d'in- 
fection i 

Les  bons  eiTets  de  la  séquestration,  en  tant  qu'ion  n'y  a  recours  que  peur  !ei 
établissements  publics  et  les  maisons  dans  les  xilles  atteintes  du  choléra,  n'im- 
pliquent pas  qu'il  soit  utile  et  nécessaire  de  rappliquer  à  ces  mêmes  villes,  c'est- 
Mire  aux  populations  en  masse.  Dans  le  premier  cas,  en  eQfet,  elle  ne  peut  que 
diminuer  les  chances  d'infection,  puisque^  d^une  part,  les  individus  qui  s'y  son- 
mettent  ont  peu  ou  point  de  rapports  avec  tes  principaux  foyers  de  l'épidéonie,  et 
que,  de  l'autre,  ils  ne  négligent  aucun  des  moyens  propres  à  entretenir  autour 
d'eux  la  salubrité  de  l'air  et  des  lieu^.  Dans  le  second^  au  contrairei^  il  est  presque 

Uenuent  dans  les  bordages,  oecasionnent  uoe  odeur  très-désagréable,  ee  qui  ne  psul  çi^feiiler 
lax  causes  d^i  existantes  d*infecUon, 


MNnilV.  «aw  fwnviiASfi  W  MOCÉiAilfOiMil* 

impÉHiftlt  9t*mi ne daniia  IMS  au  mtl  «nt  inteiifiU  plui  grandti  (W ,  iH  M9kkt 
mérant  des  populafioi^  entières  daai  una  onoainta  plua  pn  moim  airca»aarita» 
FatiPiMplièra  doit  aan»  cana  ta  viaiar  davantafa»  fi  oomma  la  d^haaiMir  et  It  paur 
qui  a'atafMraiii  la  plus  louvaiit  alo»  des  maaaes  amimant  iaéritablaniaiil  aprèa 
mu.  rinaqbardination,  la  désordua,  VinabsarvatkHi  daa  aivètéi  da  l'autorUd  adnfe 
piatimliva^  fl  l'anautt  qua  las  lumTaaux  cas  daviamient  abaque  jaup  idn»  «vavaa 
et  phia  iu»iiihpaut« 

Aillai  doiw,  la  sappwaaiaii  da  la  adqueatfatfan  poof  laa  villat^  on,  ai  Tan  aboa 
■liMU,  poor  las  gvaiidas  agglmaéimlioiis  d'iadlfldua,  o'antvahM  pas  ealla  daa 
qnamntalnaa  partiauliàref»  et  l'on  ne  aauiftit  trop  lea  nMoniNiaiidar  aux  paiw 
aonnea  fbméai  da  aaatar  dans  nna  vrilla  aontagida.  Il  demeura  bien  aptandu, 
tentefaia,  que  caa  savtaa  da  qoaiqutaiaat  ne  daivent  étpa  api^Uqudes  qu'aux  éta» 
Uiaeements  poUiea  et  aux  inaisena  aainea,  et  dont  les  haMtanta  jeuiiaent  d'une 
eertaine  aiianaes  aari  pour  lea  domleilea  insalubres  ou  eeeupda  par  des  pauires^ 
l'autorité  ferait  très«a^aniept  de  ne  paa  y  laisser  sèyeunier  les  lôaladea  et  de  lea 
mettre  dans  des  hôpitaux  ?aitas»  conveaiJilamaufc  ventilés»  atfl.«  etc. 

Bi|  48A9j  M.  le  deeteur  Buiq»  aa  fondant  sur  des  reaberabea  auxqueUea  il 
i'dtnit  livré  oooeamant  l'action  daa  métavx  en  général»  adressa  à  l'Anadéipie  des 
sciences  plusieurs  netea  ayant  pour  ol^et  de  démontrer  lea  bona  aflbts  du  cuivre  eq 
applieatipn  exiérieure  dana  laa  erampea  et  auttrea  phénomènes  nerveux  du  abo- 
Ura.  «r-  En  iêSl^ik»  par  suite  d'une  enquâte  des  plus  vaates  et  des  plua  minuv 
timiaea  sur  les  diversaa  induatriea  qui  s'exercent  aur  laa  métanx,  eo  médeeiii  se 
erut  mi  droit  d'attrmer  que  les  ouvriers  que  leur  prailmion  met  en  eonteol 
balûtunl  avec  des  poussières  de  cuivre  n'ont  jamais  le  obûUrat  el  il  en  tira  cette 
eoneéquenoa  que  le  meilleur  moyen  de  préserver  im  individu  de  f  ette  erueUe 
maladie»  était  da  }ui  couvrir  le  corps  da  lamcUes  de  cuivre  ou  de  laitoii  décau<i 
pdea  est  plaquettes  de  S  à  •  ddeimètres»  sans  bavures  ni  aapéritda  (1)<  ^  En  t  MU» 
M.  Bnrq  reprit  le  cours  de  ses  inveatigationai  aMJourd'bm  mime  il  les  eontinue 
encnro  i  mais  s'il  est  Juste  de  loi  tenir  compte  de  wn  aèla  et  de  ses  efforts»  on 
doit  anaai  k  la  vérité  de  reconnaître  que  le»  réaultats  qu'il  a  obtenue  ne  sont  pei 
aonfliinatift  de  son  opinion.  J'ai  lu  attentivement  les  divers  relevé»  atatiatiquea 
qu'il  a  publiée»  notamment  œia  qni  ont  paru  cette  année  dana  la  Oositto  lias 
kô^iêanmi  je  ne  crains  pa»  d'aMrmer  qu'on  n'y  tronve  nulle  péri  la  preuve  que 
le  ouiwf»*  appliqué  à  l'extérieur»  préserve  du  oboléra, 

U  eat  généralement  reconnu  maintenant  que  le»  émanation»  qui  »e  dégagent 
dee  foams  d'aisanees  contribuent  beaucoup  à  augmenter  la  nofnbra  et  }a  gmvilé 
des  cas.  Une  des  premières  choses  à  faire»  par  conséquent»  sera  de  vider  eéUea 
qm  aoBt  pleines»  et  de  pesaer  dana  toutea  indistinctement,  eheqne  deux  ou  teois 
jeuin,  une  quentité  plqs  on  moins  grande  d'un  liquide  ddainCBatant»  pour  en 
eomger  ot  détruire  la  mquvaiae  odeur. 

Personne  n'ignore  qu'on  a  allumé  de  gmnda  faux  à  Marseille»  l'ansiée  dernière» 
dans  le  but  de  pur^ter  l'eir.  Cette  pratique  n'eat  pas  nouvelle»  car  Hippoerate  la 
eonaeiUa  aux  Aibéniena»  à  roeeeaion  de  la  peste  qui  mvageait  leur  viUe$  maie  ai 
ellea  été  trop  vantée  par  les  uns»  elle  a  été  trop  dépréciée  per  les  autre».  Le  feu» 
quoiqu'on  en  di»e»  eat  un  excellent  agent  de  piwiflcalion  ;  le  tout  est  de  remployer 

(t)  le  l'ahscoM  d'ipr»r»il  spéslsl  ocd'—qidnstfUsf  pser  adm  yeseére  dselpméaindoccs 
de  enivre,  il  voulait  qu*oo  remplaçât  ces  dernières  par  des  otteosilet  de  ménage,  tels  que  Xam- 
beaux,  bougeoirs»  em9¥^j  II»* 


560     G0NGRË8  VlMGAL  IirrBlllAT10RAt.*«QCAnibllE  StAHCB  DC  SOtt« 

arec  méthode^  et  de  telle  sorte  qne  les  foyers  allumés  soient  saffisammeot  mol* 
tipliés  et  entretenus,  pour  amener  un  résultat.  ' 

n  lût  constaté,  lors  de  la  première  épidémie  (18S2),  qu'à  Paris,  ainsi  qu'à 
Montsouris  et  à  Passy,  dans  les  usines  de  M.  Benjamin  Delessert,  aucun  des 
employés  à  la  préparation  du  charbon  animal  n'eut  le  choléra.  Il  fut  constaté 
également  que,  dans  les  contrées  de  TAngleterre,  où  l'on  exploite  le  charbon, 
on  ne  compta  qu'un  très-petit  nombre  de  malades.  La  connaissance  de  ce  fait 
détermina  Biet  à  administrer  le  charbon,  d'abord  à  titre  de  prophylactique,  puis 
de  moyen  curatif  du  choléra.  Dans  le  premier  cas,  il  en  faisait  prendre  1  gramme 
ou  2  par  jour.  Biet  est  le  seul,  si  je  ne  me  trompe,  qui  ait  préconisé  et  mis 
en  usage  cette  méthode.  Cependant,  comme  c'était  un  homme  d'un  grand  sens, 
de  beaucoup  d'expérience,  et  sous  tous  les  rapports  digne  de  foi,  il  me  semble 
convenable  de  mentionner  les  vertus  préservatrices  qu'il  attribuait  au  charbcm. 

Quelques  faits  tendraient  à  démontrer  que  le  voisinage  des  tanneries  est  plutôt 
avantageux  que  nuisible  dans  le  choléra.  Ce  qu'il  y  a  de  certain,  c'est  que  les 
tanneurs  semblent  avoir  été  épargnés  à  peu  près  partout.  11  serait  difficile  de 
donner  une  raison  satisfaisante  de  cette  immunité;  mais  je  la  signale  parce 
qu'on  pourrait,  le  cas  échéant,  s'assurer  si  elle  existe  réellement,  et  s'il  ne  serait 
pas  possible  d'en  tirer  parti  pour  la  prophylactique  du  fléau  indien. 

Les  médecins  ne  sont  pas  d'accord  sur  le  régime  à  suivre  en  temps  d'épidémie; 
moi,  je  pense  que  les  personnes  habituellement  sobres,  et  qui  mènent  une  m 
régulière,  n'ont  rien  à  changer  au  leur.  En  thèse  générale,  la  diète  n'est  pu 
nécessaire;  seulement  il  convient  de  donner  la  préférence  aux  aliments  doux  et 
de  facile  digestion;  les  mets  très-épicéa,  le  porc,  les  viandes  noires,  etc.,  sont 
presque  toujours  nuisibles;  ce  qui  surtout  est  à  redouter,  c'est  l'usage  immodéré 
ou  simplement  habituel  du  vin  pur,  des  liqueurs  fortes  et  généralement  d» 
boissons  échauffantes.  Ces  boissons,  je  ne  crains  pas  de  l'avancer,  ont  pour  effet 
ordinaire  de  rendre  plus  apte  à  contracter  l'épidémie;  heureux  encore  quand 
elles  ne  lui  impriment  pas  un  caractère  de  gravité  plus  prononcé.  A  Marseille,  en 
1865,  les  habitants  avaient  pour  la  plupart  renoncé  aux  fruits,  aux  légumes,  aux 
boissons  fraîches  ;  ils  se  nourrissaient  exclusivement  de  viandes  substantielles,  ne 
buvaient  que  des  alcooliques,  des  infusions  excitantes,  du  thé,  de  la  verveine,  de 
la  sauge,  de  la  chartreuse  verte,  de  l'essence  de  menthe,  de  l'alcool  camphré  [!}. 
Qu' est-il  arrivé?  Us  ont  par  là  irrité,  surexcité  outre  mesure  les  voies  (ligestites; 
Us  se  sont  mis  dans  la  situation  la  plus  favorable  pour  recevoir  les  atteintes  da 
choléra;  je  dirai  plus,  pour  le  rendre  plus  intense.  Et  c'est  en  réalité  ce  quia 
eu  lieu* 

Si  le  régime  qu'avaient  adopté  les  Marseillais  mérite  d'être  blâmé,  il  doit  assoh 
rément  en  être  de  même  de  celui  qu'un  médecin  de...  prescrivait  à  ses  clients, 
qui  consistait,  dans  certaines  occurrences,  à  leur  faire  prendre,  de  quart  d'heure 
en  quart  heure,  un  petit  verre  de  rhum  ou  de  vieux  cognac. 

Les  ihiits  verts  ou  avariés  doivent  sévèrement  être  défendus;  il  sera  aussi  d'une 
sage  prévoyance  de  s'abstenir  ou  du  moins  de  n'user  qu'avec  beaucoup  de  râerre 
des  fhtits  qui,  comme  les  melons,  les  pastèques,  etc.,  disposent  à  la  dianiiée; 
quant  à  ceux  qu'on  appelle  vulgairement  sucrés,  leur  innocuité  est  parfaite,  quand 
ils  sont  arrivés  à  une  entière  maturité,  et  Ton  aurait  tort  de  s'en  priver. 

Ce  n'est  pas  ici  le  lieu  de  parler  de  la  conduite  à  tenir  dans  la  diarrhée  pré- 

(i)  Manria  (de  MarseiUe),  Gasette  dss  Mpitaux^  année  1865,  n*  116. 


BONNET.  —  PROPHYLAXIE  DU  GHOLËRÂ-liORBUS. .  56t 

monitoire  :  lorsqu'elle  existe^  le  fait  est  d^  assez  grave  pour  que  le  malade  ne 
se  soigne  pas  lui-même  et  fasse  appeler  un  médecin.  Mais  il  est  d'une  nécessité 
absolue  pour  tout  le  monde  de  surveiller  avec  attention  les  dérangements  intesti- 
naux qui  surviennent  pendant  le  cours  d'une  épidémie^  afin  qu'on  puisse  sur-le* 
champ,  en  quelque  sorte^  leur  appliquer  les  secours  de  l'art. 

L'expérience  et  l'observation  ont  démontré  depuis  longtemps  que  l'absorption 
est  infiniment  plus  active  avant  qu'après  le  repas  :  il  conviendra  donc  que  les 
personnes  qui  demeurent  dans  une  localité  contagiéê  aient  soin  de  ne  pas  sortir 
le  malin  sans  avoir  au  préalable  pris  quelque  chose.  A  plus  forte  raison,  les 
médecins  et  les  élèves  qui  font  le  service  des  hôpitaux  ne  doivent-ils  pas  être  à 
jeun  au  moment  de  la  visite  ;  il  sera  prudent  également  de  leur  part  d'avaler  le 
moins  possible  leur  salive^  c'est-à-dire  de  cracher  souvent  :  la  salive  est  un  moyen 
puissant  de  transmissibilité^  et  l'on  ne  saurait  trop  se  pénétrer  de  l'utilité  de  la 
précaution  que  je  recommande. 

Il  sera  bien  de  maintenir  la  peau  dans  un  état  parfait  de  propreté  par  des  bains 
généraux^  le  changement  fréquent  de  linge^  etc.  ;  on  devra  aussi  tâcher  d'en 
activer  les  fonctions  par  des  vêtements  chauds,  des  bas  de  laine,  et  l'application 
d'une  ceinture  de  flaneUe  sur  le  ventre. 

Quant  aux  boissons  froides  qu'on  remplace  assez  généralement  aujourd'hui  par 
des  boissons  chaudes,  je  pense  qu'on  n'a  aucune  raison  plausible  pour  cela.  Les 
boissons  froides  sont  utiles  et  indiquées  en  cas  d'épidémie;  mais  il  faut  s'en 
abstenir  lorsqu'on  a  trop  chaud  et  que  le  corps  est  baigùé  de  sueur.  Le  premier 
cas  de  choléra  sporadique  que  j'ai  eu  occasion  d'observer  dans  ma  carrière  médi- 
cale civile  (1817)  est  relatif  à  un  homme  qui,  après  avoir  passé  toute  une  journée 
du  mois  d'août  à  bêcher  un  champ,  but  à  son  retour,  et  pendant  qu'il  était  en- 
core tout  en  nage,  deux  bouteilles  d'eau  très-froide  :  la  mort  eut  lieu  en  trente 
ou  trente-six  heures. 

Une  chose  enfin  qu'O  importe  de  consigner  ici,  c'est  qu'un  exercice  modéré, 
le  calme  de  l'esprit,  des  distractions  agréables,  seront  particulièrement  avanta- 
geux aux  personnes  qui  mènent  une  vie  sédentaire,  se  livrent  habituellement  aux 
travaux  de  l'intelligence,  et  vivent,  comme  on  dit,  plus  par  le  cerveau  que  par 
le  corps.  Il  serait  à  désirer,  sous  ce  rapport,  que  chacun  pût,  dans  sa  plus  ou 
moins  petite  sphère,  imiter  un  grand  diplomate  qui,  en  1832,  mit  de  côté  les 
livres,  les  affaires,  la  politique,  pour  s'entourer  de  gens  aimables,  et  oublier  dans 
leur  société  le  danger  dont  il  se  croyait  menacé. 


M.  Marcovlts  (de  Buch^rest).  —  Je  n'aurais  pas  osé  prendre  la  parole  sur  une 
question  aussi  importante,  si  je  n'avais  été  chargé  par  le  gouvernement  de  mon 
pays  d'étudier  le  choléra  dans  la  Moldavie  et  la  Yalachie.  Je  n'insisterai  pas 
sur  la  question  de  contagion  :  ce  point  est  très-bien  traité  dans  un  article  de 
M.  Gamier.  Toutefois  je  ferai  observer  qu'il  y  a  trente-cinq  ans,  l'illustre  Graves 
avait  déjà  remarqué  que  le  choléra  suivait  toujours  les  grandes  voies  de  com- 
munication, soit  par  terre,  soit  par  mer. 

En  Moldo-Yalachie,  il  a  toujours  suivi  la  même  route,  toujours  il  a  pénétré  du 
sud  au  nord. 

M.  Sbnmpton  a  proposé  de  foire  des  expériences  sur  lui-même> — mais  cela  ne 

prouve  pas  la  non-contagion.  —  Toutes  les  maladies  ne  sont  pas  transmissibles 

de  la  même  façon.  —  La  syphilis  se  donne  par  inoculation,  il  n'en  est  pas  de 

36 


SOS     CONGRÈS  llÊDlCAL  INTËtlNJkTtON AL. —QUATRIÈME  S^ARCE  DU  SOIR. 

même  da  choléra  et  du  typhus^  Gomme  le  typhus,  le  choléra  est  une  maladie 
lilf^ctieuse< 

Je  terminerai  par  quelques  mots  stir  le  traitement.  —  Voici  ce  que  j'ai  M  t 
Bueharest.  J'ai  séquestré.  J'ai  empêché  lés  inhumations  autour  des  églises  pa- 
roissiales, comme  cela  se  fait  encore  dans  mon  pays  ;  j'ai  fait  placer  sous  des  han- 
gars éloignés  de  la  Tille  la  population  pauvre.  Je  suis  arrivé  à  récueillir  ainsi  plus 
de  ^000  juirs  qui,  chez  nous,  forment  la  pailie  la  plus  misérable  du  peuplé.  —J'ai 
pu  ainsi  diminuer  très- vite  la  mortalité.  —Je  fterài  encore  iihé  obsertatiôti,  c'est 
qtt'à  Bucharest,  le  choléra  n'a  frappé  que  la  classe  pauvre^  il  A  été  tout  à  tait  une 
maladie  de  inisère. 

M.  Croeq  (de  Bruxelles).  —  Je  n'ai  pas  l'intention  de  faire  la  théorie  du  cho- 
léra ;  je  dirai»  toutefois,  que  la  théorie  de  l'asphyxie,  proposée  par  M.  ShrimptoD, 
lie  m'a  nullement  séduit  :  ce  n'est  pas  le  phénomène  primordial;  je  ne  veui 
parler  que  sur  la  contagion,  qui  pour  moi  n'est  pas  douteuse. 

Peut-être,  messieurs,  quelques  personnes  trouvent-elles  qu'il  est  plus  huma- 
nitaire de  nier  la  contagion;  en  acceptant  la  contagion,  on  peut  craindre  que  les 
malades  soient  abandonnés. 

Je  ne  le  pense  pas.  La  doctrine  de  la  non -contagion  est  sans  doute  plus  con- 
solante, mais  il  vaut  mieux  dire  la  vérité;  et  l'on  combat  avec  plus  d'avantage 
l'ennemi  que  l'on  connaît. 

Moi  aussi,  messieurs^  je  me  laisserais^  inoculer  du  sang,  et  je  ne  courrais 
aucun  danger.  Toutes  les  maladies,  en  effet,  ne  sont  pas  contagieuses  de  la 
même  manière.  Ainsi,  vous  pouvez  inoculer  le  pus  de  la  gonmrhëe  et  de 
rophthalmie  purulente  sans  rien  produire,  quoique  ces  maladies  soient  virulentes. 
Mais  portez  ce  pus  sur  une  membrane  muqueuse,  et  alors  vous  verrez.  Eh  bien! 
il  y  a  un  piincipe  contagieux  particulier  pour  le  choléra;  ce  principe  se  trouve 
dans  les  déjections^  et  j'accepte  en  partie  les  résultats  des  remarquables  travaux 
de  l'école  dé  Munich,  de  Pettenkofer. 

Je  citerai  quelques  faits  : 

Il  n'y  avait  pas  encore  de  cholériques  à  mon  hôpital.  Un  homme  fort,  vigou' 
reuxj  atteint  d'eczéma,  passe  la  nuit  près  d'un  cholérique.  Le  cholérique 
guérit  ;  et  celui  qui  avait  passé  la  nuit  près  de  lui  est  pris  au  bout  de  vingt- 
quaiire  heures,  et  quarante-huit  heures  après  il  était  mort. 

bans  un  village  aux  environs  de  Bruxelles,  un  médecin  myope,  ayant  oublié 
son  binocle,'  prit  le  choléra  en  inspectant  de  près  les  matières  des  déjections. 

On  a  pu  suivre  le  transport  du  choléra  dé  hameau  en  hameau. 

Les  expériences  sur  les  animaux  prouvent  aussi  la  doctrine  de  la  contagion  : 
m«ds  tous  les  animaux  ne  sont  pas  égalenieht  susceptibles.  Chei  lé  chiéh,  l'ei- 
périence  réussit  très-bien  :  en  lui  laissant  avaler  des  déjections  cholériques,  îe 
chien  succombe  très-vite  (en  vingt-deux  heures),  en  offrant  tous  les  symptômes 
du  choléra. 

Quant  à  la  prophylaxie,  je  nie  range  encore  à  l'opinion  de  l'école  de  Munich  : 
c'est  par  la  désinfection  que  l'on  peut  prévenir  le  choléra.  Pour  les  quaran- 
taines, je  les  repousse  comme  contrah*es  à  la  liberté  individuelle. 

M.  BevlUotii  dit  que  le  mot  contagieux  est  mal  choisi,  en  ce  qu'il  rapp^e  1^ 
mot  contact*  Pour  qu'une  maladie  sott  contagieuse  par  le  ooRlnct,  U  fout  que  les 
sécrétions  cutanées  soient  imprégnées  d'un  germe  morbide,  ce  qui  n'a  pas  lieu 
dans  le  eholét«« 


BBVILLODT*  —   COITTAGION  DO  C&OlËRà»  563 

M.  Hevitlout  s'est  enTeloppë  pendant  plu^eurs  nuits  de  couvertures  impté- 
§:nées  de  sueur  de  cholériques,  et  il  n'a  pas  eu  le  choléra. 

Mais  une  maladie  peut  être  trànsmissible  auti-ement  que  par  le  contact» 

On  a  dit  que  ie  chc^ëra  ne  pouvait  pas  être  contagieux^  ti'a^nt  pas  dé  période 
d'incubation. 

Mais  au  contraire,  lorsque  des  navires  foi^t  escale  dans  Xm  pays  oil  règne  le 
choléra  et  y  prennent  des  passagers,  il  arrive  souvent  que  le  troisième,  qua- 
trième ou  cinquième  jour,  quelqu'un  de  ces  passagers  est  pris  du  choléra^  dont 
il  portait  le  germe  en  lui  depuis  rembarquements 

Sur  le  navire  qui  conduisit  M.  Hevillout  en  Egypte,  un  Maltais  est  mort  ainsi 
trois  jours  après  avoir  été  pris  à  Malte  où  le  choléra  régnait  ;  et,  dès  le  len- 
demain, il  se  trouvait  sept  cholériques  à  bord. 

M.  Revillout  croit  donc  que  le  choléi*a  peut  se  transmettre  d'homme  à  homme, 
être  transporté  par  les  caravanes  et  par  ks  navires  ;  tous  les  ftdts  qu'il  a  ohseN 
vés  pendant  sa  mission  en  Egypte  confirment  cette  idée. 

M.  Revillout  demande  que  cette  question  soit  conservée  à  l'ordre  du  Jour  du 
Congrès,  Jusqu'à  ce  que  le^  membres  étrangers  aient  pu  contribuer  à  la  rë*- 
soudre  par  leurs  observations  personnelles. 

H.  BhHaii^téM.  —  On  voit  que  le  choléra  se  déclare  che£  des  iniiyhridufi  Éé^ 
questrés  ;  il  n'est  donc  pas  contagieux. 

On  a  dit  qu'il  allait  d'étape  en  étape,  mais  souvent  il  enjambe. 

M.  Casalas  a  fut  remarquer,  contre  la  doctrine  de  la  contagion,  que  le  choient 
se  montrait  en  même  temps  dans  beaucoup  de  points  éloignés  les  uns  des 
autres. 

J'ai  interrogé  beaucoup  de  médecins  de  l'Inde,  et  aucun  d'eux  ne  croit  à  la 
contagion.  ^  Enfin>  à  Calcutta,  depuis  plus  de  vingt  ans,  les  employés  de  l'hô- 
pital n'ont  jamais  pris  le  choléra. 

M.  SenH  F^vre.  -^  Discuter  entre  la  contagion  et  l'infection,  à  propos  du 
choléra,  demanderait  toute  une  longue  discussion.  Non  partisan  de  la  contagion 
en  principe,  je  viens  présenter  au  Congrès  ce  qui  se  rapporie  à  un  point  des  plus 
importants  de  cette  épidémie,  à  savoir  :  sa  marche  pai*  foyers  et  sa  naissance  au 
milieu  des  agglomérations  d'hommes.  En  Egypte,  où  j'ai  pu  étudier  l'épidémie 
de  1865,  cette  vérité  m'est  devenue  évidente.  Le  choléra  commence  toujours 
dans  une  masse.  La  caravane  qui  l'apporie  de  la  Mecque  marche  m  troupe^  et 
elle  séjourne  près  du  pori,  au  milieu  d'une  population  pauvre  et  partant  concen- 
trée. Effrayée  par  le  mal,  la  population  riche  se  réfugie  en  ses  maisons  de  plai- 
sance à  Ramlé,  et  aussitôt  un  foyer  s'y  déclare.  Du  Caire,  des  voyageurs  nombreux 
s'enfuient  à  Alexandrie,  et  le  choléra  augmente  dans  cette  ville  au  fur  et  à  me- 
sure de  l'agglomération. 

Au  Caire,  ie  choléra  sévit  dans  les  couvents  catholiques  qui  servent  en  même 
temps  d'école;  la  mort  fait  le  vide.  On  dissémine  une  partie  du  personnel,  et 
les  personnes  qui  restent  aux  lieux  d'infection  demeurent  indemnes,  bien  que 
quelques-unes  viennent  faire  le  service  en  nos  ambulances  de  cholériques. 

Dans  l'isthme  de  Suez,  mêmes  effets*  Ici  les  centres  sont  distincts,  et  l'ob- 
servation y  était  facile.  Dès  le  début,  des  milliers  de  Grecs  s'enfuient,  et  c'est 
autant  de  prise  de  moins  qu'aura  le  mal.  De  Suez  on  ne  vient  guère,  de  Port- 
Saïd  ou  ne  vient  pas.  A  Zagazig,  grande  ville  de  commerce  près  du  ^û,  le  mal 


56&     CONGRÈS  MEDICAL  IMTERNATiONAL.  —  QUATRIÈME  SÉANCE   DU  SOIB. 

sévit  avec  force.  Eh  bien!  à  Ismaïlia^  capitale  de  Fisthme^  sur  15Q0  habitants 
300  meurent  en  trois,  jours.  Tout  Tétat-major  de  Tisthme^  M.  |de  Lesseps  en 
tête^  était  là.  Eh  bien  !  après  huit  jours  le  mal  cesse^  et  c'est  la  masse  des  tra- 
vailleurs qui  est  frappée;  pas  un  chef  n'est  atteint.  Supposons  que  le  mouvemeDt 
de  population  existe^  et  l'épidémie  continuant  par  reconstitution  de  foyer^  l'état- 
major  lui-même  eût  fini  par  être  atteint.  Car  ainsi  va  le  mal,  de  la  base  au 
sommet,  du  peuple  à  l'aristocratie.  La  même  chose  a  eu  lieu  en  Crimée  pour  lo 
typhus.  Pas  un  général,  pas  un  colonel  n'en  est  mort  ;  30  000  soldats  ont  suc- 
combé, et  dans  les  ambulances  90  médecins  sur  300  ont  péri,  quand  dans  les 
régiments  aucun  n'était  atteint. 

Pour  le  choléra,  la  loi  du  foyer  m'est  appainie  jusque  dans  le  lazaret  d'ÂDcôue. 
Il  m'a  été  démonti*é,  par  statistiques  fournies  par  le  médecin,  qui  était  coûta- 
gionniste,  que  c'est  du  lazai*et  qu'était  partie  l'infection,  d'où  elle  s'est  propa^'éo 
dans  la  ville^  barrée  à  son  arrivée  par  les  hautes  coUines  qui  empêchent  la  veuli- 
lation  de  s'opérer  d'orient  en  occident. 

La  conséquence,  c'est  qu'en  présence  du  choléra,  le  système  d'hôpitaux  fiies, 
et  dans  lesquels  la  masse  se  renouvelle  sans  cesse,  est  contraire  et  funeste,  il  faut 
des  ambulances  mobiles,  des  hôpitaux  volants,  et  loin  des  centres  pour  la  seconde 
période  et  la  convalescence.  11  faut  des  médecins  extra,  prenant  en  main  la  dic- 
tature pour  combattre  le  mal  ;  il  faut  renvoyer  les  pauvres  en  les  installant  au  loni, 
ou  renvoyer  les  riches  en  exigeant  d'eux  qu'ils  laissent  la  somme  nécessaire  p<>iu 
pratiquer  la  meilleure  hygiène  des  pauvres.  Une  fois  cela  admis,  qu'on  preniu' 
les  mesures  sanitaires  prescrites  relativement  aux  déjections  à  détruire,  en  le> 
enfouissant  dans  la  chaux,  en  enterrant  les  cadavres  en  des  lieux  particu- 
liers, etc.,  rien  de  mieux.  Mais  qu'on  n'oublie  pas  que  la  mori  marche  ys^ 
masse,  et  que  les  foyers  s'éclaiixissent  par  la  mort,  ce  qui  fait  cesser  le  mal  v* 
sUiif  et  sans  contagion  ultérieure  ;  ce  qui  montre  qu'il  convient  de  vider  les 
foyers  au  plus  vite,  et  d'éteindre  la  mort  par  des  soins  rapides  et  entendu^ 
donnés  à  ceux  qui  sont  frappés. 


]II.p4WMUiftkl  dit  quelques  mots  contre  les  prétendus  elTets  de  la  désinfecti(»n, 
et  appuie  ses  affirmations  de  quelques  faits  observés  sur  des  individus  evposts 
sans  cesse  aux  émanations  des  immondices. 

La  séance  est  lovée  à  six  heures  quarante  minutes. 


SÉANCES  SUPPLÉMENTAIRES  DU  SOIR 


CINQUIÈME   ET   DERNIÈRE   SÉANCE 

•  •  •     ' 

Mardi  27  août,  à  8  heures. 


Lectures  : 

MM.  Gahrigou-Desarênes;  (Pai'Ls).  —  De  l'otu^copie.  Application  de  l'otoscope  à 

r étude  des  lésions  du  tympan. 
MouRA  (Paris).  —  L'acte  de  la  déglutition  devant  la  physiologie. 
Uavreux  (Liège).  —  Note  sur  un  moyen  préservatir  de  la  coqueluche. 
Dbsprez  (Saint-Quentin).  —  Traitement  rationnel  de  la  période  aiguë  du 

choléra  asiatique. 
Fhemaux  (Paris).  —  Du  choléra-morbus  asiatique. 
PozNANSKi  (Saint-Pétei'sbourg).  —  Traitement  du  choléra. 
Mattei  (Paiis).  —  De  la  souffrance  de  l'utérus  pendant  la  grossesse  chez  la 

femme. 
Kristeller  (Berlin).   —  Expressio   fœtus.   Nouveau  procédé  opératoire  au 

moyen  des  manœuvres  externes. 

DisrrssioN  :  MM.  Mattei.   —  Lazarévitch  (Kharkoiï).  —  Kristeller.  —  Avrard 

(la  Rochelle).  —  Zaleski  (Kazan). 

Slitk  des  lectures  : 

MM.  Baccelli  (Rome).  —  Sur  le  véritable  enipyème. 

Mazzoni  (Rome).  —  Des  calculs  de  la  partie  profonde  de  Turèthre. 
Wredex  (Saint-Pétersbourg).  —  Sur  une  nouvelle  opération  contre  la  surdité 
et  les  bourdonnements»  la  sphyrotomie  (résection  du  manche  du  mar- 
teau). 
Lazaréwitcii  (Kharkod).  —  Instruments  pour  les  opérations  obstétricales. 

l>rocès-verbal  de  la  séance  par  M.  le  docteur  Ball,  secrétaire  du  Congrès. 


566     GONGBÈS  MÉDICAL  INTERNATIONAL.  —  CINQUIÈME  SÉANCE   DU  SOUL 


CINQUIEME  SEANCE  DU  SOIR. 

Président M.  Bouillaud. 

Vice-prési(knis  •  «  »  .  •    MM.  PalascUno  et  Teissiar. 

Secrétaire  de  la  séance ,  •     M.  Bail. 


BE  l/OTOSCOPIE. 

APPIilCATIOMS  DE  li'OTOSCOPfi  PABABOIilQVR 

A  li'ÉTCBE  DBS  liÉSIOUS  BV  TYMPAM 

PAR  H.   I,E   POCTEUR  A.  GARRIGOU-DESARÈNES. 


Lorsque  nous  jetons  un  regard  sur  les  travaux  accomplis  dans  ces  dernières 
années  pour  faciliter  le  diagnostic  des  maladies  des  yeux  et  du  larynx^  nous 
voyons  quelle  large  part  est  faite  aux  moyens  d'examen  direct. 

Eh  biçn,  dans  les  maladies  de  l'oreille^  la  nécessité  de  bien  voir  le  tympan  a 
peut-être  encore  plus  d'importance.  En  effet,  le  diagnostic  d'une  maladie  de 
l'oreille  ne  peut  être  bien  assis  et  sérieux  qu'après  un  examen  minutieux  du 
kmi  du  conduit  nuditif,  et  si  un  bon  éclairage  est  alors  indispensable,  quels  ser-' 
vices  ne  rend-il  pas  encore  dans  le  traitement  du  plus  grand  nombre  des  mala- 
dies curables  de  l'appareil  de  l'ouïe. 

De  tous  les  moyens  employés  pour  éclairer  Toreille,  c'est  à  la  lumière  artifi* 
cielle  que  je  donne  la  préférence. 

De  plus,  désirant  me  servir  des  lampes  les  plus  simples  et  que  l'on  trouve  par- 
tOut|  c'est  dans  la  puissance  du  réflecteur  que  j'ai  voulu  trouver  le  moyen  de 
bien  éclairer  le  tympan.  Dirigé  par  cette  idée,  j'ai  eu  recours  à  un  réflecteur  de 
forme  parabolique,  car  nous  savons  tous  qu'un  point  lumineux  placé  au  foyer 
d'un  tabç  bien  po}i  de  forme  parabolique  envoie  tous  ses  rayons  parallèlement. 

Maintenant,  afln  de  réunir  le  faisceau  lumineux  sur  le  tympan,  j'ai  placé  à 
rouvftrture  de  la  parabole  un  verre  plan-convejike  ayant  un  foyer  de  18  centi- 
mètres. 

Ce  verre  est  doublé  d'un  autre  verre  teinté  en  bleu  ;  cette  couleur,  formant  le 
complément  de  la  teinte  jaunâtre  de  la  lumière  de  la  lampe,  donne  une  clarté 
très-blanche. 

Tels  sont  les  principes  d'après  lesquels  j'ai  fait  constmire  l'instrument  dont  je 
me  sers,  et  qui,  grâce  à  sa  légèreté  et  à  sa  construction,  qui  lui  permet  de  se 
monter  sur  toutes  les  lampes,  peut  être  employé  à  tous  les  instants  chez  le  ma- 
lade aussi  bien  que  chez  soi. 

Avec  cet  otoscope,  je  me  sers,  pour  redresser  le  conduit  auditif  et  abaisser  les 


poils  qui  empêchent  k  lumière  ^e  pénétrert  d'un  petit  «peculutn  ori$  bivalyet 
très-léger,  qui  se  mancpuyre  d'une  seule  main  e(  reste  ouvert  au  point  d'éparte-f 
ment  voulu^àTaide  d'une  petite  crém^llère  mpe  ayec  le  bout  du  doigt.  Le  petit 
écran  qui  se  monte  à  volonté  sur  ce  spéculum  e^t  destiné  à  protéger  1/9  pavillon 
de  l'oreille  de  la  chaleur  asse^  v^ve  donnée  en  même  temps  qu'une  forte 
lumière. 

T^l  est  l'instrument  qui  complète  mon  otoscope  parabolique  pour  Totoscopie, 
ou  examen  du  conduit  auditif  externe  ^t  du  tympaq.  L'otoscopie  de  U  caisse  n 
lieu  à  Taide  du  catbétérisme  de  la  trompe  d'Eustache. 

Ici  Qfi  se  propose  souvent  deu^  buts  : 

i*  Dilater  la  trompe  rétrécie,  ou  bien  2^  pousser  de  Tair  dans  la  caisse. 

Si  l'on  a  affaire  à  un  malade  dont  la  trompe  est  dans  l'état  normal,  et  que 
l'on  veuille  simplement  pousser  de  l'aii?  soit  pour  juger  de  l'état  du  if  mpan  et 
voir  si  ses  mouvements  sont  libres,  s'il  n'y  a  pas  (l'adhérence,  etc.,  la  méthode 
de  Polit^er  est  très-simple  et  je  la  recommande.  Mais  si  je  veux  dilatev  la 
trompe  à  l'aide  d'une  bougie  et  pratiquer  le  catbétérisme,  je  procède  d'apr^ 
une  méthode  qui  m'est  propre  et  à  l'aide  de  sondes  ayant  une  courbure  moulée 
sur  la  forme  et  la  direction  du  cinquième  inteiiie  de  la  trompe,  et  alors  évitant 
le  reproche  ^dressé  par  Malgaigne  ^ux  sondqs  d'Itard,  je  puis  faire  pénétrer  de9 
petites  bougies  de  baleine  jusque  dans  les  caisses. 

Voici  ma  méthode  de  catbétérisme,  savoir  deux  points  de  repère  : 

1^  Le  plancher  de  la  fosse  nasale  où  Ton  opère; 

2^  La  cloison  des  fosses  nasales  jusqu'à  sa  partie  postérieure. 

Ainsi  la  sonde  étant  engagée  sous  le  cofnet  inférieur,  le  bec  directement  en 
bas,  je  suis  le  plancher  en  touchant  de  temps  en  temps  la  cloison.  Dès  que  le  bec 
arrive  à  la  partie  postérieure  de  la  cloison,  je  fais  faire  à  la  sonde  un  demi-tour 
en  dehors,  et  je  toipbe  alors  inévitablement  dans  l'oriôcc  de  la  trompe.  Dans  ce 
dernier  temps  il  faut  avoir  soip,  tout  eu  tournant,  de  sentir  avec  le  bout  de  la 
sonde  le  plancher  de  la  fosse  nasale. 

On  peut  voir  assez  facilement  le  tympan  ^ans  des  oreilles  saines,  quand  le 
conduii  auditif  est  large  et  présente  une  faible  courbure  ;  c'est  ainsi  que  s'expli- 
que l'exploration  à  l'aide  de  la  cuiller  reprise  par  Triquet.  Mais  nous  savons  tous 
que  de  difQcuItés  on  rencontre  quand  la  peau  du  conduit  auditif  est  gonflée  et 
enflammée  à  la  suite  des  maladies  du  tympan,  de  la  caisse  et  du  conduit  auditif. 

Dans  le  tympan  sain,  présentant  sa  coloration  d'un  gris  clair,  on  voit  le  plus 
facilement  du  monde  avec  mon  otoscope  le  triangle  lumineux  signalé  par  Wilde, 
le  manche  du  marieau^  la  concavité  de  la  membrane,  que  fait  encore  ressortir  la 
saillie  produite  par  la  petite  apophyse  du  marteau. 

Cette  concavité  et  cette  saillie  semblent  et  sont  en  effet  très-exagérées  l'une 
et  l'autre  à  la  suite  d'aflections  chroniques  de  la  caisse,  par  exemple  dans  le 
cataiThe  rhumatismal  cl^ronique  ;  dans  cette  lésion,  la  membrane  a  perdu  son 
brillant,  elle  est  blanchâtre,  le  triangle  de  Wilde  ne  se  voit  presque  plus,  et  l'au- 
dition est  très-faible. 

Le  tympan,  comme  je  viens  de  le  dire,  apparaît  h  l'otoscope  comme  translucide 
et  avec  un  certain  éclat  à  la  surface.  Cet  éclat  disparait  même  à  la  suite  des 
injections  d'eau  ou  d'huile.  En  ce  moment,  je  rencontre  journellement  un 
accident  des  plus  simples  et  qui  effraye  les  malades. 

Nous  sommes  dans  la  saison  des  bains  froids  :  je  vois  des  personnes,  qui  la 


566     CONGRÈS  MÉDICAL  INTERNATIONAL.  —  CINQUIÈMB  SÉANCE  DU  SOIR.   ' 

veille  ou  l'avant-veille,  sont  devenues  subitement  soui'des  d'une  ou  des  deux 
oreilles  à  la  suite  de  Timmersion  de  la  tête.  A  l'examen,  je  rencontre  une  masse 
cënimineuse,  qui  se  trouvait  là  depuis  longtemps,  et  qui,  ne  bouchant  pas  com- 
plètement le  conduit  auditif,  laissait  Foule  intacte. 

Sous  l'influence  de  l'eau,  cette  masse  s'est  gonflée  et  le  conduit  se  trouve  com- 
plètement bouché. 

Après  avoir  enlevé  ce  corps  étranger,  il  s'écoule  souvent  quelques  gouttes 
d'eau,  retenues  entre  le  tympan  et  le  bouchon. 

La  membrane  présente  alors  cet  aspect  terne  et  dépoli  dont  je  parlais.  Malgré 
cela,  l'audition  se  rétablit^  et  en  examinant  le  tympan  cinq  ou  six  jours  après,  tout 
est  rentré  dans  l'ordre. 

Je  vais  parler  d'un  accident  malheureusement  trop  commun  à  la  suite  des 
otites  et  des  myringites  :  ce  sont  les  perforations  tympaniques.  Il  est  très-impor- 
tant de  bien  voir  le  siège  de  ces  perforations. 

La  membrane  tympanique  détruite  dans  ses  deux  tiers  inférieurs  laisse  assez 
souvent,  une  fois  l'écoulement  tari,  une  bonne  audition  (50  à  60  centimètres  à 
ma  montre). 

Aussi  je  ne  crains  pas,  quand  un  écoulement  venant  de  la  caisse  traîne  en  lon- 
gueur, d'élargir  la  perforation  vers  la  partie  inférieure  de  la  membrane  pour 
faire  pénétrer  les  médicaments  sur  la  muqueuse  de  la  caisse.  Une  perforation 
souvent  très-petite,  siégeant  vers  la  partie  supérieure  de  la  membrane^  entraine 
la  plupart  du  temps  une  surdité  très-forte  et  incurable,  quand  on  n'a  pas  fait 
cesser  promptement  l'écoulement. 

On  confond  quelquefois  une  petite  tache  sanguine  sur  le  tympan  avec  ane 
perforation;  mon  otoscope  m'a  permis  souvent  de  constater  cette  erreur. 

Les  polypes,  soit  qu'ils  prennent  naissance  sur  le  tympan  ou  dans  la  caisse, 
d'oîi  leur  développement  les  amène  à  déchirer  la  membrane  si  celle-ci  existe 
encore,  ce  qui  est  très-rare,  et  à  se  monti*er  dans  le  conduit  auditif,  demandent 
à  être  éclairés  parfaitement  pour  bien  les  opérer  et  achever  de  les  détruire  com- 
plètement en  ménageant  le  plus  possible  la  membrane  tympanique. 

Je  les  opère  à  l'aide  d'un  petit  écraseur  linéaire  avec  lequel  j'exerce  le 
moins  de  tractions  possibles,  puis  je  cautérise  le  pédicule  avec  du  nitrate  d'ar- 
gent que  je  porte,  en  m' éclairant  bien,  directement  sur  la  partie  à  détruire. 
Combien  par  cette  méthode  ai-je  fkit  cesser  d'écoulements,  qui  dataient  de  plu- 
sieurs années,  et  qui  avaient  résisté  à  toutes  les  formes  d'injections. 

Je  ne  ferai  que  citer  pour  mémoire  les  corps  étrangers  introduits  dans  le  con- 
duit auditif  extenie,  et  quelquefois,  après  un  séjour  assez  prolongé,  tombés  dans 
la  caisse  ;  les  fongosités  du  tympan  ;  les  divers  aspects  de  cette  membrane  pen- 
dant l'insufflation  de  la  caisse  dans  le  catarrhe  chronique  de  cette  partie,  suin  de 
présence  de  muco-pus  avec  ou  sans  adhérences. 

Dans  toutes  ces  circonstances,  un  bon  otoscope  est  le  premier  moyen  de  dia- 
gnostic et  de  guèiison  place  enti*c  les  mains  du  médecin. 


MOUIIA.   —  L'AGTB  de  la  DÊGLUTlTiOIf  MVANT  LA  PHYSIOLOGIE.      56ft 


li'ACTE 
liA  DÉGIiVTlTION  DEVANT  liA  PHYSIOIiOGIE 

fAE  M.  LB  DOCT£Ua  MOUBA. 


La  découTerte  de  toute  yérité  dans  les  sciences  est  une  conquête  de  l'esprit 
sur  la  matière.  Elle  est  toigours  un  progrès,  une  révolution  quelquefois.  Exem* 
pie  :  vapeur j  électricité. 

Celle  que  j'ai  l'honneur  de  soumettre  au  Congrès  appartient  à  la  série  médico- 
physiologique  ;  elle  concerne  l'acte  de  la  déglutition. 

Au  premier  abord,  il  paraît  fort  étrange  qu'un  acte  accompli  par  l'homme,  en 
mangeant,  en  buvant,  en  avalant  surtout  sa  salive,  c'est-à-dire  d'une  manière 
incessante,  ait,  jusqu'en  ces  derniers  temps,  délié  les  investigations  de  toute 
sorte,  les  expériences  les  plus  variées. 

Pourtant  il  ne  s'agissait  pas  de  mettre  son  intelligence  et  sa  raison  à  la  torture. 
la  métaphysique  et  la  philosophie  n'avaient  rien  à  y  voir. 

Pourquoi  donc  l'esprit  est-il  ici  resté  au-dessous  de  sa  tâche  ?  Pourquoi  les 
physiologistes  ont-ils  établi  une  théorie  erronée,  un  mécanisme  fictif  et  non  réel 
de  cet  acte? 

C'est  que  pour  aniver  à  la  découverte  d'une  vérité  dans  les  sciences  positives, 
il  y  a  deux  voies  :  l'une  directe,  c'est  la  voie  des  faits,  de  l'observation;  l'autre 
indirecte,  c'est  la  voie  de  l'hypothèse,  de  l'imagination.  Autant  celle-ci  est  incer- 
taine et  sujette  à  l'erreur,  autant  celle-là  est  sûre  et  vraie. 

L'étude  de  l'acte  de  la  déglutition  a  été  faite  par  la  méthode  indirecte  jusqu'à 
présent. 

L'impossibilité  de  soumettre  les  organes  du  fond  de  la  gorge  à  l'observation 
immédiate  de  nos  sens,  la  part  inégale  que  chacun  d'eyx  prend  à  l'acte  de  la 
déglutition,  la  rapidité  avec  laquelle  cette  fonction  s'accomplit,  les  difficultés  de 
r expérimentation  sur  le  vivant,  tout  s'opposait  à  laisser  pénétrer  la  lumière  dans 
ce  coin  obscur  et  mystérieux  du  corps  humain. 

Quand  on  veut,  eu  effet,  se  rendre  compte  de  quelle  manière  les  traités  de 
physiologie  expliquent  le  mécanisme  de  l'acte  de  la  déglutition,  on  y  trouve  ce 
qui  suit  : 

1"  Au  moment  où  la  déglutition  va  s'accomplir,  les  aliments  sont  réunis  sous 
forme  de  bol  sur  la  base  de  la  langue,  immédiatement  en  avatit  de  l'isthme  du  gosier. 

2®  Pour  passer  de  la  bouche  dans  l'arrière-gorge,  ils  traversent  l'isthme  et  sont 
romprimés  réciproquement  par  la  base  de  la  langue  et  le  voile  du  paiais, 

3**  Pour  arriver  ensuite  dans  la  partie  inférieure  du  pharynx,  ils  sont  poussés 
en  bas  par  les  piliei*s  du  voile  du  palais, 

&•  Pendant  ce  passage,  l'épiglotte  est  abaissée  et  ferme  le  larynx  à  la  manière 
d'tm  opercule. 


S7Cr     G6li6BÈ9  yfiaiGAL  |{|TBftN47iaBiàL.'^CIIiQUikllS  SÉANCE  DU  SpII. 

5<*  Les  boissons  descendent  dans  le  pharynx  en  passant  sur  les  côtés  de  Vèfà- 
glotte. 

ô*"  Enfin  l'acte  de  la  déglutition  s'accomplit  en  trois  temps. 

Telles  sont  les  erreurs  que  la  physiologie  enseigne  partout;  elle  ne  doit  pas 
les  laisser  plus  longtemps  subsister  et  encore  moins  propager. 

Dès  1861^  l'ob^eryation  directe  ou  laryngoscopiquc  m'avait  démontré  sur  moi- 
même  ce  qui  suit  : 

1°  Au  moment  où  la  déglutition  va  s'accomplir^  les  aliments  n'affectent  guV^- 
ceptiormellement  la  forme  de  bol.  Ils  sont  étalés  sur  une  surface  qm  s'étend  de  la  base 
de  la  langue  au  bord  libre  de  l'épiglottef  c'est-à-dire  bien  au  delà  de  l'isthme. 

2**  Leur  passage  de  la  bouche  dans  l'arrière-gorge  à  travers  cet  isthme  est  le 
phénomène  ultime  de  la  mastication,  et  n'appartient  pas  à  l'acte  de  la  déglutition. 

Leur  compressioîi  par  le  voUe  du  palais  sur  la  base  de  la  langue  est  purement 
iliK^oigi^ire, 

5**  Poi^r  fH'river  fje  l'^rrière-bpuche  dans  la  partie  inférieure  du  pharynx,  Qs 
sont  poussés  par  la  base  de  la  langue  et  non  par  les  piliers  du  voUe. 

^^  Penfja^it  ce  pa^^gc^  fe  tiers  inférieur  seulement  de  l'épiglotte  est  abaissé  et 
ferme  le  larynx  ;  ses  deux  tiers  supérieur^  restent  f  élevés  et  copcourent  à  former 
^Ypc  le  plf^fynx  un  orifice  irrégulier  et  un  coiiduit  dans  lesquels  ils  s'engagent. 

^°  f^qs  {)oissoi)S  suivent  ordinairement  la  même  voie  que  les  aliments;  elles  ne 
pa^seï)^  sqr  les  côtés  de  l'épiglptle  qu'exceptionnellement  ou  artificiellement. 
6°  Enfin  l'acte  de  la  déglutition  s'accomplit  en  deux  temps  et  non  en  trois  [ij. 

La  vérification  des  faits  que  j'avance  n'exige  pas  de  vivisections. 

Les  phiçns  peuvent  trapquillcment  s'approcher  des  physiologistes  ;  ils  n'ont 
p}^9  k  l6^^  inpntrer  les  dents^  les  Magendie  sont  passés. 

Cette  vérification  ne  peut  être  faite  que  sur  des  personnes  habituées  au  contact 
d^  filirpir  laryngien.  Elle  ne  saurait  donc  présenter  de  grandes  difficultés. 

Si  l'on  poiîe^  en  efi'ct^  le  laryngoscope  au  fond  de  la  bouche  ëclaii^ëe^  au 
inof^^ot  oi\  le  besoin  d'avaler  devient  pressant^  on  voit  immédiatement  que  les 
,  aliments  sont  disséminés  sur  la  face  externe  de  l'épiglotte^  dans  les  fossettes 
Iflos^o-réplglottiques  çt  suf  la  base  de  la  langue.  Ils  sont  réduits  en  une  pulpe 
dont  la  consistance  et  la  quantité  varient  suivant  que  leur  mastication  a  été  plus 
pu  fQoins  cQn)p)ète  et  la  dépression  glossp-épiglottiquc  plus  ou  moins  profonde, 
plus  ou  nioin^  étendue.  Cette  pulpe  débordé  souvent  l'épiglotte  en  aiTÎère  et 
fori^e  tantôt  une  sorte  de  bourrelet^  tantôt  des  filaments  semblables  aux  glaçons 
suspendus  au  bord  du  toit  des  maisons. 

11  est  dès  lors  bien  évident  que  les  aliments  ont  franchi  l'isthme  du  ^ier 
pendant  que  s'opérait  la  mastication.  Ils  sont  déjà  en  grande  partie  dans  l'arrière- 
bouch{!  ^u  pomenf  où  l'acte  de  la  déglutition  va  commencer. 

Leur  situation  au  delà  de  l'isthme  ne  permet  pas  au  voile  d'agir  sur  eux  pour 
leç  copnprimer.  Il  faudrait  pour  cela  qu'ils  fussent  refoulés  en  avant^  c'est-à-dire 
en  contre-seus  4e  l'acte  même  de  la  déglutition. 

Le  voile  du  palais  d'ailleurs  est  déjà  soulevé  et  appliqué  contre  la  paroi  pha- 
ryngienne postéiieure  quand  le  bol  s'engage  dans  le  pharynx;  et  il  ne  peut 
exercer  à  la  fois^  daps  le  môme  instant^  deux  actions  en  sens  contraire. 

(1)  l'acfe  de  la  déglutition,  son  mécq^èisme^  «vec  gr^yyces,  grand  iii-8,  cbei  Pelaliaye, 
place  de  r£cole-de-Médecine,  23.. 


OATRin.  ^  MGTBIf  PBÉSElYATIf  BB  LA  GOQOBLVCHB.  571 

Puîs^pie  le  vaile  et  ses  piliers  n-a^ent  pas  diraéteiBent  sur  le  bol,  la  descente 
des  aliments  doit  être  forcément  déterminée  par  la  base  de  la  langue,  senl 
organe  capable  de  les  expulser. 

Chei  rhomme,  l'épiglotte  ne  ferme  pas  le  larynx  à  la  manière  d'un  opercule, 
coaune  ehez  les  animaux,  pendant  que  s'opère  le  passage  des  aliments. 

Ainsi  que  le  fait  constater  le  miroir,  Tappareil  de  la  voix,  en  s' élevant,  fait 
lubir  à  ce  cartilage  une  flexion  qui  exagère  ses  couiiiures,  sa  convexité  inférieure 
3st  rapprochée  des  cartilages  aryténoides,  tandis  que  la  glotte  de  son  c^Ôlé  se 
ferme  progressivement.  Gomme  l'ascension  du  larynx  continue,  il  arrive  bientôt 
un  moment  où  le  contact  s'établit  entre  la  convexité  inférieure  de  l'épiglotte  et 
les  deux  sommets  aryténoîdieps.  L'oedusion  de  l'organe  de  la  voix  se  trouve 
doi|c  doublement  réalisée. 

11  suit  de  là  que  les  deux  tiers  supérieurs  envii^n  de  l'épiglotte  ne  participent 
en  rien  à  cette  occlusion  ;  ses  parties  lalérales  sont  comprimées  par  les  parois 
correspondantes  du  pharynx  ;  son  bord  libre  est  converti  en  un  démi-orifice  que 
complète  en  arrière  la  paroi  postérieure.  C'est  dans  cet  orifice  pharyngo-épiglot* 
tique  que  Ton  vdt  s'engager  le  bol. 

Le  nEÛroir  laryngien  démontre  aussi  que  les  liquides  suivent  la  même  voie  que 
les  solides  pour  aller  de  la  btuche  à  l'oBsophage.  La  déglutition  de  l'encre  m'a 
permis  de  contrôler  ce  fait  sur  moi-même. 

Toutefois,  pendant  l'instant  qui  précède  le  besoin  d'avaler,  les  premières  par-- 
ties  des  boissons  passent  sur  les  cêtés  de  l'épiglotte,  descendent  dans  les  gout- 
tières pharyngiennes,  et  arrivent  à  l'œsophage.  Elles  ne  peuvent  pénétrer  dans  le 
larynx  qu'artificiellement,  c'est<4-dire  en  se  gargarisant. 

Enfin,  il  résulte  de  la  disposition  des  aliments  dans  le  fond  de  la  bouche  après 
la  mastication,  que  le  premier  des  trois  temps  de  la  déglutition  des  physiolo- 
gistes  n'a  pas  de  raison  d'être.  L'acte  de  la  déglutition  8*aecomplit  donc  en  deux 
temps,  et  non  en  trois,  conmie  on  renseigne  encore. 


1V«TB 

rAR    V.   LE  DOCTEUR  DAVREUX  (dE  UÉGB). 
M^d^io  de  la  crèche  Seint-Ghristopbep  médecin  des  SofanU  |n>uy^  et  abandoaoé». 


Les  Annales  de  la  Société  médico^chirurgicale  de  Uége  (octobre  1866)  conte* 
naient  i^i^e  Nùtq  sw  vn  fmyen  pr^^ervaUf  (k  la  po^uelusASi  éprouvé  par  moi  dans 
des  ciJTpn»t^cei}  asses  pei^ai'qHfi))les. 

L'importance  de  cette  question  et  l'accueil  bienv^iUant  fait  i  mon  travail, 
ipalgré  son  insufâsance,  par  dfflérents  organes  de  h^  science  médicale,  m'en- 
gagent aujourd'hui  à  revenir  sur  un  sujet  que  je  9^}^  sai^s  doute  loin  d'ayi^ir 
épuisé,  et  sur  lequel  je  me  permets  d'attirer  l'attention  de  l'imposante  assem- 
blée qui  me  fait  l'honneur  4ç  iq' écouter  en  ce  mop)ep|. 


\ 


572     CONGRES  MÉMGAL  INTERNATIONAL.  — -GINOmÈMB  SÉANCE  DU  SO». 

Comme  vous  le  sayez^  messieurs^  plusieurs  autorités  en  matière  de  pathologie 
de  l'enfance  (Billard,  Yalleix,  Trousseau)  attribuent  au  catarrhe  bronchique 
initial  de  la  coqueluche  des  caractères  particuliers. 

Ce  faitj  que  d'autres  n'admettent  pas,  est  aujourd'hui  pour  moi  hors  de  doate, 
au  moins  dans  la  plupart  des  cas;  je  l'ai  vérifié  très-souvent,  et  c'est  par  Inique 
j'ai,  en  1865  et  sans  le  savoir,  mis  la  main  sur  un  moyen  prophylactique  delà 
coqueluche.  Voici  comment  (1)  : 

Dans  plusieurs  cas  de  bronchite  que  je  croyais  simple,  où  la  toux  était  in- 
tense, sèche,  rapprochée,  opiniâtre,  où  le  mouvement  fébrile  concomitant  était 
assez  prononcé  et  surtout  prolongé,  j'avais  eu  beaucoup  à  me  louer  de  l'aconit 
associé  à  l'ipécacuanha.  A  la  crèche  Saint-Christophe  notamment,  où  cinquante 
enfants  habitent  la  même  salle,  quelques  petits  malades  présentant  la  toux  que 
je  viens  de  décrire,  avaient  été  guéris  en  très-peu  de  temps  par  ce  moyen.  I^ 
mères  de  ces  enfants  n'avaient  donné  que  des  renseignements  insuffisants,  on 
n'avait  pas  parlé  de  coqueluche,  et  moi-même  je  ne  pensais  guère  à  cette  affec- 
tion; lorsque,  après  une  absence  d'un  mois,  je  trouvai  à  la  crèche  deux  entants 
admis  quelques  jours  avant  mon  retour,  et  chez  lesquels  il  était  imposiihle  de 
méconnaître  la  coqueluche.  Le  frère  aîné  de  l'un  d'eux  était  du  reste  atteint  de 
cette  affection.  Ces  deux  enfants  toussaient  comAe  les  autres  depuis  huit  à 
dix  jours,  on  n'avait  fait  aucun  traitement  ni  avant,  ni  depuis  leur  entrée  à  la 
crèche,  et  le  règlement  de  l'établissement  étant  formel  à  l'égard  des  affections 
contagieuses,  il  fallut  renvoyer  les  deux  petits  malades  à  leurs  parents. 
Ce  fait  devait  singulièrement  m'instruire. 

En  effet,  à  quelque  temps  de  là,  un,  deux,  six,  neuf  enfants  présentèrent  la 
toux  décrite  plus  haut  ;  je  pris  des  informations,  je  fis  interroger  les  mères  : 
celles-ci  apprirent  que  leurs  enfants  avaient  été  exposés  à  la  contagion,  et  quel- 
ques-unes avouèrent  même  qu'un  ou  plusieurs  membres  de  leur  famille  avaient 
la  coqueluche. 

Me  rappelant  les  bons  effets  obtenus  par  l'aconit  et  l'ipécacuanha  dans  les  cas 
antérieurs  dont  je  ne  me  rendais  pas  alors  un  compte  exact,  j'employai  le  mémo 
moyen,  et,  comme  précédemment,  la  toux  cessa  après  quelques  jours  de  traite- 
ment, sans  rien  changer  au  régime,  ni  aux  habitudes  ordinaires.  La  coqueluche 
ne  se  déclara  chez  aucun  des  neuf  enfants. 

Enhardi  par  ces  résultats,  j'allai  plus  loin.  Malgré  le  règlement^  j'admis  à  la 
crèche  trois  enfants  atteints  de  coqueluche,  dont  l'un  se  trouvait  mcme  dan^  un 
état  très-grave.  C'était  à  la  fin  de  mars  1865.  Du  28  mars  au  12  avril,  quatone 
enfants  sur  vingt-cinq  (2)  offrirent  la  toux  caractéristique  accompagnée  d'abatte- 
ment et  de  fièvre  ;  tous  prirent  l'aconit  et  l'ipécacuanha  associes  à  l'eau  de  lau- 
rier-cerise (voy.  la  formule  plus  loin),  et  tous  furent  guéris  pour  la  fin  d'a^iil, 
alors  que  la  coqueluche  existait  encore  chez  leurs  trois  compagnons  de  salle  (un 
de  ceux-ci  mourut  de  pneumonie  lobulaire,  les  deux  autres  guérirent  lente- 
ment). 

Messieurs,  en  1865  cette  expérience  me  paraissait  concluante.  Je  l'avais  rêp^ 
tée,  en  ville,  un  nombre  considérable  de  fois,  plusieurs  confrères  en  avaient  fait 
de  même,  et  toujûun  l'aconit  et  l'ipécacuanha,  associés  à  l'eau  de  laurier-ceri>e, 
avaient  prévenu  la  coqueluche,  lorsqu'on  les  administrait  dans  les  conditions  el 
suivant  les  règles  que  j'indiquerai  plus  loin. 

(i)  Voyez  ma  première  note. 

(2)  Des  ii  autres,  6  avaient  eu  antérieurement  la  coqueluche. 


OAVBECÏ.  —  MOYBR  PBÉSBRTATIP  DB  LA  GOQUELOGBE.  573 

Cette  expérience  me  paraissait  concluante.  Cependant  en  présence  des  deux 
opinions  sur  les  phénomènes  du  début  de  la  coqueluche,  il  y  ayait  matière  à  un 
doute  assez  fondé.  Je  pouvais,  malgré  cette  circonstance  capitale  que  les  enfants 
avaient  été  continuellement  exposés  à  la  contagion,  je  pouvais  m' être  trompé,  et 
avoir  pris  de  simples  bronchites  pour  des  cas  de  coqueluche  commençante.  Dès 
lors  je  n'avais  ni  prévenu,  ni  fait  avorter  la  coqueluche'  les  enfknts  dont  j'ai 
parlé  n'étant  ni  menacés  ni  atteints  en  aucune  façon  de  la  maladie. 

Messieurs,  je  vous  présente  cette  observation  à  laquelle  je  me  suis  arrêté  dans 
le  principe,  pour  trouver,  si  possible,  une  explication  à  la  conduite  de  quelques 
confirères  qiii  avaient  refusé  d'expérimenter  dans  le  sens  indiqué  par  moi.  U 
existait,  en  définitive,  du  doute  ;  et  quelque  faible  qu'il  me  parût,  je  devais,  en 
attendant  mieux,  le  respecter  chez  les  autres. 

Une  épidémie  de  coqueluche  qui  sévit  à  Liège  et  dans  quelques  localités  envi- 
i*onnantes,  depuis  la  fin  de  1866,  a  dissipé  ce  doute  de  la  manière  la  plus 
complète. 

Oui,  dans  la  plupart  des  cas,  —  au  moins  dix-neuf  fois  sur  vingt,  —  les  phé- 
nomènes du  début  de  la  coqueluche  présentent  quelque  chose  de  spécial  :  la 
toux  est  intense,  sèche,  rapprochée,  avec  intervalles  de  repos  bien  tranôhés;  le 
mouvement  fébrile  se  prolonge  six  à  dix  jours  ;  l'enfant  est  triste  |et  assoupi,  en 
même  temps  que  très-irritable. 

C'est  par  exception,  —  3  fois  sur  100,  — que  le  début  ne  diffère  pas  sensible- 
ment d'un  catarrhe  bronchique  ordinaire.  Enfm  jamais  —  un  cas  sur  ^rès  de  300 
—  la  coqueluche  ne  débute  d'emblée  par  ses  quintes  caractéristiques. 

En  temps  d'épidémie,  disais-je,  obtiendrait-on  au  point  de  vue  de  la  prophy- 
laxie des  résultats  semblables  à  ceux  fournis  par  des  cas  isolés,  mais  bien  posi- 
tifs? 

Ici  encore  les  résultats  obtenus  n'ont  pas  varié  ;  je  n'ai  rien  à  retrancher  de 
ma  première  note,  si  ce  n'est  cette  phrase  :  qu'en  temps  d'épidémie,  il  serait 
nécessaire  de  devancer  les  prodromes  certains  de  la  coqueluche,  c'est-à-dire  de 
ne  pas  attendre  le  catarrhe  bronchique  initial. 

En  effet,  pendant  l'épidémie  en  question,  les  doses  et  le  mode  d'administra- 
tion des  médicaments  n'ont  pas  été  modifiés  :  j'ai  attendu,  pour  intervenir,  que 
les  enfants  présentassent  les  phénomènes  que  j'ai  décrits  plus  haut  ;  aucun  d'eux 
n'a  eu  la  coqueluche^  et  si,  malgré  ces  résultats,  |e  pose  encore  la  question  de 
savoir  s'il  ne  serait  pas  prudent,  dans  quelques  cas  exceptionnels,  de  devancei* 
les  prodromes  de  la  maladie,  c'est  que  nous  professons  un  ail  dans  l'exercice 
duquel  il  (aut  se  prémunir  contre  toute  surprise. 

Les  conséquences  de  la  coqueluche  chez  les  enfonts  faibles  ou  à  poitrine  déli- 
cate me  paraissant  valoir  la  peine  que  l'on  transige  avec  des  préceptes  encore 
mal  définis,  j'ai  donné  l'aconit,  etc....  à  plusieurs  enfants  chétifs,  mais  ne  tous- 
sant pas,  absolument  comme  nous  donnons  la  belladone  dans  les  épidémies  de 
scarlatine. 

Ces  enfants,  au  nombre  de  dix-sept,  éparpillés  dans  tous  les  quartiers  d'une 
ville  étendue,  exposés  continuellement  à  la  contagion,  vivant  à  côté  de  siyets 
malades,  ces  enfants  ont  tous  joui  d'une  complète  immunité.  Je  crois  pouvoir 
dire  en  passant  que  la  puissance  de  la  belladone  à  l'égard  de  la  scarlatine  épi- 
«lémique  est  loin  d'être  toiyours  aussi  indéniable. 

De  ce  qui  précède,  et  pour  me  résumer,  je  pense  être  autorisé  à  conclure 
que  l'aconit  associé  à  l'ipécacuanha  et  à  l'eau  de  laurier-cerise,  jouit,  par  i-ap- 


Sift    CONGRÈS  MÉKOAL  INTBBNATlOlfAL.   «-^  QIMQlIIÈIfB  StANCB  DU  SOIR. 


porià  k  coqueluche,  de  propriétés  présenrativee  véritables;  celles-ci  amit  ou 
préventives  dans  le  86ns  propre  du  mot^  ou  simplement  abortives^  ce  qui  revient 
au  même  point  de  vue  pratique  ;  et  enfin  ces  propriétés  se  manifestent  toujours, 
SKalgré  le  caractère  épidémique  de  la  maladie^ 

La  tomule  qui  m'a  servi  dès  le  princit>e^  et  dont  je  ne  me  suis  pas  encore 
départi^  est  k  suivante  (1)  : 

Ban  aonameute*  i«».4..» ; «..«.*»»  200  gram. 

Extrait  d'aconit * 5  ceniieram. 

Eau  de  laurier-cerise. .  » • k  gram. 

Sirop  d'ipécacuanha • 30  gram. 

J'administre  cette  potion  dès  qu'un  ènfaht  présente  la  loux  qiiè  j'ai  décrite 
t)lus  haut,  surtout  s'il  a  éii  étposë  à  la  contagion.  La  dose  est  d'une  cuillerée  à 
café  d'heure  en  heure  pôut*  un  enfant  du  pl*6it)lér  âge;  passé  trois  ans,  on  don- 
nera deux  cuillerées  à  la  fois,  et  chez  Tadulte  on  peut  donner  une  cuillerée  à 
bouche.  Le  traitement  doit,  en  thoyënne,  être  continué  huit  à  dix  jours,  alors 
même  que  le  malade  ne  tousserait  plus  ;  il  réussira  d'autant  mieux  que  là  toux 
sera  plus  récente.  Je  l'ai  vu  échouer  chez  un  enfant  de  six  ans  qui  toussait  depuis 
neuf  jours  :  lô  onzième  jour  on  constatait  la  coqueluche,  dont  sa  sœur  était  do 
reste  atteinte. 


tRAÎTElHElVT  IIA'flOIVIVEIi 
BB  liA  IPÉRIOBE  ilIGIJfi  BV  CHOBiÉRA  Afi(IATI#iJB 

PAR  H.   LE  DOGTEtm  H.   bESPREZ   (OB  SAINT-QUENTIN) 
Vica-pNtldMt  à»  U  SociëU  médicde  da  rAkue. 


Messieurs, 

Le  titre  du  travail  que  je  vais  ^Umettre  à  l'appféciation  du  jury  le  i^us  com* 
pètent  qui  se  puisse  rencontrer  paraîtra  sans  doute  un  peu  prétentieux;  la  gra- 
vité de  l'affection  dont  il  s'agit  iei|  la  variété  des  traitements  dont  elle  e«t  l'objet, 
la  mortalité  effrayante  qui  l'accompagne^  peuvent  bien  fliire  souHré  en  enten- 
dant parler  de  traitement  rationnel*  Mafis,  dans  le  eadre  nosologique,  se  tnKi?e- 
t-il  beaucoup  d'affections  dont  le  traitement  ne  soit  basé  sur  te  raisonnement 
déduit  de  la  marche  naturelle  de  la  maladie^  de  ses  symptômes  les  plus  saillants, 
de  ses  complications  les  plus  fréquentes  et  les  plus  sérieuses? 

Pour  arriver  à  justifier  le  titre  de  ce  travail,  qui  du  reste  ne  fatiguera  p«^ 
longtemps  votre  attention,  messieurs.  J'aurai  à  exposer  les  symptômes ^  U 
iliarche>  les  accidents  proprement  dits,  la  manière  dont  elle  se  termine  sponta- 
nément, bien  ou  mal  ;  enfin  la  manière  qui  me  parait  la  plus  rationnelle  de 
oombattre  ces  divers  accidents.  -^  Dans  cette  dernière  partie  de  mon  travaâ; 
j'aurai  à  dire  quels  sont  les  moyens  de  tndtement  qui  sont,  par  leur  manière 

(i)  Yoyec  ma  première  nele« 


iTétre  habifuellt*  dans  d'autre^  affbetiond,  ou  tout  «implemetit  à  Tëtat  |>hfsiritif 
gique,  t^articulièrblUent  indiquée  dans  cette  graTé  maladie. 

Tou^  les  mëd6cin«  ottt  eu  la  triste  occasion  d'étudier  d'après  nature  toud  lés 
^mptômels  dii  choléra  asiatique  :  TomissetnentSy  diarrhées  incoerciMes^  érampes 
violentes,  douloureuses  ;  stase  de  sang  épaissi  dans  les  capillaires  pal*  suite  de 
déperditions  séreuëes  abondantes;  congestion  des  principaux  organes;  puis  enfin 
la  mort.  —  Il  n'y  a  donc  pas  lieu  d'insister  et  de  détailler  une  description  bien 
connue  de  tout  le  monde  ;  mais  s'il  est  indispensable,  id  comme  ailleurs,  de 
bien  ai^pi^bler  les  Symptômes  ordinaires  et  la  terminaison  habituelle,  il  est  aussi 
important  de  savoir  comment  se  fait  la  guérisoii  spontanée^  quel  est  le  procédé 
que  la  nature  emploie  pour  enrayer  les  accidents. 

Il  arrive  quelquefois,  et  même  assez  souvent  vers  la  fin  des  épidémies,  qu'un 
certain  nombre  de  cholériques,  sans  traitement  aucune  rien  qu'à  l'aide  de  la 
plus  simple  hygiène,  échappent  à  la  teraiinaison  habituelle  du  choléra  :  c'est  à 
l'aide  de  ce  qu'on  appelle  la  réaction. 

Alors,  au  refroidissement  général  succède  le  retour  de  la  chaleur;  il  s'établit 
une  transpiration  abondante  et  prolongée  pendant  laquelle  cessent  les  accidents 
intestinaux  ;  les  vomissements  et  la  diarrhée  caractéristiques  disparaissent,  et  le 
malade  guérit,  Si  toutefois  il  iie  succombe  paS  à  la  congestion  du  cerveau  ou  de 
la  poitrine  r  ce  dernier  aceideiit  enlève  beaucoup  de  malades  en  voie  de  guérison. 
—  Ndus  feriDiis  tout  à  l'heure  quelles  conséquences  il  nous  parait  indiqué  de 
tirer  de  cette  marche  spontanée. 

On  peut  déjà  affirmer  en  principe  que  toute  médication  principale  ott  accès-, 
soire  doit  a^lr  pour  but  î 

1*  De  calmer  les  spasmes  si  douloureux  de  l'estomac,  qui  retidënt  cet  organe 
réfractaire  aux  médicaments  ou  boissons  ingérés. 

2*  De  stimuler  activement  les  fonctions  de  la  peau^  qui  sont  si  ëtroiteitieiit 
liées  à  celles  du  tube  digestif. 

3*  D'introduire  dans  l'économie,  dès  que  l'absorption  est  rendue  possible,  des 
principes  capables  de  refaire,  autant  qu'il  se  peut,  la  composition  normale  du 
sang,  des  médicaments  destinés  à  le  fluidifier,  à  le  rendre  accessible  i  la  circu- 
lation capillaire  et  à  l'hématose.  Cette  indication  est  prescrite  d'une  manière 
absolue  f  8Lr  l'état  poisseux,  comme  gélatineux  du  sang,  amplement  démontré 
par  les  saigtiées,  les  autopsiesj  etc. 

Dans  tout  choléra  qui  se  confirme,  vous  trouvet  des  symptômes  constants  t  Vo<- 
missements;  diarrhée  riziforme,  crampes,  refh)idissement  ;  pas  un  ne  manque  à 
l'appcL  11  y  ft  dans  cette  affection  Une  entité  morbide  que  tout  le  monde  recon- 
nait,  même  le  vulgaire;  pas  un  médecin  ne  s'y  trompe.  Seulement  les  acd^ 
dents  sont  plus  ou  moins  rapides,  plus  ou  moins  violents.  Qu'on  ait  devant  soi  un 
homme  robuste  ou  un  être  chétif,  l'état  maladif  est  à  peu  près  le  même  :  même 
affaissement,  même  inertie  ;  mais  les  suites  varient. 

Les  signes  précurseurs  ont  pu  être  bien  différents  :  l'un  a  traîné  une  diarrhée 
dont  il  n'a  pas  su  se  défaire;  l'autre  est  pris,  rarement  il  est  vrai,  au  milieu  de 
la  santé  la  plus  florissante  ;  un  troisième,  débilité  par  une  longue  maladie  an- 
térieure, se  voit  atteint  de  la  plus  terrible  complication,  celle  qui  vient  en  temps 
d'épidémie.  Mais  0  reste  constant  qu'à  un  momeht  donnée  un  traitement  à  peu 
près  identique,  variable  seulement  pour  la  dose,  selon  l'intensité  des  accidents 
la  tolérance,  l'âge,  les  habitudes,  ëtc.^  etc.,  est  formellement  indiqué  dans  cette 
période  presque  décisive  du  choierai  Je  ne  parle  pas  de  cette  époque  prodro- 


576     CONGRÈS  MÉDICAL  INTERNATIONAL.— CINQUIÈME  SÉANCE  DU  SOU, 

mique  où  l'ipéca,  où  un  purgatif  salin,  où  la  diète  même,  peuvent  suffire  pour 
faire  disparaître  rapidement  tout  symptôme  de  la  maladie  :  je  parle  de  cette  pé- 
riode confirmée  où  le  doute  n'est  plus  possible,  où  il  faut  agir  vigoureusement, 
sous  peine  de  courir  le  danger  de  voir  bien  vite  disparaître  le  malade.  —  Vous 
voyez  le  froid  qui  envahit  toute  la  surface  du  corps;  vous  voyez  des  vomisse- 
ments accompagnés  d'horribles  douleurs;  il  y  a  là  des  malaises  graves  à  cai- 
mer  :  attendra-t-on  que  la  réaction  arrive  ou  n'arrive  pas?... 

Ce  n'est  pas  mon  avis. 

Dans  quelques  cas  très^graves  arrivés  à  la  période  algide  et  cyanique  que  j'ai 
eu  l'occasion  de  traiter,  voici  quelle  est  la  formule  à  laquelle  je  me  suis  arrêté  : 

Chloroforme i  gram. 

Alcool 8 

Acétate  d'ammoniaque  (esprit  de  Mindererus) 10 

Eau 140 

Sirop  de  chlorhydrate  de  morphine •       AO 

Mêlez.  —  A  prendre  une  cuillerée  ordinaire  toutes  les  demi-heures. 


Assurément,  messieurs,  tous  les  éléments  de  cette  formule  sont  parfaitement 
connus  ;  mais  je  les  ai  vus,  ainsi  combinés,  donner  des  résultats  tellement  satis- 
faisants, que  je  n'ai  pu  résister  au  désir  de  vous  raconter  leurs  succès,  à  me> 
yeux  parfaitement  légitimes. 

Le  chloroforme,  réparti  d'une  façon  égale  au  moyen  de  l'alcool  dans  la  masse 
de  liquide,  est  un  agent  véritablement  tout  spécial;  il  fait  classe  à  part. Disséminé 
dans  le  liquide  ingéré  dans  l'estomac,  et  donné  à  une  dose  modérée  (1  gramote 
pour  150  de  véhicule),  il  produit  une  sensation  de  fraîcheur  et  en  même  temp» 
de  force  incomparables;  les  spasmes,  les  contractions  de  restomac,  cèdeul 
comme  par  enchantement;  les  liquides,  introduits  prudemment  et  en  très-petitf 
quantité,  ne  sont  plus  ou  ne  sont  que  très-rarement  rendus;  il  prépare,  sans 
aucun  doute  pour  moi,  l'estomac  au  retour  de  ses  fonctions  d'absorption  sospeu- 
•dues  par  l'invasion  de  la  maladie  cholérique.  A  dose  très-modérée,  il  agit  én- 
demment  d'aliord  sur  toute  la  surface  de  la  muqueuse  stomacale.  En  effet,  ce 
médicament,  ingéré  à  l'état  liquide,  ne  tarde  pas  à  se  vaporiser  ;  il  rencontre., 
à  son  arrivée  dans  l'estomac,  une  température  (celle  du  corps)  plus  élevée  que 
«elle  où  il  se  ti'ouvait  dans  la  potion  ;  il  se  volatilise,  et  ses  vapeurs  gazeuses  soot 
certainement  absorbées.  Je  pense  que  c'est  surtout  à  cette  propriété  qu'est  due 
l'action  si  remarquable  du  chloroforme  dans  le  choléra.  11  me  parait  presque 
impossible  de  constater  le  fait  en  analysant  l'air  expiré  par  les  cholériques;  c« 
problème  serait  fort  difficile  à  résoudre;  mais  le  résultat  est  là.  La  diminulioo 
rapide  des  spasmes  et  la  cessation  des  vomissements  indiquent  que  les  vapeurs 
ont  été  absorbées  et  ont  déteraûné  une  modification  excellente  de  l'appareil 
digestif.  L'état  gazeux  du  chloroforme  jngéré  fait  qu'après  avoir  déterminé  des 
changements  favorables  dans  l'organisme,  le  médicament  ne  risque  pas  de 
s'accumuler  en  trop  grande  quantité  et  de  devenir  un  moyen  dangereia. 
11  est  démontré  que  l'hydrogène  sulfuré,  poison  violent  quand  il  existe  en 
certaine  quantité  dans  l'atmosphère,  peut  jusqu'à  un  certain  point  être  impu- 
nément introduit  dans  les  veines,  parce  qu'il  s'échappe  presque  tout  entier  par 
l'exhalation  pulmonaire  (Cl.  Bcmaid).  L'acide  carbonique  se  trouve  dan::  le 
même  cas,  et  le  chloroforme  est  évidemment  souiuLs  à  la  même  loi. 


DESPBE2. — TBAITBMENT  ÙÈ  Lk  PÉRIODE  AIGUE  DU  CHOLÉRA  ASIATIQUE.   5?t 

Cest  ainsi  qu'après  avoir  produit  une  action  véritablenient  anesthësique  sur 
restomac  au  moyen  du  chloroforme  ^  on  peut  maintenir  ce  résultat  en  donnant 
une  dose  modérée  de  médicament  à  des  intervalles  réguliei^  et  suffisamment 
espacés,  jusqu'à  ce  qu'il  soit  indiqué  d'en  cesser  l'usage,  puisqu'il  est  démontré 
qu'il  peut  s'éliminer  rapidement  par  l'exhalation  pulmonaire. 

Je  suis  convaincu,  messieurs,  que  la  plupart  d'entre  vous  ont  déjà  dans  leur 
pensée  laissé  surgir  cette  objection  :  dans  ]a  période  aiguc  du  choléra,  au  milieu 
de  ces  déjections  dans  toutes  les  directions,  est-il  possible  d'admettre  l'absorp- 
tion des  médicaments  même  les  mieux  choisis?  —  Oui,  messieurs;  il  faut  bien 
admettre  qu'au  milieu  de  ces  troubles  gi*aves,  il  peut,  sous  telle  ou  telle  influence, 
s'établir  une  modification  rapide  et  radicale.  A  l'état  ordinaire,  si  vous  prenez 
un  verre  d'eau  et  qu'il  ne  soit  pas  rendu,  vous  admettrez  bien  qu'il  est  absorbé  ; 
s'il  arrive  le  même  phénomène  au  milieu  des  accidents  graves  du  choléra,  si 
les  liquides  ingérés  ne  sont  pas  rendus,  si  les  crampes,  si  les  douleurs  intesti- 
nales s'apaisent,  il  faut  bien  de  toute  nécessité  admettre  aussi  un  retour  d'ab- 
sorption; et  si  cet  état  d'amélioration  se  continue,  il  n'est  plus  même  possible 
d'en  douter. 

Quelque  vigoureuse  et  bienfaisante  que  soit  l'action  du  chloroforme  et  de 
l'alcool  employé  pour  le  dissoudre,  le  chloroforme  ne  suffit  pas,  à  beaucoup 
près,  à  remplir  toutes  les  indications  thérapeutiques.  Il  faut  donc  lui  adjoindre 
un  ou  plusieurs  médicaments  agissant  dans  la  même  direction  ;  ceux-ci  doivent 
en  plus  satisfaire  à  toutes  les  indications  suivantes  : 

Activer  la  circulation  capillaire  ; 

Diminuer  la  plasticité  du  sang  ; 

Rétablir  les  fonctions  de  la  peau  et  en  même  temps  calmer  les  douleurs  qui, 
sous  différentes  formes,  tourmentent  les  malades. 

Les  meilleurs  stimulants  diffusibles  et  diaphorétiques  sont,  sans  contredit,  les 
ammoniacaux  et  les  opiacés  ;  combinés  ensemble,  ils  constituent  des  agents  su- 
dorifiques  d'une  puissQjice  incontestable,  que  je  n'ai  presque  jamais  invoqués 
en  vain. 

Parmi  les  préparations  ammoniacales,  j'ai  choisi  l'acétate  (esprit  de  Mindere- 
nis).  Ce  sel  agit  comme  l'ammoniaque,  mais  à  dose  beaucoup  plus  considérable. 
C'est  un  des  agents  diaphorétiques  les  plus  employés  ;  il  produit  une  excitation 
générale  très-rapide  sur  la  peau  ;  ajouté  à  l'opium,  il  augmente  puissanunent 
Faction  sudorifique  de  ce  dernier  :  je  l'ai  toujours  vu  neutraliser  le  narcotisme 
produit  pai'  les  opiacés. 

En  général,  il  est  bien  supporté  par  la  muqueuse  digestive;  c'est  un  des 
motifs  qui  m'ont  déterminé  à  le  préférer  au  chlorhydrate  ou  au  carbonate.  Passé 
dans  le  torrent  de  la  circulation,  il  diminue  la  plasticité  du  sang  sans  dissoudre 
les  globules. 

On  pourrait  certainement  employer,  mais  à  plus  faible  dose,  le  chlorhydrate 
d'ammoniaque,  dont  l'action  dissolvante  est  parfaitement  établie  par  les  belles 
expériences  de  Mitscherlich  sur  les  lapins. 

Diaphorétique  puissant,  antinarcotique  efficace,  dissolvant  de  la  plasticité  du 
sang,  ce  médicament  est  certainement  un  des  mieux  indiqués  dans  le  traite- 
ment du  choléra. 

Une  des  propriétés  les  moins  douteuses  de  l'opium  est  ceriainement  celle  de 
provoquer  d'une  façon  fréquente  et  presque  certaine  la  transpiration  cutanée; 
parallèlement  à  cette  faculté  marche  une  autre  propriété  presque  ceilaine  aussi, 

37 


578     CONGBÈS  MÉDICAL  INTERNATIONAL. — aNQUIÈME  SÉANCE  DU  SOOU 

c'est  celle  de  diminuer  l'abondance  des  sécrétions  intestinales  :  il  n'entrera  dans 
la  pensée  de  qui  que  ce  soit  de  dénier  à  Topium  la  puissance  de  calmer  les  dou- 
leurs. 

Les  propriétés  de  ce  médicament  sont  certainement  très-remarquables  et  pré- 
cieuses; mais  à  côté  d'elles  se  trouve  un  défaut  très-sérieux  :  l'opium,  à  une 
dose  un  peu  élevée^  engourdit^  hébète  les  facultés  intellectuelles;  il  prédisposé 
donc  aux  congestions  cérébrales.  Or^  messieurs,  nous  savons  tous  que,  dans  la 
période  de  réaction,  un  des  grands  dangers  de  la  maladie  cholérique  se  trouve 
dans  la  congestion  cérébrale  qui  survient  si  facilement,  sans  l'intervention  même 
du  traitement.  On  comprend  donc  que  si  l'opium  ou  l'un  de  ses  principaux  élé- 
ments doit  êti'e  administré  à  dose  suffisante  pour  aider  au  rétablissement  des 
fonctions  de  la  peau,  il  doit  être  donné  aussi  avec  la  plus  grande  réserve.  C'est 
en  prévision  d'accidents  possibles  qu'il  est  important  de  doubler  la  puissance 
sudorifique  de  l'opium,  de  celle  des  préparations  ammoniacales,  qui  n'ont  pas 
rinconvénient  de  stupéfier,  tout  en  exagérant  d'une  manière  particulière  l'exer- 
cice des  fonctions  de  la  peau. 

Cette  association  des  deux  médicaments  n'est  pas  nouveUe;  elle  a  été  établie 
par  des  hommes  fort  distingués  dans  les  épidémies  cholériques  antérieures,  eo 
1832, 18/i9, 1854. 

C'est  en  vue  de  toutes  ces  considérations  que,  dans  la  formule  que  j'ai  luise  à 
exécution  dans  difîérents  cas  de  choléra  soumis  à  mon  observation^  vous  voyei 
paraître,  à  côté  du  chloroforme  et  du  sirop  de  morphine,  l'acétate  d'ammo- 
niaque comme  correctif  et  comme  très-utile  auxiliaire. 

J'ai,  dans  cette  formule,  adopté  comme  préparation  opiacée  le  sirop  de  chlor- 
hydrate de  morphine;  c'est  elle  qui  m'a  paru  convenir  le  mieux,  à  tous  les 
points  de  vue,  comme  étant  la  plus  efficace  et  la  mieux  supporiée. 

Je  n'ai  certainement  pas  besoin  de  faire  remarquer  combien  je  m'éloigne  de 
divers  autres  traitements  employés  :  il  me  semble  que  les  données  sur  lesquelles 
je  me  suis  appuyé  sont  très-positives  et  qu'elles  doivent  forcément  conduh'e  à  un 
traitement  de  ce  genre. 

Je  n'ai  pas  l'intention  d'aborder  aujourd'hui  la  suite  du  traitement  de  la  pé- 
riode aiguë  ;  une  fois  la  période  de  réaction  arrivée,  il  est  bien  entendu  que  les 
médicaments  stimulants,  et  surtout  les  narcotiques,  doivent  être  employés  alurs 
avec  la  plus  grande  réserve,  et  que  le  traitement  doit  se  modifier  suivant  la 
marche  des  accidents.  Les  émissions  sanguines,  les  révulsifs  cutanés,  prendront 
souvent,  avec  le  plus  grand  avantage,  la  place  du  traitement  de  la  période  anté- 
rieure. Mais  ces  accidents  sont  tellement  variés  de  forme,  qu'il  faudrait  de  lon- 
gues pages  pour  traiter  convenablement  ce  sujet,  qui,  du  reste,  rentre  dan>  le 
domaine  de  la  pathologie  ordinaire. 

Beaucoup  de  moyens  externes  ont  été  proposés  pour  amener  le  retour  de  la 
chaleur  dans  la  période  algide  :  les  bains  chauds  simples,  les  bains  additionnel 
de  farine  de  moutarde  ou  d'autres  excitants,  les  frictions  vigoureuses,  les  brique» 
chaudes,  les  afTusions  froides,  etc.  Ce  qui  m'a  paru  le  plus  simple  et  ce  que  je 
préfère,  c'est  l'emploi  de  cruchons  ou  de  bouteilles  remplis  d'eau  bouillante, 
qu'on  garnit  de  linge  pour  modérer  la  température  :  on  en  entoure  le  malade 
depuis  les  pieds  jusqu'à  la  ceinture  ;  on  obtient  ainsi  une  température  modérée 
assez  constante,  qui  aide  beaucoup  au  retour  de  la  chaleur.  On  a  de  la  peine  à 
faire  supporter  cet  excellent  moyen  d'action  :  les  malheureux  malades,  tour- 


DESPBBS.  -^TBATrBMBlIT  M  LA  PÉRIODE  AIOTB  DU  CBOLÉRA  àMÎAXSQOtL   579 

mentes  par  des  crampes^  se  tordent^  se  ratatinent  |  il  est  indispensable  pourtant 
que  cette  partie  du  traitement  soit  rigoureusement  exécutée. 

M.  R...,  négociant  à  Saint-Quentin>  après  avoir  été  pendant  plusieurs  se- 
maines souffrant  d'une  diarrhée  pernstante,  est  pris  tout  à  coup^  le  1&  novem^ 
bre  1865,  vers  deux  heures  de  Taprès-midi^  de  vomissement  persistant^  de 
diarrhée  extrêmement  abondante^  de  crampes^  de  refroidissement.  A  neuf  heures 
du  soir^  où  je  le  vois  pour  la  première  fois^  le  malade^  quoiqu'il  ait  pris  une 
potion  au  bismuth  fortement  opiacée»  est  arrivé  à  un  refroidissement  complet  ; 
toute  la  surface  du  corps  est  glacée;  une  teinte  bleuâtre  cyanique  indique  un 
état  fort  avancé  des  accidents.  Je  propose  à  mon  excellent  confrère  M.  Demon- 
chaux,  qui  accepte^  de  donner  au  malade  une  potion  avec  : 

Chloroforme .....•..«        1  gram. 

Alcool 8 

Acétate  d*ammoniaqueI 10 

Kau .  140 

Sirop  de  chlorhydrate  de  morphine * . .  40 

Une  cuillerée  ordinaire  est  prise  de  demi-heure  en  demi-heure  )  une  infusion 
légère  de  tilleul  est  prise  ccmmie  boisson.  A  partir  de  l'ingestion  de  la  première 
cuillerée»  le  malade,  qui  était  fortement  déprimé,  se  sent  plus  à  Taise  |  les  vo- 
missements et  les  crampes  diminuent  très*rapidement.  Le  lendemain  matin»  il 
y  a  une  amélioration  des  plus  accentuées  ;  la  chaleur  est  revenue^  il  y  a  de  la 
moiteur.  La  teinte  cyanique  est  loin  d'avoir  disparu»  mais  l'état  général  est  bon  : 
il  y  a  lieu  d'espérer  une  guérison.  Le  malade  passe  les  jours  suivants  dans  des 
conditions  assea  satisfaisantes»  tout  en  laissant  craindre  parfois  des  complications 
de  réaction.  La  dose  de  la  potion  stimulante  a  été  diminuée  en  proportion  de  la 
diminution  des  accidents  :  bref,  le  malade  a  guéri. 

Un  seul  vomissement  a  eu  lieu  après  la  prise  de  la  première  cuillerée,  et  la 
glace»  qui  avait  été  administrée  auparavant  assez  largement»  n'a  été  donnée 
qu'à  dose  assez  insignifiante  ;  ce  n'est  pas  à  elle  qu'U  faut  attribuer  la  cessation 
des  accidents. 

Je  dois  dire  que  le  malade  a  été  véritablement  entouré  de  bouteilles  d'eau 
chaude  jusqu'à  la  base  de  la  poitrine. 

Un  mois  après  le  début  des  accidents  du  choléra»  le  malade  était  sur  pied. 

Quoiqu'il  n'y  ait  pas  eu  de  véritable  épidémie  à  Saint-Quentin»  je  dois  dire 
que»  huit  jours  avant  le  début  du  cas  de  choléra  que  je  viens  de  rapporter,  trois 
personnes  avaient  succombé  à  cette  affection  en  moins  de  vingt-quatre  heures» 
entre  autres  une  femme  jeune  encore  et  dans  une  position  très-aisée  :  les  ren- 
seignements que  j'ai  recueillis  ne  me  permettent  pas  le  moindre  doute  à  cet 
égard. 

Le  6  octobre  1866»  il  arrive  à  Saint-Quentin  une  femme  de  quarante  ans  en* 
viron»  venue  de  Valenciennes  avec  les  prodromes  du  choléra  :  les  vomissements, 
la  diarrhée  caractéristique»  les  crampes,  tous  les  symptômes  du  choléra  confirmé 
se  présentent;  et  le  lendemain^  quand  je  la  vois  dans  le  cours  de  la  journée» 
elle  se  trouve  dans  un  état  de  refroidissement  complet.  La  teinte  cyanique  fon- 
cée se  remarque  pariout,  et  l'anéantissement  ne  cesse  par  intervalles  que  pour 
faire  place  à  des  crampes  honibles. 

La  potion  au  chloroforme»  indiquée  dans  l'observation  précédente»  est  pres- 
crite. Pendant  quelques  heiu'es»  la  malade  en  prend  une  cuillerée  toutes  les 


580  CONGRÈS  MÉDICAL  INTERNATIONAL  ^  CINQUIËMB  SÉANCE  DU  SOIE. 

demi-heures  ;  les  crampes,  les  nausées.,  les  Tomissements,  la  diarrhée,  dimi- 
Duent  progressivement  Dans  la  nuit,  la  malade,  fatiguée  du  médicament,  qui 
lui  rappelle  Todeur  et  le  goût  de  l'éther  sulfurique,  se  refuse  à  continuer  le  trai- 
tement ;  peu  de  temps  après,  les  accidents  cholériques  reprennent  leur  cours. 

Le  lendemain  matin,  j'insiste  pour  faire  continuer  le  médicament  ;  l'amélicH 
ration  apparaît  de  nouveau  pour  se  continuer.  La  glace  par  petits  fragments  a  été 
aussi  utile,  comme  elle  l'est  souvent,  pour  calmer  la  soif  et  faire  tolérer  la 
potion.  —  Les  bouteilles  d'eau  chaude  entourant  la  malade  sont  restées  jusqu'à 
l'apparition  d'une  réaction  bien  franche.  —  Dans  cette  période  de  la  maladie., 
où  l'on  pouvait  à  peine  arracher  quelques  mots  à  la  patiente,  quarante  sangsues 
appliquées  en  deux  fois  à  la  nuque,  un  immense  vésicatoirc  entre  les  épauler, 
ont  rendu  d'excellents  services.  —  Un  peu  plus  tard,  j'ai  eu  recours  avec  grand 
avantage  à  l'ipéca  donné  à  dose  vomitive.  — Au  bout  d'un  mois  environ,  la  ma- 
lade a  pu  quitter  son  hôtel  pour  regagner  Paris. 

Dans  ces  deux  observations  de  choléra  arrivé  à  la  période  algide  et  cvanique, 
il  me  parait  impossible  de  ne  pas  voir  l'heureuse  intervention  de  la  médication 
instituée  d'après  les  vues  que  j'ai  exposées  plus  haut.  Je  pourrais  rappeler  au^^i 
l'application- heureuse  de  ce  traitement  dans  des  cas  moins  graves  et  arrivés  à 
une  période  moins  avancée  que  les  deux  premiers.  M.  Demonchaux  a  vu  ce 
traitement  calmer  les  vomissements  d'une  façon  instantanée  chez  une  jeune 
fille  traitée  par  une  potion  au  bismuth  opiacé  qui  n'avait  pu  faire  cesser  les  to- 
missements  pendant  vingt-quatre  heures. 

Messieurs,  si  je  suis  parvenu  à  démontrer  ce  que  j'ai  entrepris,  je  ne  regret* 
terai  pas  d'avoir  distrait  votre  attention  pendant  quelques  instants.  Que  cbacun 
apporte  sa  pierre  à  l'édifice,  et  la  médecine,  ici  comme  ailleurs,  aura  bien  mérité 
de  l'humanité. 


BV  CHOIilÊRA-llOnBVS  A8IATlf|IJlB 

PAR  M.  LE  DOCTEUR    FRÉMAUX  (DE  PARIS). 


Nous  avons  présenté  au  Congrès  médical  international  deux  brochures  qui 
résument  toute  une  conduite  ayant  pour  but,  dans  l'état  actuel,  de  ramener  le 
choléra  à  sa  juste  valeur,  à, ce  qu'il  était  probablement  avant  1832.  Or,  toulk* 
monde  sait  que  le  choléra  asiatique  s'était  autrefois  déjà  montré  en  France  a 
l'état  épidémique,  mais  alors  désigné  sous  le  nom  de  peste  mire,  de  trous^ 
gala$ii,  etc.;  celte  maladie,  sous  la  forme  et  sous  le  nom  de  choléra  amtiq^- 
y  a  reparu  de  nouveau  en  1832  et  en  1849  et  depuis  cette  époque,  rxw> 
avec  d'autant  moins  d'étendue  et  souvent  même  de  violence  à  mesure  qu'on 
s'éloigne  de  la  première  invasion. 

Surpris  en  1832  par  son  Invasion  en  France,  pour  ainsi  dire  préparée  et 
annoncée  d'avance,  ce  qui  n'a  pas  peu,  selon  nous,  contribué  à  l'étendre 
épidémiquement  pailout  où  il  a  trouvé  sa  raison  d'être,  on -s'est  inl<  > 
l'œuvre  de  toutes  paris  dans  des  conditions  diverses,  pour  atteindre  au  même 
but,  c'est-4i-dire  pour  se  rendre  maître  du  fléau.  Mais  alors  n'a-t-on  ^  ^^^ 


FRÊMAUX.   —  DU  CHOLÉRA-MORBUS  ASIATIQUE.  581 

confondu?  et  n'ayant  pas  pu  s'entendre,  on  a  dû  faire  de  cette  question  vérita- 
blement complexe  la  tour  de  Babel,  la  bouteille  à  l'encre  qu'il  fallait  avant  tout 
débrouiller. 

Quoi  qu'il  en  soit,  le  choléra  asiatique,  considéré  sous  ce  nom  et  sous  cette 
forme,  dépouillé  d'ailleurs  de  ses  complications, est-il  ou  n'est-U  pas  contagieux? 
S'il  est  véritablement  contagieux,  de  quelle  manière  l'est-il  alors?  Les  faits  ne 
prouvent-ils  pas  qu'il  doit  avoir  un  mode  de  contagion  qui  lui  est  particulier, 
spécial?  En  effet,  peut-on  contester  aujourd'hui  que  son  principal  moyen  de 
reproduction  épidémique  ait  lieu  par  la  voie  de  certains  sens,  tels  que  la  vue, 
l'ouïe,  par  la  mémoire,  par  l'intelligence,  par  l'instinct  et  par  le  sens  interne,  à 
l'aide  de  l'effroi  qu'il  cause  par  sa  présence  constatée  et  même  par  son  nom  seul, 
dès  qu'on  a  la  conviction  qu'il  existe,  se  fût-on  trompé  même  primitivement  sur 
la  nature  du  mal. 

I>e  plus,  des  faits  très-nombreux  ne  constatent-ils  pas  que  l'effroi,  qui  est  le 
plus  souvent  la  cause  déterminante  la  plus  puissante,  devient  aussi  une  cause 
prédisposante  et  une  cause  aggravante  de  son  état  épidén^ique  dans  une  foule  de 
circonstances,  en  France  conune  ailleurs.  Ce  qui  se  passe  actuellement  à  Rome 
et  en  Italie  n'en  donne-t-il  pas  encore  une  nouvelle  preuve?  En  constatant 
officiellement,  peut-être  trop  légèrement,  sans  un  examen  suffisant,  la  mori 
par  le  choléra  de  quelques  personnages  importants  et  en  répandant  cette  convic- 
tion, qu'en  est-il  résulté? 

11  faut  donc  faire  le  contraire  de  ce  que  produit  si  évidemment  l'effroi,  et 
surtout  lui  ôter  ce  qui  peut  en  multiplier,  en  décupler  les  effets,  tout  ce  qui  peut 
plus  ou  moins  donner  lieu  à  ce  qu'il  peut  y  avoir  de  factice  et  d'exagéré.  SubkUâ 
causa,  tollitw  effectua. 

Mais,  en  admettant  ce  mode  spécial  de  propagation  épidémique  du  choléra 
par  l'effroi  suriout  qu'il  produit,  car  l'effroi  suffit  souvent  seul  pour  le  préparer, 
pour  le  déterminer,  l'étendre  épidémiquement  et  l'aggraver,  la  production 
de  cette  cause  n'échappe-t-elle  pas  à  l'action,  à  la  puissance  de  la  médecine? 

En  effet,  que  peut  la  puissance  médicale,  je  vous  le  demande,  contre  le  char^ 
latanisme  débouté  qui  se  met  à  sa  place,  contre  la  spéculation  sans  limite  et 
sans  frein,  qui  ne  respecte  rien,  contre  les  mauvaises  passions,  quelles  qu'elles 
soient,  qui  spéculent  sur  cette  calamité  publique  et  privée  pour  faire  le  mal  ou 
arriver  à  leurs  fins?  La  médecine,  qu'on  accuse  trop  souvent  jusqu'à  certain  point 
d'impuissance  à  l'égard  de  ce  fléau,  doit-elle  être  responsable  de  ce  qu'elle  ne 
peut  pas  atteindre  ni  empêcher?  et  alors,  dans  cet  état  de  choses,  le  choléra 
suit  son  cours  et  enlève  ses  victimes,  malgré  les  efforts  de  la  médedne. 

Voilà  donc,  selon  nous,  pourquoi  jusqu'ici  la  question  du  choléra  n'a  pu  se 
résoudre,  c'est  parce  qu'elle  a  fait  fausse  route,  et  cela  au  gi*and  préjudice  de 
l'humanité  souffrante.  Ces  recherches  avaient  donc  une  raison  d'être. 

Comme  notre  travaO,  le  plus  complet  qu'il  nous  a  été  possible,  imprimé  en 
2  volumes  en  1866,  et  les  brochures  imprimées  depuis,  sont  encore  très-peu 
connus,  si  l'honorable  assemblée  veut  bien  me  le  permettre,  je  vais  passer 
en  revue,  à  vol  d'oiseau,  les  principaux  points  qu'il  y  avait  à  résoudre  dans 
Tinextricable  question  dite  du  choléra  asiatique,  par  l'expérience  pratique,  le 
scalpel,  et  les  preuves  en  main,  ne  cherchant  que  la  vérité. 

Quant  aux  expériences  résumées  dans  le  chapitre  XIII,  page  273  dudit  ouvrage, 
nous  devons  dire  qu'à  défaut  d'autres  personnes  qui  y  consentirent  volontaire- 
ment, c'est  sur  nous  qu'elles  ont  été  fiiites  et  souvent  sous  les  yeux  de  M.  Des-' 


582     CONGRÈS  MÊmGAL  INTBBNATIOIIAI..  •—  GINQUIËMB  ^ANCE  DU  SOIB. 

genettes,  notre  chef.  Ces  mêmes  expériences  (de  1832)»  dont  la  plupart  allient 
déjà  été  faites  pour  prouver  la  non-contagion»  oie.,  ont  été  répétées  bien  des 
fois  depuis  et  ailleurs  avec  le  même  succès.  D'ailleurs  est-^e  qu'on  nous  a  jamais 
vu  reculer  devant  le  danger^  quand  il  s'est  agi  du  salut  de  nos  semblables!  c'était 
notre  devoir,  et  nous  avons  su  le  faire.  Le  médecin,  comme  le  prêtre  et  la  sœur 
de  Gharilé«  préoccupés  de  sauver  leurs  semblables,  pensent^ls  encore  à  leur 
propre  salut?  Malheureusement,  il  n'est  que  trop  vrai  qu'à  ce  métier-là,  on  ne 
devient  ordinairement  pas  riche,  on  ne  recueille  le  plus  souvent  que  l'inquiétude, 
mais  on  reste  avec  l'intime  conviction,  la  conscience  d'avoir  fait  son  devoir. 

Quoi  qu'il  en  soit,  ces  expériences.  Dûtes  pour  appuyer  une  doctrine,  une  con- 
viction, ne  sauraient  avoir  toi^ours  la  même  innocuité,  une  parfaite  innocuité  dam 
toutes  les  circonstances,  si  elles  étaient  faites  par  ou  chea  des  personnes  non 
convaincues  comme  nous  de  la  non-contagion  par  ces  moyens,  ou  même  chez 
ceux  qui,  quoique  bien  convaincus,  se  trouveraient  néanmoins  prédisposés  à 
contracter  le  choléra,  comme  nous  l'avons  dû  remarquer. 


BIAGMOSTIC  ET  TRAITEMEMT  BU  CHOIiÉBA 

PAB  M.   LE  DOCTEUR  F.  X.  POZNANSKI. 


H  y  a  dix  ans,  j'ai  présenté  à  FAcadémie  des  sciences  de  Paris  mes  observa- 
tions faites  durant  l'épidémie  cholérique,  relatives  au  ralentissement  du  pouI> 
et  aux  propriétés  du  sang  chez  des  individus  qui  semblent  bien  portants,  oitb 
qui  se  trouvent  dans  la  période  de  prédisposition.  Un  extrait  de  ces  observa(ion> 
a  été  publié  dans  les  Comptes  rendus  de  l'Académie  des  sciences.  Les  phénomène» 
que  je  signalais  alors,  ayant  été  confirmés  depuis  par  plusieurs  observateurs,  ne 
paraissent  plus  ni  éti*anges  ni  nouveaux. 

Aujourd'hui,  je  me  propose  de  vous  présenter  quelques-uns  des  résultats  df» 
expériences  que  j'ai  faites  au  lit  du  malade  pendant  plusieurs  épidémies  cholé- 
riques qui  ont  sévi  en  Russie  depuis  I8/18. 

Je  veux  parler  spécialement  de  l'acide  cyanhydrique,  dimt  l'emploi,  secondt* 
par  d'autres  procédés  thérapeutiques,  m'a  donné  des  résultats  satisOiisants  ^'^ 
cela  sur  une  échelle  très-considérable.  Le  nombre  de  malades  soumis  à  (f 
genre  de  traitement  dépasse  1200,  et  la  mortalité  n'a  jamais  été  de  plus  ai 
12  pour  100.  Ce  traitement,  je  l'ai  appliqué  dans  ma  pratique  pmée  et 
officielle,  et  aussi  en  présence  d'une  commission  de  médecins,  charges  par  te 
gouvernement  russe  de  suivre  la  médication  et  d'en  constater  les  résultats,  tn 
présence  de  la  commission,  j'ai  traité  exclusivement  les  cas  algides.  ^éanmoin» 
la  mortalité  était  encore  au-dessous  de  celle  indiquée  plus  haut.  Quant  anx  do- 
cuments qui  viennent  à  l'appui  de  mes  affirmations,  ils  sont  entre  les  mains  dii 
autorités  du  pays. 

Qu'il  me  soit  permis  d'indiquer  par  quelles  circonstances  j'ai  été  amené  aui 
résultats  que  je  vais  exposer. 


FOZNANSKl.    —  DIAGNOSTIC   ET  TRAITEMENF  DU  CHOLÉRA.  583 

A  l'ëpoque  de  Tépldémle  qui  sévit  en  i8^'i8,  je  n'avais  une  juste  idée  ni  de  la 
maladie  qui  nous  occupe^  ni  de  l'action  de  l'acide  cyanhydrique^  et  je  pensais 
alors,  comme  tant  d'autres,  que  le  choléra  est  une  névrose  du  grand  sympathi- 
que. J'ai  eu  recours  à  ce  médicament,  qui,  diaprés  les  idées  généralement 
reçues,  devait  avoir  la  vertu  de  déprimer  la  surexcitation  nerveuse.  J'ai  com- 
mencé, d'ailleurs,  par  le  cyanure  de  fer,  à  cause  de  ses  propriétés  antidiarrhéi- 
ques;  et  puis,  la  réputation  d'ôtre  vénéneux,  qui  s'attache  à  l'acide  cyanhy- 
drique,  m'dtalt  le  courage  d'en  faire  Fessai.  Le  cyanure  de  fer  me  donnait  des 
résultats  meilleurs  en  général  que  ceux  obtenus  par  d'autres  médicaments; 
mais,  ayant  aussi  des  insuccès,  je  me  suis  hasardé,  même  pendant  l'épidémie 
de  i8&8,  à  administrer  de  l'acide  cyanhydrique  à  des  doses  minimes,  c'est-à-dire 
conformes  aux  prescriptions  ordinaires. 

Encouragé  par  de  bons  résultats,  j'augmentai  la  dose  par  degrés,  et  enfin, 
pendant  les  dernières  épidémies,  je  suis  arrivé  à  administrer,  dans  les  cas 
algides,  de  15  à  25  gouttes  d'acide  cyanhydrique  médicinal  (contenant  2  pour 
100),  tontes  les  dix  et  même  toutes  les  cinq  minutes.  Pour  les  enfants,  le  nom- 
bre des  gouttes  doit  être  restreint  et  mesuré  suivant  l'âge  ;  car  une  dose  tant 
soit  peu  forte  produit  chez  eux  une  véritable  éclampsie  suivie  d'un  sommeil 
comateux.  Les  convulsions  causées  par  l'acide  cyanhydrique  chez  les  enfants 
prouvent  assez  combien  peu  est  fondée  l'opinion  générale  d'après  laquelle  cet 
agent  déprimerait  toutes  les  fonctions.  Bien  au  contraire,  il  n'y  a  peut-être  pas 
de  médicament  qui  exciterait  d'une  manière  plus  expéditive  et  plus  instantanée 
la  respiration,  la  circulation  et  l'activité  du  système  nerveux  ;  toutefois  cette 
excitation  n'étant  que  passagère,  pour  entretenir  son  action,  il  est  nécessaire 
d'administrer  le  médicament  h  doses  souvent  répétées. 

Une  dose  convenable  d'acide  cyanhydrique  produit  généralement  une  petite 
tonx,  active  la  respiration,  augmente  la  force  et  la  fréquence  du  pouls,  diminue, 
fait  passer  l'anxiété  épigastrique,  et  limite  en  même  temps  la  transsudation. 
Quant  aux  vomissements,  ils  se  changent  bientôt  en  simples  vomituritions  ;  en 
même  temps,  la  diarrhée  devient  moins  copieuse  et  perd  sa  forme  caractéris- 
tique. Quant  aux  urines,  leur  sécrétion  ne  manque  pas  d'être  rétablie  sitôt  que  la 
respiration  et  la  circulation  ont  repris  leur  cours  naturel. 

J'administre  l'acide  cyanhydrique  médicinal  sans  mélange,  ou  bien  tantôt 
délayé  dans  de  l'alcool  et  tantôt  avec  du  sirop  simple,  mais  pas  autrement  que 
par  gouttes.  De  cette  façon,  l'acide  cyanhydrique,  étant  absorbé  dans  la  cavité 
buccale  eUe-même,  n'est  plus  rejeté  par  les  vomissements. 

Pendant  les  épidémies  cholériques,  je  me  sers  également  de  l'acide  cyanhy- 
drique contre  les  diarrhées  et  les  constipations,  ces  deux  symptômes  ayant  pour 
cause  un  défaut  de  circulation  et  une  stagnation  dans  les  organes  abdominaux, 
comme  je  l'expliquerai  plus  bas. 

Comme  prophylactique,  pendant  l'épidémie,  j'ai  mis  en  usage  avec  succès 
les  amandes  amères,  à  cause  de  l'acide  cyanhydrique  qu'elles  contiennent. 

I^  dose  de  l'acide  cyanhydrique  varie  selon  l'intensité  des  cas,  et,  chose 
remarquable,  les  malades  supportent,  sans  inconvénient,  de  fories  doses  tant 
qu'ils  se  trouvent  dans  un  état  de  prostration  ;  mais  sitôt  que  leur  état  s'amé- 
Uore,  les  mêmes  doses  ne  sont  plus  que  difGcilement  supportées.  Cela  est 
d'ailleurs  conforme  à  la  loi,  qu'on  ne  doit  jamais  perdre  de  vue,  en  vertu  de 
laquelle  l'action  de  tout  agent  naturel  ou  médicamenteux  dépend,  non-seulement 
de  sa  nature,  mais  aussi  de  l'état  dans  lequel  se  trouve  l'individu  soumis  à  son 


584     CONGRÈS  MÉDICAL  INTERNATIONAL.  —  CINQUIÈME  SÉANCE  DU  SOIR. 

action.  Aussi  la  maladie  une  fois  arrivëe  à  la  période  typhoïde^  l'acide  cyanhy- 
drique  doit  être  abandonné  pour  la  plupart  du  temps  ;  mais^  d'un  autre  côté, 
l'usage  convenable  de  ce  médicament  exclut  presque  le  développement  de  Tétai 
typhoïde  ;  et  depuis  que  j'administre  de  l'acide  cyanhydrique  à  fortes  doses,  il 
m'est  rarement  arrivé  de  voir  le  choléra  passer  à  l'état  typhoïde.  En  tout  cas,  ce 
dernier  était  moins  grave. 

Voilà  les  avantages  que  j'ai  tirés  de  l'emploi  de  l'acide  cyanhydrique  dans  le 
traitement  du  choléra  ;  mais  je  suis  loin  d'afQrmer  que  ce  remède  sufOse  pour 
tous  les  cas  ;  aussi  j'ai  recours^  et  même  très-souvent,  à  la  saignée  générale,  non- 
seulement  chez  les  adultes,  mais  même  chez  les  petits  enfants.  Dans  le  traite- 
ment du  choléra,  tant  qu'il  présente  encore  des  signes  de  pléthore  veineuse,  je 
ne  connais  pas  d'expédient  plus  prompt  et  plus  énergique  pour  activer  la  circu- 
lation et  la  respiration,  comme  aussi  pom*  diminuer  et  même  faire  disparaita* 
les  caractères  du  sang  propres  au  choléra.  Or,  la  saignée  est  profitable  à  la  pé- 
riode de  prédisposition  cholérique  et  à  la  période  algide,  tant  qu'il  n'y  a  pas 
d'indices  du  passage  à  l'état  typhoïde,  c'est-à-dire  tant  qu'il  ne  se  manifeste 
aucun  signe  de  réaction.  Celle-ci  s'opère  dans  l'organisme  au  moment  où  le 
cœur,  débarrassé  de  l'excès  de  sang  dont  il  regorgeait  et  aidé  pai*  la  résorption, 
commence  son  travail  réparateur,  pour  rendre  au  sang  ses  qualités  normales  et 
rétablir  la  circulation  ainsi  que  les  diverses  fonctions  qui  en  dépendent. 

Jusqu'à  ce  moment,  la  saignée  est  profitable;  mais,  une  fois  que  les  pertes 
liquides  et  l'entassement  des  corpuscules  dans  les  capillaires  transforment  la 
pléthore  veineuse  en  vraie  anémie ,  alors  enlever  le  peu  de  sang  qui  circule, 
ce  serait  ôter  la  vie.  Et  c'est  ce  qu'on  a  fait  quand,  sans  connaître  la  ligne  de 
démarcation  qui  sépare  la  période  algide  de  la  période  typhoïde,  on  opérait  U 
saignée  indistinctement. 

Les  suites  étaient  déplorables,  et  l'on  ne  peut  s'étonner  du  discrédit  dans 
lequel  est  maintenant  tombé  ce  moyen  thérapeutique,  si  bien  qu'il  est  aujour- 
d'hui presque  impossible  de  le  remetti*e  en  honneur.  Pourtant  il  y  a  un  mo- 
ment, difûcile  à  saisir  il  est  vrai,  où  il  est  utile  de  recourir  à  la  saignée.  C'est 
un  instrument  à  deux  tranchants;  mais  on  peut  dire  sans  exagératipn  que,  dans 
une  épidémie  cholérique,  oh  ne  saurait  jamais  saigner  trop  tôL 

Toutefois  le  moment  de  pratiquer  la  saignée  n'est  pas  encore  passé  tant  que 
le  malade  se  trouve  dans  l'état  algide,  sans  indice  de  l'éaction;  tandis  que,  celle- 
ci  une  fois  survenue  et  la  circulation  commençant  à  se  rétablir,  on  doit  bien  se 
garder  de  contrarier  cet  acte  réparateur. 

Quant  à  la  quantité  du  sang  à  évacuer,  elle  doit  être  mesurée  d'après  le  degré 
de  la  pléthore  et  de  la  veinosité.  Dans  certains  cas,  il  m'est  arrivé,  en  opérant  la 
saignée  à  deux  reprises,  de  tirer  avec  succès  au  delà  de  25  onces.  Ajoutons  que 
les  bons  résultats  de  la  saignée  dépendent  beaucoup  de  la  manière  dont  on  la 
pratique;  car  on  peut  dire,  à  juste  titre,  que  c'est  la  rapidité  de  l'évacuation  qui* 
pour  la  plupart  du  temps,  décide  de  son  efficacité* 

On  m'objectera  que,  dans  la  période  algide,  il  est  souvent  impossible  de  tirer 
quelques  gouttes  de  sang  des  veines  du  bras.  Je  répondrai  qu'on  a  encore  la 
jugulaire,  et  que,  dans  un  état  qui  est  plus  que  dangereux,  une  incisioD  de  U 
veine  ne  peut  pas  nuire,  si  l'on  ne  parvient  pas  à  en  tirer  du  sang.  U  faut  avouer 
d'ailleurs  que  très-souvent  on  n'est  ni  assez  habile,  ni  assez  assidu,  pour  mener 
à  bonne  fin  cette  opération.  Et  pourtant  il  y  a  iies  moyens  qui  fadlilcnt  l'écoule- 
ment du  sang  de  la  veine  incisée,  des  moyens  qui  renforcent  la  respiration  et  U 


POZNANSKL  —  DIAGNOSTIC  ET  .TRAITEMENT  DU  GHOLËBA«  585 

circulation^  entre  autres  remploi  de  Tacide  c^anhydrique^  des  stemutatoires, 
par  exemple  l'ammoniaque  insufQëe  dans  les  cavités  nasale  et  buccale  au  moyen 
d'un  vaporisateur,  une  prise  de  veratrum  album,  la  vératrine  et  autres. 

Les  stemutatoires  sont  utiles^  en  ce  qu'ils  renforcent  la  respiration  et  la  circu- 
lation, qu'ils  expulsent  l'acide  carbonique  de  l'atmosphère  pulmonaire,  décar- 
bonisent le  sang,  réchauffent  le  malade,  amènent  de  la  transpiration^  et  font 
disparaître  les  veiliges^  le  mal  de  tôte  et  les  crampes. 

Il  y  a  encore  un  procédé  dont  je  me  suis  servi  avec  succès^  tant  dans  la  période 
algide  que  dans  la  période  typhoïde  :  c'est  l'emploi  de  l'ammoniaque  tantôt  sous 
forme  de  vapeur  (pulvérisée),  en  l' insufflant  dans  la  cavité  buccale,  ce  qui 
désaltère  les  malades,  et  tantôt  en  entourant  le  patient  d'une  atmosphère  ammo- 
niacale. Pour  cela,  on  l'enveloppe  dans  un  drap  de  lit  mouillé  avec  de  l'eau  for- 
tement salée  et  modérément  aspergée  avec  l'alcali  volatil.  Les  malades,  entourés 
de  couvertures  légères,  restent  dans  cette  position  sans  inconvénients  pendant 
plusieurs  heures.  Dans  cette  situation,  ils  se  réchauffent;  une  transpiration  géné- 
rale se  produit;  Tangoisse  épigastrique  et  les  crampes  disparaissent  presque 
immédiatement. 

Selon  toute  probabilité,  l'efficacité  de  l'ammoniaque  est  due  à  son  affinité 
chimique  pour  l'acide  carbonique,  surchargeant  alors  l'atmosphère  pulmonaire 
et  la  masse  du  sang. 

L'acide  carbonique  de  l'atmosphère  pulmonaire  une  fois  absorbé,  l'angoisse 
et  le  sentiment  de  chaleur,  qui  suit  la  direction  des  bronches,  diminuent  sensi- 
blement. L'atmosphère  pulmonaire,  par  rapport  à  la  quantité  de  l'acide  carbo- 
nique, une  fois  rendue  normale,  la  décarbonisation  du  sang  reprend  son  cours 
naturel.  Ajoutons  que  l'application  extérieure  de  l'.ammoniaque  influe  nécessai- 
rement sur  l'état  de  la  peau  ;  et  ce  procédé,  aussi  simple  qu'énergique,  ne  saurait 
être  assez  recommandé,  non-seulement  dans  le  traitement  du  choléra,  mais 
aussi  dans  des  cas  analogues.  En  outi'e,  l'ammoniaque,  par  suite  de  la  propriété 
qu'elle  possède  d'absorber  l'acide  carbonique,  est  à  recommander  pour  désinfec- 
ter l'air.  On  y  parvient  facilement  en  imbibant  de  cette  substance  des  éponges  ou 
d'autres  corps  poreux. 

Les  Persans  connaissent,  à  ce  qu'il  parait,  cette  propriété  désinfectante  de 
l'ammoniaque.  M.  le  docteur  Kade,  de  Saint-Pétersbourg,  qui  a  longtemps  résidé 
en  Perse  en  qualité  de  médecin  de  l'ambassade  russe,  m'a  conununiqué  à  ce 
sujet  un  détail  curieux  :  Dans  ce  pays,  on  traite  les  cholériques  en  les  plaçant 
dans  les  latrines. 

L'influence  salutaire  de  l'ammoniaque  par  rapport  au  choléra  se  coiTobore 
encore  par  cette  circonstance,  que  les  ouvriers  qui  sont  en  contact  avec  des 
matières  animales  en  putréfaction  produisant  l'ammoniaque  :  les  vidangeurs,  les 
tamieurs,  leséquarrisseurs,  les  gens  occupés  dans  les  abattoirs,  ne  gagnent  jamais 
le  choléra,  ce  qui  embarrasse  M.  PeltenkofTer,  et  se  trouve  en  complet  désaccord 
avec  sa  théorie  d'infection  par  les  immondices,  comme  U  l'avoue  lui-mêmet  dans 
la  Gazette  d'Âugsbourg  de  1865.  Pourtant,  l'explication  eût  été  facile,  si  cet 
éminent  savant  eût  porté  son  attention  sur  l'action  chimique  de  l'ammoniaque 
par  rapport  à  l'acide  carbonique. 

L'usage  de  l'ammoniaque  ne  saurait  donc  être  que  pi*oûtable  dans  le  choléra, 
où  rëlimination  de  l'acide  carbonique  fait  défaut,  comme  l'ont  prouvé  les  belles 
expériences  de  M.  Doyère. 


586     CONGBfeS  MÉDICAL  INTElIlVATlONât.  —  CINQDIÈlfB  S£AKCB  DU  SOIR. 

n  nous  reste  à  parler  d'un  procédé  physique  pour  réchauffer  les  malades.  Nous 
aYons  dit  plus  haut  que  le  meilleur  moyen  de  réchauffer  le  malade  était  de 
l'envelopper  dans  un  drap  imhihé  d'eau  ammoniacale  ;  néanmoins  on  peut  en 
même  temps  faire  usage  du  procédé  suiyant,  aussi  simple  que  pratique  :  appli- 
quer des  pierres  ou  même  des  hriques  chauffées  au  four  et  enveloppées  dans 
de  la  toile  fortement  mouillée  d'eau.  11  se  produit  une  vapeur  chaude  qui  se 
condense  sous  les  couvertures.  Disons^  entre  parenthèses^  que  cette  manière  de 
réchauffer  et  de  faire  transpirer  le  malade  est  à  remarquer  non-seulement  dans 
le  choléra^  mais  aussi  dans  heaucoup  d'autres  maladies,  entre  autres  dans  le 
rhumatisme  aigu  et  chronique,  la  laryngite  couenneuse,  la  pneumonie,  etc. 

Voilà  les  moyens  que  j'ai  trouvés  utiles  dans  le  choléra;  mais,  pour  le  traite- 
ment, la  grande  question  est  de  savoir  les  appliquer  à  temps.  Or,  cela  dépend 
d'un  diagnostic  précis  :  avant  tout,  il  faut  savoir  quel  est  le  degré  de  la  maladie 
et  à  quelle  période  la  maladie  est  arrivée. 

Voilà  pourquoi,  malgré  les  bornes  restreintes  de  cette  étude,  je  me  troure 
obligé  d'entrer  dans  quelques  considérations  nosologiques.  Pour  expliquer  les 
phénomènes  pathologiques  du  choléra,  je  suis  obligé  de  remonter  au  phénomène 
du  ralentissement  de  la  circulation,  qui  devance  tous  les  autres,  et  qui,  en  se 
produisant  alors  que  la  maladie  ne  s'est  pas  du  tout  déclarée,  sert  de  base  à 
tous  les  changements  morbides.  Or,  pendant  l'épidémie  cholérique,  chez  les 
individus  qui,  en  raison  de  leur  constitution,  ne  jouissent  pas  d'une  circulation 
très-énergique,  le  pouls  offre  parfois  à  peine  ft5  pulsations  par  minute.  Il  e?l 
naturel  que  le  nombre  des  mouvements  respiratoires  baisse  également.  La  ^^- 
sorption,  confoimément  aux  lois  biologiques,  est  alors  notablement  renfbrcée  et 
produit  une  quantité  excessive  de  lymphe,  qui,  entrant  dans  les  voies  circulatoires, 
y  prépare,  sous  l'influence  du  ralentissement  de  la  respiration,  une  pléthore 
veineuse.  Le  sang,  dont  regorgent  le  cœur  et  les  vaisseaux  voisins,  excite  une 
réaction,  et  les  ralentissctnenis  de  la  circulation  sont  compensés,  pour  la  plupart 
du  temps,  par  des  accélérations. 

Tant  qu'il  y  a  de  ces  compensations  régulières,  l'état  morbide  ne  se  développe 
pas.  Mais  une  fois  que,  par  une  cause  quelconque,  cette  compen«»tîon  n'arrive 
plus,  et  que  la  résorption  toujours  excessive  produit  la  lymphe  dans  une  quantité 
qui  surpasse  la  capacité  des  voies  circulatoires,  U  y  a  nécessairement  accumula- 
tion de  sérosité  dans  les  vaisseaux  et  tissus  lymphatiques,  et  partant  dans  les 
intestins.  H  en  résulte  des  ramollissements,  des  exfoliations  des  intestins  et 
ensuite  transsudation  par  leurs  parois.  Jusqu'ici  il  n'y  avait  que  prédisposition 
cholérique  ;  mais,  aussitôt  que  la  transsudation  excessive  est  survenue,  le  cœnr 
étant  privé  des  nouvelles  colonnes  sanguines  qui  auraient  activé  son  action,  la 
circulation  cessera  d'être  générale  ;  alors  elle  s'accroîtra  dans  les  organes  qui 
offrent  le  plus  de  résistance,  c'est-à-dire  dans  les  organes  jouissant  de  vaisseaux 
capillaires  très-compactes,  voire  dans  les  organes  du  système  de  la  veine  porte. 
Ainsi  surviennent  les  stases  capillaires,  qui  empêchent  le  passage  du  sang  des 
artères  dans  les  veines,  et  qui  envahissent  successivement  aussi  les  organes 
jouissant  d'une  circulation  plus  énergique.  Il  y  a  de  ces  cas  oh  les  stases  sanguines 
envahissent  la  plupart  des  organes,  ce  qui  amène  une  mort  presque  instantanée  ; 
ces  cas  sont  exceptionnels  :  mais,  en  général,  pendant  que  se  produisent  ies 
stases  dont  nous  venons  de  parler,  les  organes  qui  jouissent  d'une  circulation 
énergique  et  d'une  ailériosité  prononcée  reçoivent  tout  le  sang  circulant,  et  par 
conséquent  se  trouvent  dans  un  état  de  congestion.  Tout  cela  constitue  Iti  période 


POtNANSEL    — -  DUfilfOSTIG  ET  TRAITfiyiNT  OU  CHOLÉRA.  587 

alçide.  D'ailleurs  les  stases  augmentent  la  transsudation  des  pallies  séreuses  du 
sang^  et  amènent  une  anémie  mi  generis;  ainsi  la  période  algide^  en  commen- 
çant par  la  pléthore,  approche  vers  sa  fin  de  Tanémie,  et  la  circulation  redevient 
générale. 

Si  les  stases  ont  été  de  courte  durée,  le  moment  du  retour  de  la  circulation 
générale  constitue  la  convalescence  immédiate;  mais  si  les  stases  ont  duré 
longtemps,  et  que,  par  conséquent,  le  peu  de  sang  qui  reste  offre  déjà  des  alté- 
rations considérables,  alors  le  retour  de  la  circulation  générale  ne  sera  qu'une 
nouvelle  phase  morbide  dans  laquelle  le  sang  qui  manque  se  reconstitue  avec  le 
concours  de  la  résorption.  Le  retour  de  la  circulation  générale,  après  des  stases 
de  courte  durée,  s'appelle  la  réaction  salutaire,  tandis  que  l'état  qui  succède  aux 
stases  de  longue  durée  constitue  la  période  typhoïde. 

La  période  de  prédisposition  cholérique,  étant  un  état  intermédiaire  entre  la 
santé  et  la  maladie,  n'occasionne  pas  de  souffrances  déterminées,  et  par  consé- 
quent passe  pour  la  plupart  du  temps  inaperçue,  d'autant  plus  que  le  système 
nerveux  se  trouve  alors  sous  l'influence  anesthésique  du  gaz  acide  carbonique  qui 
surabonde  dans  le  sang.  Aussi  la  période  alglde  est  quelquefois  d'une  durée 
tellement  courte^  et  l'état  typhoïde  se  produit  parfois  si  soudaineoient,  qu'on 
pourrait  croire  que  la  période  algide  n'a  pas  du  tout  existé,  et  que  le  choléra  a 
conunencé  d'emblée  avec  l'état  typhoïde  ;  mais  celui-ci  ne  pouvant  arriver  qu'à 
la  suite  de  stases  d'une  durée  assea  prolongée  pour  qu'il  y  ait  appauvrissement 
et  altération  du  sang,  tout  cas  de  choléra,  en  tant  que  le  mal  n'est  pas  intercepté 
dans  son  cours  naturel,  parcourt,  selon  notre  opinion,  les  trois  périodes  ci-dessus 
indiquées.  Sonune  toute,  la  période  typhoïde  ne  peut  survenir  qu'après  les 
périodes  précédentes,  qui  lui  servent  de  base.  Seulement,  quand  la  période  de 
prédisposition  a  duré  longtemps,  c'est-à-dire  quand  la  période  de  fomiatioiyies 
stases  est  tellement  prolongée  que  cette  période  même  produit  le  manque  et 
l'altération  du  sang,  alors  l'état  algide  sera  de  courie  durée  et  peu  distinct,  l'état 
typhoïde  apparaissant  tout  de  suite.  Néanmoins,  chaque  fois  qu'on  croit  que  le 
choléra  a  débuté  par  un  état  typhoïde,  il  y  a  plutôt  observation  défectueuse  que 
défaut  de  développement  pathologique. 

Les  limites  restreintes  de  ce  travail  ne  me  permettent  pas  d'entrer  dans  l'ex- 
plication de  fous  les  phénomènes  propres  aux  trois  périodes  ;  je  me  bornerai  donc 
à  noter  seulement  que  la  pléthore  veineuse,  les  stases  capillaires  et  la  transsuda- 
tion avec  leurs  suites,  voire  les  congestions,  le  défaut  et  l'altération  ultérieure 
du  sang,  donnent  une  explication  positive  de  la  maladie,  sans  y  rien  laisser 
d'énigmatique. 

Le  choix  de  la  thérapeutique  devant  être  confoime  aux  différents  degrés  de  la 
maladie,  qui  dépend  de  l'étendue  qu'auront  gagnée  les  stases,  il  nous  reste 
encore  à  définir  ces  degrés. 

Or,  nous  savons  que  l'afiaiblissement  de  la  circulation  a  pour  efPet  immédiat 
les  stases  sanguines  qui  se  produisent  successivement,  en  commençant  par  les 
organes  qui,  à  cause  de  leur  disposition  anatomique,  ont  une  circulation  plus 
lente,  et  s' étendant  aux  organes  qui,  en  raison  de  leur  structure,  jouissent  d'une 
circulation  plus  active.  Cest  ainsi  que  les  stases  se  forment  en  premier  lieu  dans 
les  organes  abdominaux,  du  ressort  de  la  veine  porte.  Si  elles  n'envahissent  pas 
d'autres  organes,  alors  il  n'y  a  que  le  premier  degré  du  choléra,  il  y  a  de  la  cho- 
lérine.  Si  elles  envahissent  les  reins,  les  muscles  et  d'autres  organes,  à  l'exception 


588     CONGRÈS  MÉDICAL  INTERNATIONAL.  —  aNQUlfeME  ftlANCE  DO  SOIR. 

du  cœur  et  du  cerveau,  il  y  aura  second  degré,  c'est  le  choléra  ;  la  sécrétion  des 
urines  sera  donc  suspendue,  et  la  circulation  se  bornera  aux  organes  qui,  par 
leur  nature,  sont  disposés  aux  congestions.  Néanmoins  l'activité  du  coeur  conti- 
nuant  et  ses  pulsations  étant  distinctes,  ce  degré  pourrait  être  nommé  choléra 
sphygmodes,  pour  le  distinguer  du  troisième  degré  qui  est  nommé  choléra  asphyc- 
tique,  les  pulsations  du  cœur  étant  alors  imperceptibles  et  la  circulation  anéantie 
presque  dans  tout  l'organisme,  à  cause  des  stases  qui  auront  envahi  la  substance 
même  du  cœur. 

Il  nous  reste  à  ajouter  à  ce  que  nous  venons  de  dire,  que  chaque  degré  de  la 
maladie  parcourt  lui-même  les  trois  périodes  que  nous  avons  signalées,  même 
le  degré  le  plus  faible.  Ces  périodes  sont  souvent  peu  distinctes,  mais  réelles, 
quand  elles  ne  sont  pas,  bien  entendu,  interrompues  par  la  mort  ou  la  gué- 
rison. 


BB  liA  SOUFFRANCE  BB  li'VTÉBVS 
PBNBAMT  liA  «BOSSESSB  CUBE  Ii.%  FBHME 

PAR  M.   LE  DOCTEUR  MATTEI  (A   PARIS) 
ProfeiMiir  libre  d*aoc<NKliementt. 


Dans  le  langage  ordinaire,  les  dénominations  de  douleur  et  de  souffrance  sont 
ordinairement  synonfy mes  ;  mais  en  médecine,  on  a  besoin  d'établir  entre  elles 
une  différence  maïquée  qu'on  n'a  cependant  pas  encore  faite. 

On  doit  conserver  le  nom  de  douleur  à  l'impression  pénible  reçue  par  un  point 
du  corps  et  perçue  pai*  le  cei-veau.  On  doit  donner  le  nom  de  souffrance,  au  con- 
traire, à  l'impression  pénible  reçue  par  les  organes,  et  dont  le  cerveau  n'a  pas 
conscience,  au  moins  d'une  manière  directe;  ce  qui  veut  dire  qu'il  y  a  des  souf- 
frances sans  douleur,  mais  qu'il  n'y  a  pas  de  douleur  sans  souffrance. 

On  ne  peut  pas  dire,  en  effet,  que  nos  organes  ne  souiTrent  pas,  quoique  le 
cerveau  n'en  ait  pas  conscience,  lorsque  )eur  texture  anatomique  est  altérée,  que 
leurs  fonctions  sont  troublées,  et  que  ce  trouble  peut  se  propager  à  l'économie 
tout  entière. 

Le  sujet  dont  je  m'occupe  en  ce  moment  est  précisément  de  ce  nombre;  c'est- 
à-dire  que  l'utérus  peut  souffrir  assez  fortement  pour  produire  des  accidents 
graves,  sans  que  le  cen'cau  en  reçoive  de  la  douleur,  ou  tout  au  moins  sans  que 
les  douleurs  causées  par  cette  souffrance  correspondent  à  l'utérus  lui-même. 

Dans  la  division  de  la  vie  organique,  régie  par  le  grand  sympathique,  et  les 
fonctions  de  la  vie  animale,  régie  par  l'axe  cérébro-spinal,  dans  cette  difision, 
Bichat  a  pu  donner  implicitement  l'explication  du  fait  dont  je  viens  de  parler; 
mais  il  est  reconnu  aujourd'hui  que  la  séparation  dont  il  a  été  question  n'existe 
pas  plus  dans  les  fonctions  que  dans  le  système  nerveux,  surtout  si  on  les  consi- 
dère d'une  manière  absolue.  En  effet,  tous  les  nerfs  se  tiennent  entre  eux,  et  un 
organe  qui  agit  à  l'insu  du  cerveau  pendant  l'état  de  santé  peut  lui  faire  sentir 
de  la  douleur  quand  il  est  malade. 


MATTÊI.    —  0B  LA  SOUFTHANCB  DE  L^OTÊRCS  CHEZ  LA  FEMME.        589 

La  transmission  de  la  soufflrance  d'un  organe  au  cerveau  peut  se  faire  directe- 
ment, et  alors  nous  rapportons  la  douleur  à  l'organe  souffrant,  ou  cette  transmis- 
sion se  fait  d'une  manière  détournée,  et  alors  la  douleur,  les  malaises  et  les 
troubles  fonctionnels  ne  sont  plus  rapportés  par  le  cerveau  à  l'organe  souffrant, 
mais  bien  au  siège  de  ces  symptômes  pathologiques.  C'est  seulement  par  le  rai- 
sonnement scientifique  que  nous  pouvons  redresser  celte  erreur.  Nous  voyons 
souvent  en  effet  les  malades  croire  au  siège  de  la  maladie  là  où  ils  sentent  la 
douleur  pendant  que  le  médecin  trouve  cette  maladie  ailleurs. 

La  belle  découverte  de  Marshall-Hall  sur  les  phénomènes  réflexes  de  la  moelle 
épinière  rend  compte  de  quelques-uns  des  faits  dont  je  parle  :  ainsi  la  souffrance 
utérine  se  traduit  souvent  par  des  douleurs  névralgiques  correspondant  aux  points 
d'émergence  des  nerfs  intercostaux  ou  lombo-abdominaux,  et,  dans  ce  cas,  la 
moelle  est  le  point  de  réflexion  de  la  douleur;  mais  une  foule  d'autres  faits 
restent  inexpliqués  par  la  réflexion  de  l'axe  spinal  :  telles  sont  les  indispositions 
de  grossesse,  dites  sympathiques,  et  dont  la  manifestation  se  fait  dans  le  tube 
digestif,  le  système  vasculaire,  le  système  glandulaire,  et  dans  bien  d'autres 
organes  ou  systèmes  d'organes.  Ces  indispositions  sont  pourtant  l'irradiation  de  la 
souflrance  de  l'utérus,  qui  se  fait  sans  doute  par  le  système  nerveux  encore  plus 
que  par  toute  autre  voie;  mais  ces  indispositions  ne  sont  pas  assurément  toutes 
des  phénomènes  réflexes  ayant  passé  par  la  moelle  épinière. 

Ceci  est  vrai  à  l'état  physiologique,  lorsque  pendant  la  puberté,  l'ovulation,  la 
menstration,  et  le  coït,  on  observe  des  phénomènes  dits  sympathiques  chez  la 
femme,  il  est  vrai  surtout  à  Tétat  pathologique,  lorsque  l'utérus  et  ses  annexes 
sont  atteints  de  maladies  organiques  ou  fonctionnelles.  Ainsi,  qu'on  pousse  une 
simple  injection  dans  l'intérieur  de  la  cavité  utérine  pendant  qu'elle  est  à  l'état 
de  vacuité,  et  souvent  la  malade  sera  prise  à  l'instant  même  de  malaises  qui 
pourront  aller  jusqu'à  la  syncope,  de  nausées  qui  pourront  aller  jusqu'aux  vomis- 
sements, ainsi  que  d'autres  phénomènes  sympathiques;  c'est-à-dire  qu'on  pourra 
occasionner  en  quelques  minutes  les  plus  forts  malaises  qu'on  observe  chez  la 
femme  pendant  la  grossesse. 

La  souffrance  utérine  causée  par  l'injection  doit  être  vive  pour  produire  un 
tel  retentissement,  car  la  texture  anatomique  et  les  fonctions  n'ont  pas  éprouvé 
de  changement;  tandis  que  durant  la  gestation,  la  texture  anatomique  et  les  fonc- 
tions sont  profondément  modifiées  dans  l'utéiTis.  Tous  les  tissus  sont  hypei*trophiés, 
et  les  fonctions  sont  plus  marquées;  en  particulier,  la  contractilité,  la  sensibilité, 
la  circulation,  la  sécrétion,  etc.  Une  même  souffrance  utérine  pourra  alors  pro- 
duire un  bien  plus  grand  retentissement,  et  une  souffrance  faible,  qui  n'aurait 
pas  pixiduit  de  trouble  éloigné  ou  général  pendant  l'état  de  vacuité,  en  produira  de 
bien  sensibles  pendant  la  grossesse. 

Ces  préliminaires  m'étaient  indispensables  pour  établir  le  point  obstétrical  que 
je  veux  démontrer  dans  ce  travail,  et  sans  pouvoir  le  traiter  à  fond,  en  peu  de 
temps,  je  vais  m'arrêter  brièvement  sur  les  effets  de  la  souffrance  utérine  pen- 
dant la  grossesse,  sur  les  symptômes  et  le  diagnostic,  sm*  les  causes  et  le  traite- 
ment de  cet  état  morbide. 

Effets.  —  La  grossesse  peut  être  rendue  pathologique  par  plusieurs  causes, 
dont  les  unes  font  partie  de  la  souffrance  utérine  que  j'étudie  ici,  d'autres  en  sont 
tout  à  fait  distinctes. 

Ainsi,  je  n'ai  pas  à  m'occuper  des  maladies,  fébriles  ou  non,  qui  agissent 


590     CONGBËS  liÊDIOO.  INTElNATIOCIàL.  —  dHQDlfclll  SÉANCE  M  80it. 

d'une  manière  générale  avant  de  porter  leur  action  sur  l'utérus  gtatide  ;  je  éois 
seulement  me  rappeler  que  Tétat  de  grossesse  rend  cet  organe  plus  sensttile  aux 
causes  morbides  générales  que  quand  il  est  en  état  de  vacuité. 

Je  ne  dois  pas  non  plus  m'occuper  de  ce  qui  agit  mécaniquement  pendant  la 
grossesse  pathologique  ;  mais  ici  non  plus  je  ne  dois  pas  oublier  que  si  la  mt- 
trice>  par  son  volume,  par  exemple,  gêne  les  fonctions  de  la  vessie,  du  rectum, 
du  poumon  et  d'autres  organes,  cette  matrice  elle-même  peut  être  sensible  à  U 
résistance  qu'opposeront  à  son  expansion  les  organes  que  je  viens  d'indiquer  et 
autres,  l'enceinte  rigide  du  bassin  surtout. 

Les  phénomènes  qui  entrent  tout  à  fait  dans  mon  sujet  sont  ceux  surtout 
qu'on  appelle  sympathiques.  Ces  phénomènes,  comme  on  le  sait,  peuvent  être 
légers,  mais  aussi  ils  peuvent  atteindre  une  gravité  telle,  qu'ils  rendent  la  gros- 
sesse pénible  et  compromettent  même  la  santé  et  la  vie  de  la  femme;  ils  peuvent 
fatiguer  le  produit  jusqu'à  enrayer  son  existence,  ou  ils  peuvent  le  fkire  expulser 
avant  terme.  La  gravité  des  effets  de  la  souffrance  utérine  mérite  par  conséquent 
la  plus  grande  attention.  J'arrive  aux  manifestations  de  cette  souffrance. 

Symptàmes  et  diagnostic,  —  La  douleur  siégeant  dans  l'utérus  même  est 
assurément  le  signe  le  plus  probant  de  la  souffrance  de  cet  organe,  et  cette  dou- 
leur peut,  être  spontanée  ou  occasionnée  par  les  mouvements  fœtaux  et  par 
la  pression  de  la  main  sur  l'abdomen,  ou  par  la  pression  des  doigts  explorateurs 
sur  le  segment  inférieur  et  le  col  de  l'utérus.  Il  faut  seulement  prendre  garde  de 
ne  pas  rapporter  à  l'utérus  la  douleur  dépendant  de  l'hyperesthésie  de  la  petu 
de  l'abdomen  ou  de  la  sensibilité  d'un  organe  autre  que  l'utérus  gravide. 

Je  l'ai  déjà  dit,  l'utérus  peut  être  bien  souffrant  sans  offrir  de  douleur  locale 
spontanée,  mais  il  y  a  peu  de  cas  où.  il  soit  souffrant  sans  qu'on  réveille  la  dou- 
lem*  par  la  pression  artificielle;  cependant  si  cette  douleur  manquait,  il  ne  fau- 
drait pas  nier  la  souffrance  utérine,  quand  elle  serait  affirmée  par  les  autres 
signes  dont  je  vais  parler. 

Les  formes  anormales  de  l'utérus  gravide,  le  volume  disproportionné  de  cet 
organe  avec  l'âge  de  la  grossesse,  sa  tension  permanente  et  ses  déplacements 
insolites,  peuvent  indiquer  la  souffrance.  Ces  signes,  qu'on  peut  appeler  sensibles, 
ont  été,  du  reste,  assex  bien  étudiés  par  les  divers  observateurs;  ce  qu'on  n'a  pas 
rapporté  à  la  souffrance  utérine,  ce  sont  les  symptômes  éloignés. 

Les  principaux  de  ces  symptômes,  dits  sympathiques,  ont  pour  siège  les 
organes  animés  par  le  système  nerveux  ganglionnaire  ou  par  Taxe  cérébro- 
spinal  lui-même.  Tels  sont  les  troubles  des  voies  digestives  qui  peuvent  aller  de 
l'anorexie  aux  vomissements  les  plus  incoercibles;  les  troubles  du  système  circu- 
latoire, qui  peuvent  aller  depuis  les  faibles  variations  du  pouls  jusqu'à  l'anémie,! 
la  syncope  ou  aux  accès  fébriles;  les  troubles  des  voies  respiratoires,  qui  peuvent 
aller  de  l'oppression  légère  jusqu'à  la  toux  la  plus  obstinée;  les  troubles  de  l'axe 
cérébro-spinal,  qui  peuvent  aller  de  l'hyperesthésie  légère  au  prurit  et  aux 
névralgies  les  plus  intenses,  de  la  crampe  aux  convulsions,  des  biiarreries  de 
caractère  jusqu'à  la  plus  grande  exaltation  cérébrale  ou  à  la  perversion  des 
sens. 

C'est  souvent  sans  aucun  signe  sensible  spontané  de  l'utérus  que  la  souffrance 
de  cet  organe  atteint  ces  hauts  degrés,  et  ce  qui  prouve  pourtant  la  réalité  de 
cette  souffrance  est  que  l'utérus  entre  souvent  alors  en  contraction,  expulse  le 
produiti  et  tout  l'orage  s'apaise  aussitôt  comme  par  enchantement.  D'autres  fois 


lUTTEi.  —  MU  sourpftAKCB  w  L*oTÉai»  CMU  LA  mm.      S0t 

la  mort  Mille  de  l'embryon  dans  le  sein  maternel  suf&t  à  calmer  la  violence  des 
phénomènes  sympathiques;  non  parce  que  la  vie  du  produit  causait  ces  symptô* 
mes,  noais  parce  que  cette  mort^  ne  faisant  plus  de  Tutënis  le  point  convergent 
de  liquides  et  de  fluides  de  l'économie,  soulage  la  soufii*ance  de  cet  organe. 

Le  cadre  même  des  symptômes  que  je  viens  de  tracer  met  sur  la  voie  du 
diagnostic.  Les  phénomènes  sympathiques  conduisent  à  Texamen  de  rutérus, 
dont  la  souffrance  est  ordinairement  conflrméj  par  une  altération  dans  la  position, 
la  forme,  le  volume,  la  tension,  et  surtout  la  sensibilité  de  cet  organe. 

Le  palper  abdominal,  qui  m'a  rendu  de  si  grands  services  pour  le  diagnostic 
obstétrical  et  les  manœuvres  opératoires  ;  le  palper  seul,  ou  combiné  avec  le 
toucher  vaginal,  m'a  aussi  porté  à  reconnaître  la  souffrance  utérine. 

Un  fait  étrange  en  appai'euce,  mais  qui  s'explique  par  tout  ce  que  je  viens  de 
dii-e,  est  qu'en  pressant  quelquefois  sur  l'utérus  gravide  soufi&ant,  j'ai  réveillé 
à  l'instant  même  des  phénomènes  sympathiques  inconnus  jusqu'à  ce  moment  ou 
endormis  :  tels  seraient  les  nausées,  la  constriction  de  la  gorge,  les  névralgies, 
intercostales  et  autres  symptômes  de  ce  genre.  Ce  qui  prouve  que  ces  symptômes 
étaient  le  résultat  de  la  souffrance  que  j'occasionnais  par  la  pression,  c'est  qu'ils 
cessaient  avec  la  pression  même;  comme  il  arrive  quelquefois  de  voir  ces  mêmes 
phénomènes  sympathiques  paraître  et  disparaître  pendant  le  travaU  avec  chacune 
des  contractions  douloureuses  de  l'utérus. 


Causes,  —  Le  simple  état  de  grossesse  a  été  considéré  jusqu'ici  comme  une  cause 
de  tous  ces  phénomènes  sympathiques,  mais  c'est  assurément  là  une  erreur.  La 
grossesse  est  un  état  physiologique  qui  ne  devrait  pas  plus  apporter  de  troubles 
pathologiques  chez  la  femme  qu'elle  n'en  apporte  chez  les  animaux.  Ces  troubles 
ne  proviennent  que  de  la  souffrance  utérine,  dont  nous  devons  rechercher  les 
causes  et  les  coml^attre. 

Ces  causes,  il  est  vrai,  ne  sont  pas  toujours  faciles  à  discerner  :  telle  serait,  par 
exemple,  la  disposition  de  certains  sujets  à  avoir  l'utérus  souffrant  à  toutes  les 
grossesses  et  quoi  qu'on  fasse  ;  mais  si  chez  ces  femmes  mêmes  on  ne  peut  pas 
détruire  complètement  la  souffrance  utérine,  on  peut  du  moins  l'alléger  en  com- 
battant toutes  les  causes  qui  peuvent  l'occasionner  ou  l'aggraver.  Je  vais  indiquer 
précisément  celles  de  ces  causes  dont  l'action  est  la  plus  manifeste,  et  par  con- 
séquent plus  facile  à  attaquer. 

Une  des  principales  est  la  gêne  qu'éprouve  l'utérus  dans  son  expansion  :  ainsi 
chez  les  animaux  la  matrice  gravide  est  affranchie  de  l'enceinte  rigide  du  bassin, 
elle  flotte  au  milieu  de  tissus  souples  et  facfles  à  déplacer;  tandis  que  chez  la 
femme  la  position  naturelle  de  l'utérus,  et  surtout  la  station  veilicale,  forcent  la 
matrice  à  se  distendre  dans  le  petit  bassin  avant  de  pouvoir  gagner  les  fosses 
iliaques.  Cette  élévation  même  ne  se  fait  qu'en  supportant  le  poids  des  viscères 
abdominaux,  et  quelquefois  en  refoulant  les  côtes>  rapprochées  par  l'usage  des 
corsets  :  aussi,  qu'on  le  remarque  bien,  pendant  les  premiers  mois  de  la  grossesse, 
les  phénomènes  sympathiques^  et  par  conséquent  la  souffrance  utérine,  sont  plus 
marqués  que  pendant  les  derniers  mois.  Ces  phénomènes  se  montrent  plus  sou- 
vent ou  avec  plus  d'intensité  chez  les  femmes  de  la  ville  que  chez  les  feiûmes 
de  la  campagne,  et  jusqu'à  un  certain  point  plus  chei  les  femmes  riches  que 
chez  les  pauvres. 

Le  hasard  porta  une  fois  le  professeur  Moreau  à  reconnaître  que  les  vomisse- 


502     G0N6BÈ8  MÊDlGàL  UrrEBNATIOtiAL.—  CINQUÎÈHE  SÉANCE  DU  SOIR. 

ments  incoercibles  chez  une  femme  enceinte  étaient  dus  à  la  rétroTenion 
de  l'utérus  grayide,  et,  chose  étrange,  ce  fait  n'a  pas  porté  à  mieux  étudier  la 
souffrance  utérine  pendant  la  grossesse.  Il  est  démontré  aujourd'hui  pour  moi 
que  ce  n'est  pas  la  rétroversion  seule  qui  peut  causer  les  symptômes  graves  dont 
on  trouve  le  cadre  dans  les  auteurs.  L'utérus  peut-  être  en  rétroversion  sans  être 
souffrant^  ceci  arrive  souvent  dans  les  deux  premiers  mois  de  la  grossesse,  tandis 
qu'il  peut  ne  pas  y  avoir  de  rétroversion,  et  l'utérus  être  serré  dans  le  petit  bas- 
sin. V enclavement  de  Vutérus  gravide,  et  je  tiens  au  mot,  est  alors  la  cause  de  sa 
souffrance,  et  cet  enclavement  peut  exister  sans  rétroversion,  comme  la  rétro- 
version peut  exister  sans  l'enclavemenl. 

Une  autre  cause  fréquente  de  souffrance  pour  l'utérus  gravide  chez  la  femme 
est  la  congestion,  déjà  considérable  par  suite  de  l'augmentation  de  calibre  dans 
les  vaisseaux  utérins,  et  accrue  par  une  foule  d'autres  causes  dont  on  doit  tenir 
compte. 

La  première  de  ces  causes  est  l'afflux  cataménial,  qui  continue  malgré  la  gro^ 
sesse,  et  si,  comme  je  l'ai  démontré  dans  ma  clinique  obstétricale,  on  y  avait  fait 
attention,  on  se  serait  aperçu  que  les  premiers  phénomènes  sympathiques  de  la 
grossesse  se  prononcent  ordinairement  avec  la  congestion  de  la  première  mens- 
truation qui  manque  ;  les  femmes  grosses  savent  très-bien  du  reste  qu'elles  sont 
souffhintes  aux  époques  cataméniales  bien  plus  que  dans  les  autres  temps  de  la 
gestation. 

A  la  congestion  cataméniale  naturelle  peuvent  s'ajouter  d'autres  causes  nom- 
breuses dont  l'action  est  passagère,  comme  le  coït,  les  émotions  morales,  la 
diarrhée  ou  la  constipation  ;  d'autres  causes  ont  une  action  plus  prolongée  ou 
permanente,  comme  l'usage  du  corset,  les  maladies  de  l'utérus  et  de  ses  anneies, 
les  maladies  du  produit  de  la  conception,  les  grossesses  multiples,  les  profession< 
qui  exigent  de  grands  efforts,  des  marches  prolongées  et  autres  causes  de  ce  genre. 

Ces  causes,  à  dire  vrai,  peuvent  rendre  l'utérus  souffrant  en  dehors  même  de  la 
congestion  ;  mais  ce  qui  prouve  le  rôle  que  joue  ici  la  plénitude  des  vaisseaui 
utérins,  est  qu'une  légère  déplétion,  et  le  traitement  qui  consiste  à  détourner  le 
sang  de  l'organe  gestateur,  sont  ordinairement  suivis  de  soulagement. 

TraitemefU.  —  Le  traitement  qu'on  a  opposé  jusqu'ici  aux  maladies  de  la 
grossesse  a  eu  plutôt  pour  but  les  phénomènes  sympathiques  en  particulier  que 
la  souffrance  utérine  dont  ces  symptômes  sont  la  manifestation.  Les  calmants,  les 
antispasmodiques,  les  révulsifs,  les  répercussifs,  les  empiriques  de  toute  sorte 
ont  été  employés  tour  à  tour  avec  un  succès  plus  ou  moins  incertain  et  souvent 
nul.  La  raison  en  est  bien  sim[^e  :  c'est  que  ces  moyens  attaquaient  rarement  la 
souffrance  utérine  et  ses  causes.  Tandis  que,  quand  on  se  dirige  vers  ce  but,  ce 
traitement  est  à  la  fois  plus  simple,  plus  rationnel  et  plus  efficace.  Ce  traitement 
est  naturellement  prophylactique  ou  curatif. 

Le  traitement  prophylactique  a  pour  but  principal  d'éloigner  tout  ce  qui  con- 
gestionne l'utérus  ou  le  gène  dans  son  expansion.  Par  conséquent,  on  doit  éloigner 
tous  les  excitants  locaux  ou  généraux,  dont  je  n'ai  pas  besoin  de  donner  ici 
les  détails.  On  doit  prescrire  au  contraire  le  repos  modéré  et  quelques  bains 
génétaux.  , 

On  doit  éloigner  ce  qui  gêne  l'expansion  utérine,  comme  l'usage  des  corsets, 
les  efforts,  les  mai'cbes  prolongées,  et  soutenir  au  contraire  l'abdomen  avec  une 
ceintura.  Ces  moyens^  qui  sont  du  reste  prescrits  dans  tous  les  traités  de  la  gros- 


ttUTTBf.    —  DE  LA.  SOUFFBANCE  DB  L'OTËBUS  dOZ  LA  FEMME.         593 

sesse^  ne  suffisent  pas  toujours  à  préyenir  et  surtout  à  combattre  la  souffrance 
utérine,  il  faut  alors  recourir  aux  moyens  curatifs. 

Le  traitement  curatif  de  la  congestion  Tarie  suivant  qu'elle  est  lëgj^re  ou  grave. 
Ainsi  la  seule  position  horizontale  pendant  quelques  jours  suffit  souvent  à  la  faire 
disparaître,  surtout  quand  eUe  est  sous  l'influence  du  nisus  cataménial.  Mais  si 
cela  ne  suffit  pas,  on  a  recours  selon  l'intensité  aux  sinapismes  sur  les  bras  ou 
sur  le  dos.  La  saignée  est  rarement  nécessaire.  Mais  si  les  anciens  ont  fait  un 
abus  de  ce  moyen  dans  la  grossesse,  quelques  auteurs  modernes  sont  allés  à 
l'excès  opposé.  Les  préparations  opiacées,  et  en  particulier  les  lavements  lauda- 
nisés  qu'on  a  préconisés  depuis  longtemps  pour  combattre  les  menaces  d'avor- 
tement,  n'agissaient  autrement  qu'en  calmant  la  souffrance  utérine.  Lorsqu'il  y  a 
des  symptômes  périodiques,  fébriles  ou  non,  l'usage  du  sulfate  de  quinine  est  fort 
utile,  et  pour  mon  compte  j'emploie  souvent  des  pUules  composées  de  10  centi- 
grammes de  ce  sel,  avec  15  à  20  centigranmies  de  pâte  de  cynoglosse. 

Lorsque  la  souffrance  utérine  tient  à  un  enclavement,  on  ne  peut  guère 
compter  sur  les  moyens  précédents,  et  il  faut  absolument  détruire  cet  état  en 
refoulant  avec  les  doigts  l'utérus  de  bas  en  haut.  Cette  manœuvre  n'est  pas  seu- 
lement applicable  à  la  rétroversion  utérine,  comme  on  l'a  cru  jusqu'ici,  elle  est 
applicai>le  à  tout  enclavement  de  l'utérus  dans  le  petit  bassin,  et  comme  je  l'ai 
dit,  ces  enclavements,  à  divers  degrés,  bien  entendu,  sont  assez  fréquents  pendant 
les  premiers  mois  de  la  grossesse. 

Si  au  contraire  la  souffrance  utérine  tient  à  une  maladie  accidentelle  arrivée 
avant  ou  pendant  la  grossesse,  c'est  à  traiter  la  maladie  qu'il  faut  s'appliquer  :  tel 
serait  le  rhumatisme  utérin,  la  métrite,  les  maladies  du  col  ou  autre  semblable. 
Une  cause  de  souffrance,  dont  on  ne  s'était  pas  douté,  est  la  présentation  du 
fœtus  par  les  pieds  pendant  la  grossesse,  et  je  remédie  à  cet  accident  en  trans* 
formant  cette  présentation  en  celle  du  sommet  de  la  tête  à  l'aide  de  manœuvres 
externes. 

Un  moyen  empirique  dont  l'usage  a  fait  connaître  la  valeur  pour  soulager 
les  vomissements  des  femmes  grosses,  ce  moyen  est  l'iodure  de  potassium 
ioduré. 

Ce  succès  inexpliqué  jusqu'ici  rentre  précisément  dans  ma  manière  de  voir 
sur  la  souffrance  utérine.  Ainsi  l'iode,  qui  a  une  action  tonique  sur  les  nerU 
vaso-moteurs,  agit  dans  la  grossesse  comme  dans  les  hypertrophies  et  dans  les 
tumeurs  anormales.  Il  combat  la  congestion  de  l'utérus  en  faisant  évidenunent 
contracter  les  vaisseaux  de  cet  organe  ;  aussi,  pour  mon  compte,  je  ne  le  donne 
pas  seulement  dans  les  cas  de  vomissements;  je  l'ordonne  dans  tous  les  cas  de 
souffrance  de  l'utérus  gravide;  aussi  il  m'est  arrivé  de  soulager  par  ce  moyen  la 
toux  opiniâtre,  les  névralgies  de  toute  sorte  et  bien  d'autres  phénomènes  sym- 
pathiques incommodes  de  la  grossesse. 

Ce  mode  d'action  de  l'iodure  de  potassium  ioduré  rend  son  administration 
fort  utile  aussi  pour  les  cas  de  rétrécissement  du  bassin  où  l'on  a  intérêt  à  avoir 
des  enfants  moins  volumineux  qu'à  l'état  normal. 

Je  pourrais  donner  d'autres  détails  concernant  le  traitement  de  la  souffrance 
utérine,  mais  les  généralités  auxquelles  je  viens  de  m'arrêter  suffiront,  je  l'es* 
père,  à  faii'e  comprendi*e  comment  la  pathologie  de  la  grossesse  envisagée  comme 
je  l'ai  fait,  cette  pathologie  soit  plus  facile  à  connaître  et  plus  facile  à  traiter^ 
soit  dans  l'intérêt  de  la  mère,  soit  dans  l'intérêt  de  l'enfant. 

Le  peu  de  temps  qui  m'est  accordé  fait  que  je  n'ai  pas  cité  d'observations  à 

38 


59/i      CONGRES  MÊDIGiL  HfTBRIVATIOCf AL.  —  CmQmÈME  BÊANGB  DD  SOIB. 

Tappui  de  tout  ce  que  je  viens  de  dire^  mais  on  trouvera  ces  observations  décrites 
en  dëlail  dans  ma  Clinique  obstétricale» 

Voici  en  attendant  les  conclusions  que  je  crois  pouvoir  tirer  de  ce  qui  précède, 
comme  de  tout  ce  que  j'ai  observé  jusqu'ici  sur  le  sujet  en  question. 

1**  On  doit  établir  en  pathologie  une  diil'érence  marquée  entre  la  doiUew  de 
nos  organes  qui  est  perçue  par  le  cerveau,  et  la  souffrance  de  ces  organes  qui  ne 
va  pas  jusqu'à  se  faire  sentir  dii*ectement  par  le  cerveau;  c'est-à-dire  qu'il  peut 
y  avoir  des  souiTrances  sans  douleur,  mais  non  des  douleurs  sans  soufl'rancet  et 
enûn  il  peut  y  avoii*  des  douleurs  dont  le  siège  apparent  n'est  pas  le  même  que 
celui  de  l'organe  souffrant* 

2^  Les  idées  de  Bichat  sur  la  division  des  fonctions  en  celle  de  la  vie  orga- 
nique et  celle  de  la  vie  animale,  comme  les  idées  de  Marshall-Hall  sur  les  phé- 
nomènes réflexes  de  la  moelle  épinière,  ces  idées  expliquent  un  certain  nombre 
de  faits  correspondants  à  la  distinction  entre  la  douleur  et  la  souffrance  de< 
organes»  mais  elles  ne  les  expliquent  pas  tous. 

3"  L'utéruSj  qui  appartient  à  la  vie  organique,  et  qui  à  part  sa  région  ceni- 
cale  ne  reçoit  que  des  nerfs  du  grand  sympathique,  l'utérus  peut  transmettre 
directement  la  douleur  de  la  soullrance  au  cerveau,  ou  souHtir  sans  que  le  cer- 
veau en  ait  conscience,  mais  surtout  il  peut  n'envoyer  au  cerveau  que  des  dou- 
leurs siégeant  en  apparence  dans  d'autres  organes  plus  ou  moins  éloignés. 

4"  Bien  des  phénomènes  pathologiques  locaux  et  surtout  les  phénomènes 
sympathiques  de  la  grossesse  sont  l'irradiation  de  la  souffrance  utérine,  et  leur 
degré  varie  comme  la  souffrance  elle-même. 

ô^  Ces  phénomènes  sympathiques  suilQraient  seuls  à  dénoncer  la  souffhtnre 
de  l'organe  gestateur;  mais  l'examen  local  t]X)uve  dans  le  volume,  la  forme,  k 
la  position,  la  tension,  et  surtout  dans  la  sensibilité  de  l'utérus  sous  la  pression, 
cet  examen,  dis-je,  trouve  la  confirmation  de  la  souflVance  elle-même. 

6"  Les  causes  les  plus  fréquentes  de  cette-  souffrance  pendant  la  grossesse  sont 
la  congestion  de  l'utérus  et  la  gêne  qu'éprouve  cet  organe  dans  son  expansion' 
Ainsi  Venclaimmênt  de  l'utérus  dans  le  petit  bassin  est  plus  fréquent  qu'on  ne  le 
pense  pendant  les  premiers  mois  de  la  grossesse.  Enûn  bien  des  maladies  locales 
cm  générales,  arrivant  pendant  la  gestation,  peuvent  être  aussi  cause  de  la  souf- 
france utérine. 

1^  Cette  souffrance  peut  non-seulement  rendre  la  grossesse  pénible.  Elle  peut 
(compromettre  la  santé  et  la  vie  de  la  mère,  la  santé  et  la  vie  du  fbetus,  ou  tout  au 
moins  provoquer  l'expulsion  prématurée  du  produit. 

8*  Le  traitement  de  la  pathologie  de  la  grossesse  doit  avoir  pour  but  principal 
le  soulagement  de  la  souffrance  utérine,  et  non,  comme  on  Ta  fait  trop  souvent, 
le  traitement  de  tel  ou  tel  phénomène  sympathique  qui  est  une  pure  manife^ 
tation  de  cette  souffrance.  De  plus,  ce  traitement  doit  avofa*  en  vue  la  cau^eU 
plus  apparente  de  la  souftVance  utérine  ;  en  particulier  la  congestion  et  la  ^êne 
dans  l'expansion  de  l'organe  gestateur.  Ainsi  on  a  besoin  de  refouler  plus  soutent 
qu'on  ne  le  croit  l'utérus  du  petit  bassin,  en  dehors  même  de  la  rétroversion 
utérine;  on  a  besoin  de  détourner  plus  souvent  qu'on  ne  le  croit  le  sang  qui  ^ 
porte  ordinairement  toujours  trop  ver»  l'utérus  che»  la  femme  grosse < 

9»  Les  préparations  sédatives  sont  employées  avec  fhiit  pom*  calmer  la  souflhnf' 
utérine,  mais  le  moyen  qui  agit  plus  efficacement  pour  calmer  les  phénomène» 
sympathiques  de  cette  souffrance,  quels  qu'ils  soient,  ce  moyen,  c'est  l'iodur^  de 
potassium  iod\u*é^  comme  on  peut  en  lire  des  observations  asseï  nombreuses  dans 


KBJ8TEUB1I.  -—  EZPRES810  KETUS.  .    595. 

une  clinique  obstétricale.  L'iode  me  parait  agir  ici  ea  resserrant  les  vaisseaux 
utérins,  comme  il  le  ferait  dans  toute  autre  hypertrophie  ou  dans  une  tumeur 
quelconque. 

Voilà,  messieurs  les  membres  du  Congrès^  le  fruit  de  mes  observations  sur  ce 
siyet;  c'est  à  vous  qu'il  appartient  maintenant  de  le  juger^  soit  ici^  soit  au  lit  des 
malades,  ie  m'estimerais  heureux  si  j'avais  pu  vous  intéresser  pendant  les  quel"- 
qoes  instants  d'attention  que  vous  avez  bien  voulu  m' accorder. 


NOUVBAV  PROCimi:  OPi»ATOIIIE  AU  MOYKIV 
DK  MAIvœiJVllES  EULTJBBIVJBS 

É 

fÀA   M.   LE   DOCTEUR   S.  KRISTELLER  (DE   BERLIN) 


AVANT-PROPOS 

Au  commencement  de  ce  siècle^  Wigand^  médecin  de  Hambourg,  fit  Tobseiv 
vation  importante  que  les  présentations  anormales  du  fœtus  peuvent  être  corri- 
gées par  la  version  au  moyenne  manœuvres  externes. 

Cette  opération  ayant  été  longtemps  trop  négligée,  les  accoucheurs  de  notre 
temps  ont  de  nouveau  appelé  l'attention  sur  elle^  A  part  les  auteurs  allemands, 
MM.  C.  Braun,  Hecker,  Ë.  Martin,  N8Bgele*<jrenser,  Scantoni  et  d'autres,  qui  ont 
beaucoup  pratiqué  cette  méthode,  nous  ne  devons  pas  oublier  que  BIM.  Gaseaux, 
Dinyau,  Herrgott,  Mattei,  Nievert,  Stoltx,  etc.,  ont  beaucoup  contribué  à 
propager  remploi  des  manœuvres  externes  en  France,  et  que  ce  fut,  dans  les 
dernières  années,  M.  Braxton  Hicks  (de  Londres),  qui  mit  en  vogue  les  manœu-* 
vres  externes,  en  les  combinant  avec  les  manœuvres  internes,  et  en  assignant  à 
ces  dernières  le  rôle  le  plus  restreint. 

On  a  reconnu  combien  il  est  avantageux  d'introduire  le  plus  rarement  possible 
les  mains  ou  les  instruments  dans  les  parties  génitales  internes,  et  de  ne  pas 
exposer  les  mères  et  les  enfants  à  toutes  les  irritations  qu'entraînent  nécessaire* 
ment  les  opérations  internes. 

Suivant  les  idées  de  Wigand,  M.  Crédé  (de  Leipsig)  a  donné  le  précepte  d'opé- 
rer ainsi  la  délivrance  au  moyen  des  manœuvres  externes,  et  grâce  aux  obser- 
vations de  MM.  Braun,  Gaseaux,  Crédé,  Martin,  et  de  quelques  autres  de  nos 
contemporains,  nous  sommes  parvenus  à  profiter  de  cette  méthode  dans  les 
cas  où  la  tête  de  l'enfant  est  encore  retenue  dans  le  vagin,  le  tronc  étant  d<yà 
sorti. 

La  quesHon  qtd  se  présente  aujourd*hvi  à  la  tcience,  c'est  donc  de  savoir  s'U  ne 
tsraii  pas  possible  d'employer  les  manœuiores  eattemes  pendant  le  travaU  même,  pour 
wfdribuer  par  eUes  à  l'expulsion  du  fmtus,  dans  le  but  de  les  substituer  dans  les 


506     CONGRÈS  MÉDICAL  INTfiBNATIONAL»  —  CINQUIÈME  SÉANCE  OU  SOIB. 

cas  appropries  au  seigle  ergoté,  au  forceps,  et  à  l'extraction  au  moyen  de  k main. 

J'ai  tâché  de  résoudre  cette  question. 

Après  avoir  réussi  pendant  environ  deux  années  à  terminer  heureusement  des 
accouchements  lahorieux  par  des  manœuvres  externes,  j'ai  fait  des  conununica- 
tions  sur  ce  si^^et,  le  11  février  de  cette  année,  dans  la  Gazette  médieak  de  Boin 
{BerUner  hlmùche  Wochenschrift,  1867,  n"  6),  et  au  mois  de  mai,  dans  la  Jiem 
mensuelle  d'obstétrique  de  Berlin  {Monatsuekrift  fur  Geburtskunde ,  vol.  Œ, 
mai  1867). 

Ce  qui  va  suivre  est  un  résumé  de  nos  travaux  et  un  choix  d'observations  des 
cas  où  mon  procédé  opératoire,  que  j'appelle  expressio  fastus^  a  été  appliqué. 

CHAPITRE  PREMIER 

PROCÉDA  OPÉRÀTOIRB. 

«  La  femme  est  couchée  sur  le  dos  ou  un  peu  inclinée  sur  le  côté,  les  cuises 
fléchies  de  manière  à  mettre  les  muscles  de  l'abdomen  dans  le  relâchement.  Li 
vessie  et  le  rectum  sont  vidés.  L'accoucheur,  placé  à  côté  du  lit,  explore  par  la 
palpation  et  la  percussion  l'étendue  de  Tutérus,  et  circonscrit  exactement  cet 
organe,  en  l'isolant  des  organes  qui  l'environnent,  et  surtout  en  refoulant  d^ 
anses  intestinales.  Lorsque  la  matrice  est  trop  inclinée  en  avant,  ou  de  côté,  on 
la  rapproche  de  l'axe  du  détroit  supérieur  du  bassin  en  la  saisissant  avec  les 
mains.  Cependant  il  est  à, remarquer  qu'il  y  a  des  cas  oii  le  succès  est  plus  com- 
plet en  donnant  à  l'utérus  une  légère  inclinaison  latérale. 

V  Ensuite  on  applique  les  mains  à  la  même  hauteur  sur  le  fond  ou  sur  les 
côtés  de  la  moitié  supérieure  de  l'utérus  de  manière  à  tourner  les  petits  doigts 
des  deux  mains  vers  le  bassin,  à  fixer  le  pouce  sur  la  surface  antérieure,  et  à 
tâcher  d'atteindre  autant  que*  possible  par  les  doigts  peu  écartés  les  uns  des 
autres  à  la  surface  postérieure  de  l'utérus.  » 

Cette  manœuvre  réussira  très-facUement  dans  les  cas  où  les  parois  abdomi* 
nales  minces,  souples  et  relâchées,  n'ofi&ent  pas  une  grande  résistance,  comme 
cela  arrive  chez  les  femmes  qui  ont  eu  plusieurs  enfants,  ou  dans  l'accouche- 
ment de  jumeaux  après  la  naissance  du  premier  enfant.  Quand  il  y  a  grossesse 
gémellaire,  notre  procédé  ne  se  pratique  qu'après  l'expulsion  du  premier  fœtus. 

«  Après  avoir  saisi  l'utérus  de  la  manière  que  nous  venons  de  dire,  on  frotte 
les  parois  abdominales  contre  l'utérus,  puis  on  exerce  une  pression  graduée, 
c'est-à-dire  on  commence  par  une  compression  légère  ;  on  l'augmente  peu  à  pea, 
après  l'avoir  portée  à  son  plus  haut  degré  ;  on  la  continue  quelque  temps  à  ce 
même  degré,  et  enfin  on  la  diminue.  Tout  cela  doit  se  faire  en  cinq  on  huit 
secondes.  Les  compressions  pratiquées  sur  le  fond  de  la  matrice  doivent  se  diri- 
ger de  haut  en  bas,  mais  celles  exercées  sur  le  corps  doivent  être  concentrées 
▼ers  l'axe  de  l'organe.  Une  manœuvre  de  compression  terminée,  on  fera  une 
pause  d'une  demi,  d'une,  de  trois  minutes,  d'après  la  période  du  travail,  la  gra- 
vité du  cas  et  la  sensibUité  de  la  femme.  En  reprenant  les  compressions,  ou  le» 
appliquera  chaque  fois  sur  des  régions  différentes  de  l'utérus,  de  sorte  qu'on  lee 
dirigera  alternativement  sur  le  fond  et  sur  le  corps  de  l'organe.  i> 

Lorsque  le  col  de  l'utérus  n'offre  encore  qu'une  dilatation  de  5  centimètres  os 
qu'il  ne  se  dilate  pas  facilement,  on  exercera  la  compression  moins  sur  le  fooi 


KRISniXBB.  —  EXPBE88IO  PQRTUS.  597 

que  sur  le  corps  de  la  matrice.  Mais  si  le  col  de  la  matrice  est  complètement 
ouvert,  les  compressions  du  fond  se  feront  avec  beaucoup  de  succès. 

«  De  cette  manière  on  répétera  les  compressions  de  dix^  vingt  à  quarante  fois. 
Itans  les  cas  plus  graves,  on  fera,  après  une  série  de  dix  à  quinze  pressions,  un 
intervalle  plus  long,  c'est-à-dire  d'environ  dix  à  quinze  minutes.  Au  début  du 
travail,  on  pratique  les  compressions  à  de  plus  longs  intervalles,  et  s'il  se  mani- 
feste quelques  douleurs,  on  les  favorise  en  les  secondant.  S'il  n'existe  point  de 
douleurs,  ou  qu'elles  soient  trop  rares,  on  imite  la  nature  en  alternant  les  com- 
pressions avec  les  intervalles,  mais  que  ces  deiiiiers  ne  surpassent  pas  la  durée 
de  cinq  minutes.  —  Vers  la  fin  de  l'accouchement,  on  abrégera  les  intervalles 
entre  les  compressions.  » 

n  est  étonnant  combien  peu  de  compressions  suffisent  parfois  à  terminer  heu- 
reusement un  accouchement  après  un  travail  aussi  pénible  qu'inefficace,  sans 
Touloir  dire  par  cela  qu'il  n'y  ait  des  cas  qui  réclament  des  compressions  conti- 
nuées avec  plus  de  persévérance. 

«  Pour  le  cas  où  vingt  à  trente  compressions  n'auront  fourni  aucune  chance 
de  succès,  il  faudra  supposer  que  la  méthode  n'est  pas  applicable. 

>  Pour  essayer  d'étudier  notre  procédé,  il  convient  de  faire  choix  d'une 
femme  multipare  dont  les  parois  abdominales  soient  bien  relAchées,  chez 
laquelle  l'utérus  soit  déjà  dilaté,  et  chez  laquelle  les  douleiurs  s'arrêtent,  sans 
qu'il  existe  d'obstacle  mécanique  d'importance.  11  est  nécessaire  que  l'axe  ver- 
tical de  l'enfant  corresponde  à  celui  de  l'utérus,  mais  il  est  indifférent  que  l'en- 
fant se  présente  par  la  tète  ou  par  le  siège,  v 

Si  l'on  renconti*e  une  présentation  pelvienne,  et  surtout  dorso-postérieure, 
l'étude  du  procédé  devient  plus  intéressante  encore,  car  on  est  à  même  d'observer 
la  manière  naturelle  dont  s'exécutent  les  mouvements  de  rotation  du  fœtus. 
«  Une  bonne  occasion  de  mettre  la  méthode  à  l'épreuve,  c'est  lorsque  la  tête 
de  l'enfant  hésite  à  traverser  le  périnée,  ou  lorsque  la  tête  de  l'enfant  déjà 
expulsée,  les  épaules  hésitent  à  sortir.  » 

Ce  fut  dans  une  circonstance  semblable  que  j'essayai  ma  méthode  pour  la 
première  fois.  En  employant  mon  forceps  dynamométrique  (forceps  muni  d'un 
appareil  pour  mesurer  la  force  des  tractions,  voy.  Manatssehrift  fur  Gebwishûlfej 
1861,  vol.  XVII,  p.  166),  j'avais  remarqué  combien  peu  de  force  suffit  quelque- 
fois pour  extraire  à  travers  la  vulve  une  tête  qui  se  trouvait  arrêtée  depuis 
plusieurs  heures  sur  le  plancher  du  bassin.  Ces  cas  sont  tout  à  fait  familiers  aux 
praticiens  expérimentés.  Néanmoins  je  suis  sûr  qu'on  partagera  la  surprise  que 
j'éprouvai  en  faisant  paraître  par  la  seule  force  de  quatre  ou  trois,  même  de  deux 
Ulogrammes  et  demi,  une  tête  immobile  depuis  plusieurs  heures.  -^  Appelé  un 
jour  à  l'improviste,  dans  un  cas  semblable,  et  n'étant  pas  muni  de  mes  instru- 
iQents,  je  tâchai  d'éveiller  des  contractions  utérines  par  des  frictions  externes. 
lUis  mes  efforts  restant  sans  succès,  il  me  vint  l'idée  de  débarrasser  l'utérus  par 
la  compression  de  cet  organe,  d'après  la  méthode  recommandée  pour  la  déli- 
vrance par  M.  Crédé,  à  Leipzig,  et,  à  ma  grande  joie,  j'obtins  un  succès  complet  ! 
Avec  peu  d'efforts  je  fis  sortir  en  quelques  minutes  le  fœtus,  et  le  travail  eut  une 
terminaison  normale. 

*(  Une  autre  occasion  très-favorable  d'essayer  la  méthode  se  présente  dans  les 
Accouchements  qui  exigent  l'extraction  à  l'aide  du  forceps  ou  de  la  main  ;  il  faut 
alors  combiner  l'extraction  et  l'expulsion,  chose  dont  nous  parlerons  plus 
tard.  » 


S98     CONGRÈS  MÉDICAL  HITEIIlf ATION AL.  —  dlIQUIÈllE  SÉANCE  DU  SOIl. 

Il  faut  (jouter  encore  que  les  manœuvres  d'expulsion  ne  causent  jamais  antnit 
de  fatig^ues  et  de  douleurs  dans  les  bras  qu'on  en  éprouve  en  appliquant  le  tôt- 
ceps,  mais  qu'on  ressent  parfois  dans  le  poignet  une  douleur  qui  disparaît  faci- 
lement, après  un  court  repos,  ou  par  l'emploi  de  reaprit*<le*vin  ou  de  l'eau  de 
Cologne. 


CHAPITRE  II 

•DK  l'rDRKSSION  dans  SES  lUFPORTS  AVSC  LES  PAROIS  ABDOMUfALKS  ET  AVIG  l/uitXrS. 

«  Les  parois  abdominales  jouent  un  râle  assez  important  dana  le  travail  de 
l'accouchement.  » 

Elles  ramènent  et  maintiennent  l'utërus  à  la  ligne  médiane  île  l'abdomen; 
eUes  ajoutent  leurs  contractions  à  celles  de  la  matrice,  afin  de  produire  une 
résultante  de  puissances  expultrices;  elles  excitent  par  leur  contact  avec  la 
surface  externe  de  l'utérus  une  sorte  de  friction  et  de  contractions  de  cet 
organe. 

«  Nous  possédons  des  moyens  bien  efficaces  pour  paralyser  les  muscles  abdo* 
minaux,  mais  nous  n'en  possédons  pas  dans  la  même  proportion  pour  profo- 
qucr  leurs  contractions.  » 

Les  remèdes  corroborants  et  stimulants  aussi  bien  que  les  moyens  d'agir  sur 
le  moral  de  la  femme,  tantôt  opèrent  trop  lentement,  tantôt  nous  font  complét^ 
ment  défaut. 

m  Les  manœuvres  d'expression  nous  fournissent  un  excellent  moyen  de  lup- 
pléer  à  l'action  des  parois  abdominales,  t» 

On  sait  que  dans  beaucoup  de  contrées  de  l'Europe  et  de  l'Amérique,  il  eibte 
une  coutume  populaire.  Elle  consiste  à  entourer  l'abdomen  d'un  drap  de  lit  plié 
sur  lui-même  en  forme  de  ceinture,  que  l'on  serre  pendant  les  douleurs.  Voilî 
un  mode  de  compression  aussi  simple  qu'efficace. 

«  Heureusement,  les  manœuvres  d'expression  sont  d'autant  plus  hcûe^ï 
pratiquer,  que  les  cas  réclament  plus  impérieusement  notre  intervention.  > 

Les  parois  abdominales  inactives  sont,  dans  la  plupart  des  caa^  souples  et  dio$ 
un  état  de  relâchement  extrême,  de  sorte  qu'on  réussit,  sans  de  grands  efTorts. 
à  embrasser  exactement  l'utérus,  et  à  arriver  avec  les  doigts  à  la  fiice  postërieure 
de  cet  organe. 

«  Quelquefois  aussi  des  parois  abdominales  adipeuses,  musculaires  et  teodu^ 
par  l'accumulation  de  gaz  dans  les  intestins,  restent  inactives,  mais  ces  cas  soot 
plus  rares.  » 

Dans  de  tels  cas,  on  ne  parvient  à  réussir  qu'avec  beaucoup  de  patience.  U 
ballonnement  de  l'abdomen  est  l'obstacle  le  plus  fAcheux  à  l'emploi  de  la  mi- 
thode. 

«  En  explorant  la  souplesse  des  parois  abdominales,  il  ne  faut  pas  eonfoodre  U 
rigidité  de  l'utérus  avec  la  résistance  des  parois.  » 

Le  meilleur  moyen  de  s'éclairer  ici,  c'est  de  soulever  en  pli  les  parois»  ou  et 
les  explorer  à  la  hauteur  de  l'épigastre.  De  ce  point,  il  est  on  général  fiicile  d'ar- 
river avec  les  mains  à  la  face  postérieure  do  l'utérus. 

«  Quant  à  l'utérus,  l'effet  de  l'expression  sur  lui  est  en  quelques  cas  pM«" 
ment  dynamique.  Quand  U  y  a  ralentissement,  ou  faiblesse,  ou  suspensioa  dtf 


KRISTELtER.   —  EXPRE8SI0  FOBTUS.  599 

donlenn^  et  que  nous  frottons  et  que  nous  comprimons  Tutërus^  cet  organe  se 
durcit.  Il  survient  des  douleurs^  ou  elles  reviennent  plus  souvent^  ou  elles  durent 
plus  longtemps,  d 

C'est  une  vieille  expérience,  que  nous  pouvons  provoquer  ou  augmenter  les 
contractions  de  l'uténu  en  irritant  la  surface  externe  de  cet  organe.  Toutes  les 
sages-femmes  en  font  usage.  Des  voyageurs  nous  racontent  que,  dans  beaucoup 
de  pays,  on  a  l'habitude  de  chatouiller,  de  masser  et  de  comprimer  le  ventre 
des  femmes  en  couches.  Quoique,  chez  les  populations  peu  civilisées,  de  telles 
manœuvres  se  pratiquent  d'une  façon  qui  n'est  nullement  méthodique,  mais  qui 
est  quelquefois  même  rude  et  grossière ,  cet  usage  a  néanmoins  pour  résultat 
d'exciter  l'utérus  et  de  provoquer  des  douleurs.  Peut^tre  il  s'y  associe  aussi  un 
effet  mécanique  dont  nous  allons  parler.  Les  bandages  qu'aiment  à  appliquer  les 
Anglais  et  les  Américains  ont  certainement  un  effet  à  la  fois  dynamique  et  mé- 
canique. 

«L'effet  de  l'expression  est,  dans  d'autres  cas,  purement  mécanique.  En 
embrassant  et  en  comprimant  l'utérus,  nous  poussons  le  fœtus  en  bas  par  l'ac- 
tion de  nos  mains.  Le  succès  est  quelquefois  lent,  quelquefois  rapide  et  frap- 
pant ;  cela  dépend  du  degré  de  perméabilité  du  canal  vulvo-utérin  et  de  celle 
dn  bassin.  y> 

Un  aide,  explorant  par  le  vagin,  aperçoit  comme  chaque  compression  fait 
descendre  le  fœtus.  Quand  une  partie  de  l'enfont  est  mise  au  jour,  l'opérateur 
peut  suivre  des  yeux  l'effet  de  ses  manœuvres.  Ce  résultat,  étant  tres-séduisant, 
il  est  à  reconunander  d'en  profiter  arec  modération,  surtout  dans  les  cas  qui 
n'exigent  pas  une  prompte  terminaison  du  travail.  Dans  le  cas  n"  V^  il  a  été 
possible  de  terminer  un  accouchement  en  quatre  minutes. 

«  Quelquefois  les  effets  dynamiques  et  mécaniques  s'associent.  Il  survient 
quelquefois,  particulièrement  vers  la  fin  du  travail,  des  douleurs  efQcaces,  et  la 
coopération  de  la  femme  commence  aussi  à  s'établir,  p 

Par  contre,  j'ai  observé  des  cas  où  sous  l'influence  du  chloroforme,  cette  coo- 
pération n'a  eu  lieu,  ni  de  la  part  de  la  femme,  ni  de  celle  de  l'utérus. 

«  L'effet  mécanique  est  toujours  accompagné  d'un  rétrécissement  de  l'utérus. 
Cela  ne  veut  pas  dire  qu'il  y  ait  toujours  des  contractions  utérines  appréciables, 
mais  on  observe  pouilant  que  cet  organe  se  rapetisse,  et  que  son  volume 
diminue  à  mesure  que  le  fœtus  en  sort.  » 

Cette  action  physiologique  de  la  part  de  l'utérus  est  très-importante.  Pen- 
dant l'exécution  de  l'extraction,  il  peut  arriver  que  l'utérus  ne  se  rétrécisse  pas 
complètement  et  immédiatement  derrière  le  fœtus,  précipitamment  sorti.  Mais 
alors  aucun  vide  ne  pouvant  exister  entre  l'utérus  et  l'enfant,  une  hémorrhagie 
en  est  la  conséquence  nécessaire.  L'application  exacte  de  l'utérus  autour  du 
fœtus  est  une  garantie  favorable  contre  l'hémorrhagie.  Voilà  ce  qui  donne  à 
l'expression  une  grande  supériorité  sur  l'extraction. 

«  S'il  y  a  une  dystocie  produite  par  des  vices  de  conformation  de  l'utérus,  les 
manœuvres  d'expression  peuvent  y  remédier,  en  dirigeant  leur  force  résultante 
selon  l'axe  du  bassin.  » 

Naturellement,  dans  ces  cas,  il  faut  modifier  le  procédé  paradigmatique  que 
nous  avons  indiqué  plus  haut.  On  de\Ta  adapter  les  manœuvies  à  l'individualité 
du  cas.  Dans  la  plupart  des  cas,  on  ne  pourra  pas  appliquer  les  mains  symétri- 
quement à  la  môme  hauteur  de  l'utéms. 

«  Daxis  les  cas  de  rigidité  et  de  rétraction  spasmodique  du  col  utérin,  l'exprès- 


600     CONGRÈS  MÉDICAL  INTKBNATIONAL.  —  CINQUIÈME  SÉANCE  D0  SOU. 

sion  nous  fournit  un  auxiliaire.  Elle  imprime  une  impulsion  au  foetus  ;  elle  engige 
la  poche  des  eaux  ou  la  partie  du  fœtus  qui  se  présente,  et  surmonte  aussi  la 
rétraction  anormale.  >» 

Par  l'expression  j'ai  réussi  deux  fois  à  mettre  en  contact  la  poche  des  eaux  et 
la  tête  de  l'enfant  avec  le  col  utérin  douloureusement  contracté,  et  à  yaincre  de 
cette  manière  la  résistance  de  ce  dernier.  Inutile  de  dire  qu'on  ne  doit  pas,  dans 
de  tels  cas,  négliger  d'autres  moyens  efficaces,  en  particulier  le  chlorofonne. 
C'est  le  grand  avantage  de  notre  méthode  qu'elle  n'empêche  pas  l'empLoi 
simultané  de  tout  autre  secours,  soit  par  les  médicamenls,  soit  par  les  opé- 
rations. 

a  Les  manœuvres  d'expression  s'exécutent  aussi  avec  beaucoup  de  succès  dans 
le9  accouchements  prématurés  et  dans  les  avortements.  » 

Les  cas  n**  IV,  V,  le  prouvent.  M.  G.  Martin  fils  a  présenté  à  la  Société  obsté- 
tricale de  Berlin,  dans  la  séance  du  17  mai  de  cette  année,  l'observation  d'un 
accouchement  de  jumeaux,  dans  lequel  il  fit  sortir,  d'après  ma  méthode,  le 
second  enfant.  Pour  ce  qui  regarde  l'expression  des  môles,  M.  Kuneke  (de  Gdt- 
tingen)  a  déjà  présumé  que  l'on  pouvait  pratiquer  avantageusement  l'expression. 
Véritablement,  les  accoucheurs  ont  fait  usage  de  l'expression  bien  des  fois,  sans 
fixer  sur  elle  leur  attention.  Tous  les  accoucheurs  ont  l'habitude  de  pousser  en 
bas  l'utérus  au  moyen  de  la  main  libre,  pendant  que  l'autre  main  exécute  les 
mouvements  internes.  En  arrêtant  mon  attention  sur  ce  sijget,  je  me  suis  con- 
vaincu du  rôle  important  que  remplit  la  main  libre,  en  agissant  sur  les  parois 
abdominales,  et  dans  un  cas,  en  particulier,  j'expulsai  une  môle  hydalique 
seulement  au  moyen  d'expression,  sans  employer  aucune  manoeuvre  interne. 

«t  Les  manœuvres  d'expression  sont-^es  aptes  à  provoquer  l'accouchement 
prématuré,  artificiel?  C'est  encore  une  expérience  à  faire.  » 

Je  n'en  ai  pas  encore  rencontré  l'occasion,  mais  je  n'hésiterais  pas  dans  tons 
les  cas  appropriés  à  employer  l'expression,  soit  comme  méthode  principale,  soit 
comme  moyen  adjuvant.  Naturellement,  dans  de  tels  cas,  il  faut,  dans  la  pre- 
mière série  de  compressions,  procéder  avec  peu  de  force  et  n'employer  une 
force  plus  grande  qu'à  mesure  que  les  douleurs  s'éveillent  et  augmentent,  en 
mettant  entre  chaque  série  de  compressions  un  intervalle  de  six  à  huit  heures. 

«  Quant  à  la  douleur  occasionnée  par  les  manœuvres  de  re]q>res8ion,  elle  n'est 
pas  en  général  trop  intense,  et,  au  bout  du  compte,  d'une  faible  importance  pn- 
tique.  » 

Dans  la  majorité  des  cas,  n'ayant  point  fait  usage  du  chloroforme,  l'obserration 
m'a  prouvé  qu'ordinairement  les  femmes  ne  se  plaignent  pas  quand  on  pntûpie 
l'expression  autrement  qu'on  a  l'habitude  de  le  faire  dans  les  accouche- 
ments ordinaires.  J'ai  même  remarqué  parfois  une  réaction  très-ùûble  contre  la 
manœuvres  d'expression,  et  il  m'est  arrivé  qu'une  femme  d'une  consfitution 
très-nerveuse  a  éprouvé  pendant  les  compressions  une  espèce  de  sensation 
agréable. 

«  Un  grand  avantage  de  notre  méthode,  c'est  la  confiance  qu'elle  in^ire  aox 
femmes  dans  la  plupart  des  cas.  Les  femmes  se  soumettent  à  cette  opération  avec 
beaucoup  de  calme,  et  elles  la  facilitent,  si  elles  le  peuvent,  par  leur  coopéra- 
tion. « 

Cela  se  conçoit  facilement,  puisque  nos  mains,  non  munies  d'instruments* 
n'ont  rien  d'effrayant  pour  les  femmes,  et  que  les  femmes  conçoivent  aisément 
le  rapport  de  causalité  qui  existe  entre  nos  numœuvres  et  la  descente  du  festns. 


KRISTBLLEB.   —  BXPBESSIO  FOETUS.  001 


CHAPITRE  m 

DB  L'OIFLUENCE  DE  l'eZPRESSION  SUR  LE   MÉCANISME  DE  l'ACCOTTCHEMEIIT. 
COMPARAISON   DE  L'eXPRESSION   AVEC  L'eXTRACTION. 

«  La  force  principale  par  laquelle  la  nature  fait  Texpulsion  du  fœtus  se  trouve 
dans  le  muscle  de  Tutérus.  Tous  les  autres  muscles  des  parois  abdominales,  du 
vagin  et  du  périnée,  ne  fournissent  que  des  forces  auxiliaires.  La  nature  fait  sortir 
reniant  en  contractant  Tutérus  autour  de  l'enfant  et  en  le  poussant  en  bas.  Donc 
la  nature  agit  ici  au  moyen  d'une  vis  a  tergo. 

»  Contrairement  au  procédé  naturel,  nos  opérations  actuelles,  pour  obtenir  la 
sortie  de  l'enfant,  se  pratiquent  au  moyen  de  tractions.  Mais  le  but  de  l'art  étant 
d'imiter  la  nature,  il  faut  choisir  des  manœuvres  qui  poussent  également  l'en- 
fiant  en  dehors  par  une  vis  a  tergo.  L'expression  nous  fournit  cette  force.  » 

Dans  quelques  nouvelles  méthodes,  pour  faire  sortir  la  tète  de  l'enfant,  le  tix)nc 
étant  déjà  s(»1i  (Braun,  Cazeaux,  Crédé,  E.  liartin),  et  pour  dégager  l'arrière-faix 
(Crédé,Murphy),  on  a  déjà  adopté  les  manœuvres  d'expression  en  appliquant  un 
bandage  autour  du  ventre  ou  en  exerçant,  au  moyen  deq  mains,  une  pression 
inunédiate  sur  l'utérus. 

«  En  exécutant  les  manœuvres  d'expression,  le  mécanisme  de  l'accouchement 
n'est  pas  seulement  plus  naturel,  mais  aussi  plus  avantageux  pour  la  vie  de  l'en- 
Iknt  qu'il  ne  l'est  quand  on  pratique  l'extraction. 

»  Avant  tout  il  faut,  pour  pratiquer  l'extraction,  que  la  poche  des  eaux  soit 
rompue,  ou  par  la  nature,  ou  par  l'art.  Cette  condiHo  sine  qua  non  est  un  grand 
inconvénient.  Pour  l'expression,  il  n'est  nullement  nécessaire  que  la  rupture  des 
membranes  précède,  mais,  au  contraire,  on  met  à  profit  aussi  longtemps  que 
possible  l'avantage  que  nous  offrent  les  eaux  amniotiques.  » 

La  poche  des  eaux,  en  répartissant  les  forces  expulsives  sur  toute  la  périphérie 
du  fœtus,  en  adoucissant  l'irritation  des  nerfs  de  l'utérus,  et  en  dilatant  bien  éga- 
lement le  col  utérin,  est  un  moyen  d'une  si  haute  valeur  dynamique  et  méca- 
nique, que  sa  rupture  prématurée  est  toigours  fori  regrettable.  C'est  pourquoi  les 
indications  de  rompre  la  poche  doivent  être  restreintes  dans  les  limites  les  plus 
étroites.  C'est  une  faute  grave,  une  impatience  inexcusable,  de  rompre  la  poche 
des  eaux,  organe  si  important,  quand  il  n'y  a  pas  nécessité  absolue.  Eh  bien, 
l'extraction  nécessite  cette  rupture,  mais  cette  nécessité  n'en  est  pas  moins  un 
inconvénient. 

«  La  nature,  en  poussant  le  fœtus  en  dehors,  le  recourbe  sur  sa  partie  anté- 
rieure, le  pelotonne  et  en  forme  un  tout  à  peu  près  ovoïde.  Les  manœuvres  d'ex- 
traction dérangent  cette  attitude  favorable  du  fœtus  et  compromettent  de  plus  en 
plus  le  mécanisme  naturel  de  l'accouchement.  Les  manœuvres  d'expression  favo- 
risent l'attitude  naturelle  de  l'enfant  jusqu'à  la  fin  du  travail;  on  peut  même  dire, 
avec  raison,  qu'elles  ne  contribuent  à  rien  qui  puisse  amener  un  dérangement  de 
cette  attitude.  Dans  la  plupart  des  cas,  en  exécutant  l'expression,  les  bras  du 
fœtus,  pendant  sa  sortie,  se  trouvent  en  meilleure  position  devant  la  poitrine  ; 
nuds  si  quelques  circonstances  arrêtent  les  bras  dans  leur  marche,  on  a  beau- 
coup moins  de  peine  à  les  dégager  que  lorsqu'on  pratique  l'extraction.  » 


fl03     CONGRÈS  UtmChL  mTERlfATIOTIAL.  —  GnfQmÈIIB  8ËAJICE  HU  SOIR. 

La  conformation  du  foetus^  c'est-à-dire  son  articulation  en  six  parties,  tète^ 
tronc  et  extrémités^  le  rend  par  cela  très-inapte  à  traverser  le  canal  utéix>-va- 
ginal.  La  nature  remédie  à  cet  InoonTénient  en  pelotonnant  le  fœtus  et  le 
ployant  sur  lui-même^  de  sorte  qu'un  fœtus  en  attitude  normale,  et  embrassé 
par  un  utérus  bien  conformé,  sa  présente  comme  un  ensemble  ovoîdfi  et  élas- 
tique dont  les  différentes  parties  ne  peuvent  pas  s'écarter  les  unes  di^s  autres.  La 
bonne  attitude  de  l'enfant  est  une  condition  essentielle  pour  l'accouchement 
heureux.  L'accouchement  par  le  sommet  ne  s'opère  avec  tant  de  succès  que 
parce  que  les  conditions  de  la  bonne  attitude  de  l'enfknt  ne  sont  pas  seulement 
maintenues  Jusqu'à  la  fin,  mais  qu'elles  prennent,  même  dans  le  cours  du  tn* 
vail,  un  caractère  de  plus  en  plus  prononcé.  Les  présentations  de  l'extrémité 
pelvienne  ne  sont  pas  si  favorables.  Les  talons,  les  coudes,  la  mâchoire  infé- 
rieure peuvent  s'arrêter,  comme  des  crochets  renversés,  sur  le  col  utérin,  sur  le 
détroit  supérieur  et  sur  le  plancher  du  bassin.  Mais  la  nature  obvie  à  cela  en 
recourbant  le  fœtus  et  en  le  poussant  comme  un  tout  ovoïde  à  travers  le  canal 
vulvo-utérin.  Les  manœuvres  d'extraction,  qu'elles  se  fussent  au  moyen  du  for- 
ceps ou  au  moyen  de  la  main,  font  précisément  l'opposé  de  ce  que  fiiit  la  nature. 
Par  la  méthode  actuelle  d'appliquer  le  forceps,  nous  écartons  du  sternum  le 
menton  du  fœtus,  ce  qui  engrave  et  arrête  la  tête  dans  son  diamètre  occipito- 
frontal  sur  les  parois  du  bassin. 

Le  mécanisme  de  l'extraction  au  moyen  de  la  main  s'éloigne  encore  davantage 
du  procédé  naturel.  Que  nous  saisissions  les  extrémités  inférieures  ou  le  bassin  da 
fœtus,  n'importe,  la  résultante  de  nos  tractions  aboutit  au  rachis.  Mais  comme 
les  parois  abdominales  de  l'enfant  sont  souples  et  élastiques,  notre  action  ne  se 
transmet  pas,  dans  la  même  mesure,  à  la  partie  antérieure  et  à  la  partie  posté- 
rieure de  l'enfant.  Donc,  pendant  que  le  dos  descend,  la  partie  antérieure  reste 
un  peu  en  arrière.  Les  côtés  et  les  bras  éprouvent  aussi  un  arrêt  dans  leur 
marche;  en  même  temps,  le  menton  s'écarte  de  la  poitrine.  La  tête  une  fois 
séparée  du  sternum,  le  dérangement  de  l'attitude  naturelle  du  fœtus  devient 
encore  plus  grand  ;  les  coudes  s'appuient  bientôt  sur  un  point  quelconque  du 
bassin,  et  les  bras  finissent  par  se  relever  sur  les  côtés  de  la  tête.  On  sait  com- 
bien tout  cela  rend  l'opération  pénible  et  lente,  et  compromet  la  vie  de  l'enfant, 
parce  que  nous  perdons  du  temps  en  dégageant  les  bras  et  parce  que  nous  com- 
primons la  poitrine  et  les  organes  abdominaux  du  ibstus. 

«  Pour  ce  qui  concerne  les  mouvements  de  rotation  du  fœtus  sur  son  axe  ver- 
tical, l'expression  les  abandonne  complètement  aux  conditions  dont  ils  dépendent. 
Les  manœuvres  d'expression  ne  modifient  en  aucune  manière  ni  ces  conditions  ni 
les  mouvements  naturels  du  fœtus.  » 

La  théorie  s'est  beaucoup  appliquée  à  constater  les  mouvements  de  rotation  du 
fœtus,  et  les  traités  d'accouchement  donnent  les  règles  les  plus  précises  quand 
11  s'agit  d'imiter  ces  rotations  par  l'art.  Mais  on  sait  aussi  comme  la  nature  est 
souvent  capricieuse  et  dévie  des  mouvements  constatés  par  notre  théorie.  Bien 
des  fois  la  nature  opère  tout  autrement  que  nous  ne  nous  y  étions  attendus.  Dans 
les  présentations  du  siège,  dorso-postérieures,  par  exemple,  on  observe  que  la 
nature,  pour  tourner  le  dos  en  avant,  ne  choisit  pas  toujours  la  voie  la  plus 
courte.  Elle  porte  au  contraire  la  hanche  en  arrière  par  un  détour  le  long  de  la 
paroi  postérieure  du  bassin,  et  opère  ainsi  une  rotation  de  deux  à  trois  quarts  de 
cercle.  Donc  il  peut  arriver  qu'en  opérant  selon  les  préceptes  de  la  science,  nous 
agissons,  dans  un  cas  donné,  précisément  contre  la  nature. 


KBISTBLIER.    —  BXPltESSIO  VfBTnS.  603 

«  La  force  mécanique  de  l'extraction  dëpasse  de  beaucoup  ceUe  de  l'expres- 
sion. Des  manœuvres  d'expression  ne  suffisent  pas  pour  surmonter  un  gi*and 
obstacle  mécanique  qui  résulterait  d'une  disproportion  entre  le  tetus  et  le  bassin. 
Cependant  il  ne  faut  pas  oublier  que  l'expression,  en  conservant  l'attitude  natu- 
relle de  l'enfent,  offhs  l'avantage  d'engager  les  diamètres  les  plus  favorables  du 
fœtus  dans  le  canal  du  bassin  ;  il  en  résulte  une  économie  de  forces,  parce  qu'on 
ne  produit  aucune  résistance  accidentelle.  i» 

Par  mes  expérimentations  dynamométriques  pendant  le  travail  (voy.  Monats-- 
schrifi  f&r  Bebfirtshiaféy  1861,  vol.  XVÏl,  166),  j'ai  démontré  que  dans  les  accou- 
ebements  difficiles  on  met  en  jeu,  au  moyen  du  forceps,  une  force  de  20  à  25  ki- 
logrammes et  qu'on  peut  obtenir  par  le  forceps  une  traction  beaucoup  plus  con- 
sidérable encore.  Des  expériences  deDélore  {Qatette  hebdomadaire,  4865,  n*'  22 
et  26)  ont  constaté  ces  observations. 

Cet  auteur  va  même  encore  plus  loin,  en  fixant  les  limites  du  forceps  à  une 
forée  de  80  kilogrammes.  Selon  Délore,  à  partir  de  ce  point,  l'indication  du  (brceps 
céphalotribe  commence.  Quoique  ce  ehiflVe  de  80  kilogr.  me  semble  trop  élevé, 
les  expériences  de  Délore  et  les  miennes  démontrent  quelle  force  énorme  un  opé- 
rateur un  peu  hardi  peut  mettre  en  jeu  au  moyen  du  forceps.  La  manière  dont 
nous  pratiquons  les  manœuvres  d'expression  fournissent  une  force  beaucoup 
moindre  que  celle  que  nous  venons  de  mentionner.  Je  n'oserais  pas  encore  préci- 
ser la  force  que  j'ai  employée  en  pratiquant  mon  procédé.  Les  cas  que  je  pourrais 
citer,  pour  la  solution  de  cette  question,  n'ont  pas  fourni  un  résultat  assez  évi- 
dent. Peut-être  on  pourrait  augmenter  la  force  de  nos  manœuvres  en  combinant 
avec  elles  l'application  des  bandages  autour  du  ventre  de  la  femme. 


CHAPITRE  IV 

MB  ovBonom  oomnc  t'wx^iaamon.  —  nss  coKDrnoKs  et  dbs  imvtcATioNS  potrn 

l'emploi  i^b  la  mêthodk. 

C'est  chose  difficile  d'assigner  pour  un  nouveau  moyen  les  anomalies  aux- 
quelles il  peut  remédier,  et  de  préciser  les  inconvénients  de  ce  moyen  tant  que 
Ton  n'a  pas  acquis  une  série  suffisante  d'observations  cliniques  pour  asseoir  sur 
elles  un  jugement.  11  y  a  peu  à  gagner  ici  et  beaucoup  à  perdre  en  ne  faisant  que 
de  la  théorie.  Dans  notre  domaine,  une  erreur  de  la  théorie  serait  une  atteinte 
grave  portée  non-seulement  à  la  science,  mais  encore  à  l'humanité.  Voilà  pour- 
quoi il  faut  bien  être  ici  sur  ses  gardes,  et  voilà  pourquoi,  dans  mes  premières 
communications,  j'ai  prié  mes  confrères  de  mettre  à  l'épreuve  mon  procédé  avec 
tout  le  soin  possible,  et  de  ne  pas  nuire  à  sa  propagation,  soit  par  des  prétentions 
non  réalisables,  soit  par  d^inopportunes  applications. 

Examinons  d'abord  les  objections  contre  le  procédé. 

onjBonoife. 

On  pourrait  objecter  :  La  méthode  étant  si  simple^  et  quelquefois  d'un  succèi 
fi  fripant»  il  serait  possible  d'en  abuser  au  détriment  de  la  mare  et  de  l'enliuit. 


I 
% 


00&     CONGRÈS  MÉDICAL  INTERNATIONAL.— GINQUlblUB  SÉANCE  DC  SOU. 

Les  accoucheuses  de  la  campagne,  par  exemple^  pourraient  faire  beaucoup  de 
mal  en  employant  la  méthode^  dans  leur  impatience,  pour  hAter  raccouchement. 
On  pourrait  même  encore  abuser  de  la  méthode,  dans  l'intention  criminelle  de 
provoquer  un  arortement. 

Je  ne  sais  de  réponse  que  celle-ci  :  On  abuse  des  meilleures  choses;  il  n'existe 
pour  la  société,  contre  la  négligence,  l'ignorance  ou  le  crime,  d'autres  garanties 
que  la  conscience,  la  science  et  la  loi. 

On  pourrait  objecter  encore  :  Les  manœuvres  d'expression,  même  quand  on 
les  emploie  avec  prudence  et  selon  les  préceptes  de  l'art,  pourraient  occaBÎimner 
l'inflammation  des  organes  génitaux  internes,  si  disposés  déjà  par  le  travail  aux 
maladies  puerpérales.  De  plus,  les  compressions  pourraient  interrompre  la  cir- 
culation fœtale,  même  amener  un  décollement  du  placenta. 

Je  réponds  :  La  pression  exercée  par  nos  compressions  n'a,  comme  uoos 
l'avons  déjà  démontré,  qu'un  faible  effet  mécanique,  et  se  répartit  sur  une 
surface  étendue.  Depuis  que  Ton  a  mis  en  pratique  les  manœuvres  externes,  on 
a  reconnu  que  l'utérus  possède  en  effet  une  plus  grande  tolérance  pour  de  telles 
manœuvres  qu'on  ne  l'avait  pensé  d'abord.  Quant  à  l'interruption  de  la  circula- 
tion placentaire,  il  est  incontestable  que  l'utérus,  en  se  contractant,  comprime  le 
placenta  entre  lui  et  le  fœtus  avec  une  très-grande  force  sans  que  le  lioetus  en 
souffre. 

Du  reste,  je  pense  que  toutes  les  objections  disparaissent  devant  les  expériences 
acquises  par  d'autres  et  par  moi. 

Dans  aucun  des  vingt-sept  cas  d'accouchements  oùles  manœuvres  d'e^ressimi 
ont  été  pratiquées,  la  vie  des  mères  et  des  enfants  n'a  été  compromise;  même  il 
est  arrivé  que  dans  quelques-uns  de  ces  cas,  les  suites  des  couches  ont  subi  des 
complications  fâcheuses  par  des  causes  accidentelles  et  étrangères  au  procédé,  et 
néanmoins  elles  ont  eu  une  terminaison  heureuse. 

Si  nous  comparons  enfin  les  inconvénients  possibles  de  l'expression  avec  toutes 
les  irritations  mécaniques,  chimiques  et  dynamiques  que  les  manœuvres  externes 
produisent  dans  l'appareil  génital,  et  avec  le  tiraillement  et  la  pression  que  l'ex- 
traction fait  supporter  à  l'enfant,  j'espère  que  même  le  critique  le  plus  rigoureox 
préférera  les  manœuvres  externes  dans  le  cas  donné  où  par  elles  le  même  suaès 
serait  à  obtenir  que  par  les  manœuvres  internes. 


CONDinONS. 

«  Avant  tout  il  est  nécessaire  qu'aucune  circonstance  n'empêche  d'embrasser 
l'utérus.  Par  conséquent,  une  trop  grande  tension  des  parois  abdominales,  et 
diverses  maladies  des  parois  et  des  organes  abdominaux  et  génitaux,  comme  l'in- 
flammation, l'hydropisie,  etc.,  etc.,  rendront  l'expression  impossible. 

»  Une  autre  condition,  c'est  que  Taxe  vertical  de  l'enfant  corresponde  à.  celai 
de  l'utérus.  Toutes  les  déviations  de  la  rectitude,  même  chaque  position  vicieuse 
de  la  tête,  doivent  être  préalablement  corrigées. 

»  Des  conditions  ultérieures  sont  que  l'orifice  utérin,  le  vagin  et  les  parties 
génitales  externes  soient  souples  et  dilatées  jusqu'à  un  certain  point,  ou  au  moins 
suffisamment  dilatables,  et  qu'il  existe  une  proportion  favorable  entre  les  diamè- 
tres de  l'enfiant  et  ceux  du  bassin.  » 

Ces  conditions  ne  sont  indispensables  que  dans  les  cas  qui  exigent  une  prompte 


KRISTELLÉB.   —  EXPRES8I0  FOETUS.  605 

expulsion  de  l'enfant^  mais  elles  ne  le  sont  pas  du  tout  quand  il  ne  s'agit  que 
d'éveiller  par  les  manœuvres  d'expression  les  contractions  utérines  ou  de  vaincre 
une  contraction  spasmodique. 

De  même^  Fétroitesse  du  bassin  n'empêche  pas  l'application  des  manœuvres 
d'expression  quand  on  les  combine  avec  celles  de  l'extraction.  Dans  ces  cas-là  on 
n'aura  pas  à  prendre  en  considération  la  perméabilité  du  bassin  par  rapport  à 
l'efficacité  de  l'expression,  mais  par  rapport  à  l'efficacité  de  l'extraction. 


INDICATIONS. 

En  général,  on  peut  dire  que  les  manœuvres  de  Yexpressio  fœtus  peuvent  être 
employées  dans  un  certain  nombre  des  cas  dans  lesquels  nous  avons  recouru 
jusqu'à  présent  au  seigle  ergoté,  au  forceps  et  à  l'extraction  au  moyen  de  la 
main.  Mais  quoique  restreinte  à  de  certaines  limites,  Yexpressio  fœtus  s'emploie 
avec  beaucoup  de  succès  dans  certains  cas  où  les  moyens  que  nous  venons  de 
signaler  font  défaut. 

Les  manœuvres  de  Yexpressio  sont  à  recommander  en  particulier  : 

Dans  les  cas  où,  par  suite  du  relâchement  ou  de  l'inaction  des  parois  abdomi- 
nales, l'utérus  dévie  de  l'axe  du  bassin,  où  l'enfant  ne  s'engage  pas  dans  le 
bassin  et  que  le  travail  est  trop  lent. 

S'il  y  a  faiblesse  ou  suspension  des  contractions  utérines,  soit  que  cette  fai- 
blesse et  cessation  des  douleurs  dépendent  d'un  état  anormal  de  l'utérus,  soit 
qu'elles  dépendent  d'une  maladie  ou  de  l'état  moral  de  la  femme. 

S'il  existe  des  contractions  irrégulières  partielles  de  l'utérus,  en  particulier  la 
contraction  spasmodique  du  col,  et  en  outre  s'il  existe  des  douleurs  irrëgulières  à 
cause  d'un  vice  de  structure  et  de  conformation  de  l'utérus. 

Si  l'extrémité  de  l'enfant  qui  se  présente  ou  si  les  épaules,  après  que  la  tête 
est  sortie,  hésitent  à  franchir  la  vulve  ;  de  même,  dans  la  présentation  pel- 
vienne, si  la  tête  est  retenue  dans  l'utérus  ou  dans  le  vagin,  le  tronc  étant  à 
l'extérieur. 

S'il  y  a  rétraction  de  la  vulve,  Yexpressio  est  à  préférer  à  l'extraction,  parce 
qu'elle  ne  cause  pas  d'initation  et  n'occupe  pas  d'espace  dans  le  vagin  comme 
la  main  et  le  forceps. 

Dans  les  cas  où  le  placenta  est  anormalement  inséré  sur  le  col  ou  sur  le 
segment  inférieur  de  l'utérus,  les  manœuvres  de  Yexpressio  sont  praticables  pour 
engager  dans  le  col  utérin  la  partie  de  l'enfant  qui  se  présente,  et  qui,  faisant 
alors  l'office  de  tampon,  arrête  l'hémorrhagie. 

Enfin,  dans  les  accidents  qui  exigent  une  prompte  teiminaison  de  l'accouche- 
ment, l'expressio  fœtus  est  praticable,  supposé  que  le  bassin  soit  convenable- 
ment conformé. 

CHAPITRE  V 

OE  I.A  œiIBlNAISON   DE  l'eXPRESSIO   AVEC  l'eXTOACTION.] 

L'expressio  offrant  une  foule  d'avantages,  mais  d'un  autre  côté  son  action 
étant  restreinte  à  certaines  limites,  on  demande  si  la  combinaison  de  Yeàipressio 
avec  l'extraction  ne  serait  pas  réalisable. 


606     CONGRÈS  MÉDICAL  INTEBNATIOlf Ai.  —  aUfOOiÈME  B&ANCB  DD  SOIS* 

«  Théoriquement,  il  n'y  aurait  pas  d'objections  à  faire.  Les  deux  méthodes 
d'opération  ont  pour  but  d'efl'ectuer  la  sortie  du  fœtus^  et  emploieai  à  cet  ellet 
des  forces  qui  n'agissent  pas  en  sens  contraire,  mais  qui  donnent  une  résultante 
composée  de  la  isomme  des  deux,  v 

»  Dans  la  pratique^  remploi  de  Tune  n'empêche  par  celui  de  l'autre^  puiique 
leurs  champs  d'opération  sont  bien  distincts*  » 

J'ai  déjà  mentionné  que  la  combinaison  des  deux  méthodes  a  été  employée 
dans  un  certain  cas.  Celsus  Pugh,  et  de  notre  temps  plusieurs  auteurs^  ont  re- 
commandé d'associer  une  pression  sur  les  parois  abdominales  aux  manœuvres 
d'extraction^  quand  il  s'agit  de  dégager  la  tète^  le  tronc  étant  déjà  sorti.  Mais  je 
ne  vois  point  de  raison  pour  restreindre  l'application  simultanée  des  deax 
méthodes  à  ce  seul  cas. 

(c  11  est  évident  que  les  deux  personnes  qui  se  secondent^  dans  les  opératiom 
combinées^  doivent  agir  tout  à  fait  de  concert.  » 

»  Il  résulte  de  la  combinaison  plus  de  chances  pour  la  vie  Ae  l'enfant  et  une 
économie  avantageuse  des  forces  opératives  nécessaires  à  l'expulsion  du  fœtus.  » 

La  raison  en  est  que  l'expression  maintient  l'attitude  normale  de  l'enfantj  et 
qu'elle  engage  les  diamètres  les  plus  favorables  du  fœtus  dans  le  canal  du  bas- 
sin. Outre  cela>  on  est  en  droit  d'espérer  que  l'expression  excitera  les  contrat 
lions  utérines.  Donc^  dans  le  cas  le  plus  heureux^  aura  lieu  une  véritable 
répartition  de  besogne  entre  l'expression^  l'extraction  et  les  contractions 
utérines^  d'où  résultera  une  économie  ultérieure  de  forces  pour  l'ensemble  du 
travail. 

a  II  est  à  recommander,  toutes  les  fois  qu'on  emploie  Textraction,  d'y  associer 
des  manœuvres  d'expression,  qu'il  faille  extraire  tout  le  fœtus  ou  seulement  une 
de  ses  paities,  que  l'on  opère  à  l'aide  de  la  main  ou  à  l'aide  du  forceps.  » 

J'ai  la  conviction  que  ceux  qui  auront  fait  l'expérience  des  bons  résultats  de 
cette  combinaison  ne  voudraient  jamais  la  négUger,  et  j'ai  la  certitude  que  U 
mortalité  des  enfants  mis  au  jour  par  l'extraction  diminuera  à  proportbn  que 
ma  méthode  se  propagera. 


REVUE  DES  OBSERVATIONS. 

Jusqu*à  ce  jour  quatre  cas  m'ont  été  communiqués  par  des  confrères  de  Berlin 
qui  ont  pratiqué  ma  méthode. 

M.  Schwabe  a  fait  l'opération  à  la  clinique  d'accouchements  de  Thôpital  de  la 
Charité.  Le  fœtus,  mort  déjà  dans  le  sein  de  sa  mère,  se  présenta  par  le  siège. 
L'opération  s'exécuta  très-facilement,  et  la  mère  resta  bien  portante.  Les  méde- 
cins assistants  de  la  clinique  de  M.  le  professeur  E.  Martin  m'ont  communiqué 
les  trois  observations  suivantes  :  M.  C.  Martin  a  fait  sortir  un  jumeau,  cas  dont 
nous  avons  parlé  plus  haut.  M.  Scharlau  a  pratiqué  l'expression  deux  fois  :  une 
fois  c'était  un  cas  de  placenta  prœvia,  où  la  tête  était  arrêtée  dans  le  grand  bassin  ; 
l'autre  cas  offrait  kyphosis  et  vetUer  propmdetts  de  la  mère  et  la  présentation  pel- 
vienne de  l'enfant.  Dans  ces  deux  cas  l'accouchement  fut  terminé  heureusement 
pour  les  mères  et  pour  les  enfants. 

M.  le  professeur  Crédé,  à  Leipsig,  m'a  communiqué  qu'il  a  expérimenté  ma 
méthode  dans  une  série  de  cas  avec  succès,  et  qu'il  en  publiera  plus  tard  las 
observations. 


DISGDSSIOll»  —  EXPBES8I0  FQVTOS.  607 

M.  C.  Hensdiely  à  New^York^  m'écrit  en  date  du  26  juin  i667>  que  Tapplication 
de  ma  méthode  avait  été  ti*è6*avantageii8e  ches  une  femme  dont  l'enfant  ae 
présentait  par  le  siège  avecprocidencede  plusieurs  anses  ombilicales. 

Quant  à  moi^  j'ai  pratiqué  l'expression  23  fois. 

Dana  16  casj  Je  n'ai  (ait  usage  que  de  l'expression  ; 

Dans  6  cas  j'ai  combiné  l'expression  avec  d'autres  méthodes. 

Des  femmes  que  j'ai  accouchées,  5  étaient  primipares,  17  avaient  déjà  eu  des 
enfants. 

Les  enfants  se  sont  présentés  8  fois  par  le  siège  et  13  fois  pal*  le  sommet  ;  une 
fois  il  existait  une  môle  hydatique. 

Trois  enfants  sont  venus  quatre  à  six  semaines  avant  terme,  et  étaient  déjà 
morts  avant  l'expression  ;  les  autres  enfants  et  toutes  les  mères  vivent  et  sont 
bien  portants. 

C'étaient  donc  en  tout,  27  cas.  Dans  ces  cas,  on  a  évité  au  moins  dix  fois 
l'emploi  du  forceps  ou  de  l'extraction  au  moyen  de  la  main.  Dans  les  autres  cas, 
l'expression  a  incontestablement  contribué  beaucoup  à  accélérer  le  travail  et  à 
sauver  les  mères  et  les  enfants. 


«•■•*«*« 


Après  avoir  félicité  M.  Kristeller  de  la  lecture  et  de  la  valeur  qu^îl  donne  à 
une  nouvelle  application  des  manœuvres  externes,  ■.  Hat««l  fait  cependant 
les  remarques  suivantes  : 

M.  Kristeller,  comme  tous  les  auteurs  allemands,  rapporte  à  Wigand  la 
première  idée  et  les  premiers  essais  de  manœuvres  externes  faites  avant  la  rup- 
ture des  membranes,  pour  changer  la  présentation  de  l'enfant.  ■.  Mattel  fait 
remarquer  cependant  qu'à  Paris,  Goubelly  publiait  en  1785  un  traité  de  la  gros- 
sesse où  l'on  trouve  à  la  page  88  du  deuxième  volume  l'indication  et  la  pratique 
de  la  version  céphalique  avant  la  rupture  des  membranes,  faite  même  pour 
changer  la  présentation  des  pieds  en  présentation  de  la  tète.  Or,  Wigand  n'a 
fait  connaître  ses  premières  idées  qu'en  1807  et  n'a  écrit  son  mémoire  sur  ce 
sujet  qu'en  1813. 

Si,  laissant  de  côté  la  rersion  céphalique  et  les  manœuvree  externes  en  général^ 
on  s'arrête  aux  compressions  expultrices  que  M.  Kristeller  vient  de  développer, 
■•  Mattel  fait  remarquer  que  ces  compressions  sont  vulgairement  faites  en 
Russie,  et  qu'Ambroise  Paré  en  France  n'a  pas  craint  de  les  conseiller  sans 
qu'eUes  aient  pris  beaucoup  de  ûiveur. 

Ainsi  H.  nattei  lui-même  dit  qu'il  a  pratiqué  plusieurs  fois  l'immobilisation 
de  l'utérus  avec  une  certaine  pression  pendant  le  travail  |  il  a  pratiqué  suriout 
avec  succès  plusieurs  fois  une  pression  externe  sur  la  tête  pour  en  opérer  l'enga^ 
gement  dans  le  bassin  ;  maiis  il  n'y  a  pas  insisté  autant  que  M  «  Kristeller.  Il 
pense  que  les  compressions  méthodiques  de  ce  dernier  peuvent  être  de  quelque 
utilité  comme  auxiliaire  des  efibrts  d'expulsion  ;  mais  il  craindrait  qu'entre  des 
mains  peu  expéiimentées  suriout,  ces  expressions  de  l'utérus  ne  fussent  faites 
avec  trop  de  violence  et  qu'elles  n'exposassent  à  des  froissements  ou  à  des  rup- 
tures pernicieux. 

On  pourrait  les  essayer  lorsque  la  tête  tarde  à  s'engager  à  travers  le  détroit 


608      CONGnÈS  MÉDICAL  INTERKATIONAI..  —  GINQUIËVE  SÉANCE  DU  SOOL 

supérieur  et  l'excayatioiii  mais  une  fois  engagée  et  surtout  une  fois  arrivée  der- 
rière la  vulve,  ■.  Mattel  préférerait  Ikire  une  application  de  forceps. 

Quant  au  précepte  de  M.  Kristeller»  qui  est  aussi  celui  de  Wigand  et  de  l»en 
d'autres^  quant  au  précepte  de  (aire  sortir  indistinctement  le  fœtus  par  la  tète  cm 
par  le  siége^  ■.  Mattel  ne  l'accepte  pas.  11  préfère  suivre  le  précepte  h^pocn- 
tique,  de  ramener  toutes  les  présentations  du  fœtus  à  celle  du  sonmiet  comme 
étant  la  plus  naturelle  de  toutes.  Ce  précepte  est  resté  irréalisable  pendant  bien 
des  siècles;  mais  aujourd'hui^  en  s'y  prenant  en  temps  opportun,  on  peut  le  mettre 
aisément  en  pratique,  et  c'est  surtout  à  l'aide  du  palper  abdominal  qu'on  porte 
un  diagnostic  certain^  c'est  à  l'aide  du  palper  qu'on  ramène  toutes  les  présenta- 
tions à  celles  du  sommet  de  la  tète. 

H.  Hattal  termine  en  engageant  M.  Kristeller  à  poursuivre  ses  expé- 
riences. 


dit  qu'il  entend  parler  pour  la  première  fois  de  la  méthode 
de  l'expression,  suivant  l'ingénieuse  dénomination  de  M.  Kristeller.  U  approuve 
cette  méthode  ;  mais  il  croit  qu'elle  prête  le  flanc  à  quelques  objections.  Il  font 
que  l'utérus  prenne  la  foi*me  du  fœtus  pour  l'expulser.  Pour  la  prendre,  il  doit 
subir  de  certaines  contractions  ;  ce  sont  d'autres  contractions  qui  agissent  pour 
l'expulsion  du  fœtus.  Or,  on  ne  peut  faire  prendre  à  l'utérus  la  forme  voulue 
par  expression.  Les  manœuvres  ne  peuvent  donc  agir  que  pour  provoquer  des 
contractions. 

m.  Kristeller  prend  la  parole  pour  répondre  à  ces  objections.  Il  reconnût  le 
mérite  de  M.  Mattei  comme  propagateur  de  l'emploi  des  manœuvres  externes 
en  France,  mais  ne  partage  pas  son  avis  quant  à  la  question  de  priorité.  H  répond 
par  la  lecture  de  diverses  parties  de  son  travail  aux  principales  objections  éleréo 
contre  son  système. 


(la  Rochelle).  —  Vous  avez  entendu  M.  Mattei  dire  que  les  injectîoDS 
intra-utérines  peuvent  déterminer  des  lipothymies  et  mime  la  syncope. 

En  pratiquant  les  ipjections  intra-utérines  par  la  méthode  du  double  cooranti 
j'ai  rendu  possible,  facile  et  complètement  inoffensif  un  moyen  qui  a  été  cona- 
déré  par  tout  le  monde,  et  avec  raison,  comme  douloureux,  dangereux  et  même 
souvent  mortel.  La  méthode  des  injections  intra-utérines  directes  a,  elle  aossii 
son  martyrologe,  tandis  que  dans  une  pratique  spéciale  de  plus  de  ringt-denx 
ans,  je  n'ai  pas  eu  un  seul  accident  grave.  —  Par  suite  de  mes  observations  sur 
le  traitement  des  maladies  de  la  matrice  à  l'aide  du  double  courant,  je  suis 
arrivé  à  en  simplifier  la  nosologie,  ce  que  j'ai  longuement  indiqué  dans  ma 
brochure  sur  les  injecHonB  tnira-titértnes.  Je  me  contenterai  de  dire  ici  que,  pour 
moi,  la  métrite  chronique  parenchymateuse  est  très-conunune,  soit  qu'elle  pré* 
cède,  soit  qu'elle  suive  la  métrite  chronique  muqueuse  ;  celle-ci  s'accompagne 
bientôt  d'un  écoulement  ou  catarrhe  qui  devient  le  point  de  départ  et  la  cause 
réelle  des  lésions  les  plus  variées  du  col.  U  suffit  de  détruire  par  des  iiyections 
le  catarrhe,  spécifique  ou  non,  pour  voir  disparaître  toutes  les  lésions  du  col,  et 
cela  sans  s* en  occuper  directement. 

Les  hypertrophies  partielles  ou  totales,  appelées  à  tort  engorgement,  et  qui 
sont  la  conséquence  de  la  métrite  chronique,  guérissent  très-bien  par  l'emploi 
des  injections  simples  ou  médicamenteuses;  puis  on  voit  disparaître  suocessîTe* 


ZALESKU   —  DU  CHOLÉRA.  609 

ment  les  déplaceinents  et  les  flexions  qui  ne  sont  que  la  conséquence  de  Thy- 
pertrophie^  pailielle  ou  totale. 

Tout  iciy  messieurs,  s' enchaîne  de  la  manière  la  plus  logique,  et  j'ai  été  con- 
duit par  l'observation  (car  il  ne  s'agissait  ici  que  d'une  théorie  de  cabinet],  je  suis 
arriTé  par  la  pratique  et  par  l'observation  de  faits,  aujourd'hui  très-nombreux, 
à  reconnaître  que  les  lésions  du  col,  si  variées  de  forme,  de  volume  et  d'aspect, 
ne  réclament  pas  de  traitement  spécial  dans  l'immense  majorité  des  cas,  ces 
lésions  étant  rarement  piimitives,  même  quand  elles  sont  spécifiques. 

Cette  proposition,  qui  paraîtra  tout  d'abord  peu  conforme  à  l'observation,  me 
porte  à  vous  dire  quelques  mots  d'une  hypothèse  qui  est  probablement  une 
vérité.  Je  pense  que  la  syphilis  est  constituée  par  un  parasite  animal,  comme  la 
gale,  de  même  que  la  plupart  des  dermatoses  sont  constituées  par  des  parasites 
végétaux  :  de  là  la  grande  efficacité  des  préparations  mercuriellcs  conti*e  la  syphilis 
et  la  toute-puissance  des  prépai*ations  sulfureuses  contre  les  dermatoses.  Dans 
cette  hypothèse,  on  comprend  très-bien  que  la  femme  ne  se  donnant  des  soins 
de  propreté  que  plusieurs  minutes,  et  môme  quelques  quaris  d'heure  après  une 
contamination,  le  lavage  ne  pouira  entraîner  que  les  animalcules  qui  seront 
encore  dans  le  vagin,  et  restera  impuissant  contre  ceux  qui  ont  franchi  l'orifice 
externe  et  sont  déjà  dans  le  col  ou  même  dans  l'utérus. 

Comme  moi,  messieurs,  vous  avez  tous  vu  des  femmes  ayant  la  vérole  et  ne  la 
communiquant  pas,  paixe  que  le  coït  avait  été  précédé  d'un  lavage  intra-vaginal, 
astringent  et  bien  fait.  —  Vous  avez  vu  aussi  des  hommes  ne  donnant  pas  la 
véi*ole,  malgi'é  un  rapprochement  complet,  lorsque  la  femme  avait  la  précaution 
de  faire  une  injection  vaginale  immédiatemmt  après  le  rapprochement  sexuel. 

Voilà  conunent  s'explique  de  la  manière  la  plus  simple,  et  je  crois  la  plus 
vraie,  ce  fait  méconnu  peut-être  par  tout  le  monde  jusqu'à  ce  jour,  de  la  vérole 
prenant  son  point  de  départ  dans  l'utérus,  alors  que  la  vulve,  le  vagin,  et  même 
la  surface  extérieure  du  col  ne  présentent  rien  d'anormal. 

L'animalcule  de  la  syphilis  pénètre  alors  dans  Tutérus  comme  le  spermato- 
zoïde. Tout  le  monde  sait  qu'une  injection  vaginale  après  le  coït  empêche  la 
fécondation  par  l'expulsion  du  spermatozoïde  avant  sa  pénétration. 


BC  CHOIiÉRA 

FAR  M.   LE  DOCTEUR  ZALESKI  (DE  KAZAN). 


Messieurs , 

A  l'occasion  des  communications  qui  ont  été  faites  par  nos  honorables  confrères, 
je  me  crois  en  devoû*  de  faire  les  deux  remarques  suivantes. 

Ma  première  remarque  a  rapport  au  traitement  du  choléra.  En  présence 
de  cette  épidémie  formidable  qui  ravage  dans  ce  moment  Titalie,  et  qui  menace 
d'envahh-  les  autres  pays  avant  l'arrivée  de  l'hiver  prochain,  ma  conscience 
m'ordonne  de  vous  prévenir,  messieui*»,  des  suites  très-fàcheuses  de  vénésec- 

39 


610     CONGRÈS  MÉDICAL  INTERNATIONAL.  —  CINQUIÈME  SÉANCE  DU  SOllL 

lions  dans  la  période  algide  du  choléra,  vénésectîons  sur  lesquelles  insistait 
M.  le  docteur  Poznanski.  Ces  vénésections  ont  été  beaucoup  Tantées  aussi  par 
plusieurs  médecins  éminents  de  TAngleterre^  qui  ont  témoigné  que  ce  moyen 
fait  disparaître  d'une  manière  presque  magique  la  dyspnée  si  formidable  du 
choléra^  et  rétablit  la  circulation  du  sang^  qui  est  sur  le  point  de  s'arrêter 
entièrement.  Ces  témoignages  m'ont  encouragé  moi-même  à  tenter  la  Téné- 
section  pendant  l'épidémie  du  choléra  à  Kazan,  au  mois  d'août  de  Tannée  passée. 
La  première  Ténésection  que  j'ai  faite  dans  la  période  algide  [très-avancée 
me  parut  extrêmement  satisfaisante  :  la  dyspnée  diminua  de  beaucoup,  et  le 
pouls  radial  devint  perceptible.  Encouragé  par  ce  résultat^  je  fis  le  même  jour 
encore  deux  yénésections  à  deux  autres  malades  atteints  de  choléra  algide, 
et  avec  les  mêmes  résultats.  Le  sang  coiilait  avec  grande  difficulté^  maû 
pom*tant  il  coulait.  Tous  les  trois  malades  étaient  jeunes  et  d'une  assez  bonne 
constitution;  tous  les  trois  se  sont  rétablis  de  l'état  algide  comme  beaucoup 
d'autres  de  mes  patients  qui  n'étaient  pas  saignés.  Mais  malheureusement^  la  plaie 
de  la  vénésection  ne  s'est  pas  fermée^  il  y  avait  même  une  hémorrhagie  consé- 
cutive quelques  heures  après  la  vénésection  ;  au  lieu  d'être  linéaire^  la  plaie 
de  vénésection  devint  tout  à  fait  ronde^  largement  béante  ;  le  diamètre  de  cette 
ouverture  circulaire  de  la  peau  devint  beaucoup  plus  grand  que  la  longueur  de 
la  plaie  primitive  faite  par  la  lancette  :  c'était  l'effet  de  l'état  particulier  du  tissu 
de  la  peau>  état  qui  s'est  prolongé  bien  loin  au  delà  de  la  période  algide  du  cho- 
léra? Était-ce  l'état  paralytique  ou  spasmodique  des  fibres  musculaires  de  la  peau! 
je  ne  saurais  le  dire.  Tous  les  trois  malades  saignés  ont  subi  une  phlébite 
formidable^  et  une  réaction  fébrile  des  plus  intenses.  J'avais  eu  toutes  les  peines  du 
monde  à  soigner  ces  pauvres  malades^  dont  l'un  pourtant  a  succombé,  malgré 
tous  mes  efforts,  à  la  suite  d'un  phlegmon  diffus  de  l'extrémité  supérieure  entière. 
Les  autres  sujets  ont  été  gravement  malades  pendant  plusieurs  semaines. 

Je  dois  ajouter  que  beaucoup  de  malades  que  j'ai  traités  dans  ce  temps-là  ont 
supporté  heureusement  l'état  algide  du  choléra^  sans  autre  remède  que  l'applica- 
tion de  la  glace  à  l'épine  dorsale,  suivant  la  méthode  du  docteur  Chapman^  de 
Southampton.  J'ose  recommander  à  MM.  les  membres  du  Congrès  ce  tnoycn  Bsm 
simple,  qui  soulage  beaucoup  la  dyspnée  du  choléra,  rend  le  pouls  radiai 
plus  perceptible,  et  les  malades  ne  se  plaignent  nullement  de  cette  application 
froide  :  au  contraire,  ils  la  supportent  avec  une  sorte  de  plaisir  même  ;  et  après 
que  l'état  algide  est  passé,  il  n'y  a  chez  ces  malades  presque  point  de  réaction 
fébrile.  Je  ne  dis  pas  que  la  méthode  du  docteur  Chapman  soit  souveraine  contre 
le  choléra;  plusieurs  malades  meurent  maigre  l'application  de  cette  méthode, 
comme  ils  meurent  malgié  d'autres  remèdes.  Mais  J6  crois  que  cette  méthode  ne 
peut  avoir  aucune  conséquence  fâcheuse,  et  je  la  recommande  comme  con- 
forme à  la  maxime  du  grand  Sydenham  :  Primum  non  nocere. 

Ma  seconde  remarque  se  rapporte  aux  opérations  obstétricales  par  manc^uvres 
externes.  M.  le  professeur  Mattel  a  fait  mention  des  malaxatioM  de  l'abdomen 
de  la  femme  en  couche,  q]ui  sont  en  usage  en  Russie*  Je  dois  signaler  ici  un 
autre  moyen  etlemc  très-étrange,  qui  est  quelquefois  en  usage  chez  le  peuple 
russe.  Une  fois,  il  y  a  trois  ans  déjà,  je  fus  mandé  à  porter  secours  à  une  femme 
en  couche  dans  la  ville.  Après  l'avoir  examinée,  j'ai  trouvé  la  présentation  de 
l'enfant  par  la  midn,  qui  était  déjà  dans  le  vagin.  TbI  dit  aux  parents  de 
la  malade  qu'il  n'y  avait  d'autre  moyen  de  la  secourir  que  de  faire  une  opératioo 
de  vcrsiou,  t'e^-à<H)irc  extraire  l'enfknt  par  les  pieds.  Mais  ni  la  maladc>  ni  se^ 


BACCBLLL   —  DU  VÉJUTABLB  BMFYÈMe.  611 

parents  n'ont  eonsenti  à  l'opération.  Donc,  Je  me  suis  retire;  mais  il  y  avait  4à 
une  sage-femme  de  ma  connaissance,  qui  était  restée  auprès  du  lit  de  la  malade. 
Après  quelques  heures^  on  envoie  de  nouveau  me  chercher  de  la  part  de  la  même 
famOle^  et  l'on  vient  me  dire  que  la  femme  a  fût  ses  couches  heureusement,  mais 
qu  elle  est  faible,  et  demande  que  Je  la  soigne  non  comme  accoucheur,  mais 
comme  médecin.  J'arrive  et  je  trouve  la  même  sage-femme  qui  est  toujours  pré- 
sente, et  qui  me  raconte  qu'elle  a  été  une  spectatrice  passive  de  ce  qui  se  passait. 
On  a  fait  venir  une  vieUle  femme  qui  depuis  longtemps  exerçait  non-seulement 
Tart  obstétrique,  mais  encore  la  médecine  et  même  la  chirurgie  parmi  le  bas 
peuple,  et  avait  quelque  réputation  (de  sorcière).  Cette  vieille  a  fait  renverser  la 
femme  en  couches  la  tête  en  bas  et  les  pieds  en  haut,  presque  verticalement,  et 
pendant  que  deux  autres  femmes  la  soutenaient  par  les  pieds  dans  cette  position, 
la  vieille  secoua  trè»-fortement  tout  le  corps  de  la  malade.  Ces  secousses  furent 
répétées  trois  ou  quatre  fois  dans  des  intervalles  de  quelques  minutes  ;  après 
quoi  on  déposa  la  patiente  dans  son  lit.  A  la  suite  de  ces  manipulations  héroïques, 
la  main  de  l'enfant  est  rentré  dans  l'utérus,  la  tête  se  présenta  à  l'orifice,  et 
l'accouchement  était  achevé  d'une  manière  normale  :  il  s'était  opéré  la  version 
spontanée.  L'enfant  était  vivant,  et  la  mère  aussi  s'est  bientôt  rétablie. 


BU  VÉRITABUB  BIHPWÈIIB 


vàr  k.  lb  PiorEsssim  bagcelli  (db  romb). 


Les  études  anatomo-pathologiques  cliniques  et  thérapeutiques  de  rempykné 
sont  encore  bien  loin  d'être  accomplies,  et  led  doctrines  professées  n'ont  pas 
abouti  à  un  seul  et  même  résultat. 

Empyéme  est  un  mot  de  l'âge  hippocratique.  D'api*ès  sa  valeur  étymologique, 
il  signifierait  et  il  signifia  un  Jour  toute  coUedion  de  pus  dcau  les  caivUéB  ou  au 
ndUeu  des  tissus.  Toutefois  Hippocrate  lui-même  avait  assigné  ce  terme  au  pus 
épanché  isolément  dans  la  poitrine,  comme  on  peut  Voir  sur  ses  notes  et  sur 
celles  d'Aétius. 

Mais,  quoique  réduit  de  sa  première  et  large  signification,  le  mot  empyéme 
éoH  être  restreint  encore  ;  cette  obligation  s'est  accrue  eh  présence  des  con- 
quêtes anatomo-pathologiques. 

En  effet,  les  origines  du  pus  intra-pleural  sont  bien  différentes,  et  mal  on 
exprimerait  avec  la  même  parole,  dans  le  dictionnaire  de  l'art,  le  pus  qui  pro- 
vient en  général  d'une  blessure  ou  d'un  traumatisme  quelconque,  et  celui  qui 
sort  d'une  vomique  pulmonaire,  et  l'autre  qui  est  l'effet  d'une  pleurésie  hydro- 
pseudoplastique  avec  beaucoup  de  leucocytes,  et  l'autre  qui  a  Heu  dans  une 
fièvre  d'infection,  telle  que  la  variole,  l'érysipèle,  l'état  puerpéral. 

E^dT(ÀhoTax\  hydropyothorax,  pyothorax,  empyéme,  pourraient  avoir  tous  une 


612     CONGRÈS  HÊDIGAL  INTERNATIONAL.  — aNQUlfellE  SÉANCE  DU  SOIR. 

signification  particulière,  et  devraient  être  conserrés  dans  le  langage  clinique  avec 
un  sens  particulier,  établi  par  une  convention  médicale. 

Pour  nous,  l'enipyème  exprimera  toujours  une  œUecHon  pui*uknte  dam  k 
cavité  pleurale f  engendrée  par  un  processus  irrUalif  et  chronique  de  lu  séreuse  pm- 
lifératU  à  sa  surface,  et  en  mâne  temps  emhytnaieux  ou  interstitiel  avec  épaississû- 
ment  progressif. 

Dans  ce  cas  particulier,  qui,  comme  on  voit,  peut  être  primitif  ou  consécutif 
à  une  plem'ésie  ordinaire,  il  y  a  toujours  des  caractères  spéciaux,  c'est-à-dire 
que  le  pus  se  trouve  véritablement  enkysté,  que  l'état  de  la  membrane  séreuse  est  tel 
quelle  est  cibsolument  incapable  d'être  restituée  in pristinum  à  sa  fonction  d'exhala- 
tion et  de  résorption  ;  que  le  produit  est  pour  toujours  riche  en  parties  solidei  on 
formes  globulaires  ;  que  les  parois  du  kyste  sont  dépotêrvues  des  vaisseaux  entoploi- 
tiqueSf  mais  en  revanche  trés-riches  en  vaisseaux  safiguités  a  tergo. 

Celui  qui  a  eu  l'occasion  d'étudier  le  kyste  empyématique  a  bien  vu  à  quel 
excès  de  densité  il  peut  arriver,  à  quel  état  pourront  se  trouver  les  parois  io- 
temes,  tant  pour  la  couleur  tantôt  blanche  mate,  tantôt  grisâtre  et  pigmentée, 
que  pour  la  régularité  ou  l'irrégularité  de  la  surface  interne.  Eh  bien  !  de  cette 
étude  dérivent  les  conséquences  pratiques  qui  nous  ont  amené  à  des  résultai 
presque  incroyables.  En  effet,  le  pus  ne  pourra  presque  plus  être  résorbé  comme 
l'étude  anatomique  le  démontre,  la  ponction  sera  un  moyen  nécessaire. 

Toutefois  l'ouveriure  du  thorax  ne  doit  jamais  être  faite  qu'avec  le  trocart. 
Toute  incision  est  défendue,  vu  l'infiltration  purulente  des  lèvres  de  la  plaie, 
qui  est  très-dangereuse. 

La  ponction  doit  être  pratiquée  dans  le  point  le  plus  déclive  qu'il  soit  possible. 
Un  cul-de-sac  qui  reste,  à  moins  d'une  habile  contre-ouverture,  tuera  le  malade 
dans  un  épuisement  progressif.  La  canule  métallique  doit  demeurer  dans  la 
poitrine,  tant  que  les  bords  de  l'ouverture  ne  sont  pas  calleux.  Alors  on  doit  la 
changer  avec  un  tube  de  drainage. 

On  ne  doit  jamais  rien  craindre  de  l'entrée  de  l'air  atmosphérique  dan^  la 
cavité  du  véritable  empyème.  L'ichorisation  du  liquide  par  cette  cause  est  une 
méprise  de  quelques  médecins  de  l'école  allemande.  Le  pus  dans  la  cavité  thora- 
cique  peut  bien  s'ichoriser  sans  contact  de  l'air ^  mais,  quoique  ichorisé,!!  n'aura 
aucun  retentissement  fâcheux  dans  l'organicmc,  conmie  l'expérience  me  l'a  dé- 
montré. 

La  cavité  empyématique  doit  être  vigoureusement  cautérisée,  en  proportion, 
bien  entendu,  de  l'état  de  la  membrane  pyogénique.  La  teinture  d'iode  a  com- 
plètement échoué  chez  nos  cinq  premiers  opérés.  Le  nitrate  d'argent  nous  a  serri 
admirablement  dans  les  quatorze  autres  que  nous  avons  opérés,  soit  à  la  clinique 
médicale  de  Rome,  soit  dans  les  salles  du  grand  hôpital  du  Saint-Esprit,  soit 
dans  la  ville. 

Les  injections  se  font  progressivement,  en  augmentant  chaque  fois  la  dose  de 
2&  grains  dans  la  même  quantité  de  liquide. 

Nous  avons  poussé  le  nitrate  d'argent  même  à  une  once  dans  une  livre  de 
décoction  de  camomille  romaine. 

Les  injections  doivent  séjourner  dans  la  cavité;  on  les  change  plus  ou  moim 
fréquemment  ;  on  les  fait  alterner  avec  des  lavages  de  simple  camomille.  On 
adjoint  un  régime  diététique  reconstituant,  et  la  gymnastique  pulmonaire. 


MAZZONI.  —  CALCULS  DE  LA  PABTIE  FROPONOE  DE  L'OEfeTHRB.         (SIS 

H.  le  préaldtoat  remercie  M.  Baccelli  de  son  intéressante  comniunication,  et 
rappelant  celle  qu'il  a  faite^  dans  une  séance  précédente,  sur  la  loi  mathéma- 
tique du  mouvement  circulatoire^  il  le  félicite  de  marcher  si  dignement  sur  les 
traces  de  son  compatriote  Borelli. 


BES  CAIiCVIiS 
BE  liA  PABTIE  PROFOMBE  BE  Ii'CBÈTH] 

.     PAE  M.  LE  DOCTEUR  MAZZONI  (DE  ROMR).   ' 


Messieurs, 

J'espère  que  tous  me  pardonnerez  la  liberté  que  je  prends  de  vous  présenter 
UD  échantillon  de  quelques  calculs  uréthraux  qui  me  semblent  mériter  votre 
attention. 

Voici  Tordre  de  leur  classification  : 

1*  Calcul  prébulbaire  ; 

2*  Calcul  uréthro-flcrotal; 

3»  Calcul  uréthro^rostatique; 

il*  Calcul  prostatique  divisé  en  trois  noyaux; 

5»  Calcul  prostatique  à  un  seul  noyau  ; 

6*  Calcul  prostatique  à  deux  noyaux; 

7*  Calcul  prostatique  vésical. 

Vous  voyez,  messieurs,  que  si  cette  petite  collection  n'a  rien  de  nouveau  et  de 
particulier,  néanmoins  elle  présente  presque  toutes  les  espèces  de  concrétions 
calcaires  qui  peuvent  s'offrir  dans  la  pailie  profonde  de  l'urèthre.  Ainsi>  dans  le 
calcul  prébulbaire,  vous  rencontrez  la  forme  de  la  partie  libre  de  l'urèthre  à 
partir  de  la  portion  membraneuse. 

Dans  le  calcul  uréthro-scrotal,  vous  voyez  des  petites  pierres  qui  s'articulent 
l'une  sur  l'autre,  suivant  les  mouvements  normaux  du  scrotum  sur  le  pénis. 

Dans  le  calcul  uréthro-prostatique,  vous  observez  trois  petites  éminences  qui 
correspondent  aux  trois  cavités  des  trois  lobes  prostatiques. 

Dans  le  calcul  prostatique,  vous  voyez  le  grossissement  de  ces  éminences  déve- 
loppées dès  son  commencement  dans  les  trois  cavités  des  lobes  prostatiques. 

Dans  les  cinquième  et  sixième,  vous  apercevrez  deux  calculs  très-volumineux 
dont  un  commence  par  deux  noyaux  réunis  et  l'autre  pai*  un  seul  central.  La 
grandeur  du  sixième  est  telle  qu'on  le  rencontre  rarement. 

Tous  les  deux  montrent  dans  leur  superficie  des  aspérités  résultant  des  adhé- 
rences qu'ils  avaient  avec  les  parois  de  la  glande  prostatique. 

Enfin,  dans  la  septième  figure,  se  montre  le  calcul  prostato>véaical,très-remar- 


61&     GONUiEt  MÊOIGAL  IUTBRNATIOEIAI..  -^  CINQUIËIIB  SÉAN€E  D0  WB. 

quaUe  par  le  rétrtfdMement  en  forme  de  ccdlet  correspondant  an  eal  de  la 
Teflile» 

Au  point  de  Tue  de  la  médecine  opératoire,  tous  w^et,  messieurs,  que  l'ei- 
traction  des  calculs  de  la  partie  profonde  de  l'urèthre  rencontre  quelquefois  de« 
difficultés  sérieuses,  surtout  des  calfculs  prostatiques  et  prostato-vésical,  s'ils  sonl 
volumineux,  et  vous  savez  encore  que  c'est  contre  cette  espèce  de  calculs  surtout 
qu'on  a  imaginé  et  pratiqué  la  méthode  mixte  cystotomo-lithotripsie,  et  c'est  pour 
cette  raison  même  que  je  m'arrêterai  un  instant  sur  la  manière  dont  j'ai  opéré 
dans  ces  cas.  En  voici  les  relations  : 

Un  confiseur,  âgé  de  cinquante  ans,  ne  pouvant  plus  urineri  m'envoya  cher- 
cher; il  me  dit  que,  sans  aucune  raison  particulière,  depuis  dix  ans  il  aTait 
quelque  souffrance  dans  l'émission  de  l'urine.  Après  quelques  recherches,  je  pus 
constater  qu'il  avait  un  calcul  très-volumineux  de  l'urèthre,  qui,  avec  son  extré- 
mité postérieure,  finissait  près  de  l'anus  et  en  avant  suivait  le  canal  de  l'urèthre. 
Le  jour  suivant,  j'en  fis  l'extraction  par  la  méthode  prérectale,  et  je  pus  découvrir 
aisément  l'extrémité  postérieure  du  calcul,  que  je  ne  pus  saisir  par  les  tenettes, 
quoique  je  m'y  fusse  repris  à  plusieurs  fois;  alors  mes  efforts  étant  inutiles  Je 
conçus  l'idée  de  passer  demère  l'extrémité  du  calcul  un  petit  croohet  (la  branche 
femelle  d'un  lithoclaste  ordinaire)  et  de  le  déplacer  de  son  siège;  la  partie  posté- 
iWBure  du  calcul  se  montra  tout  de  suite  au  milieu  de  la  plaie,  alors  U  put  être 
saisi  et  extrait  définitivement  au  moyen  d'une  tenette,  en  le  tirant  en  arrière 
vers  le  rectum.  Le  malade  guérit  sans  aucun  accident  consécutif. 

Le  sujet  de  l'histoire  du  calcul  prostatique  à  un  noyau  central  est  un  certain 
Gonstantini  de  Orte,  de  l'âge  de  cinquante  ans,  marié  et  père  de  plusieurs  enliant:); 
il  venait  d'une  famille  dans  laquelle  plusieurs  personnes  avaient  ëtd  goutteuses» 
et  son  grand-père  avait  été  opéré  de  la  pierre  il  y  a  cinquante  anS|  ot  mourut  a^ec 
elle,  parce  qu'elle  n'avait  pu  être  extraite  par  le  chirurgien,  quoique  ropéraiion 
eût  duré  une  heure.  Notre  malade  avait  toij^ours  bien  uriné,  et  se  plaignait  seule* 
ment  d'un  grand  poids  vers  l'anus.  Exploré  par  cette  partie  et  par  l'urèthre,  je 
pus  diagnostiquer  un  calcul  très-volumineux  dont  je  fis  l'extraction  par  h  mé* 
thode  médiane,  avec  le  débridement  multiple  de  la  prostate  ;  mais  au  moment 
d'extraire  la  pierre,  je  ne  pus  la  saisir  avec  les  tenettes  après  bien  des  efforts  que 
je  fis,  de  telle  façon  que  je  dus  renoncer  à  la  sortir  par  ce  moyen.  Je  pris  alors 
la  branche  femelle  d'un  lithotriteur,  avee,  laquelle  je  pratiquai  Textractlon  très- 
aisément.  Le  malade  guérit  en  trente  jours  sans  aucune  suite  à  signaler. 

L'histoire  de  l'autre  calcul  prostatique  très-volumineux  appartient  à  un  jeune 
homme  de  Fâge  de  trente-cinq  ans,  marié  depuis  dix  ans,  père  de  trois  enfant* 
et  cocher  de  profession.  U  eut  une  rétention  d'urine  à  l'âge  de  vingt-cmq  ans,  et 
alla  fc  l'hôpital  du  Saint-Esprit,  où  on  le  guérit  au  moyen  d'une  petite  sonde  de 
gomme  qui  passa  dans  le  canal  de  l'urèthre  avec  beaucoup  de  difficulté.  Apre? 
dix  ans,  la  m^me  maladie  s' étant  reproduite,  il  vint  me  consulter.  Je  reconnus 
une  grande  pierre  prostatique,  que  j'ai  .opérée  par  la  méthode  reclo-prostalique. 
Le  calcul  fut  aisément  mis  à  découvert,  mais  les  essais  pour  le  saisir  avec  des 
tenelles  furent  difficiles,  douloureux  et  inutiles,  et  cette  fois  je  dus  encore  recourir 
à  mon  crochet  dont  je  m'étais  sei^vi  dans  les  cas  précédents,  et  avec  lequel  j'e»» 
la  satisfaction  de  le  faire  tomber  promptement  dans  Tanus,  où  je  pus  le  sortir 
avec  les  tenettes,  ayant  d'abord  dilaté  l'anus  par  la  méthode  Récamier.  Le  malade 
guérit,  mais  il  lui  resta  une  fistule  recto-j)rostatique;  il  urine  quatre  fois  par  jour 


UàXMni.  «<-*  CALCULS  DB  LA  PARTIE  PROFONDE  DR  L'URfeTRRE.      615 

par  l'anus  sans  que  pour  cela  il  soit  gêné  dans  l'exercice  de  sa  profession  de 
cocher. 

Un  jeune  homme  de  vingt  ans^  nommé  Ângelo  Raimondi^  de  Montellanico,  avait 
un  calcul  prostato^vésical  dont  il  ftit  opéré  par  la  taille  médiane  et  retiré  aveo 
grande  facilité  au  moyen  du  crochet  de  la  branche  femelle  de  mon  lithotriteur, 
11  guérit  complètement. 

Tous  les  opérés  sont  actuellement  en  bonne  santés  comme  j'ai  eu  soin  do  m'en 
assurer  à  mon  départ  de  Rome. 

A  ces  cas^  qui  m'appartiennent,  j'en  ajouterai  un  autre  que  voici  :  Je  me  suis 
trouvé  il  y  a  huit  mois,  avec  le  docteur  Felitiani,  très-habile  chirurgien  de  Rome, 
pour  opérer  l'extraction  d'un  calcul prostato-vésical  très-volumineux  que  je  regrette 
de  ne  pouvoir  vous  présenter  aujourd'hui.  Le  malade  était  un  nommé  Benedetti, 
de  Cometo.  Le  calcul  fut  attaqué  par  la  méthode  médiane  avec  débridement  mul^ 
tiple  de  la  prostate,  et  quand  on  essaya  de  l'extraire  avec  les  tenettes,  tous  les 
efforts  furent  inutiles  ;  alors  le  docteur  Felitiani  me  pria  d'appliquer  mon  crochet, 
et  le  calcul  fut  retiré  avec  une  facilité  si  grande,  que  mon  honorable  confrère  me 
remercia  d'avoir  si  vite  soulagé  le  malade  des  souffrances  produites  par  les  instini* 
ments  chirurgicaux. 

Vous  voyex  donc,  messieurs,  que  l'extraction  des  calculs  volumineux  qui  sié* 
gent  dans  la  partie  profonde  de  l'urèthre  se  trouve  singulièrement  simplifiée  par 
le  moyen  que  je  viens  d'avoir  l'honneur  de  vous  indiquer,  et  que  même  le  pro« 
blême  de  savoir  s'il  fallait  ou  non  recourir  à  la  méthode  mixte  cystotomo^litho- 
tripsie  n'a  plus  raison  d'être  posé,  puisqu'un  simple]  crochet,  une  branche 
femelle  d'un  lithotriteur  (grandeur  ordinaire)  sufBt  pour  les  extraire^  quel  que 
soit  leur  volume. 

La  raison  de  ces  succès  me  semble  très-claire  eu  égard  à  la  forme  triangulaire 
et  conique  des  calculs.  La  partie  du  corps  étranger  qui  se  présente  aux  cuillers 
des  tenettes  est  toujours  angulaire,  ce  qui  fait  que  l'instrument  n'a  pas  de  prise 
et  au  contraire  tend  à  glisser  toujours;  et  si  l'on  veut  s'efforcer  de  la  saisir  plus 
haut,  on  produira  des  lacérations  aux  parois  de  l'urèthre.  Et  je  me  rappelle 
avoir  assisté  à  une  opération  de  cette  sorte  faite  par  un  chirurgien  étranger  qui 
pratiquait  dans  un  grand  hôpital,  et  lequel,  voulant  retirer,  coûte  que  coûte,  un 
calcul  prostatique  très-volumineux,  après  avoir  pendant  une  heure  employé  une 
force  extraordinaire,  il  emporta  le  calcul  et  même  une  grande  portion  de  la 
prostate. 

Enfin,  vouloir  sortir  les  calculs  prostatiques  en  les  saisissant  par  devant  serait  la 
même  chose  que  vouloir  retirer  un  cône  en  le  prenant  par  sa  pointe,  tandis  qu'il 
suffit  de  le  pousser  de  derrière  en  avant  pour  le  faire  sortir  avec  facilité  et  sans 
employer  tme  grande  force,  le  cône  suivant  son  chemin  naturel. 

Je  conclus  donc  que  les  calculs  de  la  partie  profonde  de  l'urèthre,  et  surtout 
les  calculs  prostatiques  et  prostato-vésicaux  de  quelque  volume,  doivent  être  sortis 
en  employant  une  force  qui  les  pousse  d'arrière  en  avant,  et  que  pour  cela  peut 
suffire  un  crochet  ou  la  branche  femelle  d'un  lithotriteur  d'attaque,  quelle  que 
soit  d'ailleurs  la  méthode  qu'on  pratique  pour  les  mettre  à  découvert. 


616     CONGRÈS  MÉDICAL  INTERNATIONAL.  -* CINQUIÈME  SÉANCE  DU  SOIB« 


SUR  CIVE  IVOCVEI^IiE  OPtfSRATIOM  CONTRE  ËJk  SURBITÉ 
ET  liES  BOCRDOIVIVEMEIVTS.  ~  IaJL  9PHYROTOHIB 

fRÉiSECTioiv  nr  mamche  ne  marteau) 

PAR  M.   LE  DOCTEUR  WREDEN^ 
Directeur  de  réUbli^semeot  otiatrique  de  Saiol-Pëtenbour;. 


Il  est  universellement  reconnu  que  la  perforation  artificielle  de  la  manbrane 
du  tympan  appoiHe  une  amélioration  notable  à  Fétat  de  Touîe  dans  certains  cas 
de  surdité  ;  mais  on  sait  aussi  que^  malgré  les  travaux  des  médecins  et  des  chi- 
rurgiens  les  plus  célèbres  de  France,  d' Angleten-e  et  d'Allemagne,  qui  s'oécupent 
de  cette  question  depuis  près  d'un  siècle  (1),  on  sait,  dis-je^  qu'U  est  pres([ue 
impossible  de  maintenir  béante  l'ouverture  artificielle  et  de  rendre  par  là  Tamé- 
lioration  durable. 

Depuis  1861,  j'ai  essayé  à  plusieurs  reprises  toutes  les  méthodes  opératoires 
connues,  sur  37  malades.  Je  me  suis  même  servi  d'une  méthode  qui  m'est 
propre  (modification  de  l'instrument  de  Fabrizi^Bonnafont)  (2).  Je  ne  suis  cepen- 
dant aiTivé  que  deux  fois  à  pratiquer  une  perforation  durable.  Voyant  que 
l'ouverture  de  la  membrane  du  tympan  s'obstruait  presque  toujours^  je  renonçai, 
à  partir  d'aviil  1865,  à  pratiquer  la  perforation^  et  je  me  donnai  pour  problème 
de  trouver  une  méthode  opératoire  présentant  à  prion  des  chances  de  s\xaé 
dwable.  J'eus  bientôt  un  projet^  mais  son  exécution  me  présenta  des  difficultés 
gi'andes  et  imprévues.  Je  dus  consacrer  deux  années  à  des  expériences  sar  le 
cadavre.  Après  ce  temps,  je  jugeai  ma  méthode  assez  sûre  et  perfectionnée  pour 
être  suivie  siu*  le  vivant.  Peu  de  temps  avant  de  quitter  Saint-Pétersbourg,  je 
pratiquai  ma  nouvelle  opération  sur  deux  pei'sonnes  attaquées  de  catarrhe  de 
l'oreille  moyenne,  entraînant  une  dureté  notable  de  l'ouïe.  Je  fis  ces  opération^ 
en  présence  de  MM.  les  professeurs  Zdehaner,  PeUcan,  Dubowitzky^  Eichw<ûd, 
Heppner,  Bauchfuss,  Ober^  Muller. 

L'idée  fondamentale  était  non-seulement  d'exciser  une  portion  de  la  mem- 
brane, mais  surtout  de  réséquer  le  manche  du  marteau.  J'étais  guidé  par  les 
trois  considérations  suivantes  : 

(1)  Cette  opération  fut  pratiquée  pour  la  première  foifi  sur  l'homme  par  un  charïaXtûyEh, 
en  1760,  à  Paris.  Elle  fui  pratiquée  en  1788,  à  Edimbourg,  par  le  professeur  d'aiiatomie  et 
de  physiologie  Degravers,  Elle  ne  prit  pied  dans  la  science  qu'en  1801,  par  AsUey  Coopcr, 
à  Londres,  et  en  1806  par  Cari  Himly,  à  Brunswick,  qui  furent  bientôt  imités  par  de  nom- 
breux adeptes.  11  y  a  deux  siècles  que  Riolan  conseillait  déjà  la  perforation  de  la  membrane  du 
tympan  dans  son  Enchiridion  anatomicum  et  pathologicum  (Lugd.  Batav.,  1649,  p.  290). 

(2)  J'ai  inséré  ces  observations  dans  ma  dissertation  «  sur  l'inflammation  catarrhale  de  l'o- 
reille moyenne  et  la  perforation  artificielle  de  la  membrane  du  tympan  »,  1863  (en  russe).  Cet 
observations  abrégées  se  trouvent  aussi  dans  le  Bericht  ûber  die  Oh^enkrankenannakiM  i« 
der  Maxmaianheiianstait  fur  die  Jahre  1858-1863. 


WBEDSN.  — -  NOUVELLE  OPÊHATIOli  CONTRE  LA  SURDITÉ.  617 

1*  Les  vaisseaux,  par  lesquels  la  nutrition  du  centre  de  la  membrane 
s'efTectue  principalement,  suivant  le  manche  du  marteau  ;  en  enlevant  celui-ci, 
je  rends  ti'ès-difficile  la  cicatrisation  de  l'excision. 

2*  La  résection  du  manche  du  marteau  permet  de  pratiquer  une  excision 
plus  étendue,  ce  qui  donne  un  double  avantage.  D'abord,  et  c'est  un  fait  d'expé- 
rience, une  perforation  très-étendue  se  cicatrise  rarement,  et  si  elle  occupe  plus 
des  deux  tiers  de  la  membrane,  elle  ne  s'obture  jamais.  Ensuite,  une  large 
ouverture  laisse  passer  les  ondes  sonores  en  plus  grande  quantité,  et,  par  suite, 
l'impression  produite  sur  le  labyrinthe  est  plus  intense. 

3*  C'est  un  fait  pathologique  bien  connu,  qu'à  la  suite  d'une  otorrhée  de 
longue  date,  quand  le  manche  du  marteau  s'est  exfolié  ou  partiellement  détruit, 
la  solution  de  continuité  de  la  membrane  ne  se  ferme  jamais  (au  moins  je  ne 
sache  pas  qu'il  en  ait  été  autrement). 

La  résection  du  manche  du  marteau,  loin  d'atténuer  les  bons  effets  de  l'exci- 
sion de  la  membrane  (myringectùmié)^  les  augmente  au  contraire.  Des  raisons 
physiologiques  et  pathologiques  veulent  qu'il  en  soit  ainsi.  D'abord  la  sphyroto^ 
mie  permet  de  pratiquer  une  excision  plus  grande  que  la  myringectomie  simple. 
Ensuite  la  résection  du  manche  du  marteau  permet  à  la  chaîne  des  osselets  de  se 
porter  en  dehors.  Par  là  la  pression  exagérée  que  l'étrier  exerce  (dans  les  cas  de 
dureté  de  l'ouïe  qui  nécessitent  l'opération  en  question)  sur  le  contenu  liquide 
du  labyrinthe  se  trouve  diminuée.  D'un  auti*e  côté,  il  est  généralement  reconnu 
que  le  manche  du  marteau  peut  manquer  sans  que  l'ouïe  soit  nécessairement 
détruite.  J'ai  vu  des  malades  qui,  avec  de  pareilles  défectuosités,  entendaient 
à  une  distance  de  six  pieds  le  tic-tac  de  ma  montre  et  percevaient  parfaitement 
la  parole. 

Dans  le  principe,  je  pensais  avoir  besoin  de  trois  instruments  pour  effectuer 
la  sphyrotomie  :  un  bistouri,  une  pince,  des  ciseaux.  Je  modifiai  ces  instruments 
de  diverses  manières,  et  finalement  des  expériences  sur  le  cadavre  me  prouvè- 
rent que  l'emploi  d'une  pince  isolée  était  impossible  :  1®  l'introduction  simul- 
tanée de  la  pince  et  du  bistouri  dans  l'oreille  rétrécit  tellement  le  champ  de  la 
vision,  que  l'œil  ne  peut  diriger  la  lame  tranchante  ;  2**  les  deux  mains  de  l'opé- 
rateur étant  occupées  par  ces  instruments,  la  fixation  du  spéculum  à  l'oreille 
doit  être  confiée  à  un  autre,  ce  qui  constitue  un  grand  inconvénient  ;  3^  malgré 
tous  mes  efforts,  je  ne  pus  obtenir  une  pince  qui  pût  fixer  la  membrane  du 
tympan  sans  la  déchirer.  J'ai  essayé  des  pinces  à  crochet,  ii  dents  mousses  ou 
aiguës,  des  pinces  construites  à  la  manière  d'un  lithotriteur  :  le  moindre 
mouvement  involontaire  suffisait  à  déchirer  le  mince  tissu  de  la  membrane  !  11 
en  était  de  même  avec  les  crochets  simples  ou  doubles  et  les  hameçons  que  je 
fis  faire.  D'un  auti*e  côté,  quand,  après  avoir  incisé  la  membrane  en  arrière,  en 
bas  et  en  avant  du  manche  du  marteau,  on  tente  avec  les  ciseaux  de  réséquer 
celui-ci  dans  l'angle  supérieur  de  l'incision,  l'os  fuit  sous  l'instrument  et  tombe 
sur  la  paroi  inférieure  de  la  caisse  du  tympan.  Cette  surface  est  très-rugueuse  et 
spongieuse.  Elle  ne  peut  être  assez  éclairée  pour  que  l'on  puisse  saisir  avec  les 
pinces  le  fragment  osseux.  On  pourrait  expulser  cette  partie  réséquée  au  moyen 
de  puissantes  injections  d'eau,  mais  on  doit  éviter  l'emploi  de  ce  procédé  : 
1*  qui  détermine  des  douleurs  violentes,  vertiges,  syncopes;  2®  qui  peut  affaiblir 
l'ouïe  par  suite  de  thrailiements  ou  de  dislocation  de  la  chaîne  des  osselets  ; 
3^  qui  provoque  toiyours  une  réaction  inflammatoire  suivie  d'une  suppuration 


618      CONGRtft  MtOIGAL  INTB&NATIOllAt.  —  GDfQDIËIUS  SÊAMCB  DO  SOIB. 

profuse  de  la  membrane  de  la  caisse  du  tympan,  affection  dont  les  suites  ne 
peuTent  être  préyues. 

Toutes  CCS  considérations  me  protivèrent  qu'Q  était  nécessaire  de  posséder  on 
instrument  qui  pût  servir  en  même  temps  de  pince  et  de  ciseaux.  Après  de 
nombreux  essais  et  des  expériences  sur  le  cadavre,  j'arrivai  à  satisfaire  à  cette 
condition.  Voici  la  description  de  mes  instruments  ; 

1.  Le  myringotome  (destiné  à  la  section  de  la  membrane)  présente  un 
manche  A  et  une  tige  d'acier  B,  aplatie  en  lame  à  deux  tranchants  à  son  extré- 
mité. Ces  deux  parties  sont  ûxécs  l'une  à  l'autre  par  un  cylindre  de  melchior 
et  par  un  levier  ab,  qu'on  peut  porter  en  haut  ou  en  bas  au  moyen  du  bou- 
ton a,  qui  fait  ainsi  tourner  la  lance  6.  Quand  le  bouton  a  est  tiré  en  bas, 
la  lame  tranchante  e  est  parallèle  à  la  direction  du  manche  du  marteau 
gauche.  Quand  au  contraire  il  est  poussé  en  hant,  la  direction  de  la  lame  est 
parallèle  à  celle  du  manche  du  marteau  droit.  Quand  le  bouton  egt  à  la  moitié 
de  son  trajet,  la  lame  est  horixontale.  La  lame  tranchante  est  trèa-mince  et 
très-coupante  sur  ses  bords  et  à  son  extrémité,  de  sorte  qu'on  peut  perforer 
aussi  bien  que  couper  la  membrane  du  tympan.  Grâce  au  mouvement  de 
rotation  de  la  lance  sur  elle-même,  on  peut  inciser  avec  le  même  instrument 
les  membranes  de  deux  côtés.  Ce  mouvement  permet  en  outre  de  pratiquer 
une  incision  circulaire  sans  déplacer  notablement  la  main,  chose  impossible 
(vu  l'angle  de  l'instrument),  si  ce  mouvement  n'eût  pas  été  ménagé. 

2.  Le  synechoiome  se  distingue  du  myringotome  par  sa  lance  courbée  près- 
que  à  angle  droit  à  son  extrémité.  La  lame  est  tranchante  des  deux  côtés  et 
à  la  pointe.  Elle  sert  à  détruire  les  adhérences  exceptionnelles  de  la  mem* 
brane  du  tympan  ou  du  manche  du  marteau,  avec  le  promontoire  ou  d'autres 
parties  de  la  caisse  du'  tympan.  La  lance  tourne  dans  toutes  les  directions. 
Elle  peut  être  fixée  par  une  vis  de  pression, 

S.  Le  sphyrotome  est. destiné  à  réséquer  le  manche  du  marteau  et  à  retenir 
le  fragment  osseux  avec  le  lambeau  de  la  membrane  qui  y  adhère.  Il  se  com- 
pose de  ciseaux  et  d'une  pince  placée  immédiatement  au-dessous  et  à  extré- 
mité mousse  (a  et  6  montrent  les  ciseaux  de  côté,  B^  montre  l'extrémité  do 
sphyrotome,  vue  par  sa  face  supérieure  et  ouverte).  On  voit  que  les  lames  a' 
des  ciseaux  sont  concaves,  ainsi  que  leur  tranchant,  pour  que  le  manche  du 
marteau,  une  fois  saisi,  ne  puisse  fuir.  Elles  sont  un  peu  dépassées  par  les 
extrémités  de  la  pince  b'.  Cette  disposition  a  pour  but  de  protéger  les  parois 
du  labyrinthe  contre  la  pointe  des  ciseaux.  Quand  on  ramène  le  levier  e  vers 
le  manche  de  l'instrument,  il  pousse  la  canule  en  avant  et  fiiit  ainsi  fermer 
en  même  temps  les  ciseaux  et  la  pince.  Le  manche  du  marteau  et  le  lambeau 
de  la  membrane,  une  fois  coupés  par  les  ciseaux,  sont  saisis  infailliblement  et 
d'une  manière  irrévocable  par  les  branches  de  la  pince.  Pour  flaire  sortir  ces 
parties  de  l'instrument,  il  faut  tirer  la  canule  en  arrière,  ce  qui  exige  une  cer- 
taine force.  —  On  voit  que  l'emploi  du  sphyrotome  présente  toutes  les  garanties 
que  l'on  peut  exiger  d'un  instiiiment  destiné  à  de  telles  opérations  :  la  partie 
réséquée  ne  peut  échapper  aux  pinces,  ni  demeurer  dans  la  caisse  du  tympan. 
C'est  le  mouvement  de  la  canule  qui  ferme  les  ciseaux;  ceux-ci  restent  immo- 
biles. La  chaîne  des  osselets  ne  peut  donc  en  aucune  manière  être  disloquée 


WREDKH.  ««-NOUTBtLI  OP&RATIOll  CONTRE  LA  SUBDITÈ.  Si9 

OU  tiraillëe.  Je  me  suis  assuré  de  ce  que  j'avance  par  maintes  expériences  sur 
les  cadavres  et  par  deux  opérations  sur  le  vivant. 

Sur  le  vivant^  je  procède  de  la  manière  suivante  : 

Je  place  le  malade  sur  une  table  spéciale^  et  je  le  plonge  dans  une  anesthésie 
très-'profonde^  parce  que  Torgane  dâ  Tonlo  eotuerve  le  dernier  la  sensibilité 
quand  tous  les  autres  sens  sont  endormis;  en  un  mot,  -—  il  résiste  au  chloro- 
forme comme  à  Tagonie.  Si  l'on  commence  l'opération  trop  tôt^  lé  malade  se 
réveille  au  premier  contact  de  Tinstrument  et  se  jette  de  côté.  L'opérateur  est 
forcé  d'ôter  l'insti'ument  de  l'oreille  et  d'attendre  une  anesthésie  complète. 
Quelques  gouttes  de  sang  viennent  alors  rétrécir  le  ohamp  de  la  vision^  déjà  si 
peu  étendu.  Gomme  il  faut  éviter  les  injections  d'eau^  on  doit  étancher  ce  sang 
avec  un  pinceau  à  poils  ou  du  coton.  Quand  l'anesthésie  est  complète,  l'opéra- 
teur enfonce  le  myringotome  dans  le  segment  postérieur  de  la  membrane^  à 
un  millimètre  au-dessous  de  la  proéminence  de  l'apophyse  courte  du  marteau. 
Il  a  eu  soin  de  donnei*  à  la  lame  de  l'instrument  une  direction  parallèle  à  celle 
du  manche  du  marteau.  Il  dirige  une  incision  dans  ce  sens  jusqu'à  2  millimètres 
au-dessous  de  l'extrémité  du  manche  du  marteau.  En  amenant  le  curseur  au 
milieu  du  trajet  qu'il  peut  parcourir^  l'opérateur  donne  à  la  lame  une  direction 
horixontalCf  et  pratique  dans  ce  sens  une  incision  de  3  à  /i  millimètres.  Ramenant 
après  cela  le  bouton  à  son  point  de  dépari^  c'est-à-dire  rétablissant  le  parallé- 
lisme entre  la  lame  et  le  manche  du  marteau,  il  incise  le  segment  antérieur  de 
la  membrane  jusqu'au  niveau  du  commencement  de  l'incision  dans  le  segment 
postérieur.  L'opérateur  retire|alors  le  myringotome  et  introduit  les  phyrotome,  et 
porte  son  extrémité  ouverte. dans  l'angle  supérieur  de  la  plaie,  de  manière  à 
embrasser  le  manche  du  marteau.  Pour  réséquer  ce  dernier,  ainsi  que  le  lam- 
beau de  la  membrane,  et  saisir  ces  deux  parties  dans  la  pince,  il  suffit  d'une 
simple  pression  sur  le  levier  de  l'instrument. 

Après  l'opération^  l'hémorrhagie  est  relativement  considérable.  Cependant 
elle  ne  réclame  pas  l'application  des  hémostatiques.  Un  fait  asses  remarquable, 
c'est  que  malgré  le  sang  qui  remplit  le  conduit  auditif  et  la  plaie,  l'ouïe  est 
immédiatement  et  notablement  améliorée.  Après  l'opération^  il  faut  obseiirer 
strictement  certaines  précautions  pour  prévenir  l'apparition  d'une  périostite  ou 
d'un  catarrhe  purulent  de  l'oreille  moyenne,  qui  pourraient  détruire  les  bons 
résultats  de  l'opération.  Les  détails  sur  le  traitement  post  (yperatUmem  ne  pouvant 
entrer  dans  les  limites  d'une  communication  préalable,  je  me  réserve  de  les 
exposer  ultérieurement,  quand  j'aurai  pu  observer  plus  de  cas  concernant  cette 
opération. 

Je  veux  seulement  insister  encore  sur  ce  point,  que  les  indications;  ne  sont 
pas  les  mêmes  pour  la  myringotomie  et  la  sphyrotomic.  Là  où  la  première  est 
suffisante,  l'autre  est  superflue.  Je  reconnais  jusqu'à  présent  les  trois  indica- 
tions suivantes  pour  la  sphyrotomie  : 

V  Epaississements  considérables  de  la  membrane  du  tympan  (là  plus  fré- 
quente). 

2*  Adhérences  de  la  membrane  avec  la  paroi  interne  de  la  caisse  du  tym- 
pan, etc* 

â<*  Oblitération  de  la  trompe  d'Eustache  (très-rare).  Dans  ces  cas,  par  la  my- 
ringotomie on  n'obtient  pas  de  résultats  ou  un  résultat  très-peu  durable,  tandis 
qu«  la  sphyiotomie  y  trouve  sa  meilleure  application. 


620     CONGRÈS  MÉDICAL  INTBRNATJONAL— ClUQUIÈMS  SÉANCE  DU  SOIH. 


IMSTRVIHBWTII 
POVR  liES  OPÉRiàTlOlVS  OBSTÉTRICAIiBi 

PAR  M.  LE  DOCTEUR  J.   DE  LAZAREWITCH^ 
Profantnr  à  la  Faeallé  de  mMedM  ùê  Kbarkoff. 


Messieurs^ 

J'ai  l'honneur  de  vous  présenter  quelques  instruments  que  j'ai  inventés  et 
perfectionnés  pour  les  opérations  obstétricales  et  gynécologiques. 

La  main  est  le  meilleur  de  tous  les  instruments  connus,  mais  malheureuse- 
ment il  y  a  beaucoup  de  cas  dans  lesquels  la  main  seule  est  insuffisante.  Alors 
nous  sommes  forcés  d'agir  avec  des  instruments  que  nous  pouvons  et  que  nous 
devons  perfectionner  infiniment  en  cherchant  les  nouveaux  et  les  meilleurs 
moyens.  , 

Un  bon  instrument  doit  prolonger  la  main;  celle-ci  doit  sentir  chaque  mouTe- 
ment  de  l'instrument  et  toute  son  action.  Un  bon  instrument  doit  accomplir  sou 
rôle  en  perfection;  il  doit  atteindre  le  but  de  l'opération  avec  sûreté,  sans  être 
offensif  ni  pour  la  malade  ni  pour  l'opérateur.  Il  ne  doit  pas  être  lom*d  ni  trop 
gi*and.  Un  instrument  petit  prend  moins  de  place,  ne  fait  pas  une  pression  trop 
forte,  ofTense  et  blesse  moins,  ne  pèse  pas  trop  sur  la  main  et  ne  la  fatigue  pas 
autant  qu'un  instrument  lourd  et  grand.  Tous  ces  avantages  sont  trè»-importants 
dans  la  pratique  des  accouchements  et  de  ht  gynécologie,  où  il  faut  agir  dans  un 
espace  étroit  où  sont  placés  des  organes  importants  et  disposés  aux  blessures. 

Je  m'eflbrcerai  en  quelques  mots  de  décrire  ceux  de  mes  instruments  qui  sont 
les  plus  importants. 

I.   —  PELVIMtTRE   COMPLET. 

Il  peut  servir  : 

a.  Pour  la  pelvimétiie  exteriie,  comme  le  compas  d'épaisseur  de  Baudeloque; 

b.  Comme  sonde  xitérine^  pour  mesurer  la  cavité  de  l'utérus  et  les  tumeurs  intn 
et  extra-utérines. 

Voici  un  exemple  des  résultats  qu'il  peut  donner  : 

A  la  clinique  d'accouchements  de  l'université  de  Kharkoff,  que  je  dirige^  était 
une  malade  avec  une  tumeur  fibreuse  interstitielle  de  la  matrice.  Après  avoir 
dilaté  le  col  de  l'utérus  au  moyen  de  lammcaia  digitaia,  j'ai  introduit  une  branche 
de  mon  pelvimètre  dans  le  vagin,  et  je  l'appliquai  à  l'orifice  de  l'utérus;  je  mis 
l'autre  branche  à  l'extérieur,  au  fond  de  l'utérus,  après  quoi  je  poussai  la  branche 
intérieure  dans  la  cavité  du  col  utérin  jusqu'à  la  tumeur.  De  cette  manière,  je 
pouvais  mesurer  non-seulement  la  grandeur  de  la  matricei  mais  aussi  celle  de  la 


LAZABEWrrCH.—  INSTRUMENTS  POUR  LES  OPÉRATIONS  OBSTÊTRICAIES.      621 

tumeur  elle-même,  et  juger  des  changements  qu'elle  subirait  pendant  un  mois 
sous  l'influence  du  traitement  employé. 

c.  Gomme  pelvimétre  ùiieme-ea^temey  mon  instrument  peut  servir  parfaitement 
bien,  si  au  lieu  d'une  branche  extérieure  on  met  une  autre  branche  courbée 
en  S.  11  peut  être  employé  avec  plus  de  facilité  que  le  pelvimétre  de  M.  Van 
Huevel. 

d.  Comme  pelvimétre  irUeme,  il  me  semble  meilleur  que  tou&les  autres,  parce 
qu'il  ne  dilate  pas  le  vagin  dans  sa  pai*tie  inférieure,  et  ne  fait  pas  de  pression  sur 
le  périnée. 

e.  Un  doMe  transporteur  peut  être  ûxé  sur  le  manche  du  pelvimétre;  il  donne 
la  possibilité  de  mesurer  les  différentes  inclinaisons  du  bassin,  et  au  moyen  d'une 
méthode  particulière  on  peut,  avec  l'aide  de  ce  transpoiieur,  obtenir  le  contour 
de  la  cavité  du  petit  bassin. 

II.  —  Le  forceps. 

Depuis  Chamberlain,  tous  les  forceps  employés  dans  la  pratique  des  accouche- 
ments étaient  faits  avec  croisement  de  leurs  deux  branches  ou  sans  croisement. 
Le  premier  forceps  sans  croisement  était  celui  de  Palfyn  ;  parmi  ceux  qui  furent 
imaginés  plus  tard,  il  faut  noter  ceux  de  Thénance  et  d'Âssalini.  —  D'après  mon 
avis,  ces  forceps  ne  peuvent  être  employés  que  sur  un  fantôme.  Entre  autres 
inconvénients,  leurs  branches  s'articulent  très-diflicilemcnt. 

Les  avantages  de  mon  forceps  non  croisé  sont  les  suivants  : 

1.  L'une  ou  l'autre  branche  peut  être  introduite  la  première;  dans  leur  point 
de  jonction,  toujours  le  pivot  coirespond  à  la  moiiaisc. 

2.  Quand  une  branche  est  introduite,  son  manche  peut  être  placé  de  côté,  et 
il  laisse  libre  le  passage  pour  l'application  de  l'autre  branche. 

3.  Le  point  de  jonction  est  éloigné  de  la  vulve,  et  pour  cette  raison  la  com- 
missure postérieure  ou  les  poils  ne  peuvent  être  pinces. 

U.  On  évite  la  compression  de  la  tête,  qui  avec  le  forceps  croisé  est  en  raison 
directe  des  tractions. 

m.  —  Céphalotribe. 

Il  est  plus  léger  que  tous  les  autres  actuellement  connus.  11  consiste  en  deux 
branches  non  croisées  qui  s'articulent  comme  mon  forceps;  une  vis  est  placée 
entre  les  manches  et  les  rapproche  au  moyen  d'un  mécanisme  particulier.  La 
cavité  des  cuillers  est  munie  de  dents. 

IV.  —  Embryotome. 

C'est  un  instrument  tout  à  fait  neuf  par  sa  construction  et  par  son  application. 
11  a  un  grand  avantage  sur  tous  les  autres  instruments  qui  servent  pour  les  diffé- 
rentes opérations  de  l'embryotomie,  parce  que  lui  seul  peut  être  employé  pour 
toutes  ces  opérations  et  parce  qu'il  ménage  les  parties  molles  plus  sûrement  que 
les  autres,  n'étant  ni  tranchant  ni  aigu.  Chaque  médecin,  alors  même  qu'il  serait 
très-peu  expérimenté  dans  les  opérations  obstétricales,  peut  l'employer  avec 
sûreté. 

Mon  embryotome  peut  servir  : 

a.  Pour  la  perforation  du  cràne^  je  l'applique,  et  après  avoir  fait  un  pli  sur  la 
tète>  je  tourne  l'instrument  et  je  déchire  toutes  les  parties  saisies. 


622     raiIGlli»  MÈDtCAL  INTCRNATIONAL.  ^  GIlfQtJifeltfe  SÉANCE  fiO  ICOU 

6.  J'arrache  ensuite  arec  les  pinees  de  rinstrament  les  os  de  la  Toftte  du  crâne 
les  uns  après  les  autres,  et  je  fais  la  cràmodamiie. 

e»  ÈQÛn,  je  saisis  avec  les  mêmes  pinces  la  base  du  crftne,  et  je  peux  faire 
VextraotiM  de  la  tète» 

'  -  â.  Dans  les  présentations  de  Tëpaule^  je  fais  la  MraiatQJtxm  (tellement,  sans 
que  les  organes  de  la  mère  puissent  être  lésés.  Pour  cette  opération^  il  faut  saisir 
le  cou  de  l'enfant  avec  les  pinces  de  Tinstrument  et  le  tourner  autour  de  son  aie. 
11  faut  répéter  deux  ou  trois  fois  cet  acte  opératoire. 

e.  On  peut  faire  de  la  même  manière  toutes  les  auti*es  opérations  de  Tembryo- 
iomie  avec  un  succès  complet  et  une  grande  facilité. 

V.  —  Crochet  moûssb. 

Cet  instrument  s* applique  sur  le  pli  de  Taine^  quand  les  fesses  s'engagent;  — 
il  ne  comprime  jamais  les  organes  génitaux  du  fœtus. 

Le  même  crochet  s'applique  aussi  sur  le  cou  du  fœtus^  dans  la  présentation 
d'une  épaule^  lorsqu'on  est  obligé  de  Tatth^r  vers  le  plancher  du  bassin  pour 
opérer  la  décollation. 

Enfin^  le  crochet  peut  très-bien  servir  comme  un  '^r^''lax&^  comme  un  pv/lt"- 
tmàon  et  comme  un  porte-fil;  dans  ce  cas^  pour  faii*e  la  décapitation  par  la  mé- 
thode de  M.  le  professeur  Pajot,  ou  pour  tirer  les  fesses^  par  la  méthode  de  M.  le 
professeur  Haecker^  de  Munich. 

VI.— Appareil  pour  les  injections  intra-utérines  et  pour  l'accouchehent  prématuré. 

Mon  appareil  pour  provoquer  les  contractions  de  la  matrice  consiste  en  une 
seringue  avec  un  tube  ayant  seulement  une  seule  ouverture.  J'introduis  le  tube 
dans  la  cavité  du  col  utérin,  et  j'injecte  de  120  à  180  grammes  d'eau  de  36  degrés 
centigrades.  Tout  le  liquide  se  dirige  vers  le  fond  de  l'utérus  et  produit  une  irri- 
tation suffisante  pour  provoquer  les  contractions  de  l'utérus.  Mon  procédé  se  dis- 
tingue de  la  méthode  de  M.  Cohen  par  la  direction  de  liquide  injecté.  î—  Dans  ma 
méthode^  il  faut  que  l'eau  passe  jusqu'au  fond  ée  l'utérus;  aussi,  pour  la  distin- 
guer des  autres  procédés  de  provocation  de  l'accouchement  prématuré^  je  lui  ai 
donné  le  hom  d'injection  au  fond  de  l'tUértiê. 

Dans  douie  cas,  j'ai  provoqué  l'accouchement  prématuré  par  cette  méthode 
toujours  avec  un  succès  complet^  sans  aucuti  incoiivënieot,  et  j'ai  toujours  réussi 
avec  une  seule  injectioti  d'eau  tiède. 

VU.  — i  Appareil  pour  douciIes  utérines  méthodioues. 

On  peut  juger  de  la  température  de  l'eaU  par  Un  thermomètre  fhcé  dans  un 
tube  communiquant  avec  le  réservoir  du  liquide» 

Vin.  —  HYST£àOPQOR£* 

11  est  décrit  dans  ma  brochure  But  le»  changements  de  forme  et  de  po^Hon  è 
ViUérus,  oïl  j'ai  donné  les  résultats  de  mot)  traitement,  dont  l'utilité  est  aujour- 
d'hui démontrée  polir  moi. 


lAZABSWICTH.  «•  niStRDIIEirtS  POUB  LES  OPiRATKMIS  OBSTÉTRICALES.    6iS 

IX.  -»  SONDS  UTÉRINE. 

Cet  instrument  est  aplati  et  porte  sur  sà  concavité  des  marques^  pour  juger  jus- 
qu'à quelle  profondeur  on  le  Mi  pénétrer  dans  la  cavité  de  l'utcrus.  Le  manche 
est  plat^  courbé^  il  peut  servir  conune  spéculum  intra-utérin. 

La  sonde  utérine  est  très-importante  pour  diagnostiquer  et  pour  guéi-ir  les  ma- 
ladies des  organes  génitaux  de  la  femme. 

Je  tâcherai  de  résumer  en  quelques  mots  les  résultats  d'action  de  la  sonde  uté- 
rine, et  je  profiterai  de  cette  occasion  pour  décrire  un  symptôme  que  j'ai  observé 
chaque  jour  chez  plusieurs  malades,  symptôme  qui  jusqu'à  présent  n'a  pas  attiré 
asses  l'attention  des  médecins.  Ce  symptôme,  je  l'appelle  hyperesthésie  locale  limitée; 
la  douleur  n'occupe  jamais  dans  ce  cas  qu'une  partie  du  vagin.  Je  l'ai  observée 
sur  la  paroi  antérieure  ou  sur  la  paroi  postérieure  du  vagin^  toujours  sur  la  ligne 
médiane^  en  correspondance  avec  l'urèthre  ou  avec  le  sacrum,  dans  les  parties  les 
plus  riches  en  filets  nerveux. 

En  produisant  avec  le  doigt  une  légère  pression,  vous  trouvez  une  place  de  1  à 
2  centimètres  carrés,  plus  ou  moins  sensible  ou  douloureuse  ;  quelquefois  la  mu- 
queuse est  gonflée,  et,  dans  des  cas  rares,  rouge  et  même  excoriée. 

Je  ne  parle  pas  des  complications;  cependant  il  n'est  pas  rare  d'obsen'cr  une 
irritation  des  nerfs  de  la  vessie  par  action  réflexe  ;  d'autres  fois  il  existe  une  ano- 
malie dans  ses  fonctions.  Quant  au  rectum,  il  peut  présenter  aussi  des  anomalies 
des  fonctions  qu'on  ne  peut  guère  expliquer  que  par  une  pression  mécanique. 

La  cause  de  ï hyperesthésie  locale  limUée  du  vagin,  ^  la  plus  fréquente,  —  est 
la  pression  de  la  matrice  qui  est  descendue,  inclinée,  fléchie  et  hypertrophiée. 

C'est  sur  la  paroi  antérieure  du  vagin,  derrière  la  symphyse  du  pubis,  que 
Thyperesthésie  locale  se  produit  par  la  pression  occasionnée  par  le  fond  de  l'utérus 
incliné  ou  fléchi  en  avant.  La  même  douleur  est  produite  par  le  col  de  l'utérus 
quand  le  fond  de  cet  organe  est  renversé  en  arrière. 

Dans  des  cas  plus  rares,  on  trouve  T hyperesthésie  locale  correspondant  à  la 
partie  inférieure  du  pubis  et  produite  par  la  pression  du  col,  quand  l'utérus  est 
descendu  et  renversé  légèrement  en  airière 

La  paroi  postérieure  du  vagin  subit  la  pression  de  la  part  du  fond  de  Tutérus 
renversé  ou  fléchi,  ou  de  la  pari  du  col  quand  l'utérus  est  ti*op  incliné  en  avant. 
Alors  le  cul-de-sac  postérieur  du  vagin  et  la  partie  supérieure  de  sa  pai'oi  posté- 
rieure correspondant  au  pli  de  Douglas,  sont  les  lieux  de  l'hyperesthésie 
locale. 

J'observai  souvent  l'hyperesthésie  locale  dans  la  paroi  postérieure  du  vagin, 
correspondant  au  corps,  quand  l'utérus  est  descendu  et  légèrement  incliné. 

Pour  produire  l'hyperesthésie  locale,  l'utérus  doit  être  descendu^  ou  incliné^ 
ou  fléchi,  plus  ou  moins  induré  et  nécessairement  augmenté  de  volume. 

L'agrandissement  chronique  vient  le  plus  souvent  du  défaut  de  diminution 
de  la  matrice  après  les  couches  ou  l'avortement. 

Pour  guérir  l'hyperesthésie  locale  limitée  du  vagin,  il  faut  agir  sur  la  matrice 
avec  la  sonde  utérine.  On  peut  faire  avec  cet  instrument  le  redressement  de  la 
matrice  en  le  répétant  souvent.  Après  les  manœuvres  particulières,  la  matrice 
peu  à  peu  prend  la  meilleure  position,  et  elle  se  diminue  par  les  contractions 
excitées  pai*  la  sonde. 

Je  redixsse  l'utérus  provisoirement  avec  le  doigt,  qui  soulève  le  fond  de  cet 


62U     CONGRÈS  MÉDICAL  INTERNATIONAL.— -CINQUIÈME  SÉANCE  DU  SOIB. 

organe.  Après,  j'introduis  la  sonde  avec  sa  concavité  tournée  en  avant<»  et  enfin 
je  toui*ne  la  concavité  de  la  sonde  en  opposition  avec  la  convexité  de  la  matrice 
llcchic  pour  pouvoir  la  redresser  plus  complètement.  On  ne  peut  accomplir 
toutes  ces  manœuvres  que  peu  à  peu,  dans  un  temps  assez  prolongé. 

Cette  année,  j'avais  dans  la  clinique  d'accouchements  de  KharkofT  un  cas 
tout  à  fait  exceptionnel  :  c'était  une  malade  reçue  dans  la  clinique  avec  un  état 
de  prostration  des  forces  et  de  l'anasarque;  l'abdomen  était  très-grand  ;  la  portion 
vaginale  du  col  de  la  matrice  très-élevée  et  déplacée  en  avant;  la  voûte  et  la 
paroi  postérieure  du  vagin  étaient  poussées  en  avant  par  une  tumeur  un  peu 
aplatie.  La  partie  inférieure  de  la  paroi  postérieure  du  vagin  tombait  en  dehors 
et  foimait  une  rectocèle  vaginale. 

La  malade  dit  que  quatre  mois  après  ses  dernières  règles  elle  était  tombée 
sur  le  dos  ;  après  cet  accident,  elle  sentit  des  douleurs  avec  pression  au  bas- 
ventre  ;  la  miction  était  difQcile  et  la  défécation  aussi.  Deux  mois  après  cet  acci- 
dent, la  malade  entra  à  la  clinique. 

Ce  fut  seulement  avec  la  sonde  utérine  que  je  pus  faire  le  diagnostic  irrépro- 
chable de  ce  cas  et  le  guérir. 

Je  redressai  l'utéiiis  avec  les  deux  doigts,  qui  poussaient  la  voûte  postérieure 
du  vagin;  après,  j'introduisis  la  sonde  :  elle  entrait  de  16  centimètres  dans 
l'utérus.  Le  fœtus,  âgé  de  quati*c  mois,  était  sorii  en  état  de  ramollissement. 
Après  l'introduction  de  la  sonde,  répétée  plusieui's  fois,  la  matrice  fut  redressée 
et  diminuée  de  volume. 

Dans  ce  cas,  le  fœtus  succomba  au  moment  où  eut  lieu  la  chute  qui  déter- 
mina la  rétroversion  et  après  la  rétroflexion;  mais  il  put  séjourner  dans  l'utérus 
deux  mois  entiers  après  sa  mort. 

La  séance  est  levée  à  onze  heures  et  quart. 


SÉANCE   DE  CLOTURE 

Mercrodi  28  août,  à  2  heures. 


FIXATION  DU  LIEU  ET  DE  L'ÉPOQUE  DE  LA   REUNION  DU  PROCHAIN   CONGRÈS 

MÉDICAL  INTERNATIONAL  : 

MM.  BouiLLAUD,  Vidal  ^  Auzias-Tu renne  ,  Lombard^  Zales&i,  Pantaleoni,  Pala- 

SCIANO. 

SIXIEME  QUESTION   DU   PROGRAMME  : 

MM.  SiMoNOT  (de  Pai'is).  —  De  racclimatement  des  races  d'Europe  dans  les 
pays  chauds. 
Lombard  (de  Genève).  —  Des  lois  de  la  mortalité  en  Europe  dans  leurs  rap- 
ports avec  les  influences  atmosphéri((Ues. 

LECTURES  ET  DISCUSSION   SUR  LA   QUATRIEME  QUESTION  DU  PROGRAMME  : 

DE  L*LNPLUENCË  DE  l' ALIMENTATION  U8ITËË  DANS  LES  DIFFÉRENTS  PAYS  SUR   LA  PRODUCTION 

DE  CERT/UNËS  MALADIES. 

MM.  BiLLoD  (de  Sainte-Gemmes).  —  Étude  sur  l'action  pathogénique  respective 
de  l'alimentation  exclusive  et  de  Talimentation  nuisible  sur  la  pel- 
lagre. 
Bertet  (de  Cercoux).  —  De  la  pellagre  sporadique. 
Sorbets  (d'Aire).  —  Etiologie  de  la  pellagre. 

Discussion  : 

MM.  BoucHUT  (Paris).  —   Demaria  (Turin).  —  Hingston  (Canada).  —  Marcovitz 
(Bucharest). 

Caron  (Paris).  —  De  Talimentation  chez  les  enfants. 
Dropsy  (Cracovic).  —  De  Télectrisation  gënéralisée. 

LECTURES  SUR  LA   SEPTIÈME  QUESTION   DU   PROGRAMME  : 
DES    ENTOZOAIRES   ET   DES  ENTOPinTES   (JUI    PEUVENT   SE    DÉVELOPPER   CHEZ    l' HOMME* 

MM.  Wreden  (Saint-Pétersbourg).    —  Sur  une   nouvelle   forme  de  maladie 
d'oreilles  {Mycomyringitis  seu  Myringomycosis  ospetgHlina)  produite  par  le 

40 


6à6     tON6tlÈS  MÉDICAL  INTERNATIONAL.   —  SIXIÈME  SÉANCE  DE  JO01L 

développement  de  deux  Douvelles  espèces  de  champignons  parasites 
(Aspergillus  flavus  et  Aspergillus  nigricans)  dans  le  tissu  de  la  membrane 
du  tympan. 
Plassë  (Niort).  —  De  l'influence  des  cryptogames  sur  le  développement  des 
épizooties. 

Proposition  de  M.  Henri  PAvitt. 


r  11  T  "T  r  f** 


Proclamation  du  pHx  dëcettié  à  M.  Id  ^fessettf  Bdcroaiie  {ûo  (3ermont- 
Ferrand). 

M.  BouiLLAUD.  —  biscours  de  clôture. 

Procès-verbal  de  la  séance  par  M.  le  doctcm*  Desnos^  secrétaire  du  Congrès. 


^ÂMtALiDllL  ^  HSCOMdll.  ^7 


SIXIÈME  SÉANCE  DE  JOUR. 

Président.  » M.  Bouillaud. 

Vice-présidents BIM.  Palasciano  et  Teissier. 

SecrékUre  de  la  séance,  .     M.  Desnos. 


Aprèâ  la  lecture  et  l'adoption  du  procès-verbal  dé  la  cinquième  sëance  de 
jour  (séance  du  lundi  26  août)^M.  le  président  rappelle  à  l'assemblée  que  le  vœu 
a  été  formulé  qu  avant  sa  séparation,  elle  fixe  et  Tannée  et  le  pays  où  devra  se 
tenir  le  prochain  Congrès  médical  international. 

Dans  une  courte  discussion  où  plusieurs  nations,  par  la  bouche  de  leurs  repré- 
sentants^ se  disputent  Thonneur  d'offrir  Thospitalité  à  leurs  confrères  des  deux 
hémisphères,  IL  ITldal  propose  la  ville,  quelle  qu'elle  soit,  où  aura  lieu  la  pro- 
chaine exposition  universelle. 


A  Jtosla»-f  areAue  demande  que  le  prochain  Congrès  se  tienne  en  Belgique. 

M,  tiomliard,  au  nom  de  ses  concitoyens,  exprime  combien  la  ville  de  Genève 
ressentirait  vivement  l'honneur  de  voir  se  réunir  dans  son  sein  le  Congrès  mé^ 
dical  international. 

HM.  PaataieoMl  et  P»l«aelaao  proposent  l'Italie.  QueSe  que  soit  la  ville 
où  se  f  éanira  le  Congrès,  dit  M.  V^ala«et«io,  que  ce  soit  à  Rome  ou  à  Florence^ 
ce  dont  la  Providence  et  les  événements  décideront,  tous  les  médecins  qui  nous 
feront  rhonneur  d'y  assister  peuvent  se  tenir  pour  assurés  que  l'Italie  les  accueil- 
lera coinme  des  frères. 

L'Halle  est  désignée  comme  le  pays  où  se  tiendra  le  prochain  Congrès  médical 
international,  «la  seconde  olympiade  médicale»,  suivant  Texpression  de  MT.  Bonll- 
tmmé  ;  et  les  applaudissements  de  l'assemblée  couvrent  la  voix  du  président, 
lorsqu'il  se  lève  en  répétant  :  Italiam!  Italiam  !  ce  cri  des  Troyens,  qiii  sera  tou- 
jours aussi  le  cri  de  la  France. 

L'année  1809  est  adoptée  à  l'unanimité  pour  la  réunion  du  seiiond  Congrès. 

L'ordre  du  jour  appelle  la  discussion  de  la  sixième  question  du  programme 
ainsi  conçue  : 

Db  l'aGCLUUXEMBMT  DBS  RACBS  D'eUROPB  IUM  US  PAtS  ClUUDSi 


628     CONGRÈS  MÉDICAL  INTERNATION  AL.  —  SIXIÈME  SÉANCE  DE  iOCR. 


BE  L^4€€LIlI.4TKIleNT  BEH  BACEH  KVMOPÉBIVIIBII 

DANS  LES  PAYS  CHAUDS 

PAR    M.    LE    DOCTEUR    SIMONOT    (DE    PARIS). 


Messieui'Sj 

11  sufiit  de  jeter  les  yeux  sur  les  travaux  de  Boudin^  Twilling,  Mac-TuUoch, 
Ramon  de  la  Sagra>  Thévenot,  Dutroulau^  Michel  Lévy^  Sigaud,  Mai*tiii  et  Fole>, 
Aubeii-Roche^  Perrier^  et  tant  d'autres  dont  les  noms  m'échappent  en  ce 
moment,  pour  se  convaincre  que  bien  souvent  déjà  l'acclimatement  des  Eu^opéeD^ 
dans  les  pays  chauds  a  été  le  sujet  de  sérieuses  études  ;  mais,  il  faut  le  recon- 
naître, jamais  cette  importante  question  n'a  été  offerte  à  un  déhat  scientifique 
dans  des  termes  aussi  précis  que  ceux  adoptés  par  notre  questionnaire. 

£n  effet,  messieurs,  en  mettant  hors  de  cause  tous  les  faits  qui  résultent  du 
croisement  des  races,  la  discussion  se  trouve  assurée  contre  ce  désastreax  esprit 
de  confusion  qui  attribue  à  l'acclimatement  les  effets  du  croisement  avec  autant 
de  facilité  et  aussi  peu  de  raison  qu'il  gratifie  la  consanguinité  des  méfaits  de 
l'atavisme.  En  outre,  cette  déclaration  formelle  que  l'acclimatement  dans  les 
pays  chauds  n'est  acquis  aux  races  européennes  qu'à  la  condition  de  pouvoir  s'y 
maintenir  d'une  manière  dm-able  par  leur  propre  sang  et  de  subvenir  à  leur 
subsistance  pai*  leurs  propres  forces,  écarte  encore  de  la  discussion  une  foule 
d'éléments  de  controvei*se. 

Pour  ma  part,  je  sais  d'autant  plus  gré  à  notre  questiounah*e  de  cette  précisioo 
absolue,  qu'elle  vient  à  l'appui  d'une  opinion  que  j'émettais  naguère  à  la  Société 
d'anthropologie  et  que  je  dois  reproduire  aujourd'hui  pour  me  bien  faire  com- 
prendre. 

Lorsqu'une  race  peut  afOrmer  son  acclimatement  dans  un  lieu  par  l'énergie  de 
sa  reproduction  et  de  son  travail,  il  est  tout  naturel  d'admettre  qu'au  préalable 
les  individualités  de  cette  même  race  ont  pu  assurer  la  validité  de  leur  existence 
dans  ce  même  lieu  ;  on  peut  même  dire  que  cela  est  une  incontestable  vérité. 
Mais  il  n'en  est  pas  de  même  de  la  réciproque,  et  de  ce  que  les  individualité^ 
d'une  même  l'ace  ont  pu  se  maintenir  dans  un  Ueu,  il  n'en  résulte  pas  nécessai- 
rement que  cette  même  race  justifiera  ultérieurement,  par  sa  reproduction  et 
son  travail,  son  acclimatement  dans  ce  même  lieu. 

Il  y  a  donc  là  deux  faits  bien  distincts,  qu'il  serait  parfaitement  illogique  de 
confondre  sous  une  même  dénomination.  Pour  cette  raison,  j'appelle  acclimata- 
tion l'accommodation  des  êtres  vivants,  végétaux  et  animaux,  à  un  lieu  autre 
que  celui  dévolu  par  la  nature  àleur  naissance,  et  acclimatement  les  effets  positifs 
de  cette  accommodation,  alors  qu'elle  est  accomplie.  On  peut  m'objecter,  je  le 
sais,  que  je  me  mets  en  désaccord  avec  l'usage  en  appelant  acclimatement  ce 
qui  a  déjà  été  appelé  naturalisation;  mais  ce  mot  a  une  acception  politique  dont 
il  est  plus  qu'inutUe  de  le  détourner.  On  peut  aussi  m'opposer  le  mot  d'indicé- 
nisation  dont  mon  honorable  collègue  M.  Leroy  de  Méricourt  est  le  parrain.  Ce 
motj  je  l'accepterais  volontiers,  s'il  n'exposait  à  croire  qu'une  race  exotique  et 


SIMONOT.  —  AGCUIIATEMEIIT  DES  BACE8  EUHOPÂENNES.  629 

une  race  indigène  peuvent  èti'c  ramenées  à  une  même  unité  par  les  influences 
de  milieux  ;  source  d'erreur  qu'il  faut  éviter  avec  soin,  car  si  l'expérience  nous 
a  démontré  que  ces  influences  pouvaient  modifier  la  forme^  elle  nous  a  aussi 
démontré  qu'elles  ne  pouvaient  la  modifier  que  dans  le  sens  de  son  type  fonda- 
mental^  et  nous  n'avons  encore  aucune  preuve  scientifique  qu'elles  aient  pu 
opérer  une  transmutation  réelle  des  races. 

La  nécessité  de  cette  distinction  va  ressortii*  d'une  maniera  évidente  de  l'étude 
des  pays  chauds,  qui,  en  môme  temps^  nous  apprendra  que  l'acclimatation  peut 
être  spontanée  en  ce  sens  que  les  aptitudes  organiques  seront  à  elles  seules  suf- 
fisantes à  la  produire^  mais  que  souTcnt  aussi  il  faut  suppléer  à  leur  insuffisance 
par  une  modification  de  l'état  habituel  des  lieux^  et  qu'alors  l'acclimatation  doit 
ètie  acquise. 

Sous  le  titre  de  pays  chauds^  on  comprend  généralement  toutes  les  localités, 
iles  ou  continents,  situées  entre  le  30*  degré  de  latitude  nord  et  le  50*  degré  de 
latitude  sud.  Cette  dénomination,  encore  admissible  conmie  terme  génériime 
pour  désigner  les  lieux  où  la  température  conserve  en  tout  temps  une  moyenne 
élevée,  n'est  plus  acceptable  lorsqu'il  s'agit  de  l'acclimatation  et  de  l'acclimate- 
ment. A  ce  point  de  vue,  toute  désignation  collective  conduit  à  l'erreur  :  chaque 
lieu  doit  être  étudié  dans  son  individualité,  afin  de  bien  spécifier  l'état,  la  con- 
stitution qui  ressoii  des  détails  et  de  l'ensemble  des  conditions  telluro- atmos- 
phériques, et  qu'aujourd'hui  la  science  appelle  milieu.  En  réunissant  alors  par 
un  tracé  linéaire  les  milieux  similaires,  il  sera  facile  de  se  convaiçcre  que  les 
lignes  isomésotériques,  bien  plus  encore  que  les  lignes  isoclimatériques  et  iso- 
thermes, jadis  établies,  s'écartent  du  parallélisme  des  latitudes.  On  pourra  en 
outre  constater  qu'une  même  région,  même  dans  un  espace  rcstreint,|^eut  être 
traversée  par  plusieurs  lignes  isomésotériques,  en  raison  des  difi'érences  d'alti- 
tude et  des  distances  du*bord  de  la  mer. 

On  a  actuellement  une  connaissance  assez  exacte  des  milieux  pour  se  per- 
mettre de  relier  par  une  même  ligne  Java,  Sumatra,  les  provinces  de  Bombay  et 
du  Bengale,  Mayotte,  Nossi-Bé,  Sainte-Marie,  le  littoral  de  Madagascar,  la  côte 
occidentale  d'Afrique,  les  Guyanes,  le  littoral  des  Antilles  et  les  côtes  est  et  ouest 
du  Mexique.  On  peut  de  même,  par  une  autre  ligne,  réunir  la  majeure  partie  de 
la  supei'ficie  des  îles  Seychelles,  la  Réunion  et  Maurice,  les  hauteurs  de  Mada- 
gascar, les  plaines  de  la  Plata,  les  hauteurs  du  Brésil,  du  Mexique  et  des  Antilles, 
Taïti  et  la  Nouvelle-Calédonie. 

Voici  deux  groupes  de  milieux  assurément  bien  imparfaits,  bien  incomplets  ; 
ils  sont  suffisants  cependant  pour  enseigner,  d'une  pari,  que  des  milieux 
peuvent  ne  pas  être  semblables,  alors  même  que  leurs  situations  et  leurs  condi- 
tions atmosphériques  permettent  de  les  inscrire  au  catalogue  des  pays  chauds  ; 
et,  d'autre  pari,  que  s'il  existe  sous  des  latitudes  différentes  des  milieux  simi- 
laires, on  rencontre  aussi  des  milieux  difi'érents  sous  une  même  latitude.  Si 
maintenant  on  se  demande  à  quoi  tiennent  ces  similitudes  et  ces  difi'érences,  on 
reconnaîtra  qu'elles  relèvent  des  influences  telluriques,  et  qu'elles  ont  pour  cri- 
térium l'existence  ou  la  non-existence  du  miasme  paludéen. 

Il  serait  donc  d'une  extrême  imporiance  que  des  obsenations  sévèrement 
recueillies  permissent  d'établir  un  tableau  où,  les  cinq  grandes  divisions  géogra- 
phiques du  globe  étant  indiquées  par  une  courbe  diversement  teintée,  les  mi- 
lieux paludéens  appartenant  à  chacune  d'elles  seraient  inscrits  à  l'intersection 
de  deux  traits,  indiquant  :  l'un,  veriical,  à  son  extrémité  supérieure  les  latitude. 


9Sa     GONGllto  MfeMCAL  HrmnSATIOlfAL.  —  flOUlMie  SfiARGI  BB  JOUB. 

longitude^  altitude  et  distance  de  la  mer  ;  à  son  extrdmltë  inférieure,  reniêmMe 
des  moyennes  météorologiques;  l'autre,  horizontal ,  à  droite,  la  nature  des  eaux  et  des 
vents;  à  gauche,  la  proportion  de  la  mortalité  et  les  proyenances  européennes, 


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DISTAHC^  ]»i  U  VU. 


Al«I)TIIDi. 


UmfilTUDC. 


LAnTUH. 


■^  * 


TBERMOMÉTRE. 


baromAtbi. 


HYGBOHÉTRE. 


UDOMBTRB. 


OZONOMftTBB. 


ÉLEOTROIléTRE. 


^^p 


^n«P 


En  permettant  d'embrasser  d'un  seul  coup  d'œil  la  répartition  du  miasmt' 
paludéen  dans  les  cinq  parties  du  monde,  sa  corrélation  avec  la  position  géogra- 
phique et  la  météorologie  des  lieux,  le  chiffre  de  mortalité  qu'il  impose  aui 
diiïérentes  races  européennes,  un  pareil  tableau  deviendrait  bien  certainement 
un  des  guides  les  plus  sûrs  de  l'acclimatation. 

II  démontrerait,  par  exemple,  que  les  terrains  impaludds  sont  moins  multi- 
pliés pt  moins  étendus  dans  l'hémisphère  sud  et  l'océan  Pacifique  que  (ian« 
l'hémisphère  nord  et  l'Atlantique,  et  justifierait  ainsi  l'opinion  déjà  émise  [>>ir 
Boudin,  que  les  chiffres  de  la  statistique  avaient  amené  à  déclarer  que  les  )vit< 
chauds  de  l'hémisphère  sud  étaient  moins  meurlriera  pour  les  Européens  que 
ceux  (Je  l'hémisphère  nord. 

Il  démontrerait  encore  que  la  ligne  que  je  viens  d'abandonner  sur  les  nn^^^*-^ 
mexicains  peut  repasser  l'Océan,  franchir  les  limites  de  la  zone  torride,  Irau'i^T 
les  plaines  de  la  Mitidja,  le  delta  du  Nil,  pénétrer  en  Europe  par  la  Dobroiiiit^h^ 
et  les  marais  Pontins,  et  remonter  en  Sologne  par  le  ft7*  degré  de  latitude  nonl, 
d'où,  il  y  a  à  peine  un  demi-siècle,  elle  aurait  pu  retourner  à  l'Océan  p«r  le^ 


nvur%i«  dfli  }'Auni«  t^^ml  qu'une  inteUigenU  imgiitiaii  l0#  ^\  M«ainis  eq  les 
fmlUiaftAt,  Sn  r^pprocbAOt  alors  Im  demièras  stotions  d0  cet  itinéraire  des  pre-r 
migras,  si  %n  interrogeant  les  faits,  on  arrive  tout  naturellement  k  cette  (M)nçluo 
^m  :  les  ra^es  européennes  sont  d'autant  plus  compromises  dans  les  pays 
cbauds  pii  IVtivité  du  miaune  paludéen  est  multipliée  par  rtntensité  de  la 
ten)péi^|ure,  que,  d^n^  l§s  liones  ten^péré^s  et  même  en  Europe,  elles  ne  jouis^ 
a^ni  jamMs  da  l'immunité  palustre  dont  les  rac§s  nègres  do  TA^nque  ipnt  si  lar* 
geoient  dpuées  en  tous  lieuf . 

A  défaut  de  rimmunitéf  on  a  quelquefois  essayé  d'invoquer  l'assuétude,  que 
le  professeur  Fonssagrivcs  a  si  élégamment  appelée  le  mitbridatisme  paludéen, 
Si  optte  opinion^  tlmldenifnt  défendue  par  quelques  rares  partisans,  peut  gi^ouper 
en  sa  faveur  un  petit  nombre  de  faits  exceptionnels,  elle  est  largement  dé^ 
mentio  pi|r  l'inutilité  d^  pa«  litapeu  graduées  et  successives  que  le  gouvernement 
ftogUiis  gyait  tentées  pour  prémunir  }e«  troupeu  qu'il  envoyait  dans  l'Inde,  et  aux-* 
quelles  il  a  dd  r^nonpor*  £{!§  T^st  plus  encore  par  la  coïncidence  bien  avérée 
AHJPUrii'bui  d§  r^ccfoi9§§)pen|  de  h  mortalité  des  garnisons  coloniales  avec  1^ 
durée  d^  leur  séjouri 

Il  faqt  dono  accepter  et  proclamer  ^  haute  voii^  que  partout  ob  le  miasme 
imludé^Q  exist§,  il  crée  un  état  §ndémiqne  incompatible  avec  les  aptitudes  orga- 
niques d^  raeps  §umpéf  Pn^s,  qui  se  trouvent  alors  placées  en  présence  de  ce 
dil^mmp  •:  wé^ntiF  l'impf^udAUon,  ou  ôtre  anéanties  par  elle.  Triste  dilemme 
Quj,  pn  lour  rpfuiwt  m»,  acclimatation  spontanéei  ne  leur  laisse  entrevoir 
l'acclimatation  fiequise  qu'au  travers  d'immenses  sacriûces  de  temps^  d'argent, 
et  d'ptistenppsj  sans  lesquels  leur  acclimatation  ro&tera  k  tout  jamais  une  illu'* 
sloD  cbimérigue, 

Fort  heureusement^  messieurs,  tous  les  pays  chauds  ne  sont  pas  infestés  par  le 
mnismn  paludéen*  A  §àté  de  ees  cimetières  ouj  depuis  plusieurs  siècles,  les  na* 
lionalités  anglaisoj  danoise,  b^and^se^  française,  espagnole  et  portugaise  enfouisr 

sent  avec  tant  de  persévérance  des  millions  d'hommes  sacrifiés  à  leurs  intérêts 
€<inipierpiau^  at  politiques,  il  eiUste  des  nûlioux  plus  salubres,  dont  j'ai  tout  à 
rbeure  eité  quelques  ^i^emples,  et  pour  lesquels  je  solliciterai  un  tableau  ana* 
logue  h  eelui  que  je  viens  de  réclamer  pour  les  milieux  palustres,  afin  do  bien 
établir  la  v^eui*  respective  de  pbaoun. 

1(4  les  r^cas  eurQpéenn0s  na  vont  plus  se  heurter  k  ces  endémies  brutales  qui 
iii?#Uent  foutes  les  constitutions,  tous  les  tempéraments  et  circonscrivent  la 
pathologie  dans  un  cercle  étroit,  dont  l'intermittence  fébrile  sous  toptes  sas 
formas,  simples  ou  pernicieuses,  est  le  centre  autour  duquel  rayonnent  la  dysen- 
terie, l'hépatite  et  la  colique  sèche.  On  voit  au  contraire  les  constitutions,  les 
tempéraments  reprendre  leurs  droits,  la  pathologie  revenir  à  ce  caractère  d'in- 
dividualité qu'elle  possède  en  Europe  ;  et,  si  par  hasard,  une  épidémie  vient 
grossir  le  chiffre  de  la  mortalité,  elle  n'est  akrs  que  le  fait  accidentel  que  nous 
retrouvons  en  tous  lieux,  surtout  aujourd'hui  que  la  vapeur^  en  multipliant  la 
rapidité  des  voyages  et  le  nombre  des  voyageurs,  tend  à  établir  une  sorie  de 
cosmopolitispie  piitbologique.  Aussij,  au  lieu  de  ces  phiffl'es  mortuaires  dont  la 
désastreuse  pf>oportia[i  s'élève,  par  exemple,  pour  les  Anglais  à  ft8,S  pour  400^ 
à  Sierra-Leone  ;  à  66,8  pour  100,  au  cap  Coast,  et  oscille  pour  les  Français, 
entre  10  et  5Q  pour  tÛO  dans  leurs  établissements  du  Sénégal,  de  bi  Gôte-d'Or 
et  du  Gabon,  on  ne  constate  plus  qu'une  mortalité  analogue  et  parfois  même 
inférieure  à  celle  des  provenances  eui'opéennes. 


632     CONGHfeS  MÉDICAL  INTER  NATION  AL.  —  SIXifeyE  SÉANCE  DB  lOUft: 

H  ne  faudrait  pas  croire,  cependant,  que  l'acclioiatation  européenne  dans  ces 
derniei*s  milieux  n'ait  pas  à  tenir  compte  de  l'ëlëvation  de  température  et  de 
SCS  coïncidences  atmosphériques,  qui  dépendent  au  moins  autant,  si  non  plus, 
de  Tonentation  des  lieux  que  de  leur  latitude  ;  mais  en  l'absence  du  miasme 
paludéen,  ce  n'est  pas  là  un  abslaclc  insuimontable.  11  est  aujourd'hui  de  noto- 
riété publique  qu'à  la  mer,  l'état  sanitaire  des  équipages,  bien  qu'ils  soient 
confinés  dans  un  espace  restreint,  se  maintient  dans  un  état  satisfaisant,  même 
sous  les  latitudes  équatoriales,  et  qu'on  ne  voit  surgir  les  maladies  qu'à  l'ap- 
proche des  teiTCs,  alors  que  le  navire  pénètre  dans  le  cercle  de  rayonnement 
des  endémies  locales. 

A  cet  égard,  je  puis  signaler  un  fait  très-caractéristique  dont  j'ai  été  le  témoin 
oculaire. 

Au  mois  de  décembre  18^2,  le  brick-canonnière  la  Malouhie,  dont  le  com- 
mandant, aujourd'hui  l'amiral  Fleuriot  de  Langle,  avait,  ce  qu'il  est  important 
de  noter,  une  longue  expérience  de  la  côte  d'Afrique,  partait  de  Corée  avec  uo 
équipage  de  76  hommes  qui,  depuis  deux  ans  déjà,  faisaient  partie  de  la  station. 
Les  exigences  du  service  obligent  ce  navire  à  séjourner  dans  le  rio  Nunez,  et 
quinze  joui*s  après  son  départ,  infecté  au  point  de  ne  pouvoir  continuer  sa  route, 
il  rentrait  en  rade  de  Corée,  ayant  déjà  jeté  sept  hommes  à  la  mer  et  n'ayant 
plus  assez  d'hommes  valides  pour  effectuer  la  manœuvre  du  mouillage. 

Au  mois  de  février  18^3,  dans  la  même  saison  par  conséquent^  je  partais 
aussi  de  Corée  pour  faire  le  même  voyage  sur  un  brick-canonnière  semblable,  k 
Vigie.  De  Callinacc,  un  peu  au-dessous  de  Sierra-Leone,  on  suivit  la  côte,  sans  la 
perdre  de  vue  jusqu'au  Gabon,  sept  cent  lieues  de  parcours  environ.  Malgré  de 
fréquentes  communications  avec  cette  terre  essentiellement  palustre,  l'interdic- 
tion formelle  aux  hommes  des  embai*cations  d'y  séjourner  et  la  possibilité  d'évi- 
ter un  mouillage  prolongé  dans  les  fleuves  devant  rcmbouchure  desquels  nous 
passions,  me  peimirent  d'achever  la  campagne  sans  avoir  un  accès  de  fièvre  à 
traiter. 

L'effet  incontestable  des  températures  élevées  sur  les  races  européennes  est 
tout  d'abord  une  exaltation  fonctionnelle  que  ne  tai*dera  pas  à  remplacer  un  étal 
anémique  dont  la  rapidité  et  l'intensité  de  développement  varieront  suivant  la 
race,  et  seront  d'autant  plus  actives,  qu'elle  proviendra  d'une  région  plus  nord  de 
l'Eui'ope.  Cette  anémie  est,  il  ne  faut  jamais  l'oublier,  une  menace  permanente 
qui  exige  impérieusement  l'usage  journalier  de  certaines  précautions  prophylac- 
tiques qu'on  peut  résumer  comme  il  suit  : 

Maintenir  l'énergie  des  forces  digestives  par  une  alimentation  d'une  tonicité 
réparatrice,  mais  non  irritante. 

Prémunir  les  fonctions  cutanées  contre  les  effets  alternatifs  de  l'iBsolatioD 
diurne  et  de  l'humidité  nocturne. 

Entretenir  l'énergie  de  la  contractilité  organique  par  des  soins  hydrotbéra- 
piques  réguliers. 

Malheureusement,  il  arrive  bien  souvent  qu'au  lieu  de  rencontrer  rantagi>- 
nismc  salutaire  de  ces  sages  précautions,  la  caloricité  atmosphérique  trouve  de 
puissants  auxiliaires  pour  produire  l'anémie  dans  les  écarts  de  régime,  les  abus 
alcooliques  et  les  excès  génésiques. 

11  y  a  bien  longtemps  déjà  qu'Hippocrate  a  dit  :  «  Animadvertendi  sunt  etiaiUt 
v>  quibus  scmcl  aut  bis,  et  quibus  copiosor  aut  paucior,  aut  per  partes  cil»u^ 
9  offerendus  est.  Aliquid  autem  tempori,  œtati,  regioni  et  consuetudini  conce- 


SIMONOT.    —  ACCLIMATEMENT  DES  BAGES  EUROPÉENNES.  633 

»  dendum.  »  Maigre  cette  vieille  vérité,  qui  dicte  si  clairement  aux  Européens 
la  conduite  qu'ils  doivent  tcnii*  dans  les  pays  chauds,  on  les  voit  journellement, 
les  uns,  par  bravade  ou  insouciance,  persister  dans  toutes  leurs  habitudes 
d'Europe  ;  les  autres,  par  peur  ou  conviction  malheureuse,  s'imposer  un  régime 
débilitant  dont  les  immenses  insuccès  de  la  doctrine  de  Broussais  ont  trop  sou- 
vent démontré  l'excessif  danger. 

Quoi  qu'il  en  soit^  en  dépit  des  erreurs  et  des  fautes  commises,  l'acclimatation 
des  Européens  dans  certains  pays  chauds  est  aujourd'hui  un  fait  acquis.  Les 
Espagnols  nous  en  fournissent  la  preuve  aux  Canaries,  à  Madère,  au  Pai*aguay, 
dans  la  Plata,  au  Mexique  et  au  Pérou  ;  les  Poi*tugais  au  Brésil  ;  les  Finançais  à 
rUc  de  la  Réunion,  à  Taiti  et  dans  la  Nouvelle-Calédonie;  les  Anglais  à  l'Ile 
Maurice  et  aux  Seychelles  ;  enfin,  les  Espagnols,  les  Français,  les  Danois  et  les 
Anglais  aux  Antilles. 

De  cette  acclimatation  faut-il  conclure  à  un  acclimatement  définitif?  C'est  là, 
messieurs,  une  grave  question  sur  la  solution  de  laquelle  il  est  sage  de  ne  se 
prononcer  qu'avec  une  extrême  prudence. 

Sans  doute,  lorsqu'il  s'agira  des  îles  Canaries  et  Madère,  dont  les  relations  avec 
l'Europe  sont  presque  journalières  ;  du  Pai*aguay,  que  l'autocratie  du  dictateur 
Francia  a  mis  sous  un  séquestre  tel  que,  de  1817  à  la  gueiTe  actuelle,  toute  com- 
munication avec  le  reste  du  monde  a  été  interrompue  ;  de  la  colonie  allemande  de 
San-Leopoido,  dans  la  province  brésilienne  de  Rio-Grande  do  Sul,  où  en  quarante- 
trois  ans  120  familles  ont  créé  une  population  essentiellement  agricole  de  120000 
âmes,  l'acclimatement  européen  sera  accepté  sans  conteste.  La  statistique  n'a 
alors  qu'à  grouper  des  chiffres  pour  dire,  avec  une  parfaite  exactitude,  quelles 
ont  été  la  rapidité  de  sa  maixhe  et  les  proportions  de  son  développement. 

Il  y  H  tout  lieu  de  croire  qu'il  en  sera  de  même  de  l'acclimatement  des 
Français  à  Taïti  et  dans  la  Nouvelle-Calédonie,  à  en  juger  du  moins  par  la 
spontanéité  de  leur  acclimatation  dans  ces  localités,  qui  nous  offrent  un  remar- 
quable exemple  de  marécages  sans  production  du  miasme  paludéen,  alors  même 
que  le  sol  est  fouillé  et  remanié  dans  ses  profondeurs.  Ces  colonies  cependant 
sont  encore  trop  jeunes  pour  qu'on  puisse  rien  affirmer,  et  il  faut  attendre  que 
les  probabilités  actuelles  aient  subi  le  contrôle  du  temps. 

L'acceptation  de  l'acclimatement  espagnol  au  Mexique,  dans  la  Plata  et  au 
Pérou,  de  l'acclimatepient  portugais  au  Brésil,  n'offre  pas  encore  de  sérieuses 
difficultés.  On  peut  même  dire  qu'on  s'entendra  facilement  sur  ce  sujet  le  jour 
où  la  statistique  aura  bien  établi  la  part  qui  revient  aux  croisements  des  Espa- 
gnols et  des  Portugais  avec  les  populations  autochthones. 

L'acclimatement  des  races  européennes  est  au  contraire  très-discuté,  lors- 
qu'il s'agit  de  ces  Iles  où  là  colonisation  préleva  sur  les  races  nègres  l'impôt 
d'un  travail  forcé. 

Les  uns,  considérant  que  les  chiffres  de  la  statistique  constatent,  depuis  le 
commencement  du  siècle,  une  décroissance  constante  des  populations  créoles, 
affirment  la  nullité  de  l'acclimatement.  Les  autres,  et  je  suis  de  ce  nombre, 
considérant  les  caractères  physiques  des  créoles,  dont  l'habitude  extérieure, 
sans  démentir  leur  origine  européenne,  indique  une  conciliation  entre  les 
influences  de  milieux  et  les  influences  d'atavisme  que  viennent  confirmer  des 
immunités  pathologiques  incontestables,  admettent,  sinon  un  acclimatement 
parfait,  au  moins  un  acclimatement  à  son  début. 

Ces  deux  opinions,  si  contradictoires  qu'elles  soient,  ont  pour  base  des  faits 


6^4     CONGRES  M$P7CÂ(<  miEflNATIONAf^  -—  $|IKM^  SÊANGP  ÇB  JOUB. 

<$g^Icment  vrais,  et  toute  dissension  eût  cessé  depuiii  longtemps,  si  lu  statistique 
av^it  eu  la  sagespe  d'isoler  dans  ^s  relevés  numériques  )e  littoral  et  lei  terrains 
i|Iluvionnaire^  de  ces  îles  de  leurs  parties  élevées  et  volcaniques,  et  d'&ttacher 
^Hi(  conditiqns  sociales  qt  politiques  toute  l'iniportance  qu'elles  mentaient» 

Personne  assurément  ne  ipet  en  doute  la  décroissance  des  pQpu}ations  créoles, 
mais  quelle  est  la  cause  de  cette  décroissance?  Est-ce  un  anëaiitiâç^m^pt  4^ 
forces  reproduct}*ices?  plvidemîpent  non«  et  41  suffit  de  jeter  1^3  yeu(  9ur  les 
familles  créoles  pour  se  convaincre  que  la  moyennes  des  enfants  y  e^  plus  cqpt 
sidér^lp  qu'eu  f  rançe,  par  e)^enip}e.  Ce  fait,  Ramon  de  la  ^rs^  l'a  nettemeai 
éta|)U  par  dçs  cliilTree  d^ns  ses  études  statistiques  de  |a  flavanç,  et  depuis  il  l'a 
ppnflfmé  par  upe  l^Ur^  adressée  à  M,  d'^ve^aç^  f^u  inomput  ou  je  défendais 
patte  opinion  ji  }a  Société  d'anthr^P^^lûgiç.  Esi-çt^  un  affaiblissement  intellectuel! 
Non  encore  ;  car  les  créoles  ont  prouvé  qu'ils  pouvaient  oçpuper  Içs  carri^l^ 
libérales^  m^dpciuô  ou  b^rreauj  6t  remplir  les  fonctions  ju4içi^es,  adwpi^ti^- 
tives  et  militaires  avec  Je  même  succès  que  les  Européens» 

La  véritable  cause  de  cette  décroissance,  messieurs,  p'est  la  ruinç  qui  débutt 
par  h  lutte  qu'imposa  ji  riu4ustriç  agricole  la  CQneurrence  éçia«mte,  îpi  des 
pafés  continentaux  du  Présil  et  de  la  côte  d'Aftique,  là  des  sucres  n)étroppUtaif)8, 
Pt  que  vint  pompléter  l'émancip^tiûn  qui,  en  effaçant  une  des  bontés  de  1| 
piviùs^tiûu  moderup,  supprii^a  d'un  seul  coup  toutes  }çs  forcer  vives  dit  Un^^il* 

{^es  créoles  se  trouvèrent  alors  d^ns  la  position  de  notre  £^neiemie  fu4»lese, 
}e  jour  où  les  bras  qu'elle  tenait  sous  sa  dépendance  lui  ûrent  défaut,  ^Tec  oette 
dilTérence  cependant  que  ces  bras  étaient  alliés  à  une  intelligence  q^i  comr 
prenait  la  nécessité  du  travail  et  n'aspirât  qu'au  droit  si  légitime  d'en  bénéficier, 
tandis  que  la  nègre  ne  vit  dans  l'émancipation  qu'une  magnifique  occasion  de 
servir  son  insatiable  passion  pour  un  quiétisme  insouciant.  Les  conséquences 
de  cette  position  fnrent  l'émigration  progr^ssivOi  et  o'étiût  là  un  résultat  fi|tal,* 
car  l'intérêt  privée  vaincu  par  l'intérêt  général^ne  pouvait  du  snir  aulfndemaia 
improviser  le  travail j  surtout  m  l«^e  d'enpemis  i^u&si  puissants  qu^  \^  mUsm 
paludéen  et  la  pauvreté. 

)ci  je  m'ftrrête,  mes^ieursj  avec  la  conviction  4' en  avoir  asse^  dit  pour  prove' 
quer  dans  un  milieu  scientifique  anssi  compétent  une  disQussien  fruQtu^us^»  ^ 
ja  termine  par  ces  conclusions  ; 

Pans  tous  les  pays  chauds  où  le  nûasmo  paludéen  eitiste,  l'aeelimatatinn  d« 
racps  européennes,  et  à  plus  forte  raison  leur  acclimatement,  sont  M  weQt 
nuls  tant  que  ee  miasme  n'aura  pas  été  anéanti  d^une  manière  absolue. 

Dans  tous  les  pays  chauds  OÙ  le  miasme  palu4éen  n'einste  past  racplin^atatiep 
des  races  européennes  est  possible^  et  en  raison  di)*acti)  do  la  similitude  des 
milieux  de  provenance  et  de  colonisation.  Quant  à  leur  acclimatementj  il  peut 

se  réaliser  à  la  condition  d'obéir  à  cette  hygiène  des  lieux  et  des  personnes  doit 
nous  devons  partout  et  toujours  publier  les  nécessités  et  les  effets,  w  lisque 
même  d'être  en  désaccord  avec  l'ambition  d'un  ^uverain»  U  volonté  d'up 
ministre  ou  les  exigences  administratives, 

Hic  est  lo(m,  messieurs,  car  si  jamais  question  a  mérité  le  nom  4'intensatie- 
nale,  c'est  assurément  celle  de  la  conseiTation  4e  la  rie  humaine  en  tous  lieui, 
surtout  aujourd'hui  que  l'intelligence  des  hommes  court  Bpràsnn  cosnvifwUtisiDe 
que  démentent  si  souvent  leura  forces  physiques. 


fumAiD.  ^  an  um  de  ia  imiTAUTt  m  simotB,         M5 


Awmo  liHi  imnLUisivcni  ATMMratei^vni 


■.I.» 


Messieurs  et  très«bonorés  confrères^ 

Je  viepi  récUmtr  qu^}quâa  instapU  de  votr^  biBovpiUanto  ^ttantioa  suf  \^ 
sujet  qui  peut,  ajuste  titr^,  êtro  ié$igf}é  cojbu^  internationala  puisqu'il  s'j^git  ^ 
lois  qui  r^^gisseut  (a  ^épartitiou  de  ia  u^ortalité  d^us  la  plupart  d3«  pays  ^uf^ 
féûns,  surtout  ei^  p^  qui  regarda  \fi  rôle  des  Ju9uenc3«  atutospl^ëriques, 

C'est  i^m  ÇA  but  que  j'ai  réupi  d#  nonibrauf  docuoieuts  destiui^s  à  recooiiai^0 
quelle  est  la  part  du  climat  et  des  modifications  de  l'atmosphère  dans  le  maintien 
de  la  santé  ou  le  développeo^eut  de  la  maladie,  Q  u^'a  semblé  que  les  variations 
mensuelles  et  trimestrielles  de  la  mortalité  pouvaient  élucider  cette  recherche 
et  lui  donner  une  base  vraimeut  scientifique.  Mais  avai^t  de  passer  en  revue  les 
résultats  auxquels  je  sijis  arrivé  après  4e  longues  années  d'étudci  je  dois  vous 
faire  conuait^e  les  faits  qui  opt  serv}  de  base  h  pies  rechQrches«  les  spqrcps 
au:(queUe3  j'ai  pu^sé  u^es  iu^onpatiQUS  e|  la  ipéthOfle  que  j'ai  çu^ployée. 

^  |.  -r-  Base  de  p^s  rspbercbes. 

L'élément  statistique  qui  est  à  la  base  de  ce  travail,  c'est  Tépoque  des  décès. 
Or,  comme  dans  tous  les  pays  civilisés  l'époque  de  la  mort  est  un  fait  dMmportance 
majeure  qui  entraîne  des  conséquences  légales  du  premier  ordre,  il  est  évident 
qu'en  fondant  mon  travail  sur  la  répartition  des  décès  dans  les  difTérents  mois 
de  l'année,  il  s'appuie  sur  une  base  assez  solide  pour  être  complètement  à  Tabri 
des  reproches  d'inexactitude  que  l'on  fait  quelquefois  aux  doeuments  statistiques. 

J  II.  ~  Sources  auxquelles  j'ai  puisé  pour  ce  travail. 

Trois  sortes  de  documents  ont  été  utOisés  pour  les  recherches  :  1»  les  statis- 
tiques officielles;  i'*  les  ouvrages  gépéraus  ^ur  la  statistique  médioal0,  et  ceux 
plus  spéciaux  sur  la  topographie  de  quelques  villes  ou  régions  ;  3*  les  corre^ioa- 
danees  particulières. 

La  plupart  des  gouverneuients  européens  ont  publié  de  nombreux  travaux  sur 
le  mouvement  de  la  population  dans  ses  trois  éléments,  des  mariages,  des  nais- 
sances et  des  décès.  Les  uns,  comme  mon  pays  natal,  la.  petite  ville  de  Genève 
et  le  royaume  de  Suède,  ont  des  registres  mortuaires  qui  remontent  à  un,  même 
deux  siècles  en  arrière.  Chez  d'autres,  c'est  le  plus  grand  nombre,  les  docu- 
ments statistiques  n'ont  pas  plus  de  vingt-cinq  à  trente  années  d'existence. 
Enfin,  quelques  autres  États  ne  sont  entrés  que  tout  dernièrement  dans  cette 


636     CONGRÈS  MfiDlCAL  INTERNATIONAL.   —  SIXIÈME  SÉANCE  DR  lOUB. 

voie  ;  aussi  leurs  traraux  ne  permettent  pas  de  les  comparer  avec  eux-mêmes  et 
leurs  résultats  sont-ils  forcément  incomplets. 

La  seconde  source  d'informations  se  trouve  dans  les  ouvrages  généraux  sur  la 
géographie  et  la  statistique  médicales,  tels  que  ceux  de  Boudin,  de'Wappaûs  (t) 
et  d'0esterlen(2);  ou  dans  les  travaux  des  Sociétés  de  statistique  d'Allemagne, 
d'Angleterre,  de  France  et  de  Suisse,  ou  dans  les  recherches  de  quelques  auteurs 
bien  connus  du  public  médical,  connue  M.  le  docteur  Bcrg,  de  Stockholm;  le 
docteur  Farr,  de  Londres  ;  le  professeur  Quetclct,  de  Bruxelles,  et  l 'infatigable 
M.  A.  Legoyt,  de  Paris,  et  tant  d'autres  que  je  ne  puis  nommer  ici.  Enfin,  les 
topographies  médicales  ont  été  pour  moi  une  précieuse  source  d'informations, 
soit  qu'elles  réunissent  les  documents  relatifs  à  plusieurs  villes,  conune  celles 
du  docteur  Vacher,  ou  qu'elles  se  bornent  à  enregistrer  les  faits  relatif  à  une 
seule  région  ou  à  une  seule  ville,  et  qui  sont  si  nombreuses,  que  je  dois  renoncer 
à  les  désigner. 

Le  troisième  ordre  de  faits  m'a  été  communiqué  par  de  nombreux  correspon- 
dants, qui  ont  bien  voulu  répondre  à  mes  questions,  et  combler  ainsi  le  déficit 
des  documents  imprimés,  en  me  communiquant,  pour  un  grand  nombre  de 
localités  importantes,  le  résumé  mensuel  des  décès  pendant  un  certain  nombrp 
d'années.  Je  prie  tous  ces  correspondants  officiels  ou  officieux  de  recevoir  le 
témoignage  bien  sincère  de  ma  reconnaissance  pour  leur  bienveillant  concours. 

§  III. — Méthode  que  j'ai  suivie  pour  ce  travail. 

Muni  de  tous  ces  documents,  j'ai  pu  former  des  tableaux  où  les  décès  ont  été 
étudiés  dans  leur  répartition  mensuelle,  et  autant  que  possible  en  prenant  la 
moyenne  d'un  certain  nombre  d'années;  ensuite,  et  afin  d'obtenir  des  chiffres 
comparables  entre  eux,  les  mois  ont  été  rendus  égaux  et  portés  à  trente  et  toi 
jours.  En  outre,  la  mortalité  de  chaque  période  mensuelle  a  été  ramenée  à 
mille  décéi,  ce  qui  forme  douze  mUle  décès  annuels,  chifiVe  adopté  dans  la  plupart 
des  statistiques  modernes. 

Ces  opérations  préliminaires  étant  accomplies,  j'ai  obtenu  des  chiffres  compa- 
rables entre  eux,  et  j'ai  pu  dès  lors  les  étudier  isolément,  pour  connaître  la 
nature  et  l'étendue  des  influences  atmosphériques  sur  la  moilalité,  et  les  grouper 
d'après  les  saisons  astronomiques  ou  suivant  leur  analogie  thermoniétrique. 
formant  ainsi  les  quatre  saisons  :  l'hiver,  avec  décembre,  janvier  et  février;  le 
printemps,  avec  mars,  aviil  et  mai;  l'été,  avec  juin,  juillet  et  août^  et  l'au- 
tomne, avec  septembre,  octobre  et  novembre. 

Cette  combinaison  m'a  paru  préférable  à  celle  qu'ont  adoptée  l'Angleterre  et 
la  Prusse,  et  qui  consiste  à  compter  les  quatre  trimestres  rangés  dans  l'ordre 
chronologique,  conunençant  avec  janvier,  février  et  mars,  pour  former  le  pre- 
mier trimestre,  les  trois  autres  se  suivant  dans  le  même  ordre. 

Les  mois  ont  aussi  été  groupés  en  deux  périodes  caractérisées  par  l'analogie 
de  lem*  température  ;  les  quatre  mois  froids,  commençant  avec  décembre  et  finis- 
sant avec  mai*8,  et  les  quatre  mois  chauds,  commençant  avec  juin  et  finissant  avec 
septembre. 

Mais,  afin  de  rendi*e  plus  évidents  les  résultats  généraux  de  ces  longs  et  rainu- 

(1)  AUgetneine  Bevùlkerungs  Statistik,  2  vol.  Leipiig,  i859-lS6t. 

(2)  Handbiuch  der  medicinùihen  StatUtik,  Tubtufea,  1865, 


LOMBARD.   —  DES  LOIS  DE  LA  BIORTAUTÊ  EN  EDBOPE.  537 

tieux  calculs^  j'ai  construit  deux  cartes  d'Europe  d'après  la  méthode  employée 
par  les  savants  :  celle  des  teintes  destinées  à  exprimer  la  diversité  des  résultats. 

Celles  que  j'ai  l'honneur  de  mettre  sous  les  yeux  du  Congrès  ont  été  coloriées 
en  quatre  teintes  qui  représentent  l'époque  de  la  plus  forte  et  de  la  plus  faible 
mortalité  pendant  les  quatre  saisons  astronomiques.  La  teinte  bleue  correspond 
à  l'hiver,  la  teinte  verte  au  printemps,  la  teinte  violette  h  l'été  et  la  teinte  bmne  à 
l'automne. 

Ainsi  donc,  si  nous  consultons  la  carte  de  lu  mortalité,  nous  y  voyons  les  sai* 
sons  les  plus  meurtrières  coloriées  en  bleu,  suivant  que  le  plus  grand  nombre 
des  décès  tombe  sur  l'hiver,  en  veri  sur  le  printemps,  en  violet  sur  l'été  et  en 
brun  sur  l'automne. 

Par  contre,  dans  la  carte  de  la  scdubrité,  les  mêmes  teintes  sont  celles  de  la 
plus  faible  mortalité  pour  chaque  saison  et  pour  chaque  pays. 

£n  outre,  et  afin  de  donner  encore  plus  de  précision  à  ces  indications  graphiques, 
j'ai  placé  des  chiffres  romains  qui  représentent  chaque  mois  par  un  numéro  cor- 
respondant à  l'ordre  chronologique,  janvier  étant  représenté  par  I,  juin  par  VI,  et 
ainsi  de  suite.  Ces  chiffres  désignent  les  extrêmes  de  mortalité;  le  chiffre  rouge,  qui 
correspond  à  la  plus  forte  mortalité,  est  placé  au-dessus  dans  la  première  carte,  et 
le  chiffre  noir  au-dessous.  Cet  ordre  est  naturellement  renversé  pour  l'autre  carte. 

J'ai  aussi  construit  des  diagrammes  où  le  cycle  annuel  est  représenté  par  un 
cercle  dont  les  quatre  segments  coiTcspondent  à  chacune  des  quatre  saisons,  et 
dont  les  couleurs  sont  les  mêmes  que  celles  adoptées  pour  les  grandes  cartes. 
La  surface  du  segment  et  sa  distance  du  centre  à  la  circonférence  correspondent 
très-exactement  à  la  propoi*tion  mensuelle  des  décès,  en  sorte  que  la  surface 
occupée  par  chaque  segment  nous  donne  la  mesure  précise  de  la  mortalité  pom* 
chaque  mois  et  pour  chaque  saison. 

Après  ces  explications  préliminaires,  qu'il  était  indispensable  de  donner,  je 
pourrais  passer  immédiatement  à  l'étude  des  lois  qui  régissent  la  distiibution  de 
la  mortalité  entre  les  différentes  saisons.  Mais  il  m'a  paru  nécessaire  de  recher- 
cher si  cette  répartition  présentait  une  certaine  Qxité,  ou  si  elle  variait  avec  la 
série  des  siècles  et  aussi  avec  les  années  qui  succèdent  les  unes  aux  autres. 
Étudions  cette  importante  question,  dont  la  solution  nous  sera  donnée  par  des 
documents  anciens  et  modernes. 

{  IV.  —  Fixité  et  variabilité  dans  la  répartition  aanuetle  de  la  mortalité. 

Les  deux  pays  qui  possèdent  les  plus  anciens. registres  mortuaires  sont  Genève 
et  la  Suède.  Pour  la  première,  ils  s'étendent  à  une  période  de  deux  cent  vingt- 
huit  ans,  et  pour  la  seconde  ils  comprennent  un  espace  de  cent  quinze  ans.  Or, 
en  comparant  les  deux  tableaux  ci-joints,  on  est  frappé  de  la  parfaite  confor- 
mité des  résultats  généraux.  Dans  les  dix-huit  périodes  des  tableaux  suédois,  le 
printemps  est  toujoui*s  l'époque  du  maximum  des  décès,  tandis  que  le  minimum 
oscille,  mais  à  de  très-faibles  variations,  entre  l'été  et  l'autoiune.  L'hiver  est 
toujours  au  premier  rang  de  la  mortalité  et  l'été  au  dernier,  les  quatre  mois 
froids  et  chauds  étant,  dL\-scpt  fois  sur  dix-huit,  l'époque  de  la  plus  forte  et  de  la 
plus  faible  moilalité. 

Pour  la  ville  de  Genève,  les  cinq  périodes,  qui  comprennent  228  années, 
présentent  des  résultats  identiques.  Le  printemps  et  l'automne  oscUlent  enti'e  la 
seconde  Ct  la  ti*oisième  place.  La  même  fixité  s'observe  quant  aux  quatre  mois 


6SS      C0NGBÈ8  MtOIGAL  limaiSIATI01IAL«  *—  BOIÈMÈ  StAHCS  M  JOUA. 

froids  et  chauds^  qui  sont  places  dans  le  même  oiiire  pour  chacune  des  fétMe$ 
contenues  dans  le  taUeau  synoptique.  AuMi^  lorsqae  j'ai  représenté  d^nfie  mttRèra 
gri^hiqae  les  Tariations  annuelles  et  séculaires  de  k  matÎMié  àsM  la  répuMique 
de  Génère,  les  lignes  qui  emrespondetit  aui  différentes  époques  se  sont  si  bisa 
oonfondues^  qu'elles  <mt  eu  la  forme  d'une  eouronné  entrelÂeée* 

Les  documents  norwégiens  nous  permettent  dé  comparer  trels  péifodes  esan 
prises  entre  1837  et  1855.  Or^  dans  ces  deux  séries^  le  printemps  occupe  ks 
premier  rang  et  ThiTer  vient  en  seconde  Ugne,  l'ét^  et  l'automne  étant  l'époque 
de  la  plus  fiiible  mortalité^  mais  avec  de  très-mintmes  yariatlons. 

Les  documents  relatifs  à  la  Hollande  ne  oompreftnent  que  ving^dem  ans  et 
ne  concernent  que  le  xix*  siècle.  Dans  ces  deux  périodes  déclsaales  et  doodéci* 
maks^  l'hiTer  occupe  le  premier  ratig^  et  l'été  le  detster,  quant  à  la  âwrMIté, 
les  quatre  mois  froids  l'emportant  toujours  sur  les  quatre  mois  chauds^ 

Quant  à  l'empire  français^  si  l'on  groupe  en  quatre  périodes  les  trente  années 
qui  commencent  à  1830  et  finissent  avec  ISôt^  oti  Ifoute  que  l'biTer  est  trois 
fois  sur  quatre  l'époque  de  la  plus  forte  mortalitéi  tandis  que  l'été  est  eonstam* 
ment  la  saison  du  plus  petit  nombre  des  décès.  On  âoitre  k  la  tnème  fixité  de 
résultat  en  comparant  les  quatre  mois  froids^  qui  sont  toujoun  les  pitts  nenr* 
triers,  aux  quatre  mois  chauds^  qui  ont  toujours  été  les  plus  salubres. 

Ainsi  donc,  on  peut  regarder  la  tépartMm  des  décéê  dcÊU  le  wwnt  ék  tênuee 
c&mfM  HH  faU  permamtUy  et  si  l'on  obserre  dans  la  série  des  années  et  ttêiae 
des  siècles  quelques  divergences  dans  la  répartition  de  la  mortalité  entre  les 
difi'érents  mois^  ces  variations  sont^  après  tout^  de  peu  d'importance  et  peuteM 
être  considérées  comme  accidentelles  et  secondaires,  tancfis  que  le  tôle  âa  ef^ 
ûonstanteê  atmosphénqueÈ  pour  augmenter  (m  dwànuer  kk  mnioHêé  pent  Un  eon- 
sidéré  comme  un  fait  permanent  et  primordial. 

D'où  il  résulte  évidemment  que  nous  pouvons  prtndfé  les  variatîotts  Ufen' 
Sttelles  de  la  mortalité  comme  une  tnesure  exacte  de  la  nature  et  de  rintensHé 
des  influences  atmosphériques  sur  la  santé  et  la  maladie* 

En  cst41  toujours  ainsi^  et  rencontre- t-on  partout  la  même  fixité  de  résultats  t 
Sans  aucun  doute^  lorsqu'il  s'agit  de  pays  étendus  on  même  de  localités  rr^ 
treintes^  eomme  le  canton  de  Genève.  Mais  il  n'en  est  pitts  ainsi  dans  fes  pays  ou 
règne  la  malaria,  qui  est^  avec  les  influences  atmosphériques^  le  {dus  puissant 
modificatem*  de  la  mortalité.  C'est  ce  que  nous  verrons  plus  tard^  eu  étudiant  la 
répartition  exceptionnelle  des  décès  dans  les  localités  ou  dans  les  pays  infestés  par 
les  émanations  paludéennes. 

Ilais>  en  dehors  de  cette  exception,  nous  sommes  autorisé  à  (îonehtfe  de  a* 
qui  précède  :  que  h.  têpartUûm  de  la  mortalité  entré  lei  di0rents  mois  ei  ietkom  est 
«H  feM  petmmmd  pour  chaque  pa/ys,  et  qu^il  est  Mit»  la  dépendance  immédiate  de  h 
fMté  du  cUmat,  et  par  eoméquent  de  l'uniformité  des  influences  oltmospkMipm, 

PREHIËtlE  PARTIE. 

nSTflfflUÎION  OÉO&AATHIQUS  DE  LA  MORTAUTâ  ffîlTNB  VBA  mPPÉAENiS  MOIS  HT  SàBÛHS. 


Nous  pouvons  désormais  commencer  notre  voyage  au  travers  des 
régions  européennes^  et  rechercher  quellee  sent^  pour  chacune  d'elles^  le»  lob 
qui  président  à  la  répartition  de  la  mortalité. 

ConaMftçint  p«r  l'extrême  noid^  nous  y  trouvons  YtiMma  fMe  des  «MfWi 


LOtiBARb.    ^  DES  LOIS  DE  LA  MORTALITÉ  EN   EUROi^Ë.  63Ô 

le  K^ys  des  glaces  et  deâ  volcans^  Xhhmàei  qui  nous  présenie  une  répartition 
très-spéciale  de  la  mortalité,  dont  le  maximum  correspond  au  mois  de  Juillet  et 
à  l'été,  6t  le  minimum  au  mois  de  inars  et  au  printemps.  Les  quatre  mois  chauds 
l'emportent  très-notablement  sur  les  quatre  mois  froids.  Quelle  est  la  cause  de 
cette  tnoiialité  estivale  et  de  cette  salubrité  hivernale  et  prîntanière  ?  Comment 
se  fàlt-il  qtié  les  froids  rigoureux  d'une  région  glaciale  occasionnent  ai  peu  de 
décès,  tandis  que  les  chaleurs  modérées  d'un  été  presque  polaire  soient  si 
taeuftrières? 

C^est  ce  qui  est  bien  difficile  à  expliquer,  maigre  les  travaux  de  Schlêisner^ 
ou  la  pathologie  islandaise  est  décrite  avec  soin.  Qu'il  nous  sufQse  de  signaler 
deux  faits  principaux  qui  influent  sur  ce  résultat  :  1^  11  règne  tous  les  étés  une 
bronchite  ou  broncho-pneumonie,  qui  entraine  beaucoup  de  décès  parmi  les 
adultes  ;  3^  les  convulsions  enfantines  sont  très-fréquentes  en  Islande,  puisqu'un 
^im  de  l'ensemble  des  décès  reconnaît  cette  cause.  C'est  dans  ces  deux  faits 
que  l'on  doit  chercher  l'origine  de  cette  mortalité  estivale,  et  nullement  dans  la 
maXaria  et  les  fièvres  intermittentes,  qui  n'existent  pas  en  Islande. 

Si  nous  passons  à  là  Norvège^  nous  trouverons  une  répartition  toute  diffé« 
l'ente.  En  effet,  c'est  le  printemps  et  surtout  les  mois  de  mars  et  avril  qui 
comptent  la  plus  forte  mortalité,  tandis  que  l'été,  et  surtout  le  mois  d'août> 
sont  l'époque  la  plus  salubre,  l'automne  se  rapprochant  de  l'été  quant  à  la 
salubrité,  et  l'hiver  du  printemps  quant  à  la  mortalité.  Aussi  les  quatre  mois 
froids  r emportent-ils  de  beaucoup  sur  les  quatre  mois  chauds.  En  sorte  que 
nous  pouvons  dire  qu'en  Norvège,  le  froid  exerce  une  influence  délétère  et  la 
chaleur  une  action  bienfaisante. 

La  Suéde  nous  présente  un  résultat  identique  avec  celui  de  la  Norvège.  C'est 
aussi  le  froid  de  l'hiver  et  le  retour  du  printemps  qui  occasionnent  le  plus  gran^ 
nombre  de  décès,  tandis  que  la  chaleur  de  l'été  est  surtout  favorable  au  main»- 
tien  de  la  vie.  Les  mois  extrêmes  sont  :  mars  et  février  pour  la  plus  forte>  juillet 
et  août  pour  la  plus  faible  mortalité.  Aussi,  comme  en  Norvège,  les  quatre  mois 
froids  l'en^portent  très-notablement  sur  les  quatre  mois  chauds. 

Si  Ton  étudie  la  répartition  de  la  mortalité  dans  les  trois  principales  régiomi 
de  la  Suède,  nous  verrons  que  dans  les  deux  provinces  scptentrionides  de 
Wcrsterbotten  et  Norrbotten,  l'excès  de  mortalité  tombe  sur  les  mois  de  janviei*  et 
de  févrief,  et  par  conséquent  sur  l'hiver,  tandis  que  l'été  et  le  mois  de  juillet  sont 
les  plus  favorables  à  la  santé.  La  mortalité  de  la  Suède  propre,  c'est-à-dire  deê 
provinces  de  Stockholm,  Upsal  et  Sodermanlands,  est  aussi  plutôt  hivernale  ; 
tandis  que  dans  treize  provinces  de  la  Suède  méridionale,  le  printemps  et  les  mois 
de  mars  et  d'avril  sont  les  époques  les  plus  meurtrières,  le  mois  de  juillet 
ayant  toujoui-s  le  privilège  de  la  plus  grande  salubrité. 

Mais  il  y  a  quelques  exceptions  à  cette  règle  dans  les  provinces  méridionales 
et  surtout  dans  la  capitale  de  la  Suède.  La  ville  de  Stockholm  nous  présente  le 
même  phénomène  déjà  signalé  en  Islande,  celui  d'une  forte  mortalité  estivale  «t 
automnale,  et  une  salubrité  très-prononcée  de  l'hiver  et  du  printemps.  Cette 
singulière  répaitition  des  décès  a  subi  des  variations  considérables  à  différentes 
époques  ;  en  effet,  sur  deux  séries,  l'une  comprise  entre  1776  et  4780,  et  l'autre 
entre  1851  et  1861,  nous  trouvons  constanuuent  que  l'hiver  est  la  saison  la  plus 
salubre  et  le  mois  de  janvier  le  moins  chai-gé  en  décès.  Mais  l'époque  k  plus 
meurtrière  se  ttt)uve  transportée,  du  mois  d'août  et  de  l'été  pour  le  siède  der- 
nier, au  mois  de  septeml)re  et  à  l'automne  pour  l'époque  actuelle.  En  résumé^ 


6(l0     CONGRÈS  MÉDICAL  INTERNATIONAL.  —   SIXIÈME  SÉANCE  OC  JOUR. 

les  quatre  mois  chauds  sont  toujours  les  plus  chai*gés  en  décès  dans  la  ville  de 
Stockholm,  tandis  que  les  mois  froids  y  sont  les  plus  salubres. 

Quelle  est  la  cause  de  cette  exception  à  la  mortalité  générale  du  royaume  ? 
C'est  ce  que  j'ai  cherché  à  reconnaîti*e  d'après  le  tableau  des  maladies  qui 
régnent  dans  la  capitale,  et  aussi  par  des  correspondances  particulières,  d*oîi  il 
résulte  que  l'élément  paludéen  joue  un  grand  rôle  dans  ce  résultat,  qui  tient  à  U 
topogi'aphie  de  Stockholm,  bâtie  comme  elle  l'est  entre  le  lac  Mœlar  et  la  mer  Bal- 
tique, et  dont  les  quatorze  ponts  et  les  nombreuses  maisons  élevées  sur  des  pilotis 
témoignent  assez  de  l'abondance  des  eaux.  Il  me  pai^aît  donc  probable  que  cette 
gi'ande  moiialité  estivale  et  automnale  de  Stockholm  reconnaît  pour  cause  l'élé- 
ment paludéen,  que  nous  verrons  produire  ailleurs  les  mêmes  conséquences. 

Je  dois  à  l'obligeance  de  M.  le  professeur  de  Yillebrandt,  d'Helsingfors,  la  com- 
munication de  précieux  documents  sur  la  Finlande.  En  étudiant  la  répartition  de 
la  moilalité  pendant  les  dix  années  comprises  entre  1856  et  1865,  on  voit  que 
le  printemps  est  l'époque  de  la  plus  forte  mortalité,  tandis  que  l'été  est  la  saison 
la  plus  salubrc,  l'hiver  se  rapprochant  du  printemps  et  l'automne  de  l'été.  Les 
propoilions  en  centièmes  sont  26,38  pour  l'hiver,  28,01  pour  le  printemps,  22,39 
pour  l'été  et  23,22  pour  l'automne;  les  quatre  mois  froids  comptant  les  35,80  cen- 
tièmes des  décès  annuels,  et  les  quatre  mois  chauds  les  30,09  centièmes. 

Les  mois  les  plus  chargés  en  décès  sont  mars,  février  et  avril,  qui  en  comptent 
à  peu  près  le  même  nombre.  Les  mois  dont  la  morialité  est  la  plus  faible  sont 
juillet,  août,  octobre  et  septembre.  La  différence  entre  les  mois  extrêmes  mai^et 
juillet  est  seulement  de  288  décès  sur  12  000,  ce  qui  montre  que  les  influences 
atmosphériques  ne  s'exercent  pas  avec  une  gi*ande  intensité,  si  on  la  compare 
avec  les  pays  voisins,  tels  que  la  Suède,  où  la  différence  entre  les  mois  extrêmes^ 
oscille  entre  363  et  h5i  décès  sur  12  000,  et  surtout  avec  les  pays  du  midi  de 
l'Europe,  oîi  l'on  obseiTC  également  de  grandes  différences  entre  les  saisons  cl 
les  mois  extrêmes. 

Le  Danemark,  le  Schlesmg  et  le  Holstein  nous  présentent  la  même  répartition 
des  décès,  c'est-à-dire  que  la  plus  forte  mortalité  tombe  sur  février  ou  mars,  et 
par  conséquent  sur  le  printemps,  l'époque  la  plus  salubre  étant  l'automne  ou 
l'été,  et  les  mois  de  juillet,  août  ou  septembre.  Les  quatre  mois  froids  l'empor- 
tent décidément  sur  les  quatre  mois  chauds. 

Dans  le  duché  d'Oldenbourg,  la  répartition  est  un  peu  différente,  quoiqu'il  y 
ait  une  grande  analogie  dans  les  traits  principaux.  L'hiver  remplace  le  prin- 
temps pour  l'époque  du  maximum,  tandis  que  l'été  se  trouve  être  l'époque  du 
minimum.  Les  mois  extrêmes  sont  février  et  juillet,  et  les  mois  froids  ont  une 
grande  prédominance  sur  les  mois  chauds.  Les  documents  d'après  lesquels  j'ai 
calculé  la  mortalité  du  duché  d'Oldenbourg  m'ont  été  communiques  en  manu- 
scrit par  l'obligeance  d'un  correspondant. 

La  Holhinde  est  un  des  pays  les  plus  intéressants  à  étudier  par  la  diversité  des 
résultats  obtenus  dans  les  diverses  provinces.  En  effet,  tandis  que,  pour  le 
royaume  considéré  dans  son  ensemble,  la  plus  forte  mortalité  est  surtout  hiver- 
nale, le  maximum  tombant  sur  janvier  dans  la  période  duodécimale  de  181^0  à 
1851,  et  sur  féviier  pour  la  période  décimale  de  1850  à  1859,  l'été  conslilue 
l'époque  la  plus  salubre,  et  le  mois  minimum  oscille  enti*e  juillet  et  octobre. 
mais  les  différences  entre  ces  deux  mois  étant  fort  peu  considérables  dan?  U 
période  ;  en  définitive,  pour  l'ensemble  du  royaume  de  Hollande,  les  quatre 
mois  froids  l'emportent,  mais  faiblement,  sur  les  quatre  mois  chauds. 


LOMBARD.  —  DES  LOIS  DE  LA  MORTALITÉ  EN  EUROPE.  6^1 

Si  nous  étudions  sëpai'ément  un  certain  nombre  de  provinces  comme  Gro- 
ningue,  la  Frise^  la  Gueldre,  le  Brabant  septentrional  et  la  Hollande  méridio- 
nale>  elles^présentent  la  même  répartition  que  l'ensemble  du  royaume,  c'est-à- 
dire  une  plus  forte  mortalité  hivernale,  et  tandis  que  la  plus  faible  mortalité 
oscille  entre  Tété  et  l'automne,  celle-ci  est  plus  fréquemment  que  celui-là 
l'époque  du  minimum. 

Mais  il  n'en  est  pas  de  même  de  la  province  éminemment  marécageuse  de  la 
Zélande,  où  le  maximum  des  décès  s'observe  en  automne  et  au  mois  de  septembre, 
tandis  que  le  minimum  se  maintient  en  été  et  tombe  sur  le  mois  de  juillet. 
Nous  aurons  l'occasion  de  revenir  sur  les  causes  de  cette  transposition  de  la  plus 
forte  mortalité  lorsque  nous  étudierons  d'autres  régions  caractérisées,  comme  la 
Zélande,  par  l'élément  paludéen.  Mais  hâtons-nous  d'ajouter  que  ce  n'est  pas 
seulement  un  certain  degré  de  malaria  qui  suffit  à  transposer  la  répartition  des 
décès,  car,  autrement,  nous  devrions.avoir  pour  toute  la  Hollande  une  mortalité 
automnale  ;  mais  c'est  la  prédominance  de  cet  élément  marécageux  qui  contri- 
bue à  modifier  les  chiffres  mortuaires.  Nous  en  avons  un  exemple  frappant  dans 
plusieurs  des  provinces  néerlandaises,  dont  la  plus  forte  mortalité  n'est  point 
transportée  sur  l'automne,  quoiqu'elles  soient  jusqu'à  un  certain  point  sous 
Tinfluence  de  la  malaria.  La  ville  d'Amsterdam  peut  être  citée  à  ce  point  de 
vue,  puisque  la  mortalité  y  est  hivernale  et  la  salubrité  estivale  ou  automnale, 
le  maximum  tombant  sur  janvier  et  le  minimum  sur  octobre,  c'est-à-dire  à  peu 
près  exactement  l'inverse  de  ce  qu'on  observe  en  Zélande. 

Si  nous  quittons  pour  quelques  instants  le  continent  et  que  nous  traversions 
le  détroit  pour  atteindre  les  îles  Britanniques,  nous  aurons  des  résultats  à  peu 
près  identiques  pour  les  trois  royaumes. 

En  Ecosse,  la  plus  forie  mortalité  a  lieu  en  hiver  dans  les  provinces  septen- 
trionales et  centrales,  et  au  printemps  dans  les  provinces  nord-ouest  et  méri- 
dionales. Le  maximum  mensuel  tombe  presque  toujours  sur  février,  et  ime 
seule  fois  sur  mars.  Les  quatre  mois  froids  l' emportent  toujours  sur  les  quatre 
mois  chauds.  Mais  les  difiërences  entre  les  saisons  et  les  mois  extrêmes  sont 
moins  considérables  qu'en  d'autres  pays  moins  favorisés  quant  à  l'étendue  de 
l'échelle  thermométrique. 

Si  l'on  réunit,  comme  l'a  fait  le  docteur  Stark,  les  huit  principales  villes  de 
l'Ecosse  (1),  on  observe  pour  chacune  d'elles  comme  pour  le  total,  que  la  mor- 
talité est  surtout  hivernale  ;  les  deux  premiei*s  mois  de  Tannée,  janvier  et  février 
étant  les  plus  chargés  en  décès,  septembre  et  août  étant  les  plus  salubres. 

Les  tableaux  mortuaires  de  l'Angleterre,  qui  sont  rédigés  avec  une  exactitude 
rigoureuse  pai'  le  docteur  W.  Farr,  ne  sont  pas  établis  d'après  la  méthode 
adoptée  dans  la  plupart  des  Etats  européens,  c'est-à-dire  par  division  mensuelle; 
ils  ne  peuvent,  par  conséquent,  être  comparés  avec  les  autres  statistiques. 
Néanmoins  les  trimestres  rangés  d'après  l'ordre  chronologique  peuvent  être  sans 
grande  chance  d'erreur  assimilés  :  le  premier,  janvier  jusqu'à  fin  mars,  à  l'hiver; 
le  deuxième,  d'avril  jusqu'à  fin  juin,  au  printemps  ;  le  troisième,  de  juillet  jus- 
qu'à fin  septembre,  à  l'été  ;  et  le  quatrième,  d'octobre  jusqu'à  fin  décembre,  àl'au- 
iothne.  J'ai  cru  dès  lors  pouvoir  adopter  les  couleurs  caractéristiques  des  dlffé- 
rcntes  saisons  pour  représenter  les  quatre  trimestres.  Cela  dit,  voyons  à  quels 
résultats  nous  arrivons  par  les  publications  du  Registrar  Office.  En  prenant  l'en- 

(1)  Glaseow,  Paisley,  Greenock,  Edimbourg,  Dandee,  Aberdeen,  Leith  et  Perlh. 


6A2     CONGRÈS  MÉDICAL  lOTERNÂTIONAL.   —  SIXifcME  SÉAUGB  M  JOUB. 

semble  des  quatorze  divisions  de  rAngleterre,  nous  voyons  que  le  1*'  trimestre 
est  toujours  le  plus  meurtrier;  c'est  pourquoi  nous  avons  considéré  Thiver  comme 
répoque  de  la  plus  forte  mortalité^  tandis  que  le  3*  trimestre,  qui  correspond  à 
l'été,  est  toujours  l'époque  la  plus  salubre,  c'est-à-dire  celle  qui  compte  le  plus 
petit  nombre  de  décès. 

Y  a-t-il  quelques  exceptions  à  cette  règle  générale?  Je  n'en  ai  trouvé  qu'un 
très-petit  nombre,  et  encore  sont-elles  temporaires.  C'est  ainsi  que  pom*  la  partie 
du  comté  de  Kent,  qui  comprend  Greenwich,  les  quatre  années  comprises  entre 
1838  et  18/il  nous  donnent  la  répartition  ordinaire  de  la  mortalité;  tandis  que 
les  quatre  années,  de  1842  à  1845,  ont  eu  une  plus  forte  létbalité  dans  le  h^  que 
dans  le  !•'  trimestre. 

L'autre  exception  est  celle  du  Rutlandsbirc  où  étaient  situés  les  anciens  marais 
d'Ely,  et  où  les  quatre  années,  de  1838  à  1841,  présentent  une  très-légère  pré- 
dominance du  4'  trimestre  sur  le  premier.  Partout  ailleurs,  même  dans  111c 
d'Anglcsca,  qui  était  autrefois  très-marécageuse,  la  mortalité  du  4*  trimestre  ne 
l'emporte  qu'une  seule  fois  sur  celle  du  1*'  trimestre,  pendant  les  sept  années 
comprises  entre  1843  et  1850. 

Quant  aux  villes  principales,  et  en  particulier  à  Londres,  la  grande  métropole 
qui  était  autrefois  décimée  par  les  émanations  marécageuses,  et  dont  la  morta- 
lité était  alors  estivale  et  automnale,  elle  est  actuellement  hivernale,  comme 
dans  le  reste  de  l'Angleterre,  et  elle  l'était  déjà  au  milieu  du  siècle  dernier,  si 
l'on  en  juge  par  le  tableau  mensuel  de  la  mortalité  public  par  Sûssmilch  (l'i. 
D'après  ce  résumé  qui  comprend  quinze  années,  de  1732  à  1747,  le  maximum 
des  décès  tombait  sur  janvier  et  février,  et  par  conséquent  sur  l'hiver,  et  le  mi- 
nimum sur  juillet  et  août,  et  par  conséquent  sur  l'été.  Il  est  infiniment  probable 
que  cette  répartition  de  la  mortalité  est  la  môme  à  présent,  puisque  dans  les 
quatre  années  comprises  entre  1842  et  1845,  les  tiîmestres  sont  rangés  dans 
l'ordre  suivant  :  le  premier,  le  quatrième,  le  troisième  et  le  second  ;  la  diffé- 
rence entre  ces  deux  derniers  étant  assez  minime  pour  qu'on  puisse  les  mettre 
siu*  la  même  ligne.  Les  trimestres  se  sont  rangés  dans  l'ordre  suivant,  quant  à 
la  mortalité  exprimée  en  centièmes:  le  premier,  on  a  compté  les  28^46;  le  se- 
cond, les  23,16;  le  troisième,  les  21,91,  et  le  quatrième,  les  24,05. 

Les  documents  irlandais  qui  m'ont  'été  communiqués  par  M.  Dounelly  ne 
s'étendent  malheureusement  qu'à  trois  années,  mais  dont  les  résultats  sont 
identiques  et  peuvent  être  considérés  comme  l'expression  d'un  fait  général  : 
c'est-à-dire  que  le  premier  trimestre  est  le  plus  charge  en  décès,  et  le  troisième 
le  plus  salubrc.  Aussi  ai-je  pu  considérer  l'hiver  comme  étant  l'époque  delà  plus 
forte  mortalité,  et  l'été  comme  étant  la  saison  la  plus  salubre. 

Si  nous  laissons  les  lies  Britanniques,  et  que  nous  nous  dirigions  vers  la  Bel- 
gique, nous  entrons  dans  le  pays  le  mieux  doté  en  documenta  statistiques  par 
l'initiative  de  mon  respectable  ami,  le  professeur  Quetelet,  et  grâce  à  la  protection 
éclairée  du  gouvernement  belge  pom*  favoriser  ce  genre  de  recherches. 

Si  l'on  considère  l'ensemble  de  la  Belgique  pendant  la  période  de  l84i  à  1860, 
nous  y  voyons  que  février  et  mars  sont  l'époque  de  la  plus  forte  mortalité  Juillet 
et  août  celle  de  la  plus  grande  salubrité.  Les  extrêmes  des  saisons  étant  l'hiver 
cl  l'été,  mais  le  printemps  se  rapprochant  beaucoup  de  l'hiver,  et  l'automne  de 
Tété,  en  sorte  que  le  semestre  de  décembre  à  mai  compte  les  56,19  centièmes 

(1)  Sûssmilch,  t.  II,  p.  Hhà  :  Gôttliche  Ordnung* 


LOMBARD.  —  DES  LOIS  DE  LA  MORTALITÉ  EN  EUROPE.  M3 

des  décès^  et  le  semestre  de  juin  à  novembre  seulement  les  &3^81  centièmes. 
Les  quatre  mois  froids  l'emportent  décidément  sur  les  quatre  mois  chauds: 
38,38  centièmes  au  lieu  de  29>21. 

Les  mêmes  proportions  s'observent  pour  les  principales  provinces,  comme 
celles  d'Anvers,  où  la  proportion  des  décès  automnaux  est  plus  forte  que  celle 
des  décès  estivaux  de  l'ensemble  de  la  Belgique;  ce  qui  tient  probablement  aux 
portions  marécageuses  de  cette  province.  Dans  la  Flandre  occidentale  et  dans  le 
Brabant  méridional,  la  mortalité  du  printemps  l'emporte  très-faiblement  sur 
celle  de  l'hiver. 

Quant  à  la  ville  de  Bruxelles,  les  extrêmes  mensuels  et  trimestriels  sont  beau- 
coup moins  considérables  que  pour  l'ensemble  de  la  Belgique  :  mars  et  l'hiver 
sont  l'époque  la  plus  meurtrière;  octobre  et  l'automne  sont  l'époque  la  plus 
salubre. 

Si  de  la  Belgique  nous  passons  à  la  Prusse,  nous  trouvons  la  même  répartition 
des  trimestres  qu'en  Angleterre,  c'est-à-dire  l'ordre  chronologique  commençant 
de  janvier  à  mars  pour  le  premier  trimestre,  et  d'octobre  à  décembre  pour  le 
quatrième  et  dernier  trimestre. 

Or,  en  étudiant  la  mortalité  dans  douze  années,  dont  trois  ont  été  caractéri- 
sées par  des  épidémies  de  choléra  (1831,  18i!i6  et  18/^9),  les  neuf  autres  nous 
donnent  la  répartition  suivante  quant  au  nombre  des  décès  :  le  premier  tri- 
mestre^  qui  correspond  à  l'hiver,  est  le  plus  meurtrier  ;  le  dernier  trimestre,  qui 
correspond  à  la  fin  de  l'automne  et  au  commencement  de  l'hiver,  vient  en 
seconde  ligne  ;  le  deuxième  trimestre,  qui  correspond  au  printemps,  vient  au 
troisième  rang  ;  enfin  le  ti*oisième  trimestre,  qui  coiTespond  à  l'été,  occupe  le 
dernier  rang  de  la  mortalité  ;  ou,  en  d'auti^cs  termes,  les  extrêmes  sont  l'hiver 
et  l'été  potir  l'ensemble  du  royaume  de  Prusse,  calculés  sur  environ  cinq  mil- 
lions de  décès. 

Si  nous  étudions  séparément  les  différentes  provinces,  nous  voyons  que,  pour 
les  sept  années  comprises  entre  18i!i9  et  1852,  ainsi  que  1859  à  1861,  la  réparti- 
tion des  décès  est  la  même  que  pour  l'ensemble  du  royaume,  sauf  là  où  les 
décès  cholériques  ont  augmenté  la  mortalité  estivale* 

Après  avoir  fait  la  défalcation  des  décès  occasionnés  par  le  choléra  pendant  les 
épidémies  de  18ft9  et  1852,  et  celles  de  1859  à  1860,  on  retrouve  la  réparti- 
tion normale  du  plus  grand  nombre  de  décès  pendant  la  saison  froide,  et  du  plus 
petit  nombre  pendant  la  saison  chaude  i 

Les  deux  villes  de  Berlin  et  de  Dantzig,  sur  lesquelles  je  possède  des  docu- 
nients  mensuels,  nous  présentent  :  pour  Berlin,  la  prédominance  des  décès  dô 
janvier  et  de  l'hiver,  et  la  plus  faible  mortalité  pour  juillet  et  pour  l'été,  ce  qui 
rentre  dans  la  loi  générale  du  royaimie.  Quant  à  Dantzig,  le  maximum  tombe 
sur  avril  et  le  printemps^  et  le  minimum  sur  août  et  l'été. 

En  dehors  de  la  Prusse,  nous  voyons  que  dans  le  Mechlembourg  la  mortalité  hi- 
vernale prédomine,  le  tnois  de  février  étant  le  plus  chargé  en  décès,  tandis  que 
l'cté  et  juillet  occupent  le  dernier  rang  dans  l'ordre  de  la  mortalité. 

I^es  villes  de  Hambourg  et  de  Brème  ont  une  répartition  à  peu  près  identique  ; 
seulement  le  printemps  l'emporte  sur  l'hiver  dans  cette  dernière  ville,  et  quant 
à  la  première,  ces  deux  saisons  sont  à  peu  près  identiques  (27,H  et  27,13 
pour  ieO). 

La  ville  de  Francfort  a  une  mortalité  printanièrc,  et  cette  répartition  se  re- 
trouve, avec  quelques  £eiibles  variations,  à  environ  cent  ai^s  de  distance,  de  1 760 


6kU     COKGUtS  MÉDICAL  INTEBNATlOiNAL.   —  SIXIÈME  SÊAMCE  DE  JOUR. 

à  1769^  et  1857  à  1860.  Dans  la  première  période,  c'est  aviîl  qui  est  le  plus 
charge  en  dt^ccs,  et  dans  la  seconde,  avril  et  février  ne  diffèrent  que  de  2/12000'*. 
L'automne  est,  dans  les  deux  périodes^  la  saison  la  plus  salubre  ;  les  mois  mi- 
nima  sont  ceux  d'octobre  dans  le  siècle  précédent,  et  décembre  dans  le  présent 
siècle. 

La  ville  de  Hanau  se  présente  comme  sa  voisine  ;  le  maximum  des  décès  tom- 
bant également  sur  le  printemps  et  le  minimum  sur  l'automne,  fémcr  et  no- 
vembre étant  les  mois  extrêmes. 

Le  royaume  de  Saxe  est  un  exemple  de  la  mortalité  printanicre  pendant  la 
période  quinquennale  de  1832  à  1836,  l'hiver  venant  au  second  rang,  l'au- 
tomne au  troisième  et  l'été  au  quatrième  ;  les  mois  extrêmes  sont  avril  et 
juillet. 

Pendant  la  période  triennale  de  18i!i7  à  18^9,  les  saisons  extrêmes  sont  l'hiTer 
et  l'été  ;  mais  il  faut  ajouter  que  dans  cette  dernière  période  l'hiver  ne  diflêrc 
du  printemps  que  de  3/1000^'  (26,6  au  lieu  de  26,3),  en  sorte  que  nous  avons 
préféré  prendre  pour  base  de  notre  appréciation  la  plus  longue  période  et  celle 
dont  le  choléra  n'a  pas  modifié  les  résultats. 

La  ville  de  Dresde  nous  donne  à  peu  près  les  mêmes  répartitions,  c'est-à-dire 
une  mortalité  printanière  et  une  salubrité  automnale,  les  mois  extrêmes  étant 
avril  et  octobre. 

Les  résultats  relatifs  à  la  Biiviére  sont  établis  sur  quatoi-zc  ans,  et  ils  nous 
donnent  une  modalité  printanière  et  une  salubrité  automnale,  les  mois  extrêmes 
étant  mars  et  octobre. 

Si  l'on  étudie  séparément  les  huit  provinces  qui  composent  le  i^yaumc  de 
Bavière,  le  printemps  est,  sept  fois  sur  huit,  l'époque  de  la  plus  forte  mortalité, 
et  se  trouve  remplacé  pai*  l'hiver  pour  la  haute  Franconie,  mais  avec  une  dif- 
férence si  minime,  que  cette  exception  n'en  est  réellement  pas  une.  L'été  rem- 
place l'automne  quatre  fois  sur  huit  comme  l'époque  de  la  plus  grande  salubrité. 
Les  mois  extrêmes  se  présentent  également  avec  une  ti*ès-grande  uniformitc, 
mara  sept  fois  sur  huit,  et  août  remplaçant  quelquefois  juillet. 

Pour  Mmiich,  les  saisons  extrêmes  sont  les  mêmes  que  pour  l'ensemble  du 
royaume,  le  printemps  et  l'été,  mais  le  mois  de  mai  remplace  celui  de  niar$ 
comme  le  plus  meurtrier,  et  octobre  remplace  juillet  comme  le  plus  salubre. 

A  Bjotisboïvie^  le  printemps  est  aussi  l'époque  la  plus  meuriricre;  vient  ensuite 
l'été  ;  mais  l'hiver  et  l'automne  sont  à  peu  près  sur  le  même  rang  de  salubrité, 
grâce  à  la  faible  mortalité  du  mois  de  décembre,  qui  occupe  le  dernier  rang 
à  cet  égard,  le  premier  étant  occupé  par  avril,  qui  est  le  plus  meurtrier  de 
Tannée. 

L'empire  d*AutncIie  ne  peut  être  étudié  dans  son  ensemble,  vu  la  grande  Ta- 
riété  de  climats  et  l'immense  étendue  de  tenîtoires  qu'il  réunit  ;  aussi  passe- 
rons-nous en  revue  chacune  des  provinces,  en  passant  de  l'ouest  à  l'est  et  du 
nord  au  sud. 

Les  provinces  du  Tyi'ol  et  du  Vorarlberg  nous  montrent  une  prédominance  de 
la  mortalité  en  janvier  et  en  hiver,  les  deux  saisons  de  l'hiver  et  du  printcini>s 
étant  beaucoup  plus  nieuririères  que  celles  de  l'été  et  surtout  de  rautonme,  qui 
est  l'époque  du  minimum  des  décès,  octobre  étant  le  mois  le  plus  salubre. 

Pour  la  province  de  Sahbourg,  c'est  mars  et  le  printemps  qui  sont  l'époque 
la  plus  insalubre,  l'automne  et  le  mois  d'octobre  étant  au  contraire  la  saison  et 
le  mois  les  moins  meurtriei*s. 


LOMBARD.  —  DES  LOIS  DE  LA  MORTALITÉ  EN  EUROPE.  665 

VareMducké  d'Auifkhe  nous  montre  exactement  la  même  répartition  que  It 
province  de  Salzbourg,  le  maximum  des  décès  tombant  sur  mai's  et  le  printemps, 
le  minimum  sur  octobre  et  l'automne. 

11  en  est  de  même  de  la  Styrie,  qui  présente  une  ressemblance  complète  avec 
les  deux  précédentes,  les  maxima  et  les  minima  se  montrant  aux  mêmes  époques. 

En  Carinihie^  on  observe  une  très-faible  prédominance  des  décès  hivernaux 
sur  ceux  du  printemps  (29,90  au  lieu  de  29,0^),  le  maximum  tombant  toujours 
sur  le  mois  de  mars;  mais  le  minimum  se  trouve  ti*an8porté  de  l'automne  sur 
Tcté,  et  d'octobre  sur  juillet. 

En  Bohême^  c'est  toujours  mars  et  le  printemps  qui  occupent  le  premier  rang 
quant  aux  décès;  octobre  et  l'automne  étant  au  dernier  rang  de  la  mortalité. 

La  Silésie  nous  donne  à  peu  près  la  même  répartition,  c'est-à-dire  mars  et  le 
printemps  au  premier  rang,  juin  et  l'été  étant  l'époque  du  minimum  ;  mais  les 
différences  entre  juin  et  octobre  n'étant  que  de  2/12000*',  et  celles  de  l'au- 
toaine  à  l'été  de  58/1000^'  ^22,78  au  lieu  de  22,20).  En  sorte  que  l'on  peut  con- 
sidérer ces  divergences  comme  de  peu  d'importance. 

En  Moravie,  mars  et  le  printemps  prédominent  quant  à  la  mortalité,  juillet  et 
l'été  constituant  le  mois  et  la  saison  la  plus  salubre. 

Dans  la  province  de  Cracoiie,  le  maximum  des  décès  correspond  au  mois  d'a- 
vril et  à  l'hiver,  le  minimum  tombant  sur  le  mois  de  juin  et  sur  l'été. 

I^  Hongrie  aurait  dû  être  étudiée  dans  ses  diverses  provinces,  vu  sa  grande 
superficie;  mais,  en  prenant  l'ensemble  de  ce  royaume,  nous  avons  une  moiia- 
lité  hivernale  dont  le  maximum  tombe  sur  février,  et  une  salubrité  estivale  dont 
le  minimum  tombe  sur  le  mois  de  juin. 

En  Transylvame,  c'est  mars  et  l'hiver  qui  sont  l'époque  la  plus  meurtrière  ; 
juillet  et  l'été  sont  au  contraire  le  mois  et  la  saison  les  plus  salubres. 

Pour  la  Bukovine,  c'est  février  et  l'hiver  qui  occupent  le  premier  rang  de  la 
mortalité,  juillet  et  l'été  se  trouvant  au  dernier  rang. 

Quant  aux  frontières  militaires,  mars  et  l'hiver  sont  l'époque  du. maximum, 
juin  et  l'été  l'époque  du  minimum  des  décès. 

La  Servie  et  le  banat  de  Temeswar  nous  donnent  une  prédominance  de  mai^ 
et  de  l'hiver,  tandis  que  la  plus  faible  mortalité  s'observe  en  juillet  et  en  été. 
Mais  l'automne  se  rapproche  beaucoup  de  l'hiver  quant  au  nombre  des  décès, 
qui  diffèrent  à  peine  de  quelques,  millièmes  (27  pour  100,  au  lieu  de  27,38)  ;  ce 
qui  tient  sans  doute  à  la  fréquence  des  fièvi*es  intermittentes  dans  cette  région 
paludéenne  et  riveraine  du  Danube. 

La  Croatie  et  YEsclavonie  nous  présentent  la  prédominance  de  la  mortalité 
printanière  et  hivernale  sur  celle  de  l'automne  et  surtout  de  l'été,  qui  occupe 
le  dernier  rang  quant  au  nombre  des  décès;  les  mois  extrêmes  sont  mars 
et  juin. 

VIstrie  nous  donne  une  prédominance  de  la  mortalité  automnale,  mais  avec 
de  faibles  différences  entre  les  quatre  saisons,  l'été  comptant  les  22,81  des 
décès,  le  printemps  les  2&,38,  l'hiver  les  25,89  et  l'automne  les  26,92,  les  mois 
extrêmes  étant  août  comme  maximum  et  juin  comme  minimum. 

En  Carniole,  c'est  l'hiver  qui  est  l'époque  la  plus  chargée,  et  l'automne  la 
moins  chargée  en  décès,  les  mois  extrêmes  étant,  comme  poiur  l'Istrie,  août  et 
juin. 

La  Dalmatie  se  rapproche  beaucoup  des  deux  provinces  voisines  par  la  forte 
mortalité  hivernale  et  surtout  automnale,  et  la  faible  mortalité  estivale  et  sur^ 


6/i6     CONGRÈS  MÉDICAL  INTERNATIONAU  —  SIXIÈME  SÉANCE  DE  JOUR, 

tout  printanière.  Les  mois  extrêmes  étant  novembre  pour  maximum  et  juin  pour 
minimum. 

En  résumé,  si  Ton  excepte  les  provinces  de  la  rive  dalmate  de  l'Adriatique  et 
celles  du  Banat  de  Temeswar,  où  la  mortalité  est  estivale  ou  automnale,  on  ?oit 
que  dans  toute  cette  vaste  étendue  du  sol  européen  occupée  par  l'empire  d'Au* 
triche,  Thiver  et  le  printemps  sont  l'époque  la  plus  meurtrière,  tandis  que  l'au- 
tomne et  l'été  sont  presque  paiiout  les  saisons  les  plus  salubres* 

Si  nous  étudions  cinq  des  principales  villes  de  l'Autriche,  Pra^e,  Inspruck, 
Vienne,  Pesth  et  Trieste,  nous  trouvons,  sauf  dans  la  capitale  de  la  Hongrie,  que 
la  mortalité  est  toujours  hivernale  ou  printanière,  l'autonme  étant  toujoun  la 
saison  la  plus  salubre.  L'hiver  est  l'époque  du  maximum  des  décès  à  Trieste,  et 
le  printemps  à  Prague,  à  Inspruck  et  à  Vienne,  tandis  qu'à  Pesth  l'été  et  le 
printemps  sont  les  saisons  les  plus  chargées  en  décès.  Les  mois  extrêmes  sont 
avril  et  mai  à  Prague,  Inspruck  et  Vienne;  juin  à  Pesth,  et  janvier  à  Trieste,  pour 
la  plus  forte  mortalité;  et,  pour  le  plus  petit  nombre  des  décès,  novembre  à 
Prague  et  à  Inspruck,  décembre  à  Vienne,  octobre  à  Pesth,  juin  à  Trieste, 

Si  nous  revenons  vers  l'Europe  centrale,  nous  aurons  à  signaler  la  réparlitioa 
de  la  mortalité  en  Suisse,  en  Savoie  et  en  France. 

Les  documents  statistiques  relatifs  à  la  Suisse  ne  sont  pas  encore  très^nom- 
breux.  Pour  les  cantons  de  Thurgovie,  Bâle,  Appenzell  et  Zurich,  le  printemps 
est  l'époque  la  plus  meuilrière,  tandis  que  pour  les  cantons  d'Argovie,  de  Zurich, 
de  Neuchâtel,  de  Vaud  et  de  Genève,  c'est  l'hiver  qui  est  Tépoque  du  maximum 
des  décès.  Mais,  dans  ces  divers  cantons,  la  différence  entre  l'hiver  et  le  prin- 
temps est  peu  considérable.  Mars  est  presque  toiyours  le  mois  le  plus  chargé  en 
décès.  L'automne  est  presque  constamment  l'époque  de  la  plus  Caible  mortalité, 
qui  correspond  le  plus  souvent  au  mois  d'octobre  et  quelquefois  au  mois  d'août  ou 
de  septembre. 

Les  documents  statistiques  relatifs  à  la  Savoie  se  trouvent  très-compleii  dans 
les  publications  de  l'ancien  royaume  de  Sardaigne.  On  y  voit,  pour  une  période 
décennale,  que  le  maximum  tombe  sur  le  mois  de  février  et  sur  l'hiver,  le  prio* 
temps  se  rapprochant  beaucoup  de  l'hiver  quant  à  la  mortalité.  Le  minimum 
tombe  sur  juillet  et  sur  l'été,  l'automne  différant  fori  peu  de  l'été.  En  résumé, 
six  mois  chargés  en  décès,  compris  entre  décembre  et  mai  ;  et  six  mois  salubreSt 
compris  entre  juin  et  novembre. 

Quant  aux  différentes  provinces  savoisiennes,  pous  trouvons  pour  la  Tarentaite 
que  le  maximum  tombe  sur  mars,  et  le  printemps  ;  et  le  minimum  sur  août  e| 
l'été. 

Pour  la  Maurienne,  c'est  février  et  l'hiver  qui  occupent  le  premiw  rang, 
juillet  et  l'été  le  dernier. 

La  Savoie  propre  a  son  maximum  de  mortalité  en  février  et  pendant  l'hiver,  al 
son  minimum  en  octobre  et  en  automne. 

Si  nous  réunissons  huit  villes  de  Savoie  (1),  nous  trouvons  que  la  mortalité  de 
dix  ans  est  surtout  hivernale,  le  maximum  tombant  sur  février,  tandis  que  le  roi* 
nimum  des  décès  con-espond  à  mai  et  à  l'été.  Mais  soit  dans  les  villes,  soit  dans 
l'ensemble  du  pays,  les  différences  entre  les  saisons  extrêmes  sont  peu  coDsidé- 
râbles. 

(i)  Chambéry,  Albertville,  ThoooD,  Bonneville,  Annecy,  Rumilly,  Saint-Jean  de  Ifaarieaae 
etM«Ytftert, 


LOHBÀID.  «-  DBS  LOIS  DE  LA  MORTALITÉ  EN  EUROPE.  6&7 

J'ai  eu  beaucoup  de  difficultés  à  surmonter  pour  connaître  la  répartition  men- 
suelle de  la  mortalité  dans  l'empire  français^  non  pas  pour  ce  qui  tient  à  Teur 
semble  du  pays,  puisque  nous  avons  trouvé  dans  la  statistique  officielle  le  résumé 
de  deux  périodes  comprises  entrel831  et  1840, 1855  et  1861,  où  Ton  voit  que  le 
mois  de  mars  est  le  plus  chargé  en  décès  et  le  mois  de  novembre  le  plus  salubre, 
le  printemps  étant  l'époque-  de  la  plus  forte,  et  Tété  de  la  plus  faible  mortalité. 
Mais,  à  côté  de  ces  résultats  généraux  déduits  de  l'ensemble  du  pays,  lorsque  j'ai 
voulu  étudier  les  diverses  régions  de  l'empire,  je  me  suis  trouvé  en  présence  de 
grandes  difficultés,  qui  résultent  de  l'absence  de  documents  complets  et  détailles. 
11  existe,  il  est  vrai,  deux  publications  du  Ministère  du  commerce,  où  la  mortalité 
mensuelld  est  donnée  pour  les  villes  qui  dépassent  10  000  habitants,  et  non  pas 
pour  l'ensemble  des  départements. 

En  outre,  des  deux  années  1853  et  1854,  les  seules  qui  aient  été  publiées,  la 
demià^e  a  été  marquée  par  une  forte  épidémie  de  choléra,  en  sorte  que  les  résul- 
tats mortuaires  de  cette  année  ne  peuvent  être  regardés  comme  l'expression  nor- 
male des  faits.  Aussi  ai-je  dû  suppléer  à  l'insuffisance  des  documents  officiels  par 
les  lumières  que  m'ont  fournies  les  topographies  médicales  publiées  sur  diverses 
villes  françaises.  Mais  la  source  la  plus  abondante  d'informations  m'a  été  procurée 
par  la  complaisance  de  correspondants  officiels  ou  .particuliers  qui  ont  bien  voulu 
répondre  aux  questions  que  je  leur  adressais  suivant  un  formulaire  uniforme. 
C'est  ainsi  que  j'ai  pu  combler,  en  partie  du  moins,  les  lacunes  des  documents 
officiels. 

Il  résulte  de  l'ensemble  de  mes  recherches  que  l'on  peut  désormais  étudier  la 
répartition  mensuelle  de  la  mortalité  en  France  dans  trois  régions  différentes  :  le 
littoral  de  l'Océan,  celui  de  la  Méditerranée  et  l'intérieur  du  pays. 

Si  l'on  parcourt  le  littoral  de  l'Océan  depuis  le  Pas-de-Calais  jusqu'aux  Basses- 
Pyrénées,  on  voit  que,  sauf  en  quelques  points  exceptionnels,  la  mortalité  est 
toujours  printanière  ou  hivernale.  Les  exceptions  sont  peu  nombreuses  et  se  ren- 
contrent près  de  l'embouchure  de  la  Somme,  où  l'on  observe  la  mortalité  au- 
tomnale dans  quelques  localités.  A  l'embouchure  de  la  Seine,  on  ne  trouve  pas 
de  répartition  automnale,  mais  seulement  une  légère  prédominance  estivale  dans 
les  décès  de  la  ville  du  Havre.  L'embouchure  de  la  Loire  n'offre  aucune  localité 
exceptionnelle,  quant  à  la  répartition  de  la  mortalité,  qui  est  printanière  à  Nantes 
et  à  Paimbœuf. 

U  n'en  est  pas  de  même  de  la  Charente,  dont  l'embouchure  est  camctérisée  par 
une  mortalité  automnale  sur  une  grande  étendue  de  terrain  qui  s'étend  jusqu'à 
Royan,  sur  la  rive  droite  de  la  Gironde  et  même  aux  îles  voisines  de  Ré  et  d'Ole- 
ron,  remontant  assez  loin  dans  les  terres. 

L'espace  compris  entre  la  Gironde  et  l'Adour  est  probablement  aussi  carac- 
térisé par  une  mortalité  autonmale,  mais  des  renseignements  statistiques  précis 
manquent  encore  pour  décider  cette  question.  En  résumé  :  sur  tout  le  littoral 
français  de  l'Océan,  la  mortalité  automnale  est  une  faible  exception,  compai*ée  à 
la  mortalité  hivernale  ou  prmtanière. 

Il  n'en  est  pas  de  même  du  littoral  méditerranéen.  En  effet,  si  l'on  part  de 
Béliers,  parcourant  toutes  les  côtes  jusqu'aux  fh)ntières  du  royaume  d'Italie,  on 
trouve  partout  une  mortalité  estivale  ou  plus  rarement  automnale,  et  cette  répar- 
tition ne  se  borne  pas  au  littoral,  comme  nous  l'avons  vu  pour  l'Océan,  mais  elle 
remonte  dans  les  terres,  suivant  le  cours  du  Rhône,  de  la  Durance  et  du  Yar, 
pénétrant  même  jusqu'à  Lyon  d'un  côté  et  jusqu'à  Briançon  de  l'autre.  Ainsi 


648     CONGRÈS  MÉDICAL  INTERNATIONAL.   —  SIXIËMB  SÊANGB  DE  JOUE. 

donc  r influence  du  climat  méditerranéen  se  manifeste  pai*  une  pi'édominanee  de 
mortalité  estivale  et  une  salubrité  comparative  du  printemps;  les  mois  extrêmes 
étant  presque  toujours  :  juillet^  août  ou  septembre^  qui  sont  les  plus  meurtriers, 
janvier,  avril  ou  mai  étant  presque  toujoui*s  les  plus  salubres. 

Quant  à  l'intérieur  de  la  France^  nous  avons  presque  partout  la  mortalité 
printanicre  et  la  salubrité  automnale^  comme  on  Tobserve  à  Paris^  où  les  mois 
extrêmes  sont  mars  et  novembre. 

Dans  le  nord^  c'est  presque  toujours  le  printemps  et  les  mois  de  mars  ou 
d'avril  qui  comptent  le  plus  gi*and  nombre  de  décès^  et  les  mois  de  juillet»  de 
septembre  ou  d'octobre  qui  sont  les  moins  meurtriers. 

Dans  l'est,  l'ouest  ou  le  centre  de  l'empire  français,  le  mois  de  mars  et  le 
printemps  sont  toujours  au  premier  rang,  tandis  que  juillet,  août,  et  par  consé- 
quent l'été,  sont  les  plus  salubres. 

Au  nord-ouest,  l'automne  remplace  l'été  comme  époque  de  la  plus  grande 
salubrité. 

Nous  aurions  h  parler  ici  des  localités  marécageuses  de  la  Bresse  et  de  la 
Sologne,  mais  les  documents  que  j'ai  réunis  ne  sont  pas  encore  assez  nombreux 
pour  donner  une  solution  définitive  à  la  question  qui  nous  occupe  maintenant, 
c'est-à-dire  la  répartition  de  la  mortalité  dans  les  différentes  saisons. 

Il  n'en  est  heureusement  pas  de  même  de  ceux  qui  ont  été  publiés  par  l'an- 
cien gouvernement  de  Sardaigne,  et  qui  comprennent  une  période  décennale. 
C'est  là  que  nous  puiserons  de  précieuses  informations  sur  la  répartition  de  la 
mortalité  entre  les  différentes  saisons. 

Et  d'abord,  en  ce  qui  rcgai*de  l'ancien  comté  de  Nice,  maintenant  réuni  à 
l'empire  français,  nous  voyons  que  la  plus  forte  mortalité  s'observe  en  été  et 
pendant  le  mois  d'août,  et  la  plus  faible  au  printemps  et  pendant  les  mois  de 
mars  et  d'avril. 

Si  nous  suivons  la  côte  depuis  Nice  jusqu'à  Gènes,  nous  trouvons  que  dans  les 
provinces  d'Alberga  et  de  Savone  ce  n'est  plus  l'été,  mais  l'automne  et  surtout 
le  mois  de  septembre  qui  sont  l'époque  de  la  plus  forte  mortalité,  le  minimuiu 
s'observant  au  printemps  dans  la  province  d'Albenga,  et  en  été  dans  celle  de 
Savone. 

La  province  et  la  ville  de  Gènes  nous  donnent  également  une  prédominance 
de  mortalité  automnale,  tandis  que  les  mois  d'août  et  de  septembre  sont  les  plus 
chargés  en  décès,  le  minimum  s'observant  au  printemps  et  pendant  le  mois  de 
mai. 

En  suivant  la  cûte  par  Chiavari,  nous  voyons  la  plus  forte  mortalité  être  tou- 
jours automnale  et  tomber  sur  les  mois  d'août  et  de  septembre,  la  plus  faible  s'ob- 
servant pendant  le  printemps  et  correspondant  au  mois  de  juin. 

La  Spezia  et  Sarzane  ont  une  mortalité  estivale  et  une  salubrité  printanière,  les 
mois  extrêmes  étant  mai  et  août. 

Si  nous  traversons  les  Apennins  et  que  nous  gagnions  le  Piémont,  nous  trou- 
vons une  répartition  toute  différente  de  la  mortalité. 

Les  provinces  montueuses  de  Susc  et  d'Aoste  sont  situées  sur  le  versant  méri- 
dional des  Alpes  ou  dans  de  profondes  vallées  qui  s'étendent  jusqu'aux  cimes  nei- 
geuses du  mont  Cenis  et  des  deux  Saint-Bernard.  Aussi  trouvons-nous  que  la  plus 
forte  mortalité  a  lieu  pendant  l'hiver  dans  ces  deux  provinces,  et  la  plus  faible 
en  été  dans  la  vallée  d'Aoste,  et  en  automne  dans  la  province  de  Suse,  les  mois 


LOUBARD.  —  DES  LOIS  DE  LA  MORTALITÉ  EN  EUROPE.      6&9 

extrêmes  étant  janvier  et  féTrier  pour  le  plus  grand  nombre  des  décès^  juin  et 
juiUet  étant  les  plus  salubres. 

Les  provinces  centrales  du  Piémont^  de  Pignerole^  d'Asti^  de  Turin,  de  Novare 
et  d'Alexandrie  se  présentent  toujours  avec  une  mortalité  hivernale.  C'est  aussi 
le  résultat  de  l'ensemble  du  Piémont^  où  l'hiver  est  la  saison  la  plus  meuririère 
et  l'été  la  plus  salubre,  les  mois  extrêmes  étant  janvier  et  mai. 

Hais  il  n'y  a  plus  la  même  uniformité  pour  les  provinces  isolées;  les  unes, 
comme  celles  de  Turin^  de  Pignerole,  d'Asti  et  d'Alexandrie^  sont  caractérisées 
par  la  plus  gi'ande  salubrité  de  l'automne^  tandis  qu'une  seule,  celle  de  Novare, 
compte  l'été  comme  la  saison  la  moins  meurtrière.  Les  mois  extrêmes  sont  ou 
janvier  ou  février,  quant  à  la  plus  forte  mortalité  ;  juin,  juillet  ou  quelquefois 
octobre,  quant  au  petit  nombre  de  décès. 

En  résumé,  nous  voyons  la  mortalité  hivernale  et  printanière  l'emporter 
presque  partout  en  Piémont  sur  celle  de  l'été  et  de  l'automne,  du  moins  pour  le 
versant  méridional  des  Alpes,  dans  les  plaines  et  pour  le  versant  septentrional  des 
Apennins;  tandis  qu'au  bord  de  la  Méditerranée  et  pour  le  versant  méridional  des 
Apennins,  la  forte  mortalité  est  estivale  ou  automnale,  ainsi  que  nous  l'avons  vu 
en  France  sur  tout  le  littoral  de  la  MéditeiTanée,  et  que  nous  lé  verrons  dans  le 
reste  de  l'Italie  sm*  le  versant  occidental  des  Apennins. 

Ce  contraste  est  surtout  frappant  pour  les  deux  provinces  voisines  de  Gênes  et 
d'Alexandrie  :  l'une  regardant  le  midi  et  l'autre  tournée  vers  le  nord.  A  Gênes, 
la  mortalité  est  surtout  estivale  et  automnale  ;  aussi  les  quatre  mois  chauds  et 
froids  sont-ils  dans  la  proportion  de  39,15  à  32,85  centièmes.  Tandis  que,  pour 
Alexandiie,  le  froid  occasionne  la  plus  forte  mortalité,  puisque  les  quatre  mois 
froids  comptent  les  &2  centièmes  des  décès  et  les  quatre  mois  chauds  seulement 
les  27  centièmes.  L'hiver  est  par  conséquent  plus  meurtrier  que  le  printemps  ou 
l'automne  dans  la  proportion  de  36  à  20  centièmes. 

La  Lombardie  et  la  Vénétie  ont  une  mortalité  prédominante  pendant  l'hiver, 
surtout  pendant  le  mois  de  février,  tandis  que  l'été  et  le  mois  de  juin  sont 
l'époque  de  la  plus  faible  mortalité.  Au  reste,  les  différences  de  saison  à  saison 
sont  peu  considérables  dans  ces  deux  provinces. 

Si  de  Venise  nous  suivons  la  rive  orientale  de  l'Adriatique,  toutes  les  provinces 
situées  à  l'est  des  Apennins  présentent  une  mortalité  hivernale  avec  prédomi- 
nance de  janvier  comme  le  plus  meurtrier  et  une  salubrité  plus  prononcée  en 
automne  et  en  été.  C'est  le  cas  de  Ferrare,  Ravenne,  Tivoli,  Urbino  et  Pesaro  et 
Ancône  ;  le  mois  de  juin  étant  presque  toujours  l'époque  de  la  plus  faible  mor- 
talité. 

Les  Abruzzes  sont  caractérisées  par  une  léthalité  plus  prononcée  en  automne 
ou  en  été.  Les  mois  d'août  et  de  septembre  étant  les  plus  chargés  en  décès, 
tandis  que  le  printemps  et  le  mois  de  juin  sont  à  l'autre  extrême,  c'est-à-dire 
l'époque  la  plus  salubre  de  l'année. 

Au  delà  des  Abruzzes,  dans  les  provinces  d'Otrante  et  de  la  Terre  de  Bari,  la 
mortalité  est  surtout  hivernale,  tandis  que  dans  celles  de  Molise  et  de  la  Capita- 
nate  elle  est  estivale.  L'époque  la  moins  chargée  en  décès  étant  le  printemps  et 
le  mois  de  mai  ou  de  juin. 

Ainsi  donc,  depuis  Venise  jusqu'à  l'extrémité  de  la  terre  d'Otrante,  c'est-à-dire 
sur  le  versant  oriental  des  Apennins,  la  moilalité  est  surtout  hivernale,  et  dans 
quelques  cas  exceptionnels,  estivale  ou  automnale  ;  tandis  que  l'été  et  l'au- 
tomne sont  les  saisons  les  plus  favorables  sur  la  majeure  partie  du  littoi*al  depuis 


650     CONGRÈS  M&DIGAL  INTERNATIONAL.    --  SIXIÈME  SÉAMB  M  JOUR. 

Venise  jusqu'à  Molise;   le  printemps  étant  plus  fa^rorable  aux  habitiiits  de 
rextrémlté  méridionale  du  littoral  de  l'Adriatique. 

Si  nous  reprenons  le  littoral  de  la  Méditerranée  là  oii  nous  l'aYons  laine,  c'est- 
à-dire  au  golfe  de  la  Spezia,  nous  trouvons  encore  à  Mawa  et  Canrtre  ane  morta- 
lité hivernale.  Pour  Livourne  et  Pise,  l'été  est  la  saison  la  plus  meartrière,  tan- 
dis que  pour  la  province  marécageuse  de  Grossetto,  qui  comprend  la  majeure 
partie  des  marcmmcs  de  la  Toscane,  c'est  sur  l'automne  que  tombe  la  plus  forte 
mortalité,  mais  l'été  s'en  rapproche  beaucoup  et  peut  être  considéré  comme 
étant  presque  aussi  meurtrier  que  l'autonme. 

La  province  voisine  de  Florence  est  aussi  caractérisée  par  une  mortalité  esti- 
vale, le  mois  de  juin  étant  le  moins  salubre  dans  toutes  ces  régions. 

Quant  aux  provinces  centrales  de  Modène,  Lucques,  Bok>giie  et  Sienne,  U 
mortalité  y  est  surtout  hivernale  ;  le  mois  de  janvier  est  l'époque  la  plus  meur- 
trière, tandis  que  les  mois  de  mai  et  de  juin,  le  printemps  et  l'été  sont  les  sai- 
sons lep  plus  favorables. 

Au  midi  de  la  Toscane  nous  trouvons  les  États  pontificaux,  sur  lesquels  je  ne 
possède  d'autre  document  que  ce  qui  concerne  la  ville  de  Rome,  où  la  plus  forte 
mortalité  a  lieu  en  hiver  et  la  plus  faible  en  été  ;  les  mois  extrêmes  étant  jan- 
vier et  mai. 

La  province  de  Naples  est,  conmae  Home,  caractéiisée  par  une  mortalité  hiver- 
nale dont  le  mois  de  janvier  est  l'époque  la  plus  chargée  en  décès,  tandis  que 
novembre  et  l'automne  sont  les  plus  salubres. 

Il  n'en  est  pas  de  même|de  la  Principauté  Gitérieure  et  des  deux  Calabres,  où 
l'automne  est  la  saison  la  plus  meurtrière  et  septembre  le  mois  le  plus  chargé 
en  décès;  le  printemps  et  le  mois  de  juin  étant  à  l'autre  extrême  et  consti- 
tuant l'époque  la  plus  salubre. 

Quant  aux  îles  qui  sont  dans  le  voisinage  de  l'Italie,  nous  trouvons  dans  U 
Gorse  et  la  Sardaigne  deux  régions  éminemment  favorables  à  la  nudaiia  ;  aussi 
la  mortalité  y  est-elle  plus  souvent  automnale  et  quelquefcMs  estivale,  les  plus 
mauvais  mois  étant  août  et  septembre.  Tandis  que  le  printemps,  et  dans 
quelques  régions  exceptionnelles  l'été,  est  l'époque  la  plus  favorable  ;  le 
mois  de  janvier  en  Gorse,  et  de  juin  en.  Sardaigne,  sont  les  moins  chargés 
en  décès. 

La  Sicile  est  caractérisée  par  une  mortalité  estivale  où  le  mois  d'août  occupe 
le  premier  rang,  le  printemps  et  le  mois  de  mai  étant  au  contraire  l'époque  la 
plus  salubre  de  l'année.  Il  est  vrai  que  la  ville  de  Palerme  fait  exception  au  reste 
de  la  Sicile  et  même  à  la  province  qui  l'entoure,  car  la  mortalité  y  est  hivernale, 
le  maximum  tombant  sur  février  ;  tandis  que  le  printemps  et  le  mois  de  mai 
sont  les  plus  salubres,  comme  dans  le  reste  de  la  Sicile. 

Si  nous  gagnons  la  péninsule  Ibérique,  nous  n'aurons  que  fort  peu  de  doco- 
mcnts  pour  établir  des  conséquences  définitives.  En  efi'et,  en  ce  qui  regarde 
l'Espagne,  la  première  publication  ofQcielle  a  pour  objet  l'année  1865,  qui  a  été 
une  époque  de  choléra.  Et  encore  ce  document  ne  comprend  que  la  répartitioo 
mensuelle  des  décès  dans  les  principales  villes. 

Or,  en  retranchant  les  faits  relatifs  aux  localités  atteintes  par  l'épidémie  cho- 
lérique, nous  anivons  à  reconnaître  que  sur  le  littoral  de  l'Océan  la  répartition 
des  décès  suit  à  peu  près  la  même  marche  que  sur  les  côtes  françaises,  c'est- 
à-dire  que  la  plus  forte  mortalité  est  hivernale  ou  printanière. 

Le  centre  de  l'Espagne  se  rapproche  de  ce  qu'on  observe  sur  les  bords  de 


LOMBABD.   —  DES  LOIS  DE  LA  MORTALITE  EN  EUBOPE.  651 

l'Océan,  tandis  que  sur  le  littoral  de  la  Méditerranée  la  plus  forte  mortalité  est 
surtout  estivale. 

Quant  au  Portugal,  la  ville  de  Lisbonne  est  la  seule  sur  laquelle  je  possède  des 
documents  qui  nous  montrent  une  mortalité  hivernale,  comme  sur  tout  le  litto- 
ral océanique.  Il  en  est  du  reste  de  même  de  la^ville  de  Cadix,  qui  présente  les 
mêmes  caractères  topographiques  et  mortuaires,  la  mortalité  étant  hivernale, 
comme  sur  la  presque  totalité  des  rivages  atlantiques. 

Quant  à  la  Russie,  je  n'ai  pu  jusqu'à  présent  me  procurer  que  des  documents 
insuffisants  pour  en  déduire  quelque  conséquence  rigoureuse  ;  les  seuls  que  j'ai 
pu  transcrire  sur  mes  cartes  concernent  les  villes  de  Saint-Pétersbourg,  Dorpat 
et  Samara. 

Enfin,  à  l'extrême  orient  de  notre  Europe  se  trouve  Gonstantinople,  sur 
laquelle  j'ai  trouvé  des  documents  moriuaires  assez  complets.  Il  en  résulte  que 
sur  les  rives  du  Bosphore  la  mortalité  est  surtout  hivernale,  et  la  salubrité  au- 
tomnale, les  mois  extrêmes  étant  mars  et  octobre. 


œNCLUSION. 

Remontons  maintenant  du  fait  à  la  cause,  et  recherchons  à  quelles  influences 
sont  dues  les  modifications  que  nous  venons  d'observer  dans  la  répartition  de  la 
mortalité.  Il  me  semble  qu'on  peut  les  considérer  à  trois  points  de  vue  différents: 
1**  l'influence  ethnique  ;  2*^  l'influence  purement  atmosphérique  ;  3®  l'influence 
teilurique. 

I.  —  Influence  ethnique. 

Les  travaux  de  notre  regretté  confrère  M.  Boudin,  ceux  plus  récents  de  M.  le 
professeur  Broca,  ont  servi  à  démontrer  que  les  mœurs  et  la  race  influent  sur  la 
répailition  de  la  mortalité.  Rappelons  en  quelques  exemples,  et  signalons  la 
manière  difljérente  dont  les  Européens  et  les  hommes  de  couleur  résistent  aux 
influences  palustres,  ou  encore  la  plus  grande  mortalité  des  nègres  dans  la  saison 
froide  et  des  Européens  pendant  la  saison  chaude  sous  l'influence  d'un  même 
climat,  comme  c'est  le  cas  pour  la  Havane*  d'après  les  travaux  de  Ramon  de  la 
Sagra. 

Les  habitants  de  l'Algérie  se  comportent  également  d'une  manière  toute  diffé- 
rente sous  l'influence  du  froid  et  de  la  chaleiu*,  suivant  qu'ils  sont  Européens  ou 
aborigènes. 

L'influence  ethnique  se  montre  aussi  dans  une  plus  grande  mortalité  des 
enfants  pendant  la  saison  rigoureuse,  suivant  qu'ils  sont  préservés  du  contact  de 
l'air  ou  exposés  au  froid. 

Enfin  une  autre  circonstance  ethnique,  l'habitation,  joue  le  même  rôle  en 
transposant  l'époque  de  la  mortalité.  Les  habitants  des  villes  meurent  en  plus 
grand  nombre  que  ceux  des  campagnes  pendant  la  saison  chaude,  et  l'inverse 
s'observant  pendant  la  saison  froide,  qui  est  plus  meurtrière  pour  les  habitants 
des  campagnes. 


632     CONGRÈS  MÉDICAL  INTERNATIONAL.   —  SIXIÈME  SÉANCE  DE  JOUR. 


II.  —  Influence  atmosphérique. 

Il  n'est  pas  nécessaire  de  démontrer  cette  influence,  puisque  toutes  iio$ 
recherches  ont  abouti  à  reconnaître  que  la  mortalité  augmente  ou  diminue  en 
raison  directe  des  modiûcations  de  l'atmosphère. 

Nous  avons  vu  que  dans  les  trois  quarts  au  moins  des  pays  de  rEwx)pe,  la 
plus  foile  mortalité  s'observait  en  hiver  ou  au  printemps,  ou  plus  exactement 
dans  les  mois  de  février  ou  de  mars,  tandis  que  la  plus  faible  mortalité  coïncidait 
presque  partout  avec  la  fln  de  l'été  et  le  commencement  de  l'automne,  ou  plu$ 
exactement  avec  juillet,  août  et  septembre.  Ainsi  donc  il  y  a  dans  les  froids  de 
l'hiver  et  du  printemps  une  circonstance  défavorable  au  maintien  de  la  ^ie, 
tandis  que  la  chaleur  prolongée  de  l'été  et  de  l'automne  constitue  une  circon- 
stance favorable  à  la  santé,  et  par  conséquent  à  la  conservation  de  la  vie.  En 
soile  que  l'on  peut  conclure  de  tout  ce  qui  précède,  du  moins  pour  la  majeure 
partie  de  l'Europe,  que  le  froid  augmente  la  mortalité,  tatidis  que  la  chaleur  exeite 
une  influence  favorable  au  maintien  de  la  vie. 

Mais  il  y  a  des  exceptions  à  cette  règle,  et  c'est  à  les  rechercher  que  je  consa- 
crerai la  deniière  portion  de  ce  travail. 

III.  —  Influence  tellurique. 

Nous  avons  vu  qu'il  est  cei'taines  régions  de  l'Europe  où  la  plus  forte  morta- 
lité s'observe  en  été  et  en  automne. 

Parmi  ces  régions,  à  moi*talité  exceptionnelle,  il  en  est,  et  c'est  le  plus  grand 
nombre,  oit  l'époque  la  plus  meurtrière  coïncide  avec  la  présence  des  émanations 
paludéennes.  Mais  il  en  est  d'autres  où  il  n'existe  pas  de  malaria,  et  où  du  moins 
cette  influence  pathologique  ne  joue  qu'un  rôle  très-secondaire  :  c'est  le  cas  de 
l'Islande  et  de  quelques  portions  de  la  France  et  de  l'Italie,  où  la  mortalité  est 
estivale,  quoique  l'élément  paludéen  y  soit  peu  prononce. 

Quant  à  l'Islande,  il  résulte  des  travaux  du  docteur  Schleissner  que  U  mor- 
talité estivale  est  due  à  une  épidémie  catarrhale  ou  à  une  bronchite  capillaire 
qui  revient  tous  les  étés,  et  occasionne  alors  un  grand  nombre  de  décès  d'en- 
fants et  d'adultes.  Les  fièvres  intermittentes  ne  jouent  aucun  rôle  dans  cette 
grande  mortalité  estivale. 

La  ville  de  Stockholm  n'est  pas,  comme  l'Islande,  à  l'abri  des  émanations 
marécageuses  :  bAtie  sur  pilotis  et  sur  des  îles  nombreuses,  il  y  a  sans  doute 
développement  de  malaria  pendant  les  mois  d'été.  Mais  cette  cause  n'est  point 
la  seule  qui  contribue  à  la  mortalité  estivale,  d'autant  plus  que  cette  influence, 
bien  loin  de  diminuer,  tend  plutôt  à  augmenter,  si  l'on  compare  la  mortalité  du 
xvin*  avec  celle  du  xix*  siècle.  Il  faut  donc  rechercher  s'il  n'y  a  pas,  en  dehors 
de  l'élément  palustre,  une  cause  efficiente  qui  augmente  la  mortalité  estivale 
aux  dépens  de  la  mortalité  hivernale  qui  règne  partout  ailleurs  en  Suède.  Cette 
question,  qui  m'a  jusqu'à  présent  arrêté,  sera  peut-être  résolue,  grâce  aux  beaux 
travaux  statistiques  du  docteur  Berg,  et  c'est  de  lui  et  de  nos  collègues  suédois 
que  j'attends  la  solution  de  cette  énigme  mortuaire. 

Nous  avons  vu  que  la  plupart  des  pays  soumis  au  climat  méditeiranëen  ont 
une  mortalité  estivale  ou  automnale.  Si  dans  la  presque  totalité  de  ces  régions. 


LOMBABD.  —  DES  LOIS  DE  L\  MOBTAUTÊ  EN  EUBOPE.  653 

l'ëlément  palustre  est  prédominant^  enti*etenu  par  de  nombreux  marais  natu- 
rels et  artificiels^  il  en  est  cependant  où  Ton  rencontre  fort  peu  de  fièvres 
intermittentes^  et  où  pourtant  la  mortalité  est  estivale  ou  automnale.  Quelle  est 
donc  la  cause  de  cette  transposition?  Je  la  trouve  dans  les  chaleurs  de  Tété,  qui 
occasionnent  un  grand  nombre  de  décès,  surtout  parmi  les  enfants.  Or,  j'ai 
démontré  dans  un  travail  soumis  récemment  à  l'Académie  impériale  de  méde- 
cine, que,  après  le  troisième  mois  et  jusqu'à  l'âge  de  quatre  ou  cinq  ans,  les 
chaleurs  de  l'été  occasionnaient  un  gi'and  nombre  de  décès,  et  l'on  comprend 
dès  lors  comment  cette  forte  mortalité  pendant  la  saison  chaude  infiue  sur  la 
mortalité  totale. 

Mais  si  cette  cnxonstance  peut  expliquer  la  répartition  exceptionnelle  des 
décès  dans  quelques  pays  peu  fébriles,  elle  contiibue  à  augmenter  les  résultats 
de  l'intoxication  palustre  qui  affaiblit  pailout  la  force  de  résistance  au  froid, 
chez  les  très-jeunes  enfants,  les  adultes  et  les  vieillards  ;  et  à  la  chaleur,  pendant 
la  première  enfance. 

Cet  abaissement  des  forces  vitales  dans  les  pays  marécageux  se  manifeste  de 
deux  manières  :  ou  en  augmentant  la  moilalité  absolue,  ainsi  que  Ta  démontré 
le  docteur  Villermé  et  comme  nous  le  verrons  plus  bas  par  l'exemple  de  Roche- 
fort;  ou  en  augmentant  la  proportion  des  décès  de  l'été  ou  de  l'automne  aux 
dépens  de  ceux  de  l'hiver  et  du  printemps,  comme  on  peut  le  voir  dans  les  pays 
marécageux  comparés  à  ceux  qui  sont  à  l'abri  de  la  malaria.  C'est  ainsi  que  la 
mortalité  du  mois  d'avril  est  trois  fois  plus  considérable  que  celle  du  mois  de 
novembre  (1807  au  lieu  de  633),  et  que  le  printemps  est  deux  fois  plus  meur- 
trier que  l'été  (UhM  au  lieu  de  22/iO)  dans  cinq  des  comtés  les  plus  marécageux 
de  la  Hongrie.  Partout  ailleiurs  les  dilTérences  sont  moins  grandes,  et  n'atteignent 
pas  le  tiers  ou  le  quart  du  nombre  total  des  décès. 

Ainsi  donc,  en  faisant  la  paît  des  exceptions  ci-dessus  mentionnées,  je  puis  con« 
clure  hardiment  de  ce  qui  précède,  que  partout  où  la  mortalité  est  estivale  ou 
autonmale,  il  existe  une  influence  tellurique  ou  paludéenne  qui  résulte  de  la 
décomposition  des  matières  végétales  et  animales  amenées,  ou  par  le  mélange 
des  eaux  douces  et  salines,  ou  par  le  dessèchement  des  marais  salants ,  ou  même 
sans  qu'il  soit  possible  de  reconnaître  une  influence  vraiment  palustre,  mais  qui  • 
coïncide  presque  toujours  avec  des  conditions  spéciales  du  sol.  Ce  dont  on  peut 
avoir  la  démonstration  en  voyant  cette  influence  augmenter  là  où  le  sol  reste 
inculte  et  où  les  conditions  hygiéniques  d'assainissement  sont  négligées,  comme 
c'est  le  cas  pour  la  campagne  de  Rome;  ou  bien,  ce  qui  est  heureusement  le 
cas  le  plus  ordinaire,  on  voit  cette  influence  diminuer  là  où  les  marais  ont  été 
desséchés  et  où  des  mesures  hygiéniques  sont  mises  en  pratique,  comme  lorsque 
les  écluses  des  maremmes  de  la  Toscane  ont  été  maintenues  en  bon  état. 
C'est  ce  que  nous  avons  constaté  pour  la  ville  de  Londres,  dont  le  sol  était  com- 
plètement marécageux  dans  les  siècles  précédents  et  qui  maintenant  ne  présente 
plus  d'effluves  paludéens.  Aussi  la  mortalité,  qui  était  estivale,  est-elle  dès  lors 
devenue  hivernale,  rentrant  dans  la  règle  des  influences  purement  atmosphé- 
riques. 

C'est  ainsi  que  la  ville  de  Rochefort  qui,  au  siècle  dernier,  présentait  une  grande  ' 
mortalité  automnale,  a  vu  celte  insalubrité  dispai-aître  en  majeure  paiiie  à  la 
suite  du  dessèchement  d'un  mai-ais  de  50  000  hectares,  maintenant  transformé 
en  terre  arable...  Aussi  la  mortalité  automnale,  qui  atteignait  dans  le  siècle  der- 
nier les  UO  centièmes  (39,93),  est-elle  réduite  actuellement  aux  28  centièmes, 


654     CONGRÈS  M&OIGAI  HfTEtNATIONAL.   —  SIIIÈMB  SÉANCfi  Di  iOUB. 

chiffire  qui  est  presque  dépassé  par  la  mortalité  hivernale.  Au  reste,  ce  n'est 
pas  seulement  la  répartition  anormale  des  décès  qui  a  été  modifiée  par  le  des- 
sèchement du  marais,  c  est  encore  la  mortalité  absolue,  qui  était  au  siècle  dernier 
de  un  décès  sur  seize  habitants,  et  qui  est  actuellement  de  im  sur  quarante  et  m 
habitants,  c'est-àniire  qu'elle  ne  fait  plus  exception  ni  pour  l'époque,  ni  pour 
la  quotité,  à  celle  des  principales  villes  de  France. 

Ce  qui  a  pu  être  accompli  pour  Rochefort  l'a  été  dans  trois  localités  maréca- 
geuses de  l'Angleterre  :  Londres,  dont  nous  avons  déjà  parlé,  le  pays  voisin  de 
l'embouchure  de  la  rivière  Cham  et  Tile  d'Anglesea.  Or,  dans  ces  trois  localité^^ 
grâce  au  dessèchement  des  marais,  la  mortalité  exceptionnelle  de  l'été  et  de 
l'automne  a  été  remplacée  par  celle  de  Thiver.  Des  foits  semblables  pourraient 
être  déduits  d'observations  faites  dans  le  nord  et  le  centre  de  l'Europe.  Aussi  le 
docteur  Wleminx,  médecin  en  chef  des  armées  belges,  a-t-il  pu  dire  avec  con- 
viction :  «  Qu^U  était  au  potuvoir  de  l'homme  de  faire  disparaitre  complètement  k 
»  malaria  du  sol  de  notre  Europe,  »  Nous  soomies,  hélas  !  bien  loin  d'avoir  obtenu 
un  ausfd  heureux  résultat  des  travaux  d'assainissement  entrepris  dans  beaucoup 
de  contrées  marécageuses.  Mais  il  est  bon  d'avoir  un  idéal  très-élevc,  afin  de  ne 
s'arrêter  que  lorsqu'on  aura  constaté  de  grandes  et  heureuses  transformations 
dans  la  pathologie,  et,  par  conséquent,  dans  la  mortalité  des  populations  expo- 
sées aux  ravages  de  la  malaria. 

C'est  donc  avec  une  exacte  connaissance  de  ces  faits  que  M.  le  professeur 
Bouchardat  disait  naguère  dans  cette  enceinte  :  Beias  grandes  quesHions  domèunt 
l^hygiéne  i  la  misère  et  les  marais. 

Et  si  les  travaux  de  notre  regretté  confrère  Villermé  ont  démontré  qoe  la 
misère  augmente  la  mortalité,  j'espère  avoir  réussi  à  démontrer  également  qu'il 
n'y  a  pas  de  plus  puissante  influence  que  la  malaria  pour  transposer  et  augmen- 
ter la  mortalité,  en  faisant  périr  les  jeunes  générations  sous  l'influenee  de  la 
chaleur,  les  hommes  faits  et  les  vieillards  sous  l'influence  du  fjroid. 

Ainsi  donc  que  tous  les  philanthropes  mettent  les  mains  à  l'œuvre.  Qn'Hs 
entreprennent  une  croisade  victorieuse  conti*e  les  influences  délétères  qui  déci-" 
ment  les  populations  de  notre  Europe,  et  ils  auront  mérité,  mieux  que  bien  àet 
•conquérants,  le  titre  glorieux  de  bienfaiteurs  de  l'humanité  I 


BJIXOD.   —  DE  LA  PUtAGRE.  555 


HVWL  I^ACTEOm  PATIMlOiUVISilE  RESPBCTIV» 
ne  Ii'AUllKlIITATMlV  BHkCIiVSIVE 

sv  WK  li'AiiUwvTATimv  MusiBiiK  sim  uil  pkixagiii: 

^AR  M.  LE  DOCTEUR  filLLOD, 
Médecin  en  chef  de  TaïUe  de  Sainte-Gemmée  (prèe  d'Anfen). 


Afin  de  rester  dans  les  limites  du  temps  qui  m'.est  accorde^  je  circonscris^ 
pour  ce  qui  me  concerne,  le  programme  de  la  quatrième  question  à  T  étude  de 
l'action  pathogénique  respective  de  l'alimentation  exclusive  et  de  Talimentation 
nuisible  sur  la  pellagre.  Aussi  bien,  ou  je  me  trompe  fort,  ou  c'est  précisément 
à  ce  point  litigietLx  de  science  que  le  comité  a  dû  avoij*  particulièrement  égard 
en  formulant  le  programme  dont  il  s'agit. 

Si  l'on  ne  peut  dire  encore  que  Tétiologie  de  la  pellagre  soit  parfaitement  fixée 
pour  tous  les  observateurs,  on  ne  peut  nier  cependant  que  parmi  les  points  qui 
s'y  rattachent  il  n'en  soit  un  au  moins  qui  semble  hors  de  doute  et  définitive- 
ment acquis  à  la  science  :  c'est  qu'entre  la  pellagi'c  proprement  dite  et  l'en^ 
semble  des  conditions  hygiéniques  qui  forment  la  caractéristique  de  l'état  de 
misère  dans  sa  double  acception  physique  et  morale,  il  existe  un  rapport  étiole^ 
gique  certain,  nécessaire  en  quelque  sorte,  et  tel  enfin  que  pelloigre  et  mal  de 
misère  sont  aujourd'hui  considérés  conmic  constituant  deux  expressions  parfai- 
tement synonymes. 

Si  l'on  examine  ces  diverses  conditions  hygiéniques,  il  en  ressort  lUi  ptenàet 
fait  :  c'est  que  si  toutes,  dans  une  mesure  différente,  peuvent  concourir  au  délr«« 
loppement  de  la  pellagre,  il  n'en  est  cependant  aucune  à  laquelle  on  puisw 
attribuer  une  influence  exclusive,  et  qui,  partant,  puisse  être  considérée  conune 
spécifique. 

Considérant,  en  effet,  qu'il  n'est  pas  plus  rai*e  de  voir  la  pellagre  survenir  en 
dehors  de  telle  ou  telle  de  ces  conditions  que  de  la  voir  manquer  dans  des  cir« 
constances  où  l'on  ne  saurait  arguer  de  leur  absence,  il  ne  saurait  y  avoir  Us 
moindre  doute  sur  ce  point. 

Reste  à  déterminer  si,  parmi  ces  mêmes  conditions,  il  n'en  est  pas  une  dont 
l'action,  sans  être  exclusive,  serait  cependant  assez  prédominante  pour  que  son 
action  pût  être  considérée  comme  principale,  et  celle  des  autres  comme  nm* 
plement  adjuvante. 

Or,  en  étudiant  avec  soin  l'ensemble  des  conditions  hygiéniques  propres  aux 
pellagreux,  on  trouve  qu'il  n'en  est  qu'une  seule  à  laquelle  on  puisse  attribuer 
ce  rôle  principal,  et  que  cette  condition  est  l'alimetitation.  C'est  ce  que  nous 
espérons  pouvoir  démontrer  par  les  considérations  suivantes,  en  rattachant  à 
cette  question  celle  de  l'hypothèse  étiologique  du  maïs. 


650     COiNGRÈS  MÉDICAL  JNTfiRT^ATIONAU  —  SIXIÈME  SÉANCE  DE  JOUR. 

La  question  de  Tinfluence  de  l'alimentation  sur  le  développement  d'un  état 
général  dont  le  double  caractère  soit  Tasthénie  et  une  disposition  spéciale  de  la 
peau  à  subir^  sous  l'influence  de  l'insolation^  l'altération  à  laquelle  on  a  donné 
le  nom  d'érythème  pellagreux,  repose  sur  la  démonstration  des  trois  points  qui 
suivent  : 

1^  L'insufGsance  de  l'alimentation  existe  en  fait  chez  tous  les  individus  pré- 
disposés à  la  pellagre^  et  a  existé  chez  tous  ceux  qui  ont  été  atteints  de  cette 
affection,  à  l'exception  d'un  certain  nombre  d'individus  chez  lesquels  la  pellagre, 
consécutive  à  l'aliénation  mentale^  dérive  de  cette  cause  exclusive  ou  combinée 
avec  ladite  insuffisance  de  l'alimentation. 

2"  L'insufïïsance  de  l'alimentation  peut  et  doit  produire  les  trois  ordres  d'ac- 
cidents propres  à  l'état  général  des  pellagrcux. 

3*  Réponse  à  l'objection  tirée  de  ce  que  la  pellagre^  caractérisée  par  son  éry- 
thème  spécial,  ne  se  manifeste  pas  dans  certaines  conditions  où  l'alimentation  est 
peut-être  plus  in^ffisante  que  dans  celles  où  on  l'observe. 

Examinons  successivement  ces  trois  points  : 

4  o  L'insuffisance  de  l'alimentation  existe  en  fait  chez  les  individus  prédisposés 
à  la  pellagi*e,  et  a  dû  exister  chez  ceux  qui  ont  été  atteints,  en  dehors  des  cas  où 
la  pellagre  est  consécutive  à  l'aliénation  mentale. 

Rien  n'est  malheureusement  mieux  établi  que  cette  triste  vérité,  que  TalimeD- 
tation  des  pellagreux  est  viciée  souvent,  insuffisante  toujours,  et  tous  les  obser- 
vateurs, même  les  plus  prévenus  par  des  vues  systématiques,  sont  unanimes  à  le 
reconnaître. 

Dans  un  certain  nombre  de  cas  qui,  heureusement,  deviennent  de  plus  en 
plus  rares,  surtout  en  France,  l'insuffisance  résulte  d'une  diminution  dans  la 
quantité  absolue  de  l'aliment  à  ingérer,  quel  qu'il  soit  ;  mais  dans  le  plus  grand 
nombre,  elle  résulte  de  l'usage  habituel  d'aliments  dans  lesquels  les  principe» 
azotés  et  vraiment  alibilcs  n'entrent  pas  en  proportion  sufQsante  pour  équilibrer 
au  sein  de  l'économie  la  réparation  et  la  perte. 

Dans  la  plupart  des  localités  où  règne  l'endémie  dite  pellagreuse,  il  est  de  fait 
que  l'aliment  dont  l'usage  exclusif  est  entaché  de  ce  vice  d'insufQsance  est  le 
maïs.  On  sait,  en  effet,  qu'en  Lombardie,  en  Vénétie,  dans  les  Âstuiies  et  les 
Landes,  ces  pays  si  tristement  traditionnels  sous  le  rapport  de  ladite  endémie,  la 
farine  de  mais  constitue  la  nourriture,  exclusive  dans  beaucoup  de  cas,  prédo- 
minante le  plus  souvent,  des  individus  voués  à  la  pellagre.  Dans  quelques  parties 
du  Piémont  et  de  la  Lombardie,  l'usage  du  riz  entre  dans  une  proportion  asseï 
forte  dans  l'alimentation.  Dans  plusieurs  contrées  à  endémie  on  constate  la  pré- 
dominance dans  le  régime  alimentaire,  du  laitage,  de  la  pâte  de  pain  de  seigle, 
de  la  farine  de  millet,  de  blé  sarrasin,  et  quelques  personnes  ont  même  cru 
pouvoir  attribuer  à  ces  substances  une  action  spécifique  ;  mais  leur  opinion  n'a 
été  admise  par  personne  et  ne  mérite  pas  même  d'être  discutée. 

Dans  certaines  provinces  de  l'ouest  de  la  France,  et  notamment  dans  le  dépar- 
tement de  Maine-et-Loire,  la  prédominance  du  régime  végétal  sur  le  régime 
animal  résulte  de  l'usage  abusif  des  choux,  qui  constituent  dans  le  pays  un  ali- 
ment aussi  populaire  que  la  polenta  en  Lombardie.  Ils  y  sont  employés  en  forme 
de  soupe  connue  sous  le  nom  de  ckouée,  ' 

Dans  la  plupart  des  départements  de  Bretagne,  la  prédominance  du  régime 

végétal  sur  le  régime  animal  résulte  de  l'usage  de  l'aliment  dit  gtUette  de  lfl( 


DILLOD.   —  DE  LA  PELLAGRE.  657 

noù'y  qui  n'y  jouit  pas  d'une  moindre  popuiaiité  que  la  chouée  en  Maine-et- 
Loire,  la  polenta  en  Lombardie. 

J'ai  mentionné  cAte  double  particularité  du  régime  alimentaire  dans  les  pro- 
vinces dont  il  s'agit,  car,  bien  que  les  cas  de  pellagre  que  j'y  ai  observés  déri- 
vent ceilainement  de  l'aliénation  mentale,  je  ne  suis  pas  exclusif  dans  mon  opi- 
nion au  point  de  croire  que  le  régime  antérieur  de  mes  aliénés  n'y  ait  pas 
jusqu'à  un  certain  point  contribué. 

Oi*,  pour  ce  qui  est  du  maïs,  il  résulte  de  l'analyse  ci-après  qui  en  a  été 
donnée  par  M.  Paycn,  comme  du  tableau  dont  je  la  fais  suivre,  que  cette  céréale 
est  une  des  plus  pauvres  en  matièi*cs  azotées  et  n'a  au-dessous  d'elle,  sous  ce 
rapport,  que  le  riz,  qui  occupe  le  deinier  degré. 

kmiA  fliA  JP"»cipfi  inimédial  qui  forme  les  ~  au  moins  de  Tamidon 
Amiaone.  j     ^^  ^^  j^  ^^^^^ ^^^^g 

Subatances  azotées  insolubles  dans  l'eau  à  100  degrés li  ,66 

Huile  grasse. 8,75 

Ligneux 6,17 

T.    .  .      (  Substance  gommeuse  provenant  de  la  dissolution  de  l'amidone 

"**'"'*••}     etdii.uc>« ,. 0,44 

Matières  azotées  et  solubles 0,60 

Sels 1,20 

,    ..              Mûtù^iTs      ,,  ^,*i;!îi"V ,    Matière*    ^"?»*>*«^      Matière. 
Amidon.  . .  et  Hubfltaoces    on  tissu         •   .    , 

«"'*^*''-        cougénèrvs.      ^^*^*-      végétal.     ""»*»*»"• 

Blé  dur  de  Venezuela. . .  58,62  22,75  9,50  2,64  3,50  3,02 

—  dur  d'Afrique 65,07  19,50  7,60  2,12  3,00  2,71 

—  dur  de  Tangarok  . . .  63,80  20,00  8,00  2,25  3,10  2,85 

—  demi-dur  de  Brie. . .  70,05  15,25  7,00  1,95  3,00  2,75 

—  blanc  de  Tuzelle....  76,51  12,65  6,05  1,87  2,80  2,12 

Seigle 67,65  12.50  11,90  2,25  3,10  2,10 

Orge 66,43  12,96  10,00  2,76  4,75  3,10 

Avoine 60,59  14,39  9,25  5,50  7,06  3,25 

Haït 67,55  12,50  4,00  8,80  5,90  1,25 

Biz 89,15  7,05  1,00  0,80  1,10  0,90 

J'ajoute  que  le  maïs  a  l'inconvénient  de  n'apporter  à  l'organisme  qu'une  ti'ès- 
faible  quantité  de  matériaux  assimilables,  joint,  d'ailleurs,  celui  de  constituer  un 
aliment  lourd,  indigeste,  encombrant,  comme  le  dit  M.  Bouchard,  plutôt  que 
véritablement  réparateur. 

En  pariant  de  cette  donnée,  quelques  mots  me  suffiront  pour  démontrer  que 
son  usage  exclusif  constitue  nécessairement  et  forcément  une  alimentation 
insuftisante. 

Les  moyennes  des  déperditions  que  l'homme  éprouve  en  vingt-quatre  heures 
par  ses  déjections,  ses  excrétions,  etc.,  en  azote  ou  en  matières  azotées  et  en 
carbone,  ont  été  établies  ainsi  qu'il  suit  : 

Graumes.        Aiote.        Matière  uotéc.  (lorbone. 

Urine,  en  moyenne 1,450         14,05  94,25        45 

Excrémenls  solides IGO  5,05  35,75         15 

20,00         130,00         60 

Il  faut  donc,  pour  compenser  ces  pertes,  que  les  aliments  de  chaque  jour  four- 
nissent 130  grammes  de  substances  azotées  contenant  20  gi'ammes  d'azote,  plus 
60  gi-ammes  de  carbone,  qu'il  convient  d'augmenter  de  250  grammes  pom*  la 
quantité  brûlée  dans  la  respiration,  soit  310  grammes. 

42 


Q5B  l  CONGRÈS  MÉDICAL  IMtEENATIONAL.  —  SIXIÈIIB  SÉANCE  DE  JOUB. 

Or,  puisque  100  {<rammes  de  pain  ordinaire  représentent  7  grammes  de  sub- 
stance azotée^  pour  avoii*  une  ration  de  130  granmies,  il  faudrait  employer 
1859  grammes  de  pain. 

D'un  autre  côtë^  la  quantité  de  carbone  utile  dans  le  même  temps  étant  de 
SIO  grammes,  quantité  contenue  dans  1033  grammes  de  pain,  il  en  résulte  un 
excès  de  pain,  quant  à  la  ration  suffisante  pour  le  carbone,  de  826^  excès  consi- 
dérable eu  égard  surtout  à  la  fatigue  que  son  emploi  imposerait  aux  organes 
digestifs,  et  que,  pour  ce  motif,  il  y  a  avantage  à  compenser  par  une  ration  de 
viande  ou  d'autre  matière  azotée. 

Si  tel  est  déjà  Tinconvénient  de  Falimentation  par  le  pain  seul,  on  peut  se 
faire  une  idée  de  celui  qui  résulterait  de  l'usage  exclusif  de  la  farine  de  maïs. 
D'après  les  données  de  la  science,  formulées  par  M.  Payen,  la  quantité  de  cette 
farine  nécessaire  pour  représenter  la  consommation  normale  de  130  granunes 
de  matière  azotée  devrait  être  de  1200  grammes  environ,  quantité  à  laquelle  il 
faudrait  ajouter  un  poids  triple  au  moins  d'eau  ou  de  lait  pour  la  préparation  de 
la  bouillie  azotée,  soit  de  3600  grammes,  ce  qui  porterait  la  ration  totale  à 
^800  grammes^  formant  un  volume  dépassatit  5  litres  de  matières  épaisses  et  sur 
laquelle  2000  grammes  seront  en  excès  sur  la  quantité  qui  eût  suffi  pour  offrir 
la  dose  normale  de  cai'bone,  soit  310  grammes. 

11  résulte  de  là  que  non-seulement  la  farine  de  maïs  qu'ingèrent  les  individus 
qui  en  font  leur  nourriture  exclusive  ne  pourrait  êtie  portée  à  la  ration  nécessaire 
pour  représenter  la  dose  normale  de  130  grammes  de  matière  azotée  sans  danger 
certain  d'étouffer  le  consommateur,  mais  qu'elle  est  nécessairement  moindre, 
et  que  partant  elle  constitue  une  quantité  insuffisante  pour  établir  la  compen- 
sation nécessaire  entre  les  déperditions  et  la  réparation,  en  fwant  même  abs- 
traction de  la  quantité  dont  cette  ration  devrait  être  augmentée  pour  des 
hommes  chargés  d'un  rude  travail,  comme  les  paysans  lombards  ou  landais. 

Quant  à  la  chouée  et  à  la  gaiette  de  blé  noir,  qui  constituent  une  partie  si  impor- 
tante du  régime  en  Anjou  et  en  Bretagne,  il  n'est  pas  moins  évident  que  leur 
usage  exclusif  ou  prédominant  doit  avoir  pour  effet  de  ne  pourvoir  l'organisme 
que  d'une  quantité  insuffisante  de  matériaux  alibiles. 

Après  avoir  démontré  que  l'usage  du  mais  constituait  une  alimentation  insnf> 
fisante,  il  me  reste  à  parler  de  F  altération  qu'il  subit  de  la  part  d'un  champignon 
parasite  dit  verdet  ou  verderame  (Spoiisonum  maîdis),  et  de  l'influence  que  peut 
exercer  cette  altération  sur  ses  qualités  alimentaires. 

J'emprunte  à  M.  Balardini  la  description  qu'il  a  donnée  de  cette  alCénttiim. 
«  Ne  se  manifestant  qu'après  la  récolte  et  lorsque  le  grain  est  placé  dans  les 
greniers,  elle  apparaît  dans  le  sillon  oblong,  couvert  d^un  épiderme  trèa^mince 
qui  correspond  au  derme.  Cet  épidémie,  qui,  dans  l'état  normal,  est  ridé  et 
adhérent  à  l'embryon,  loi'squc  la  production  morbide  que  nous  examinons  esA 
née,  se  détache  de  celui->ci  et  s'épaissit  un  peu  ;  pendant  quelque  temps  cepen* 
dant  il  conserve  son  intégrité,  laissant  voir  seulement  une  mAtière  verdàtre 
qui  lui  est  sous-jacente  ;  si  l'on  enlève  la  pellicule  épidermique,  on  trouve  en 
effet  aoKlessons  un  amas  de  poussière  ayant  la  coulem*  du  vert-de-gns  plus  oa 
moins  foncé  :  c'est  un  véritable  produit  parasite  qui  attaque  d'abord  la  substance 
Voisine  du  germe,  se  porte  ensuite  sur  le  germe  lui-même  et  le  détruit.  » 

Cette  poussière,  de  nature  végétale,  a  été  analysée  par  le  docteur  Stcphano 
Grandoni,  pharmacien  des  hôpitaux  de  Brescia,  qui  l'a  trouvée  composée: 
1*  de  Gbres  végétales  formant  en  quelque  sorte  le  squelette;  2"*  de  stéarine; 


filLLOl».  —  M  Lk  PELLAGRE^  659 

S<»  de  résine  ;  h^  d'albumine  ;   5"  d'acide  fongique  ;  6"  d'une  substance  azotée 
fluide,  ammoniacale;  7*  d'une  matière  colorante  rouge. 

Ce  végétal,  examiné  par  M.  Bouchard  sur  des  échantillons  qu'il  tenait  de 
M.  G.  Hameau,  lui  a  paru  constitué  «  d'une  quantité  innombrable  de  spores 
libres,  très-petites,  sphériques  ou  légèrement  ovoïdes,  assez  souvent  inégales  et 
comme  polyédriques,  ayant  de  0"',002  à  0"',003  de  diamètre,  très-pâles,  trans- 
parentes, légèrement  jaunâtres,  sans  granulations  moléculaires  dans  leur  inté- 
rieur, ce  qui  les  distingue  des  spores  de  la  moisissure,  qui  sont  aussi  plus 
grosses  ;  quelques  spores,  en  s' ajoutant  bout  à  bout,  forment  des  tubes  monili- 
formes,  d'ailleurs  très-rares.  On  trouve  aussi,  mais  en  très-petite  quantité,  quel- 
ques tubes  à  peine  ramifiés  qui  semblent  être  un  rudiment  de  mycélium  et  qui  se 
rencontrent  plus  particulièrement  sur  les  grains  où  l'altération  ne  fait  que  com- 
mencer. V 

il  est  bien  démontré  enfin  que  le  verdet  qui  se  produit  surtout  dans  les  années 
pluvieuses,  et  lorsque  le  grain  n'est  pas  complètement  mûr  ou  lorsqu'il  est  re- 
cueilli dans  des  greniers  humides,  se  développe  à  la  place  et  vit  en  véritable 
parasite  aux  dépens  de  la  partie  farineuse  ^  grain.  On  a  calculé  que  la  peric 
qu'il  lui  faisait  subir  par  suite  pourrait  écyflvaloir  en  moyenne  au  sixième  de 
son  volume. 

11  résulte  donc  de  ces  données  que  si  l'usage  du  maïs  exempt  de  toute  altéra- 
tion constitue  déjà  une  alimentation  insuffisante,  il  doit  en  être,  à  plus  foric 
raison,  ainsi  du  mais  altéré,  et  que,  par  cela  seul,  l'infiuence  de  l'altération  de 
cette  céréale  par  le  verdet  sur  le  développement  de  l'état  général  auquel  se  lie 
la  pellagre  ne  saurait  être  niée.  Reste  à  savoir  si  elle  agit  autrement,  et,  par 
exemple,  en  produisant  une  sorie  d'empoisonnement,  comme  MM.  Balardini, 
Roussel  et  Gostallat  en  ont  soutenu  l'opinion.  C'est  ce  que  nous  examinerons  un 
peu  plus  loin  à  propos  des  objections  tirées  de  ce  fait  que  la  pellagre  manque 
souvent  dans  des  conditions  où  l'alimentation  est  notoirement  insuffisante,  ce 
qui  semblerait  indiquer  Pexistence  d'une  cause  spéciale  et  indépendante  de 
ladite  insuffisance  pour  les  cas  dans  lesquels  la  pellagre  s'observe. 

De  ce  qui  précède  il  est  donc  permis  de  conclure  que  l'insuHisance  de  l'ali- 
mentation existe  certainement  en  fait  chez  les  individus  voués  à  la  pellagre,  et 
existait,  à  n'en  pas  douter,  chez  le  plus  grand  nombre  de  ccilx  qui  en  sont 
atteints,  pour  ne  pas  dire  chez  tous,  en  dehors  des  aliénés.  Ajoutons  que  la  plu- 
part d'entre  eux  sont  privés  de  vin  ou  autre  boisson  plus  ou  moins  spiritueuse,  et 
que  plusieurs  boivent  une  eau  insalubre. 

2^  L'insuffisance  de  l'alimentation  étant  admise  en  fait,  démontrons  qu'elle 
peut  et  doit  produire  les  accidents  propres  à  l'état  général  auquel  se  lie  la  pellagre. 

Or,  de  même  que  dans  les  effets  d'une  simple  cause  morale  telle  qu'une  émo- 
tion produisant  la  diarrhée,  une  urticaire  et  quelques  troubles  nerveux  variables^ 
indice  d'une  triple  action  sur  l'appareil  digestif ,  la  peau  et  le  système  nerveiuc, 
nous  avons  cru  reconnaître  le  rudiment,  en  quelque  sorie,  des  accidents  propres 
à  la  pellagre,  et  que  nous  avons  cru  pouvoir  conclure  de  ces  effets  à  l'influence 
exercée  par  la  folie,  ce  neoplm^ultra  des  causes  morales,  sur  le  développement 
de  ces  mêmes  accidents  ;  de  même  aussi,  pour  nous  rendre  compte  des  effets 
d'une  alimentation  insuffisante  sur  la  peau,  l'appareil  digestif  et  le  système  ner- 
veux, il  nous  suffira  de  nous  reporter  aux  effets  de  l'inanition  considérés,  par 
exemple,  dans  l'état  de  famine. 

Or,  déjà  dans  le  résumé  ci-après  que  j'emprunte  au  Traité  de  physiologie  de 


660     CONGRÈS  MÉDICAL  INTERNATIONAL.  —  SIXIÈUE  SÉANCE  DE  JOUR. 

M.  Loiiget;  des  elîets  de  l'altération  dans  la  composition  du  sang  chei  les  indi- 
vidus soumis  à  une  piivation  plus  ou  moins  complète  d'aliment<«  solides,  il  est 
impossible  de  ne  pas  reconnaître  la  plupart  de  tous  les  accidents  propres  à  la 
pellagre^  à  l'érythème  près  :  «  I^  pâleur,  ramaigrissemcnt,  la  tristesse,  le 
découragement,  la  difficulté  de  la  digestion,  les  flatuosités,  la  distension  du 
ventre,  l'œdème  des  extrémités  inférieures,  et,  chez  les  femmes,  la  suppression 
ou  l'abondance  insolite  du  flux  menstruel,  la  stérilité,  l'afTaiblisscment  du 
système  musculaire,  la  douleur  dans  les  membres,  la  difficulté  des  mouve- 
ments, w  Mais,  si  l'on  veut  se  pénétrer  plus  complètement  de  l'identité  de< 
efTets  de  la  privation  d'aliments  et  des  cai*actères  de  l'état  général  propre  aux 
peUagreux,  et  se  convaincre  que  l'identité  va  inème  jusqu'à  ^altération  de  la  pcav, 
il  suffit  de  lire  le  tableau  suivant  que  donne  Meersman  des  accidents  observcb 
par  lui,  en  Belgique,  loi's  de  la  famine  de  1866  à  1867. 

((  Ce  qui  frappait  d'abord,  dit  Meersman,  lors  de  1^  famine  mentionnée  pIu^ 
haut,  c'était  l'extrême  maigreur  du  corps,  la  livide  pâleur  du  visage,  les  jouo 
ci'euses  et  surtout  l'expression  du  regard,  dont  on  ne  pouvait  perdre  le  souvenir, 
quand  on  l'avait  subie  une  fois.  Il  y  a,  en  effet,  une  étrange  fascination  dans  ct'l 
œil  ou  toute  la  vitalité  de  l'indivj^  semble  s'être  retirée,  qui  brille  d'un  éclat 
fébrile,  dont  la  pupille  énormément  dilatée  se  fixe  sur  vous  sans  clignotemeiit 
et  avec  un  étonnement  inten^ogatif  où  la  bienveillance  se  mêle  à  la  crainte.  Lc> 
mouvements  du  corps  sont  lents,  la  marche  chancelante,  la  main  tremble  ;  U 
voix,  presque  éteinte,  chevrote.  L'intelligence  est  profondément  altérée  ;  le> 
réponses  sont  pénibles,  la  mémoire  chez  la  plupail  est  à  peu  près  abolie.  Inter- 
rogés sur  les  souffrances  qu'ils  endurent,  ces  infortunés  répondent  qu'ib^  dc 
soufirent  pas,  mais  qu'ils  ont  faim  ! 

V)  I/haleinc  est  d'une  grande  fétidité;  la  langue,  amincie,  pointue,  oblongiie, 
tremblotante,  presque  toujom*s  rouge,  la  pointe  souvent  aphtheuse,  est  partout  cou- 
verte d'un  enduit  jaunâtre  et  épais;  l'épigastre  est  creux,  et  la  peau  dans  cette  ai- 
glon couverte  est,  pour  ainsi  dire,  collée  à  la  colonne  vertébrale.  11  arnve  cependant 
que  l'épigastre  est  distendu  par  le  météorismc;  alors  le  toucher  découvre  des  cd- 
gorgements  organiques  dans  l'une  ou  l'autre  partie  de  l'abdomen.  La  respiration 
est  lente,  peu  profonde  et  souvent  entrecoupée  de  sanglots.  Le  pouls,  tantôt  dune 
gi*ande  fréquence,  tantôt  d'une  lenteur  remarquable,  est  facilement  dépriaii-s 
d'une  petitesse  étonnante  et  fuit  sous  les  doigts.  Les  sécrétions  se  ressentent 
toutes  de  l'altération  du  sang,  qui  est  leur  source  commune.  Mais  c'est  surtout 
la  perspiration  cutanée  qui  est  profondémetit  modifiée  :  la  jx^ari  était  sèche,  jauM^ 
semblable  à  du  parchemin;  l'exhalation  qui,  dans  l'état  ordinaire,  se  fait  sur  touti' 
la  surface  d'une  manière  insensible,  s'opéi*ait  dans  ce  cas,  pai*  voie  .sèche.  I/^ 
pores  du  derme  rejetaient  une  pfnissiére  visqueuse  qui,  s'accumidant  et  se  coiwrètwt, 
recouvrait  le  corps  d'une  croûte  noirâtre,  pulvérulente  et  d'uiuf  fétidité  horrible,  i/ 
n'est  pas  un  seul  praticien  qui  n'ait  eu  occasion  d'observer  ce  fait.  SowxfU  on  attri- 
buait cet  état  de  la  peau  à  la  malpropreté,  au  défaut  de  soins  ;  mais,  en  y  faisaiU 
pltis  attention,  on  était  f déniât  convaincu  que  c'était  le  résultat  d'wie  altéi\Ui>J9i  fwn- 
fonde  des  fonctiom  de  V enveloppe  cutanée  ;  car,  dans  les  localités  dont  les  re>- 
sources  permettaient  d'envoyer  les  indigents  épuisés  à  l'hôpital,  on  mettait 
ceux-ci  vainement  au  bain  ;  à  peine  les  lotions  avaient-elles  purifié  la  surface  du 
corps,  que  quelques  heures  suffisaient  pour  qu'elle  fût  de  nouveau  rccomcrti? 
par  le  produit  de  cette  sécrétion  anormale. 

»  Dans  ces  conditions,  la  peau  laissait  à  la  main  qui  la  touchait  une  iulp^esi^ioll 


BILLOD.  ~  DE  LA  PELLAGHE.  661 

àcrcy  mordicanto  et  prolongée^  et  l'imprégnait  pour  longtemps  d'une  odeur 
repoussante. 

»  Parmi  les  victimes  de  la  disette,  il  s'en  rencontrait  que  les  affections  acci- 
dentelles épargnaient,  comme  pour  leur  faire  traverser  toutes  les  épreuves  de 
l'épuisement  et  de  la  dissolution  organique. 

»  Dans  ce  cas,  les  symptômes  d'anéantissement  devenaient  successivement 
plus  intenses.  La  décrépitude  avait  envahi  tous  ces  malheureux  ;  les  enfants,  les 
jeunes  gens,  les  adultes,  les  hommes  parvenus  à  la  maturité  de  l'âge,  portaient 
sur  tout  le  corps  les  rides,  le  dessèchement,  l'exténuation  de  la  vieillesse  :  c'é- 
taient de  véritables  squelettes  vivants,  incapables  de  soulever  leurs  membres 
décharnés,  gisant  lourdement,  sans  voix,  avec  un  œil  sans  regai'd,  enfoncé  dans 
Torbite  et  à  demi  voilé  par  des  paupières  presque  transparentes  et  chassieuses. 
Enûn,  on  voyait  apparaître  les  derniers  indices  de  l'extrême  appauvrissement 
du  sang.  La  peau  se  couvrait  de  vastes  ecchymoses  ou  de  taches  poiuprées  qui 
devenaient  confluentes  quelquefois,  et  ces  tristes  victimes  de  la  famine  rendaient 
le  dernier  soupir,  au  milieu  de  l'agitation,  de  la  carphologie  ou  de  la  fatigante 
loquacité  du  délire  famélique.  » 

Qui  ne  retrouve  dans  cette  description  le  tableau  presque  complet  des  carac- 
tères propres  à  l'état  de  pellagre,  et,  par  exemple,  de  la  triade  pathologique, 
indice  d'une  triple  action  sur  la  peau,  l'appareil  digestif  et  le  système  ner- 
veux? 

tt  Sans  doute^  comme  le  dit  avec  raison  M.  Longet,  après  avoir  constaté  l'in- 
fluence d'une  alimentation  insuffisante  sur  le  développement  des  affections 
pulmonaires,  des  tubercules,  ce  serait  tomber  dans  une  grave  erreur  que  d'al- 
tiibuer  à  la  faim  tous  les  accidents  qu'entraîne  à  sa  suite  la  misère  ;  mais  on  ne 
saurait  nier  sa  grande  part  à  tous  ces  accidents.  11  suffirait,  ajoute  cet  éminent 
physiologiste,  pour  en  acquérir  la  preuve,  de  considérer  l'influence  de  la  priva- 
tion de  certains  aliments  sur  la  production  de  certaines  maladies  ;  de  voir  com- 
ment survient  le  scorbut  des  hommes  de  mer;  conmient  la  pellagre  se  manifeste 
en  Lombardie  sur  des  populations  incomplètement  nourries,  bien  plutôt^  sans 
doute,  à  caiise  de  l'aiimentation  insuffisante  que  par  l'action  directe  du  mais,  i» 

3*^  Réponse  aux  objections  tirées  de  ce  que  la  peUagre  ne  s'observe  pas  tou- 
jours dans  toutes  les  conditions  où  l'alimentation  est  notoirement  insuffisante. 

Je  suis  loin  de  méconnaiti*e  la  valeur  de  ces  objections,  mais  je  crois  pouvoù* 
les  réfuter  facilement  en  m'appuyant  principalement  sur  les  données  qui  ont 
servi  de  base  à  cette  étude  sur  la  pellagre. 

Et  d'abord,  tout  en  reconnaissant  que  la  pellagre  n'a  pas  été  observée  dans 
des  conditions  où  la  misère  la  plus  affreuse  et,  par  suite,  l'insuffisance  de  l'ali- 
mentation sont  de  triste  notoriété ,  et  par  exemple  en  Irlande,  je  me  demande 
si,  dans  l'état  actuel  de  nos  connaissances  sur  les  caractères  de  la  pellagre,  il 
est  rationnel  de  conclure  de  ce  qu'elle  n'a  pas  été  observée  dans  de  telles  condi- 
tions, qu'elle  n'existe  pas.  Si  je  me  reporte  même  au  tableau  que  j'ai  reproduit 
plus  haut  d'après  Meersmann,  des  effets  de  la  famine  de  Belgique,  j'ai  lieu  de 
penser  que  les  malheureux  Irlandais  présentent  tous  les  caractères  de  l'état 
{général  propre  aux  pellagreux;  que  si  l'éi^thème  manque,  cela  ne  dépend  que 
de  la  faible  intensité  de  l'action  de  leur  blafard  soleil,  et  qu'enfin  ce  serait  bien 
le  cas  ou  jamais  d'admettre  pour  eux  l'existence  d'une  pellagre  sine  pelle  œgroj 
conmie  la  variola  sine  wiriolis  de  Sydenham,  c'est-à-dire  l'existence  de  l'état 
général  auquel  se  lie  Térythème  pellagi*eux,  sauf  cet  érythème. 


602     CONGRÈS  MÉDICAL  INT£RMàTiONAL«   —  SDUÈMB  SÉâNGE  DE  lOUR. 

On  peut  expliquer  d'une  manière  analogue  l'absence  de  pellagreux  chei  lei 
misérables  des  grandes  villes^  et  par  exemple  des  grands  centres  manafoetiuiers, 
après  avoir  fait  observer  que  le  nombre  toujours  croissant  des  exemples  de  pel- 
lagre sporadique  tend  à  démontrer  que  l'état  général  auquel  il  est  permis  de 
donner  le  nom  de  cachexie  de  la  misère>  se  montre  probablement  plus  souTent 
qu'on  ne  l'a  cru  généralement,  dans  ces  conditions,  ainsi  qu'en  témoigne,  par 
exemple^  une  note  présentée  à  l'Académie  des  sciences ,  dans  sa  séance  dn 
25  janvier  186^^  par  M.  Rayer,  au  nom  de  M.  Leudet^  sur  la  pellagre  sporadique 
à  Rouen.  Mais  à  supposer  qu'on  l'y  observe  moins  souvent  en  réalité  que  dans 
d'autres  conditions^  il  n'y  a,  croyons-nous,  d'autres  conclusions  à  en  tirer  que 
celle-ci,  à  savoir  :  que  la  nourriture  des  ouvriers  des  villes^  si  insuffisante  qu'elle 
puisse  être  dans  certains  cas,  est  moins  exclusivement  végétale  que  celle  dei 
paysans;  que  la  privation  du  vin,  dont  l'influence  sur  l'état  général  propre aax 
pellagreux  me  parait  être  incontestable^  est  moins  absolue  pour  eux;  que  dani 
tous  les  cas  la  spécialité  des  travaux  de  manufacture  expose  très-peu  à  l'insi^a* 
tion;  que  dans  ces  conditions^  si  l'on  constate  rarement  Térythème  spéeial,  on 
doit^  en  revanche^  observer  souvent  l'état  général  auquel  il  se  lie,  et  qu'enfin 
la  misère  des  villes  a  d'ordinaire>  sous  le  rapport  moral>  tin  caractèrf  moins 
déprimant  que  celle  des  campagnes. 

Ces  réserves  faites^  il  nous  parait  cependant  impossible  do  ne  pas  reconntttn 
qu'il  est  des  cas  assez  nombreux  dans  lesquels,  les  conditions  étant  absolument 
égales  sous  le  double  rapport  de  l'exposition  au  soleil  et  de  l'ini uffisance  de 
l'alimentation,  on  observe  ou  l'on  n'observe  pas  la  pellagre,  et  c'est  sans  doute 
en  vue  de  ces  cas  que  M.  Balardini  a  émis  son  hypothèse  étiologique  de  l'in^ 
fluence  du  maïs  altéré  par  le  verdet. 

Dans  ce  qu'elle  a  eu  d'exclusif  d'abord,  cette  hypothèse  si  eëlèbre  ne  peuvait 
pas  résister  aux  arguments  de  fait  si  péremptoires  qui  lui  ont  été  opposés. 

Bien  que  la  science  pai-aisse  fixée  sur  le  fort  et  le  faible  de  cette  théono,  et 
que  les  observateurs,  y  compris  même  MM.  Bàliffdlni  et  Roussel,  s'accordent  sur 
ce  point  que  l'influence  du  maïs  n'est  ni  unique  ni  exclusive^  sauf  des  difi^renoes 
plus  ou  moins  radicales  dans  l'interprétation,  le  rdle  important  qu'elle  a  joué 
dans  l'histoire  scientifique  de  la  pellagre  et  la  célébrité  dont  elle  a  joiii  nous 
font  itn  devoir  de  résumer  l'argumentation  qui  en  a  fait  justice. 

M:  Balardini  et  ses  partisans  fondent  leur  croyance  dans  l'influence  du  mais 
sur  le  fait  d'une  coïncidence  qu'Us  croient  bien  établie  entre  l'époque  où  l'usage 
du  maïs  s'est  introduit  et  est  devenu  plus  ou  moins  exclusif  dans  le  régime  ali- 
mentaire de  certaines  contrées^  et  celle  où  la  peUagre  a  ftdt  son  invasion.  Mais 
on  leur  a  objecté  que  cette  coïncidence  n'est  nullement  démontréei  et  que  rien 
he  prouve  que  la  pellagre  n'existait  pas  dans  toutes  les  contrées  où  elle  est 
endémique  avant  que  l'on  y  fit  usage  du  maïs.  Il  suffit  de  rappeler,  en  effet, 
l'influence  qu'a  dû  exercer  sur  la  constatation  de  la  tnaladie  l'absence  de  notion 
qui  a  régné  si  lotigtemps  sur  ses  caractères,  et  que  prouve  péremptoirement  la 
progression  toujours  croissante  des  cas  de  pellagre  à  mesure  que  ladite  notioD 
s'est  répandue. 

Qui  peut  soutenir,  d'ailleurs,  que  les  conditions  de  misère  qui  ont  été  plus  ou 
moins  de  tous  les  temps,  n'ont  pas  dû  produire  toiyours  l'état  de  cachexie  spé- 
cial auquel  se  lie  l'éry  thème,  cet  eflTet  d'une  cause  qui  a  toujours  été,  à  savoir, 
l'insolation? 

En  supposant,  enflui  que  la  constatation  d'un  plus  grand  nombre  de  cas  de 


BaLOÛ.  ««-  Dft  LA  PELLAGRE.  663 

pellagre  lût  rémûiée  dans  quelques  localitës  d'une  augmentation  réelle  dans  la 
maladie^  à  la  suite  d'une  généralisation  plus  grande  dans  la  culture  et  l'usage 
du  maîs^  il  n'y  aurait  à  cela  rien  d'étonnanti  et  la  seule  conclusion  à  en  tirer 
serait  que,  la  généralisation  dont  il  s'agit,  si  eUe  n'est  pas  l'indice  d'un  accroisse» 
ment  dans  les  conditions  de  misère  d'un  pays^  est  en  tout  cas  la  cause  d'une 
modification  dans  le  régime  alimentaire,  qui  n'est  pas  sans  influence  sur  le  déve* 
loppement  de  la  pellagre^  d'après  les  considérations  dans  lesquelles  nous  sommes 
entré  sur  les  effets  de  l'insuffisance  dans  l'alimenlation.  Nous  admettons,  à  plus 
iDrte  raison^  dans  ces  cas,  l'influence  du  mais  altéré  par  le  rerdet^  puisque  cette 
Muse  Yient  encore  ajouter  à  ladite  insuffisance. 

Une  des  raisons  sur  lesquelles  se  fondait  la  théorie  que  nous  examinons  était 
la  croyance  danft  «e  fait^  que  la  pellagre  ne  s'observait  que  dans  les  lieux  où 
l'alimentation  du  mais  était  en  usage.  Mais  des  obsenrations  nombreuses  de  cas 
de  pellagre  endémique  ou  sporadique  dans  des  localités  où  l'usage  du  mais  ne 
s'était  pas  introduit  et  chez  des  individus  qui  n'en  avaient  pas  mangé  uti  atome^ 
sont  venues  démontrer  que  cette  croyance  était  erronée^  et  que  partant,  si  Tin- 
fluenee  du  mais  altéré  pouvait  encore  être  admise^  il  fallait  bien  reconnaître 
qu'elle  n'était  pas  exclusive  et  nécessaire. 

Hàtons^nous  de  dire  à  cette  occasion  que  M.  Roussel,  qui  s'était  foit  lô  cham- 
pion si  eonvaineu  et  si  éloquent  de  la  cause  du  mais,  a  des  premiei*s^  avec  un 
emprsssemeiit  et  une  franchise  qui  ibnt  le  plus  grand  honneur  à  son  tact  et  à 
sa  foyauté  seientffiquej  renoncé  à  ce  qu'il  y  avait  eUd'etcluslf  jusqtte-là  dans  soh 
opinion*  Dans  le  mémoire  que  )'ai  publié  dans  les  Annales  fnédico'psychotogîqués 
sur  la  pellagre  consécutive  à  raliénation  mentale,  j'ai  reproduit  la  déclaration 
positive  faite  par  cet  honorable  confrère  à  M.  le  docteur  Renault  du  Mottcy,  alors 
dkecteur-médecin  de  l'asile  de  la  Lozète,  qui  me  Ta  transmise  avec  autorisation 
de  le  dire  et  de  l'écrire  le  cas  échéant,  qu'il  n'admettait  plus  l'usage  du  maïs 
ooMoie  saiiss  éMHSim  de  la  pellagre,  et  que  pour  lui,  comme  pour  tout  le  monde 
à  présent,  cette  cause  était  complexe  et  variable  (1). 

i3  ne  suis  pas  ttioind  heureux  de  rappeler  que  M.  Balardini  lul-ttiémé,  s'iucli- 
nant  levant  les  faits,  sans  renoncer  toutefois  à  sa  doctrine,  a  cessé  de  croire  à  la 
spécifidtë  exclusive  du  maïs^ 

Après  iToir  objecté  à  la  doctrine  étioIogi(tue  du  mais  altéré  par  le  verdct  le 
fait  de  Ve:iBtence  de  la  pellagre  dans  des  conditions  où  l'alimentation  par  le 
mais  n'était«>as  usitée^  on  lui  a  opposé  le  fait  de  l'immunité  dotit  jouissent  no- 
toirementi  soi^  le  rapport  de  la  pellagre,  des  localités  où  l'alimentation  par  le 
mais  est  exclusse  et  se  combine  d'ailleurs  avec  les  plus  déplorables  conditions 
hygiéniqties.  Or,!^^  partisans  de  ladite  doctrine  répondent  que  dans  ces  cas,  ou 
bien  le  maïs  consoqmé  n'est  pas  altéré  par  le  verdet,  ou,  par  une  cause  inconnue 
jusqu'ici,  les  habitmts  de  ces  localités  sont  réfractaires  à  l'action  du  poison.  De 
même,  en  iiret>  m'icrivait  M.  Gambari,  de  l'asOe  de  Ferrare,  que  dans  les  épi- 
démies d'er^otisme  gangreneux,  tous  ceux  qui  se  nourrissent  de  pain  fait  avec 
de  la  farine  Je  seigîe  ergoté  ne  sont  pas  atteints  par  la  maladie  ;  de  même  encore, 
que  tous  ceix  qui  niangent  du  pain  où  se  trouvent  des  semences  de  lolium  temu- 
lenÉum  (iûrée  enivra>te),  ne  présentent  pas  de   symptômes  nei'veux  simulant 
l'ivresse,  d  même  atssi  tous  ceux  qui  mangent  de  la  polenta  entachée  d'allé- 

(1)  Tout  n  admeltant  qut  l'usage  du  maïs  n'est  pas  uile  cause  uniqUè  et  exclusive, 
M.  RouSMliP^nUril^  n'a  pas  c«ssé  de  ereire  qu'elle  est  ttéeeisaire. 


664     CONGRÈS  UÊDICAL  INTfiBNATiONiU..    —   SIXIÈME  SÉANCE  DE  JOUR. 

ration  par  le  vcrdet  peuvent  ne  pas  être  atteints  de  la  pellagre.  Sans  méconnaûtre 
ce  qu'il  peut  y  avoir  de  spécieux  dans  cette  double  explication,  il  y  a  lieu  de 
répliquer  que^  pour  ce  qui  est  de  la  première,  à  savoir,  que  le  mais  en  usa^e 
dans  les  lieux  indemnes  de  pellagre  n'est  pas  altéré  par  le  verdet,  c'est  là  uce 
pure  hypothèse  qui  laisserait,  dans  tous  les  cas,  inexpliqué  le  fait  de  Fimma- 
aiité  du  maïs  lui-même  par  rappoil  à  son  altération  par  le  verdet.  Quant  à  h 
deuxième  explication,  elle  est  sans  doute  aduussible  dans  une  certaine  mesure, 
puisque  le  fait  sur  lequel  elle  repose,  à  savoir  :  que  l'absorption  de  certain» 
poisons  est  soumise  à  certaines  conditions  intrinsèques  aux  individus,  ou  qui 
leur  sont  extrinsèques  et  telles  que  toutes  les  causes  débilitantes,  puisque  ce  fait, 
dis-je,  ne  soulève  aucune  contestation.  Mais,  outre  qu'une  immunité  par 
causes  pourrait  se  concevoir  pour  quelques  cas  exceptionnels,  elle  ne  me  sembh 
plus  pouvoir  êti'e  admise  pour  des  localités  tout  entières  qui  ne  mangent  que  du 
maïs,  et  oit  ce  maïs  a  les  mêmes  chances  d'être  altéré  par  le  verdet  qu'aflleun, 
sans  que  l'on  y  obsei^e  un  seul  cas  de  pellagre.  Elle  laisserait  en  tout  cas  sans 
réponse  cette  question  :  Pourquoi  la  même  immunité  ne  s'observe-t*elle  pas 
dans  d'auti'es  localités  qui  se  trauvent  dans  des  conditions  identiques,  tant  soib 
le  rapport  de  l'alimentation  par  le  maïs  que  sous  celui  de  toutes  les  autres 
circonstances  de  l'hygiène? 

J'ai  reproduit  les  principales  objections  faites  à  l'hypothèse  de  M.  Balarriini, 
et,  pour  les  compléter,  il  me  suffit  de  rappeler  que  ses  pailisans  n'ont  pu  fournir 
la  preuve  expérimentale  que  le  verdet  fût  un  poison  ;  car  il  est  impossible  d' at- 
tribuer ce  caractère  aux  expériences  tentées  à  cet  effet  par  MM.  Balardini  et 
Roussel.  En  nourrîssant  avec  du  maïs  verderamé  des  gallinacés  qui  maign»- 
saient  rapidement,  présentaient  une  sorte  de  diarrhée,  et  paraissaient  tristes  et 
chancelants,  ils  n'ont  évidenmient  prouvé  par  là'  que  les  efl'ets  de  l'abstinence 

Quelques  efforts  que  puissent  faii*e  les  derniers  défenseurs  de  la  doctine 
absolue  du  maïs,  ils  ne  sauraient  donc  faire  qu'elle  ne  soit  condanmée  par  cette 
double  proposition  : 

1"  La  misère  et  l'insolation  sans  le  maïs  produisent  la  pellagre. 
2^  Le  maïs  sans  la  misère  et  l'insolation  ne  peut  la  produire. 
Nous  défions  nos  adversah*es  de  citer  un  seul  fait  positif  qui  soit  à  Tincontre 
de  ces  deux  propositions.  C'est  en  vain  qu'ils  cherchent  à  se  l'etranch^*  derrière 
certaines  différences  qui  distingueraient,  suivant  eux,  les  cas  de  peD^gre  obser- 
vés en  dehors  du  maïs  de  leur  type  fictif  de  pellagre,  il  est  bien  ce'tRln  <iue  ces 
différences  n'existent  pas,  et,  en  les  niant  formellement,  noussonunes  bien 
certain  d'être  d'accord  avec  tous  les  observateurs  spéciaux.  Esteraient-elles, 
d'ailleurs,  que  de  l'aveu  même  des  zéistes,  il  resterait  entrflR  pellagre  et  la 
pseudo-pellagi^e  assez  de  ressemblance  pour  que,  sous  le  ra^i't  de  l'étiologie, 
on  pût  conclure  de  Tune  à  l'autre,  et  dire  que  si  le  malf  R  été  étranger  à  U 
production  de  l'une,  il  ne  peut  avoir  été  pour  l'autre  une  c*use  nécessaire. 

Quant  à  l'expérience  proposée  pai'  M.  Gostallat,  sans  d)uter  de  son  résultat 
négatif,  nous  n'avons  jamais  cessé  de  la  désirer,  et  nous  nous  sonmes  par  là 
séparé  du  plus  gi*and  nombre  de  ses  advei'saii'es.  Nous  pensons,  a  effet,  qu'il 
n'y  a  jamais  d'inconvénient  à  ajouter  une  preuve  de  p^is  à  la  dmonstration 
des  vérités  les  mieux  établies.  Mais  il  est  incontestable  que  cette  expérience 
n'est  même  plus  à  faire;  elle  a  été  faite  par  la  natwe  et  elle  ne  peut  laisser 
aucun  doute  sur  la  condamnation  absolue  de  la  doctrine  dtmaîs.  Soo 
résultat  se  résume  dans  ce  double  fait  acquis  à  la  science  :  1*  La  pdagre  exista 


DILLOD.   —   DE  LA  PBLLAGKK.  M5 

cheE  des  individus  qui  n'ont  pas  mangé  un  atome  de  mais  ;  2**  elle  n'existe  pas 
dans  des  localités  dont  les  habitants  font  du  maïs  leur  nouniture  exclusive. 

Nous  savons  bien  que  les  zéistes  ont  cru  trouver  une  réponse  aux  objections 
tirées  de  ces  deux  cas. 

Dans  le  premier^  ils  disent  que  la  maladie  observée  chez  les  individus  qui 
n'ont  jamais  mangé  de  maïs  n'est  pas  la  pellagre^  par  cette  unique  raison,  sans 
doute,  que  le  maïs  ne  peut  en  avoir  été  la  cause,  mais  bien  une  pseudo-pellagre. 
11  est  malheureux,  pour  cette  distinction  ingénieuse,  qu'elle  soit  purement  fic- 
tive et  qu'elle  ne  soit  nullement  en  rapport  avec  les  faits.  Il  est  bien  certain, 
en  effet,  qu'il  n'est  pas  un  seul  cas  de  pellagre  réalisant  le  seul  type  admis  par 
les  xéistes  que  l'on  ne  rencontre  avec  une  véritable  fréquence  chez  des  individus 
qui  n'ont  jamais  mangé  de  maïs.  Telle  est  même,  a  cet  égard,  ma  conviction, 
partagée,  je  puis  le  dire,  avec  la  presque  unanimité  des  observateurs  aujourd'hui 
et  principalement  avec  les  médecins  espagnols,  italiens  et  landais,  si  compétents 
en  la  matière  ;  telle  est,  dis-je,  ma  conviction,  qu'étant  donnée  une  obsci*vation 
de  la  pellagre  considérée  par  les  zéistes  comme  type  de  la  vraie  pellagi*e,  je 
prends  à  la  face  du  monde  savant,  représenté  dans  ces  hautes  assises  de  la 
science  médicale,  l'engagement  d'en  produire  le  pendant  avec  ses  caractères 
identiques,  chez  des  individus  n'ayant  jamais  mangé  un  atome  de  mais. 

Je  pense  avoir  suffisamment  observé  la  pellagre  au  foyer  de  ses  principales 
endémies,  et  je  crois  assez  connaître  les  données  de  l'observation  générale  sur 
le  point  dont  il  s'agit,  pour  êti*e  absolument  certain  de  remplir  cet  engagement 
avec  le  concours  d'observateurs  dont  la  compétence  ne  saurait  être  récusée. 

Pour  ce  qui  est  de  l'immunité  dont  jouissent,  pai*  rappoi*t  a  la  pellagre,  cer- 
taines localités  dont  les  habitants  font  cependant  du  mais  leur  nourriture  exclu- 
siTe,  j'ai  dit  plus  haut  qu'en  prétendant  que,  dans  ce  cas,  le  maïs  consommé 
doit  être  exempt  de  toute  altération  par  le  verdet,  les  zéistes  n'ont  fait  qu'opposer 
au  fait  certain  de  l'immunité  dont  il  s'agit  une  allégation  sans  preuve  et  pure- 
ment hypothétique  relativement  à  l'intégrité  du  maïs  consommé. 

Conune  il  ne  saurait  être  douteux,  d'après  ce  qui  précède,  que  la  vraie  pel- 
lagre s'observe  aussi  bien  chez  les  individus  qui  n'ont  jamais  mangé  de  maïs 
que  chez  ceux  qui  en  font  leur  nourriture  exclusive,  il  en  résulte  qu'une  expé- 
rience tendant  à  faire  apprécier  l'influence  comparative  sur  ladite  pellagre  d'un 
maïs  sain  et  d'un  maïs  altéré  par  le  verdet  est  véritablement  devenue  sans  objet. 
On  comprend,  en  effet,  que  la  purification  du  maïs  ne  puisse  faire  plus  pour 
empêcher  le  développement  de  la  peUagre  que  son  exclusion  absolue  des  usages 
alimentaires. 

En  partant  de  cette  donnée,  il  y  a  même  lieu  de  craindre  que  l'expérience 
dont  il  s'agit  n'ait  pas  beaucoup  de  chances,  quels  que  soient  ses  résultats,  de 
changer  l'état  de  la  question.  Dans  le  cas,  en  effet,  où  ladite  expérience  serait 
faite,  et  où,  comme  cela  ne  saurait  être  douteux,  ses  résultats  seraient.négatils, 
il  serait  toujours  possible  de  dire  que  la  pellagre  qui  continuerait  à  se  produire 
après  l'expérience  n'est  pas  plus  la  vraie  pellagre  que  celle  qui  se  produit  chez 
les  gens  qui  n'ont  jamais  mangé  de  maïs;  que,  comme  cette  dernière,  elle 
rentre  dans  le  cadre  des  pseudo-pellagres,  et  que,  par  ainsi,  le  but  philanthro- 
pique du  promoteur  de  l'expérience  devrait  être  considéré  comme  atteint.  Les 
pellagreux  continueraient  vraisemblablement  à  mourir,  mais  il  serait  au  moins 
consolant  de  penser  qu'ils  meurent  guéris  de  la  pellagre. 

Il  est  vrai  que  l'on  resterait  en  face  du  problème  de  la  pseudo-pellagre,  et  si 


66G     CONGRÈS  MÉDICAL  INTERNATIONAL.  ~  SIXIËWS  6ÊàNCE  DE  JOUR. 

Ton  considère  :  1®  que  cette  pseudo-pellagre,  pour  n'être  pas,  auiTant  les  lëittes^ 
une  vraie  pellagre,  n'en  est  pas  moins  quelque  chose^  et  quelque  chose  d'aussi 
meurtrier  qu'elle;  3^  que  le  nombre  de  ses  victimes  est  beaucoup  plus  considé- 
rable que  celui  de  la  vraie  pellagre,  dont  le  nombre  des  cas  est  infinimenl  pins 
restreint,  il  en  résulte  que  la  science  ne  serait  guère  plus  avancée  qu'avant  Tex- 
périence.  Gela  n'empêche  pas,  toutefois,  que  cette  «Lpérience  ne  sott  à  tous 
égards  désirable,  car  ce  serait  à  coup  sûr  déjà  quelque  chose  que  d'avoir  ëlimioé 
de  l'ensemble  des  conditions  hygiéniques  les  plus  déplorables  l'usage  d'un 
maïs  altéré.  Mais  il  s'en  faudrait  de  beaucoup  que  ce  fût  asses,  et  il  demeure 
malheureusement  trop  vrai  que,  nonobstant  cette  amélioration^  il  y  aurak  tou- 
jours des  pellagreuE  tant  qu'il  y  aurait  de  la  misère  et  du  soleil. 

Nous  ne  saunons  terminer  cette  argumentation  sans  constater  que  la  conces- 
sion considérable  que  les  principaux  champions  du  séisme  ont  faite,  ainsi  que 
nous  l'avons  dit  plus  haut^  en  admettant,  sans  cesser  de  la  considérer  comme  né- 
cessaire, que  l'influence  du  maïs  n'est  ni  unique  ni  exclusive,  et  en  (kisant  inter- 
venir avec  raison  le  concours  de  plusieurs  causes  adjuvantesi  à  savoir  des  condi- 
tions propres  à  l'état  de  misère,  que  cette  concession,  dîs-je,  n'est  autre  encore 
que  la  condamnation  de  la  doctrine  dans  ce  qu'elle^  a  d'absolu. 

On  comprend  bien,  il  est  vrai,  que  l'action  d'un  poison  soit  favorisée  par  cer- 
taines conditions  de  l'économie  dont  on  peut  trouver  l'analogue  dans  la  misère; 
mais  ce  serait,  ainsi  que  nous  l'avons  dit  plus  haut,  aller  bien  loin  que  de  rendre 
cette  action  absolument  dépendante  de  ces  conditions.  11  est,  en  effet,  impos- 
sible de  sortir  de  ce  dilemme  :  Le  verdet  est  mi  n'esl  pas  un  poison*  S'il  est  un 
poison,  son  efîet  doit  pouvoir  se  produire,  au  moins  dans  quelques  cas,  indé- 
pendanunent  des  conditions  qui  favorisent  son  action.  Or,  il  n'en  est  rien,  et 
nous  défions  nos  adversaires  de  prouver  par  un  seul  fait  que  le  maU  le  pka 
aUéré^  mfis  la  misère  et  le  soleil,  pftisse  produire  jamais  la  pellagre^  tandis  que  les 
faits  surabondent  à  prouver  que  la  wMre  et  le  sokil,  sans  le  mais,  en  prodiiiswrf  de 
nombreux  cas. 

Pour  démontrer  une  fois  de  plus  que  l'inHucnce  de  la  misère  sur  le  dévelop- 
pement de  la  pellagre  est  indépendante  de  celle  du  mais  altéré,  qu'il  nous  smt 
permis  de  nous  prévaloir  d'un  fait  conmiuniqué  par  M.  le  docteur  Gaiailhui  à  la 
Société  de  médecine  de  Bordeaux,  et  consigné  dans  l'éloge  historique  de  iean 
Hameau»  discours  prononcé  dans  la  séance  publique  de  la  même  Société  par  le 
docteur  de  Biermont. 

«  Pendant  que  des  flots  de  sang  se  répandaient  sur  les  champs  de  bataille  du 
nouveau  monde,  dit  cet  honorable  confï*ère,  ce  coin  de  terre  qui  nous  occupe, 
les  LAndes  de  Gascogne,  voyaient  surgir  au  milieu  d'elles^  grâce  à  la  plus-value 
des  essences  résineuses,  une  prospérité  jusqu'alors  inconnue.  L'abondance  pé- 
nétrait jusque  dans  l'humble  cabane  du  résinier  et  sous  le  toit  plus  misérable 
encore  du  pasteiu*.  On  aurait  dit  une  fée  généreuse  versant  à  pleines  mains  ses 
bienfaits  sur  une  population  favorisée»  et  lui  prodiguant  une  vigueur  et  une 
énergie  nouvelles.  Avec  l'aisance  qui  arrive  dans  le  pays^  la  pellagre  ralentit  ses 
coups  et  ne  fait  plus  de  nouvelles  victimes.  Biscarosse,  petit  village  situé  dans 
les  Landes,  à  une  faible  distance  do  la  mer,  n'a  pas  vu  survenir  depuis  trois  ans 
un  seul  cas  de  pellagre  commençante,  et  cependant  Biscarosse,  visité  tour  à  tour 
par  les  célébrités  médicales  qui  se  sont  occupées  du  mal  de  la  Teste,  est  marqué 
d'un  point  noir  sur  la  carte  géographique  de  la  pellagre  landaise.  » 

Est-ce  à  dire,  pouvons-nous  faire  observer^  que  pendant  toute  la  durée  de  la 


UUUMK   —  DE  Là  PEUAftRB.  067 

gnerre  d'Amëriqae^  le  maïs  récolté  ait  dû  être  plus  exempt  que  dans  un  autre 
temps  de  toute  altération  par  le  verdet  ?  Nul  ne  saurait  évidemment  le  soutenir^ 
et  il  nous  faut  bien,  de  gré  ou  de  force,  nous  incliner  devant  l'éloquence  d'un 
pardi  fait. 

Après  avoir  argumenté  contre  la  doctrine  qui  fait  dépendre  nécessairement  la 
pellagre  de  Tusage  du  maïs  altéré  par  le  verdet,  et  considéré  comme  aliment 
nuisible,  il  me  reste  à  faire  connaître  l'état  de  l'opinion  en  Italie^  en  Espagne  et 
dans  nos  Landes  françaises  sur  ce  point  étiologique. 

Sans  attribuer  plus  d'importance  qu'il  ne  convient  à  une  unanimité  qui  est 
acquise  quelquefois  à  Terreur,  U  m'est  impossible  de  ne  pas  constater  qu'après 
avoir  saisi  toutes  les  occasions  de  se  ftdre  jour,  soit  dans  la  plupart  des  travaux 
sur  la  matière,  soit  dans  les  congrès  scientifiques  et  dans  toutes  les  sociétés 
savantes,  l'opposition  au  séisme  est  telle,  que  dans  le  cours  de  plusieurs  voyages, 
je  n'ai  pas,  du  nord  au  sud  de  la  Péninsule,  trouvé  trois  médecins  entre  tous 
ceux  avec  lesquels  j'ai  été  en  rapport,  qui  crussent  à  l'influence  spécifique  du 
maïs  altéré  par  le  verdet^  L'opinion  qui  a  prévalu  peut  se  formuler  ainsi  :  la 
cause  de  la  pellagre  est  complexe  et  variable,  c'est-è-dire  qu'elle  résulte  du 
concours  d'un  ensemble  de  conditions  hygiéniques  dans  lesquelles  l'usage  du 
mais  altéré  ou  noir  n'entre  que  pour  une  certaine  partie  et  n'y  entre  qu'à  titre 
d'aliment  insuffisant, 

Landottzy  et  tous  les  médecins  qui  ont  visité  l'Espagne  ont  pu  constater  la 
même  opposition  au  zéisme. 

Pour  ce  qui  est  de  la  France,  il  est  constant  d'abord  que  les  médecins  landais 
ne  sont  pas  moins  unanimes  que  les  italiens  et  les  espagnols  à  rejeter  l'influence 
spécifique  du  maïs  altéré  par  le  verdet,  et  fl  me  suffit,  pour  faire  apprécier  la 
disposition  générale  des  esprits  en  dehors  des  lieux  où  la  pellagre  est  endé- 
mique, de  rappeler  que,  soit  dans  les  discussions  qui  ont  eu  lieu  à  la  Société 
médicale  d'émulation,  à  la  Société  des  hôpitaux,  h  la  Société  médico-psycholo- 
gique oh  la  doctrine  du  maïs  a  été  battue  en  brèche  de  toutes  parts,  soit*  à 
l'Académie  de  médecine,  alors  que  Landouzy  dirigeait  contre  elle  ses  plus  vigou- 
reuses attaques,  pas  une  seule  voix  ne  s'est  élevée  pour  la  défendre  et  l'ap- 
puyer. 

Il  importe,  enfin,  de  ne  pas  oublier  que  le  jugement  que  l'Acadétnie  des 
sciences,  par  l'organe  de  sa  commission  de  médecine,  porie  sur  le  concours  de 
1864,  n'implique  nullement  le  couronnement  de  la  doctrine  du  maïs.  Cela 
résulte  clairement  des  passages  ci-après  du  rapport  de  M.  Rayer  : 

«  Cest  sous  la  réserve  de  l'expérience  proposée  que  la  commission  formule 
»  son  appréciation  du  concours  et  des  ouvrages  qu'il  a  suscités. 

»  Si  elle  eût  pu,  la  cdmmission  attrait  fait  l'expérience  de  M.  Costallat  et 
i>  apporté,  au  lieu  d'une  réserve,  une  décision  à  l'Académie,  y» 

11  j;ie  saurait,  d'ailleurs,  nous  appartenir  de  rappeler  ici  les  termes  dans  les- 
quels la  même  Académie  a  bien  voulu  apprécier  nos  propres  travaux  en  en 
fixant  l'interprétation. 

Après  avoir  fait  abstraction  de  mes  recherches  spéciales  sur  la  pellagre  des 
aliénés  dans  une  question  dont  le  programme* avait  précisé  les  termes,  vous  me 
pardonnerez,  messieurs,  de  terminer  par  une  profession  de  foi  qui  renferme  en 
môme  temps  mes  conclusions  à  l'étude  que  je  viens  de  vous  dire. 

Quinze  ans  d'études  et  d'observations,  tant  au  dehors  qu'au  dedans  des  prin- 
cipaux foyers  de  la  pellagre  endémique,  m'ont  conduit,  je  le  déclare  avec  la 


568     CONGRÈS  MÊblCiLL  INTERNATIONAL.  —  SIXIÈME  SÉANCE   DE  JOUR. 

plus  entière  et  la  plus  profonde  conviction,  à  la  négation  absolue  de  la  pellagre 
en  tant  qu'entité  pathologique  caractéiisée  par  une  triade  de  symptômes  cuta- 
.  nés,  digestifs  et  nerveux,  et  ne  me  permettent  de  voir  dans  ce  que  l'on  est 
convenu  d'appeler  de  ce  nom  autre  chose  qu'une  altération  de  la  peau  pro- 
duite par  le  soleil  du  printemps  et  liée  à  un  état  général  de  nature  cachectique. 
I^  pellagre  ainsi  définie  implique^  d'une  part,  l'existence  d'un  érythème  dû 
ii  l'action  solaire,  et  de  l'autre  une  altération  de  la  nutrition  latente  ou  efTective, 
dont  le  propre  est  de  disposer  la  peau,  l'appareil  digestif  et  le  système  nerveux 
a  subir  les  altérations  que  l'on  avait  considérées  jusqu'à  présent  comme  consti- 
tuant les  symptômes  d'une  maladie  générale  sous  le  chef  pellagre.  Cette  défini- 
tion substitue,  comme  on  le  voit,  à  la  notion  d'une  telle  maladie^  celle  d'un 
état  général  disposant  à  trois  ordres  d'accidents. 

J'ai  développé  ailleurs  les  raisons  sur  lesquelles  me  semble  se  fonder  cette 
manière  de  voir.  Les  principales  se  résument  dans  cette  proposition.  Pour  que 
la  pellagre  fût  une  entité  pathologique,  il  faudrait  que  les  trois  ordres  d'acci- 
dents dont  on  a  composé  son  appareil  symptomatique  eussent  des  caractères 
spéciaux,  ou  qu'ils  aflectassent  dans  leur  marche  et  dans  leur  évolution  un  ordre 
plus  ou  moins  régulier  et  plus  ou  moins  constant. 

Or,  j'ai  démontré  que  la  folie  qui  constitue  le  principal  des  symptômes  ner- 
veux n'a  aucun  caractère  qui  la  distingue  de  celle  que  l'on  observe  dans  toute 
autre  condition,  qu'il  en  est  de  même  du  vertige  et  des  autres  phénomènes 
nerveux  attribués  à  la  pellagre. 

J'ai  démontré  encore  que  la  diàirhée  des  pellagreux  diffère  si  peu  de  la  diar- 
rhée qui  s'obseinre  chez  les  gens  débilités,  à  l'exclusion  de  tout  autre  svmptôiue 
de  pellagre,  que  les  médecins  ont  besoin,  pour  qualifier  de  pellagreuse  une 
diarrhée,  de  savoir  si  le  diarrhéique  a  eu  antérieurement  sur  la  poau  quelques 
traces  d'éi^thème. 

Les  autres  accidents  digestifs  n'ont  rien  de  plus  spécial. 
Si  l'on  examine,  en  effets  sous  le  rappoii  de  leur  marche,  les  trois  ordres 
d'accidents  précités,  on  voit  : 

1**  Que  si,  dans  quelques  cas,  on  les  voit  se  manifester  simultanément  chez  le 
même  individu,  le  plus  ordinaire  est  de  les  voir  se  produire  séparément. 

2**  Que,  dans  ce  dernier  cas^  ils  n'affectent  dans  leur  succession  aucun  ordre 
régulier,  c'est-à-dire  que  tantôt  les  accidents  cutanés  se  montrent  les  premiers, 
que  tantôt  ce  sont  les  accidents  digestifs,  et  tantôt  enfin,  bien  que  plus  rarement, 
ce  sont  les  accidents  nerveux. 

3®  Qu'il  n'est  pas  rare  de  voir  les  accidents  cutanés  se  montrer^  à  l'exclusion 
de  tous  les  autres  accidents,  dans  le  cours  de  la  vie  d'un  pellagreux. 

U*  Que,  dans  la  plupaii  des  cas,  ces  mêmes  accidents  cutanés  précèdent  les 
autres  accidents  d'un  temps  plus  ou  moins  long,  et  qui  varie  entre  une  et 
plu8iem*s  années. 

5^  Que  lorsque  ceux-ci  apparaissent  à  leur  tour,  c'est  souvent  à  rexclusion 
des  premiers. 

6°  Que,  par  suite,  loin  de  constitue  nm  ensemble  d'actes  anormaux^  les  trois 
ordres  d'accidents  dont  il  s'agit  constituent,  à  proprement  parler,  plusieurs 
ensembles  bien  distincts  et  isolés. 

T*  Que  la  période  dans  laquelle  on  voit  les  trois  ordres  d'accidents  se  succéder, 
dans  les  cas  où  ils  viennent  tous  à  se  manifester,  est  tellement  longue,  que,  U 
plupart  du  temps,  elle  a  la  durée  d'une  vie  entière. 


BILLOD.   —  DE  LA  PELLAGRE.  669 

Sans  doute  la  longueur  de  la  période  dans  laquelle  doit  se  succéder  l'ensemble 
d'actes  anormaux  qui  constituent  le  tout  appelé  maladie,  varie  singulièrement, 
suivant  que  la  maladie  est  aiguë  ou  chronique  ;  et  comme  la  pellagre  est  consi- 
dérée comme  une  affection  essentiellement  chronique,  la  période  d'évolution  de 
ces  symptômes  doit  être  nécessairement  longue;  mais,  d'une  durée  longue  à 
une  durée  indéfinie,  et  à  celle,  par  exemple,  de  la  vie  entière,  il  y  a  loin  évi- 
demment. 

8®  Qu'il  n'existe  pas  de  lésion  d'un  même  organe  à  laquelle  on  puisse  rap- 
)>orter  l'ensemble  des  accidents,  mais  qu'il  y  a  au  contraire  autant  de  lésions 
qu'il  y  a  d'ordres  d'accidents  «constatés. 

Après  avoir  rejeté  l'existence  de  la  pellagre  comme  entité  pathologique,  je 
nie  suis  efforcé  de  démontrer  qu'à  défaut  d'une  telle  entité,  il  existe  des  états  de 
nature  cathectique  auxquels  se  lie  la  triade  d'accidents  dont  on  avait  constitue 
l'appareil  symptomatique  de  la  pellagre,  comme  on  voit  la  manie,  l'éclampsie, 
l'albuminurie,  la  phlébite  interne,  etc.,  se  lier  à  l'état  puerpéral  ;  comme  le 
delirium  tremens,  la  paralysie  générale,  les  dyspepsies,  la  maladie  de  Bright,  les 
dégénérescences  du  foie,  la  phthisie,  se  lient  à  l'alcoolisme. 

En  terminant  l'exposé  d'une  telle  doctrine,  je  constatais  qu  a  en  juger  pai* 
certains  signes,  elle  me  paraissait  être  en  rapport  avec  la  tendance  actuelle  des 
esprits,  tendance  qu'il  m'a  semblé  voir  accusée  dans  quelques  travaux  récents,  et 
notamment  dans  l'important  ouvrage  de  M.  Bouchard,  dans  le  rapport  de 
M.  llUlairet  à  la  Société  médicale  des  hôpitaux,  sur  un  savant  mémoire  de 
M.  Gintrac  fils,  dans  la  discussion  h  laquelle  a  donné  lieu  la  communication  d'une 
observation  de  M.  Archambault. 

«  Mais,  ajoutai-je,  parmi  les  documents  qui  ont  été  publiés  dans  ces  dernières 
années  sur  la  pellagre,  il  n'en  est  pas  où  cette  disposition  des  esprits  se  révèle 
plus  véritablement  que  le  rapport  de  M.  le  professeur  Tardieu  au  conseil  d'hy- 
giène. En  déclarant,  en  effet,  que  les  faits  signalés  par  moi  se  rapportaient, 
suivant  lui,  à  ces  érythèmes  des  extrémités  et  à  ces  diarrhées  cachectiques  c[ui 
se  montrent  dans  la  période  ultime  des  formes  dépressives  de  la  folie,  démence, 
paralysie  générale,  stupidité  lypémaniaque,  ce  savant  médecin  exprimait  une 
opinion  on  ne  peut  plus  juste  et  à  laquelle  il  ne  manquait,  pom*  ctre  l'expression 
complète  de  la  vérité,  et  pour  fournir  toute  la  solution  du  problème,  que  d'être 
généralisée  et  appliquée  à  toutes  les  pellagres.  Je  dois  ajouter  que  c'est  en  mé- 
ditant profondément  et  avec  toute  la  déférence  due  a  son  éniinent  auteur  cette 
opinion,  que  j'ai  été  conduit  à  ma  manière  de  voir  actuelle,  qui,  je  ne  saurais 
en  douter,  ne  tardera  pas  à  être  pariagée  par  tous  ceux  qui  observeront  les  faits 
avec  soin  à  ce  point  de  vue  et  en  dehors  de  toute  idée  préconçue.  » 

Je  vais  plus  loin  aujourd'hui  en  réservant  pour  les  zéistes  l'honnem' d'avoir 
provoqué  le  mouvement  qui  me  semble  devoir  entraîner  fatalement  les  esprits 
à  la  négation  de  l'entité  pathologique  dite  pellagi*e.  En  constituant  avec  les  pel- 
lagres signalées  en  dehoi*s  du  maïs  le  groupe  des  pseudo-pellagres»  c'est-à-dh*e 
des  pellagres  qui  n'en  sont  pas,  ils  ont,  par  cela  seul, proclamé  la  déchéance  for- 
melle de  ladite  entité  et  fait  faire  ainsi  à  la  question  un  pas  qu'il  serait  injuste 
de  méconnaître. 

Du  moment,  en  eflct,  qu'il  est  impossible  de  signaler,  entre  la  pellagre  des 
individus  qui  se  nourrissent  de  maïs  altéré  par  le  verdet  et  celle  des  gens  qui 
n'en  ont  jamais  mangé,  aucune  ditTéreiice,  et  je  défie  d'en  citer  aucune,  la  cou- 


670     CONGRÈS  MÉDICAL  UiTBRNATIOllAL.   ^  SmÈME  SÉANCE  DE  lOUlU 

clusion  est  forcée,  c'est-à-dire  que  si  la  pellagre  des  uns  n'est  pas  une  pellagre, 
la  pellagre  des  autres  ne  saurait  en  être  une. 

Pour  nous,  loin  de  voir  dans  cette  donnée  un  argument  contre  notre  opinion 
sur  la  nature  de  la  pellagre,  nous  sommes  heureux  d'y  découvrir  une  voie  ou- 
verte à  la  conciliation  entre  les  zéistes  et  les  axéistes.  Il  y  a  plus^  il  ne  m'en  coûte 
-nullement,  pour  ce  qui  me  concerne,  et  je  crois  prouver  par  là  que  mon  opposi- 
tion à  la  doctrine  du  maïs  n'a  rien  de  systématique,  de  faire  cette  déclaration,  que 
s'il  existait  réellement  une  maladie  constituant  une  entité  pathologique  et  carac- 
térisée par  une  triade  de  symptômes  nerveux,  digestifs  et  cutanés,  il  y  aurait 
beaucoup  de  chances  pour  qu'une  telle  maladie  fAt  une  maladie  toxique. 

De  l'étude  à  laquelle  nous  nous  sommes  livré  de  Tétiologie  de  la  pellagre, 
nous  nous  croyons  fondé  à  tirer  les  conclusions  suivantes  : 

La  pellagre  étant  considérée  comme  une  altération  spéciale  de  la  peau  liée  à 
un  état  général,  ses  causes  se  distinguent  en  :  1<^  causes  de  Térythëme;  2"*  causes 
de  l'état  général. 

\^  Les  causes  de  Térythème  se  divisent  en  causes  occasionnelles  et  causes  pré- 
disposantes. 

Les  causes  occasionnelles  de  Férythème  sont  réduites  à  une  seule ,  Yinsola- 

Les  causes  prédisposantes  correspondent  aux  causes  de  l'état  général  duquel  il 
dérive  é 

Cet  état  général,  dont  le  caractère  spécial  est  l'asthénie,  avec  une  disposition 
particulière  de  la  peau  à  se  laisser  altérer  par  le  soleil,  dans  des  conditions  don- 
nées, correspond  à  des  ct^  pathologiques  divers  que  Ton  peut  ranger  sous  le  chef 
des  cachexies. 

Les  cachexies  qui  présentent  ce  double  caractère  de  l'asthénie  et  de  la  dispo- 
sition de  la  peau  à  présenter  l'éry thème  dit  pellagreux,  sous  l'influence  de  sa  cau.% 
ordinaire,  l'insolation,  peuvent  se  diviser,  sous  le  rapport  étiologique,  en  cachexies 
symptomatiques  et  en  cachexies  idiopathiques. 

Les  cachexies  symptomatiques  sont  : 

En  première  ligne,  la  cachexie  liée  aux  maladies  mentales  et  nerveuses,  et 
correspondant  à  ce  que  l'on  a  appelé  le  marasme  nerveux,  cachexie  qui,  plus 
qu'aucune  autre,  satisfait  à  cette  condition  de  produire  une  asthénie  dont  les  effets 
embrassent  à  la  fois  la  peau,  l'appareil  digestif  et  le  système  nerveux. 

En  deuxième  ligne,  les  cachexies  liées  aux  diathèses  tuberculeuse,  cancéreuse, 
paludéenne,  etc.,  et  les  cachexies  dépendant  d'autres  maladies  chroniques,  telles 
que  dégénérescence  du  foie,  lésion  des  capsules  surrénales,  etc.,  par  exemple. 

La  cachexie  idiopathique  correspond  à  l'entité  pathologique  jusqu'à  ce  jour 
admise  sous  le  nom  de  pellagi'e.  Elle  reconnaît  pour  causes  l'ensemble  des  con- 
ditions hygiéniques  qui  constituent  la  misère  dans  sa  double  acception  physique 
et  morale,  et  pourrait  être  appelée,  dans  le  plus  grand  nombre  des  cas,  cacheji' 
des  miséroMes,  Dans  ceux  où  eUe  ne  semblerait  reconnaître  pour  cause  que  la  pri- 
vation d'aliinents,  elle  pourrait  être  nommée  cachexie  de  V ahstiiieiice. 

Parmi  les  conditions  hygiéniques  qui  concourent  à  la  production  de  ladite  ca- 
chexie, les  principales  sont  sans  contredit  :  1®  l'insuffisance  de  l'alimentation,  sét 
qu'elle  résulte  d'une  diminution  absolue  dans  la  quantité  d'aliments,  soit  qu'elle 
provienne  d'un  défaut  de  proportion  dans  les  éléments  nutritifs  et  assimUabiei  <i^ 
ces  mêmes  aliments;  V  l'état  moral  de  dépression  qui  accompagne  nécessaire- 
ment la  misère  physique,  et  constitue  ce  que  l'on  peut  appeler  la  misère  nmalu 


ftUXOD.   —  DE  Là  PÈtXAGRÈ.  ^H 

dont  les  effets  sont  identiques  avec  ceux  de  Taliénation  mentale^  ce  nee-plus-ultra 
des  causes  moraks,  dans  sa  forme  plus  particulièrement  dépressive. 

Les  autres  conditions  hygiéniques  qui  constituent  l'état  de  misère^  bien  que 
concourant  au  même  résultat^  ne  sont,  à  proprement  parler^  qu'adjuvantes. 

L'étiologic  de  la  pellagre  n'exclut  pas  l'influence  du  maïs  altéré  pai*  le  verdet, 
voire  môme  celle  des  autres  céréales  altérées  également  par  leurs  parasites,  mais 
elle  ne  doit  être  admise  que  sons  tovies  réserves,  et,  dans  tous  les  cas,  comme  ne 
s' exerçant  d'une  manière  ni  unique^  ni  exclusive  y  ni  surtout  nécessaire. 

Soit  qu'elle  s'accompagne  de  l'érythème  spécial,  comme  cela  se  voit  dans  les 
Landes,  en  Lombai^die,  en  Yénétie,  en  Toscane,  en  Espagne  et  ailleurs,  soit  qu'à 
défaut  de  l'influence  de  l'insolation  ou  de  toute  autre  cause  elle  se  présente  sans 
ce  caractère,  la  cachexie  de  la  misère  constitue  ceilainement,  suivant  moi,  un 
seul  et  même  état  pathologique. 

Dans  les  cas  où  la  pellagre  ou  plutôt  l'érythème  qui  la  caractérise  se  manifeste, 
soit  endémiquement,  soit  sporadiquement,  elle  peut  être  considérée  comme  con- 
stituant autant  de  variétés  qu'il  existe  d'états  pathologiques  auxquels  on  la  ti'ouvc 
liée,  et,  par  suite,  elle  pourrait  être  divisée  en  pellagre  des  tuberculeux,  pellagre  des 
cancéreux^  pellagre  de  telle  ou  telle  maladie  organique,  et  enfin  pellagre  des  misé" 
râbles  ou  des  abstinents.  Il  serait  bien  entendu  seulement  que  dans  ces  cas  elle  ne 
constitue,  à  proprement  parler,  qu'un  accident,  qu'une  complication,  qu'un  état 
pour  ainsi  dire  intercun'ent  à  la  maladie  dans  le  cours  de  laquelle  on  l'observe, 
bien  qu'en  relevant  ctiologiquement. 

De  cette  étude,  enfîn,  il  ressort  un  double  fait  de  physiologie  pathologique  dont 
l'impoiiance  n'échappera  sans  doute  à  personne,  et  dont  la  physiologie  noimale 
tirera  peut-être  un  jour  parti  pour  l'élucidation  de  quelques  points  relatifs  aux 
rapports  de  l'enveloppe  cutanée  avec  le  système  nerveux  ;  je  veux  parler  de  l'in- 
fluence exercée  par  ledit  système  nerveux  sur  la  peau  pour  y  déterminer  une  dis- 
position à  subir  dé  la  pai*t  du  soleil,  dans  de  certaines  conditions  spéciales,  l'alté- 
ration décrite  sous  le  nom  d'éi7thème  pellagreux,  et  du  rapport  étiologique  qui 
existe  aussi  entre  cette  disposition  de  la  peau  et  l'état  de  débilité,  disposition 
prouvée  déjà  par  la  maladie  bronzée  et  par  les  caractères  que  prend  la  peau  chez 
les  vieillards. 

Qu'il  nous  soit  permis,  en  teiminant  cette  lecture,  de  nous  prévaloir  de  ce  que^ 
de  l'aveu  de  la  Commission  de  l'Académie  des  sciences,  la  question  est  encore 
assez  indécise  pour  qu'au  lieu  dune  solution,  cette  Commission  ait  apporté  une 
réserve,  pour  exprimer  un  vœu  ;  c'est  que,  de  même  que  pour  le  crétinisme,  il  soit 
institué,  près  le  ministère  de  l'agriculture  et  du  commerce,  une  commission 
chargée  d'étudier  et  de  résoudre  toutes  les  questions  relatives  aux  trois  types  de 
pellagre,  endémique,  sporadique,  et  des  asiles  d'aliénés.  Ces  questions,  en  effet, 
n'oiirent  pas  moins  d'intérêt  que  celles  relatives  au  crétinisme,  car  il  s'agit  d^un 
fléau  qui  fait  chaque  année  plusieurs  milliers  de  victimes  dans  plusieurs  de  nos 
départements  fraiiçais,  et  nous  sommes  bien  certain  de  n'être  contredit  par  per- 
sonne lorsque  nous  ajoutons  qu'aucun  objet  ne  mériterait  à  plus  juste  titre  d'exercer 
la  sollicitude  du  gouvernement  qu'une  étude  approfondie  de  ses  causes  et  des 
moyens  d'y  remédier.  Cette  étude,  jusqu'à  présent,  est  restée  dans  les  limites  du 
domaine  scientifique  et  n'a  suscité  que  des  efforts  individuels,  et  il  serait  temps 
qu'elle  en  sortît  pour  entrer  dans  celui  des  investigations  officielles,  les  seules 
qui  puissent  permettre  d'espérer  la  solution  d'une  question  qui  intéresse  à  un  si 
haut  degré  l'hygiène  de  la  population  d'une  notable  partie  de  la  France,  où  les 


672     CONGRÈS  MÉDICAL  INTERNATIONAL.    —  SIXl^MB  SÉANCE   DE  JOUR. 

victimes  de  la  pcllagi'c  se  comptent  annuellement  par  mUHei^s.  11  serait  à  désirer 
que  le  vœu  (fue  nous  venons  d'exprimer  fût  appuyé  par  le  Congrès. 


La  pellagre  dite  des  aliénés  n'a  pas  cessé  de  manifester  sa  présence  à  l'asile  de 
Sainte-Gcunnes  depuis  la  publication  de  mes  dernières  observations^  dont  le 
nombre  s'élevait,  pour  la  période  décennale  de  1854  à  1864,  à  136.  Le  nombre 
des  cas  observés  dans  les  années  1865, 1866  et  1867  est  de  34,  inégalement 
caractérisés  sous  le  triple  rapport  des  accidents  nerveux,  digestifs  et  cutanés. 

Ces  34  cas  se  répartissent  ainsi  qu'il  suit  : 

Hommes.    Femmes.        TotaU 

Printemps  de  1865 2  2  A 

—  de  1866 7  3  10 

—  de  1867 7  13  20 

Total  égal 3A 

F^a  relation  de  ces  nouveaux  faits  doit  être  publiée  prochainemçnt  par  M.  Fabre, 
un  de  mes  internes,  qui  les  a  recueillis  avec  soin  sous  ma  direction.  Je  ne  crois 
devoir  anticiper  sur  leur  publication  que  pour  constater  que  parmi  les  34  cas 
dont  il  s'agit,  il  en  est  4  (2  en  1866  et  2  en  1867)  qui,  en  même  temps  queTén- 
thème,  ont  présenté  ces  accidents  nerveux  du  début,  à  savoir  ces  vertiges  avec 
débilité  dans  les  extrémités  inférieures,  que  les  champions  du  maïs  ont  considérés 
comme  exclusivement  propres  à  la  pellagre  produite  par  l'intoxication  maïdiennc, 
arguant  de  leur  prétendue  absence  dans  les  pellagres  sporadique  et  des  aliénés 
pour  déniera  ces  dernières  leur  nature  pellagreuse. 

Je  crois  pouvoir  constater  aussi  que  parmi  les  cachexies  auxquelles  la  pellagre 
a  pani  se  lier  dans  les  espèces  dont  il  s'agit,  il  en  est  quelques-unes  qui  m'ont 
senïblé  être  inhérentes  aux  diathèses  cancéreuse  et  tuberculeuse,  ainsi  qu'à 
d'autres  afl'ections  organiques,  le  plus  grand  nombre  se  liant  conimc  toujours 
il  cette  forme  du  marasme  nerveux  que  j'ai  cru  pouvoir  désigner  sous  le  nom 
de  cachexie  des  aliénés. 

Je  demande  au  Congrès  la  permission  de  mettre  sous  ses  yeux  des  spécimens 
photographiques  de  quelques-uns  des  cas  d'érythème  pellagreux  observés  à  l'asile 
de  Sainte-tîenmies  dans  les  années  1861,  1862  et  1867.  J'y  joins,  pour  la  com- 
paraison, la  reproduction  d'un  érythème  observé  eu  1859  dans  le  grand  hôpital 
de  Milan,  d'après  une  épreuve  que  je  dois  à  l'obligeance  du  savant  directeur  de 
cet  établissement,  le  docteur  Verga. 


Je  note,  en  teiminant,  que  le  nombre  des  cas  de  pellagre  signalés  dans  60 
asiles  s'élevait  en  1864  à  622  pour  une  période  d'obser^^ation  variable  dans  ces 
divers  établissements,  et  que  ce  nombre  se  trouve  porté,  par  l'addition  des  34  cas 
observés  à  l'asile  de  Sainte-Génomes,  dans  les  trois  dernières  années,  à  656. 


DLRTËT.  —  DE  LA  PELLAGRE  SPORADIQL'E.  6/3 


BE    MaA   PlXliAGHE  8POaA]ll||l)K 


PAR  M.  LE  DOCTEUR  BERTET  (dE  CERCOOX). 


La  quatrième  question  du  programme  de  la  Commission  d'organisation  du 
Congrès  international  non-seulement  m'autorise  à  traiter  ce  sujet,  mais  encore 
elle  m'y  invite. 

Mais  en  restant  dans  les  termes  mêmes  de  ce  programme,  il  me  serait  impos- 
sible d'en  remplir  l'objet.  Ce  n'est  pas,  en  effet,  selon  moi,  et  en  ne  tenant 
compte  que  des  faits  que  j'ai  eu  à  observer,  uniquement  à  une  alimentation 
exclttsive,  ou  simplement  nuisible,  que  sont  dus  certains  cas  de  pellagre. 

I^  pathogënie  de  cette  maladie,  en  dehors  de  l'action  du  maïs,  ou,  pour  parler 
plus  catégoriquement,  l'étiologie  pellagreuse,  à  l'exclusion  de  celle  eœcïmivemcnt 
admise  par  Th.  Roussel,  est  complexe,  et  souvent  même  assez  difficile  à  dé- 
brouiller. 

Et  d'abord,  en  dehoi's  de  la  cause  exclusive  admise  pai*  MM.  Roussel  et  Cos- 
tallat,  existe-t-il  d'autres  causes  de  pellagre,  ou  mieux  encore  exlstc-t-il  une 
autre  pellagre  que  celle  admise  par  ces  deux  honorables  confrères,  laquelle  est 
endémique  et  uniquement  due  à  l'action  du  maïs  altéré  par  le  verdet  ou  verde- 
rame? 

A  cette  question,  je  n'hésite  pas  à  répondre  :  Oui,  il  existe,  en  dehors  de  l'ac- 
tion du  maïs  altéré,  une  pellagre,  ou,  si  mieux  on  aime,  une  maladie  ayant  la 
plus  grande  analogie  et  les  analogies  les  plus  nombreuses  avec  la  pellagre  endé- 
mique, existe  en  dehors  de  la  cause  invoquée  comme  productrice  exclusive  de 
celle-ci. 

Loin  de  moi  la  pensée,  en  venant  développer  ce  thème  devant  le  Congrès,  de 
mettre  en  suspicion  la  science  et  la  bonne  fui  des  savants  qui  ont  avance  imc  opi- 
nion contraire,  et  à  la  démonstration  de  laquelle  ils  ont  consacré  tant  de  zèle,  de 
temps  et  de  savoir. 

C'est  bien  plus  pour  édifier  que  pour  détruire  que  nous  sommes  réunis  :  tâ- 
chons d'échapper  à  la  maladie  du  temps,  maladie  grave  aussi,  et  qui  consiste 
à  tout  remettre  en  question,  à  tout  démolir  sans  se  préoccuper  du  soin  de  rcé- 
diûer. 

Je  ne  conteste  donc  nullement  la  réalité  d'existence,  et  dans  les  conditions 
déterminées  par  les  autem's,  de  la  pellagre  endémique  ;  je  ne  suis  donc  pas 
un  adversaire  du  zéisnie.  Qui  sui&-je,  du  reste,  pour  afficher  une  telle  préten- 
tion 1 

Mais  si  faible  et  si  obscur  que  je  sois,  je  puis  bien,  je  le  pense,  élever  la 
prétention  d'avoir  vu  autre  chose  qu'un  autre,  et  de  l'avoir  bien  vu,  ce  qui  ne 
veut  nullement  dire  que  cet  autre  aurait  mal  vu,  ou  simplement  moins  bien  vu 
que  moi.  Je  ne  suis  pas  le  seul,  au  surplus,  à  avoir  vu  ce  que  j'ai  vu,  ou  au  moins 

43 


6lU      CONGRÈS  MÉDICAL  ÎMtERNAtlONAI.    —  SlXlkltE  SÉANCE  DE   JOUR. 

quelque  chose  d'analogue^  et  qui  serait  différent^  quant  à  son  origine,  de  ce  qu'ont 
vu  MM.  Roussel  et  Costallat. 

Depuis  plus  de  vingt  ans^  j'ai  eu  à  observer,  de  loin  en  loin,  et  quelquefois 
simultanément,  un  certain  nombre  de  fkits  que,  malgré  mes  efforts  et  ma  bonne 
volonté,  je  n'ai  pu  et  ne  puis  faire  entrer  dans  le  cadre  nosologique  le  plus  élas- 
tique, sans  de  rudes  violences.  Comme  il  n'entre  nullement  dans  mon  caractère, 
encore  moins  dans  mes  habitudes  de  commettre  de  semblables  actes,  j'ai  été  obligé 
de  m' avouer  que  j'avais  observé  un  certain  nombre  de  cas  de  pellagre. 

Mais,  la  pellagre,  avant  moi,  n'ayant  nullement  été  soupçonnée  dans  les  con^ 
trécs  où  je  l'ai  rencontrée,  Charente-Inféiieure  et  Gironde,  à  la  limite  et  sur  les 
conûns  de  ces  deux  départements,  et  la  cause  invoquée  en  faveur  de  la  pellagre 
endémique  ne  pouvant  être  la  cause  de  celles  que  j'ai  vues,  et  celles-ci  n'étant 
point  endémiques,  force  m'a  été  d'admettre  que  je  m'étais  trouvé  en  présence 
d'une  pellagre  autre,  par  sa  cause  et  son  origine,  que  la  pellagre  endémique  de 
MM.  Roussel  et  Costallat;  et  comme  elle  lui  ressemblait  trait  pour  trait,  je  me  suis 
vu  obligé  d'admettre  la  pellagre  sporadique. 

Je  ne  me  dissimule  point  la  portée  et  la  gravité  de  mon  assertion,  je  corn- 
prends  tout  le  poids  de  la  responsabilité  que  j'assume  ;  et  si  je  pouvais  roobtier, 
le  nom  de  Landoiusy  serait  là  pour  me  le  rappeler  !  Mais,  comme  je  ne  suis  point 
un  Landou2y,  je  me  rassure  ;  le  fabuliste,  par  son  apologue  du  chêne  et  du  roseau, 
peut  bien  aussi  me  donner  courage  :  Landouzy,  le  chêne,  y  a  succombé;  moi,  le 
roseau,  j'espère  y  survivre  ;  il  me  suffira  pour  cela  de  courber  la  tête  et  de  laisser 
passer  l'orage  I 

Le  nombre  des  malades  que  j'ai  eu  à  observer,  et  qui  étaient  pellagreux  à  des 
degrés  divers,  s'élève  à  une  vingtaine.  De  ce  nombre,  cinq  au  moins  ont  suc- 
combé; des  autres,  un  ceiiain  nombre  a  éprouvé  des  améliorations  passagères  et 
plus  ou  moins  durables,  quelques-^ uns  ont  guéri  radicalement  ;  mais  il  faut  en 
convenir,  ils  n'étaient  frappés  que  bien  légèrement. 

Tous  les  malades,  sans  exception,  auxquels  j'ai  donné  le  nom  de  pellagreux^ 
m'ont  présenté  la  série  de  symptômes  caractéristiques  de  la  pellagre  attribuée 
au  maïs  altéré  ;  chez  tous  j'ai  observé  à  des  degrés  différents,  sans  doute,  et  i»eloii 
l'état  plus  ou  moins  avancé  du  mal,  la  fameuse  tHade,  tour  à  tour  exigée  ou  re« 
poussée  par  M.  Th.  Roussel  (1). 

Tous  ces  malades,  les  moins  frappés,  comme  ceux  qui  Tont  été  le  plus,  m'ont 
offert  des  symptômes  nerveux,  intestinaux  et  cutanés.  Les  symptômes  nerfeui 
ont  toujours  précédé  les  autres  ;  puis  ce  sont  les  désordres  intestinaux  ou  l'éry 
thème  caractéristique  qui  ont  suivi. 

J'ai  observé  des  troubles  dans  les  fonctions  du  système  nerveux  reUtife  à  ses 
deux  grandes  divisions  :  troubles  de  l'intelligence  et  troubles  dans  les  mouT<^ 
ments.  N'oublions  pas  de  noter  les  troubles  de  la  nutrition,  laquelle  est  sous  U 
dépendance  du  système  nerveux  ganglionnaire.  C'est-à-dire  qu'en  dehors  de$ 
désordres  psychiques,  qui  ont  toujours  ouvert  la  mai*che>  j'ai  constamment^  quand 
la  maladie  s'est  prolongée,  rencontré  des  symptômes  de  paralysie. 

(1)  Un  quatrième  fait  de  suicide,  et  que  j'avais  prédit,  vient  de  m'étre  révélé.  Ces  joun 
derniers,  un  de  mes  clients  m'aborde  en  me  disant  :  a  Tous  me  Taviex  bien  dît  t  ^  Qam  dooe! 
—  Ma  femme  s'est  noyée.  L'accident  est  arrivé  le  dernier  Jour  de  jtiin.  k  Ches  cette  femmCt 
cette  année,  comme  par  le  passé,  les  accidents  ont  débuté  au  printemps.  Je  dois  te  dire,  cettt 
femme  était  une  ivrognesse.  Mais  il  reste  à  aavoir  ai  elle  était  fteltesteeaé  parte  fu'cIN  éM 
ivrognesse,  ou  iv^o^acsse  parce  qu'elle  était  pellagreuse  T 


BBBTET.    —  0E   LÀ  PBLLAME   SPORADÎQUE.  67^ 

Les  troubles  de  rintelligence  qui,  d'après  les  faits  que  j'ai  eu  à  observer,  n'ont 
jamais  fiiit  absolument  défaut^  ont  varié  depuis  la  simple  bizanrerie  de  caractère  et 
sa  faiblesse  Jusqu'à  la  folie  confirmée.  Quand  ces  biiarreriesdu  caractère»  jointes 
à  certaine  faiblesse  de  rintelligence,  n'ont  pu  être  expliquées  par  une  autre  cause, 
ou  n'ont  pas  abouti  à  une  guérison  fktmche,  ou  à  un  désordre  grave  de  la  santé^ 
dans  la  plus  large  acception^  en  dehors  des  troubles  intestinaux  et  de  Térythème 
des  mains  et  des  pieds^  elles  ont  toijgours  eu  pour  conséquence  une  pellagre  con- 
firmée. 

Comme  aussi,  toutes  les  fois  qu'une  altération  de  twiriUon  plus  ou  moins  mer' 
quée  de  la  peau  du  dos  des  mains  s'est  jointe  à  ces  mêmes  troubles  de  l'intelli- 
gence, quoique  bien  légers  parfois,  la  terminaison,  le  plus  souvent,  a  été  la 
pellagre.  Il  faut  avouer  cependant  que,  ches  certaines  personnes  bien  douées 
d'ailleurs,  et  vivant  dans  un  milieu  hygiénique  parfait,  ces  légers  troubles  de 
l'intelligence^  unis  à  cet  état  de  la  peau  du  dos  des  mains,  sont  compatibles  avec 
une  santé  générale  relative  et  plus  ou  moins  parfaite,  et  que  ces  personnes  échap- 
pent à  la  terminaison  pellagreuse.  Mais  en  dehors  de  ces  conditions  si  favorables 
à  ce  résultat,  la  maladiejtend  à  se  développer,  se  développe,  et  finit  par  se  carac- 
tériser d'une  façon  indélébile  et  irrécusable. 

11  m'a  été  permis,  au  moins  trois  fois,  d'annoncer  longtemps  à  l'avance,  et 
quand  rien, 'selon  les  apparences  générales,  ne  pouvait  légitimer  ce  grave  pro«- 
nostic,  la  fin  tragique  des  individus,  par  le  fait  de  l'existence  de  l'érythèma  et  de 
quelques  actes  psychiques  simplement  irréguliers  (1). 

Deux  de  ces  suicidés  se  sont  noyés,  le  troisième  s'est  brûié  la  cervelle. 
J'ai  toigoui*s  vu  la  série  de  symptômes  nécessaires  à  mon  diagnostic  appa*> 
ralfre,  se  développer,  s'aggraver  au  printemps,  et  plus  têt  ou  plus  tard,  selon  que 
celui-ci  était  précoce  ou  tardif,  l'ai  également  vu  cette  série  de  symptêmes  s'af- 
firmer franchement,  ou  simplement  avoir  de  la  tendance  à  le  faire,  puis  dispa- 
raître, et  revenir  selon  les  circonstances  atmosphériques,  et  surtout  selon  la  pré- 
sence ou  l'absence  du  soleil  visible  sur  l'horizon. 

Il  y  a  même  eu  des  années  où  le  printemps  manquant,  ou  plntêt  subissant  un 
déplacement  considérable,  la  maladie  semblait  devoir  faire  défaut  ;  mais  bientôt 
les  circonstances  qui  favorisent  sa  manifestation  extérieure  apparaissant,  elle  ne 
tardait  pas  à  sun'cnir. 

Mais  en  général,  et  quand  les  choses  sont  selon  l'ordre  ordinaire,  c'est  vers  la 
fin  de  février  ou  les  premiers  jours  de  mait»  que  les  symptômes  peilagreux  se 
montrent;  c'est  alors  au  moins  que  l'érythème  apparaît,  soit  seul,  ce  qui  est 
rare,  ou  concurremment  avec  des  désordres  de  l'intelligence  et  des  troubles 
digestifs,  ce  qui  est  le  plus  commun.  Gomment  ici  ne  pas  reconnalti'e  l'action 
du  rayonnement  solaire?  Comment  invoquer  l'action  d'une  cause  uniqoe  et 
externe  comme  productrice  d'une  maladie  qui  se  développe  quand  cette  cause 
semble  devoir  agir  le  moins  énergiquement?  fit  surtout  comment  faire  inter- 
venir comme  cause  secondaire  ou  adjuvante  l'influence  des  travaux  agricoles» 
des  fatigues  et  des  privations  qui  les  accompagnent,  quand  ceux-là  débutent  à 
peine  et  quand  celles-ci  font  encore  défaut?  La  vérité  est  cependant  qu'au  fur 

(1)  Ceci  06  semUe  pas  clair,  et  demande  une  explication.  La  cause  unique,  e*est  It  mt!h* 
liais,  selou  M.  th.  Roussel;  l'influence  solaire  n'est  rien  moins  que  démontrés  ;  tandis  que 
celle  des  fatigues  et  des  privations  est  admise  comme  réelle.  L'une  et  Tautre,  selon  moi,  est 
réelle  et  efficace  ;  mais,  pour  moi,  l'interprétation  est  dlflérsete. 


676    coNGi;ts  médical  international.  -^  sixièmk  séance  de  joob. 

et  à  mesure  que  les  individus  atteints  ou  menacés  de  pellagre  voient  les  ^\ul- 
ptômes  ou  manifestations  extérieures  de  leur  mal  s'amoindrir,  s'effacer  même, 
pour  revenir  l'année  suivante^  au  printemps,  ils  sont,  eux,  davantage  accablés 
par  les  rudes  labeui*s  des  champs,  et  soumis  aux  influences  débilitantes  de  toutes 
80i*tes  qui  en  «sont  la  conséquence  inévitable. 

Mais  passons,  et  remarquons  que  tous  ceux  que  nous  avons  vus,  et  qui,  pour 
nous,  étaient  pellagrcux,  comme  maladie  cutanée,  ne  nous  ont  ofîert  qu'un 
érythème,  à  peu  près  toujours  le  même,  sauf  les  degrés  qui  sont  nombreux  et 
faciles  à  reconnaître  quand  déjà  on  Ta  vu  et  bien  vu  :  il  ne  suffit  pas  de  voir  pour 
bien  voir,  il  faut  encore  regarder  et  regarder  attentivement.  C'est  donc  toujours 
un  érythème  que  mes  malades  nous  ont  ofl'ert,  et  non  un  eczéma  ou  une  autre 
maladie  de  la  peau. 

Mais  celle-ci,  dans  la  pellagi'e,  et  même  avant  qu'elle  soit  (ynfimiée,  dè^ 
qu'elle  est  en  germe  ou  seulement  imminente,  offre  un  aspect  tout  pai-ticulier. 
et  sur  lequel  il  est  bon  d'insister  :  la  peau  du  dos  des  mains  alors,  quoique  l'en- 
thème  ait  disparu  depuis  un  certain  temps,  ou  n'ait  encore  jamais  existé,  est 
amincie,  comme  ati'ophiée  et  presque  privée  d'élasticité;  quand  alors  on  fait 
un  pli  à  la  peau  du  dos  de  la  main  en  la  saisissant  entre  le  pouce  et  l'index,  ce  pli 
est  très-lent  à  s' effacer  :  la  peau  semble  privée  de  vie  et  ressemble  presque  à 
celle  d'un  cadavre.  Dans  tous  les  cas,  elle  est  luisante  et  plus  ou  moins  bronzée; 
quelquefois,  mais  rarement,  pâle  et  blanchâtre,  mais  seulement  par  plact^s. 
tandis  que  la  nuance  cuivreuse,  avec  l'aspect  lisse  et  luisant,  est  plus  ou  muin:^ 
générale. 

Au  printemps,  ou  plus  exactement  dès  les  premiers  beaux  jours,  dès  que  le 
soleil  parait  quelques  jours  de  suite  sur  l'horizon  et  que  ses  rayons  ont  acquit 
une  certaine  intensité,  la  peau  des  mains,  des  pieds,  du  front  et  de  la  partie 
supérieure  de  la  poitrine,  si  ces  parties  sont  également  découvertes  et  cxpostfes 
ù  l'action  des  rayons  solaires,  offre  une  coloration  (érythème)  qui  varie  en  inten- 
sité et  en  étendue,  selon  une  foule  de  circonstances  et  aussi  selon  les  individua- 
lités. 

Si  l'action  de  la  cause  se  prolonge,  ou  si  cette  action  est  puissante,  répidernie 
se  soulève  en  plaques  minces  et  plus  ou  moins  étendues,  plaques  qui  se  détachent, 
et,  en  se  détachant,  s'enroulent  plus  ou  moins. 

Le  lieu  d'élection  de  cet  érythème  est  le  dos  des  mains,  pai'ce  que  ces  parties 
sont  toujours  découvertes  chez  les  pellagi'eux  ;  cependant  ce  siège  n'est  pas  ei- 
cliisif  :  j'ai  vu  un  certain  nombre  de  fois  la  lésion  cutanée  occuper  le  dos  des 
pieds,  le  front,  la  partie  supérieure  de  la  poitrine,  au  voisinage  de  la  fourchette 
du  sternum,  et  même  la  paume  des  mains,  principalement  vers  l'éminence 
thénar. 

Les  désordres  intestinaux  consistent  principalement  en  diarrhées  intenses  et     i 
rebelles;  quelquefois,  mais  rarement,  en  vomissement.  L'appétit,  le  plus  ordi-     ' 
nairement,  fait  défaut.  Cependant  le  contraire  peut  avoir  lieu,  quoique  jamais  je 
n'aie  eu  occasion  de  le  constater.  Mais,  à  mon  avis,  il  n'y  aurait  nullement  incon- 
séquence, ainsi  que  M.  Th.  Roussel  en  accuse  Landouzy,  à  admettre  comme  signef     , 
de  la  pellagre  Tanorexie  et  la  boulimie;  ces  deux  symptômes  sont  exclusifs  l'un 

de  l'autre  coname  accidents  simultanés;  mais,  comme  faits  isolés  ou  alternants     ' 

I 
l'un  conrnie  l'autre  indiquent  une  souffrance  des  organes  de  la  digestion  et  une     | 

difficulté  plus  ou  moins  grande  et  complète  de  celle-ci:  ïamrexi^iu:  ne  mange     i 


BERTBT.   —  DE  Lk  PELLAGRE  SPORADIQUE.  677 

pas  parce  qu'il  ne  peut  digérer,  le  boulimique  mange  incessamment  parce  qu'il  ne 
digère  pas. 

Un  signe  d'une  certaine  importance  est  fourni  par  la  langue,  qui^  en  général^ 
est  lisse^  luisante  et  presque  jamais  saburrale^  mais  le  plus  souvent  est  divisée  à 
sa  surface  par  des  fissures  ou  rides  plus  ou  moins  prononcées  et  à  direction  sou- 
vent transversale. 

L'haleine,  qui  en  général  est  mauvaise,  m'a  souvent  offert  un  caractère  parli- 
culier  et  digne  d'être  noté;  elle  était  aigre  prononcé. 

Si,  et  c'est  incontestable,  le  maïs  altéré  ou  non  ne  peut  être  invoqué  comme 
cause  de  la  maladie  que  nous  venons  de  décrire,  et  à  laquelle  nous  avons  donné 
le  nom  de  pellagre,  maladie  qui,  ce  nous  semble,  offre  une  sufGsante  harmonie 
dans  sa  symptomatologic  pour  pouvoir  être  considérée  comme  une  unité  morbide 
véritable,  quoique  non  identique  avec  elle-même  dans  tous  les  cas,  quelle  est  donc 
sa  cause? 

Malgré  ce  qu'offre  de  difficile,  de  délicat,  lasolution|d'un  semblable  problème, 
nous  croyons  pouvoir  l'aborder  avec  quelque  assurance. 

Pour  nous,  la  cause,  ou  plutôt  les  causes  de  la  maladie  que  nous  nommons  pel- 
lagre sporadique  existent  au  dedans  et  en  dehors  de  nous. 

Les  premières,  celles  que  nous  portons  en  nous,  quoique  difficiles  à  préciser, 
peuvent  sans  contredit  être  attiibuées  à  un  état  maladif  paiiiculier  du  système 
nerveux;  comme  aussi  dans  ce  système,  à  notre  avis,  c'est  la  portion  ganglion- 
naire qui  est  primitivement  atteinte.  Les  troubles  qui  se  manifestent  à  nos  sens 
au  début  du  mal  peuvent  être  rapprochés  de  ceux  qui  caractérisent  les  névroses; 
et,  de  fait,  les  maladies  avec  lesquelles  ils  ont  le  plus  de  similitude  sont  la  mé- 
lancolie, l'hypochondrie,  lalypémanie,  lachorée,  etc.  Tard,  évidemment,  le  sys- 
tème cérébro-spinal  participe  à  l'affection  ;  alors  aussi  apparaissent  les  troubles 
sérieux  de  l'inielligence,  comme  aussi  les  accidents  de  paralysie... 

Comme  conséquence  des  troubles  du  système  nerveux  de  la  vie  organique,  sur- 
gissent et  apparaissent  ceux  de  la  nutrition,  ayant  leur  effet  initial  dans  le  tube 
digestif,  qui,  fonctionnant  peu  et  mal,  ne  fournit  au  sang  que  des  éléments 
insuffisants  à  une  complète  réparation  ;  de  là,  diarrhée,  anorexie,  et  au  possible 
boulimie,  appétit  nul  et  bizarre,  etc.,  et,  comme  conséquence,  amaigrissement 
considérable,  émaciation,  dépérissement  et  mort. 

Les  différentes  communications  qui  existent  entre  les  systèmes  nerveux  à  la 
tête,  au  cou  et  le  long  de  la  colonne  vertébrale  rendent  bien  compte  de  la  suc- 
cession des  phénomènes  et  de  leur  point  de  départ.  La  connaissance  de  cette  suc- 
cession est  rendue  facile  par  les  anastomoses,  —  qui  ne  sont  que  de  véritables 
continuations,  —  qui  existent  partout  à  la  périphérie  entre  le  système  nei-veux 
cérébro-spinal,  qui  anime  les  organes  et  leur  donne  la  sensibilité,  et  celui  de  la 
vie  organique,  qui  préside  à  leur  nutrition. 

Donc,  et  c'est  très-important,  par  la  raison  qu'un  individu  qui  est  susceptible 
de  devenir  pellagreux  est  pris  de  tristesse,  de  vésanie,  de  délii'c,  et  plus  tard  de 
paralysie,  de  même  il  devient  anorexique,  diarrhéique,  exanthématique,  etc.  Ce 
résultat  sera  d'autant  plus  prompt,  plus  assuré  et  surtout  plus  prononcé,  que  le 
milieu  dans  lequel  il  vivra  y  sera  plus  propice;  et  il  le  sera  d'autant  plus,  que  les 
lois  de  l'hygiène  seront  moins  observées,  plus  souvent  et  plus  violemment  en- 
freintes. 

Donc  encore,  et  ceci  pour  nous  est  capital,  un  individu  prédisposé  à  la  pel- 
lagre,—  il  faut  absolument  une  prédisposition,  et  où  la  placer  ailleurs  que  dans  le 


678     CONGRÈS  MÊDICAI  tnTERNATIONAL.   — -  «DUËME  BtàMCE  DE  JOUR. 

•ystème  nerveiu,-*-  la  verra  d'autant  plus  sûrement  se  manifester,  que 
position  sera  plus  puissante,  et  que  les  causes  externes^  desquelles  il  nous  restée 
dire  un  mot,  seront  également  plus  puissantes  et  plus  efficaces. 

Causes  externes,  —  Les  plus  actives  après  les  passions,  amquelles  nous  ne  sa- 
vons quelle  place  précise  assigner,  sont  la  mauvaise  nourriture  et  son  insafB* 
sance,  les  excès  de  fatigue,  les  rudes  travaux,  la  malpropreté  et  l'insolalîoii. 

Comment  se  ferait-il  en  effet,  si  les  choses  étaient  autres  que  nous  les  disons, 
que  parmi  plusieurs  individus  également  soumis  aux  mêmes  influences  :  mau- 
vaise nourriture,  nourriture  insuffisante,  fatigues  de  tout  genre,  ^  par  consé- 
quent passif  dépassant  l'actif,  —  et  insolation,  un  certain  nombre,  et  cerlaÎDe- 
inent  un  nombre  très-minime  verrait  se  développer  ce  que  nous  appelons  pellagre 
^poradique?  Et  si  nous  ne  lui  donnions  pas  ce  nom,  quel  est  donc  le  vocable  que 
nous  pourrions  lui  appliquer? 

Mais  choisissons  quelques  exemples;  —  la  force  qu'ils  vont  nous  prêter  servira 
à  réfuter  par  avance  les  objections  qui  pourraient  nous  être  faites. 

Voici  trois  individus,  —  un  plus  grand  nombre  serait  inutile  et  ne  ferait  rien  à 
la  chose,  —  qui  tous  les  trois  sont  adonnés  à  l'ivrognerie,  se  nourrissent  mal,  tra- 
vaillent beaucoup  et  en  plein  soleil  :  l'un  sera  simplement  un  ivrogne  qui  par- 
courra sa  carrière  presque  sans  faire  de  maladies,  et,  s'il  en  fait,  en  guérira  à 
peu  près  comme  le  commun  des  mortels  ;  Vautre  sera  aussi  un  ivrogne,  mais 
sujet  aux  maladies,  à  la  pneumonie,  par  exemple,  ou  au  rhumatisme,  qui,  chaque 
fois  qu'il  contractera  l'une  ou  l'autre  de  ces  maladies,  sera  en  même  temps  pris 
de  dégoût  pour  le  vin  et  aura  le  deîirium  tremens;  ni  l'un  ni  l'autre,  cependant, 
n'auront  la  pellagre,  ni  rien  qui  lui  ressemble.  Le  troisième  ne  sera  pas  moins 
un  ivrogne,  j'en  conviens;  mais  à  la  longue,  et  au  printemps,  il  oiMra  des  phéno- 
mènes insolites  du  cdté  du  système  nerveux,  du  côté  du  tube  digestif  et  aussi  du 
côté  de  la  peau,  et  toujours  sur  le  dos  des  mains,  et  toujours  le  même  genre  de 
lésion.  Ces  phénomènes  insolites  disparaîtront  dans  le  courant  de  l'été,  à  Tau- 
tomne,  ou,  pour  le  plus  tard,  pendant  Thiver  ;  puis  ils  reparaîtront  les  printemps 
suivants,  et  ainsi  de  suite,  jusqu'à  ce  qu'un  beau  jour ^  et  après  en  avoir  plusieurs 
fois  manifesté  l'intention,  il  se  suicidera,  ou  mourra  dans  le  marasme,  après  avoir 
offert  des  symptômes  de  démence  bien  caractérisés,  unis  à  de  la  paralysie  et  à 
une  diarrhée  incoercible. 

Prenons  maintenant  trois  femmes,  toutes  trois  également  adonnées  aux  pas* 
sions  voluptueuses;  toutes  les  trois  travaillent  aux  champs,  sont  mal  nourries, 
surmenées  de  travail  et  exposées  aux  rayons  solaires. 

De  ces  trois  femmes,  l'une  jouira  tranquillement  de  la  vie,  en  jouira  même  le 
plus  qu'elle  pourra  et  le  plus  souvent  possible  ;  cependant  elle  arrivera,  à  travers 
toutes  ces  causes,  soit  en  subissant  un  certain  nombre  de  maladies  aiguës  ou  en 
y  échappant,  à  la  ménopause,  qui,  chez  elle,  s'opérera  sans  difficultés,  et  mettra 
fin,  par  une  sorie  d'anéantissement  des  organes  qui  y  président,  à  la  passion  qui 
l'a  dominée  jusqu'ici  et  a  troublé  son  existence,  pour  lui  laisser  finir  en  paix  sa 
carrière  et  lui  permettre  une  longue  et  belle  vieillesse. 

Une  autre,  sans  avoir  jamais  rien  ressenti,  pendant  toute  sa  vie  de  femme,  qui 
puisse  l'avertir  que  le  jeu  qu'elle  joue  est  quelquefois,  souvent  même  un  jeu 
dangereux,  arrivée  à  quarante  ans,  verra  presque  subitement  sa  santé  s'altérer 
d'une  façon  très-grave,  et  mourra  après  avoir  subi  les  tortures  et  les  angoisst< 
que  lui  Infligeront  les  atroces  douleurs  d'un  cancer  au  sein  ou  à  l'utérus. 


BBRTBT.  —  DE  LA  PfilXAORE  SPOBADIQUB.  679 

9 

Et  cependant  ni  Tune  ni  l'autre  n'éprouveront  d'accidents  de  pellagre  ou  sim- 
plement pellagroîdes. 

La  troisième,  enfin,  arrivée  à  la  quarantaine,  plus  tôt  ou  plus  tard,  verra  ses 
charmes  qui  -*  peut-être  —  n'ont  jamais  été  bien  Irais  ni  bien  brillants,  —  tout 
ici-bas  est  relatif,  — -  se  flétrir  cependant.  Jusqu'ici  elle  a  été  recherchée,  en- 
tourée de  séductions  et  de  jouissances  qui  ont  fait  tout  son  bonheur  et  lui  ont 
fait  oublier,  presque  à  coup  sûr,  ses  devoirs  d'épouse  et  de  mère,  tandis  que 
maintenant  elle  est  délaissée  de  plus  en  plus  et  bientôt  tout  à  fait  abandonnée 
même  par  ceux  qui  naguère  lui  juraient  une  fidélité  éternelle.  Elle  deviendra 
bientôt  provocatrice  à  son  tour,  et  le  plus  souvent  en  pure  perte;  puis  bientôt 
aussi  la  tristesse,  la  honte,  le  dégoût  de  la  vie  naîtront  dans  cet  organisme  déjà 
bien  ébranlé;  puis,  sous  l'influence  des  moindres  causes,  surtout  si  l'hygiène,  en 
dehors  du  vice  dominant,  est  niauvaise,  surgiront  des  troubles  de  l'intelligence 
plus  marqués,  des  troubles  du  côté  du  tube  digestif  et  même  un  érythème  carac« 
téristique  aux  mains,  et  un  beau  jour  cette  femme  mettra  fin  à  son  martyre  en 
se  noyant  dans  le  premier  trou  venu,  ou  elle  ira  finir  sa  triste  existence  dans  un 
hospice  de  fous  incurables. 

Un  dernier  exemple  va  nous  suffire  pour  achever  notre  démonstration. 

Trois  individus,  mille  si  l'on  veut,  à  organisation  moyenne,  que  l'on  me  passe 
l'expression,  modérés  en  tout  ce  qui  n'est  pas  travail,  sous  l'influence  d'une  nour- 
riture mauvaise  ou  insuffisante  et  de  l'action  des  rayons  solaires,  vont,  tant  bien 
que  mal,  parcourir  leur  carrière,  non  sans  rencontrer  beaucoup  de  pierres  d'achop- 
pement, et  un  seul  parmi  ces  mille,  qui  comme  tous  les  autres  n'aura  point  fait 
usage  de  maïs,  verra  un  jour,  et  toujours  au  printemps,  après  avoir  éprouvé 
maints  dérangements  intestinaux  et  offert  maints  troubles  intellectuels  passés 
inaperçus  à  cause  de  leur  peu  d'intensité,  ou  mis  sur  le  compte  des  événements 
quotidiens  de  la  vie,  apparaître  sur  le  dos  des  mains  un  érythème  spécial  dont  il 
souffrira  peu  ou  point;  cet  érythème,  ces  troubles  intellectuels  et  ces  désordres 
intestinaux  ne  tarderont  pas  à  disparaître.  L'individu,  qui  aura  à  peine  soupçonné 
son  mal,  ne  doutera  pas  au  moins  de  sa  guérison  ;  il  en  sera  de  même  de  ceux 
qui  l'entourent,  et  peut-être  même  du  médecin,  en  admettant  qu'il  ait  été  con- 
gulté.  Puis  l'année  suivante,  toujours  au  printemps^  un  peu  plus  tôt  ou  plus  tard, 
suivant  les  circonstances  atmosphériques,  les  mêmes  faits  surgiront  ;  ils  pourront 
encore  passer  inaperçus  ou  être  traités  légèrement,  et  même  considérés  comme 
de  nulle  valeur,  jusqu'à  ce  qu'enfin, le  mal  faisant  de  véritables  progrès, on  vienne 
à  s'en  inquiéter  sérieusement.  Mais  alors  que  d'erreurs  encore  ne  pourront-elles 
pas  être  conunises?  Cependant  la  mort  est  imminente,  un  suicide  est  à  redouter, 
ainsi  que  des  actes  regrettables  de  démence.  Le  mieux  qu'il  puisse  en  arriver, 
c'est  que  le  malade  soit  plus  ou  moins  rapidement  empoilé,  et  qu'il  succombe 
à  des  accidents  du  côté  du  tube  digestif,  qui  seront  attribués  à  une  entérite 
plus  ou  moins  aiguë,  nonobstant  l' érythème  et  les  troubles  de  l'intelligence 
concomitants. 

Mais  que  l'on  ne  croie  pas  que  je  me  laisse  aller  à  tracer  des  tableaux  de  fan- 
taisie, et  que  ce  ne  soient  là  que  de  purs  enfants  de  mon  imagination,  plus  ou 
moins  excitée  par  le  désir  de  produire  une  œuvre  originale. 

Non,  à  coup  sûr;  et  loin  do  moi  la  puérile  pensée  de  me  jouer  ainsi  de  ce 
que  je  considère,  après  Dieu,  comme  le  plus  digne  de  respect  et  d'égards,  la 
Térité  scientifique. 

Je  ne  suis  donc  ici  qu'un  peintre  d'histoire,  et  ce  ne  sera  pas  ma  faute  sî  mon 


680      COINGRÈS  MÉDICAL  INTERNATIONAL.    —  SIXIÈME  SÉANCE  DE  JOUR. 

œuvre  n'est  pas  ressemblante^  puisque  j'ai  voulu  sincèrement  copier;  mes  force? 
seules  m'auront  trahi. 

Je  ne  puis  en  arriver  à  produire  mes  preuves  directes,  je  ne  puis  raconter  les 
faits  à  Tappui  de  ma  thèse,  avant  d'avoir  ajouté  à  celle-ci  les  quelques  considé- 
rations suivantes  :  Ce  n^est  point  pour  moi  un  plaisir,  mais  un  besoin  ;  car  ce 
qui  me  reste  à  dire  n'est  (pas  le  plus  aisé,  et  peut-être,  à  coup  sûr  même,  le 
moins  capable  de  persuader.  Mais  il  s'agit,  pour  moi,  d'une  si  profonde  convic- 
tion, que  rien  au  monde  n'est,  ne  serait  capable  de  la  détruire,  en  dehors  d'une 
démonstration  péremptoire  et  catégorique,  supérieure  en  évidence  à  tout  c^  qui 
me  Ta  communiquée. 

Je  m'explique.  J'ai  vu,  un  peu  dans  toutes  les  classes  de  la  société,  chez  le 
pamTC  comme  chez  le  riche  ;  chez  le  civilisé  jusqu'au  raffinement,  comme  chez 
l'homme  des  champs  grossier  et  inculte  ;  peu  chez  le  citadin,  beaucoup  chez  le 
paysan,  en  prenant  ce  mot  dans  sa  signification  étymologique,  un  certain  nombre 
d'individus  me  consulter  pour  une  foule  de  misères  du  côté  des  centres  neneux 
ou  des  organes  digestifs,  le  plus  souvent  des  deux  côtés  à  la  fois,  et  qu'autrefois, 
avant  au  moins  d'avoir  acquis  la  connaissance  approfondie  de  mon  sujet,  et  avant 
aussi  d'avoir  compris  toute  la  signification  de  l'érythème  dorsal  des  mains,  ou 
simplement  de  l'état  de  la  peau  qui  précède  ou  suit  l'apparition  de  cet  érythènie, 
et  dont  j'ai  déjà  parlé,  j'aurais  traités  de  malades  imaginaires,  ou  simplement 
de  maniaques,  en  donnant  à  cette  épithète  le  sens  qui  lui  appartient  dans  l'es- 
pèce, et  à  qui  je  donne  maintenant  le  nom  qui  leur  convient,  en  les  appelant 
des  pellagreux. 

Un  monsieur  de  ma  connaissance,  dont  l'esprit  est  très-cultivé,  dont  la  vie  a 
toujours  été  douce  et  aisée  au  point  de  vue  matériel  comme  à  tous  les  autres, 
dont  la  santé  est  robuste  en  apparence  et  au  fond,  éprouve  cependant  vers  le 
tube  digestif,  et  principalement  au  centre  épigastriqueouphrénique,  des  souffrances^ 
vagues  et  difficiles  à  caractériser,  et  qui  ne  laissent  cependant  pas  de  sérieuse- 
ment  le  tracasser  et  de  lui  devenir  tyranniques;  il  ressent  aussi  au  cerveau  de^ 
embaiTas,  des  défaillances  qui  pourraient  devenir  inquiétantes;  il  a  encore  des 
appréhensions  très-singulières  pour  la  douleur  et  la  mort.  Mais  je  n'en  finirais 
pas  si  je  voulais  tout  dire. 

Ce  monsieur  qui  a  la  peau  des  mains  lisse,  mince  et  presque  luisante,  et  dé- 
pourvue d'élasticité,  a  dans  sa  famille  plusieurs  personnes  excessivement  ner- 
veuses. 

Je  connais  un  vétérinaire,  menant  une  vie  active,  un  peu  peut-être  adonné  i 
la  boisson,  et  aussi,  je  le  soupçonne  du  moins,  amatem*  du  beau  sexe,  grand  fu- 
meur, qui  est  au  début  d'une  pellagre  qui,  je  crains  d'être  «  terrible  prophète*, 
le  conduira  à  m^.  Il  sait  le  nom  de  son  mal,  mais  ne  s'en  préoccupe  guère.  Il 
est  bizan*e,  maniaque  et  manque  totalement  de  tenue.  Il  a  eu  un  ou  deux  én- 
thèmes  vemaux.  L'appétit  lui  fait  défaut,  mais  non  la  soif. 

Que  d'individus,  à  ma  connaissance,  qui  boivent,  qui  fument,  qui  sont 
de  fervents  adeptes  de  Bacchus  et  de  Vénus,  et  fort  adonnés  au  culte  de 
Cythérée,  et  qui  n'offrent  aucun   des  symptômes  présentés  par  notre  bip- 

piatrc. 

N'ai-je  donc  pas  eu  raison  en  disant  que  pom*  devenir  pellagreux,  il  faut  y  être 
prédisposé;  et  ne  pourrais-je  ajouter,  en  répétant,  tout  en  les  changeant  d'objet, 
les  paroles  de  notre  grand  et  regretté  Tl'ousseau  :  a  Ne  devient  pas  pellagreux 
qui  veut?  » 


BBRTET.    —   DE  LA  PELLAGRE  SP0KAD1QUE.  681 

N'ai-je  donc  pas  eu  raison  en  disant  que  cette  prédisposition  avait  son  siëge 
dans  le  système  nerveux,  et  primitivement  dans  la  portion  ganglionnaire? 

Le  système  nerveux,  mais  c'est  tout  l'homme! 

Par  sa  puissance  ganglionnaire  ou  d'assimilation,  il  donne  la  force  et  la  santé 
aux  organes,  ce  qui  permet  de  vivre  et  de  se  développer. 

Par  son  action  dynamique  et  statique,  dont  la  source  est  au  cerveau  et  dans 
la  moelle  allongée  et  épinière,  il  constitue  Thomme  considéré  au  point  de  vue 
privé  comme  au  point  de  vue  social,  lui  donne  toute  sa  force  et  lui  inflige  toute 
sa  faiblesse. 

Si  l'on  ne  devient  pas  pellagrcux  à  volonté,  ce  qui  est  incontestable,  on  peut 
cependant  le  devenii*  sans  le  vouloir. 

Qu'y  aurait-il  à  faire  pour  qu'il  n'en  fût  pas  ainsi?  C'est  en  abordant  ce  point 
délicat  que  nous  allons  terminer. 

La  thérapeutique,  disons-le  tout  de  suite,  sans  être  totalement  désarmée 
vis-à-vis  de  la  pellagre,  est  cependant  peu  puissante  et  le  plus  souvent  inefficace. 

En  serait-il  de  môme  de  l'hygiène?  Non,  certes. 

L'hygiène...,  mais  c'est  le  grand  levier,  la  suprême  puissance  mise  à  la  portée 
du  médecin,  et  dont,  il  faut  bien  en  convenir,  il  n'a  encore  su  que  médiocre- 
ment se  servir. 

Avec  l'hygiène  cependant,  le  médecin,  que  ne  peut-il  pas  faire  de  l'homme? 
Il  en  peut  faire,  selon  qu'il  emploie  avec  disceniement  cette  grande  puissance, 
ou  qu'il  la  néglige,  l'oublie,  ou  l'applique  mal  et  à  contre-sens,  un  être  fort  et 
seulement  fort  (le  Spartiate),  le  soldat  passif,  mais  aguerri,  qui  ne  connaît  que 
la  force,  et  n'obéit  qu'à  la  force  ;  un  être  tout  à  la  fois  fort  et  intelligent  (rAthé- 
nien,  ce  créateiu*  de  l'atticisme  comme  de  toutes  les  sciences  et  de  tous  les 
arts)  ;  il  peut  également  lui  faire  occuper  tous  les  degrés  intermédiaires  à  ces  deux 
extrêmes  :  tous  ces  degrés  sont  dans  la  nature,  je  ne  l'ignore  pas,  mais  l'hygié- 
niste peut  y  faire  enti*er  l'homme  comme  il  peut  l'en  exclure.  Si  par  l'hygiène 
on  peut  faire  des  hommes  forts  et  des  hommes  intelligents  et  forts,  avec  tous  les 
degrés  qui  séparent  ces  deux  types,  par  son  absence  comme  par  son  emploi  vi- 
cieux on  peut  également  créer  des  êtres  à  face  humaine,  qui  ne  seront  ni  forts 
ni  intelligents,  ou  au  moins  qui  n'auront  qu'une  force  purement  brutale,  et 
qu'une  intelligence  nulle  ou  dévoyée  (1)! 

Pour  nous,  la  maladie  dont  nous  avons  essayé  ici  d'esquisser  le  tableau,  ce  que 
nous  n'avons  fait  que  bien  imparfaitement,  ne  se  rencontre  pas  dans  le  cadre  no- 
sologique  ;  ne  s'y  rencontrant  pas,  il  y  a  urgence  de  lui  assigner  une  place  dis- 
tincte dans  ce  même  cadre.  Mais  ne  le  pouvant  faire  sans  créer  un  mot  pour 
caractériser  une  chose  sans  nom,  nous  préférons  tout  simplement  nous  servir 
d'un  nom  connu,  et  dire  que  nous  avons  eu  à  observer  im  certain  nombre  de  cas 
de  pellagre  sporadiquc,  tout  en  nous  empressant  d'avouer  que  de  nouvelles  ob- 
servations sont  utiles,  ainsi  qu'une  étude  plus  approfondie,  pour  asseoir  et  fixer 
définitivement  ce  point  intéressant  de  pathologie  médicale. 

On  nous  permettra  sans  doute  d'ajouter  que  nous  serions  heui'eux  d'y  avoir  con- 
tribué pour  notre  faible  part. 

De  tout  ce  qui  précède  et  de  tout  ce  qu'il  serait  facile  d'y  ajouter,  nous  con- 
cluons : 

(I)  Sept  observations  élaieut  ici  conMgnées,  que  le  défaut  d*espace  nous  a  contraints  de 
sacrifier,  à  notre  grand  regret. 


682     CONGRÈS  MÉDICAL  INTEBNATIONAL.   -^  UXIËMB  SÈAIIGE  DE  JOUB. 

1®  Qu'en  dehors  de  l'action  du  maîs^  altéré  ou  non,  existe  une  mitl^'^îe  ayant 
la  plus  grande  analogie  et  les  analogies  les  plus  nombreuses  avec  la  pellagre  en* 
démique. 

2°  Que  cette  maladie  se  rencontre  un  peu  partout  et  dans  toutes  les  classes  de 
la  société^  mais  principalement  chez  les  campagnards. 

3°  Qu'elle  reconnaît  pour  causes,  en  dehors  d'une  prédisposition  que  nous  con- 
sidérons comme  indispensable,  les  rudes  travaux  agricoles  sous  l'action  des  rayons 
solaires,  la  mauvaise  nourriture  ou  son  insuffisance,  ainsi  que  les  diverses  pas- 
sions qui  assaillent  notre  pauvre  nature. 

4°  Que  cette  maladie  se  rapproche  des  névroses,  a  une  forme  presque  circu- 
laire^ régulière  et  annuelle;  qu'elle  est  caractérisée  par  du  délire,  de  la  diar- 
rhée^ un  érythème  spécial,  des  accidents  de  paralysie  et  par  un  penchant  au 
suicide. 

5*^  Que  cette  maladie  n'est  guère  influencée  par  la  thérapeutique,  mais  qu'elle 
est  susceptible  de  s'améliorer  et  même  de  disparaiti*e  par  l'emploi  d'une  bonne 
et  sage  hygiène. 


ÉTIOIiOeiB  DE  liA  PEIiliJieRi: 

PAR  M.   LE  DOCTEUR   LÉON   SORBETS,  D'AIRE  (LANBES). 


Depuis  la  première  moitié  du  xvni*  siècle,  époque  à  laquelle  on  fait  remonter 
les  premiers  cas  de  pellagre  observés  dans  les  Asturies,  les  médecins  ont  émis 
sur  la  nature  de  cette  affection  les  opinions  les  plus  contradictoires,  et  sur  son 
étiologie  les  causes  les  plus  diverses. 

Les  médecins  espagnols,  italiens  et  français  qui  se  sont  occupés  d'une  manière 
particulière  du  mal  des  Asturies  ou  de  la  rose,  du  scorbut  alpin  ou  de  la  fMagre, 
tous  noms  synonymes  d'une  même  maladie,  ont  voulu  expliquer  la  production 
de  cette  singuUère  aflection  en  invoquant  les  causes  les  plus  diverses,  et  souvent 
les  plus  opposées.  Pour  les  uns,  la  pellagre  a  pour  cause  l'alimentation  insuffi- 
sante ou  exclusive  ;  pour  les  auti'es,  l'action  du  soleil.  Ceux-ci  l'attribuent  à  la 
misère,  ou  à  l'influence  des  causes  morales;  enfin  il  en  est  qui  l'expliquent  par 
la  folie,  en  tant  que  cause  dépressive  de  l'organisme  :  autant  d'opinions  que 
d'erreurs  représentées  par  Gasal,  Soler,  Calderini,  Ginti*ac,  BiUod  (de  Sainte- 
Gemmes),  Théophile  Roussel,  Hameau  (de  la  Teste  de  Buch),  et  le  regrettable 
Landoiizy  (de  Reims).  Il  faut  arriver  à^l'année  18/^5  pour  trouver  avec  Balardini 
(de  Brescia)  la  véritable  cause  de  la  pellagre. 

Balardini  prouva  par  des  expériences  nombreuses  faites  à  l'aide  du  nûcro- 
scope,  que  la  pellagre  n'était  qu'un  empoisonnement  dû  à  la  présence  dans  le 
périsperme  du  maïs  d'un  champignon  qu'il  nomma  verderame,  et  qu'on  appelle 
verdet  du  mats.  C'est  le  Sporisorium  maidis  de  Link.  Ce  parasite  se  présente  sous 
forme  de  granulations  verdâtres.  Il  appaiHent  à  cette  nombreuse  classe  de  crypto- 


SORBETS,  D'AIRB.   —  Ên01.0GIE  Ofi  LA  PELLAGRE.  685 

games  qui  comprend  encore  le  Pénicillium  glavcum,  qu'à  l'aide  du  microscope 
M.  Robin  a  découvert  dans  les  liquides  albumineux  altérés  de  l'économie. 

C'est  la  seule  et  unique  cause  delà  pellagre.  Je  m'explique. 

Un  grain  de  ma!»  se  compose  de  trois  parties  principales  :  la  partie  la  plus 
extérieure  ou  corticale  ;  une  partie  interne^  dite  farine  ou  périsperme,  et  enfin  le 
geiine  ou  embryon.  Sous  certaines  influences  climatérlqucs  qui  nous  échappent 
encore^  dans  des  conditions  ordinairement  de  chaleur  ou  d'humidité^  les  granu- 
lations du  verdet,  portées  par  l'atmosphère^  pénètrent  par  la  tige  de  la  plante  et 
le  hile  du  grain,  dans  le  périsperme,  où  elles  prennent  droit  de  domicile,  autour 
de  l'embryon. 

On  conçoit  donc  ffae  cette  farine  ainsi  altérée  par  le  développement  du  cham- 
pignon qui  l'absorbe,  et  mélangée  avec  de  la  farine  de  bonne  qualité,  commu- 
nique à  cette  dernière  des  propriétés  délétères,  dont  l'action  se  fera  d'abord 
sentir  sur  les  voies  digestives,  et  que  l'observation  démontre  ;  puis  apparaîtront 
les  phénomènes  cutanés,  et  enfin  des  symptômes  nerveux  graves  :  car  telle  est  la 
triple  manifestation  de  la  pellagre,  véritable  trilogie  symptomatique,  phéno- 
mènes gastriques,  cutanés  et  nerveux,  que  nous  avons  observés  chez  les  malades 
du  bassin  de  l'Adour,  dans  nos  Landes,  surtout  pendant  l'épidémie  de  1858. 
Parmi  les  phénomènes  nerveux,  il  en  est  un  qui  mérite  une  mention  spéciale, 
et  qui  n'a  pas  été  étudié  d'une  manière  particulière,  c'est  le  délire  peUagreux,  au 
point  de  vue  de  la  médecine  légale.  Le  pellagreux  est-il,  oui  ou  non,  respon- 
sable de  ses  actes  ?  Telle  est  l'importante  question,  qui,  il  y  a  deux  ans,  a  été 
posée  et  traitée  dans  un  chapitre  des  Annales  médicchpsychologiques  de  M.  Brierre 
de  Boismont*  Nous  devons  l'insertion  de  l'article  à  l'obligeance  de  M.  le  docteur 
Bricheteau. 

On  a  fait  à  cette  doctrine  une  objection  plus  spécieuse  que  réelle.  On  a  dit  : 
Nous  acceptons  cette  cause  pour  les  populations  qui  mangent  du  maïs  altéré  ; 
mais  pour  celles  qui,  atteintes  de  pellagre,  ne  se  nourrissent  jamais  de  maïs, 
nous  ne  pouvons  pas  l'accepter. 

C'est  vrai.  Mais  ici  il  faut  faire  une  distinction.  C'est  que  les  personnes  qui 
n'ont  jamais  mangé  de  maïs  n'ont  pas  la  pellagre.  Elles  sont  bien  atteintes 
d'états  pathologiques,  l'acrodynie,  la  pseudo-pellagre  ou  fausse  pellagre,  dus  à 
des  champignons,  à  des  parasites  qui  sont  des  variétés  de  VUredo  segeium  ou 
autres,  mais  qui  ne  constituent  pas  la  pellagre  avec  sa  triade  bien  tranchée  de 
symptômes  gastriques,  cutanés  et  nerveux  ;  car  la  pellagre  a  son  individualité 
pathologique  propre,  et  sa  place,  d'après  Monneret,  parmi  les  empoisonnements 
végétaux,  enfin  sa  physionomie  caractéristique  et  son  mode  de  développement 
spécial. 

En  résumé,  la  pellagre  est  un  empoisonnement  de  l'économie,  dont  l'étiologie 
est  due  à  une  cause  végétale,  à  un  champignon,  le  verdei^  qui  se  développe  dans 
le  périsperme  du  maïs.  C'est  à  Balardini  (de  Brescia)  que  revient  l'honneur  de 
cette  découverte  ;  ce  sont  les  expériences  de  ce  médecin,  qui,  poursuivies  et 
acceptées  par  le  docteur  Costallat  (de  Bagnères),  ont  établi,  de  la  manière  la  plus 
irréfutable,  que  la  cause  de  la  pellagre  résidait  dans  le  verderame,  le  verdet  du 
maïs,  ou  Sporisorium  mafdia  de  Link. 


68^      CONGRÈS  MÉDICAL  INTERNATIONAL.    —   SIXIÈME  SÉANCE   DE  JOUR 


DRS  CAUSE»  BE  liA   PKIiliACRE 

PAR  M.    LE  DOCTEUR  BOUCHUT, 
Médecin  de  l'hApiUl  des  Enfants  malades  à  Paris. 


Il  y  a  en  présence  deux  opinions  opposées  sur  la  cause  déterminante  de  la 
pellagre.  Dans  la  première^  c'est  à  l'alinientation  par  le  maïs  altéré  par  Xe^verdei 
qu'on'  attribue  la  production  de  la  maladie.  Telle  est  la  pensée  de  Balardini,  à 
laquelle  s'est  associé  M.  Roussel.  C'est  le  zéisme.  Dans  la  seconde^  qui  a  été 
particulièrement  défendue  par  M.  H.  Gintrac^  c'est  à  la  mauvaise  alimentation 
en  général,  et  à  la  misère  surtout^  qu'il  faudrait  rapporter  le  développement  du 
mal  dans  certaines  localités  oii  l'on  ne  consomme  pas  de  maïs. 

Il  est  certain  que  le  maïs  de  bonne  qualité  ne  produit  pas  la  pellagre,  et  que 
si  l'on  récolte  cette  céréale  dans  de  bonnes  conditions  et  qu'on  la  fasse  passer 
au  four^  comme  le  conseille  M.  Costallat^  il  ne  s'y  produit  pas  de  verdet,  et  l'on 
peut  la  manger  sans  inconvénient. 

D'une  autre  part^  il  y  a  des  endémies  pellagreuses  et  des  pellagres  sporadi- 
ques  à  Paris,  en  Champagne,  dans  les  Landes,  sans  que  les  sujets  atteints  aient 
fait  usage  de  maïs  ;  mais  ces  sujets  sont  plus  ou  moins  bien  nourris  et  souvent 
végètent  dans  une  profonde  misère.  Comment  cela  se  fait-il  ?  N'y  aurait-il  pas 
en  dehoi*s  du  maïs  une  céréale  servant  à  l'alimentation  et  qui  puisse  être  alté- 
rée par  le  verdet?  Si  cela  est,  on<;omprend  qu'en  dehoi's  du  zéisme^  la  pellagre 
puisse  se  produire. 

Eh  bien,  l'observation  prouve  que  le  blé  est  sujet  à  une  maladie  qu'on  ap- 
pelle le  verUde-iiTiSy  et  le  microscope  montre  que  ce  vert-de-gris  n'est  autre 
chose  que  le  Sporisorium  tritici,  c'est-à-dire  du  verdet  semblable  à  celui  du  maïs. 
On  pourra  s'en  convaincre  par  les  figures  que  je  montre  ici  et  qui  sont  extraites 
de  mon  Dictionnaire  de  thérapeutique,  article  Pellagre. 

Dans  cet  état  de  choses,  il  n'y  a  plus  à  inculper  le  maïs  seul  pour  la  produc- 
tion de  la  pellagre,  et  dans  les  pays  pauvres  où  l'on  se  nourrit  mal  avec  du  blé 
de  mauvaise  qualité,  avarié  et  couvert  de  verdet,  on  comprend  que  la  pellagre 
puisse  prendre  naissance.  Cela  explique  les  endémies  pellagreuses  sans  séisme, 
et  la  connaissance  de  ce  fait  pourra  peut-être  rapprocher  des  savants  qui  n'étaient 
divisés  que  faute  d'une  étude  suffisante  des  faits. 


(de  Turin)  proteste  contre  la  dénomination  d'opinion  ikUiewte 
appliquée  à  la  doctrine  du  zéisme  ou  du  verdéramistne.  S'il  est  bien  vrai  que 
Balardini  ait  fait  partager  ses  convictions  à  un  certain  nombre  de  ses  compa- 
triotes, il  s'en  faut  que  tous  les  médecins  italiens  rattachent,  d'une  manière 
absolue,  l'existence  de  la  pellagre  à  l'altération  du  maïs  par  un  parasite. 

11  y  a  quelques  années,  l'Académie  de  Tlirin,  que  M.  Demaria  représente  au 
Congrès,  nomma,  pour  étudier  l'étiologie  et  la  prophylaxie  de  la  pellagre,  une 
commission  dont  l'orateur  fut  chargé  de  faire  le  rapport,  rapport  dont  elle 


BOUCHUr.  —  CAUSES  OE  LA  PELLAGRE.  685 

approuva  les  cuuclusions.  La  commission  fit  son  travail  après  une  enquête  qui 
ne  porta  pas  sur  moins  de  3000  pellagreux.  Or,  de  cette  enquête,  il  résulta  d'une 
manière  évidente  pom*  les  membres  de  la  commission,  que  la  pellagre  ne  puise 
pas  ses  causes  à  une  source  unique,  et  qu'elle  ne  saurait  être  regardée  comme 
ayant  exclusivement  son  origine  dans  l'usage  du  maïs  sain  ou  altéré.  L'hérédité, 
pai*  exemple,  contiibue  puissamment  à  l'éclosion  de  la  pellagre,  qu'on  voit  se 
transmettre  de  père  en  fils.  On  en  peut  dii*e  autant  des  émanations  maréca- 
geuses, de  la  privation  de  boissons  fortifiantes,  des  gi*andes  calamités  publiques, 
telles  que  les  disettes,  les  incendies,  qui  agissent  doublement  en  aggravant  la 
misère  et  en  déprimant  l'énergie  morale  de  ceux  qui  en  sont  les  victimes. 

L'enquête  a  également  montré  qu'il  n'existe  pas  de  remède  spéciûque  de  la 
pellagre  ;  l'hygiène  doit  intervenir  dans  le  traitement  de  cette  maladie,  tout 
autant  que  la  matière  médicale.  A  Milan,  on  s'est  bien  trouvé  des  soins  apportés 
à  l'hygiène  des  malades,  de  l'usage  des  bains,  des  préparations  de  douce- 
amère. 

Toutes  les  causes  qui  peuvent  produire  la  pellagre  agissent  en  modifiant  len- 
tement le  système  nerveux  et  le  tube  digestif.  Ce  qu'il  faut  chercher  suriout, 
c'est  une  bonne  prophylaxie  de  cette  maladie  ;  les  investigations  de  cet  ordre 
rentrent  essentiellement  dans  le  but  du  Congrès.  Il  faut  pousser  les  gouverne- 
ments à  améliorer  le  sort  des  populations  parmi  lesquelles  sévit  la  pellagre  ;  les 
riches  doivent  intervenir  pour  procurer  des  conditions  plus  favorables  à  ceux  qui 
travaillent. 

Enfln,  ajoute  M.  Demaria,  les  médecins  légistes  ne  doivent  pas  perdre  de  vue 
l'importance  de  cette  maladie.  Plus  d'une  fois  on  a  poui*suivi  et  condamné, 
comme  criminels  des  individus  qui  n'étaient  que  des  malheureux  affectés  de 
monomanie  pellagreuse. 

M.  niBgslon  (de  Montréal,  Canada)  signale  un  certain  nombre  de  faits  qui 
s'observent  au  Canada,  et  qui  paraissent  démontrer  l'influence  que  peut  exercer 
l'alimentation  sur  la  santé  et  le  développement  des  races.  Le  Canada  est  habité 
par  deux  races  différentes,  les  Français  ou  Franco- Canadiens,  et  les  Anglais.  Ces 
derniers,  à  l'encontre  des  habitudes  de  la  mère  patrie,  mangent  fort  peu  de 
viande,  tandis  que  les  Franco-Canadiens  en  consomment  des  quantités  considé- 
rables :  on  les  voit  manger  jusqu'à  deux  et  trois  livres  de  porc  par  jour.  Or,  les 
Anglais  du  Canada,  surtout  si  on  les  compare  au  type  primitif,  constituent  une 
race  relativement  chétive.  Leurs  maladies  sont  spécialement  dos  afl'ections  de 
poitrine.  Les  Franco-Canadiens  sont  au  contraire  robustes;  ils  ne  souffrent 
guère  que  de  l'estomac  ou  des  intestins,  et  leurs  maladies  ont  généralement  peu 
de  gravité. 

Les  deux  races  n'ont  pas  progressé  dans  la  même  mesure.  Les  Anglais  sont 
moins  forts  et  moins  aptes  à  la  reproduction  que  les  Français. 

Faut-il  attribuer  exclusivement  ces  traits  distinctifs  et  tranchés  à  la  difTérencc 
d'alimentation,  ou  faut-il  faire  une  part  à  l'accliniatement  toute  en  faveur  des 
Franco-Canadiens,  qui  sont  les  premiers  colons  du  Canada  ?  Telle  est  la  question 
que  M.  Hingston  soumet  au  Congrès. 

M.  le  professeur  Marcovlts  (de  Bucharest)  signale  aussi  la  nourriture  végé- 
tale, féculente,  épicée  et  très-acide  dont  les  habitants  des  Principautés-Unies 
font  pres(|ue  exclusivement  usage,  connue  étant  la  cause  d'un  état  typhoïde 


686     CONGRÈS  MÉDICAL  INTEBNATIONAL.    —  SIXIÈME  SÊAJMCE  DE  JOUB. 

spécial,  et  de  la  forme  typhoïde  que  prennent  la  plupart  des  maladies,  de  k 
constipation  et  des  hëmorrhoïdcs  qui  en  sont  la  conséquence  ;  hémorrholdes 
simples,  fluentes,  sans  complications,  mais  des  plus  communes.  L'extrême  fré- 
quence de  la  goutte  atonique  lui  semble  également  résulter  de  cette  nouiriture 
mauvaise,  insuffisante,  dont  les  viandes  rouges  sont  presque  entièrement  bannies 
et  remplacées  pai'  les  viandes  blanches,  le  poulet  en  particulier,  pour  ceux  qui 
peuvent  en  user. 


BE  li'AUMBirrATIOlV  CUEM  MM»  MKWAfHTm 

PAU  M.   LE  DOCTEUR  CARON   (DE  PARIS). 


Messieurs, 

X 

Tous  les  praticiens  et  les  physiologistes  sont  unanhnes  pour  reconnaître  que 
Talimentation  comporte  de  nombreuses,  de  pi*ofondes  différences,  suivant  qu'on 
la  considère  au  point  de  vue  des  latitudes,  des  saisons,  des  tempéraments,  et  plus 
spécialement  encore  au  point  de  vue  de  l'âge.  Mais,  à  ce  dernier  titre,  nous 
permetlra-t-on  de  faire  remarquer  que  c'est  une  des  questions  qui  laissent  beau- 
coup à  désirer,  surtout  en  ce  qui  concerne  les  nouveau-nés  ! 

La  grande  majorité  des  médecins  parait  ne  devoir  s'en  rapporter  qu'aux  in^ 
stincts  maternels,  et  néglige  beaucoup  trop  de  faire  pénétrer  dans  l'esprit  des 
jeunes  mères  et  des  nourrices  ces  notions  élémentaires  d'hygiène  générale  el 
particulière,  qui  mettraient  la  santé  des  enfants  à  l'abri  de  ces  habitudes  rou- 
tinières auxquelles  ils  sont  plus  tard  redevables  des  constitutions  bonnes  ou 
mauvaises  qui  les  caractérisent. 

Aucun  d'eux,  en  effet,  ne  peut  ignorer  qu'à  cette  époque  plus  encore  qu'aux 
périodes  de  la  vie  intra-utérine,  les  enfants  ressentent  l'influence  des  éléments 
plastiques  assimilables,  bons  ou  mauvais,  qu'ils  puisent  dans  les  aliments  conflé$ 
à  leur  tube  digestif .  Si  la  qualité  des  aliments  plastiques  puisés  dans  le  sang  de 
la  mère  pendant  la  vie  intra-utéiine  peut  éclairer  les  questions  d'hérédité  ma- 
ternelle, les  conditions  d'alimentation  dans  le  premier  âge  concourent  plus 
directement  à  caractériser  l'évolution  des  aptitudes  diathésiques  constituffon- 
helles  de  la  scrofule,  du  lymphatisme  et  la  prédisposition  légitime  à  la  tuber- 
culose, à  la  phthisie  pulmonaire,  au  rachitisme,  à  la  syphilis,  etc.  En  bonne 
conscience,  en  faut-il  donc  plus  pour  justifier  le  vœu  que  nous  exprimons  aTcc 
tant  de  conviction,  que  les  gouvernements  doivent  demander  aux  médecins  et  aux 
physiologistes  de  formuler,  pour  les  mères  et  les  nourrices,  ces  notions  d'hygiène 
Spéciales  qui  doivent  les  encoui*ager  à  abandonner  ces  routines,  ces  éducations 
de  commérage,  si  profondément  nuisibles  à  la  santé,  à  la  constitution  des  gêné- 
l'ations  présentes  et  futures? 

C'est,  disons-le  hautement,  pal*  renseignement  de  la  puériculture  que  l'on 
j)eut  espérer  combattre  efficacement  ces  principes  des  maladies  héréditaires^ 


GARON.  —  DE   L*ALIMENTAT10N  GttBZ  tË8  ËNfARTS.  6^7 

parasitaires,  constitutionnelles^  pour  lesquelles  on  s'évertue  à  chercher  des  pana- 
cées impossibles^  improductiyes  ! 

Apprenez  aux  mères  et  aux  nourrices  à  réglementer  convenablement  l'alimen- 
tation des  nouveau-nés^  et  vous  contribuerez  tout  à  la  fois  à  l'amélioration  du  sort 
de  ces  jeunes  créatures^  en  même  temps  que  vous  leur  préparerez  de  meilleures 
constitutions  et  des  ^titudes  intellectuelles  et  physiogéniques  meilleures  ! 

Nous  terminerons  en  émettant  le  vœu  bien  formel  que  l'on  institue^  à  la  por- 
tée des  mères  et  des  nourrices  de  profession^  un  enseignement  hygiénique  et 
physiologique  approprié  (à  l'instar  de  la  puériculture),  pour  édifier  les  mères  et  les 
nourrices  dans  Taccomplissement  physique  et  moral  de  leur  œuvre  philanthro- 
pique et  sociale. 

Tout  le  monde  comprend^  en  effets  aussi  bien  que  les  médecins,  que  les 
organes^  les  appareils  des  nouveau-nés,  se  complètent,  se  perfectionnent  à  la 
faveur  des  principes  assimilables  qu'ils  puisent  dans  les  produits  de  la  digestion 
stomacale^  qui  leur  est  alors  complètement  personnelle.  Or  donc,  si  ce  nouveau 
produit  de  l'élaboration  digestive  réunit  toutes  les  qualités  physiologiques  dési- 
rables, nul  doute  que  l'enfant  qui  va  procéder  au  complément  de  sa  catalyse 
organisatrice  avec  de  tels  matéiiaux,  ne  réalise  la  meilleure  organisation,  la  plus 
florissante  constitution  que  l'on  puisse  désirer.  Mais,  ne  craignons  pas  de  le  dire, 
et  de  le  dire  très-haut,  ces  conditions  anatomo-physiogéniques  ne  peuvent  réelle- 
ment se  rencontrer  que  dans  les  mains  des  mères  et  des  nourrices  qui  auront 
su  mettre  à  profit  ces  dogmes  physiologiques  qui  font  la  base  de  la  puériculture  : 
de  ne  donner  le  sein  à  l'enfant  que  de  quatre  en  quatre  heures  pendant  le  jour, 
et  de  ne  jamais  lui  en  accorder  pendant  la  nuit! 

Ces  limites  alimentaires  reposent  en  effet  sur  des  considérations  physiolo- 
giques du  premier  ordre,  à  savoir  :  que  les  organes  digestifs  de  l'enfant,  comme 
ceux  de  l'adulte,  demandent  à  ne  point  être  forcés,  et  qu'en  dehors  du  travail 
physiologique  normal  indispensable,  ils  doivent  avoh*  aussi  leur  période  de  repos 
ou  de  réparation,  pour  se  mettre  en  mesure  de  satisfaire  ultérieurement  aux 
nouvelles  opérations  physiogéniques  qui  leur  sont  dévolues. 


■««r 


688     CONGRÈS  MÉDICAL  INTfiRNATlOiNAL.  —  SUIËME  SÉANCE  DE  JOUR. 


li'BIiECTRKJàTIOIV  C^iBNiBRAIilSiBK 
BASÉE    miJR  »B   IVOWfSAlJX.   PROClÊlMfei 

PAR  M.  LE  DOCTEUR  JOSEPH  DROPS  Y  (DE  CRACOVIE)  (1). 


THÉRAPIE   BASÉE   SUR   L  APPLICATION    GÉNÉRALE    DE   L  ÉLEITRICITÉ. 

Les  résultats  des  perquisitions  de  vingt-cinq  ans  que  nous  avons  instituées  dans 
le  but  d'étudier  la  sensibilité  de  l'organisme  humain,  à  l'état  normal  et  anomal, 
ont  aussi  posé  une  base  à  l'application  thérapeutique  de  l'électricité.  Après  avoir 
reconnu  les  conditions  de  l'équilibre  de  la  sensibilité  des  points  cardinaux  à  l'état 
normal,  et  toutes  ses  aberrations  à  l'état  pathologique,  il  nous  a  été  possible 
d'étudier  à  l'aide  des  épreuves  électriques  chaque  genre  d'application  de  l'élec- 
tricité. 

Nous  ne  voulons  pas  abuser  de  votre  patience,  messieurs,  en  exposant  toutes 
les  modifications  de  l'application  thérapeutique  que  nous  avons  instituées  durant 
cette  longue  série  d'années.  Nous  nous  bornerons  à  citer  les  applications  qui  ont 
principalement  contribué  à  donner  une  valeur  incontestable  à  Vélectrimtùm  géné- 
ralisée. 

En  instituant  chaque  séance  des  épreuves  électriques  avant  l'application  thé- 
rapeutique de  l'électricité,  et  en  répétant  ces  épreuves  immédiatement  après  l'ap- 
plication, nous  avons  été  en  état  d'établir  la  juste  valeur  de  chaque  application 
thérapeutique.  Ce  travail  a  exigé,  messieurs,  beaucoup  de  patience  et  de  persé- 
vérance, mais  ce  n'est  que  de  cette  manière  que  nous  avons  pu  obtenir  un  résul- 
tat clair  et  net,  exempt  de  toute  influence  nuisible,  qui  pourrait  avoir  lieu  si  les 
épreuves  n'étaient  pas  instituées  immédiatement  après  l'application  thérapeu- 
tique. 

Nous  avons  finalement  trouvé  que  les  maladies  où  les  côtés  latéraux  de  la  péri- 
phérie du  corps,  c'est-à-dire  les  extrémités,  ont  une  sensibilité  égale,  exigent 
l'application  du  courant  électrique  ccntnftigCy  et  que  les  maladies  où  la  sensi- 
bilité des  extrémités  est  inégale^  doivent  être  traitées  par  le  courant  centripète. 
Nous  avons  en  outre  constaté  qu'il  faut  réaliser  ces  courants  en  mettant  en  rela- 
tion le  sommet  de  la  tête  et  le  creux  de  l'estomac,  c'est-à-dire  les  centres  repré- 
sentant le  système  nerveux  avec  l'électricité  d'un  pôle  de  l'appareil  (2),  et  les 
extrémités  avec  l'électricité  de  l'autre  pôle  (3). 

Dans  le  biU  d'instituer  un  courant  centiifitge,  il  faut  par  conséquent  appliquer 
V électricité  du  pôle  positif  aux  centres,  et  Vékvtncitè  négative  aux  extrémités.  Afin  fie 
provoquer  un  courant  centripète,  on  doit  appliquer  V électricité  négative  aux  centres  tt 

(t)  Ce  travail  était  précédé  d'une  introduction  physiologique  qui  n'a  pu  être  reproduite. 
Faute  d'espace, 

(2>  A  l'aide  d*un  rhéopbore  bifurqué. 
(3)  Par  un  rhéophorc  quadrifurqué. 


DBOPSY.  —  ËLBCmiSATION  GÉNÉRALISÉE.  689 

/a  positive  aux  extrémités,  L'ajypiication  thérapeuHqtœ  de  Vélectficité  d'après  cette 
méthode  est  par  conséquent  générale. 

En  appliquant  de  cette  manière  l' électricité  dans  les  maladies  curables^  on 
observe  toujours  un  résultat  plus  ou  moins  favorable  dans  les  épreuves  que  l'on 
institue  durant  la  cure.  La  sensibilité  devient  de  plus  en  plus  normale,  état  qui 
est  aiissi  constamment  accomjMigné  du  rétablissement  progressif  de  la  santé  du  malade. 

On  observe  dans  ce  rétablissement  de  la  sensibilité  normale  un  certain  ordre. 
Véfjuilibre  détérioré  de  la  saisibilité  s'établit  avant  tout  latéralement,  si  la  maladie 
appartient  à  la  catégorie  des  affections  de  la  fonction  centripète,  où  la  sensibilité 
est  inégale  dans  les  extrémités.  Quand  l'égalité  de  la  sensibilité  latérale  a  été 
réalisée,  c'est  la  sensibilité  du  bas  en  haut  qui  se  normalise.  Ce  sont  les  pieds,  plus 
tard  les  mains^  où  la  sensibilité  devient  graduellement  normale  à  l'égard  des 
cadres,  La  sensibilité  réciproque  des  centres  se  normalise  finalement. 

C'est  aussi  l'épreuve  qualitative,  et  ensuite  l'épreuve  qiumtitiUivc  qui  mani- 
festent une  sensibilité  normale,  en  présentant  jusqu'à  ce  résultat  différentes 
nuances  de  la  sensibilité.  Quand  on  a  atteint  ce  but,  la  pei*sonne  examinée  jouit 
d*an  équilibre  parfait  de  la  sensibilité  et  d*ww  sanlè  absolue. 

Ces  investigations,  qui  présentent  un  point  de  vue  nouveau  dans  le  domaine 
de  notre  science,  et  qui,  nous  l'espérons,  contribueront  h  élargir  le  cadre  de  nos 
idées,  nous  démontrent  aussi,  messieurs  et  honorés  confrères,  que  non-seule- 
ment la  vie  des  mondes,  mais  aussi  la  vie  de  l'individu  sont  sous  l'influence  d'un 
ordre  parfait.  Elles  nous  prouvent,  en  outre,  que  les  perturbations  qui  se  mani- 
festent dans  la  nature  ne  sont  nullement  exemptes  de  cet  ordre  sublime, 
émané  de  la  toute-puissance  du  Créateur. 

C'est  surtout  à  la  fin  d'une  cure  électrique  que  l'on  découve  la  source,  le  siège 
principal  de  la  maladie.  On  trouve  que  tous  les  points  sont  noi-maliscs,  excepté 
un  centre,  ce  qui  prouve  que  la  source  principale  des  maladies  est  centrale. 

Dans  les  maladies  incurables,  l'amélioration  des  éprouves  électriques  n'a  lieu 
qu'à  un  certain  dcgi*é;  elle  se  déclare  dès  le  commencement  de  la  cure  électrique. 
Le  progi'ès  vers  le  bien,  qui  se  manifeste  presque  toujours,  malgi'é  l'incurabililé 
do  la  maladie,  doit  être  attribué  aux  complications  que  la  cure  électrique  a  été 
en  état  d' anéantit*.  Après  l'éloignement  des  complications,  quand  on  a  affaire  à 
la  maladie  incurable,  les  applications  consécutives  de  l'électricité  ne  donnent 
aucun  résultat  favorable.  L'épreuve  électrique  reste  toujoui^s  la  même,  quant 
aux  anomalies  de  la  sensibilité,  ou  présente  quelquefois  des  détériorations,  ce 
qui  est  cependant  très-rare.  Il  ne  faut  pourtant  pas  se  décourager  et  discontinuer 
rusage  de  Vèlectricitè  aussi  longtemps  que  répreuve  électriqtte  reste  toujours  la  même 
et  ne  démontre  pas  une  aggravation  notable,  qui  ^mrsiste  malgré  lylusieurs  applications 
électriques  conséaUiveSf  car  la  détérioration  de  l'épreuve  peut  être  la  suite  d'une 
cause  nuisible,  à  laquelle  le  malade  a  pu  être  exposé  pendant  la  cure,  et  la 
maladie  réputée  incurable  pourrait  cependant  céder  sous  l'influence  de  cette 
nouvelle  méthode.  11  ne  faut  pas  non  plus  cesser  l'application  ultérieure  de  l'é- 
lectricité, malgré  Vaggravatim  de  la  maladie  elle-même,  si  Vépreuve  électnque  nemanx- 
feste  une  détérioration  de  la  sensiltilité.  L'aggravation  des  symptômes  de  la  maladie 
est  aloi*s  la  suite  d'une  perturbation  critique  qui  produit  toujours  un  résultat  plus 
ou  moins  favorable.  Les  cures  électriques  d'après  rélectiisation  généralisée  sont 
pour  la  jilapart  accompagnées  de  crises  notables  et  fréquentes. 

Nos  perquisitions,  quoique  d'ancienne  date,  ne  sont  pas  suffisantes  pour  être 
en  état  d'indiquer  les  maladies  dans  lesquelles  l'usage  de  l'électiicité  est  nuisible. 


690       CONGRÈS  MÉDICAL  INTERNATIONAL  —  8IX1ÈIIB  SfiANGE  DE  iOUB. 

L'expérience  d'un  homme  ne  peut  y  suffire.  Nous  nous  sommes,  da  reste,  prin- 
cipalement occupés  à  découvrir  des  lois^  afin  de  pouvoir  trouver  une  base  |ilus 
solide  dans  les  applications  médicales  de  rélecthcité.  En  connaissant  les  lois, 
l'indication,  quant  àTusage  de  l'électiicité  dans  telle  ou  telle  maladie,  peut  être 
facilement  trouvée. 

Nous  avons  mis  l'électrisalion  généralisée  en  usage  avec  un  succès  incontes- 
table, non-seulement  dans  des  maladies  chrotdques,  mais  dans  beaucoup  dt! 
maladies  aigiiès  et  iuflammaioires,  contrairement  à  l'opinion  professée  jusqu'à 
présent,  ce  qui  prouve  que  le  cadre  thérapeutique  électrique  usité,  peut  être 
considérablement  élargi,  et  que  cette  force  ne  manquera  pas  de  jouer  à  Favenir 
un  rôle  émincnt  dans  l'art  de  guéiir.  C'est  surtout  dans  les  affections  nerreuses 
et  dans  d'autres  maladies  rebelles  aux  iraUemaits  ordinaires,  que  l'on  peut  appré- 
cier la  valeur  de  V électrisation  géfiémlisée. 

Chaque  genre  d'électricité^  non  CKCcpté  V aimant^  peut  être  appHqué  aivée  frvit 
dans  notre  méthode.  Nous  avons  obtenu  des  résultats  favorables  en  appliquant 
des  courants  continus  et  des  courants  interrompus.  Il  faut  cependant  que  l'appareil 
(|ue  l'on  uiet  eu  usage  ait  deux  pôles  distincts,  afin  de  pouvoir  réaliser  un  cou- 
rant électi'ique,  qui  ne  change  pas  de  direction,  c'est-à-dire  un  courant  cerUri" 
fuge  ou  cefitnpètef  selon  la  nécessité. 

En  se  servant  de  l'aimant  qui  doit  avoir  une  force  suffisante  pour  produire  on 
eil'et  distinct,  il  faut  établir  une  communication  entre  les  pôles  et  les  points  car« 
dinaux  de  l'organisme,  à  l'aide  des  conducteurs  mentionnés.  Nous  adoptons  dan? 
ce  but  des  dés  métalliques  creux  ajustés  aux  pôles  et  munis  d'anneaux. 

Ce  genre  d'application  de  l'aimant,  qui  admet  un  courofU  agissant  à  distto^^  et 
qui  n'a  pas  encore  été  mis  en  pratique,  convient  surtout  aux  personnes  nerveuses. 
chez  lesquelles  il  provoque,  après  quelques  minutes  de  séance,  des  effets  scn* 
sibles  et  parfois  très-prononcés.  Le  pôle  austral  répond,  dans  ce  genre  d'applica- 
tion>  à  VélecUidté  positive,  le  pôle  boréal  à  l'électiicité  négative. 

Quant  à  la  durée  d'une  séance  électrique,  une  demi-heure  suffit.  Les  séances 
l>euvent  avoir  lieu  une  ou  deux  fois  par  jour,  quelquefois  par  semaine,  ce  qui 
dépend  de  la  gravité  de  la  maladie.  L' électrisation  généralisée,  qui  n'eiijt' 
qu'une  intensité  modérée  de  l'électricité  et  qui  n'irrite  jamais  les  nerfs,  explique 
la  possibilité  d'une  séance  prolongée.  Nous  avons  môme  appliqué  T électricité  (ic 
cette  manière  durant  quel<[ues  heures,  sans  incommoder  sous  aucun  rapport  lc5 
personnes  les  plus  nei*veuses. 

11  y  a  de  la  difficulté,  sinon  de  l'impossibilité^  à  trouver  une  personne  tout  ï 
fait  bien  portante,  pour  vérifier  les  résultats  de  l'épreuve  électrique  physiolo- 
gique. 11  faut,  dans  ce  but,  entreprendre  une  cure  électrique  avec  une  personne 
soi-disant  bien  portante,  ce  qui  réussit  le  mieux,  si  l'on  a  recours  à  des  jeunc< 
filles  qui  n'ont  jamais  été  malades,  et  qui  sont  en  général  plus  intelligente^  et 
plus  attentives  que  les  garçons.  Après  avoir  découvert  chez  ces  personnes  toutes 
les  anomalies  de  la  sensibilité,  que  Ton  rencontrée  toujours  malgré  l'apparence 
de  santé,  on  entreprend  une  cure  électrique  d'après  les  règles  que  nous  Tenon< 
d'exposer,  et  l'on  parvient  aux  résultats  indiqués. 

Si  après  avoir  normalisé  les  éprtuves  électriques,  on  ne  discontinue  pas  ViL<fiO''  ''^ 
l'électricité  d'après  h  même  procédé^  et  qu'on  instittte  et  eaxLmine  les  éprenrcs  électri^p'*^^ 
on  y  trouvera  toujours  les  mômes  résultats,  ce  qtti  prouve  que  Vétat  physiologi'i»t'  «^ 
l'organisme  a  été  atteint  et  que  ce  mode  d'application  m  gâte  pas  VéqmHbre  de  la  «'<- 
sibiHté  normah  de  Vorgafiisme» 


MOVSY.  «—  iLBCTRiaATION  GÊNteAUSte.  Oftl 

Les  épreuves  électriques  restent  normales  aussi  longtemps  que  la  personne 
eiLaminée  ne  s'expose  pas  à  une  influence  nuisible.  L'équilibre  de  la  sensibilité 
est  bientôt  détérioré,  si  Ton  cesse  d'appliquer  l'électricité.  Un  petit  refiroidisse- 
ment,  une  cause  nuisible  dans  le  régime  de  la  vie  pbjsique  ou  morale, 
aussi  insignifiante  qu'elle  soit,  provoquent  immédiatement  des  anomalies 
dans  les  épreuves  électriques,  malgré  Tapparenoe  d'une  parfaite  santé,  qui 
est  d'autant  plus  admissible  que  l'examen  médical  usité  parait  justifier  Tas^ 
surancc  de  la  personne  soi-disant  bien  portante*  Si  la  cause  nuisible  a  été 
grave  et  de  nature  à  pouvoir  développer  une  maladie  distincte,  le  médecia,  à 
l'aide  des  épreuves  électriques,  est  en  état  de  prédire  cette  maladie  avant  sa 
déclaration  et  malgi'é  l'absence  des  symptômes  patbognomoniques. 

Ce  qui  a  été  dit  prouve  rimportaac9'>de  l'électricité  dans  l'art  de  guérir,  et 
son  incomparable  délicatesse  prabatoire,  quand  il  s'agit  de  sonder  l'état  de  l'or* 
ganisme,  de  découvrit*  les  germes  ocultes  des  maladies  dans  tous  les  cas  dou- 
teux où  Texameft  médical  usité  ne  suffit  pat»  Ge  qui  a  été  dit  démontre  aussi 
la  possibilité  d'avoir  recours  à  cette  force  comme  moyen  prophylactique,  c'est-à*- 
dk*e  ptéMârwMf^  Si  l'on  peut,  en  effets  découvrir  chaque  germe  de  maladie  à 
l'aide  des  épreuves  électriques,  si  l'on  est  en  état  d'anéantir  ces  germes  par 
l'application  de  l'électricité  que  nous  venons  d'indiquer,  et  si  ce  genre  d'appli^ 
cation  n'est  jamais  nuisible,  nonobstant  la  présence  de  l'état  phystologique,  il 
est  clair  que  réiectricfté  peut  être  mise  en  usage  impnnémeiii  et  avec  friiit  dans 
tous  les  cas  où  la  maladie  ne  s'est  pas  encore  déclarée.  J/meige  de  réketrieUéf 
comme  magmpropkykKtiquif  aeam  oinUredU  utè  grand  of^enirM  eU  de  la  pim  haute 

ABRÉVUTIONS. 

Dans  le  but  d'éviter  les  répétitions  et  pour  faciliter  Taperçu  dans  les  épreuves 
électriques,  nous  nous  servons  des  abréviations  qui  peuvent  indiquer  toutes  les 
modifications  possibles  par  rapport  au  tempe  et  à  la  force  de  la  sensation.  Noos 
mettons  en  usage  les  abréviations  suivantes  : 

E,  encephalum,  Encéphalç,  sommet  de  la  tête. 

G,  cervix.  Région  cervicale  de  la  colonne  vertébrale. 

L,  Itjunbus.  Région  lombaire  de  la  colonne  vertébrale. 

S,  sympathicus,  scrobûnilum  cordis.  Région  épigastrique,  creux  de  l'estomac. 

M,  mantts  dextra»  Main  droite. 

m^  manus  sùmtraé  Main  gauche* 

3m,  manus  dextra  et  simsti'a»  Mains,  di'oite  et  gauche. 

P,  pes  dexter.  Pied  droit. 

pi  pessMstefè  Pied  gauche. 

2p,  pe$  dexter  et  sinisier.  Pied  droit  et  gauche. 

N,  état  normal  par  Papport  à  la  force  de  la  sensation  et  au  temps  de  la  per- 
ception; 

Z,  ttat  anomal  opposé  au  précédent,  où  la  sensation  est  plus  petite  et  se  déclare 
plus  tard  dans  le  point  plus  rapproché  du  sommet  de  la  tète. 

Pour  indiquer  la  Tmii^simultanéité  de  la  sensation  de  différents  points,  il  suffit 
de  les  noter  d'après  l'ordre  du  temps  de  la  sensation  :  par  exemple  CMm  signi- 
fie que  la  sensation  s'est  déclarée  d'abord  dans  la  région  cervicale,  ensuite  dans 
la  main  droite,  et  finalement  dans  la  main  gauche* 


G92     CONGRÈS  MÉDICAL  INTERNATIONAL.  -«-   SIXIËMB  SÊAHCB  DE  JOUR. 

Pour  marquer  les  différents  d&jrés  de  la  force  de  la  sensation  de  ptmewrs  pointe 
que  Von  examine  simultanément ,  on  met  des  chiffres  du  coté  droit  des  abréviations^ 
par  exemple  L^P^';  ce  qui  signifie  que  la  région  lombaire  et  les  pieds  exami- 
iics  simultanément  ont  manifesté  différents  degrés  de  force  de  la  sensation.  Le 
pied  droit  a  reçu  la  plus  vive  impression,  ensuite  la  région  lombaire,  et  enfin 
le  pied  gauche,  qui  a  été  le  plus  faiblement  impressionné.  (Quant  au  temps  de  la 
perception,  la  sensation  s'est  d'abord  déclarée  à  la  région  lombaire,  ensuite  au 
pied  droit  et  enfin  au  pied  gauche.) 

Si,  en  examinant  devx  points  périphériques  analogues,  on  trouve  que  la  sen- 
sation s'est  déclarée  simultanément,  mais  que  la  force  de  la  sensation  a  été 
inégale,  on  peut  se  seiTir  du  signe  ci-joint,  par  exemple  2m < M;  ce  qui  si- 
gnifie que  la  sensation  s'est  manifestés  ëmultanément  dans  les  deux  mains, 
mais  qu  elle  a  été  plus  grande  dans  la  main  droite. 

Signe  d'égalité  par  rapport  à  la  force  de  la  sensation,  par  exemple  E=L'; 
c'est-à-dire  que  la  force  de  la  sensation  qui  s'est  déclarée  plus  tdt  au  sommet  de 
la  tête  s'est  montrée  égale  au  sonmiet  de  la  tête  et  à  la  région  lombaire. 

Sigm  d'égalité  par  rapport  au  temps  de  la  sensation,  par  exemple  E  ||  S;  ce 
qui  signifie  que  le  sommet  de  la  tête  et  la  région  lombaire  ont  reçu  l'impressioD 
de  r électricité  simultanément. 

Signe  d'égalité  par  rapport  au  temps  et  à  la  force  de  la  sensation,  par  exemple 
Si|3|:  2p;  c'est-à-dire  que  le  creux  de  l'estomac  et  les  pieds  ont  reçu  une  sensa- 
tion simultanée  et  de  force  égale. 

Quand  cette  double  égalité  a  lieu  dans  deux  points  périphériques  analogues, 
il  suflit  de  noter  simplement  ces  points:  par  exemple  2m.  2p  signifie  que  le 
temps  et  la  force  de  la  sensation  ont  été  simultanés  et  égaux  dans  les  rnain^, 
dans  les  pieds. 

Nous  nous  senons  de  ces  deux  signes  pour  marquer  la  direction  du  courant 
électrique  que  nous  mettons  en  usage  :  (1)  désigne  le  com^ant  centrifuge^  (2)  le 
courant  centripète  :  par  exemple  (1)  P%S  CP'  signifie  que  le  pied  droit  est 
plus  tôt  et  plus  sensible  que  la  région  cervicale,  si  l'on  a  appliqué  le  courant 
centrifttge,  mais  que  la  région  cei*vicale  est  plus  tôt  et  plus  sensible  que  le  pied 
droit,  si  l'on  a  mis  en  usage  le  courant  centripète. 

EXEMPLES    d'épreuves   ÉI.ECTRIOt'ES    EN    ABnÉVIATIONS    AVANT   ET   APRÈS   UNE   SÉANCE 

ÉLECTRO-TH  ÊR  APEUTIQUE . 

1**  Maladie  où  la  sensibilité  des  extrémités  est  égale  et  où  l'application  thé- 
rapeutique du  courant  a  été  par  conséquent  centrifuge ,  d'après  la  formule  : 

E*  9|ll 

-|-  ^  —  «    ,  c'est-à-dire  où  l'électricité  positive  a  été  appliquée  au  sommet  de 
la  této  et  au  creux  de  l'estomac,  et  l'électricité  négative  aux  extrémités. 


DROPSY.   —   ÊLECTRISATION  GÉNÉRALISÉE. 


693 


Rpreuvu  éleetriaoR 
ATant  l'api>lioaUon  électro-tnérapoiiti<|np. 


EM 

Em 
CM 
Cm 
LM 
Un 
SM 
Sm 
EP 
Ep 
CP 
Cp 

[p 

SP 
Sp 


0) 


m^' 
m2L' 
m^S' 

Cîp/ 

cy 

L4P' 
S!»P' 

sy 


(2) 


Épreuve  éleetriane 
après  rnpplicatioa  ûlcctro-uiérapciitique. 


EM 

(1) 

E%' 

(2) 

Em 

E«m' 

CM 

C^M' 

Cm 

CW 

LM 

LW 

Un 

lAn' 

SM 

»12S' 

S^M' 

Sm 

m^S' 

S%' 

EP 

E»P' 

Ep 
CP 

Ey 

C«P' 

Cp 
LP 

cy 

L2P' 

Lp 
SP 

Ly 

S«P' 

Sp 

sy 

Chaque  épreuve  électrique  est  composée^  comme  on  le  voit,  de  quatre  co- 
lonnes. La  première  présente  en  abréviations  les  combinaisons  des  points  que 
l'on  doit  examiner  séparément.  La  seconde  démontre  les  résultats  de  cet  examen 
quand  on  applique  le  courant  centrifuge.  La  quatrième  présente  les  résultats  de 
l'examen  quand  on  a  recours  au  courant  centripète.  Si  le  résultat  dans  l'applica- 
tion de  chaque  courant  est  !e  mèmey  on  ne  le  note  qu'une  fois  dans  la  troisième 
colonne. 

L'épreuve  électrique  ci-dessus  ne  présente  des  anomalies  de  la  sensibilité 
avant  l'application  thérapeutique  que  dans  l'examen  institué  enti'e  la  région  cer- 
vicale, la  région  lombaire,  le  creux  de  l'estomac  et  chaque  main.  On  voit  que  chaque 
main  examinée  séparément  a  une  sensibilité  inverse  à  l'égard  des  centres,  c'est-à- 
dire  que  la  sensation  est  plus  tôt  et  plus  sensible  que  la  région  cervicale^  que  la 
région,  lombaire  et  que  le  cretu;  de  l'estomac. 

Quant  à  l'épreuve  exécutée  après  l'application  thérapeutique^  l'état  normal 
de  la  sensibilité  a  été  rétabli  entre  la  région  cervicale,  la  région  lombaire  et  chaque 
main.  Quant  à  l'épreuve  instituée  entre  le  creux  de  l'estomac  et  chaque  main,  l'état 
normal  de  la  sensibilité  n'a  été  réalisé  que  dans  l'application  du  courant  cen- 
tripète. 11  y  a  pai*  conséquent  une  amélioration  évidente  par  rapport  à  la  sensi- 
bilité des  centres  à  l'égard  des  extrémités. 

2*  Maladie  où  la  sensibilité  des  extrémités  est  inégale^  et  où  l'application  thé- 
rapeutique du  courant  a  été  par  conséquent  centripète^  d'après  la  formule  : 

—  «-}-«    ,  c'est-à-dire  où  l'électricité  positive  a  été  appliquée  aux  extrémités^ 

et  l'électricité  négative  au  sommet  de  la  tête  et  au  creux  de  l'estomac. 


Épreuve  éleetrique 
avant  Tapplicatiou  «lectro-wérapeoUque. 


E^m 
C2m 
L2m 
S2m 
E2p 
C2p 
L2p 
S2p 


Épreuve  électrique 
après  rapplieation  éleotro-thérapeQtîqtie. 


(1) 

1 

(2) 

(1) 

E*2m<in' 

E2m 

E»2iii<in' 

C«2ni<m' 

C2m 

C*2in<in' 

L22in<m' 

L2m 

L«2m<in' 

S*2in<ni' 

S2m 

S»2m<in' 

E 

E2p 

B 

C'2p<pî 

C22p<p' 

C2p 

C»2p' 

L'2p<p2 

Lî2p<p' 

L2p 

L»2p' 

S'2p<p» 

S22p<p' 

S2p 

S«2p' 

(2) 

cntd 

SS2irf 


69/i     CONGRÈS  MÊMGAL  INTERNATIONAL.    —  SIXIÈME  SÉANCE  DE  JOUR. 

L'épreuve  électiique  avant  l'application  thérapeutique  démontre,  comme  on 
le  Yoit^  une  inégalité  de  sensibilité  des  maim  et  des  pkds  dam  toutes  ses  comli- 
Twisons.  Après  l'application  thérapeutique,  V inégale  sensibîUtè  des  pieds  a  tatck- 
ment  disparu»  Quant  aux  mains^  la  sensibilité  est  devenue  égaie  pendant  l'appli- 
cation du  courant  cefitripéte;  elle  est  restée  inégale  quand  on  a  recours  au  courant 
centrifuge.  Il  y  a  donc  une  amélioration  notable  par  rapport  à  la  sensibilité  laté- 
rale des  mains  et  principalement  des  pieds. 

Nous  avons  choisi  des  épreuves  avec  des  résultats  simples,  afin  de  faciliter 
l'aperçu. 

C'est  de  cette  manière  que  nous  avons  étudié  toutes  les  applications  électro- 
thérapeutiques possibles ,  et  que  nous  sommes  parvenus  à  établir  finalement  la 
valeur  de  l'application  électrique  généralisée. 

V électrisoHon  généralisée  n'exclut  cependant  nullement  la  haute  valeur  de 
Vélectrisation  localisée.  L'une  et  l'autre  sont,  sans  contredit,  les  bases  solides  de 
toute  électrisation  médicale  rationnelle. 


CONCLUSIONS, 


PHTsiotocns. 


1®  L' électrisation  généralisée  est  basée  sur  la  connaissance  de  la  sensibilité 
de  la  surface  du  corps  humain  à  l'égard  de  l'électricité.  Cette  sensibilité,  qui  est 
une  véritable  pierre  de  touche  de  la  santé  et  de  la  maladie  de  l'homme,  n*est 
pas  également  distribuée.  Elle  est,  à  l'état  physiologique,  comme  les  épreuves 
électriques  démontrent,  quant  au  temps  de  la  perception  et  quant  à  la  force  de 
la  sensation  de  l'agent  électrique,  en  raison  inverse  de  la  distance  de  chaque 
point  du  corps  du  sommet  de  la  tète. 

PATH0IX)GI£* 

V  La  sensibilité  de  tous  ou  de  plusieurs  points  du  corps  est  à  l'état  patholo- 
gique en  raison  directe  de  leur  distance  du  sommet  de  la  tète. 

3*  Les  épreuves  électriques  démontrent  aussi  qu'outre  la  sensibQité  perverse 
du  haut  en  bas,  c'est-à-dire  du  sommet  de  la  tète  Jusqu'aux  plantes  des  pieds, 
qui  est  le  signe  pathognomonique  de  la  maUdie  en  général^  il  y  a  aussi  fréquem- 
ment une  sensibilité  perverse  latérale,  c'est-à-dire  que  la  sensibilité  peut  se 
déclarer  Inégale  aux  points  doubles  de  l'organisme,  aux  extrémités,  par  rapport 
au  temps  de  la  perception  et  à  la  force  de  la  sensation  de  l'agent  électrique. 

Cette  circonstance  range  les  maladies  en  deux  catégories  :  1^  il  y  a  des  mala- 
dies oii  la  sensibilité  se  déclare  à  l'épreuve  électrique  simultanément  et  où  elle 
est  de  la  même  force,  dans  les  points  doubles,  dans  les  extrémités;  2"^  il  y  a  des 
maladies  où  l'on  observe  une  inégalité  de  la  sensibilité  des  côtés  latéraux,  c'est- 
à-dire  des  points  doubles  des  extrémités,  à  l'égard  du  temps  de  la  perception  et 
de  la  force  de  la  sensation  de  l'agent  électrique. 


DROPSY.  —  filECTRISATION  G£n£BAUSÊE*  695 


THÉRAPIE, 

ft"  Les  eipériences  thérapeutiques  fondées  sur  les  épreuves  électriques  citées 
prouYent  que  les  maladies  de  la  première  catégorie,  c'csl-à-dîre  où  les  extré- 
mités accusent  une  sensibilitë  égale^  sont  des  affections  qui  ont  rappoH  à  un 
état  pathologique  de  la  fonction  centrifuge  du  système  nerveux  et  qui  exigent 
l'application  du  courant  deetrique  centrifuge.  Les  maladies  de  la  deuxième 
catégorie,  où  la  sensibilité  des  extrémités  est  inégale,  et  qui  sont  les  plus  nom- 
breuses, sont  le  résultat  d'uA  état  pathologique  de  la  fonction  centripète  du 
système  nerveux,  et  rendent  Tusage  du  courant  électrique  centripète  néces- 
saire. 

5®  Il  faut,  dans  le  but  de  traiter  les  maladies  do  la  fonction  centrifuge,  appli- 
quer l'électricité  positive  au  sommet  de  la  tête  et  au  creux  de  l'estomac,  et  l'élec- 
tricité négative  aux  mains  et  aux  pieds.  11  faut,  dans  l'idée  de  traiter  les  mala- 
dies de  la  fonction  centripète,  mettre  en  usage  l'électricité  négative  au  sommet 
de  la  tcte  et  au  creux  de  l'estomac,  et  rélectricité  positive  aux  mains  et  aux 
pieds. 

Il  faut  continuer  ces  applications  électriques  dans  les  maladies  curables  jus- 
qu'à la  réalisation  de  l'état  physiologique  de  la  sensibilité,  ce  qui  est  équivalent 
h  la  réalisation  de  l'état  physiologique  de  la  santé.  Quant  à  l'application  de  l'élec- 
trisation  généralisée  dans  les  maladies  incurables,  il  faut  la  poursuivre  jusqu'à 
la  réalisation  de  la  sensibilité  la  plus  rapprochée  que  possible  de  Tétat  physiolo- 
gique. 

6°  L'usage  thérapeutique  de  l'électrisation  généralisée,  appliquée  de  cette 
manière,  peut  être  invoqué  avec  fruit  non-seulement  dans  les  maladies  chro- 
niques, mais  aussi  dans  les  affections  aiguës.  On  peut  aussi  l'appliquer  impuné- 
ment pendant  toutes  les  fonctions  physiologiques,  la  menstruation,  la  grossesse, 
la  lactation. 

7®  L'électrisation  généralisée  peut  aussi  jouer  un  rôle  de  premier  ordre  comme 
traitement  prophylactique. 


096     CONGRES  MÉDICAL  IiNTKA NATIONAL.  —   SIXIÈME  SÉANCE  DE  JOUB. 


SVR  VMfi  IVOWGLLfi  FORME  DE  MAIiADIE  D'OREIULK 

PROBVITE  PAR  liE  RÉVEIiOPPEMElUT 

BE  DEUX.  ESPÈCES  DE  CHAMPICÏIVOIVS  PABAStTBS 

DAMS  l^E  TISSU  DE  LA  MEMBRAIVE  DU  TYIHPAN 

{JiycomyHngitis  et  myringomycosis  aspergiUina.  —    AspergUlus 
flavescens  et  AspergUlus  nigricans) 

FAR  M.    LE   DOCTEUR  ROBERT  WREDEN 
Directeur  de  rétablissement  oUatrique  de  Saint-Pëtertbourg  (1). 


Jusqu'à  l'annce  18^t^  los  connaissances  relatives  au  dt^veloppement  des  para- 
sites vcgctaux  dans  l'oreille  de  l'homme  nous  faisaient  entièrement  dc^faut.  Ce 
fut  Mayer  qui,  le  premier  {Beobachtwigen  ron  Cysten  mit  Fadenpilzcn  am  dem 
ausseren  Gehùrgange,  in  Mùller's  Archi%  18/i/i,  p.  401),  publia  une  observa- 
tion sur  ce  sujet  ;  sa  description,  du  reste,  ainsi  que  ses  dessins^  sont  fort 
imparfaits.  En  1851 ,  Pacini  publia  (Supra  una  muffa  parasita  (Mucedo)  nd 
eondotto  aitditivo  esterno,  Firenze,  1851,  p.  7)  la  seconde  observation,  faite 
par  lui  sur  le  malade  du  docteur  BargcUini,  qui  contient  une  description  plus 
précise  des  parasites  végétaux  du  conduit  auditif;  mais,  malheureusement, 
elle  n'est  nullement  conforme  à  l'observation  communiquée  par  Mayer.  Der- 
nièrement Schwartze  (Pilzwucherung  (Aspergillus)  im  Uusserm  Qehbrgange,  1863, 
im  Archiv  fur  Ohrenfieilkunde,  Bd.  II,  Heft  1,  S.  5)  a  obser\é  un  cas  de  déve- 
loppement de  champignons  dans  l'oreille  externe.  La  description,  faite  par  lui, 
de  la  maladie  est  bien  plus  détaillée  et  plus  exacte  que  celles  de  ses  deux 
prédécesseurs;  mais  le  côté  botanique  en  est  entièrement  omis.  Schwartze  n'a 
pu  constater  la  présence  de  sporanges,  il  n'a  vu  que  les  filaments  de  mycé- 
lium (/oc.  ciï.,  p.  6),  qui,  comme  de  raison,  ne  pouvaient  servir  à  déterminer 
l'espèce.  Mais  le  professeur  J.  Vogel  réussit  à  découvrii*  des  sporanges  isolés  et 
bien  conservés,  et  déclara  ces  champignons  appartenant  à  une  espèce  d' Asper- 
gillus, J.  Vogel  montra,  le  22  décembre  1865,  un  exemplaire  de  V Aspergillus  du 
conduit  auditif  externe  au  professeur  Ernest  Hallier  (je  présume  que  cette  pièce 
microscopique  provenait  du  cas  de  Schwartze),  lequel  dit  dans  sa  nouvelle  œuvre 
sur  les  parasites  végétaux  du  corps  humain  [Die  pflanzlichen  Parasiten  des  mensch' 
lichen  Korpers,  Leipzig,  1866,  p.  78),  que  le  champignon  du  méat  de  Vogel  (pro- 
bablement celui _de  Schwartze?)  ne  diffère  en  rien  de  V Aspergillus  glnwms,  Lk. 
De  même  Hallier  est  enclin  à  considérer  le  Fungus  meatus  audOoris  de  Meyer, 
ainsi  que  le  champignon  de  Pacini  (cas  du  docteur  Bargellini)  comme  apparte- 

(1)  Ce  travail  était  accompagné  d*un  grand  nombre  d'échantillons  et  de  préparations  mi- 
croscopiques. —  Il  contenait  la  relation  détaillée  de  dix  observations  que  nous  n*avons  po 
reproduire  ;  mais  la  description  dogmatique  si  complète  dont  Tauteur  a  fait  suivre  ses  obier- 
valions  est  imprimée  textuellement,  de  sorte  que  la  suppression  à  laquelle  nous  avons  été 
contraints  est  sans  inconvénient  pour  la  conception  de  cette  maladie  nouvelle. 


WRBOBN.  —  SUR  UNE  NOUVELLE  FOBME  DE  MALADIE  D*OREILLE.       697 

nant  à  Fespèce  AspergUlus,  en  quoi^  par  conséquent,  il  est  d'accord  avec  Kûchen* 
meister  (Die  in  und  an  dein  Kôrper  des  lebendm  Menschen  vorkommenden  ParasUen  ; 
Leipzig,  1855,  2  Abth,  S.  120). 

Le  29  décembre  1866,  j'ai  envoyé  à  Wùrzbourg,  à  la  rédaction  du  journal 
Arckiv  fur  OhrenkeUkunde,  un  traité  intitulé  :  Sechs  FàUe  von  Myringomycosis 
[Aspergillus  glaucus,  Lk),  qui  pai*ut  peu  de  temps  après,  dans  la  première  li- 
vraison du  troisième  volume  de  ce  jouraal.  J'avais  joint  à  mon  ouvrage  deux 
tables  de  dessins  et  une  pseudo-membrane  parasite,  retirée  de  l'oreille  gauche 
d'un  malade  et  qui  poiiait  l'empreinte  du  tympan  (observ.  VI).  Le  spécimen, 
conservé  dans  de  la  glycérine,  fut  remis,  comme  me  l'écrivit  M.  le  professeur 
Trocltsch)  à  M.  Schenk,  professeur  de  botanique  à  Wûi'zbourg,  pour  l'analyse  et 
la  préparation  d'objets  microscopiques.  J'avais,  de  mon  côté,  envoyé  ce  spécimen 
de  champignons  au  professeur  Troeltsch  dans  l'intention  de  lui  donner  occasion 
d'étudier  les  qualités  microscopiques  de  ce  parasite  et  de  vérifier  les  dessins 
annexés  (1).  Je  suis  très-redevable  à  mon  ami  le  professeur  Landzeil,  qui  a  bien 
voulu  se  charger  des  dessins  de  la  table  I  (2),  c'est-à-dire  figures  11-15,  et  non 
moins  h  l'amabUité  du  professeur  Heppner  pour  les  figures  1-1 0  de  la  table  II 
(coloriées).  Les  sporanges  et  les  spores  étaient  représentés  d'une  couleur  jaune 
clah*  ou  jaune  foncé,  sur  les  dessins  que  j'avais  envoyés,  tandis  qu'ils  furent 
coloriés  en  vert  clair  dans  VArchiv  fur  Ohrenheilkwide.ie  ne  puis  m'expliquer  ce 
qui  a  pu  donner  lieu  à  ce  changement  de  coloris.  En  tout  cas,  les  sporanges  et 
les  spoiiiles  sont  jaunes  en  nature,  tels  que  je  les  ai  décrits  dans  le  texte 
(voy.  brochure  annexée,  p.  16),  et  non  verts,  comme  ils  ont  été  représentés 
par  méprise  dans  VArchiv  fur  Ohrenheilkwide,  Serait-il  possible  que  cette  mé- 
prise, de  faire  colorier  les  organes  de  fructification  en  vert,  ait  eu  pour  cause 
mon  assertion  (dans  la  susdite  brochure)  que  les  champignons  de  l'oreille  appar- 
tiennent à  l'espèce  de  V Aspergillus  glauciLSy  Lk,  bien  que  je  les  indique  jaunes 
dans  le  texte.  Je  dois  convenir  que,  du  temps  de  ma  première  observation, 
je  considérais  une  simple  différence  de  coloris  comme  un  caractère  distinc- 
tif  trop  peu  essentiel  pour  distinguer  une  nouvelle  espèce  de  champignons, 
d'autant  plus  qu'il  en  existe  déjà  un  trop  grand  nombre.  Je  croyais  que  mes 
champignons  représentaient  une  vaiiété  du  moisi  vert  bleuâtre  commun  {Kol* 
benshimmely  Aspergillus  glaucus, .  Lk),  provenant  des  circonstances  particulières 
sous  l'influence  desquelles  elle  s'était  développée  dans  l'oreille  ;  et  *ce  qui  me 
confirma  dans  cette  supposition,  c'est  que  j'avais  trouvé  dernièrement  encore 
des  champignons  appartenant  à  l'espèce  de  VAspergillm  glaucus,  et  ayant  les 
sporules  noires.  Et  si,  dorénavant,  je  parle  d'un  Aspergillus  flavescens  et  A.  ni- 
grimnsy  je  ne  le  ferai  que  pour  montrer  la  différence  du  coloris  des  organes 
de  fructification  et  pour  éviter  des  méprises,  mais  non  pour  introduire  dans  la 

(i)  Lorsque  j'eus  expédié  ce  traité  à  Wùrzbourg,  la  3*  édition  (Wùnbourg,  1867)  du 
a  Lehrbuch  der  Ohrenheilkunde  d  de  TroeUsch,  qui  avait  paru  en  attendant^  me  tomba 
sous  les  yeux,  et  j'y  vis  une  remarque  (p.  90)  où  il  est  dit  :  «  Jusqu'à  présent  je  n'ai  vu  moi- 
même  qu'une  seule  fois  des  champignons  dans  le  conduit  auditif  externe,  et  M.  le  professeur 
Schenk  a  eu  l'obligeance  de  me  les  désigner  comme  Aspergillus  penicillatus.  Hs  formaient 
une  petite  tache  isolée  sur  la  paroi  supérieure  du  conduit  auditir  osseux,  près  du  tympan, 
chez  un  malade  que  je  traitais  pour  un  catarrhe  chronique  de  la  cavité  du  tympan,  U  resta  un 
petit  endroit  suppurant  après  que  j'eus  éloigné  ces  parasites^  qui  n'avaient  produit  aucun  phé- 
nomène morbide  et  dont  la  présence  fut  entièrement  accidentelle.  »  (De  Troeltsch.) 

(2)  Les  tables  1  et  U  ont  été  réunies  par  la  rédaction  de  VArchiv  en  une  seule. 


698     GONGRfcS  MÉDICAL  INTERNATIONAL.  —  SIXIÈME  SÉANCE  DE  lOUIL 

mycologie  deux  nmimUes  espèces  de  champignons  eisentieUemefit  différentes.  Je 
crois  que  V Aspergilltis  flar^scens  et  l'A.  nigricafis,  le  champignon  pulmonaire 
de  Virchow  [BeitrUge  zur  Lehre  von  den,  beim  Memcken  fXfrhommenden  pflanzlkhen 
Parasitoi,  in  Virehùtv's  Archw^iS56,  Bd.  IX,  Hfl.  4,  S.  557-580),  qucCFresenius 
{BeUrage  zw  Myc4)logie^  Francfurt  a/M.,  1860-1863,  S.  81-82,  Fol.  X,  fig.  i-11) 
compare  au  champignon  trouvé  par 'lui  dans  les  bronches  d'une  outarde  {0(w- 
tarda),  et  qu'il  nomme  A.  fumigattts,  ainsi  que  Asp,  glaueus,  Fries,  A.sp,  ean* 
didus,  Mich.,  Asp.dubius,  Asp,  mmoroides,  que  Corda  décrit  dans  ses  Icônes  Fwh 
gorum,  ne  sont,  selon  moi,  que  des  variétés  du  champignon  commun  du  m(nsi 
{AspergiUus  glatmis,  Lk)  produites  par  les  particularités  du  milieu  sur  lequel  elles 
se  développent.  Je  ne  voudrais  en  excepter  que  le  champignon  AspergiUus  ni- 
grescens  de  Robin  [Histoire  naturelle  des  végétaux  parasites  qui  croissent  strr  V homme 
et  sur  les  animaux  vivmtSy  Paris,  1853,  p.  518,  Atlas,  pi.  V,  fig.  2),  parce  que  ses 
filaments  réceptaculaires  sont  décrits  comme  étant  formés  de  plusieurs  rangées 
de  cellules  articulées  qui  se  rétrécissent  à  Tendroit  de  leur  contiguïté.  La  des- 
cription et  les  dessins  de  VAs^yergillm  nigrescens  livrés  par  Ch.  Robin  {loc.  cit.) 
sont  en  général  tout  ce  que  j'ai  trouvé  de  plus  exact  et  de  plus  beau  dans  la 
mycologie  concernant  Y  AspergiUus  ;  après  lui,  se  distingue  par  la  clarté  et  la 
plénitude  de  la  description,  Fouvrage  de  R.  Virchow  {Archiv,  Bd.  IX)  cité  ci- 
dessus.  G.  Fresenius  a  également  donné  des  dessins  exacts  de  VAsp.  fumigatusi, 
qui  ressemblent  beaucoup  à  VAsp.  flavescens.  Je  considère,  comme  dignes  d'être 
mentionnées,  les  dernières  œuvres  de  A.  de  Barry  (Morphologie  wid  Physiol'Mjie 
der  Filze,  Flechten  und  Mycomtjceten,  Leipzig,  1866),  et  surtout  d'Ernest  Hallier 
{Die  pflanzlichen  Parasiten  des  menschlicken  Kôrpers^  1866).  Ce  dernier  me  paraît 
surtout  très-remarquable,  vu  que  par  son  point  de  vue  original  et  nouveau,  il 
introduit  plus  de  système  et  de  clarté  dans  la  mycologie. 

Les  dix  observations  sur  lesquelles  est  basé  ce  mémoire  m'ayant  donné  maintes 
fois  l'occasion  d'étudier  à  l'aide  du  microscope  les  divers  degrés  du  développe- 
ment des  végétations  de  Y  AspergiUus  dans  l'oreille,  ainsi  que  dans  d'autres  mi- 
lieux sur  lesquels  j'ai  cultivé  ce  parasite,  je  me  crois  obligé  de  donner  de  ce 
champignon  une  description  botanique  aussi  détaillée  qu'il  m'est  possible  de  le 
faire,  afin  qu'elle  puisse  avoir  une  utilité  pour  le  médecin  praticien.  Lors  de  ma 
première  observation,  j'ai  eu  l'occasion  de  me  convaincre  des  difficultés  par  les- 
quelles se  sent  arrêté  le  médecin  praticien,  s'il  veut"  poser  le  diagnostic  microsco- 
pique de  ce  parasite.  J'ai  dû  consulter  beaucoup  d'ouvrages  avant  de  pouvoir  m'as- 
surer  de  la  justesse  de  mon  diagnostic.  Ce  n'est  qu'après  une  étude  plus  détaillée 
des  écrits  spéciaux  sur  ce  sujet,  et  après  des  essais  de  culture  que  j'ai  entrepris 
moi-môme,  que  je  suis  parvenu  à  mieux  comprendre  mes  propres  pièces  micros- 
copiques. 

Sans  entrer  dans  les  détails  de  la  technique  de  l'analyse  microscopique  plus 
ou  moins  connue  de  chaque  médecin  praticien,  je  voudrais  seulement  appeler 
l'attention  de  mes  collègues  sur  ce  que  le  grossissement  auniessous  de  200 
fois  linéah^es  n'est  pas  suffisant  et  qu'il  faut  soumettre  l'objet  à  un  grossissement 
de  300  fois.  Les  pièces  microscopiques  bien  réussies  et  transparentes,  qui 
ont  été  éparpillées  et  soumises  à  l'action  nécessaire  d'une  solution  de  potasse 

caustique  (8  pour  100)  (1),  peuvent  avec  grande  utilité  être  examinées  au  moyen 

• 

(1)  Si  la  pseudo-membrane  consiste  en  une  végétation  parasite  entremêlée  de  cellules  épi- 
théliales  en  très-petite  quantité,  il  est  entièrement  inutile  de  soumettre  l'objet  mlcroscoiii^iie 


WftBDEn.  *  Bim  vm  nocyeilb  forme  de  maladie  d*obeiue.     699 

d'un  grofflissement  de  ûOO,  surtout  dans  le  cas  où  l'on  veut  clairement  distinguer 
les  cloisons  cellulaires  transversales.  Si,  de  plus^  l'objet  a  été  teint  par  une  solution 
de  carmin  et  qu'on  Texamine  h.  Taide  du  système  d'immersion  n*  10  de  Hartnack, 
on  a  en  vue  de  magnifiques  spécimens  véritablement  très-insti-uctifs.  On  se  sert 
d'une  solution  d'acide  arsénieux  ou  d'acide  carbolique  pour  avoir  de  YAspergillm 
des  objets  microscopiques  très-transpai'ents,  mais  en  même  temps  entièrement 
décolorés.  Nous  reviendrons  là-dessus  plus  tard.  La  glycérine  est  le  meilleur 
moyen  de  conservation,  et  si  Pacini  n'a  pas  réussi  à  conserver  VAspergillus  reçu 
du  docteur  BargeUini  dans  son  liquide  (solution  de  gomme  avec  de  l'acide  arsé- 
nieux), c'est  par  suite  de  circonstances  que  j'expliquerai  plus  bas.  Je  puis  dire 
seulement  que  je  suis  parvenu  à  conserver  mes  préparations  dans  de  la  glycérine, 
sans  la  moindre  altération,  même  plus  d'une  année. 

Quand  on  examine  à  l'aide  du  microscope  une  masse  parasite  enlevée  de 
l'oreille,  op  constate  qu'elle  est  formée  de  trais  parties  essentiellement  distinctes  : 
1*  le  wiycéfiwm,  qui  consiste  en  une  plexus  compact  de  filaments  stériles  de  cham- 
pignon couchés  horizontalement  et  diversement  ramifiés;  2*"  de  filaments  fertiles 
ou  récefiacuhireSy  plus  forts  et  plus  larges  que  les  filaments  stériles  du  mycéHxvm, 
et  qui  sont  dans  une  position  verticale  par  rapport  à  ce  dernier;  ils  se  terminent 
par  un  renflement  sphérique  (capitule  ou  sporange);  et  3*  de  spores  libres,  répan- 
dues en  grand  nombre  parmi  les  filaments,  et  qui  sont  tantôt  amoncelées  en 
groupes  irréguliers,  tantôt  rangées  en  forme  de  chaînes. 

Le  myoélixan  consiste  en  un  complexe,  pseudo-membraneux  et  embrouillé 
de  filaments  stériles,  fins,  noueux,  diversement  tordus  et  ramifiés;  ces  fila- 
ments, très4ransparents  et  incolores,  contiennent  à  leurs  extrémités  un  plasma 
finement  granulé.  Ils  se  distinguent  en  outre  principalement  par  un  contenu 
limpide,  homogène.  Dans  les  filaments  plus  larges,  le  contenu  est  souvent  inter- 
rompu par  des  vacuoles.  Les  filaments  plus  fins  permettent  seulement  de  distin- 
guer un  contour  simple  et  l'absence  de  toute  articulation,  tandis  qu'avec  l'accrois- 
sement de  la  largeur  on  remarque  l'apparition  de  contours  doubles  et  d'articulations 
produites  par  des  cloisons  transversales  cellulaires.  La  largeur  des  filaments 
fins  de  mycélium  se  montre  (d'après  mes  mesures)  de  0"'',0015  àO"",003, 
et  celle  des  filaments  plus  gros  de  0"",004  à  0"",006.  Jusqu'à  présent  je  n'ai 
pu  découvrir  de  différence  entre  le  mycélium  de  l'A.  flavescens  et  celui  de 
l'A,  nigricans. 

Les  fUamerUs  fertiles  (fructifiants,  réceptaculaires  ou  pédicules)  sont  des  rameaux 
du  mycélium  couché  et  rampant  qui  se  sont  redressés  sous  un  angle  droit,  et  qui 
surpassent  toujours  en  grosseur  et  en  largeur  les  filaments  du  mycélium.  Ils  con- 
sistent en  tubes  simples  ou  ramifiés,  très-rigides,  transparents,  portant  des  sail- 
lies et  des  renflements  angulaires,  et  présentent  des  contours  doubles;  ces  tubes 
9ont  partagés  par  des  cloisons  cellulaires  transversales  et  ont  généralement  un 
contenu  clair  et  homogène  qui,  par-ci  par-là,  est  interrompu  par  des  vacuoles.  Le 
contour  double  est  très-distinct;  il  diffère  en  coloris  du  contenu  des  tubes,  et  se 
continue  immédiatement  dans  le  renflement  sphérique  du  capitule.  La  largeur 
de  ce  contour  double  ou  la  grosseur  des  parois  du  champignon  se  montre  (d'a- 
près mes  mesures)  de  0"",0015  à  0'"",002  dans  les  filaments  plus  gros.  En 
général,  j'ai  rarement  remarqué  les  ramifications  des  filaments  fertiles,  âiais  on 

&  une  préparation  préalable  avec  Talcali.  Ainsi,  la  glycérine  seule  a  suffi  pour  la  préparation 
des  ebjets  annexés. 


700     CONGRtS  MÉDICAL  INTERNATIONAL.  —  SIXIÈME  SÉANCE  DE  JOUE. 

rencontre  cependant  des  ramifications  terminales  et  latérales  (bifurcations). 
Les  cloisons  cellulaires  transversales  sont  encore  plus  rares  dans  les  filaments 
fertiles  de  V Aspergillus^  si  Ton  ne  se  laisse  pas  induire  en  erreur  par  deux 
vacuoles  placées  côte  à  côte.  L'extrémité  libre  des  filaments  réceptaculaires 
{sporangium  v.  capitulum)  est  formée  par  un  renflement  en  spbère  {receptaculum) 
ou  en  ovale  oblong  ou  transversal^  de  la  périphérie  duquel  une  quantité  innom- 
brable de  spoiniles  rondes^  rangées  en  foime  de  fils  de  perles,  se  répandent 
en  rayons  dans  toutes  les  directions.  Tel  est  le  tableau  que  présente  un  exem- 
plaire parfaitement  mûr.  Les  jeunes  filaments  réceptaculaires  présentent  au 
commencement  un  renflement  (receptaculum)  ampuUairc  qui  se  garnit  ensuite 
de  cinq^  sept,  neuf  ou  plus  de  longues  cellules  fusiformes  {basidia  ou  steny- 
matà)^  à  l'instar  des  poils  de  pinceau.  A  mesure  que  les  sporanges  se  déve- 
loppent et  mûrissent,  ces  cellules  basales  fusiformes  augmentent  rapidement 
en  nombre,  de  manière  que  le  réceptacle  bientôt  en  est  recouvert,  conune  s  il 
était  entouré  de  poils  hérissés.  Finalement,  conunence  aux  bouts  libres  de  ces 
cellules  basâtes,  fusiformes,  une  dcligation  progressive  et  prompte  des  acro- 
spores,  de  façon  qu'enfin  le  réceptacle  est  recouveii;  de  chaînes  innombrables 
formées  de  petites  sporules  sphéiiques  articulées  en  chapelet.  Les  sporanges  d(' 
VAsperijillus  flavcscens  et  de  VAspergillus  nigricans  présentent  un  signe  de  distinc- 
tion constant.  Les  cellules  basales  (basidia)  de  YAsp,  itigricans  entourent  le  récep- 
tacle de  tous  les  côtés,  en  sorte  qu'il  apparaît  garni  d'une  couronne  complète 
de  chaînes  de  spores,  tandis  que  le  réceptacle  de  VAsp.  fUxcescem  est  toi^ours 
libre  de  cellules  basales,  et  pai*  conséquent  de  chaînes  de  spores  dans  son  quart 
ou  dans  son  cinquième  inférieur.  Les  chaînes  de  YAsp,  mgrica/tô  sont  en  outre  con- 
stamment plus  longues  que  celles  de  l'As/),  flavescens,  La  forme  du  réceptacle  est 
généralement  sphéiique  et  rarement  transverso-ovale  chez  VAsp.  tdgricatis^  tandis 
que  la  forme  oblongo- ovale  prédomine  dans  YAsp.  flavescetis.  En  même  temps  le 
contour  double  des  filaments  fertiles  de  YAsp.  nigricans  est  relativement  plus 
marqué  que  celui  de  YAsp.  flavescem,  qui  en  général  n'atteint  pas  la  grandeur  de 
YAsp.  nigncafis.  La  couleur  du  capitulum  (à  la  lumière  réfractée)  de  VAsp.  fia- 
vescens  est,  pour  des  exemplaires  jeunes,  d'un  jaune  clair,  et  pour  des  exem- 
plaires plus  mûrs  bt  plus  âgés,  d'un  jaune  foncé.  Les  jeunes  sporanges  de 
VAsp.  niorimns  sont  au  contrah'e  brun  clair,  et  les  exemplaires  plus  mûrs  d'un 
brun  noirâtre.  La  largeur  de  l'un  des  plus  grands  réceptacles  oblongo-ovale< 
/  Asp.  flaoescens)  que  j'ai  mesurés  était  ==  0"'"*,024  ;  la  longueur  =  O*",027. 
Le  plus  grand  diamètre  que  j'ai  trouvé  parmi  les  sporanges  sphériques  (Asp. 
nigriciins)  mesurait  0""',03.  La  longueur  des  chaînes  de  spores  était  O"",006, 
0»"»,009  à  0"",015;  leur  grosseur  =  0»»,00i5,  0»",003,  0"»,00/i.   Il  est  on 
outre  remarquable  que  la  paroi  des  filaments  fertiles  et  des  sporanges  résiste 
mieux  que  toutes  les  autres  parties  des  champignons  aux  agents  chimiques,  et 
qu'en   général  les   espèces   d' Aspergillus  qui   croissent  dans  l'oreille  peuvent 
non-seulement  être  facilement  conservées  dans  divei-s  milieux,  mais  qu'il  est 
même  très-diflicile  de  les  détruire,  comme  nous  aurons  plus  loin  l'occasion  de 
nous  en  convaincre. 

Les  spores  ou  sporules  sont  de  petites  cellules  sphériques  dont  le  diamètre 
=  0".",002,  0°'",003.  Elles  forment  au  commencement  des  chaînes  simples, 
non  ramifiées,  en  forme  de  fils  de  perles,  naissent  des  cellules  lia:»ales  du 
réceptacle  et  entourent  celui-ci.  Elles  sont  très-faiblement  réunies  entre  elles,  ol 
se  dispei-sent  comme  une  poussière  au  moindre  attouchement.  Elles  se  niouil- 


WRBDEN.  -«-  SUR  DNS  NOUVELLE  FORME  DE  MALADIE  D*ORBILLE.        701 

• 

lent  difficilement  par  Teau,,  de  manière  que  lorsqu'elles  sont  amoncelées  en  plus 
grand  nombre  et  placées  dans  Teau^  elles  retiennent  à  leur  surface  beaucoup  de 
bulles  d'air.  La  formation  des  chaînes  qui  entourent  le  réceptacle  se  fait  à  l'aide 
d'une  déligation  succédanée  de  cellules  sphériques  (spores)  au  sommet  de  la  cel- 
lule basale  (sterigma  y.  basidia),  de  façon  qu'au-dessous  de  la  première  spore 
formée  se  développe  une  nouvelle  protubérance  qui  soulève  la  première  vertica- 
lement^ la  pousse  en  avant  pour  se  développer  à  son  tour  en  spore.  La  seconde 
est  suivie  d'une  troisième,  et  ainsi  de  suite^  souvent  jusqu'à  plus  de  vingt.  Ainsi 
les  spores  formant  des  chaînes  sont  d'autant  plus  jeunes  qu'elles  sont  plus  pro- 
ches du  point  de  départ.  Souvent  elles  restent  longtemps  légèrement  liées  par 
une  membrane  très-fine  qui  les  recouvre  toutes^  et  qui  est  fortement  resserrée 
cnti*e  chaque  deux  cellules.  Les  spores  isolées  et  librement  dispersées  ne  pré- 
sentent, avant  la  geimination,  qu'un  contour  simple,  uni  et  rond,  et  un  contenu 
homogène  et  limpide,  tandis  que  les  spores  germinantes  sont  d'un  volume  quatre 
à  six  fois  plus  grand  et  ont  un  double  contour  très-distinct  {epi-  et  endosporium), 
ainsi  qu'un  noyau  foncé  excentrique.  11  est  très-facile  de  distinguer  les  spores  de 
VAsp.  ftavescens  des  spores  de  VAsp.  nigricans,  A  la  lumière  réfléchie,  les  pre- 
mières paraissent  brunes-jaunâtres  et  les  autres  noires;  à  la  lumière  réfractée, 
les  premières  sont  jaune  clair  et  les  autres  brunes-noirâtres.  Les  sporules  ger- 
minantes des  deux  espèces  ont  un  contour  double  plus  foncé  que  le  contenu;  les 
spores  de  VAsp,  flavescem  sont  en  outre  plus  gi'andes  que  celles  de  l'Asp.  nigrir 
cans,  tandis  que  les  sporanges  ou  capitules  présentent  le  rapport  contraire. 

Malgré  les  difTérences  remarquables  qui  existent  dans  les  organes  de  fructifica- 
tion de  VAsp,  flavescens  et  de  YAsp.  fdgricans,  et  qui  les  distinguent  en  même 
temps  de  VAsp.  glaucus,  Lk,  je  ne  puis  cependant  les  considérer  comme  formant 
deux  nouvelles  espèces  d'Aspei^gillus.  Je  suis  porté  au  contrah*e  à  les  considérer 
comme  des  variétés  de  VAsp,  g/auctis,  Lk,  provenues  de  leur  culture  dans  un 
milieu  modifié.  Ce  qui  a  surtout  le  plus  grand  intérêt,  c'est  la  cûxonstancc  que 
dans  les  observations  que  j'ai  faites  j'ai  trouvé  que  la  plus  haute  série  de  végéta» 
tion  de  VAspergillus,  c'est-à-dii*e  la  série  du  moisi,  s'était  justement  développée 
dans  l'oreille  humaine,  tandis  que,  selon  Hallier  (/.  c,  p.  77),  la  forme  du  moisi  de 
VAspergillus^  ainsi  que  du  Petiicillium^ne  se  rencontre  jamais  sur  le  corps  humain; 
car  il  est  certain  que  le  chaïupignon  du  faïus  (AchoiHon  Schcmlemii,  Remak)  n'est 
rien  autre  que  la  variété  Achorion  du  Pénicillium  glawmmy  en  même  temps  que  le 
champignon  du  jntyi'iasis  {Microsporon  fwfur,  Rob.),  d'après  les  essais  de  culture 
qu'a  faits  Hallier,  se  trouve  être  la  forme  Achorion  de  VAsp.  glaucits.  De  même 
les  recherches  de  Hallier  (/.  c,  p.  58-60)  et  du  docteur  J.  F.  Pick  (Untersuchiingen 
ûber  die  pflanzlichen  Ueutparasiten  aus  denVerhaîidlungeJi  der  K.  K.  geologisch-bota' 
TÔscken  Gesellscliaft  tn  Wie/i,  Bd.  XY,  1865)  ont  prouvé  que  le  Tricliophytofi  tonsitrans, 
Malmstein  (le  champignon  de  Vherpes  ionsurœis)  n'appartient  qu'à  une  série  de  vé- 
gétation inférieure  du  PeiHeillium  glaucum,  et  s'accorde  en  cela  avec  le  champi- 
gnon de  la  mentagre  {Microsporon  Andqyini  et  M.  metUagrophytes^Koh.).  Au  reste^ 
Kôbner  {Ueber  Sycosis  und  ihre  Bezichungen  zur  Mycosis  tonsurans  in  Virchow's  Ar- 
chiv  f.  pathoL  Anat.,  Bd  XXll,  372)  avait  déjà,  en  1861,  déclaré  que  le  chaïu- 
pignon de  la  menkigra  est  identique  avec  le  champignon  de  Vherpes,  Si  VAsper^ 
gillus  se  développe  dans  l'oreille  de  l'homme  principalement  sous  la  forme  du 
moisi,  cette  deiiiière  forme  n'est  pas  exclusive,  car,  comme  il  résulte  des  obser- 
vations ci-dessus  mentionuées,  on  rencontre  dans  l'oreille  aussi  la  forme  LeptO' 
thnjs  de  VAspergillus.  Eu  même  temps  je  fais  la  remarque  (jue,  quoique  j'eusse 


702     GOMGHËS  MÉDiCÂl  IlITBRNATlOMAU  *-  aiXIÈMC  StAUGB  OB  lOtfB. 

notion  de  la  proche  parenté  qui  existe  entre  le  PemcUHum  gUmeum  et  ÏAsper- 
qUIus  glaucus,  et  de  leur  développement  souvent  simultané,  pourtant  je  ne  pas 
ddcouvrii*^  malgré  toutes  les  recherches^  dans  mes  dix  ohsenrations^  aucun 
exemplaire  du  Peniàllmm  dans  l'oreille^  ni  pur^  ni  bâtard,  c'esfr-à-dire  produit 
pai*  sa  copulation  avec  VAspergUlus* 

Non-seulement  le  microscope,  mais  même  l'œil  nu  nous  fait  reconnaître  une 
pseudo*membrane  provenant  de  Toreille,  et  nous  permet  de  décider  d'avance  » 
elle  est  produite  pai*  une  végétation  de  VAsp.  fiaveioens  ou  de  VAsp.  nssrrtoMS. 
Dans  les  deux  cas,  la  membrane  parasite  extraite  en  entier  de  l'oreille,  grosse 
de  1  à  3  millimètres,  porte  une  empreinte  très-reconnaissable  de  la  membrane 
du  tympan,  et  consiste  en  un  tissu  filamenteux,  lardacé,  blanc  et  laisant,  qu*on 
peut  facilement  déchirer  et  éparpiller,  et  qui  est  en  plusieurs  endroits  couvert 
de  taches  (monceaux  de  spores)  jaunes-branâtres  (Asp.  fUweicens}  ou  parfaite- 
ment noires  (Asp.  nigricans).  Si  Ton  a  quelque  peu  d'expérience,  on  ne  peut  se 
tromper,  même  du  premier  coup  d'oeil,  et  prendre  ces  pseudo-membranes  pour 
des  accumulations  de  pus,  de  mucus,  ou  pour  une  desquamation  d'ëpidenne. 
Celui  qui  a  eu  au  moins  une  foLs  l'occasion  de  comparer  ces  deux  pseudo-mem- 
branes pourra  facilement  décider  si  la  membrane  parasite  est  produite  par  un 
Asp.  fiavescens  ou  un  Asp,  mgricam. 

Il  est  en  outi*e  une  circonstance  digne  d'être  mentionnée,  qui  consiste  en  ce 
que  nous  trouvons  dans  chaque  pscudo-membrane  parasite  extraite  de  Toreille 
ti'ois  couches  assce  distinctes,  qui  nous  indiquent  la  marche  et  la  direction  du 
développement  de  VAspergHhis  dans  l'oreille,  c'est-à-dire  nous  constatons  que  la 
couche  exteiTie,  celle  qui  est  tournée  vers  Torifice  externe  du  conduit  auditif, 
consiste  principalement  en  cellules  épidermiques  superposées  et  dégénérées 
avec  un  contenu  fortement  ponctué.  Cette  ponctuation  des  cellules  épidermiques 
provenant  de  la  forme  Leptothrix  de  VAspergillus  représente  certainement  la 
première  série  du  développement  de  VAspergiUns  dans  les  téguments  épider- 
miques de  la  membrane  du  tympan,  et  doit  par  conséquent  servir  de  premier 
signe  d'une  végétation  parasite  dans  Toreille.  A  mesure  que  les  couches  devien- 
nent plus  profondes,  on  rencontre  de  plus  en  plus  des  filaments  isolés  de  mycé- 
lium, fortement  ramifiés,  parmi  les  cellules  épidermiques,  qui  deviennent  de  plus 
en  plus  rares.  Insensiblement,  cette  couche  externe  formée  de  cellules  dégéné- 
rées du  tégument  épidermiquc  de  la  membrane  du  tympan  se  continue  dans 
la  couche  moyenne,  qui  consiste  exclusivement  en  filaments  de  mycélium  et 
ne  contient  des  filaments  fertiles,  isolés,  avec  des  sporanges  bien  développés 
et  des  sporules  Hbres,  que  dans  le  voisinage  des  limites  de  la  couche  interne. 
Enfin  la  couche  interne,  portant  l'empreinte  de  la  membrane  du  tympan,  n'est 
formée  que  de  filaments  réceptaculaires  à  divers  degrés  de  développement  et 
d'agglomérations  compactes  de  spores.  Ces  dernières  forment  assez  souvent,  sur 
la  surface  de  la  membrane  parasite,  un  cercle  foncé,  correspondant  à  la  péri- 
phérie du  tympan  et  visible  à  l'œil  nu.  Cette  remarque  a  pu  être  aussi  constatée 
sur  la  pseudo-membrane,  éloignée  (par  des  injections),  à  plusieurs  reprises,  de 
la  muqueuse  de  la  cavité  du  tympan,  dans  l'observation  9.  Par  conséquent,  il  est 
certain  que  la  végétation  de  ^'Aspergillus  se  développe  sur  le  tympan  de  rcreilk 
hurnaim  de  l'extMeur  vers  l'intérieur* 

il  reste  à  résoudre  maintenant  la  question,  si  la  présence  des  végétations  de 
VAspevgillHs  dans  l'oreille  doit  être  considérée  comme  purement  accidentelle  et 
insignifiante  pour  la  maladie  du  tympan  et  du  conduit  auditif,  de  même  que  les 


WUDEN.  —  SUR  UJXB  NOUVELLE  POBUE  DE  MALADIE  D'OREILLE.       70S 

foimatioQB  du  Leptoêhrix  dans  les  maladies  do  la  muqueuse  de  la  bouche^  du 
rectum  et  en  général  du  tractus  intestinal^  ou  de  même  que  la  présence  des 
végétaux  articulés  et  mucorinés  (Haller^  hc.  dt.,  p.  6^)  ou  du  Dipiospcrium 
fuscum  HaUieri  (Hallier^  loc,  cit.^i  p.  82-8/i)  sur  les  membranes  diphthéritiques? 
Ou  bien  devons-nous  admettre  que  la  présence  d'une  végétation  de  VAspergiliuê 
a  la  même  signification  pcUhogéiiétù/ue  pour  l'origine  de  Tlnflammation  du 
tympan  et  du  conduit  auditif^  que  celle  de  YAckoiiofi  ScfumleùiH  Remak^  pour  le 
favus,  du  Triehophyton  tonsurmis,  Malmsten,  pour  V Herpès  iansuraM,  de  VOidium 
alldcanSy  Rob.,  pour  le  soor  et  le  rnwjuet,  et  du  Microsporon  furfw  pour  le  piiyriasis 
vertieolor  f 

Je  me  déclare  entièrement  en  faveur  de  la  dernière  opinion.  Dans  les  dix  ob-» 
servations,  j'ai  eu  souvent  l'occasion  d'obsei'ver  sous  mes  yeux  le  développement 
des  champignons,  et  de  constater  que  le  tympan  n'a  nuUemen  été  privée  par  une 
inflammation  ou  une  suppuration  précédentes,  de  son'  tégument  cpidcrniiquc, 
mais  bien  au  contraire  qu'il  n'existait  aucun  autre  symptôme  objectif  de  maladie, 
hormis  une  injection  opiniâtre  des  vaisseaux  du  manche  du  marteau,  qui  ne  vou- 
lait céder  à  aucun  des  remèdes  usités  dans  ce  cas.  Ensuite  je  pus  remarquer  que 
petit  à  petit  le  tympan  se  recouvrait  d'une  couche  blanche,  qui  se  développait 
dans  le  courant  de  trois  k  cinq  jours,  en  occasionnant  une  aggravation  des  phé- 
nomènes subjectif  de  réaction,  dysécée,  bourdonnements  violents  et  otalgic, 
dans  les  observations  3,2,7  et  9  (même  un^  forte  otalgie,  conmic  on  n'en  ren* 
contre  que  dans  le  cours  d'une  myringite  trés-aiguè),  jusqu'à  représenter  une 
psendo^membrane  blanche  qui  se  développait  en  épaisseur  avec  vitesse  et  s'étcn« 
dait  même  sur  les  parties  avoisinantes  du  conduit  auditif.  Aucun  des  cas  du 
développement  de  cette  pseudo-membrane  n'a  été  accompagné  d'une  suppuration 
du  tympati,  ni  du  conduit  auditif.  11  est  vrai  que  la  plupart  de  mes  malades 
tn'avaient  communiqué  qu'ils  avaient  remanfué  quelquefois  pendant  la  nuit  une 
sécrétion  de  Torcille  d'un  liquide  limpide  en  petite  quantité,  mais  je  n*ai  jamais 
eu  occasion  de  constater  l'existence  d'un  écoulement  véritablement  purulent.  Je 
crois  plutôt  que  cette  sérosité  remarquée  parfois  dans  l'oreille  durant  la  nuit 
n'était  rien  autre  qu'une  exsudation  séreuse  produite  par  l*initation  des  tissus 
vivants  par  une  végétatioti  parasite.  Dans  l'observation  9  je  pouvais  m'assurcr 
effectivement,  à  l'aide  du  microscope,  de  la  justesse  de  ma  supposition,  malgré 
les  conditions  qui,  toutes,  auraient  pu  favoriser  un  écoulement  purulent  (déve- 
loppement d'une  végétatioti  de  ÏAspergillus  nigrkans  très-forte,  non-seulement 
gur  la  membrane  du  tympan,  mais  aussi  sur  la  muqueuse  de  la  cavité  du 
tympan,  visible  à  travers  la  grande  perforation).  11  fkut  donc,  je  le  tiens  pour 
certain,  considérer  la  présence   d'une   végétation  à'Aspergillus  dans  l'oreille 
comme  une  forme  de  maladie  spécifique  indépendante  ;  et  comme  j'ai  pu  a 
plusieurs  reprises  constater  dans  mes  observations  l'affection  primitive  du  tym- 
pan, et  comme,  en  outre,  les  symptômes  subjectifs  et  objectifs  prédominants 
parlaient  en  faveur  d'une  myringite,  je  crois  que  la  dénomination  de  cette  non» 
velle  forme  de  maladie,  la  plus  confonnc  à  la  pathogénie,  doit  être  Tâycomyrinr- 
giti  ou  Myriiigitis  parasitica» 

Quant  à  Vétioîogie  de  la  mycomyringitis,  il  ne  peut  naturellement  exister  d'autre 
cause  occasionnelle  que  l'introduction  et  la  germination  de  spores  do  l'Asper- 
gillus  dans  l'oreille.  La  première  condition  pour  la  production  d'une  mycomyrta- 
gitis  n'est  donc  pas  rai-e,  parce  que  les  spores  de  YAspergiUus  entremêlées 
d'autres  spores  de  la  moisissure  {PenicUHum)  sont  souvent  suspendues  dans 


70/i     CONGRÈS  MÉDICAL  INTERNATIONAL.  —   SIXIÈME  SÉANCE   DE  JOUR. 

ratmosplicre  des  chambres.  J'aL  autrefois  émis  ceci  comme  hypothèse  {Arckk. 
fur  Ohrenheilkunde,  Bd.  III^  p.  18),  et  j'ai  pu  dernièrement  (observation  9)  m'en 
assurer  sur  le  fait.  Les  rechutes  si  fréquentes  du  développement  de  champi- 
gnons dans  l'oreille  de  madame  B. . .  (observation  9)  éveillèrent  en  moi  le  soup- 
çon que  j'avais  devant  moi  des  infections  de  l'oreille  répétées.  Ceci  m'obligea 
de  faire  des  recherches  plus  précises  sur  les  conditions  hygiéniques  auxquelles 
la  malade  était  soumise.  Cette  investigation  me  donna  les  résultats  ci-dessus 
mentionnés  et  très-intéressants.  La  moisissure  desséchée,  d'un  vert  brun,  qui 
se  trouvait  sur  les  plafonds  et  les  renfoncements  des  fenêtres  blanchis  à  la 
chaux^  différait  à  l'examen  macroscopique  et  microscopique  essentieliement  du 
moisi  blanc  noir  qui  recouvrait  les  murs  peints  à  l'huile.  La  première  se  trou- 
vait être  le  Pénicillium  glaumm,  et  le  dernier,  parfaitement  identique  avec  celui 
qui  se  développait  dans  l'oreille  de  la  malade,  V Aspergillus  fdgricatis.  Pour 
m'en  assurer  encore  davantage,  je  soumis  les  deux  moisissures,  chacune  sépa- 
rément, à  une  culture  dans  une  solution  de  glycérine  aqueuse,  et  je  semai  en 
outre  (après  une  macération  durant  vingt-quatre  heures  dans  la  susdite  solu- 
tion) une  certaine  quantité  des  deux  espèces,  séparément  sur  deux  tranches  de 
citron  (sous  une  cloche  de  verre).  Les  champignons  germèrent  très-bien  dans  les 
deux  milieux,  surtout  avec  plus  de  rapidité  sur  les  tranches  de  citron.  Le  Perit- 
cillium  recouvi'it  très-vite  (en  trois  jours)  la  tranche  de  citron  d'une  couche 
magnifique  d'un  moisi  vert  bleuâtre  ;  tandis  que  dans  la  solution  de  glycérine  il 
ne  se  forma  que  dans  six  jours  une  couche  de  moisi  vert  grisâtre.  L'analyse 
microscopique  constata  dans  les  deux  milieux  des  plantes  à  sporanges  parfaite- 
ment développés,  et  n'appartenant  qu'au  Pénicillium  glaucym,  c'est-à-dire  sans 
mélange  d' Aspergillus,  11  arriva  juste  le  contraire  au  champignon  du  mur  {Asp. 
nigricam).  Dans  la  solution  de  la  glycérine  aqueuse  se  développa  principalement 
la  forme  Achorion.  Le  huitième  jour  seulement  se  développèrent  des  sporanges 
faibles,  isolés  et  rares.  Sur  le  citron,  au  contraire,  cela  allait  beaucoup  mieux. 
Quarante-huit  heures  après  l'ensemencement,  la  surface  de  la  tranche  de  citroo 
apparaissait  déjà  recouveiie  d'une  couche  de  iilamcnts  de  mycélium  fins, 
blancs  et  analogues  à  des  fils  de  toiles  d'araignée;  dans  trois  fois  vingt-quatre 
heures,  cette  couche  blanche  de  mycélium  était  recouverte  d'une  quantité 
innombrable  de  points  noirs  (spores).  On  pouvait  constater  à  l'aide  du  micros- 
cope de  très-beaux  et  puissants  exemplaires  de  V AsiïergilluSy  qui  ressemblaient 
parfaitement  à  ceux  qui  avaient  été  retirés  de  l'oreille  de  madame  B...  ;  seule- 
ment les  spoianges  étaient  distinctement  colorés  en  veil  brunâtre  {Asp.  gltm- 
eus,  Lk).  Les  sporules  mêmes  avaient  une  couleur  plus  claire,  faiblement  ver- 
dàtre.  Étant  dès  le  commencement  persuadé  que  la  couleur  brune  foncée  (à  la 
lumière  réfractée)  de  VAsp.  nigricans  ne  dépendait  que  des  pailicularités  du  sol 
(oreille  et  couleur  biune  foncée  du  mur  peint  à  l'huile),  je  semai  aussitôt  un 
fragment  de  la  pseudo-membrane  enlevée  de  l'oreille  de  madame  B...  [Asp.  nigri- 
caus)  sur  une  tranche  de  citron.  Dans  trois  jours  je  pouvais  constater  un  dévelop- 
pement de  moisi  mScroscopiquement  et  microscopiquement  identique  avec  ceux 
que  j'avais  obtenus  de  mon  premier  essai.  Le  champignon  retiré  de  toreiUe  de  fw- 
dame  B.,.  et  celui  du  miar,  soumis  à  luie  culture  sur  deux  trofiches  de  citron^  étaient 
parfaitement  identiques  et  ne  pouvaient  être  distingués  Vmi  de  l'autre. 

Les  deux  avaient  les  organes  de  fructification  vert  brunâtre. 

Vu  que  VuUp.  nigricans  de  l'oreille  de  madame  B...  avait  déjà  reçu,  par  suite 
d'une  seule  culture  sur  le  citron,  une  couleur  décidément  vert  brunâtre  (non- 


WfiEDEN.  —  SUR  UNE  NOUVELLE  FORME  DE  MALADIE  D'ORËlLLE.       705 

seulement  les  capitules,  mais  aussi  les  bouts  réceptaculaires  de  plusieurs  fila- 
ments fertiles  étaient  distinctement  verts),  je  voulus  m'ass^rer  détinitivement  si, 
par  une  seconde  culture  sur  le  citron,  le  mélange  du  brun  ne  diminuerait  pas  da- 
vantage. 

Je  semai  donc  une  portion  du  champignon  de  Toreilie  modiCé  par  la  pre- 
mière culture»  sur  une  nouvelle  tranche  de  citron  ;  mais  je  pus  constater  après 
trois  jours  que  le  résultat  de  cette  deuxième  culture  était  parfaitement  identique 
avec  celui  que  j'avais  obtenu  pai*  la  première,  et  que  le  champignon  n'avait  nul- 
lement une  couleur  verte  plus  pure  (sans  brun). 

La  culture  sur  le  cilmn  répétée  deux  fois  (on  dirait  presque  la  recristallisa- 
tion organique  du  champignon 'de  l'oreille  de  madame  B...)  n'ayant  pu  faire  dis- 
paraître entièrement  le  mélange  du  brun  vert,  j'essayai  encore  un  changement 
du  milieu  de  culture,  en  semant  une  partie  du  second  développement  de  cham- 
pignons sur  une  ti*anche  fraîche  d'une  orange  douce.  Deux  jours  après  il  y  avait 
déjà  une  végétation  parasite  assez  considérable  sur  l'orange  douce.  Étant  soumise 
toute  fraîche  à  l'analyse  microscopique  par  un  ciel  pur,  je  pus  constater  des 
sporanges  d'un  vert  clair  (sans  mélange  de  brun),  tandis  qu'un  examen  entrepris 
trois  heures  plus  tard,  avec  un  ciel  couvert,  démontra  les  sporanges  moins  verts 
et  passant  un  peu  au  brun,  parfaitement  analogues  à  VAspergillus  cultivé  sur  le 
citron. 

Ces  essais  de  culture  (avec  V Asjyei'gilhis)  réitérés  à  plusieurs  reprises  nie  con- 
vainquirent de  ce  qui  suit  :  Les  jeunes  sporanges  dont  les  réceptacles  ou  même 
la  couronne  simple  des  basidia  ne  vient  que  d'être  formée,  sont  parfaitement 
incolores;  ceux  qui  présentent  le  commencement  de  la  formation  des  spores 
sont  d'un  vert  clair;  à  mesure  qu'ils  mûrissent,  la  couleur  verte  se  mélange  de 
plus  en  plus  de  brun.  l<es  spores  libres  même  subissent  un  changement  de  coloris 
pareil.  Les  spores  jeunes,  à  peine  tombées,  sont  claires,  presque  incolores.  Celles 
qui  sont  plus  mûres,  et  surioul  celles  qui  germent,  montrent  un  contour  externe 
d'un  bmn  foncé  ou  noix*,  et  un  contour  interne  clair.  Les  changements  de  trans- 
parence et  de  réfraction  des  rayons,  suite  de  la  croissance  des  cellules  des  cham- 
pignons, doivent,  selon  moi,  de  même  être  pris  en  considération,  comme  canine 
modifiante  de  couleur. 

La  culture  de  VAspergillus  nigricans (de  l'oreille  de  madame  B...),  ayant  produit 
son  évolution  dans  VAsp.  glaucus,  Lk,  pouvait  faire  espérer  qu'une  culture  pa- 
reille de  VAsp,  flavescettë  amènerait  des  résultats  analogues.  Je  semai  par  consé- 
quent un  morceau  de  la  masse  de  champignons  de  l'observation  6  {Asp.  flaves- 
ceiis)  sur  une  ti*anche  de  citron  et  un  morceau  de  la  pseudo-membrane  parasite 
de  l'observation  10  {Asp,  /lavescetis)  sur  une  tranche  d'orange  douce.  Tous  les 
deux  eurent  pour  résultat  une  végétation  d'un  moisi  qu'il  était  impossible  de 
distinguer,  ni  à  l'œil  nu,  ni  au  microscope,  de  celui  qui  avait  été  obtenu  par  la 
culture  de  VAsp,  nigiicam  sur  le  citran.  Les  sporanges  et  les  spoiniles  veri  bru- 
nàti'e  qui  se  développèrent  de  l'A.  fUivescens  étaient  paifaitement  identiques  avec 
ceux  qui  s'étaient  développés  de  VAsp,  nigricans  sur  le  citron.  La  couronne  des 
cellules  basales  du  réceptacle  était  devenue  parfaitement  circulaire,  tandis  que 
VMpergilltis  flavescens  de  l'oreille  a  toujours  le  quait  inférieur  du  receptaculum 
libre  de  cellules  basales. 

//  ftU  donc  pi*ouvé  par  la  culture  [sur  le  citron  et  sur  l'orange  douce)  des  champi- 
gnons retirés  de  l'oreille,  que  les  deux  variétés  de  cMmpignons  végétant  dans  r oreille 
AwM«we  (/'Asp.  nigricans  et  /'Asp.  llaye^cens),  qui  sont  non-seulement  distinctes  entre 

45 


706     CONGnkS  MÉDICAL  INTERNATIONAL.  -^  SIXIÈME  SEANCE  DE  JOOB. 

elles,  mais  se  disHnguefU  aussi  clairement  de  ['Aspergyllus  glaucus,  Lk,  reimtmaU 
à  la  même  forme  prtm<^t)e,  c'estràrdire  à  TAsp.  glaucus,  Lk,  donlt  Us  représ&OefU  des 
variétés  produites  par  la  différence  du  milieu  de  euUure. 

Quant  à  la  seconde  condition  de  l'étiologie  de  la  mycomyringitis,  c* est-à-dire 
la  germination  des  sporules  libres  dans  la  couche  ëpidomique  du  tympan,  elle 
est  plus  difficile  à  s'effectuer  que  la  première  et  dépend  certainement  d'un  ëtat 
particulier  de  la  couche  cutanée  du  tympan.  Sans  aucun  doute>  les  spomlcs  ne 
peuvent  germer  et  se  développer  dans  Toreille  de  l'homme  que  lorsque  Itt  couche 
cutanëc  du  tympan  se  trouve  dans  des  conditions  particulières^  autrement  ces 
observations  seraient  bien  plus  fréquentes.  Mais  pourtant  il  est  très-difflcile  de 
déterminer,  en  attendant,  en  quoi  pourrait  consister  cette  préparation  spéciale  de 
la  couche  cutanée  du  tympan,  qui  doit  exister  pour  favoriser  la  germination  des 
spores  de  YAspergillus,  Mais  puisque  dans  sept  de  mes  observations  de  parasitisnie 
de  l'oreille^  il  y  a  eu  des  procès  inflammatoires  ou  suppuratifs  qtii  araient  pré- 
cédé, sinon  immédiatement,  du  moins  à  une  période  plus  ou  moins  éloignée^  le 
développement  de  la  maladie  parasitaire,  je  suis  enclin  à  présumef  qu'un  ra- 
mollissement et  une  tuméfaction  quelconque  de  la  couche  cutanée  du  tympan^ 
à  quelque  endroit  (même  microscopiquement  petit?),  ou  en  général  un  état  pa- 
thologique de  l'épiderme  a  présenté  les  conditions  nécessaires  à  la  germination 
des  spores.  En  attendant,  cependant,  je  ne  puis  émettre  cette  idée  qu'hypothé^ 
tiquement. 

11  est  aussi  très-difficile  d'expliquer  pourquoi  Poreille  no  présente  que  des 
végétations,  des  variétés  de  YAspergillus,  car  mes  recherches  les  plus  assidues^ 
pour  découvrir  un  mélange  du  Pénicillium  qlauaim,  furent  jusqu'à  présent  par» 
faitement  infructueuses.  Les  sporules  de  YAspergillus,  suspendues  dans  l'air, 
sont  tot^ours  mélangées  de  sporules  du  Pénicillium,  et,  suivant  HalUer^  il  eM 
[loc.  cité,  p.  75)  même  impossible  d'obtenir  des  semences  de  spores  A'Aspergilbu 
Sans  mélange  de  spores  du  Pénicillium;  ce  dernier  se  rencontre,  en  général,  bien 
plus  souvent,  et  U  est  bien  plus  cosmopolite  que  YAspergillus.  «  Si  les  deux 
champignons  se  trouvent  dans  le  même  endroit,  YAspergillus  est  bientôt  sup- 
primé», dit  Hallier  (/oc.  ctl.,  p.  74).  Les  essais  de  culture  de  YAspergillus  faits 
pai-  Hallier  nous  donnent  peut-être  la  clef  de  cette  circonstance  remarquable. 
Ce  mycologue  distingué  nous  dit  (loc.  cit.,  p.  78)  :  «  Il  parait  important  pour  le 
pityriasis,  que  /'Aspergyllus  demande  un  milieu  plus  sec  que  le  Pénicillium.  Sur 
une  tranche  de  citi-on  ensemencée  par  l'Aspergillus,  le  champignon  était  entiè- 
rement opprimé,  dans  le  courant  de  huit  jours,  par  une  Végétation  du  Pmkil- 
îfMf».  Plusieurs  mois  plus  tard  cependant,  l'Aspergillus  se  développa  très-riche- 
ment sur  ce  citron  (qui  pendant  ce  temps  était  devenu  parfaitement  sec),  en 
opprimant  de  son  côté  le  Pénicillium.  On  pourrait  en  conclure  que  YAspergit- 
îus  reste  dcms  les  couches  casernes  de  l'épiderme  et  y  produit  le  pîtyriasts,  tandis 
que  le  Pénicillium^  s' enfonçant  dans  les  couches  plus  profondes,  y  produit  le  farus.t 
Cette  explication  s'accorde  parfaitement  avec  mes  observations,  qui  toutes  n'a- 
Vaient  pas  été  accompagnées  de  suppuration,  et  par  conséquent  présentaient 
un  milieu  sec,  propice  à  la  végétation  de  YAspergillus  et  défarorable  au  ddvelop- 
pcmcnt  du  Pénicillium.  L'observation  LX  (madame  B...)  est  suriout très-instructif c 
sous  ce  rapport;  une  végétation  de  Pénicillium  recouviait  les  plafonds  et  les  ren- 
foncements des  fenêtres  humides  et  blanchis  à  la  chaux,  tandis  que  les  murs» 
peints  à  l'huile,  et  n'absorbant  pas  rhumidllé,  étaient  exclusivement  recouverts 
d'Aspergillus*  D'autre  part,  ce  cas  présentait  la  meilleure  occasion  pour  une  végé- 


WBBDBN.  ~  MB  VM  BICHJVELLB  fOUllE  DE  MALADIE  D'ORERLE,  707 
taUoD  simultanée  du  PenicUlium  et  de  VAspergillus  dans  ToreiUe  de  madame  B 
Mais  les  analyses  microscopiques,  répétées  si  smurent  (tous  les  deux  jours  durant 
trois  mois)  et  laites  par  moi  avec  grande  attention,  ne  me  permirent  pas  une 
seule  fois  de  découvrir  la  moindre  trace  de  Penidnium.  Je  conclus  de  là  que 
l'oreiDe  présente  un  milieu  de  culture  spécifiquement  propice  à  la  production  de 
VA9p9rgiiiu$  et  très^iëfaTorable  au  PenidlUim,  et  que  la  semence  la  plus  pure 
des  spores  de  YAipttrgUiw  (pour  des  essais  sur  la  culture  de  ce  dernier)  doit  être 
recherchée  dans  les  masses  de  champignons  extraites  de  l'oreille.  Le  PemcUiium 
ne  m'a  jamais  dérangé  dans  mes  essais,  et  ne  commençait  à  se  montrer  qu'après 
le  sixième  jour  (par  suite  du  soulèvement  réitéré  de  la  cloche),  et  cela  en  très- 
petite  quantité  et  isolément  sur  les  bords  (ëcorce)  du  citron  ou  de  l'orange.  Mais 
Je  ne  i*ai  jamais  aperçu  au  milieu  de  la  végétation  de  YAspergtilm. 

Considérant  l'étiologie  de  la  mycomyringite,  il  faut  remarquer  que  parmi  les 
dix  malades  que  j'ai  rencontrés,  sept  étaient  du  sexe  nmculin  et  trois  du  sexe 
fênUMnt  quatre  personnes  étalent  vieilles,  ctaq  de  Y  âge  moyen  et  une  seule  ado* 
lescente.  En  outre,  quatre  souffraient  des  deux  (y^eilkê  et  quatie  û*une  seule  i  parmi 
ces  derniers,  deux  souffraient  de  l'oreiUe  droite  et  quatre  de  Foreille  gauche.  11 
ine  paraît  en  général  que  cette  maladie  n'est  pas  très-rare,  pai-ce  que  j'ai  eu 
l'occasion  de  l'observer  dfat  fois  sur  quatorze  cents  malades,  et  je  suis  persuadé 
que  d'autAs  fourniront  bientôt  de  nouvelles  communications  relatives  à  ce  su- 
jet.  Je  n'ai  pu  jusqu'à  présent  remarquer  la  transplantation  de  la  maladie  d'une 
personne  à  une  autre.  De  môme  mes  essais  d'inoculer  YAspergillus  sur  le  conduU 
audiUr  nomaî  d'autres  personnes  sont  restés  sans  résultat  •  mais  si  l'on  mettait 
un  tympan  hiflammé  en  contact  continuel  durant  plusieurs  jours  avec  une  masse 
de  champignons  retii-ée  d'une  oreille  malade,  je  crois  que  celte  expérience  n'au- 
talt  pas  de  résultat  négatif,  parce  que  je  ne  saurais  trouver  une  raison  pourquoi 
la  mycomt/HngiHs  serait  moins  contagieuse  que  le  pityHasis  versicolor,  le  favus^ 
Y  herpès  tottsurans,  etc.  Il  serait  facile  de  prouver  celte  assertion,  si  Ion  pouvait 
trouver  un  sujet  convenable  pour  l'expérience,  qui  consentirait  à  se  soumettre 
à  cet  essai. 

Quant  aux  symptômes  subjectifs  de  la  mycomyrhigîte,  je  dois  appeler  l'atten- 
tion sur  ce  que  tous  les  cas  de  ceUe  maladie  que  j'ai  observés  (les  cas  6  et  7 
exceptés)  étaient  accompagnés  d'une  surdité  à  un  très-haut  degré,  laquelle  était 
survenue  quatre  fois  (3,  &,  5,  9)  Soudathement.  Les  bourdonnements  étaient 
très-torts  dans  tous  les  cas  et  ftirent  souvent  accompagnés  par  des  pulsations  dans 
roreUlê,  qui  augmentaient  surtout  d  certains  changements  de  position  de  la  tête.  Cinq 
malades  se  plaignaient  de  douleurs  et  d'un  sentiment  de  pression  douloureuse 
dans  l'oreille,  les  antres  cinq  malades  (3,  5, 7, 8,  et  surtout  9)  souffraient  de  dou- 
leurs violentes,  qui  se  communiquaient  aux  tempes,  aux  dents,  au  cou  et  à  la 
nuque,  comme  on  n'en  trouve  même  pas  dans  la  myringins  acutissima. 

Il  est  à  remarquer  ensuite  que  chaque  séparation  de  la  pseudo-membrane  du 
tympan  était  accompagnée  d'une  exacerbation  de  douleurs  dans  l'oreille,  et  que 
cette  dernière  cessait  comme  par  enchantement  aussitôt  que  la  pseudo-membrane  était 
détachée  du  tympan  spontanMent  ou  artificiellemcîit.  Les  sensations  subjectives  de  la 
mycomynngitis  trouvent  en  partie  leur  explication  dans  l'irritation  produite  par  la 
végétation  parasite  dans  la  couche  cutanée  du  tympan  et  dans  la  forte  congestion 
cl  la  lunicfaction  consécutives,  ainsi  que  dans  l'action  de  la  pression  et  du  tirail- 
lement mécanique  du  tympan  par  la  membrane  parasite,  enfin  dans  ce  que 
ces  masses  devenaient  un  obstacle  pour  l'acoustique.   En  tout  cas,  l'influence 


708     CONGRÈS  MÉDICAL  IN  TEBNATIONAL.  —  SIXIÈMB  SÉANCE  DC  iODB. 

mécanique  de  la  pseudo-membrane  parasite  n'est  ni  excluslTe»  ni  priacipale, 
comme  cela  arrive  dai^s  les  cas  de  concrétions  cérumlneuses  ou  de  corps  étran'- 
f^e]*s  dans  l'oreille.  Ceci  est  prouvé  par  le  cours  de  la  maladie.  Aussitôt  que  la 
concrétion  cérumineusc  ou  le  corps  étranger  est  enlevé  de  roreille,  tous  les 
symptômes  subjectifs  disparaissent  généralement^  et  la  cure  consécutive  est  rare- 
ment nécessaii'e^  tandis  qu'au  contraire  l'éloignement  de  la  membrane  parasite 
n'a  méme^  par  suite,  qu'une  amélioration  dans  les  symptômes  subjectifs^  mais 
jamais  une  disparition  entière  de  ces  symptômes  (les  douleurs  exceptées),  et  une 
cure  consécutive  rationnelle  peut  seule  remettre  l'organe  de  l'ouie  dans  son  état 
normal. 

Les  symptômes  objectifs  de  la  mycomyringite  différent  selon  le  stade  de  la  mala- 
dic.  Au  commencement,  on  ne  peut  rien  remarquer,  excepté  une  injection  intense 
des  vaisseaux  du  manche  du  marteau  {symptômes  prodromiqneSy  c'est-à-dire  ger- 
mination commençante  des  spores).  Peu  à  peu  la  rougeur  et  la  tuméfaction  delà 
couche  cutanée  superficielle  deviennent  plus  diffuses,  et  se  communiquent  au  tiers 
inlerne  du  conduit  auditif.  On  ne  voit  que  l'apophyse  courte  de  l'insertion  du 
marteau.  Ensuite  le  tympan  perd  son  lustre  superficiel,  et  devient  terne  en  se 
couvrant  d'une  poudre  fine  et  blanche  incrustée  dans  l'épiderme.  Elle  ne  peut 
otre  essuyée  ni  éloignée  au  moyen  des  injections.  Cette  fine  couche  (foimalion 
du  Leptothrix  et  du  mycélium)  poudreuse  se  développe  très-vite  en  une  pseudo- 
membrane blanche,  unie,  dense,  et  plus  ou  moins  épaisse  (végétation  de  cham- 
pignons entièrement  développés)  à  travers  laquelle  on  ne  peut  plus  distinguer  la 
rougeur  du  tympan.  Après  l'éloignement  de  cette  membrane  parasite  par  des  in- 
jections, la  couche  cutanée  du  tympan  apparaît  rouge  foncé,  tuméfiée  et  dénudée 
de  son  épideime.  Lorsque  la  végétation  de  champignons  a  été  définitivement 
éloignée  dès  la  première  fois,  et  qu'un  développement  consécutifne  s'est  pas  pro- 
duit, la  rougeur  et  la  tuméfaction  du  tympan  diminuent  à  mesure  que  la  resti- 
tution de  l'épiderme  s'efi'ectue,  et  enfin  le  tympan  recouvre  son  aspect  normal. 

La  marche  d'une  myringite  parasitaire  peut  être  aiguë  ou  chronique.  Dans  les 
cas  de  maladies  récentes,  dont  le  diagnostic  et  le  traitement  ont  été  justes,  la 
durée  ordinaire  est  de  quatre  à  six  semées.  Le  cas  le  plus  court  que  j'aie  observé 
(Uu*a  une  semaine.  Le  cas  le  plus  pénible  et  le  plus  opiniâtre  me  donna  l'oc- 
casion d'observer  durant  trois  mois  des  récidives  firéquentes  de  développement 
de  champignons,  bien  que  j'eusse  posé  un  diagnostic  juste  à  la  première  visite 
de  la  malade,  et  que  je  lui  prescrivisse  un  traitement  énergique  ad  hoc.  Biais  si  la 
maladie  est  méconnue,  et  par  conséquent  faussement  traitée,  elle  peut  se  prolon- 
ger une  année  et  plus  encore.  J'ai  eu  souvent  l'occasion  d'observer  que  ledéve- 
loppeiuent  et  la  maturation  de  la  membrane  parasite  durent  de  cinq  à  huit  jours. 
Je  n'ai  jamais  pu  éloigner  une  membrane  de  l'oreille  avant  cinq  à  huit  jours.  Dans^ 
i'oh!«ervation  9,  où  vers  la  fin  du  traitement  la  végétation  ne  se  formait  que  sur  la 
nmqueusc  de  la  cavité  du  tympan,  je  pouvais  enlever  de  l'oreille,  tous  les  deux 
jours^  une  nouvelle  masse  de  champignons  qui  recroissaient  dans  le  courant  de 
vingt-quatre  heures.  Mais  je  n'ai  jamais  remarqué  une  végétation  de  VAspergilltut 
aussi  rapide  sur  la  couche  cutanée  du  tympan. —  Comme  symptôme  prodromiquc 
cai'actéristique  peut  servir  l'injection  intense  des  vaisseaux  du  manche  du  marteau, 
qui  pendant  ordinairement  une  et  deiu  et  même  quatre  semaines  résiste  opiniâ- 
trement à  tous  les  remèdes  employés,  et  se  masque  par  la  membrane  parasite 
croissante.  Tant  que  cette  injection  n'a  pas  disparu,  une  rechute  est  à  craindre. 
La  cure  consécutive  durait  de  deux  à  trois  semaines.  Les  rechutes,  qui  revenaient 


WRfiDEN.  •—  SUR  UNB  NOUVELLE  FORME  DE  MALADIE  D'ORBILLE.       709 

orâinairement  avec  moins  d'intensité  que  la  maladie  primitive»  exigeaient  un 
traitement  consécutif  d'une  semaine. 

Le  diagnostic  de  la  mycomyringite  est,  d'après  les  symptômes  objectifs  décrits 
ci-dessus,  facile  et  sûi*  poui*  un  œil  expérimenté»  et  ne  nécessite  pas  même  l'aide 
d'un  microscope;  pourtant  l'assurance  positive  ne  peut  guère  être  acquise  que 
par  le  microscope. 

Le  pronostic  de  la  mycomyringite  est  toujours  bon»  parce  que  géhéi*alement  la 
végétation  se  limite  à  la  couche  épideiiiiique  de  la  membi*ane  du  tympan  et  de 
la  partie  avoisinante  du  conduit  auditif»  et  ne  laisse  après  son  éloignement  défi- 
nitif aucune  lésion  des  fonctions  de  l'oreille.  Il  se  peut  cependant,  par  exception, 
que  la  membrane  du  tympan  soit  en  partie  détruite  par  l'effet  d'une  affection 
parasitaii'e  portée  à  un  haut  degré  (observation  9)»  ou  par  suite  de  négligence, 
et  que  le  parasite  se  développe  aloi's  sur  la  muqueuse  de  la  caisse  du  tympan. 
De  pareils  cas  présentent  naturellement»  par  rapport  à  l'ouîé»  un  pronostic  peu 
favorable»  parce  que  les  grandes  défectuosités  dans  le  tissu  de  la  membrane  du 
tympan  laissent»  après  leur  guérison,  toujours  une  surdité  assez  importante»  et 
ne  sont  jamais  parfaitement  curables.  J'ai  remai*qué»  en  général,  que  YAspergilhês 
nigricam  produit  dans  l'oreille  une  réaction  beaucoup  plus  intense  que  YAsper- 
yillus  fiaoescetiSy  qui,  sous  le  mici*oscope  même»  présente  des  exemplaires  moins 
forts  et  moins  robustes  que  le  premier.  Les  cas  de  maladie  à  très-haut  degré 
amènent  aussi  des  phénomènes  consensuels  dans  tout  l'organisme^  parmi  les- 
quels surtout  l'état  fébrile  augmentant  vers  le  soir»  une  hémicranie  violente»  des 
vertiges»  etc.,  sont  à  remarquer.  La  mycomyringitis  a  encore  une  particularité 
très-désavantageuse»  qui  consiste  dans  une  tendance  aux  rechutes»  et  qui  donne 
à  cette  maladie  le  cachet  d'opiniâtreté»  et  qui  exige  l'emploi  de  remèdes  pai*a- 
siticides  très-énergiques. 

La  thérapeutique  de  .la  mycomyringitis  demande»  pour  atteindi*e  un  bon  résultat» 
l'emploi  de  parasiticides  sûrs.  Nos  connaissances  actuelles  concernant  ces 
remèdes  sont  encore  très-restreintes»  d'autant  plus  que  tous  les  essais  de  Kûchen- 
meister  (/oc.  dt,  p.  131-136)  avec  :  tinct.  veratri  a/6.»  cuprum  aceticumy  p.  et 
500  aq.;  merc.  subi,  corros.,  p.  et  500  aq.;  ac.  phagadenie^ phaxm.  Wurtemberg; 
tannin  en  solution  concentrée;  borax  en  solut.  concentrée  ;  aq,  kreosotiy  aq.  ptcM, 
unguentum  picis  ;  alcool  délayé»  1  p.  et  3  p.  aq,»  ou  1  p.  et  1  p.  aq.»  et  alcool  de 
80  p.  100,  se  rapportant  seulement  au  moisi  du  pain»  probablement  le  Pénicil- 
lium gtauctun,  n'ont  pas  été  contrôlés  par  les  analyses  microscopiques.  En  consé- 
quence» je  me  décidai  à  étudier  sous  le  microscope  l'influence  des  divers  agents 
chimiques  sur  VAsp.  nigricanSy  afin  de  m'assurer  par  quel  remède  on  pourrait 
atteindre  le  meilleur  résultat  thérapeutique  dans  le  traitement  de  la  myringomy- 
cosis.  Je  n'employai  pour  ces  essais  que  des  solutions  qui,  en  cas  de  nécessité» 
peuvent  être  versées  dans  l'oreille  du  malade»  paixe  que  je  trouvais  qu'il  était 
tout  à  fait  inutile  de  faire  des  essais  avec  des  acides  ou  des  alcalis  concentrés» 
qui  sans  doute  détruisent  les  parasites  végétaux  aussi  bien  que  les  tissus  orga- 
niques. Je  commençai  mes  expériences  par  l'alcool»  paixe  que  Kûchenmeister  le 
déclare  être  le  meilleur  parasiticide»  et  parce  qu'il  est  soutenu  dans  cette  asser- 
tion par  Hallier  {loc.  cit.,  p.  54).  Les  masses  de  champignons  exti'aites  de  l'oreille 
de  madame  B...  me  servirent  d'objets  d'expériences. 

1^  Alcool  de  60  p.  100. — Après  avoir  laissé  la  masse  parasite  dans  ce  liquide  du- 
rant vingt-quatre  heures,  je  la  soumis  à  un  examen  microscopique»  et  je  ne  pus  y 
constater  presque  aucun  changement.  11  est  vrai  que  plusieurs  jeunes  sporanges 


710     GONaRbS  MÊDICAI.  INTERNATIONAL.  ^  8DUËMB  SÊANGB  DE  lOITI. 

étaient  devenus  plus  clairs;  mais  je  pus  constater  dans  la  plupart  des  filaments 
fertiles^  ainsi  que  dans  les  spores  libres,  les  mêmes  contours  foncés  et  la  même 
teinte  qu'avant  l'expérience.  On  ne  pouvait  remarquer  une  coagulation  du  proto- 
plasme. En  un  mot,  si  nous  si^primons  une  transparence  à  peine  augmentée  de^ 
exemplaires  de  champignons,  on  ne  pourra  constater  aucun  changement  notable. 
Cette  résistance  de  YAspergillus  à  l'influence  de  Talcool  est  d'autant  plus  remar* 
quable,  que,  d'après  Kûchenmeister,  Talcool  même  délayé  supprime  le  dévelop- 
pement du  moisi  sur  le  pain. 

2^  Alcool  de  95  pour  iOQ.  -^  Après  avoir  séjourné  durant  vingt-quatre  heures 
dans  l'alcool  presque  absolu,  la  masse  de  champignons  ne  présentait  aucun 
changement  plus  évident  que  celui  produit  par  l'influence  de  l'alcool  de 
60  pour  100.  Les  spores  et  les  sporanges  avaient  les  mêmes  contours  frais  et  le 
même  coloris  foncé  qu'avant  l'influence  de  l'alcool.  La  coagulation  du  contenu 
des  filaments  fertiles  ne  peut  être  constatée.  11  est  certain  que  l'alcool  absolu 
doit  agir  d'une  manière  répressive  sur  le  développement  des  parasites,  parce 
qu'il  attire  l'eau  des  tissus  végétaux  et  fait  coaguler  l'albumen  ;  mais  cette  action 
sur  ÏAspergillua  n'est  pas  suivie  d'un  changement  de  forme  reconnaissable. 

3^  Solutiofi  spiritueuse  de  tannin  {tannini  S  ij  ad  une.  j  spirU,  vini,  50  p.  4O0). 
—  Après  quatre  heures,  on  «pouvait  déjà  remarquer  un  changement  dans  la 
masse  parasitaire.  Les  sporanges  et  les  sporules  libres,  ordinairement  si  robuste? 
et  si  foncés,  étaient  devenus  en  grande  partie  beaucoup  plus  pftles  et  plus  trans- 
parents. Le  contenu  des  filaments  fertiles  est  coagulé  presque  entièrement.  Le 
plexus  de  mycélium  était  devenu  bien  plus  visible  pai*  la  coagulation  du  proto- 
plasme. Le  contenu  des  filaments  du  mycélium  était  coagulé,  fortement  granulé 
ou  fendillé. 

U^  La  même  solution  (action  durant  vingt-quatre  heures).— La  décoloration  et  la 
transparence  des  organes  de  fructification  est  encore  plus  grande  que  dani  le 
n°  3  (après  quatre  heures  d'influence).  La  coagulation  du  protoplasme  est  en 
même  temps  plus  prononcée;  elle  est  même  visible  dans  les  réceptacles. 

L'acide  tannique,  ajouté  à  l'alcool  faible  (50  pour  100),  augmente  l'action 
parasiticide  de  ce  dernier  à  un  tel  degré  qu'il  surpasse  même  l'action  de  l'alcool 
absolu*  L'explication  de  ce  phénomène  consiste  dans  ce  que  le  tannin  précipite 
l'albumine;  voilà  pourquoi  Kûchenmeister  trouvait  que  même  une  solution 
aqueuse  de  tannin  pouvait  suspendre  la  végétation  du  moisi  sur  le  pain.  La 
solution  spiritueuse  du  tannin  ne  développe  aucune  action  caustique  ou  destruc- 
tive sur  les  champignons,  mais  aussitôt  que  la  vitalité  du  parasite  est  annulée 
par  la  coagulation  du  protoplasme,  le  parasite  peut  tomber  en  détritus  molécu- 
laire, comme  un  organisme  mort.  Nous  en  avons  la  preuve  dans  la  pièce  micro;*- 
copique  n*  8  extraite  de  l'oreille  de  madame  B...,  après  l'influence  de  six  jours 
d'une  solution  spiritueuse  de  tannin. 

5*  SoluHùn  du  mercure  corrosif  faible  [merc,  subi,  corros.  gv,  j  ad  une.  vj  aq.).  — 
Après  vingt-quatre  heures,  l'influence  était  très-minime.  Les  sporanges  étaient 
devenus  plus  pâles.  La  coagulation  du  protoplasme  ne  peut  être  constatée. 
La  pièce  n'est  pas  aussi  transparente  que  celles  qui  ont  été  soumises  à  l'in- 
fluence de  l'alcool,  et  montre  une  grande  quantité  de  cristaux  en  forme  d'ai- 
guilles, qui  proviennent  probablement  de  ce  que  le  sublimé  est  moins  soluble 
dans  la  glycérine  que  dans  l'eau. 

6*  Solution  de  merctire  corrosif  plus  forte  {merc.  subL  corros,  gv.  ij  ad  une.  j  «g.)- 
L'influence  ne  parait  pas  êti*e  plus  forte  que  celle  de  la  solution  n*  5. 


WRBDBII,  ~  sua  UNS  NOUVELLE  POftMB  M  MUADIB  D*0RBILLB,       711 

7*  BoheHon  concentrée  de  mercure  corrosif  (gros  j  ad  une,  j  aq.)*  -^  Après  être 
restée  pendant  vingt*quatre  heures  dans  cette  solution,  toute  la  masse  de  chani* 
pignons  a  été  changée  en  une  substance  visqueuse  pareille  à  du  mucus.  Le  mi« 
croscope  démontra  un  détritus  complet  et  une  disparition  entière  des  formes  du 
champignon.  Le  mercure  corrosif  n'avait  donc  agi  que  comme  un  caustique. 

8*  AcéMe  de  plomb  basique.  —  Après  vingt-quatre  heures,  on  ne  pouvait  con- 
stater aucun  changement  dans  la  masse  des  chsgoipignons,  excepté  un  sédiment 
de  carbonate  de  plomb. 

9*  Même  eoluHon  (action  de  quarante-huit  heures).  —  Aucun  changement  no- 
table. Quelques  sporanges  paraissent  avoir  pâli.  La  pièce  microscopique  n*  23  est 
en  général  indistincte,  à  cause  du  sédiment  considérable  de  carbonate  de  plomb. 

10*  Solution  de  perchlorure  de  fer.  —  Après  une  influence  de  vingt-quatre 
heures,  aucun  changement.  La  couleur  des  sporanges  s'est  bien  conservée. 
Les  sporules  germantes  s'y  trouvent  en  grande  quantité. 

11*  Solution  de  sulfate  de  cuivre.  —  Après  être  restée  vingt-quatre  heures  dans 
cette  solution,  la  masse  de  champignons  était  entièrement  teinte  en  bleu.  Mais 
il  fût  constaté  sous  le  microscope  que  les  sporanges  et  les  spores  avaient  gardé 
leur  couleur  brune  foncée.  Plusieurs  spores  étaient  en  état  de  germination. 
On  ne  pouvait,  en  général,  constater  aucun  changement  dans  la  masse  de 
champignons. 

12*  la  glycérine  iodée.  —  Après  avoir  été  soumise  à  son  influence  durant  qua- 
rante-huit heures,  la  masse  parasite  n'a  éprouvé  aucun  changement.  Le&  spo- 
ranges et  les  spores  ont  conservé  leur  couleur  brune  foncée  j  seulement  les  jeunes 
sporanges  (incolores)  sont  teints  en  jaune  clair.  Les  filaments  fertiles  n'ont  pas 
change.  11  y  a  beaucoup  de  spores  qui  germent. 

13®  Teinture  d'iode  (action  durant  vingt-quatre  heures).  —  Aussi  peu  de  chan- 
gements que  dans  l'essai  n®  12. 

14®  Sobttion  concentrée  de  pierre  infernale,  — Après  être  restée  pendant  vingt- 
quatre  heures  dans  cette  solution,  la  masse  blanche  de  champignons  était  de- 
venue brune.  Pendant  Téparpillement  dans  de  la  glycérine,  cette  deniière 
perdit  sa  transparence  par  la  formation  d'un  précipité  blanc  (albuminate  d'ar- 
gent). Ce  précipité  paraissait,  sous  le  microscope,  brun  et  opaque. 

Analyse  microscopique.  —  Les  filaments  du  mycélium*  sont  recouverts  de  gra- 
nules noirs,  amorphes,  et  ont  (albuminate  d'argent)  un  contenu  coagulé.  Les 
pai'ois  des  cellules  sont  indistinctes  et  en  décomposition.  Les  filaments  fertiles 
résistent  avec  énergie;  leur  double  contour  est  distinct  et  net,  et  leur  contenu  est 
coagulé  et  d'une  couleur  brun  clair  (albuminate  d'argent).  Le  contour  des  ré- 
ceptacles est  entièrement  coagulé  et  d'un  brun  foncé.  La  couronne  de  cellules 
basales  qui  entoure  ce  réceptacle  est  conservée  et  teinte  en  brun.  Les  chaînes  de 
spores  ne  sont  plus  adhérentes,  mais  on  trouve  beaucoup  de  spores  libres  dis- 
persées avec  un  contour  double  et  distinct,  et  portant  un  noyau  noir.  L'endospo- 
riuni  est  brun  clair. 

15**  Acide  carbolique  (acide  phénylique).  —  La  masse  blanche  de  parasites, 
recouveiie  en  plusieurs  endroits  de  spores  noires,  devint,  après  une  macération 
de  vingt-quatre  heures,  plus  dense  (pareille  à  du  cuir),  et  avait  une  teinte  jaune 
claire  uniforme. 

Analyse  microscopique,  —  Les  organes  de  fhictiûcation  étaient  en  grande  partie 
entièrement  décolorés  et  desséchés  (momifiés).  Les  cellules  basales  des  sporanges 
étaient  plus  fortement  contournées.  Le  double  contour  des  sporules  germinantes 


712     CONGRÈS  MÊDICA.L  INTERNATIONAL.    —  SIXIÈME  S£aMC£  DE  lOUB^ 

n'était  plus  visible  par  suite  de  sa  décoloration.  Le  protoplasme  des  filaments  fer- 
tiles et  des  réceptacles  est  en  gi*ande  pailie  coagulé.  En  général,  la  pièce  micros- 
copique n°  29  se  distingue  par  sa  transparence  et  sa  décoloration.  On  ne  peut 
constater  une  action  destructive ,  on  ne  voit  qu'une  momifiaition.  L'action  spé- 
ciale de  l'acide  phénique  paraît  être  basée  sur  une  coagulation  {sui  generis)  des 
substances  albumincuses. 

16°  SolîUioji  d'arsénite  de  potasse  (solutio,  arsenic.  Bowleri,  1  partie  d'acide 
arsénieux  sur  100  pailies  d'eau).  —  Après  vingt-quati*e  heures  on  voit  une  déco- 
loration des  organes  de  iructiûcation  et  une  transpai*ence  remarquables.  Le  mycé- 
lium est  entièrement  détruit  et  changé  en  une  masse  moléculaire  amorphe.  Les 
filaments  sont  très-transparents,  mais  sans  changement.  Les  sporanges  et  le^ 
sporules  sont  devenus  tellement  pâles  et  transparents,  qu'on  ne  peut  les  retrouver 
qu'avec  la  plus  grande  peine.  On  ne  \oit  pas  de  coagidation  du  protoplasme. 
L'acide  arsénieux  a  une  action  desti'uctive  très-foilc  sur  Y  Asi)€ryiUus,  puisque  après 
une  macération  de  trois  jours  dans  la  susdite  solution,  il  était  sun^enu  une  dé- 
composition et  une  dissolution  complète  des  formes  du  champignon.  On  ne  pou- 
vait distinguer  faiblement  que  quelques  fragments  de  filaments  réccptaculaires. 
Cette  circonstance  explique  pourquoi  Pacini  ne  pouvait  conserver  les  champi- 
gnons retirés  de  l'oreille.  11  avait  choisi,  pai*  un  hasard  pailiculier,  un  mode  de 
conservation  qui  détruisait  spécifiquement  le  champignon  Asperyillns. 

17'*  Solution  d' hypochlonte  de  chauœ  off.,  et  18°  HypocJdorite  de  chaux  chMiKi- 
qnement  pur.  —  (]es  deux  agents  chimiques  possèdent  sans  contredit  une  action 
parasiticide  au  plus  haut  degré.  Après  être  restée  constamment  dans  ces  liquides, 
la  masse  préalablement  recouverte  de  taches  noires  (spores)  devint  entièrement 
blanche  et  perdit  toute  cohésion.  Le  moindre  attouchement  suffisait  pour  les  faire 
tomber  en  morccciux.  On  ne  voit  aucune  li'ace  des  spores  noh'es.  L'analyse  mi- 
croscopique démontre  ((ue  tous  les  éléments  de  champignons  ont  été  changés  en 
une  masse  homogène,  amorphe,  dans  laquelle  on  ne  peut  distinguer  la  moindre 
trace  ni  de  mycélium  ni  de  sporanges  ou  de  spoiniles.  On  ne  peut  distinguer 
que  quelques  petits  fragments  de  filaments  fertiles  (sans  capitules)  dans  la  masse 
parasite  du  n°  18  (2  grains  de  l'hypochlorite  de  chaux  sur  1  once  d'eau).  Eu  géné- 
ral, l'action  des  sels  hypochloriques  sur  le  champignon  de  VAsperyUluê  est 
extraordinabement  forte. 

Je  crois  pouvoir  émettre  pour  la  myringomycosis  les  déductions  suivantes  des 
essais  que  j'ai  faits  sur  les  remèdes  parasiticides  ci-dessus  mentionnés. 

1.  Le  parasiticide  agissant  le  plus  rapidement  et  le  plus  énergiquement  est 
sans  contredit  la  solution  des  sels  de  Vacide  hypochlorique,  parmi  lesquels  l'hypo- 
chlorite de  vhaux  chimiquement  pur  peut  surtout  être  recommandé,  parce  qu*ilagit 
énergiquement  même  à  petites  doses  (gr.  j,  ij,  ad.  aq.  une.  j),  etne  cause  ni  douleurs 
ni  aucun  phénomène  d'irritation.  11  faut  seulement  mêler  le  sel  à  l'eau  immédia- 
tement avant  de  l'employer,  parce  qu'au  moment  de  leur  mélange,  il  se  produit 
une  décomposition  à  la  suite  de  laquelle  se  développent  les  gaz  chlore  et  oxygène, 
qui  possèdent  [in  statu  nascenti,  ozone)  une  action  oxydante  (destructive)  très-forle. 
La  solution  d'hypochlorite  de  chaux  officinale  agit  d'une  manière  très-irritante 
sur  le  tympan;  même  étant  délayée  de  3  volumes  d'eau,  elle  produit  encore 
de  fortes  douleurs  dans  l'oreille.  N'étant  pas  un  sel  pur,  mais  consistant  en  un 
mélange  de  divei*ses  combinaisons  de  chlore,  elle  est  de  beaucoup  inférieure  à 
l'hypochloiite  de  chaux  chimiquement  pur.  J'ai  eu  Toccasion  de  me  conTiincre 


WREB£lt  —  SUR  UNE  NOUVELLE  FORME  DE  MALADIE  D'ORÉILLE.       713 

de  la  possibilité  de  remploi  de  ces  combinaisons  hypochloriques  (obs.  n**  9)  et 
d'en  constater  refficacité  dans  le  cas  le  plus  opiniâtre  que  j'ai  observé. 

2.  La  solution  arséfâeuse  de  Fowler  occupe  la  première  place,  après  le  chlore, 
dans  Tordre  des  parasiticides.  Elle  détruit  aussi  énergiquement  et  rapidement  le 
champignon  Aspergilltis.  Je  n'ai  pas  encore  employé  sur  l'homme  vivant  ce  re- 
mède d'une  manière  locale,  mais  il  est  surtout  reuiarquable  jque  ce  fameitv 
remède  conti^e  les  maladies  de  la  peau  fait  aussi  preuve  d'une  action  parisiticide 
très-énergique.  Probablement  cette  action  efficace  de  la  solution  arsénieuse  de 
Fowler  contre  les  maladies  cutanées  dépend  principalement  de  son  efficacité 
contre  les  végétations  parasites,  d'autant  plus  que  pour  la  plupart  des  maladies 
de  la  peau  on  a  déjà  prouvé  leur  origine  parasite. 

3.  Après  le  chlore  et  l'ai'senic,  je  considère  l'acide  phénylique  et  la  solution  spi" 
ritueuse  de  tannin  comme  les  meilleurs  parasiticides.  Pourtant  je  n'ai  jamais  en- 
core mis  en  usage  le  premier  contre  la  myringomycosis,  et  je  dois  dire  du  second 
que  dans  une  de  mes  observations  (9)  il  a  été  insuffisant.  En  tout  cas,  la  solution 
spiritueuse  de  tannin  est  un  parasiticide  bien  plus  énergique  que  l'alcool  pur, 
dont  l'action  est^ti'ès-douteuse  s'il  est  délayé  avec  de  l'eau,  et  dans  l'état  anhy- 
drique  il  est  trop  initant  et  occasionne  trop  de  douleurs  aux  malades. 

ti>  La  solution  concentrée  de  nitrate  d'argent  (gros  j  ad  une.  j  aq.)  et  de  merc. 
subHm.  corros.  (gr.  j  ad  une.  j.)  agissent  cei*tainement  d'une  manière  destructive 
sur  le  champignon  Aspergillus,  mais  dans  l'observation  9  j'ai  employé  le  nitrate 
deux  fois  (une  fois  en  solution  et  l'autre  fois  en  substance)  pour  essayer  de  cau- 
tériser la  membrane  et  la  cavité  du  tympan,  sans  le  moindre  succès.  Probable- 
ment l'action  du  nitrate  d'ai'gent  est  trop  superficielle  (pendant  la  cautérisation), 
et  ne  peut  par  conséquent  prévenir  une  croissance  ultérieure  des  champignons. 
Je  n'ai  pas  employé  la  solution  concenti-ée  de  mercure  sublimé  corrosif  sur 
l'homme  vivant,  craignant  que  son  emploi  ne  produise  une  réaction  trop  forte. 
Les  solutions  faibles  n'ont  fait  preuve  que  d'une  actiou  douteuse,  comme  le 
prouve  l'observation  n°  5. 

5.  Les  solutions  de  moyenne  concentration  des  métaux  (comme  fer,  cuivre, 
plomb)  paraissent  n'avoir  aucune  influence  sur  la  végétation  de  VAspergillus,  qui 
se  distingue  surtout  par  une  force  de  résistance  remarquable.  La  teinture  d'iode 
pur  ne  produit  aucune  altération  sur  lui. 

Après  avoir  examiné  ces  matériaux  nécessaires  pour  un  traitement  rationnel 
de  la  mycomyringitis,  dont  l'indication  principale  doit  consister  dans  l'abolition 
de  la  végétation  parasite,  je  crois  que  le  tact  médical  de  chaque  praticien  l'aidera 
à  choisir  le  parasiticide  qui  conviendrait  le  mieux  dans  chaque  cas  donné.  Je  crois 
devoir  seulement  remai'quer  que  la  thérapeutique  de  la  myringomycosis  doit 
être  exercée  selon  les  principes  connus  pour  le  traitement  de  la  myringitis  en 
général. 


7fÀ     CONGRÈS  MÉDICAL  firrEHNATIOIfilL.    —  SIXIÈMK  SftàEICe  OB  lODft. 


DE  I^'KVFIiVEIVCE  BES  €RVPTO«AIIEfS 

Hvwi  I4E  i>i;¥Ei«appBiiEn[T  t^w»  ÉPUooriEi^  (i) 

PAE  M.  PLASS9   (dH  MIOBT) 
Prétid«nt  de  la  SocMK  ^térlntira  a«>  Dèn-SèvrN, 


Messieurs, 

Aucun  congrès  n'ayant  été,  en  vue  de  la  Kconde  et  merveilleuse  exposition 
de  1867,  organisé  pour  la  médecine  vétérinaire,  votre  présidcpt,  M.  le  docteur 
Bouillaud,  a  hicn  voulu  me  faire  l'honneur  de  m'admettre,  sur  ma  demande,  à 
prendre  la  parole  dans  cette  savante  réunion. 

Je  vais  donc  essayer  do  faire,  en  votre  présence,  messieurs,  l'exposé  des  obser- 
vations pratiques  que  nous  avons  recueillies  en  trente  années,  et  qui  nous  onl 
conduit  h  reconnaître  que  les  parasites  de  tordre  des  cryptogames  macroscopiques 
constitiwit  la  source  spéciale  des  épizooties  transmissible^  par  prifidpe  volaMl  et  par 
transplantation  f  et  que  des  maladies  enzootiques  très-meurtrières  sont  exchtsivemetit 
dues  à  des  causes  géologiques. 

Dès  notre  début  dans  les  Deux-Sèvres  comme  vétérinaire  des  épizooties  en 
1822,  nous  reconniimes  que  ce  département  et  surtout  les  environs  du  chef-lieu 
étaient  ravagés  par  les  épizooties,  notamment  les  affections  charbonneuses,  et 
que  la  caserne  de  Niort  était,  en  France,  une  de  celles  où  l'on  perdait  le  plus  de 
chevaux  par  la  morve  et  les  autres  maladies  infectieuses. 

Je  vis  dans  cet  état  de  choses  les  conditions  nécessaires  pour  me  livrer,  sur 
une  grande  échelle,  à  des  recherches  concernant  à  la  fois  les  causes  de  ces 
afTections  et  les  moyens  de  prévenir  leur  développement  spontané,  propositions 
qui,  dans  le  monde  vétérinaire,  sont,  à  cette  heure,  encore  en  question. 

Dix  années  consécutives  d'études  opiniâtres  et  dirigées  dans  ce  sens,  n'au- 
raient produit  pour  nous  qu'un  résultat  négatif  et  décourageant,  si  les  autopsies 
comparées  et  les  symptômes  apparents  ne  nous  eussent  amené  à  constater  que 
la  médecine  vétérinaire,  malheureusement  trompée  par  une  fatale  analogie,  a 
toujours  compris,  sous  la  dénomination  de  fièvre  charbonneuse ^  deux  maladies 
également  meurtrières,  mais  d'un  genre  bien  différent  ;  l'une  est  épizootique,  et 
l'autre  enzootique. 

Il  nous  fut  d'abord  permis  de  faire  la  part  à  la  fièvre  chai^bonncuse  épizoo- 
tique, qui  est  liée  aux  maladies  infectieuses  par  des  symptômes  d'adynamie,  de 
putriditë  et  de  transmission  par  piincipe  volatil  qui  la  caractérisent,  et  de  la  dis- 
tinguer enfin  d'une  afl'ection  enzootique  foudroyante  à  virus  ûxe,  qu'on  peut 
inoculer  à  tous  les  animaux,  mais  qui  ne  se  transmet  pas  à  distance,  sans  ady- 
namie  ni  gangrène.  La  décomposition  des  cadavres  des  victimes  de  ce  dernier 

(1)  Travail  présenté  et  lu  au  nom  de  l'auteur  par  M.  Henri  Favre,  rédacteur  en  chef  de  b 

France  médicale. 


PLASS&  —  DE  t'iKPiUBMCE  OBft  CRYPTOGAMES  SUR  LES  tPIZOOTIBS.       715 

flëau,  si  répandu  autour  de  nous  et  dans  la  Sologne,  la  Nièvre»  eto.>  suit  les 
phases  ordinaires,  tandis  qu'autrement  elle  serait  très-rapide* 

Le  charbon  épÎEootique  surgit  particulièrement  à  la  suite  des  années  plu- 
vieuses, n'importe  dans  quelle  localité,  souvent  sur  des  terrains  d'alluvion,  à  la 
suite  des  inondations,  nuiis  jamais  sans  parasites  de  Tordre  des  cryptogames 
ingérés  avec  les  aliments. 

Les  coups  désastreux  de  l'autre  mal  se  font,  au  contraire,  sentir  après  de 
grandes  sécheresses,  et  il  doit,  exceptionnellement,  son  origine  à  des  fourrages 
venus  sur  des  prés  composés  d'argile  plastique,  qui  leur  donne  une  odeur  std 
generis,  qui  signale  une  qualité  délétère  d'autant  plus  active,  qu'ils  sont  mieux 
réussis  et  conservés  sans  parasites. 

L'un  et  l'autre  frappent  impitoyablement,  surtout  les  bêtes  jeunes  et  vigou- 
reuses; en  un  mot,  les  8^jets  qui  consomment  le  plus  de  nourriture. 

Il  serait  long  et  superflu  de  décrire  ici  les  obstacles  multipliés  qu'il  nous  a 
fallu  vaincre  pour  arriver  à  cette  heureuse  distinction,  car  les  ouvrages  que  j'ai 
publiés,  que  j'ai  bâte,  messieurs,  de  mettre  sous  votre  judicieuse  appréciation, 
sont  le  résultat  de  mes  pénibles  et  persévérants  efîoris. 

Je  vous  dirai  néanmoins,  tout  de  suite,  que  mes  recherches  étiologiques  sur  les 
ëpizootics  ont  été  faites  aux  champs,  dans  les  fennes,  dans  les  conditions  enfin 
oîi  elles  se  produisent,  soit  spontanément,  étant  inhérentes  au  sol  et  au  climat, 
soit  par  habitudes  traditionnelles  des  cultivateurs ,  chez  qui  nous  trouvions 
toujours,  dans  les  approvisionnements,  des  restes,  témoins  fidèles  du  mal  que 
nous  pouvions  ainsi  faire  revenir  à  volonté.  C'est  donc  là  et  non  ailleurs  que  le 
système  que  nous  préconisons  ,doit  trouver  ses  démonstrations  pratiques  et  ses 
preuves. 

Notre  livre  porte,  du  reste,  une  carte  de  vingt-quatre  communes  des  environs 
de  Niort,  théâtre  de  nos  principales  observations. 

Les  douze  communes  situées  au  nord-est  sont  calcaires,  et  n'ont  présenté  que, 
par  de  rares  exceptions,  le  terrain  argileux  sur  lequel  naît  l'enzootie  virulente. 

Les  douze  communes  du  sud-ouest,  qui  sont  essentiellement  argileuses,  ren- 
ferment une  grande  étendue  «de  prés  sur  lesquels,  depuis  1830,  nous  avons 
observé  une  quantité  considérable  de  sujets  affectés  et  victimes  de  cette  cruelle 
maladie,  qui  est  commune  à  tous  les  herbivores  qui  y  vivent.  Ces  prés  sont 
colorés  en  rouge;  ceux  des  douze  communes  où  ce  mal  n'a  pas  existé  et  oii  les 
sujets  affectés  se  rétablissent,  sont  peints  en  vert. 

Le  charbon  épizootique  peut,  au  contraire,  naître  sm*  toute  espèce  d'ani- 
maax,  partout  où  le  fourrage,  où  les  grains  sont  envahis  par  les  parasites,  mais 
jamais  par  d'autres  causes  ;  d'où  il  suit  que  dans  les  communes  argileuses  les 
animaux  sont  parfois  atteints  en  même  temps  des  deux  maladies^  circonstance 
qui  nous  a  reculé  de  plusieurs  années,  et  bien  propre  à  propager  l'erreur. 

Une  teinte  jaune  distingue  des  prairies  qui  s'étendent  en  dehoi^  des  vingt- 
quatre  communes  composant  ladite  carte,  et  sur  lesquelles  l'espèce  bovine  seu- 
lement contracte  une  maladie  très-pernicieuse,  appelée  vulgairement  goutte, 
que  nous  avons  trouvée  sur  la  même  natiu'e  de  prés  dans  plusieurs  autres  com- 
munes du  département  et  aUleurs,  en  France,  consistant  dans  une  atrophie  des 
muscles  du  train  de  derrière  qui  progresse  insensiblement  sur  les  lieux,  et  les 
conduit  par  le  marasme  à  une  mort  certaine,  si  l'on  n' émigré  les  malades  sur 
les  prés  peints  en  vert. 

Les  prés  rouges  comme  les  prés  jaunes,  sans  fumures,  fournissent  des  foins 


710     CONGRÈS  MÉDICAL  INTEB  NATION  AL.   —  SIXlfeUB  SÉANCE  DE  JOUR. 

exclusivement  composés  de  graminées  où  dominent  les  ivraies  et  les  fëtuques. 
surtout  la  diuniscule. 

Ce  foin  est  courte  un  et  dur^  et  répand  une  odeur  sut  gefieris^  dite  aigre,  qui 
augmente  par  la  chaleur  et  signale  aux  praticiens  le  danger  pour  les  animaux. 
Par  des  pluies  douces  en  avril  et  en  mai,  la  plante  prend  du  déyeloppement, 
l'odeur  se  rapproche  des  foins  suaves,  et  la  maladie  devient  plus  rare. 

Pai*  des  fumures  raisonnées,  les  légumineuses  surgissent,  le  foin  prend  un 
aspect  plus  vif,  une  odeur  suave,  et  la  maladie  enzootique  disparait  complè- 
tement. 

Lorsque  les  prés  jaunes  sont  mis  dans  les  mêmes  conditions,  le  foin,  sans 
odeur  caractéristique,  devient  plus  long,  plus  souple,  et  le  mal  disparaît  défini- 
tivement des  lieux. 

Nous  avons  obtenu  l'analyse  de  ces  deux  natures  de  terres,  qui  sont  très-ré- 
pandues en  France,  de  l'obligeance  de  M.  le  directeur  de  l'institut  Laniaitinière, 
de  Lyon. 

ANALYSE     DE     LA    TERRE    DES     PRÉS      ARGILEUX     QUI    PRODinSENT     l'eXZOOTIE     VIRILENTE. 

SUR   1000   PARTIES  : 

SiUce 375 

Carbonate  de  chaux 269 

Carbonate  de  magnésie  • . 11 

Alumine 95 

Oxyde  de  fer 56 

Eau  et  matières  organiques 19A 


Ensemble 1000 

ANALYSE    DE    LA   TERRE   DES   PRÉS   QUI    DONNENT   NAISSANCE   A    LA  GOUTTE,    MALADIE 

ENZOOTIQUE   DE   L* ESPÈCE   BOVINE. 

Phosphate  de  chaux * 2,379 

Alumine  avec  un  peu  d'oxyde  de  fer 9,190 

Silice  gélatineuse 3,375 

Sulfkte  de  chaux 1,006 

Carbonate  de  chaux 63,830 

Matières  organiques .  20,220 


Ensemble 100,000 

Désirant  détourner  les  cultivateui's  des  charlatans  qui  les  exploitent,  et  gagner 
leur  confiance  pour  leur  faire  adopter  nos  idées,  nous  avons  cru  devoir  leur 
annoncer  d'avance  la  venue  prochaine  de  quelques-unes  de  ces  maladies. 

L'année  i^UU  m'ayant  paru  favorable  au  développement  de  la  maladie  eiooo- 
tique  virulente,  nous  avons  eu  soin  d'en  informer  le  public  par  les  jouruaux  et 
Tautorîté  supérieure  directement;  nous  avons  aussi  prévenu  le  maire  de  la  com- 
mune de  Saint-Florent,  qui,  par  la  nature  de  son  sol,  nous  a  paru  la  plus  expo- 
sée. Sur  ma  demande,  ce  magistrat  a  réuni,  le  1((  juillet  de  la  même  année,  les 
cultivateui's  auxquels  j'annonçai  de  vive  voix,  pour  les  mois  de  septembre  et 
d'octobre  suivants,  les  malheurs  dont  ils  étaient  menacés;  en  effet,  la  nialadit* 
enzootique  virulente  se  déclara  à  Tépoque  que  j'avais  annoncée,  et,  en  si\ 


PLA93I;.  —  DE  t'iMPtOENGB  DES  CBYPTOGAMBS  SUR  LES  ÊP1Z00TIB&    717 

semaines,  sur  dô bêtes  malades,  18  ont  été  foudroyées;  les  maladies  n'ont  cessé 
dans  les  localités  de  ce  genre  qu'avec  les  fouiTages  de  18/i5,  qui,  par  leur  dis-* 
position  à  se  moisir,  conséquence  des  pluies  prolongées  qui  eurent  lieu  pendant 
la  végétation  de  la  récolte,  ont  causé  cette  année*là,  en  France,  de  nombreuses 
épizooties. 

Le  gouvernement,  vivement  ému  de  ces  malbem*s,  envoya,  sur  différents 
points  de  la  France,  des  savants  officiels. 

M.  Renaud,  d'Âlfort,  en  18&/i,  explora  le  Bourbonnais. 

M.  Delafond  fut  envoyé  dans  le  département  de  la  Somme.  L'un  et  l'auti-e 
disent,  dans  leurs  rapports,  avoir  observé  la  fièvre  charbonneuse.  Le  premier  pré- 
tend que  cette  maladie  n'est  ni  contagieuse,  ni  putride;  le  second,  au  contraire, 
lui  reconnut  ce  double  caractère. 

Ces  deux  savants,  qui  ne  s'accordent  pas  davantage  sur  la  source  du  mal,  ont 
manifesté  cette  divergence  d'opinion  à  l'égard  de  la  même  maladie.  Le  11  février 
18/i7,  dans  une  séance  de  la  Société  centrale  de  médecine  vétérinaire,  M.  Magné, 
d'Alfort,  fit  judicieusement  obsei*ver  qu'ils  pouvaient  confondre  sous  un  même 
nom  deux  maux  différents. 

Nous  avons  pu,  dans  nos  voyages,  remarquer  : 

1°  Que  M.  Felojer,  à  Saint-Flour;  M.  Camac,  à  Saint-Sarnin,  qui  ne  voient 
que  la  maladie  enzootique  virulente  sur  des  prés  argileux,  ne  croient  pas  à  la 
contagion  du  cbarbon. 

2**  Que  M.  Roche-Lubin,  de  Saintc-Affrique,  et  les  praticiens  de  l'École  vétéri- 
naire de  Toulouse,  qui  ne  voient  que  le  charbon  épizootique  de  terres  substan- 
tielles.et  d'alluvion,  regardent  ce  mal  comme  putride  et  contagieux. 

3*  Que  M.  Darconat,  de  Clermont-Ferrand,  qui,  dans  sa  clientèle,  observe  les 
deux  maladies,  n'a  aucune  opinion  aiTêtée  sur  la  contagion. 

Tous  ces  faits  viennent  à  l'appui  de  la  distinction  que  nous  avons  faite  de  deux 
nuLUX  différents  confondus  sous  le  même  nom,  ce  qui  éclaire  défioitivcment 
l'étiologie  de  ces  fléaux. 

La  maladie  enzootique  viiiilente  est  invariable  dans  ses  caractères,  et  n'admet 
aucune  division,  parce  que  sa  cause  est  constante  ;  il  en  est  de  même  de  l'affec- 
tion désignée  sous  le  nom  de  goutte  chez  le  bœuf;  tandis  que  la  famille  des  ma- 
ladies épizootiques  infectieuses  varie  considérablement  de  forme,  comme  la 
famille  des  cryptogames  parasites  dont  elle  est  spécialement  originaire.  Elle  est 
féconde  eu  espèces  et  en  variétés  qui  subissent  l'influence  géologique  et  dimaté- 
j-ique  du  globe,  comme  les  plantes  odoriférantes. 

Telles  sont  les  raisons,  sans  doute,  pour  lesquelles  la  contagion  des  typhus  des 
bœufs  de  nos  contrées  n'est  pas  si  subtile  que  celle  du  typhus  des  steppes. 

C'est  contre  la  subtilité  du  virus  contagifère  du  typhus  des  steppes  que  nous 
avons  proposé  à  la  page  ^16  de  notre  ouvrage,  publié  en  18^9,  d'établir,  au  siège 
de  la  maladie,  un  congi'ès  sanitaire  pour  enseigner  aux  habitants  qu'en  préve- 
nant le  développement  des  cryptogames  parasites  sur  les  fourrages  au  moyen  de 
hangars  et  de  meules  en  plein  air,  le  mal  n'aura  plus  de  raison  d'être,  et  à 
employer  cependant,  en  cas  d'irruption,  tous  les  moyens  connus  pour  empêcher 
les  bœufs  de  voyager. 

L'Egypte,  l'Italie,  l'AngleteiTe  et  une  foule  de  conti'ées  du  Nord,  n'am'aient 
pas  été  envahies,  si  cette  mesure  avait  été  prise  lorsque  nous  l'avons  indiquée.  11 
appaiiient  aux  nations  intéressées  dans  cette  gi*ande  question  de  s'entendre 
pour  régler  définitivement  le  séquestre  et  la  mort  de  ce  flcuu  dévastateur. 


718     CONGRES  MÉDICAL  UiTBRMATIOliAL.  •*  SlXlftHB  9ÉAKCB  DE  JOOB. 

Depuis  vingt  et  quelques  années  que  nous  avons  fait  connaitre  nos  succès,  le$ 
cultivateurs  autour  de  nous  ont  arrête  successivement  les  deuai  makuHeê  emoo- 
tiques  géologiques,  m  fumant  lei  prés  qui  leur  donnent  naissance^  et  en  y  appor- 
tant des  amendements  substantiels. 

Il  en  a  été  de  même  pour  les  épizooties  infectieuses  chez  ceux  qui  ont  eu  soin 
de  soustraire  leur  fourrage  à  l'envahissement  des  parasites  cryptogamiques.  De 
soi*te  que  notre  confrère  et  nous^  nous  ne  sotnmes  pas  moins  heureux  que  le 
cultivateur^  de  voir  notre  clientèle  rurale  dëbarrassée  des  maladies  ruineuses 
qui  étaient  l'opprobre  de  l'art  en  même  temps  qu'elles  tenaient  les  populations 
dans  de  fâcheuses  inquiétudes,  qui  n'empêchaient  pa0  l'arrivée  de  pertes  oné* 
reuses» 

Les  savants  officiels  d'Alfort  pourront  trouver,  dans  ces  faits  pratiquer  quHls 
connaissent  depuis  longtemps,  les  raisons  pour  lesquelles  la  commission  offi- 
cielle^ qu'ils  ont  fait  installer  en  Beauce  depuis  sept  ans,  pour  chercher  la 
source  et  s'assurer  de  la  propriété  transmissible  du  charbon,  n'est  arrivée  à  aucun 
résultat  satisfaisant. 

11  en  a  été  de  même  des  expériences  qui  ont  été  faites  à  Alfort  sur  les  pro* 
priétés  du  virus  charbonneux  par  des  savants,  qui  ne  savent  pas  qu'il  y  en  a  de 
deux  natures  différentes* 

Du  reste,  la  question  si  importante  des  épfasooties,  qui  est  étroitement  Hée 
avec  celle  des  épidémies  et  des  maladies  infectieuses  des  plantes,  ne  peut  s'étu- 
dier en  voyage  ;  il  faut  habiter  et  vivre  dans  le  lieu  de  leur  naissance  spontanée. 

Nous  ne  nous  sommes  pas  borné  à  prédire  aux  cultivateurs  des  maladies 
infectieuses, 

Une  habitude  vicieuse  et  trop  longtemps  suivie  faisait  qu'on  avait,  dans  les 
régiments,  recours,  jusqu'en  fin  de  novembre,  aux  vieux  fourrages  qui,  à  cette 
époque,  se  réduisent  à  des  restes  de  magasins.  Les  denrées,  dans  de  telles  condi- 
tions, comportent  ordinairement  des  moisissures,  souvent  invisibles  à  l'oeil  nu; 
or,  après  avoir  pris  sur  le  fait  ces  végétaux  pernicieux,  dans  les  distributions,  à 
l'aide  de  la  loupe  et  du  microscope,  nous  fîmes  connaître  aux  Alfortais  que 
c'était  là  la  cause  unique  des  épizooties  infectieuses  que  le  nouveau  casernement 
n'a  pas  pu  aiTêter  dans  l'armée,  comme  nous  l'avons  prédit,  au  début,  par  nos 
lettres  qui  sont  au  ministère  de  la  guerre,  conseillant  d'twcr,  dés  la  récolte^  des 
fùbi$  fiom^«ett4a?,  et  de  comefver  le»  approvisionnements  sous  des  hangars^ou  en  meuks 
en  pMn  cdr. 

On  garda  d'abord  le  silence;  mais,  plus  tard,  sans  nous  en  tenir  compte,  on  a 
suivi  nos  recommandations,  qui,  à  la  guerre,  furent  admises  en  principe.  La 
morve  et  autres  maladies  infectieuses  ont  alors  disparu  de  la  cavalerie,  où  l'on 
peut  les  faire  revenir  par  ks  habitudes  anciennes  réformée». 

(M.  le  président  Bouillaud  avait  donc  raison  contre  la  section  vétérinaire  de 
l'Académie,  lorsqu'il  disait,  touchant  la  morve  :  «  Une  spécificité  d'effet  ne  peut 
scientifiquement  appartenir  qu'à  une  spécificité  de  cause,  v] 

Trop  souvent  môme  on  se  laisse  surprendre.  En  eff*el,  le  11*  dragons,  qtû 
tient  en  ce  moment  garnison  à  Niort,  fut  forcé,  règlement  en  main,  de  faire 
usage  de  la  paille  de  1866,  qui  était  entachée  de  cryptogames  dans  toute  la 
contrée.  Nous  eûmes  soin  de  prévenir  la  commission  qu'il  en  résulterait  pour  les 
chevaux  des  maladies  infectieuses,  ce  qui  se  réalisa  immédiatement.  Le  mal 
sévissait  depuis  plusieurs  mois  déjà,  quand  on  songea  à  supprimer  la  paille 
comme  aliment,  ce  qui  fut  suivi  d'un  succès  radical. 


PLASMk    —  DK  L'IRPIDIIICB  DfiS  CBTPT0GAIIB8 '8UB  LES  ÈPIZÛOTlfiS.     710 

Même  prédiction,  mômo  éyénement  et  même  succès  pour  le  8*  lanciers,  dont 
les  chevaux  furent  nourris  pendant  quelques  mois  de  fourrages  tachés  de  moi- 
sissures qui  n'étaient  visihles  qu'à  la  loupe  et  au  microscope;  je  poun*ais  pro- 
duire beaucoup  de  faits  de  ce  genre. 

Les  Tëiérinaires  ofQciels  ont  prétendu  que  nous  devions  produire  les  espèces 
de  cryptogames  qui  déterminent  telle  ou  telle  forme  de  maladie,  ce  qui  n'em- 
pêche pas  que,  vu  l'état  incomplet  des  ouvrages  traitant  de  ce  mundus  incisibUis^ 
ces  messieurs  n'ont  pas  plutôt  quelque  cryptogame  en  suspicion,  qu'ils  ont  aus- 
iitot  recours  au  microscope  avoué  de  réminent  M.  Robin,  et  trouvent  ainsi  une 
toie  pour  donner  un  nom  à  ceux  qui  sont  inédits.  Mais,  comme  nous  en  avons 
nous-même  vu  et  étudié,  depuis  quarante  ans,  plus  que  lesdits  ouvrages  n'en 
ont  désigné,  nous  nous  vîmes  oMigé  de  nous  borner  à  constater  leur  présence 
sur  les  aliments  et  à  suivre  sur  les  sujets  les  phénomènes  qui  en  étaient  la 
conséquence.  De  sorte  qu'en  résumé,  nous  avons  remarqué  : 

1**  Que  les  byssoides  déterminent  les  maladies  infectieuses  externes  végéta- 
tives, et  transmissibles  par  transplantation. 

2^  Que  les  urédinées  engendrent  les  épizooties  internés,  transmissibles  par 
principe  volatil. 

3°  Que  les  algues  qu'on  voit  nailre  et  végéter  à  la  surface  de  la  saumure  des 
charniers,  et  qu'on  plonge  dans  le  liquide  à  chaque  fois  qu'on  prend  la  viande, 
constituent  le  principe  toxique  de  la  vieille  saumure,  qui  a  tant  de  fois,  che«  nos 
clients,  empoisonné  les  porcs  auxquels  on  en  donne  comme  condiment. 

Les  mêmes  savants  qui  nous  reprochent  de  n'avoir  pas  produit  d'inoctilatioti 
au  moyen  des  différents  virus,  savent  que  nous  avons  mieux  fait  que  cela.  Ainsi, 
avant  d'aller,  dans  diverses  provinces^  confirmer  ces  fkits  par  Tobservation,  nous 
avons  passé  notre  vie  au  milieu  des  sinisti'es,  à  distinguer  les  virus  dans  leur 
véritable  essence,  traversant  même  la  terre  des  fosses  pour  passer  d'un  cadavre 
à  un  sujet  vivant,  dédaignant  tel  en  faveur  de  tel  autre,  par  ridélitc  aux  lois  et 
aux  mœurs  du  genre  des  parasites  qui  les  a  engendrés,  mais  se  laissant  inocnler 
à  la  plus  grande  partie  des  espèces. 

Ce  dernier  caractère  permet  de  substituer  une  variole  bénigne  à  une  variole 
pernicieuse,  de  sorte  qu'il  est  évident  pour  nous  que  le  principe  volatil  contagi- 
fère  des  typhus  et  typhoïdes  est  composé,  comme  le  principe  contagifère  par 
transplantation  des  dartres,  du  pt*oduit  de  la  substance  des  parasites  et  de  celui 
du  moribond,  ce  qui  lui  donne  un  surcroit  de  vie  qui  a  heureusement  ses  bornes, 
car  les  sujets  bien  constitués  et  bien  nourris  luttent  le  plus  souvent  avec  avan- 
tage contre  SCS  attaques.  « 

Désireux  de  savoir  si  les  parasites  de  Tordre  des  cryptogames  se  comportent 
pour  la  spontanéité  des  maladies  infectieuses  des  plantes  comme  polit*  celles  des 
animaux^  nous  avons  fumé  des  sillons  avec  des  végétaux  infectés,  et  semé  sur  ces 
mêmes  sillons  des  gi'ains  sains*  Les  plantes  qui  en  naquii*ent  furent,  à  leur  ma- 
turité, envahies  chacune  par  son  parasite  propre)  les  absorbants  des  radicules 
ayant  pris  dans  le  sol  les  débris  dfe  la  décomposition,  ces  produits  de  parasites 
infectèrent  les  plantas,  en  surgissant  à  la  surflice  aprèft  avoir  rompu  répidcrmc 
pour  y  végéter  et  t'y  multiplier  Jusqu'à  extinction,  soit  de  la  tige,  ou  simplement 
du  fhiit. 

Nous  résumons  cette  grande  question  parasitaire  eh  trctite-sept  àphoHstncs 
qui  renferment  les  causes  et  les  moyens  préservatiAi  des  épisooties  infbcticuses  et 
de  certaines  maladies  eniootiques,  qui  nous  ont  conduit  à  distinguer,  en  patho- 


720     CONGRÈS  MÉDICAL  INTERNATIONAL.    —  SIXIÈME  SÉANCE  DE  JOUR. 

logie^  quatre  grandes  classes  dites  ci^ptogamiquc,  phanërogamique,  mëtêoroLo- 
gique  et  miasmatique. 

L'espace  ne  nous  a  pas  permis  d'exposer  ici  le  rapprochement  que  nous  avons 
fait  de  l'ctiologie  des  épizooties  avec  celle  des  épidémies. 


Après  cette  lecture,  H.  Henri  Vmmee,  dans  une  exposition  brillante  et  cha- 
leureuse, résume  les  recherches  fondamentales  contenues  dans  le  IniTail  da 
savant  vétérinaire;  il  en  montre  Timpoiiance  pratique,  et  il  demande  aa 
Congi'ès  de  la  consacrer  par  le  vœu  suivant  : 

«  Le  Congrès  médical  international,  considérant  l'importance  pour  l'hygiène 
publique  et  la  médecine  d'avoir  des  renseignements  exacts  sur  l'état  des  assole- 
ments et  de  la  conserve  alimentaire  des  hommes  et  des  animaux,  émet  le  vœu  que, 
dans  chaque  pays,  les  médecins  et  les  vétérinaires  soient  invités  à  examiner  ce> 
conditions  divei*ses  dans  le  développement,  et  des  épidémies,  et  des  épizooties.  » 

Cette  proposition  est  acceptée  à  l'unanimité. 


Après  avoir  annoncé  que  la  commission  chargée  de  décerner  la  médaille  d'ur 
offerte  pai*  le  Congrès  de  Bordeaux  a  donné  le  prix  au  mémoire  de  M.  le  pix)fe.<- 
seur  Bfivirgade,  de  Clermont-Ferrand,  Shv  les  accidents  généra^tx  qui  entraineM 
la  mort  après  les  opérations  chirurgicales  y  M.  I«  ^wéwêdmmt  prononce  la  clôture 
du  Congrès,  et  lui  adresse  ses  adieux  en  ces  termes  : 

Messieurs  et  très-honorés  confrères, 

Les  travaux  du  Congrès  médical  international  de  Paris  sont  terminés;  je  pro- 
nonce donc  la  clôture  de  ce  grand  Congrès.  11  avait  bien  commencé,  et  il  n'a  pas 
moins  bien  fini.  Je  ne  saurais,  messieurs,  résumer  les  nombreux  travaux  qui 
ont  été  lus  dans  cette  enceinte,  et  les  discussions,  tantôt  calmes  et  sereines, 
tantôt  vives,  plus  ou  moins  passionnées,  quelquefois  même  un  peu  orageuses, 
mais  finissant,  en  dernière  analyse,  d'une  manière  digne  de  cette  imposante 
assemblée. 

Maintenant  que  vos  actes  sont  finis,  je  puis  bien,  sans  vous  flatter,  répéter  ce 
que  j'^i  dit  dans  mon  discoui*s  d'inauguration,  savoir  qu'ils  laisseraient  un  long 
et  glorieux  souvenir.  Cet  amphithéâtre  doit  s'applaudh-  d'en  avoir  été  le  foyer. 
Aussi  je  forme  le  vœu  que,  comme  titre  d'honneur,  cette  inscription  soit  placée 
sur  ces  murs  : 

c'est  la  QVE,  l'an  1867, 

SIÉGEA  LE  PREMIER  CONGRl^  MÉDICAL  INTERNATIONAL. 

Votre  bureau  tout  entier  vous  remercie,  messieurs,  de  l'appui  bienveillant  que 
vous  lui  avez  constamment  prêté.  11  se  plaît  à  proclamer  que,  sans  ce  concours 
dont  il  s'enorgueillit,  il  n'aurait  pu  remplir  la  tâche  bien  douce,  mais  bien  diffi- 
cile, que  vous  lui  aviez  confiée. 

Le  bureau  remercie,  d'une  manière  générale,  tous  ceux  qui,  de  quelque  ma- 
nière que  ce  soit,  ont  secondé  les  eflbrts  de  cette  assemblée.  Au  premier  rang  se 


BOUILLAUD.   —  DISCOURS  DE  CLÔTURE.  721 

placent  les  rédacteui's  des  journaux  politiques  et  plus  particulièrement  ceux  des 
journaux  de  médecine.  Pour  prix  des  services  qu'elle  nous  a  rendus^  puisse 
r édifice  de  l'institution  de  la  presse  périodique  obtenir  son  couronnement  ! 

C'est  un  principe  commun  à  toutes  les  nations  suffisamment  ayancées  dans  le 
sentier  de  la  civilisation,  que,  de  toutes  les  libertés  politiques,  la  première  est  la 
liberté  de  la  presse,  ce  noble  instrument  de  la  pensée,  de  Tintelligence  sous 
toutes  ses  espèces  :  elle  constitue  en  quelque  sorte  la  liberté  des  libertés.  Mais 
n'oublions  pas,  messieurs,  que,  dans  le  monde  moral  comme  dans  le  monde 
physique,  tout  a  ses  lois.  Que  dis-jc,  suivant  une  expression  hardie  de  Montes- 
quieu :  Dieu  lui-même  aurait  ses  lois.  Non,  il  n'est  rien  d'absolu  ici-bas.  Que  si 
quelque  chose  y  pouvait  revendiquer  ce  magnifique,  ce  divin  titre  d'absolu,  ce 
serait  le  droit;  et  voilà  pourquoi,  messieurs,  nous  admirons  tous  cette  belle 
devise  d'une  fière  et  grande  nation  :  Dku  et  mon  dhoit!  Ainsi  donc,  messieurs, 
il  est  bon  de  le  répéter  :  le  monde  physique  et  le  monde  moral  sont  créés  dans 
un  ordre  déterminé,  et  soumis  à  des  lois  étemelles.  Les  astres  qui  roulent  dans 

■ 

les  vastes  cieux  ont  leurs  lois;  la  mer  a  sa  loi,  et  si  vous  me  demandez  quelle  est 
cette  loi,  je  vous  répondrai  qu'elle  est  inscrite  en  ces  termes  sur  le  rivage  du 
terrible  élément  :  Non  progredieris  ultra,  tu  n'iras  pas  au  delà. 

Eh  bien,  messieurs,  chacun  de  nous,  en  écoutant  la  voix  sainte  de  la  con- 
science,  sait,  à  n'en  pas  douter,  que,  pour  l'exercice  de  tous  les  actes  de  la  vie 
morale,  il  est  une  limite,  une  loi;  il  est,  si  j'ose  le  dire,  un  rivage  où  se  trouve, 
comme  sur  le  rivage  de  la  mer,  cette  inscription  inviolable  et  sacrée  :  Tu  n'iras 
pas  au  delà,  non  progredieris  ultra.  Voilà,  voilà  que  nous  nous  trouvons  encore 
en  présence  de  ce  grand  principe  qui,  dans  l'une  de  nos  séances  les  plus  ani- 
mées à  la  fois  et  les  plus  belles,  a  été  proclamé,  au  milieu  de  vos  unanimes 
applaudissements  :  U  n'y  a  pas  de  loi  contre  la  loi  morale,  de  même  qu't7  ny  a  pas 
de  droit  contre  le  droit.  Donc,  messieurs,  la  pensée  et  son  expression  ou  sa  mani- 
festation publique  sont  elles-mêmes,  dans  leur  exercice,  soumises  à  ce  suprême 
pouvoir,  à  cette  autorité  de  la  loi  morale,  de  la  loi  àujuste^  laquelle,  selon  la  belle 
expression  de  Cicéron,  n'est  pas  née,  mais  innée  :  fion  nota  sed  innata.  La  conclu- 
sion pratique  de  ces  principes,  messieurs,  c'est  que  de  justes  lois  contre  les  abus 
ou  les  délits  de  la  presse,  loin  de  porter  atteinte  à  sa  liberté,  sans  laquelle  toutes 
les  autres  libertés  ne  seraient  guère  qu'un  vain  mot,  la  consacrent,  pour  ainsi 
dire.  Elles  la  font  rentrer  dans  l'ordre,  il  est  vrai.  Mais  sans  Tordre,  que  devien- 
draient et  le  monde  moral  et  le  monde  physique? 

Quoi  qu'il  en  soit,  messieurs,  je  souhaite  de  bon  cœur  encore  une  fois  son 
heureux  couronnement  à  l'édifice  de  l'institution  de  la  presse,  et  c'est  par  l'ex- 
pression de  ce  vœu  que  je  termine.  Quant  à  moi,  grâce  à  vous,  ma  vie  tout  en- 
tière vient  de  recevoir  son  couronnement.  Jusqu'à  quel  point  j'en  suis  heureux 
et  fier,  je  ne  saurais  le  dire...  Je  vous  adresse  enfin  mes  adieux.  Mais  je  ne  vous 
quitte  pas,  ô  mes  chers  confrères,  cai*  je  vous  emporte  lous  dans  le  plus  {)rofond 
de  mon  cœur,  et  vous  y  vivrez  jusqu'à  son  dernier  battement. 


â6 


TABLE   DES  MATIÈRES 


IimODUCTIOlf J 1 

statuts  et  programme  du  Congrès  médical  international  de  Paris .* 3 

Question  F^.  —  Anatomie  et  pbysiologie  pathologiques  du  tubercule. —  De  la  tu- 
berculisation  dans  les  différents  pays  et  de  son  influence  sur  la  mortalité  géné- 
rale    4 

Question  II.  —  Des  accidents  généraux  qui  entraînent  la  mort  après  les  opérations 

chirurgicales 6 

Question  III.  —  Est-il  possible  de  proposer  aux  divers  gouvernements  quelques 

mesures  efficaces  pour  restreindre  la  propagation  des  maladies  vénériennes?. . .  7 
Question  IV.  —  DeTinfluence  de  l'alimentation  usitée  dans  les  différents  pays  sur 

la  production  de  certaines  maladies 8 

Question  V.  —  De  Tinfluence  des  climats^  des  races  et  des  différentes  conditions 

de  la  vie  sur  la  menstruation  dans  les  diverses  contrées 8 

Question  VI.  -—  De  TaccUmatement  des  races  d'Europe  dans  les  pays  chauds  ...  9 
Question  VII.  -^  Des  entozoaires  et  des  entophytes  qui  peuvent  se  développer  chez 

l'homme 11 

Correspondants  délégués  français v 13 

Correspondants  délégués  étrangers 16 

Membres  honoraires 21 

Délégués  des  gouvernements 21 

Délégués  des  Sociétés  «^vantes 23 

Bureau  du  Congrès 2d 

Uate  des  membres  fondateurs , 25 

Liste  des  membres  adhérents 3S 

Livres  adressés  au  Congrès • • >  A7 

iMlère  «éaiiee  de  J«iir.  —  Sommaire .....«•.•** ^1 

Ouverture  du  Congrès.  —  Discours  de  M.  le  professeur  Bouillaudy  président  du 

Comité  d'organisation 62 

Du  tubercule  et  des  processus  analogues^  par  M.  J.  Villemln  (de  Paris) ^6 

Anatomie  et  physiologie  pathologiques  du  tubercule^  par  M.  le  professeur  Sangalll 

(de  Paris) 64 

Anatomie  et  physiologie  pathologiques  du  tubercule^  par  M.  le  professeur  Croeq  (de 

BruxeUes) , 69 


72&  -  TABLE  DBS  MATIÈRES. 

Résumé  des  expériences  sur  rirritation  pulmonaire  expérimentale,  sur  U  transmis- 
sion de  la  pneumonie,  de  Tadénite  chronique,  des  granulations  dites  tuberculeuses 
et  de  divers  autres  produits  morbides,  par  M.  le  professeur  Lebert  (de  Breslau). .  .       78 

Discussion  de  MM.  Hérard,  Villemin,  Mougeot,  Grocq,  Gourdin,  Bertet,  Galligo 81 

Deuxième  «éaiiee  de  Jenr.  —  Sommaire • 93 

Discussion.  —  MM.  Empis,  Cornil,  Bakody,  Friedreich,  Lombard,  Seco  Baldor,  Bertet, 
Marmisse,  Sarramea,  Ullersperger,  Homan,  Dropsy,  Bowditch,  Canniff 91 

Recherches  statistiques  sur  la  phthisie  pulmonaire  considérée  comme  cause  de  décès 
dans  la  Tille  de  Bordeaux,  par  M.  le  docteur  Marmisse  (de  Bordeaux) 110 

Influence  du  tubercule  sur  la  mortalité  générale,  par  M.  le  docteur  Sarramea  (de  Bor- 
deaux)      115 

De  la  tuberculose  pulmonaire  en  BaTÎère,  par  M .  le  docteur  UUersperger  (de  Munich).     1 2 1 

Aperçu  de  l'extension  de  la  maladie  tuberculeuse  en  Norvège,  par  le  docteur  Homaan 
(de  Christiania) 148 

£tude  sur  la  menstruation  des  femmes  de  la  ville  de  Rouen  et  du  département  de  la 
Seine-Inférieure,  par  M.  le  professeur  Leudet  (de  Rouen) 162 

Recherches  comparatives  sur  la  menstruation  dans  les  diverses  contrées  sous  le  rap- 
port ethnologique,  par  M.  le  docteur  Lagneau  fils  (de  Paris) 170 

Mémoire  sur  la  menstruation,  par  M.  le  docteur  Joulin  (de  Paris) 178 

De  l'influence  du  climat  et  de  la  race  sur  la  menstruation,  par  M.  le  docteur  Tilt 
(de  Londres>. .^ 487 

De  la  menstruation  en  Norvège,  par  M.  le  professeur.Faye  (de  Christiania) 191 

Sur  la  menstruation  normale  ^n  Norvège,  par  M.  le  docteur  Vogt  (de  Christiama) . .     193 

Statistique  de  la  menstruation  de  1000  habitants  de  Saint-Pètershourg,  par  M.  le 
docteur  Lieven  (de  Saint-Pétersbourg) 205 

Exposé  statistique  de  la  menstruation  dans  l'Allemagne  septentrionale  et  centrale,  par 
M.  le  docteur  C.  E.  Louis  Mayer  (de  Berlin) 206 

Discussion  :  MM.  Cortejarena,  Avrard S19 

Tretolème  «éMiee  de  Jenr.  —  Sommaire • 223 

Des  accidents  généraux  qui  entraînent  la  mort  après  les  opérations  chirurgicales,  par 

M.  le  docteur  Bourgade  (de  Clermont-Ferrand) 221 

Note  statistique  des  grandes  opérations  (aites  à  l'hôpital  national  et  royal  de  Saint- 

Joseph,  pendant  les  douse  dernières  années,  par  H.  A.  Barbosa  (de  Lisbonne). . . .  23A 
Prophylaxie  de  l'érysipèle  et  de  l'infection  purulente  dans  les  salles  de  chirurgie,  par 

M.  le  docteur  L.  Gosselin  (de  Paris) 269 

Des  moyens  d'éviter  les  accidents  qui  peuvent  compliquer  les  plaies,  par  M.  le  docteur 

Labat  (de  Bordeaux) 282 

Des  conditions  organiques  des  opérés.  De  Tinfluence  des  étals  diathèsiques  sur  le 

résultat  des  opérations  chirurgicales,  par  M.  le  professeur  Verneuil  (de  Paris). .  •  287 
Discussion.  -^  MM.  Maijolin,  de  Méric,  Kœberlé,  Maszoni,  Bole,  Jeannel,  Gosselin, 

Verpeuil,  Bourgade,  Cortejarena,  Delasiauve 293 

^•Atrlème  méanee  de  Jeor.  —  Sommaire 305 

Des  mesures  prophylactiques  relatives  à  la  propagation  des  maladies  vénériennes,  par 
M.  le  professeur  Crocq  (de  Bruxelles) 307 

Prophylaxie  des  maladies  vénériennes,  par  M.  le  docteur  Jeannel  (de  Bordeaux) 319 

Rapport  du  Comité  nommé  par  la  Société  médicale  harvéienne  de  Londres,  pour  étu- 
dier la  question  de  la  prévention  des  maladies  vénériennes 339 

Rapport  succinct  sur  les  visites  hebdomadaires  faites  dans  une  maison  de  tolérance 
de  Londres,  par  M.  de  Meric  (de  Londres) 3àl 

De  la  prophylaxie  générale  des  maladies  vénériennes,  par  M.  le  docteur  J.  RoUet  (de 
Lyon) ; ,..,... 347 


TABLB  DES  MATIÈttES.  725 

Communications  sur  la  question  HI  du  programme  :  Est-il  possible  de  proposer  aux 
divers  i^uvernements  quelques  mesures  efficaces  pour  restreindre  la  propaptioa 
des  maladies  vénériennes? 

M.  le  docteur  Mougeot  (de  l'Aube) 355 

M.  le  docteur  Boens  (de  Charleroi) 369 

M.  le  docteur  Ausias-Turenne  (de  Paris) 375 

Discussion.  —  MM.  Rlcord^  Auiias-Turenne,  Bouillaud,  Jeannel,  Galligo,  Henri  Favre, 
Proust^  Crocq 379 

ClM^Hlème  0é«aee  de  J«ar.  —  Sommaire • 384 

Discussion.  —  MM.'Rieord,  Ausias-Turenne,  Jaecond 385 

Communications  sur  la  question  ni  du  programme  :  Est-il  possible  d*  proposer  aux 
divers  gouvernements  quelques  mesures  efficaces  pour  restreindre  la  propagation 
des  maladies  vénériennes  ? 

M.  le  docteur  JuldsGarin  (de  Lyon) 394 

M.  le  professeur  Seiti  (de  Munich).  Notice  statistique  des  maladies  vénériennes 

pendant  les  dernières  années  à  Munich 399 

M.  le  docteur  Cohen  (de  Hambourg) 402 

M.  la  docteur  Rey 407 

M.  le  docteur  Adam  (hvre  (de  Christiania) 412 

M.  le  docteur  Gombei  (de  Paris).  Prqjet  dans  le  but  de  restreindre  la  propagation 
des  maladies  vénériennes 425 

Discussion.  -*  MM.  Drysdale^  Galligo,  Gourdin,  Viennois,  MarcoviU,  Berchon, 
Delasiauve,  Garret,  Lagneau  ffis,  Palasciano^  Ricord,  Ausias-Turenne,  Hingston. .     432 


«éuMe  ûu  mmir.  —  Sommaire 443 

Sur  un  nouveau  procédé  opératoire  pour  le  traitement  des  abcès  du  foie,  par  M.  le  doc- 
teur Ramires  (de  Mexico) 444 

Sur  les  altérations  de  la  rétine,  du  nerf  optique  et  de  la  choroïde  dans  la  diathèse 

tuberculeuse,  par  H.  le  docteur  Xavier  Galeiowski  (de  Paris) 450 

Sur  les  lésions  de  la  rétine  et  da  nerf  optique  produites  par  la  méningite  tuberculeuse 
et  par  toutes,  les  maladies  organiques  du  système  nerveux,  par  M.  le  docteur 

Bottchut  (de  Paris) 455 

Discussion.  —  MM.  Gourdin,  Galeiowski,  Bouchut 465 

Du  traitement  de  la  tuberculose  pulmonaire,  par  M.  le  docteur  Gourdin  (de  Paris). .     466 
Note  sommaire  sur  les  médications  offensives  dans  le  traitement  de  la  phthisie  pulmo- 
naire, par  M.  le  docteur  Marchai  (de  Calvi) 469 

Discussion.  —  MM,  Ausias-Turenne,  Linas,  O'Leary,  Maroovitz,  Lombard,  Halla. ...     474 


^eazlèMM  0é«aee  da  ««Ir.  —  Sonunaire , 477 

Quelques  considérations  sur  la  fièvre  rémittente,  improprement  appelée  typhoïde,  par 

M.  le  docteur  Bole  (de  Castel-Sarraiin) 478 

Discussion.  —  M.  Pantaleoni. 483 

Du  traitement  des  maladies  dues  à  un  ferment  morbide  par  les  sulfites  et  les  bypo- 

sulfitM  de  magnésie  et  de  soude,  par  M.  le  professeur  Giovanni  PoUi  (de  Milan). .  487 

Discussion.  —  MM.  Crocq,  PolU 492 

De  la  splanchnoscopie  par  transparence,  par  M.  le  docteur  Milliot  (de  Kiew) 493 

Traitement  de  la  néphrite  parenchymateuse ,   par  M.   le  professeur  Crocq  (de 

Bruxelles) 496 


«a  mmÊr.  —  Sommaire 502 

Nouvelle  méthode  de  conservation  des  pièces  anatomiques,  par  M.  le  docteur  Bmnetti 

(de  Padoue) 504 

Sur  la  nouveUe  méthode  de  M.  Braoetti,  parjl.  la  docteur  Umb  (de  Kharkoil). ...  509 


728  TABLE  DES  MATIÈRES. 

Recherche!  ezpérîmeiitalef  sur  rempoisonnement  pbotphorique  tigvi,  par  H.  le  doc- 
teur Albert  Eulenburg  (de  Berlin) 512 

Sur  la  construction  des  hôpitaux  d'enfants,  par  H.  le  docteur  BauchAiss  (de  Satnt- 
Pétersbourj») 515 

Relation  succincte  d'expériences  faites  à  l'Ëcole  de  médeelne  naTale  de  Brest,  sur  des 
suppliciés,  par  H.  le  professeur  Marcellin  Duval  (de  Brest) 521 

Sur  la  loi  physico-mathématique  des  mouvements  du  ccsur  et  des  (aiiÂres,  par  M.  le 
professeur  Baccelli  (de  Rome) , 528 

Étude  sur  les  fonctions  des  muscles  intercostaux  à  l'aide  de  faits  cliniques  représentés 
par  la  photographie^  par  M.  le  docteur  Duchenne  (de  Boulogne) 529 

Traitement  de  la  syphilis  sans  mercure,  par  M.  Charles  Brysdale  (de  Londres) 533 

Discussion.  —  Mit.  Galligo,  Auslas-Turenne .    537 

Quatrième  mémmce  da  ««Ir.  —  Sommaire |  •  • 538 

Lettre  da  M.  le  professeur  Duval  (da  Brest) 539 

Observation  d'un  cas  d'anévrysme  traumatiqua  da  l'orbita  ;  ligature  da  l'artère  earo- 

tide  primitive  :  succès,  par  M.  le  docteur  J.  Z.  Lauranea 5i0 

Sur  le  bandage  plfttré  amovo-inamovible  d'emblée  et  le  tricot  plAtré»  par  M.  le  doeteur 

Yan  de  Loo  (de  Yenlo)  5ii 

Choléra  t  son  siège,  sa  nature  ;  eontagioa^  par  M.  le  doetaur  Shrimplon  (de  Paris] ...  5â9 

De  la  prophylaxie  du  choléra-morbus,  par  M.  le  docteur  Bonnet  (da  Bordeaux) 554 

Discussion,  —  MM,  Maroovita,  Grocq,  RaviUout,  Shrimptqa»  Henri  Favra,  Ponaaski.    561 

cinquième  aéMiee  da  aolr.  —  Sommaire 565 

De  l'otoscopie  :  application  de  l'otoscope  parabolique  à  l'étude  des  lèsionf  du  tympan, 

par  M.  le  docteur  A.  Garrigou-DesarèBes  .•  ,.^ 566 

L'acte  de  la  déglutition  devant  la  physiologie,  par  M.  le  docteur  Moura 569 

Note  sur  un  moyen  préservatif  da  la  coqueluche,  par  M.  la  docteur  Davrons  (da 

Uége) 571 

Traitement  rationnel  da  la ,  période  aiguë  du  eholéra  asiatique,  par  M.  le  doetaur 

M.  Despres  (de  Saint-(2uentin) • • 571 

Du  choléra-morbus  asiatique,  par  M.  le  docteur  Frèmaux  (de  Paris) 580 

Diagnostic  et  traitement  du  choléra,  par  M.  la  doetaur  F.  X.  Poaaanskl 582 

De  la  souffiranoe  de  l'utérus  pendant  la  grossesse  ohes  la  taima,  par  M.  la  docteur 

Mattei  (de  Paris) 588 

Expressio  fœtus  :  Nouveau  procédé  opératoire  au  moyen  de  manouvres  eKtaraea,  pir 

M.  le  docteur  S.  Kristeller  (de  Berlin) 595 

Du  choléra,  par  M.  le  docteur  Zaleski  (de  Kazan) »    609 

Du  véritable  empyéme,  par  M.  le  professeur  Baccelli  (de  Rome) . .  • , , . .    611 

Des  calculs  de  la  partie  profonde  de  l'urèthre,  par  M.  le  docteur  Hazzoni  (de  Rome).    613 
Sur  une  nouvelle  opération  contre  la  surdité  et  les  bourdonnements.  La  sphyrotomie 
(résection  du  manche  du  marteau)  par  M.  le  docteur  Wreden  (de  Saint-Péters- 
bourg)      616 

Instruments  pour  les  opérations  obstétricales,  par  M.  le  docteur  J.  de  Lasarewitch 
(de  Kharkoff) «» 


fc 


(Mxième  aéaaee  de  jaur  (séance  de  clôture).  -^  Sommaire ^^ 

Fixation  du  lieu  et  de  l'époque  de  la  réunion  du  prochain  Congrès  médical  interna- 
tional. —  Discussion  :  MBI.  Bouillaud,  Vidal,  Ausias*Turamia,  Lombard»  ZaMd, 

Pantaléoni,  Palasciano • ^' 

De  l'accUmatement  des  races  européennes  dans  les  pays  chauds,  par  H.  la  doelanr 
Simonot  (da  Paris) ..«.• ^ 


TABLB  DBS  IIATIÈBES.  727 

Des  loii  de  la  mortalité  en  Europe  dans  leurs  rapports  avec  les  influences  atmosphé- 

riqueSj  par  M.  le  docteur  H.  G.  Lombard  (de  Genève) 635 

Étude  sur  l'action  pathogénique  respective  de  l'alimentation  exclusive  et  de  l'alimen- 
tation nuisible  sur  la  pellagre,  par  M.  le  docteur  Billod  (de  Sainte-Gemmes) 655 

De  la  pellagre  sporadique,  par  H.  le  docteur  Bertet  (de  Cercoux) 673 

Ëtiologie  de  la  pellagre,  par  M.  le  docteur  Léon  Sorbets  d'Aire  (Landes) 682 

Des  causes  de  la  pellagre,  par  M.  le  docteur  fioucbut  (de  Paris) 684 

De  l'alimentation  chez  les  enfants^  par  M.  le  docteur  Garon  (de  Paris) 686 

L'électrisation  généralisée  basée  sur  de  nouveaux  procédés,  par  M.  le  docteur  Joseph 

Dropsy  (de  Gracovie) 688 

Sur  une  nouvelle  forme  de  maladie  d'oreilles  produite  par  le  développement  de  deux 
espèces  de  champignons  parasites  dans  le  tissu  de  la  membrane  du  tympan,  par 

M.  le  docteur  Robert  Wreden  (de  Saint-Pétersbourg) 696 

Discours  de  clôture  par  M.  le  professeur  Bouillaud,  prési4ent 720 


FIN  DE  LA  TABLE  DES  MATIÈRES. 


Paris.  —  Invriinarlo  de  B.  MARXiRir^  nie  Hlgaon»  5L